Wmm «1 r : -'*M uç P t* ' , /,. .. ■m* & 3 r- nm vàa&fr ï-’ÿ'r't/ îrssMMBBMHraaiMiwaiiBiwi.wji i basas rP^ t ( '/?*. ,U«i * INDUSTRIE FRANÇAISE. RAPPORT SU K L’EXPOSITION DE 1839 ' k ■ ■•** Ï-- m:2\‘ fNDlSTRlE FRANÇAISE RAPPORT L’EXPOSITION DE 1830, J. B. A. M. JOBARD, i.on.n i.ss a i kk -nu corvr, ksi.h».?u julcj. a vakis, ni'irr,! nr la son ni. rt n'i \coiiK i dl i>aki», bk i'acai^vil df. imjo.t, dis son i. i m ROYALES M. TILLE. DT. Ll KG b. I)V H Al S A LT; l’R KS I DLST UOtOr.AIKt r>F. (.\\C.vl>KJH* Dis I ' I S » Il 8 T R I F., ETC.. F.<» Travail .«’nllïanohil cl son jotip est brisé. 1/indusli ic, autrefois citibi jon mé|»i isp, l.onftlctuj>s emmnill.iUo, naguère n la lisière, Dans boi> liras tigourcux prossc aujoui'lliiii la loiro TOME PREMIER. cV'lZEH/o ij jt-.Mh 13rujfdks CHEZ L’AI'TEL'R, PLACE DES BARRICADES. 1. ET CHEZ HELENE, CANS ET COHF. PARIS, CHEZ MATHIAS. QUAI MALAQUAIS, 1!). 1841 y< iSo i&m. ■WaM ■jà..': 5 *' 'îK&ï^ :*k-ïJïA& Xi&xSfrs:-: mm LISTE DES SOUSCRIPTEURS AT RAPPORT 1)11 COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT BELGE, Sur l’exposition de l’industrie française de 1839. 1 ■ —. Exemplaire». S. M. LE ROI LÉOPOLD..80 MM. LE MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES. . . 80 >. DES FINANCES.1 » » DE LA GUERRE.1 » » DE L’INTÉRIEUR.30 .. >. DES TRAVAUX PUBLICS.50 LA BANQUE PHILANTHROPIQUE, A PARIS. 10 LA CHAMBRE DE COMMERCE DE GAND (PRÉSIDENT BOSSART.) . î I.A CHAMBRE DE COMMERCE DE MONS.5 I A CHAMBRE DE COMMERCE DISTENDE. 1 LA CHAMBRE DE COMMERCE DE TOURNAY.1 I.A CHAMBRE DE COMMERCE d’yPRES. 1 LE DIRECTECR DE LA FONDERIE DE CANONS A LIÈGE.1 LE DIRECTEUR GÉNÉRAL DES POSTES.1 LES FORGES, USINES ET FONDERIES DE HAINE-SAINT-PIERRE. ... 1 ij Exemplaires. LF. GOUVERNEUR DE LA PROVINCE DE NAMUR.1 LA LIBRAIRIE BELGE-FRANÇAISE, A BRUXELLES.2 LA MANUFACTURE DE GLACES ET CRISTAUX d’oIGNIES.1 LE PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE DE BRUXELLES. ... 1 LE PHÉNIX, A GAND.1 LA RAFFINERIE NATIONALE, AU CANAL, A BRUXELLES.1 LA SOCIÉTÉ DE COMMERCE, PLACE DE LA MONNAIE.1 LA SOCIÉTÉ CHARBONNIÈRE DE SARS-LONGCHAMPS ET BOUVY. ... 1 LA SOCIÉTÉ DE COMMERCE DE BRUXELLES.40 LA SOCIÉTÉ DES HAUTS FOURNEAUX DE LUXEMBOURG.1 LA SOCIÉTÉ NATIONALE POUR ENTREPRISES INDUSTRIELLES. ... 1 LA SOCIÉTÉ DES USINES DE COUILLET.3 LE VICE-PRÉSIDENT DE LA CHAMBRE DE COMMERCE DE CHARLEROY. . 1 A. ABRAHAM, rue de Berlaimont, 18, à Bruxelles.1 ACCARAIN, à Pâturages.1 ARRIVABENE (le comte), à Bruxelles.1 AUBÉE (E.), petite rue des Moineaux, 2, à Bruxelles. ... 1 B. BARBANSON , avocat, à Bruxelles.1 BARTHEL, professeur de phrénologie, à Bruxelles. ... 1 BASTIN, géomètre, chaussée de Louvain, 18, à Bruxelles. . 1 BAUGNIET (H.), employé aux travaux publics, à Bruxelles. 1 BAYET (Ad.), avocat, à Liège.1 BEAULIEU (Ad.), fabricant, à Charleroy. ...... 1 BECDELIÈVRE DE HAMAL (le comte), à Ixelles, sect. 1, 481. 1 BEKAERT (François), rue du Canal, 27, à Bruxelles. ... 1 BELLIÈRE, à Marcinelle.1 'U Exemplaires. BEMELMANS, avocat, à Namur.1 BENARD, rue Haute, 97, à Bruxelles.1 BIGOT, docteur médecin, rue du Cerf, 5, à Bruxelles. . . 1 BILLARD, rue de l’Empereur, 17, à Bruxelles. .... 1 BIOLLEY, sénateur, à Verviers.4 BOEDT, avocat, à Ypres.1 BOISSAU, à Boussu. ..1 BONNARIC (P.), rue Martel, “1, à Paris.1 BORGUET, entrepreneur de travaux publics, à Liège. . . 2 BOTY (AL), directeur de la société de charbonnage de Hornu et Wasmes.1 BOTY (Al.), à Wasmes.1 BOU1LLETTE, place de la Monnaie, 4.1 BOURDON, mécanicien, faub. du Temple, 74, à Paris. . . 1 BRElTBACH,horlog., ruemarché-aux-Herbes, 2S4,àLuxemb. 1 BRICIIAUT, place de la Reine, à Schaerbeek.1 * BRIXUE, administrateur, à Lodelinsart.1 BIIYS VAN GUTSEM, coin de la rueduLombard, à Bruxelles. 1 C. CAPITTE (J. B.), à Felhuy.. 1 CAPOUILLET (D. J.), au Rivage, à Mons.1 CARLIER, docteur méd.,à Bruxelles.1 CASTILLONDUPORTAIL,propriétaire,boul.del’Observ.,lB. 1. CELLIER-BLUMENTHAL, idem. \ CHALON, faub. de Flandre, 26, à Bruxelles.1 CIIANDELON , de Liège.' 1 CHANGY fds (de), rue Royale extérieure.1 GHAPEL (J. J.), rue Saint-Christophe, 1089, à Bruxelles. . 2 CHAPEL (Lucien), à Charleroy. 1 CHAPELIÉ (le colonel), direct, de l’école milil., à Bruxelles. 2 * IV Exemplair?». CHARVET, négoc., nouveau Marché-aux-Grains, 3, à Bruxel. 1 CHAZAL (général), à Liège.1 CHEVALLIER, chimiste, quai Saint-Michel, à Paris. ... 2 CHEVALLIER (A.), professeur à l’école de pharmacie, membre de l’Académie royale de médecine, à Paris. 1 CIIEVREMONT, ingénieur, à Ixelles.1 CH1TTI, boulevard de Waterloo, 14, à Bruxelles ... 1 COGHEN (le comte), rue du Pont-Neuf, à Bruxelles. ... 1 COLENBUEN (G.), à Jemmapes.1 COMMAILLE,nég. du Cap, rue de l’Arbre bénit, 229, à Ixelles. 1 CONSTANTIN, rue Saint-Michel, 5, à Bruxelles. .... 2 COPPIETERS (C.), représentant, à Bruges.1 CORBISIER (Auguste), rue d’Havré, 46, à Mons.1 CORBISIER (Fréd.), à Frameries.3 CORDONNIER (Léonard), quai de la Sauvenière, 818, à Liège. 2 COUVREUR VAN MALDEGHEM, à Gand.1 CRICK, notaire à Londerzeel.1 D. D’AREMBERG (le duc).3 D’ARSCHOT (le comte), giand maréchal du palais. ... 1 D’ARSCIIOT fds (le comte), au château de Hoordt. ... 1 ‘DAVREUX, pharmacien, à Liège. 1 DAVIGNON, de Francomont, près de Verviers.1 DANSART (Égide), au canal.1 DANSART (Antoine), au canal.2 DE BAST DE HERT, à Gand.1 DE BOUSIES, à Croix-lez-Rouveroy.2 DE BRIEY (le comte), sénateur à Virton.1 DE BRIJYN (Jean), tanneur, à Louvain.1 V Exeinpl-iire*. DE F1ENNE, à Gand. 1 DE FL0R1Z0NE (Ch.), représentant. 1 DE GARCIA DE LA VÉGA, représentant.1 DE GEMINI, de Constantinople, rue du Méridien, 520,àBruxel. 1 DE HEMPTINNE, pharmacien, rue des Fripiers, à Bruxelles. 1 DE HOMI'ESCII (,1e comte).• 2 DE HOMPESCH (le comte), à Aix-la-Chapelle.1 DE LA TERRITONI, à Dour.2 DE LIGNE (le prince).2 I)E LOCKHORST (le baron), à Bruxelles. . . /. . • 1 DE MAÜBOI.'RG, à Charleroy.1 DE MELFORT (le comte Éd.), impasse du Parc, S, à Bruxel. 2 DE MÉROI1E (le comte), représentant.1 DE MÉRODE(le comte Félix), id., rue des Confréries, à Bruxel. 1 DÉ MUELENAERE (le comte), gouverneur , à Bruges. . . 1 1)E PINTS (F.), à Ilodbeaumont, près de Theux.1 DE R1DDER, ingénieur.2 DE ROO, représentant.1 DE SABLET, rue du Palais de Laeken, faub. de Schaerbeek. . 1 I)E SAUVAGE (Fréd.), (chambre de commerce de Liège). . 1 DE SERRET (baron Fr.), à Bruges.1 DE SCHYVEll, directeur des hauts fourneaux de Châtelineau. 2 DE SÉCUS (baron), représentant.I DE TRAZEGNIES (le marq. Ch.), à Vichenet, près Gembloux. 2 D’URSEL (le duc), Marché-au Bois, à Bruxelles.1 DANSAPIRT (Antoine), bassin du commerce, 8, à Gand. . 2 1IECOSTER (pour la bibliothèque de Bruxelles). ... 8 DEFONTAINE (F.), administ. des hauts fourneaux de Couillet. 1 DEFONTAINE (J. J.), rue de Nimy, 67 à Mons.1 DEJONGHE, boulevard de Waterloo, 70, à Bruxelles. . . 1 DELACROIX (Th.), agent de la société d’encouragement pour l’industrie nationale, rue du Bac, 42, à Paris. 1 y j Exemplaire»- DELACROIX, peintre, impasse du Cheval, Fossé-aux-Loups, à Bruxelles.1 DELANNOY, major commandant du génie, à Diest. ... 2 DELAVAUX, chaussée de Schaerbeek, 19S.1 DELEIIAYE, représentant, à Gand.’ • 1 DEL1ANSON-CLARKE, à Bruxelles.2 DELINCÉ (Nie.), à Corncsse, près de Verviers.8 DELFOSSE, administrateur général des postes.1 DEMEURE (Ch.), rue delà Montagne, 4, à Bruxelles. ... 1 DEPOUHON, agent de change, rue Saint-Michel, id. . . . 1 DERONS (Louis), rue de Laeken, 29, id.1 DEROSNE (Ch.), et GAIE, impasse de la rue de Bansfort, à Molenbeek. • DEROSNE (Ch.) et CAIL, rue des Batailles, 7. à Paris. . . 1 DESAIVE, docteur méd., à Liège.1 DESCHRYVER, docteur méd., au Canal, à Louvain. ... 1 DESFOSSÉS, montagne Sainte-Élisabeth, 7, à Bruxelles. . 1 DESMAISIÈRES (L.), représentant. 1 DESOER (IL), (chambre de commerce de Liège).2 DESSIGNY (V.), Terre du Prince, à Mous.1 DESWERTE, administrateur de la banque de Belgique. . . 1 DEVAUX (Paul), représentant.1 DIDA, rue du Temple, à Paris.1 DIER1CKX-DUMORTIER, fabricant de papier, à Gand. . . 1 DIVE (F. ), fabricant à Tamine.1 DIVUY, administrateur de la société charbonnière de I)our> . 1 DOLEZ (IL), représentant.1 DRAPIER, chaussée d’Etterbeek, 238, à Bruxelles. ... 1 DROUET, secrétaire de légation à Londres.1 DUBOIS, représentant, Montagne de la Cour, 7, à Bruxelles. 1 DUBOIS, examinateur permanent de l’école militaire, rue des Aveugles, 6, à Bruxelles.. 1 MJ Exemplaires. DUBUISSON, chef de bureau au chemin de fer.1 DUBUS (Albéric), rue Ducale, 17, à Bruxelles.1 DUBUS DE GIIISIGNIES (le vicomte), id.1 DUDART, dentiste, rue d’Aremberg, id.1 DUGNIOLLE, docteur méd., Petit Sablon, 21, id. • ■ • 1 DULAIT, ingénieur, à Marchienne-au-Pont.1 DUMONT, représentant, à Gand. 1 DUMORTIER, id., à Tournay.2 DUPONT (A.), imprimeur à Périgueux, chez M. Dupont, rue de Grcnelle-Saint-IIonoré, SS, à Paris.1 DURAND (Amédée), rue de l’Abbaye Saint-Germain, id. . . 1 DURAND fils, ébéniste du roi, rue de Iïarlay, au Marais, id. 1 DUVIVIER (Aug.), représentant.1 E. ÉllARD (P.), fab. de pianos, rue du Mail, à Paris. ... 1 EVENEPOEL, notaire, à Bruxelles.1 EYIIT, architecte de la ville de Luxembourg.1 F. EAFCHAMPS, ingcn. civil, rue du Méridien, 518, àSehaerbeek. 1 FALCK (le baron), ambassadeur de Hollande.2 FALLON (Th.), président de la cour des comptes.2 FAUCHE, consul d’Angleterre à Ostende.1 FIORELLI, ingénieur mécanicien à la manufacture d’Oignies, près Charleroy.1 FORTAMPS (Frédéric), rue de la Fiancée. ..1 FOSSES (Alph.), commandant d’artillerie, à Philippeville. . 1 FOURNIER, inspecteur principal aux finances.1 FRAISSINET (Édouard), rue Montholon, 15, à Paris. ... 1 FRÉDÉRIX (le major), direct, de la fond, de canons, à Liège. 1 viij Exemplaires. FREMIET (Louis), à Mous.1 FRISON (Jules), présid. de la chambre de coram. de Charleroy. I G. GANDILLOT, rue Bellefoud, 52.2 GANDO, chez M. Tardif, rue de Louvain, à Bruxelles. . . . 1 GAUTIER-LESSINNES, Grand’Place, 45-44, à Mons. ... 1 GEINS (Charles), négoc., Marché-aux-Tripes, 48, à Bruxelles. I GENDEBIEN (AL), directeur de charbonnages. 1 GENDEBIEN (J. B.), rue Ducale, 23, à Bruxelles.1 GliRINROZE DE TOLOZAN. 1 GÉRUZET, libraire, à Bruxelles.1 GIGOT-SEGIIER, à Liège, à Bressons, pont d’Amercœur. . 1 GILMAN (Fréd.), secrétaire de la chambre de comm. de Liège. 1 GLIBERT, membre de la régence, à Bruxelles.1 GODART, à l’administration du dépôt de la Cambre. ... 1 GOFFINET, à Auvelois. 1 GOSSELIN (Et.), rue d’Argent, 6, à Bruxelles. 1 GRENON (J.), empl. au minist. des travaux publics, à Bruxel. 1 GRINART, nouveau Marcbé-aux-Grains, 19, à Bruxelles. . 1 GROETAERS, ingénieur du chemin de fer. 1 GROETAERS fils , fab. de pianos, à Bruxelles.1 GROSFILS (G.), ingénieur du chemin de fer.1 GUICHARD, à Anvers. 1 GUILBERT, rueCoppens, 21, à Bruxelles. 1 GUILLEMIN (Jules), directeur de la société des Ardinoises, sous Gilly près Charleroy. 1 GUILLERY, professeur, faub. de Laeken, à Bruxelles. . . 1 II. 1IABKRNICHKL, vieux Marché-aux-Grains, 8, à Bruxelles. . 1 IX Exemplaire*». HANNONET-GENDARME, hôtel de Suède, à Bruxelles. . . 10 HAYEZ, imprimeur, rue de l’Orangerie, à Bruxelles. . . 1 HEBBELINCK, colonel directeurde la l r " divis. d’art., à Gand. 1 HENNEBERT, négociant, à lluy.I HENRAR1), directeur des hauts fourneaux de Couillet. . . 1 HENVAÜX, à Couillet.1 HERMAN, rue Charonne, à Paris.1 HERPAIN, à Genape. 1 HEURTELOUP (baron), 1S5, Albany-street, Regent’s-Park, à Londres.1 HODY, administrateur.1 HOUTART-COSSÉ, à Haine-Saint-Pierre. ;.1 HUENS, place de la Monnaie, 2, à Bruxelles.1 HXE-HOYS, représentant, à Gand. .. 1 J. JACQUEMYNS, professeur de chimie, à Gand.1 JANSSENS (G. H.), vice-présid. rue des Moutons, à Louvain. 1 JAQUOT, manufacturier, rue de îa Braie, 5, à Bruxelles. . 150 JENNART (chambre de commerce de Charleroy).1 JOTTRAND, avocat, rue Royale-Neuve, 188, à Bruxelles. . 1 K. KEMMETER, chef de bureau des offices à la poste de Bruxelles. 1 KOPCZYNSKI, rue du Cheval-Noir, 4, faub. de Elandre, à Bruxelles. 1 L. LABROUSSE, direct, de l’école de commerce à Bruxelles. . 1 LACHAPELLE, ingénieur, à Couillet.1 LAURIER, à Jemmapes.1 X Exemplaires. LAFFITTE (J.), banquier à Paris.1 LAG0UTTE-DELACR01X , à Jcinmapes.3 LAMARCHE (Vincent), (chambre de commerce de Liège). . 1 LASSEN, plaine Sainte-Gudule, 21, à Bruxelles.1 LAVALLÉE (A.), empl. au ministère des travaux publics, id. 1 LEBEL, dir. du pensionnat de l’Athénée, rue Terarkcn, 6, id. 4 LEBENS (T.), ingénieur du chemin de fer.1 LEBON (Adolphe), chaussée de Miséricorde, à Marchienne-au- l’ont, près Charleroy. 1 LEBON (Gustave), idem.1 LEBON (Eugène), idem.1 LEBON, président de la chambre de commerce de Louvain. . 1 LECOCQ (Ch.), de Tournay, à la poste aux chevaux à Bruxelles. 1 LEFÉBURE DE POUCQUES, directeur du pensionnat-collège, rue Basse, à Saint-Josse tcn-Noode.1 LEGRANI) (V.), rue Grande, 59, à Mons.1 LEGRAND-GOSSART, idem.1 LEROY (le capitaine). ^ LETORET, enclos du Chapitre, à Mons.1 LEYS-MAREST, agent génér. delasoc. d’asphalte de Lobsann. 1 LIEUTENANT, manufacturier, à Verviers. 1 L1EUTENANT-PELTZER, id.1 LUCKHANS, rue de Laeken, 13, à Bruxelles. t . 1 M. MAES, commissaire au mont-de-piété, rue des Pigeons, 36, à Bruxelles.1 MAERTENS (J.), représentant.1 MALECK DE WERTIIENFELS, rue de la Reine, faub. de Namur, à Bruxelles.1 MANCEL DE BACILLY, plaine Sainte-Gudule, 19, à Bruxelles. 1 MANILIUS (F. A.), représentant, à Gand.1 ' Exemplaire». MANTEAU, nouveau Marché-aux-Grains, S, à Bruxelles . . 1 MAltCELLIS, architecte, rue Kipdorp, à Anvers .... 1 MA11CELLIS (Ch.), lue derrière Saint-Jacques, à Liège . . 5 MARCIIAL, mécanicien, rue de Flandre, 162, à Bruxelles. . 1 MARNEFFE, propriétaire, à Louvain.10 MASSART, iinp. lib. édit, de l’Écho Tournaisien, à Tournay. 1 MASSON (Cés.), au charb. des prod. du Flénu, à Jemmapes. 1 MEEUS (le comte), représentant. • MEEUS-BR10N, rue Ducale, 1, à Bruxelles.1 MEEUS-WOUTERS, boulevard Botanique, à Bruxelles. . . 1 MELBOOT, rue Finquette, 9, à Bruxelles.4 MENU, ingénieur du chemin de fer, à Tirlemont .... 1 MERSMAN, secrétaire de la société de commerce, r. Saint-Michel , 4, à Bruxelles.1 MERTENS (Ch.), place de Waterloo, à Bruxelles.1 MICII1ELS, rue du Lombard, 54, à Bruxelles. 2 MISONNE (chambre de commerce de Charlcroy). 1 MOKE, professeur à l’Athénée de Gand.2 MOREAU (Jules), à Paris.1 MOREAU (Jules), à Pont-sur-Bal, chez M. Lampion (ils, rue d’Enghien, à Mous.2 MOREAU (Albert), propriétaire, à Pâturages.1 MOREL (Ch.), rue de l’Évêque, 42, à Bruxelles.1 MOTTE (A.), à Dampremy.1 MOYARD (A. J.), rue Royale, 1, à Bruxelles.1 MOYARD-DUJARD1N, rue de la Cathédrale, 10, à Bruxelles. 1 MUCQUARDT (Ch.), Montagne de la cour, 21 bis, à Bruxelles. 1 N. NAGANT (D.), rue Royale, 28, à Bruxelles.1 NEGRIER (la v e ), à Enghien.1 X »J Exemplaire*. NEUBOURG, à Hornu, près Mons.8 NIELLON (le général), à Burtonvillé, près Stavelot. . . . 1 NOËL, ingénieur des ponts et chaussées.1 NOTHOMB , ambassadeur de Belgique à Francfort. ... 2 O. ORBAN (H.), président de la chambre de commerce de Liège. 1 ORLÉA (Zacharie-Joseph), à Mons.1 OULIF, professeur à l’Université libre, à Bruxelles. ... 1 P. PAGAN1, professeur à l’Université de Louvain.1 PA1ROU (A.), à Chàtelineau.1 PALMANS (A.), agent comptable au Renard .1 PAPE, facteur de pianos, rue des Bons-Enfants, 19, à Paris . 10 PAÏEN, au Conserv. des arts et métiers, r. St.-Martin, à Paris. 1 PECIIINEY, fabricant de melchior, quai Valmy, 45, à Paris. 1 PECLET, professeur à l’Ecole centrale, inspecteur de l’Université de Paris, quai Saint-Michel, 25, à Paris .... 1 PECSTEEN-LAMPREL, à Bruges.6 PEEMANS-BAZE, rue Haute, 90, à Bruxelles.1 PERROT, ingénieur civil, à Rouen.2 PERICHON, libraire, à Bruxelles. ..1 PERKIN (Henri), professeur, rue Marcq, 5, à Bruxelles. . 1 PICARD (Ernest), enseigne de marine, r. de l’Empereur, 1317, à Anvers.I P1RLOT (Ferd.), vice-présid. de la chamb. de comm. de Liège. 1 PIRMEZ, représentant, à Charleroy.1 PLA1DEAU fils ainé, fabricant de tabac, à Menin. ... 1 PLAISANT, inspecteur des postes, à Bruxelles.1 xiij Exemplaires. PONCELET, ingénieur du chemin de fer, à Malines ... 2 POPP, à Bruges.4 POULAIN-DEVAUX, rue de Nimy, 29-50, à Mons .... 1 PRAT, à Arlon (pour la province de Luxembourg). ... 1 PRÉVINAIRE, fabricant, à Harlem.10 PUISSANT (P. A.), représentant, à Jumet.1 Q- QUENON (A.), à Pâturages.1 QUINET (Godefroid), à Gilly (Hainaut).1 QÜIRTNI (Auguste), à Fleurus. ..1 R. RAFAYARD, négociant, à Jemmapes.1 RAIMBEAÜX (E.), rue de Nimy, à Mons. 1 RAMORINO (lieut. gén.), r. d’Orléans-Saint-Michel, 14,à Paris. 1 RAMPELBERG, imprimeur, rue de la Fourche, à Bruxelles. 1 RANWEZ, pharmacien, à Stalle, faubourg de Huy. ... 1 REGNAULT, chef d’instit., rue des Douze-Apôtres, à Bruxelles. 1 REGNIER-PONCELET, (chambre de commerce de Liège). . 1 RICHARD-DEMEUSE, ingénieur, au Renard .1 RICHE (Eugène), entrepreneur, à Anvers.1 RIGA, libraire, à Liège.5 RIGAUD, à Couillet.1 ROBERT, fabricant de lampes, rue Poissonnière, à Paris. . 2 ROBERT, contrôleur du chemin de fer, à Gand.1 ROBERT (Gustave).1 ROSENDAIIL, 1 er commis aux travaux publics, à Bruxelles. 1 ROUSSEL frères, tanneurs, à Tourna).1 XIV S. Exemplaire SAINCTELETTE, directeur de charbonnages, à Mous. . . SAINT-PRAY, rue des Récollets, 7, à Bruxelles. SAUVEUR (le docteur). SAX (fds). SAX(Adolphe), rue Notre Dame-aux-Neigcs, à Bruxelles. . . SCHELFHAUT, négociant, rue de l’Infirmerie, 4, à Bruxelles. SCHUMACHER, président du tribunal de commerce, rue des Longs-Chariots, à Bruxelles. SCOHIER (Louis), à .Tamioulx. SÉGUIER (le baron Armand), membre de l’Académie des sciences, rue Garancièrc, 15, à Paris. SEYMOUR, ambassadeur d’Angleterre, à Bruxelles. . . . SIMONS, directeur du chemin de fer. SNEYDERS, 1 er commis aux travaux publics, à Bruxelles. . SPITAELS, administrateur, à Lodelinsart. ST AS (G me ), rue de Paris , à Louvain. STASSART (le baron de), rue de Namur, 19, à Bruxelles. . . STOCK, Grand Sablon,10,à Bruxelles. STROYKENS, commandant de place, à Bruxelles. T. TASS1N (Désiré), ingénieur, à Liège. TELLIER, à Pâturages. TESTON, ingénieur mécanicien, à Hodimont-lez-Verviers. . THAUVOYE, à Pâturages. THOMAS, receveur, à Dadizeel, près de Menin. THOREL (Louis), à Pane. Porte Verte , à Molenbeek-Saint-Jcan. TllYS (Pierre), Rempart-des-Moines. 60. à Bruxelles. . . . 8 1 1 5 6 2 1 1 1 5 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 Exempl TOUCHE-GILLÈS (E), rue de la Place Verte, 704, à Anvers. TROYE (L.), représentant. V VAN ACKER (Eram.), à Gand (société du Phénix), rue du Pont-Madou, 13.. VAN AEL (P.), rue de l’Empereur, à Anvers.. VAN CUTSEM (J.), représentant. VANDENBERGIIE DE BUCKUM, à ïirlemont. VAN DEN BUSSCHE, propriétaire, à Furnes. VANDENPUTTEN (Ch.), au Canal, 39, à Louvain. VANDENSTEEN (le baron), représentant. VANDERHAERT, place de Louvain, à Bruxelles. VANDERIIECHT, Montagne de la Cour, à Bruxelles. . . VANDERMAELEN (Ph.), fondateur de l’Étab. géographique, à Bruxelles. VANDERMEER (le général comte). VANDERSTRAETEN (chambre de commerce de Liège). . VAN DE WEYER, ambassadeur, à Londres. VAN ESCII (J. B.), libraire, rue Krakestraet, 2, à Louvain. VAN GOBBELSCHROY (L.), r. de la Chanc., 18, à Bruxelles. VAN HAVRE (baron E.), rue de Vénus, à Anvers. . . . VAN HOOREBEECK, brasseur, à Bruges. VAN NUFFEL VAN ROMPA, à Boom. VAUDREÏÏER. Y'ERHAEGEN aîné , représentant.. VERVULGEN, à Dixmude.. V1FQUIN, inspecteur des ponts et chaussées. . . . . . VILAIN XIIII (vicomte), représentant. V1SSCHERS (Aug.), rue des Boiteux, 6 bis, à Bruxelles. . xvj W. Exemplaires. WAHLEN, libraire, rue des Sables, à Bruxelles.- WATTIERZ (Louis), rue Saint-Cric, à Tournay.1 WAUTERS, rue de la Cuiller, 11, près du nouv. Marc.-aux-Gr. 1 WAUTERS (Léon), rue large des Tanneurs, à Liège. ... 1 WILLMAR (le général), ambassadeur à Berlin.1 WINSSINGER, lieut.-col. d’art., r. Haute, 118, à Bruxelles. 1 WtTÏERT, lieutenant colonel, à Liège.2 WODON (Léonard), à Fosses.1 VVOOD (William), à Anvers.1 Y. YOtJNG, place de Meir, à Anvers. 1 Z. ZOUDE, représentant, montagne S te -Élisabeth, 8, à Bruxelles. 1 Nota. Une liste de souscription ayant été perdue, les signataires qui ne trouveraient pas leurs noms portés sur celle-ci auront le droit de réclamer les avantages réservés aux seuls souscripteurs. LE©IP®L[Ë) r cR ci (Wo l)«)e[!i t/w'e, Un règne sous lequel les destinées nationales ont été fixées d’une manière durable et les progrès de l’avenir assurés à un peuple intelligent et laborieux, marquera d’une manière glorieuse Vère de notre indépendance. Un règne, sous lequel l’instruction publique, les beaux- arts et l’industrie ont pris un développement inconnu jusqu’ici, est un règne prospère. Un règne qui laissera pour monument sur toute la surface de la Belgique le vaste réseau des chemins de fer, le premier qui ait apparu sur le continent européen, fera époque dans l’histoire de la richesse et de la civilisation de notre pays. RAPPORT. 1. a II Le souverain éclairé, à la voix duquel ces choses se sont accomplies, a mérité la reconnaissance (le tous les hommes qui prennent la peine de comparer le présent au passé. Permettez, Sire, au plus sincère appréciateur du bien- être dont la Belgique est entrée en possession sous l’égide de son roi, de déposer dans les mains de Foire Majesté l’ouvrage dont elle a bien voulu encourager la publication. De Votre Majesté Le très humble et très-obéissant serviteur, JOBARD. PREFACE Ou ne lit plus Iws préfaces et l’on a tort. Mistrf.ss Opie. \ 11 est plus facile à un homme isolé d’acquérir des connaissances que de se faire connaître, parce que le travail, l’étude et l’expérience même ne dépendent que de nous , et que le reste dépend des autres. Cette considération nous a fait accepter avec empressement , comme moyen, la mission qui nous fut spontanément offerte par un ministère que nous avions combattu, comme journaliste; de là les IV interprétations les plus offensantes pour le ministère et pour nous. Nos ennemis politiques, et nous en avons rencontré un grand nombre , nous accusaient d’avoir aliéné notre liberté ; nos amis, et nous en comptons quelques-uns, accusaient le ministre d’avoir cherché à nous compromettre, et nous dissuadaient d’accepter une tâche au-dessus de nos forces et trop peu rétribuée. La manière dont nous avons essayé de remplir cette mission nous justifiera peut-être aux veux de nos amis et des hommes impartiaux. Quant aux accusations de nos ennemis, le temps en fera justice. Une seule doit être réfutée ici : c’est celle de nous être engraissé des sueurs du pauvre peuple, en enlevant 22,000 francs par an, au budget. Voici notre réponse : On peut voir à la cour des comptes que nous n’avons été à peu près couvert de nos avances qu’une année après notre retour. Deux mois et demi de voyage , et les dépenses nécessaires pour nous faire remplacer , pendant notre absence, ont plus qu’absorbé l’indemnité de 4,380 francs que nous avons reçue. Quant au travail que nous a coûté pendant plus d’un an la rédaction de notre rapport, travail de tous les jours et de toutes les nuits , l’espoir d’être utile en a été l’unique objet et la seule récompense, sans parler d’une affection morbide causée par un - V excès de travail qui nous permettra tout au plus d’achever la tâche bénévole que nous nous sommes imposée. Du reste, si nous nous justifions, nous ne nous plaignons pas; l’accueil fait à notre travail par les hommes les plus distingués et les meilleurs juges , sa réimpression en Prusse aux frais de la chambre de commerce d’Aix-la-Chapelle, les honorables emprunts que nous font encore les grands journaux de France, d’Allemagne et d’Angleterre, ajoutés au silence que gardent nos adversaires, tout cela nous dédommage largement des calomnies ingénieuses, piquantes ou atroces que cette simple mission nous a suscitées. Un seul reproche, fondé en apparence, nous a été adressé par deux ou trois savants de l’ancienne gliilde ; c’est de n’avoir pas mis dans notre relation cette gravité professorale, cet air d’importance savan- tesque qu’ils sont accoutumés à rencontrer dans les traités didactiques. Nous répondrons que notre but était de nous faire comprendre de tout le monde; et que nous n’avons point eu l’intention d’écrire pour les savants qui n’ont pas besoin de nos leçons, mais pour les personnes qui ne savent pas. En nous attaquant à une Encyclopédie comme RAPPORT 1. b VI celle d’une exposition générale, nous ne pouvions échapper au reproche banal d’avoir la prétention de tout connaître j nous répondrons que nous échangerions volontiers tout ce que savons contre ce que nous ne savons pas ; mais nous serions bien disgracié de la nature, si, après avoir travaillé depuis 30 ans, de 15 à 18 heures par jour, nous n’étions pas un peu plus avancé que ceux qui se sont amusés avec la même ferveur. La petite somme de connaissances que nous pouvons posséder ne doit pas nous être enviée : elle nous a coûté trop cher ; mais sans elle, nous n’eussions pas plus été tenté de faire un rapport, que les commissaires envoyés par tous les autres gouvernements qui n’ont pas publié un mot sur cette magnifique exposition de 1839. S’il nous était permis de donner un avis aux jeunes gens qui sentent le besoin de parvenir par le travail, nous leur dirions de consacrer plus de temps à acquérir du savoir-faire que du savoir réel. Un homme qui étudie toute sa vie n’est jamais qu’un écolier, il ne doit donc pas s’étonner d’être traité comme tel par tout le monde, et surtout par les ignorants. Pour éviter l’accusation de plagiat des dictionnaires technologiques, nous avons eu soin de ne — vu — parler que des progrès accomplis clans l’industrie depuis la publication de ces dictionnaires. Nous ne croyons pas plus avoir dégradé l’industrie en la faisant descendre au niveau de toutes les intelligences, que M. Arago n’a ravalé l’astronomie, Arnott la physique et Pajen la chimie, en les traduisant en langage ordinaire. Nous aurions pu nous rendre algébriquement incompréhensible aux masses et statistiquement ennuyeux comme tant d’autres; mais nous tenions à démontrer que l'industrie n’est pas une science aussi difficile à comprendre que les gens du monde se le figurent. Si nous avons mêlé quelques traits moins graves, et, comme on nous l’a dit, des digressions superflues, à diverses parties de notre travail, nous passons volontiers condamnation sur ce qui peut être de notre part défaut de composition ou de style, voire même étrangeté d’esprit ou de caractère. Mais nous demandons que du moins on ne regarde pas quelques saillies ou quelques écarts d’imagination, comme la preuve d’un manque d’exactitude et de savoir dans les choses graves et positives. Qu’il nous soit permis de citer, parmi les témoignages qui nous rassurent à cet égard, celui de deux experts dont personne ne récusera, pensons-nous, ni la 6 * VIII finesse de tact, ni la délicatesse de goût. Voici leur opinion. Paris, le 29 décembre 1859. ii J’ai bien des remercîments à vous faire pour le double travail que vous m’avez fait l’honneur de m’envoyer. Le premier, le rapport de M. Nothomb, est un précieux document qui restera parmi les pièces les plus curieuses de l’histoire des chemins de fer en Europe. Le second, votre rapport sur notre dernière exposition de l’industrie, a eu plus d’intérêt pour moi encore, parce qu’il regarde la France. J’en avais déjà remarqué des extraits dans les journaux français et j’avais mis en note de prier mon ami, M. B., de me l’envoyer de Bruxelles. Vous êtes bien aimable d’avoir pressenti mon désir et de l’avoir satisfait sans que j’aie eu à vous l’exprimer. « Votre rapport, monsieur, a un double mérite : il est exact, et il est attachant à la lecture, je dirais volontiers, piquant. Membre du jury central et ayant été ainsi conduit à étudier notre exposition, j’ai été frappé de la justesse et de la portée de vos observations, autant que j’ai été intéressé et instruit par les détails historiques dont vous les avez mêlées, et par les notions scientifiques, mises à la portée de tous ; dont vous les avez avec bonheur assaisonnées. Je savais déjà que vous aviez à un haut degré cette faculté que l’école de M. Ch. Fourier appelle la papillonne et qui donne aux hommes qui en sont doués le moyen d’embrasser une grande quantité de sujets, en se portant sans effort de l’un à l’autre ; IX mais à cet égard vraiment, votre rapport a dépassé mon attente. « Vous avez déjà rendu des services distingués à l’industrie belge. Vous n’ètes point au bout de votre utile carrière. Vous contribuerez par votre zèle, votre activité, vos lumières si variées à pousser la Belgique de plus en plus en * avant, dans la voie de prospérité et de gloire pacifique où elle s’est engagée et où elle donne aux autres nations un bel exemple, trop peu suivi, hélas ! par ses proches voisins méridionaux. Je vous en félicite sincèrement, monsieur, et je félicite non moins le gouvernement qui, ayant près de lui des hommes de votre trempe, sait les utiliser (1). >< Je vous réitère mes remercîments et vous prie de me croire votre tout empressé serviteur. « Michel Chevalier , u Conseiller d'État, membre du jury central de l’exposition. » Paris, le 22 août 1830. « Monsieur Jobard , « J’ai des reproches à me faire à votre égard , je dois justifier mon long silence : comment ne vous avoir pas remercié de l’envoi que vous avez eu l’extrême obligeance de me faire des journaux contenant vos articles sur l’exposition? Et tout (1) M. Michel Chevalier savait sans doute que nous avions sollicité la place de directeur du musée des arls et métiers, vacante depuis dix ans. X d’abord recevez mes félicitations bien sincères sur l’exucd- tude de votre compte rendu et la justesse de vos appréciations ; votre très-intéressante digression sur ce qu’il conviendrait de faire pour faire gagner à la Belgique la main-d’œuvre d’une foule d’objets qu’elle tire à présent tout fabriqués des pays voisins , a excité ma vive sympathie, et quoique vos conseils doivent enrichir la Belgique au détriment de la France, ce que vous dites est si vrai, si bien démontré , qu’il faut que mon esprit national plie devant l’évidence. « Nos vues, monsieur, en matière d’économie sociale sont fort souvent les mêmes, elles partent d’un même point : développer l’industrie, la faire concourir à la prospérité générale , au bien-être de chacun , voilà le but constant de mes efforts ; hâter les progrès, faire éclore les idées industrielles en abrégeant la trop longue incubation à laquelle elles sont, faute d’argent, presque toujours soumises ; voilà, monsieur, ce que je tâche de faire à l’aide de la petite fortune que la Providence m’à départie. « Que de fois n’ai-je pas eu le regret d’ajourner à une autre année l’essai d’une conception mécanique rationnelle parce que mon petit budget était déjà dépassé ! « Mais la persévérance est chez moi une qualité qui vient » un peu à la décharge de mes nombreux défauts ; les obstacles , loin de me rebuter, ne font que provoquer mon activité. Si j’eusse été moins contrarié dans mes goûts, peut-être serais-je aujourd’hui un mécanicien moins enrayé? Au reste, c’est ma bonne ou ma mauvaise étoile, il faut que je fasse de la mécanique quand même. Je mourrai sans doute en combinant une machine à faire des cercueils ou un corbillard à vapeur. XI i! Je doute que vous puissiez lire mon griffonnage; mais si vous inventez jamais, vous qui êtes si fécond, une machine qui force à bien écrire, dédiez-la-moi, ma reconnaissance sera éternelle, comme les sentiments de haute considération et d’affection que je vous ai voués. « Le baron Séguier , « Membre de l’Académie des sciences, et du jury central de l’exposition. » ■ir-.s i îwï | o;jxu KÜH-f Jo liüijü-.s^îüi >;s p*fe naiôdà'S j j, " a «KUi. SISstf INTRODUCTION Ij€ travail est la seule source légitime de la considération, des honneurs eide la richesse. Nous vivons au milieu des aisances de la civilisation comme le poisson au milieu des eaux, sans nous en apercevoir, et comme si cela eût toujours été et devait toujours être. On ne songe pas assez que tout ce qui rend notre existence si confortable, n’a pu naître que pendant les courtes trêves survenues entre deux batailles. On semble perdre de vue qu’une nouvelle guerre de trente ans suffirait pour renverser cette pyramide de connaissances dont nous sommes si fiers, et nous ramener d’abord à la condition des Espagnols, pour nous réduire en peu d’années à celle des Maures ou des Bédouins d’Afrique dont toute XIV l’industrie consiste à battre un chameau et à arracher la laine d’un mouton. « J’aimerais mieux être mendiant à Paris que cheik en Algérie, » nous disait un voyageur, en nous contant que le souverain de Biscara, auquel il montrait une bouteille de verre, la prenait pour le fruit d’un arbre de France, par analogie avec sa gourde. Quand nos romanciers supposent que ces gens sont heureux malgré leur ignorance et leur dénùment, ils devraient admettre que nos pauvres jouissent d’un bonheur au moins égal à celui des Arabes, à moins que la vue du luxe n’ajoute le mal de l’envie à tous leurs autres maux. On se fait en général une fausse idée du malheur des pauvres ; car s’ils sentaient la gène de leur position comme nous la ressentirions à leur place, ils feraient, pour en sortir, les mêmes efforts qu’ont faits beaucoup d’enfants du peuple qui se sont élevés, par le travail et l’esprit de conduite, aux plus honorables positions sociales. Du reste, on oublie trop que la pauvreté est la condition normale de l’homme, et que la richesse est une exception , nous pourrions dire un état contre nature. On trompe donc bien grossièrement le peuple quand on lui signale les riches comme étant les détenteurs de la part d’héritage des pauvres ; car on raisonne comme si tout le monde avait été également riche à priori, tandis que nous étions tous également pauvres. Le riche n’a donc fait aucun tort au pauvre : c’est évidemment le contraire qui a lieu , car le pauvre vit du riche comme le gui vit du chêne. Toute richesse est le produit d’un travail quelconque. Cela posé, le premier soin d’un bon gouvernement doit XV être de réhabiliter, d’honorer, d’encourager le travail; car le travail est la seule source légitime de la considération, des hom- neurs et de la richesse, comme il est la source de toutes les vertus sociales. C’est l’oubli de ces vérités fondamentales qui a préparé et amené la chute de tous les États où le travail s’est vu frappé d’une sorte de mépris parmi les patriciens, parce qu’il était le partage des ilotes, des esclaves et des manants. Cet absurde préjugé commence heureusement à disparaître de quelques pays de l’Europe ; l’aristocratie anglaise a donné le premier exemple, qui fut suivi par la noblesse française. La noblesse russe elle-même ne croit pas déroger en se livrant à l’industrie et au commerce ; son mérite en est d’autant plus grand qu’elle est encore en plein sous l’impression du régime de la féodalité. Cette révolution, ou ce retour à la raison, est le plus beau résultat de l’abolition de l’esclavage ; car l’esclavage a été la cause de tous les bouleversements qui se sont succédé depuis les temps historiques. Ce n’est qu’à dater de notre époque qu’on peut espérer de voir naître en Europe un ordre social florissant et durable , dès qu’on se sera décidé à lui donner pour base le travail organisé, l’industrie et le commerce réhabilités. Le travail est évidemment le plus grand moralisateur du monde ; il a enfanté assez de merveilles pour inspirer de la confiance dans les prodiges qu’il promet d’accomplir encore et toujours jusqu’à la fin des siècles, pour peu qu’on le protège contre l’invasion de messieurs les sauvages de la civilisation, et de cette race de troublesome guests qui ne fait rien et veut empêcher les autres de faire. XVI Quand on jette un coup d’œil sur la longue enfance de l’industrie, qui resta pour ainsi dire rachitique et nouée, depuis le potier Dédale, jusqu’à l’émailleur Bernard de l’alissy, et que l’on compare la lenteur de ses progrès depuis Bernard de Palissy jusqu’à l’époque de nos pères, avec l’accroissement quelle a pris, depuis trente années seulement, on est en droit d’espérer que si rien ne vient l’entraver, cette nouvelle reine du monde portera bientôt sa tète au septième ciel. Cette manière de voir n’est pas nouvelle chez nous, et malgré la chute qu’elle vient de faire, nous n’avons rien modifié à l’opinion qui sert d’épigraphe à nos trente-six volumes de VIndustriel : L'industrie, autrefois embryon méprisé, Longtemps emmaillottè, naguère à ta lisière, De ses bras vigoureux presse aujourd'hui la terre. Qu’était en effet l’industrie chez les Grecs qui n’avaient pas même un nom à lui donner? A ne considérer que le vêtement, quelle était leur chaussure? d’incommodes sandales; leurs habits? des manteaux de drap grossier, à en juger d’après la roideur des plis de leurs statues. Bien de plus informe que les dés, les aiguilles à coudre, les compas qui sont venus jusqu’à nous ; leurs épingles môme n’étaient que des chevilles fabriquées à la lime ; leurs peignes, des espèces d’étrilles! ils ne savaient pas ferrer un cheval. Épaminondas n’avait qu’un habit et restait au lit pendant qu’on lavait son vêtement. Les ressources de la mécanique se bornaient à ce qu’il en faut pour la construction des catapultes, aux leviers de pre- XVII mier genre et plus lard à la vis d’Archimède. C’est à force de bras qu’ils bâtissaient leurs temples; 60,000 hommes ont été employés à transporter une seule pierre de Balbek. Quel mauvais emploi de la force ! Cent mille hommes travaillèrent pendant trente ans à la pyramide de Chéops ; les pierres étaient traînées sur d’énormes talus en terre établis avant les édifices, et soulevés à mesure que ceux-ci avançaient. Douze mille prisonniers juifs furent employés pendant trois ans à la construction du Colisée de Rome. Strabon rapporte que les mines d’Espagne étaient exploitées par quarante mille hommes. Les anciens ne connaissaient ni les moulins à vent, ni les moulins à eau. Théophraste et Plaute tournaient la meule pour écraser le grain des boulangers. Il n’y avait aucun étalon fixe pour les poids et mesures. Toutes les coudées égyptiennes et tous les pieds romains différaient entre eux. Le rapport que M. Drovetti avait cru voir entre la coudée du Nil et notre mètre n’était qu’une illusion. Les instruments dits de précision, n’étaient que de grossières ébauches ; la clepsydre tenait lieu de la montre, ce sonnet sans défaut de notre mécanique. On peut dire que l’industrie basée sur la division du travail, l’industrie tendant à faire descendre le confortdu riche jusque dans la cabane du pauvre, l’industrie enfin comme nous l’entendons, n’a jamais existé chez les anciens. Ce fait dérive naturellement de la constitution de l’an- eienne société qui ne se composait que de maîtres et d’esclaves : de maîtres qui pouvaient récompenser les produits exceptionnels de l’art individuel, et d’esclaves qui ne possédaient rien. XVI11 Nous voyons encore en Orient le spécimen vivant de cet ordre de choses. Il y existe certainement de merveilleux orfèvres, d’habiles potiers, d’inimitables ouvriers dans le travail de l’ivoire, des filigranes et des tissus précieux ; mais on n’y voit aucun de ces grands établissements industriels où s’impriment, pour ainsi dire, ces innombrables fac-similé qui, découlant à foison d’un même type, diminuent de valeur au fur et à mesure qu’ils se multiplient. Les anciens, comme les Indiens, ignoraient ce grand axiome des économistes modernes: les petits profits font les plus gros bénéfices. Les anciens savaient produire, mais ignoraient l’art de reproduire ; ils ne connaissaienlquel’industrie du foyer domestique et des individualités artistiques qui consacraient leur aptitude à faire et à orner les objets dont le riche faisait usage ; tandis que notre industrie vise à procurer à tout le monde les choses qui lui sont indispensables d’abord, utiles ensuite, et agréables après. Notre classe mitoyenne, notre bourgeoisie si nombreuse, n’existait qu’en germe dans la caste des anciens affranchis. C’est elle qui a créé, qui dirige et qui alimente notre industrie cylindrique. Nous l’appelons cylindrique, parce que le cylindre est le critérium de l’industrie moderne et que tout procédé mécanique, toute fabrication qui n’est pas soumise à la continuité d’action que le cylindre seul peut lui donner, est encore a l’état embryonnaire. La filature, l’imprimerie, la»forgerie, l’orfèvrerie, l’hydraulique, la papeterie, la draperie, la scierie et une foule d’autres métiers sont déjà passés à l’état cylindrique, et les efforts de tous les inventeurs ont constamment pour but d’y amener tous les autres. XIX Les Grecs ont été très-loin dans tout ce qui tient à la beauté des formes ; leur céramique sert encore de modèle à la nôtre, et fFedgwood a payé au poids de l’or les plus beaux vases étrusques, qui, par parenthèse, se fabriquaient à Corinthe. Mégare, petite ville sans territoire, florissait par ses étoffes dont les produits le cédaient cependant à ceux de l’Égypte. On voit encore, sur les parois des temples et des cryptes dont Champollion et Belzoni ont rapporté les dessins, les prêtres et les princes vêtus d’une toile de lin, à travers laquelle on aperçoit la carnation. C’était sans doute le ventus textilis, ce tissu aérien dont parle Juvénal. La bijouterie aussi était assez avancée chez les Grecs, et on ne peut concevoir comment, avec des instruments grossiers, leurs orfèvres pouvaient exécuter ces colliers et ces bracelets d’écaille si flexibles et si pleins de ressort. Mais, nous le répétons, tout cela n’était que de l’adresse individuelle comparable à celle de ces bergers suisses qui font des chefs-d’œuvre avec un mauvais canif. Il n’y avait pas de fabriques de draps proprement dites ; les femmes faisaient elles-mêmes leurs tissus, comme les anciennes fermières des États-Unis , ou comme les Madécasses et les Javanaises qui filent, tissent et teignent encore les étoffes dont elles ont besoin (1). (1) Nous possédons une pièce de toile semblable à du nankin, fabriquée par une femme de Madagascar. M. Commaille , qui nous l’a rapportée, nous a conté la manière dont ce tissu se fabrique par les naturels. Ils prennent la seconde écorce d’un arbre nommé Roufia; ils la battent pour la diviser. Ses filaments ont environ un mètre de long. Après avoir tiré ces brins les uns après les autres, ils les atta- XX Alexandre le Grand, croyant sans doute que cet usage existait également en Perse, avait envoyé un ballot de laine fine à Sysigambis, mère de Darius, qui ne sut qu’en faire; Alexandre s’excusa en disant que sa mère Olympias et ses sœurs Thessalmice et Laodicée avaient tissé les habits qu’il portait. chent au moyen d’un nœud de tisserand très-habilement fait. C’est ainsi qu’ils obtiennent, sans filer, toutes les longueurs dont ils ont besoin, soit pour la trame, soit pour la chaîne. Ils tissent ensuite leur étoffe sur de petits métiers de bambou qui ne valent pas cinq francs. Leur procédé est le même que celui des anciens Égyptiens et que le nôtre. Ils ont un peigne, des navettes, des bobines et des pédales analogues aux nôtres. Seulement, leur toile est infiniment meilleur marché que la nôtre, et l’Angleterre commence à en importer des quantités considérables, surtout pour les robes de dessous, car ce tissu est très-bouffant et ne se froisse pas comme le coton. Les Madécasses ont, comme on voit, supprimé entièrement la filature ; et les plus petits enfants peuvent être utilisés à nouer les brins. Nous croyons réellement qu’ils vont au moins trois fois plus vite pour faire un noeud,que nos fileuses au rouet, pour filer un brin de même longueur. Or, ces nœuds se distinguent à peine dans l’étoffe qui est plus égale et plus forte que nos toiles ordinaires. Nous croyons à la possibilité d’introduire avec avantage la filature ma- décasse dans nos campagnes, à l’aide des brins de l’aloès et surtout du phormium tenax qui se divise fort bien et avec une grande égalité; on finirait par faire avec les brins les plus ténus d’admirable fil à dentelle. Le même voyageur nous a montré un mouchoir fabriqué en Chine avec la feuille de l’ananas, on ne saurait voir quelque chose de plus blanc, de plus fin, ni de plus soyeux. Il paraît que plus la grande industrie manufacturière prend d’extension en Europe, plus l’industrie individuelle tend à s’effacer et à disparaître, et il en doit être ainsi : l’homme de génie isolé est accablé chez nous par les grands capitaux dont la routine peut disposer; il ne XXI La mémoire de ces bonnes ménagères était souvent honorée par des inscriptions tumulaires du genre de celle-ci : Lanam fecit, Domi mansit. Mais cette industrie des femmes et celle des esclaves que l’on employait comme ouvriers, étaient, comme les arts du sauvage, le résultat de talents privés. C’était seulement comme artistes que les ouvriers de certaines villes de l’antiquité avaient de la réputation pour la supériorité de leurs produits. On faisait de magnifiques teintures à Tarente, d’après les Phéniciens et les Babyloniens. Toute la grande Grèce était renommée pour ses meubles de bronze riches et précieux, ainsi que pour ses manteaux brodés d’or et d’argent; mais on n’avait ni bonnes chaises, ni habits chauds pour le peuple. Il en est encore ainsi dans tout l’Orient : les kans, les émirs, les cheiks même possèdent des selles admirablement brodées, des armes ciselées, niellées, richement gainées, et de brillants uniformes, mais leurs entours sont déguenillés ou à demi nus. Les Belges furent les premiers qui fournirent aux Romains des étoffes de laine épaisses et chaudes dont ceux-ci se trouvèrent si bien, que le poëte Martial en ayant reçu une blouse prend plus la peine de penser, ni d’exercer ses mains à la production directe. Que gagnerait en effet le plus merveilleux calligraplie qui voudrait lutter aujourd’hui avec la presse? que ferait le meilleur coureur contre la vapeur ? que peuvent nos fileuses des Flandres contre les métiers anglais? Le moindre ouvrier chinois est peut-être plus adroit des mains que nos meilleurs ouvriers d’Europe, mais il n’est rien contre la plus mince de nos machines. RAPPORT, t. r XXII en cadeau, ne manqua pas de déclarer en bons vers qu’il lui serait impossible désormais de passer l’hiver, s’il n’en recevait une seconde. La Frise jouit ensuite de la plus grande réputation pour ces étoffes dont ëlle est encore en pleine possession. Tout ce qui n’exigeait pas des machines coûteuses et des outils de précision s’exécutait fort bien chez les anciens ; mais tout ce qui demandait un peu de force vive ou quelque outillage compliqué leur était interdit. Aussi n’ont-ils jamais eu la moindre monnaie bien frappée. L’association des capitaux modernes peut seule pourvoir au coûteux gréement de nos fabriques. Si les anciens ont été nos maîtres en philosophie, en littérature , en architecture, en statuaire, nous les avons laissés bien loin derrière nous, quant aux arts industriels et utilitaires, et nous ne leur devons plus rien quant aux beaux-arts. Tant que nous ne les avions pas égalés, on pouvait admettre que la vie des peuples était renfermée dans un cercle donné et que la civilisation avait, comme les orbites planétaires, son apogée, son périgée et qu’il existait un point culminant où chaque peuple s’élevait à son tour pour en descendre après. Les uns supposaient que l’œuvre du progrès avait, comme les individus, sa jeunesse, son âge mûr, sa décrépitude et sa mort. Les autres, prenant leur terme de comparaison dans le règne végétal, voyaient la civilisation suivre les phases diverses de la fermentation. 11 en est enfin qui croyaient voirie progrès s’élever sans cesse le long (Tvn plan incliné dont la base est XXI11 partout et le sommet nulle part. Nous pensons que la ligne suivie par l’esprit humain n’est ni la ligne droite ni le cercle ; mais la spirale qui, tout en paraissant passer par les mômes nœuds, gagne sans cesse du terrain en s’éloignant du point de départ. Toutes les chutes arrivées à l’humanité n’ont été que les premiers essais d’un enfant qui tombe, se relève et retombe bien des fois, avant de se tenir solidement dressé. Aujourd’hui c’en est fait, l’enfant a secoué ses langes et ses lisières, il est debout, il marche ; mais il est jeune encore : car les lustres sont pour lui des jours et les siècles des mois, il a 7 ans à peine. Tous les travaux des Égyptiens, des Grecs et des Romains n’ont été, si l’on veut, que des accumulations de force dans le grand volant de la civilisation. Il tourne maintenant et il serait plus difficile de l’arrôter que d’entretenir et d’accélérer son mouvement acquis. * Quiconque essayerait de le faire rétrograder serait brisé comme un fétu dans les engrenages d’un laminoir. La civilisation a marché en raison de la facilité des communications entre les hommes. Jadis les connaissances se répandaient lentement par les sentiers rares et tortueux de la parole, aussi que les marchandises portées à dos d’homme, à travers les forêts elles rochers. Aujourd’hui elles s’élancent par la presse, la poste et les télégraphes, comme les produits de nos manufactures qui glissent à vol d’oiseau sur l’Océan dompté et sur les rainures en fer. On doit en convenir, tout ce qu’ont réalisé les anciens au plus haut point de leur gloire, nous l’avons fait, et si le pro- c’ XXIV grès avait un faite, depuis un siècle au moins nous en serions tombés. Mais nous avons fait plus, et chacjue jour nous allons plus loin encore : tout ce qu’ils ont produit en peinture, en sculpture, en poésie, en architecture, en philosophie même, nous l’avons fait ou nous pourrions le faire. Mais ce qu’ils n’ont pas découvert, c’est l’imprimerie, c’est la vapeur, c’est la poudre, c’est, la filature; ce sont les chemins ile fer, l’éclairage au gaz, les doubles écluses, les ballons, le télégraphe, les postes, la boussole et l’Amérique; c’est la chimie, l’anatomie, la chirurgie, l’algèbre, la géométrie descriptive, le système décimal, la géologie, la statistique, la lettre de clumge; c’est la fotite, le zinc, le platine, le nickel, les glaces et la houille; c’est l’héliographie, lagalvano-plastique, le drap-feutre, le pyroscaphe, la taille du diamant, le télescope, le microscope, la rotondité de la terre et tout ce qui existe à sa surface. Comprend-on bien la pauvreté d’un état social qui serait privé de toutes ces choses et d’un millier d’autres qui ne viennent pas sous notre plume en ce moment ? Que ne résultera-t-il pas de la conjugaison incessante de tous ces éléments divers de l’alphabet de nos connaissances générales? de tous les termes de cette immense équation? Tant que la civilisation s’est trouvée confinée dans un petit coin de terre , ou dans une seule bibliothèque, il n’a pas été difficile à la barbarie de la surprendre et de l’étouffer. Mais que cenMnille barbares se rassemblent aujourd’hui au milieu des steppes, aux confins de la Chine, en quelque lieu du monde que ce soit, ils n’auront pas fait vingt lieues avant qu’on en soit informé aux Tuileries et à Saint-James ; et dussent-ils exterminer la civilisation et brûler tous les XXV livres de l’Europe , ou les retrouverait eu Amérique ou dans la plus petite île de la Polynésie. Nous pouvons donc nous rassurer entièrement sur le sort de la civilisation, elle ne périra plus. Si les arts se sont éclipsés pendant douze à quatorze siècles de guerre et d’anarchie et n’ont commencé à refleurir qu’à l’époque dite de la renaissance, l’industrie souffrit également de ce long sommeil. Le grand Charlemagne n’étail pas si confortablement vêtu qu’Abd-el-Kader ; il signait ses Capitulaires en trempant sa main dans l’encre pour l’appliquer sur le parchemin. Le peuple et les prêtres étaient vêtus de peaux comme les bas Bretons et les Cosaques; dans les jours de cérémonie ils jetaient par-dessus leurs peaux, une enveloppe de toile, un surplis (super pelles ). On croyait faire un legs pieux et considérable en donnant une paire de souliers à une église pour l’usage des officiants. Au moyen âge l’usage du pain blanc. de la viande de boucherie, de la chandelle et du linge de corps était encore très-rare. Huit ou dix personnes couchaient à la fois dans un même lit ; les gens du grand monde se faisaient traîner dans des .charrettes attelées de bœufs; pendant les hivers rigoureux on voyait arriver les grandes dames de Paris à l’église, conduites dans des tonneaux défoncés. Les Chinois étaient certes bien plus avancés que nous avec leurs palanquins élastiques et le confortable de leurs habitations. Jusqu’à la fin du dernier siècle les arts et métiers furent considérés comme des professions indignes de l'homme intel - XXVI ligent. En Pologne ce préjugé domine encore au point qu’un peintre en miniature ayant avoué dans une haute société qu’il avait fait lui-même les portraits que l’on admirait, cela suffit pour qu’on cessât de le recevoir. On supposait qu’il devait avoir des esclaves pour travailler ses miniatures, comme on a des serfs pour travailler ses terres. L’industrie ne s’est pourtant naturalisée qu’avec peine en France; végétant sous la dure protection delà race conquérante, c’est en pliant sous le joug, c’est en payant au poids de l’or le droit d’exister, qu’elle a pu soutenir, sans mourir à la tâche, le mépris et les vexations des hommes d’armes; mais quand la noblesse déposa l’armure du croisé pour revêtir l’habit du courtisan, l’industrie profita du moins de ce revirement dans les mœurs. Louis XI fut le premier roi de France qui songea à encourager les manufactures. Henri IV et Sully luttèrent utilement l’un avec l’autre pour stimuler les industries manufacturières et agricoles. Tandis que le ministre répétait que labourage et pâturage sont les deux mamelles de l’Etat , et qu’il faisait planter à ses frais vingt mille mûriers dans le jardin des Tuileries et de Fontainebleau, le roi n’épargnait rien pour favoriser les manufactures de tapis façon de Perse, la tapisserie de haute lisse, les glaces façon de Venise et l’exploitation des mines. L’impulsion donnée par Henri IV s’arrêta sous Louis XIII; mais elle fut dignement reprise par Colbert : grâce à lui, la France égala un instant l’Espagne et la Hollande pour la draperie, le Brabant pour les dentelles, l’Italie pour les XXVli soieries, Venise pour les glaces, l’Angleterre pour la bonneterie , l’Allemagne pour le fer-blanc, la Flandre pour les toiles. Ajoutons que Colbert fut un des créateurs du canal du Languedoc , dont Vauban a dit : « Je donnerais tout ce que j’ai fait et tout ce qu’il me reste à produire en fait de fortifications , pour être l’auteur d’un ouvrage si admirable et si utile. » Il sentait, comme on voit, qu’il aurait pu mieux employer les trésors de la France. Puissent nos modernes Col- berts voter des milliards pour les travaux publics, plutôt que pour des forteresses ; chaque locomotive qu’ils poseront sur des rails passera sur le corps à un peloton d’anarchistes ; c’est une pioche plutôt qu’un fusil qu’il faut songer à mettre dans les mains de la jeunesse des campagnes, ce sont des emplois qu’il faut créer pour ces nombreuses victimes de l’instruction identique qu’on s’obstine à donner à la petite bourgeoisie et aux classes supérieures, lesquelles sont mieux en position d’obtenir le petit nombre d’emplois dont le gouvernement peut disposer, et laissent les autres indécis entre la misère et l’émeute. En Chine ce n’est pas un parchemin, c’est un brevet d’employé du gouvernement que l’on remet aux étudiants vainqueurs dans les examens. La faute de Colbert a été d’emprisonner l’industrie dans les instructions qu’il rédigea sur les procédés à suivre dans chaque espèce de métier, parce qu’elles servirent de règles et de statuts dont les corporations et jurandes défendaient de s’écarter. C’était arrêter tout progrès ultérieur , c’était commettre une erreur analogue à celle que fait encore l’Angleterre en s’opposant à la sortie de ses machines, comme XXYIlt si le progrès et la perfection pouvaient avoir un ternie. Les corporations qui, sous certain point de vue, donnaient une espèce d’organisation au travail, devinrent tellement exigeantes qu’il fut impossible à un inventeur de s’établir pour exploiter sa découverte, sous prétexte qu’il> devait auparavant se faire affilier à tous les métiers auxquels son invention touchait par un point quelconque. Or, ces réceptions coûtaient beaucoup d’argent. Le travail était devenu un droit régalien. On peut dire à juste titre que la permission de vivre en travaillant n’existait pas en France, avant le 17 février 1791, jour où parut le décret de la Constituante qui prononça l’abolition des maîtrises et jurandes et établit sur tous les fabricants et industriels un droit de patente qui fut accepté avec joie et reconnaissance. Mais on commence à sentir les inconvénients de cette extrême liberté. Le premier venu pouvant prendre aujourd’hui une enseigne et une patente, sans rien connaître du métier dans lequel il se donne comme passé-maître, il s’ensuit que le public est sans cesse victime de l’ignorance et du charlatanisme patentés, sans avoir son recours comme autrefois auprès des prud’hommes ou des chefs de métiers. Les tribunaux même n’y peuvent porter remède, à cause des formalités et des frais incroyables qu’exige le moindre redressement d’un tort. Le citoyen tranquille préfère le dommage d’être volé, à la peine de faire punir le voleur. Quand vous aurez trompé tout le monde , disions-nous à un de ces escrocs établis, personne ne voudra plus avoir à faire à vous, et votre achalandage sera perdu. — Quand j’aurai trompé tout le monde, nous répondit-il sans s’émouvoir, XXIX ma fortune sera faite et je me moquerai bien de l’achalandage. Si l’on prend la peine d’y regarder, on verra que cette lèpre s’étend chaque jour davantage et finira par tout démoraliser. Déjà le nom d'industriel est devenu synonyme de chevalier d’industrie... de fripon. Nous engageons les honnêtes industriels à réclamer une organisation du travail, qui perinètte du moins d’élaguer de leur noble phalange les ignorants , les incapables et les escrocs. Ils ne doivent point perdre de vue que le monde est dévolu au travail. Qu’ils établissent donc entre eux, à défaut du gouvernement, un conseil de discipline ; qu’ils élisent un bâtonnier et ne reconnaissent pour appartenir à l’industrie que les ouvriers honnêtes et capables, munis de leur exequatur ou livret convenablement motivé. Ils se rendraient par là un grand service; mais ils en rendraient un bien plus grand encore à la société. Par suite de l’association des grands capitaux pour la production cylindrique, il va naître une nouvelle espèce de maîtrise à laquelle l’ouvrier ne pourra plus du tout atteindre ; c’est alors que l’État sera poussé à se faire producteur sans bénéfice, pour soutenir la lutte contre les puissances industrielles, à moins que les ouvriers ne s’associent dans le but d’une mutualité de crédit, que nous regardons comme une fiction irréalisable. Du reste la politique des Etats a la plus grande influence sur la production. Le stupide édit de Nantes a mis l’industrie française en déroute, comme une guerre de la France contre l’Europe le ferait encore aujourd’hui, ce dont le sage monarque qui la gouverne saura la préserver. XXX Quelles que soient la force, l’impétuosité et la bravoure des Français, ils devraient songer qu’il y a quelqu’un de plus puissant qu’eux : c’est tout le monde, ils l’ont d’ailleurs déjà éprouvé ; mais l’expérience des pères est presque toujours perdue pour les enfants. La jeune génération actuelle n’a nul souvenir des désastres qu’entraîne la guerre, pendant laquelle tout s’arrête ou recule; car la guerre est rétrograde, la paix seule est progressive ; la France aime le progrès par-dessus tout; mais la gloire par-dessus le progrès ; de la gloire militaire, de la gloire brutale, elle en a été saturée ; toute son ambition devrait donc se porter aujourd’hui vers la gloire intellectuelle. Il y a d’admirables conquêtes à faire encore dans le champ de la science, de magnifiques batailles à gagner sur les éléments, de vastes régions inconnues, tout un nouveau monde d’idées à découvrir : voilà la noble arène où la grande nation devrait songer désormais à promener les étendards de son intelligence et l’activité brûlante de son génie. Le blocus continental fit comprendre à la France tout ce qui manquait alors à son industrie. Il fallut suppléer aux produits exotiques par des produits indigènes. Le salpêtre, le sucre, l’indigo, les cuirs, les armes blanches, se tiraient du dehors ; les efforts des Monge, des Berlholel et des Four- croy suffirent à tout. Les fabricants commencèrent à reconnaître combien il était important de s’éclairer des lumières de la chimie, de la physique et des épures : il n’y eut plus dès lors de secrets dans les arts et métiers. La Convention organisa Y École normale, le Muséum, le Conservatoire, le Bureau des longitudes et enfin Y École poly- XXXI technique qui, suivant sa constitution primitive , devait embrasser l’ensemble des connaissances scientifiques et industrielles. Mais elle fut restreinte par Napoléon aux éléments purement militaires dont il avait besoin, et à la théologie transcendante des mathématiques pures qui a donné naissance à cette aristocratie d’x et d'y, laquelle a longtemps cru déroger en descendant à l’application immédiate ; mais d’heureuses réformes permettent aujourd’hui à cette école célèbre de lutter d’utilité avec l’École centrale d’industrie et de commerce, fondée par un simple particulier, mais dirigée par des professeurs du plus haut mérite. Les usines de France se sont déjà enrichies des nombreux élèves des Dumas, des Peclet, des Payen et des Perdonnet, qui portent dans toutes les branches des manufactures cet esprit investigateur et synthétique qui distingue ces maitres habiles. Le Directoire ordonna la première exposition de l’industrie en France ; elle ne dura que trois jours et c’était encore trop pour étudier le peu d’objets qui s’y trouvaient. La seconde exposition eut lieu en 1801 ; le métier Jacquard y fut simplement honoré d’une médaille de bronze. On présenta à l’exposition de 1802 la première pièce de mousseline française, qui fut repoussée par le jury comme étant d’origine anglaise. L’exposition de 1806 commença seulement à signifier quelque chose. Trois expositions eurent lieu sous la restauration ; elles brillaient surtout par le nombre et la beauté des ornements d’église. Les trois expositions de 1819, 1823 et 1827 constatèrent XXXII de grands progrès dans les lainages, la métallurgie et la construction des machines; ce fut vers cette époque que le célèbre Ternaux dota la France de la fabrication des cachemires. L’exposition de 1834 surpassa d’autant les premières que celle dont nous allons parler l’emporte sur la précédente ; mais nous craignons bien qu’elle ne soit la dernière , car, à moins que la guerre ou l’anarchie ne fasse rétrograder l’industrie , il ne sera matériellement plus possible de recueillir dans un même local les innombrables et ingénieux produits de l’intelligence française. C’est peut-être ici le lieu d’examiner rapidement la question morale des machines et, comme nous sommes entièrement d’accord sur ce point avec le docteur Fillermé, nous n’hésitons pas à nous ranger à ses idées qui nous semblent trancher définitivement cette question si longtemps débattue. « D’abord, l’emploi des machines est un fait hors de débats. Lors même qu’il produirait de grands maux, il serait nécessaire de-s’y soumettre. Un peuple qui n’adopterait pas les nouvelles découvertes dans telle ou telle branche de l’industrie, tandis que scs voisins le feraient, se placerait dans un état évident d’infériorité. Non-seulement il ne pourrait plus se soutenir sur le marché extérieur, mais il ne garderait pas même longtemps le marché national. Une contrebande active s’organiserait sur ses frontières, dès qu’elle offrirait un bénéfice considérable, en sorte que les fabricants, pour avoir persisté dans les anciens modes de production, seraient bientôt contraints de ne plus rien produire. « Si les ouvriers n’ont plus autant de main-d’œuvre par l’in- xxxm Iroduction des machines, ils n’en auraient plus du tout sans elles. Aujourd’hui les peuples doivent ou renoncer à toute industrie , ou en suivre les progrès. Pour empêcher l’application des nouvelles inventions industrielles, il faudrait que toutes les nations civilisées fussent d’accord pour ne plus adopter des machines qui simplifieraient le travail. Mais cet accord est impossible : il serait absurde ; il serait funeste. « Les machines amènent à la longue plus de bien-être pour tout le monde, et même une plus grande somme de main- d’œuvre (1), après avoir produit quelques perturbations partielles. Ainsi toutes les déclamations, toutes les plaintes que l’on élève contre l’emploi des nouveaux moteurs n’ont aucune portée et ne peuvent aboutir à rien. La marche de l’industrie est une nécessité supérieure à la puissance de tous les gouvernements. « En second lieu, les machines ont cet avantage de dispenser l’homme des travaux les plus rudes et les plus abrutissants. Elles font ce qui n’exige aucune intervention intelligente, ce qui s’accomplit par un procédé uniforme. C’est aussi un progrès dont il est bon de tenir compte. L’homme se relève et monte d’un degré vers la place qu’il doit atteindre, toutes les fois qu’il n’a plus à remplir des fonctions purement mécaniques. Dans les anciens temps, des esclaves s’attelaient à des meules, comme des bœufs à un manège, pour écraser le blé. Après les hommes, on a employé les brutes ; après les brutes, les machines. La dignité humaine et la civilisation doivent y gagner. (1) Témoin la fabrication du tulle en Angleterre, qui n’occupait que 2,000 personnes avant l’invention du métier, et qui en emploie aujourd’hui plus de 200,000. XXXIV «Voilà le bon côté de l’introduction des machines ; il y en a un autre qui doit s’améliorer : c’est le côté moral. Un établissement industriel ne se fonde qu’avec d’énormes capitaux, d’où il suit : « l°Que le passage de l’état d’ouvrier à celui de maître devient de jour en jour plus rare ; 2° que les chefs de l’industrie sont des grands seigneurs , qui n’ont plus avec les ouvriers ces rapports de bienveillance et presque de famille qu’on remarquait à l’époque où les maîtres prenaient ordinairement leurs repas avec les travailleurs en sous-ordre et les logeaient dans leurs maisons ; 3° que l’alliance, si précieuse, si heureuse, de l’occupation industrielle avec les travaux agricoles, est de jour en jour moins possible : le nombre diminue rapidement de ces habitants de la campagne qui joignaient à la culture d’un ou de deux arpents le revenu d’un métier de tisserand ou de fileur. « Cette population paisible, rangée, laborieuse, économe, a dû s’entasser peu à peu dans les centres industriels, fréquenter de vastes ateliers, et dans ce nouveau genre de vie toutes ses anciennes vertus ont été remplacées par des vices. « Enfin, le développement des forces mécaniques est la principale cause des crises commerciales qui reviennent dans notre siècle avec une régularité périodique, et menacent d’être toujours plus fréquentes. Les machines stimulent l’industrie outre mesure, favorisent une production exagérée, permettent de franchir toutes les bornes de la prudence, encombrent les magasins de marchandises dont la consommation ne veut pas, malgré l’abaissement du prix , et laissent alors sans ouvrage, par conséquent sans pain, des milliers XXXV de prolétaires, après les avoir assujettis pendant quelque temps à un travail excessif, et tout à fait abrutissant; car un paysan qui vient s’atteler à quinze ans à un métier à filer, en peut sortir à cinquante sans avoir rien appris, si ce n’est deux ou trois mouvements automatiques, qui le rendent d’ailleurs impropre à tout autre genre d’occupation. » Tout cela est très-affligeant ; mais où trouver ici-bas une institution qui n’ait son bon et son mauvais côté? S’il n’y avait pas de riches fabricants, il n’existerait pas moins de misérables ouvriers ; nous nous trompons, il y en aurait moins, mais c’est parce qu’ils ne trouveraient pas le moyen de subsister. Reste à peser la grande question que voici : Le néant est-il préférable à une existence difficile soutenue par l’espérance d’un meilleur avenir, surtout si cette espérance n’est pas dénuée de probabilités? Car un jour viendra où la production de la richesse sera tellement abondante et organisée, que chacun aura, non-seulement le nécessaire, mais encore du superflu ; et ce miracle sera le fait de la science unie à l’industrie, personnalisées dans les inventeurs. Ce qui cause la ruine des fabricants du continent c’est de vouloir embrasser la fabrication de tout ce qui touche par un point à leur industrie, c’est l’histoire de Seraing et de Couvin ; le fabricant de fer veut avoir des houillères, il veut façonner son propre métal, construire des machines, faire de la chaux, des briques réfractaires, du drap, du coton , du papier, de la faïence, ainsi de suite, sous le prétexte qu’il a besoin de ces objets pour son usage et celui de ses ouvriers. Les Anglais seuls ont senti qu’il fallait fractionner les diverses industries dont une seule suffit pour occuper la capacité totale du plus habile faiseur. Ils ont compris que cet XXXVI appétit désordonné devait toujours finir par une prostration indigeste et mortelle. Quand les gouvernements comprendront qu’il est juste de garantir la propriété intellectuelle à l’égal de la propriété foncière et mobiliaire, la lutte de l’homme aux prises avec la matière sera promptement terminée ; il finira par la dompter et l’assouplir à ses besoins ; il se rendra maître des éléments, comme le Kirghis se rend maître du cheval indompté qui parcourt effréné les steppes de la Russie d’Asie. Nous n’hésitons pas à croire que le pays qui assimilera le premier , dans ses lois, la pensée matérialisée en machines, à la pensée écrite en volumes, qui accordera aux inventeurs la môme faveur qu’aux auteurs, ne tardera pas à l’emporter sur toutes les nations voisines, bien plus sûrement que par les armes. Quand un brevet d’invention apparaîtra comme une propriété de quelque valeur, une foule d’hommes de génie se lanceront dans la carrière des découvertes ; les capitalistes n’hésiteront plus à placer des fonds sur des privilèges dont la durée leur semblera suffisante pour les indemniser plus tarddes sacrifices que nécessitent toujours les premiers essais; mais ils ont raison de regarder comme une dérision des brevets de cinq, de dix et de quinze ans, temps à peine suffisant pour déblayer le chemin aux successeurs. Puisse un véritable homme d’État lire et méditer les pages suivantes qui ont eu déjà l’honneur de changer la manière de voir du savant Arago! On sait que ce député demandait la sup- XXXVII pression des brevets comme faisant entrave au libre développement de l’industrie ; erreur dont il nous a permis de publier qu’il était entièrement revenu. L’invention est la civilisation; l’inventeur est l’auteur de toutes les combinaisons que Dieu n’a pas faites, il est le continuateur de son œuvre, le promoteur de tout progrès. L’inventeur est le premier homme du inonde ; car il fait quelque chose de rien, donne de la valeur à ce qui n’en avait pas, du mouvement aux corps inertes et de la puissance à la faiblesse. Watt, en emprisonnant la vapeur dans un cylindre, a donné cinquante millions de bras à l’Angleterre ; la nature ne lui en avait pas fait autant. Tout ce qui existe en deçà de la nature brute est l’œuvre des inventeurs. Les inventeurs cherchent et trouvent des procédés nouveaux , simplifient les mécaniques , diminuent la fatigue des travailleurs, abrègent les distances, expliquent les phénomènes , enchaînent les éléments, et les remettent dociles et forts entre les mains des hommes. Les inventeurs sont la tête et l’àme d’une nation ; sans eux ni progrès, ni richesse, ni puissance. Le pays qui en possède le plus , rend ses voisins tributaires et vassaux. On lui achète ses livres, ses tableaux, ses dessins, ses couleurs, ses étoffes ; on lui demande ses lois, ses règlements, ses méthodes. On vient visiter ses monuments, ses ateliers , ses écoles ; car tout cela ce sont autant d’inventions. L’esprit RAPPORT. !. (I XX XVIII procède de même dans l’arrangement d’une charte où d’un poème, d’un tableau ou d’un métier : quand un génie combine des engrenages et des cammes, les autres combinentdes hémistiches et des rimes, des lignes et des couleurs, des noires et des blanches. Le peuple qui n’a rien combiné est le sauvage , et il reste tel jusqu’à l’arrivée d’un inventeur. Cadmus, Triptolôme, Oannès, Moïse, Mahomet, Leibnitz étaient des inventeurs. Une idée est la propriété de celui qui la possède le premier , elle lui, appartient ne fùt-ce que par le droit naturel du primo occupanti. Il est le maître de la divulguer ou d’en priver la société ; elle lui appartient à plus juste litre que le champ ou la forêt dont vous avez hérité : car si vous n’aviez ni votre champ ni votre forêt, un autre en jouirait ; vous ne les avez pas faits, et l’inventeur a fait sa découverte. Toute invention est un accroissement de la richesse sociale ; c’est le défrichement d’une bruyère, le dessèchement d’un marais, la découverte d’une mine; c’est la composition d’un livre , d’un dessin, d’uit opéra. Vous donnez gratuitement la propriété éternelle ou viagère à toutes ces œuvres du travail ou du génie, tandis que vous la disputez à la machine à vapeur ou au drap-feutre ! ou bien, vous ne leur accordez qu’à grands frais, pendant peu d’années , une propriété incertaine , scabreuse, illusoire : il faut convenir que cela est bien injuste. Il est des gens assez légers pour regarder un brevet comme un privilège, parce qu’on lui en a conservé le nom; mais le brevet n’est ni un monopole, ni une faveur, ni une récom- XX XIX pense ; c’est un droit plus sacré que celui de l’héritage même, et la Constituante était certes trop ennemie des privilèges pour faire grâce à un seul d’entre eux en abolissant tous les autres. La Constituante a dit : « Tous les privilèges sont abolis , néanmoins des privilèges exclusifs seront accordés aux inventeurs ou importateurs, etc. ...» Car toute invention ou importation constitue une addition au fonds social, puisqu’elle vient occuper des ouvriers, utiliser les matières premières, vivifier le commerce et l’industrie, attirer les capitaux étrangers, ou empêcher que les nôtres ne sortent pour aller chercher les produits fabriqués ailleurs. Le bureau des brevets ne devrait être considéré que comme l’état civil des inventions ; un brevet déposé n’est autre chose qu’une prise de date certaine qui ne devrait pas plus coûter que l’inscription de la naissance d’un enfant. Les inventeurs et importateurs qui viennent mettre leur industrie sous la sauvegarde que la loi leur offre, ont donc droit à la protection et à l’encouragement de tout gouvernement qui comprend ses intérêts et ceux du peuple qu’il régit; il serait infâme de les en dépouiller, dans les pays où les droits d’aubaine et de détraction sont abolis. Plus un pays est petit, plus il doit présenter de facilités et d’attraits aux inventeurs pour qu’ils consentent à le doter de leurs industries. S’ils n’y trouvent que dégoûts et hostilité de la part du pouvoir, non-seulement ils se retirent, mais les indigènes eux-mêmes portent leur industrie là où on leur tend une main bienveillante et paternelle : car, il faut en convenir, il n’y a plus guère que les gens heureux qui aienl une patrie ; tout le reste est cosmopolite. XL Nous avons la preuve que les inventions ne viennent point d’elles-mêmes, ou ne viennent que fort tard, et tout retard, ne fût-il que d’un an , que d’un mois, que d’un jour, est une perte irréparable. La raison de ceci est fort simple pour ceux qui savent qu’avant de fonder une fabrique quelconque il faut faire des voyages, ramener ou instruire des ouvriers, graver des matrices , payer la publicité , faire goûter ses produits, et que souvent l’on n’y parvient qu’après l’expiration du brevet. Une découverte est une propriété sacrée, a dit Bernard de Palissy. Elle suppose un emploi de temps très-long et des dépenses souvent considérables ; le gouvernement doit servir de garant à l’inventeur. Les vérités ne se trouvent pas tout à coup : il n’appartient qu’à Jupiter de faire sortir de son cerveau Minerve armée de pied en cap. Mettre un frein à la liberté et à la garantie des recherches, c’est en imposer un à la liberté de penser, et quand celle-ci n’existe pas il n’y a qu’ignorance et servitude. Colbert attirait les inventeurs, leur formait des établissements, leur fournissait de l’argent pour les exploiter, et souvent il accordait des privilèges de quinze à vingt ans, comme il le lit pour les glaces de Venise et la porcelaine de Saxe. Une remarque de la plus haute importance, c’est que les pays où l’industrie et la civilisation ont fait le plus de progrès, sont ceux où la loi a décrété de meilleure heure que la pensée est une espèce de propriété. Que l’on jette un coup d’œil sur la liste suivante % et que l’on juge : En 1623 , l’Angleterre a obtenu sa loi.sur les patentes XLI En 1790, les États-Unis et la France ; En 1812 , la Prusse et la Russie ; En 1817, les Pays-Bas , la Bavière et le Wurtemberg ; En 1820, l’Autriche et l’Italie ; Puis l’Espagne, le Portugal et les Deux Siciles ; Et enfin la Turquie, la Perse et les Indes, qui n’ont aucune loi de cette espèce ; aussi ne s’y fait-il aucune découverte, si ce n’est quelque secret de couleur, de vernis ou autres arcanes de nature à être tenus cachés. Ces pays en sont précisément au même point où s’est trouvée l’Europe au moyen âge , au temps des alchimistes , devins , astrologues, sorciers , palingénésistes, bohémiens ou juifs, qui parcouraient les campagnes en vendant leurs simples , leurs filtres merveilleux et leur panacée universelle, trompant tout le monde, à partir du vilain jusqu’au prince. C’était le bon temps de la transmutation des métaux, des amulettes et delà magie blanche : il est un moyen de nous y ramener promptement, c’est d’abolir la loi qui protège le droit d’auteur pour l’écrivain, le droit de gravure pour le peintre, le droit de moulage pour le statuaire et le brevet d’invention pour l’industriel. Alors, comme autrefois , s’il se fait, par hasard, quelques découvertes importantes, on les tiendra cachées ; et comme elles ne seront plus enregistrées dans les archives de l’État, il arrivera qu’elles périront souvent avec leur inventeur. C’est ainsi que nous avons perdu le secret de la pourpre, du jaune de Naples, du verre malléable, des nielles, du feu grégeois , de la peinture sur verre , et de tant d’autres dont les noms mômes ne sont point parvenus jusqu'à nous. XLII Bien des personnes émettent l’opinion qu’il serait désirable que le gouvernement pût acheter les inventions et exproprier les inventeurs pour cause d’utilité publique. Ce mode ouvrirait une large porte aux abus et aux plaintes, car il n’est pas un gouvernement, pas une commission capable de juger de la valeur ou de l’importance d’une invention, avant qu’elle ait été combinée avec tout ce qui existe ou pourra exister plus tard. Quelle récompense eût-on donnée, par exemple, à celui qui s’est avisé de mêler de la gélatine avec de la mélasse pour en faire un rouleau d’imprimerie? bien peu de chose sans doute ; eh bien, cette invention a conduit à la découverte des presses cylindriques continues qui rendent peut- être plus de services à la civilisation que l’invention même de l’imprimerie, à cause du nombre immense de copies que l’on peut obtenir en peu de temps. Nous avons vu, dans l’admirable rapport de M. de Bouf- flers à la Constituante, que l’importation devait être assimilée en tout à l’invention ; nous qui savons que l’on ne demande des brevets d’importation que pour des choses déjà éprouvées et reconnues bonnes ailleurs, nous pensons que le brevet d’importation devrait être mieux accueilli et appelé de préférence par les gouvernements, au lieu d’en être repoussé. D’ailleurs, importer ou inventer est la même chose quant aux résultats : fertilisez un rocher nu avec de la terre nationale ou avec de la terre apportée de l’étranger, vous en obtiendrez des produits également avantageux au pays, c’est toujours, en définitive, un accroissement du fonds social. f.e brevet d’importation n’est, dit-on, que le prix delà XL1II course. J’en conviens ; niais tout ici-bas n’est-il pas le prix de l’activité? L’Amérique ne fut-elle pas le prix de la course? Qui donc voudrait courir s’il n’y avait aucune palme à cueillir au bout de la carrière? FINIS LABORUM PALMA. u- M 'Wîn(rv i&, fjë$fe&>*KÎ -ïh ïmil RAPPORT Fait à M. le ministre de l'Intérieur de la Belgique. Monsieur le Ministre, Vous m’avez chargé de faire un rapport sur l’exposition de l’industrie française; je m’acquitterai sans doute très-incomplètement de cette tâche longue et difficile, mais tout superficiel que puisse paraître mon travail, j’ose espérer qu’il ne sera pas sans utilité pour nos arts et nos manufactures. Il vous sera agréable d’apprendre, M. le ministre, que la mission dont vous m’avez chargé, m’a ouvert, non-seulement les portes de l’exposition aux jours et heures exceptionnels, mais encore celles des laboratoires et des ateliers parisiens. RAPPORT. I. 1 — 2 — Je ne crois pas pouvoir passer sous silence la manière obligeante avec laquelle le ministère, les savants, les ingénieurs et les industriels français m’ont accueilli et m’ont fourni les moyens de me livrer utilement à des explorations souvent difficiles et quelquefois impossibles lorsqu’on est dépourvu d’introductions. Cet hommage rendu à la bienveillance de nos voisins a pour but d’appeler sur eux, de la part des Belges, une juste réciprocité en pareille occurrence. Nous ne sommes plus au temps où tout était mystérieux et caché : la véritable industrie, l’industrie avancée travaille au grand jour, et l’on peut supposer que celui qui s’enferme est aussi pauvre en procédés que l’idiot qui cache, comme un trésor, des feuilles mortes ou des cailloux au fond d’un coffre-fort. L’industrie a besoin d’air pour se développer ; tel ouvre ses ateliers à un curieux qui reçoit souvent de lui plus qu’il ne peut lui rendre. Cette vérité, sentie depuis longtemps par les Américains, prévaut depuis peu en Angleterre, et commence à pénétrer en France. Le jour n’est donc pas éloigné où la visite des voyageurs instruits sera sollicitée comme une faveur par les chefs de manufactures. L’instinct communicatif des Français éclairés les pousse de préférence dans cette voie envers les étrangers; voilà pourquoi j’ai pu moissonner à pleines mains là où les indigènes eux-mêmes ne sont pas toujours admis à glaner. Ayant eu l’occasion d’étudier l’exposition française de 4834 , je dois dire qu’elle ne m’a pas laissé l’impression d’une supériorité bien marquée sur l’exposition belge de 4830 , dont j’avais l’honneur d’être un des commis- saires; mais les progrès accomplis en France, pendant ces cinq dernières années de paix, sont tels, que la joute nous sera difficile à soutenir, quand nous croirons devoir descendre dans l’arène d’une nouvelle exposition. Les autres nations, en général, n’ont rien à opposer à ces bronzes magnifiques (1) qui constituent un des plus brillants produits de l’industrie française; à ces tissus aériens de mousseline-laine qui menacent de détrôner le coton, malgré ses miracles de finesse et de bon goût; à ces brillantes soieries, à ces châles magnifiques, chefs-d’œuvre du chef-d’œuvre de Jacquart; à ces cris- (aux colorés, façon Bohème; aux lampes de mille et mille formes; aux porcelaines réfractaires, aux instruments de précision, à la bijouterie, à la fine ébénisterie, arrivée en ce moment au plus haut point de perfection qu’il soit raisonnablement permis d’espérer; un pas de plus, et les incrustations, aujourd’hui sublimes, des meubles de Boule, seraient par trop chargées d’inutiles ornements. Nous ne parlerons pas de la supériorité de la France dans les produits chimiques, dans les fleurs artificielles, 1 orfèvrerie, la parfumerie, la fausse bijouterie et les objets de mode : elle est trop connue pour qu’on songe à la lui contester; mais, par contre, la Belgique l’emporte par ses grandes industries, basées sur les produits (1) Nous apprenons avec plaisir qu’un établissement de cette nature vient de se créer à Gand par les soins de M. Trossaert, avec de grands éléments de succès ; nous ne doutons pas qu’il n’ait un meilleur avenir que les essais tentes à diverses reprises dans la capitale. JI. Doresse et M. Brichaut ont fait inutilement de fort belles choses sans pouvoirsoulenirla concurrence des Parisiens, qui tiennent le sceptre de la mode et du goût dans le monde entier. 1 * de son sol : car la richesse, en Belgique, est à deux étages; la Belgique doit plus à la nature, mais la France doit plus à l’art. Nul doute que si le peuple français, jetant le fusil pour saisir le marteau, avait su se servir du levier de l’association, il n’eût pas tardé à prendre dans l’industrie le rang qu’il occupait dans les armes ; mais nous voyons avec peine cette nation qui semblait, en 1830, désireuse de secouer son ancienne réputation de légèreté pour devenir un peuple penseur, abandonner cette louable tendance. On aurait tort de croire cependant que cet échec ait ruiné beaucoup de monde; car la fiiria francese adopte une idée neuve avec fureur et la rejette de même. Par exemple, lancés en aveugles dans le système de l’association, les Français s’en sont retirés en étourdis. Il est vrai que l’association, à son entrée dans la capitale, est tombée, comme une jeune novice, en de fort mauvaises mains : elle cherchait d’honnêtes et solides maisons, on l’a conduite dans les coulisses de la Bourse, d’où elle s’est échappée, meurtrie, échevelée, pour ne revenir de longtemps. D’un prétendu milliard versé dans les sociétés en commandite, fondées la plupart sur des industries fictives ou sur des inventions inachevées, il n’y a pas eu dix millions de réellement engagés; tous ces cris des spéculateurs désappointés n’étaient point causés par des pertes réelles, mais par des manque à gagner, comme on dit : tel perdait 500 actions industrielles de mille francs qu’il s’était appliquées comme fondateur, banquier, entremetteur ou compère, qui allait partout se vantant d’avoir perdu un demi-million. De sorte que le milliard enfoui dans les affaires de l’association n’a, au fond, ruiné personne, mais il aurait enrichi tout le monde si l'on eût opéré avec autant de sagesse qu’on l’a plus généralement fait en Belgique, où l’association a été prise au sérieux par beaucoup d’hommes qui avaient de la fortune et de la considération à conserver, première et indispensable condition d’une société jalouse d’inspirer de la confiance. Hlais revenons au fait de l’exposition, où plusieurs fautes graves ont été commises : la première est d’avoir négligé d’exiger de chaque exposant une notice sur ses produits, scs inventions et leurs avantages. Le jury, de la sorte, aurait pu connaître la cause, souvent énigmatique, de leur présence à l’exposition, tout en faisant la part du charlatanisme personnel, facile à reconnaître par un jury. Ce défaut complet de renseignements et l’absence des exposants, quand le jury avait besoin d’eux, a été cause de plus d’une erreur dans la distribution des récompenses. La mesure dont nous parlons n’a jamais été négligée aux expositions belges. La seconde erreur a été de confier à un seul homme la réception, le classement et le renvoi de tous les produits , au lieu de diviser cette besogne entre autant de commissaires qu’il y avait de salles. Le troisième inconvénient a été la création d’un jury trop nombreux : car, en pareil cas, chacun se repose sur les autres ; aussi, la veille de la clôture, restait-il encore 600 numéros à examiner. Selon toute apparence, la France n’aura plus d’expositions générales. L’accroissement progressif du nombre des exposants est tel, à chaque solennité de ce genre, qu’il devient physiquement impossible d’abriter, de classer et d’apprécier une masse de produits aussi considérable et aussi variée. L’opinion générale est aujourd’hui pour les expositions annuelles par grandes elasses de produits, comme nous en avons émis l’idée dans le temps. Cet accroissement dans le nombre des exposants, malgré les frais qui en résultent pour eux, est la preuve des avantages qu’ils retirent des expositions, ne serait- ce que par la publicité européenne que les récompenses nationales attachent à leur nom et à leurs produits ; car la publicité est la vie de l’industrie : le proverbe trivial, A bon vin pas d’enseigne, n’est pas applicable aux manufactures. Quels que soient la perfection et le bas prix des objets enfermés dans un magasin inconnu, personne n’y entrera, et la fabrication nouvelle périra avant de s’être fait une clientèle. Sous le rapport de la publicité seule, les expositions sont donc d’un avantage extrême pour l’industrie ; et cela est tellement bien senti par les exposants, qu’il en est plusieurs à qui l’exposition a coûté de 100 à 200 mille francs. Le Creusot, par exemple, a dépensé de grandes sommes pour le transport et le montage de sa locomotive ; Kœehlin et Schlumberger, pour leurs grandes machines à filer le lin, la laine et le coton et pour celles à fabriquer le papier, etc. On a commis un grand oubli et une faute en négligeant d’organiser une loterie à l’exposition, à l’instar de ce que nous avons fait en Belgique ; car il n’est pas de princes ou de riches visiteurs étrangers ou nationaux, qui ne se fassent un plaisir d’encourager l’industrie en prenant des billets : chacun aime à faire le bien, surtout quand il y trouve une perspective de rémunération : et celle d’obtenir quelques-uns des chefs-d’œuvre les plus 7 — consciencieusement travaillés de l’exposition n’est pas une des moins attrayantes. Plus d’une pièce exceptionnelle n’a souvent dû son existence qu’à l’espoir d’en trouver le placement à l’exposition. Eh bien, on a laissé peser tout le soin de ces encouragements sur la famille royale : il n’est pas un exposant qui n’ait mis tous ses moyens et tous ses protecteurs en jeu pour faire acheter par la cour le plus riche de ses produits; voilà pourquoi l’on voyait écrit, pendant les derniers jours de l’exposition, sur une multitude d’objets de luxe : Acheté par le roi, acheté par la reine, acheté par le duc ou la duchesse d’Orléans, etc. S. M. Louis-Philippe a fait dix visites, et le duc d’Orléans plus de vingt, à l’exposition française, parlant à tous les exposants et leur parlant avec connaissance de cause; car il est peu de princes en Europe qui aient mieux profité des facilités de s’instruire que leur donne leur position. Le duc d’Orléans, par exemple, a ses appartements ornés des chefs-d’œuvre de la mécanique, et fait de grandes dépenses en essais, sous la direction de M. Pouillet, son ancien professeur, et des barons Thénard et Séguier, dont il aime et comprend les conseils éclairés. S’il est avéré que la publicité produite par le fait des expositions est nécessaire aux industriels d’ün pays, elle n’est pas moins utile aux étrangers. Combien de fois n’ai-je pas eu l’occasion de voir des industriels, des artistes et des particuliers fort en peine de savoir à qui recourir pour obtenir seulement l’adresse d’une fabrique, d’une maison, ou le nom de l’inventeur d’un produit nouveau, dont ils avaient le plus pressant besoin! Que de fois aussi mes relations — 8 — avec les hommes et les choses de l’industrie ne m’ont- elles pas mis à même de faire des heureux, quand je parvenais à leur procurer les renseignements qu’ils cherchaient ! Le rapport que j’aurai l’honneur de vous soumettre, M. le ministre, aura du moins cela de bon, qu’il fournira de nombreuses indications d’une utilité incontestable, non-seulement à nos manufacturiers, mais encore à tous ceux qui s’occupent des sciences appliquées, et aux particuliers même qui payent ordinairement deux ou trois fois plus cher à la deuxième ou troisième main, que s’ils allaient droit au fabricant dont les débitants ont le plus grand intérêt à cacher l’adresse. J’aurai donc soin de les joindre à chaque appréciation d’un objet qui en méritera la peine. Si c’est un grand avantage en industrie de savoir qu’une chose est faite, qu’un produit existe, ce n’en est pas un moindre de savoir où l’on doit s’adresser pour se les procurer; il n’est pas un travailleur qui n’ait vivement senti ce besoin, et plus d’une expérience, uniquement par cette cause, a été manquée, ou n’a pas eu de suite. Quelques personnes à l’esprit léger se sont écriées, en jetant un coup d’œil vague sur l’exposition : Il n’y a rien de neuf! Elles s’attendaient peut-être à trouver la face entière de l’industrie changée dans l’espace de cinq ans, à voir tout ce que des siècles ont produit, remplacé par quelque chose de mieux. Le progrès ne va pas d’un pareil train ; c’est déjà beaucoup d’une vingtaine d’inventions nouvelles et de quelques centaines de perfectionnements, dans le court espace d’un lustre. Après avoir étudié avec le plus grand soin l’exposition de 1 839, nous persistons à dire qu’elle était et sera peut- être l’assemblage le plus magnifique des œuvres de l’intelligence humaine qu’il ait été et sera jamais donné à un homme d’admirer dans une même enceinte. Il ne faut cependant pas se laisser fasciner par la brillante exécution d’une foule de pièces hors de ligne qui sont évidemment les produits d’une longue contention d’imagination, d’une grande dépense ou d’un redoublement d’efforts, en dehors de la fabrication habituelle ; de semblables échantillons ont passé la frontière de l’industrie pour entrer dans le domaine de l’art, où les mots prix de revient, prix de vente, ne doivent jamais être prononcés. Aussi les exposants de cette catégorie se sont-ils abstenus d’indiquer le prix de fabrique sur leurs chefs-d’œuvre. La véritable industrie, au contraire, n’a et ne doit avoir en vue que deux choses, en fait de progrès : abaissement des prix à qualité égale, ou qualité supérieure aux prix de l’année précédente; voilà le critérium de ce que l’on entend par industrie. Tout fabricant qui n’est pas dans l’une ou l’autre de ces conditions ne peut se vanter d’être en progrès. C’est faute d’avoir été prévenus de cette distinction que les jurys d’admission ont accepté un si grand nombre de pièces uniquement susceptibles de figurer dans une exposition d’objets d’art : par exemple, la représentation en liège, des monuments romains du midi de la France, taillés au canif par un homme de talent; une foule de tapisseries et de dessins brodés à l’aiguille, ou des objets uniques, chefs-d’œuvre de patience individuelle, qui ne peuvent être multipliés, ni livrés à l’usage général. Si plusieurs exposants artistiques sont tombés dans 10 — l'erreur que nous signalons, nous devons rendre justice aux véritables manufacturiers : leur exposition a été consciencieuse. Le ministre du commerce, M. Cunin- Gridaine, fabricant de draps lui-même, nous a fait observer que les draps pareils aux plus beaux que nous ayons vus figurer à l’exposition, se trouvaient déjà chez tous les tailleurs de Paris, et nous avons vu nous-même un grand nombre de dames vêtues des plus fins et des plus élégants tissus de coton et de mousseline-laine, qui brillaient dans les étalages de Mulhouse. Nous examinerons plus loin chacune des industries en particulier, et les améliorations que nous y aurons aperçues, sans nous laisser influencer par les opinions plus ou moins contraintes des écrivains qui nous auraient devancé. PARTIE MÉCANIQUE. MACHINES A VAPEUR. Dans une revue de la nature de celle que nous entreprenons, nous ne pouvons nous dispenser de faire passer les outils avant les produits, et les moteurs avant tout. Si l’on compare les mécaniques de l’exposition dernière à celles de la précédente, on reconnaîtra, sans doute, que de grands progrès ont été accomplis par nos voisins ; cependant il leur reste un grand chemin à parcourir encore pour atteindre non-seulement les Anglais, mais même les Belges, dans ce qu’on pourrait appeler la mécanique monumentale, pour la distinguer de celle qu’on nomme horlogerie, ou petite mécanique, dans laquelle la France excelle. Tout le monde a été frappé du nombre considérable de machines à vapeur oscillantes exposées : ce système parait avoir été adopté de préférence par les Français, — 12 — pendant que les autres peuples le rejettent entièrement, au point qu’on ne trouverait ni en Belgique, ni en Angleterre, une machine oscillante sur 500 machines fixes. Nous regardons M. Cavé comme l’auteur de cette monomanie des Français pour l’oscillation en matière de machines; cependant la comparaison qu’il a pu faire de ses bateaux à vapeur du lac de Genève, avec les bateaux à machines fixes, aurait dû singulièrement modifier son opinion. Le fait est que la machine oscillante économise, non pas de la vapeur, mais un peu de fer et d’espace, ce qui a suffi pour séduire les jeunes inventeurs. Il est prouvé que les machines oscillantes de petit format marchent assez bien ; mais, passé six à huit chevaux , il est prudent de revenir à la machine fixe, car l’usure des tourillons et la fatigue latérale de la tige du piston deviennent très-considérables dans les machines d’un plus grand poids. On ne saurait croire combien l’oscillation a occupé de tètes en France, cette année : oscillation sur le milieu du cylindre (MM. Lotz, Alexandre et Bourdon); oscillation sur sa base (M. Klemm); oscillation sur la tige du piston fixe, quand le cylindre marche (M. Nétrebsky); oscillation renversée (Ch. Dietz); oscillation verticale, horizontale, etc. On peut dire que tout a été épuisé en fait d’oscillation : il n’y a pas là de progrès réel, ce n’est qu’une affaire de mode, qui n’a pas plusd'importanceque la coupe de l’habit; mais il est des améliorations réelles que nous avons regretté de ne pas voir adaptées à toutes les machines. La soupape d’Edwards, par exemple, à détente variable commandée directement par le régulateur, est non-seulement un excellent modérateur du — 15 — mouvement, mais encore un moyen d’économiser au moins un quart du combustible, comme on l’a constaté chez tous les industriels de Verviers, où nous avons contribué à la faire connaître et adopter depuis six ans : on peut la voir fonctionner chez MM. Houget et Teston, chez MM. Brixhc à Hodimont, Hauzeur à Pepinster, Vrede et Pollet à Tilbourg, et chez M. le comte de Puy- ségur, entre Fûmes et Dunkerque. Mais telle est la difficulté que les meilleures choses ont à se répandre, que nulle part ailleurs, en Belgique et même en France, on ne sait ce que c’est que la soupape d’Edwards. Nous n’en donnerons pas la description, puisque chacun sait à présent où s’adresser pour en avoir connaissance. L’atelier du Renard à Bruxelles peut en exécuter, puisqu’il possède l’ingénieur qui a construit toutes celles dont nous parlons. MACHINE OSCILLANTE DE FAIVRE , EXÉCUTÉE PAR DEROSNE ET CAIL. MM. Derosne et Cad construisent une quantité de petites machines oscillant sur une demi-sphère, roulant dans une calotte sphérique percée à la base de deux ouvertures rectangulaires, correspondantes à l’entrée et à la sortie de la vapeur, ce qui tient lieu des glissières et robinets distributeurs des autres machines. B n’y a qu’une voix chez les confrères pour condamner ce système à simple effet, et cependant cela va, et, qui plus est, — 14 cela va bien. Depuis plusieurs années M. Charles De- rosne répond comme Galilée, à ceux qui prétendent que cela ne doit pas marcher : E pîir si muove. Le fait est que les lignes de frottement ayant plus d’étendue sous l’équateur du demi-sphéroïde que vers les pôles, l’usure devrait être plus rapide en cet endroit et laisser échapper de la vapeur d’entrée, par le trou de sortie ; mais ces messieurs emploient un petit artifice fort simple, c’est d’entamer d’avance, à la lime, les flancs qui ne devaient pas s’user : par ce moyen, la fermeture ne fait que se roder et se polir par le travail. On leur avait conseillé d’adopter la forme cylindrique dans le culot de leur machine ; mais ils ont fait observer que ce moyen exigerait de la sévérité dans le montage, tandis que la houle ne demande pas la même attention, la même exactitude de parallélisme dans la manivelle du volant : c’est la machine la plus simple et la moins coûteuse que nous connaissions. Depuis l’exposition, M. Faivre a fait à sa machine de grands perfectionnements qui détruisent toutes les causes de fuite, par l’addition d’une glissière intérieure qui se meut par l’oscillation. Il y a ajouté un petit appareil à détente d’une simplicité tout à fait chinoise. Nous l’avons vu fonctionner dans le grand atelier que MM. Derosne et Cad viennent d’établir dans le faubourg de Flandre à Bruxelles. Ce moteur est si peu compliqué que ces industriels en ont fabriqué jusqu’à trois dans une semaine; mais ce qu’il y a de plus satisfaisant pour notre conviction, ce sont les certificats flatteurs que ces messieurs reçoivent de tous les fabricants auxquels ils ont livré de pareilles machines. Il reste à faire une application bien utile de ce système aux pompes alimentaires des chaudières ; on éviterait — 45 — ainsi beaucoup d’accidents, qui proviennent de rabaissement de l’eau, quand il manquequelquechose à Iapompe à clapet; car nous avons été souvent témoin que la pompe marchait sans fournir d’eau, parce qu’il s’était introduit sous la soupape un petit poisson, un insecte ou un brin de bois, qui l’empêchait de se fermer hermétiquement. On sent que la pompe dont nous parlons ne serait pas sujette à ces causes fréquentes de dérangement : le bord des ouvertures, faisant l’effet de cisailles, guillotinerait pour ainsi dire les poissons, les rats, ou les objets qui se présenteraient au trou. Cet appareil, que nous recommandons, est plus simple, plus sûr et moins coûteux qu’une pompe ordinaire. Nous ne saurions oublier de dire que l’inconvénient dont nous parlons a été senti par M. Pecqueur, lequel a remédié au mal d’une manière ingénieuse, comme tout ce que fait cet habile et consciencieux constructeur. Il a imaginé d’employer une glissière comme celle de la vapeur, pour régler l’entrée et la sortie de son eau. Le piston placé latéralement porte deux taquets, l’un en haut, l’autre en bas, qui ouvrent et ferment la glissière à eau ; de cette manière encore il a rétabli la guillotine pour tous les corps étrangers qui tenteraient de venir troubler les fonctions alimentaires de sa machine à rota tion, que nous avons vue fonctionner à notre grande satisfaction ; car c’est la première machine rotative qui marche, et qui marche avec un succès incontestable. Nous allons tâcher de la faire comprendre. — 46 MACHINE ROTATIVE DE PECQIÎEER. Sur 138 machines rotatives dont les dessins ou l’his loire sont venus à notre connaissance, et qui toutes n’ont donné que de mauvais ou de fort douteux résultats, nous ne connaissons que la machine de M. Pec- queur qui soit exempte des défauts qui ont fait abandonner les autres. Outre'les. difficultés des fermetures latérales, toutes les machines rotatives que nous avons étudiées renfermaient un vice énorme qu’on n’avait pas reconnu et qui a jeté Tredgold dans une étrange erreur de calcul. Voyant que ces machines ne rendaient pas le même effort, à vapeur égale, que les machines à piston, il s’est appliqué à tourmenter ses équations de manière à obtenir un quotient boiteux, en rapport avec le produit effectif de ces machines. C’était une hérésie scientifique évidente; car, de quelque manière que l’on emploie une force donnée, l'effet produit peut différer, mais la puissance est la même, et c’est dans le frottement des organes qu’il faut chercher la cause des pertes. Or, voici ce qui se passe dans les machines rotatives, composées en majeure partie de deux cylindres concentriques et de palettes mobiles sur un axe, ou rentrantes ou sortantes : c’est qu’à un instant donné il ne se trouve de la vapeur que d’un seul côté. Cette vapeur presse bien d’une part sur l’obstacle fixe, et de l’autre sur la palette mobile; mais on n’a pas fait attention qu’elle agit également avec une puissance proportionnelle à la sur- 17 face, entre les deux cylindres, et que cette énorme pression est renvoyée sur l’axe, lequel en éprouve un tel frottement, qu’une grande partie de la force se trouve anéantie : nous croyons même que des machines ont été construites avec des proportions telles, que le frottement emportait la totalité de la puissance. Ce défaut capital reconnu, nous y avions remédié, en construisant une machine double, avec deux entrées et deux sorties, de sorte qu’il se trouvait toujours autant de vapeur des deux côtés opposés entre les deux cylindres. Cette machine, de six chevaux environ, construite à Verviers, sous nos yeux, par d’habiles ouvriers, est un chef-d’œuvre d’exécution : elle donne exactement la même force qu’une machine à piston, mais elle a le défaut d’être plus difficile à construire et moins aisée à réparer, de sorte que nous avons fini, comme tous les inventeurs qui ont payé leur tribut à la rotation, par convertir notre machine rotative médiocre en excellente pompe hydraulique. Car le sort de toutes les machines à vapeur infirmes, est de devenir pompes ou soufflets, comme celui des vieilles actrices estde devenirouvreuses. M. Pecqueur est sorti tout d’un coup de l’ornière battue : il a fait un cylindre circulaire et y a placé deux pistons métalliques qui glissent dans l’espace annulaire; seulement il y a deux obstacles mobiles, dont l’un recule pour laisser passer un piston, pendant que l’autre sert de point d’appui à la vapeur ; ces palettes sont commandées du dehors par un double excentrique; l’introduction de la vapeur, qui se fait par le centre, est si bien combinée que les mouvements des palettes ont toujours lieu dans la vapeur détendue : cela nous semble un tour de force qui, nous l’avouons, surpasse notre in- RAPPORT. 1. 48 — telligence; mais M. Pecqueur nous l’aflirmc et nous le croyons : l’homme qui a inventé les maehines à tricoter des bourses et à faire du filet, est bien capable d’avoir résolu le système dont il est question. Le fait est que nous avons vu marcher sa rotative avec un frein constatant un effort égal à celui de toute autre machine, usant la même quantité de vapeur à la même pression. M. Pecqueur demeure rue Neuve-Popincourt, n° 11, faubourg Saint-Antoine; il est connu pour ses appareils à travailler le sucre. Ceci était écrit quand nous avons appris que M. Pecqueur avait obtenu deux médailles d’or à l’exposition, l’une de la section de mécanique, et l’autre de la section de chimie : distinction peut-être unique, et évidemment bien méritée. MACHINE IMPULSIVE DIT PROFESSEE!! PELLETAN. M. Pelletan, convaincu qu’il y a plus de nouveautés dans les vieilles archives de l’industrie que dans les déserts de l’inconnu où tout reste à défricher, a pris l’excellent parti d’adopter, à l’exemple de Watt et de Bramai), les enfants perdus du génie. Nous pensons qu’il a raison ; car la moitié des inventions délaissées sont peut- être devenues susceptibles d’exploitation, aujourd’hui 19 que des centaines de découvertes ont apporté les accessoires et les moyens d’exécution, qui manquaient au moment de leur première apparition... Il est certain que Salomon de Caus et Papin n’auraient jamais pu exécuter une machine .à vapeur, alors qu’on ne savait ni fondre ni aléser un grand cylindre. Et si Pascal avait conçu la presse hydraulique, telle qu’elle est aujourd’hui, il n’eût pas trouvé un ouvrier capable de la construire. Héron, l’auteur des Spiritalia, qui, 406 ans avant Jésus-Christ, a lancé le premier jet d’un éolipyle sur les palettes d’une roue à aube, n’aurait pu faire construire la machine de M. Pelletan, quelque simple qu’elle soit, par les chaudronniers d’Alexandrie. La roue de Héron tournait à l’air libre; M. Pelletan l’enferme entre deux disques, son jet de vapeur arrive sur la roue par la tangente et s’échappe par l'axe d’une espèce de tambour de basque. Dans de pareilles conditions cependant, cette machine , qui ne présente à l’esprit rien qui n’ait été souvent pensé, fonctionnerait mal, ou plutôt ne fonctionnerait pas. Mais M. Pelletan a imaginé d’y appliquer la tuyère à vapeur dont il avait déjà reconnu l’effet utile dans son monte-liquide, c’est-à-dire qu’il dirige un jet de vapeur, à l’entrée d’un tube qui laisse un intervalle annulaire, par lequel l’air extérieur entraîné se précipite à flots et se comprime d’une quantité notable qui peut s’élever à 20 pouces de mercure, avec de la vapeur à trois atmosphères. La vapeur produit ici le même effet que l’eau dans les trompes ou soufflets hydrauliques : elle entraîne une grande quantité d’air. Il se passe alors un phénomène semblable à celui des tuyères de hauts — 20 — fourneaux, qui occasionnent une pression d’air assez considérable dans le foyer, quoiqu’il ne soit pas hermétiquement fermé. M. Pelletan dit que, puisque l’air est plus lourd que la vapeur, il a besoin de moins de vitesse pour produire plus d’action sur la roue ; avec la vapeur seule, la vitesse de cette roue devrait être d’environ 500 mètres par seconde. Le fait est que cette machine marche avec une force qui n’a jamais été obtenue par la vapeur seule, employée par impulsion ou par réaction, sans égard pour l’expansion qui constitue néanmoins la principale puissance de la vapeur. M. Pelletan fournit des machines à 500 francs par force de cheval : c’est beaucoup trop, eu égard à la simplicité de l’appareil, mais c’est fort peu s’il obtient une notable économie sur le combustible. Or les antagonistes de M. Pelletan donnent le chiffre de 7 kil. par heure et par force de cheval; c’est la consommation des locomotives, mais M. Pelletan n’avoue que 4 kil. Ce professeur propose aujourd’hui de se servir de l’air comprimé dans des réservoirs par des moteurs moins coûteux que la vapeur. M. Andraud a publié sur ce sujet une brochure très- remarquable : c’est toute une ère nouvelle ouverte à l’industrie, c’est la préface du plus beau rêve des philanthropes , quand il leur arrive de se transporter au temps heureux où l'homme, ayant achevé de dompter la matière avec laquelle il est aux prises depuis six mille ans, se sera complètement affranchi de tout travail musculaire. A Sparte, à Rome, les patriciens avaient des ilotes cl des esclaves humains, comme l’Amérique a ses malheu- reuxncgres; nous aurons unjour toute une race d’esclaves mécaniques qui ne se plaignent et ne se révoltent jamais, quelle que soit la peine qu’on leur impose et la rudesse avec laquelle on les traite. Watt nous a déjà créé 50 millions de travailleurs de cette espèce. D’après M. Andraud, on ne tardera pas à livrer au commerce des magasins de force transportables, chargés par les moteurs naturels tels que les cours d’eau, le vent et la marée, qui, dans leur capricieuse irrégularité, seront contraints de créer des moteurs réguliers, en comprimant, pour rien, le meilleur et le plus fidèle des ressorts : l’air. C’est ainsi que l’ancienne et lourde corvée qui pesait sur nos aïeux, finira par être dévolue aux éléments; car, à travers tant de maux, Dieu jeta sur la terre tous lesbiens à foison, laissant à notre raison le soin de distinguer le fruit qui donne la vie de celui qui porte la mort. On doit donc considérer les hommes qui s’appliquent à la recherche des moteurs, comme des apôtres ayant mission de satisfaire au vœu le plus cher, au désir le plus ardent, à la prière la plus sincère de l’humanité : nous délivrer du mal. C’est pourquoi nous ne passerons pas légèrement sur le moteur si plein d’avenir de l’ingénieux physicien; nous ne devons rien négliger pour tâcher de le faire comprendre à nos industriels, en les invitant à s’en occuper; car ce moteur est, comme toute chose, susceptible d’améliorations notables. Nous pouvons même ajouter qu’un esprit exercé nous a révélé un perfectionnement capable de doubler sa puissance ; nous espérons qu’il nous sera bientôt permis de le faire connaître. Il a trouvé en outre le moyen de faire tourner cette machine. dans les deux sens, chose indispensable pour les locomotives. Frappés de l’immense inconvénient de la complication des machines à piston, beaucoup d’hommes ingénieux ont cherché à employer la vapeur autrement que par pression sur un piston. De là sont nés les essais de machines agissant, soit par réaction de la vapeur qui s’écoule par un orifice, soit par impulsion de cette vapeur sur les ailes tournantes. Toutes ces tentatives avaient échoué jusqu’ici, parce que la vapeur a une trop petite masse et se meut beaucoup trop vite pour que son mouvement puisse utilement se communiquer à un mobile tournant. C’est à ce point que M. Pelletan a pris la question. Nous allons expliquer le principe de la nouvelle machine; nous en développerons ensuite les applications. Si l’on essaie de profiter de la quantité de mouvement que possède la vapeur quand elle s’échappe en jet d’un orifice, sous une pression de 5 à 4 atmosphères, on trouve que la masse qui s’écoule en une seconde est extrêmement petite, et que sa vitesse est de S00 mètres par seconde, c’est-à-dire plus grande que celle d’une balle de fusil. Il en résulte que si ce jet est lancé sur une pièce mobile tournante, il se réfléchira sans lui communiquer de mouvement sensible. Il est bien vrai, théoriquement, que si cette pièce mobile pouvait atteindre une certaine vitesse de rotation, elle profiterait de toute l’impulsion, comme une roue à aube ou une turbine profite du mouvement d’une chute d’eau, mais la vitesse nécessaire dépasse toutes les limites praticables dans les arts mécaniques. — 23 M. Pelletan, appliquant encore ici le principe du jet de vapeur, lance d’abord la vapeur dans un canal cylindrique d’un plus grand diamètre que le jet; l’air est entraîné dans le mouvement de la vapeur, la masse se trouve augmentée, la vitesse diminuée, et le mouvement de la colonne mélangée d’air et de vapeur devient susceptible de se communiquer à la pièce tournante d’une manière pratique, utile et économique. Quant à la pièce tournante, elle est construite dans les meilleures conditions pour épuiser autant que possible la puissance d’impulsion. Les fluides gazéiformes entrent par la circonférence et sortent par le centre. Cette machine est excessivement simple ; elle ne présente aucune autre pièce ajustée que l’axe qui porte la pièce tournante, et qui repose par deux tourillons sur des coussinets placés à l’extérieur; ces derniers sont graissés d’une manière continue; ils ne s’échauffent jamais, et sont extrêmement faciles à remplacer. L’arbre dont nous venons de parler porte un pignon, une poulie à gorge ou un tambour pour communiquer le mouvement de la machine, au moyen d’un engrenage, d’une corde ou d’une courroie de cuir, à toute espèce de mécanisme. Il existe de ces machines de la force de 2 chevaux, de 4 chevaux et de 20 chevaux. La force de la machine et la consommation du combustible n’ont encore été constatées aux freins de Prony que pour celle de deux chevaux, et cette consommation s’élève à peine à 4 kil. de charbon par heure et par force de cheval ; ce qui est inférieur à la consommation ordinaire des machines d’une aussi petite puissance. Quelques essais encore incomplets, faits avec la machine de 20 chevaux, font — 24 penser à l’inventeur qu’elle ne consommera pas 3 kil. par heure et par force de cheval; mais nous croyons prudent de ne pas nous prononcer encore sur l’exactitude de ces chiffres, avant des expériences plus concluantes. Cependant, M. Pelletan a ouvert la voie, et son perfectionnement n'est que le prélude de perfectionnements nouveaux dans ce mode d’emploi direct de la vapeur, le plus simple et le plus rationnel de tous. Nous croyons même tenir une solution bien plus avancée de ce problème et nous ne renonçons pas à l’espoir de nous trouver un jour à même d’en faire l’essai ; mais nous sommes forcé de comprimer, en attendant,.les douleurs d’une parturition à terme qui ne peut s’accomplir en l’absence des forceps d’argent. Un grand nombre d’ingénieurs, de savants et d’amateurs, ont déjà vu fonctionner et ont étudié cette nouvelle machine, et l’on incline à penser qu’elle est destinée à changer la face de l’industrie. C’est aussi notre opinion, que nous allons développer, en passant en revue les diverses branches industrielles que son emploi doit perfectionner; mais nous devons d’abord ajouter quelques remarques nécessaires. La nouvelle machine peut fonctionner avec de l’air comprimé d’avance, comme avec de la vapeur. Ce mode lui-même est plus avantageux que l’emploi direct de la vapeur; mais la machine présente ceci de particulier qu’elle peut marcher avec de l’air comprimé à 15 et 20 atmosphères, tandis qu’aucune machine à piston ne peut fonctionner sous des pressions plus fortes (pie 5 à 6 atmosphères. Cette circonstance permet d’accu inuler beaucoup de force dans des réservoirs d’un - 25 — volume médiocre, ce qui était impossible sans cette machine. On sait que l’air peut être dilaté et acquérir une grande force élastique au moyen d’une très-petite dépense de combustible, puisqu’un kilogramme de charbon peut élever 10,000 litres d’air à 1,000° de température. Cette source de puissance serait bien préférable à la production de la vapeur : mais jusqu'ici elle a été inapplicable aux machines à vapeur, attendu que les corps de pompes et les pistons ne sauraient supporter, sans une prompte altération, une certaine élévation de température. La nouvelle machine se prête parfaitement à ce mode de production de la force ; attendu que ses pièces sont sans ajustement, et ne craignent pas les températures élevées. Pour les chemins de fer, comme machine à vapeur, la machine nouvelle remplacerait la locomotive actuelle par un appareil simple, inaltérable, agissant sans secousse, et donnant 20 lieues de vitesse à l’heure. Comme machine à air, elle peut se remplir à des machines fixes, situées sur le parcours des chemins. Elle peut se diviser et permet de rendre chaque voiture indépendante avec son moteur, sans feu, sans bruit et sans danger; elle rend par conséquent les pentes indifférentes. En s’appliquant aux bateaux comme machine à vapeur, elle diminue de moitié le poids de l’appareil moteur, elle assure le tirage et supprime les cheminées. Comme machine ci air chaud, elle supprime les chaudières, elle économise une grande partie du combus- 26 — tible, et porte la navigation à vapeur à un degré de perfection inespéré jusqu’ici. Dès à présent, elle peut remplacer par une machine simple, peu dispendieuse et durable, toutes les machines tixes. Mais surtout, dès ce moment, elle va populariser l’emploi de la vapeur pour toutes les petites forces, et fournir immédiatement des moteurs à toutes les scieries circulaires, à toutes les râpes à fécule ou à betterave, à toutes les souffleries à ventilateur, à tous les ateliers de tournage, depuis le tourneur de chaises jusqu’aux plus grands ateliers, et enfin aux nombreuses industries qui ont besoin d’un mouvement rapide de rotation, sans renvois de mouvement, sans frais de montage et sans mécanisme compliqué. INous terminerons cette revue des machines rotatives par celle de M. Labbé. MACHINE ROTATIVE DE M. LABBE. M. Labbé, mécanicien-né, mais dépourvu d’érudition technologique, n’en a pas moins inventé une machine très-rationnelle : nous ne l’avons vue marcher qu’à la main; mais ne donnât-elle que d’imparfaits résultats, cela ne nous empêchera pas de reconnaître M. Labbé pour un très-habile mécanicien. Sa machine consiste en un cylindre annulaire, inter- — 27 rompu dans un tiers environ de sa circonférence ; le cercle mobile porte deux palettes qui rentrent dans une gaine pour passer sous l’obstacle ; elles sont manœuvrées du dehors par des pignons et crémaillères. Si cet instrument ne fonctionne pas bien comme machine à vapeur, ce sera du moins une excellente pompe rotative de plus. M. Labbé construit des meules à broyer le chocolat sur un principe très-remarquable, et plusieurs autres machines où le frottement se trouve considérablement diminué par un système de galets qui attirait l’attention de tous les curieux de l’exposition. MACHINE A FLAMME DE GALLI CAZAJ.A. Tant que l'on étudie la mécanique, on procède du simple au composé ; le contraire a lieu quand on en vient à l’application : les choses les plus simples ont commencé par être très-compliquées ; et l’on ne s’imaginerait pas combien il faut d’efforts de génie et d’essais coûteux pour amener une machine à sa plus simple expression. Rien n’est plus aisé pour un mécanicien que de trouver un arrangement de pièces capable de produire un résultat demandé; le mécanicien a tout autant d’organes divers à sa disposition pour obtenir un effet, que l’orateur possède de phrases pour composer un discours : tout l’art consiste à les agencer avec habileté et surtout à éviter l’ampli(ication. 28 — En mécanique comme en éloquence, la prolixité est ce qui exige le moins de peine ; tout long discours et toute machine compliquée dénotent absence de réflexion ou absence de travail. Pascal disait : « Pardonnez la longueur de ma lettre, je n’ai pas eu le temps de la faire plus courte. » Plus d’un mécanicien pourrait en dire autant de son œuvre. Napoléon produisait plus d’effet en deux mots qu’un autre n’en eût produit en cinquante. La mécanique attend son Napoléon ; elle en a besoin, car elle nous semble parvenue aujourd’hui au plus haut point de complication qu’il soit permis d’atteindre. Le mécanicien ouvrier, obligé de pourvoir au gain de la journée, n’a ni le temps ni les moyens de méditer suffisamment une machine ; il ne peut prendre non plus la résolution de renverser de fond en comble un édifice aux trois quarts achevé, comme le savant renverse un plan ; une ligne est plutôt effacée et refaite qu’une pièce n’est brisée et reforgée. Le mécanicien exécutant ignore ou ne peut suivre le précepte de Boileau : Ajoutez quelquefois et souvent effacez. Il ne sait corriger qu’en ajoutant un contre-poids par-ci, un ressort par-là, jusqu’à ce qu’il ait obtenu le résultat cherché. Il s’applaudit alors, parce qu’il croit sa machine parfaite : le malheureux n’a produit qu’un monstre de l’espèce du chef-d’œuvre de Marly (I), mais un monstre (1) Un fait peu connu, c’cst que l’inventeur de la machine de Marly, qui était Belge, a débuté par établir son système aux bains de Chaudfontaine, où il existe encore, quoique sur une petite échelle; il est ensuite venu l’établir à Ettcrbeek pour monter l’eau à Bruxelles. C’est sur la réputation que lui firent ces deux ouvrages qu’il lut appelé pour exécuter cette fameuse machine de Marly, qu'on a remplacée depuis peu par une machine à vapeur. Ceci V — 29 — pesamment harnaché, qui se meut àgrand’peine. Vienne alors un homme de génie, il a bientôt ébranché tout ce luxe de végétation parasite, ou renversé de fond en comble cet édifice incohérent pour y substituer quelque chose de si simple, qu’on s’étonne de ne l’avoir pas trouvé de prime abord. Nous voyons avec plaisir que l’alliance de la science et de l’industrie, proclamée au grand banquet de l’exposition par le professeur Pellctan, est à la veille de se conclure ; les écoles industrielles forment des hommes qui tiennent une main sur l’équation et l’autre sur le rabot; le savant pur ne dédaigne plus le contact du simple ouvrier; l’x et l 'y énigmatiques ont été devinés, le fier logarithme s’est fait peuple, et les hauts barons de la science n’hésitent plus à descendre du laboratoire dans l’atelier, à la suite des Clément, des Thénard et des Sé- guier. La science a fait son 89, les matériaux de cette mys- lérieuse Bastille se dispersent à travers les fabriques, et bientôt, du concours harmonieux de tous les éléments de la force intellectuelle, surgiront d’innombrables chefs- d’œuvre ; car le but de toute théorie est de passer en définitive à l’application matérielle, et les théories abondent. Une remarque qui mérite d’être consignée ici, c’est que l’industrie ne doit presque rien, en fait d’invention, aux gens de métier ; jamais un armurier n’a inventé un prouve combien étaient rares à cette époque les hommes qui s’occupaient (le mécanique, puisqu’une machine aussi simple a fait l’admiration du grand siècle et du grand roi qui demandait à l’inventeur par quel procédé il avait pu parvenir à imaginer une si belle machine : Sire, répondit le Wallon, j’y suis arrivé à force de tuzer (penser). — 30 — fusil nouveau, un lampiste une lampe, un poêlier un poêle, un pompier une pompe; ce sont les physiciens qui nous ont dotés des instruments les plus ingénieux et les plus utiles que nous possédions, ce sont les physiciens qui amèneront dans la vapeur la révolution qui se prépare ; tous les inventeurs, anciens et modernes, ont été et sont encore des physiciens : Archimède, Cté- sihius, Architas, Héron, etc., étaient des physiciens; Séguier, Daguerre, Pelletan, Robert, Galli, Combes, Poncelet, Fourneyron, Sorel, Arnott, sont presque tous des professeurs de physique. On comprend pourquoi les inventions arrivaient si lentement autrefois, quand on considère l’état d’imperfection des sciences physiques, chimiques, hydrostatiques, pneumatiques et mécaniques chez les anciens, et la rareté des hommes qui s’y adonnaient. Que ne doit-on pas attendre de la jeune génération qui s’y livre avec un enthousiasme et une curiosité justifiés par l’attrait puissant qui s’attache à ce genre d’étude ? Il n’est pas difficile de prévoir qu’il ne s’écoulera pas de longues années sans que nous voyions les découvertes se succéder avec la même abondance que nous voyons éclore les livres aujourd’hui, et cela aura lieu du moment où les physiciens seront devenus aussi nombreux que les littérateurs et les avocats. Qu’arrivera-t-il alors? Nous ne saurions le prévoir; mais il est impossible de supposer qu’une pareille abondance de bien soit nuisible. Nous pensons au contraire qu’un gouvernement sage doit faire tous ses efforts pour hâter la venue de cet heureux instant : celui qui précédera les autres dans la voie des découvertes rendra ses voisins tributaires et vassaux. Déjà le gouvernement belge, en proposant un prix de 50,000 francs pour des améliorations à faire à la machine à vapeur, a mis toutes les têtes en mouvement, même en France, et nous pouvons affirmer que cet appât fut la cause déterminante des recherches de M. Barthélemy et de M. Galli, comme les récompenses proposées par Napoléon furent la cause de la découverte des machines à tiler le lin, de la soude artificielle et du sucre de betterave. Il y a peu de temps que le professeur Galli Cazala se présenta devant l’Académie des sciences, et lui déclara, la main sur la conscience, qu’il regardait désormais comme de l’argent perdu de continuer à se servir de la vapeur, attendu qu’il apportait un moyen plus simple et six fois moins coûteux d’obtenir de la force, exempte de danger et des autres inconvénients de la vapeur. Cela dit, il déposa son appareil devant le corps savant en demandant qu’il fût examiné sévèrement. Cette confiance d’un homme qui n’est ni un charlatan, ni un ignorant, ni un exalté, mérite une sérieuse attention, et il est à croire qu’il sortira bientôt de là quelque chose de très-important. Nous tenons de la bouche même de l’inventeur la description que nous allons faire de sa machine à flamme, qu’on peut nommer ainsi, puisque sa chaudière ne contient que de la flamme et les gaz produits par la combustion du charbon dans l’air comprimé. Un Anglais se sert déjà depuis quelque temps d’un procédé analogue, mais bien plus compliqué, ce qui ne l’empêche pas d’y trouver une économie de combustible très-notable, puisqu’il ne brûle que 5 kilog. par heure et par force de cheval. Nous en donnerons de suite une idée. — .32 — Le foyer clos hermétiquement est alimenté d’air par une pompe foulante, commandée par la machine même ; la combustion se fait d’autant mieux que l’air est plus comprimé ; la partie de l’air non employée à la combustion acquiert rapidement un volume double, ainsi que l’azote, l’acide carbonique, l’oxyde de carbone et les autres gaz produits de la combustion. Ces gaz échauffés se rendent dans un grand réservoir où une partie seulement des cendres et du noir de fumée se dépose : c’est dans ce réservoir qu’il puise le mélange élastique employé à soulever le piston d’une énorme machine. Mais ce mode a deux inconvénients graves : le premier, de laisser abaisser la température, et le second, d’encrasser le piston par les cendres fines et la suie qui gênent bientôt sa marche et nécessitent de fréquents nettoiements. M. Galli a remédié à cela en supprimant le réservoir, le cylindre et son piston, pour ne conserver que la chaudière et le foyer qui ne font qu’un, à proprement parler, puisque la flamme du foyer pénètre librement dans la ehaudière. Cette chaudière est un cylindre posé horizontalement et traversé par un axe creux, servant d’arbre moteur ; sur toute la longueur de cet arbre est entée une spirale composée de deux plaques de fer, laissant entre elles un espace égal au diamètre du trou foré dans l’axe. Cette spirale est tracée comme il suit : A partir de l’axe, elle se dirige pendant un quart de cercle jusqu’auprès de la paroi de la chaudière, sans la toucher • de là cette spirale décrit circulairement les trois autres quarts de la circonférence ; elle ne fait donc pas plus d’un tour, et se termine béante et plongée dans un bain métallique, placé au fond de la chaudière. Ce bain de métal se compose d’un mélange de plomb et d’étain, ou plutôt du métal de d’Arcet, tenu continuellement en fusion par le feu même du foyer; dés qu’une pression s’exerce sur la surface de ce métal liquide, il s’élève dans la spirale qui, se trouvant plus chargée, se met en mouvement ; son ouverture inférieure sort alors du bain, où elle était plongée. La pression des fluides élastiques continuant de s’exercer, la spirale accomplit son tour entier; le bouchon ou piston métallique fluide arrive'à l’axe et s’écoule par ses deux extrémités. En ce moment l’ouverture de la spirale est déjà plongée de nouveau dans le bain de métal pour répéter la même opération. Il s’échappe donc à chaque tour un bouchon de métal et une bouffée d’air chaud. Mais le métal serait bientôt épuisé s’il ne rentrait pas dans la chaudière ; c’est aussi ce qu’il fait. Arrivé aux extrémités de l’axe, il retombe dans un conduit latéral extérieur, qui le ramène, par son poids, dans la chaudière, avec le fond de laquelle ce conduit est en communication, et la bouffée de gaz qui suivait le piston s’échappe dans l’air. Voici les objections que nous avons faites à l’inventeur et comment il y a répondu : « Votre métal fondu ne tardera pas à s’oxyder? — Pour s’oxyder, il faut de l’oxygène ; or, l’oxygène de l’air que j’insuffle ayant servi à la combustion du charbon, il ne reste plus que de l’azote, de l’acide carbonique et d’autres gaz incapables d’oxyder les métaux. — Mais il me semble que votre métal en fusion continuelle finira par se réduire en poussière?_ Il y a deux ans qu’un bateau à vapeur marche avec une certaine quantité de métal fondu dans ses chaudières , métal qui n’a pas éprouvé la moindre altération ; et R APPORT. 1. * — 34 — quand même l’air chaud contiendrait encore de l’oxygène échappé à la combustion, la couche de suie qui se tiendra sur mon bain le préserverait du contact et servirait même à la réduction de la litharge en métal ; et puis, si quelques livres de litharge étaient produites, et qu’il fût nécessaire de la remplacer par quelques livres de métal neuf, la dépense ne serait pas considérable, en comparaison de l’énorme économie que j’obtiens. — Comment l’appréciez-vous?— Dans le mode ordinaire on brûle du charbon sous une chaudière, à travers les parois de laquelle on ne fait passer qu’un tiers tout au plus du calorique développé. Ce calorique doit échauffer une masse d’eau considérable ; le changement d’état de l’eau en vapeur absorbe une autre quantité de calorique, qui perd encore en route, d’après les calculs de Tredgold, M°j 0 dans les frottements, les fuites et la condensation ; on n’obtient donc pour tout résultat qu’un peu moins de 1/6 de la force qu’on devrait avoir, tandis que j'obtiens la totalité; il me suffirait donc d’un kilog. de houille tout au plus par force de cheval. » Nous devons ajouter que le soufflet alimentaire prend un quart de la puissance de la machine, qui travaille à une pression inférieure à celle d’une atmosphère. Depuisque ce qui précède est écrit, M. Galli a beaucoup perfectionné sa machine. Il nous a montré un petit appareil où toute l’opération de l’ascension et de la chute du métal se passe à l’intérieur du cylindre. La simple insufflation de la bouche suffisait pour faire monter le mercure et faire tourner la machine. Le roi Guillaume a pris un vif intérêt à cette découverte qu’il désirait voir appliquer à l’épuisement du lac d’Harlem. Cependant le système des moulins à vent paraît avoir prévalu, comme — 35 — le plus économique de tous, s’il n’est pas le plus actif. Mais les Hollandais savent attendre. Ils pensent que ce lac desséché trop subitement produirait des miasmes dangereux, tandis qu’en ne découvrant le fond que progressivement, d’année en année, il n’y aura rien à craindre pour la santé publique. C’est ici le cas de dire : CM va piano va sano. Une pareille machine ne serait pas dangereuse ; elle mérite donc d’être étudiée, et tout le temps perdu avant qu’on arrive à la faire adopter sera de l’argent dépensé inutilement. On peut évaluer à plusieurs millions par an le charbon gaspillé pendant l’attente d’une solution complète de cette importante question. Le gouvernement qui hâterait ce moment en facilitant la maturation de cette découverte , rendrait donc un service notable à l’industrie ; quelques milliers de francs consacrés à des expériences dirigées par des technologues instruits, tels que MM. Guillery, Dubois, Nol- let, etc., pourraient avoir d’excellents résultats. Nous avons même la certitude d’obtenir une coopération efficace de la part des grands établissements que cette question intéresse ; ils se prêteraient volontiers à l’exécution dans leurs ateliers, de l’une ou de l’autre des pièces les plus essentielles. C’est par une semblable souscription d’efforts qu’on arriverait à produire des chefs-d’œuvre de mécanique, comme on parvient à édifier des monuments par des souscriptions pécuniaires. Il y aurait une ample moisson de gloire et de profits pour la Belgique industrielle à devancer les autres peuples dans la réalisation de cette grande idée d’une Société expérimentale des inventions nouvelles, société si sou- 3 — 36 vent proposée et dont M. de Corbière a contrarié l’éta- îilissement projeté par MM. Laffitte, Arago, Gay-Lus- sac, ete. Cétte idée et celle de la réforme ne cessent de faire l’objet des méditations de l’honorable financier qui nous en a longuement entretenu, en finissant par nous avouer qu’il ne croirait pas sa tâche remplie s’il ne pouvait, avant de mourir, ajouter ce service à tous ceux qu’il a déjà rendus à l’industrie. • Les machines à vapeur, si rares à l’exposition de 1834, étaient si nombreuses à celle-ci, que nous serons forcé de passer outre à toutes celles qui ne présentent rien de neuf que la singularité ou la banalité de leurs formes. Nous nous bornerons à signaler seidement les organes ou les dispositions avantageuses que nous aurons rencontrées çà et là. Les fabricants de machines sont rarement assez sûrs de leurs principes pour risquer, de leur chef, quelque réforme fondamentale ; on dirait que beaucoup d’entre eux ont cherché, non pas à faire mieux, mais à faire autrement. M. Saulnier aîné, rue St.-Jmbroise-Popincourt, n° S, avait exposé une grande et belle machine à balancier, munie d’un excentrique de son invention, qui sert à faire varier à volonté la détente pendant la course du piston. Cette disposition n’exige qu’un tiroir. La bielle de cette machine est en fonte creuse, ce qui diminue les vibrations auxquelles les bielles pleines et grêles sont sujettes; nous signalons ce point à nos constructeurs. M. Saulnier a reçu la décoration de la Légion d’honneur. M. Pauwels, faubourg Poissonnière, n° 109, d’origine belge, s’est distingué à l’exposition par une machine de 2S chevaux, dans laquelle il fait varier la quan- lité de vapeur admise dans le cylindre, en employant quatre tiroirs, une valve de modération et une valve régulatrice, de sorte que la vapeur peut subir quatre détentes successives avant d’arriver au cylindre. La soupape d’Edwards eût mieux atteint le but du mécanicien, bien qu’il ait trouvé le moyen de régler le tout sans arrêter la machine. (Médaille d’argent.) L’école des arts d’Angers a exposé deux machines, l’une de 6, l’autre de 16 chevaux, exécutées par des écoliers ; mais le prix de 9,000 fr. indiqué sur la machine à 6 chevaux nous a semblé exorbitant, surtout en le comparant au prix du constructeur suivant : machine de M. Delaveleye. M. Delaveleye est un ingénieur belge des plus instruits, qui dirige la belle'fabrique de machines établie dans un des faubourgs de Dijon. Il est inventeur d’une machine à vapeur, dont la tige du piston n’a pas d’autres guides que la boîte à bourrage, qu’il a soin de tenir fort longue ; cette tige, terminée en T, gouverne deux bielles latérales qui donnent le mouvement à un axe placé sous le cylindre. Cette disposition, élaguant le parallélogramme des machines à balancier et les conducteurs de Maudsley, offre une telle économie d’exécution, que M. Delaveleye livre ses machines à 400 fr. par force — 58 — de cheval ; c’est évidemment un prix inférieur à celui de tous les mécaniciens français, belges et anglais. Ce système est en butte aux mêmes reproches que celui de MM. Derosne et Cail. Chacun dit : Cela ne saurait marcher. Et pourtant cela marche, et tous les ateliers de la Côte-d’Or et de la Haute-Saône, où nous en avons vu, marchaient à la grande satisfaction des propriétaires. Mais la difficulté de faire prendre la moindre innovation sera toujours fort grande tant que l’industrie ne sera pas dirigée par des hommes spéciaux, et qu’on s’appuiera aveuglément sur le proverbe ridicule : Le mieux est l’ennemi du bien; proverbe qui s’oppose depuis six ans à l’adoption du gaz à l’eau, et en général à toutes les améliorations $ c’est à lui qu’on doit imputer la chute de toutes les vieilles fabriques, qui refusent de suivre le progrès et d’échanger, comme on dit, leurs vieux sabots contre des souliers neufs. M. Delaveleyc a présenté, vers la fin de l’exposition, un petit modèle de machine à vapeur, nouvellement inventée, qui simplifie encore le mécanisme d’une manière si remarquable, qu’un des premiers constructeurs de Paris est venu lui faire des offres très-avantageuses pour qu’il lui permit d’exploiter son invention. Nous allons en donner une idée à nos constructeurs. Nous la connaissons dans ses moindres détails, car nous en avons pris le plan. Cette machine se compose d’un cylindre et d’un piston ordinaire. Latéralement au cylindre glisse une longue tige réunie au sommet de celle du piston par une forte équerre. La tige latérale dépasse le fond du cylindre , en dessous, de toute la longueur de la course du piston, ce qui constitue un parallélogramme beaucoup 39 — plus simple et plus parfait que celui de Watt. Vers le sommet de ce système s’attache la bielle oscillante qui commande la manivelle du volant ; c’est un véritable rouet à vapeur. Sous le fond du cylindre est attaché un petit levier, mobile sur son milieu ; il est fixé d’une part à la tige de la glissière, qu’il ouvre et ferme subitement quand l’autre extrémité de ce levier est rencontrée par les taquets de la longue tige gouvernante qui suit la marche du piston. Le tout est placé sur un bâti à hauteur d’homme. Pour répondre aux personnes qui redoutent l’inconvénient d’un porte-à-faux, M. Delaveleye n’a qu’à faire travailler son piston sur le milieu d’une traverse appuyée sur deux tiges au lieu d’une, et il aura, sans contredit, le meilleur parallélogramme qu’on puisse imaginer. Le prix de quatre cents francs par force de cheval, auquel il livre ses machines, chaudière à part, est assurément moindre qu’en Angleterre, où le fer est à si bas prix. Nous devons faire ici une remarque importante qui explique pourquoi la France ne craint pas de se lancer dans la construction des machines, malgré la cherté de ses fers, et pourquoi le Creuzot, par exemple, peut fournir des locomotives à aussi bon marché et aussi bien faites que celles de Seraing. C’est que la plus-value de la quantité de fer qui entre dans une machine est fort peu de chose et se perd dans la main-d’œuvre à mesure que celle-ci entre pour une plus forte somme dans l’objet fabriqué. Qu’un kilogramme d’acier, par exemple, auquel on donne une valeur de 4 à 500 francs, en le convertissant en ressorts de montre ou en aiguilles, ait coûté un — 40 — franc (le plus en France qu’en Angleterre, cela devient fort insignifiant. Nous avons pris cet exemple extrême pour faire mieux sentir pourquoi le prix des fers ne saurait influer considérablement sur celui des mécaniques. Aussi avons- nous compté cette année 40 machines à vapeur, tandis qu’il n’y en avait qu’une seule à l’exposition de 1834. Nous ferons observer que les constructeurs français sont tellement persuadés de cette vérité, qu’ils n’emploient que du fer maca, c’est-à-dire, du fer fabriqué avec de vieux riblous soudés au martinet -, nous ajouterons que c’est là un bon calcul, et si nos mécaniciens avaient cette attention, on ne verrait pas tant dç pièces se rompre comme du verre, après avoir reçu les coûteuses caresses du tour, de la lime et de l’émeri. Pour en finir avec M. Delaveleye, nous avons été fort surpris de le voir complètement oublié dans la distribution des récompenses, et certes il en méritait une , ne fut-ce que pour les admirables cylindres polis en fonte trempée et dure comme diamant, qu’il livre à des prix tellement bas, que M. Tallabot, l’industriel député , ne pouvait en croire ses yeux ; aussi s’est-il empressé de faire à M. Delaveleye une commande assez forte de ces magnifiques produits de la fonte en coquille. Le même ingénieur a exposé un frein de Prony perfectionné, qui a reçu l’approbation de tous les membres du jury en particulier. Mais M. Delaveleye est passé inaperçu dans l’assemblée générale. Nous le regrettons sincèrement pour cet intelligent constructeur. — 41 — Glissière Farcot. Ce mécanicien a fait une jolie application de la ventouse des poêles à la glissière de sa petite machine ; il y a pratiqué plusieurs ouvertures ayant la forme de parallélogrammes très-allongés ; une plaque percée de semblables trous, les ouvre ou les ferme par un glissement de quelques millimètres seulement, de sorte qu’on peut régler la détente du dehors par un petit levier placé sur la boite à vapeur. Il nous semble qu’une pareille disposition pour toutes les espèces de glissières ménagerait d’une manière notable le chemin qu’elles ont à parcourir, et diminuerait par conséquent l’usure et le frottement; frottement plus considérable qu’on ne pense, et qui, dans une machine de six chevaux, emporte la force de deux ou trois hommes, ce que tout le monde peut vérifier en essayant de faire jouer à la main la glissière détachée de l’excentrique, si l’on ne se fie pas au calcul fort simple de la surface des ouvertures de la chapelle. Machine de RoufTet, RU E IIXJ MAKCIIÉ-NEUF, A PARIS. M. Rouffet, si notre mémoire ne nous trompe, est un jeune homme formé dans l’atelier et sous la direction de M. le baron Séguier, qui prend plaisir à pousser les — 42 — jeunes ouvriers auxquels il reconnaît des dispositions. M. Rouffet ne pouvait que grandir à pareille école; car le baron Séguier est le savant qui comprend le mieux la bonne théorie de la vapeur et connaît tout ce qui a été inventé en fait d’organes mécaniques; personne n’a mieux écrit que lui sur les causes d’explosions des chaudières et n’en a inventé une plus sûre et plus économique ; nous y reviendrons lorsqu’il s’agira du bateau à vapeur qu’il a construit sur un principe tout à fait nouveau, à l’usage des canaux dont il n’altère en rien les berges. M. Rouffet nous semble avoir bien profité des conseils de l’excellent maître dont nous parlons, car il est impossible de concevoir une machine mieux groupée que la sienne, occupant moins d’espace et tirant plus d’effets utiles de la vapeur. Figurez-vous une petite chaudière de locomotive avec un fire-box cylindrique, dans lequel est plongé le cylindre moteur, puis un tube-cheminée serpentant dans la chaudière pour aboutir au ventilateur ou aspirateur d’Erick- son : placez le tout sur quatre petites roues, et vous aurez une machine à vapeur mobile sans cheminée, applicable à tous les travaux ruraux, à la bâtisse, au creusement et à l’épuisement des canaux, à l’exploitation des forêts, etc. Nous pouvons dire que M. Rouffet a résolu, ainsi que M. Bourdon, le problème suivant : Construire des machines de l à 4 chevaux qui se placent aussi aisément et aussi promptement qu’un poêle dans l’intérieur de la chambre d’un ouvrier, sans que les voisins puissent s’en douter ou s’en plaindre. 45 — IVI. Bourdon, FAUBOURG DU TEMPLE, N° 74 . M.Bourdon estce jeune constructeur qui se fitunnom, il y a quelques années, en construisant des modèles de machines en verre, pour servir aux démonstrations -, mais, à force de souffler, il est devenu forgeron : de la miniature il est parvenu graduellement à faire aussi grand que nature, parce qu’il est infiniment intelligent et qu’il prend la peine de travailler lui-même. C’est chez lui que se trouve le flotteur à sifflet qui indique l’abaissement du niveau d’eau dans les chaudières, et dont la tige de fil de fer ne traverse pas de boîte à étoupes ; à ce mécanicien de précision le capitaine Maurin n’a pu mieux faire que de confier l’exécution de ses dynamomètres, au moyen desquels toutes les courbes de traction des voitures ou des bateaux à vapeur se dessinent sur une bande de papier qui se déroule au fur et à mesure qu’elle s’enroule sur un autre cylindre. M. Bourdon est un de ces rares constructeurs en état de comprendre et d’aborder franchement l’exécution d’une idée mécanique nouvelle. M. Hermann, RUE DE CHARENTON, H° 102 . M. Hermann a exposé une machine à vapeur parfaitement exécutée, où nous avons remarqué une disposition qui mérite d’être signalée. La tige du régulateur, au lieu d’être mise en mouvement par une corde ou un engrenage angulaire, marche fort bien par le simple frottement qui résulte de son poids. On est libre de lui imprimer 44 — plus ou moins de vitesse, en rapprochant ou en éloignant le cercle moteur du centre de l’axe de rotation. La remarque faite par M. Hermann, de l’inutilité des dents dans les engrenages qui n’ont pas une grande force à transmettre, ouvre un champ nouveau à la mécanique ; peut-être pourrait-on appliquer ce moyen aux broches des filatures, et supprimer, par conséquent, les engrenages héliçoïdes, tout ingénieux qu’ils sont. Déjà les Anglais, pour imprimer de grandes vitesses à des pièces légères, ont fait jouer des circonférences de cercle, garnies de cuir, sur des pignons revêtus de même et saupoudrés de sandaraque. La propriété collante de l’asphalte peut de même être mise à profit pour empêcher les courroies ou les cordes de glisser sur leurs poulies ou dans les gorges des tambours. « Nous engageons les mécaniciens à tenir note de cette indication (1). Voici comment la Société d’encouragement s’est exprimée sur les travaux de ce constructeur qui a fait ses premières armes sous M. Dietz à Bruxelles. « M. Hermann vous a présenté plusieurs machines, que votre comité des arts mécaniques a examinées avec soin. (1) Depuis que nous voyons les roues de locomotive privées de dents, s’engrener avec des rails unis, nous croyons, qu’en beaucoup d’occasions, on pourrait supprimer les dents des engrenages de vitesse ; nous pensons même qu’il serait aisé de construire des horloges et des montres , sans autre engrenage que celui du frottement des circonférences appuyées les unes sur les autres; c’est encore là une de ces simplifications essentielles réservées à la mécanique. — 45 — » La première est un broyeur à cylindres. Ces machines sont à trois ou à six cylindres. Ces sortes de broyeurs étaient déjà connus ; mais M. Hermann a simplifié le mécanisme qui sert à régler l’écartement des cylindres entre eux et l’a disposé de telle manière que cette opération est devenue plus prompte et plus exacte. » Ce qui distingue surtout les broyeurs-Hermann, c’est que les cylindres ne sont pas en fer, mais en verre ou en granit. '< Cette modification pour laquelle ce mécanicien a pris un brevet, est très-importante et fait rechercher, par les fabricants, les broyeurs qui sortent des ateliers de M. Hermann. Plusieurs substances prenaient une odeur ferrugineuse ou leur couleur était altérée lorsqu’on les broyait au moyen de cylindres de fer. » Ainsi les ocres jaunes prenaient une couleur verdâtre, les blanches jaunissaient j ainsi les chocolats et les vanilles ne conservaient pas leurs parfums. » Ces inconvénients graves ont disparu par l’emploi des cylindres non métalliques. >> La seconde est destinée à mouler les briques de savon. » Le moulage s’exécutait à la main, cette opération était longue et employait, dans une fabrique, plusieurs ouvriers. Un seul homme suffit maintenant, et ce qui prouve que cette machine remplit bien sa destination, qu’elle apporte économie et plus de travail effectué dans le même temps, c’est qu’elle est presque généralement adoptée. « La troisième est une machine à vapeur, dont le système a beaucoup d’analogie avec celui de Maudsley. Mais M. Hermann voulant réduire autant que possible 46 - le prix de ses machines, qui sont de deux à huit chevaux, a apporté une simplification aux tiroirs. Une bielle ajustée par une de ses extrémités sur un excentrique adapté à l’arbre tournant, prend un mouvement de va- et-vient, et le transmet à un levier qui est monté sur un axe garni d’une boîte à étoupes ; cet axe, dans l’intérieur du tiroir, porte un autre levier à fourchette, qui transmet le mouvement du premier levier à la glissière, laquelle, par un mouvement rectiligne, ouvre et ferme alternativement les deux entrées de la vapeur. » Ces petites machines à vapeur sont précieuses pour l’industrie, et afin de les répandre dans les ateliers, il faut en baisser le prix autant que possible ; et l’on ne peut arriver à réduire le prix, qu’en simplifiant autant que faire se peut les diverses parties, les emmanchements et les dispositifs de la machine. » M. Hermann est un mécanicien habile, intelligent, et mérite sous tous les rapports les encouragements de la Société. » La meilleure preuve de l’excellence des machines à broyer de M. Hermann, c’est que les principaux chocolatiers de Paris les ont adoptées : M. Ménier broie 50,000 kilog. de chocolat par mois avec ces rouleaux ; MM. Perron et Lebègue ont abandonné l’ancien système pour adopter les broyeurs d 'Hermann, qui en a fourni en Espagne, en Allemagne et jusqu’à la Russie. — 47 — Locomotives françaises. Si les progrès faits par les Français depuis cinq ans dans la construction soignée des machines à vapeur nous ont surpris, notre étonnement a redoublé en apercevant deux locomotives de la plus belle exécution, celle de MM. Stéhelin et Hubert, de Bischweiler, et celle des frères Schneider, exécutées en entier dans le célèbre établissement du Creuzot, qui l’emporte aujourd’hui, dit-on, sur Seraing, puisqu’il occupe 3,000 ouvriers. Tel est le sort de ces immenses ateliers qu’ils semblent ne pouvoir prospérer qu’après une ou plusieurs chutes. Quinze à vingt millions ont été, dit-on, enfouis au Creuzot par les premiers fondateurs ; le Creuzot, vendu pour deux millions, prospère aujourd’hui, car on n’a plus à servir les intérêts des anciens capitaux. On dirait que ces vastes créations suivent la loi générale, qui veut que les vieux troncs, en se décomposant, donnent naissance à quelque rejeton vivace destiné à s’alimenter de leur substance. Le Creuzot est déjà à sa douzième locomotive, et il n’en tire aucune pièce d’Angleterre, pas même les plaques de fire-box; les prix sont les mêmes qu’en Belgique, tant il est vrai que la différence qui existe entre le fer français et le fer étranger, s’évanouit dans la main-d’œuvre, lorsque les machines sont un peu compliquées. A force de rester en contemplation devant les roues magnifiques de cette locomotive, nous avons découvert la manière dont on s’y prend pour les forger d’une pièce, — 48 — y compris le moyeu, qui n'est pas en fer coulé comme les nôtres; nous allons l’expliquer. Les rais, étant forgés à part, sont terminés vers le centre par des masses qui complètent le cercle du moyeu : ces masses sont même ajustées à la lime; en cet état, il suffit de deux chauffes pour y souder, en dessus et en dessous, deux épaisses rondelles de fer, que l’on perce et que l’on tourne ensuite, ce qui se fait avec la plus grande propreté et sans laisser de trace de ce tour de forge. La locomotive Stéhelin porte des cylindres de treize pouces de France; ses perfectionnements consistent dans l’agrandissement de l’aire du foyer, de la surface de chauffe et des roues travaillantes. File peut vaporiser 848 litres d’eau par heure; le système anglais n’en vaporise que 518; les grandes roues de six pieds ont pour objet de diminuer, d’une part, la vitesse du jeu des pistons, et, de l’autre, d’augmenter la vitesse de translation. Le prix d’une paire de roues de waggon avec leur essieu est coté 650 fr. ; une grue d’alimentation, 1,500 fr. ; et la locomotive entière du plus grand format coûte à Bischweiler 40,000 fr. sans le tender. Avis à nos constructeurs. MM. Stéhelin et Hubert en sont à leur n° 16 ; ils fournissent à l’Allemagne. Environ 800 ouvriers sont occupés dans leurs ateliers. Un troisième constructeur de locomotives, M. André Kœchlin, vient de débuter victorieusement en lançant le Napoléon sur la route de Mulhouse à Thann (1). (1) Nous avons, ori Belgique, trois établissements qui coucou- — 49 — On sait que l’indicateur de verre, à niveau d’eau, a l’inconvénient de se salir d’incrustations terreuses : MM. Meyer de Mulhouse ont trouvé le moyen d’y faire arriver de l’eau distillée qui n’obscurcit jamais le verre. Nous remédierons, autant qu’il sera possible, au défaut de figures qui se fait sentir dans notre rapport, en offrant de donner gratuitement aux industriels qui pourraient le désirer de plus amples explications sur tous les objets dont il y est question ; nous avons pris à ce sujet des notes et des croquis suffisants pour un constructeur intelligent. L’Économie, NOUVELLE LOCOMOTIVE. Nous ne pouvons passer sous silence l’admirable locomotive que vient d’inventer, d’exécuter et d’essayer M. l’ingénieur Deridder. C’est toute une ère nouvelle qui s’ouvre pour les chemins de fer; sa machine ne pèse pas cinq tonneaux, le rent à la fabrication des locomotives ; Seraing qui malheureusement n’est pas en position de continuer ; Le Renard qui après quelques essais est parvenu à prendre une supériorité marquée sur ses rivaux, mais qui manque de commandes; et Saint-Léonard qui a réussi du premier coup, mais qui se trouve dans la même position que le Renard sous le rapport des commandes. Le gouvernement belge ferait une grande faute en laissant tomber l’un ou l’autre de ces deux établissements. Ce serait se priver des bénéfices d’une utile concurrence. A RAPPORT. 1. tender y compris ; il a supprimé quatre roues dans son remorqueur. Nous lui avons vu donner 220 coups de piston à la minute, au lieu de 180 qui constituent la grande vitesse des locomotives ordinaires. Il emploie la détente de la vapeur et obtient de la sorte trois vitesses ou trois forces différentes, selon les besoins du voyage. On sait que les locomotives ordinaires pèsent 12 à 15 tonneaux, tandis que chaque wagon n’en pèse que trois ou quatre. Les rails ne sont donc tenus si lourds que pour la locomotive seulement; M. Deridder, en rendant la sienne plus légère, pourra diminuer des deux tiers le poids des rails. La locomotive de M. Deridder est destinée à ne transporter que 70 à 100 personnes ; mais on pourra multiplier les convois, ce qui sera plus avantageux au commerce que les rares et pesants convois d’aujourd’hui. Si M. Deridder voulait établir un atelier de construction, nous ne savons pas qui pourrait lutter avec lui en Belgique, puisque pour son début il a su faire un chef- d’œuvre dont chaque pièce est une invention remarquable. Appareil de sûreté pour les chaudières à vapeur. Les Français, qui font un usage fort restreint de la vapeur, se sont particulièrement appliqués à trouver les moyens de sûreté, tandis que les Anglais n’y songent même pas et s’amusent aux dépens des mille et une inventions curieuses qu’on vient leur proposer : ils répondent ordinairement que, les chaudières n’éclatant pas en Angleterre, ils n’ont pas besoin de moyens préservatifs. On conçoit en effet qu’un fabricant qui, depuis vingt à trente ans, se sert de la même chaudière, se soit tellement familiarisé avec la vapeur qu’il ne s’en défie plus. En France, au contraire, la peur de la vapeur est d’autant plus vive, que cet agent y est moins répandu. Les prix offerts par la Société d’encouragement en f 828 , ont donné naissance à une foule de conceptions ingénieuses auxquelles nous avons pris nous-même une part active avec les Galli, les Chaussenot et les So- rel; les uns se sont occupés de bouchons métalliques fusibles, les autres de flotteurs ou de régulateurs du feu. Tout cela est bon, tout cela est susceptible de jouer dans le cas d’une marche normale de la vapeur ; mais il se trouve aujourd’hui que l’on a pris d’excessives précautions contre des effets qui ne se produisent presque jamais, et que l’on a négligé le danger le plus grave, le cas le plus réel, et peut-être la seule cause des sept hui- 4 * lièmes des explosions : l’abaissement de l’eau et Réchauffement au rouge des parois de la chaudière. Les personnes même chargées de formuler des instructions préservatives de l’explosion semblent encore ignorer, à voir leurs prescriptions, où se trouve le mal ; car elles ne paraissent avoir en vue que de préserver les chaudières contre la surcharge des soupapes, chose fort insignifiante, puisque les chaudières ont été éprouvées, sans accident, à triple pression. 11 est d’ailleurs évident qu’une chaudière qui travaille à 4 atmosphères, ne saurait monter à 6 et à 7, sans faire soulever les soupapes les plus adhérentes. Le véritable danger, nous le répéterons à satiété, est dans le suréchauffement des parois, et l’explosion n’a ordinairement lieu qu’au moment où l’on soulève une soupape ou à celui de la mise en train, parce qu’alors un cène d’eau s’élève vers l’ouverture supérieure et retombe avec force contre les flancs rougis à blanc, ce qui donne lieu à une explosion foudroyante, analogue à celle produite par une goutte d’eau écrasée sur un fer rouge. Alors, ni le manomètre à air libre, ni la multiplicité des soupapes, ne peuvent préserver la chaudière d’être réduite en pièces, par un effet de recul semblable à celui de la poudre fulminante. Nous ne connaissons donc qu’une précaution principale à prendre, celle d’entretenir l’eau à la hauteur voulue dans la chaudière, et qu’une bonne chaudière ordinaire, celle qui, remplie d’eau, est plongée dans un four à réverbère avec un réservoir supérieur pour la vapeur, ce réservoir étant séparé de la chaudière par une soupape flottante toujours prête à se refermer en cas d’accident au bouilleur. — 53 — Lin fait qui nous a été révélé par l’expérience, c'est qu’une chaudière entièrement remplie d’eau, éclatant par la pression, ne peut causer de grands dégâts; la déchirure se fait sans projection ; car il faut un temps donné à la vapeur, comme il en faut au gaz acide carbonique, pour se séparer de l’eau ; ainsi, un flacon plein d’eau gazeuse éclate sans projection, tandis qu’il se fait une détonation dangereuse s’il est à demi ou en entier rempli de gaz à la même pression. Une cause d’explosion ou de détérioration des chaudières, dont nous ne parlerons pas, ce sont les incrustations, auxquelles on remédie en se servant d’eaux tourbeuses ou colorées par des matières végétales(l).Le mieux, au reste, serait d’employer les eaux de condensation que l’on recueille aisément, et en entier, au moyen de l’appareil Lemoine, de Rouen, appareil qui se compose d’un vase parallélipipède traversé par une infinité de petits tuyaux d’environ 15 millimètres de diamètre, dans lesquels on fait circuler de l’eau froide, en sens inverse de la vapeur, obligée de traverser cette forêt de tubes réfrigérants, et au contact desquels elle se condense en échauffant de l’eau nouvelle. Un brevet a même été pris dans ce dernier but par M. Decroisilles de Rouen, inventeur primitif de cet appareil. Le meilleur moyen de sûreté que nous croyions pouvoir proposer consiste en une tringle de cuivre ou d’étain placée au haut de la chaudière, s’appuyant sur la paroi du fond et traversant toute la chaudière pour (1) L’emploi de pommes de terre gelées forme de véritables boulets par l'incrustation qui s’agglomère autour de chacune d’elles. — M — sortir par la paroi antérieure, à travers une boite à étoupe; cette barre, se dilatant de 0 m ,002 par mètre, environ moitié plus que le fer de la chaudière, fait échapper, en s’allongeant, un levier qui retenait la soupape fermée. Par ce moyen, on ne travaille plus à tant d’atmosphères, mais à tant de degrés de calorique ; car c’est, en définitive, l’accumulation du calorique, dans l’eau, dans la vapeur, ou dans le métal, qui cause les explosions ; cette barre ouvrirait donc la soupape, même quand il n’y aurait ni eau ni tension dans la chaudière. Nous recommandons particulièrement ce moyen simple et sûr à tous nos constructeurs, regardant les rondelles et les bouchons fusibles comme choses inutiles et dangereuses, ainsi qu’on l’a démontré cent fois, et les manomètres à air libre comme chose coûteuse, embarrassante, et qui n’a rien de plus efficace que le manomètre horizontal à air comprimé. Ce manomètre horizontal est plus aisé à diviser d’après la loi de Mariotte que dans la position verticale, qui oblige à tenir compte du poids de la colonne de mercure. La seule attention nécessaire est de choisir un tube de verre d’un diamètre intérieur fort étroit, qui ne permette pas au mercure de s’étaler, ni à l’air de s’intercaler, ce qu’on obtient par un tube au-dessous de 2 millimètres de diamètre, suffisant pour préserver le ménisque de toute altération sensible. Le premier instrument de ce genre a été confectionné sous nos yeux chez MM. Houget et Teston, deVerviers. Nous croyons faire plaisir à tous les dessinateurs d’atelier, en leur indiquant un mode empirique, très- simple, de graduer les manomètres horizontaux. On divise le tube en deux el l’on marque I , en ne tenant pas compte de la pression atmosphérique ; la partie supérieure est divisée en trois, le tiers inférieur est marqué 2; le reste est divisé en quatre, le quart inférieur est marqué 3 ; le reste est divisé en cinq, le cinquième inférieur est marqué 4 ; et ainsi de suite. Nous faisons connaître ce moyen, parce que nous savons que le grand obstacle à l’adoption des manomètres est la difficulté des procédés algébriques indiqués par les savants, pour arriver à la graduation exacte des manomètres perpendiculaires. Machine horizontale du Creiuot. Si les machines oscillantes, dont les défauts sont connus, étaient nombreuses à l’exposition, les machines horizontales, qui n’en ont pas autant, étaient fort rares ; car nous n’avons remarqué que celle des frères Schneider, laquelle nous a semblé parfaitement exécutée : on voit qu’ils se sont appliqués à parer au défaut reproché à ces machines d’ovaliser le piston ; ils ont pris soin de le soutenir par un système de guides parallèles, analogues, pour ne pas dire semblables, aux guides des pistons de locomotives. Or, voyez comme la pratique est peu d’accord avec la théorie qui condamne les cylindres horizontaux. Nous connaissons une locomotive qui a fait déjà trois fois et demie le tour du monde, et dont les pistons sont toujours très-cylindriques; nous connaissons, en outre, une autre machine stationnaire de ce genre qui marche depuis cinq ans à Bruxelles. Ces machines sont certainement tout aussi bonnes que les autres, et se posent très-aisément et très-solidement entre deux poutres couchées etréunies par des traverses ; l’effort se fait sur ce cadre, indépendamment des murs de l’édifice et de la solidité des fondations ; cette machine convient surtout en Hollande et dans tous les endroits qui n’ont pas un fonds résistant. Nous avons vu avec peine sur cette belle machine tout l’assortiment d’avaloirs et de robinets destinés à introduire de la graisse dans le cylindre ; c’est un vieil abus pour l’éradication duquel nous avons déjà fait beaucoup d’efforts. Nous saisirons donc cette occasion d’y revenir plus officiellement, s’il nous est permis de parler ainsi. L’abus dont nous nous plaignons, parce qu’il dévore des sommes considérables en pure perte, provient de ce qu’on a toujours graissé les pistons à garniture de chanvre ; la routine étant prise, les chauffeurs ont continué de graisser les pistons métalliques qui n’en ont pas besoin et dont la graisse carbonisée ne fait qu’encrasser l’intérieur des segments ; nous en avons vu démonter plusieurs qui en étaient littéralement encombrés, et dont le jeu des ressorts à boudin était complètement paralysé. La graisse que l’on met dans un cylindre est lavée et emportée à l’instant par la vapeur; si l’on travaille à haute pression, elle est carbonisée et forme, avec les matières calcaires et les oxydes métalliques, de petites boulettes qui ne servent qu’à gêner le jeu du piston. M. Ilouget, de Verviers, est le premier qui se soit avisé de supprimer la graisse dans sa machine, et nous avons été mis à même de constater qu’après huit années de service continu, l’intérieur du cylindre était poli comme une glace, et le piston métallique à peine usé de deux millimètres. Que les industriels belges qui se servent encore de graisse se hâtent donc de faire cette notable économie ; mais il est nécessaire de nettoyer avec soin les pistons et l’intérieur des machines avant d’opérer cette suppression. Nous avons aussi une économie à leur proposer en fait de piston ; l’expérience a prouvé que le meilleur, le plus étanche et le moins coûteux était tout simplement un cercle de fonte dans les proportions suivantes : pour une machine de 6 à 15 chevaux, ce cercle a 5 centimètres de hauteur, 2 centimètres d’épaisseur d’un côté et i centimètres à la partie opposée- il a donc la forme d’un croissant. Vers la partie mince, on réserve à l’intérieur deux talons placés à 2 ou 3 centimètres l’un de l’autre; ces talons servent à loger un boulon avec ses écrous dont nous indiquerons l’usage. En cetétat, l’on bat à coups de marteau tout l’intérieur du cercle, ce qui récrouit le métal et lui donne une tendance à s’ouvrir quand il sera scié ; on met alors cette pièce sur le tour qui la ramène à la dimension du cylindre dans lequel elle doit jouer. On donne ensuite un coup de scie, juste entre les deux talons; l’on voit aussitôt le croissant se dilater d’environ 0 m ,02 et se dilater uniformément, parce qu’il a les dimensions calculées pour s’ouvrir circulairement; on rapproche alors, au moyen de l’écrou dont nous avons parlé, les deux lèvres de la fente, et on introduit le piston, placé entre ses deux couvercles, dans le cylindre, après avoir réglé la 58 — pression qu’on veut obtenir, d’après le nombre d'atmosphères auxquelles la machine doit fonctionner. Nous ne devons pas oublier de dire qu’on incruste deux petites pièces de fer doux, en dessus et en dessous de la fente, pour barrer tout passage à la vapeur; quelques personnes placent deux cercles tète-bèclie au lieu d’un. Ce piston, exécuté d’après nos indications, a parfaitement réussi chez tous ceux qui l’ont employé, on en est fort content à Verviers, ainsi qu’à rétablissement du Renard; il revient à environ 50 p. c. meilleur marché que les pistons à segment de cuivre. Nous avons appris qu’en Angleterre on s’est avisé de la chose la plus simple : c’est de faire un piston plein en fonte, mais si exactement alézé qu’il ne laisse presque point échapper de vapeur. Ceci demande une grande précision; mais on est parvenu aujourd’hui à la précision mathématique en Angleterre, où l’art du tour a fait les progrès les plus surprenants. Il est des industriels qui se contentent de fondre un mélange de plomb et d’étain dans le cylindre même, et ce piston marche un an sans réparation. Les industriels qui suivront nos descriptions, le crayon à la main, construiront exactement les machines dont nous parlons. Nous sommes d’ailleurs à leur service s’ils se trouvaient embarrassés. Nous avons promis de revenir sur les véritables causes d’explosion des chaudières à vapeur. Nous espérons que le chapitre suivant ne laissera ni incertitude ni doute à ceux qui prendront la peine de le lire avec un peu d’altention. De l'explosion foudroyante des chaudières à vapeur. Nous ne dirons que peu de mots sur les causes d’explosions provenant de la tension régulière de la vapeur ; car elles sont devenues extrêmement rares depuis que l’on a adopté la forme cylindrique et la tôle de fer. Les soupapes ordinaires, si elles sont libres, suffisent; ces chaudières sont d’ailleurs en état de supporter une pression trois fois plus forte que celle sous laquelle on les fait ordinairement travailler. Nous ne dirons rien non plus de l’explosion par dépression , dans le cas où le vide se produit dans la chaudière par la condensation de la vapeur, celle-là n’étant pas possible quand il s’agit d’une chaudière parfaitement cylindrique ou sphéroïdale. Quant aux formes carrées des bouilloires à basse pression, une soupape inverse, dite reniflard, est un parfait préservatif; mais il est une troisième cause d’explosion sur laquelle on ne saurait trop s’étendre. De longues recherches ont mis depuis quelques années sur la bonne voie ; mais l’explication de ce qui se passe dans ce moment, laissant beaucoup à désirer, quelques ingénieurs ont cru devoir faire intervenir le gaz hydrogène dans les explosions foudroyantes. Ils prétendent que l’eau, décomposée par le contact de la tôle rougie de la chaudière, forme du gaz hydrogène et oxygène, lesquels venant à s’enflammer, produisent une détonation ; mais ils ne disent pas comment ces gaz, on plutôt ce mélange de gaz et de vapeur d’eau , — 60 — pourrait parvenir à s'enflammer; car il faut nécessairement le contact d’une flamme pour opérer la déflagration; le mélange des gaz avec la vapeur s’opposerait d’ailleurs complètement à cette incandescence. Ce n’est donc pas là qu’il faut chercher la cause principale des explosions. On sait que, l’abaissement du niveau d’eau dans les chaudières laissant une portion des parois exposée à un feu nu, celles-ci peuvent s’échauffer jusqu’au rouge. Tous les auteurs, tels que Christian, Marestier, Pouillet, Wood, Arago et Séguier, ont écrit que si, dans cet instant , on fait arriver une grande quantité d’eau dans la chaudière, il se forme, par le contact de cette eau sur les parois rougies, une si grande masse de vapeur, que l’explosion est déterminée au moment même. Cela est une vérité mal expliquée ; car, pour donner lieu à une pareille explossion, il faudrait le faire exprès et opérer comme suit : 1° arrêter la machine; 2° vider la chaudière ; 3° chauffer ; 4° enrayer le flotteur, et 5° lâcher le jet d’eau. Ces cinq conditions sont de rigueur et ne sauraient guère se rencontrer ensemble. Ainsi donc on peut admettre qu’il y a toujours au moins quelques pouces d’eau sur le fond de la chaudière, quand une explosion a lieu, et s’il n’y en avait que quelques pouces, les parties voisines du coup de feu le plus vif rougiraient au point de s’amollir et d’occasionner des boursouflements que les chauffeurs appellent loupes, lesquelles se déchireraient comme étant les parties les plus faibles, avant que la chaudière sautât; elle serait alors déracinée de son siège et projetée tout entière en l’air par l’effet du recul ; et c’est ce qu’on n’a jamais observé. Mais ce qu’on a presque toujours reconnu après — (31 — l’explosion, c’est une déchirure complète opérée à la ligne du niveau d’eau, par conséquent à la partie la plus chaude et la plus faible : en ce cas, la portion supérieure delà chaudière, la plus considérable, est projetée vers le haut, et la partie inférieure refoulée vers le sol. La moindre réflexion suffit pour faire comprendre qu’à la ligne du niveau d’eau, il doit s’opérer un énorme tiraillement entre les molécules du fer refroidi par le contact de l’eau, et celles du fer rougi par celui de la flamme. Il ne faut que cela pour déterminer un déchirement facile. II se trouvait environ un pied d’eau dans la chaudière quand l’effet avait eu lieu, et quand il en reste encore autant et qu’on en fait arriver de la nouvelle, cette eau devant toujours déboucher au fond de la chaudière, le niveau s’élève progressivement et sans secousse contre les parois rougies, et c’est en ce moment, croit-on généralement, que l’explosion doit avoir lieu, par la quantité de vapeur produite : c’est encore une erreur facile à démontrer. Chacun connaît l’effet de la goutte d’eau placée sur un fer rouge; on sait que cette goutte ne se vaporise que très-lentement, parce qu’elle ne touche pas au fer, et qu’il vient s’interposer entre elle et le métal, soit de la vapeur , soit une couche de calorique rayonnant qui la repousse et la soutient en l’air (I) : si en ce moment vous frappez cette goutte d’eau avec un marteau, il se pro- (1) Un employé de la monnaie de Paris fait en cet instant de curieuses expériences sur la caléfaction de l’eau, des esprits, des éthers projetés dans un creuset de platine rougi qui ne s’évaporent presque pas; parce que le liquide est tenu à distance du métal par le calorique d’émission. 62 - duil une détonation quelquefois aussi forte que celle d’un coup de pistolet, si la quantité d’eau est un peu considérable. Souvent les forgerons qui refoulent une pièce de fer rougie à blanc s’amusent à mettre de l’eau sur leur bloc, et produisent une telle détonation en frappant dessus, qu’ils effrayent les curieux ou les nouveaux venus qui ne connaissent pas encore cet effet. Perkins a démontré à l’évidence que de l’eau renfermée dans un cylindre rougi à blanc n’en touche aucunement les parois, et reste séparée du métal par une couche de calorique rayonnant qui la tient à distance. Il a fait voir qu’en retirant une cheville de fer d’un trou qui traverse les parois d’un cylindre rempli d’eau et rougi, il n’en sortait pas un atome de vapeur : d’où il concluait que le calorique est un corps concret qui fermait le trou et empêchait la sortie de la vapeur, laquelle ne commençait à siffler que du moment où son cylindre se refroidissait et devenait noir ; il présentait alors à ce jet de vapeur un morceau de houille, qui s’enflammait à plusieurs pouces de distance. Cela bien compris, on sentira que les choses doivent se passer de même dans une chaudière dont les flancs sont rougis et où l’on fait monter le niveau d'eau lentement, graduellement et sans secousse, comme cela se passe dans les chaudières fixes, où chaque coup de la pompe alimentaire ne fait pas pénétrer plus d’un litre d’eau, ce qui n’élève qu’imperceptiblement le niveau. La production de la vapeur ne peut donc point être subite, ni foudroyante en ce cas-là; mais elle est progressive, régulière, et telle qu’on la désire dans un bon travail. Pour qu’il y eût explosion, il faudrait que la — 63 chaudière fût mise en mouvement de manière à lancer le flot d’eau avec force contre toute une paroi rougie ; c’est le cas qui se présente en mer sur les bateaux à vapeur : quand la vague ou le vent imprime un vigoureux balancement au navire, le choc de ce flot contre la paroi rougie fait l’effet du coup de marteau sur la goutte d’eau ; elle surmonte la force de répulsion du calorique rayonnant et touche au métal : en ce cas, il n’est ni soupape, ni moyen quelconque pour éviter l’explosion, quand même la chaudière aurait une ouverture d’un mètre. La réaction opérée par la détonation briserait encore les parois comme le fait la poudre fulminante à l’air libre. On voit donc que l’explosion ne saurait arriver dans une chaudière fixe, s’il ne s’y passait pas autre chose que ce qu’on a cru jusqu’ici. Quand le niveau de l’eau s’abaisse dans les chaudières à vapeur et que les parois viennent à rougir, l’explosion ne saurait donc avoir lieu par le simple effet de l’eau qu’on y introduit à l’aide de la pompe alimentaire ; cette quantité étant trop minime pour élever d’une manière assez subite le niveau de l’eau et occasionner une production de vapeur assez abondante, par son contact avec les parois sur échauffées, pour produire l’explosion (1). Toutes les hypothèses basées de la sorte, et toutes les explications qui s’arrêtent là, n’ont pas de fondement; (1) L’explosion peut provenir aussi des défauts qui existent souvent dans la tôle feuilletée par un mauvais laminage, alors la feuille exposée au feu se brûle et le reste manquant de résistance finit par céder à la pression. — 04 \ l’explosion ne peut avoir lieu, quand les choses sont en cet état, qu’au moment où l’on ouvre le robinet pour mettre en train la machine, ou quand on soulève la soupape de sûreté, soit à dessein, soit accidentellement. Cette remarque a été faite dans presque toutes les enquêtes d’explosion dont on a pu constater les circonstances. Il est bien singulier que ce qui semblait devoir faire cesser le danger, en était au contraire la cause déterminante. On n’aura pas de peine à le comprendre par les explications qui vont suivre, et que nous pouvons donner comme certaines, ayant vu, pour ainsi dire, ce qui se passe dans cet instant fatal. Dès que la soupape se lève, une masse de bulles de vapeur, jusque-là retenues dans l’eau, par la pression, s’élance impétueusement hors du liquide, et tend à gagner l’orifice de la soupape ; ces bulles, en s’échappant avec la rapidité d’une flèche, entraînent de l’eau avec elles. Les premières bulles arrivées à la tubulure sont nécessairement celles qui ont le moins d’espace à parcourir, et ce doivent être celles qui s’échappent de la partie de l’eau perpendiculairement placée au-dessous de l’ouverture de la soupape; ce sont aussi les plus abondantes et les plus tumultueuses, parce que la pression est évidemment le plus diminuée dans cette portion du liquide. Il arrive donc que cette vapeur, chargée d’eau, obstrue l’ouverture par son écoulement, et barre le passage au reste de la vapeur, qui, ne pouvant plus s’échapper en assez grande quantité, continue d’exercer sa pression sur l’eau des extrémités et la force à courir vers la base de la trombe conique, qui persiste à s’élancer par l’orifice libre de la chaudière, de sorte qu’elle achèverait de se vider tout entière, si on la laissait aller ; chose que l’on devrait toujours faire, s’il était possible; on éviterait, certainement, par là l’explosion. Mais il n’en est pas ainsi ; on se hâte, au contraire, de laisser retomber rapidement la soupape qu’on avait soulevée pour essai, dès l’instant où l’on voit l’eau s’élancer, c’est-à- dire au moment où la trombe conique est formée et où toute l’eau de la chaudière s’est gonflée en montagne liquide vers la soupape ouverte. On conçoit aisément ce qui doit arriver quand la soupape retombe ou qu’on interrompt la vapeur de sortie. La masse liquide s’affaisse soudain sur elle-même, et ses ondes refoulées s’en vont battre avec force les flancs rougis de la chaudière : voilà l’instant du danger réel ; ces flots couvrant de tous côtés et simultanément les parois incandescentes, il se fait une véritable détonation de vapeur, analogue à celle causée par l’écrasement de la goutte d’eau sur un fer rouge. Pour empêcher cette ascension ébullitionnelle, il suffirait de réduire de beaucoup la surface des soupapes, en les multipliant sur plusieurs [joints de la chaudière. Il serait même très-nécessaire de multiplier également les prises de vapeur en les réduisant à de petits trous forés sur le dos des chaudières à vapeur et débouchant toutes dans un même tuyau. Jamais il n’y aurait d’eau entraînée dans les cylindres, et les réservoirs de vapeur deviendraient inutiles, dans les locomotives surtout, où ce défaut se fait vivement sentir. Si la prise de vapeur est trop large, toute l’eau s’élève en flot vers ce point de sortie; mais elle retombe au même instant par l’intermittence de la glissière de distribution. RAPPORT. 1. 5 — GO — La résistance qu’oppose l’émission du calorique rayonnant est vaincue alors par la violence du choc en retour, des flots de la trombe conique; le métal brûlant touché au vif, le liquide est au même instant projeté avec crépitation à travers la vapeur, d’autant plus sèche et plus surchargée de calorique, que son long contact immédiat avec le fer rouge a duré davantage. Cette pluie se convertit instantanément en vapeur d’une tension d’autant plus considérable, qu’elle était plus saturée de calorique, et, par cela même, moins tendue; ce dont on s’aperçoit toujours avant l’explosion, par le ralentissement de la machine. Il n’est donc pas probable que deux ou trois soupapes de plus soient capables de suffire à la sortie de cette masse d’eau vaporisée si subitement. Y eût-il cent soupapes, la précaution serait encore inutile; car c’est une vraie fulguration (et non plus une simple pression), et la réaction, effet du recul, suffirait pour briser la plus forte chaudière, précisément comme le ferait une forte détonation de poudre vivcfm vase clos. Nous avons dit que plusieurs explosions avaient eu lieu au moment oû l’on mettait la machine en train; on concevra facilement que ce qui s’opère alors n’est que la répétition des effets que nous venons de décrire. Dès qu’on ouvre le robinet conduisant au cylindre, une masse de vapeur chargée d’eau s’élance vers l’ouverture du tube de communication, et il se fait une sorte de succion qui force l’eau à s’élever en cône ; cette eau, en retombant, s’en va, de même que tout à l’heure, frapper les parois rougies de la chaudière, et peut encore déterminer l’explosion foudroyante. On reconnaît aisément cet effet de succion au balan- renient imprimé au flotteur, quand on ouvre le robinet . Quand apparut la mull-jenny, le métier à tulle, nos batteurs-étaleurs, nos drousettes et nos self-actings de toute espèce, cela sembla si prodigieux aux personnes ignorantes des ressources de la mécanique, en tète desquelles on comptait à cette époque tous nos gouvernants, que cela produisit l’effet d’autant de révélations, d’autant de miracles : on crut que ces machines avaient atteint du premier coup le plus haut degré de perfectionnement possible, et qu’en les cachant bien, l’Angleterre resterait en possession de l’industrie de l’univers entier ; les braves gens ne savaient pas ce qu’ils commencent à savoir aujourd’hui, c’est que le progrès est un plan incliné dont la base est partout et le sommet nulle part. » Ce qu’un homme a fait peut toujours être perfec- lionné par un autre, et c’est malheureusement ce qui arrive pour les machines que je voudrais vous vendre. Il en existe une chez l’inventeur qui a sur celles-ci un avantage de 25 p. c. ; nous ne pouvons cependant l’adopter avant d’avoir usé ou vendu toutes celles que vous voyez, et nous en avons, de cette espèce, pour sept millions environ. Une fabrique rivale qui se monterait avec les nouveaux perfectionnements, nous ferait le plus grand tort : jugez maintenant si nous n’avons pas raison de désirer nous défaire de notre ancien système, dont vous feriez d’ailleurs si bon profit sur le continent. C’est ainsi que, tous les ans, les malles-postes royales sont vendues pour servir de stage-coach ou de diligences, et celles-ci, sur leurs vieux jours, s’en vont encore rendre d’utiles services aux Highlanders ou aux Irishmen. » Tous ces raisonnements nous parurent irréfutables, et nous partîmes en regrettant qu’il n’y eût pas auprès du gouvernement anglais, comme auprès de tous les autres, des penseurs ou conseillers qui n’auraient autre chose à faire que de chercher et de donner des idées à des ministres qui n’ont pas toujours le temps d’en avoir. Mais revenons aux métiers à filer le lin, que l’on a eu tant de peine à faire passer la Manche. Nousavons vu, par exemple, M. Scrive bâtir à Lille une vaste filature, avant d’avoir le premier modèle d’un métier, et échouer pendant deux ou trois ans dans ses tentatives de fraude • il avait vendu la peau de l’ours avant de l’avoir couché par terre. M. Jaquot, de Bruxelles, avait été plus heureux avant lui, et nous ne concevons pas comment M. Scrive n’a pas songé à venir s’approvisionner en RAPPORT. 1. 8 — 114 — Belgique, au lieu d’envoyer son fils s’exposer à relever pièce à pièce le dessin des machines dans les ateliers anglais. Du reste, il y a eu un grand désappointement chez les filateurs de lin, en Belgique comme en France, où l’on peut dire que cette industrie est complètement introduite aujourd’hui. Nous allons en parler avec quelques détails. Machine à filer le lin de Schlumberger. Bien des gens croient que la filature de lin consiste en une machine unique qui résout, à elle seule, ce difficile problème. B n’en est pas ainsi. Le système se compose de dix-sept machines diverses, dont trois seulement étaient exposées, de sorte que le fabricant n’a pas même encouru le reproche d’avoir compromis le secret, si secret il y a; ces machines étaient un étaleur, un banc à broches et un métier à filer le lin long, où l’on emploie l'eau chaude, pour étirer et faire glisser les fibres parallèlement les unes aux autres sans les rompre. La filature du lin ne diffère en réalité de celle du coton que par les trois modifications suivantes : 1° A chaque appareil, oùlelin subit une nouvelle opération, se trouve adapté un peigne formé de plusieurs séries de petites traverses en cuivre dans lesquelles sont implantées de longues aiguilles d’acier; c’est une espèce de carde à — Ho — mouvements alternatifs dont une moitié s’abaisse pendant que l’autre s’élève. Ces aiguilles géométriquement unies au cuivre, se tirent encore d’Angleterre. Les filaments du lin, étant très-longs, ont besoin d’ètre continuellement étirés, démêlés et ramenés au parallélisme. 2° La tension exercée sur le fil pendant l’étirage est six à huit fois plus considérable que pour le coton, parce qu’il faut rompre des nœuds et que le lin peut supporter le surcroît de traction. 3° Le lin offrant plus de roideur que le coton, il faut lui donner de l’élasticité et de la souplesse en le faisant passer dans un bain d’eau chaude au moment où il entre sous les cylindres fileurs. i\ous avons découvert le secret d’un filateur qui produit du fil à dentelle, formé, pour ainsi dire, de simples brins réunis bout à bout et glissant à côté les uns des autres sans s’accrocher. Ayant touché une de ces mèches, il nous resta entre les doigts une matière savonneuse que nous reconnûmes pour de la stéatite en poudre impalpable; ce minéral, que les Allemands appellent Speckstein et qui nous venait de la Chine, est très-commun aujourd’hui dans le commerce, depuis qu’on en a découvert une vaste carrière en Piémont. Nous croyons qu’il est appelé à rendre de grands services à l’industrie, toutes les fois qu’il s’agira d’empêcher des adhérences, ou d’obtenir des glissements doux ; c’est la même poudre dont les bottiers se servent pour enduire le dedans des bottes neuves, que l’on chausse admirablement la première fois et qui vous estropient ensuite. Nous recommandons, en passant, cette poudre à nos ex-confrères les lithographes pour en enduire le cuir de leurs tympans. Cette poudre nous a permis d’imprimer, 8 ’ sans faire un pli, les plus grands transports sur taffetas gommé, que nous avons longtemps été seul en possession d’exécuter. Tous les essais de nos confrères étant restés imparfaits à défaut de ce simple artifice, ilsont été forcés d’abandonner un des procédés les plus productifs de la lithographie : nous les engageons à le reprendre maintenant qu’ils en ont la principale clef (1). Mais revenons au lin, car on pourrait nous reprocher de sortir de notre sujet. Qu’on se rappelle cependantque nous n’avons pas pris l’engagement de nous renfermer dans le carré Marigny, et que rien de ce qui touche aux perfectionnements de l’industrie en général n’est étranger à notre plan et à notre mission. Nous sommes heureux que la grande publicité donnée à notre rapport nous permette d’offrir à nos concitoyens les fruits de trente années de lecture, de méditation, d’essais, de voyages industriels et de rapports avec les hommes de science et de pratique les plus distingués de tous les pays. On a écrit que tout ce que nous savions était du savoir d’emprunt, du savoir volé. Nous en convenons. Et si nous n’avons pas aussi scrupuleusement respecté le trésor des connaissances humaines que l’ont fait ceux qui nous accusent, nous saisissons du moins, avec em- (1) il avait été demandé un brevet en 1826 pour ce procédé, qui nous a coûté de longues recherches, et à l’aide duquel nous avons reproduit nous-même, par un simple calque, l’œuvre de Flaxmann, sans qu’on pùt distinguer l’original de la copie. Ce brevet nous a été refusé sous prétexte qu’il se répandrait bientôt de lui-même, puisqu’un de nos confrères affirmait le connaitre; or , il ne s’est point répandu, parce que nous avons gardé le secret de la stéatitc que nous nous faisons un plaisir de dévoiler aujourd’hui. 117 — pressentent, l’occasion de restituer ce que nous en avons pu prendre. Nous nous rappelons un individu qui avait cru faire merveille en hachant le lin et en le réduisant en coton pour le filer, et qui, pour sa belle trouvaille, réclamait le million promis; c’était ôter au lin sa principale qualité, sa force. Nous avons dit qu’un immense désappointement avait atteint les importateurs de la filature anglaise en France, dont les principaux sont : MM. Scrive, de Lille; Malo et Dixon, de Dunkerque; FerayetC e , d’Essonne; Lahérard et C% de Frévent, qui ne purent commencer à travailler qu’en 1856 et sur une échelle excessivement restreinte, vu la difficulté qu’il y a de se procurer des contre-maîtres et des ouvriers anglais, lesquels ne se déterminent à quitter leur pays qu’avec des engagements très-onéreux. On serait tenté de prendre la spéculation de ces industriels, plutôt pour un téméraire effort de patriotisme que pour un calcul de négociant sage et éclairé. Car il faut d’immenses capitaux pour entrer en lutte avec la colossale maison Marshall, de Leeds, qui file l’effrayante quantité de dix-huit mille livres de lin par jour, quand les plus grands (dateurs de la France peuvent à grand- peine arriver à cinq ou six cents. Si les Anglais avaient la bonté de s’arrêter pendantune vingtaine d’années, il n’y a pas de doute que le continent ne finisse par les atteindre et même par les surpasser; mais les impitoyables insulaires font dix pas en avant, pendant que nous en faisons deux à leur poursuite ; ils n’ont qu’à faire sonner des guinées pour qu’il sorte de terre des ouvriers et des machines, el puis ils payent — 118 — les inventeurs, ils les honorent, les associent et les attachent à leurs fabriques. En France et en Belgique, on économise les gens de cette espèce et on les écarte avec soin, car ils font des essais, et cela coûte. Un homme de talent et de ressources intellectuelles est donc la dernière personne que l’on songe à mettre à la tête d’une manufacture, et, malgré cela, ces manufactures se ruinent les unes après les autres. C’est fort singulier ! La filature de Marshall, si colossale qu’elle soit, lui semble encore trop petite, car il travaille à la doubler ; elle n’est cependant plus la seule, il s’en est établi de presque aussi vastes à Preston, à Dundée, à Aberdeen, à Belfast, et à Leeds même. B est facile de voir que ces manufactures produisent beaucoup plus de lin filé que l’Angleterre n’en peut consommer ; aussi se disputent-elles le beau débouché de la France, qui leur est ouvert à 4 p. c. de la valeur, terme moyen. Voici l’extrait des tableaux officiels publiés par l’administration des douanes ; il mérite une sérieuse attention : 119 Importation des fils de lin en France Années. Kilogrammes. 1831, 1832, 1833, 1834, 18334 1856, 1837, 1838, 1,298,372 1,901,074 3,198,970 3,802,623 14,832 86,378 418,585 826,419 Que penser de cet accroissement colossal dont la dernière année représente environ 50 millions de francs ! C’est à peu près le taux de la fabrication annuelle de AI. Alarshall seul. Les principaux fabricants de métiers à filer le lin sont : AIAI.Schlumberger, àGuebviller, André Kœchlin, à Mulhouse ; Ch. Debergue, à Paris; et de Coster et C ie . Alais ils fabriquent à 23 et 30 p. c. plus cher qu’en Angleterre, et pendant qu’ils façonnent une centaine de broches, il s’en fait 20,000 en Angleterre. Malgré ces désavantages, les lilateurs français pouvaient encore compter sur un bénéfice, tant que le prix moyen des fils était à 100 francs le paquet de 11 kilog., n° 30. Alais, pour achever de les décourager, la concurrence anglaise a successivement réduit le prix à 83, à 73 et aujourd’hui à 03 fr. On voit dès lors que la filature du lin est d’une constitution si cacochyme en France qu’elle ne peut espérer de vivre qu’à l’aide d’une quasi-prohi- 120 — bition : remède héroïque, mais inconstitutionnel en ce qu’il sacrifie la majorité à la minorité et les intérêts de trente-six millions de consommateurs ceux d’un petit nombre de producteurs. Au milieu de tout cela, nous ne savons comment la Belgique fera pour sortir plus heureusement de ce pas difficile. Nous aussi nous avons nos filateurs et nos cinq cent mille fileuses que nous avions prié M. le ministre du commerce, à Paris, de vouloir bien ménager. — « Chacun sent son mal, nous a-t-il répondu ; si la Flandre en a cinq cent mille, la France en a quinze cent mille tout aussi malheureuses et par conséquent aussi dignes de notre sollicitude. » Pendant ce temps, les Anglais continuent à entretenir à Lille, depuis six ans, des agents sans cesse occupés à charger des navires de nos lins, et qui nous rapportent jusqu’aux étoupes admirablement filées, à des prix qui nous forcent de les racheter. Du reste, ce sont les Français eux-mêmes qui se sont encombrés de fils anglais. Des spéculateurs en ont emmagasiné pour des sommes énormes, au point d’occasionner un reflux dans l’écoulement. C’est alors que les Anglais ont cru devoir établir des dépôts sur tous les points de la France, afin de pousser à la vente par leurs propres employés. L’arrivée des fils a pris un tel accroissement, qu’on a établi deux lignes de bateaux à vapeur, l’une de IIull à Dunkerque et l’autre de Belfast au Havre, principalement pour faciliter le prompt arrivage des fils de Leeds et des toiles d’Irlande sur les côtes de France. On ne saurait à travers tout cela s’empêcher d’admirer l’adresse diplomatique des marchands anglais, qui font prêcher par des missionnaires industriels les avantages de la liberté du commerce, sans en user eux-mêmes. Ils s’excuseraient volontiers, comme le caissier de Danville s’excusait du mariage : « Pour eux, c’est autre chose. » Vous verrez que le gouvernement de la Grande-Bretagne prendra fait et cause pour Marshall contre la France. Cet homme est considéré par la chambre des communes comme une des colonnes de l’industrie de la Grande- Bretagne, comme le messie de la classe des fileurs de coton dont l’Amérique du Nord est occupée à préparer la ruine, ce dont nous avons acquis aujourd’hui même la confirmation par le propriétaire de l’unique filature du Mexique. Cet habile industriel, qui arrive des Etats-Unis, nous apprend que la seule ville de Lowel possède trente-deux filatures appartenant à une même compagnie. Elle a commencé presque sans capitaux, et possède aujourd’hui 45 millionsdedolIars(75millionsdefrancs). Cette compagnie continue à faire construire des fabriques pour augmenter sa production d’un tiers; elle fait déjà rouler 400,000 broches, et occupe 15,000 fileuses tirées des campagnes voisines, toutes jeunes femmes de dix-liuit à vingt ans. Lowel, qui n’existait pas il y a un quart de siècle, est aujourd’hui une ville de 25,000 âmes; au dire de ce voyageur, rien n’est plus exemplaire que la moralité qui règne dans ces contrées sans gendarmes, sans passe-ports et presque sans police ; on est surpris du faible nombre de crimes qui s’y commettent, et l’on attribue sans hésiter ce bien-être au travail. Là, tout le monde est à l’œuvre; la paresse y est inconnue ; chacun y a son occupation régulière et lucrative : c’est un exemple frappant en faveur de l’opinion qui regarde le travail comme essen- tiellement moralisateur, et cela doit être, puisque l’oisiveté est la mère de tous les vices. Le premier de tous les soucis de tout gouvernement doit donc être de favoriser le travail et d’honorer les travailleurs, puisque tous les avantages matériels et moraux procèdent naturellement de cette cause première. Lowel n’est pas la seule ville où la filature du coton a pris un pareil développement; la ville de Nashua, qui n’existait pas il y a six ans, possède déjà six fabriques de coton aussi grandes que celles de Lowel, dont la compagnie a canalisé le Merrimack, rivière qui unit ces deux villes naissantes. Lowel est à huit lieues de Boston. Si l’Amérique, que la culture et la vente du coton brut ont enrichie, avait envie de s’approprier la fabrication entière aux dépens de l’Europe, elle commencerait, pensions-nous, par faire périr la belle manufacture que les frères Legrand ont établie près de Mexico. Mais le gouvernement la protège par un droit considérable qui permet de réaliser d’énormes bénéfices : on en jugera en apprenant qu’ils vendent plus de 4 fr. la livre de coton filé et qu’ils filent jour et nuit avec 40,000 broches. Leur dépense d’éclairage s’élève à 5,000 fr. par mois, l’huile étant d’un prix excessif dans ce pays où les plus grossiers procédés de l’industrie sont encore inconnus ; l’extraction de la résine, par exemple, est encore ignorée dans un pays couvert de forêts de sapins, dont les naturels ont pour tout luminaire une branche de pin plantée comme un cierge dans une pierre percée, au milieu de leur chambre. M. Legrand est venu commander en Belgique un grand nombre de machines. B se dispose en outre d’importer tous les appareils de l’éclai- — 125 — rage par le gaz à l’eau, car le Mexique n’a pas de charbon; il serait plus exact peut-être de dire qu’il n’en a pas cherché. On voit donc qu’il faut toujours en revenir au précepte divin : Cherchez et vous trouverez ! PAPIER. MOYENS DE FABRICATION. Berzélius a dit : « La houille, c’est la civilisation. » On pourrait à aussi juste titre attribuer au papier ce qu’il dit de la houille ; car sans le papier, l’instrument le plus civilisateur, la presse, devenait inutile. Il n’est peut-être pas une branche d’industrie française qui ait fait d’aussi notables progrès depuis dix ans que celle du papier; elle s’est continuellement rapprochée de la perfection anglaise, tout en faisant subir à ses prix une diminution inverse de son amélioration, tandis que le papier anglais a continué d’être cher. On peut dire aujourd’hui que la papeterie française possède le triple avantage de la qualité, de la quantité et du bon marché. L’inventeur du papier est inconnu, comme la plupart des inventeurs de choses utiles ; mais on a conservé le 125 — souvenir de tous les auteurs de choses futiles, et il n’y a peut-être pas un nom de romancier, de chanteur ou de danseur, qui se soit égaré. Chacun sait que le papyrus des Egyptiens se composait de la seconde écorce du roseau cyprès que l’on plaçait en bandes d’un ou deux pouces de large, les unes à côté des autres, et que l’on contre-croisait par d’autres bandes. Le tout se mettait sous presse et formait par adhérence, des feuilles de papier, comme on en voit encore des échantillons au musée du Louvre ; cela ressemble assez à une natte de vieux paillassons et n’a pas de blancheur. Il est plus que probable que le vrai papier de pâte est d’invention chinoise. Nous avons beaucoup connu un brave homme, nommé Breton, qui est resté vingt-trois ans en Chine, où il était allé en qualité de majordome de l’ambassadeur hollandais Van Braemt. Il avait même épousé une Chinoise qu’il a ramenée en Belgique avec ses enfants (1). Comme il était illettré, il n’a rien écrit sur son séjour à Pékin, à Nankin et à Canton; mais nous avons eu soin de recueillir, dans de fréquents entretiens, tout ce qu’il avait appris de l’industrie et des mœurs de cette nation trois fois plus nombreuse que toutes celles de l’Europe réunies. Ces détails seront d’autant mieux accueillis que nous obtiendrons désormais bien difficilement des nouvelles de l’industrie chinoise, (1) Cette malheureuse famille végète dans la plus profonde misère aux environs de Ghislenghien. Son chef regrettait d’avoir quitté les Chinois dont il nous vantait les mœurs simples, douces et droites. « Je ne suis plus assez malin, disait-il, pour vivre parmi mes compatriotes; ils ont trop fait de progrès en égoïsme pendant mon absence. » par suite des édits sévères que les marchands d’opium ont attirés sur les barbares d’Occident. Voici ce qu’il nous a conté de leurs fabriques de papier, dans lesquelles il est souvent entré. Le capital de taëls, nécessaire pour monter une fabrique de papier en Chine, n’est pas considérable, à en juger par l’outillage qui ne se compose que de quelques chaudières en fonte, de quelques bacs en bois, d’une sorte d’étuve couverte en stuc, de plusieurs claies en bambou, et de formes également construites en petites lattes de bambou, très- habilement réunies. Voici leur mode d’opérer pour produire le papier de Chine dont nous nous servons pour l’impression des gravures, papier qui vient seulement d’être inventé en France. Les bottes de mûrier à papier, composées de brins de la grosseur d’une plume et dégarnies de leurs feuilles, sont plongées dans une chaudière d’eau bouillante. L’instant de les retirer est indiqué par le retrait de l’extrémité inférieure de l’écorce, mettant à nu fenviron un pouce de ligneux. On ôte ces gerbes des chaudières, et on les étale sur une claie où elles sont battues à coups de bambou (car le bambou sert à tout), jusqu’à ce que la fibre s’en détache avec l’écorce et donne une espèce de lin que les femmes peignent à la main pour le purger de toute écorce. Cette filasse soyeuse est jetée dans une espèce de mortier en pierre, dont l’ouverture est à fleur du sol ; le pilon de ce mortier est une poutre en bois dur, dressée perpendiculairement au milieu du mortier et retenue par un châssis en forts bambous, placé à hauteur d’homme. Des ouvriers soulèvent cette poutre avec des leviers sur lesquels ils dansent assis ou debout, al- 127 - ternant ainsi l’emploi de différents muscles, ce qui les fatigue moins, disent-ils, qu’un mouvement uniforme. La filasse réduite en pâte est mise dans des cuves avec de l’eau pure, quand ils veulent l’avoir sans colle, et avec de l’eau de riz qui lui donne un léger encollage. Deux ouvriers puisent, avec leur forme, une feuille qu’ils font égoutter en imprimant, avec un bâton crénelé, un léger trémoussement à la forme, pour égaliser la pâte. Chose singulière, ils n’interposent point, comme nous, un flotre en flanelle entre chaque feuille ; ils les placent en tas les unes sur les autres, en ayant soin de mettre une petite latte à l’une des extrémités. Cette latte sert à saisir et à relever les feuilles qui adhèrent légèrement entre elles. Chaque feuille est étalée sur la plate-forme en stuc, sous laquelle on entretient du feu. On la force de s’appliquer au stuc, avec une brosse fine et douce ; l’eau est évaporée en quelques secondes, et la feuille parfaitement séchée va former un paquet de cent feuilles que l’on plie en zigzag sous la forme que nous leur voyons. Tout le matériel d'une grande papeterie chinoise ne vaut pas quinze cents francs ; la main-d’œuvre est évaluée à 2S centimes de notre monnaie ; la rame de cent grandes feuilles, que nous payons de 60 à 80 fr., varie entre 8 et 9 francs sur les lieux. Toutes les feuilles des livres chinois sont doublées, parce que leur mode d’impression ne permet d’imprimer que d’un seul côté. On ne sera peut-être pas fâché de savoir comment ils s’y prennent. Les notes de notre voyageur vont encore nous l’apprendre. lin lettré écrit proprement au pinceau les ouvrages qu’il destine à l’impression; cette feuille est collée, l’é- — J 28 — criture en dessous, sur des planchettes d’un bois fort tendre, particulier à la Chine. Quand la feuille est sèche, ils rhumectent légèrement avec une éponge et la détachent de la planche où elle laisse l’empreinte des caractères. Ces planches sont envoyées chez les découpeurs; ce sont, pour la plupart, des femmes et des enfants de la campagne, qui tailladent fort proprement les lettres avec de petits instruments d’acier, et forment des reliefs semblables à ceux des planches à imprimer nos indiennes. On réunit toutes ces petites formes sur une table plane. Ils n’ont aucune presse, aucun rouleau, ni rien de tout cet attirail coûteux qui compose nos imprimeries d’Europe. Le tout se réduit à passer légèrement une brosse, trempée dans l’encre, sur toute la surface de la forme. Cela fait, un enfant place et maintient l’extrémité d’une feuille au bord de cette forme; un autre enfant tient l’autre extrémité soulevée et tendue, pendant que l’imprimeur passe sur la feuille une brosse sèche qui la fait adhérer et prendre l’encre. Un bon ouvrier tire ordinairement trois feuilles de chaque encrage, en appuyant successivement un peu plus fort avec la brosse. L’encre qu’ils emploient étant délébile, tous les vieux papiers sont lavés et retournent au pilon. De cette sorte, les éditeurs n’ont pas de capital mort comme les nôtres. M. Breton a vu faire une autre espèce de papier d’emballage très-tenace, qui ne se déchire pas plus aisément que de la mousseline; le bas peuple chinois s’en sert en guise de mouchoir de poche. Ce papier, dont il nous a donné des échantillons, est composé de bourre de soie. Quand les Européens apportèrent en Chine les pre- — Iï29 — miers échantillons (le papier sans lin, en déliant les Chinois d’en produire de semblable sans la machine de quatre-vingt mille francs qui venait d’être inventée par Léger Didot ; ces industrieux artisans, qu’aucune difficulté n’arrête, offrirent au négociant anglais de lui en fournir autant qu’il en voudrait et de telle longueur et largeur qu’il désirerait : ils le firent comme ils l’avaient promis, en remplaçant la machine de 80,000 fr. par un long cuvier qui ne coûte pas 40 fr. Voici leur procédé : ils broient et divisent la bourre de soie, comme nous l’avons déjà dit, et jettent le débattu dans ce grand bac qu’ils exposent au soleil. La bourre, spécifiquement plus légère que l’eau, monte insensiblement à la surface et forme une pellicule à laquelle le soleil donne assez promptement une consistance suffisante pour résister à une légère traction ; un ouvrier, saisissant adroitement une extrémité de cette espèce de crème entre deux petites lattes, l’attire légèrement au dehors du bac, dont l’eau est maintenue au niveau de la paroi de sortie ; à mesure qu’il tire cette feuille, d’autres molécules de soie montent à la surface de la partie découverte et se soudent à l’autre extrémité de la feuille, qui se continue jusqu’à ce que la matière à papier contenue dans le bac soit épuisée. Dans la fabrication habituelle, la feuille n’a que vingt pieds de long sur trois de large, d’après les dimensions du bac. On étale ces feuilles sur l’herbe, pour les faire sécher, en ayant soin de les retourner. Les enclos destinés à ces fabriques ressemblent en été à des blanchisseries de toile. Quand les Chinois veulent obtenir une feuille sans fin, chose qu’ils considèrent comme inutile, ils roulent la pellicule soyeuse sur un cylindre adapté RAPPORT. 1. !) — 150 — au bac, en inteccalant des feuilles déjà séchées entre les circonvolutions de la feuille continue. Ce papier jaunâtre sert à l’emballage des étoffes et objets de quincaillerie ; il n’est pas très-égal d’épaisseur, mais il offre une résistance telle qu’une bande de trois millimètres supporte le poids d’un kilogramme sans se rompre. Il tire sa force des brins de bourre, dont quelques-uns ont la longueur de deux à trois centimètres après la fabrication. Nous pensons qu’on ferait bien de tenter cette entreprise dans le midi de la France, où les déchets provenant des cocons sont si considérables qu’un chimiste a cru leur trouver un bon emploi, il y a quelques années, en conseillant de les faire servir à l’engrais des terres ; mais nous croyons qu’on a trouvé depuis lors le moyen d’en tirer un meilleur parti. Quoi qu’il en soit, l’Europe ne saurait réclamer l’invention du papier, qu’elle ne connaît, comme les moulins à vent, que depuis les croisades. Ce mouvement du Nord vers le Midi, semblable à celui des Huns sur l’Italie et des Russes contre la France, n’était, en définitive, comme la plupart des invasions, qu’une attaque des barbares du Nord contre la civilisation la plus avancée de l’époque. Une douzaine de prisonniers français, ayant été employés dans la papeterie d’un Sarrasin, rapportèrent cette fabrication en France; parmi eux se trouvait un Montgolfier, souche des ingénieux descendants de la famille actuelle, qui établirent en Auvergne les premières manufactures de papier. Pendant le dix-septième siècle, la France fournissait du papier à toute l’Europe, qui n’entra en possession de — 151 SOS procédés qu'après la révocation de l’édit de Nantes, par suite duquel toutes les industries de la France se répandirent sur les autres pays. Cet édit, que l’on a tani blâmé, a donc puissamment contribué au mouvement industriel et à la diffusion des lumières. Les Anglais en profitèrent plus que les autres, et surpassèrent bientôt la France dans la plupart des industries qui passèrent le détroit, et surtout dans la fabrication du papier. Mais les plus grands progrès de cet art ne datent que de peu d’années. C’est à MM. Montgolfier, Johannot, Canson, Delatouche, F. Didot et Menet-, qu’on doit les plus importants. Nous pouvons, sans crainte d’être con- tredit, nous placer à la tète de ceux auxquels la Belgique et la Hollande doivent d’être rentrées dans la voie de la bonne fabrication, qu’elles avaient perdue pendant les agitations et les guerres de l’empire. De 1810 à 1820, le beau papier de Hollande, si renommé, n’existait plus que nominalement ; les bonnes traditions étaient complètement oubliées. La France fournissait à Amsterdam même le papier de Hollande à dessiner, et nous tirions d’Annonay le grand aigle du cadastre dont nous avons personnellement posé les premières bases et assis la première triangulation dans l’Ems occidental en 1811. Quant à la Belgique, elle était encore plus arriérée et se bornait à fournir le papier jaune et étriqué de l’Oracle, seul journal qui existât alors ; nous en avons plus de quarante aujourd’hui, pour le même nombre de lecteurs, et il en nait encore tous les jours. La décadence marchait rapidement, lors- qu’en 1817 nous introduisîmes la lithographie en Belgique. Nous ne pourrions dire tous les déboires que nous éprouvâmes avec le papier rêche et aluné de nos fabri- I52 — ques. Los dessins les plus beaux et les mieux finis ne rendaient sur ce papier coriace que la moitié de la valeur des teintes; les §00 vues du Voyage pittoresque, les 200 planches de la Vie de Napoléon, seraient magnifiques sur le papier égal et spongieux des fabriques d’Essonne ou des Vosges. Après avoir souffert pour plus de trois cent mille francs de martyre avec les papetiers belges et hollandais, nous primes la résolution de pétitionner auprès du roi Guillaume pour obtenir l’entrée en franchise des papiers de France. Notre demande était fondée sur l’impossibilité où nous étions de nous procurer les sortes nécessaires à la lithographie, auprès de nos fabricants nationaux. Le roi les fit tous appeler et leur demanda pourquoi ils ne fabriquaient point les espèces dont nous avions si grand besoin. Ils répondirent qu’ils s’efforceraient d’v parvenir si on pouvait leur donner des instructions sur les qualités exigées pour ces papiers. Le roi les renvoya près de nous pour obtenir ces renseignements; nous leur donnâmes des échantillons français, en leur faisant observer que la pâte devait être moulue pendant un temps plus long que celui qu’ils y employaient, que le papier devait offrir une teinte égale, être sans nœuds et sans différence d’épaisseur quand on le regardait contre le jour ; qu’il devait être sans colle, sans tache, sans alun, et qu’une goutte d’eau jetée dessus devait produire un léger mamelon en faisant soulever la pâte. Munis de ces instructions, les principaux fabricants se mirent à la besogne, et nous leur devons la justice de dire que la plupart des envois qu’ils nous firent après leurs essais, offraient des améliorations notables; quelques-uns continuèrent à avancer dans la bonne voie, mais d’autres ne firent pas un mouvement en avant; il en est même qui firent quelques pas en arrière. Pendant ce temps les Français allaient toujours de mieux en mieux, et l’on peut dire qu’ils ne sont pas loin de la perfection aujourd’hui ; mais c’est encore sur du papier français qu’on est forcé d’imprimer tous les ouvrages de luxe qui s’exécutent en Belgique : chose étonnante, c’est que le papier français, malgré le port et les droits dont il est frappé, est encore à meilleur marché en Belgique que le papier national : la France en exporte encore pour cinq à six millions. On divise le papier en deux catégories : le papier fabriqué à la cuve et le papier mécanique. La cuve fournit les papiers vergés et vélins, collés ou non collés. La fabrication de ces papiers est très-avancée en France, à Angoulème, à Annonay, à Rives, à Saint-Omer, en Auvergne et dans les Vosges. Le papier vélin a été inventé par le père de Montgol- fier, l’inventeur des ballons. La fabrication du papier à la mécanique a produit une révolution dans la papeterie. Voici comment on est arrivé à cette belle découverte. Pour triturer la pâte, on s’est longtemps servi de maillets. Ce procédé était trop long. Vers le milieu du siècle dernier, Pierre Montgollier importa les procédés hollandais pour le broyage des chiffons. Au moyen de cylindres garnis de lames d’airain, tournant avec vélocité sur une platine en bronze, dont la surface supérieure se trouve dentée un peu obliquement, la pâte, par suite du mouvement du cylindre, tourne continuellement dans un cuvier oblong que l’on nomme pile, et, par le mouvement d’attraction, elle revient sans cesse se broyer entre le cylindre et la platine. C’était une — ir,4 — grande amélioration : il ne s’agissait plus que de la combiner avec une toile à vélin continue et le collage à la cuve des frères Canson. Cette toile fut trouvée en 1799 par Louis Robert, employé de la papeterie de Léger Di- dot, à Essonne; c’est ce qui suggéra l’idée de la mécanique à papier. Léger Didot passa en Angleterre, et, associant ses talents à ceux du célèbre Donkins, il parvint à trouver la machine qui ne fut importée en France qu’en 1812 par M. Berthe, mais elle était loin d’être parfaite. Le papier sortant de dessus la toile était mû sur un feutre tournant, puis s’enroulait, humide, sur une planchette dont la surface variait suivant le format que l’on voulait obtenir; on coupait le papier sur cette planchette, puis on le faisait sécher en feuilles sur des eordes tendues comme dans l’ancien système. En 1823, M. Maupou monta une machine complète, à laquelle était appliqué le système de séchage à la vapeur. On s’empara de cette nouvelle idée, et, depuis lors, la papeterie mécanique a donné à bas prix et promptement., des produits d’une beauté et d’une qualité supérieures. Ces papiers avaient un envers et n’étaient pas satinés ; M. Menet, directeur de la fabrique d’Essonne, vient d’y apporter ces deux derniers perfectionnements : ces papiers , dont nous avons pris des échantillons sur la machine même, sont d’une blancheur éblouissante et d’une égalité parfaite. Cet établissement, dans lequel nous avons obtenu la rare faveur d’être introduit, possède trois machines qui marchent nuit et jour ; elles sont entretenues par une vingtaine de piles mues par une chute d’eau de plus de quatre-vingts chevaux de force. Les trois roues à aubes qui les mettent en jeu, ont cinq mètres de largeur sur huit de diamètre; elles ressemblent, en tout point, aux roues des fameux moulins de Tramoy, qui ont toute la Saône pour moteur au pont de Gray. Une observation digne d’être généralement répandue, c’est que les moulins d’Essonne n’ont pas chômé un instant pendant le rude hiver de 1837, tandis que tous les moulins situés sur ce même cours ont été pris par les glaces pendant près de deux mois. Le procédé employé par M. Menet est fort simple, et nous le recommandons à tous nos meuniers ; c’est de ne pas arrêter un instant les roues pendant la gelée. Il parait que le mouvement empêche les cristaux de se former, ou les brise à mesure qu’ils se forment. Il y a dans cette papeterie plusieurs centaines d’ouvriers qui tous y ont leur habitation et leur jardin. Le triage des chiffons s’y fait avec un soin particulier, et le blanchiment au chlore a lieu sur la pâte égouttée, après qu’elle a déjà subi une première trituration. Cette pâte, enlevée des piles à dégrossir, est placée sous la presse hydraulique qui en exprime l’eau ; on la jette ensuite débourrée, en morceaux d’environ un kilogramme, dans de longs coffres en bois, bien calfatés et dont les portes sont hermétiquement collées avec des bandes de papier; on y envoie ensuite le cblore en vapeur, qui pénètre toute la masse et lui donne un blanc de neige. Le chlore n’aurait pas toute son. action si la pâle était sèche, et il serait absorbé par l’eau si elle était -trop humide. L’état de moiteur est celui qui réussi! le mieux. Nous ne révélons peut-être ici que des secrets forl 130 — connus; niais Al. Biericks-Dumortier, fabricant de papier à Gand, auquel nous avons procuré l’entrée de cette fabrique, a dû profiter avec avidité de beaucoup d’autres détails dont nous n’avons pu, sans doute, saisir toute l’importance aussi bien qu’un homme du métier. Nous supposons qu’il voudra bien en faire part à ses con frères, auxquels nous recommandons les papiers de cette usine comme d’excellents modèles à imiter ; il est vrai que cet établissement, qui a possédé la première machine à papier continu, jouit d’un avantage réel sur ses rivaux, par son voisinage de la capitale, où il entretient des agents pour découvrir les sortes de papier qui manquent sur la place de Paris. Au premier avis expédié à la fabrique, on se met à combler les lacunes, et, deux ou trois jours après, les vides sont remplis dans tous les magasins. Les fabriques des Vosges et de l’Auvergne ont bien aussi leurs agents, mais l’éloignement ne leur permet pas d’opérer aussitôt que ceux d’Essonne, et d'ordinaire elles trouvent la place prise. Voilà ce qui s’appelle du savoir-faire légal en industrie ; mais n’est-il pas pénible de dire que nos fabricants, qui possèdent les plus fins chiffons de lin, nous laissent encore dans la nécessité de tirer du papier de France pour la somme de 300,000? La consommation de la matière première est énorme à Essonne, et comme nous demandions au directeur s’il ne craignait pas d’en manquer quelquefois, il nous répondit que non, attendu qu’il avait 900,000 ouvriers à Paris occupés jour et nuit à lui fabriquer de vieux chiffons, sans compter trente-trois autres millions de Français qui s’v appliquent avec non moins d’activité. Le l'ait est que la ehiffonnerie est si Lieu régularisée aujourd’hui, que les prix ne varient guère : la demande amène toujours l’abondance qui n’occasionne qu’un mouvement rétrograde de peu de durée. C’est une sorte de marée dont le flux et le reflux sont fort peu sensibles, surtout depuis que les vieux câbles sont venus s’adjoindre aux chiffons. Ces vieux cordages sont dépouillés du goudron par l’ébullition, puis décordés, pilés et blanchis, par l’admirable invention de Chaptal qui s’applique à toutes les matières végétales, non toutefois sans en altérer un peu la fibre. Malheureusement beaucoup de fabricants négligent de laver le chiffon blanchi au chlore avec assez de soin, pour que tout cet acide soit neutralisé. Il s’ensuit que ce papier ne tarde pas à tomber en deliquium. Il est vrai que le lavage prolongé emporte toujours les parties les plus ténues de la pâte, ce qui est une perte réelle pour eux ; mais la perte de leur réputation est encore plus à redouter. Le mode de blanchir le chiffon dans des coffres est vicieux, en ce que la pâte supérieure est trop attaquée par le chlore gazeux. Nous proposons de placer la pâte dans de longs cylindres qui recevraient un mouvement de rotation, pour mettre plus uniformément la pâte en contact avec le chlore. Du reste, nous indiquerons aux consommateurs un moyen de reconnaître si le lavage de la pâte a été bien fait : c’est de verser sur le papier une goutte de teinture de tournesol. Si la teinture vire au rouge, le papier contient encore du chlore. Comme k fraude s’introduit partout, on en est arrivé â mettre du plâtre dans le papier, tant pour en augmen- ler la blancheur que le poids. Nous en avons pâti pen- 138 — danl longtemps ; car il n’y a rien de plus redoutable que le plâtre, l’alun et le chlore pour la lithographie ; voilà pourquoi nous nous décidons à communiquer aux papetiers qui veulent faire foisonner le chiffon, un moyen d’y parvenir sans danger. Papier de crottin. Puisqu’on fait du papier de paille et de foin, prenez ces matières qui ont déjà subi une première trituration et un premier blanchiment sous la dent et dans l’estomac des chevaux : le crottin est en grande abondance partout, chaque cheval peut donner aisément un kilogramme de papier par jour; une caserne de cavalerie pourrait entretenir de papier tout le ministère de la guerre. Des essais en petit que nous avons faits depuis plus de douze ans, nous ont prouvé que le crottin se blanchit parfaitement et fournit une très-bonne pâte à papier. Il est étonnant que l’on n’ait pas encore songé à cette matière première, quand on marche dessus tous les jours ; mais ce sont les choses qui vous crèvent les yeux que l’on aperçoit le plus difficilement. Nous espérons que tous les papetiers du monde nous gratifieront d’une tabatière en papier mâché pour cette importante communicalion. Chaque fabricant possède quelque spécialité dans sa fabrication. Montgolfier, qui produit un million de kilog. de papier par an, est en possession de faire le papier à calquer translucide et les cartons à satiner. La société d’Écharcon, qui fabrique 600,000 kilog., fait du papier de varech et du papier de bois. Blanchet, de Rive, a le monopole du papier de registre. Griffon, près de Saint-Orner, fabrique le papier à dessiner et à laver les plans. Breton frères, à Pont-de-Caix, fabrique de beau papier de Chine. Tavernier, de Prouzel, fabrique le papier noir pour envelopper les tissus blancs et légers. Cardon, à Buget, fabrique avec de vieux câbles du papier goudronné, pour le doublage des navires et l’emballage de la quincaillerie, que ce papier préserve de la rouille jusqu’à un certain point. M. May, de Paris, fabrique du papier de bananier, très-blanc et très-tenace. Hérigoyen, de la Ilaute-Vienne, fabrique 500,000 kilog. de papier de paille de seigle, de couleur naturelle, mais pour emballage seulement. Nous ne pouvons que faire l’éloge des papiers divers de M. Lacroix et de Durandeau d’Angoulême. La grande blancheur du papier constitue un de ses principaux mérites ; mais on ne l’obtient qu’aux dépens de sa solidité. C’est une affaire de mode dont on reviendra, car cette blancheur éblouissante fatigue les yeux et n’est pas dans la nature. Déjà Ch. Nodier a fait fabriquer, pour ses ouvrages, un papier dont la teinte nankinée se rapproche de celle 140 — des Elzevirs et des livres chinois. Les Allemands aussi impriment sur du papier non blanchi, qui présente le triple avantage d’être moins cher, plus solide, et de ne pas affecter les yeux. Nos abonnés ne se doutent seulement pas que c’est dans l’intérêt de leur vue que nous faisons donner au papier de nos journaux une teinte bleuâtrequi en augmente le prix. Mieux vaudrait, comme l’Écho du Luxembourg, leur donner du papier bis, qui n’aurait subi aucune préparation de blanchiment. Mais le caprice de la mode nous a fait outre-passer le but, quand il présentait le mérite de la difficulté vaincue ; le blanc étant devenu aujourd’hui la grosse lettre de la papeterie, espérons qu’on reviendra sur ses pas, et que, sous peu d’années, en rétrogradant un peu, nous arriverons à la perfection de nos pères. Nous avons vu à l’exposition une machine à couper les chiffons fort ingénieuse en apparence. Elle se compose de deux cylindres, semblables à ceux qui servent à refendre le fer; ce sont des cisailles circulaires qui s’engrènent d’environ un centimètre. Elles sont garnies de pointes de fer qui entraînent le chiffon et le dévorent rapidement. Mais il paraît que cet appareil ne donne pas le résultat qu’on en espérait, puisque l’on continue à Essonne à faire couper les chiffons par des femmes, bien que l’établissement en question possède une de ces machinés, dont le défaut est apparemment de ne pouvoir trier les chiffons ; de sorte que, malgré le résultat qu’on en obtiendrait, les ouvrières devraient toujours être employées à cette besogne : elles ont donc tout aussitôt fait de les passer sur les couteaux plantés devanl elles, et de les réduire en pièces grandes comme la main, avant de les jeter dans les piles; tant il est vrai que les machines intelligentes auront toujours la préférence, toutes les fois qu’il sera question d’éclectisme. L’encollage est fait à la résine. Un habile chimiste est attaché à cet établissement quasi-patriarcal, puisqu’il est habité de père en fils par des familles d’ouvriers qui ne le quittent jamais. La fabrication du papier a cela de bon qu’elle peut occuper utilement la famille entière, femmes, enfants et vieillards. La crainte de manquer de chiffons, qui avait saisi tout le monde il y a quelques années, a donné naissance à une foule de succédanées, et l’on en est arrivé à faire du papier avec presque toutes les matières végétales depuis les orties et les chardons, jusqu’au bois pourri et à la sciure inclusivement. M. Menet nous a montrécinquanle échantillons de papiers différents, et un Allemand a fait cadeau à notre ministre des travaux publics d’un livre qui en contient plusieurs centaines d’espèces. Le premier papier de paille essayé eh 1825, et dont le comte de Lasteyrie nous avait apporté les premiers essais, était trop friable -, M. Menet a repris cette fabrication, et il a eu pour résultat un papier solide comme du parchemin : cela tient probablement à la différence du traitement qu’il a fait subir à la paille. Nous aussi nous avions découvert depuis assez longtemps la matière la plus abondante et la mieux disposée à faire du papier ; nous la révélâmes à M. Menet, mais il nous fit voir dans une de ses notes qu’il y avait déjà pensé. Il s’en occupe aujourd’hui ; s’il réussit, le chiffon trouvera un autre emploi, et nous ne doutons pas qu’on ne parvienne à le débourrer comme nous avons vu à Manchester, en 1835, un fabricant débourrer les ch if- M2 fons de laine, les Hier et les lisser avec une légère addition de nouvelles laines pour en faire un drap grossier, à l’usage des habitants de la campagne. C’est ainsi que l’industrie nous offre une incessante palingénésie de la matière que le génie étreint, assouplit et transforme à son gré. Si quelque souverain, quelque nouveau Colbert, pouvait se persuader de l’importance (les richesses encore cachées au fond de la mine industrielle, dont on n’exploite encore que les affleurements, ils encourageraient de toute leur force les hommes que leur instinct pousse à s’y livrer. La Belgique est mieux posée qu’aucune autre nation pour entrer dans la carrière des perfectionnements; elle devrait donc attirer à elle tous les inventeurs ou importateurs étrangers par un sacrifice bien léger, bien insignifiant, et dont l’appât suffirait pour les déterminer à nous apporter de préférence tous les perfectionnements qui pullulent en ce moment, avec une abondance toujours croissante. Ce serait de leur accorder gratuitement des brevets d’invention de dix ans, pour toutes les industries inconnues dans le pays, sans examens, sans retards, sans chicane et sans observations; les tribunaux étant là pour redresser les abus qui pourraient en résulter. Tel est d’ailleurs, sauf l’argent, l’esprit de la loi des brevets, et c’est ce qu’il y a de plus rationnel pour le présent. Si cela était, nous répondons qu’avant cinq ans, on aurait introduit en Belgique toutes ces petites fabrications qui font prospérer Londres et Paris. En général, l’étranger qui importe une invention est un homme aventureux, entreprenant, qui vient éperon- ner, enthousiasmer l’indigène, et le faire sortir de cetle apathie dans laquelle s’endorment volontiers les habitants des contrées qui jouissent d’un certain bien-être présent, en attendant qu’ils soient réveillés par le bruit des succès d’un voisin plus alerte. Les peuples ont besoin d’être croisés, pour ainsi dire, avec des voyageurs intelligents qui les secouent et les entraînent. Ce sont les 60,000 aventuriers que l'Amérique reçoit annuellement depuis cinquante ans, qui ont inoculé aux États-Unis cet esprit entreprenant dont on ne peut se dispenser d’admirer les résultats. Laissez donc les inventeurs étrangers nous apporter ees nombreuses industries qui nous manquent; donnez- leur des brevets pour les cinquante espèces de lampes, plus ingénieuses les unes que les autres, qui entretiendraient des fabriques de bronze, des ferblantiers, des mouleurs, des graveurs et des estampeurs, par milliers, et qui nous épargneraient la sortie d’un demi-million de , ce chef seulement. Donnez-leur des brevets pour l’horlogerie, dont nous tirons pour 860,000 francs de la France; donnez-leur des brevets pour toutes ces cafetières, pipes et tabatières, ces pommades et savons, et pour toute cette famille de seringues, clysoirs, clyso-pompes, clysobo- les, etc., qui ne se fabriquent pas chez nous et qui nous coûtent près de 700,000 francs par an. Donnez-leur enfin des brevets pour tous ces petits riens en cuir, en ivoire, en corne, en paille, en écaille, en nacre, en jonc, en ambre, en corail, en fausses bijouteries et en bimbeloteries, qui nous soutirent des millions et que nous pourrions fabriquer ici plus économiquement avec les matériaux et les ouvriers du pays. — 144 — Accaparer la main-d’œuvre est aujourd’hui le grand secret de la prospérité d’un pays, et nous ne l’aurons iamais en persévérant dans le système suivi jusqu’ici envers les importateurs étrangers. Nous le disons avec regret ; si l’on excepte les grandes industries de la houille, du fer, des draps et des armes, nous ne fabriquons rien en Belgique : nous revendons seulement, en laissant profiter l’étranger de la main- d’œuvre. Cet état de choses ne saurait durer sans nous appauvrir; car nous payons tous les ans à la France seule 40 millions de francs, dont, en défalquant 7 à 8 millions de vins, nous pourrions épargner une trentaine, en attirant chez nous cette multitude d’industries secondaires si fructueuses, si nécessaires au pacotillagc maritime. En suivant le plan que nous traçons, et en fondant, selon l’idée d’un de nos ministres, une exposition, un bazar perpétuel, offrant des échantillons de tout ce qui se fabrique dans le pays, les capitaines de navires étrangers, qui sont obligés de partir sur lest, pourraient se compléter des chargements avec une foule d’objets de quincaillerie et de mercerie, dont les courtiers même ignorent l’existence ou le lieu de production, ou le nom du producteur. Car le défaut de publicité tue en Belgique tous les établissements naissants. Qui a su, par exemple, qu’un habile chimiste polonais était parvenu à fonder, à Bruxelles, une fabrique de toutes les espèces d’allumettes que nous tirons de la France et de l’Allemagne ; que ces allumettes sont de beaucoup supérieures à toutes les autres, et que sa fabrique est morte, faute d’étre connue ou encouragée? Quel obstacle pourrait s’opposer à la fabrication, en Bel- gique, des joujoux, des perles fausses, des lorgnelles, des agrafes, des bonbonnières, des breloques, du clinquant, des cuirs à repasser, des manches de fouet, des cannes, des cravaches, des mèches à quinquel, des pains à cacheter, des tire-bouchons et des briquets? Pourquoi n’avons-nous pas, nous qui livrons 12 millions de kilog. de zinc à la France, l’habileté de façonner ces sur- touts de table, ces plateaux, ces porte-carafes, estampés, peints et vernissés? Faisons-nous seulement des éteignoirs, des verres de montre et des plumes de fer? Savons-nous emboutir la tôle et repousser les métaux? Travaille-t-on chez nous les cordes à boyaux et les autres débris d’animaux? On ignore, pour ainsi dire, s’il existe en Belgique des fabriques de crayons, d’épingles ou d’aiguilles à coudre ou à tricoter. Mais on sait que nous achetons de toutes ces choses à l’étranger pour la somme de deux millions et demi, et pour sept millions de cuirs et de peaux, travaillés par nos voisins sous foutes les formes. Ne dussions-nous rien exporter de tout cela, la consommation intérieure nous serait acquise; nos ouvriers y trouveraient de l’emploi, et nos matières premières aussi. Nous le répétons, les pays qui nous livrent toutes ces choses ne sont pas plus favorisés, et ils le sont souvent beaucoup moins que nous par la position géographique, le bas prix du combustible et la facilité des communications. Certes, nos magasins sont brillants, leurs vitrines bien garnies; on trouve de tout en Belgique, mais on n’y fait presque rien. Que nous tirions de l’étranger du vin, des huiles d’olive et de faine, des oranges, des citrons et des denrées coloniales, rien de mieux; mais nous devrions avoir RAPPORT. 1. 10 l'amour-propre de ne rien en importer de tout eeque nous pouvons faire à aussi bon marché que nos fournisseurs. Somme toute, l’économie politique industrielle doit se résumer pour nous en deux mots : Gagnons la main- d’œuvre. On nous pardonnera de nous être laissé entraîner, à propos de papier, dans un plan de révolution complète de notre manière de faire en industrie. Nous taire sur l’état déplorable où nous la trouvons, après avoir vu celle de l’étranger si variée et si prospère, serait manquer le but de notre mission. Garderie silencesurles moyens qui nous semblent propres à la raviver serait un crime; et d’ailleurs nous ne venonsque constater l’accomplissement de la prédiction que nous avons faite depuis plusieurs années et que voici : « C’est une erreur de croire que les industries » nouvelles viennent d’elles-mêmes s’établir dans un » petit pays; cinq cents brevets ont été refusés, cinq » cents inventions repoussées; pas une ne s’établira » parmi nous sans la protection d’un brevet, garantis- » sant tant bien que mal, à l’importateur, le rembour- » sernent de ses premiers frais d’établissement, avant » qu’un concurrent plus puissant parvienne à l’écraser.» Cette sinistre prédiction ne s’est que trop réalisée : il est donc urgent d’entrer dans un système diamétralement opposé, si nous ne voulons pas que nos voisins nous traitent de fanfarons d’industrie, comme ils n’v paraissent que trop enclins. Voici, à ce sujet, ce que nous lisons dans le Moniteur officiel de France, à propos des machines à papier de M. Chapelle: «Sur dix machines fournies par l’étranger, cinq appar- 147 — tiennent à la Belgique, qui, bien que très-avancée dans l’art de construire les machines, vient acheter en France des appareils fabriqués avec ses propres fontes, ses propres charbons, et qui payent par conséquent les don» blés droits d’importation et d’exportation, les doubles frais de transport, etc. De pareils faits n’ont pas besoin de commentaires, et l’on est forcé de reconnaître que, pour lutter avec succès contre les habiles mécaniciens de cette contrée si favorisée par l’abondance et la qualité des matières premières, il faut avoir fait de très-grands efforts et atteint un bien haut degré de perfection pour contre-balancer les avantages de la position des mécaniciens belges. » Les perfections introduites par M. Chapelle dans les machines à papier continu se rattachent à la danaïde, «à l’épurateur, à la manière de régler et de conduire la toile métallique, aux presses creuses, à l’entrée et à la sortie de la vapeur par un même orifice des cylindres sécheurs, aux poulies extensibles pour assurer la marche du papier, et au mode de régler les feutres sans courroies. M. Chapelle a déjà vendu cinquante-sept machines, et l\I. Kœchlin trente. La machine dont nous parlons est aujourd’hui en Belgique ; elle présente, ainsi que celle de M. A. Kœchlin, une disposition au moyen de laquelle le papier en sort tout coupé en longues bandes de la largeur et du format que l’on désire. Cette disposition n’existait pas dans les autres machines, et l’on éprouvait de grands déchets, lorsqu’on coupait les rames à l’aide d’un grand couteau qui traverse la table, en suivant les rainures qui y sont ménagées. M. Dehergne a exposé une machine importée d’An- 10* — 148 — gteterre, dont le but est de remplacer celte opération fatigante qui oblige les surveillants de .s’éloigner pendant plusieurs minutes, chaque fois qu’il faut décharger une des bobines. Cette machine porte sur un arbre plusieurs rasoirs circulaires, aiguisés, qui coupent la feuille en bandes, dans l’intervalle du rouleau satineur et des bobines, à mesure qu’elle avance. Ce coupeur en long attendait le coupeur en large. MM. Debergne et Spréa- fico viennent de le trouver. C’était peut-être le dernier perfectionnement qui manquât à la machine à papier, à moins qu’on ne veuille imprimer immédiatement la feuille en la faisant passer sous une presse circulaire continue, nouvellement inventée. Ces machines à papier étaient cotées, l’une 28,000, l’autre 30,000 fr. : ce prix nous a semblé infiniment modéré; elles étaient autrefois beaucoup plus chères et bien moins parfaites. Nous voudrions voir le Phénix entreprendre la fabrication de ces machines, dont il faudra encore un grand nombre pour renouveler les nombreuses fabriques de papier de toute l’JEurope, qui seront forcées de s’en servir pour soutenir la concurrence; car l’emploi du papier va toujours croissant, et le gouvernement représentatif, le plus paperassier de tous , a donné un grand élan à sa consommation. Nous terminons l’article du papier par la lettre suivante, qui contient des observations d’une importance telle, que nous ne pouvons nous dispenser de l’accueillir : « Monsieur le rédacteur, » Dans votre intéressant rapport, qui met, pour la première fois peut-être, les choses de l’industrie à la 149 — porlée de tous les lecteurs, et les instruit sans les eu- uuycr, vous dites, à propos des machines à fabriquer le papier, que les Chinois en font avec de la bourre de soie, et vous pensez qu’on ferait bien de tenter cette fabrication dans le midi de la France, où les déchets provenant des cocons sont si considérables, qu’un chimiste a cru leur trouver un bon emploi, il y a quelques années, en conseillant de les faire servir à l’engrais des terres. » 11 est vrai, monsieur, que, pendant bien longtemps, l’on ne connaissait guère d’autre emploi, pour les résidus des cocons, que celui de les filer grossièrement à la main, ce qui donnait un mauvais fil très-irrégulier, appelé liloselle, servant à fabriquer des bas passablement grossiers et portés dans le pays même de la production ; mais, depuis plusieurs années, la bourre de soie a été appelée à jouer un plus grand rôle dans l’industrie du tissage. D’abord, Lyon et Nîmes l’ont employée avec succès à la confection des châles façon cachemire, qui ont eu un grand débouché ; et, depuis trois ans, l’Angleterre est parvenue à perfectionner à tel point le cardage et la lilature de la bourre de soie, dont elle réussit à faire un fil si régulier et si solide, qu’elle l’exporte en France même où nos manufacturiers de châles et de tissus cachemire français l’emploient avec beaucoup de succès. Ce fil, dans les premières qualités, se vend de 1U0jusqu’à 120 fr. le kilo; c’est aussi cher que la belle soie organsin. Dans les qualités plus communes, ce fil, qui porte le nom de fantaisie, entre aussi dans une infinité d’autres tissus de laine qui sont recherchés et très à la mode en ce moment. Aujourd’hui, la France possède des filatures de ces mêmes fils qui deviendront de 1 plus en plus recherchés, surtout d’après les perfectionnements qui ne manqueront pas de surgir dans cette industrie. » Il est à regretter que les longues et coûteuses tentatives faites par le gouvernement pour introduire l’industrie sétifère en Belgique, aient échoué par un défaut de coïncidence entre l’éclosion des œufs de vers à soie, et la pousse des feuilles du mûrier. Cette remarque, faite un peu tard il est vrai, est probablement ce qui aura déterminé le gouvernement à abandonner cette culture officielle. » Papier de paille. Premier moyen. On prend une certaine quantité de paille proportionnée à la quantité de papier que l’on veut fabriquer ; on la place dans un récipient avec une quantité de chaux vive égale au quart du poids de la paille employée. On remplit d’eau le récipient, de manière à ce que la paille et la chaux en soient entièrement couvertes, et on laisse macérer le tout ensemble pendant douze ou quinze jours, suivant la quantité de la paille et selon qu’elle est plus ou moins tendre. Lorsque la macération est arrivée au point convenable, on place le résidu dans les cylindres avec une quantité de vieux chiffons ou de vieux cordages, égale au dixième de la paille employée, et l’on fait cylindrer le tout ensemble, jusqu’à ce que le résidu présente une pâte assez bien battue et assez liquide pour être employée. On place alors la matière sur les moules, et l’on obtient la feuille de papier, qu’on soumet, pour la faire sécher, aux moyens ordinaires. Deuxième moyen. On prend une certaine quantité de paille qu’on place dans un récipient rempli d’eau, de manière à ce que la paille en soit entièrement couverte. On jette dans le récipient une quantité d’acide muriatique égale au vingtième du poids de l’eau qu’on a employée, et on laisse macérer le tout ensemble pendant cinq ou six jours, suivant la qualité de la paille. Quand la macération est suffisante, on dépose le résidu dans les cylindres avec un dixième de vieux chiffons ou de vieux cordages, on cylindre le tout ensemble, et l’on procède comme dans le premier moyen. Ces papiers n’ont besoin d’aucune préparation de collage 5 ils sont aussi et même plus forts que les papiers ordinaires. Quant au moyen de blanchir ces produits pour leur donner la couleur des papiers ordinaires, il consiste à jeter, dans la pâte battue par les cylindres, lorsqu’elle est prête à mettre sur les moules, de l’acide sulfureux ou du chlore en quantité suffisante, et relative à la nature et à la qualité de la paille. La blancheur du papier est en proportion de la quantité d’acide ou de chlore qu’on aura employée. Papier et carton»» de bois et de roseau. >1. V. Desgrand a pris, à Londres, une patente pour un procédé à l’aide duquel il convertit le bois en pulpe pour la fabrication du papier et du carton. Voici quelques détails sur sa manière d’opérer : quand les arbres sont entièrement dépouillés de leur écorce, on les abat et on les divise en tronçons de quatre à six pieds de longueur ; ils sont fendus ensuite en fragments de deux à six pouces d’épaisseur, puis en copeaux, réduits en lames aussi minces que possible, atin de se pénétrer plus facilement de l’action de la liqueur qui sépare les fibres ligneuses dont ils sont formés. Lorsqu’on a réuni une certaine quantité de copeaux, de bois blanc de préférence, on les dépose dans une fosse à l’épreuve de l’eau, et on verse dessus un lait de chaux qu’on y laisse plus ou moins longtemps, suivant la température, et qui a pour objet de dissoudre la partie gommo-résineuse du bois. Quand les copeaux sont suffisamment dissous, on laisse écouler l’eau de chaux, et on la remplace par de l’eau pure destinée à laver et à débarrasser de la chaux les copeaux qui auraient pu y adhérer. Dans cet état, on les soumet à l’action des pilons, qui divisent et aplatissent les fibres et les disposent à se convertir en pulpe; cette pulpe est blanchie par les agents chimiques propres à cet usage, et traitée ensuite comme la pâte de papier ordinaire. I T n procédé à peu près analogue a été mis en usage par AI. Dubochet, pour fabriquer du papier avec des roseaux. Ce végétal, dégagé de sa racine et de sa tête, est haché en petits morceaux, pilé et placé dans une cuve fermée pour en opérer le rouissage. Cette cuve contient une lessive caustique composée de soude et de chaux éteinte. On verse sur ce mélange l’eau froide nécessaire; au bout d’un certain temps on fait couler la liqueur, qui marque de 20 à 25 degrés; en traitant ensuite le résidu deux fois, pour en tirer parti de nouveau, on se procure deux autres lessives, dont l'une marque 10 à 15 degrés, et l’autre 4 à 5. Le bain caustique dans lequel on opère le rouissage, est mis en ébullition au moyen de la vapeur; la pâte, ainsi traitée, est livrée aux cylindres à broyer et convertie en papier par les mêmes procédés que la pâte du chiffon. Le papier de roseau est propre à tous les usages auxquels on emploie le papier préparé par la méthode ordinaire. Ces deux procédés d’une extrême simplicité, et qui tirent parti des substances de minime ou de nulle valeur, paraissent destinés à former une industrie importante et à donner d’excellents produits à un prix bien moins élevé que celui des papiers actuels. Fabrication du papier de Chine. \L Stanislas Julien (1) vient de faire une chose utile à notre industrie, en publiant une description des procédés mis en pratique par les Chinois pour la fabrication du papier de Chine, description qui est traduite de l’ouvrage chinois Thieîn kong kaï \ve. Nous conservons les noms chinois qui peuvent avoir leur utilité pour les curieux et même pour les négociants qui désireraient faire venir telle ou telle sorte de papiers de ce pays, où il y en a pour le moins d’autant d’espèces que chez nous. Les substances propres à faire du papier sont : 1° L’écorce de l’arbre tchou ou ko-tchou (Broussonetia papy ri fera ), 2° L’écorce du mûrier ; 3” La seconde écorce de la plante fou-yong (hibiscus rosa smensis), etc. Ce papier s’appelle pi-tchi ou papier d’écorces ; 4° Les filaments de la seconde écorce du bambou. Ce papier s’appelle tchou-tchi ou papier de bambou, dont la pâte est très-fine et parfaitement blanche ; il s’emploie pour écrire, pour imprimer et pour faire des billets de visite. (1) Nous avions obtenu, il y a une quinzaine d’années , du gouvernement hollandais, les moyens de faire visiter le Japon à M. Stanislas Julien ; c’est la lettre par laquelle nous lui annoncions cette bonne nouvelle, qui lit mettre obstacle au départ de ce jeune et ardent polyglotte, qui fut nommé peu de temps après bibliothécaire de l’Institut. Le papier le plus grossier devient du ho-tchi (papier qu’on brûle dans les sacrifices), et du pao-ko-tchi (papier à envelopper les fruits). Le papier de bambou s’appelle aussi cha-tsing ; il tire alors son nom de ce qu’on coupe les bambous par morceaux. On lui donne en outre le nom de han-tsing, parce qu’on fait bouillir et égoutter la pâte du bambou. L’auteur chinois ajoute plusieurs réflexions, qui paraissent contraires au témoignage des auteurs, des livres classiques et des historiens. Il se refuse à croire que, dans l’antiquité, on ait écrit l’histoire sur des planchettes de bambou amincies et réunies ensemble par une lanière, ou bien sur des feuilles de l’arbre pei-to (borassus (labelliformis ), comme cela se pratique encore aujourd’hui au Thibet et dans toute l’Inde. Fabrication du papier de bambou (I). Tout le papier de bambou se tire des parties méridionales de la Chine ; mais c’est dans la province de Fo-kien, que cette fabrication est la plus florissante. Lorsque les premières pousses de bambou commencent à se montrer, on visite tous les endroits de la mon- (1) Le cabinet des estampes de la bibliothèque du roi possède deux recueils in-folio de planches peintes en Chine, qui représentent tous les procédés relatifs à la fabrication du papier de bambou. L’un d’eux est accompagné d’explications en chinois; dans l’autre, le sujet de chaque planche est indiqué en français. 15(5 — lagne qui en sont plantés, et l’on choisit de préférence les bambous qui sont sur le point de donner des branches et des feuilles. Après l’époque appelée Mang-tchong (le b juin), on va sur la montagne pour abattre les bambous. On les coupe par morceaux de cinq à sept pieds de longueur. Sur la montagne même, on creuse un bassin, et l’on y amène de l’eau pour les faire tremper : de peur que l’eau ne vienne à se tarir, on établit des tuyaux de bambou, qui communiquent au bassin et y amènent continuellement de l’eau des cascades ou des ruisseaux. Lorsque les bambous ont trempé pendant plus de cent jours, on les bat avec un maillet et l'on enlève l’écorce grossière et la peau verte, au-dessous de laquelle se trouvent des filaments qui ressemblent à ceux de la plante appelée tcliou-ma (espèce de chanvre). On prend de la chaux première qualité, que l’on fait dissoudre dans l’eau; cette bouillie de chaux se met (avec les filaments du bambou) dans une cuve en bois, que l’on chauffe par le bas. On a coutume d’entretenir le feu pendant huit jours et huit nuits. La chaudière de métal (qu’on place au-dessous de la cuve en bois), et qui doit être exposée à l’action directe du feu, a ordinairement deux pieds de diamètre. La cuve, placée au-dessus de cette chaudière, est encastrée dans un mur circulaire en maçonnerie ; elle a quinze pieds de circonférence et environ quatre pieds de diamètre. Elle peut contenir dix clii d’eau (le chi contient dix boisseaux et pèse 120 livres chinoises), et ressemble par sa forme et sa dimension, à celle dont on se sert dans la province de Canton, pour préparer le sel marin. Après avoir fini de poser cette cuve (qui est supportée par un fourneau en maçonnerie), on commence à chauffer : au bout de huit jours (et de huit nuits), on éteint le feu. Le lendemain on découvre la cuve supérieure, on en retire les filaments de bambou, et on les met dans un bassin rempli d’une eau pure pour les laver et les net- loyer. Le fond et les parois des quatre faces internes du bassin , doivent être garnis de planches de bois parfaitement ajustées ensemble, et dont les interstices sont bouchés avec le plus grand soin, pour empêcher que de la terre molle ne se mêle à l’eau, et ne la salisse. (On ne prend point cette précaution pour le papier le plus commun.) Après avoir bien lavé les filaments de bambou, on les passe dans une lessive de cendres de bois, et on les remet dans une chaudière ; on les recouvre d’une couche de cendres de paille de riz, d’un pouce d’épaisseur. Quand l’eau de la cuve est en ébullition, on les retire, puis, les mettant dans une autre cuve, on les fait tremper de nouveau dans une lessive de cendres. Dès que l’eau de la cuve est refroidie, on la fait chauffer jusqu’à l’ébullition, on en sort les filaments de bambou qu’on y avait mis, et on les arrose de nouveau avec une lessive de cendres. On continue les mêmes procédés pendant dix jours. Alors, les filaments commencent à répandre une mauvaise odeur et à se pourrir. On les retire et on les met dans de larges mortiers, pour les piler (dans le pays de montagnes, on a toujours des pilons qui sont mus par la force de l'eau). Quand on les a pilés de manière qu'ils — ir> 8 — forment une sorte de bouillie, on la verse dans une auge en bois. Cette auge doit être proportionné# à la forme, et la forme à la grandeur qu’on veut donner au papier ; quand la pâte de bambou est faite, l’eau pure qui est daus l’intérieur de la cuve, flotte à deux ou trois pouces au-dessus de la pâte ; alors on jette dans la cuve une substance liquide appellée tchi-yo (littéralement drogue du papier), dès ce moment l’eau se tarit, et la pâte devient parfaitement pure et blanche. Pour faire les formes destinées à lever les feuilles de papier, on se sert de filaments de bambou, que l’on ratisse avec soin pour les rendre minces comme des fils de soie, et l’on en fait une espèce de tissu ; ce tissu se monte sur un cadre de bois muni de barres légères qui le traversent en long et en large. L’ouvrier prend la forme des deux mains, l’introduit dans l’eau et enlève la pâte de bambou. Il dépend de lui, s’il sait donner le tour de main convenable, de faire entrer dans la forme la quantité de pâte nécessaire pour obtenir un papier mince ou épais. A moment où la pâte liquide flotte à la surface de la forme, l’eau s’écoule par les quatre côtés du châssis et retombe dans la cuve. L’ouvrier retourne la forme et fait tomber la feuille de papier sur une grande table, où l’on en entasse ainsi un millier. Quand le nombre est complet, on place par dessus une autre planche, et l’on entoure la table et la planche d’une longue corde que l’on serre avec un bâton, comme lorsqu’on presse le vin (1). De cette manière, l’eau con- (1) L’uu des recueils de la bibliothèque royale offre le dessin d’une presse qui ressemble beaucoup à celles que l’on emploie en Europe. tenue dans le papier s’écoule et s’égoutte entièrement ; ensuite, avec une petite pince de cuivre, on lève les feuilles de papier une à une, et on les fait sécher par la chaleur du feu. V oici le moyen que l’on emploie : on élève avec des briques et du ciment deux murs parallèles qui forment une espèce de ruelle dont le sol doit être garni de briques. A l’ouverture de la ruelle, on allume du feu avec du bois sec. La chaleur pénètre par les interstices des briques, et bientôt celles dont la ruelle est garnie en dehors sont complètement chaudes. On y applique (à l’aide d’une brosse) des feuilles de papier humide, on les enlève à mesure qu’elles se trouvent sèches, et on les met en rames. Dans ces derniers temps, on a commencé à fabriquer du papier d’une grande dimension, appelé ta-ssé-lien. Pendant un temps, les livres étant devenus très-chers, on recueillait le vieux papier (imprimé ou écrit), on en enlevait la couleur rouge, l’encre ou la souillure, on le faisait pourrir dans l’eau, et l’on remettait cette pâte dans la cuve pour en fabriquer de nouveau papier; on s’épargnait ainsi les diverses manipulations qui sont nécessaires lorsqu’on fabrique le papier pour la première fois. Ce papier ressemblait exactement à l’autre, et n’occasionnait que peu de dépenses. Cette pratique n’est point suivie dans le midi de la Chine, où le bambou est commun et à bon marché. Mais dans les parties du nord, dès qu’un petit morceau de papier se trouve par terre, on le ramasse avec soin, n’eût-il qu’un pouce de large, pour l’employer à une nouvelle fabrication, on l’appelle hnhan-hoen-tcAi 1<>0 (c’est-à-dire papier ressussité). On fait le même usage des débris du papier d’écorce (voir l’article suivant), soit qu’ils proviennent du papier tin, soit du papier grossier. Quant au papier appelé ho-tchi (papier qu’on brûle en l’honneur des morts), et tsao-tchi (papier grossier), on coupe les bambous, on en fait cuire les filaments et on les fait tremper dans une lessive de cendres ; enfin on suit de point en point les procédés décrits plus haut ; seulement, après avoir détaché les feuilles de la forme, on ne prend point la peine de les sécher par la chaleur du feu, on se contente de les mettre en presse pour en exprimer l’eau, et de les faire sécher au soleil. Dans le temps où llorissait la dynastie des Thang, les sacrifices aux esprits s’étant fort multipliés, on commença à brûler en leur honneur des monnaies de papier au lieu d’étoffes de soie (le papier qu’on fabrique pour cet objet dans le nord de la Chine avec des débris de papier s’appelle pan-tsien-tchi), c’est pourquoi les fabricants de papier destiné à cet usage l’appellèrent ho-tchi, littéralement feu papier, c’est-à-dire papier à brûler. » On a vu depuis peu, dans les pays de Khing et de Tsou, des hommes prodigues qui, en une seule fois, ont brûlé jusqu’à mille livres de ce papier. Sur trente parties, on en emploie dix-sept que l’on brûle en l’honneur des morts, les treize autres parties servent aux usages journaliers. Le papier le plus commun et le plus grossier s’appelle pao-ko-tchi, c’est-à-dire papier à envelopper les fruits ; on le fabrique avec le filament du bambou que l’on mêle avec le chaume du riz qui est resté dans les champs après la moisson. Quant au papier de toutes les couleurs qu’on emploie 161 pour les billets de visite, et qui se fabrique sur la nmn- tagneYouan-chan, on se sert uniquement de la plus belle pâte des lilaments de bambou. Le papier le plus estimé de cette espèce s’appelle konan-kien, les personnes riches ou d’un rang élevé s’en servent pour leurs billets de visite. 11 est solide, épais et sans vergeures. Quand il est coloré en rouge, on l’appelle kie-khien, ou papier pour écrire des billets de félicitations. On commence par le coller avec une dissolution d’alun blanc et ensuite on le colore avec du suc de carthame. Fabrication «lu papier d’écorce. C’est en général à la fin du printemps ou au commencement de l’été qu’on enlève l’écorce de l’arbre tcliou (broussonetia papyrifera). Pour obtenir de l’écorce des arbres qui sont déjà vieux, on les coupe près du collet, et on les recouvre de terre. L’année suivante ils poussent de nouveaux jets ; leur écorce est préférable à toute autre. Ordinairement, pour faire du papier d’écorce, on prend 60 parties (littéralement 60 livres) d’écorce de l’arbre tchou, lorsqu’elle est extrêmement tendre, et 40 parties de filaments de bambou ; on les fait macérer ensemble dans un bassin rempli d’eau ; ensuite on les fait bouillir dans une chaudière avec de la chaux fusée, jusqu’à ce qu’elles soient réduites en bouillie. Depuis quelque temps, des personnes parcimonieuses RAPPORT, i. 11 emploient seulement dix-sept parties de filaments de bambou , auxquelles elles ajoutent treize parties de chaume de riz. Elles jettent dans la cuve certains ingrédients dont elles possèdent la recette, et qui ont la propriété d’épurer et de blanchir la pâte, ainsi qu’il a été dit dans le chapitre précédent. Toute espèce de papier d’écorce est ferme et solide ; il a des raies transversales et, lorsqu’on le déchire, on dirait qu’il est fait de fds de soie; c’est pour cette raison qu’on l’appelle mien-tchi, littéralement papier de soie; il faut un certain effort pour le déchirer en travers. Le papier le plus estimé de cette espèce s’emploie dans le palais de l’empereur ; celui que l’on colle au châssis des fenêtres s’appelle ling-cha-tchi. Ce papier vient du district de Kouang-sin, où on le fabrique ; il a plus de sept pieds de long et plus de quatre de large. Les différentes couleurs qu’on donne au papier d’écorces se préparent d’avance et on les mêle dans la cuve avec la pâte. De cette manière, on n’a pas besoin de colorer après la fabrication. La seconde qualité s’appelle lien-ssé-tchi. Le papier le plus blanc de cette sorte s’appelle hong- chang-tchi. Le papier d’écorces auxquelles on ajoute des filaments de bambou et le chaume de riz s’appelle hié-tié-tching- ivcn-tchi. Le papier fait avec l’écorce de la plante fou-yong (hibiscus rosa sinensis), ou autres écorces du même genre, s’appelle siao-pi-tchi, ou petit papier d’écorces. Dans la province deKiang-si, on l’appelle tchong-hia-tchi. J’ignore, ajoute l’auteur chinois, quelles plantes ou quels arbres fournissent la matière du papier qu’on fabrique dans la I (>5 — province de lïonàn. Dans le nord, il fournit aux besoins de la capitale. Cette province en produit une immense quantité. Le papier que l’on fait avec l’écorce du mûrier s’appelle sang-yang-tchi, il est très-fort et épais. Le papier (de cette sorte) que produit la partie orientale du Tche- kiang, est constamment employé dans les trois districts de cette province appelée Sanou, pour recevoir la graine des vers à soie. Pour faire des parapluies et des écrans vernis, on se sert habituellement du papier appelé siao-pi-tchi (c’est- à-dire papier de petite écorce). Toutes les fois qu’on veut fabriquer du papier très- long et très-large, on a besoin d’une cuve d’une grande dimension; un seul homme ne saurait manier la forme, deux ouvriers se placent l’un devant l’autre et la lèvent en même temps. Lorsqu’il s’agit de faire du papier de fenêtres (qui a quelquefois plus de sept pieds de long et plus de quatre pieds de large), il faut plusieurs (trois ou quatre personnes) pour cette opération. Le papier d’écorces qui est destiné aux peintres, doit être passé d’avance à l’eau d’alun; alors l’artiste ne rencontre ni poils, ni aucune particule ligneuse qui puisse s’attacher au pinceau. La partie du papier qui est appliquée à la surface de la forme est regardée comme l’endroit. En effet, la matière forme presque immédiatement une feuille solide, mais les particules de pâte qui flottent à la surface lui laissent une apparence rude et grossière (ce côté est l’envers du papier). J’ignore avec quelle matière se fait le papier de Corée appelé pe-lchovi-lchi. i r — 164 — Au Japon, il y a des fabricants qui ne se servent point de forme pour lever les feuilles. Quand la pâte du papier est réduite en bouillie, ils placent une large pierre bleue sur une espèce de poêle que l’on chauffe en dessous; la pierre ne tarde pas à devenir brûlante. Ils prennent alors une brosse semblable à celle dont se servent les colleurs, et la trempent dans la pâte liquide ; ils en appliquent une couche mince sur toute la surface de la pierre, et à l’instant le papier est fait, les feuilles se lèvent l’une après l’autre (et se mettent en rames). Il ne m’a pas été possible d’apprendre si cette méthode est usitée ou non en Corée; je ne sais pas non plus s’il y a des personnes qui la suivent en Chine. Le papier appelé kiun-hiang tchi, du district de Yong- kia, se fait avec l’écorce de mûrier. Le papier appelé sié-tcheou-tsien , qui vient de la province du Ssé-tchouen, se fait avec l’écorce de la plante fou-yong (hibiscus rosa sinensis). Lorsqu’elle est cuite et réduite en bouillie, on y jette le suc des fleurs pulvérisées de la plante même. Peut-être aura-t-il été inventé par un homme appelé Sié-tcheou, qui lui aura donné son nom, sous lequel on l’a désigné jusqu’à présent; mais l’estime particulière qu’on y attache tient à sa couleur et non à la matière avec laquelle il est fabriqué. Nous ajouterons à la description donnée par M. Julien, quelques détails sur la fabrication des papiers de roseau et de bananier (1). (1) L'article concernant le papier de Chine était destiné à être imprimé en note. Papier de roseau marin. Le roseau croit dans tous les terrains marécageux, dans les mares, les étangs, les canaux, les rivières. On le trouve, en très-grande quantité, sur plusieurs parties des bords de l’Océan et de la Méditerranée. Ce dernier, qu’on appelle roseau marin, est préférable. Dans la plus grande partie de la France, le roseau ne coûterait que les frais de la récolte et du transport en fabrique, parce qu’il n’a presque pas d’emploi et qu’il périt sur racine. On a pu se procurer du roseau à 3 fr., 3 fr. 50 les 100 livres, même en le faisant venir de dix à douze lieues de distance. Il coûterait bien moins, si l’on passait des marchés pour de grandes quantités avec les habitants des contrées où il croît. Il résulte des nombreuses expériences faites depuis six ans : 1° Que le roseau, dans les opérations qu’il subit pour être converti en pâte à papier, perd de 60 tà 65 pour cent, selon la qualité du roseau et les qualités de papier que l’on veut faire ; 2° Que le prix de cent livres de cette pâte, couleur naturelle et prête à être convertie en papier, revient de 20 à 25 fr., et celle blanchie de 25 à 30 fr., tous les frais compris. Il a été constaté par de nombreux essais faits par divers imprimeurs de gravures en faille douce et de toute espèce de lithographies, que le papier de roseau rem- — 166 — place avec avantage le papier de Chine pour ces divers travaux. Il a pareillement été constaté par des fabricants de papiers peints, que leur travail est plus facile, que l’impression est plus belle sur le papier de roseau que sur le papier de chiffon. Le papier de Chine se vend à Paris de 23 à 26 fr. le paquet de sept livres. Le prix du papier de chiffon pour tentures varie à l’infini selon ses sortes et qualités; la moyenne est de 75 à 80 centimes la livre. Le roseau ne produisant pas de papier de qualité inférieure, celui qu’on destinerait à la tenture se vendrait au moins au prix moyen du papier de chiffon. La pâte de chiffons revient aux fabricants de 45 à 80 fr. et plus, les cent livres, selon les sortes et qualités ; celle de roseau ne revient, d’après diverses expériences,, que de 20 à 30 fr. les cent livres. Papier de bananier. Le bananier croit en grande quantité dans les contrées américaines, entre autres dans les Antilles. Son filament est d’une force surprenante. On l’obtient, rendu dans les ports d’Europe, à 8 et 9 fr. les 100 livres. Dans sa conversion en pâle à papier, il perd de cinquante à soixante pour cent environ. Cette pâte devient d’une blancheur extrême; elle coûterait, prête à être — 167 — convertie en papier, de 40 à 45 fr. les cent livres; mais ce papier serait plus beau et infiniment plus fort que le plus beau et le meilleur papier de chiffon. Les quantités de papier de Chine importées en France en 1835 et en 1836 se sont élevées à 7,062 rames, de la valeur de 139,240 francs. MÉTALLURGIE. FER (1). L’industrie des fers est encore exercée, sur beaucoup de points de la France, avec toute la naïveté ancestrale (1 ) Pour extraire le fer des minerais, on commence par griller ceux- ci ; puis on en mêle plusieurs ensemble, suivant qu’on a trouvé par expérience qu’un pareil mélange est plus fusible, et donne un meilleur fer; cet assortiment de minerais est souvent d’une haute importance, soit par rapport à la quantité de fer que l’on peut extraire, dans un temps déterminé, des matériaux qu’on exploite; soit par rapport à sa qualité. Pour assortir les minerais de fer d’une manière convenable, il faudrait avoir une connaissance à peu près exacte de leur composition, et des corps qui constituent leurs gangues. Mais, jusqu’à présent, ce sujet a peu excité l’attention des savants ; cependant l’exploitation du fer aurait certainement gagné beaucoup, si l’on eût soumis les minerais ferrifèrcs à des recherches aussi exactes que celles qu’on a faites, souvent par simple curiosité, sur la plupart des autres minéraux. Comme les intérêts économiques dirigent rarement le véritable savant, parce qu’il n’y participe presque jamais, on peut attendre peu de lui sous ce rapport; mais nous avons lieu d’espérer que d’habiles maîtres de forges, dit Berzélius, trou- 109 des Druides et des Gaulois. On dirait que le bruit de la révolution opérée depuis i740 dans la production du veront utiles à leurs propres intérêts de consacrer une partie do leur temps à des recherches de ce genre. Le fer en barres le mieux préparé renferme encore près de 1/2 p. 100 de carbone et environ 1/2 millième de silicium, mais la présence de ce carbone est nécessaire, car le fer acquiert par lui une certaine solidité qui disparaît quand on brûle le carbone, et le métal devient alors beaucoup trop flexible et trop sujet à l’usure. Le fer en barres, provenant de minerais manganésifères, renferme en outre une certaine quantité de manganèse, qui cependant n e nuit en rien à sa qualité. Mais les minerais qui contiennent du soufre, de l’arsenic, du cuivre et du phosphore, donnent un fer qui a toujours des défauts, car ccs corps ne peuvent pas être entièrement calcinés par l’action du feu. Le fer qui renferme les trois premiers corps est cassant à chaud; celui qui contient du phosphore est cassant à froid. On a reconnu que l’addition d’une certaine quantité de chaux ou de peroxyde de fer pendant l’affinage diminue considérablement ces défauts. Pour préparer du fer chimiquement pur, on mêle de la limaille de fer en barres avec un quart de son poids de protoxyde noir de fer; on introduit le mélange dans un creuset de Hesse, on le couvre ’d’un composé de verre qu’on a préparé soi-même avec des substances exemptes de métal ; puis on lute le creuset et on l’expose pendant une heure dans une forge, à l’action d’un feu de coke. On a cru pendant longtemps, mais à tort, qu’il était impossible de fondre le fer parfaitement et pur. Le fer se ramollit avant d’entrer en fusion, ce qui permet de le braser. Les deux extrémités des barres de fer à braser étant chauffées au rouge, on les saupoudre de sable fin ; ce sable dissout le protoxyde de fer qui se trouve à la surface du métal, protégé par le verre qui recouvre le fer, et qui se trouve ensuite expulsé, lors- qu’après avoir rapproché les deux bouts, on les frappe à coups de marteau. Les surfaces métalliques entrent alors en contact et s’agglomèrent. D’après licrzclius, le point de fusion du fer est de 1587 degrés du — 170 — fer en Angleterre n’a pas traversé la Manche : pas un maître de forges français n’a paru s’en émouvoir. Il est pyromètre à registre de Daniell ; cette température est un peu supérieure à celle trouvée par Becquerel ; c’est donc bien à tort que plusieurs auteurs ont dit que le point de fusion du fer était 10 à 12,000° centigrades. Les oxydes de fer se réduisent facilement, soit au chalumeau, soit en les introduisant dans un tube de verre dans lequel on fait passer un courant d’hydrogène ; ce dernier moyen exige une température peu élevée et donne le fer le plus pur, mais toujours en poudre. La réduction du fer par l’hydrogène s’opère d’une manière complète, même à une température qui ne dépasse pas le point d’ébullition du mercure; mais si l’on retire le métal après qu’il s’est refroidi dans le gaz hydrogène, et qu’on l’expose à l’air, il s’enflamme et brûle. Ce phénomène a lieu parce que, quand l’hydrogène s’empare de l’oxygène de l’oxyde à une température aussi peu élevée, il laisse le métal avec tous les interstices qu’il remplissait d’abord. Le fer ainsi obtenu possède la propriété d’absorber les gaz et de les condenser dans ses interstices ; et, dans l’état de division où se trouve le métal, la faible élévation de température qui résulte de cette condensation suffit pour lui faire prendre feu. Quand la réduction du fer par l’hydrogène s’opère à une Chaleur rouge, le métal réduit s’affaisse et ne présente plus la disposition mécanique nécessaire pour produire ce phénomène ; mais si l’on mêle l’oxyde uniformément avec une petite quantité d’un corps qui ne puisse se ramollir pendant la réduction, celui-ci empêche l’aflaissement du métal, et alors on peut élever la température sans que le fer réduit perde la propriété de s’enflammer. Ainsi, si l’on ajoute une petite quantité d’alun à la dissolution de l’oxyde et qu’on précipite par la potasse, simultanément l’alumine avec l’oxyde, le métal réduit au rouge, pourra prendre feu spontanément. Le fer s’oxyde facilement à l’air humide ; on peut le garantir de la rouille en le frottant avec un morceau de laine imprégné d’huile de lin, jusqu’à ce que la surface du métal paraisse sèche. Le fer se revêt d’une couche mince d’huile qui se dessèche et empêche l’oxydation- vrai que sous Napoléon on avait moins de nouvelles de l’Angleterre que du Japon ; abrités depuis l’empire der- l’ayeii a découvert ce fait remarquable ; c’est que les liqueurs alcalines empêchent l’oxydation du fer par la voie humide ; aussi des objets en fer poli ont-ils été conservés pendant six à huit mois sous de l’eau contenant 1 /500 de son poids de carbonate de potasse. L’eau de chaux et une solution de borax produisent le même effet, ce dernier sel est alcalin. Il parait que ceci a lieu parce que les alcalis rendent le fer électro-négatif par rapport à la liqueur. Si l’on chauffe une barre de fer au blanc et qu’on dirige dessus, après avoir été retirée du feu, le vent d’un fort soufflet, le fer brûle comme dans le gaz oxygène ; cet effet peut encore être produit en faisant tourner à l’aide d’une corde une barre rougie au blanc par son extrémité. De tous les métaux c’est celui dont l’emploi est le plus étendu. On s’en sert à l’état d’oxyde et de sel en médecine ; en peinture, comme ocre; en industrie, il sert pour produire le gaz hydrogène, à l’état de sulfure pour obtenir le soufre, en teinture pour produire les couleurs noires ; combiné avec les principes de la noix de galle il constitue l’encre ; avec le carbone, l’acier; enfin son emploi est si multiplié, que, comme dit judicieusement Berzé- lius, « il a marché pas à pas avec la civilisation dont il est presque fine condition indispensable, par ses nombreuses applications. » Les meilleurs minerais de fer proviennent des terrains primitifs ; tels sont les minerais de Suède, de Norwége et de Russie, connus en minéralogie sous le nom de fers magnétique, oligiste, oxyde ronge, oxyde brun, et fer spathique; les terrains plus modernes contiennent des minerais de fer composés d’une argile pénétrée de carbonate et silicate de protoxyde de fer et d’hydrate de peroxyde : ce sont ceux qui sont exploités généralement en Angleterre et en Belgique, mais ils fournissent des fers de qualités inférieures. Si l’on appuie un bâton de soufre sur une barre de fer chauffée au rouge blanc, on peut la percer d’outre en outre ; ceci a lieu par suite de l’affinité du soufre pour le fer et de la friabilité du sulfure formé ; cet effet se produit aussi sur l’acier, cl il est même encore 172 — rièrela grande muraille du système Saint-Oicq, les honorables et peut-être un peu trop honorés seigneurs du 1er en barre, ont remplacé les anciens seigneurs de village ; les maîtres de forges se contentent d’aller dépenser à Paris un revenu de 20 à 30,000 fr., produits d’un ou deux bas fourneaux délabrés et couverts de mousse, perdus au fond de quelque gorge étroite et éloignée des grandes routes, plus rapide, mais il est nul sur la fonte, et le soufre s’y volatilise complètement. Dans ces derniers temps on a commencé à fabriquer différents objets avec de la fonte, comme des couteaux, ciseaux, clous, qui d’ordinaire se font eu fer forgé ou aciéré, et on a découvert, pour cette fabrication, un moyen de diminuer la dureté de la fonte ou de l’empêcher ainsi de casser comme du verre. C’est ce qu’on appelle adoucir la fonte ; opération qui consiste à envelopper la pièce coulée d’une matière pulvérulente, à l’y tenir pendant longtemps au rouge, et à la laisser refroidir avec l’enveloppe. On crut d’abord que la fonte se convertissait en fer malléable par la combustion du charbon. C’est Réaumur qui eut celte idée, et Lucas exécuta l’opé- ralion en enveloppant la fonte d’un mélange d’hématite en poudre et de carbonate de chaux ; mais l’expérience a prouvé que la nature chimique du fer n’est pas changée par cette opération, et qu’on arrive au môme résultat en chauffant la fonte dans du sable, ou dans du charbon en poudre. Le changement que la fonte subit dans ce cas est donc analogue à celui qu’éprouve l’acier quand on le fait recuire, et le fer quand il est refroidi lentement. Quand la fonte reste longtemps sous l’eau, elle est décomposée ; l’aeide carbonique contenu dans l’eau dissout le fer et l’entraîne. 11 reste une masse grise qui ressemble à la plombagine; c’est ce qu’on a pu voir sur les canons d’un vaisseau coulé depuis 80 ans aux environs de Carlscrona ; à peine étaient-ils à l’air depuis un quart d’heure, qu’ils commencèrent à s’échauffer tellement que l’eau qui y restait encore s’échappa sous forme de vapeurs, et qu’il fut impossible d’y loucher. Les canons étaient convertis en partie en une masse poreuse qui probablement condensait l’oxygène de l’air, — 173 fin ils ne se montrent guère qu’au temps de la chasse aux bécassines. Parlez-leur de la nécessité d’améliorer, de changer leur méthode de faire ; dites-leur qu’un haut fourneau anglais ou belge produit par jour 14,000 kil., pendant que les leurs n’en donnent que 1,500, les plus complaisants vous feront la politesse d’en douter. Car au fond ils ne supposent pas possible d’améliorer une fabrication qui existe depuis Vercingétorix. Nous en connaissons qui s’étonnaient qu’on eût écrit sur la théorie du fer, et dont le nom de Karsten n’avait jamais frappé les oreilles. D’après un recensement officiel, la fonte est produite en France par 502 hauts fourneaux ( comme on a la complaisance de les appeler) ; sur ce nombre 420 fondent au charbon de bois seul : 34 au bois torréfié ou cru, seul ou mélangé de charbon de bois; fi marchent alternativement au charbon de bois ou au coke mélangé, et 43 au coke seul ou mélangé de houille. La fabrication du gros fer s’opère dans 1,495 usines, dont 93 suivent la méthode catalane, 7 la méthode corse, 732 la méthode comtoise, 119 la méthode wallonne, 49 la méthode nivernaise, 43 la méthode comtoise modifiée, 161 la méthode champenoise et 291 la méthode anglaise. On voit qu’il ne manque pas de fonderies et de forges en France, mais leurs produits réunis ne se sont élevés en 1837 qu’à 331,678 tonnes de 1,000 kil. de fonte; il ne faudrait que 62 hauts fourneaux comme ceux de Couillet pour obtenir exactement la même quantité, dont la valeur en France s’élève à 60,746,000 fr. Cette valeur ne serait en Belgique que 53,438,920 fr., et en Angleterre que 35 millions. — 174 — La forgerie française produit 210,253 tonnes de gros ' fer valant 92,177,000 francs, et 3,200 tonnes d’acier de forge d’une valeur de 2,308,000 fr. Les matières premières et le combustible employés à l’obtention de ces trois produits coûtent 115,758,000 fr.; la valeur de ces produits étant de 155.231,800, il reste environ quarante millions pour salaire, profits et entretien du matériel et des usines. Nous doutons qu’il en reste en proportion autant à la Belgique, qui produisit en 1837, d’après Heuschling, 150,000 tonnes defer dans 23 hauts fourneaux au coke et 66 au bois. Il y avait alors 20 autres hauts fourneaux en construction, dont la plupart sont achevés, mais ne marchent pas en ce moment. Presque tout le fer de France se fabrique au charbon de bois; on n’y emploie que 108,800 tonnes de coke valant 8,135,000 fr.; la houille employée par les usines de fer ne dépasse pas 250,000 tonnes représentant une valeur de 5,500,000 fr.; mais le charbon de bois consommé s’élève à 643,000 tonnes valant 42,247,000 fr. La France a cependant des houillères autant et plus pèut-ètre que la Belgique, mais on ne sait pas en aborder l’extraction avec de grands capitaux. On se fera une idée de la réalité de ce que nous avançons par l’anecdote suivante, arrivée il y a trois ou quatre ans seulement. Un jeune et savant géologue, en faisant un voyage de découvertes dans la Bretagne, trouva près de Bourbon- Vendée une couche de limonite de la plus grande richesse, dont les sentiers reluisent sous les sabots ferrés des paysans; ce filon a une demi-lieue de long, un quart de lieue de large, sur une profondeur très-grande. Le géologue y reconnut les traces d’anciennes exploi- 175 — tâtions, et des masses de scories encore plus riches que la plupart de nos minerais vierges. Des échantillons de cette montagne de fer furent soumis à l’analyse à l’école des mines ; ils donnèrent plus de 60 p. c. de métal. La preuve de la richesse de ce minerai, c’est que les maréchaux ferrants de ces parages se contentent d’en ramasser des morceaux devant leur porte, et de les convertir directement en fer à cheval, au feu de leur mauvais soufflet. Le géologue fît part aux principaux de la ville de la richesse qu’ils avaient sous la main, et les engagea à s’associer pour en commencer l’exploitation : ils le firent en effet; mais quelques semaines après ils écrivirent au savant qu’il les avait trompés et que ce n’était pas du fer. Le savant se rendit sur les lieux et leur demanda à voir leur haut fourneau ; mais on ne put lui montrer qu’une espèce de poêle encore chargé de minerai, sur lequel on avait, disait-on, brûlé plus de cent fagots sans le faire fondre. Le capital social étant épuisé, on avait interrompu les opérations et renvoyé les deux ouvriers. Ce capital n’était pas monstrueux, il consistait en huit actions de 25 francs chacune; mais les capitalistes de Bourbon refusèrent d’arroser, et la chose en resta là. Nous avons soumis des échantillons de cette mine au directeur de l’établissement de Couillet et à l’ingénieur Chevremont, qui déclarèrent n’en avoir jamais vu d’aussi riches. On avait formé le plan d’une exploitation franco-belge, mais la crainte de voir la presse ignorante s’élever contre l’exportation des capitaux belges à l’étranger a retenu nos industriels. — 176 Aujourd’hui que la découverte est ébruitée, on cherche à s’emparer de la concession, qui suffirait à elle seule, pendant des siècles, à fournir tout le fer dont la France aura besoin. Le terrain houiller se montre à peu de distance de là, ainsi que la castine ; la mer est à deux pas. La richesse du sol de la France est encore si peu connue qu’on ferait bien, au lieu d’expédier des voyageurs du Muséum en Afrique et en Asie, de les envoyer à la découverte dans le sein même du pays. Quand l’Angleterre consomme 153 millions de quintaux de charbon, la France n’en consomme que 30 millions. On aura beau répéter qu’il faut exploiter les houillères en France ; il faut bien reconnaître que de pareilles entreprises ne sont pas à la portée de l’industrie particulière. L’association des capitaux est nécessaire; et l’association, vilipendée et honnie, a quitté la France pour n’y rentrer de longtemps. On offrirait de l’or au prix du plomb, par actions, qu’on n’en trouverait pas le placement aujourd’hui. C’est une bien absurde chose quela prévention, puisqu’elle peut aveugler ainsi les hommes sur leurs propres intérêts. Tout ce que nous pourrions dire ici sur la nécessité et l’indispensabilité d’en revenir à l’association bien entendue serait superflu : la peur ne raisonne pas, il faut attendre que cette fièvre antisocialiste s’use avec le temps. Nous parlerons seulement du vice qui s’oppose à l'amélioration de la production du fer en France; c’est, en général, il faut bien le dire, l’incapacité et l’apathie de la plupart des directeurs d’usines, qui n’en savent pas plus que les propriétaires sur les raisons de la réduction des métaux, sur l’action de l’air et des gaz, sur celle du soufre et du phosphore, etc. Cette ignorance est poussée plus loin qu’on ne pense ; car beaucoup de ces braves gens voient couler le fer, comme un idiot voit couler l’eau, sans y penser ou s’enquérir du pourquoi. Nous raconterons à ce sujet un fait qui nous est personnel; il suffira pour donner une juste idée de la façon dont la fabrication du fer est conduite dans quelques usines de France. Nous avions depuis plusieurs années, dans nos ate- liers, un assez habile graveur sur pierre, pinçant fort bien de la guitare : c’était tout son talent. Ce chansonnier, assez original, disparut un beau matin de Bruxelles, après en avoir gravé le plan, sans nous faire part du lieu de sa retraite. A quelques semaines de là, nous partîmes pour une excursion industrielle dans les usines de la Haute-Marne et de la Haute-Saône. Arrivé au fourneau de Beaujeu, appartenant alors au duc de Bassano, nous sollicitâmes l’honneur d’être présenté à M. le directeur. On nous fit attendre. B était deux heures, l’air était chaud, et M. le directeur faisait sa sieste. II descendit pourtant. Jugez de notre surprise, le directeur des hauts fourneaux du duc de Bassano était notre troubadour, lithographe hier, et maître de forges aujourd’hui. Nous nous amusâmes à le questionner sur le fer ; il nous répondit qu’il n’était ferré que sur la pierre, mais qu’on le tenait pour un habile métallurgiste, puisqu’il venait de la Belgique, où l’on est fort sur l’article. Le fait est qu’il n’avait mis, de sa vie, le pied dans une de BAPPOBT. 1. 1 ï nos usines, et ne connaissait pas même les termes du métier; mais dans le pays des aveugles le brave homme était roi : il nous fit néanmoins avec dignité les honneurs des fourneaux de sa cuisine, en nous priant de ne pas i’humilier devant ses entours, qui le regardaient comme un fameux fondeur belge. Tout ce que nous pûmes en tirer, c’est que ce fourneau, qui a la Saône tout entière pour moteur, à deux lieues au-dessus de Gray, rapporte 30,000 fr. par an à son propriétaire. Sa position est telle et son minerai si abondant et si beau, qu’il devrait en rapporter cent mille : car rien n’est comparable à la fusibilité de ces mines de fer oli- giste exploitées à ciel ouvert, et composées de grenailles de la grosseur moyenne d’un pois, que l’on s’amuse à laver au patouillet jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’une sorte de plomb de chasse bien luisant, qui sert effectivement aux chasseurs de l’endroit. N’est-ce pas une monstruosité que de laver une pareille mine, dix fois plus riche que celles que nous exploitons en Belgique? Nous tâchâmes de faire entendre au directeur que tout ce que l’eau emportait au lavage était de l’oxyde de fer en poudre, et qu’il perdait ainsi plus de la moitié de son métal ; mais il n’était pas encore assez avancé pour comprendre cela. Nous supposons que le riche meunier Tramoy, qui a fait l’acquisition de cette usine, saura la mettre sur le même pied de production que ses beaux moulins de Gray, que les inondations de la Saône viennent malheureusement d’emporter. Croirait-on que l’on donne le vent à ce fourneau avec deux petits soufflets de forge, semblables à ceux de nos petits cubillots! Aussi ne produit-il qu’une seule gueuse de 1,500 kilog. par jour, de fonte grise, mais de toute — m — première qualité. Malheureusement, les forêts s’éclaircissent tous les jours dans ce pays de vaine pâture, et il faut remonter la houille depuis Lyon. Au reste, la canalisation de la Saône permettra bientôt de la faire arriver beaucoup plus haut que les fourneaux de Beaujeu. Il y avait bien deux siècles que l’on usait du charbon de terre à Liège (1) et à Newcastle, quand la France commença à s’en occuper. La production française a été en 1830 de 1,100,000 tonnes; en 1837, de trois millions; et comme sa consommation totale est de 4,100,000 tonnes, il y en a, par conséquent, 1,100,000 qui proviennent de l’importation. On s’étonne de voir que l’invention de lord Edward Dudley, pour réduire le fer à la houille, invention qui date de 1619, ait été si longtemps à s’introduire en France. Il est vrai que les mânes de l’auteur n’ont à reprocher que l’oubli à cette nation, tandis qu’il fut ruiné et saccagé par ses compatriotes qu’il venait de doter du sceptre de l’industrie ; c’est au reste l’histoire de toutes les inventions et le sort de tous les inventeurs, d’être persécutés en proportion de l’importance de leur découverte. Le Sui eum non recepernnt de l’Évangile est écrit sur la tombe de tous les bienfaiteurs de l’humanité. Ce sanglant péage arraché à toute vérité, à son arrivée sur la terre, est une de ces imprescriptibles lois dont l’inévitable fatalité devrait suffire aux philosophes pour (1) La houille fut découverte en 1198 par un forgeron de Liège nommé Houlloz qui lui donna son nom. Une vieille légende raconte que ce secret fut découvert par un ang... Le manuscrit étant raturé à cette place, on ne sait si l’auteur a voulu dire un ange ou un Anglais ; quoi qu’il en soit la houille n’en est pas moins un des plus beaux cadeaux du ciel. Ui* — 180 — leur enlever toute espèce de doute sur les moindres détails de la vïe et de la mort du Sauveur du monde. La morale du Christ n’a jeté de profondes racines que longtemps après lui, comme toutes les découvertes utiles ne triomphent qu’après la mort des inventeurs : l’invention de lord Dudley ne pouvait avoir un autre sort, et ce ne fut que cent ans après lui, vers 1740, que son procédé fut repris. L’invention de la vapeur, dont le grand Richelieu fit enfermer l’auteur à Bicêtre, suivit une route parallèle; et, en général, l’intensité de la persécution est, nous le répétons, en raison directe de l’importance de la découverte. C’est une démonstration que nous nous réservons de faire un jour; nous nous bornerons pour le moment à jeter en passant un coup d’œil sur l’histoire du fer en Angleterre en ces dernières années, car cette histoire se rattache à la nôtre. Ce fut vers 1831 que le prix du fer tomba au plus bas degré d’avilissement. Les maîtres de forges anglais avaient lancé sur le marché une grande quantité de fer d’une qualité inférieure, qui occasionna les désastres de ce commerce. A peine avait-on su que la fabrication du fer donnait des bénéfices considérables, que des capitaux immenses furent aussitôt dirigés vers cette branche d’industrie. De nouveaux fourneaux s’élevèrent de tous côtés; la production dépassa bientôt les demandes, et les prix allèrent continuellement en diminuant jusqu’à la crise de 1831, où il fallut évacuer les provisions agglomérées pour faire place à des montagnes de rails, fabriqués dans la prévision de l’énorme placement qui se préparait de toutes parts; cette prévision fut une nouvelle déception : — 181 — fa crise américaine arriva, et il fallut de nouveau faire de l’argent à tout prix. Une des plus fortes maisons d’Angleterre vint offrir à la Belgique des rails à deux cent douze francs le tonneau, rendus à Anvers ou à Ostende ; il fallut un grand courage pour les payer le double à nos fabricants indigènes. Peu de temps après la crise, ils jetèrent une masse de fonte en Belgique (1), et à tout prix; les magasins s’encombrèrent, et des maisons de Valenciennes s’approvisionnèrent outre mesure, toujours dans la prévision des chemins de fer, qui, n’arrivant pas, les obligèrent à vendre à vil prix au commerce français. Dès lors il y eut interruption dans les demandes faites à nos hauts fourneaux, qui furent obligés de chômer, en attendant que ce trop-plein fût épuisé. Les fortunes princières faites en peu de temps dans le commerce des fers avaient produit, en Angleterre, une vive concurrence; les nombreux projets de rail-ways donnaient l’espoir fondé d’une demande sans limite; chaque jour le fer recevait de nouvelles applications ; la construction des bateaux et des charpentes en fer prenait plus de développement, et jamais il n’avait été permis de se livrer avec de plus belles chances à une spéculation industrielle. Si de grands désappointements ont eu lieu, c’est qu’on n’a pas donné les mêmes soins à chercher des emplois au fer qu’à le produire. (1) On prétend que des spéculateurs font donner au fer battu la forme de lingots de fonte, et qu’ils en introduisent ainsi des masses considérables en Belgique, en se jouant de la surveillance des doua ■ niers. Puisse cet avertissement les mettre sur leurs gardes! 182 — Si les maîtres de forges eussent formé une compagnie pour développer l’architecture métallurgique, et démontrer que ce mode de construction offre en réalité plus d’économie que les maisons en briques, la mode en serait venue, et l’on n’en voudrait déjà plus d’autres. Quand on songe aux magnifiques devantures qu’il serait aisé de faire par le moulage, dans tous les styles et dans tous les goûts, nous sommes étonné qu’on se borne aux essais faits en Écosse et en Prusse (1). Mais il en est de ceci comme de toute chose : il faudra vaincre une somme immense de résistances, tenir tête à une armée d’architectes, de maçons, de tailleurs de pierre, de charpentiers, de menuisiers, de brique- tiers, etc. -, déplacer une foule d’existences, qui se défendront par tous les moyens possibles, d’abord par la négation, puis par la médisance et la calomnie, et, au besoin, par les voies de fait. A l’appui de l’opinion que nous émettons sur cet objet, nous citerons l’extrait suivant du Glascoiv-Chronicle ; HABITATIONS EN FER. « On sait que les bateaux à vapeur en fer ont obtenu * beaucoup de succès. On vient d’exposer, dans un café de Londres, le plan (en petit modèle) d’une chaumière toute construite en fer, qui nous a paru si élégante, et en même temps si bien appropriée à l’usage auquel elle est destinée, que nous ne doutons pas que ce genre de construction ne soit bientôt généralement adopté, soit sur (1) Nous apprenons que le directeur de la fonderie de Liège sollicite l’autorisation de bâtir des bureaux en fer. 4 nos côtes, soit dans l’intérieur. Le modèle dont nous parlons contient six chambres, une cuisine, une buanderie et autres commodités ; une cabane ordinaire, construite en grand sur le même plan, ne coûterait que o50 liv. sterl. (8,730 fr.). Une maison double, c’est-à- dire, qui aurait li pièces, coûterait 500 liv. sterl. (12,500 fr.) Ce n’est pas même la moitié de ce que coûterait une maison ordinaire bâtie sur le même plan, outre qu’on peut l’avoir prête dans l’espace de deux mois. Le commerce du fer, dans nos environs, ne pourrait que gagner beaucoup à l’introduction d’un pareil genre de construction. » Une autre preuve de la possibilité d’aborder les plus vastes constructions avec le fer, c’est que l’on a construit à Philadelphie un théâtre entièrement en fer : murs, loges, planchers et couverture. Le seul inconvénient qu’on ait pu y remarquer, c’est la résonnance un peu forte du sol de la scène sous les pieds des acteurs; du reste, il est aussi chaud en hiver et aussi frais en été que tous les théâtres du monde. Mais comme ces idées ne sont pas encore à la portée de nos intelligences étriquées, nous conseillerons de commencer par la construction de petits pavillons de jardin, contenant deux ou trois pièces. On en trouverait aisément le placement autour des villes oû les bourgeois ont l’usage de louer de petits jardins ; ils y pourraient placer ces petits pavillons portatifs, qu’ils trouveraient aisément à revendre sans perte, après s’en être servis. Nous ajouterons, pour terminer, la nouvelle suivante de l’emploi récent de la fonte en architecture : « On fait en ce moment, à Gand, au palais de justice — 184 en construction, un nouvel emploi de la fonte, lequel peut être considéré comme un véritable progrès dans l’art de la construction. Ce progrès est dû à M. lloelandt. » Cet habile architecte, dans le double but d’une grande économie de capitaux et d’espace, a cherché à s’affranchir de la règle, utile sans doute, mais souvent aussi bien fâcheuse, d’après laquelle tout mur d’un étage supérieur est nécessairement superposé à un mur qui lui corresponde à l’étage inférieur. Il voyait un avantage majeur à subdiviser, par des murs, la partie supérieure du palais de justice destinée aux archives, et à conserver, d’autre part, au rez-de-chaussée, une vaste salle dégagée d’entraves et destinée aux réunions de la bourse. » L’emploi connu des matériaux de construction ne lui donnait pas une solution convenable à cet important problème, parce que ni les bois les plus solides, ni les voûtes avec leurs divers systèmes d’ancrages, ne lui inspiraient assez de confiance pour la charge à porter éventuellement. Dans cet état de choses, M. Roelandt lit appel à l’art delà fonderie. » Deux arcs, à cintre surbaissé, sont accouplés comme dans les balanciers des fortes machines et réunis par des poutrelles en équerre. Ce système, d’une rigidité à l’épreuve d’une charge bien supérieure à celle qu’on prévoit, n’a pas besoin de ces traverses disgracieuses qui défigurent les anciennes voûtes ; il ne peut, en aucune manière, se déjeter, comme il arrive si souvent aux voûtes qui sont armées d’ancrages en fer ductile. Ces arcs, dont la masse était énorme tant qu’on les voyait couchés par terre, depuis qu’ils sont en place, ne manquent ni de légèreté, ni de hardiesse, ni de grâce. n Nous ne doutons point qu’un pareil exemple ne soit fréquemment imité par les bons architectes que notre pays possède. » Quand on songe qu’il a fallu toutes les forces réunies du gouvernement et de l’association, pour parvenir à implanter sur notre sol les premiers chemins de fer, qui ne contrariaient qu’une très-minime classe d’intéressés, il est à craindre qu’on ne parvienne que fort tard à faire adopter l’architecture métallurgique : nous ne voyons qu’un moyen, c’est que les grandes compagnies intéressées dans la production du fer donnent l’exemple en proposant un prix aux architectes qui trouveront le meilleur plan, la meilleure distribution et le plus beau dessin d’une maison d’ouvrier, de bourgeois et de seigneur. Le temps viendra (et l’on peut le hâter) où personne ne croira sa fortune et sa vie en sûreté ailleurs que dans une maison en fer : sûreté contre les tremblements de terre et contre les effractions, facile échauffement par des conduits de vapeur ou d’air chaud ménagés dans les murs et sous les planchers, absence de dégradation, suppression des couvreurs et des plombiers, durée perpétuelle par la peinture galvanique, élégance et richesse dans les façades, et diminution considérable dans les frais d’entretien : tels sont les principaux avantages d’un logement en fer, sans compter que l’on gagnerait toute l’épaisseur des murs de brique, qui, dans les villes, emporte un huitième de l’espace habitable. Ajoutez à cela que ces maisons seraient faciles à démonter et à transporter sur un autre emplacement , et même dans une autre ville, où les canaux, les chemins de fer vous permettraient d’aller planter vos lares. Semblable au prévoyant escargot, chacun porterait sa maison avec soi ; les Anglais, qui emportent déjà leurs voitures et leurs — 186 — chevaux, seront les premiers à voyager avec leurs maisons, pour aller passer quelque temps à Naples, à Venise, à Constantinople, etc.; car il viendra un temps où les classes fortunées, déjà travaillées par l’absentéisme, deviendront nomades. A la moindre contrariété éprouvée dans un pays, on en cherchera un autre ; la presse libre et la calomnie tendant à désagréger de plus en plus les éléments du corps social, les victimes trop sensibles à leurs attaques fuiront les pays constitutionnels, pour aller vivre tranquilles sous les monarchies absolues en emportant leurs pénates en fer, dès qu’ils seront sortis de la catégorie des immeubles. Les maisons conserveraient dans tous les temps la valeur vénale du fer, avantage dont ne jouissent pas celles en briques et mortier. N’êtes-vous plus satisfait de l’architecture de votre habitation , vous pourrez la faire refondre dans un autre style et passer de l’égyptien au grec, du gothique à la renaissance, du moresque au chinois, et de l’arabe au rococo, à charge de vous conformer à la couleur stercoraire exigée par certaines régences. II est réellement inconcevable, que dans un moment où l’on est forcé d’éteindre les trois quarts des hauts fourneaux, faute de débouchés pour le fer, les capitalistes, qui perdent des millions à cette stagnation, n’aient pas encore songé à dépenser quelques milliers de francs à la solution de ce facile problème, auquel leur avenir se trouve si étroitement rattaché. Nous deviendrons sans doute la risée de la postérité, quand elle apprendra l’histoire de notre embarras des richesses. Les bonnes vieilles gens, diront nos neveux, après avoir trouvé le moyen de faire quelque chose de rien, •187 se mirent à l’œuvre ; mais ils ne surent rien faire de ce quelque chose et s’arrêtèrent tout court en disant : Nous produisons trop de fer, comme le député breton qui disait : La France produit trop de grains. Après avoir fait la critique, peut-être un peu trop vive, de l’état déplorable dans lequel se trouve en général l’industrie du fer en France, état que l’on attribue à la trop forte protection accordée aux maîtres dé forges (7 fr. 70 c. par 100 kilog. par la mer), nous devons ajouter que de vigoureuses tentatives ont été faites sur plusieurs points du territoire pour élever cette industrie au niveau de celles de l’Angleterre et de la Belgique. Principales usines à fer. L’usine du Creuzot n’a rien à envier à celle de Se- raing; elle occupe, dit-on, trois mille ouvriers, sous la direction des frères Schneider, habiles ingénieurs. Après avoir englouti plus de vingt millions, elle fut vendue pour deux; n’ayant plus à servir les intérêts immenses du premier capital,le Creuzot doit marcher avec la désinvolture d’un malheureux débarrassé du boulet qu’il avait à traîner : espérons que Seraing se relèvera de même, jeune et vigoureux, après avoir subi une semblable palingénésie. C’est une loi de la nature que la mort produit la vie, et qu’un vieux tronc vermoulu donne naissance à un jet jeune et vivace qui puise dans le sein de son père les éléments d’une nouvelle existence. Nous craignons que beaucoup de nos — 188 — grands établissements ne soient menacés d’un pareil sort, si les affaires ne prennent pas bientôt l’élan qu’elles avaient à l’époque de leur création. Le Creuzot a exposé de la fonte noire et grise d’une grande beauté, et de la fonte mi-mazée par le procédé Gabrol, une tôle de 340 kilog., un arbre de bateau à vapeur en fer forgé pesant 1,058 kilog. pour une force de 70 chevaux. Les usines d 'Alais sont dans le même cas que celle du Creuzot : après avoir éprouvé bien des vicissitudes, elles sont enfin tombées entre les mains d’un directeur habile et surtout économe ; on y fabrique des rails et des aciers pour ressorts de voiture; mais Alais semble tenir surtout à sa belle fonte de moulage dont il expose quelques échantillons. On vient d’essayer avec succès à Alais de remplacer les cordes plates des houillères, par des rubans de tôle de douze centimètres de largeur et de deux ou trois millimètres d’épaisseur. Ces bandes, rattachées par une espèce de suture en tôle, ont une force de résistance bien supérieure aux cordes et s’enroulent parfaitement sur les bobines, sans produire une aussi grande épaisseur que les cordes. Nous ne pouvons trop recommander à nos charbonniers de s’informer promptement des résultats de cette invention toute nouvelle et tenue secrète jusqu’ici ; nous la croyons préférable même aux cordes de fil de fer. Decazeville, fondé depuis dix ans dans l’Aveyron par le duc qui lui donna son nom, est une des plus grandes usines de France ; mais il paraît que ses abondantes mines de fer contiennent une si grande quantité de phosphore, que le fer en était très-cassant : on est, dit-on, * 189 — parvenu à lui rendre quelque qualité, par une longue exposition des minerais à l’action de l’air. Decazeville a exposé des rails. L’air chaud est déjà employé dans dix-huit fourneaux français; le charbon roux ou simplement torréfié, et même le bois vert sont employés soit seuls, soit mélangés en diverses proportions avec le charbon de bois. Ces fourneaux ont produit quinze millions de kilog. de fer dès l’année 1837. M. Lareillet, maître de forges à Ichoux, département des Landes, a été plus hardi encore en employant la tourbe à l’affinage du fer, non pas une tourbe de choix, mais une tourbe très-légère et mousseuse ; la chose est donc possible à peu près avec toutes les tourbes. Le haut fourneau de Torteron, département du Cher, a livré des fontes dont un barreau d’un pouce, posé sur deux points d’appui distants l’un de l’autre d’un pied, résiste à un poids de 1,176 kilog. ou 2,593 livres anglaises. Le fer anglais, d’après Banks, ne supporte que 2,195 livres, et 2,500 d’après Barloiv. La France n’occupe encore que 45,000 ouvriers à la fabrication du fer. Fourchambault, dirigé par M. Achille Dufau depuis la mort de M. Boigues, est situé dans le département de la Nièvre; cette usine est renommée pour sa fonte de première fusion qu’elle est en possession de fournir aux fonderies de Paris, lesquelles continuent cependant à donner la préférence à la fonte belge, d’après ce que nous ont assuré plusieurs personnes du métier. Les forges de Fourchambault, créées depuis une vingtaine d’années, sont peut-être les plus importantes de la France; c’est à Fourchambault qu’un des premiers lami- — 190 — noirs à l’anglaise a été établi; son fer passe pour un des meilleurs du pays. Fourchambault, travai liant avec douze hauts fourneaux, produit à peine 15 millions de kilog. de fonte en un an, tandis que l’établissement de douillet en produit autant avec quatre hauts fourneaux. Cela donne une idée de ce qu’on entend en France par un haut fourneau. La forge d’Jbainville, dans le département de la Meuse, possède aussi son laminoir; c’est M. Muel Doublât qui la dirige. Elle a exposé du fer rond de quatre pouces de diamètre, une barre plate de neuf pouces de large et de vingt et une lignes d’épaisseur, pesant 431 kilog., plus un essieu de locomotive à manivelles non encore refendues, dont la masse nous a paru bien étroite pour donner place aux brides des pistons. Les forges de Bruniquel, dans le département de Tarn- et-Garonne, fondées par M. Lapeyrière, sont les premières en France qui aient introduit un laminoir dans une usine marchant au charbon de bois. Les forges de Lugos, dans la Gironde, appartenant à MM. Festugières, ont exposé une barre de fer rond laminé, de six pouces de diamètre. L’usine de Grenelle, dirigée par MM. Thoury et C ie ., a exposé ce qui frappe le plus les yeux du public, des fers tordus à froid, pliés, cordés, noués, rompus, et ne cassant qu’à la manière d’une branche de bois vert. Cet établissement, situé sous les murs de Paris, reçoit toute sa vieille ferraille, qu’il lui renvoie en barres magnifiques; et, pour enlever tout soupçon de substitution, Grenelle travaille exclusivement la ferraille. La mécanique parisienne doit avoir les plus grandes ^obligations aux macas de Grenelle : son fer est aussi cher — 191 — que les meilleurs du Berry; mais, une fois une machine faite, on n’est jamais surpris par la rupture subite d’une pièce, jamais le quotient des forces absolues n’a besoin d’être doublé par surcroît de précautions ; c’est ce qui donne aux machines construites à Paris une apparence frêle et délicate. Mais on aurait tort de les croire moins solides pour cela ; c’est à l’aide de ce fer absolu que l’on soutient, en porte à faux, le siège des quatre- vingt mille cochers de Paris, les marchepieds des diligences et ces boute-pieds auxquels conducteurs et voyageurs’confîent à chaque instant leur existence, sans qu’il arrive jamais d’accidents de ce chef. Les gens du monde et les mécaniciens inexpérimentés ne voient pas toute la différence qu’il y a entre fer et fer ; elle est cependant aussi grande qu’entre fer et verre, car il en est qui rompt en tômbant sur le pavé comme du cristal : c’est faute d’avoir su faire cette distinction que le malheureux Dietz n’a jamais réussi à construire une machine qui ne soit tombée en morceaux dès les premiers essais. Son premier remorqueur avait fait sauter les dents de son principal engrenage en fer battu, et son second, parti en triomphe pour Paris, n’a pu arriver jusqu’à Gand, sans casser sa pièce principale, son arbre coudé. Dans la construction d’une mécanique on ne doit jamais regarder au prix du fer ; le meilleur marché est toujours trop cher quand il n’est pas solide. Du reste, cette vérité est mieux sentie en France qu’en Belgique, car il y a beaucoup de fabriques de fers de ferraille : il en existe une à Saint-Maur, appartenant à M. Doé; une à Alhis-Mons, exploitée par M. Baudry. On fabrique aussi du fer corroyé aux forges d’Anzin et — m — à celles de Bologne (Haute-Marne), appartenant à M. Regnier, qui commence aussi l’étirage des tubes de gaz. Nous ne dirons rien de la haute réputation de ses fers laminés. Nous terminerons par la Corse notre revue du fer. C’est la première fois que ce département expose un produit industriel, et ce produit est très-beau ; le fer de Migliacciario ne le cède pas à celui de l’ile d’Elbe, dont il doit être contemporain et quelque peu parent. Nous croyons même que la plus grande partie du minerai fondu à Migliacciario, se tire de l’île d’Elbe. Il y a parfois encore des individus qui poussent le nationalisme à l’extrême. Un ancien carrossier, très-habile forgeron d’ailleurs, qui sait forger au plus près et ne laisser rien à faire à la lime, a entrepris la tâche de prouver que le fer français était supérieur à tous les fers du monde, et il invite ses confrères à s’unir à lui pour faire triompher cette opinion. Si tous les forgerons s’entendaient pour frapper ce grand coup, rien ne résisterait sans doute à la force de leurs arguments. M. Naudin paraît connaître la puissance d’un raisonnement à tour de bras, et peu s’en est fallu qu’il ne nous la fit sentir quand nous nous permîmes de contester ce qu’il s’avisait si tardivement de vouloir prouver aux Belges, aux Anglais, aux Suédois, aux Espagnols, et aux Français eux-mêmes, qui ne s’en étaient jamais doutés non plus. Il y a certes en France comme ailleurs d’excellents fers, mais il y en a aussi de détestables ; il y a même autant d’espèces de fer que de forges, de fonderies et de directeurs différents. La preuve de la supériorité de la fonte belge, c’est — 193 que les canons de la fonderie de Liège l’ont emporté dans l’essai comparatif fait à la Fère, en concurrence avec les canons des fonderies de France, de Suède et d’Angleterre. Leur réputation est si bien établie que la Bavière vient de faire à notre établissement royal une commande considérable de pièces d’artillerie de différents calibres Cette préférence est un hommage rendu (1) Les épreuves de la Fère ont eu lieu avec des canons des fonderies françaises, anglaises, suédoises et belges. Avant d’entreprendre la fourniture des ISO canons, 40 pierriers et 200 mortiers-Coehorn demandés par la Bavière, le directeur a voulu s’assurer si, avec un nouveau mélange de fonte au coke et de fonte au charbon de bois qu’il se proposait d’employer, les canons seraient encore plus résistants qu’avec le mélange employé jusqu’alors. Un canon de six, bavarois, éprouvé, a parfaitement résisté à 57 coups, dont les deux derniers avec 12 livres de poudre et 15 boulets, tandis qu’un canon de six, coulé en Suède en 1856 pour la Bavière et éprouvé de la même manière, a éclaté au 57° coup avec 10 livres de poudre et 12 boulets. Nous apprenons que deux officiers d’artillerie des États-Unis d’Amérique, ayant mission de faire confectionner des pièces de campagne en Angleterre eten Suède, et après avoir visité la fonderie do Liège, viennent également de s’adresser au ministre de la guerre pour être autorisés à y faire couler des canons et des obusiers de campagne. Jusqu’à présent, on avait coulé, en France, en Allemagne, en Suède et en Belgique, des canons avec de la fonte au charbon de bois, en Angleterre avec de la fonte au coke.: Nulle part on n’avait songé à faire des canons avec un mélange de fonte au charbon de bois et de fonte au coke. Le directeur de la fonderie de Liège a coulé des canons en mélangeant ces deux espèces de fontes. Un canon de huit long, servant à constater la ténacité des fontes destinées à la fabrication des bouches à feu, coulé avec moitié de RAPPORT. 1. 15 à nos fontes, et un titre de gloire et de renommée pour notre fonderie nationale, ou plutôt pour son habile di- fonte au coke et moitié de fonte au charbon de bois, n’a éclaté qu’au 89° coup, c’est-à-dire au 4° coup avec 16 livres de poudre et 15 boulets, résultat bien supérieur à la résistance moyenne des canons d’épreuve coulés avec la fonte au bois et la fonte au coke séparément. Un canon obusier de 80, coulé avec un mélange de fonte au coke et de fonte au bois, a résisté à l’épreuve extraordinaire suivante : Un coup avec 6 kil. de poudre et 1 cylindre pesant 55 kilog. Un 6 )) 2 f> » 106 » Trois ii 6 )> 5 » » 159 » Un 6 )t 5 boulets >i 195 )> Un 6 )> 6 » ii 254 » Cette épreuve a été précédée d’un coup tiré avec une bombe pesant 25 kilog. pour déterminer la vitesse initiale de ce projectile. En France, une partie de cette épreuve, savoir : Un coup avec 6 kil. de poudre et 1 cylindre pesant 55 kilog. Un ii 6 >' 2 » » 106 » Trois » 6 » 5 " » 189 » a été jugée suffisante pour constater la bonté de cette bouche à feu. La supériorité des canons de la fonderie royale de Liège peut être attribuée aux perfectionnements apportés en général dans la fabrication et notamment dans l’emploi d’un mélange convenable de fontes de fer de deux fusions, de qualité et de fourneaux différents, dont on obtient un métal plus compacte, plus homogène et plus résistant que chacun de ses composants. Malgré les perfectionnements auxquels on est parvenu, le major Frédérix, dans le but de prévenir toutes les chances de rupture inopinée des canons en fonte, a eu l’idée de proposer déjà en 1850 de cercler les canons en fonte. En 1850 le nouveau mortier de 0,60 fut cerclé et résista parfaitement aux plus fortes épreuves. En mars 1859, ayant appris que les gargousses allongées de — J 9 5 — recteur, car nous n’avons cessé et nous ne cesserons de le répéter, ce ne sont pas seulement les grands capitaux et les machines, c’est le directeur qui fait l'usine. On n’a qu’à passer en revue le personnel des singuliers directeurs que s’étaient donnés les trois quarts des sociétés en déconfiture, pour s’expliquer la cause première de l’affreuse débâcle industrielle qui vient d’affliger la France. On n’est pas sans reproche de ce chef en Belgique ; il faut espérer que la sanction que l’expérience a donnée à nos avertissements ne sera pas perdue pour l’avenir. L’association devait faire, avant de grandir et de marcher seule, tous les faux pas inévitables du jeune âge. L’enfant qui tombe et se relève, prend plus de soin pour assurer sa marche. L’association industrielle va sortir de l’enfance pour entrer dans l’àge adulte ; elle fera bien encore quelques folies de jeunesse, mais c’est la seule voie qui puisse la conduire à l’âge mûr : elle ne peut se dispenser de la parcourir j il n’y a point de chemin de traverse pour arriver à l’expérience. Le Moniteur de l’industrie française, journal consciencieux et éclairé, confirme ce que nous avons dit sur le sans-façon avec lequel on entend la conduite de la for- gerie en France. « Il n’est pas de pays dans le monde où les mots aient sur les choses autant d’influence qu’en France ; la signi- Piobert préservent les gros canons en bronze contre la prompte détérioration de leur âme, il proposa immédiatement ces gargousses pour les pièces en fonte, et crut prévenir par là la rupture inopinée de ces bouches à feu, quoique extrêmement rare dans l’artillerie belge, mais encore assez fréquente ailleurs. 15 * 496 — fication varie aussi comme les modes. Sous l’ancien régime, les maîtres de forges du roi n’étaient que des personnages de très-peu d’importance; c’est qu’à cette époque il était très-difficile d’arriver à la fortune en traversant les usines à fer. C’est seulement depuis à peu près trente ans que l’art du maître de forges a pris de l’importance. De tous les états, l’état de maître de forges est celui qui exige les connaissances les plus variées et les plus étendues. Cependant, d’après l’opinion générale, pour se faire maître de forges, il suffit d’avoir quelques centaines de mille francs à sa disposition et un bon crédit. Une aussi inconcevable erreur peut conduire dans l’abîme une foule de personnes estimables; nous croyons donc nous rendre utiles en criant à tous et de toutes nos forces : Il ne suffit pas d’avoir de la fortune pour réussir dans les forges; il faut, il faut absolument l’instruction théorique aussi étendue que solide, l’instruction pratique, et enfin toutes les connaissances commerciales qui constituent un bon négociant. Mais, dira-t-on, tous les maîtres de forges ont-ils donc cet ensemble de qualités que vous déclarez indispensable? A cela nous répondrons que ceux des maîtres de forges de notre époque qui n’ont pas toutes les connaissances que nous proclamons indispensables, ont eu le bonheur de traverser l’âge d’or de la métallurgie française; nos lois de douanes faisaient toutes leurs affaires. Sous l’empire de ces bienheureuses circonstances, le maitre de forges qui serait aujourd’hui incapable de réussir,a gagné un million, tandis qu’il eût dû en gagner trois. Il est donc évident que celui qui en savait assez 197 — pour s’enrichir sous le régime que nous venons de rappeler, se ruinerait aujourd’hui s’il prétendait travailler de la même manière. Si nous devions justifier les principes vrais que nous venons de poser, nous trouverions une foule d’exemples à citer; mais nos lecteurs les devineront facilement. Le dévergondage a été poussé-à son comble, et si les capucins pouvaient cumuler, nous aurions vu des capucins maîtres et directeurs de forges. Le personnel des forges doit s’améliorer promptement. Jusque-là, nous aurons des catastrophes à enregistrer. Cette amélioration normale n’intéresse pas seulement les particuliers, mais la société tout entière. L’industrie métallurgique française ne pourra rivaliser avec l’industrie étrangère qu’autant qu’elle sera exercée par des hommes véritablement capables. C’est seulement dans les forges que l’on rencontre ces exemples d’ignorance. Vous ne trouverez pas une seule pharmacie exploitée par des hommes qui ne connaissent pas les éléments de la chimie; nos pharmaciens, au contraire, en savent généralement beaucoup plus qu’il ne faut pour exercer utilement leur profession. „ Vous ne trouverez pas un tanneur qui ne connaisse à fond la théorie et la pratique de son état ; et nous en pourrions dire autant des imprimeurs, des teinturiers et de tous nos autres arts mécaniques. Mais en est-il de même de nos maîtres de forges et de hauts fourneaux? La sidérotechnie est une science complexe qui exige, pour être étudiée avec fruit, une foule de connaissances; l’application n’en est soumise à aucunes règles fixes. Celui qui ne connaît pas bien la théorie doit en faire une — 198 — longue étude, il est seulement alors capable de devenir un bon maître de forges. Le gouvernement se propose de former des forges modèles. Nous combattons cette proposition, parce que les établissements modèles se trouvent en France en surabondance, et il n’y a pas une seule école sidéro- lechnique, c’est là surtout ce qui lui manque ; voilà les établissements que nous réclamons dans l’intérêt général. Nos fondeurs, qui n’en savent pas plus que leurs prédécesseurs, mettent soigneusement en réserve les menus bocages et les culs de poches, et les brûlent en surcharge dans leurs fourneaux. La fonte ainsi employée est perdue en très-grande partie, et le déficit résultant de cet usage, qui accuse la complète ignorance des ouvriers, est très-considérable. Pour faire la preuve de ces vérités, nous sommes forcé, à notre grand regret, d’employer le langage de la chimie moderne ; mais ceux qui ont le plus grand intérêt à cette question sont heureusement en état de le comprendre. Il n’est pas de maître de forges qui ne sache que les minerais très-riches sont souvent intraitables, et qu’il faut moins de combustible pour réduire un minerai qui porte de 60 à 6 S pour cent de fondant, que pour réduire celui qui n’en porte, au contraire, que 35 ou 40. Pourquoi cette différence? C’est que les minerais très-riches ne sont pas garantis de l’action de l’oxygène par une enveloppe suffisante de laitier, et qu’aussitôt la réduction , leur carbure de fer est réoxydé et entraîné avec les laitiers ; et c’est ainsi que le minerai produit souvent d’autant moins que sa richesse est excessive. Mais les menus bocages mis en surcharge ne peuvent — 199 — être considérés que comme des minerais excessivement riches; ces parcelles de fonte n’ont pas assez de densité pour supporter la température des étalages sans tomber à l’état d’incandescence. Cette fonte traverse donc, goutte à goutte, tout l’ouvrage, sous l’action du vent de la tuyère et sans être garantie, comme le minerai, par une enveloppe de laitier. Cette fonte est nécessairement atteinte par.l’oxygène et par conséquent réoxydée et entraînée par les laitiers. Ce n’est que par accident qu’une petite partie de cette fonte peut atteindre le creuset. De ce qui précède, il faut conclure que les menus bocages employés en surcharge dans les hauts fourneaux, sont, à très-peu de chose près, brûlés en pure perte. Nous n’entendons pas dire qu’il soit impossible d’employer très-utilement des morceaux de fonte en les refondant au fourneau, mais il faut qu’ils soient assez forts pour arriver et fondre sous le vent de la tuyère. Toutes nos précédentes observations ne s’appliquent en conséquence qu’aux menus bocages. Les menus bocages et culs de poches employés en surcharge sont donc perdus en presque totalité, mais cette méthode entraine encore des accidents graves. Ces bocages agissent comme un fondant très-actif, et les ouvriers les emploient sans retirer préalablement une quantité proportionnelle de casline. Cela suffit pour déterminer le flottage du laitier et toutes les pertes qui résultent de cet accident, car le laitier ne peut flotter sans mettre à découvert le bain de fonte dont la superficie se réoxyde. » On nous avait dit en Angleterre que les hauts fourneaux des vallées de Cardiff et Mertyr-Tydwill avaient fourni des bouches à feu, et des projectiles à la France, 200 — pendant une partie de la révolution, et même pendant les guerres de l’empire : le fait est vrai, mais c’était pour les armées vendéennes, et non pour le gouvernement : nous avons cru devoir consulter à ce sujet M. le général Evain, actuellement en Belgique, et qui a dirigé si longtemps en France le service de l’artillerie au ministère de la guerre. Voici la réponse que nous en avons reçue : NOTE DU GÉNÉRAL ÉVAIN. « Je puis certifier à M. Jobard que l’empereur Napoléon n’a jamais fait venir d’Angleterre de projectiles pour son armée ou sa marine, et qu'on doit lui avoir donné de fausses assertions à cet égard ; la France était en possession pleine et entière de cette fabrication, portée même à une grande perfection, depuis 1776, par M. deGribauval, premier inspecteur général d’artillerie, qui occupa cet emploi depuis 1763 jusqu’au mois de mai 1789, époque de sa mort, et qui perfectionna successivement toutes les branches de ce service important. « La France avait alors un grand approvisionnement de bons projectiles; mais, en 1793, la nécessité de porter au complet celui d’un grand nombre de places de guerre, l’opposition que mettaient les clubs et les autorités civiles de ces places à en laisser sortir des munitions pour le service des armées, le besoin d’approvisionner 2,300bouchesà feu en campagne, qui consommaient prodigieusement de munitions, forcèrent le comité de salut public à faire établir des fonderies révolutionnaires, qui ne firent généralement que des projectiles très-défectueux. 201 « En l’an V, Bénézech, alors à la tête des bureaux de l’artillerie , réforma toutes ces fonderies qui avaient coiité beaucoup d’argent et fait de mauvaise besogne; il concentra la fabrication des projectiles dans quelques hauts fourneaux de la Moselle et des Ardennes. « Ce fut en l’an VIII (1800), que l’on commença à reprendre la fabrication régulière des projectiles; mais c’est à partir de l’an XII (1805)jusqu’en 1814, qu’elle devint assez considérable pour suffire aux approvisionnements des armées, des places, des côtes, des flottilles, etc., etc. « Il fut fondu plus de 60,000,000 k. en boulets de 4, 6, 8, 12, 16, 18, 24, 36 et 48; en obus de 5/6, 6 et 8 pouces; en bombes de 8, 10 et 12 pouces, et forgé une immense quantité de balles de divers numéros pour les boîtes à mitraille. « Les deux grands fournisseurs étaient M. de Wen- del, propriétaire des hauts fourneaux et forges de Hayange et de Moyeuvre (département delà Moselle), et M. Gendarme, propriétaire des hauts fourneaux de Vrignç-aux-Bois, de Vendresse, de Boutancourt, de Masure, de Saint-Nicolas, etc., dans le département des Ardennes. « On fit couler aussi des projectiles pour le service des côtes, aux hauts fourneaux de Conche, département de l’Eure, dirigés par M. de l’Arbre ; et pour le service de l’armée d’Espagne, à des hauts fourneaux du département de la Gironde, sous la direction d’un sieur J. Ite- noy, mais ces derniers en faible quantité, attendu que l’établissement d’Oberceytta, dans la Navarre, fut mis en activité pour le service de l’armée française en Espagne. I « La marine faisait couler ses projectiles au Creusot, à Saint-Gervais, département de l’Isère, à Indret près de Nantes, et dans les forges de Nevers. « La France n’a donc pas eu besoin de recourir à l’Angleterre pour avoir les projectiles nécessaires au service de ses armées. <> Et un fait qui vient à l’appui de ce que j’avance, c’est qu’en 1811 on vint à manquer en France de fontes anglaises, incomparablement plus propres aux objets de seconde fusion pour les mécaniques qu’on fabriquait alors pour le filage et le tissage du coton. « Des fabricants apprirent qu’il existait à Dunkerque un assez grand approvisionnement de projectiles anglais, laissés en 1793, par l’armée du duc d’York, devant cette place, et en sollicitèrent la cession, qui leur fut accordée sur le rapport que j’en fis à l’empereur, qui prit des mesures pour faire arriver des fontes anglaises par Hambourg, afin que les fabricants français pussent s’en procurer. « J’ai une autre observation à faire sur l’introduction en France des laminoirs à l’anglaise, dans les usines marchant au charbon de bois. « Ce fut M. Dufau père, qui fit, en 1814, un voyage en Angleterre, et qui parvint à connaître les procédés qu’il établit en 1816 dans une forge du Nivernais. « M. de Wendel fit également un voyage en Angleterre en 1813, où il obtint des renseignements précis sur un nouveau genre de fabrication : il employa une forte chute d’eau, au lieu de machine à vapeur, et monta à Hayange un laminoir de grande dimension qui commença à donner de bons produits en 1818. » Les détails curieux et authentiques contenus dans la — 203 — note du général Evain, nous imposent le devoir de n’y pas changer un mot. Nous ajouterons qu’il serait bien à désirer que l’homme qui a été si longtemps dans la confiance de l’empereur, qui a traversé, comme acteur, toutes les phases de cette époque cyclopéenne, écrivît ses mémoires ; car son esprit est meublé d’une foule de faits peu ou point connus : ceux qui ont eu le bonheur de jouir de sa conversation peuvent dire qu’fis ont suivi un véritable cours d’histoire du temps de l’empire. On ne se douterait point, par exemple, que la France ait pu fabriquer à cette époque deux millions deux cent mille fusils de munition, si le général n’en avait la preuve entre les mains. Que sont-ils devenus tous ces instruments de la chasse aux hommes? Hélas ! ils ont été semés sur les champs de l’Europe avec soixante millions de kilog. de fer qu’il eût été plus sage et plus productif de façonner et d’user en socs de charrue, qu’en mitraille. Il suffira de ces chiffres pour prouver à la postérité que la jeunesse des nations comme celle des individus, n’est qu’une longue suite d’impardonnables folies qu’il serait plus rationnel aujourd’hui de flétrir que d’exalter comme on ne cesse de le faire. De quelques procédés naissants. Les gens du monde et beaucoup de maîtres de forges même sont plus ou moins disposés à croire que nous te- — 204 — rions le dernier mot de la fabrication du fer; cependant nous sommes d’avis que c’est peut-être de toutes les industries celle dont les procédés sont restés le plus barbares, parce que les essais en grand sont infiniment coûteux et qu’on ne s’y expose qu’en tremblant. Il ne manque pas de théories nouvelles, tendant à prendre la place de celles que nous ont livrées les Druides ; mais la prudence veut qu’on ne s’en écarte qu’avec circonspection; et puis cette industrie grandiose qui parait aux yeux du public ne pouvoir marcher qu’avec d’immenses capitaux et à l’aide de constructions titaniques inspire une sorte de respect féodal aux petits propriétaires, qui n’oseraient élever autel contre autel. Cependant, quand on voit des Indiens misérables, isolés, sans moyens pécuniaires ou mécaniques, fournir toute l’Asie du meilleur fer et du meilleur acier que l’on connaisse, il est bien naturel de penser que la production de ce métal est possible autrement qu’à l’aide de nos usines pharaoniques. Or voici comment les Indous s’y prennent pour fabriquer ces pains d’acier qui v suffisent à la confection de deux sabres de Damas : Un petit fourneau de quelques pieds de haut, construit en terre réfractaire, est rempli de charbon de bois; ils y projettent avec une latte de bambou du minerai en poudre et donnent le vent à la main, à l’aide de deux sacs de cuir qu’ils élèvent et compriment alternativement. La fusion terminée, ils retrouvent le métal en petits globules dans les cendres; ces globules sont réchauffés et soudés en pain à coup de marteaux de pierre. On parle d’un essai fait en Angleterre pour retirer immédiatement du fer, d’un haut fourneau auquel on — 205 — accouple deux fours à réverbère dont la flamme va se perdre dans Vouvrage. La fonte, en découlant dans les fours à réverbère, recevrait immédiatement l’affinage nécessaire pour passer au laminoir, nous ne pouvons croire encore à un procédé aussi mal expliqué. On parle encore d’un secret au moyen duquel on affinerait immédiatement la fonte par l’air froid, à l’aide de tuyères plongeantes. La grande quantité d’oxygène insufflée dans le bain sous un certain angle finirait par décarburer la fonte au point de la mettre en état de passer immédiatementau maca. Ceci ne seraitque l’application au fer, de la méthode styrienne pour obtenir l’acier de forge ; nous sommes même persuadé qu’on pourrait amener par ce moyen la fonte à un degré d’affinage tellement voisin du fer, qu’en la coulant, pendant qu’elle est encore assez fluide, on obtiendrait, après le refroidissement, ou de la fonte extrêmement parfaite ou du fer doux ; ce qui serait admirable pour les engrenages et, applicable à des millions d’objets. C’est probablement à quelque pratique de ce genre que la fonderie royale de Liège doit la supériorité de ses produits. Nouveau minerai de fer. On connaissait depuis longtemps dans un district d’Angleterre un gisement considérable d’une espèce de carbure de fer dont on n’avait jamais su tirer parti en — 206 — le traitant à la manière des minerais ordinaires. Un métallurgiste l’ayant analysé, découvrit que ce composé contenait une quantité de charbon suffisante pour réduire le minerai de fer que cette espèce de plombagine contenait; on essaya dès lors d’en charger exclusivement un hautfourneau et d’y mettre le feu; le succès fut complet et l’on obtint de la sorte une plus grande quantité d’excellent fer que par les méthodes ordinaires (1). (1) M. Robert Bald, ingénieur, a fait à la Société géologique de Londres une communication intéressante sur un banc de minerai noir de fer, découvert depuis plus de quarante ans dans le terrain houiller de l’Écosse, sur le lit de la Clyde, près de l’extrémité du canal de Monklani, et regardé longtemps comme dépourvu de valeur, bien qu’il renfermât à la fois un riche minerai de houille que chaque jour voit s’étendre davantage, et un précieux minerai de fer, ainsi qu’on s’en est assuré depuis. C’est surtout sous ce dernier rapport que ce minerai est remarquable. En effet, les proportions de fer et de houille y sont telles qu’il porte avec lui son combustible. 11 n’est nullement nécessaire d’y ajouter de la houille pour le convertir immédiatement en fer. On a pu souvent en prendre au hasard un morceau au tas, le jeter à la forge du maréchal, et l’en voir sortir presque aussitôt en fer à cheval. Les hauts fourneaux, qui ne rendaient avec les minerais ordinaires que 36 tonneaux de fer par semaine, en rendent aujourd’hui , avec le minerai ci-dessus, jusqu’à 100 tonneaux et plus. Aussi se multiplient-ils sur ce point dans une mesure énorme, et va-t-on jusqu’à louer l’exploitation d’un petit district de cette mine, ainsi que vient de le faire sir W. A. de Airdie, l’énorme somme annuelle de 300,000 fr. \ Ter doux fondu. M. Leclerc, de Saint-Étienne, fabricant d’acier, s’avisa un jour de placer du fer doux dans des creusets réfractaires qu’il couvrit avec soin; le fer se fondit et il le coula dans des lingotières ou dans des moules quelconques : après le refroidissement ce fer peut se forger, se limer et se souder comme le meilleur fer; nous en avons possédé des échantillons assez variés et assez volumineux pour regretter que cette découverte n’ait pas encore été adoptée par l’industrie; rien n’eût été meilleur pour donner de la légèreté aux roues d’engrenage auxquelles on doit laisser trois fois plus d’épaisseur quand on les coule en fonte. On pourrait mouler de la sorte toutes les pièces identiques des batteries de fusil et une foule d’autres objets difficiles et souvent impossibles à forger. Chacun des creusets de M. Leclerc ne contenait que 15 à 20 kilog.; mais on pouvait couler, à l’aide d’un grand nombre de creusets, les pièces les plus importantes et jusqu’à des pièces de canon. Le seul inconvénient que M. Leclerc avait encore à éviter, c’étaient les soufflures; mais il était sur la bonne voie et ses derniers essais sont déjà bien supérieurs aux premiers. — 208 — Arbres de coucbc rabanes. Frappé de la facilité avec laquelle les arbres de couche les plus épais en fonte se brisent et les arbres de fer laminé se tordent, nous avons cherché un remède à ce fâcheux inconvénient qui force d’augmenter considérablement les diamètres des axes destinés à transmettre le mouvement par torsion5 nous avons pensé qu’il suffirait d’entourer une barre de fer ronde d’un ruban de tôle de la largeur de trois ou quatre centimètres et d’une épaisseur de deux ou trois millimètres et d’en souder les deux extrémités, si l’on ne préfère de braser le ruban sur toute sa longueur. On comprendra que pour tordre un axe ainsi revêtu, dans le sens delà traction du ruban, il faudrait une force immense. Cette enveloppe, sollicitée dans le sens de la plus grande résistance du fer, offre une solidité inconnue jusqu’ici, c’est-à-dire qu’un arbre nu de 5 millimètres de diamètre qui se tordrait sous l’effort de 4 à 5 chevaux, résisterait à l’effort de cent quatre chevaux après avoir été rubané ; car il faudrait rompre par arrachement au moins 120 millimètres carrés de fer doux qui forment la section d’un ruban de 4 centimètres de largeur sur 3 millimètres d’épaisseur, chaque millimètre de bon fer étiré ne se rompant que sous le poids de 65 kilogrammes. Il ne nous est pas permis de dire tout le bien que nous pensons de cette découverte ; nous venons seulement prendre date, car elle nous appartient. Les machinistes sentiront bientôt toute l’économie et — 209 — la sûreté qu’elle peut apporter dans les arbres de couche et les axes en général. L’arbre coudé des locomotives pourrait aisément être réduit à la moitié de son poids, en l’enveloppant de deux rubans brasés l’un sur l’autre en sens contraire, et il offrirait encore deux ou trois fois plus de résistance que les essieux actuels. Arbre de couche inflexible. On sait que les barres de fer destinées à transporter la force au loin, nécessitent de fréquents appuis, nommés chairs, coussinets ou supports ces supports ne peuvent pas être espacés de plus de quatre à cinq mètres l’un de l’autre sous peine de voir les arbres fouetter, c’est-à-dire vibrer, et faire dans leur milieu, surtout quand ils tournent vite, des ventres qui fatiguent extraordinairement les coussinets et occasionnent dans les ateliers un bruissement qui donne une très-mauvaise idée de l’ingénieur constructeur. Mais on n’obtient ce silence et cette égalité de mouvement qu’au prix d’une grande épaisseur de métal, d’un grand nombre de supports mathématiquement ajustés et d’une consommation d’huile considérable pour lubrifier les points de frottement. Tous les mécaniciens le savent bien; mais cela est regardé comme un mal nécessaire, et personne ne songe à s’y soustraire. Que dirait-on cependant d’un homme qui viendrait 14 RAPPORT. 1. — 210 — offrir aux mécaniciens non-seulement de diminuer de moitié le poids de tous leurs arbres de couche, mais encore de supprimer trois supports sur quatre et même quatre sur cinq ; d’économiser toute l’huile et les frottements qu’ils y dépensent, de n’avoir ni fouettement ni bruissement, tout en doublant et quadruplant, au besoin, la rigidité des arbres de couche ? Les impossibilitaires ne manqueraient pas de crier au charlatanisme; cependant, s’ils veulent prendre la peine de peser avec soin ce qui va suivre, ils seront forcés de changer d’avis. Prenez, par exemple, une barre de quatre centimètres de diamètre, de dix à quinze mètres de longueur; placez au milieu une poulie fixe de dimension ordinaire; percez six à huit trous dans la circonférence de cette poulie; aux deux extrémités de votre barre, disposez deux petits disques de métal de dix à douze centimètres de diamètre portant également des trous à leur circonférence; passez dans ces trous des tringles de gros fd de fer que vous attacherez à la poulie du milieu ou à un disque de fer qui peut la remplacer; vous obtiendrez ainsi une sorte de fuseau composé de deux cônes appuyés base à base. On sentira qu’il suffît alors de tendre vigoureusement ces tringles pour donner à l’arbre de couche une inflexibilité à peu près égale à celle que présenterait un arbre plein de mêmes dimensions, mais d’un poids vingt fois plus grand que celui dont nous proposons le modèle. La tension des tringles peut s’opérer de plusieurs manières; soit par un écrou placé au dedans des petits disques, lequel opérerait d’un coup la tension en les repoussant; soit par des écrous fixés aux extrémités de chaque 214 tringle, ce qui vaudrait mieux quand il s’agit de donner une grande tension à tout le système. Cet arrangement, peu coûteux, n’entrave aucunement le placement des poulies sur les arbres de couche, parce que les tringles passent entre les croisillons de ces poulies. On peut de la sorte faire traverser une cour par un arbre de couche, eût-elle cinquante pieds de large, sans aucun point d’appui. Mais si l’on réunit le procédé précédent à celui-ci, c’est-à-dire si l’on veut rubaner les arbres de couche, nous croyons qu’en multipliant les fuseaux et en les entrecroisant il serait possible de transmettre la force d’une machine à des distances considérables avec de très- rares supports. Il se peut que la publication de ces procédés soulève quelques réclamations de priorité en Angleterre, parce que nous les avons confiés à un ingénieur de ce pays depuis plusieurs années; mais nous avons conservé son reçu. Nouvelle poulie folle. C’est peut-être le cas de parler ici d’une invention que nous avons lieu de croire sortie de l’esprit inventif de l’ingénieux Paulin Desormeaux. ' On sait que la poulie folle est placée à côté de la poulie travailleuse, et que les courroies continuent à marcher ir — 212 — à vide pendant que le travail utile est interrompu; l’inventeur propose de renvoyer la poulie folle sur l’arbre de couche, côte à côte de la poulie fixe. On voit que le désembrayage aurait alors pour effet d’annuler tout mouvement inutile et de préserver ainsi l’ouvrier d’une foule d’accidents occasionnés par les courroies. Il est vrai que cela exige l’établissement d’un désembrayeur mécanique pour toutes les poulies trop élevées pour que la main de l’ouvrier puisse y atteindre, mais la main artificielle dont nous parlons n’est qu’un ouvrage de forge très-peu coûteux et très-commode, que nous voudrions voir plus répandu qu’il ne l’est encore dans les ateliers de second ordre (1). (1) On ne sera pas fâché de trouver ici sur l’état de la métallurgie en Allemagne, un aperçu concis et plein de données importantes que nous devons à M. Jacquemin, envoyé par la France pour étudier les effets produits par l’association douanière des petits États de la Germanie. De toutes les contrées de la confédération, celle où cette industrie a pris la plus grande extension, c’est le cercle de Dusseldorf, dans la Prusse rhénane ; elle est des plus actives à Solingen, Bar- men et Elberfeld. Solingen, fabrique tous les ans 100,000 lames d’épées et de sabres, 5 à 600,000 douzaines de couteaux et de fourchettes, presque autant de paires de ciseaux, et un grand nombre d’articles de quincaillerie , qui vont directement dans le Levant, en Amérique, aux Indes orientales, et jusque dans la mer du Sud. Les lames de Solingen étaient déjà renommées à l’époque des croisades. Les produits métallurgiques que ces trois villes livrent au commerce s’élèvent tous les ans à une valeur de 56 millions de francs ; elles fournissent plus de 800 espèces différentes d’instruments tranchants, des serrures, des étaux et des patins. La quincaillerie comprend à elle seule plus de 2,000 articles. On y compte, ainsi que dans les environs, AO à 50 martinets occupés à forger des enclumes, des limes, des Étirage des tubes de fer par le procédé anglais. Quand on vit arriver sur le continent, il y a une quinzaine d’années, des échantillons de tuyaux en fer étaux et des nervures destinées à la construction des navires. Chaque année, ces établissements consomment quinze millions de livres d’acier et plus de 24 millions de livres de fer. Du cercle de Dusseldorf, transportons-nous dans la IVeslphalie, sur les rives de la Ruhr .Tout le long de Y Enniper-Strasse, route d’une étendue de cinq à six lieues, on ne voit que des fabriques de quincaillerie, qui produisent plus d’une centaine d’espèces d’articles en fer, laiton, bronze et acier, des martinets, des fabriques d’aiguilles et de charronnage. Là vous trouvez Iserlohn, petite ville de 6,200 habitants, qui tous sont occupés dans les fabriques; Hagen, Schwelm, Dortmund, dont les produits en fonte rivalisent, sur les grands marchés, avec les produits de l’Angleterre. Le royaume de Saxe possède à Rodewisch la fabrique la plus considérable de tous les États de la confédération pour les articles de dinanderie. Cette fabrique fournit en outre, tous les ans, plus de 6,000 quintaux de laiton en lames et plus de 2,000 quintaux de fil de laiton et d’épingles. La forge de feuilles d’étain d’Olbernhau produit des feuilles tellement minces qu’une barre d’étain pesant dix livres donne plus de cent feuilles in-folio. Près de Grunhain, dans Y Erzgebirge, on fait tous les ans plus de 500,000 douzaines de'cuillers en fer-blanc, de plus de 70 sortes. Mais le centre de l’industrie métallurgique de la Saxe, ce sont les environs de Schwar- zenberg, dans Y Erzgebirge. Là, on rencontre une foule de forges do fd de fer blanc,,d’où sortent les lames pour confectionner les différentes marchandises en fer-blanc et en fer étamé. On y voit fonctionner des machines, des hauts fourneaux chauffés à l’air chaud, qui égalent ce que l’Angleterre possède de mieux dans ce genre ; on cite surtout les machines de la forge de Raulenkranz et Morgenroethe, une des plus considérables de la Saxe. De la fonderie établie près Polschappel — 214 — étiré, parfaitement soudés, avec les extrémités taraudées et munies de manchons propres à les réunir les uns aux sortent toutes les pièces en fer, jusqu’au poids de 100 quintaux, qui entrent dans la construction des machines à vapeur et autres. L’exploitation du fer est pour tous les États de la confédération, et particulièrement pour la Prusse, un article des plus importants. L’excellent travail de statistique de la confédération commerciale publiée par M. Dietrici, professeur d’économie politique à l’université de Berlin, contient sur cette matière un tableau qui donne les quantités de fer et d’acier que la Prusse a produites en 1855. Voici le résumé de ce tableau : fer spéculaire, fer brut, 1,275,282 quintaux ; marchandises en fonte, 597,774 quintaux, et 110,559 pièces ; fer forgé, 920,525 quintaux ; acier brut, 66,545 quintaux ; acier cémentatoire, 1,258 quintaux ; acier de fonte, 455 quintaux ; tôle, 75,414 quintaux ; fer-blanc non étamé (par soixantaines), 414 ; fer-blanc étamé, .; fil de fer et fil d’acier,662 quintaux. La quantité totale de fer spéculaire et de fonte que produit la Prusse s’élève donc à un million et demi de quintaux, somme ronde; celle que produit la France, d’après le résumé des travaux statistiques de l’administration des mines, est de 5,227,905 quintaux; et, d’après llac-Culloch, la Grande-Bretagne a produit : En 1750, 400,000 quintaux; 1788, 1,560,000 id. ; 1796, 2,500,000 id. ; 1808, 5,000,000 id. ; 1820, 8,000,000 id. ; 1827,15,800,000, id. G’est-à-dire, pour le moment actuel, 9 à 10 fois autant que la Prusse. Aussi toute l’industrie anglaise repose-t-elle principalement sur le fer et sur la houille. Les immenses couches de fer de la' principauté de Galles, du comté de Stafford et d’autres contrées de ce royaume, ont permis aux Anglais de ne pas épargner ce métal dans la construction des bâtiments, des machines de toutes espèces et des chemins de fer. La Prusse, et plusieurs autres pays de la confédération douanière germanique, où la nature a placé des dépôts de fer non moins vastes, ne livrent cependant que ce que fournissaient l’Angleterre et l’Ecosse en 1790. La production de ce métal doit procurer un jour à la confédération des avantages incalculables. Ee prix du fer brut dans la confédération va de 6 à 8 francs. On autres, il n’y eut qu’un cri d’étonnement chez tous les fabricants de fer et chez les économistes; on comprit le secours immense que cette découverte apportait à l’industrie. Mais personne ne soupçonnait l’ingénieux moyen employé par l’inventeur pour donner, à meilleur marché que le plomb, des tubes en fer, de vingt pieds de long, depuis une ligne jusqu’à quatre pouces de diamètre, dont on n’aperçoit pas même la soudure. Chacun se mit à bâtir des hypothèses plus ou moins ne s’écartera pas beaucoup de la vérité en portant à 12 millions de francs la valeur totale du fer brut que produit tous les ans la Prusse ; il faut y ajouter 16 à 18 millions de francs pour ses 920,823 quintaux de fer forgé. En 1834 la France en a fourni, d’après le résumé des travaux statistiques de l’administration des mines, 3,338,296 quintaux. Le grand-duché de Bade possède sur les rives du Rhin des mines de fer qui lui rapportent tous les ans des sommes considérables ; celles du duché de Nassau, dans les montagnes du Westerwald, et de la Saxe dans VErzgebirge, ne sont pas moins riches. Les deux liesses, la Bamère et le Wurtemberg ont aussi les leurs. Nous nous bornons à ces exemples, que nous pensons suffisants pour montrer combien le commerce s’est animé en Allemagne, combien la réforme y a été profonde dans toutes les branches de l’industrie. C’est là ce que nous voulions prouver. Lorsque les chiffres viennent ainsi prouver l’état prospère du commerce allemand et l’extension étonnante qu’a prise l’industrie depuis les quelques années qu’existe la confédération douanière, il n’est plus permis à personne de douter de l’importance de cette mesure ; et si des résultats aussi éclatants ont été obtenus dans ce court laps de temps, pendant lequel les fabricants n’ont pu que faire des expériences sur un terrain nouveau pour eux et dont ils ne connaissent pas encore toutes les ressources, ne peut-on pas conclure avec certitude que l’industrie et le commerce de l’Allemagne, si longtemps entravés, sont encore loin d’être arrivés m summum de leur extension ? — 216 — ingénieuses sur le mode suivi et gardé secret. Beaucoup d’essais furent tentés en pure perte : on supposait tout d’abord qu’un mandrin était nécessaire comme dans l’étirage du plomb, pour conserver la régularité du trou; mais la difficulté de retirer ce mandrin après le refroidissement du métal déroutait les chercheurs, et les tuyaux quasi-capillaires qu’on leur présentait excluaient toute idée de mandrinage; il en est qui s’imaginèrent qu’en remplissant de sable un tube court et gros, hermétiquement bouché, le sable suivrait le laminage du fer, et qu’il ne s’agirait plus que de secouer le tube après son achèvement. D’autres firent graver deux demi-anneaux dans deux cylindres superposés, et se livrèrent à de nombreux essais pourobtenirle soudage à chaud par rapprochement; mais le volume des cylindres refroidissait trop vite le fer, et le rapprochement n’était qu’apparent dans beaucoup de places, de sorte que ces tubes n’offraient aucune résistance à la pression intérieure et manquaient de la qualité essentielle, l’imperméabilité. On fabrique néanmoins beaucoup de canons de fusils, par étirage sur masse, à Birmingham ; mais ces canons présentent ce que les ouvriers appellent des cendrures, qui s’opposent à leur emploi pour des armes soignées, parce qu’on ne peut leur donner le poli de la meule et de l’émeri comme aux canons battus. On se borne donc à en faire de la pacotille peinte et bronzée pour l’exportation en Amérique et aux Indes. Les trois quarts de ces fusils servent à la traite des nègres. On troque aisément un nègre contre un fusil, sur la côte de Guinée; or, un fusil simple valant de 8 à 10 francs et le nègre se vendant de 15 à i,800, on peut — 217 juger de l’immense attrait que présente la traite aux aventuriers qui veulent faire une fortune rapide. Il est donc fort douteux que le gouvernement anglais mette une bien grande activité à la répression de cet odieux commerce, qui procure de si riches débouchés à l’industrie de ses sujets. Un essai d’importation de l’étirage des canons de fusil avait été fait au Val Benoît par de jeunes et entreprenants industriels liégeois, les frères Combien ; mais les défauts que nous avons signalés ont empêché ce procédé de se naturaliser en Belgique ; il eût pu faire un grand tort à la réputation des armes de Liège, qui est aujourd’hui si bien établie en Europe et en Amérique. La différence de main-d’œuvre est immense; car, tandis qu’un bon forgeron fait six canons en un jour, les cylindres en font six cents. Pour revenir au procédé dont nous allons pour la première fois exposer tout le mécanisme, nous dirons que l’inventeur anglais avoue avoir gagné autant d'argent à faire condamner les contrefacteurs, qu’avec sa fabrication même. En effet, son procédé étant le seul bon, et le besoin de tubes étant fort grand, il y eut beaucoup de tentatives en Angleterre pour s’en emparer ; mais comme la loi des patentes est d’une sévérité à toute épreuve quand il s’agit de garantir la propriété intellectuelle, toute tentative de vol était à l’instant suivie d’une condamnation à de forts dommages et in&rôts, chose qui n’a jamais eu lieu chez nous, l’inventeur ayant toujours contre lui, outre les préventions judiciaires, l’opinion générale, qui regarde un brevet comme un ancien reste des privilèges 218 — et monopoles que la grande révolution a eu pour but d’anéantir. Cette malveillance n’existe pas en Angleterre , où le privilège n’a pas été attaqué comme en France et en Belgique. Là un individu patenté pour une invention est un citoyen aussi respectable qu’un autre, et sa propriété est aussi sacrée que celle de l’héritage du fils ainé d’un pair de la Grande-Bretagne. Nous n’hésitons pas à croire que c’est au respect pour les inventions que l’Angleterre doit sa grande supériorité industrielle, car les hommes de science de tous les pays s’empressent de lui porter le fruit de leurs découvertes et de l’abriter sous ses lois. Le procédé dont nous parlons est d’une telle importance , que les grands industriels du continent ont souvent fait courir le bruit qu’ils le possédaient. Nous connaissons un des nôtres qui, pour masquer son indigence de ce chef, faisait souder à la main des tubes de gaz, parles forgerons de la vallée de la Yesdre ; un homme et deux aides lui fabriquaient trois tuyaux de 15 pieds dans la journée, en tout 45 pieds. M. Gandillot, ancien élève de l’école polytechnique, importateur réel de ce procédé, en fait 2,000 pieds par jour, avec six hommes; mais il a pris la peine d’aller apprendre et acheter le procédé anglais et de l’établir à la Briclie , près Saint-Denis, sur un pied fort respectable, qui lui permettra de fournir des tubes à toute la France, où il est breveté d’importation et de perfectionnement. C’est à sa complaisance que rfous devons l’avantage de pouvoir faire jouir nos fabricants d’un procédé dont l’acquisition leur aurait peut-être coûté des sommes considérables en Angleterre. îN’eussions-nous rapporté que cela de notre mission, elle n’eût pas été sans fruit pour l’industrie belge. Nous ajouterons que toute autre personne n’eût pu se faire admettre à notre place, dans un atelier soigneusement fermé aux profanes et surtout aux rivaux. Nous surprendrons peut-être M. Gandillot, par les détails que nous allons donner sur une usine que nous n’avons eulapermission d’entrevoir qu’en passant; mais il est des yeux et des mémoires aussi sensibles que la couche d’iode du daguerréotype sur laquelle les objets s’impriment en quelques minutes. On en jugera par ce qui suit. Nous tâcherons d’être assez clair pour nous faire comprendre par les hommes du métier qui voudraient tenter l’entreprise. Un grand fourneau carré, élevé au milieu d’un hangar , a pour objet de recuire les lames ou maquettes de tôle et de chauffer les tubes au blanc soudant avant de les tirer à la filière. Ces lames de fer ont de 5 à 6 mètres de longueur sur 10 à 13 centimètres de largeur et 2 à 5 millimètres d’épaisseur. Chauffées sur une moitié de leur longueur, elles sont retirées du four et portées sous une espèce de mâchoire, mue par la vapeur, et destinée à plier le fer en creux sur la longeur, et d’en rapprocher grossièrement les bords, de manière que la section de ce tube informe présente le profil d’une poire ou d’un cœur : c’est une condition de rigueur pour obtenir un bon tube. Cette maquette à demi-fermée est remise au four par son autre extrémité, qui subit la même opération'. La machine à plier les maquettes se compose d’une pièce en fonte d’environ 1 mètre de long, sur laquelle — “220 — sont pratiqués quelques sillons concaves dans lesquels s’emboîte, en tombant, la mâchoire supérieure, mise en jeu par un excentrique qui soulève un long levier servant de contre-poids à la mâchoire; c’est enfin une sorte de maca qui presse au lieu de frapper. Du reste, nous croyons qu’il serait facile de trouver quelque chose de mieux pour arrondir la maquette. Ces tubes, grossièrement rejoints, sont transportés de l’autre côté du fourneau, où se trouvent deux ouvertures voisines, de deux décimètres de diamètre environ : dans la première on enfourne une douzaine de tubes qui s’échauffent sur les trois quarts de leur longueur ; quand ils sont au blanc soudant, un ouvrier en retire un qu’il introduit dans une sorte de lunette en fer, placée à six pouces et en face d’une autre ouverture du fourneau, de sorte que ce tube continue à baigner dans la flamme pendant que les ouvriers préparent leurs instruments. Il est nécessaire de dire que devant cette ouverture se trouve la tète d’un banc à étirer, de 7 à 8 mètres. Un ouvrier saisit le tube à l’aide d’une forte filière brisée, qui s’ouvre comme une paire de longues tenailles, dont il tient les deux manches ; la tête de cette filière s’appuie, pour résistçr à la traction, contre le sommet de la lunette en ogive dont nous avons parlé ; l’étireur saisit, avec une autre tenaille en X, l’extrémité du tube qui n’est pas rouge ; cette tenaille fait partie d’une sorte de rabot mobile qui s’accroche entre les maillons d’une forte chaîne en acier; cette chaîne sans fin construite d’après le système de Galle, glisse sur le banc à étirer, l’extrémité du tube étant grippée par la tenaille en X qui serre d’autant plus que la résistance est plus grande. 221 On embraye la vapeur, et la chaîne marche en entraînant le rabot, qui force le tube à passer par la filière. On sent que ce tube rougi à blanc, et, forcé de traverser une ouverture d’une section moindre que la sienne, se rapproche et s’allonge comme de la pâte et se soude complètement, à l’aide du sable que l’on répand sur la soudure et qui sert de fondant. Ce tube passe immédiatement, et tout rouge encore, dans la main du redresseur, qui le place sur une table de fer humectée par un filet d’eau ; un énorme plateau de fonte, auquel on imprime un mouvement de va-et- vient, force le tube à rouler comme un bâton de cire sous une planchette. Ces deux plateaux peuvent avoir 1 mètre SO cent, de long; le plateau mouvant se soulève assez par-devant, en basculant sur un plan incliné, pour permettre à l’ouvrier d’insinuer le tube sous la masse. On conçoit qu’il se trouve parfaitement dressé et arrondi après deux ou trois tours. Nous tenons d’une personne qui a vu les essais tentés par un autre exposant, que ses tubes étirés sur masses sont redressés à coups de maillets de bois, ce qui doit les écraser et les laisser pleins d’inégalités. La force nécessaire pour mettre en jeu une semblable usine n’est pas aussi considérable qu’on pourrait le croire ; il suffit d’une machine de 1S chevaux faisant agir la soufflerie, la mâchoire à préparer les maquettes, le banc à étirer, le roule-tubes et la machine à tarauder les bouts et les manchons qui servent à les réunir. Il est bien entendu que les chaudières à vapeur sont placées au-dessus des fourneaux ; car en France on n’est plus assez ennemi de l’économie pour perdre inutilement une somme de calorique aussi considérable ; on se- rait fâché d’imiter nos directeurs d’établissements métallurgiques qui ne songent pas à utiliser le calorique de leurs fours à coke, ni les Anglais qui le préparent en plein champ et laissent aller au vent la moitié des montagnes de charbon qu’ils destinent à leurs hauts fourneaux. Nous pouvons présager à la compagnie de la Briche une brillante destinée, sous le chef habile et consciencieux qui la dirige ; l’extension de l’éclairage au gaz et du chauffage à l’eau chaude nécessitera un accroissement continu dans l’emploi des tubes étirés. Chaque jour de nouvelles inventions s’établiront sur ce nouvel élément de l’alphabet industriel, qui manquait à la technologie. Ce n’est pas trop nous avancer que de le croire appelé à remplacer la chaudière cyclopéenne de nos gigantesques machines à basse pression, lesquelles ne sont autre chose qu’un sacrifice à la peur dont les Américains sont depuis longtemps revenus. On obtiendrait aisément, à l’aide de tubes de 6 à 8 centimètres, un système de chaudière présentant dix fois plus de surface de chauffe qu’une chaudière ordinaire, sous un même volume; c’est ce que le baron Séguier a déjà prouvé jusqu’à l’évidence par la belle chaudière à circulation de son bateau à vapeur. Mais s’il est bientôt avéré, par une expérience suffisante, que l’on n’a plus rien à craindre de l’incrustation, en employant de l’eau colorée, comme nous l’ont assuré plusieurs industriels du Hainaut dont nous venons de visiter les usines, des tubes de quatre à cinq centimètres permettront de grouper, sur un plus petit espace encore, des générateurs de vapeur à très-haute pression sans aucun danger d’explosion ; car, en admettant la — 225 — rupture d’un petit tuyau plein d’eau ou de vapeur, ce déchirement local n’aura aucune des suites désastreuses produites par l’explosion de ces immenses magasins de force, qui soulèveraient des montagnes, bien que certain règlement ordonne de les emprisonner entre quatre murs de briques, disposition enfantine qui nous rappelle la naïveté de ce conscrit cherchant à étouffer un coup de canon en tenant sa gamelle à l’embouchure de la pièce. Chauffage à l'eau chaude. Avant de quitter l’établissement de M. Gandillot, nous devons dire un mot du calorifère Perkins, qui se fabrique en entier avec des tuyaux étirés. On commence à en construire plusieurs à la Briche. Perkins, ce hardi penseur venu d’Amérique pour donner des leçons d’audace industrielle aux Anglais les plus entreprenants, avait déjà fait assez de grandes découvertes pour mériter l’épithète de fou, quand il proposa la circulation de l’eau dans les maisons, à l’instar de la circulation du sang dans les animaux; c’est-à-dire, d’échauffer les dernières extrémités d’une demeure avec la même eau, comme les extrémités des animaux se réchauffent avec le même sang qui vient se calorifîer au poumon. Il construisit donc un poumon ou, si l’on veut, un cœur de tubes contournés les uns à côté des autres, en forme de serpentin oblong, dont une branche part d’en bas et une autre d’en — 224 — haut- le tout ressemble à une corde sans fin lovée dans son milieu. (Test la partie lovée qui se place dans un foyer et reçoit le coup de feu. Ce tube sans fin a environ un pouce de diamètre ; il est rempli d’eau en entier, et n’a d’autre ouverture pour le remplir qu’une branche munie d’un entonnoir placé vers le point le plus élevé des tubes qui parcourent la maison dans tous les sens ; l’eau échauffée s’élève et va dépenser son calorique par émission, en chassant devant elle l’eau refroidie, qui retourne au fond du foyer, où elle s’échauffe de nouveau pour retourner encore porter sa chaleur aux extrémités. Cette imitation des phénomènes naturels réussira toujours en mécanique, mais il n’est pas donné à fout le monde de savoir lire dans le grand livre de la nature. Il est bien reconnu aujourd’hui que ce chauffage est le meilleur et le plus économique qu’il soit possible d’espérer; il est en outre le plus sûr et le plus propre. Aussi ne tardera-t-il pas à se répandre sur le continent avec les tubes qui forment son système artériel et veineux. Déjà deux ou trois chauffages de ce genre sont établis en Belgique ; si la cherté des tubes ne s’était pas opposée à sa vulgarisation, il y serait beaucoup plus répandu. Le grand hospice de Dijon vient de l’adopter, ainsi que plusieurs autres établissements dont M. Gandillot a reçu les commandes. C’est ce même ingénieur qui fournit depuis si longtemps tous les meubles en fer creux dont il se fait aujourd’hui un emploi considérable en France. CUIVRE. La France produit fort peu de cuivre, mais c’est peut- être le pays qui en travaille le mieux, la quantitéja plus considérable ; la belle couleur de ce métal, sa ductilité, sa malléabilité, la facilité avec laquelle il accepte toutes les formes, en ont fait le protée de l’industrie. C’est de l’ouvrier français qu’on peut dire : Le cuivre en ses mains devient or; car la moitié des admirables joujoux que la mode imagine, pour satisfaire aux inépuisables caprices de la jeune France, ne présentent, comme les plaques du daguerréotype, qu’une vapeur d’or, moins épaisse que la couche d’iode, estimée par M. Dumas à un millionième de millimètre,- savante assertion qui ne trouvera pas plus de contradicteurs que celles de Champol- lion ou de Stanislas Julien, sur les écritures phonétique, curiologique ou chinoise. Tout ce qui brille n’est pas de l’or, mais c’est assurément du cuivre ; le cuivre est donc, après le fer, le métal le RAPPORT. 1 . Î5 plus répandu. Le cuivre peut réclamer le droit d’aînesse parmi les métaux ; car c’est avec l’airain que les héros d’Homère ont commencé le jeu de casse-tête que les Romains ont continué avec le fer, et nous avec l’acier, la fonte et le plomb. Ætas parentum, pejor avis, tulil Nos nequiores, mox daturos Proffeniem vitiosiorem. Du reste, il ne faut pas accuser les métaux de la folie des hommes; ils n’existeraient pas, qu’on ne s’entr’égorgerait pas moins, faute de se comprendre ; car, dans ce cas, comme a dit un grand poète : « Tout va bien, tout est bon, tout sert, pourvu qu’on lue. » L’industrie seule est appelée à retourner ce terrible axiome. Quand elle sera plus répandue et mieux comprise, les hommes n’auront plus besoin de tuer pour vivre, on inventera mille moyens pour multiplier les substances alimentaires, et chacun dira dans un prochain avenir : « Tout est bon, tout va bien, tout sert, pourvu qu’on vive. » Il serait impossible de calculer les applications auxquelles le cuivre se prête; elles sont aussi nombreuses qu’il y a de grains entre la capsule de pistolet et la pièce de quarante-huit, entre l’épingle et la colonne Vendôme. Le cuivre s’allonge en cheveux sans fin ou s’aplatit en pelure d’oignon. On le retrouve partout: tantôt habillant le bois, le fer et le papier ; tantôt habillé par l’or, l’argent ou le platine. Il est surtout un homme à Paris dont — 227 — rétablissement pourrait avoir pour enseigne, Pâtisserie de cuivre; car, sous la main de l’ingénieux I)ida, le cuivre se pétrit, s’étale, se restreint ou jaillit, sous toutes les formes de la riche imagination de cet infatigable producteur. M. Dida s’est construit un atelier qui peut servir de type à tous ceux qui exigent une grande surveillance; et quel est celui qui peut se passer de l’œil du maître? Voici, en peu de mots, le plan de cette curieuse usine : Au centre d’un grand carré que forme la maison, décrivez un demi-cercle de dix mètres de rayon ; du même point tracez un autre demi-cercle concentrique d’environ trois à quatre mètres. Elevez, sur le grand cercle, cinq étages ouverts comme des rangs de loges d’un théâtre ; sur le petit eercle, placez une tour garnie d’œils- de-bœuf et servant de cage à l’escalier : on sent que, de cette tour, le regard du maître peut plonger au fond de toutes les loges remplies d’ouvriers. L’espèce de cour intérieure que cet arrangement procure est couverte par un dôme en verre et échauffée l’hiver comme les ateliers dont elle fait partie; le sol de cette cour est occupé par une dizaine de moutons de différents poids, destinés à estamper, sur des matrices d’acier, les mille et une pièces de cuivre dont M. Dida a besoin pour sa fabrication. Ce modèle des chefs d’industrie ne quitte jamais sa maison; il est sans cesse à son affaire, c’est-à-dire occupé à inventer des méthodes abréviatives de travail et à les enseigner à scs ouvriers, dont il sait tirer deux ou trois fois autant de produits qu’on en obtient ailleurs. Ce qu'il y a de plus important pour un chef de manufacture, c’est d’être à même de faire tout ce que font ir>* — 228 — ses ouvriers, de se montrer plus habile qu’eux, s’il est possible, dans les nombreux tours de mains qui constituent sa spécialité. M. Dida peut hardiment dire à la plupart de ceux qui s’y prennent mal chez lui : Ote-toi de là que je m’y mette. Il sait exactement le nombre des petits bidons qu’un ouvrier peut emboutir ou repousser sur le tour, le nombre de vis que l’on peut tarauder et de tètes que l’on peut refendre en une heure. Et, malgré cela, les œils-de-bœuf de sa cage d’escalier font merveille. Dès qu’il est sorti, l’ouvrier suppose néanmoins qu’il est observé par son patron, et l’habitude de la flânerie s’est perdue dans ses ateliers. Nous recommandons ce point à l’attention de tous les industriels ; de là dépend la ruine ou la prospérité d’une entreprise. Il suffit de quelques trous ostensiblement percés dans unç cloison ou dans un plancher, d’où le maître puisse voir sans être vu, pour tenir en respect tout un atelier. Nous avons été à même de reconnaître que ces espions faisaient exactement le même effet utile, sur les ouvriers dissipés, que l’œil de Dieu sur les enfants dévots. Nous regardons cette nécessité d’une surveillance hypothétique dans les ateliers à la journée, comme une chose indispensable : la preuve en dérive de ce qu’un ouvrier en conscience, qui ne confectionnait qu’un certain nombre d’un objet donné en un jour, en fera deux ou trois fois plus, dès que vous le mettrez à la pièce ; car alors il s’ingéniera à trouver des méthodes et des procédés de vitesse, qu’il n’eût jamais cherchés en travaillant à la journée. Cette mise aux pièces, dès qu’elle est possible, ne doit pas être négligée; car, à quelque - 229 bas prix que vous réduisiez les pièces, l’ouvrier gagnera toujours une somme plus forte que vous ne vous y seriez attendu (1). Ce qui distingue surtout l’ouvrier français de l’ouvrier belge, c’est que le premier insistera toujours pour être mis aux pièces et le second pour rester à la journée. L’un gagnera toujours plus que l’autre, et néanmoins ils se trouveront au même point tous les deux à la fin de l’année, parce que le Français aura chômé un jour ou deux de plus par semaine que l’ouvrier belge, et qu’ils auront tout dépensé chacun à sa manière. « On a tort de s’étonner de cette imprévoyance de l’ouvrier, » nous disait l’habile industriel dont nous parlons. A peu d’exceptions près, le sens moral de l’ouvrier n’est pas plus développé que celui d’un enfant de sept ou huit ans, aux mains duquel vous mettez une pièce d’argent ; il la dépensera de suite en gourmandises ou en nunus, sans songer au lendemain. L’ouvrier fait absolument de même : l’idée d’amasser pour sa femme, ses enfants ou pour les époques de gêne ou de stagnation dans les affaires, ne lui vient pas. Si vous lui faites en- (1) Nous tenons de la bouche de M. Regnier-Poncelet, directeur de la fabrique de Saint Léonard, qu’une pièce dont il n’avait jamais obtenu plus d’une douzaine par jour, ayant été offerte par lui à l’entreprise, il en eut bientôt trente, puis cinquante, et qu’enfin le même ouvrier qui n’en faisait que douze, en fournit un cent aujourd’hui dans le même nombre d’heures. Nous tenons aussi d’un fabricant de papiers peints de Paris, que jusqu’en 1820, un imprimeur n’appliquait journellement qu’une couleur sur une trentaine de rouleaux de papier. Aujourd’hui, un imprimeur à pièces, chez M. Leroy Dufour, imprime en un jour plus de 500 rouleaux. L’ouvrier de 1840 fait environ 50 fois plus d’ouvrage que celui de 1820. — 230 — trevoir la chance d’une maladie, il vous répond : L'hôpital n’eut pas fait pour les chiens. Le développement intellectuel a seul la propriété de donner l’esprit de prévision et d’inspirer la crainte du lendemain. Aussi le plus intelligent est-il le plus moral, le plus prévoyant, le plus laborieux comme le plus soucieux des ouvriers. Le rire, le chant et les lazzi font distinguer aisément les ouvriers sans ordre, sans économie et sans prévoyance. Cela posé comme un fait positif, il s’ensuivrait que l’on doit faire abstraction de sa stature d’homme, pour ne voir en l’ouvrier qu’un enfant mineur qui réclame les soins d’un tuteur. Ainsi, la partie pensante et instruite de la société devrait s’organiser en conseil de tutelle, à l’égard de la partie qui en a besoin pour se conduire. Les maîtres, par exemple, aidés du gouvernement, devraient veiller sur l’avenir des ouvriers, par des institutions de prévoyance, telles que des caisses d’épargne, des fonds de réserve, des tontines, et par ce que les Américains appellent le Deo dandum de la veuve et de l’orphelin. Cela rétablirait un peu plus d’ordre dans le tohu-bohu industriel. L’ouvrier s’attacherait, sinon au sol, du moins au coffre où il saurait que se trouvent ses économies ; il se moraliserait infailliblement et acquerrait d’autant plus d’aplomb, que son avoir dans ces caisses deviendrait plus pesant. Ces idées, qui diffèrent de celles que se font nos réformateurs sur le compte des ouvriers, sont le produit net de l’observation et d’un long contact avec eux. On se tromperait fort en pensant que les droits politiques les touchent beaucoup; l’essentiel pour eux n’est pas de voter, mais de vivre. Ils se soucient fort peu qu’on les dérange pour porter un carré de papier dans l’urne du scrutin; mais ils tiennent beaucoup à trouver du pain sur la planche. Telle est l’idée qui devrait guider la législature dans les mesures à prendre pour améliorer la condition de l’ouvrier dans les pays de liberté. C’est un bien, sans doute, que les liens tyranniques qui l’enchainaient sous le régime féodal aient été brisés, mais il est indispensable de les remplacer par les liens du devoir et de la morale, qui se trouvent aujourd’hui tellement relâchés, qu’on ne peut s’empêcher de prévoir une prochaine retraite des esclaves sur le mont Aventin (1). Mais abandonnons ce hors-d’œuvre affligeant pour revenir aux choses charmantes et variées que produit à flots l’atelier de l’ingénieux Dida. A partir du petit ménage d’enfants et de la gamelle du soldat jusqu’aux vases platinés de la cuisine des rois; depuis la plaque de shako à cinquante centimes jusqu’aux casques fabuleux des princes du pays des Mille et une Nuits, tout se fa eonne en perfection dans les ateliers dont nous parlons. M. Dida est le Jappy parisien pour la variété des pro duits, et le Romagnesi pour le bon goût : il est de plus la ressource des soumissionnaires d’équipements militaires de tous les pays. Quiconque a l’avantage de savoir l’adresse de M. Dida, peut entreprendre les fournitures les plus variées et les plus difficiles. M. Dida le tirera d’affaire; car il ne se borne pas à vous prêter ses outils comme la plupart des (1) Il y a un an que ceci est écrit et. déjà cette prédiction a eu un commencement de réalisation. — 232 — ouvriers auxquels on doit fournir, comme on dit, la besogne toute mâchée ; il vous prête aussi son génie, son expérience et sa mémoire si riche en procédés, en artifices mécaniques de toute espèce. Il sait en un instant trouver une solution à ce qui semble une impossibilité à tout autre. Il appelle à son secours, ici le tourd’adresse et là le tour de force. Personne n’estampe sans gravure et ne dore sans or, mieux et à meilleur marché que lui ; les patères, les méduses et les ornements repoussés, tous du goût le plus exquis, découlent de ses ateliers comme d’une corne d’abondance. Ses matrices sont coulées en fonte par un procédé qui livre son noyau poli, luisant et dur comme de l’acier. Nous n’avons donc pas été surpris de trouver chez lui les matrices des plaques de shakos belges et de la croix de fer. M. Dida avait exposé des vases en- cuivre rouge emboutis et plaqués d’argent à l’intérieur : rien n’est plus propre, plus exempt de vert-de-gris et d’un prix plus modéré. Il est l’inventeur d’un manche-omnibus, qui s’adapte à toutes les casseroles sans les endommager. M. Dida, après des tentatives extraordinaires, était parvenu à former d’une seule pièce toute la batterie de cuisine,chaudrons, casseroles, timbales,bouillottes,etc., le tout sans battage, sans soudure et sans rivure, et au même prix que l’abominable dinanderie ancienne. Vous croirez sans doute qu’on lui donna la préférence, et que ses efforts et son génie furent récompensés par l’énorme achalandage qu’il était en droit d’espérer : pas du tout. La routine l’emporta ; et, à prix égal, on préféra le pire au mieux. Cela semble inexplicable, et rien n’est plus vrai cepen- — 233 — dant que ce désappointement qui arrive à presque tous les inventeurs, et qui cause la ruine des entreprises les mieux conçues et les plus utiles aux consommateurs. Nous rendrons un grand service aux industriels en tâchant de les éclairer sur cette singulière anomalie économique. L’erreur commune des hommes supérieurs et novices, est de spéculer sur le bon sens, la raison et l’intelligence des masses : cette erreur les perd. Salomon a dit : Stultorum numerus est infmitus, et il n’y a rien de changé depuis Salomon. La société ne grandit comme une tour que par le sommet : la base a toujours le pied dans la boue. II n’y a donc que les spéculations fondées sur la sottise humaine qui soient assurées d’un succès rapide et infaillible. Il suffit de regarder autour de soi pour s’en convaincre ; on verra tout d’abord que les institutions les plus fermes sont assises sur cette pierre, contre laquelle les portes de l’enfer, c’est-à-dire l’esprit et le bon sens ne prévaudront jamais. M. Dida s’est donc trompé en comptant sur l’intelligence des cuisinières et sur l’appui des débitants, qui lui ont répondu, lorsqu’il est .allé leur faire ses offres au même prix que les chaudronniers vulgaires : « Qu’est- ce que cela nous fait? nous sommes assurés du débit de nos vieux chaudrons, et nous sommes habitués à nos vieux chaudronniers, il n’y a rien à gagner pour nous à changer, ainsi gardez votre invention ! » Il la garde en effet ; toutes ses matrices, tous ses balanciers, tous ses efforts de dix années ont échoué contre cette borne, se sont aplatis en pure perte sur cet oxyde de l’industrie qu’on appelle routine. C’est une nouvelle preuve qu’il faut toujours respec- — 234 — ter et choyer la sottisehumaine comme une chose sacrée, quand on a le dessein de réussir de son vivant. M. Dida tourna bientôt ses vues d’un autre côté; repoussé par le populaire, il s’adressa aux sommités sociales, aux princes, aux rois, à l’armée; il fit des joujoux pour les enfants de cour, des décorations, des épaulettes, des casques pour leurs papas et des gamelles pour le soldat. Dès lors sa fortune fut assurée. Il y a, dans cette énumération de la variété des objets fabriqués par un même industriel, une intention qui n’échappera pas à nos fabricants ; elle est la contre-partie du passage où nous leur avons reproché de négliger toutes ces petites industries, d’un établissement facile et peu dispendieux, qui n’exigent qu’un peu d’adresse et d’activité, pour s’emparer d’une consommation locale que nous nous laissons enlever par l’étranger sans faire le moindre effort pour nous l’approprier. On ne se fait pas une idée de l’infinité de débouchés que Paris s’est faits pour les mille produits de son intelligente industrie. Ici c’est le schah de Perse ou le pacha d’Oude qui commande des lits en fer à M. Gandillot, des services d’argent à Odiot, des lustres et des candélabres à Thomire, des pendules à Denière et des coffres-forts à Fichet. Là c’est la reine des Owas qui fait habiller ses aides de camp chez Barbe et coiffer sa garde par Dida. Nous avons vu chez lui d’admirables casques à crinières rouges, à têtes de méduse en or, destinés aux princes de Malabar, et des cuisines en miniature achetées par des archiduchesses allemandes. C’est chez lui, vieille rue du Temple, n° 123, que nous avons assisté à l’emboutissage des trente mille gamelles en — 235 — tôle étamée, commandées par le ministre de la guerre. M. Dida a fourni, en 1838, 240,000 plaques de shako à l’armée. Il a plus de 12,000 kilog. de matrices d’acier en magasin. La plupart se composent d’une mise d’acier soudé sur fer. M. Dida donne la préférence à ces sortes de matrices pour la durée. C’est ce même honorable industriel qui, après avoir, suspendu scs payements en 1836 et reçu quittance pour solde de tous ses créanciers, les paya intégralement en 1838, sans y être obligé. Comme nous nous étonnions de cette action, si rare de nos jours, il nous répondit naïvement : Cela fait tant de bien! Les journaux ont publié sa lettre d’appel, avec tous les éloges que méritait sa belle action; les 50,000 francs qu’il sacrifia ne firent qu’augmenter son crédit et lui concilier l’estime de tous les honnêtes gens. Un seul mot lâché par M. Dida nous a donné le secret, si souvent égaré, de l’emboutissage de la tôle. Ce mot n’est rien, mais ce rien fait réussir ou échouer. L’art d’emboutir les métaux est une invention française, transportée comme tant d’autres en Angleterre, d’où elle n’est revenue qu’en 1793, bien qu’elle date de 1762. Cette opéralion se fait, chez M. Dida, à l’aide d’un balancier formidable, décuple de tous les balanciers à monnaie, et mis en mouvement par six à huit hommes qui lui font faire plusieurs tours en le poussant devant eux pour y emmagasiner le plus de force possible ; le culot en fonte qui termine la vis, correspond à un moule recouvert de cinq à six disques de tôle superposés. Ces flans ou disques, d’environ 15 pouces de diamètre, sont coupés à l’emporte-pièce ; on les place par demi-douzaines sous l’énorme balancier dont nous avons parlé; l’extrémité de la vis fait descendre le culot en fonte, qui force la tôle à s’enfoncer, d’une petite quantité d’abord, dans une matrice correspondante. Les bords des flans se relèvent en formant des plis, et si l’on continuait à presser, ces plis se doubleraient à l’instar de ceux d’un filtre à papier, et l’opération serait manquée -, c’est ce qui arrive aux novices qui ne connaissent pas le moyen de restreindre le métal, c’est-à-dire de le faire rentrer en lui-même à froid, opération qui fait éprouver à ses molécules un déplacement analogue à celui de la cire. Après que tous les flans sur lesquels on opère ont subi cette première opération, on change les formes pour leur donner un second coup. C’est dans les dimensions bien calculées du mandrinage que réside ce qu’on peut appeler le secret du métier. M. Dida nous l’a, disons- nous, révélé d’un seul mot : c’est que les coups suivants ne doivent plus porter sur le fond des gamelles, car ce fond se déchirerait à coup sùr ; mais ils tombent uniquement sur les bords arrondis de la matrice, ce qui efface successivement les ondulations du métal mis en œuvre. Les hommes de l’art comprendront facilement que la réussite git tout entière dans celte observation et dans le recuit donné à propos. La gamelle terminée est ensuite décapée, étamée et livrée à l’armée au prix médiocre de 2 fr. 50 c. Plusieurs entrepreneurs avaient envoyé des échantillons de gamelles au ministère, et entre autres les frères Jappy, dont la réputation, en ce genre d’entreprises, est européenne. Cependant nous avons vu une lettre du ministre, qui félicitait M. Dida sur la supériorité de ses échantillons et leur donnait la préférence. Quand on songe que si M. Dida eût vécu sous le r — 237 — régime des maîtrises, il n’eût pu exercer aucune de ces industries qui se tiennent de si près, avant de s’être fait affilier, à prix d’or, à chacune des corporations nombreuses au domaine desquelles il aurait dû toucher, on ne peut que féliciter la France de s’être débarrassée de ces dernières. On aurait peine à croire, aujourd’hui, qu’il fut un temps où le travail ne faisait point partie des droits naturels ; c’était un droit régalien qu’il fallait acheter aux seigneurs de la cour, qui se faisaient inféoder, chacun, une juridiction sur les marchands ou artisans, auxquels ils vendaient les maîtrises. Aujourd’hui que chacun est aussi libre de fabriquer que d’inventer, une lampe, par exemple, on sera surpris d’apprendre qu’Argant, après avoir inventé le bec à double courant d’air, ait eu soutenir des procès contre la communauté des ferblantiers, des serruriers et même des forgerons, qui s’opposèrent à l’enregistrement du privilège accordé par le roi, sous prétexte que leurs statuts attribuaient aux seuls membres de ces communautés le droit exclusif de fabriquer des lampes, et que ledit sieur Argant n’en avait pas été reçu membre. Quand Lenoir, fabriquant d’instruments d’optique, s’avisa de vouloir fondre du cuivre pour son usage, les syndics de la corporation des fondeurs vinrent eux-mêmes démolir son fourneau chez lui, parce qu’il n’avait pas été reçu fondeur. Ce sont ces ridicules entraves qui ont fait émigrer de la France tant d’inventeurs que les maîtrises et jurandes en possession de monopole excluaient même de leur sein, quand elles croyaient avoir quelque concurrence à redouter de la part d’un homme de génie. 258 — Le balancier à monnaie inventé par Briot en 1615, le métier à tisser les bas inventé à Nîmes, ne purent s’établir sur le sol de la France du bon plaisir. Les inventeurs, poursuivis, condamnés, proscrits par les maîtrises, abandonnaient une terre ingrate qui ne leur offrait qu’injustice et persécution, et couraient enrichir l’étranger des fruits de leurs veilles et de leur expérience. Si un homme créait un genre d’industrie nouveau, comme il ne pouvait l’exercer sans se servir des outils affectés à différentes professions, il était obligé de se faire préalablement affdicr à toutes les corporations auxquelles ressortissaient ces professions. Ces affiliations coûtaient des sommes énormes et ne s’accordaient qu’à des Français exclusivement. Ces institutions arbitraires empêchaient l’ouvrier pauvre de vivre de son travail, paralysaient l’émulation, condamnaient à l’inactivité des hommes de talent, privaient l’État et les manufactures des lumières que l’étranger aurait pu leur apporter, et, en s’opposant à fout progrès, maintenaient les arts dans un état plus stationnaire qu’en Chine même. Il est à remarquer que ces entraves, ou n’existaient pas, ou existaient dans un bien moindre degré d’absurdité dans les autres pays : l’Angleterre ne doit peut-être sa supériorité industrielle qu’à la liberté du travail dont elle est depuis si longtemps en possession. Que la France serait loin dans l’industrie aujourd’hui, à en juger d’après le progrès qu’elle a fait depuis 89, si ses grands rois lui avaient laissé l’usage de ses bras et de son intelligence! Nous demanderons de nouveau pardon à nos lecteurs d’avoir évoqué ces tristes souvenirs d’un temps qui ne reviendra plus ; niais nous croyons utile de le mettre en opposition avec l’époque actuelle, pour mieux faire apprécier aux travailleurs l’étendue de la conquête faite parla grande révolution française. Ils devraient penser, quelles que soient les infortunes qui leur incombent à certaines époques, que leurs maîtres n’en sont pas exempts, et s’estimer fort heureux d’être délivrés de toutes les odieuses tracasseries que nous ne faisons qu’esquisser en passant -, ils devraient compter pour quelque chose le droit de pouvoir exercer telle profession, tel métier pour lequel ils ont de l’inclination, le droit de cumuler même autant de professions qu’ils désirent, au gré de leurs intérêts, de leurs connaissances ou de leurs caprices. Mais comme chaque chose a son mauvais côté, nous ne pouvons dissimuler que cette liberté illimitée présente beaucoup d’inconvénients. Par exemple, tel individu qui prend la qualité de mécanicien, de lampiste, de relieur, de tapissier, d’encadreur, etc., vous gâtera sans remède les machines, les lampes, les tentures, les tapis et les estampes que vous lui confiez, sur le vu de son enseigne, et vous serez bien heureux de vous en délivrer en payant, si vous n’ignorez pas tout à fait les tarifs de la justice. Il n’est personne, pour peu qu’il ait fait travailler, qui n’ait été victime de la maladresse de ces apprentis qui se donnent pour maîtres ; de ces ignorants massacres qui entreprennent sans hésiter toutes les commandes qui se présentent, exigent des avances et n’exécutent rien. Jadis, au moins, il fallait avoir fait ses preuves, son chef-d’œuvre dans un état, avant de passer maître. Si ce régime était dur et tyrannique pour les ouvriers, — 240 — il était plus rassurant pour ceux qui les employaient : la puissance de nuire n’a donc fait que changer de main, et, à tout prendre, l’abus de la part des patrons était peut-être plus tolérable que de la part d’ouvriers souvent fort peu courtois (1). Aujourd’hui que l’apprentissage n’est plus exigé auprès d’un maître, il se fait aux dépens du public; chaque dupe se croit une exception, et, quelque nombreuses qu’elles soient, leurs plaintes éparpillées ne formant point faisceau, ne se font point entendre; mais si quelqu’un s’avisait de recueillir tous les déboires, toutes les supercheries grossières dont la bourgeoisie est victime de la part des soi-disant ouvriers qu’elle est obligée d’em- (1) Ceci était écrit au moment où les journaux nous apportaient la nouvelle suivante, qui vient tellement à l’appui des réflexions contenues dans le cours de ce rapport, que nous la regardons comme une bonne fortune : « Le storthing de la Norwége vient d’abolir les entraves surannées que les corps de métiers opposaient aux développements de l’industrie. Toutefois, éclairé par l’expérience de la France, de la Prusse, de la Belgique et de la Hollande, il a cru devoir donner quelques garanties au public à l’égard de la capacité des artisans. Par conséquent chacun pourra devenir maître, pourvu qu’il soit citoyen de la commune où il s’établit et qu’il puisse prouver ses capacités par un chef-d’œuvre ou par l’attestation de deux citoyens honorables. La manière dont il a acquis ses capacités ne sera plus l’objet de perquisitions, et la condition d’avoir été pendant un certain temps apprenti et compagnon, pour devenir maître, ne sera plus obligatoire. Les orfèvres et fabricants d instruments nautiques, seuls, doivent avoir une permission particulière de l’autorité administrative, afin de pouvoir exercer leur profession. Celui qui veut établir une imprimerie dans une ville, n’est tenu qu’à posséder les qualités requises pour l’exercice d’autres arts et métiers; mais pour la campagne une permission royale est nécessaire. » ployer, il n’v aurait pas assez de papier en Belgique pour les enregistrer : nous pouvons en parler par expérience; il nous en a coûté d’assez fortes sommes pour l’acquérir. Cet état de choses demande le rétablissement des prud’hommes, auprès desquels on obtiendrait les renseignements nécessaires sur la moralité et la capacité des ouvriers que l’on peut employer. Les prud’hommes seraient juges dans les différends qui s’élèvent chaque jour, par la surcharge ridicule de certains mémoires; choses dont les tribunaux ne sauraient connaître, et qui vous laissent à la merci de la mauvaise foi et de la rapacité des ignorants entre les mains desquels vous avez eu le malheur de tomber, trompés que vous êtes par l’étiquette et par des boutiques de certaine apparence : car ces frelons industriels font bien plus vite fortune que les ouvriers honnêtes et consciencieux. Le régime américain nous semble beaucoup plus sagement conçu, et nous ne saurions mieux faire que de l’adopter ; le voici en substance : Un maître qui prend un apprenti de neuf à dix ans, remplit un contrat-modèle avec les parents devant le coroner; il s’engage à nourrir, vêtir et faire apprendre à lire et à écrire à l’apprenti, qui s’oblige, de son côté, à demeurer jusqu’à 20 ans chez son maître; celui-ci trouve donc son avantage à l’instruire vite pour tirer le plus tôt possible quelque utilité de sa collaboration. A 20 ans c’est un ouvrier formé qu’il livre à la société, et qui ne s’établit que sur le certificat constatant qu’il a rempli ses engagements. Chez nous, ce n’est pas cela : l’apprentissage est tout au plus de trois ans, il n’est jamais obligatoire et il est presque toujours payant; dès lors le maître laisse l’apprenti RAPPORT. 1 . 10 — 242 — vagabonder dans ses ateliers, sans s’occuper de lui donner une instruction dont il n’aurait le temps de retirer aucun fruitj l’apprenti sert de domestique à l’atelier : c’est lui qui le balaye et qu’on envoie chercher de l’eau-de-vie en cachette et faire les commissions de tout le monde; il sort de là passablement instruit dans l’art de jurer et de fdouter, mais tout à fait ignorant du métier qu’il est censé connaître ; il s’établit donc sans conteste aucune, ni de la part des autorités ni de celle de prud’hommes qui n’existent pas. Quant aux livrets, notre ministère les a laissés tomber en désuétude (4), comme chose contraire à la liberté individuelle. Proficiat! Voilà la véritable plaie de la Belgique : les nombreux ouvriers de ses grandes fabriques, n’ayant acquis aucune notion complète dans un art ou métier quelconque, se trouvent absolument impropres à tout usage ultérieur, dès que la fabrique où ils exerçaient deux ou trois mouvements automatiques vient à chômer : car les grandes fabriques sont toutes montées sur la division du travail ; le premier venu, comme nous l’avons déjà dit, peut y prendre place sans instruction, et en sortir trente ans après, sans en savoir plus que le jour de son entrée. Voilà le mal dans toute sa nudité; personne ne l’ayant encore montré, que nous sachions, dépouillé de déclamations philanthropiques ou comminatoires, il n’a pas été possible d’y chercher un remède. On le pourra désormais , et nous ne serons pas le dernier à nous en occuper, mais ce n’est pas ici la place. (1) Ceci n’est d’ailleurs que la faute de certaines administrations communales et des personnes qui emploient des ouvriers non munis de livrets. — “245 — Notre mission devant se borner à nous enquérir du degré d’avancement des différentes branches de l’industrie française, on serait peut-être en droit de blâmer les excursions latérales que nous nous permettons ; mais nous espérons qu’on nous pardonnera en faveur de l’intérêt et de la nouveauté dont nous les croyons empreintes, ou entachées, selon la disposition d’esprit de nos lecteurs. Nous accepterons, du reste, les critiques et les avis qui pourraient nous parvenir, avec autant de reconnaissance que nous recevons les éloges que des personnes haut placées dans la science ont bien voulu nous adresser. Il n’y a qu’un moyen de faire apprécier par les gens de l’art, l’état d’avancement des usines qui travaillent le cuivre en France; c’est de donner les dimensions de quelques pièces capitales exposées par les principaux concurrents. Car, nous le répétons, on manie infiniment mieux le cuivre en France qu’en Belgique (1). Non pas (1) Le cuivre se montre en Belgique, dans les provinces du Hainaut et du Limbourg, ce qui ne nous empêche pas d’en tirer pour 2,291,000 fr. de l’étranger, auquel nous n’en retournons que pour 726,000 fr., presque tout sous forme de coussinets et autres grossiers emplois, qui laissent fort peu de main-d’œuvre dans le pays. ‘ Liège, Verviers, Gand, Charleroi et Bruxelles, possèdent de petites fonderies, de deux ou trois creusets, pour le service de leurs ateliers de machines; mais nous payons à la France, en cuivre ouvré, doré, bronzé, vernissé, plus de cinq cent mille francs dont les cinq sixièmes sont le prix de la façon ; d’un autre côté, l’Angleterre nous a fourni en cinq années pour fr. 2,685,179 de flans pour nos monnaies d’appoint : car nous frappons beaucoup de cuivre, peu d’argent et point d’or dans notre unique hôtel des monnaies; ce 16 * — 244 que le sol de la France en produise plus que le notre, mais parce qu’il se plie mieux aux mille et une formes que l’ingénieuse fée de l’industrie française prend plaisir à lui donner. Les mines de Cornouailles ne sont sans doute pas sans ramiiications avec le continent, et si la France voulait fouiller son sol comme l’a fait l’Angleterre, elle s’apercevrait que la nature ne l’a pas autant déshéritée que son incurie le lui a fait présùmer. On sait que le mot d’ordre en géologie comme en toute chose est: Cherchez, vous trouverez. Les pays qui n’ont ni charbon ni métaux, sont ceux où l’on n’en a pas cherché; ceux qui en ont le plus donné ont été le plus fouillés. Nous avons retenu le mot du célèbre Dalton : « Le gouvernement ne pourra se flatter de connaître à fond les ressources de son pays que lorsqu’il aura obtenu, par des forages de 1,500 pieds, la coupe géologique de tous les milles carrés du territoire de la Grande-Bretagne. » Nous citerons encore l’ingénieuse allégorie suivante : qui fait que tout le capital métallique (1e la Belgique, avec lequel le crédit financier avait trouvé le secret de faire de si grandes choses, ne s’élève pas en réalité à 200 millions. Ils sont donc bien coupables ceux qui n’ont pas su comprendre les avantages que ce crédit, enfant de la confiance, assurait à notre pays, et qui n’ont pas craint de détruire le merveilleux levier à l’aide duquel la Belgique eût fondé l’édifice de sa prospérité sur l’or de nos voisins : car autre chose est de travailler avec deux cents millions ou avec les milliards dont la confiance dans la probité de nos capacités financières portait les Français à commanditer notre industrie. Ils sont bien blâmables, nous le répétons, ceux qui n’ont pas apprécié comme ils l’auraient dû, la grandeur et les avantages de cette position : ils ne se doutaient pas sans doute de tout le mal qu’ils aidaient à commettre. L’avenir ne le leur dira que trop tôt. •i Le globe est un vaisseau frété pour l’avenir et richement chargé. Longtemps les passagers sont demeurés sur le pont, occupés à se disputer l’espace, quand un beau jour l’un d’eux, s’étant avisé d’ouvrir une écoutille et de pénétrer dans l’entre pont, s’aperçut que la cale du navire était remplie de richesses mélangées avec le lest; il essaya de les en séparer, et vit bientôt ses peines largement récompensées par les produits qu’il en retira. Encouragés par son exemple, d’autres passagers se mirent aux pompes et commencèrent une exploitation qui ne finira plus qu’au moment du grand naufrage des siècles et des choses. » Mais revenons au cuivre. L’usine d ’lmphy, que l’on regarde comme un des plus beaux établissements métallurgiques de France, a exposé une feuille ronde de cuivre, pour fond plat de chaudière, du diamètre énorme de 2 in. 40 c. pesant 527 kilog.; un fond embouti de 2 m. 45 c. de diamètre, pesant 466 kilog., une planche de cuivre de 5 m. 93 c. de long, de 2 m. 40 c. de large, de 0,005 d’épaisseur, pesant 420 kilogrammes. Ces dimensions donnent une idée juste du savoir-faire de cette usine. Imphy a exposé, en outre, une feuille en bronze pour doublage de navire; cet établissement est presque seul en possession de cette fabrication en France. Ce qui nous a le plus surpris, c’est un fire-box de locomotive en cuivre forgé, article que nous tirons encore d’Angleterre, à la grande confusion de notre prodigieux génie industriel, comme un journal appelait le propriétaire de Seraing. La fonderie de Romilly a exposé une planche de cui- — “240 — vre de 2 in. 00 c. de long, de 1 ni. 82 c. de large, pesant 51 kilog. En 1854, elle en avait exposé une de 4 m. 30 c. de long, de 1 ni. 93 c. de large, pesant 398 kilog. Un fond de cuve embouti de 2 mètres de diamètre, de 70 centimètres de flèche, pesant 460 kilog., fait l’admiration des connaisseurs; son bord est rabattu de 8 centimètres. Romilly expose aussi un foyer de locomotive. L’établissement d’Essone, de M. Raveilliac, a exposé une énorme feuille de cuivre de 7 m. 33. c. de long, sur 1 m. 35 c. de large, pesant 97 kilog. seulement; ce sont les produits de cet industriel qui recouvrent le temple de la Madeleine. MM.Witz, Stéphan et Oswald frères, de Niederbruck, sont en état de fournir toutes les tôles de cuivre destinées aux fabriques de doublé d’or et d’argent. La malléabilité et l’homogénéité parfaite sont nécessaires pour cet article, auquel ils ont joint une tréfilerie de cuivre doré et argenté qu’ils amènent jusqu’à la finesse de la soie. R est vrai qu’ils ont la Suisse, la Savoie et la France pour débouchés. Leurs articles servent à la chau. dronnerie, à l’horlogerie, au doublé, à la quincaillerie, à la passementerie, aux peignes de tisserand, aux tissus métalliques, aux cordes de piano et aux ornements d’église. Voici la production de cet établissement : 150,000 kilog. cuivre laminé. 200,000 » laiton. 10,000 » trait ou fil d’or et d’argent. 5,000 » trait jaune cémenté. 10,000 ii anneaux en laiton. — “247 Une fabrique de ce genre manque à la Belgique, ainsi que beaucoup d’autres, dont elle s’enrichirait bientôt en entrant dans l’une ou l’autre confédération commerciale; car il est peu de nations dont la force productive industrielle ait été si prodigieusement dilatée que celle de la Belgique. B lui faut donc de l’air et de l’espace pour s’é- pandre au dehors. Elle est en plein aujourd’hui dans la nécessité d’une association douanière. La puissante considération qui a porté les nations germaniques à surmonter des obstacles longtemps regardés comme invincibles, pour arriver à l’union commerciale qui va faire la prospérité de tous ces petits Etats, n’a pas eu d’autres fondements que le besoin de respirer. L’existence des petits pays, jadis possible sous l’ère agricole, ne l’est plus dans l’ère du travail manufacturier, où l’Europe entière est engagée sans pouvoir rétrograder. Un exemple fera comprendre à tout le monde le besoin de ce passavant général à travers toutes les nations civilisées, sous le régime scientifique, industriel et commercial, qui est aujourd’hui le sine quâ non de la vie des peuples. LAISSEZ PENSER, LAISSEZ PARLER LAISSEZ PLANTER , LAISSEZ POUSSER LAISSEZ FAIRE ET LAISSEZ PASSER. Supposons, par exemple, que toutes nos provinces ou que tous les départements français fussent entourés d’une ligne de douanes. Quel capitaliste oserait fonder une fabrique un peu importante, avec la certitude que ses produits dépasseraient de beaucoup les besoins de sa localité ? MX — Les personnes étrangères à l'économie politique et hostiles aux grandes manufactures répondront qu’on n’a qu’à se borner à la production nécessitée par la consommation des lieux où l’on se trouve ; cela serait possible peut-être pour quelques petites industries qui ne demandent pas de grands frais de premier établissement : pour les joujoux de Nuremberg, par exemple, les briquets phosphoriques et les pipes d’écume. Mais qui oserait bâtir un haut fourneau, exploiter une profonde houillère, monter un laminoir, construire des remorqueurs et fabriquer des glaces pour une province, pour un département? Si toute l’Europe était parquée en petites divisions, les chances seraient égales ; mais quand de grandes nations existent au dehors, et que leurs moyens de fabrication accélérée leur permettent d’abaisser considérablement les prix, à raison de la quantité produite, de la division du travail et de l’économie des frais généraux qui décroissent à mesure que la production augmente, qu’arriverait-il aux petits pays? C’est qu’on ne pourrait, sans injustice, priver longtemps leurs habitants de l’usage des objets à bon marché fabriqués ailleurs, et que l’industrie cacochyme de ces petits cercles se trouverait continuellement mise en péril par celle des grands, lesquels seront toujours, quoi qu’on fasse, en possession du monopole naturel que donnent les capitaux et les grands moyens de toute espèce. Ceci s’applique à la Belgique actuelle; il faut absolument et sérieusement songer à lui frayer un passage, à lui donner de l’air soit au midi, soit au nord, sous peine d’asphyxie. Heureusement que nous avons deux partis à prendre, pourvu toutefois que l’on ne perde pas trop de — 249 temps à osciller de l’un à l’autre, et que le vaisseau de l’Etat ne finisse par rester en panne entre les deux ports qui s’ouvrent devant lui. C’est alors que son industrie pourra se développer et s’accroître encore, et que la Belgique tiendra noblement sa place aux premiers rangs. Nous ne pouvons nous dissimuler, néanmoins, les difficultés qui vont surgir sous le régime naturellement criard que la presse et la tribune nous ont fait, et nous craignons fort que la voix de la raison et du bon sens ne soit couverte par les hurlements de mille petits intérêts privés qui se trouveront nécessairement froissés de part et d’autre, dans l’éventualité d’un ordre de choses que nous n’hésitons pas à proclamer nécessaire, urgent, indispensable. Du côté de l’Allemagne, les cris seraient moindres, et moindres aussi seraient les avantages, les obstacles de ce côté ne pourraient procéder que d’en haut. La presse allemande ne criera pas du moins, et le pouvoir est assez fort, s’il le veut, pour surprendre bien désagréablement la France, au milieu de son hésitation à nous ouvrir ses portes. Nous le lui répétons cependant: les temps vont s’accomplir, etproximus ardet Ucalegon. ACIERS ni. L’exposition de 1839 a prouvé que la France était aujourd’hui entièrement en possession de la fabrication (1) Quoiqu’une certaine quantité de carbone soit nécessaire à la bonté de l’acier, cette condition ne suffit cependant pas pour en produire un de première qualité ; il faut qu’il contienne en outre du manganèse et du phosphore. C’est pourquoi tous les minerais manganésifères donnent un fer plus propre à la fabrication de l’acier que ceux qui ne contiennent point de manganèse. C’est encore pour cela qu’en ajoutant du charbon animal en certaines proportions (et ce fait est connu depuis très-longtemps ) au charbon de bois qu’on emploie pour la fabrication de l’acier, celui-ci devient meilleur que quand on a employé du charbon de bois seul. Vauquelin a trouvé par l’analyse de plusieurs bonnes qualités d’acier qu’elles contenaient du manganèse, du phosphore, du silicium et du magnésium, quoique ces deux derniers y fussent en — 251 des aciers ; il ne s’agit plus pour elle que d’obtenir fa reconnaissance des puissances industrielles et de les très-petites quantités. Faraday et Hodart ont démontré, il y a peu de temps, qu’en ajoutant ci l’acier une très-petite proportion de rhodium ou d’argent, il en devenait beaucoup meilleur : observation très-importante pour la confection des instruments tranchants. Berthier a reconnu que le chrome remplissait le même but. Le rhodium est trop rare pour qu’on puisse l’adopter généralement pour cet usage; mais l’emploi de l’argent est d’autant plus facile, qu'il n’en faut que 1)800 du poids de l’acier, ce qui n’augmente pas considérablement le prix de ce dernier. On adoucit un couteau dont le tranchant est trop dur quand on le plonge dans un pain sortant du four et qu’on l’y laisse refroidir. Quand on recuit des objets d’acier trempé, on proportionne la dureté aux différents usages auxquels on les destine , pour cela on se règle sur les couleurs qu’il prend. Ces couleurs proviennent de la formation d’une mince pellicule d’oxyde , qui réfléchit les couleurs de l’iris. Par suite de cette oxydation, l’acier devient d’abord d’un jaune-paille , passe ensuite au jaune doré parsemé de raies pourpres, puis au pourpre, au violet et enfin au bleu ; à la chaleur rouge, toute coloration cesse, et il se forme à la surface une croûte épaisse d’oxyde noir. Ces couleurs guident l’ouvrier, et lui apprennent à quelle époque l’acier doit être retiré du feu, pour le refroidir dans de l’eau ou de la graisse. La première teinte jaune convient aux instruments qui sont destinés à travailler le fer ; le jaune doré et commencement du pourpre, aux ustensiles pour le travail des métaux moins durs, le pourpre aux couteaux et outils pour les ouvrages à la main ; le violet et le bleu pour les ressorts de montre. Faraday a trouvé que l’acier wootz contient une petite quantité de silicium et d’aluminium et donne la manière de l’imiter. Faraday et Hodart ont trouvé que, quand on prend de la fonte qui contient beaucoup de charbon (celle dont ils se sont servis avait été fondue avec une nouvelle qualité de charbon renfermant 8)64 par 100 de carbone), et qu’après l’avoir pulvérisée et mêlée avec de l’alumine faire consentir à lui envoyer leurs chargés d’affaires, chose longue et difficile pour les nouveaux États, parce qu’ils se fient trop au temps, qui ronge tout ce qu’on lui abandonne, tout jusqu’à l’acier et ceux qui le fabriquent. Nous l’avons déjà dit, la plaie de toutes les industries nouvelles, comme celle des hommes de mérite, c’est la difficulté de se faire jour, de se faire apercevoir au milieu de cette anarchie, de ce désordre universel où chacun est seul contre tous, où les hommes et les choses, semblables aux cailloux roulés dans le lit d’un torrent, s’entre-choquent, se brisent et s’usent entre eux, de manière à n’ètre bientôt plus qu’un sable aride, qu’une vaine poussière. Nous connaissons d’admirables entreprises, merveilleusement combinées par des hommes auxquels il n’a pure , on l’expose pendant longtemps à la température nécessaire pour fondre le fer , l’aluminium le réduit, et l’on obtient un petit culot blanc, cassant et à grains fins , qui donne par la dissolution 6/4 par 100 d’alumine. Dans un essai, 70 parties d’acier de cémentation ont été fondues avec 4 parties de cet alliage, et, dans un autre essai, 6/7 parties de ce même alliage avec 150 parties d’acier. Dans les deux essais, ils ont obtenu un régule , qui ressemblait sous tous les rapports au wootz. Cet acier laisse paraître des veines foncées et claires, quand après l’avoir forgé, on attaque sa surface avec de l’acyde sulfurique étendu ; c’est ce qu’on appelle damasquiner. La fusion ne détruit pas la damasquinure , car elle reparaît sous le marteau. Depuis longtemps on imite l’acier damasquiné en Europe. On réunit en les brasant, des barres d’acier et de fer doux tordues en spirale, et l’on s’en sert ensuite pour fabriquer des lames de sabre, de couteaux, etc. , etc. En versant un acide sur cet acier, les parties du fer deviennent blanches, celles d’acier paraissent noires à cause du carbone mis à nu. — 253 manqué que la divulgation pour réussir; les charlatans seuls connaissent et profitent habilement de cette puissance trop dédaignée. Les laissera-t-on donc toujours en possession? Ne se formera-t-il jamais une honnête coalition, pour leur arracher ce palladium usurpé du commerce et de l’industrie? La France, on peut le répéter, est maintenant en état (1) de fournir à ses usines toutes les espèces d’acier désirables ; mais il n’y a pas bien longtemps et il nous (1) 11. y a de quoi s’étonner du temps qu’il a fallu pour répandre la cémentation en France, alors que depuis plus d’un siècle l’Angleterre et l’Allemagne la pratiquaient parfaitement. Il a fallu tous les efforts du célèbre Réaumur pour découvrir leur procédé. Réaumur fut puissamment secondé en cela par le roi de France, qui lui fit une pension de 12,000 livres et lui fournit des sommes considérables pour les essais dont il publia le résultat en 1717. Voici les proportions du cément auxquelles il s’arrêta pour la conversion accélérée du fer en acier : 2 parties de cendres , 1 partie de suie, 1 partie de charbon pilé et 3/4 de partie de sel marin. Les proportions suivantes opéraient plus lentement, mais plus sûrement à son idée : 2 parties de suie, 1 partie de charbon pilé, 1 partie de cendre et 1 partie de sel marin. Pour opérer en grand, il prenait par chaque quintal de fer 7 livres de suie, 3 1/2 livres de charbon, 3 1/2 livres de cendre, 2 1/2 livres de sel marin. Ce fut la trempe en paquet qui le mit sur la bonne voie. On a modifié depuis lors ce procédé comme suit : 4 parties de charbon , 3 partie de suie , 1 partie de cuir. Réaumur fit des milliers d’essais avec des centaines de substances, parmi lesquels il reconnut que le plâtre faisait rapidement fondre le fer dans le creuset. En général, il n’y a que le charbon qui opère; le sel rend l’acier cassant. Du reste, tous les fers ne sont pas propres à se convertir en acier , et chacun exige une différence dans le traitement. Réaumur obtint le premier de l’acier fondu par accident. — 234 — souvient de l’époque où cette précieuse matière était si rare qu’un ouvrier se serait mis à genoux devant un petit morceau d’acier anglais-, c’était avec la plus grande parcimonie qu’on en soudait quelques atomes aux instruments tranchants. Aujourd’hui, grâce à la science, l’acier est devenu assez vulgaire pour qu’on n’hésite pas, en beaucoup de cas, à le substituer au fer dès qu’il s’agit d’obtenir une résistance plus grande sous un moindre volume : la différence de prix n’est déjà plus un empêchement. On fabrique d’ailleurs tant de sortes d’aciers et tant de qualités diverses, qu’il y en a pour toutes les appropriations et de tous les prix imaginables. Ayant eu l’occasion d’étudier ce métal et de faire sur la trempe quelques découvertes qui ont mérité l’attention des sociétés savantes et l’insertion dans leurs Mémoires, nous croyons pouvoir entrer dans quelques détails qui ne seront pas sans intérêt pour nos industriels. On a cru jusqu’aujourd’hui que l’acier n’était, comme la fonte, qu’un composé de fer, de carbone et de silicium; mais un chimiste prétend, au dire du docteur Ure, avoir trouvé de l’acier sans carbone. Quoi qu’il en soit, est réputé acier, tout fer qui durcit à la trempe. On connaît cinq espèces principales d’acier : l’acier de cémentation, l’acier de forge, l’acier naturel, l’acier fondu et le wootz. En enfermant des morceaux de fer en vase clos, avec du charbon pilé, de la suie, de la corne, du cuir et autres matières qui contiennent beaucoup de carbone, en soumettant ensuite à un grand feu ce vase entouré d’argile, durant un certain nombre d’heures, on retire du \ fer aciéré plus ou moins profondément; c’est ce qu’on appelle la cémentation : elle est très-utile pour les pièces qui doivent réunir la dureté contre les frottements, à la résistance contre la rupture; un barreau de 14 millimètres demande trente-six heures de feu pour être percé de part en part. Ce procédé d’atelier s’applique avec avantage aux petites pièces toutes confectionnées, surtout dans l’armurerie ; il a la propriété de modifier la surface du métal et d’y faire naître des tons bronzés entremêlés de mouchetures très-agréables à l’œil, et même de les rendre moins accessibles à l’oxydation. ft Cémentation an gaz hydrogène carboné. Quand un produit nouveau est découvert, on ne cesse de lui trouver des applications aux industries les plus disparates en apparence ; ainsi, le gaz hydrogène carboné qui vous suffoque sous la terre, vous éclaire à sa surface et vous enlève aux deux, raffine la mousseline ou le fer, qu’il a le don de convertir en bon acier. Cette opération est encore secrète en Angleterre et n’en est pas sortie, croyons-nous. Si l’on ne se hâte de l’adopter sur le continent, il ne sera bientôt plus possible de lutter contre l’acier anglais, qu’il est très-aisé de faire passer à la douane pour du fer en barre. Nous allons donner un aperçu de cette opération. Il suffit d’emplir de barreaux d’acier, des tubes de grès ou de fer étiré, qui viennent si à propos, dans cette — 256 occasion ; on les enduit extérieurement d’argile, puis on les place dans un four à réverbère, en laissant saillir au dehors les deux extrémités fermées et munies de robinets. Après avoir chauffé ces tubes au rouge, on y introduit, par un des robinets, un courant de gaz hydrogène carboné, dont on retarde l’écoulement par l’autre, de manière à obtenir une certaine pression dans les tubes. Cette opération dure un nombre d’heures proportionné à l’épaisseur des barres de fer, ou au degré d’aciération qu’on veut obtenir. Voici ce qui parait se passer dans cette opération : L’hydrogène servant de véhicule au carbone s’introduit dans les pores du fer où il abandonne sou carbone, de sorte que le gaz hydrogène, qui s’échappe par le robinet de sottie, a perdu son pouvoir éclairant. Ceci explique l’expérience par laquelle on décarbonise le gaz éclairant, en lui faisant traverser à plusieurs reprises un tube de fer chauffé au rouge. Si l’on avait fait attention depuis longtemps à l’état du tube à l’intérieur, on l’eût trouvé couvert d’une couche d’acier, et cette remarque eût amené la découverte de l’important procédé que nous décrivons et qui ne tardera pas à remplacer les augets de grès, dans lesquels, en Angleterre, on stratifie les barres de fer de Suède, avec du charbon pilé à la grosseur d’un pois. Ce qui démontre combien la fabrication de l’acier de cémentation demande de soins, c’est que l’action du carbone n’est jamais uniforme dans toute l’épaisseur de la barre; quand la surface est arrivée à l’acier doux, le noyau est encore fer; quand le noyau est acier mou, la surface est acier dur, et quand le centre est acier dur, la surface est déjà surcarbonée et se rapproche de la 257 fonte. Pour rendre cette opération moins inégale, on est forcé de s’abstenir d’opérer la cémentation sur de grosses barres. Les Anglais, employant uniquement à cet effet le fer de Suède, obtiennent un résultat beaucoup plus prompt qu’avec tout autre fer ; il ne faudrait donc pas prendre la durée de leur opération comme une règle générale, car le fer de Suède contient souvent beaucoup d’acier, dit naturel, qui provient probablement de l’emploi des bois résineux dans la fabrication du fer. La résine dégageant une quantité de gaz hydrogène hypercarburé, il s’ensuit que ce fer des pays du Nord possède certaines qualités qui l’ont toujours fait rechercher pour l’aciération. Les clous de Suède et de Russie ne cassent jamais sous le marteau et se plient comme du plomb j mais ils manquent de la roideur des clous (1) de Charleroy et ne sont pas demandés. Quand un inventeur a passé l’âge des illusions en (1) A propos des clous, nous dirons que ceux d’Europe sont repoussés par les Américains, parce qu’ils sont pointus ; les leurs sont terminés par une surface rectangulaire, qui fait l'effet d’un emporte-pièce. Les clous pointus font fendre le bois, parce qu’ils n’emportent rien et le refoulent sur les côtés. En fabriquant les clous dans cet esprit, chose fort aisée, les cloutiers de Charleroy s’ouvriraient peut-être un débouché aux États-Unis. On fabrique ces clous en les taillant dans un ruban de tôle chauffé au rouge sombre, qu’un ouvrier présente , en alternant, à des cisailles mues par la vapeur. M. Lehardy de Beaulieu fils vient d’établir, près de Charleroy, une machine du genre de celles qu’il a vues fonctionner en Amérique avec grand succès. Du reste il a renoncé à faire la tôle par percussion, il réussit beaucoup mieux en travaillant le fer au rouge et en faisant la tête par pression. \ RAPPORT. 1 . 17 matière de brevets, il tombe ordinairement dans un excès contraire, parce qu’il livre sans réserve toutes ses observations, tous ses procédés, et se prépare ainsi le déboire non moins fâcheux de voir les autres s’enrichir de ses découvertes et lui contester jusqu’à l’honneur de l’initiative. Cet inconvénient ne pourra cependant pas nous empêcher d’appeler l’attention des hommes de l’art sur l’observation qui suit : Il se trouve dans l’intérieur des cornues perpendiculaires employées à la production du gaz d’éclairage par la décomposition de l’eau, invention à laquelle M. S lligue a donné son nom, avec autant de droit que Vespuce en avait en donnant le sien à l’Amérique, un faisceau de chaînes en fer destinées à la décomposition des huiles. Un des chaînons s’étant brisé par hasard à l’usine d’Anvers, on s’est aperçu qu’il était converti en acier. Une des cornues s’étant fondue partiellement, on a remarqué que des morceaux de cette fonte s’étaient aussi aciérés : il résulte de cette observation que l’acier avait été produit en même temps par deux effets opposés, en carbonisant le fer et en décarbonisant la fonte ; car la fonte contient une trop forte proportion de carbone, tandis que le fer en renferme trop peu; tout cela est donc conforme aux principes de la fabrication de l'acier de cémentation et de l'acier de forge. Cela posé, nous en concluons naturellement qu’il est possible de joindre une fabrique d’acier de cémentation à toutes les usines de gaz à l’eau, appendice qui pourrait couvrir les frais de la production du gaz lui-même. Il s’agit seulement de fixer le nombre d’heures que le fer doit rester dans les cornues, pour obtenir une bonne aciération ; un temps trop court ne laisse pas pénétrer le — “259 carbone jusqu’au centre; trop long, il fait fondre le métal après l’avoir ramené au point de départ, c’est-à-dire à l’état de fonte friable, se réduisant en poudre sous le marteau, et ne pouvant être ni forgé ni soudé. Nous pensons qu’on a tort de supposer que le métal parvenu à cet état ait perdu tout à fait sa valeur; nous avons quelques raisons de croire qu’il est encore souvent susceptible d’être de nouveau privé de carbone surabondant qui désagrégé ses molécules, en lui faisant subir de nouvelles chaudes et de nouvelles trempes; c’est du moins ce que nous avons conclu de quelques expériences faites sur de petits barreaux d’acier de quatre millimètres d’épaisseur, qui présentaient à la casse un gros grain blanc et brillant, semblable à ce que les ouvriers nomment acier brûlé. Exposées à un feu de coke jusqu’au rouge-cerise, et trempées, ces barrettes ont repris le grain serré et gris du meilleur acier fondu : jamais nous n’avons eu de burins plus durs et plus résistants. Nous recommandons cette observation aux ouvriers qui brisent le bout de leurs outils quand ils le supposent brûlé; ils le feraient revenir en le baignant dans un magma d’huile et de résine. Les fabricants français qui nous semblent avoir atteint une grande perfection dans la fabrication de l’acier, sont les frères Jackson, de Rive de Gier; leurs ressorts de voiture sont très-estimés, et c’est plaisir pour un amateur de comparer les diverses cassures de toutes les sortes qu’ils fabriquent. Le nom de Talabot est fait pour inspirer une grande confiance dans les usines de Saint-Juery, dont les scies, les faux et les limes rivalisent avec celles de l’Allemagne; la famille de Talabot est à l’industrie ce 17 * que la famille Dupin est au barreau, et celle des Vernct à la peinture; c’est-à-dire, qu’ils se sont fait un beau nom, l’un portant l’autre. Il s’est établi des aciéries sur beaucoup de points de la France. M. Baudry s’est fixé dans le département de Seine-et-Oise ; M. Paignon exploite la Nièvre avec MM. de Navean et Dequenne; M. Coulaux (ainé) s’est placé à Molsheim, M. Léon Talabot à Toulouse, M. Golden- berg àZornhoff, dans le Bas-Rhin, et MM. Debrie et Malespine, dans la Loire. Ces derniers obtiennent leur acier par la limaille de fer, qui est beaucoup plus promptement carbonisée que les barres; ils le vendent à 2 fr. 20 c. le kil. On trouve ce prix très-modéré en France. La France produit déjà 60,000 quintaux métriques d’acier ; mais comme le préjugé commande d’y apposer les marques étrangères, il s’ensuit qu’elle a l’air de n’en pas produire du tout. Il en est de même pour les limes, qui se fabriquent fort bien dans les grands établissements qui suivent : MM. Monmonccau frères, à Orléans; Boitin, à Paris; Schmidt, à Paris; Abat, Morlière et C\, à Pamiers; Gérard et Mielot, à Breuvannes près Langres ; Crémière et Briand, près de Tours; Bérenger et Petit, à Orléans; Gourjou, fds, à Nevers; Raoul, à Paris; Pnpil, à Paris et Soyer, à Nevers; nous voyons avec plaisir que les marquis de Clugny et de Larochefoucault n’ont pas cru déroger en fondant une grande manufacture de limes à Liancourt, département de l’Oise; nous terminerons cette liste, par les noms de MM. Meunier et Journoud, de Rive de Gier et des frères Marque de la Hutte. La plupart des fabriques de ce grand pays sont montées sur un très-petit pied et ne peuvent se mesurer — 261 avec les colossales usines de Birmingham et de Sheffield, qui ne cémentent pas moins de dix mille kilogrammes à la fois, en brûlant 13,000 kilog. de houille pour chaque opération; il est vrai que la chauffe dure huit à neuf jours et le refroidissement presque autant. On sait que l’opération est terminée lorsque les barres éprouvettes ne présentent plus aucune trace de fer; l’acier reçoit une augmentation de poids de quatre à cinq millièmes, c’est précisément le poids que perd le charbon enfermé dans les caisses. L’acier poule est celui où il vient des ampoules formées par la dilatation de quelque gaz "qui tend à s’échapper ; on suppose que c'est de l’oxyde de carbone ; nous ne savons pourquoi cet acier, produit par le fer tendre, est plus estimé. Une barre d’acier peut être adoucie à la surface, en la chauffant avec de la limaille de fer qui lui soustrait une partie de son carbone. C’est ainsi que Perkins opère sur ses planches d’acier, avant de les faire graver; il leur rend ensuite leur dureté primitive en les cémentant de nouveau par la suie ou le charbon animal qui est bien plus efficace que le charbon de bois. Les Indiens préparent un acier extrêmement estimé, avec les vieux cercles des barriques qui leur arrivent d’Europe et qu’ils enterrent pour en activer l’oxydation, et purger le métal, à ce qu’ils disent. Leurs kris ou poignards nationaux, ainsi que leurs sabres, sont façonnés avec beaucoup d’adresse et ne le cèdent pas en dureté et en élasticité aux célèbres Damas. 11 résulte de la théorie qui précède, qu’il est possible d’emprunter du carbone à la fonte en fusion, pour acié- rer le fer ; par exemple, de la fonte coulée dans un trou pratiqué dans une bande de fer chauffée au rouge, fera naître à la surface intérieure de ce trou une couche d’acier fort utile pour certains mouvements de rotation. Nous aurions dû expliquer peut-être le mode d’action du carbone sur le fer, et pourquoi il le durcit en s’y déposant; mais on pourrait nous adresser le singulier reproche de faire un traité de métallurgie (1); nous nous bornerons donc à dire que le carbone pur étant le diamant, partout où il peut se déposer du carbone même impur, à l’état de cristaux, on doit s’attendre à obtenir de la dureté ; le charbon le plus mou est composé de particules fort dures, puisque, frotté sur les métaux les plus durs, il leur communique bientôt un beau poli. Si le cuivre pouvait recevoir du carbone, il deviendrait aussi dur que le fer. (1) Il est des gens qui nous ont avoué que la seule chose à laquelle ils auraient à redire, c’est au style trop peu technique de notre rapport et par conséquent trop à la portée des personnes étrangères à l’industrie. Nous leur répondrons, que tel est le but que nous nous sommes proposé en prenant la plume ; nous tâchons de marcher de loin dans la voie ouverte par M. Arago, qui est parvenu à rendre la science attrayante et accessible même aux dames, en débarrassant jusqu’à l’astronomie des formules algébriques. C’est ainsi qu’il est parvenu à initier les intelligences les plus médiocres aux plus mystérieuses évolutions des éléments. Le temps approche où il n’y aura bientôt plus que les savants de mauvais aloi qui s’évertueront à voiler la nullité de leurs idées sous les arides formules de l’argot scientifique. — 2G3 — Acier rie Sirhcury (1).. Cet industriel avait fondé une grande société sur un moyen de convertir immédiatement la fonte en acier fondu, en lui enlevant sans doute la partie de carbone et de silice qu’elle contient en excès. Par ce moyen, il coulait toutes sortes d’outils, depuis la paire de ciseaux et les rasoirs, jusqu’à l’enclume. Cet acier, si voisin de la fonte, présente de belles cassures et se trempe fort bien, mais il ne se soude et ne se forge pas ; cependant, comme l’inventeur annonce pouvoir vendre à 40 pour cent au-dessous des prix de l’acier ordinaire, toutes sortes d’outils de menuiserie et de charpenterie, il devrait trouver des amateurs; mais la routine l’emporte encore, et la compagnie est en dissolution comme tant d’autres. Peut-être l’inventeur a-t-il voulu trop embrasser. Sa prétention de faire des burins pour tailler la fonte lui a beaucoup nui, car les essais n’ont pas été en sa faveur, au dire d’un de nos amis qui les a fait faire. Nous le regrettons sincèrement, car cette découverte nous avait singulièrement séduit : l’étalage Sirhenry était un des plus fascinateurs de l’exposition. Acier de foute. Nous avons dit que l’acier ne s’obtenait pas seulement (l)L’un des plus habiles couteliers de Paris, et fabricant d’instruments de chirurgie de la faculté de médecine. — 264 en cédant du carbone au fer, mais encore en enlevant du carbone à la fonte, et pour cela il faut affiner de la fonte blanche très-lentement, en ayant soin de clore Popéra- ration précisément quand la fonte a perdu seulement la dose de carbone qu’elle avait de trop pour constituer de l’acier; en continuant la fusion trop longtemps, on n’obtiendrait plus que du fer, auquel on serait forcé de rendre du carbone par la cémentation, si l’on voulait le ramener à l’état d’acier. L'acier Sirhenry est probablement coulé en ce moment de la fabrication où le bain est encore liquide et où la loupe n’est pas encore parvenue à l’état pâteux. On obtient d'une masse de fonte blanche environ 2/3 d’acier, que l’on raffine en le pliant et repliant sur lui-même sous le martinet ; plus cette opération est répétée de fois, plus l’acier est uniforme; mais il ne faut pas oublier que chaque chaude lui enlève un peu de carbone et qu’on finirait par le convertir en fer. C’est des Pyrénées que nous vient l’acier naturel, c’est-à-dire celui que l’on fait passer immédiatement de certain minerai à l’état d’acier. On ne fait pas en Belgique ces trois dernières espèces. L’unique fabrique d’acier belge est celle de M. Regnier- Poncelet, qui est en pleine possession de l’acier de cémentation et de l’acier fondu; mais, selon l’habitude, on préfère ce qui vient de loin, on veut de l’acier d’Allemagne et d’Angleterre, à qualités et prix égaux ; il en est entré chez nous pour plus de cinq millions en huit années : si l’on eût apprécié à sa juste valeur l’acier de M. Régnier, tout cet argent serait resté dans le bassin de Liège, et M. Regnier, industriel plein d’intelligence el d’activité, eût porté cette fabrication au plus haut de- gré de perfection; car depuis longtemps ses limes ont chassé les limes allemandes des ateliers belges. Il excelle aussi dans les lames de tondeuse, mâles et femelles, et n’a d’autre rival en ces derniers articles que la maison Houget-Teston de Verviers. Nous apprenons que M ra ” veuve Dégorgés, à Hornu, possède aussi une petite fonderie d’acier. Acier et fer fondus. L’acier fondu, qui pourrait, au besoin, s’obtenir par la fusion du fer doux, avec une proportion convenable de fonte blanche, se forme plus aisément en poussant l’acier de cémentation jusqu’à la fusion, dans des creusets réfractaires. L’acier fondu prévaut aujourd’hui en Angleterre sur l’acier de forge et sur l’acier naturel; on le coule en barres dans des lingotières placées perpendiculairement , dont on ferme le jet par un poids pour empêcher les soufflures. M. Leclerc, de Saint-Étienne, était parvenu, il y a quelques années, à fondre du fer doux sans addition de carbone, dans des fourneaux et avec des creusets pareils à ceux dans lesquels on fond l’acier; la température devait seulement être poussée plus loin que pour ce dernier. Le seul défaut des échantillons qu’il nous avait envoyés à Bruxelles, consistait en quelques soufflures et cendrures; mais son fer se soudait, se forgeait, se limait aussi bien que le meilleur fer fort; il donnait même à la casse des nervures de plusieurs pouces. On se promel- 2Gti — tait merveille de cette découverte pour les rouages, les pignons et les engrenages ; elle aurait beaucoup diminué l’épaisseur, et par conséquent le poids d’une multiplicité de pièces qui se coulent en fonte aujourd’hui, avec de si lourdes proportions. Cette invention subit, comme toutes les autres, son temps d’incubation; des différends survenus entre l’inventeur et ses associés, qui se prétendaient propriétaires de la découverte, parce qu’elle avait été faite dans leurs ateliers et par un de leurs associés à la fabrication de l’acier, ont amené une dissolution, et maintenant ni les uns ni les autres n’ont assez de force pour continuer à perfectionner une chose qui pourrait rendre de si éminents services à l’industrie. Les échantillons de ce fer fondu doivent encore se trouver entre les mains de M. Teston, mécanicien à Ver- viers, où nous les avons déposés. Acier de Wootz. Un article d’importation des Indes, qui, depuis quelque temps, prend beaucoup d’importance en Angleterre, c’est l’acier de Wootz. Personne n’ignore qu’il est le meilleur du monde, et qu’on en fait les lames de Damas. En créant, il y a plusieurs années, les fabriques de fer de Porto-Novo, dans le Canara, au milieu des districts qui produisent l’acier de Wootz, les fondateurs avaient droit de s’attendre à un débouché facile et fécond en Angleterre; mais il rencontrèrent les difficultés que trouvent — 26 7 ordinairement les nouveaux produits de l’industrie el du commerce qui viennent attaquer quelque monopole ancien et solidement ancré. Ils fournissaient le fer qui devait être cémenté, aux fabriques d’acier en Angleterre , et celles-ci s’en trouvaient fort satisfaites ; mais, quelque temps après, elles déclarèrent ne pouvoir plus en recevoir, si la compagnie ne s’engageait à pourvoir à tous leurs besoins ■ car deux grandes maisons, qui tiennent le fer de Suède en une sorte de monopole, refusèrent de leur en fournir pour complément de leur besoin, à moins qu’elles ne renonçassent au fer des Indes. Cet obstacle inattendu a forcé la compagnie de Porto- Novo d’envoyer en Angleterre un de ses directeurs, M. J.-M. Ileath, pour y établir une fabrique d’acier, qui, dans ce moment, est en plein travail, et dans laquelle on raffine le fer indien, pour le convertir en ce bel acier que l’on envoie à Sheffield pour être mis en œuvre. Le minerai de fer se trouve en telle abondance dans les environs de Porto-Novo, que la fabrication en pourrait être augmentée démesurément, si le bois n’y manquait pas. Mais, quand l’usage de l’acier de Wootz aura pris son extension naturelle en Angleterre, et que Porto-Novo pourra compter sur un débouché croissant, les mesures seront facilement prises pour augmenter les moyens de fabrication. On croirait difficilement qu’avec tant d’avantages, l’Allemagne vient d’effrayer l’Angleterre par la beauté et le bas prix de sa coutellerie. Nous trouvons dans le Railway Magazine, une lettre d’un négociant qui s’exprime ainsi : « Monsieur, si vous pouviez voir au Cuslom-house un — 268 — énorme et magnifique envoi de coutellerie allemande que notre tarif barbare n’a plus la force d’exclure des marchés delà vieille Angleterre, vous trembleriez pour notre Sheffield et notre Birmingham. » Nous ne sachions pas qu’il soit jamais venu à l’idée des couteliers français ou belges de tenter d’introduire de la coutellerie en Angleterre. Acier à la minute. Il y a quelque temps qu’un inventeur parcourait nos usines en offrant un secret pour convertir subitement le fer en acier; les essais répondaient parfaitement à ses promesses ; des barres de SO millimètres d’épaisseur se trouvaient pénétrées de part en part en les plongeant au rouge soudant, dans une substance dont il faisait secrel. Comme il ne nous l’a pas confié, nous pouvons dévoiler ce que nous en avons appris. Sa composition n’est autre chose qu’un magma de suif, de résine et d’huile de baleine, dans lequel on enfonce des outils tout façonnés en fer doux, après les avoir chauffés à une haute température. S’il arrive que la composition s’enflamme, il suffit de changer rapidement les surfaces de contact en agitant le fer en divers sens dans la matière. L’acier brûlé se rétablit aussi par ce moyen : ses molécules se resserrent, et on peut lui faire subir ensuite la trempe ordinaire. — “209 — Le fer, converti en acier d’une manière aussi subite, ne semble pas être très-solidement aciéré; on dirait que le carbone n’a pas eu le temps de s’y accumuler en assez grande quantité : aussi perd-il son aciération après un très-petit nombre de chauffes. On pourrait comparer l’acier fabriqué de cette manière au cuir tanné par les méthodes abréviatives. Pour le fer comme pour le cuir, le temps semble un élément indispensable au dépôt du carbone et du tanin. « Acier météorique. En 1830 le fils du colonel suisse Fischer avait importé en Belgique un procédé pour faire de l’acier qu’il appelait météorique; il s’était associé à Cockerill et au major Bake,pour exploiter cette belle et importante découverte ; malheureusement Fischer est mort avant l’achèvement de la fabrique, sans avoir communiqué son secret à ses associés. On sait seulement qu’il y entrait du nickel. Fonte malléable. Un des produits de l’exposition qui attirait le plus l’attention des industriels, c’était l’étalage de M. Barré — “270 — (rue rte Ghaillot, n” SS), qui présentait une foule d’objets les plus divers, les plus disparates, coulés en fonte et rendus aussi malléables que le meilleur fer battu. M. Barré prétend même que son métal peut se souder comme le fer et se tremper comme l’acier : deux choses qui n’ont rien d’entièrement incompatible, puisque la fonte décarburée, «à un certain point, n’est autre chose qu’un acier lâche et mou, lequel se trempe et se soude passablement bien ; c’est faute d’avoir présenté la chose ainsi que M. Barré a trouvé plus d’un sceptique, même parmi les membres du jury. La décarburation de la fonte, indiquée par Réaumur, est pratiquée depuis bientôt quinze ans en Angleterre et depuis au moins dix ans à Liège- mais on n’a opéré jusqu’ici que sur des objets minimes de quincaillerie, parce que plus les pièces sont épaisses, plus il faut de temps pour en dissiper le carbone. Le major Frédérïx est le premier qui introduisit le procédé de la fonte malléable en Belgique ; il y avait été amené par la lecture d’un ouvrage allemand du colonel Breihaupt. Voici comment il opéra : il mit les objets en fonte dans une caisse renfermant de la limaille fortement oxydée ; puis il exposa le tout pendant quelque temps à une température très-élevéeet laissa refroidir lentement. Cette opération fait passer la surface extérieure à l’état de fer ordinaire ; on enlève cette couche, et la suivante est de l’acier; on la taille et l’on peut en faire des limes : le centre reste à l’état de fonte. Le major, voyant que la limaille oxydée n’opérait qu’à la surface, eut l’idée d’y substituer la mine rouge de la province de Namur, avec laquelle il a réussi à adoucir la fonte, même pour des objets assez épais. — 371 tl arrivait fréquemment à la fonderie royale que les visières, les supports des earonades et les tourillons des canons devenaient tellement durs que cela seul entraînait le rebut de ces bouches à feu. Pour obvier à ce défaut, le major essaya d’adoucir ces parties par le procédé ordinaire ; mais cela eût coûté trop de temps ; il imagina d’opérer la décarburation au moment même de la coulée, en faisant le moule avec un mélange de sable et de mine rouge, c’était une admirable idée théorique ; mais comme il s’opéra un bouillonnement qui fit manquer le premier essai, probablement parce que l’oxyde rouge n’avait pas été grillé au préalable, la tentative en resta là. Cependant, nous l’engageons à reprendre ces essais. Quand une idée est juste, on peut toujours la mener à bien, à force de ténacité et de tentatives différentes. Car, de même que l’on rend la croûte de la fonte très- dure, d’après les corps avec lesquels on la met en contact, il nous semble également possible de la rendre douce par le contact de corps décarburants. Le major Frédérix ayant communiqué le résultat de ses essais de fonte malléable à M. Lesoinne, habile professeur de métallurgie à l’université de Liège, celui-ci s’empressa d’élever une fabrique au Val-Benoît pour l’exploitation de la fonte malléable ; c’est là que s’adoucissent tous les petits objets de quincaillerie de Herstal, qui se faisaient ci-devant en fer forgé. Le major Frédérix a donné ainsi naissance en Belgique à une industrie nouvelle, qui deviendra chaque jour plus importante. Les Américains, si hardis dans leurs essais, ne s’en tiennent pas aux boucles ou aux mouchettes; ils ont essayé de décarburer des canons tout entiers et ils y sont parvenus; mais ces canons ne se sont pas comportés aux essais comme on l’avait espéré. Le major Frédérix a communiqué les procédés de la fonte malléable à l’ingénieur Gueniveau, professeur à l’école des mines de Paris. En 1836, il envoya à cette école une caisse renfermant des échantillons de tous les objets qui se fabriquent à Liège ; avant cette époque on ne s’en occupait point encore en France. C’est depuis lors que M. Barré a fait sa découverte et qu’il a pu nous faire voir des plaques de fonte de deux pouces d’épaisseur entièrement traversées, ainsi que des coffres-forts tout d’une pièce, que le marteau ne peut pas plus entamer que s’ils étaient en tôle épaisse; des casseroles dont on avait rabattu les bords en dedans, des roues d’engrenage, dont on avait martelé et aplati les dents, sans les casser ; des étriers, des fourchettes, des cuillers, etc., parfaitement malléables. Cette industrie a fait l’objet d’une société en commandite qui devait éprouver le sort de toutes les autres, parce qu’il faut une grande confiance dans la probité du malléateur : car il est difficile de vérifier si la décarbonisation a été consciencieusement effectuée et s’il n’a pas été économisé du temps et du charbon aux dépens des clients. Cette facile improbité a perdu l’industrie d’un ouvrier liégeois qui opérait fort bien dans le principe ; mais cet homme ayant eu le malheur d’y apporter de la négligence, a fini par dégoûter ses pratiques, de sa fonte maniambre, comme il l’appelait. On doit aussi au major Frédérix, l’utilisation des limailles provenant du forage et du tournage des pièces qu’on avait beau projeter dans les fontes déjà liquéfiées — 275 — pour les faire servir, elles se brûlaient et s’oxydaient entièrement sans utilité. Il imagina d’en remplir les vieux projectiles creux, tels qu’obus, bombes et grenades, et de les jeter au creuset après en avoir solidement bouché les ouvertures. La limaille, ainsi préservée de l’action de la flamme et de l’oxygène, se liquéfie en même temps que les projectiles et produit une fonte excellente. Fonte inoxydable. La fonte inoxydable est un alliage de fonte de fer, de zinc et de cuivre, nouvellement découvert par M. Sorel, et qui jouit de propriétés remarquables. Cet alliage est aussi dur que le cuivre et le fer ; il est plus tenace que la fonte douce, on peut le tourner, le limer et le tarauder comme ces métaux ; il n’adhère pas aux moules métalliques dans lesquels on le coule, se conserve au milieu de l’air humide sans se rouiller aucunement et sans perdre le moins du monde son éclat métallique. Un tel alliage pourra être d’une grande utilité pour la confection des machines, et comme, d’ailleurs, il prend très-facilement toutes les couleurs de bronze que l’on veut lui donner, soit en le recouvrant de précipités métalliques, soit en mettant à nu le cuivre qu’il contient, il sera éminemment propre à être employé pour couler les statues, vases et autres objets d’art qui seront RAPPORT. 1. 18 274 — destinés à décorer les monuments publics exposés en plein air ; il aura, d’ailleurs, sur le bronze l’avantage de coûter moins cher : son prix ne dépassera pas 80 centimes le kilogramme. De la trempe de l’acier. L’article suivant étant le produit de notions recueillies sur la trempe de l’acier auprès des mécaniciens et des savants les plus habiles de l’exposition, nous croyons rendre un véritable service à nos industriels en le publiant avec le résultat de nos propres expériences d’amateur, persuadé que nous sommes, que les amateurs proprement dits ont plus fait avancer l’art de la trempe que les praticiens eux-mêmes. Nous ne tenterons pourtant pas d’expliquer ce qui se passe dans cette mystérieuse opération ; le fait matériel et palpable, c’est qu’une barre d’acier décapée, après avoir été trempée au plus dur, étant posée sur un fer rouge ou sur des charbons ardents , laisse apparaître successivement les teintes chromatiques suivantes : jaune-paille, jaune d’or, pourpre, violet, bleu foncé, bleu clair, gris ou couleur d’eau. Si l’on trempe cette barre dans l’eau froide pendant que sa surface subit un de ces changements de ton, l’acier acquiert différents degrés de dureté correspondant à chacune des teintes colorées dont il s’agit. L’acier surchauffé au rouge blanc est ordinairement très-gonflé, ses molécules désagrégées semblent avoir I — 275 — perdu leur affinité, mais elles ont acquis une très-grande dureté ; et nous sommes encore à nous étonner qu’on n’ait pas profité de cette remarque, pour en composer une poudre à polir. Cette poudre écurerait et polirait l’acier comme la poussière de diamant use et écure le diamant. Similia similibus curantur. Si quelque charlatan, comme on appelle les hommes d’esprit qui exploitent les idées que les savants laissent perdre, spéculait sur la poudre d’acier unie à quelque corps gras, pour l’affilage des rasoirs, la gravure des pierres dures, la taille du verre et mille autres usages, ce charlatan ferait fortune aussi bien que les marchands de cirage et dp racahout, à la seule condition d’user, comme eux, du grand moyen d’une publicité périodique soutenue. Les ouvriers habiles jugent à l’œil, du degré de chaleur que doit avoir acquis leur pièce, avant de la plonger dans l’eau ; ils commencent par la porter au rouge- cerise, qui donne la plus grande dureté à l’acier sans le bmler, puis ils font revenir. On peut donner le recuit, non sur les charbons, non dans lesjnétaux liquéfiés, mais dans l’huile; car il n’est pas un recuit qui exige une plus haute température que celle que l’on peut trouver dans l’huile bouillante. Nous savons qu’il serait difficile de persuader aux ouvriers que l’huile à l’état d’ébullition a plus de chaleur que le plomb fondant; cependant, rien n’est plus vrai, car l’huile ne bout qu’à 521 degrés centigrades, quand le plomb fond à 312 et l’étain à 227. On peut donc, à l’aide d’un thermomètre, mesurer exactement le degré de chaleur convenable à toutes les espèces de revient; un très-habile ingénieur en instruis* i ments de précision, M. Thémar, de Bruxelles, conseiller de la fabrique d’aiguilles de l’Aigle, en France, y a fait adopter la trempe à l’huile pour les aiguilles; cette fabrique a renoncé à tous les anciens procédés pour adopter ceux de M. Thémar. Nous reviendrons plus tard sur cet important sujet. Il n’y a pas de règle pour arriver à coup sûr au degré voulu; cela varie d’après la nature des aciers, et il faut une expérience acquise par beaucoup d’essais pour devenir un habile trempeur. Cet inconvénient nous a fait chercher et trouver une règle pour réussir du premier coup, dans la trempe des burins et des pointes sèches pour les graveurs sur pierres et sur métaux ; nous pourrions même dire que cette découverte, qui semble insignifiante, nous a mis à même de porter la gravure lithographique à un point de perfection si voisin de la plus belle taille-douce, que ce titre nous a valu la grande médaille d’or de la Société d’encouragement de Paris, au concours de 1838. Notre procédé consiste à ne chauffer que l’extrémité des burins, et à ne les tremper que lorsque cette extrémité est arrivée au blanc ; il est certain que l’on obtient de la sorte toutes les nuances de dureté échelonnées sur la barrette; il ne s’agit donc plus que de chercher la plus convenable, et pour y parvenir on prend une pince ou un marteau, et l’on casse la barrette, par petits tronçons; les premiers morceaux se rompent comme du verre et présentent un très-gros grain, qui diminue à mesure que la résistance augmente ; quand on est parvenu à obtenir un grain très-serré, l’on aiguise son burin sur la meule (1)|, (1) Les rémouleurs nomades ou gagne-petit savent fort bien — 277 et l’on est sur d’avoir un outil qui surpassera en durée tous les burins trempés par le meilleur ouvrier possible. Nous avons introduit ce procédé dans plusieurs ateliers pour les outils à buriner la fonte ; nous avons môme tenté de l’appliquer aux rasoirs; car on sait que sur une douzaine de ces indispensables instruments, il en est à peine un qui se trouve trempé à un degré convenable. Un rasoir exécuté par ce procédé serait plus cher, parce qu’il faudrait perdre du métal pour chercher la ligne dure et du temps pour l’aiguiser, mais il serait éternel, et cette fois seulement on pourrait le garantir. On voit que si ce procédé de tâtonnement est plus long, il est du moins plus sûr, et nous ne doutons pas qu’il ne soit applicable dans une foule d’occasions qui n’admettent point d’incertitude ; l’ouvrier qui manquera une pièce ne pourra plus répondre comme maintenant : Que voulez-vous? Je n’étais pas dedans! Longtemps on est resté incertain sur le choix des liquides dans lesquels la trempe doit s’opérer; chaque ouvrier prétendait, et prétend encore, posséder un secret qu’il faut de l’eau sur la meule, quand on repasse l’acier, pour l’ein- pêcher de s’échauffer et de revenir, c’est-à-dire de se détremper; c’est parce qu’ils le savent qu’ils n’en mettent pas ; c’est un moyen de se ménager la pratique des cuisinières, dont ils s’évertuent à gâter tous les instruments, tels que couperets , hachettes, couteaux, ciseaux, etc. Ils peuvent, après cela, se représentera coup sùr, tous les huit jours; car un outil qu’ils ont touché une seule fois, leur doit une redevance hebdomadaire ; l’acier sous leurs mains devient fer. Chacun peut se donner la satisfaction d’observer la perpétration de ce crime de lèse-taillant, dans les rues de Bruxelles ; la police devrait bien donner à ses agents la consigne de veiller à ce que les rémouleurs missent de l’eau sur leur meule, car tout ce qu’ils repassent à sec est un véritable délit contre la propriété. — 278 — particulier, et rien n’est plus difficile à démentir que cette assertion ; car elle est souvent faite de la meilleure foi du monde. II n’y a peut-être que les couteliers de Namur qui ne se piquent pas d’avoir une trempe exceptionnelle, car leurs lames de canifs et de couteaux qui nous sont tombées entre les mains semblent n’avoir pas été trempées du tout ; les manches seuls peuvent rivaliser avec la coutellerie de Langres, de Sheffield et d’Allemagne. Nous serions tenté de croire qu’on les repasse aussi sans eau. Si les fabricants de Namur entendaient leurs intérêts , ils donneraient plus d’attention à la trempe ; il vaut mieux qu’une lame de canif se casse que de s’émousser sur la plume. Nous prions ces messieurs de ne pas prendre en mauvaise part un avertissement qui n’a pour but que de les engager à veiller avec plus de soin à une opération dont dépend la durabilité de tout succès en coutellerie. Pour revenir à l’empirisme des ouvriers, nous dirons que nous avons vu un forgeron demander un petit verre de genièvre pour le jeter dans son eau, et que nous avons connu, il y a 36 ans, le fameux Humbert de Langres, qui se vantait de posséder un tel secret pour la trempe des rasoirs, qu’une maison l’avait engagé à raison d’un louis par jour, d’une tasse de café et de trois bouteilles de Champagne. Ce fameux secret consistait à trancher avec le rasoir chauffé, un pouding de vers de terre et de limaçons rouges ; c’était une trempe de la nature de celles que nous appelons retardataires d’après la théorie que nous allons esquisser. 279 — Théorie de la trempe. L1 n’existe pas, que nous sachions, de traité spécial sur la trempe ; tout ce qu’on en a publié se trouve épars dans les manuels ou dans les bulletins des académies ; la Société d’encouragement ferait bien de proposer un prix pour une compilation raisonnée qui réunirait toutes les recettes disséminées dans les journaux ou dans les fabriques; ce livre ne serait pas de peu d’utilité pour l’industrie ; il deviendrait le manuel de tous les ouvriers qui travaillent le fer. En attendant, nous ferons nos efforts pour semer quelques jalons sur la route. Nous expliquerions bien la trempe comme on le fait à l’égard d’une foule d’effets que l’on ne comprend pas, en disant que l’électricité y joue un très-grand rôle; mais il nous parait tout aussi simple de supposer que la dureté acquise par l’acier au moment du refroidissement, favorise la cristallisation du carbone, qui serait du diamant, s’il était pur et sans interpolation de fer. Le fer intercalé serait donc comme une espèce de fondant du carbone qui, dans cet état d’extrême division et d’impureté, est peut-être fusible. Quoi qu’il en soit, en prenant l’eau à la température moyenne et l’acier au rouge-cerise, pour point de départ, on obtiendra une trempe plus dure quand l’eau sera plus froide, et plus douce lorsqu’elle sera plus chaude. Nous avons trempé au rouge sombre, dans la neige et dans la glace avec plein succès, mais l’eau très-froide acidulée, est ce qui nous a donné le plus de dureté, c’est une trempe roide. — 280 L’acide nitrique pur rend l’acier friable, quand on porte la température au rouge-cerise ; mais si l’on trempe au rouge sombre, l’effet est excellent, au dire de Réau- mur, qui, à travers une foule de faux raisonnements, a fait d’excellentes expériences sur l’acier. Il a trouvé, entre autres, que les os calcinés et la craie adoucissent parfaitement les aciers aigres et la fonte, et il a soupçonné que l’ammoniaque joue un grand rôle dans l’aciération. Si l’on trempe l’acier dans des corps gras muqueux ou savonneux, la trempe est beaucoup trop tendre, parce que l’acier s’entoure immédiatement d’une robe de mucosités qui préserve le métal du contact immédiat de l’eau, et ralentit le saisissement. En Suisse, on trempe les haches en leur faisant traverser un pain de graisse avant de les plonger dans l’eau ; les menuisiers de ce pays trempent leurs gouges et leurs ciseaux en les enfonçant dans du suif de mouton ; d’autres mettent une couche d’huile sur l’eau dans laquelle ils plongent leur acier. Tout cela n’a d’autre effet que d’éviter la trempe aigre, comme on l’appelle. Les faux sont chauffées à la forge, au rouge blanc et au charbon de bois, on les trempe dans un mélange de graisses de bœuf, de mouton et de veau, on les nettoie ensuite et on les passe à la flamme jusqu’à l’apparition de la couleur bleue. C’est une trempe douce ou retardataire. Les ouvriers commencent par tremper au plus dur du premier coup et font revenir, comme ils disent, en réchauffant la pièce, apres en avoir décapé la surface ; ils attendent alors que les couleurs du revient apparaissent successivement, pour saisir celle qui convient à leur objet. — 281 Ils savent qu’en enduisant de graisse un morceau d’acier et en le posant sur les charbons ardents jusqu’à ce qu’elle s’enflamme, ils en obtiennent un bon effet ; l’expérience leur a souvent démontré que le degré de chaleur où l’huile prend feu, est aussi celui qui donne le recuit demandé pour certains ressorts et certains aciers. Les couteliers ne vont même pas si loin ; ils attendent seulement que l’huile fume. Les tourneurs trempent leurs crochets comme il suit : après les avoir fait rougir sur une longueur de deux ou trois pouces, ils n’en plongent quel’extrémité dans l’eau; puis ils la retirent et se hâtent d’en polir une face avec une pierre à aiguiser; cela fait, ils observent sur cette face le retour de la chaleur concentrée dans la partie non trempée, qui communique de proche en proche le recuit jusqu’à l’extrémité du crochet; quand ils aperçoivent la couleur paille ou bleue, selon l’espèce d’acier et la qualité de trempe qu’ils savent lui convenir, ils plongent le tout dans l’eau froide. Un ouvrier liégeois, nommé Brisart, est en possession d’une trempe supérieure pour les limes : il les vend plus cher, mais elles durent quatre fois plus que les autres, et leurs débris, aiguisés en forme de couteaux ou de canifs, sont capables de couper le fer et le cuivre sans s’émousser : nous en avons fait l’expérience nous-même chez M. Sax, qui nous a fait remarquer combien cette trempe était douce et grasse sans nuire à sa dureté. Malheureusement M. Brisart ne fait que des limes fines, et ne donne pas plus d’extension à sa fabrique que le célèbre Raoul, de Paris, dont les tiers points pour seies ont la propriété d’entamer les meilleures limes anglaises. Voilà des fabricants que les gouvernements devraient encourager, et dont ils feraient aussi bien d’acheter les procédés secrets que celui de Daguerre, pour les divulguer. L’économie qui résulterait de ce chef serait immense, car un ouvrier qui ne fait que limer, use deux limes ordinaires par jour, une grosse et une fine. C’est ce qui explique l’effrayante consommation qui s’en fait. L’Angleterre seule emploie 360,000 livres d’acier par mois à cet usage; elle fabrique 72,000 limes par jour, ce qui suppose 36,000 limeurs entretenus par ses soins. Les limes de Brisart ayant quatre fois plus de durée que les limes ordinaires, produiraient une économie de plusieurs millions par mois, sur le prix de revient des machines et ouvrages en fer. Achetez donc les secrets de Brisart et de Baoal! S’ils ne viennent pas à vous, imitez Mahomet, allez à eux. Faites aussi comme Napoléon, qui profitait de ses victoires pour expédier des commissaires à la conquête des procédés secrets des usines de la Styrie, de la Carinthie et de la Carniole. Ce qu’on livrait à ses armes, vous l’auriez pour quelque argent, quelques rubans, et souvent même pour de bonnes paroles qui coûtent si peu et qui font tant d’effet. Trempe de Galle pour les coins de médailles. Le célèbre graveur Galle, membre de l’Institut, qui avait exposé des chaînes de son invention, confection- — 283 nées dans l’esprit des chaînettes de montre, et dont nous parlerons plus tard, nous a communiqué sur la trempe des coins de médailles, des observations de la plus haute importance. On sait que rien n’est plus ordinaire que de voir éclater lqs coins de monnaie à la trempe, c’est le désespoir des graveurs; car il n’en est pas un qui puisse répondre qu’un travail de six mois ne sera pas perdu dans cette opération délicate, à moins qu’il ne consente à tremper doux, ce qui est un défaut presque aussi grave; eh bien, M. Galle n’a pas perdu un de ses coins, depuis 30 ans ; aussi est-il assez sûr de son fait pour travailler avec confiance, pendant des années, sur le même bloc d’acier. Nous l’avons trouvé occupé aux bustes de Watt et de Wollaston que l’Angleterre lui a commandés. Nos graveurs doivent se féliciter qu’il ne soit pas venu une épreuve de ce graveur à la dernière exposition de Bruxelles. En attendant que nos médailleurs, qui deviennent assez nombreux, arrivent à cette perfection, et pour leur donner du courage, nous leur dirons comment M. Galle trempe ses coins. Cet observateur judicieux a eu aussi ses mauvais jours en débutant ; mais ayant remarqué que ses coins se brisaient toujours de la circonférence au centre, comme une rondelle de bois vert que l’on fait sécher trop vite, il comprit de suite que ces accidents provenaient de ce que la pièce dilatée par la chaleur, se trouvant refroidie dans sa périphérie avant de l’être au centre, le cercle refroidi faisait de vains efforts pour comprimer le centre encore rouge, et par conséquent plus dilaté, plus gros qu’il ne doit être. — 284 — On ne peut se faire une idée de l’effort que fait cette périphérie pour comprimer le noyau ; nous sommes surpris qu’il échappe un seul coin au régime de la trempe ordinaire, ou qu’ils ne se brisent pas au premier choc comme 1 alarme batavique, qui se trouve dans un état de contraction analogue ; contraction que l’on aperçoit en grand dans les roues de locomotives, dont on a placé les bandages trop chauds sur la circonférence. t M. Galle a remédié d’une manière fort simple à ce grave défaut ; aussi est-il le seul qui ne recule pas devant les médailles d’un grand module. Voici son procédé : Il place lë coin destiné à la trempe au centre d’une rondelle de fer de même hauteur, en ménageant, entre la rondelle et le coin, l’espace d’ua centimètre environ; cet espace, il le remplit d’argile qu’il entasse fortement au marteau. En cet état, il trempe la pièce en paquet pour éviter l’action du soufre. Voici ce qui se passe à la trempe : Le cercle d’argile préserve du contact de l’eau la circonférence, qui se refroidit en dernier lieu, et tandis que les deux faces sont fortement endurcies, la circonférence ne l’est pas ou l’est très-peu, ce qui est indifférent dans un coin de monnaie. Il est bien entendu que ce procédé, applicable à beaucoup de cas, ne l’est cependant pas aux cylindres de laminoirs, dont la circonférence seule a besoin de dureté. Trempe au canon. Pour obtenir des forets, des fraises et des burins réunissant la dureté à la résistance, sans déviation aucune, on met dans un canon de pistolet tous ses petits outils et l’on coule par-dessus tout cela du métal de d’Arcet (1), on ferme l’embouchure avec un tampon de fer ou d’argile et on opère sur ce canon comme s’il s’agissait de le tremper lui-même. L’action du froid produite au moment de l’immersion se trouvant retardée par l’enveloppe métallique, n’agit, pour ainsi dire, que de seconde main, sur les pièces soumises à l’expérience. Ces pièces, à l’abri de l’action du soufre, de l’air et des gaz, n’éprouvent aucune de ces dévastations auxquelles les pièces trempées directement et saisies par un refroidissement subit sont toujours sujettes. Nos industriels ne doivent point laisser passer, sans le retenir, un procédé propre à remédier à un défautquiaruinéplusd’une entreprise. Pour retirer les petites pièces du tube, il suffit de le placer dans l’eau bouillante. Le métal de d’Arcet se fond, et le contenu du canon est versé dans l’eau ; on en retire alors les petits forets qui ont reçu le recuit nécessaire, par le seul fait du contact du métal fondu à la température de l’eau bouillante. (1) Le métal fusible de d’Arcet est un composé de 8 parties de bismuth, b de plomb et 3 d’étain, fondues ensemble dans un creuset ; ce composé se fond à la température de l’eau bouillante ; on le rend bien plus fusible encore en y ajoutant du mercure. — 286 Nous croyons à la possibilité de tremper ainsi les lames femelles des tondeuses et une foule de pièces précieuses qu’il faut empêcher à tout prix de se déjeter. Cette méthode a surtout l’avantage de donner une grande uniformité à la trempe, chose presque impossible pour les pièces longues, qu’il est très-rare de pouvoir chauffer également au feu direct. L’ingénieux membre de l’Institut, dont nous avons déjà parlé, fait aussi tous ses efforts pour répandre la trempe au plomb fondu, parce que, dit-il, on peut évaluer exactement au pyromètre, la chaleur du plomb ou de l’étain dont la température est promptement mise en équilibre avec la pièce qu’on y plonge ; le degré convenable une fois reconnu, on ne peut plus se tromper. Il en est qui prennent pour règle le degré de fusion du plomb, en y plaçant leur pièce au moment où le lingot n’est encore fondu qu’à moitié ; mais cette température est souvent trop basse. Nous regardons la chauffe au plomb fondu comme très-favorable à la fabrication des rasoirs et de la coutellerie en général, à cause de la facilité qu’on a d’en mesurer la température, Le capitaine Belleurgey (1), un des plus ingénieux (1) Nous ne pouvons nous abstenir de raconter ce qui vient d’arriver à cet inventeur. Placé en garnison à Troyes, en Champagne, cet officier s’était monté un petit atelier où il passait, à exécuter ses ingénieuses conceptions, tout le temps que ses camarades perdaient au café, au théâtre et ailleurs. Son général, vieux sabreur de l’empire, trouva que le capitaine travailleur donnait un mauvais exemple au corps; il lui intima l’ordre de se rendre à Cherbourg et le força à vendre ses tours et ses étaux. Le pauvre capitaine tremblait — 287 — inventeurs que nous connaissions, se loue beaucoup de la trempe dans le mercure comme corps réfrigérant pour les emporte-pièces. Un habile petit ouvrier, nommé VEnseigne , trempe le bout de ses burins, en les plantant d’un coup de marteau dans un bloc de plomb; il appelle cela sa trempe sèche; il trempe même au besoin un outil de fer pur, en l’enfonçant dans un cuir de semelle ; ce fer y puise suffisamment de carbone pour acquérir une certaine dureté à sa surface. Le martelage seul, exercé sur un ressort d’acier mince ou de cuivre, lui communique une espèce de trempe qui suffit dans beaucoup de cas. Nous ne parlerons pas de la trempe en paquet ou à la volée, qui est la plus anciennement connue de tous les ouvriers, et en général de tout ce que nous croyons trop répandu. On voit qu’il y a de quoi choisir en fait de trempe; nous avons nous-même réussi en trempant dans des fruits, et les horlogers réussissent en chauffant à la chandelle leurs petits forets qu’ils refroidissent dans le suif, ou même en les agitant dans l’air. En Amérique on trempe les coins de monnaie sous une chute d’eau tombant d’une grande élévation. Ce procédé équivaut à celui de M. Galle, puisque le jet frappant sur la face de gravure, celle-ci se refroidit avant la circonférence; car l’eau rebondit et mouille à peine le cercle extérieur. Il est, selon nous, une trempe à laquelle on donnera d’être destitué ou puni pour avoir exposé une douzaine d’inventions dont une seule suffirait pour faire la réputation d’un homme de génie. 288 — sans doute la préférence, quand on aura pris la peine de l’essayer : c’est la trempe à l’air comprimé, dont nous donnerons un aperçu après avoir parlé de la trempe des ressorts de voiture. Les lames destinées à ces ressorts, après avoir été chauffées au rouge-cerise dans un four fait exprès (1), sont plongées dans l’eau ; mais il faut leur donner le recuit , ce qui s’opère de deux manières ; la première est d’enduire les lames d’un corps gras, et de les présenter au four en les tenant avec une pince; on les retire aussitôt que l’huile s’enflamme pour leur donner la dernière trempe. La seconde méthode est de les tenir dans le four pendant un temps que l’ouvrier apprécie par habitude ; il a soinderetourner sa lame en la saisissant par l’autre bout, dans le but de lui donner une chaleur uniforme ; il la ' retire alors et se met à la frotter avec une touche de bois; il ne plonge sa pièce dans l’eau qu’après avoir reconnu le degré de chaleur convenable d’après la manière dont le bois fume et se comporte au frottement. Quand un ouvrierveut essayer le degré de recuit qu’il convient de donner à certains outils, degré qui varie selon chaque espèce d’acier, il procède par des essais; il décape son outil après l’avoir trempé au rouge-cerise; arrivé au jaune-paille, il essaye, et s’il s’égraine, il le ramène un peu plus près du bleu jusqu’à ce qu’il ait atteint (1) Il n’y a que M. Pauwels à Bruxelles qui ait pris la peine de faire construire un four spécial pour la chauffe des ressorts, les autres carrossiers continuent à se servir de la forge qui ne peut chauffer egalement une laine un peu longue; aussi M. Pauwels est-il renommé ajuste titre pour l’excellence des fournitures de voitures qu’il ne cesse de faire au chemin de fer. 289 — la résistance désirée; il conserve alors cette pièce comme échantillon du recuit à donner à toute la partie de même acier qu’il a à sa disposition. Il y a quelques ouvriers assez habiles pour tremper les objets polis du premier coup; ceux de Solingen, par exemple, trempent aussi les épées et les fleurets. Quoique toutes les couleurs, à l’exception du rouge, ne soient que superficielles, elles n’en correspondent pas moins à un arrangement moléculaire différent, ce dont on s’aperçoit en rompant le même barreau d’acier à ses différentes nuances et en observant la disposition des lamelles au microscope. Trempe à l'air. Un de nos amis qui a visité les célèbres fabriques de Damas, nous a conté que les sabres si réputés de l’Orient, ceux avec lesquels les Bédouins coupent la tète en cet instant aux malheureux colons d’Afrique, sont manufacturés avec l’acier des Indes (Wootz); la trempe n’a lieu que pendant les grands vents du nord; chaque fabrique possède, à cet effet, deux longues murailles formant un entonnoir dont le sommet aboutitprès de la forge; une petite planchette recouvre une fente d’un demi-pouce de large et de quatre pieds de haut. Le sabre chauffé au rouge est subitement présenté à cette ouverture par laquelle un vent froid se précipite avec impétuosité et dont le souffle détermine cette admirable trempe qui donne au Damas la propriété d’en- ihpport. 1 . 13 — 490 — tamer profondément nos sabres d’Europe, sans en être émoussé. Une ancienne légende turque rapporte qu’un jour un guerrier, pressé d’avoir une arme pour voler au combat, arracha de la forge un yatagan tout rouge, et lança son cheval au galop en faisant voltiger sa lame au- dessus de sa tête, ce qui lui donna une trempe excellente. Il s’attacha du merveilleux à cette manière de tremper les sabres au galop, et les mameluks, assez heureux pour en posséder un, se croient certains d’abattre la tète du premier giaour qu’ils auront à combattre, ce qui les porte à chercher toutes les occasions d’essayer la puissance de ce talisman. On conçoit que la méthode turque peut être simplifiée chez nous : au lieu de murailles-entonnoirs, nous avons l’air comprimé à plusieurs atmosphères, capable de produire un froid d’autant plus grand que la compression aura été poussée plus loin. Nous avons vu des gouttes de glace se former, au cœur de l’été, autour de la soupape de sûreté du canon à vent de l’ingénieur Perrot, dès qu’on s’avisait d’en mouiller les bords. D'après les expériences d’un autre de nos amis, M. Thillorier, l’air comprimé dans sa pompe, à trois capacités , dégage assez de calorique pour carboniser en peu d’instants le cuir de ses pistons. Quand cet air a cédé son calorique aux parois du vase qui le contient et qu’on le laisse s’échapper, il reprend, en se dilatant, beaucoup de calorique aux corps environnants (1); présentez à ce jet une pièce d’acier chauffée (1) Nous avons imaginé, d’après cette observation, une manière — 291 au rouge brun seulement, elle sera trempée au plus dur sans se déjeter, sous l’action de l’air, comme elle l’aurait fait au contact de l’eau. Rien ne serait donc plus aisé que de construire un appareil de trempe d’après ce principe ; on croit même que M. Regnier-Poncelet en possède un pour ses lames femelles qu'il est parvenu à tremper sans la moindre voilure; cette fabrique est la première qui ait mis dans le commerce de l’acier prenant le dur à l’air; on a longtemps regretté en France qu’elle soit passée à l’étranger avec le pays de Liège. On aurait l’avantage, avec un jet d’air, de durcir seulement certains points d’une pièce, par exemple, le bord des trous ou le centre des crapaudines destinées à recevoir un pignon ou un pivot, le reste pouvant demeurer tendre. Nous avons donné à M. Thillorier le conseil d’essayer la trempe à l’acide carbonique comprimé par sa méthode; on sait que le froid produit par son appareil de congélation dépasse 100 degrés au-dessous de zéro. Puisque de la plus basse température résulte la trempe la plus dure, que n’est-on pas en droit d’attendre de cette expérience? fort simple de se procurer une grande quantité de glace, sous toutes les latitudes ; cet appareil consiste en une colonne de fer-blanc, posée perpendiculairement sur le robinet d’un réservoir d’air comprimé ; cette colonne ou ce tuyau étant rempli d’eau, si on laisse échapper l’air comprimé, il enlèvera tant de calorique à l’eau, en la traversant, qu’elle sera presque instantanément convertie en une masse de glace. On dit que l’épouse d’un lord anglais avait fait présent d’un instrument analogue, à Napoléon, à Sainle- Hélène. 19 ’ — “292 — Le musée de l’industrie de Bruxelles possède un appareil de Thillorier. La commission directrice devrait se livrer à des essais de ce genre, qui feraient considérablement avancer ce point important des sciences utiles. Elle devrait aussi tenter d’introduire, à l’aide d’un robinet creux, un morceau d’acier rougi, dans un vase contenant de l’acide carbonique liquéfié; il se pourrait qu’une nouvelle quantité de carbone pur se fixât dans le métal et lui donnât la dureté du diamant. L’expérience est dangereuse, mais elle ne doit pas arrêter des hommes tant soit peu fanatiques de la science. Thillorier leur a ouvert la voie; il fait plus en ce moment, il a résolu de liquéfier l’air atmosphérique; ses appareils sont prêts et il n’est pas homme à reculer devant le danger. Le roi des Français l’a fait chevalier de la Légion d’honneur, après la congélation de l’acide carbonique! la croix d’officier l’attend après la liquéfaction de l’air. Des aiguille» â coudre. Il n’y a pas longtemps que la France peut montrer des aiguilles de sa façon, et peut-être ne le pourrait-elle pas encore, si un Prussien, aussi entreprenant que malhabile, ne lui eût porté les premiers rudiments des procédés de Borcette; car c’est à peine si nous devons mentionner les essais faits à Paris aux frais de l’État par la convention nationale. — 293 — M. Adam fut, à vrai dire, le premier père des aiguilles françaises ; car ce fut lui qui érigea en 1819, la première fabrique à Mérouvel près l’Aigle; mais, après avoir constaté son impuissance, il appela des associés auxquels il fit dépenser plus de 300,000 fr.; leur fabrique fut adjugée en 1824, avec un zéro de moins, à MM. Dupuy et Delaborbe; elle passa ensuite à MM. Marchand et Van Iloutem, puis fut reprise, en 1827, par M. Chevcissut, entre les mains duquel elle s’écroula l’an de grâce 1831. C’est parmi ses ruines que s’éleva M. Ventillard, ouvrier intelligent qui la dirige aujourd’hui avec 70 travailleurs. Le prix de ses aiguilles, faites avec du fer de Berry, est de 1 fr. 30 c. le mille pour les mauvaises, et de 3 fr. pour les médiocres. M. Ventillard se plaint de n’avoir obtenu que la médaille d’argent, et accuse son concurrent de ne devoir sa médaille d’or qu’à un mélange adroit d’aiguilles anglaises à celles de sa fabrique ; accusation aussi aisée que la fraude a pu l’être et qu’il était difficile de la constater. Ce concurrent était M. Cadon- Taillefer, de l’Aigle, département de l’Orne, dont le fils est allé chercher en Angleterre des procédés et des ouvriers. M. Cadou fabrique aussi d’excellents hameçons. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas sur ces deux champions que porteront nos investigations ; il en est de plus modestes qui ont dédaigné les honneurs de l’exposition et qui n’avaient pas besoin de cela pour se faire connaître; ce sont les frères Rossignol, qui, plus anciens et plus heureux dans leur production, n’en sentirent pas moins le besoin de mettre un terme aux déchets énormes qu’ils éprouvaient du fait de la trempe, du redressement et du polissage; ces industriels, qui savent calculer, eurent le bon esprit d’appeler à leur aide M. Thémar , qui alla — 294 — leur communiquer les perfectionnements dont il est l’inventeur; depuis lors tout marcha de mieux en mieux dans leurs ateliers. A en croire les comptes rendus des journaux de Paris , les aiguilles de l’Aigle ne laissent rien à envier aux aiguilles anglaises. Nous ne demanderions pas mieux que de le croire, n’était l’entêtement des dames françaises qui s’obstinent à charger toutes leurs connaissances partant pour la Belgique, de leur rapporter en fraude quelques paquets d’aiguilles anglaises qu’on trouve à fort bon compte à Bruxelles. Nous devons seulement les avertir que les fabriques allemandes contrefont si bien les papiers, les marques et l’empaquetage élégant des Anglais, que tout le monde y est pris comme à la véritable eau de Cologne de Jean-Marie Farina. Cependant nous leur enseignerons à distinguer à peu près lesaiguilles anglaises aux signes suivants : J° la rainure est très-courte, et ne se prolonge pas en se perdant jusqu’au milieu de l’aiguille; 2° le trou, ordinairement rond et douci, ne déchire pas le fil; 3° elles sont parfaitement droites, et lapointe est exactement dans l’axe; 4° les bleueurs leur donnent un beau poli en long, sur une meule d’acier et non sur la meule de pierre que l’on s’obstine à conserver ailleurs. Ce poli en long efface entièrement les stries circulaires résultant du poli en rond; 8° les aiguilles anglaises sont toujours trempées, de manière à ce que les pointes soient élastiques et les corps roides ; 6° elles ont un poli noir fort aisé à distinguer du poli allemand, et ne se courbent jamais. Rien n’est plus rare qu’un fétu d’acier possédant toutes les qualités qui constituent une aiguille de mérite, nousdironsqu’ilest de cespetitsinstruments quidonnent — 293 — lieu, au parquet des garçons tailleurs, à des transactions commerciales d’une grande importance relative • il n’est pas rare de voir un ouvrier offrir un franc d’une aiguille qui a travaillé douze à quinze jours et qui s’est habituée à traverser les étoffes les plus dures, sans se casser et sans rompre son fil. L’acheteur retrouve son argent dans la plus grande somme de travail accompli ; car on doit établir la valeur d’une aiguille qui passe vite, à la même échelle que celle d’un cheval de course. Il est vraiment singulier que la France , qui est, sans contredit, le pays de l’Europe où l’on casse le plus d’aiguilles , à cause des articles de mode que Paris fournit au monde entier, ait été jusqu’ici privée d’une manufacture qui, de temps immémorial, occupe des milliers d’ouvriers à ses portes, et donne naissance à des fortunes doucement progressives, que jamais une déconfiture n’a frappées, en Allemagne du moins. On pourrait dire que l’aiguille à coudre a les mêmes tendances que l’aiguille aimantée à se tourner au nord, puisqu’elle s’est portée vers Aliéna et Iserlohn, de préférence à Liège et aux pays méridionaux, où elle a tant de peine à se fixer. Nous ne suivrons pas la fabrication de l’aiguille dans ses détails connus, nous croyons qu’il est superflu de nous extasier, avec les touristes, sur l’adresse et les bons yeux de ces ouvriers nains, qui percent mille petits trous d’aiguilles pour 73 centimes, et enfilent un cheveu dans un poil de moustache. Cette race de perce- aiguilles manque ailleurs, il a donc fallu chercher à la remplacer par des machines à percer et à rainer, machines qui exigent une grande précision, mais qui sont — 296 — loin de faire gagner quelque chose aux aiguilles, en bonté ou en régularité. Du reste, on ne saurait espérer d’établir à l’étranger une manufacture d’aiguilles sans ces moyens mécaniques, à moins de se rendre coupable du rapt d’enfants mineurs sur le terroir qui les produit. Parlons maintenant de la trempe de M. Thémar, et décrivons son secret le mieux possible ; car il peut servir à tout autre objet qu’aux aiguilles. II faut savoir d’abord, qu’une bonne aiguille exige une trempe à caractère, c’est-à-dire, qui casse plutôt que de plier; mais elle doit résister, et faire ressort de la tête à la pointe pour bien traverser les étoffes épaisses. Si l’on considère la difficulté de donner à un petit instrument de dimensions si variées, un degré de trempe uniforme et capable de remplir toutes les conditions qu’on en exige, il ne faut pas s’étonner du soin qu’apportent les Anglais à se munir d’une qualité d’acier fin et tenace, là où les Allemands n’emploient qu’une sorte d’étoffe d’acier mêlée de fer, qui ne peut ni résister, ni recevoir le poli complet, ni une trempe suffisante. Aussi répandent-ils, sous la marque anglaise, des masses d’aiguilles de toutes formes et dimensions, qui se vendent, il est vrai, à très-bas prix, ce qui ne constitue pas moins une action déloyale de contrefaçon, dont la répression serait de la plus haute importance et devrait faire l’objet d’une convention internationale; car ce crime commence à se glisser en toute sorte de choses. Voilà pourquoi nous avions proposé d’étendre à tous les pays civilisés la propriété industrielle des inventeurs, avec le droit de poursuivre la contrefaçon devant Jcs tribunaux, chez tous les peuples entrés dans cette — 297 — confédération protectrice des œuvres de l’intelligence. Un brevet accordé, un dessin, un livre, une firme, un modèle, déposés dans un pays quelconque, par un inventeur ou un auteur, devraient partout en assurer réciproquement la propriété. Nous ne cesserons de le dire : la libre concurrence et l’impunité des contrefacteurs ont fait du commerce un vaste atelier de fraude ; c’est à qui trouvera le moyen de déguiser, d’adultérer, de frelater ses produits ou ceux des autres; les honnêtes industriels eux-mêmes sont souvent sollicités, et quelquefois forcés de fabriquer de mauvaise marchandise, sous peine de n’avoir rien à faire. Par exemple, un Macaire étranger viendra dire aux entrepreneurs d’armes de Liège : Je vous prends dix mille fusils, mais je les veux à huit francs, arrangez- vous en conséquence. Il dira aux fabricants de couteaux de Namur : Je ne tiens pas à la qualité des lames, mais il me faut de l’apparence pour cinq mille francs ; apparence qui me fera plus de profit que la réalité. Quand les frères Lânder, serviteurs et compagnons deClapperlon et du major Laing, furent décidés à repartir pour un voyage de découverte en Afrique, ils chargèrent un courtier de leur composer une pacotille à l’usage des habitants de la côte de Guinée, en recommandant d’y joindre une forte partie d’aiguilles ; l’honnête chargé d’affaires s’adressa aux fabricants anglais qui ne voulurent pas consentir à déshonorer leur firme par l’action infâme qu’il leur proposait ; mais il trouva son affaire chez les contrefacteurs du continent, et quand les deux voyageurs arrivèrent en Afrique, et qu’ils eurent débité leurs paquets, ils virent, peu de temps après, tous les acheteurs rapportant, de trente à quarante — 298 — lieues, les malheureuses aiguilles; elles n’étaient pas per cées ! Nous ne savons ee que sont devenus ces infortunés négociants ; mais nous serions étonnés qu'ils n’eussent pas été massacrés, les barbares étant moins endurants, à ce qu’il paraît, que les civilisés sur l’article de la conscience ; car, dès que le commerce se fait à l’abri d’un arsenal de lois et de tribunaux, la bonne foi semble perdre ses droits, et le débitant qui met encore de la probité dans ses fournitures, est traité de niais par les adeptes de la haute pègre commerciale. Il est même reçu de ne parler qu’avec mépris de celui qui, pouvant faire fortune par un moyen quelconque, s’est trouvé arrêté par des scrupules de conscience (1); car la fortune est toujours honorée, n’importe d’où elle vienne. Lueri bonus odor, ex re quâlibet : malheureusement la valeur intellectuelle n’a pas plus de cours aujourd’hui dans (1) Nous cil parlons par expérience ; ayant été nommé, au temps du choléra, commissaire de la Belgique à Lille, pour forcer les voyageurs à faire une quarantaine de six jours avant de leur délivrer un passe-port sanitaire , nous avons non-seulement donné gratis plus de vingt-cinq mille signatures pour les personnes et le® marchandises, mais nous n’avons cessé de repousser toutes les offres d’argent qui nous étaient laites, soit pour abréger le temps de la quarantaine, soit pour laisser entrer les paquets provenant des zones infectées. Bien que le préfet nous eût appris lui-même que, remplissant une mission consulaire, nous avions le droit de faire payer notre signature, nous ne pûmes jamais consentir à prélever un impôt sur les Français, dans une ville de France. Ce scrupule nous a fait repousser une fortune ; ce dont personne ne nous a su le moindre gré, mais on nous a regardé comme un imbécile, et nous n’avons pas même reçu la médaille du choléra qui fut tant prodiguée. — 299 — certains gouvernements, que la valeur morale dans le commerce de détail. Il y a des spéculateurs qui embarquent sans destination, et seulement pour leur faire courir les risques de mer, de grandes quantités de mauvais produits qu’ils font assurer comme bons, jusqu’à ce qu’ils aient la chance de trouver le placement de leurs marchandises dans le pays des sirènes. Il est même, en ce moment, des individus splénati- ques, qui s’en vont courir les mers après s’ètre fait assurer, sans autre but que celui d’éprouver quelque sinistre qui mette les assureurs dans l’impossibilité d’attribuer leur mort à un suicide, et d’en contester le prix à leur famille. Presque toutes les aiguilles allemandes sont faites en fil de fer cémenté. La fabrique de M. Rossignol à l’Aigle n’en fait pas d’autres ; mais elle est bien loin de pouvoir fournir aux besoins de la France, car il en est encore entré, en 1838, pour plus d’un million et demi, sans compter la quantité peut-être aussi grande qui s’est introduite en fraude. Les trois fabricants d’aiguilles françaises n’en font pas pour plus de 300,000 francs et d’une qualité fort secondaire. , On voit donc qu’il reste une belle marge pour l’établissement en France d’une fabrique d’aiguilles anglaises, mais il ne serait pas prudent de tenter l’entreprise sans ouvriers anglais; car leurs produits possèdent une égalité de trempe, qui dénote un système fixe et régulier dont les Allemands croient pouvoir se passer ; on peut dire que la trempe se fait encore chez ceux-ci, au petit bonheur, tantôt bien, tantôt mal; aussi éprouvent-ils 300 — souvent une casse énorme que l’on peut comparer à celle des vins de Champagne. Si cette casse n’est que de S à 6 p. c., le vin n’est pas mousseux et l’aiguille n’est pas roide ; si la casse s’élève à 30 p. c., la perte est trop forte ; la bonne casse, la casse qui donne la qualité et la quantité ; la casse normale doit rester dans les limites de 15 à 20 p. c., aussi bien dans les fabriques de Borcette que dans les caves d’Àï. Trempe des aiguilles. Nous avons promis de revenir avec quelques détails sur la nouvelle trempe des aiguilles, avec laquelle M. Théinar a préservé la fabrique de l’Aigle des nombreux déchets qui la ruinaient. Voici quel est son système : Un morceau d’acier, de quelque forme et qualité qu’il soit, étant porté au rouge-cerise, s’il est trempé, non dans un bain froid, mais dans un bain chauffé au degré correspondant à celui du revient qu’on désire, on obtiendra du premier coup la meilleure trempe possible, sans être obligé de faire parcourir à l’acier toute l’échelle du pyromètre, c’est-à-dire de le faire passer subitement de quinze cents degrés à zéro, transition brusque qui agit sur les nerfs de l’acier, de manière à le faire tortiller, gercer et souvent éclater, tandis qu’en bornant le refroidissement au degré même du recuit, on n’aura pas dépassé le but, et par conséquent on ne sera pas obligé de revenir sur ses pas (1). Tous les bains métalliques, pourvu qu’ils aient le degré du recuit désiré, sont bons ; mais l’huile est certainement le bain le plus convenable, d’abord parce que les corps légers ne restent pas flottants à sa surface comme sur les bains métalliques ; l’huile a encore l’avantage du meilleur marché, et avec elle on obtient une trempe également distribuée de la pointe à la tète. Les aiguilles à tricoter, qui sont fort difficiles à bien tremper, à cause de leur longueur, et qui se gercent et se tortillent dans l’eau froide, se comportent on ne peut mieux dans l’huile. (î) Il est probable que cette trempe conviendrait aux cylindres des laminoirs d’acier, qui sont les pièces les plus difficiles àréussir. Nous devons cependant dire que M. Griset, fabriquant de plaqué à Paris, vient de découvrir, par hasard, que l’acier fortement rc- croui ne se casse plus à la trempe. Voici ce qui donna lieu à cette découverte. Pressé un jour de se servir de deux forts cylindres d’acier tout neufs , qu’il n’avait pas le temps de tremper , il les fit travailler tels quels pendant trois ou quatre semaines; mais voyant qu’ils commençaient à se détériorer, il les trempa et fut très-surpris du succès. Il exploite aujourd’hui ce procédé qui ne consiste, comme on voit, qu’à comprimer ou récrouir vigoureusement l’acier avant de le tremper. Nous avons , en Belgique, un vieil ouvrier qui réussit parfaitement dans la fabrication des cylindres de laminoirs en fer cémenté ; il est aussi le seul qui confectionne des creusets en fer battu pour la fonte des monnaies; les Français ne réussissent pas ces pièces aussi bien que lui, et pourtant personne, sauf un très-petit nombre d’individus, ne sait que nous avons de pareils produits exceptionnels aux portes de la capitale ; ce qui n’est attribuable qu’au défaut de publicité. Il est vrai qu’on redresse ensuite les aiguilles courbées , avec le marteau ; mais il en reste des empreintes qu’il est très-difficile de faire disparaître. Nous ne voulons pas énumérer ici les nombreux avan- lages de la trempe à l’huile, avantages qui se propagent dans les opérations subséquentes ; il nous suffira de dire que la différence est de nature à changer de perte à gain la marche d’une fabrique. Ce qui se passe dans la trempe de ces petits outils, dont on peut aisément étudier la fracture, a lieu également dans toute pièce, petite ou grande, qui n'exige pas une trempe dure et cassante, mais modérée et convenable aux différents usages de la mécanique. L’huile a réellement aussi la faculté de donner du corps à l’acier, ou peut-être d’empêcher qu’il n’en perde, sous l’action de l’air et de l’eau; ce qui le prouverait, c’est que cette trempe peut être répétée très-longtemps sur le même acier, sans en détériorer la qualité première (1), c’est-à-dire que le carbone qu’il perd à la forge lui est rendu par l’huile qui est un des corps les plus (1) Cette faculté de retourner souvent au feu, sans perdre son carbone, est de la plus haute importance dans la fabrication des armes de prix. Deux ouvriers des plus habiles de la manufacture de Solingen , avaient de fréquentes disputes au sujet de leur talent réciproque ; le directeur, pour y mettre fin , leur proposa de concourir à qui ferait la meilleure épée ; un mois après, ils se présentaient tous les deux devant un jury d’ouvriers compétents. L’un saisit la pointe de son épée et lui fait toucher la garde, la lame part et se redresse sans garder la moindre courbure l’autre ne portait rien qu’une espèce de tabatière sur le couvercle de laquelle il visse une monture, touche un ressort, et l’épée jaillit de la tabatière dans laquelle elle — 305 — carbures. L’acier n’éprouvant pas non plus, à la trempe au bain d’huile, cette contraction dangereuse que nous avons signalée, il s’ensuit que la tourmente de ses molécules s’exerce dans des limites beaucoup moins étendues, elle peut par conséquent se répéter plus souvent que dans l’ancien système (1); cette trempe est d’ailleurs la plus expéditive et la' plus commode que nous connaissions ; un excès de chauffe n’est pas même nuisible à l’acier trempé dans l’huile, comme il l’est à l’acier trempé dans l’eau; même raison que la précédente; — reprise du carbone, — vérification du procédé de la trempe à la résine, dont nous avons déjà parlé. Nous résumerons cet article un peu long, mais d’un puissant intérêt pour nos fabricants, en déclarant que le secret de la trempe consiste, désormais, dans l’établissement d’un moyen quelconque de chauffer également les objets d’acier, dans toutes leurs parties, et dans la prépara- avait été roulée comme un serpent. A ce coup de maître, le rival s’inclina et proclama son adversaire roi de l’épée. (1) Les idées ne s’étendent pas toujours fort loin dans les anciennes fabriques; on tient scrupuleusement aux vieux procédés, pourvu qu’ils aillent passablement ; mais personne ne tente de les améliorer : par exemple , il n’y a pas longtemps que l’on connaît à Aix-la-Chapelle la manière anglaise de polir les aiguilles. Ce fut seulement vers 1785 que la maison Pastor de Borcette envoya un de ses ouvriers outre-mer, pour apprendre, qu’au lieu d’huile les Anglais mêlaient du savon à la potée d’étain, car l’huile a l’inconvénient d’engluer les aiguilles d’une sorte de cambouis qu’il est très-difficile d’enlever quand il s’est un peu durci. Cet Argonaute prussien fit très-bien valoir les dangers qu’il croyait avoir courus à la conquête de cette toison, que nul dragon ne gardait ; car cette découverte fort simple, que n’avaient pourtant pu faire toutes les têtes réunies des fabricants d’aiguilles , fut pour lui une source de fortune. / — 504 — lion d’un bain d’huile, amené à une température correspondante à celle du revient que l’on donnait auparavant à chaque pièce; on peut alors ou retirer les objets qu’on y plonge, ou les laisser refroidir dans le bain. On voit combien il est aisé de tremper de la sorte des masses de coutellerie, d’armurerie, et surtout les ressorts de voiture qui ne seront plus sujets à ces inégalités de résistance qui entretiennent la défiance et font préférer la marchandise étrangère, dont il serait souvent plus aisé d’imiter les bonnes qualités, que les marques, les poinçons et l’apparence extérieure. PLOMB. Le plomb n’offrait rien de bien brillant à côté de tant de merveilles, plus étincelantes les unes que les autres dans le bazar des Champs-Élysées ; ce qui ne nous empêchera pas de peser à leur juste valeur les qualités solides de cet humble exposant, soit qu’il se présente sous le patronage de MM. Voisin et C% rue Neuve- Saint-Augustin, n° 32, ou de M. Hamard, rue de Bercy- Saint-Antoine, n° 10. Sur un million de curieux qui passaient devant le modeste étalage de ces industriels, il en était à peine un qui daignât jeter un coup d’œil sur leurs pesants volumes et leurs élégants tuyaux, abandonnés à eux-mêmes sans héraut et sans bailleur d’adresse : si nous n’en avons pas RAPPORT. 1. 20 fait autant, c’estque les pages de ces ro/'Mww.savaientqua- tre mètres de large sur huit de long; c’est que les tuyaux formaient une sorte de buffet d’orgue complet, à partir de la bombarde d’un décimètre jusqu’aux pipeaux de trois millimètres de diamètre, ce qui dépasse, au moins d’une octave, le clavier des plombiers de l’exposition précédente ; c’est assez dire qu’il y a beaucoup de neuf dans le laminage et l’étirage du vieux Saturne. Nous avons remarqué, en effet, que ces gigantesques feuilles de plomb témoignaient, par écrit,. qu’on les avait coulées, soit sur du sable, soit sur des tables de fer, comme on coule les glaces; car nous ne voyons pas ce qui s’oppose à ce que l’on pousse un flot de plomb fondu devant un cylindre, dont l’axe reposerait sur les deux rebords d’une longue table de fonte, comme on étale le verre à glace. Il nous semble qu’en laissant, entre le cylindre et le fond de cette table, une distance égale à l’épaisseur que l’on veut donner à la feuille de plomb, on réussirait, sans effort, à obtenir, à chaud, des feuilles de toute épaisseur et de toute dimension. C’est ainsi, croyons-nous, qu’un industriel de Valenciennes se propose d’opérer sur le verre à vitre en chauffant ses rouleaux. Nous avons tout lieu de croire que les énormes feuilles de l’exposition, ont été obtenues d’une manière analogue à celle dont nous parlons ; car elles ne portaient aucune trace des violences du cylindre. Les alchimistes, persuadés que le plomb devait être le métal le plus anciennement connu, lui ont donné le nom du père des dieux ; mais ils se trompaient en cela ; c’est l’or qui doit avoir été le premier découvert, puis- qu’il est le seul qui se montre à l’état métallique, et — .307 — qu’on en a ramassé quelquefois des pépites de quarante et cinquante kilogrammes. La France n’est pas très-riche en alquifoux (sulfate de plomb), puisqu’elle n’en produit pas mille tonneaux, quand l’Angleterre et l’Espagne en fournissent trente fois autant. Parmi les mines de plomb exploitées en France, on distingue celles de Poullaouen, de Vîllefort et Violas, d ePont-Gibaud, d ePezey, de Confions et d 'Huelgoet; mais il y en a sans doute beaucoup d’autres, et plus riches. Un de nos amis, savant géologue, nous a fait part qu’il venait de découvrir, sur les côtes de la Bretagne, une mine de plomb argentifère, abandonnée depuis longtemps, pour un peu d’eau de mer qui s’y était infiltrée, et que l’absence de moyens d’exhaustion aura empêché d'épuiser ; c’est de cette très-ancienne minière que provenait sans doute le plomb qui recouvrait l’église de Notre-Dame ; ce plomb, dont on a fait le départ, a donné une quantité d’argent très-considérable ; on prétend qu’il en contenait 2 p. c., et que celui qui a refait la toiture gratis, en a retiré une fortune immense. Les échantillons de galène à petites facettes, que M. Rivière nous a fait voir, viennent à l’appui de cette opinion, et prouvent que l’argent se trouve en abondance dans cette ancienne minière; mais telle est aujourd’hui l’antipathie qui s’est emparée des Français, pour les entreprises industrielles, que personne ne veut même aller visiter ce trésor, pour l’exploitation duquel on se battra peut-être avant dix ans. On préfère aller chercher des biens illusoires et des malheurs certains en Afrique, plutôt que d’exploiter des réalités chez soi (1). (1) Ceci était écrit avant la révolte d’Abd-el-Kader; ce qui s’est 20 * — 308 — L’étranger continue, en conséquence, à fournir quinze millions de kilog. de plomb brut à la France et un million à la Belgique, qui ne possède encore que la mine épuisée de Védrin; nous avons néanmoins sous les yeux iin morceau de galène du Luxembourg, qui semblerait destinée à nous délivrer, comme on dit, du plomb de l'etranger. Si nous en croyions certains bruits populaires, qui, d’ordinaire, grossissent en allant, comme l’œuf de la fable se multipliait de bouche en bouche, il en résulterait que des paysans se sont mis, depuis quelques années, à exploiter pour leur compte cet alquifoux national dont ils remplissent leurs caves, et que des juifs de Lille viennent leur acheter à 73 fr. les cent kilogrammes, tant il contiendrait d’argent. C’est ce que nous venons de prier M. Guillery de vérifier, en faisant le départ nécessaire. A première vue, ce chimiste compte sur 80 p. c. de métal; la mine de Poullaouen n’en donne que 70. Du reste, il faut le dire sans hésiter, l’exploitation du plomb n’est presque plus possible en France ni en Belgique, depuis l’invention des mines de Malaca, où ce métal s’est dévoilé en telle abondance, qu’on a pu le vendre .à Bordeaux de 12 à 15 fr. peu de temps après sa découverte. C’est vers cette époque que l’exploitation de Védrin sentit l’impossibilité de lutter, et que son directeur nous fit l’aveu que Védrin ne pouvait vendre à moins de 02 fr. les 100 kilog., pour y trouver quelque bénéfice. passé depuis lors , ne peut que confirmer l’opinion que nous avons souvent émise : que jamais les Français ne pourront conserver l’Algérie . qui ne vaut pas d’ailleurs la moitié des sacrifices qu’elle a déjà coûté. — 509 — Depuis ce temps le plomb d’Espagne, qui était alors livré à la libre exploitation, comme tous les métaux de ce pays, à l’exception du mercure, a été concédé ou accaparé par des compagnies qui se sont entendues pour faire remonter les prix. Le plomb est aujourd’hui coté 57 fr. les 100 kilog. à Paris. Un riche ignorant de Londres avait formé, l’an passé, le projet de fonder à Malaca une fabrique de cérusc, avec les litharges retirées de la coupellation • mais il vient de faire une faillite qui coupe court à son rêve favori, lequel ne tendait à rien moins qu’à l’accaparement du marché du carbonate de plomb dans le monde entier. La galène se trouve en si grande abondance aux environs de Malaca, et l’on s’attendait à voir le plomb descendre à un prix tellement bas, que les artilleurs espéraient en faire des boulets et les maçons en paver les rues j mais la cupidité en a décidé autrement. Nous regardons ce recèlement d’un élément si utile à l’industrie, comme un crime de lèse-humanité; il nous semble que toutes les nations sont intéressées à empêcher ce séquestre d’un trésor que la Providence n’a heureusement pas conlié ad œternum, à la garde du dragon Monopolium. S’il en était ainsi, nous proposerions une nouvelle expédition des Argonautes pour aller à la conquête de la toiture de plomb. Si ce fut une circonstance analogue qui porta Jaso7t à la conquête de la pêcherie d’or de la Colchide (1), nous lui pardonnons volontiers. Mais comme il faut aujour- (1) Voici la circonstance qui aura donné lieu à la fable si poétique de celte expédition si prosaïque en elle-même : on pêche encore — 310 — d’hui rester dans la légalité, nous émettons le vœu, connue un congrès scientifique, que toute l’Europe se cotise pour faire exproprier les concessionnaires des mines de Malaca, pour cause d’utilité générale. Vatel a oublié, ce nous semble, detraiter ce point important du droit des gens ; car il serait à désirer qu’on pût livrer au monde entier, au prix de revient, les trésors que la Providence n’a pu inféoder ni à une seule peuplade ni à un individu, avec le droit exorbitant de les fermer et d’en priver l’univers, si tel était leur bon plaisir. C’est donc encore une lacune à combler dans le code des nations. Presque tout le plomb que la France possédait et pouvait se procurer sous l’empire, était converti en globules d’une once environ, et pendant quinze années consécutives, un ou deux millions d’hommes valides furent employés à se renvoyer ces globules des uns aux autres, à l’aide de longs tubes de fer, dans l’intention évidente de se faire le plus de mal possible. Voyant que ce jeu ne menait à rien, on abandonna la forme globulaire pour les formes tabulaire et tubulaire ; on couvrit de plomb les toits, on en doubla les bacs, on en fît des conduites d’eau et de gaz, etc. (1). l’or, aujourd’hui comme autrefois, au moyen de toisons de moutons qui retiennent, au lavage du sable, les paillettes de métal que roulent quelques fleuves, et surtout le Phase, sur les bords duquel un ingénieur, sans doute nommé Draco, avait établi une pêcherie et une fonderie d’or. Le ronflement des soufflets et la lumière des carneaux de ses fours auront été pris, pendant la nuit de la descente, par les pirates de Jason, pour les beuglements des taureaux préposés à la garde de la toison et jetant feu et flammes par les veux, preuve de tous les dangers qu’ils avaient courus. (1) Gassendi a calculé, en relevant les fournitures de plomb faites 311 Sous le grand roi on en avait fait des Veptunes, des dragons, des sphinx, des tritons, des ileuves et des grenouilles-monstres qui s’ennuient et nous ennuient depuis cent ans, sur les bords des bassins desséchés de Versailles; il y a là pour une vingtaine de millions de plomb (1) que le général Evain aura sans doute oublié, dans un temps où il avait tant de peine à se procurer les billes nécessaires à l’amusement des héros de l’empire. On va nous reprocher de parler légèrement d’une lourde matière ; mais c’est pour reposer un peu l’esprit du lecteur dont nous allons exiger toute l’attention, pour les choses très-sérieuses qui vont suivre. Maclilue à étirer les tuyaux de plomb. Vous ne venons pas décrire la méthode connue de l'aire des tuyaux à l’aide d’épais manchons en plomb passés à la filière et allongés sur un mandrin de fer. Vous avons des choses bien plus étourdissantes à raconter à nos plombiers. Vous leur parlerons d’abord, en passant, à l’empereur pour la campagne d’Autriche, que chaque homme tué dans cette guerre avait coûté son pesant de plomb. (1) Un chaudronnier devenu célèbre par la fortune qu’il se créa en entrant un des premiers dans la bande noire, a fait l’aveu que la démolition du château de Marly lui avait procuré pour dix millions de plomb et de cuivre. Un de ses confrères, acquéreur du château royal de..., s’était contenté de faire gratter les dorures de la salle de spectacle qui suffirent à lui constituer une fortune. \ — 312 — d’une méthode qui n’est plus guère un secret que pour ceux qui ne savent pas lire : c’est la manière de faire des tuyaux sans fin avec du plomb fondu, poussé par un piston vers une ouverture, au centre de laquelle est maintenu un mandrin de quelques pouces de long, soutenu seulement par une de ses extrémités ; le plomb se fige autour de ce mandrin, par l’effet d’un courant d’eau froide qui circonscrit les parois que le plomb doit parcourir; ce tuyau s’enroule autour d’un gros tambour, au fur et à mesure qu’il arrive au jour. Cette méthode est inventée depuis plusieurs années, et a été pratiquée en Angleterre ; mais nous sommes porté à croire qu’on aura dû y renoncer, à cause du défaut de densité et d’égalité qui distinguait ces tubes. Nous croyons ne pas nous tromper en avançant que ce procédé n’a pas encore passé le détroit; nous n’en dirons rien de plus; mais en voici un autre qui paraîtra fabuleux à bien des gens, ce sont des tubes fabriqués à froid, à l’instar du macaroni, c’est-à-dire, que, sous l’effort d’une pression suffisante, on parvient à traiter le plomb comme s’il n’était qu’une pâte. , Pour mieux faire comprendre ce qui va suivre, et donner une idée de la faculté agglutinative du plomb avec lui-même, ou, comme dirait le savant Geoffroy de Saint-Hilaire, de l’attraction du soi pour soi des molécules de ce métal, dans certaines conditions, nous prierons nos lecteurs d’exécuter eux-mêmes l’expérience des balles ramées : elle est fort peu coûteuse, et ne demande pas un grand outillage; car il suffit d’en enlever d’un coup de canif deux calottes sphériques. Si l’on presse l’une sur l’autre, les deux surfaces fraîchement décapées de ces balles, en leur imprimant un mouvement de torsion — 313 — presqueinsensible, on parvient à les faire adhérer tellement ensemble, qu’il faut un grand effort pour les séparer, et qu’elles restent collées, meme après avoir été tirées par un fusil en guise de lingot. On a voulu expliquer ce phénomène par l’expérience des hémisphères de Magdebourg; c’est-à-dire par l’effet du vide produit entre les deux petites surfaces ; mais ces dernières n’ayant pas un demi-centimètre carré, les balles devraient se séparer sous la traction de moins d’un demi- kilogramme ; tandis qu’il en faut deux ou trois pour les désunir. La preuve que cet effet est dû à l’affinité, c’est qu’il suffit de passer le doigt sur les surfaces, ou de les laisser un instant s’oxyder à l’air pour que l’effet cesse d’avoir lieu. Cela posé, on sentira qu’il ne s’agit que de mettre le plomb dans des conditions analogues, pour en faire agglutiner les parties fraîchement coupées, comme cela arrive pour le caoutchouc. Prenez, par exemple, un tuyau de plomb quelconque, • fendez-le longitudinalement d’un coup de couteau et passez-le de suite à la filière, les lèvres se souderont à l’instant même, et vous pourrez, en continuant, donner à ce tuyau un diamètre beaucoup plus petit et une longueur beaucoup plus grande, sans mandrin ; c’est probablement ainsi qu’ontété façonnés ces jolis petits tubes, gros comme un tuyau de plume, que nous avons admirés sur l’étalage d’un exposant ; échantillon curieux que nous n’aurions pas manqué d’acheter pour notre musée, ainsi que plusieurs autres objets nouveaux, si l’on avait mis quelques fonds à notre disposition. L’utilité de ces tubes de petite dimension est surtout sentie par les personnes qui s’occupent d’expériences de physique et de chimie. Sur le soupçon que nous avons depuis longtemps de l’existence d’une machine à produire des tubes sans tin, à froid, au moyen d’une presse hydraulique, nous allons en faire la description à notre mode. Si ce que l’on comprend bien s’énonce clairement, nous sommes assuré de toucher juste. Un lingot cylindrique de plomb, placé dans un trou ménagé dans un bloc de fer, rencontre au centre du fond de ce trou la pointe d’un assemblage pyramidal de trois courtes lames d’acier, dont la base s’appuie sur les parois de cette cavité. Du centre et à l’intérieur de ce trépied part un cène d’acier poli, de quelques décimètres de long, dont l’extrémité libre occupe le centre de l’anneau de sortie, et détermine le diamètre intérieur du tuyau, tandis que l’anneau fixe le diamètre extérieur. Si l’on exerce une forte pression sur le lingot de plomb, il sera tranché à vif par les lames, et les trois segments ou baguettes triangulaires seront forcées, par la conicité du trou, de s’échapper par la seule porte qui leur soit ouverte : elles se refouleront donc autour du mandrin, en se moulant sur la bague extérieure, pour former le macaroni métallique qu’il s’agit d’obtenir. On peut faciliter la sortie par la traction, en ayant soin de rester dans les limites de la résistance du métal. Quand on veut obtenir un tuyau fort long, on est obligé d’enter un lingot sur le lingot qui précède, et pour que le point de réunion ne puisse être aperçu, il suffît de forer un trou conique dans le restant du premier, de le remplir par l’extrémité aussi conique du sui- — 315 — vant, en observant toutefois la condition sine quà non de ne graisser ni mouiller, ni laisser à la poussière, ni même toucher du doigt les surfaces destinées à la réunion intime (1). Ordinairement un plan est plus explicite qu’une description ; mais nous croyons qu’ici c’est le contraire ; ceux qui voudront peser, en relisant, la valeur des expressions que nous croyons avoir employées avec toute la précision dont la langue technologique est susceptible, comprendront et exécuteront parfaitement notre dessin, sur toutes les dimensions en rapport avec la force dont ils pourront disposer. Quelques esprits légers nous reprocheront peut-être de nous appesantir trop longtemps sur les métaux ; mais ils devraient se souvenir que les métaux sont les pères de l’industrie et de la civilisation, dont chaque pas n’a pu s’effectuer qu’à la suite de la découverte d’un métal nouveau. Les Incas n’en étaient qu’à l’âge d’or à l’arrivée de Fernand Cortez, comme les Troyens n’en étaient qu’à l’âge d’airain à l’époque homérique : mais c’est à l’âge de fer, si fort calomnié, que nous devons nos plus grands progrès. La découverte d’un métal plus infusible, plus réfractaire que le platine, nous ferait faire sans doute un chemin immense; car il ne manque peut-être que cet auxilium pour nous conduire à la reconstitution du diamant; et le diamant, entrant comme élément dansl’in- (1) Un professeur de l’université de Liège nous apprend qu’une machine analogue fonctionne en cette ville, et qu’elle n’a qu’un couteau au lieu de trois ; mais ne l’ayant pas vue, il n’a pu nous en indiquer la disposition ; du reste, on peut varier cette idée de plusieurs manières. — 510 dustrie, donnerait naissance à d’admirables applications. Mais revenons au plomb, et disons en passant que ce qu’on appelle mine [de plomb ou plombagine n’est pas du plomb, mais du carbure de fer ou du sulfure de molybdène , qui n’a réellement que l’apparence ou la mine du plomb; c’est cette apparence qui a porté Scheele à lui donner le nom grec du plomb ( rnolubdos ) (1). Disons deux mots sur la manière dont un peuple, quasi séparé de nous par un diamètre terrestre, exécute le laminage du plomb, sans laminoir, comme il imprime sans presse, comme il fait du papier continu sans machine, comme il fabrique de la poudre sans moulins, comme il fait généralement sans efforts, et presque sans frais, tout ce que nous ne faisons qu’à grand renfort de machines et d’argent. C’est encore au majordome de l’ambassade hollandaise et à quelques diners, que nous devons ces intéressants détails ; car si c’est avec quelques diners qu’on gouverne les hommes, c’est surtout avec des diners qu’on apprend leurs secrets. C’est en dinant que M. Perrot, de Rouen, nous a dit qu’il allait essayer d’enfermer de l’eau dans un bout de tube exactement fermé, qu’ilpasseraitensuite à la filière et qu’il réduirait aux dimensions d’un tube capillaire. (1) Le général Évain a constaté le' premier que la fonte, après avoir longtemps séjourné au fond de la mer, se convertit en une sorte de plombagine, très-aisée à couper au couteau, mais les chimistes qui en ont parlé d’après lui ont oublié de dire que cette matière reprenait sa dureté primitive à l’air après s’être considérable- , ment échauffée. L’industrie n’a pas encore cherché à utiliser cette importante observation. Laminage du plomb en Chine. Un lamineur de plomb chinois se forme un atelier complet avec deux pierres plates, une marmite et une cuiller en fer. Après avoir fait chauffer ses pierres et fondre son métal, il en verse une cuillerée sur une de ses pierres et appuie ou laisse tomber l'autre par-dessus ; le plomb s’étend et s’amincit de la sorte, autant qu’on le désire ■ la feuille, dont les bords sont inégaux, est enlevée par un enfant qui en rogne les contours festonnés. et en forme des tas de diverses dimensions. Les rognures sont rejetées dans la marmite en fusion. Cette opération marche très-vite quand les pierres et le plomb ont acquis le degré d’échauffement que l’expérience a démontré leur être suffisant. Pour faire des feuilles sans fin, ils additionnent à la feuille précédente une cuillerée de plomb liquide, qui fond les bords de la première et se soude avec elle. L’incroyable quantité de feuilles de plomb employées à l’empaquetage du thé et de beaucoup d’autres marchandises, occupe un très-grand nombre de lamineurs en Chine. Soudure du plomb par le plomb. Une des choses les plus saillantes de l’exposition de 1839, et celle qui intéressait surtout les fabricants de produits chimiques, c’est la découverte du baron - 3)8 — Desbassyns de Kichemont, pour souder le plomb avec, lui-même, sans l’intermédiaire de l’étain ou de cet alliage de deux parties de plomb et d’une d’étain connu sous le nom de soudure, dont les inconvénients sont fort graves dans la fabrication des acides, qui ont bientôt dissous l’étain contenu dans la soudure et obligent de refaire les joints presque à chaque instant. Un plombier, attaché à une fabrique d’acide sulfurique, nous a avoué qu’il fournissait pour 1,200 fr. de soudure tous les mois, pour la réparation des chaudières d’évaporation. Le procédé nouveau économisera tout le temps et l’argent perdus à ce métier. Cette invention n’ayant pas encore été décrite de manière à être comprise, nous croyons être d’autant mieux en état de le faire, qu’après en avoir exposé un sommaire dans notre journal, à l’occasion de l’incendie de la cathédrale de Bruges, nous reçûmes une lettre de M. le baron de Desbassyns qui nous témoignait son étonnement d’avoir lu dans les journaux de Paris une description de son procédé, portant notre signature, et dont l’exactitude le surprenait d’autantplus que nous n’avions pas passé plus de cinq minutes dans ses ateliers. Nous n’étions néanmoins entré dans aucun détail sur l’intérieur de sa hotte à plombier contenant tout le secret ; secret nullement difficile à deviner pour quiconque s’est occupé aussi longtemps que nous, de la production du gaz hydrogène, d’après les principes de Dobereyner. M. le baron de Richcmont donne un bel exemple à la noblesse , en s’occupant de recherches industrielles, que sa fortune aussi bien que ses connaissances physiques étendues et variées lui permettent de conduire à bonne fin. — 319 — Il était réservé à des hommes de sa trempe et de celle du baron Séguier, d’entreprendre la réhabilitation de la caste improductive, en descendant dans l’atelier, pour donner un corps à leurs pensées, et partager la gloire des Architas, des Héron, des Archimède et des Vaucanson, gloire beaucoup plus solide et plus estimable que celle des conquérants, fléaux du monde. RI. de Richemont n'a pas seulement fait une utile découverte, mais il aura le courage de la faire adopter, malgré les obstacles que lui suscite la routine; son invention est trop belle pour ne pas soulever contre lui tous les plombiers de Paris et du monde entier, car leur principal bénéfice consiste dans la fourniture de la soudure qu’ils ne ménagent guère, comme on peut le croire sans que l’on soit à même de le vérifier (1). Aussi, pas un d’eux n’ayant voulu changer de méthode, l’inventeur n’a pas hésité à ouvrir une boutique, et à l’heure qu’il est, on doit lire sur une enseigne de la rue d’Astorg ou du faubourg Saint-Honoré : Baron Desbassyns de Richemont, plombier, entreprend tout ce qui concerne son état. C’est, à notre avis, ce qu’il y avait de mieux à faire ; le temps n’est plus où le noble qui voulait se livrer au commerce ou à l’industrie, devait déposer son épée et son écusson entre les mains du roi. (1) Un entrepreneur d’Anvers nous raconte qu’ayant fourni 800 kilogrammes de soudure à son plombier, pour réparer les gouttières d’un grand édifice, celui-ci trouva dans les énormes bourrelets laissés par son prédécesseur , plus de soudure qu’il ne lui en fallait pour faire toutes les réparations, de sorte qu’il escamota à son profit les S00 kil. de soudure neuve qu’il avait reçus. — 320 Tant que les inventeurs, qui sont presque toujours des hommes de science, ne prendront pas la résolution de se faire hommes de métier, le progrès ne s’effectuera qu’avec une lenteur désespérante ■ car il y aura toujours coalition des routiniers contre toutes les innovations ou perfectionnements apportés dans la branche d’industrie à laquelle ils sont rompus. 11 est très-difficile de forcer une voiture à sortir d’une vieille ornière bien creuse, sans s’exposer à en briser les roues. Le plus commode est d’y rester, et l’on y reste. On vient de trouver le moyen, à l'aide d’une machine à vapeur, de redresser l’ankylose du genou -, mais on ne connaît pas encore de puissance capable de réduire l’ankylose des esprits routiniers. On en jugera par le trait suivant : Une circonstance heureuse nous ayant rendu momentanément dépositaire d’un assortiment des échantillons de tous les cas de soudure exécutés par le procédé dont nous parlons, nous nous empressâmes d’informer les plombiers de Bruxelles et de la Belgique que nous mettions ces échantillons à leur disposition, pour les examiner, ayant soin d’ajouter le mot gratuitement; tous les journaux répétèrent cet avis bénévole. Savez-vous combien il s’en présenta? Pas un seul! Il nous semble qu’il faut avoir l’esprit soudé à la routine, pour ne pas avoir seulement la curiosité d’aller examiner une chose qui concerne son état ; nous sommes certain que ces mêmes plombiers affirmeront à leurs clients que ce procédé ne vaut rien, ajoutant que, s’il était bon, ils n’auraient pas manqué de l’adopter, et les clients le croiront! Du reste, il n’en est jamais autrement en fait de découvertes : c’est le combat du bien contre le mal. Une — 5:21 — vérité qui vient au inonde a besoin de renverser mille erreurs pour se faire une petite place, et it est fort rare qu’elle ne soit pas étouffée avec celui qui lui a donné le jour. Quand un roi légitime veut reconquérir son trône, il doit commencer par en chasser les usurpateurs qui ne se retirent pas sans combattre. Toutes ces digressions ne sont pas inutiles pour démontrer qu’une invention de la nature de celle du baron de Richemont peut être excellente et cependant rester longtemps avant d’être adoptée ; c’est probablement une loi de la nature qui créa les sots pour servir de frein au char du progrès, et l’empêcher de se précipiter. Mais si parmi nos lecteurs il se trouve un plombier moins lourd ou moins entêté que ses confrères, nous allons lui faire comprendre le nouveau système avec tous ses avantages. L’appareil du baron de Richemont est contenu tout entier dans une espèce de barrique ovale en bois, assez semblable aux laiteries suisses et portative à l’aide de bretelles. Tout l’intérieur est garni de plomb sans soudure, et divisé en deux compartiments, par une cloison perpendiculaire. L’un de ces compartiments est destiné à la formation du gaz hydrogène, d’après un arrangement analogue à celui de la lampe de Dobereyner , et qui peut être conçu de plusieurs manières, pourvu que la pression du gaz accumulé dans le réservoir fasse fuir l’eau acidulée et la force d’abandonner les rognures de zinc ou de fer, soumises à son action, quand on cesse de travailler. L’inventeur a déjà modifié plusieurs fois cet arrangement pour le rendre plus commode dans la pratique. RAPPORT. 1. 21 Voici celui que nous avions adopté en 1833 pour nos premières recherches sur le gaz à l’eau ; une cloche en cuivre supportait, à un centimètre plus haut que sa hase, un diaphragme en cuivre rouge, percé de petits trous : sur ce diaphragme nous placions la charge de zinc ou de tournures de fer, et nous plongions le tout dans un cylindre aussi en cuivre rouge, et rempli à moitié d’eau acidulée. Du haut de la cloche s’élevait un tube qui plongeait, en se recourbant, dans un réservoir rempli de carbures d’hydrogène, où le gaz se chargeait de vapeurs de carbone et brûlait dans un bec percé de douze trous capillaires. Le pouvoir éclairant de cette lampe a été trouvé égal à celui de trente-six chandelles, par la commission de l’académie de Bruxelles, composée de : MM. Van Mons, Cauchy, Dumortier et Dehemptinne. Cette lumière est donc au moins triple de celle du gaz ordinaire, puisque le bec de gaz est estimé valoir dix chandelles de quatre à la livre, et que la commission en avait constaté trente-six. Quand on fermait le robinet donnant issue au gaz, celui-ci s’accumulait et forçait l’eau d’abandonner le zinc. Notre appareil avait la forme d’une belle lampe à colonne, et brûlait de quatre à cinq heures avec la plus grande régularité. Cet éclairage offrirait une très-grande économie si l’on utilisait les sulfates de fer ou de zinc qui en proviennent ; ce produit couvrirait même les frais aujourd’hui; mais si l’éclairage prenait une grande extension, on ne trouverait plus le placement de l’énorme quantité de sulfate qui en résulterait ; voilà ce qui nous a fait préférer le mode de la décomposition de l’eau par le charbon incandescent, tel qu’on le pratique aujourd’hui à Lyon, à Dijon, aux Ba- tignolles, à Strasbourg, à Rennes en Bretagne, et tel qu’il — 323 — serait déjà partout en vigueur, si nous avions chargé de cette propagation un homme moins entreprenant que M. Selligue. M. de Richemont verra d’après ceci que nous n’avons pas eu grand’pcine à deviner son appareil, en cinq minutes. Pour en continuer la description, nous dirons que sa hotte doit renfermer dans le second compartiment, soit un soufflet, soit une sorte de gazomètre qui s’emplit d’air, quand on le soulève, pour le chasser dans un des deux longs tubes de caoutchouc partant des deux cavités de la hotte, pour aller se réunir en avant du chalumeau qui les termine. Ce chalumeau en cuivre est armé de deux petits robinets qui servent à régler la proportion du mélange d’air et de gaz que l’on enflamme à la sortie. Le jet qui s’échappe par un trou capillaire imperceptible, est presque invisible lui-même au soleil ; mais si l’ouvrier dirige ce chalumeau recourbé sur un lingot, en cherchant le point de la plus grande chaleur, il se forme à l’instant sous le jet, une goutte de plomb fondu, et la plaque la plus épaisse est traversée en quelques secondes. Voici comment s’opère la réunion de deux lames de plomb à plat : on taille en biseau les deux lèvres d’un coup de grattoir, puis les rapprochant, on lesattache par deux points de suture, en dirigeant le jet sur une barrette de plomb, qui dépose une goutte de métal entre les deux lames. On continue de promener le jet en zigzag sur les deux rives de la rigole et sur la barrette de plomb, qui se fondent toutes trois ensemble pour combler la rigole. Le plomb se fige à l’instant même où le chalumeau le 21 * — 324 quitte. Il faut moins d’une minute pour faire une suture d’un pied de longueur, et un ouvrier habile sait si bien ménager son plomb qu’il ne laisse pas dépasser le niveau des deux feuilles. Dans le cas contraire, on répare d’un coup de varlope (I). Pour la soudure perpendiculaire et angulaire, M. de Richemont a inventé différents petits outils en forme de lingotières qui servent à recevoir et diriger la barrette contre la suture. On conçoit qu’en tenant la lingotière inclinée de vingt-cinq à quarante degrés, cette barrette glisse par son poids, au fur et à mesure que son extrémité se fond sous le jet du chalumeau ; ce chalumeau de trois ou quatre pouces de longueur se prête avec la plus grande facilité à toutes les positions; on peut même l’insinuer dans l’intérieur d’un tuyau dont on parvient à boucher des trous fort grands, par la seule fourniture de la barrette. Rien ne sera plus aisé maintenant que de souder sur place et de réparer les chambres en plomb, pour la fabrication de l’acide sulfurique. Qu’une épaisse chaudière à évaporer soit percée, on arrondit le trou, on le remplit d’un disque de même épaisseur, et le joint se fait au chalumeau sans la moindre difficulté. Qu’un vase à minces parois soit crevé, on recouvre le trou d'une pièce plus grande et on la soude sur les bords. Ce que l’on obtient en fait de tuyaux en croisillon, coudés ou repliés sur eux-mêmes, est inimaginable. On (1) Voorlooper, nom hollandais de l’outil qui sert à dégrossir, à courir avant le rabot. — 325 — soude même le plomb au cuivre avec la seule attention d’élamer le cuivre ; on soude aussi le plomb au zinc, et si le fer et le cuivre n’étaient pas aussi conducteurs du calorique qu’ils le sont, nul doute qu’on ne les soudât de même, tant ce mélange d’air et de gaz a de puissance. Pour en donner une idée, il nous suffira de dire que M. de Richemont est parvenu à fondre un fil de platine. Il n’y a que la soudure au plafond qui offre de la difficulté, encore est-il vrai qu’un ouvrier adroit peut y faire une réparation en soutenant les gouttes sur une petite truelle de fer; mais comme l’action des acides n’est pas à craindre au plafond des chambres de plomb, on pourrait y faire tenir de la soudure d’étain à l’état pâteux, et l’étendre avec un fer mince rougi par la flamme du chalumeau. On peut aussi braser au cuivre une foule de petites pièces de fer ou d’acier; pour cela le chalumeau Riche- mont est une chose impayable, et pourtant nous venons d’apprendre qu’il ne coûte pas bien cher, puisqu’il y en a de 200 à 300 francs. Quand ces instruments seront répandus, ils pourront fournir à la consommation des sulfates de fer et deziuc. Chaque plombier pourraopérer lui-même la cristallisation dans de simples bacs en bois, ou livrer scs eaux saturées à une fabrique qui les lui achètera volontiers. M. de Richemont a laissé peu de chose à essayer en fait d’applications de son procédé. Par exemple, il habille de plomb, les cuillers de fer, ainsi que les entonnoirs et les filtres, dont tous les trous sont enveloppés de plomb, afin que ces ustensiles, indispensables au maniement des acides, réunissent la solidité à l’insolubilité. Il construit aussi de petits appareils de Wolf, propres 326 — à la distillation des acides et moins fragiles que ceux de verre ; mais le plus grand service que son procédé soit appelé à rendre à l’industrie, c’est de pouvoir garnir en plomb l’intérieur des barriques et des tonneaux, qui seront bientôt substitués aux bonbonnes ou ballons de verre, si brisables et si dangereux dans le transport et le maniement des acides. Désormais, l’acide sulfurique pourra se voiturer sans plus de précautions que celles qu’exige un tonneau de bière ou de vin ; les risques de mer en seront considérablement diminués, par conséquent les primes d’assurances beaucoup moins élevées. C’est seulement alors qu’on aura la faculté d’aller établir la production de l’acide sulfurique sur les lieux où se trouve le soufre, comme en Sicile et peut-être en Islande, où ce produit abonde, sans qu’on ait encore sérieusement songé à l’exploiter. Nous saisissons l’occasion de recommander cette spéculation à nos industriels, s’il en est que la mer n'effraie pas trop, car à présent que le soufre de l’Etna est monopolisé, c’est une bonne fortune de pouvoir s’adresser à celui de YHécla ; mais il faudrait y conduire du combustible. Nous savons que quelques industriels belges se livrent avec succès à des essais pour extraire le soufre des pyrites; il parait que le succès a dépassé leur attente : la pyrite contient 44 de soufre absolu; ils en retirent, dit- on, 33 d’acide sulfureux. On a fait grand bruit d’un procédé pour extraire le soufre du plâtre de Paris, qui n’est qu’un sulfate de chaux, mais les expériences auxquelles un de nos amis a assisté n’ont pas répondu à l’attente ni aux menaces de l’inventeur dont M. Laffitte paraissait s’effrayer mal à propos. La dépense du procédé de M. de Richemont est fort peu considérable et ne s’élève pas au douzième de celle du procédé ordinaire, quant à l’économie de la soudure; pour la dépense du gaz, elle n’est pas même équivalente à celle du charbon et des fers de l’ancien procédé; mais l’économie de temps est de beaucoup en faveur du procédé nouveau, et si l’on doit porter en ligne de compte les probabilités d’incendie, nous pouvons dire que le procédé Richemont économisera au moins cinq cathédrales sur six ; car les plombiers sont les Érostrates modernes ; c’est toujours par un réchaud de plombier, abandonné dans les combles, pendant les heures de repas, que les incendies historiques ont été perpétrés. Il n’y a plus rien à craindre du feu avec le nouveau procédé, quand même la mèche serait abandonnée sur le plancher et que l’on oublierait de l’éteindre en tournant le robinet; car le jet prenant, à cause de la forme du chalumeau, la position horizontale, la flamme continuerait à brûler dans l’espace, jusqu’à épuisement du zinc, sans toucher au plancher, comme le ferait un fer rouge ou un charbon. Nous croyons que ce procédé ne tardera pas à être utilisé par les orfèvres, les fabricants de chaînes d’or et de filigranes, les souffleurs de verre, et dans une foule d’arts et métiers qui ont besoin d’un outil de feu faisant sur les métaux l’effet caustique de la pierre infernale sur les chairs. Quant à la crainte des explosions provenant du mélange de l’air et du gaz, elle est ici sans fondement, à moins qu’on ne s’approche avec une lumière de la partie de l'appareil où s’opère le reflux de l’eau — 328 acidulée; car si quelques morceaux de zinc s’y trouvaient oubliés, ils pourraient produire momentanément assez de gaz pour faire une légère détonation qui n’aurait d’ailleurs d’autre effet que d’effrayer l’imprudent Lucifer. Nous terminerons ici tout ce que nous savons de neuf sur le plomb (1); nous ne dirons pas comment on le granule pour la chasse, quoique nous ayons tiré d’embarras, il y a quelques années, un plombier de Bruxelles qui n’avait pu jusque-là obtenir un grain rond, et qui fait merveille aujourd’hui. Nous n’entrerons pas non plus dans la composition des acétates, des carbonates, de la litharge et des minium, toutes choses dont on trouve des aperçus plus ou moins satisfaisants dans les dictionnaires technologiques ; nous dirons seulement aux artilleurs qu’ils pourraient imiter un amateur de Troyes, en Champagne, lequel entoure ses boulets d’une enveloppe de .plomb d’une ou deux lignes d’épaisseur. Cette enveloppe aurait le double avantage de conserver les projectiles qui sont ordinairement mis hors d’état de servir après quelques années d’exposition à l’air et de ménager l’âme des canons, tout en donnant plus de justesse et de portée au tir. (1) Nous devons néanmoins parler d’un procédé, encore peu connu, que l’on possédait déjà pour souder le plomb par le plomb. On taille en biseau les deux feuilles à souder, on les rapproche et l’on forme deux petites digues d’argile humide alentour, en ayant soin de salir d’argile avec les doigts, toutes les parties où l’on ne veut pas que le plomb s’attache, puis on coule très-chaud dans la rigole ; le plomb qui tombe fond les deux rives et la soudure est accomplie. On répare ensuite au ciseau et à la râpe. # — 3 29 — L’amateur dont nous parlons avait exposé une pièce de canon contenant quinze gargousses, placées d’avance en étoile, dans une roue horizontale mobile percée de quinze chambres coniques. Nous n’avons pas été peu surpris d’y reconnaître les dispositions d’un fusil de notre invention, pour lequel un brevet nous a été refusé en 1835 ; mais qui a été réinventé en 1837, en Amérique, après que nous en eûmes montré le plan à qui l’a voulu voir. Ce fusil est revenu se faire breveter l’an passé en Belgique, et l’on s’occupe de sa construction à Liège; d’après les magnifiques rapports publiés sur cette arme, et les attestations du président des États-Unis lui-même, nous la croyons destinée à faire la fortune des inventeurs de seconde main : Sic.nos non nobis. ZINC. Le zinc ouvré tenait une place notable à l’exposition ; on ne saurait même nous réfuter, si nous disions que ce produit belge dominait et protégeait tous les produits français, puisque le vaste bâtiment des Champs-Elysées était couvert en zinc de la Vieille-Montagne. Il paraît que le zinc n’était connu des anciens qu’à l’état de minerai ; ils savaient que son alliage avec le cuivre rouge a la propriété de donner à celui-ci une couleur d’or, à laquelle ils attachaient d’autant plus de prix, qu’ils eurent assez souvent peur de voir épuiser la précieuse matière qui servait à donner cette belle nuance au métal. Pline raconte que l’on se sert de cadmie pour fabriquer le cuivre couleur d’or. Il n’ignorait même pas qu’elle — 331 — augmente le poids du cuivre ; il nous apprend aussi que le laiton fut découvert dans l’ile de Chypre; in Cypro prima fuit œris inventio, d’où vient le nom de cuprum; mais il est probable que ce naturaliste a entendu désigner, parle mot œris, le cuivre jaune seulement; car l'ile de Chypre possède des minerais de zinc; Pline ne peut avoir voulu parler de l’invention du cuivre rouge qui était connu des Hébreux et des peuples de la plus haute antiquité. Albert le Grand, qui vivait au XIII e siècle, dit que l’on fait du cuivre jaune en alliant au cuivre rouge le lapis calaminaris. En 1568, le duc Jules de Brunswick découvrit le sulfate de zinc, ou vitriol blanc, dont il fit longtemps un secret, et défendit très-sévèrement la sortie de ses Etats où l’on s’occupait de la fabrication du cuivre jaune. Paracelse fut le premier qui désigna le zinc distinctement. Il en parle comme d’un métal fusible , mais non malléable. Il paraît que, jusqu’au milieu du XVI e siècle, le zinc métallique était si rare qu’il en manquait des échantillons dans des collections d’ailleurs fort estimées de ce lemps-là ; on le confondait assez fréquemment avec le bismuth. Le chimiste Henkel fut le premier qui, en 1721, se livra à l’exploitation de la calamine pour en extraire le zinc; en 1737, Isaac Lawson l’exploitait en grand en Angleterre; en 1743, Champion fondait une usine à Bristol ; mais la plus grande partie du zinc employé en Europe, de 1775 à 1779, nous était encore fournie par les peuples d’au delà de l’équateur, que l’on s’est toujours efforcé de nous représenter comme ignorants et semi-barbares, bien qu’ils aient été nos devanciers dans une foule de découvertes importantes dont nous 5 32 — nous donnons les honneurs sans qu’ils songent à les revendiquer auprès de l’Institut ; car nous parlons seuls : Ah ! si les lions savaient peindre ! et si les Chinois pouvaient faire de la polémique avec l’Europe savante ! ! Nous ignorons depuis quand les Indiens exploitent la calamine, et en quelle année le zinc a été apporté pour la première fois en Europe ; ce que l’on sait seulement, c’est que la société de commerce des Pays-Bas en fit vendre près d’un million delivres de 1775 à 1779, et 28,000 livres à Rotterdam, en 1780. D’après l’abbé Raynal, les Hollandais achetaient tous les ans 1,500,000 kil. de zinc à Palembang. Ce qu’il y a de plus probable, c’est que le zinc provenait à la fois de la Chine, du Bengale et de Malabar, d’où viennent également le cuivre rouge et le cuivre jaune; il se vendait vers le commencement du XVII 0 siècle sous le nom de toutenaguc, spode ou speautre. Une chose singulière, c’est que les Indiens donnent au zinc le nom de calaem, qui ne peut provenir de notre lapis calaminaris, dont on retrouve l’appellation dans les écrits du XIII 0 siècle, avant que les Portugais nous eussent apporté le premier zinc de l’Inde. Ceci vient à l’appui des idées du savant Rapsaet, qui pense que la Belgique fut peuplée par les petits Tartares, qui arrivaient par caravanes pour chercher de l’ambre sur les bords de la Baltique, et qui auront ainsi fait connaître le calaem aux peuples de la Germanie (1). (1) Les Chinois n’ont pas toujours été confinés derrière leur grande muraille, ils ont été jadis un peuple à caravanes, puisqu’ils venaient apporter le sucre, dont ils ont été les premiers fabricants , jusqu’aux marchés de Casait et de Moscou, d’où nos pères le liraient sous les noms de cassonade et de moscouade qui lui restent encore. I — 333 — On extrait la calamine dans tous les environs de Slol- berg ; mais la mine principale, la mine mère se trouve à la Vieille-Montagne , entre Aix-la-Chapelle et Liège; le zinc y est beaucoup plus pur qu’aux alentours de Stol- berg, où il se trouve mêlé de mine de plomb, de soufre, d’arsenic et de fer, ce qui rend ce métal plus intraitable et nuit à sa malléabilité. C’est donc la Vieille-Montagne qui fournit le zinc aux usinesde laiton étrangères; celles de Stolberg se servent directement du minerai pour leur fabrication de cuivre jaune, dont la production s’élevait, dans un temps, après de 43,000 quintaux annuellement. Stolberg comptait, de 1780 à 1788, de cent trente à cent quarante fours à cuivre jaune. En 1816 cette fabrication perdit beaucoup de son importance par l’introduction de son industrie en France; mais pendant les guerres, le nombre des fours de Stolberg s’éleva jusqu’à 196; il y avait 34 usines pour les tôles de cuivre ; 13 pour la chaudronnerie; 54 pour la tréfilerie ; 10 laminoirs; 28 usines pour la manipulation du zinc. La calamine se trouve en couche à Iserlohn et en liions dans le Derbyshire. Il en existe beaucoup de veinules et d’amas en France, mais elle s’y montre en trop petite quantité pour être exploitable ; les seules mines un peu considérables après celle de la Vieille-Montagne se trouvent en Carinlhie, en Silésie et en Pologne ; mais les mines belges fournissent à elles seules plus de la moitié du zinc consommé en Europe aujourd’hui. M. d’Arlincourt avait établi un laminoir près de Gisors, 554 — où il travaillait le zinc de Silésie; mais il n’a pu résister devant le zinc de la Vieille-Montagne ; il avait cependant trouvé le moyen d’étamer ses feuilles de zinc, ce qui leur donnait une belle couleur de fer-blanc et les préservait de cette oxydation superficielle qui rend le zinc gris à l’air et le fait noircir à l’eau. Cette invention de zinc étainé, sur laquelle on avait fondé une société à Paris, est restée secrète, et toutes les recherches faites par les ingénieurs des sociétés belges, pour découvrir ce moyen, ont été infructueuses. Il ne fallait pourtant qu’un mot pour les mettre sur la voie, et ils l’eussent entendu sans doute depuis longtemps, s’ils n’avaient interdit sévèrement l’entrée de leurs ateliers aux visiteurs. Nous l’avons déjà dit : la plupart des fabricants auraient beaucoup plus à recevoir des visiteurs qu’ils n’ont ordinairement à leur offrir ; le laminage du zinc n’est plus un secret, les plaques sont fondues et dégrossies au laminoir, en les chauffant de temps en temps, dans un four à réverbère porté à 120 ou 150 degrés; d’autres pensent que l’eau bouillante est suffisante ; mais il faut que les cylindres qui ont environ quinze pouces de diamètre soient aussi chauffés au même degré ; on termine le laminage par paquets de six à huit feuilles à la fois, chose qu’on ne ferait pas impunément avec le plomb ou l’étain. Nous n’imiterons pas la réserve des calamineurs de Liège, et nous leur dirons tout ce que nous savons de neuf concernant leur état, comme nous l’avons déjà fait et comme nous continuerons de le faire pour les autres industries. C’est peut-être à cette manière d’écrire sans réti- — 333 — cence, que nous devons la faveur avec laquelle notre l’apport, que plusieurs journaux nous font l’honneur d’appeler un modèle du genre, est généralement accueilli. C’est qu’ordinairement les savants industriels, qui connaissent le peu de gratitude du public envers ceux qui jettent leurs perles à ses pieds, n’ont garde de s’expliquer assez clairement pour qu’on puisse se passer de recourir à eux d ans la mise à fruit d’un procédé nouveau. Il arrive même fort souvent qu’ils jettent d’un mot l’amateur ingrat dans une mauvaise voie. Nous n’avons pas la force de les blâmer ; car nous connaissons aussi bien qu’eux le peu d’estime que l’on fait des écrivains désintéressés. Étamage «lu zinc. Dans l’ordre physique comme dans l’ordre moral, un tiers facilite grandement les alliages et les alliances, même les plus hétérogènes, les plus difficiles en apparence ; il ne s’agit que de trouver l’intermédiaire utile. Jusqu’ici l’on s’était bornéàétamer le fer, quand Sorel découvrit le zincage; mais voici venir M. Golfier { 1) qui trouve dans le chlorure double de zinc et de sel ammoniac un agent assez habile pour marier non-seulement (1) Une réclamation de M. Sorel nous prouve que M. Golfier n’a fait que travailler sur les données contenues dans ses brevets ; ainsi M. Golfier serait le Selligue de M. Sorel. l'étain au fer et au cuivre, mais aussi au plomb et au zinc; et pendant qu’il est en veine, il marie à son tour le plomb au fer et au cuivre; ces éléments qui semblaient devoir rester séparés par une éternelle antipathie, s’embrassent et s’unissent avec la plus intime cordialité. A la nouvelle d’un pareil succès, les Grecs auraient célébré les noces de Cadmie et de Saturne, etc., comme ils ont célébré les amours de Mars et de Vénus; on aurait institué des jeux décennaux, on aurait attaché des ailes aux talons de M. Golfier, en le classant, au moins, parmi les dieux inférieurs ; mais, hélas ! toutes ces fictions gracieuses et poétiques des temps mythologiques se sont évanouies dans notre siècle de houille et de betterave; Dédale et Icare sont devenus tout simplement MM. Montgolfier père et fils, fabricants de papier d’An- nonay; nous avons plusieurs centaines deVulcains et compagnie, fabricants de fer et de machines à vapeur. Ce n’est plus Éole, c’est M. Roussel, horloger à Versailles, et M. Andraud qui emprisonnent les vents pour faire marcher les vaisseaux et les locomotives. Les anciens apothéosaient, divinisaient les inventeurs et les découvertes, et les plaçaient dans leur joyeux et spirituel Olympe ; mais il y a eu révolution là-haut : les sans-culottes se sont emparés des meilleures places. Ce n’est plus avec des inventions utiles a l’humanité quod itur ad astra; on va bien plus certainement à l’hôpital. Si les anciens avaient trouvé le daguerréotype, nous lirions sans doute aujourd’hui, dans le dictionnaire mythologique, l’article suivant : « Héliographie, fille du Soleil et d 'Iode, sœur de Chlore et de Brome, enfants de Thétis, fut présentée sur la terre pa r Mercure. Dès que ce dieu eutsoulevé le voile qui la dé- — 357 — robait aux regards des mortels, tout le monde fut d’abord épris des charmes de la fille de Phébus, dont elle n’était pourtant qu’un bien faible rellet ; mais la sécheresse de son caractère, jointe à ses nombreux caprices, éloignèrent bientôt ses plus chauds admirateurs, etc., etc. » Voilà bien certainement un spécimen exact de la rédaction des lettres de noblesse de toutes les divinités de la Fable. Nous ne ferons pas l’énucléation de cette allégorie, c’est la tâche des professeurs, auxquels nous recommandons , en passant, de chercher avec un peu plus de soin le sens caché de la théogonie des anciens, qui n’ont sans doute rien laissé entrer dans leur ciel sans de bonnes et valables raisons. Nous regardons la mythologie comme le seul traité de physique, de météorologie et d’histoire naturelle que les anciens nous aient laissé ; ce ne sont certes pas des mots arrangés à plaisir ; il règne, par exemple, dans les métamorphoses, un parfum de chimie qui se reconnaît dès qu’on y fait la moindre attention. Ils ont, croyons-nous, exprimé comme il suit l’opération de la brasure du fer par le cuivre : Vénus (le cuivre) s’unit avec amour à Mars (le fer) dans les filets de Vulcain (au milieu des flammes) : les amants rougirent, dit la Fable; on rougirait à moins. Ainsi le combat d’Apollon contre le serpent Python, qu’il perce de ses traits, est à voir à peu près tous les jours sur l’horizon grec, quand le soleil levant trouve devant lui de ces longs nuages noirs, semblables à d’énormes serpents qu’il traverse de ses rayons lumineux (de ses flèches dorées), et dont il finit toujours par triompher; image des combats et de la victoire inévitable de la lumière sur les ténèbres. 1. Si RAPPORT. 338 - Ainsi Mercure se trouve mêlé à toutes les expéditions où il s’agit d’or et d’argent. On se servait sans doute déjà du mercure pour extraire ces métaux. Mercure ne manquait jamais de revenir une bourse pleine à la main. On sait que le plomb fondu sur du fer n’a jamais voulu y adhérer; aussi M. Desbassyns de Richmond avait-il pris le parti d’habiller le fer avec des lames de plomb, opération qui devient inutile aujourd’hui que M. Golfier a fait étamer, avec du plomb, une chaudière qui fonctionne depuis trois mois pour la cristallisation de liqueurs chargées d’un grand excès d’acide sulfurique; il a fait plomber également tous les instruments en cuivre ou en fer qui desservent cette chaudière. M. Golfier a fait plomber de même plusieurs cuves et appareils de zinc qui se détérioraient promptement par le concours de l’air, de la vapeur d’eau et des alternatives de chaud et de froid ; il en est maintenant très-satisfait. Si cette découverte eût eu lieu il y a deux ans, elle aurait sans doute fait l’objet d’une société de plusieurs millions ; car ceci est aussi utile que la galvanisation , et peut se prêter à une foule d’applications, dont on ne se fait pas encore une juste idée. Par exemple, le physicien qui voudra se composer une pile galvanique puissante et à bon marché, n'a qu’à prendre des feuilles de zinc plombées d’un seul côté, le plomb remplacera le cuivre, comme élément électro-négatif, élément qui n’a pas besoin d’une grande épaisseur, puisqu’il n’est point attaqué ; car en chimie le faible protège le fort, ou plutôt le faible pâtit pour le fort, ce qui est exactement conforme à ce que tout le monde sait. On peut aussi couper les feuilles plombées en flans ou rondelles au moyen d’un emporte-pièce, pour la 331) — construction des piles sèches. On peut faire des chambres pour la fabrication de l’acide sulfurique, soit en fer, soit en zinc plombé. Les chaudières à concentrer l’aeide peuvent être aussi en fer étamé de plomb. On n’aura donc plus peur de les voir se fondre et l’on pourra pousser le feu plus hardiment, et l’acide bien plus près de la concentration complète. Cette découverte est impayable pour les fabricants d’acide qui ne perdront plus autant de temps et d’argent à opérer la concentration dans des vases de platine. Elle est surtout de la plus haute importance pour la guerre ; car on peut étamer au plomb tous les projectiles, ce qui aura le double avantage de les préserver de l’oxydation et de conserver l’âme des canons et des mortiers Préparation du nouveau sel d’étamage. C’est tout simplement, comme nous l’avons déjà dit, un chlorure double de zinc et de sel ammoniac, formé, équivalent à équivalent, de ces deux substances, et cristallisant très-facilement ; en voici la fabrication pratique : on fait dissoudre dans de l’acide muriatique 4,23 de zinc, et à la dissolution neutre ( c’est-à-dire sans excès d’acide) on ajoute 6,73 de sel ammoniac. On fait cette addition à la solution chaude ; on laisse refroidir, et on obtient promptement de beaux cristaux de chlorure double. Ce sel est très-soluble dans l’eau. La chaleur le décompose en hydrochlorate d’ammoniaque qui se su- ■ir blime, et en chlorure de zinc qui se fond; ce composé possède la précieuse faculté de faciliter tous les genres d’étamage que nous avons relatés. Nous sommes persuadé qu’on nous pardonnera volontiers les digressions qui précèdent, l’une à cause de son importance et de sa nouveauté, l’autre en vertu de sa singularité. Nous allons, de ce pas, faire un tour sur la Vieille- Montagne, où nous invitons les amateurs à nous suivre. Zinc de la Vieille-Montagne. Les mines de la Vieille-Montagne ont ce double avantage sur celles de Silésie et de Pologne, qu’elles sont d’une richesse inépuisable et produisent le minerai le plus pur. Aussi est-ce un fait constant dans le commerce, que le zinc de laVieille-Montagne est plus malléable, moins cassant que celui de Silésie , parce qu’il contient moins de corps étrangers ; cependant, ce dernier exige et reçoit une refonte avant d’être livré à la consommation sous forme de feuilles. Les Silésiens mêmes reconnaissent la supériorité du zinc de la Vieille-Montagne, dans tous les usages qui exigent la pureté et la malléabilité du métal. En Angleterre, à prix égal, la préférence est acquise à la marque de la Fieille-Montagne t L’extraction du minerai calaminaire s’y fait à ciel ouvert, et l’exploitation est sillonnée de chemins de fer 344 — au moyen desquels les transports sont en toute saison faciles et économiques. La grande route de Liège à Aix- la-Chapelle longe les bâtiments de l’exploitation, et la route en fer d’Anvers à Cologne traverse la concession, à très-peu de distance du foyer de l’extraction actuelle. Le minerai calaminaire est réduit en métal dans trois grandes fonderies, situées, l’une à Moresnet (territoire neutre) sur le carreau de la mine; l’autre à Angleur, sur le bord de l’Ourthe et près du canal de l’Ourthe à la Meuse; la troisième, à Liège, dans le faubourg Saint-Léonard, près de la Meuse. Ces trois usines se trouvent donc dans les meilleures conditions de production, placées comme elles le sont, près des mines de calamine ou près de houillères, et dans tous les cas sur le bord des rivières navigables, canaux et routes en fer qui unissent les établissements entre eux, en même temps qu’ils les mettent en rapport avec l’Escaut et la mer par Anvers. La société possède en Belgique deux laminoirs, établis à Tillf, sur l’Ourthe, et mus par la force hydraulique ; elle en a un autre mû par la vapeur dans la vaste usine d’Angleur. Elle a créé en France d’autres laminoirs qui fournissent les beaux produits que nous avons admirés à l’exposition, et qui lui permettent d’alimenter la plus grande partie de la consommation française. Elle a aussi un établissement de laminage en Angleterre. On n’a pas d’idée des efforts de génie qui ont été faits par les inventeurs pour trouver la multiplicité de moyens d’attache destinés à obvier à la dilatation du zinc pour couvertures, qui figurent à toutes les expositions; car, pendant plusieurs années, on ne savait — 342 trop comment s’y prendre ; les clous et le 1er étaient fatals au zinc, et les grandes feuilles soudées entre elles olfraient une telle prise au vent, quand il trouvait une ouverture pour pénétrer en dessous, qu’on a vu trop souvent des toits entiers soulevés et emportés dans les airs, loin des habitations qu’ils recouvraient. Les toits des abattoirs de Bruxelles, de la porte de Hal et de la campagne deMont-JosephàVerviers, sont trois exemples à notre connaissance qui accusent l’ignorance des premiers éléments de physique, chez les architectes qui se sont rendus coupables d’un pareil péché de statique (1). Une bonne couverture de zinc qui peut recevoir un coup de vent en dessous, doit être confectionnée à l’instar des couvertures d’ardoise qui se soulèvent légèrement pour donner passage au vent; elle ne peut être d’une pièce que dans les recouvrements des combles fermés comme celui du théâtre de Bruxelles, qui dure depuis plus de vingt ans, sans avoir jamais éprouvé la moindre avarie. Nous recommandonsM. Carpentier, ruedeCléry, n°82, pour les objets en zinc; M. Place, rue du Temple, n° 76, pour les ardoises etchàssis en zinc; M.Ferreaux, rue Jean- Robert, n° 26, pour les bonnes toitures; M. Mulberger, de Wissembourg, pour ses beaux stores également en (1) Nous avons calculé qu’en ne donnant au vent qui s'engouffrerait par une large ouverture sous la couverture du théâtre de Bruxelles, que la pression d’un trentième d’atmosphère, sa puissance dépasserait un million de kilogrammes; si cette toiture se trouvait dans les conditions de pondération d’un cerf-volant, elle pourrait s’élever dans les airs, avec toute sa charpente, comme une simple feuille de papier. — 343 zinc; M \!. Petit et Mabire, rue des Ci ravi Hiers, n° 18; M. Collin, chemin de ronde, entre la barrière Montmartre et la barrière Blanche ; M. Chaumont, rue du Faubourg- Saint-Denis, n° 44 ; M. Lami, boulevard Beaumarchais, n° 63 ; M. Larabare, directeur de la société de la Vieille-Montagne, rue Richer, n° 12. Du reste, les excellents spécimens de toitures et de châssis ne manquaient pas à l’exposition, et nous n’hésitons pas à déclarer que tous les accidents qui peuvent arriver aux couvertures en zinc ne doivent être attribués qu’à l’ignorance des architectes, qui ne se tiennent pas au courant des découvertes nouvelles relatives à leur état. La société de la Vieille-Montagne est du petit nombre de celles qui ont pour base des mines d’une richesse inépuisable et pour but le développement d’une industrie pleine d’avenir. Les capitaux qu’elle y a appliqués ont produit, en moins de deux ans, des résultats prospères qui s’accroissent tous les jours. En améliorant sans cesse la qualité du métal, elle s’attache à populariser les meilleurs procédés à suivre pour les mettre en œuvre. Elle recommande surtout de ne pas employer le zinc pour les usages extérieurs, comme toitures, conduits d’eau, etc., à une épaisseur moindre que celle du n" 13, et elle prescrit le n" 14 pour la confection des terrasses. Quand des ouvrages sont importants, elle consent à les faire exécuter par ses ouvriers et même à les garantir contre tous frais de réparation pour 10 et 12 ans, donnant par cette garantie un gage positif de sa conviction que les travaux bien exécutés en zinc sont pour longtemps à l’abri de tout entre tien quelconque. — 544 — La Société a uni ses intérêts à ceux des consommateurs : par les dépôts qu’elle a établis, elle empêche que le zinc ne soit vendu par les détaillants aux particuliers à des prix exorbitants, ainsi qu’on en a vu des exemples. Intéressée plus que personne à la propagation de l’emploi du zinc, elle veille à ce qu’il ne coûte au consommateur que le prix qu’elle a fixé, à ce qu’il soit toujours de bonne qualité, et surtout mis en œuvre par de bons ouvriers. Nous devons louer cette société des moyens qu’elle emploie; ils sont très-nécessairqs, car les plombiers sont excessivement opposés au zinc. A Anvers, par exemple, il eût encore été impossible, l’an passé, de trouver un ouvrier qui voulût seulement essayer de le souder. Cette société signale entre temps aux gouvernements , comme aux administrations, l’abus auquel donne presque toujours lieu l’adjudication des travaux de couverture en zinc. Les ferblantiers et les plombiers se les disputent à l’envi; devenus adjudicataires, à force de rabais, à des conditions ruineuses, ils cherchent à s’indemniser alors sur la qualité du métal, sur son épaisseur et sa mise en œuvre, c’est-à-dire sur les conditions de solidité et de durée de l’ouvrage. La Société souffre autant que le consommateur de cette mauvaise exécution des travaux, parce qu’on fait presque toujours retomber sur le métal les fautes et les spéculations du ferblantier. Elle a fixé, dans toutes les localités, une règle unique pour le prix de vente de son zinc; partout c’est le prix auquel il se vend à Liège, augmenté des frais de transport de cette ville à chaque destination. On peut donc toujours, sans danger aucun, se faire expédier du zinc de rétablissement central, en ayant soin toutefois de faire, d’avance et par écrit, ses — 345 — prix avec les voituriers; car, nous devons le dire à la honte de notre régime de liberté, les charretiers de la Belgique se permettent d’étranges licences dans le prix des transports. ' La consommation du zinc prend Un grand essor. Son emploi dans les toitures des maisons se généralise déplus en plus : il est impossible qu’il en soit autrement, quand il est reconnu qu’il apporte une économie notable dans la charpente et qu’il dispense de tout entretien. A Paris, la plupart des constructions nouvelles sont couvertes en zinc. L’emploi de ce métal devient très-varié : il sert aussi pour le doublage des navires (1), pour les terrasses, pour la couverture des fiacres, omnibus, voitures publiques et chariots de campagne. En Angleterre, on lui donne par l’emboutissage toutes sortes de formes et on l'applique à tous les usages de la quincaillerie auxquels servait auparavant la tôle : tels que plateaux, dessous de bouteilles, porte-mouchettes, etc. En Prusse, on fabrique avec la fonte du zinc tous les ouvrages d’art et d’ornement qui se font chez nous en bronze : tels sont des statues, des vases de toutes dimensions, des consoles de balcons, des corniches, des rosaces, des candélabres, et tous les détails d’ornements du travail le plus fini. (1) L’action de i’eau de mer nous semble devoir exercer une fâcheuse influence sur le zinc pur, mais on n’aura plus rien à craindre en 1 ’étamant. Nous avons rapporté de Londres en 1834, un échantillon d’une composition métallique inventée en Suède et dont on commence à se servir pour le doublage des navires ; cet échantillon nous a semblé être un alliage de zinc et de plomb. 11 se trouvait dans le même magasin d’immenses tonneaux remplis de petits clous en zinc pour attacher ces feuilles aux flancs des navires. — 346 — Un avantage remarquable des couvertures en zinc sera de nous délivrer de ces toits pointus dont Win- kelmann, à son retour d’Italie en Allemagne, fut si fort indigné, qqe cette vue seule suffit pour le faire rétrograder vers Rome. Avec le zinc, on peut tenir les toits presque plats, et l’eau qu'ils envoient dans les citernes est tout aussi bonne que celle des toits pointus; les toits plats sont aussi moins périlleux pour les ouvriers , et offrent une économie notable de jambes, de bras et de têtes cassés. Un temps viendra où chaque maison aura un jardin, au lieu d’un toit pointu. Le colonel Belmas a écrit une brochure sur les avantages des couvertures de zinc, où l’on peut voir combien d’extension cette industrie a déjà prise en France ; par exemple, sont couverts en zinc, le ministère du quai d’Orsay ; la galerie de minéralogie du Jardin des plantes ; les Archives de la cour des comptes ; le grand marché à charbon près de l’abattoir du Roule ; le marché de la Madeleine; le grand bazar du boulevard Bonne-Nouvelle, etc. ; la sanction du temps est même acquise à ces couvertures, car il y en a qui datent déjà de 23 ans, et qui sont encore, comme on dit, aussi boimes que neuves. La lithographie même s’occupe de substituer le zinc à la pierre ; mais depuis Senefelder, qui en a fait la première application, jusqu’à un lithographe belge qui vient de l’inventer, les nombreux essais que nous avons vus, nous ont convaincu que ce n’est pas là un perfectionnement à l’art; car à part son poids, la pierre est ce qui donne les résultats les plus parfaits. Nous pou- — 347 — vous affirmer qu’en fait de lithographie l’art est complet, il ne manque plus que l’artiste. Les tentatives faites sur le zinc par les graveurs en taille-douce ont été plus rationnelles ; nous ne doutons pas qu’une planche de zinc, bien purgé de plomb et de fer et surtout bien récroui, ne donne au burin ou à la pointe sèche, sans eau-forte, des résultats presque aussi satisfaisants que le cuivre, etc., moins la durée, sous la main de l’imprimeur. Les imprimeurs sur étoffes commencent à substituer le zinc au cuivre, pour les couleurs où il n’entre pas d’acides • cela donnerait une économie de 4 à 500 pour cent sur le capital mort de certains fabricants; capital quj s’élève souvent à plusieurs centaines de mille francs. Une des applications les plus utiles du zinc est celle qu’on en fait depuis quelque temps aux ustensiles de ménage, tels que baignoires, seaux, bassins, pompes, mangeoires, tuyaux, etc. Le plâtre, la chaux et les alcalis en général étant les ennemis du zinc, il faut l’en préserver, aussi bien que des acides, y compris même le gaz acide carbonique. Comme le bronze antique, le zinc se couvre à l’air d’une sorte de patine insoluble ou vernis d’une très-petite épaisseur, qui sert à garantir le reste du métal de l’oxydation. Pour les usages de la chimie, le zinc de Silésie ayant été préféré à celui de Belgique, parce qu’il ne contient pas de fer, cette circonstance a trompé bien du monde en laissant croire que la préférence des chimistes devait déterminer la préférence des industriels ; mais il se trouve que le fer ne nuit point à la malléabilité du zinc belge, comme le plomb nuit à celle du zinc d’Allemagne. — 348 Le professeur Guillery avait trouvé le moyen de remplacer le blanc de plomb, ou céruse, par le blanc de zinc; mais il fut arrêté par le fer qui jaunissait son précipité; nous l’engageons à reprendre ses essais sur du zinc de Silésie qui n’en contient pas ; c’est une fabrication à la minute qui offrirait une grande économie sur celle du carbonate de plomb. On fabrique en ce moment à Londres des dentelles de zinc, c’est-à-dire des feuilles percées d’une multitude de trous si fins et si rapprochés les uns des autres, qu’on en peut compter 2,500 dans un pouce carré; le percement d’un milliard de ces trous s’opère en quelques minutes à l’aide d’un rouleau hérissé de petites pointes, ou plutôt d’un peigne composé d’une multitude de picots qui se soulèvent et s’abaissent alternativement pendant qu’un déclic fait avancer la feuille de tôle d’une certaine quantité, sur une lame de plomb. Rien n’est plus joli que cette application aux stores de fenêtres, aux garde- feu et aux écrans, et rien n’est plus utile pour établir des séries de tamis de différents numéros. Ces dentelles remplacent fort avantageusement, en certains cas, les toiles métalliques. Si l’on n’est jamais parvenu à opérer sur le fer-blanc ce percement si rapproché, c’est parce que les trous ne se font pas aussi nettement sur le fer que sur le zinc. Cette dentelle métallique peut recevoir toutes sortes de peinture pour les transparents ; mais elle va prendre un développement considérable par la découverte de l’étamage et du plombage du zinc. C’est une industrie toute nouvelle et très-importante qui va surgir pour la chimie culinaire et manufacturière; mais tel est le caractère lemporisalcur de nos industriels, que pas un — 349 — ne saura s’en emparer, quoiqu’elle soit suffisamment dessinée dans le peu de lignes qui précèdent. On attendra qu’un Anglais vienne prendre un brevet, à condition de le livrer à tous ceux qui voudront payer un certain prix ; et on ne l’achètera pas plus qu’on n’achète tous les brevets accordés à cette condition, que nous regardons non-seulement comme illégale, mais encore comme fatale à notre industrie. Ceci s’explique par des milliers d’exemples et par le simple raisonnement que nous entendons tous les jours dans le monde où nous vivons, et que le ministre n’est jamais à même d’entendre ; sans cela, nous ne doutons pas qu’il ne se hâte de supprimer une mesure prise sans doute pour favoriser l’industrie, mais qui la tue. Voici le raisonnement fort naturel que fait chaque manufacturier en présence d’un brevet marqué au coin de la banalité : Si j’achète, mes confrères en feront autant et nous resterons comme on dit à deux de jeu; cela ne m’offre qu’une perte d’argent certaine et aucun avantage, aucune supériorité sur mes rivaux ; laissons-les faire, et attendons, nous aurons bientôt cette invention pour rien. Cela est juste et rationnel, aussi tout le monde en fait- il de même; le ministre n’a qu’à s’informer auprès des cinq ou six cents personnes auxquelles il a imposé la condition de communiquer leur invention, moyennant un prix à fixer par arbitres et, en cas de besoin, par les tribunaux, il verra qu’il ne s’est fait aucune transaction de ce genre et que les 99 centièmes de ces brevets sont restés inappliqués en Belgique. Ce n’est pas notre faute ; car depuis quinze ans nous l’avons prédit dans des centaines d’articles et dans plu- — 350 — sieurs brochures, publiées dans l’unique but d’éclairer le ministère et les chambres, sur cette question vitale pour l’industrie de la Belgique. Nous le disons à regret, si nous nous trouvons si arriérés dans les mille et une petites industries qui font la prospérité de l’Angleterre et de la France, c’est parce qu’on a voulu interpréter chez nous la loi sur les brevets, et qu’on l’a soumise, à une interprétation complètement au rebours de ce qu’elle devait être, si toutefois il est permis de s’écarter de l’esprit et du texte littéral des lois. On a cru devoir mater, réprimer et contrarier l’esprit d’invention, au lieu de l’exciter. Jadis on crevait, dit-on, les yeux aux inventeurs; sous Richelieu on les jetait en prison (Salomon de Caus); sous l’empire on les envoyait paitre (Fulton et Brunei) ; il y a dix ans, on se contentait de leur inlliger une amende de 12 à 1300 fr. que nos observations ont déjà fait diminuer de moitié, en Belgique. Il faut espérer que cet ilotisme des inventeurs sera aboli en même temps que celui des nègres. Il y a progrès, comme on voit. Pondre de zinc. Si l’on chauffe du zinc à 210 degrés centigrades, il devient friable et l’on peut le réduire en une poudre très-fine qui, mêlée à l’huile, compose une couleur d’une solidité à toute épreuve et peut s’appliquer à la pein- — 351 ture des maisons et du bois qu’elle met entièrement à l’abri des variations de l’atmosphère ; un industriel de cette ville exploite secrètement cette industrie depuis quelque temps avec un très-grand succès. Nous croyons que cette poudre finira par chasser la céruse de toutes les peintures qui n’exigent pas le blanc pur, et il y en a beaucoup ; nous croyons que la poudre de zinc est la base du procédé de la peinture galvanique. Il y a là pour les propriétaires de la Vieille-Montagne un débouché futur considérable, auquel ils n’ont sans doute pas encore pensé. S’ils veulent prendre la peine de fabriquer eux-mêmes cette poudre, avec leurs déchets de zinc ferreux et le rachat des rognures des ferblantiers, à l’aide de la force motrice qu’ils perdent dans les interruptions du travail des laminoirs, ils y trouveront un très-grand bénéfice. L’alliage d’étain et de zinc sert à faire de la vaisselle ; il entre aussi dans un grand nombre d’alliages métalliques que les anciens croyaient bornés à trois ou quatre, et que l’on a portés depuis à 461 (1), sans compter Yar- gentone dont le prince de Rohan-Rochefort vient de nous annoncer la découverte (2). Les oxydes de zinc chauffés dans un creuset recouvert d’une planche de cuivre rouge, convertissent cette (1) On a reconnu, dans le inétal des excellents canons fondus par les célèbres frères Relier de Strasbourg pour le grand roi, 5 ou 4 p. c. de zinc et onze d’étain. (2) Voici l’extrait de sa lettre du 5 janvier : Je me suis beaucoup occupé de docimasie, je vous apporterai des alliages jaunes et blancs, dont vous serez content de la couleur et du bas prix ; j’en ai qui résistent à tous les acides végétaux ; j’en ai même un blanc que l’acide nitrique n’oxyde pas, tandis qu’il attache l’argent le plus fin... — 3S2 — planche en airain. On a également trouvé du zinc dans l’airain de Corinthe, ce qui fait supposer que les Grecs avaient au moins connaissance de ce minerai ; le fameux quadrige du Carrousel en contenait une partie notable. Nous conseillons l’essai des vapeurs du zinc en complément de celles du mercure, aux planches du daguerréotype; le pompholix ou lana philosophica n’est pas exposé à noircir à l’air comme le mercure ; nous conseillons aussi l’essai des vapeurs d’étain et d’arsenic qui sont d’une grande blancheur, seule qualité qui manque à la découverte de Niepce. Ceci nous conduit naturellement à conseiller aux propriétaires des hauts fourneaux, de récolter les fleurs de zinc qui s’échappent souvent en très-grande abondance de certains minerais de fer ; il suffirait pour cela de pratiquer à certaine hauteur des fourneaux, des ouvertures latérales en forme de cheminées obliques, par lesquelles l’oxyde de zinc irait se condenser dans les chambres placées autour du fourneau ; nous ne doutons pas qu’il ne se fit dans ces pièces une précieuse récolte de nihil album, très-aisé à réduire ensuite en métal, à l’aide du charbon. Un extrait de la statistique des douanes françaises nous fera connaître la rapidité avec laquelle l’usage du zinc se répand dans les arts. Jusqu’en 1831, l’importation n’avait pas atteint 2 millions de kilogrammes. En 1833 elle était de 6,000,000 kilog. En 1836 — 10,000,000 » En 1838 — 11,800,000 » En 1806, l’empereur, voulant encourager la réduction des minerais de zinc à l’état métallique , ordonna la mise en concession des mines de la Vieille-Montagne, exploitées jusqu’alors par le gouvernement. Pour assurer au concessionnaire des avantages considérables, exclusifs même, il fit rechercher tous les gisements calaminaires existant autour de l’exploitation de la Vieille-Montagne, et il les réunit tous dans une seule concession à laquelle il assigna par décret impérial une étendue de 7,500 hectares environ : c’est ce qui a fait de la concession de la Vieille-Montagne une des plus riches en minerai qui existent. La pensée de Napoléon eut des résultats heureux. La Vieille-Montagne acquit bientôt une grande importance qui ne fit que s’accroitre dans les mains et sous l’influence de M. Mosselmann, lequel, en 1837, pour donner de nouveaux développements à ces mines, en fit l’apport à la société anonyme actuelle. Les journaux annoncent aujourd’hui qu’un procès se plaide à Paris, entre le roi de Prusse et le roi des Belges, sur le point de redevances de la Vieille-Montagne. Il paraît que c’est une proie royale de haute valeur que cette montagne zincifère ; qui sait si elle n’occasionnera pas une guerre internationale? On s’est battu pour des sujets moins importants. Heureusement que la voix des avocats a remplacé celle du canon , cette ancienne usurpation de la force sur le droit ; nous espérons bien que les protocoles dont on s’est tant moqué, continueront désormais à vider les querelles des rois aussi bien que celles des particuliers. C’est peut-être le seul avantage irréprochable que l’on puisse attribuer au régime représentatif, fort peu enclin de sa nature aux entreprises hasardeuses, même à celles des chemins de fer qui ne le sont pas. RAPPORT. 1 . 25 Zinc «le Miléaie. Nous croyons devoir compléter l’histoire du zinc par des renseignements curieux et exacts sur la situation actuelle des exploitations de zinc en Silésie. On pourra de la sorte établir une comparaison entre les deux principaux foyers de production de cet utile métal. Dans la haute Silésie, sur la rive droite de l’Oder, s’étend, de l’ouest à l’est, une couche épaisse de calcaire secondaire ou de grès houiller, qui se termine sur le territoire de la Pologne et de Cracovie, et à trois à quatre lieues au delà des frontières prussiennes. Cette double formation se fait jour, en plusieurs points, à travers la terre meuble, et présente à la surface, tantôt du calcaire, tantôt du minerai de fer ou de la calamine qui se trouve dans les cavités du calcaire, tantôt enfin du grès houiller. La calamine se trouve en deux dépôts au sud de Tar- nowitz. Le plus considérable s’étend de l’ouest à l’est, depuis Gourniki jusqu’à Kostonagura : il a deux lieues et demie de long, sur une lieue de large; le second, plus au sud, part d eBeuthen et se développe à l’ouest de cette ville sur une longueur d'une lieue; celui-ci ne contient que trois concessions et des travaux de recherche; le premier en a quarante. La plupart des concessions ont cent hectares, maximum toléré par la loi. Plusieurs d’entre elles sont épuisées, d’autres inondées. lin général, on les exploite par puits et galeries, et i’on extrait à bras, par des treuils, le minerai, les terres — 355 — de déblai et l’eau. Les travaux sont faits avec une grande parcimonie; les galeries sont des trous de quelques mètres autour de l'orifice du puits dans toutes les directions. Il y a deux exceptions : la plus grande exploitation de Scharley est à ciel ouvert, les eaux y sont en grande abondance ; l’excavation n’a pas vingt mètres de profondeur, et trois machines de la force combinée de fi8 chevaux ne suffisent plus à l’épuisement. Marie, la seconde des exploitations, offre un travail régulier par galeries et puits faits avec art et servant de communications les uns aux autres; le minerai seul s’extrait par les treuils. L’eau est tirée par deux machines de 25 et 40 chevaux : on en place une troisième de 50. Sa profondeur est de 52 mètres. Il y a partout duplombuni à lacalamine en assez grande quantité et en filons exploitables, mais principalement aux deux concessions ci-dessus. Des concessionnaires le vendent à l’État qui exploite lui-même le plomb plus au nord, entre le premier dépôt de calamine et Tarnowitz, sur une demi-lieue de superficie. Ce plomb est argentifère et contient de 5/52 à 7/32 sur cent de métal précieux. L’affinage se fait sur place. Généralement les exploitations présentent le profit suivant : Calamine rouge (carbonate) dans laquelle on trouve de nombreuses géodes ; cristaux de zinc, de plomb (plomb carbonaté ou plomb blanc), le plomb sulfuré, tantôt en filons de 2 décimètres, tantôt sans consistance; calamine blanche (silicate) ; calcaire bleu. La partie supérieure, tantôt terrain meuble, tantôt calcaire gris-jaune. On exploite environ 45,000,000 kilog. de calamine en Silésie, dont 15,000,000 (Scharley) donnent 27 p. c. de 25 * zinc; 10,000,000 (Marie-Élisabeth, etc.) produisent 24 pourcent; et 20,000,000 une moyenne de 15 pour cent. C’est le maximum possible. Les mines s’appauvrissent et la qualité de minerai également. Autrefois on tirait de Scharley, 53 et 55 pour cent de zinc, ce qui prouverait que le minerai le plus riche est le plus voisin de la surface. Il y a en Silésie 54 usines à réduire le zinc, dont 22 à 24 en activité, comptant environ 250 fours allumés. Ces usines sont placées près des charbonnages parce que le combustible est la consommation principale; elles sont en moyenne à 5 lieues de la calamine. Un four se charge toutes les vingt-quatre heures et consomme de 600 à 800 kilog. de minerai et de 15 à 16 hectolitres de charbon. En Pologne, il y a 100 fours, dont 50 en activité; en Cracovie 80 fours, 50 en activité. Le minerai dans ces deux contrées ne donne que 10 à 12 p Il est, comme le charbon, près des usines et rend la production moins coûteuse qu’en Silésie, malgré la différence de richesse des minerais. Le gouvernement cracovien étant propriétaire d’une partie des fours et des mines, le zinc lui coûte brut, et sans égard aux capitaux engagés, 25 à 26 fr. Il se vend aux enchères publiques, et valait 33 fr. quand à Bres- lau il coûtait 42 fr. les 100 kilog. Cette différence se rachète, pour le commerce, par les droits de sortie ou parles difficultés de transports. La production annuelledu zinc estde!4,000,000 kilogrammes, dont 9,500,000 de Silésie, 2,500,000 de Pologne et 2,000,000 de Cracovie. Elle devient plus difficile chaque jour, et, malgré ces prix élevés, laisse peu de — 337 — bénéfice sur le principal marché de l’Europe septentrionale : Hambourg. La main-d’œuvre et le charbon sont à bas prix, mais l’extraction de la calamine rendue difficile, par les eaux, donne un grand avantage aux producteurs belges. Le plomb qui se trouve dans le minerai ne permet pas d’employer le mode de réduction de Belgique, parce que les creusets ne résisteraient pas. On perd d’ailleurs l’avantage du bas prix du charbon par la quantité nécessaire à la réduction. Il y a pour la Belgique un avantage actuel dans le prix de revient, un avantage de transport vers la France, lieu principal de consommation, et un avantage d’avenir, parce que le minerai est abondant et que sa qualité reste également bonne, et donne une moyenne dé 24 à 23 p. % de métal. L’industrie du zinc (application) est plus avancée en Prusse et particulièrement à Berlin. Tous les monuments publics sans exception sont recouverts en zinc. Les corniches se font en zinc coulé et présentent toutes les moulures des différents ordres d’architecture. M. Kiss a une fabrique de zinc coulé à Berlin, où il fait des médaillons, des rosaces, des statuettes, des ornements do toutes espèces, enfin des statues. Ici l’on voit un Apollon de I m. 30 c. de hauteur, là un groupe représentant une amazone à cheval, attaquée par un tigre. Ce groupe, exécuté en zinc bronzé, se vend 930 francs, tandis qu’en bronze il coûte■9)300 fr. En général, les objets en zinc ne coûtent que 1/40 du prix des mêmes modèles en bronze; et cependant les uns lie le cèdent pas aux autres pour l’exécution artistique. Cette industrie transportée à Paris, centre des arts, — 358 — aurait un avenir d’autant plus beau, qu’elle permettrait à beaucoup plus de consommateurs la jouissance de meubles dont les prix actuels sont hors de la portée des fortunes moyennes. Ainsi on pourrait l’appliquer aux lustres, aux candélabres, aux pendules, dont chaque jour les dimensions deviennent plus colossales. Ou pourrait avec avantage substituer le zinc au marbre et au bois sculpté pour les façades des magasins qui s’efforcent d’attirer les passants par le luxe des enseignes. On pourrait en faire des tables, des consoles, des rampes d’escalier; car le zinc se bronze et se dore aussi bien que le métal dont on se sert aujourd’hui. M. Pitet avait imaginé d’établir à Bruxelles un atelier de contrefaçon en zinc, des bronzes parisiens, tels que pendules, lustres et candélabres, dont les modèles ne lui auraient pas plus coûté que la composition d’un livre à nos imprimeurs; heureusement pour MM. Thomire, Quesnel, Desnière, etc., la société contrefactrice n’a pu parvenir à se former. Galvanisation ou zlncage du fer, Nous ne pouvons nous dispenser d’entrer dans quelques détails au sujet de la galvanisation du fer, parce que nous avons des preuves multipliées de la réalité et de l’excellence de cette découverte qui a fini par se relever des préventions défavorables que l’ignorance avait cru pouvoir soulever contre elle. La plus importante des inventions de M. Sorel, dit le rapporteur de l’exposition, est sans contredit celle du fer galvanisé: on appelle ainsi, du fer que l’on a enduit d’une légère couche de zinc, en le plongeant dans un bain de ce métal. L’expérience a montré que par là le fer se trouve garanti de l’action oxydante de l’air et de l'humidité, non-seulement dans les parties où il est recouvert par le zinc, mais même dans les parties qui restent nues, lorsque celles-ci ne sont pas trop étendues, par exemple, dans la tranche des feuilles de tôle, qui ont été zinguées, pourvu que l’épaisseur de ces feuilles ne dépasse pas quelques millimètres. Il suffit d’indiquer une telle propriété pour que l’on en apprécie toute la valeur. On sait aujourd’hui qu’en mettant en contact, dans des circonstances convenables, deux métaux différents, le plus oxydable défend l’autre contre l’action des corps oxygénants, tels que l'air, l’eau et les dissolutions salines. C’est à Humphrey Davy que l’on doit la découverte de ce principe, si fécond en conséquences utiles; mais l’application en est difficile dans la pratique, et Davy lui-même n’a pas obtenu un plein succès dans lesessaisen grand qu’il a faits,pour garantir de la rouille le doublage en cuivre des vaisseaux, par le moyen d’armatures en fer convenablement disposées. Ce savant avait aussi indiqué l’emploi du zinc pour conserver le fer et l’acier, et il avait même démontré l’efficacité de ce moyen en faisant voir que les instruments les mieux polis restent absolument intacts lorsqu’on les tient enfermés dans des gaines doublées de feuilles de zinc; mais» il avait borné là ses essais. C’est le principe de Davy que M. Sorel a cherché à appliquer en grand pour la préservation du fer, et M. Sorel nous paraît avoir complètement atteint son but. — 5(30 — Son procédé consiste à enduire le fer de zinc, en le plongeant dans un bain de ce métal en fusion, tout comine on l’enduit d’étain pour fabriquer ce que l’on appelle le fer-blanc; mais tandis que dans le fer étamé le fer est rendu plus oxydable par le contact de l’étain que lorsqu’il est entièrement nu, de telle sorte que, quand l’étamage n’a pas été exécuté avec le plus grand soin, les parties qui sont à découvert s’éraillent et se détruisent avec une grande rapidité ; dans le fer zingué, au contraire, le fer est protégé par le zinc, non-seulement partout où ce métal le recouvre, mais même dans les parties qui, par suite de l’imperfection de l’opération, ont pu rester à nu ; c’est cette précieuse propriété qui le caractérise. A la vérité, au bout d’un certain temps, le zinc qui recouvre le fer s’oxyde à la surface par le contact de l’air humide ; mais cette oxydation fait peu de progrès, elle s’arrête lorsqu’elle a pénétré jusqu’à une certaine épaisseur peu considérable, et la légère croûte d’oxyde qui s’est formée alors, acquérant une grande dureté et adhérant fortement au métal, sert au contraire de préservatif à celui-ci. Ce fait est maintenant bien constaté. C’est au commencement de l’année 4837 que M. Sorel a livré ses premiers produits au public. Depuis cette époque ils ont été soumis à un grand nombre d’épreuves, tant dans les laboratoires que dans les ateliers, par des savants et des industriels, et toutes les épreuves leur ont été favorables ; il ne peut plus rester actuellement le moindre doute sur leur bonne qualité, seulement on ne sait pas encore jusqu’à quel terme pourra se prolonger leur durée. Cette question est du genre de celles qui ne peuvent être résolues que par le temps. — 361 - Les propriétés du fer galvanisé étant bien reconnues, il s’agissait de le préparer en grand par des procédés manufacturiers; mais il y avait pour cela à vaincre beaucoup de difficultés, résultant principalement de l’action corrosive que le zinc exerce sur les vases métalliques, et de la tendance qu’il a à former un alliage pâteux avec le fer. À force de persévérance, M. Sorel est parvenu à surmonter toutes ces difficultés par des moyens simples et ingénieux. Depuis plus de deux ans, la fabrication marche avec facilité ; elle prend chaque jour plus d’activité, et dès à présent on peut dire que M. Sorel a enrichi l’industrie d’un art tout nouveau qui sera d’une grande utilité. On peut galvaniser ou zinguer tous les objets en fer quels qu’ils soient, après qu’on leur a donné les formes voulues. On galvanise, par exemple, des clous, des chaînes, des toiles et treillis, des objets de sellerie et de carrosserie, des outils de jardinage, etc.; mais il est probable que c’est à l’état de tôle que le fer galvanisé sera le plus employé. Déjà l’on fait un grand usage de cette tôle pour couvrir les toits, pour confectionner les tuyaux de poêle et de cheminée qui doivent être placés à l’extérieur, les gouttières, les tuyaux destinés à conduire l’eau soit à la surface, soit même sous terre ; les tuyaux à vapeur, etc. ; on s’en sert aussi avec un très-grand succès pour faire les formes à sucre, La tôle galvanisée n’eSt pas plus chère, à poids égal, que la tôle nue : elle est à peu près du même prix que le zinc laminé; mais, outre qu’elle est beaucoup plus tenace et plus flexible, elle a encore l’avantage de ne pas se fondre et de ne pas s’enflammer dans les incendies. Au lieu d’appliquer le zinc à l’état de fusion sur le fer, M. Sorel a encore imaginé de le réduire en poudre par un moyen très-simple et peu dispendieux, et d’en faire une sorte de peinture métallique qui, employée avec de l’huile ou du goudron, préserve également bien de la rouille les objets qu’elle recouvre. Il peut livrer cette peinture au commerce à trés-bas prix, parce qu’il la prépare avec les résidus impurs du zincagepar fusion. L'établissement dans lequel on fabrique le fer zingué et la peinture galvanique est déjà important, et il prend chaque jour une telle extension, que l’on se trouve actuellement dans la nécessité d’y ajouter beaucoup de constructions nouvelles. La vente du dernier mois a dépassé 28,000 fr., en sorte que dès à présent on est assuré que la valeur annuelle des produits manufacturés sera de plus de 300,000 fr. L’usine occupe déjà aujourd’hui plus de cent ouvriers. Quoique le cuivre et le fer ne s’allient pas, ils peuvent contracter de l’adhérence lorsqu’on les met en contact dans des circonstances convenables et en les échauffant suffisamment. Cependant il est difficile de recouvrir de cuivre une pièce de fer, de telle sorte que l’enduit métallique soit très-mince, uniformément réparti, et qu’il adhère solidement à la pièce qu’il recouvre. On ne réussirait pas, par exemple, en plongeant du fer dans du cuivre fondu : c’est ce résultat que M. Sorel a obtenu; après de longs tâtonnements, il est parvenu à découvrir plusieurs moyens que l’on pourra employer en manufacture, si cela peut devenir utile à l’industrie. M. Sorel applique également bien sur le fer le cuivre rouge ou le laiton, en sorte qu’il peut obtenir à volonté toutes les nuances du rouge et du jaune. — 365 — / On sait avec quelle rapidité le cuivre rouge est attaqué au contact de l’air par les dissolutions salines. L’eau de mer, par exemple, corrode avec une grande rapidité les feuilles de doublage des vaisseaux et les convertit en une rouille verte que l'on nomme vert-de- gris, et qui est une combinaison d’oxyde et de chlorure de cuivre. Davy avait annoncé qu’il était convaincu que l’on pourrait garantir le cuivre de cette action destructive en l’amenant à l’état de neutralité chimique, par le contact avec un autre métal ; mais il n’avait pas réussi à résoudre ce problème. M. Sorel paraît avoir été plus heureux, si l’on en juge par les échantillons qu’il a présentés à l’exposition; ces échantillons consistent en morceaux de cuivre rouge dont la surface a été convertie en cuivre jaune par un procédé simple que M. Sorel a imaginé, et qui, par là, sont devenus tout à fait inaltérables par les dissolutions de sel marin. On conçoit toute l’importance de cette découverte, mais elle a encore besoin d’être soumise à l’épreuve d’une expérience en grand. A cet égard, M. Sorel a fait tout ce qu’il pouvait en réclamant lui-même cette épreuve : elle aura lieu très-incessamment avec tout le développement convenable, M. le ministre de la marine ayant commandé à M. Sorel un nombre de feuilles de cuivre préparées par son procédé, suffisant pour doubler un navire de l’État dans le port de Brest. SONDAGE. INSTRUMENTS DIVERS. Le publie s’arrêtait avec une sorte de stupéfaction entre les deux collections d’outils cyelopéens de MM. De- gousée et Mulot d’Épinay, ces deux Titans de la sonde, qui se partagent aujourd’hui sans conteste la survivance de cette nuée de forailleurs qui, depuis une quinzaine d’années, s’étaient mis à pratiquer l’acuponcture sur l’épiderme du globe, sans atteindre autre chose que quelques artérioles d’affleurement. MM. Mulot et Degousée ont compris qu’il ne fallait pas aller de main morte sur une pareille écorce, mais qu’il était nécessaire de fouiller fort et ferme, si l’on voulait entamer les grandes artères. En conséquence, ils se sont mis à fabriquer à l’envi des jeux d’outils tellement gigantesques, tellement nom- breux et variés, que Jules Janin feignait de les prendre pour les nécessaires de Briarée et de Polyphème. Figurez-vous, en effet, des espèces de cure-oreilles de quatre à cinq quintaux, des arraclie-poils gros comme le corps, et des cuillers de douze pieds de hauteur et d’un pied de diamètre ; des tire-bouchons que quatre hommes ne porteraient pas, et des ciseaux, des tenailles, des forets, des tarières à l’avenant. Ajoutez-y les énormes encliquetages à la Dobo, les tourniquets, les clefs et tout l’attirail de rechange, pour chaque espèce de terrain et chaque variation dans le diamètre du trou, sans oublier les outils d’accident ou de reprise, et vous en aurez dix fois plus qu’il n’en faut pour vous faire désespérer de posséder jamais un équipage de sonde au grand complet, coûtât-il 80,000 francs. Il faut néanmoins rendre justice à l’intrépidité ou plutôt à la témérité de ces hommes forts qui, après s’être rendu compte des contre-sens que présente un procédé dont les difficultés croissent en progression géométrique de l’avancement des travaux, n’ont pas reculé tout d’abord ou cherché quelque moyen plus rationnel d’arriver au but. Mais on dirait vraiment que personne n’a pris la peine d’y penser un instant. Le premier qui aura vu un ouvrier forer avec une tarière un trou dans une pièce de bois, n’aura pas eu pliis d’efforts de génie à faire que l’inventeur du mortier monstre, c’est-à-dire qu’il lui a suffi d’augmenter les dimensions de la vrille pour percer la terre, sans songer que cette vrille doit augmenter d’épaisseur à mesure qu’elle s’allonge, ce qui ne l’empêche pas de se tordre en forant, et de fouetter en frappant, bien qn’elle 366 — pèse de 13 à 20,000 kilog., pour atteindre à une profondeur de 4 à 300 mètres. Jugez de l’épaisseur des barres de fer et des difficultés que l’on éprouve à faire danser une tige de vingt mille kilogrammes, à assembler et à désassembler des tiges de cinquante pieds, vissées bout à bout, et ce, à peu près tous les jours deux fois, pour opérer le nettoyage du trou, dont on ne ramène quelquefois rien du tout. Il suffit, pour être effrayé et dégoûté du forage artésien, d’aller visiter les travaux du puits de l’abattoir de Grenelle, où le patient Mulot est occupé avec son fils, depuis tantôt sept ans, à patauger dans la craie à 14 ou 1,300 pieds, d’où il ne peut démarrer depuis deux ans, quoique l’Académie ne cesse de l’encourager du geste et de la voix. A notre avis, c’est celui qui fait les frais d’un pareil travail qui doit avoir le plus grand courage ; car on bâtirait un bel hospice avec ce qu’aura coûté un puits sans eau qui n’aura pas même le mérite d’être le plus profond des trous, quoiqu’il en soit le plus cher. Origine du forage des puits. II est probable que les Égyptiens, qui savaient façonner le granit, tailler des tombeaux et des cryptes, ont eu tout aussi bien que nous l’idée d’allonger leur ciseau pour faire un trou de plus en plus profond, ne fùt-ce que pour reconnaître la nature du fond des lacs, des canaux, des citernes et des catacombes qu’ils avaient à creuser. — 367 Nous sommes d’autant plus porté à croire que ce peuple connaissait la sonde, que le savant Cliampollion nous a déclaré, peu de temps avant sa mort, qu’il était convaincu, pour sa part, que le législateur des Hébreux, avant de lancer le peuple de Dieu dans le désert, avait eu soin de se pourvoir des verges nécessaires au forage. Cette hypothèse ayant été communiquée à M. le baron Jomard et à M. le chevalier Drovetti, ancien consul et conseiller intime du vice-roi, ces messieurs déterminèrent Méhémet-AIi à faire venir un équipage de sonde. Nous nous rappelons encore les vives instances que nous fit M. Drovetti, pour nous engager à nous rendre chez le pacha, auquel il avait dû promettre, en partant, de lui envoyer un homme qui pût lui continuer ses bons conseils. La mission était flatteuse ; mais nous avons manqué de confiance dans nos forces, sans cela nous serions peut-être occupé aujourd’hui à réaliser, sous le despotisme , une foule de conceptions utilitaires dont le simple énoncé nous a fait jeter la pierre sous le représentatif, ainsi nommé sans doute parce qu’il se fait représenter jusqu’à la plus petite quittance d’une botte de plumes. Quoi qu’il en soit, le pacha paraît exécuter le projet que nous lui avons fait transmettre, de creuser une ligne de puits dans le désert pour le service des caravanes. Comme nous l’avions supposé, d’après les détails que nous tenions d’un voyageur anglais (1), on trouve l’eau (1) Le docteur Griffith, qui a plusieurs fois traversé le désert, nous a conté que les caravanes sont toujours suivies par les bandes de sorciers ou sourciers arabes, guettant le moment où l’eau vient à de très-petites profondeurs sous le sable du désert (1). Les fontaines de Moïse ne paraissent être que d’anciennes sources jaillissantes, obtenues en perçant avec la verge de fer une roche très-peu épaisse qui retient les eaux captives. On vient de découvrir aussi, et tout récemment, dans l’oasis d’Ammon plusieurs puits forés, d’une très-haute antiquité. Ainsi le nom de puits (2) artésien ne convient à manquer à la caravane. Ils s’approchent alors des chefs pour offrir leurs services, c’est-à-dire pour leur découvrir les sources dont ils ont seuls le secret. — Ils ne demandent d’abord que 2,000 piastres ; si l’on marchande, ils se retirent sur les derrières et attendent que la caravane soit de plus en plus desséchée par le soleil des tropiques, qui rôtit la peau, comme on sait, jusqu’au noir foncé inclusivement. On est alors forcé de recourir aux sorciers qui élèvent tout-à-coup leurs prétentions de deux à dix mille piastres : si l’on refuse encore dans l’espoir d’atteindre bientôt un des puits dont on connaît la position, on est certain de le trouver épuisé, comblé ou troublé. — On est donc obligé de capituler avec les sourciers , si familiarisés avec la constitution géologique du désert, qu’ils sont sûrs de trouver de l’eau partout, après avoir fait une espèce d’évocation et tracé de grands cercles au centre desquels ils vont planter leur baguette : ils n'ont pas plus tôt écarté le sable et creusé dix ou quinze pieds, que le trou se remplit d’eau; car la couche de sable du désert parait recouvrir et conserver une abondance considérable d’eau de pluie, qui n’a pas toujours d’écoulement vers la mer. (1) Il suffit, au dire du voyageur Shaw, de briser un banc de pierre semblable à l’ardoise, qui recouvre la mer souterraine bahar- laht-el reel, dans les plaines de Barbarie, pour que l’eau s’en échappe avec impétuosité. (2) Un de nos amis s’étant rendu tout exprès dans l’Artois pour y étudier ces puits si fameux, les habitants, ne comprenant pas ce qu’il voulait dire par puits artésiens, affirmaient qu’il ne se trouvait rien de semblable dans le village ni dans les environs; qu’il y avait, — 369 — guère mieux à cette découverte, que celui d 'Amérique •‘tu nouveau monde, de gaz Selligue au gaz à l’eau, et de daguerréotypie à l’héliographie. . Hauts sondages on puits chinois. Si l’exposition de 1839 ne présentait pas le moindre spécimen de sondage à la chinoise, tandis qu’il s’en trouvait un à la précédente exposition, la faute en est probablement à nous qui avons eu la barbarie de dévoiler le plagiat du pauvre exposant de 1834. Si d’autres ne se sont pas présentés cette année, avec des prétentions d’inventeurs, nous ne pouvons l’attribuer qu’à l’échec essuyé par un ingénieur prussien, au sein même de l’Académie des sciences. Ainsi, l’absence des outils du sondage chinois ne prouve qu’une chose : c’est que ceux qui s’en servent aujourd’hui en cachette, sur plusieurs points de la France et de l’étranger, ont eu peur de passer pour des contrefacteurs et de voir saisir leurs outils par le titulaire du brevet; quant à M. Selligue, il n’aura pas osé exposer les siens sous son il est vrai, une fontaine dans chaque maison, mais pas de puits artésien. M. le comte De... s’étant fait expliquer la manière dont on s’y prenait pour obtenir ces fontaines, on lui fit voir une espèce de gouge en fer, attachée au bout d’une perche à houblon, avec laquelle on faisait un trou de quinze à vingt pieds dans l’argile, d’où s’échappait immédiatement la source en question. rapport. 1. 24 370 — nom comme il a exposé la parafine de M. Laurent, le schiste bitumineux de M. Bergounioux et l’huile minérale de M. Blum. C’est donc à nous de les aller découvrir dans les gorges des montagnes où ils travaillent sans mot dire, et de dévoiler pour la première fois, dans ses moindres détails, une méthode appelée à remplacer avec une immense économie l’effrayant équipage de la sonde artésienne. Comme l’histoire de l’introduction en Europe de cette importante invention est chose assez curieuse, et que personne ne la connaît aussi bien que nous, on nous permettra d’entrer dans quelques détails à ce sujet. Vers 1824 ou 1825, deux jeunes élèves du collège des Missions de Paris, s’apprêtant à partir pour la Chine, avaient prié un de nos confrères, M. Motte, de leur donner quelques leçons de lithographie, afin d’importer dans le Céleste empire une découverte qui est appelée à lui faire subir une révolution semblable à celle que la typographie a perpétrée en Europe. Ces jeunes abbés demandèrent, à leur départ, «à M. Motte ce qu’il désirait qu’ils lui envoyassent de là- bas. M. Motte répondit en riant qu’il voudrait bien avoir un peu d’encre de la petite vertu chinoise. Pour nous qui savons la faire (1), nous recommandâmes à ces messieurs de s’occuper surtout des procédés industriels de (1) Dans les nombreux essais de cuisine chimique que nous avons été obligé de faire pendant les quinze années que nous avons consacrées aux perfectionnements de la lithographie, il nous est arrivé de découvrir ce que pas un chimiste n’avait trouvé jusque-là, c’est que l’encre de Chine véritable n’est autre chose qu’un savon de gomme-laque. Nous n’en dirons pas davantage pour les bons entendeurs. — 371 — ce peuple qui nous a toujours semblé plus avancé et plus sage qu'on ne le croit en Europe. Deux ans plus tard, M. Motte, qui ne s’y attendait guère, reçut une boîte d’encre de Chine, première qualité. Ce fut le même navire qui apporta les premières nouvelles des puits de sel et de gaz, nouvelles que nous publiâmes dans l’Industriel et qui furent traduites dans toutes les langues de l’Europe. Voici comment s’exprime, au sujet de cette lettre, l’homme le plus compétent en fait de puits forés, M. le vicomte Héricart de Thury, dans ses Considérations géologiques. « On voit que l’abbé Imbert a recueilli de bonne foi, mais sans discernement, tous les détails qui lui ont été donnés, et que ne pouvant en vérifier l’exactitude, il a dû nécessairement être induit en erreur. Quoique les procédés soient mal décrits, cela suffit néanmoins pour être convaincu que les Chinois connaissent depuis longtemps l’art de forer les puits avec la sonde du mineur; mais il est difficile de croire qu’avec une sonde telle que l’a décrite M. l’abbé Imbert, on puisse forer à 1,000, 2,000 et 5,000 pieds et même au delà. Je pense qu’il y a erreur dans ce nombre, ou que les Chinois sont beaucoup plus avancés que nous dans cet art. » On voit que l’opinion du savant spécial en fait de puits forés, n’était pas de nature à encourager les amateurs à avoir foi dans les paroles de l’abbé Imbert, et nous pensons que celui qui, sur des lueurs aussi douteuses, a porté le sondage à la corde au point de perfection que nous allons décrire, peut réclamer, sans remords de conscience, les trois quarts au moins de l’invention ; surtout pour l’avoir rendue applicable à toute espèce 24 * 572 — de terrains sans reculer devant la condamnation si précise de ce procédé, ni devant les nombreux obstacles qui lui ont été suscités, tant par les hommes du génie qui n'en avaient guère que par des journalistes qui n’en avaient point. Le père Langlois, supérieur du collège des Missions, rue du Bac, ayant fait connaître à l’abbé Imbert les doutes que les savants élevaient sur sa véracité, Imbert répondit en somme qu’il était peiné de ces soupçons injurieux, et que, craignant de s’être trompé, il venait de faire exprès un nouveau voyage aux puits salants pour vérifier ses premières mesures. Voici ses propres termes: « Le cylindre ou tambour, autour duquel s’enroule la corde de rotangh qui sert à remonter le bambou plein d’eau salée, a 50 pieds de circonférence ; la corde s’enroule 62 fois autour de ce cylindre; comptez vous- même. » Lorsque M. Langlois nous montra cette réponse, nous venions lui faire part nous-même des essais que nous avions tentés sur la parole de M. Imbert, essais qui nous avaient pleinement confirmé la bonté de l’invention. Ceci se passait en 1850, et notre premier puits a été creusé en 1828, près de Marienbourg, dans un banc de pliyllade ou ardoise dure : quand nous eûmes atteint une profondeur de 75 pieds, éprouvé l’accident de la rupture de la corde et retiré le mouton perdu, nous eûmes la pleine conviction que, si les outils que nous avions imaginés n’étaient pas exactement semblables à ceux des Chinois, ils vidaient également bien leur tâche. Nous sommes persuadé que cette méthode est appelée à devenir aussi populaire en Europe qu’elle l’est dans la province de Ou-Tong-Kiao, oû il existe, au dire du père — 373 — Imbert qui n’est point un imposteur, quelques dizaines de milliers de puits d’huile, de sel, d’eau et de feu, dans un espace de dix lieues sur quatre à cinq de large. La postérité sera sans doute enchantée de connaître l’emplacement du premier puits chinois foré en Europe, et les archéologues pourront, à cette occasion, faire la remarque que cet essai nous a coûté plus de dix mille francs, dont le montant des intérêts composés aurait fait la fortune de nos descendants. Nous profitons de l’occasion pour leur retenir une place à l’hospice des inventeurs ruinés, que la postérité finira par établir un jour. En 1830, M. de Ilumboldt, ce savant complet, qui a moitié moins de morgue et de vanité que les demi ou les quarts de savants, nous reçut à bras ouverts, lorsque nous allâmes lui faire voir nos plans; cette communication lui fit d’autant plus de plaisir qu’il s’occupait, dans le moment même, à corriger des épreuves d’un ouvrage sur la matière. Il nous pressa de présenter à l’Académie une note sur nos essais, ne fût-ce, disait-il, que pour faire connaître à l’Europe l’existence d’un moyen qui allait nous délivrer des barres de fer, dont les inconvénients sont immenses. Nous suivîmes son conseil, et, le lendemain, le célèbre Cuvier donna lecture de la note que nous avions adressée à l’Académie. M. d’Omalius d’Halloy, qui se trouvait à cette séance, nous fit remarquer que nous venions d’obtenir une faveur bien rare, celle de rendre attentives toutes les oreilles du corps savant, sans distinction de sections. Malgré la publicité donnée à cette prise de date certaine, le baron de Sello, ingénieur des mines de Saar- bruck, qui avait fait une tournée vers notre sondage, sans apercevoir néanmoins la forme de nos outils, en — 574 — avait imaginé de fort défectueux qu’il se hâta de publier, dans le seul but d’assurer à son pays un titre à la revendication d’une industrie qui appartient sans contredit à la Belgique, comme on n’en doutera plus désormais. La publication précipitée du livre de M. de Sello, donna à ses outils la plus funeste vogue, car tous ceux qui s’en servirent furent obligés d’y renoncer, et se formèrent une triste opinion du sondage chinois. Si cet empressement du baron de Sello lui a fait usurper momentanément en Allemagne le titre d’inventeur, il n’a servi qu’à retarder la divulgation du véritable procédé chinois, et à lui faire essuyer un triste compliment de la bouche de M. Arago, auprès duquel les inventeurs réels, morts ou vifs, sont habitués à trouver un loyal et vigoureux défenseur. Description des outils de percussion. On a longtemps cru, et les sondeurs routiniers croient encore, que le forage ne peut s’opérer qu’en tournant la sonde dans la terre, comme on tourne une tarière dans le bois. C’est une erreur qui cause presque tous les accidents de rupture et ne produit aucun effet. C’est donc avec un sentiment pénible que nous vimes, au puits de Grenelle, une douzaine d’ouvriers formant tourniquet, avec leurs longues clefs de fer, autour d’une barre de 1,400 pieds, qu’ils avaient plutôt l’air de chercher à rompre qu’à faire travailler utilement. — 573 — A nos observations, M. Mulot répondit que cette manœuvre était nécessaire pour arrondir le trou, chose qui se fait d’elle-mème et parfaitement bien par la percussion, sans qu’on ait besoin de s’en occuper; mais la routine étant enfoncée de 1,400 pieds déjà dans le trou de l’abattoir, on n’a pas plus d’espoir de l’en tirer que de voir M. Mulot, s’il ne change de système, arriver avant sa mort, aux 2,000 pieds qu’il s’est fait fort de creuser. Nos outils sont cent fois moins compliqués et moins coûteux que ceux du martyr d’Épinay ; car ils ne sont, à proprement parler, qu’au nombre de trois ; le mouton, l’emporte-pièce, l’alézoir. Nous allons les décrire pour la première fois. Du mouton. Le mouton de sondage est un cyjindre en fonte de 20 centimètres de diamètre, plus ou moins, et d’environ 1 mètre de hauteur, pesant de 1 à 3 quintaux. Ce cylindre porte des cannelures extérieures de 1 centimètre de flèche et de 3 centimètres de corde. On réserve dans la partie supérieure un cône vide à base renversée, ce qui lui donne la forme d’un seau à parois épaisses, portant deux anses, l’une au-dessus de l’autre : si la première, où se fait l’attache, vient à rompre, la seconde sert à retenir la corde. La partie inférieure de l’outil est préparée pour recevoir différentes têtes et ciseaux d’acier qui se fixent avec une large clavette transversale. Du reste, nous recommandons de composer les outils du plus petit nombre de pièces possible ; car, si bien qu’on les attache, la percussion finit toujours par les détacher et les laisser au fond du trou ; c’est faute d’avoir suivi ce conseil que beaucoup de forages ont dû être abandonnés, et entre autres celui de l’école militaire de Paris entrepris par M. Sellujue; nous donnerons l’historique des énormités qui s’y sont commises, la publication des sottises accomplies étant, à nos yeux, beaucoup plus utile que celle des succès obtenus • comme une collection de machines manquées serait plus précieuse qu’une collection de bonnes machines, parce que les premières sont comme des manuscrits sans copie. Dans les entreprises industrielles, il est bon de connaître, avant de juger un procédé nouveau, si les essais ont été conduits avec prudence ou avec étourderie. Nous sommes persuadé pour notre part que les trois quarts des inventions échouent pour avoir été mises en œuvre par des individus n’ayant pas la moindre idée de ce qu’ils vont entreprendre, ni de la quantité de soins, d’attention, de vigilance qu’il faut apporter pour réussir dans le plus simple et le plus aisé, en apparence, des procédés mécaniques. Nous ne nous tromperions peut- être pas, en attribuant la chute de presque toutes les sociétés, formées pour l’exploitation d’un procédé industriel , à l’incapacité des faiseurs qui se sont mis à leur tête, soit comme directeurs, soit comme gérants. L’ignorance ne doute de rien : un épicier, un avocat, un poète, et le plus souvent un homme du monde, sans profession, se chargent de conduire un atelier de machines, une exploitation houillère, une sucrerie, une fabrique de produits chimiques, un éclairage au gaz ou un son- 377 — dage, avec un laisser aller qui nous a souvent déconcerté, nous qui savons, par expérience, ce qu’il en coûte pour mener à bien la moindre opération manuelle, en dehors de la routine ordinaire. La France n’est pas le seul pays où l’on semble avoir oublié qu’il ne faut pas mettre un danseur à la place d’un physicien, d’un dessinateur épuriste qui sont à peu près les seules spécialités qu’on puisse indifféremment charger d’une branche quelconque de la manufacture dont ils finiront toujours par se bien tirer ; car ils savent du moins expérimenter et prendre des * mesures. Ce ne sont pas eux qui feront manger leurs actionnaires par les loups, comme on appelle les écoles de tout genre que l’on n’a cessé de faire depuis quelques années, écoles dont nous avons prédit la fatale issue... Mais né nous écartons pas davantage : il y aurait trop à dire avant d’épuiser un pareil sujet. Le meilleur moyen de se procurer de bons moutons de percussion pour les terrains durs, c’est de les fondre en coquille, tout d’une pièce, avec les anses en fer battu, prises à crochet dans la fonte. Ces anses doivent être très-élevées pour faciliter l’extraction de la pierre moulue qui s’accumule dans la partie vide du mouton. La tête de l’outil doit former un champ de pointes pyramidales d’un pouce au moins de saillie, et taillées en diamant pour mieux entamer la pierre : la fonte en coquille leur donne la durée de l’acier trempé et les fait tenir très-longtemps. Un mouton de 300 kilog. ne coûte pas 100 fr. Quand il est usé, la fonte sert à en couler d’autres. On peut donc en avoir plusieurs de rechange et modifier les tètes de toutes sortes de manières. Nous en avons essayé de sept à huit espèces qui, les 578 — unes et les autres, ont donné des résultats à peu près similaires, c’est-à-dire que la roche était toujours creusée journellement à la profondeur d’au moins un mètre. Voici la méthode que nous avions adoptée, pour faire jouer cet instrument : un arbre fort long, dont le pied avait été solidement affermi par une charpente, se prolongeait obliquement à 12 ou 15 pieds au-dessus du trou de sonde. Cette extrémité portait une poulie sur laquelle passait la corde qui allait s’enrouler sur un treuil, placé vers le pied de l’arbre. A l’autre bout de cette corde était le mouton suspendu à 15 à 20 pouces du fond du trou. En cet état, il suffit d’appuyer le pied sur l’extrémité de l’arbre-ressort, en se tenant sur un échafaudage, pour faire battre le mouton qui se relève à l’instant par l’élasticité de l’arbre. Une autre manière, qui permet d’employer plusieurs hommes à la frappe, est de les faire travailler en tirant des cordes attachées à l’arbre. On peut aussi employer des pédales fixées par un bout sur des longrines de bois placées par terre ; on peut encore, à l’aide du mécanisme fort simple d’une roue à cammes, employer toutes sortes de moteurs à la frappe. Une petite machine portative, de deux ou trois chevaux, nous paraît ce qui conviendrait le mieux ; on ne saurait convenablement adopter ce moteur au sondage à la barre, à cause de la perte de temps qu’exigent le démontage et le remontage des liges. On y emploie seulement quelquefois des chevaux en nature. Tandis qu’il faut quatre à cinq heures pour retirer la sonde ordinaire, vider ou changer les outils et les redescendre, il ne faut que huit à dix minutes dans le sondage à la corde, pour faire la même opération aux — 379 — plus grandes profondeurs : opération qui se pratique ordinairement deux fois par jour dans l’ancien sondage, ce qui fait perdre huit heures sur vingt-quatre, au moins. Avec le procédé chinois, l’avancement du travail est donc à peu près toujours le même, à 100 pieds comme à 3,000. Il n’en est pas ainsi avec l’ancienne sonde, qui faisant 23 pieds le premier jour, n’en fait plus que trois, à 300 pieds, et finit par faire à peine autant de pouces quand elle approche de 1,300 pieds. Au sondage chinois, le même nombre d’hommes suffit pour toutes les profondeurs, tandis qu’il semble s’accroître , pour le sondage ordinaire, dans la même proportion que l’effet utile tend à diminuer 5 M. Flacliat y employait un régiment tout entier, bêtes et gens, à Odessa. S’il a fallu trois hommes le premier jour pour creuser 25 pieds, il en faudra cent plus tard pour creuser trois pouces ; enfin, le sondage à la barre est un péché continu contre le bon sens. Voici maintenant ce qui se passe au fond d’un puits creusé dans le roc par le nouveau procédé ; le mouton, en tombant vingt-cinq à trente fois par minute, de 2 à 3 pieds de haut, brise et pile la pierre assez promptement. La poussière qui en résulte tendrait bientôt à amortir le coup, s’il n’y avait pas d’eau dans le puits ; mais il y en a toujours, sinon l’on doit y en jeter. L’eau et la poussière forment donc un magma, un mortier ou une boue qui jaillit par les cannelures tracées autour du mouton. Cette boue retombe nécessairement sur la tête du mouton, et comme elle est creuse, — 380 — il y en entre une partie à chaque coup. Cette poudre de pierre se tasse dans l’intérieur du cône, par le travail, au point qu’on est quelquefois obligé d’employer la force pour en retirer le pain de sucre pierreux qui s’y trouve concrète, après quelques heures de frappe. Ne pas retirer l’instrument à moitié plein et ne pas travailler plus longtemps qu’il ne faut pour l’emplir, paraissait un problème fort utile et fort difficile à résoudre. Rien n’était plus simple cependant, et c’est cette simplicité que nous avons voulu donner à tous nos outils, pour leur conserver le caractère de naïveté chinoise, qui est le propre de toutes les inventions bien étudiées avant d’être mises en œuvre. Décrire les extravagantes complications qui nous sont passées par l’esprit avant d’arriver là, remplirait plusieurs in-folio (1). Pour en revenir à notre problème, nous dirons qu’il suffit de faire une marque sur la corde avec de la craie au niveau de la margelle du puits. En continuant de travailler, la marque descend petit à petit ; et quand elle est arrivée six pouces plus bas qu’elle n’était, on est en droit de se dire : il y a six pou- (1) Nous nous rappelons, à ce propos, qu’il ne nous a pas fallu moins de deux ans de réflexions, avant de trouver le moyen d’opérer la dégradation insensible d’un ciel, tracé par des lignes parallèles, sur une pierre lithographique. Que de chemins n’avons nous pas dù parcourir avant d’arriver au plomb de chasse que nous avions sous la main ! Chaque ligne, en recevant le poids d’un grain de plus , faisait pénétrer insensiblement la pointe dans la pierre, et les ciels se teintaient de la sorte mécaniquement et d’une admirable manière. On peut voir c«t effet dans la gravure du palais d’Amsterdam. — 584 ces de matière passée du dessous de l’outil au-dessus. Et comme on sait bientôt quelle est la contenance de l’instrument, on le retire tout juste quand il est plein : cette indication ne saurait tromper. Il est bon, avant de retirer le mouton, de le laisser en repos pendant une ou deux minutes, pour permettre aux plus lourdes molécules de boue qui se trouvent en suspension dans le fond du puits, de se déposer dans le seau; mais il faut bien se garder de le laisser tout au fond pendant longtemps, car le mouton pourrait se trouver incrusté; il suffit de le relever de 7 à 8 pouces plus ou moins. L’emporte-pièce. Voici l’instrument le plus compliqué de notre système, et cependant l’on verra combien il est encore simple et peu coûteux. Le mouton parait suffire aux Chinois qui ne travaillent que dans la roche du canton de Ou-Tong- Kiao, où ils forent des puits de 4,800 pieds pour une somme demille et quelques cents taëls, équivalenteà dix mille francs de notre monnaie. Ils auraient donc creusé cent puits plus profonds que celui de l’abattoir de Grenelle, avec la somme que celui-ci aura coûté. La ville de Paris n’aurait pas mal fait d’appeler les Chinois à soumissionner l’entreprise en concurrence avec M. Mulot. Le mouton, disons-nous, qui leur suffit pour traver- — 382 ser les terrains durs, assez solides pour ne pas exiger de tubage, ne vaudrait plus rien dans les argiles plastiques et les sables boulants. Il a donc fallu trouver un outil approprié à cette espèce de terrain. Nous sommes tombé tout d’abord sur un cylindre à soupape, qui doit avoir été inventé par tout le monde ; mais dont on ne comprend pas bien l’effet. En voici un exemple : M. Alvin, qui conduisait notre forage de Marien- bourg, ayant laissé tomber le trépan au fond du puits, était parvenu, en essayant de le retirer, à produire un éboulement qui avait enterré cet outil sous douze pieds de galets roulés, dont plusieurs avaient la grosseur du poing. Il nous écrivit pour nous informer de la piteuse circonstance qui le forçait à réclamer assistance. Nous partîmes aussitôt, et grâce au cylindre àsoupape que nous fîmes jouer sur l’éboulement, nous parvînmes, en moins de huit heures de travail, à enlever tout ce dépôt et à saisir le trépan par une de ses anses de réserve que la prudence nous avait inspiré d’y placer, pour ne pas être obligé, comme les Chinois, de passer six mois à piler notre outil dans son trou. Un vieux sondeur à la barre, qui, à un quart de lieue de nous, était occupé à un autre forage, était présent quand nous vidions notre outil à soupape. Son étonnement fut au comble, lorsqu’il en vit sortir jusqu’àquinze à vingt livres de gros cailloux, lui qui n’avait jamais pu retirer de ses trous que de la poudre de pierre concassée. Il conçut dès lors une si haute opinion de notre procédé, qu’il nous offrit d’abandonner le sien pour diriger le nôtre. Nous commîmes, en cette circonstance, la faute que nous reprochons aux sociétés et aux gou- 585 — vernemenls eux-mêmes, celle de ne pas mettre un homme d’expérience à la place d’un écolier. Voici pourquoi notre cylindre fonctionnait avec tant d’avantage. Il portait à sa base deux soupapes faisant charnière sur le diamètre, et s’ouvrant en ailes de papillon. Nous avions pensé que dès l’instant où quelques pierres seraient entrées, les soupapes ne pourraient plus s’ouvrir pour en laisser pénétrer d’autres. Il en fut tout autrement. C’est qu’en laissant tomber l’instrument dans l’eau qui ôte une forte partie de son poids spécifique à la pierre, les cailloux, repoussés d’ailleurs en haut par le courant d’eau ascendante qui traversait le cylindre de fer creux, au moment de sa chute, permettaient aux soupapes de s’ouvrir très-librement pour laisser passer d’autres cailloux; de sorte qu’on pourrait, au besoin, l’en remplir presque entièrement. On voit déjà suffisamment de quoi se compose cette espèce de cuiller, bonne pour le sable, pour la boue et les cailloux ; mais inutile pour les argiles et autres terrains non mobilisés d’avance par d’autres outils laboureurs. Voici comment nous avons approprié Get instrument à une infinité d’usages en le changeant en emporte-pièce; c’est-à-dire en le déposant au fond du puits et en le faisant pénétrer dans le terrain par percussion médiate : nous avons attaché un mouton d’une trentaine de kilogrammes au service de cet emporte- pièce. Ce mouton, percé dans son centre, glisse le long d’une tige de fer de quelques pieds de long, qui se trouve solidaire avec l’emporte-pièce. Quand on soulève le mouton, il arrive jusqu’au bouton de la tige qui l’empêche de sortir , et retombe sur l’emporte-pièce qui s’enfonce à chaque coup, et dont les — 384 — soupapes s’ouvrent pour laisser entrer tout ce qui se présente. Quand on croit l’instrument suffisamment enfoncé, on le retire, et il revient avec un lingot de terre, ou rempli de boue, de sable, etc. Mais il faut avoir le soin de ne pas le faire entrer trop profondément dans l’argile plastique : il serait alors trop difficile à retirer. Dans tous les cas, il faut prendre grand soin de ne pas laisser tomber d’objets en fer dans le trou, car outre la peine qu’il y a souvent à les retirer, la difficulté s’accroît de beaucoup, s’ils viennent à s’engager entre le mouton et les parois du trou, de manière à faire coin. Toutes ces leçons, nous les avions transmises, en 1834, au célèbre Selligue, ingénieur de la rue de Bondy, en même temps que nos procédés de gaz à l’eau , auxquels nous lui avons vendu l’honneur de donner son nom, sous les conditions d’usage entre un auteur qui se départ de son manuscrit et un seigneur qui l’achète ; mais quand le seigneur oublie ou refuse de s’exécuter, il doit savoir ce à quoi il s’expose. Nous ferons ailleurs le récit de cette curieuse transaction, si facilement conclue entre une protubérance exagérée de l’amour-propre et une dépression non moins remarquable du même organe sur l’un et sur l’autre occiput. Alézoip. Nous avons jusqu’ici voulu parler d’un puits foré dans un terrain ferme et résistant qui n’exige pas de tubage; mais cecas n’est pas le plus commun, et l’on est presque — m; — toujours obligé de soutenir les terres, ne fùt-ce que par précaution contre les éboulements. 11 faut alors descendre des tubes soit, en fonte, soit en tôle, car le bois est abandonné. C’est ici que s'offrit un problème important qui n’avait jamais été résolu, du moins d’une manière simple et satisfaisante : pratiquer avec un instrument, qui est obligé de passer à l’intérieur d’un tube, un trou plus large que l’extérieur de ce tube, afin qu’il ne reste au tube nul obstacle à trancher en continuant de descendre. Notre première idée a été, comme celle de tout le monde, de faire un outil capable de se dilater, avec force ressorts, vis et boulons; mais nous avons dit déjà la raison qui nous engageait à rejeter toute espèce d’instruments composés de pièces et de morceaux. Voici le simple et naïf artifice employé pour alézer le puits quand il est tubé : il s’agit de soutenir le tube par le haut, à l’aide de bretelles ou d’une ceinture solidement arc-boutée, à environ deux longueurs de mouton du fond du puits; ce mouton porte une anse carrée, et non circulaire, à sa partie supérieure. On conçoit que si l’on attache l’armature de la corde au point milieu de l’anse, qui correspond au centre de gravité et au centre de figure, le mouton frappe droit et ne forme qu’un trou égal au diamètre de l’instrument ou au diamètre intérieur du tube; mais si l’on porte le point d’attache de la corde à quelques centimètres du point milieu de l’anse, le centre de gravité se déplace et la partie inférieure du mouton se porte à droite ou à gauche, position qui lui permet de gratter et d’user pour ainsi dire les parois du trou avec sa couronne, en même temps qu’il en attaque le fond avec ses dents d’acier. RAPPORT. 1. 25 — 386 — Quand on retire cet outil légèrement conique, il se redresse de lui-même, et remonte dans le tube avec un faible frottement contre*les parois. Cet instrument doit, comme le trépan, avoir un réceptacle pour la boue. N’oublions pas de dire qu’il faut avoir soin d’imprimer un mouvement de torsion à la corde pour que le mouton travaille tout autour du trou, en changeant de place à chaque coup. On emprisonne à cet effet la corde dans un tourniquet de bois entaillé d’une queue d’aronde, dans son milieu, et on la serre avec un coin de bois dans cette entaille. Ce tourniquet a environ deux pieds de 1 long : un ouvrier le manoeuvre aisément en faisant passer, à chaque coup, une extrémité du levier d’une main dans l’autre. Après avoir tourné quelque temps dans un sens, on laisse la corde se détourner vivement, et l’on recommence ; de cette manière le trou ne peut jamais manquer d’être cylindrique, et surtout exactement perpendiculaire. Nous avons eu mille peines à faire comprendre tout ceci à de célèbres ingénieurs auprès desquels nous avions la naïveté d’aller chercher des lumières et des encouragements, deux choses dont ils ont pris le plus grand soin de nous sevrer. L’un d’eux nous disait, avec sa brusque franchise : « Si vous faites jamais un trou avec vos outils, ce sera dans votre bourse, mais jamais dans la terre. » Il veut bien convenir aujourd’hui que nous avons fait un trou dans les deux. Nous répétons aux hommes de génie qu’ils ne feront jamais rien, s’ils s’en rapportent à l’avis des hommes du génie. C’est par le moyen dont nous venons de parler qu’on est parvenu à descendre un seul tube, en tôle rivée, de dix pouces de diamètre, à 600 pieds de profondeur dans le puits de l’école militaire; tube qui se trouvait tellement — 387 — à l’aisequ’un seul homme pouvait aisément le faire mouvoir circulairement. Ce puits avait été entrepris par M. Selligue,notre associé,contre notre avis formel,parce que nous savions qu’il ne pouvait y donner ses soins, occupé comme il l’était à la mise en pratique de notre invention du gaz.à l’eau dans la ville de Saint-Vallier ; mais la manie de l’ubiquité devait perdre cet homme, comme elle en a perdu tant d’autres : il a voulu soumissionner à un prix ridiculement bas une entreprise des plus chanceuses et s’est imaginé qu’il suffisait de la donner à conduire à un teneur de livres en parties doubles, pour la voir réussir. Néanmoins, la méthode est si fondamentalement bonne que ses gens étaient déjà parvenus sans encombre à 600pieds de profondeur, en moitié moins de temps et de frais qu’on ne l’eût fait par la méthode ordinaire. Lorsque nous allâmes visiter ces travaux, abandonnés à quelques ouvriers maladroits, il y avait un mois, disaient-ils, qu’ils étaient ensorcelés, car ils n’avaient pas avancé d’un pouce. A la première inspection des outils fabriqués par M. Selligue, nous nous aperçûmes que nos plans avaient été tronqués dans l’exécution, de la manière la plus irrationnelle , et que la couronne que nous voulions avoir, et pour cause, d’une seule pièce, était composée de 12 dents d’acier, attachées sur une rondelle de fer par de petites vis de fusil. Nous nous récriâmes sur le danger qu’il y avait de les voir se détacher ; et, en apercevant de la limaille de fer dans les déblais, nous ajoutâmes que ce serait un miracle qu’il n’y en eût pas quelques-unes au fond. Les ouvriers nous firent honteusement l’aveu qu’il n’y en avait pas moins de onze en ce moment, et nous 25 * — 388 en présentèrent une qu’ils venaient de retirer, par hasard. Cette dent avait été si longtemps pilée qu’elle se trouvait déjà réduite à moitié. Nous découvrîmes ainsi la cause pour laquelle on n’avançait plus. C’était le cas de le dire : Les malheureux étaient sur les dents. En continuant notre inspection, nous vîmes avec effroi que M. Selligue avait substitué à notre moyen d’attache, le plus dangereux de tous : c’est-à-dire un gros boulon transversal avec un seul écrou, chose que nous avions soigneusement interdite dans la crainte que ce boulon, venant à échapper, ne se logeât entre l’instrument et les parois du trou, de manière à faire coin et à s’opposer au retrait de l’outil. Nous nous rendîmes chez cet ingénieur in partibus, auquel nous ne pûmes cacher nos appréhensions ; il n’en tint compte ; mais le lendemain même, l’accident tel que nous venons de le décrire, était arrivé. On croira peut- être qu’il se hâta de se transporter sur les lieux pour tâcher de remédier au mal? Nullement : car il était occupé à dessiner un pétrin mécanique. Il y envoya un droguiste de Lille, son associé, qui ne voulut pas même nous permettre de l’accompagner. Il fallait à cet intéressant jeune homme tout l’honneur du succès; mais en le quittant nous lui prédîmes ce qu’il allait faire : « Vous accrocherez l’instrument, puis vous mettrez quatre hommes au cabestan, puis dix, puis vingt. — Sans doute, nous répondit-il, j’ai toute l’école militaire à mon service et j’en mettrai autant qu’il en faudra. —Oui, mais comme la corde est à moitié pourrie, vous la casserez, et puis il n’y aura plus de remède ; allez donc et que Dieu vous bénisse ! » L’ingénieux négociant fit précisément ce que nous avions — 389 — prévu ; mais avec douze hommes seulement. Et voilà ce qui prouve que le sondage à la Selligue, comme on l’appelle, ne vaut rien. Nous appuyons sur cela, parce que c’est l’histoire de la plupart des entreprises de ces dernières années. Dans cette fâcheuse occurrence, il fallait un homme de génie pour réparer la sottise de ces habiles foreurs ; il s’en présenta un : M. Thillorier Ht offrir, par notre entremise, ses services gratuits à M. Selligue, qui les rejeta avec un dédain et une hauteur que nous ne pouvons encore expliquer autrement que par la conformation conique de son occiput. Mais ce fut en vain que M. Selligue tripota de toutes les façons au fond de son puits et qu’il fît faire à grands frais des chaînes en fer, jamais il ne put obtenir par force ce que M. Thillorier aurait obtenu par adresse. Voici quel était son projet : descendre au fond du puits quelques bouteilles d’acide hydrochlorique, et les briser sur l’outil ; nul doute que l’acide n’eût, en peu de temps, rongé les parois du trou, formées de craie dure, et que l’instrument, dégagé de toute étreinte, ne fût sorti triomphant, une demi-heure après. Nous n’avons pas osé lui présenter un moyen aussi simple, il l’aurait sans doute rejeté parce qu’il lui serait venu d’un autre ; mais nous espérions qu’il l’eût trouvé lui-même. Au lieu de cela, M. Selligue prétendait l’emporter de haute lutte, et il échoua plutôt que de laisser croire qu’il ait pu avoir besoin, dans sa vie, des conseils d’autrui. L’école militaire se trouve ainsi privée de l’avantage qu’elle espérait, et la science y perd l’acquisition d’une coupe géologique, qui eût depuis longtemps dépassé celle du puits de Grenelle. Car celui-ci aurait probable- — 390 — ment amené l’eau chaude que l’Académie attendra longtemps encore de la vieille méthode. Sans cet échec impardonnable, les hauts sondages se fussent promptement répandus dans tous les coins de l’Europe, car on ne douterait plus de leur incontestable supériorité sur la méthode ancienne. N’est-il pas pénible que l’amour-propre d’un seul individu ait privé la France d’une foule de richesses qu’elle renferme en son sein. A l’heure qu’il est, peut- être, on aurait découvert beaucoup de houillères, de carrières et de minières qui eussent changé la face de l’industrie. Ici du sel, là du marbre, ailleurs du pétrole, et presque partout de l’eau ou du gaz. Car, nous le répétons, ce procédé est le seul qui soit à la portée de la fortune et de l’intelligence du simple fermier, tandis que l’autre n’est à la portée que des princes ou des souverains, lorsqu’ils ont toutefois des millions à exposer. Que l’on ne croie pas cette digression inutile, il fallait expliquer franchement les causes de l’échec du sondage de l'école militaire ; et ce n’était certes pas de la bouche des coupables qu’on pouvait attendre cette explication. Ils se garderont bien de faire l’aveu de leur insigne maladresse. Mais il est bon que tout le monde sache à quoi s’en tenir sur un procédé dont les uns disent du bien, et les autres du mal, chacun d’après son intérêt ou ses préventions. II appartiendrait à un gouvernement de progrès de faire décider promptement cette immense question d’intérêt humanitaire. Le roi Guillaume l’avait compris ; car il était disposé à nous faire creuser un puits d’expérimentation dans le jardin de son palais, ne fût-ce que pour former des ouvriers qui se seraient ensuite répandus — 391 dans le pays; mais la révolution est venue briser cet utile projet, avec tant d’autres. L’archiduc Reynier, de Milan, fut mieux avisé ; il nous envoya, en 1830, son ingénieur, Gaetano Brey, pour prendre nos enseignements et faire fabriquer des instruments sous notre direction. Cet ingénieur creusa un puits à Monza, campagne de l’archiduc , et fut ensuite appelé à Vienne, par l’empereur même, pour lequel il est probablement encore occupé. C’est lui sans doute qui aura répandu nos procédés dans ces contrées ; nous venons d’apprendre que la Saxe est déjà peuplée de sondeurs à la chinoise. Un pays ne pourra pas dire qu’il connaît sa richesse tant qu’il ne sera pas couvert, dans toute son étendue, d’un réseau de puits forés de 2 à 3,000 pieds. Gardons-nous d’oublier de recommander l’usage de la corde de fil de fer galvanisé ; essayée en Saxe, dans les mines de Hartz, à Cologne, et en dernier lieu, dans les houillères de Rolduc, elle a parfaitement répondu à ce qu’on en attendait. Un brevet vient d’ètre accordé en Belgique, pour une corde plate en fil de' fer ; nous la croyons excellente pour le service des houillères; mais la corde ronde de deux centimètres, composée de fils de deux millimètres de diamètre, nous parait préférable pour le sondage ; il faut seulement qu’on l’enroule suides tambours d’environ deux mètres. De la sorte on ne dépasse point l’élasticité naturelle du métal qui ne souffre aucunement d’une aussi minime flexion. Pour commencer un forage économique, le propriétaire peut faire jouer le mouton de la même manière que l’on bat un pilotis; il lui suffira d’une grue à trois pieds, munie d’une poulie d’un mètre. Quelques hoinmes^ti- — 392 — tant à la hic pourront déjà faire beaucoup d’ouvrage en un jour. Un serrurier de village est capable de composer un mouton avec un faisceau de barres d’acier réunies par des cercles en fer, pourvu qu’il ait soin de réserver un creux en dessus, pour que la boue vienne s’y loger ; mais il faut qu’au besoin on puisse séparer les barres d’acier pour les aiguiser. M. Brey a construit un mouton entouré de chapelles latérales, dans lesquelles entre la terre du trou. On peut d’ailleurs donner carrière à son imagination dans la composition des outils, pourvu qu’ils restent analogues à ceux que nous avons indiqués comme bases fondamentales d’un système que nous livrons pour la première fois au public, avec tous les détails nécessaires pour opérer sans maître. Notre brevet n’a plus que deux années à courir, et nous pouvons assurer qu’il ne nous a pas rapporté une obole. C’est d’ailleurs une règle générale : une invention est comme un enfant qui colite beaucoup à élever et qui vous est enlevé par la conscrip- i tion, au moment où il pourrait vous indemniser de vos soins et de vos peines. La conscription des inventions arrive à quinze ans au plus, sans que l’inventeur ait l’espoir de voir revenir son enfant pour le soulager dans ses vieux jours, heureux encore si les succès qu’il obtient de par le monde ne lui font pas oublier et dédaigner celui qui lui a donné l’être, et qui s’est ruiné pour faire son éducation (4). (1) Connue tout ce qui se rattache à l’histoire de l’introduction du sondage chinois en Europe peut être d’un certain intérêt, il est bon que l’on sache que le célèbre ingénieur russe John Cockerill a daigné s’en occuper dès 1828; car à cette -époque il vint prendre 393 — Les gouvernements se permettent aisément des sacrifices d’argent quand il s’agit d’entreprises généreuses, parce que la nation s’unit volontiers à toutes les nobles pensées; personne ne s’est plaint en Angleterre, ni en communication de nos plans ; après y avoir jeté un coup d’œil de maître, comme il était déjà très-pressé dans ce temps-là, il sortit, nous assurant qu’il allait nous envoyer un fondé de pouvoirs pour prendre des arrangements avec nous. En effet, quatre jours après, un de ses contre-maîtres vint se faire expliquer notre système dans ses moindres détails. Interrogé sur l’espèce d’arrangements que son patron l’avait autorisé à nous proposer, cet ouvrier nous répondit qu’il n’avait aucune autre mission que de bien examiner et comprendre nos outils, et qu’il les savait maintenant par cœur. A quelques mois de là nous écrivîmes à M. Cockcrill, pour connaître sa décision, il nous répondit par son protocole stéréotypé, que les nombreuses affaires dont il était surchargé ne lui permettaient pas de s’occuper de la nôtre, ce qui ne l’empêche pas de fabriquer nos outils quand on lui en demande, sans plus s’inquiéter de notre brevet que s’il n’existait pas. Nous ne parlons de ceci que pour la gouverne des inventeurs débonnaires qui comptent, pour vivre, sur le produit de leurs brevets, et pour avertir les amateurs que si M. Cockerill peut leur livrer des outils, il ne sait pas leur enseigner la manière de s’en servir. Nous connaissons des charbonniers qui viennent de lui renvoyer un jeu complet pour ce seul motif. Montrez-nous un inventeur sur mille qui ait tiré parti de ses inventions, nous creuserons un puits de 5,000 pieds en son honneur. Il y a évidemment une lacune immense à combler dans le code des nations, relativement à la propriété intellectuelle. C’est seulement après cette révolution-là que l’Europe commencera à sortir de la barbarie et à faire de solides progrès dans la civilisation, c’est- à-dire après qu’elle aura régularisé la propriété intellectuelle avec le même soin qu’elle a mis à réglementer la propriété matérielle, ou plutôt qu’elle les aura assimilées l’une à l’autre, de manière à pouvoir flétrir du nom de vol ce qu’on ose à peine qualifier d’indélicatesse aujourd’hui. — 394 — France, des dépenses faites par les capitaines Ross et Parry, Freyssinet et Durville, bien qu’elles n’aient eu pour but que d’explorer des mers où il reste à peine quelques ilôts à glaner. Pourquoi ne ferait-on rien pour envoyer une sonde à la découverte dans les entrailles de la terre? On ne connaît pas d’excavation plus profonde que les mines de Guanaxuato au Mexique, et ces mines n’ont que 1,800 pieds ; celles de Liège en ont 12 à 1,500 ; ne serait- il pas curieux de commencer au fond d’une de ces houillères un forage de deux à trois mille pieds de plus? car la chose est aujourd’hui devenue très-praticable soit avec la méthode chinoise, soit même avec la sonde artésienne perfectionnée comme, elle vient de l’être à Ces- singen, par la substitution des tiges de bois à celles de fer et d’autres améliorations fondamentales que nous ne pouvons nous dispenser de faire connaître plus loin. On verra que si la Belgique est le pays où les puits artésiens ont eu le moins de vogue, c’est néanmoins dans ce pays que le sondage aura reçu ses principaux perfectionnements. En commençant le forage à 1,300 pieds perpendiculairement au-dessous d’une ancienne bure , l’opération doublerait de vitesse, puisqu’on n’aurait plus besoin de démonter la sonde ; on la retirerait tout d’une pièce, à l’aide d’une machine à vapeur et d’un câble, aussi rapidement qu’on remonte un cuffat. Il est certain que toute l’Europe savante serait attentive aux résultats d’une pareille recherche ; la géologie y puiserait un grand enseignement, et nul ne peut prévoir l’importance des découvertes qui pourraient avoir lieu dans ces terres inconnues. L’imagination en est vi- — 395 — vement stimulée quand on songe que toutes nos richesses minérales viennent des entrailles de la terre, dont nous n’avons fait jusqu’ici qu’effleurer l’épiderme. Qui pourrait dire qu’on ne rencontrera pas des bancs de houille assez considérables pour rassurer la postérité la plus reculée? Qui pourrait nier qu’on puisse frapper une source d’huile de pétrole, suffisante pour servir à l’éclairage de toutes nos villes, quand on sait que le royaume de Siarn possède deux sources semblables qui forment un des principaux revenus de l’empire, et qu’en Chine, on rencontre une grande quantité de ce bitume minéral, produit de la distillation souterraine des houilles ? Qui pourrait affirmer qu’on ne tombera pas sur un banc inépuisable de sel gemme, qui rapporterait des millions au trésor, par la facilité du nouveau procédé d’extraction, sans qu’il soit nécessaire de creuser des villages souterrains comme aux mines de Wilicka; procédé que nous solliciterons la permission de faire connaître? Qui pourrait dire qu’on ne donnera pas issue à un courant violent et perpétuel de gaz hydrogène carboné, comme il s’en trouve plusieurs en Chine, dont un seul fournit le combustible nécessaire à la mise en ébullition des 300 chaudières de la grande saunerie de Tsélicou- Tsing ? Outre ces richesses, qui sont au bout de la sonde des Chinois, ne peut-il pas s’en rencontrer d’une autre nature sous notre sol? Si les métaux les plus pesants se sont déposés les premiers, n’est-il pas possible qu’on les retrouve à l’état natif, à une profondeur où ils auraient été mieux préservés de l’oxydation que les éjections répandues à la surface qui nous donnent tant de peine à réduire. 396 — Si l’on venait à pénétrer dans les entrailles du volcan qui fournit les eaux thermales d’Aix-la-Chapelle et de Chaudfontaine, volcan que les Romains ont vu en éruption, n’aurait-on pas l’espoir d’obtenir une fontaine jaillissante d’eaux thermales bouillantes , ou de vapeurs à une grande tension? Nous ne croyons aucune de ces espérances, quelque hardies qu’elles paraissent, en désaccord avec la science géologique, et nous faisons des vœux pour que le gouvernement et les hommes de cœur que la Belgique renferme, se cotisent pour faire les frais d’une aussi glorieuse expérience -, nous pouvons certifier, d’après l’état actuel des moyens que nous possédons depuis peu, qu’il ne coûtera pas la moitié, pas le quart du sondage dont la ville de Paris fait les frais à Grenelle. Perfectionnements dans les sondages. A la prochaine exposition, nous verrons sans doute autre chose que cette année, en fait d’outils à forer ; car une ère nouvelle s’ouvre à dater d’aujourd’hui pour l’art de pousser des reconnaissances dans un monde inconnu. A dater d’aujourd’hui, disons-nous, la richesse sociale a conquis les trois dimensions géométriques : longueur, largeur et épaisseur ; il est donc à espérer que les hommes cesseront de se battre pour la surface quand ils se sentiront en possession du fond. — 397 — Nous ne savons quel poète a dit : Le globe est un vaisseau frété pour l'avenir Et richement chargé... Il est vrai qu’après toutes les tempêtes essuyées sur l’océan des âges, son chargement s’est considérablement avarié et que le lest s’est mêlé avec les marchandises • mais enfin ceux qui ont déjà soulevé les écoutilles, et qui ont eu le courage de descendre un peu profondément dans l’entre-pont, n’ont pas à se plaindre de ce qu’ils en ont tiré. Il est donc temps que l’équipage se mette aux pompes et que les travailleurs commencent à forcer tout de bon ce vieux bahut, comme l’appelle un apologue chinois, plein de sens ; nous demandons la permission d’en donner, à notre manière, une traduction qui ne saurait venir plus à propos : APOLOGUE SUR LE SONDAGE. De père en fils, un vieux bahut Poudreux si jamais il en fut, Et plein de toiles d’araignée, Gisait près de la cheminée D’une famille infortunée, Gomme un vieux meuble de rebut. — La clef du coffre que voici Est depuis bien longtemps perdue ; Père, l’auriez-vous jamais vue? — 398 — Non, mon enfant, personne ici N’en a pris le moindre souci. Et je ne l’ai jamais connue. — Père, je veux vous proposer D’en faire exprès fabriquer une : C’est quelques sous à dépenser ; Mais la dépense est opportune... S’il renfermait une fortune... 11 faut, risquer, il faut oser ! — Mon fils, ta pauvre tête est folle : S’il contenait une pistole, Un maravédis, une obole, Nos ancêtres l’auraient ouvert, Fût-il d’airain, et recouvert D’acier, de platine ou de tôle. Notre globe est, bien entendu, Ce vieux bahut, tout vermoulu, Regorgeant d’or, et qu’on y laisse, Par une insigne maladresse, Ou par sottise ou par paresse... De peur d’exposer un écu. Mais quittons le langage figuré pour expliquer l’importante amélioration apportée à la sonde artésienne, par la substitution des tiges de bois aux barres de fer, dans le forage de Cessingen, le plus profond et le moins coûteux de tous les sondages de l’Europe. On a cru longtemps que plus la tige était longue et lourde, plus l’effet en devait être puissant et prompt : — 399 c’était une erreur, bien sentie par les sondeurs, mais qu’ils n’osaient avouer, dans l’impossibilité où ils se voyaient d’y porter remède. Il est certain que l’accroissement des tiges est avantageux en commençant, jusqu’à ce qu’elles aient acquis un poids de bOO à 1,000 kilog. environ; mais dès que les barres sont trop longues, elles commencent a fouetter dans tous les sens et à produire des oscillations latérales qui occasionnent des éboulements et forment des élargissements considérables ; et à mesure qué le trou s’évase aux endroits les plus tendres, les oscillations des tiges acquièrent de plus en plus d’amplitude. Cette circonstance amène le bris des tiges et détruit la cohésion du métal, surtout à l’endroit des vis. Dans la description du forage de Neusalzwerk, entrepris par le conseiller des mines d’ Oeynhausen, près de Minden, auquel, par parenthèse, M. Leplay a tort d’attribuer l’invention de l’indépendance des tiges, on a remarqué que le trou, qui n’a que 10 centimètres d’ouverture, s’était augmenté jusqu’à 30 centimètres sous le fouet des tiges, dans les parties molles du terrain Keu- perien qu’il traverse. Par suite de cet inconvénient, les ruptures devinrent si fréquentes que M. d’Oeynhausen était sur le point d’abandonner ce forage, arrivé à 200 mètres, quand l’invention de M. Kind vint heureusement le tirer d’embarras, et lui permit d’avancer rapidement, et sans nouveaux bris, jusqu’à LbO mètres; profondeur à laquelle il doit être assez voisin de la couche de sel. Ce système est également employé aux salines d ’Jrton (gouvernement de Mersebourg ) et de Kœ- nigsbronn( gou vernement d’Jrnsberg). Le sondage d’Arton a rencontré le sel gemme à 306 mètres de profondeur. — 400 L’origine de la découverte dont nous parlons, est assez curieuse. Un charpentier ayant laissé tomber son mètre dans le puits rempli d’eau jusqu’au haut, l’ingénieur s’écria : Encore un outil à retirer ! Ne vous en inquiétez pas, dit l’ouvrier, mon mètre est en bois, il reviendra. En effet, son mètre reparut un instant après, et il le saisit au sortir de l’eau. Si nos tiges pouvaient revenir ainsi ! murmura l’ingénieur. Mais elles reviendraient de même, si elles étaient en bois, reprend le chef mineur Kind, homme d’un génie si puissant dans sa spécialité, qu’il a mérité dans la Saxe, où il a conduit de nombreux sondages, le glorieux surnom de Napoléon des foreurs. On peut considérer ces détails comme étant d’une exactitude authentique. Après une délibération longuement méditée entre MM. Kind, l’ingénieur Rost et le docteur Biver, il fut convenu qu’on essayerait de substituer les tiges en bois aux tiges en fer. Pour peu qu’on y réfléchisse, on voit d’abord que la sonde en fer, qui ne perdrait qu’un septième de son poids dans l’eau, le perdra tout entier quand elle sera en bois. On pourra donc se borner à ne lui laisser que le poids nécessaire à la frappe, et ce poids est déterminé par une barre de fer pesant S00 kilog., à laquelle sont adaptés les outils. Cette barre, extrêmement solide, s’appelle la conductrice ; elle produit l’effet du trépan dans le sondage chinois, sans qu’elle rapporte rien, tandis qu’on pourrait lui faire rapporter beaucoup de débris, en l’entourant de plusieurs cônes en tôle, en forme de balcons, dans lesquels viendraient se déposer les matières en suspension. Car la boue éprouve une terrible agitation dans le fond du puits par la chute, répétée quinze à dix- — 401 huit fois par minute, d’un instrument fort pesant, qui tombe d’une hauteur de 60 centimètres. Forage de Cessingcn. Nous avons été assez heureux, dans le cours de notre rapport, pour divulguer les premières notions des derniers perfectionnements de plusieurs fabrications importantes, que nous ne croyons cependant pas encore parvenues au faîte du progrès; car le progrès semble suivre un plan incliné dont la base est partout et le sommet nulle part. Mais si nous en jugeons d’après une sorte d’instinct technologique qui nous a rarement trompé, c’est aujourd’hui le dernier mot de l’art du sondeur artésien, que nous livrons au public. Comme notre rapport commence à subir les honneurs de la contrefaçon, nous nous efforcerons de rester clair et précis autant qu’on peut l’être sans le secours de ligures. Quelques personnes nous ont fait contre le sondage à la corde une objection que nous tenons à détruire avant de passer outre. Les Chinois, dit-on, peuple patient, mettent un temps infini à creuser un puits. L’abbé Imbert dit qu’ils y passent de deux à sept années : cela est vrai ; mais combien croyez-vous que nos pétulants Européens y consacrent de temps avec leurs barres? Nous allons vous le dire. Voici bientôt huit ans que le puits de Grenelle est commencé et M. d’Oeynhausen est occupé, depuis RAPPORT. I. 2(j — 402 — quinze ans, à celui de Minden, sans pouvoir dépasser 44 à 1,500 pieds en employant quarante à cinquante hommes. M. de Dechen, savant géologue, a consacré neuf années à son puits d’Jrteren, entrepris au compte du gouvernement, et qu’il a eu le courage d’achever à ses frais. M. Glenck a employé seize ans aux différents forages de Schweitzerhal, près de Bâle, où il a réussi de même à trouver le sel à 400 pieds ; mais tous ces puits ont coûté des sommes considérables ; l’habile sciliniste dont nous parlons, a fait une foule de sondages, en Saxe, à Slotternheim, à Géra, à Pouffleben, et à Hanau; en Suisse, MM. Langs- dorff et d’Jlberty ont aussi travaillé de longues années sur un même endroit, tandis que deux paysans chinois qui s'associent , savent creuser des puits de 1,800 à 3,000 pieds pour 10 à 20,000 fr. Qui de nous ou des Chinois a droit de rire aux dépens de l’autre? Le puits de Cessingen est fait néanmoins pour nous relever un peu aux yeux des Chinois ; car enfin on est parvenu en vingt-cinq mois à creuser un trou à 4,787pieds pour la somme de 116,500 fr. seulement(l). N’est-il pas bien dommage qu’onl’aitabandonnélorsqu’on (1) 11 y a des gens qui se font de singulières idées sur le prix d'un sondage ; nous avons reçu dans le temps la visite d’un riche baron qui venait nous commander un puits artésien comme on commande un habit neuf; mais il voulait auparavant connaître les différents prix pour un jet d’eau de 10 à 100 pieds. Nous lui fîmes observer qu’i; y avait eu des puits de faits depuis 30 fr., à un million. — Eh bien, dit-il, un de 30 francs me suffira. — Vous n’irez pas loin avec cela. — S’il faut aller jusqu’à 100 fr., j’irai; car j’ai le moyen de faire une pareille dépense, mais je ne tiens pas au luxe; pourvu que j'aie un jet d’eau passable dans mon jardin , c’est tout ce que je demande. — 405 louchait au succès ; car l’argile salifère que nous avons goûtée nous a fait l’effet du sel pur : il est à espérer que les actionnaires se raviseront et qu’ils auront le courage de traverser ce dernier banc qui recouvre un trésor : Persévérantes fortuna juvat. Pour faire voir combien les travaux de ce forage ont été sagement conduits par l’ingénieur Rost et le docteur Bivei’, d’accord avec la Société Nationale de Bruxelles, nous allons donner le relevé de l’avancement des travaux, mois par mois, d’après le compte rendu, publié par M. Rost ( Mittheilung über den Bohrversuch zu Cessin- gen). Nous y lisons que ce puits a été commencé le 6 février 4857, dans un calcaire Massique, mêlé de fer oxydé chargé d’ammonites, de bèlemnites et de gryphées. En 1857. Le 28 février, iis étaient parvenus à 44 m. 91 c. Le 51 mars, 61 72 Le 50 avril, 85 65 Le 51 mai, 102 72 Le 50 juin, 118 02 Le 51 juillet, 159 70 Le 51 août, 175 71 Le 50 septembre, 202 66 Le 51 octobre, 250 26 Le 50 novembre, 257 24 Le 51 décembre, 258 70 En 1858. Le 51 janvier, 244 94 Le 28 février, 288 05 Le 51 mars, 274 66 Le 50 avril, 505 06 Le 51 mai, 529 15 2 ( 1 * — 404 Le 50 juin, 343 77 Le 31 juillet, 348 68 Le 31 août, 372 20 Le 30 septembre, 394 83 Le 51 octobre, 404 91 Le 30 novembre, 439 33 Le 31 décembre, 467 90 En 1859. Le 31 janvier, 491 30 Le 27 février, 321 70 Le 31 mars, arrêté à 334 88 On voit qu’à l’inverse des autres forages, la progression s’accroît au lieu de diminuer; cela tient à la substitution des barres de bois aux barres de fer qui se fit, par parties, vers la lin de 4838. Ainsi, malgré 70 bris de sonde et des accidents d’une nature tout à fait nouvelle et imprévue, ce forage a marché sur une moyenne de 70 centimètres par jour : ce qui est unique dans l’histoire des sondages les plus heureux, poussés à une certaine profondeur. Mais il convient de dire qu’avant de l’entreprendre, MM. Rost et Biyer avaient pris la précaution d’étudier les principaux sondages de l’Allemagne : ils avaient vu ceux de Saarbruck et de Sarrelouis, ceux de Weimar et de Slotternheim, de Sarguemines, de Saar- albe, de Bittburg et de Wittlich, près de Trêves. Ils choisirent les procédés du conseiller saliniste Glenck, de Gotha, qui a déjà découvert plusieurs salines en Saxe et en Suisse, et ils engagèrent un de ses anciens chefs mineurs pensionné, nommé Kind, attaché à la ville de Weimar, où il a établi une foule de puits artésiens avec le plus grand succès. 4 OS — Principes à poser avant d'entreprendre un forage. 1° Connaître les couches géologiques que l’on aura à traverser, afin de pouvoir déterminer le diamètre à donner au trou de sonde que les tubages successifs rétrécissent considérablement ; 2° Établir les constructions et les charpentes de manière à réunir la plus grande économie à la résistance indispensable des échafaudages; 3° Employer les instruments les plus simples et les plus solides, afin de pouvoir apprécier convenablement leur action sur les différents fonds et d’éviter les bris ; 4° Se servir du mécanisme le moins compliqué, et par conséquent le moins coûteux ; 5° Établir le tubage de manière à pouvoir l’enlever et le replacer à volonté ; 6° Faire usage de la force motrice la plus intelligente,, afin d’éviter toute cause d’accident. Ces six articles principaux de la charte du sondeur ont à peu près tout prévu. Les sondeurs dont nous parlons , n’avaient négligé aucune de ces précautions : ils avaient à l’avance tracé la série et la puissance présumée des couches qu’ils devaient traverser avant d’arriver à la couche de sel. Les actionnaires ne concevaient rien à cette espèce de divination géologique qui ne manqua pas une fois de se vérifier, du moins dans l’ordre de succession des terrains que rencontrait la sonde, dans un pays vierge encore de tout percement. — 400 N’est-il pas surprenant qu’après cela ces messieurs consentent à s’arrêter sur la dernière couche, qui recouvre le sel, et qui possède déjà elle-même un grand degré de salure? Il faut bien le dire, la panique s’est ruée de Paris suites actionnaires de la Belgique, qui se sont dispersés comme des perdreaux, aux premiers aboiements des roquets du journalisme, gent fort peu soucieuse du mal que produit une nouvelle imprudente, un mot dénigrant , un mensonge ou une mauvaise plaisanterie. Il faudra bien du temps et bien des coups d’appeau avant de rassembler tes éléments épars de l’association dans tes pays nommés, par antiphrase, pays de libertés, où tous les esprits sont, sans 1e savoir, esclaves de la petite presse; car tes lazzi du Charivari, tes caricatures de Robert-Maeaire et tes vaudevilles des boulevards ont porté des coups plus mortels à l’association que l’imprévoyance même des fondateurs et l’immaturité de certaines entreprises. Dans la prévision que l’on aurait sept à huit tubes à placer, MM. ltost et Biver fixèrent leur première ouverture au diamètre de 50 centimètres afin d'avoir au moins 1e tiers de cet espace, à 500 mètres de profondeur après 1e placement de sept à huit tubes concentriques. Les constructions de l’échafaudage furent faites dans la prévision d’une durée de quatre ans au moins ; on leur donna 22 mètres d’élévation afin de pouvoir dévisser trois longueurs de tiges à la fois. Chaque longueur était suspendue par le haut, à une espèce de crémaillère pour éviter tes courbures qui pourraient résulter de leur grand poids, si elles étaient appuyées sur leur partie inférieure-. 407 Outils. L’outil le plus simple de tous est sans contredit le ciseau à tranche droite ; frappant sur une moindre surface, il laisse plus d’espace aux éclats qui se détachent de la roche ou des argiles feuilletées. Ce ciseau frappe chaque fois sur une autèe place, tant par le mouvement de rotation qu’on imprime à la tige, que par celui qui fait décrire une portion de spirale à tout corps allongé tombant perpendiculairement dans un milieu quelconque. 11 n’est donc pas besoin de ce luxe d’outils de toutes formes dont les autres sondeurs surchargent leurs équipages, tels que burins, bonnets carrés, trépans, tarières, etc., etc. La confection, la trempe et l’aiguisement du ciseau sont ce qu’il y a de plus aisé à soigner, surtout parce qu’on peut facilement découvrir les pailles ou les défauts qu’il pourrait présenter. Du reste, il est prudent, avant de le descendre pour la première fois au fond du trou, de lui faire frapper quelques coups vigoureux du haut de l’échafaudage, sur une pierre placée auprès de l’embouchure du puits; car il arrive quelquefois à ces masses d’acier trempées trop dur, de se briser comme du verre au premier coup; ce qui donne lieu à un accident terrible, car la tige en fer doux s’épate en frappant sur un corps dur tombé au fond du trou, et Pépatement devient quelquefois si large qu’on ne peut retirer la sonde sans relever tous les tubes. Un accident pareil a eu lieu à Uessingen; mais le génie — 408 — de Kind, qui n’a jamais reculé devant aucun obstacle, a fini par y remédier. Il y aurait un livre bien utile aux sondeurs, ce serait le recueil de tous les accidents qui sont arrivés, et la manière dont on s’en est tiré. Le ciseau simple offrit cependant un inconvénient assez curieux : ce fut de pénétrer dans une ouverture pratiquée entre deux ou trois fragments de roches qui s’étaient enfoncés, sur un terrain mou sous-jacent, pour laisser passer l’instrument et qui formaient encliquetage quand on voulait le retirer. C’est pour obvier au retour de cet accident que Kind imagina d’ajouter au ciseau deux oreillettes ainsi placées (—), à 2 ou 3 centimètres au-dessus du tranchant ; elles ont le double avantage de servir à arrondir le trou et à empêcher l’accident dont nous venons de parler. M. Kind a disposé au-dessus du ciseau, près dé la vis qui sert à le fixer dans la tige conductrice, une espèce de croix de Malte armée de quatre oreilles tranchantes du diamètre du trou ; cette croix est maintenue par la tige conductrice qui se visse dessus. Cette tige, qu’on pourrait nommer la travaillante, n’est qu’une barre de fer fort, dont le poids est suffisant pour la frappe. La plus belle découverte de M. Kind a été de rendre cette tige indépendante des tiges supérieures qui ne font plus d’autre effet que celui d’un câble relevant le mouton pour le laisser tomber d’une certaine hauteur. Ici les tiges inférieures font l’effet de deux longs maillons de chaîne; au moment de la chute de la travaillante, le maillon ou la fourchette qui l’enlevait ne reçoit plus de contre-coup ; et pour que le haut de la barre ne vienne pas tomber de tout son poids sur la travaillante, elle est 409 — retenue par un arbre élastique qui sert à amortir le coup. La tige est mise en jeu par le poids de six hommes marchant dans un tambour,' il en fallait quatorze avec la barre de fer, et soixante et douze pour les brigades de rechange; il n’en faut plus que dix-huit aujourd’hui. Tubage. Les tubes consistent en plaques de tôle d’une demi- ligne d’épaisseur et de2 mètres de long, clouées et rivées à froid; cette épaisseur suffit pour résister à la pression extérieureetauxattaques intérieures. Unbout de chaque tube doit être un peu conique pour s’emmancher dans la partie supérieure du tube d’en bas. Voici comment on s’y prend pour les river : après que les trous ont été forés au vilebrequin, une enclume composée de deux segments cylindriques entre lesquels on chasse un coin pour les faire appliquer contre les tètes de rivets est descendue dans l’intérieur des tubes. Pour poser les rivets, on approche une chandelle de » l’extérieur des trous ; la flamme, attirée dans cette espèce de cheminée, indique les trous à l’ouvrier chargé du placement des clous, à l’aide d’une baguette fendue à son extrémité. L’intérieur du tube est éclairé lui-même par une chandelle déposée sur l’enclume. Quand il y a sept à huit rivets placés, on relève l’enclume, on y enfonce le coin et l’on bat les rivets du dehors contre cette enclume, qui sert à soutenir le choc des marteaux. 410 — De la navette à retirer le» tubes. Voici encore une invention des plus ingénieuses de M. Kind pour relever les tubes; elle se compose d'un morceau de chêne ayant la coupe d’une navette représentant deux cônes réunis par leur base, mais fortement cerclés par le milieu. Cet instrument est descendu dans l’intérieur du tube qu’il remplit à une ligne près; lorsqu’il est arrêté à la place voulue, il 'suffit de verser un panier plein de gravier dans le trou de sonde ; ce gravier va se loger autour de la navette et forme un encliquetage si parfait avec le tube que celui-ci est forcé d’obéir à la traction ou de se déchirer sous l’effort. Quant il s’agit de dégager la navette, il suffit d<4.1a faire descendre au-dessous du tube ; le gravier trouvant passage tombe au fond du trou et la navette remonte ensuite sans le moindre obstacle. On voit que cette invention est d’un observateur plein de finesse : la pratique de Kind se trouve remplie de petits procédés analogues, dont l’un dérive souvent de l’autre, comme le suivant. Du parachute. En faisant descendre sa navette dans le puits plein d’eau, Kind s’aperçut'que cette eau faisait résistance, parce que la navette faisait piston et que toute l’eau inférieure devait passer entre la navette et les tubes, ce qui retardait la descente de cet instrument. Cette remarque fut un trait de lumière pour Kind qui s’écria : Plus de bris ! comme Archimède s’était écrié : Eurêka ! Il venait de trouver, en effet, le moyen de détruire l’attraction newtonienne pour sa sonde, c’est-à-dire qu’il pouvait la laisser choir au fond du puits, sans accélération de vitesse, par conséquent sans danger de rupture. Il fit placer à cet effet sur l’avant-première tige du fond une navette en bois, ou si l’on veut, un gros grain de chapelet oblong, susceptible de se mouvoir librement sur l’espace d’un mètre, afin de ne pas entraver l’effet de la s.onde pendant la frappe. On sent que, lorsqu’on soulève la sonde pour opérer la percussion, ce parachute reste mobile dans la partie qui lui est assignée sur la tige; quand celle-ci retombe, elle glisse dans le centre de cet ovoïde qui n’oppose aucune résistance; mais quand on la retire pour le curage, s’il arrive qu’elle échappe aux câbles qui la remontent ou aux engins qui l’assujettissent, la chute n’est rapide que pendant le premier mètre, c’est-à-dire jusqu’à ce que le parachute ait rencontré son point d’arrêt supérieur ; mais de ce moment jusqu’au bas du puits, la sonde, quel que soit son poids, descend avec une lenteur uniforme et va plutôt se déposer que s’abîmer au fond du trou, parce que toute l’eau est forcée de se laminer autour du parachute. Voilà donc un des plus grands et des plus fréquents accidents du forage évité par une observation (pie tous les sondeurs auraient dû avoir faite depuis longtemps. Nous nous rappelons combien de fois les journaux nous ont annoncé que la sonde de l’abattoir de Grenelle était allée se tordre au fond de son trou, soit par le bris d’un câble, soit par l’échappement de l’encliquetage qui la retient : que de temps, que d’argent l’on eût épargnés avec le parachute de Kind ! N’oublions pas de dire qu’il faut avoir soin de fixer pendant le travail, à hauteur d’homme, une traverse sur la tige ; en cas de chute la sonde se trouve retenue par les madriers qui forment l’ouverture du trou. Cette simple armature de précaution eût épargné à M. Mulot plus de deux années qu’il a dû passer à rattraper ses tiges échappées à son encliquetage. Tiges en bois. La substitution des tiges de bois aux barres de fer est due aussi à M. Kind, et nous voyons avec étonnement que M. Degousée, qui a obtenu l’entrée du forage de Cessingen, par l’intermédiaire de l’ingénieur IVoitz, de Strasbourg, vient de prendre un brevet en France pour cette invention, sans faire la moindre mention de l’inventeur réel, dans le compte-rendu où il annonce à sa compagnie de sondage, cette heureuse acquisition qui permet , dit-il, de pousser les reconnaissances à des profondeurs indéfinies. Nous espérons que M. Degousée aura le bon esprit d’emprunter de même à M. Kind sa navette, son parachute, sa cloclic à reprise, sa caracole et sa griffe du diable, — 115 dont il serait difficile de donner une idée juste sans le secours de dessins, lesquels, au surplus, ne tarderont pas à être publiés par le docteur Biver avec addition de nos instruments de sondage chinois. En un mot, nous conseillons à MM. Degousée et Mulot de mettre de côté leur immense et ridicule attirail pour adopter les équipages beaucoup plus simples, plus puissants et plus rationnels dont la Belgique est en droit de revendiquer aujourd’hui les honneurs de l’invention. Du reste, nous regardons les tiges en bois comme la transition du sondage européen au sondage chinois. Déjà M. Degousée convient que le forage doit se faire par percussion et non par torsion, avec indépendance des tiges supérieures qui ne doivent servir que comme moyen de soulèvement de l’outil lithotritcur. Or, n’est- ce pas là ce qu’on obtient tout naturellement par la corde? Et n’est-ce paseeque, depuis treize ans, nous nous efforçons en vain de prêcher aux sondeurs? Bs nous comprendront, sans doute, lorsqu’ils auront reconnu l’inutilité du forage par torsion; car, c’est sur le besoin présumé d’opérer de la sorte que M. Mulot s’appuyait lorsque nous lui demandions, en 1834, ce qu’il reprochait au procédé chinois. « Si j’avais voulu adopter ce procédé, nous dit-il en présence de MM. Thillorier et Serrureau, qui nous accompagnaient, il ne tenait qu’à moi, puisque M. Jobard est venu me l’offrir lui-même en 1830; mais je n’en ai pas voulu. » Le brave homme, que nous n’avions jamais vu, ne nous connaissait pas davantage. Nous sortîmes sans nous nommer, car nous n’aimons pas à mortifier les gens qui s’y prêtent de si bonne grâce. N’oublions pas de dire que le mélèze ou le sapin du — 4 1 4 Nord, bien droit et bien résineux, est ce qu’il y a de meilleur pour les liges; et que les ajoutes et la ferrure doivent se faire avec quelque chose de plus solide encore que les traits de Jupiter, qui n’ont pas résisté à Ces- singen. Il est bien à regretter que,, lorsque tous les pays voisins possèdent des compagnies de sondage ou des corps de sondeurs attachés au gouvernement, il n’y ait rien de semblable en Belgique où l'on devrait s’occuper plus particulièrement que partout ailleurs des recherches de ce genre, assuré que l’on est d’avance de la richesse minérale du sol. Nous avons essayé en vain de former, en 1850 , une société expérimentale pour instruire des ouvriers dans le forage chinois ; le vent de l’association ne soufflait pas encore à cette époque ; nous sommes venu trop tôt avec ceci, comme avec le gaz à l’eau. Le sort des précurseurs, en tout, est de déblayer le chemin, d’avoir toute la peine, tulit alter honores. Il est des villes qui, comme Anvers, Ostende, Ma- lines, etc., manquent d’eau potable; rien ne serait plus simple que de leur en donner, en s’établissant sur le sommet des tours pour avoir moins de tiges à dévisser. L’eau une fois obtenue, il serait aisé de la diriger par des conduits au dehors de l’église ; mais nous répétons qu’avec la corde il n’est pas besoin d’échafaudages élevés. On reproche à la corde cordée d’avoir une élasticité gênante ; nous proposons la corde en fds de fer, tendus parallèlement et enveloppés d’un fil tortillé ! Les Chinois font usage d’une petite corde de bambou très-solide et inaltérable à l’eau. 41 a — Les savants dits sérieux commençaient à nous accuser de poétiser, de romantiser l’industrie, parce que nous avions émis l’opinion, dans notre précédent article, qu’on pouvait espérer de voir jaillir des sources d’huile de pétrole du fond d’un puits foré; mais quelque aventureuse que puisse paraître cette manière d’aller en éclaireur sur les domaines de l’avenir, nous avons de puissants motifs pour continuer de la même façon. Le premier, c’est de nous faire lire par des personnes étrangères à l’industrie et dont l’esprit ne peut pas plus digérer un écrit ennuyeux que l’estomac un mets sans sel. Le second, c’est d’ètre assez heureux pour voir nos prévisions, à peine émises, s’accomplir assez souvent avec beaucoup d’à-propos; car nous lisons dans le Moniteur de l’Industrie du 20 février dernier, qu’un sondage opéré par la compagnie Degousée vient de ramener à la surface du sol, dans le Bas-Rhin, une source d’huile de pétrole qui coule simultanément avec l’eau jaillissante. Le propriétaire en a déjà recueilli 200 hectolitres à l’heure où nous écrivons. Dans le département du Nord, quatre couches de charbon gras viennent d’ètre constatées par les ingénieurs de la même compagnie, dont une autre sonde touche au terrain houiller à Thivencelle, ce qui n’est pas une excellente nouvelle pour nos houilles du Ilainaul. Le directeur de cette compagnie annonce aussi qu’il ne donne, cette année, qu'un dividende de 7 p. c., parce que la société a souffert de la crise et qu’au lieu de 20 équipages qu’elle avait en activité en 1829, elle n’en a plus que 9 ; mais elle a fait de nombreuses fournitures, surtout à la Russie. Pendant que nous sommes en voie d’indiscrétion sur — 416 — le chapitre des sondages, nous allons en exposer un nouveau qui nous sourit depuis longtemps ; mais que nous sommes las de garder en portefeuille, en attendant les moyens de l’essayer à nos frais, et que nous garderions longtemps encore si nous attendions que le gouvernement économique nous fournît les fonds nécessaires. Forage à sonde forée. Notre sonde, au lieu de se composer de barres de fer plein, est formée de tubes creux étirés, de 3 ou 4 pouces de diamètre, réunis par des manchons; les mêmes tubes enfin que l’on trouve tout faits pour les conduites de gaz. La partie inférieure travaillante consiste en une couronne d’acier, d’un diamètre un peu plus grand que- celui des manchons de réunion. Il est certain que cette sonde frapperait le sol avec plus d’avantage que les barres, car elle n’aurait pas l’inconvénient de fouetter comme elles; mais elle n’attaquerait le terrain que cir- culairement, et laisserait le centre intact. Voici le complément que nous y ajoutons : Une tige d’une certaine longueur et d’un certain poids serait introduite dans l’intérieur des tubes, et manœu- vrée à l’aide d’une corde en fil de fer galvanisé. L’extrémité inférieure de cette tige serait terminée par un petit trépan d’acier à quatre cannelures ; entre le trépan et la tige serait une rondelle de fort cuir faisant piston et soupape dans le tube. Cette rondelle recevrait quatre coups - 417 de ciseaux correspondant aux sommets des quatre cannelures saillantes. En faisant jouer ce trépan, la boue produite par la poudre de pierre soulèverait ces quatre oreillettes de cuir pour aller se loger au-dessus de la rondelle. On retirerait alors la corde, et la sonde ramènerait à jour les déblais, sans avoir besoin de retirer les tubes que l’on ferait jouer alternativement avec le trépan intérieur. IVous croyons ceci plus que suffisant pour nous faire comprendre des hommes de l’art. Le reste de l’outillage est tout aussi simple, et nous croyons inutile de le décrire pour le moment. Ce moyen permettant de forer sur un très-petit diamètre, le trou de sonde se maintiendrait beaucoup mieux; et le travail avancerait plus rapidement et plus sûrement que par toute autre méthode. Au lieu des fortes chutes de la sonde ordinaire qui sont nécessaires pour traverser les déblais qu’on est obligé de laisser accumuler pendant cinq à six heures au fond du trou, nous voudrions opérer par petits coups répétés quarante ou cinquante fois par minute, au lieu de douze à quinze fois; mais toujours à l’aide d’un ressort permettant de profiter du rebondissement de l’outil qui a lieu après le choc. Il en résulterait bien plus de rapidité dans le travail, une plus longue conservation des tranchants et très-peu d’accidents. Car notre trou serait pour ainsi dire vierge de déblais, et la roche serait toujours en contact immédiat avec nos instruments; ce qui est un des grands avantages du sondage chinois. -n RAPPORT. I. U 8 — Forage horizontal pneumatique. 11 est des circonstances où l’on voudrait percer un trou de reconnaissance dans le flanc d’un rocher. Les tubes creux dont nous venons de parler pourraient être parfaitement employés avec une tringle intérieure qui ramènerait les déblais au dehors, en la faisant glisser sur une ligne de tréteaux munis de petits rouleaux. Mais nous ne passerons pas sous silence un effet pneumatique , qui pourrait fort bien être utilisé quelque jour dans diverses circonstances analogues; c’est la possibilité défaire agir un ciseau de mineur, d’un pied environ, à mille ou dix mille pieds de l’ouvrier, sans autre intermédiaire que l’air, mis en mouvement par une pompe aspirante et foulante ; il suffit que le ciseau soit entouré de drap, ou qu’il porte un piston touchant à peine les parois du tube. En aspirant, le ciseau est attiré, et en foulant il est lancé avec une force accélératrice dont on n’a pas d’idée, force que nous croyons susceptible d’être substituée à celle de la poudre. Nous avons fait un trou dans la pierre à l’aide d’un tube d’un demi-pouce de diamètre et de dix pieds de long, à l’extrémité duquel nous avions lié le col d’une grosse bouteille de gomme élastique. Il suffisait de la presser entre les mains pour aspirer et lancer avec force une baguette de bois entourée de coton et armée d’un outil d'acier. Chacun peut répéter cette expérience à l’aide d’une sarbacane; mais nous ne conseillons pas d’aspirer la — 419 — flèche avec la bouche quand elle est à l’extrémité du tube : elle pourrait bien casser les dents à l’imprudent expérimentateur. Des courants) hclicoïdc». Nous ne devons pas oublier de prévenir les sondeurs qui vont se servir des tiges en bois, d’un accident singulier dont ils pourraient être longtemps victimes avant d’en deviner la cause, c’est le dévissement spontané des tiges pendant le travail. On sait qu’à mesure que l’on pénètre dans l’épiderme du globe, la chaleur augmente; au puits de Cessingen, par exemple, on a constaté trente-trois degrés centigrades au thermomètre à déversement ; il s’ensuit donc un mouvement d’ascension de l’eau chaude du fond, qui est remplacée par l’eau froide du haut ; mais ce double courant n’a pas lieu parallèlement, ni concentriquement comme on pourrait le croire, il est hélicoïde ou en tire- bouchon, et sa puissance est assez grande pour dévisser les tiges en suspension dans le liquide. Voici comment la marche de ces courants a été constatée : Un jour que l’on descendait, à l’aide d’une corde et d’un plomb, un thermomètre, à côté de la sonde, Kind annonça qu’on n’atteindrait jamais le fond et que la corde s’entortillerait autour de la barre, ce qui eut lieu en effet dans le sens qu’il avait indiqué, c’est-à-dire sinis- trorsùm, sens du dévissement des tiges. 27 * 420 — Nous avons, depuis, développé cette observation dans un mémoire qui a été lu à l’Institut; car nous avons soupçonné que cette marche était celle de tous les courants en général : courants électriques dans les trombes; courants gazeux dans la fumée des cheminées; courants atmosphériques sur tous les points suréchauffés de la' surface du globe ; courants végétaux dans les plantes grimpantes et leurs vrilles ; courants galvaniques, aquatiques, etc. Tout mouvement de translation d’un corps dans un milieu quelconque résistant, se résout en hélice; c’est un élément que M. Poisson paraît avoir négligé dans son beau travail sur les projectiles. Les carreaux ou zigzags de la foudre ne sont peut-être que la coupe d’une hélice. Un oiseau de proie qui plane dans les airs, est en- trainé sinistrorsùni par les dernières spires des hélices atmosphériques; un ballon dans un air calme est entraîné de même. Nous n’en dirons pas davantage sur celte curieuse observation, qui s’éloigne un peu trop de notre sujet; mais on nous pardonnera en faveur de la nouveauté. Il reste plusieurs points importants à constater aux savants qui ont du loisir : 1° Savoir si les courants affectent toujours la même marche ; 2° Dans quels cas ils s’établisent dextrorsùm ou sinis- trorsùm; cela est utile surtout pour la direction à donner aux pas de vis de la sonde en bois ; 3° Étudier la cause de ces différentes directions ; 4° Voir si la direction est la même dans les deux hémisphères pour les plantes comme pour les autres courants, et si les vents alizés ne sont pas l’effet d’une im- — 421 — • . mense hélice atmosphérique dont les branches se déplacent avec le soleil et font que, dans les mêmes parages, lès navires se trouvent tantôt dans une branche, tantôt dans l’autre ; S° Chercher les rapports qui peuvent exister entre la direction des courants et les influences magnétiques, etc. FM DU PREMIER VOLUME. 1 11 *:hî ;tei - ; '*" **•?- “>ï-£r.iF-, S3Sï3 «*&*&! iv>v.''4- E?^*T TABLE DU PREMIER VOLUME. Pape. PRÉFACE.III INTRODUCTION.XIII Utilité des expositions comme moyen de publicité. 7 PARTIE MÉCANIQUE. MACHINES A TAPEUR. M. Cavé. Soupape d’Edwarts. 12 Machine oscillante de Faivre.13 Nouvelle pompe alimentaire.14 Machine rotative de Pecqueur.IG Machine de Pelletan.18 Machine à air d’Andraud.20 Machine rotative de Labhé.26 Machine à flamme de Galli Cazala. ... 27 Machines de Saulnier et de Pauwels.36 Machine de Delaveleye.37 Glissière Farcot.. . 41 Machine de Rouffet.id. M. Bourdon.43 — 424 — PajF'. M. Hermann. 45 Locomotives françaises, Schneider, Hubert, Kœchlin.47 Locomotive de l’ingénieur Deridder.49 Appareil de sûreté pour les chaudières.51 Véritables causes des explosions.. . 52 Appareil condensateur de Lemoine et Decroisilles.53 Manomètre.54 Machine horizontale du Creuzot.55 Suppression de la graisse dans les cylindres.50 Nouveaux pistons.57 Explosions foudroyantes des chaudières.59 Expériences sur la vapeur. 07 Proposition de chaudière inexplosible.70 Fourneau Barthélemy.75 Expérience de Perrot sur la combustion en vase clos.74 Chauffage des locomotives à la houille. . . . •.70 Nouveau moyen de locomotion par des cordes de fil de fer. ... 79 Chaudière à vapeur de M. Beslay.81 Chaudière du baron Séguier.89 Perfectionnement remarquable dans les locomotives.94 * Nouvelle forme de rails. ..90 FILATURE. Métier à filer d’André Kœchlin.99 MM. Saladin, Taillade, Scheibel, Pihet.100 Le calicot chassé par la mousseline-laine.102 Drap-feutre; théorie du feutrage.103 Collage des habillements._.104 LINS ET MACHINES A FILER. Prohibition à la sortie des machines anglaises.111 Machine de Schlumberger.114 Scrive, Malo, Feray, Lahérard, Marshall . . • . . . . . .117 Tableau des importations du lin en France.119 — 423 — P X(’*i-ÿ,4ryçt+ ±~p: mn^nssstit sssfe juaiuqeusimiaq îqoju aj^g aiyv>jHona Sê S 3 i 'w I » 0 D Jaïuuinfvi i-t&tjîjm h4?*s JTZZ3..9* Æ7T^' r .Klli? «C £ -2fc^ J J£/ 'U - • t/ ) $ é ; i y '/■ A\ \UVtl Mil f/yy î * /'■ "? £ <■ £ ■»v'^ rtï-*5$ rV^. - *,/ h : ,».■*« ~1> *% , •»••■&» >*>.*^.*53 v' ■£-: : m;:$ '4%^ v«*k,V# (>• • >***• <»«*k ' £/‘ 'i V INDUSTRIE FRANÇAISE. KAPPORT SI) H L’EXPOSITION DE 1830 y ■ «■■g. :- SjÿW- 4 * ÉSÉsïs ^K8t*«a. 9#X* ; ' y .-.y •'■ INDUSTRIE FRANÇAISE RAPPORT SI R L’EXPOSITION PAR DE 183!), J. B. A. Kl. JOBARI), r.tirv. de i. a i.ébiot UIHICTH II 1)U MUStl DK l/l SUl hTIU K, CDD H I MA I BR IIU ÜOUVEnU.RBST DU. fi K A PARIS, Mh«RHK DK LA BOr.ltTâ DVaCOIIRAfiFRSST DH F A R IB. UH I’aUAII&NIH D* DIJOS. DK» •«»: I HT li* KlMAlt* DK LUI.*. DK 11BÜS, DU II A 11 A UT ; V H K»1 ül >t IIOAUH A I Hfc DK t.ACADtmiK DR t'iB IM'BT» I R. KTU. I.c Travail •’aflr.uichil cl «on jouji uni 1 >tW. l/IiitluHtric, autrefois embryon im.'|ulncS rnnmiilloltO, nauuèrc h ta lisière, lions rcb lirai* vii'nurcn* presse atijmiHUIiui la terre TCME SECOND. ^iZKKl.v^v Ontjfc lies, CHEZ L’AUTEUR, PLACE DES R AR RI CA DES, 1. ET CHEZ MELINE, CANS ET COUP. PARIS, CHEZ MATHIAS, OUAI MALAQUAIS, 13. 1842 -— i- -- --■ à'Jîïoï. , !f * ^ , 4 \ V -.VI RAPPORT fait à il. le Ministre de l'Intérieur de la Belgique. INDUSTRIE DES BRONZES. Voici une branche d’industrie qu’il serait difficile de disputer à la France, ou plutôt à sa capitale; car Paris fabrique annuellement pour 25 millions de bronze, dans lesquels la matière première n’entre guère que pour un tiers; le reste devient le salaire de l’invention et de 0,000 ouvriers fondeurs, mouleurs, tourneurs, ciseleurs, estampeurs, monteurs, doreurs, vernisseurs , sculpteurs, etc. 11 est étonnant que cette importante fabrication, qui se répartit entre deux cents ateliers, n’ait été représentée que par vingt exposants, parmi lesquels on distinguait des nomsdepuis longtemps connus du monde entier: Deniers et Thonire, ces modernes Tnbalcairts RAPPORT. 2. I dont les nobles mains ne travail tant que pour les trônes et les dominations; Soyer, Ingè et C°, entrepreneurs de la colonne de Juillet, assez hardis pour essayer de couler en bronze, et d’un seul jet, le colossal maslodohte qui les attend depuis trenteanssur la place de laBastille. Soyer et Ingé se sont placés au premier rang des fondeurs en coulant le chapiteau de la colonne de Juillet sur une épaisseur de 4 lignes et d’une circonférence de 80 pieds; nous avons vu passer cette énorme pièce le long des boulevards, mais nous n’eussions jamais songé qu’elle pesât 10,000 kilogrammes. Ce sont les mêmes artistes qui ont fondu la statue colossale d’Emmanuel Philibert, et le superbe Christ de Marochetti. Richard, Quesnel, Ledure, Debraux-d’Anylurc, Fiteau, Chaumont, Gayneau, Serrureau, Fillemsens, Fallet-Cormier, Michel-Falin, Courcelle, Cataert, sont tous noms d’artistes auxquels on peut écrire en Europe sans que les lettres aillent au rebut. Pour donner une idée de l’émulation produite parmi les fabricants français à l’occasion de l’exposition, nous dirons que chacune des deux dernières n’a pas coûté moins de cent cinquante mille trancs à M. Denièrc. Il faut convenir qu’il serait difficile de trouver à l’étranger beaucoup d’exemples d’un pareil effet de l’amour-propre joint à l’amour de l’art, surtout chez un exposant qui aurait obtenu déjà, comme M. Denière, toutes les palmes qu’il soit possible de cueillir dans les expositions : médailles d’argent, médailles d’or, croix d’honneur, et par-dessus tout une double confirmation. Mais tel est le désintéressement artistique et chevaleresque du Français, qu’il ne calcule pas plus avec sa bourse, lorsqu’il est question de briller aux tournois de l’industrie, qu’il ne compte avec sa vie quand il s’agit d’emporter une redoute. Quand nous disons que certains noms de cette industrie sont connus du monde entier, ce n’est point une hyperbole : plus d'un lustre de Thomire et de Denière se balance aux plafonds du sérail, dans le palais des rois de Perse et des maharadja de l’Indoustan. Von Siebold a vu de leurs chefs-d’œuvre dans la salle du trône des empereurs japonais. Le Chinois les surmoule en tombac et les-dore à la poudre d’étain (i). Le voyageur allemand Goebel, qui est allé visiter, en 1834, les steppes maudites habitées par les malheureux Kirghis, raconte qu’il a été reçu par le kan Dschan- ghir dans le palais de bois que le czar lui a fait envoyer, sans doute pour qu’il y eût au moins une maison dans ce vaste royaume. Ce voyageur raconte qu’il a été singulièrement surpris de trouver ce palais meublé à la parisienne, avec lustres, candélabres et patères de Denière, avec des glaces de prix et des canapés du dernier goût ; mais, par exemple, avec des tapis de Perse qui sont un peu plus moelleux que les nôtres. Dschanghir le régala de champagne et de chamber- (1) Les Chinois jettent de l’étain fondu dans un cylindre de bambou, d’un pied de long environ, contenant un peu de chaux en poudre ; ils ferment promptement l’ouverture et secouent vivement le bambou. Ils obtiennent de la sorte une poudre d’étain très-divi- sée qu’ils détrempent avec un peu d’eau de colle. Ils enduisent de ce mélange le métal ou le bois qu’ils veulent argenter ou dorer. Quand la couleur est sèche, ils brunissent à la dent de loup ou avec une agate; la couleur grise devient brillante comme de l’argent; ils la couvrent ensuite avec un vernis de gomme laque qui lui donne une magnifique couleur d’or. (in, clans des cristaux de Bohême, absolument comme cela est arrivé au malheureux Jacqucmont chez les résidents anglais des bords du Sutledje , qui possèdent aussi des bronzes dores, mais de provenance britannique. Histoire du bronze. lin petit aperçu rétrospectif sur le bronze ne saurait manquer d’intéresser le lecteur. La Bible fait souvent, mention du bronze, et décrit avec soin ceux dont Tubal- cainavaitdécorél’arclie sainte. Le serpent d’airain devait être un bien beau morceau de sculpture pour qu’un peuple entier se prosternât devant lui. Les outils et les armes des Égyptiens et des premiers Grecs étaient cnbronze (1) : on a retrouvé des épées, des haches et des rasoirs en bronze. On gravait les traités de paix, les jugements et les lois sur des tables de bronze. On a prétendu dernièrement avoir retrouvé celle qui contenait le jugement de Jésus-Christ. Les instruments des sacrificateurs ne pouvaient être qu’en bronze, même après l’invention du fer. Suétone nous apprend que l’empereur Vitellius était (1) Sil’on en croit Hésiode, le père de la poésie grecque, les anciens faisaient déjà en bronze ce que nous osons à peine commencer en fer; ils construisaient des maisons d’airain. Voici un vers qui ne laisse aucun doute et dont nous conservons le mot à mot. Tcti tP'qv yx>/.iy. fût xsoyicc, X AAKKOI ’j) zi O 1KO!. A eux étaient d’airain à la vérité des traits et même des MAISONS D’AIRAIN. llf:s. I. v. IA!). véhémentement soupçonné d’avoir dépouillé les temples de leurs ornements d’or, qu’il aurait remplacés par du bronze ou de l’étain doré (1). Napoléon ne prit pas cette peine à l’égard du trésor de Lorelte. Ce grosVitellius en était bien capable; mais c’est peut- être une calomnie, comme celle du vol des diamants de la princesse d’Orange. Les écrivains de ce temps-là aimaient sans doute à médire des rois, aussi bien que les journalistes de ce temps-ci. Les portes du Panthéon étaient en bronze, le pape Urbain VIII les fit fondre pour en construire les baldaquins de Saint-Pierre. Tout le monde connaît le fameux quadrige de Corinthe. Le Primatice fit couler en bronze, pour Fontainebleau, le groupe du Laocoon et l’Apollon du Belvédère. Ceci se passait à la renaissance de l’art, plus de mille ans après l’invasion de l’Italie par les Cosaques d’Attila. Il existait sur la porte du palais impérial à Constantinople un grand crucifix en bronze que l’on supposait contemporain de Constantin; mais ce fait est révoqué en doute par le marquis de Villeneuve, qui prétend qu’on n’a commencé à représenter historiquement les circonstances de la Passion que vers l’époque des croisades. Le premier crucifix ne parut, d’après saint Grégoire de Tours, qu’au VI 0 siècle, il fut placé dans la cathédrale de Narbonne. Benvenuto Cellini, ce type de l’homme universel, sc réjouit d’avoir réussi à couler son Persée en bronze, et ( i) Suétone : Dona atque ornamenta templorum subrij/uisse et commutasse quœilam ferebatur pro auro et argenta stannum et orichalcnm supposai ssc. — 6 — critique l’impéritie des fondeurs français de son époque. Le travail du bronze s’introduisit en France par les soins de Louvois, qui établit les fonderies de l’Arsenal sous la direction des frères Keller, de Zurich, auxquels on doit la multitude de bronzes dont les résidences royales ont été surchargées. Gouthière inventa la dorure au mat sous Louis XV, ce qui ouvrit une carrière toute nouvelle à cette industrie pour les objets d’ameublement. A dater de cette époque, cet art a toujours été en eroissant; malgré les prohibitions absolues dont les bronzes français sont frappés en Angleterre, et malgré les 30 p. °/ 0 dont la Russie les surcharge, cette industrie n’a jamais éprouvé le besoin de primes ni de protections. Il parait que les ornements et les petits meubles en bronze ont toujours été un des produits de |a civilisation ; car Raftles, à qui l’on doit l’honneur d’avoir découvert l’antique Java que les Hollandais n’avaient pas même soupçonnée, bien qu’ils eussent exploité plusieurs de ses temples antiques en guise de carrières, a trouvé dans ledislrictdeÀ'etfMbeaucoup d’objets en bronzeorné, tels que trépieds, sonnettes, amulettes, dieux domestiques etsurtoutbeaucoupde vases fondus, autour desquels se déroulent en bas-reliefs les douze signes du Zodiaque. La seule différence que nous y remarquions, c’est que les Gémeaux sont remplacés par un papillon, et le Sagittaire par un arc tendu avec sa flèche. Ainsi, le Zodiaque originaire de l’Asie centrale est commun aux deux hémisphères : on estime que ces antiquités sont contemporaines du siècle d’Alexandre, dont le souvenir se trouve mentionné, dans les anciens manuscrits javanais, sous le nom de Sekander, (ils de Darius, — 7 — roi de Rom. C’est le cas de dire : Voilà eomnie on écrit l’histoire! Les Javanais paraissent être depuis très-longtemps en possession du gong, sorte de tam-tam composé de cuivre, de zinc et d’étain, lequel fait lin bruit formidable, et qu’on ne parvient à fabriquer qu’en rendant ce bronze malléable»par la trempe au rouge-cerise, qui fait sur cet alliage un effet entièrement opposé à celui que la trempe produit sur l’acier. Un de nos frères, professeur à l’université de Kasan, ayant reçu la mission d’inspecter les établissements d’instruction publique des frontières de la Tartarie, visita les ruines de Bolgari, ancienne capitale des Boulgres ou Bulgares détruite par Tamcrlan; dans les fouilles qu’il y fit faire, il découvrit une espèce de miroir en bronze de trois pouces de diamètre, portant une large inscription , en beaux caractères, et deux espèces de Gorgones en bas-relief, du dessin le plus pur. Cette pièce curieuse est en notre possession : sa composition paraît se rapprocher de celle du maillechor. Il fallait que les arts fussent très-avancés chez la nation qui a produit un pareil morceau (J). (1) Monsieur le baron Jomard avait cru reconnaître le caractère cuüque dans cette inscription circulaire ; le savant I.élewel y reconnut l’ancien arabe; mais nous ne pûmes en obtenir la traduction que chez M. Théologue Paléologue, savant orientaliste qui consacre ses loisirs à Bruxelles à former des jeunes-de-langue pour nos missions en Turquie, sans que le gouvernement sache seulement d’où ils lui viennent. Voici le contenu de cet exergue : Me ché allah-allahoul ekrem ve ma ilahe ilia allait ve llahoul kebir-ma cltaé vha allah. Ce qui veut dire : C’est beau, agréable à Dieu, le Dieu bienveillant et misérieor- Quand Attila fit le tour de la Méditerranée à la tête de ses Boulgres, nous ne savons pas trop lesquels, des vainqueurs ou des vaincus, étaient les plus barbares. N’oublions pas que le plus ancien bourgeois de Bruxelles était un bronze admirable au sortir des mains de Duquesnois; le moule en plâtre, que nous avons longtemps possédé, était tout autre chose que l’espèce de chat écorché du coin de la rue de l’Étuve. Il parait que des fondeurs de boutons de porte ont plusieurs fois essayé, sur ce vieil enfant, la recette des filles d’Éson. Si la palingénésie officielle a réussi à tromper les yeux du populaire, les artistes ne s’y sont pas laissé prendre... Mais quittons le bronze antique, pour dire comment on travaille le bronze moderne. Ici, comme en toute chose, l’homme de génie doit avoir d’abord une idée, qui, après un certain temps de gestation cérébrale, éclôt sur le papier. Cet embryon acquiert bientôt, sous la main du modeleur, les trois dimensiohs géométriques, en cire, en plâtre ou en bois. L’époque de la reproduction est alors arrivée pour ce fœtus d’un caprice désordonné ou d’une imagination sage et savante. On le moule en sable, comme le fer; non en sable vert ou humide, mais en sable préparé que l’on fait parfaitement sécher et chauffer à l’étuve; après quoi on l’enfume et on y verse le bronze, qui prend toutes les finesses du modèle. La question importante réside dans la proportion «lieux. Que Dieu est grand! Or, ce prétendu miroir, qui ressemble à tout ce qu’on prend pour des miroirs antiques, est tout bonnement une patène que les prêtres idolâtres donnaient à baiser au peuple moyennant salaire. C’était, dit un profond paléographe, un grossier plagiat, une ridicule imitation du culte catholique. — 9 — convenable des alliages. On en a tenté de toute espèce; niais on semble s’ètre définitivement arrêté à la suivante : Cuivre rouge, 75 pour cent. /inc, '2Ï id. Etain, 2 id. Plomb, 4 id. il)() 11 faut certaines précautions pour empêcher que le zinc ne se Volatilise, ou que l’étain et le plomb ne s’oxydent. Cet alliage est plus ductile, plus tenace, plus malléable, plus dur et plus dense, par cela même plus aisé à couler, à tourner et à ciseler. Il a, en outre, l’avantage fort estimé de nos jours d’absorber une moins grande quantité d’or que tout autre alliage, d’abord parce qu’il est déjà d’un beau jaune d’or, ensuite parce qu’il est très-peu poreux. L’alliage des célèbres fondeurs de LouisXIV, les frères Relier, a été trouvé comme il suit : Cuivre, 91,40 Zinc, 5,53 Étain, 1,70 Plomb, 1,37 Mais il est probable que cet alliage n’est pas entré dans le fourneau dans les mêmes proportions qu’il en est sorti ; car le cuivre tend toujours à s’affiner de plus en plus, et le feu finit par faire diminuer la quantité des métaux additionnels. On en a eu un triste exemple dans la fonte de la colonne de la place Vendôme, dont — 10 — toute la matière des canons ennemis qu’on avait remis au fondeur était épuisée avant qu’il fut parvenu aux deux tiers de la colonne. Le tiers manquant avait disparu par l’affinage et dans les scories. Ce fondeur, étranger à la docimasie, n’avait emporté la commande qu’à l’aide de ce merveilleux aplomb que donne l’ignorance aux solliciteurs japlombqu’unhomme instruit n a jamais et qu il ne saurait feindre, parce qu’il entrevoit des difficultés dont l’ignorant n’est jamais intimidé. L’ignorant acquiert toujours de plus en plus d’assurance par suite des succès que son audace lui procure- c’est le contraire des gens de talent qui ne savent demande]- sans s’attirer un refus, par suite de leur embarras. Qui timidè rogat negare docet. On croit avoir remarqué que le mélange de deux métaux inégalement fusibles est très-difficile à opérer : par exemple, on conçoit que, dans un canon coulé massif, le cuivre figé le premier à la circonférence, doit chasser l’étain liquéfié vers le centre et qu’une forte partie doit en être emportée au forage. A l’appui de cette opinion nous citerons le fait suivant : Deux canons en bronze de 48, coulés à la fonderie de Douai en 1811, par M. Béranger, envoyés en 1833 d’Ostende à la fonderie de Liège pour servir à la fonte des nouveauxobusiersde campagne, ont été tronçonnés: on a trouvé sur les parois de l’àme à l’endroit de la charge plusieurs taches d’étain dont quelques-unes avaient un décimètre de longueur sur 3 à 4 centimètres d’épaisseur. Si l’on avait tiré avec ces canons une cinquantaine de coups, il se ser ' ' un affouille- — li ment, ce qui aurait mis la pièce immédiatement hors de service. — Comme l’alliage du bronze des canons est composé de deux métaux fusibles à des degrés différents, il s’ensuit que dans l’intérieur d’une grosse masse où le calorique séjourne plus longtemps, il y a un instant où il reste encore plus de chaleur qu’il n’en faut pour maintenir l’étain en fusion; tandis qu’il n’y en a plus assez pour empêcher le cuivre de se tiger. Il en résulterait une séparation complète sans l’affinité réciproque des deux métaux, et néanmoins celle-ci n’est pas assez puissante pour neutraliser entièrement l’effet du calorique sur l’étain et s’opposer au départ de la portion libre de ce métal qui, se portant aux endroits les plus chauds de la masse, trouble ainsi l’arrangement des molécules, et se fraye alors un passage dans la masse du bronze. Pour obvier à cet inconvénient il faudrait trouver le moyen d’opérer un refroidissement subit de la matière, afin de conserver l’union la plus intime des composants et la plus homogène possible au moment de la coulée. Des moules mauvais conducteurs et le coulage à noyau seraient peut-être les seuls moyens pour y parvenir sûrement. Cependant le coulage à noyau présente d’un autre côté beaucoup d’inconvénients que nous n’avons pas mission d’examiner plus au long. Il serait bien plus avantageux de pouvoir allier du fer au cuivre : de grandes expériences ont été faites dans ce but, à Douai, par MM. Gay Lussac et d’Arcet; mais sans la moindre apparence de succès; M. Dusaussois nous a montré à l’arsenal, les loups qu’ils ont produits. Il s’agissait cependant d'imiter un échantillon de canon russe, où l’on apercevait des stries concentriques de fer doux; mais ces messieurs n’ont pas deviné le tour de main que — 12 — nous connaissons aujourd’hui : ce moyen fort simple donnerait une grande solidité aux pièces d’artillerie, et permettrait d’en diminuer considérablement le poids(l). (1) L’alliance du cuivre avec le 1er demande un intermédiaire qui préserve ce dernier de l’oxydation. Cet intermédiaire est l’étamage ou le plombage de la tôle. Nous sommes persuadé qu’en tournant en spirale une plaque de tôle épaisse, étamée ou plombée, en la déposant dans le moule et en coulant le bronze en siphon, c’est-à-dire en amenant le bronze par le bas dans le moule, le fer se souderait parfaitement au cuivre et donnerait ainsi des canons incxplosifs ; mais ce procédé ne réussirait pas pour les canons en fonte, parce que la tôle empruntant du carbone à cette matière se liquéfierait ou retournerait à l’état de fonte elle-même. A propos de canons , nous allons prolonger cette note par un extrait d’un rapport inédit d’un très-haut intérêt pour les amateurs de batailles qui se proposent d’arrêter la civilisation, au sujet d’une question d’amour-propre. Quelques soins que l’on ait apportés jusqu’ici à la fabrication des bouches à feu, en fonte de fer, on doit convenir que l’on n’est pas encore parvenu à les empêcher d’éclater parfois inopinément. 11 importe de chercher par tous les moyens possibles à augmenter la résistance des pièces en fonte, ou du moins à empêcher que lors delà rupture, les éclats de ces pièces ne puissent blesser les servants. Il est à regretter que l’aspect des canons en fonte n’indique pas quelques coups à l’avance, que ces canons vont éclater. S’il en était ainsi, rien ne s’opposerait à ce que toutes les pièces fussent coulées en fer, et il est inutile d’insister sur les nombreux avantages qui en résulteraient. Toutefois, l’expérience a démontré dans ce pays, que les canons en fer n’éclatent presque jamais, tant que l’on tire sans y mettre de grain de lumière. Cette considération avait fait adopter en principe sous l’ancien gouvernement, de ne plus mettre de grain et de déclarer hors de service tout canon dont la lumière aurait éprouvé un agrandissement considérable. lin France les membres du comité d’artillerie étaient d’avis en I L<‘s canons en bronze ont d'ailleurs fait leur temps. Il existe une composilion de fonte dont la dureté et la ténacité surpassent même celles de l’acier. Comme ce procédé nous a été confié sous le sceau du secret, 1836 de faire adapter des grains de lumière aux pièces en fonte avant qu’elles commençassent à servir, et sur l’observation du major Frcdèricx, qu’ils feraient disparaître ainsi un moyen précieux de prévoir les accidents, attendu qu’un canon en fonte a rendu des services suffisants lorsqu’il a tiré de 1,000 à 1,300 coups (ce qui peut avoir lieu sans qu’on y adapte de grain deluinière lorsque la fonte est convenablement truitée), ils renoncèrent à ce projet. En recherchant les moyens d’augmenter la résistance des canons en fonte, M. le directeur de la fonderie de Liège avait pensé depuis longtemps que si l’on couvrait avec des bandes de fer forge les parties de la pièce les plus exposées à l’action de la poudre, l’on parviendrait peut-être à prolonger la durée de la pièce ou tout au moins à en rendre les éclats moins dangereux. En 1850 M. Warocqué, de lions, devant livrer quelques canons à la Grèce, pria le major Frédéricx d’en surveiller la fabrication ; il profita de cette circonstance pour tenter une expérience. L’épreuve eut lieu avec un canon de 6 : trois cercles furent placés entre la culasse et les tourillons ; mais cette partie étant restée tronconique les cercles n’adhérèrent pas parfaitement à la pièce, ils étaient d’ailleurs de mauvais fer. Les résultats de cette épreuve ne furent pas satisfaisants : le canon éclata au deuxième coup, tiré avec une charge de 6 boulets et 6 livres de poudre, et les cercles furent projetés à une grande distance de la pièce. Mais en 1853 il fit adapter deux cercles en fer forgé de 0 m ,l de largeur et de 0 n, ,046 d’épaisseur au mortier monstre de 0 m ,60. En 1834 M. Thiery, capitaine d’artillerie français, cul également l’idée de combiner la fonte avec le fer forgé, pour obtenir des pièces offrant une plus grande sécurité dans le tir, et à cet effet il imagina un canon composé d’une armature de barres longitudinales en fer forgé, ayant la longueur du canon et espacées entre clics de 20 centimètres environ. Dans cette armature on coula un Ironc de cène en fonte dans — 44 nous regrettons de ne pouvoir le divulguer. Ces canons seraient fondus en coquille et n’auraient pas besoin d’être forés. lequel l’àme fut forée et que l’on tourna ensuite aux dimensions ordinaires. Le,major fit observer au capitaine Thiery que la liaison du fer forgé et de la fonte pourrait bien n’etre pas assez intime, la haute température de la fonte altérant le fer forgé. Le capitaine Thiery convint que, lors de la coulée de son canon, les barres en fer forgé s’étaient aciérées à leur surface, et avoua qu’à l’épreuve à l’eau, il y avait eu filtration entre la fonte et le fer forgé. Un coup ou deux seulement ont été tirés avec cette bouche à feu, et elle y a résisté. M. Thiery revint depuis lors sur la question des canons en fer, et résuma son opinion sur les moyens d’en augmenter la durée de la manière suivante : 1° Que les causes d’explosion sont atténuées en faisant usage de lumières percées dans le métal et en assignant pour durée aux canons en fonte, l’époque où l’élargissement du canal de la lumière doit les faire mettre hors de service, ce qui leur assure un tir d’environ 600 coups, avant que l’ébranlement moléculaire les mette en danger. 2“ Qu’une armature et un cerclage en fer forgé ajouteraient d’abord à leur résistance, et en second lieu préserveraient en cas de rupture les servants contre la dispersion des éclats. 5° Que l’emploi des charges allongées adoptéqs pour les canons en bronze serait étendu avec un égal succès aux canons en fonte, et diminuerait de beaucoup les chances de rupture. La priorité de ces propositions appartient au major Lrédéricx. Voici l’extrait d’une lettre du général Évain qui fera comprendre l’importance de la découverte de Piobert et donnera une idée de la durée que pourront avoir désormais les pièces de siège. « L’épreuve dont je vous ai parlé et qui continue encore à « Douai, consiste à mettre hors de service par le tir, quatre ca- « nous en bronze de 24, de la même coulée. « Deux ont été tirés avec un sabot carton (système d’Aubertin), i Autrefois on s’inquiétait fort peu des différentes proportions des alliages du bronze; on prenait au hasard de la mitraille de cuivre de toute espèce; mais on s’est aperçu que les justes proporlionnements de la matière n’étaient pas indifférents ; Berzélius a reconnu qu’il existe des nombres atomiques exactement déterminés pour les différents alliages métalliques, en dehors desquels il n’y a que confusion ; mais nous sommes loin encore d’avoir découvert la capacité de chaque métal pour les alliages binaires, ternaires et au delà; c’est toute une science nouvelle qui reste à faire à nos descendants : elle s’appellera docimasimétrie (1). Le goût a besoin d’être très-pur chez les ciseleurs en « et les deux autres avec cartouches allongées (système Piobcrt). « Les deux premiers viennent d’être mis hors de service, l’un au « bout de 5,161 coups et l’autre après 3,261 coups; l’un et l’autre « avaient leur grain de lumière renouvelé. a Les deux autres sont au 3,411 e coup et résistent bien ; on sup- « pose qu’ils pourront aller de 4,300 à 3,000 coups, et ce sera un i beau résultat que l’on aura obtenu en faisant les gargousses avec « 4 lignes de diamètre de moins que celui de la pièce. « Et qu’on vienne nous dire après cela que les effets de la pouce dre ne sont pas incompréhensibles. ce Ainsi la durée des anciennes pièces du xvn e et moitié du xvm e « siècle était due à ce qu’on les chargeait avec la cuiller; ce n’est » que de 1730 qu’on lit usage des gargousses, et c’est de cette ci époque qu’on a constaté le peu de résistance des canons de « siège.» (1) Un premier pas vient d’être fait dans cetle science; c’est de faire concourir la composition du moule au perfectionnement de l’objet moulé; par exemple, en enduisant l’intérieur du moule, de cuivre ou de zinc en poudre mélangée au borax, on obtient de la fonte inoxydable à l’extérieur. 11 y a là tout un avenir pour les fondeurs intelligents. — H» — bronze, chargés de donner la dernière main à la pièccqui leur est livrée au sortir du moule. Les fabricants de Paris ont senti que s’ils voulaient conserver leur supériorité sur tous les autres peuples, il fallait établir une école de dessin pour leurs ouvriers, et l’école fut fondée. Le monteur ajusteur reçoit la pièce au sortir des mains du ciseleur ; il est chargé de dresser à la lime les parties d’architecture et d’ajuster les ornements en relief sur les fonds d’attente ; il faut quele bon goût se fasse apercevoir partout, et que les raccordements ne percent nulle part. Ainsi avancée, cette pièce qui s’appelle un blanc, nous ne savons pourquoi, puisqu’elle est noire, passe dans les mains du doreur qui la fait recuire et la déroche dans l’acide nitrique étendu d’eau. Le décapage opéré, on lave la pièce à grande eau et on la sèche en la plongeant dans un bac plein de son. Nous n’avons jamais été plus surpris que de voir, pour la première fois, dérocher un ornement de laiton chez M. Dida ; ce fut l’affaire d’une minute pour lui donner la plus vive couleur d’or. Le doreur commence alors à étaler aux places nécessaires l’amalgame d’or et de mercure , à l’aide de la grat- tebrosse, formée d’un rouleau de fins fils de laiton ; cela fait, on met la pièce au feu pour faire évaporer le mercure, et l’or reste sur la pièce ; la pièce est ensuite frottée en tous sens avec les brosses dans de l’eau acidulée de vinaigre. Elle présente une surface brillante qui peut recevoir à volonté le mat, le bruni, la couleur d’or moulu ou d’or rouge. On couvre le morceau que l’on veut dorer au mat avec un mélange de sel marin, de nilre et d’alun liquéfié, on le remet au feu et l’on chauffe jusqu’à ce que la couche saline qui la couvre devienne homo- i 17 — gène, presque transparente et entre en véritable fusion. On retire alors la pièce du feu, et on la plonge subitement dans l’eau froide, qui en sépare la couche saline, par saisissement. .La pièce passée dans l’acide nitrique faible est ensuite lavée à grande eau et séchée sur le réchaud. La couleur d’or moulu est un mélange d’alun, de sanguine et de sel marin, délayés dans du vinaigre dont on recouvre la pièce, ainsi que nous l’avons vu faire pour l’amalgame d’or et de mercure. Les blancs ne sont pas toujours dorés, ils sont souvent bronzés, c’est-à-dire qu’on cherche à leur faire acquérir en quelques minutes, par une oxydation artificielle, la couleur de patine antique que les bronzes anciens de bonnequalité n’acquéraient que par l’action lente de l’air et du temps. Le métier de doreur est très-insalubre; on en compte 400 à Paris, mais ce sont tous des Picards; ils gagnent 4 fr. 50 par jour, cl meurent vite, malgré le fourneau d’appel que M. d’Arcct leur a recommandé de placer dans la cheminée, et les vasistas à turbine, posés aux fenêtres des ateliers. Le fourneau est, il est vrai, dans les cheminées; mais on oublie souvent d’y allumer du feu. Nous ferons connaître plus loin un meilleur moyen. Sur les 6,000 ouvriers occupés à l’industrie des bronzes à Paris, il n’y en a guère que la moitié qui soient employés dans les ateliers; les autres travaillent à façon dans leur chambre, surtout le ciseleur, qui, avec un peu d’esprit de conduite, parvient souvent a fonder une petite fabrique, surtout quand il est tenté de surmouler les pièces qu’on lui confie, et sur la forme desquelles il croit KAl'POÏÏT. 2. 2 18 — avoir des droits de propriété, dès qu’il y a mis la main. La logique de l’ouvrier se prête très-facilement à l’idée, qu’un objet auquel il a travaillé lui appartient; nous avons etc plusieurs fois à même de le constater pour notre compte particulier. Par exemple, ayant trouvé Je moyen de repousser sur le tour les capsules pour la fermeture des bouteilles, nous y employâmes un ouvrier tourneur qui s’appliqua l’invention et demanda un brevet, parce que, disait-il, c’était bien lui qui avait fait les capsules, et non pas nous qui n’étions pas du métier. Mais ce qui nous a réellement surpris, c’est l'aplomb avec lequel un armurier qui exposait des fusils à la Robert nous soutint qu’il en était l’auteur, parce qu’il avait exécuté le premier; du reste, il convenait que Robert lui avait donné le plan et l’avait payé de son travail. Mais, répétait-il, c’est bien moi qu’a fait le fusil Robert, car Robert ne sait pas tant seulement forger une sous- garde, comment voulez-vous qu’il ait inventé un fusil tout entier (J)? Les façonniers de bronze trouvaient donc fort naturel de prendre un moule des pièces qu’ils avaient ciselées, (1) Nous ne pouvons nous dispenser de consigner ici notre opinion sur la faute que vient de faire le gouvernement français en adoptant seulement la percussion pour ses fusils de guerre; nous avions cependant averti le maréchal Soult que la Russie faisait fabriquer à Toula un grand nombre de fusils à charger par la culasse, tirant 18 coups au lieu de 2 par minute ; il nous répondit qu’il ne s’agissait pas de tirer vite, mais de tirer juste, et qu’il faudrait une trop grande quantité de munitions. Ce n’est point un pas de géant, mais un pas de fourmi que vient de faire la France en adoptant la percussion. Nous désirons qu’elle n’ait pas à s’en repentir. Il y a là- dessous une question de vie ou de mort. La même observation peut s’appliquer à la Belgique qui vient de tomber dans la même erreur. (le les couler en zinc, de les dorer ou de les peindre el de les livrer à bien plus bas prix que l’original, à la consommation extra muros. Il a fallu de longues années pour que les chefs de la partie s’aperçussent de ce vol qui aurait fini par discréditer le bronze parisien aux yeux de l’étranger, et par ruiner ceux qui payaient à grands frais des modèles aux premiers artistes de la capitale. Les chefs d’ateliers s’entendirent pour faire cesser ce pillage, et obtinrent justice des tribunaux contre les contrefacteurs; la propriété des modèles et des dessins fut reconnue comme invention, et le marché delà France leur fut au moins assuré. Mais on commence en Prusse, en Russie, et même en Angleterre, à surmouler les meilleurs modèles français. La Belgique a tenté plusieurs fois de s’emparer de cette industrie; nous voudrions bien pouvoir dire que c’est par délicatesse qu’elle y a renoncé ; mais la vérité avant tout : c’est par ignorance de la géographie commerciale que les Doresse el les Pitet ont échoué. Si M. Brichaut se soutient, c’est par son talent personnel, et par cette prudence qui l’a fait descendre des hauteurs de l’art dont il avait atteint le sommet, aux objets d’utilité première. U y aura toujours plus de profil réel à fondre mille boutons de porte qu’un lustre de (5,000 fr. à Bruxelles. M. Trossaert, de Gand, vient de monter une fabriquede bronzes avec la prétention de ne pas calquer Paris, et de faire du bronze du cru : nous ne pouvons mieux comparer cette noble résolution qu’à celle d’un imprimeur qui ne voudrait éditer que des livres d’auteurs nationaux, ou mieux encore à celle du brave Audoor qui voulait nous abreuver de ses vins de la eôte de Louvain. Du — 20 — reste M. Trossaert possède des éléments de succès (pii manquaient à ses devanciers. Mais, hélas! le roi Guillaume a perdu son argent et ses encouragements à vouloir introduire la fabrique de bronzes dans ses Etats. La consommation est trop restreinte pour les objets de luxe. Si un atelier se bornait aux bronzes du commerce, à surmouler en zinc, les chandeliers, les écritoires, les presse-papier, les pieds de lampes et les mille et un objets de fantaisie qui couvrent les cheminées et les bureaux, il y aurait bien quelque chose à faire pour l’exportation ; mais la France exploite depuis quelque temps cette mine inférieure des bronzes; ellesecontrefaitelle-mèmepar des éditions à bon marché dont elle inonde tout à coup le monde entier (1 ). Les procédés de moulage ont fait depuis peu des progrès immenses en France : on moule aujourd’hui sur nature les choses les plus délicates, telles que des serpents, des lézards, des oiseaux même avec leurs plumes, des insectes et des fleurs, dont on obtient en bronze les détails microscopiques les plus précieux. : « Je me ferais un moule sur du coton ou du beurre frais, >■ nous disait un de ces preneurs de délicates empreintes. (1) Tout s’enchaîne en industrie, la lamperic et l'horlogerie sont deux branches qui donnent lieu à l’emploi le plus considérable du bronze ; or, la Belgique, privée de ces deux grands consommateurs, ne saurait entretenir la bronzerie, et si nous continuons à tirer loutes nos lampes de luxe de la France, c’est parce qu’on a refusé des brevets d’importation pour toutes ces lampes perfectionnées qui se succèdent depuis dix ans avec une abondance tellement remarquable, que la partie de l’éclairage était une des industries parisiennes les plus brillamment représentées à l’exposition. — -21 Voulez-vous couler eu bronze la (leur la plus légère, suspendez-la par des fils au centre d’un tube creux de papier imperméable, enfoncé dans un peu de cire molle; versez dans ce vase, rendu étanche, de l’eau légèrement salie d’argile ou de plâtre qui va se déposer sur toutes les parties de la fleur; quelque temps après, ajoutez de l’eau un peu plus chargée, et d’encore en encore, comme on dit, votre cylindre sera rempli d’une matière dans laquelle votre fleur se trouve incrustée sans être froissée par la pression. Laissez sécher doucement, puis exposez ce lingot au feu. Le moule rougit, la Heur se carbonise, et vous en faites sortir les cendres, en soufflant dans des trous (pie vous avez eu soin de ménager pour servir d’évents, à l’aide de gros fds qui partent de différents points de la fleur et qui sont incinérés avec elle. Cette opération faite, et le moule tenu très-chaud, vous y coulez le bronze qui va chercher les moindres détails du tombeau de la fleur. On conçoit que ces tours d’adresse ne sont le fait (pie des miniaturistes du métier. II a paru à l’exposition des objets en ronde bosse, venus tout d’une pièce, sans moule brisé. On était fort intrigué de cette charmante découverte de M. Ilippolyte Vincent, dont il n’a rien transpiré pour nous. Cet artiste est parvenu à mouler, sans détruire le modèle, d’une seule pièce, sans couture et sans réparage : il a exposé les preuves de tout ce qu’il avançait; mais il veut garder son secret qui, dit-il, ne serait plus apprécié dès qu’il serait connu. En général, les ateliers parisiens sont remplis en cet instant de mille petits procédés plus ingénieux les uns que les autres. Nous attribuons ce progrès des idées à laplusgrandediffusiondes connaissances — 22 — chimiques et physiques qu’un certain nombre de chercheurs, doués de l’esprit d’observation, s’en vont puiser dans les cours gratuits du conservatoire des arts et métiers, et qu’ils viennent ensuite développer dans la conversation des chefs d’atelier; car les Français sont infiniment expansifs et communicatifs en matière d’invention. Cette facilité d’imaginative, jointe au développement de l’instruction scientifique et artistique, donnerait bientôt à la France une supériorité marquée sur l’Angleterre; si l’ordre et la paix pouvaient se maintenir en Europe pendant une vingtaine d’années encore, aucune nation ne marcherait aussi vile. La France, bien dirigée, serait capable de servir de remorqueur à toutes les autres sur le rail-way du progrès; mais chacun a le défaut de ses qualités. Celui qui fraye le chemin est sujet à butter et à choir; c’est alors que les autres lui passent sur le corps. Nous regrettons de devoir prédire qu’au jeu qu’elles jouent, les nations constitutionnelles ne tarderont pas à se trouve]' bientôt en arrière des monarchies absolues, qui continuent à marcher d’un pas lent, mais assuré, tandis que les gouvernements représentatifs usent leur vie à discuter; qu’une guerre incessante de portefeuilles pris, cédés et repris tour à tour par les partis, tenant sans cesse l’industrie et le commerce sur le qui-vive, ne permet ni aux hommes ni aux choses de s’asseoir, détruit la confiance publique et les dévouements particuliers et finit par faire regretter l’ordre et l’immuabilité des gouvernements paternels, en dépit de leurs abus. Si jamais il arrivait, en France, une époque où l’on comprit la nécessité de dispenser aux inventeurs indus- triels les mêmes encouragements qu’on accorde aux peintres, aux statuaires, aux musiciens, ou si la propriété des inventions, assimilée aux autres propriétés, offrait quelque garantie aux capitalistes, le véritable inventeur deviendrait l’homme du monde le plus riche et le plus considéré, parce qu’il en serait le plus utile. On ne. peut se faire une idée de la quantité d’excellentes découvertes qui dorment en France, aujourd’hui, dans les cartons des hommes de génie et d’étude, découvertes qu’ils sont dans l’impossibilité de mettre au jour; les charlatans leur gâtant partout le chemin avec les nauséeuses déjections de leurs cerveaux malades. Les bronzes semblent se modeler sur la littérature : quand celle-ci était au classique, les styles grec et romain dominaient. Sous l’empire ou sous le davidisme, c’était Marius méditant sur les ruines d’un ouvrage de Leroy; Épaminondas expirant sur un blanc de Jappy, Socrate attendant, la coupe en main, la dernière heure d’un cadran de Lépaute; c’étaient Codés, Périclès, Andro- clès; Isocrate, Théocrate, Hippocrate; Hippolyte, Dé- mocrite, Héraclite. A la restauration, la batterie coula en bronze le siècle de Louis le Grand pour honorer Louis le Gros. Le romantique arriva dans les bagages de d’Arlincourt et de Victor Hugo ; le gothique, ou l’art chrétien, comme on dit, suivit Chateaubriand, M. de Caumont et les antiquaires de la Morinie. Le chinois apparut un instant à la suite de Klaproth et de Stanislas Julien; l’égyptien à la suite de Belzoni etdeCham- pollion; sous peu nous aurons le bédouin, le kabyle et le coulougli. Nous verrons osciller des compensateurs entre les portes de fer et sonner VAngélus au minaret de Mazagran. Les Amours soufflant des bulles de savon — U — ou aiguisant leurs flèches commencent à disparaître pour faire place aux gracieuses châtelaines et aux élégants chevaux des Vernet, qui seront dans tous les temps et dans tous les pays, de fort jolis morceauxdesculpture. Cette variation dans les modes ou dans le goût, en fait de bronze, est sans doute ce qui assure pour longtemps le monopole de cette industrie à la France. Les artistes parisiens ont cela de particulier qu’ils se ploient avec une merveilleuse facilité aux caprices du jour. Tel compositeur qui se trouvait emberlucoqué depuis deux ans dans les ornements fantastiques de la rocaille ou du moresque, est prêt à passer le lendemain aux lignes sévères de Vitrine et de Michel-Ange, aux somptueuses broderies de YÂlhambra, de Béletn ou de Batalia, à l’élégante ogive et aux frêles colonnettes du moyen âge; maniant d’une main également sûre l’étrusque, l’égyptien et le grec, le persan et l’indou, le boro-budor, le palenque et le branbanan : voilà ce qu’on ne trouve pas en Angleterre; la mode est parisienne avant tout. Ilirmingham a beau mettre en fabrication de lourds garde-feu ou de légères dentelles découpées à l’emporte- pièce ou d’autres objets d'un goût baroque que la vapeur multipliera à l’infini et à bon marché ; jamais les dessinateurs bretons n’auront cette coquetterie de boudoir, ni cette magnificence palatiale qui tire son principal mérite, comme les gravures avant la lettre, de la rareté et de la pureté des épreuves. L’Angleterre l’emportera bien certainement en fait de bronze ordinaire pour toul ce qui tient au confortable de la bourgeoisie, quand elle voudra les mettre en fabrication courante; car ses vastes usines ont le monde pour débouché. Depuis longtemps déjà une fabrique a été montée au capital de plusieurs i \ millions pour toul ce qui regarde le foyer domestique; une autre pour les serrures, les plaques et les boutons de porte, et aussi pour les ornements de la sellerie et des voitures de luxe. Mais les Anglais semblent arrêtés définitivement., en fait de style, à une sorte d'ollct po- drida, où l’on trouve de tout un peu et qu’ils ont la complaisance d'appeler style national ; c’est absolument comme leur langue, où un de leurs grammairiens n’a pu découvrirqu’unseulmot d’origine vraiment anglaise. Leur style est donc un mélange d’égyptien, de persan, de japonais, de chinois, d’étrusque et de gothique, qui est passé dans leurs porcelaines, leurs lustres, leurs candélabres et leurs lampes : c’est un goût tout comme un autre; mais ce qui résulte de cette immobilité dans les mêmes formes, c’est évidemment le bon marché. Les Anglais possèdent en outre un vernis d’or qui n’a pas encore été découvert chez nous. Du reste, le zinc entre pour au moins les trois quarts dans leurs bronzes dorés (1). Ils ne sont pas en cela si gauchement consciencieux que les Français, qui continuent à enterrer un (1) On parle d’une magnifique découverte pour la dorure due aux Anglais, e’est la dorure à la vapeur ; on en voit déjà les produits dans le commerce ; mais le procédé continue à être tenu secret ; les objets délicats et les aiguilles de pendule dorés de la sorte ont une égalité de teinte qu’on ne saurait atteindre à la gratte-brosse, sans que le mercure les attaque et les rouge. Il est difficile de croire qu’un objet exposé à la vapeur de l’amalgame d’or et de mercure, sous une cloche, puisse porter l’or et le lixer sur la pièce ; nous aurions bien plus de confiance en l’action galvanique du procédé de Jacobi, qui n’aura pas encore songé peul- ètec à cette application de sa belle découverte. (le qui précède était imprimé depuis six jours quand AI. de La- rite, de Genève, communiqua à l'Académie des sciences les premiers — 26 — métal précieux sous une couche d’or, quand ils ont sous la main un succédané à aussi bas prix. Qu’ils y prennent garde cependant, car si la fantaisie essais de dorure galvanique ; depuis lors le galvanisme, dont on n’entrevoyait que fort obscurément les applications, a fait d'immenses progrès : Boquillon, puis Soyez et Ingè sont parvenus à mouler toute espèce d’objets, depuis la statue jusqu’à la branche de buis. SI. Wheatstone a réalisé l’utopie d’imprimer une dépêche sur papier, à toute distance et en quelques minutes. SI. Jacobi a fait marcher une embarcation, Wagner un wagon au moyen de la pile. Perrot vient de l’appliquer à couvrir le fer de zinc. En Amérique une presse d’imprimerie marche déjà avec cette seule force qui est d’ailleurs la plus puissante et la plus répandue, car très-probablement rien de ce qui a vie sur la terre n’existerait sans elle ; les plantes et les animaux ne croissent et n’agissent qu’autant qu’ils sont en communication avec l’énorme pile galvanique où des milliers de compositions et de décompositions entretiennent une continuelle production démission de ce fluide vitalifère. Nons ne sommes peut-être pas éloignés du moment où l’on découvrira que nous sommes tous en rapport avec tous, comme tous les polypes du même polypier sont solidaires les uns des autres ; mais nous nous arrêtons dans la crainte de nous faire jeter la pierre eu montrant trop tôt le ballon. On nous pardonnera une petite fable sur le danger réel qui attend les précurseurs et les inventeurs. LE PREMIER BALLON. ' FABLE. Voyez-vous là-haut ce point noir Qui se balance dans l’espace? L’est le premier aérostat qui passe ; Mais il faut pour l’apercevoir D’excellents yeux, disait, à la foule assemblée, Un amateur à l’œil perçant, Qui désirait sincèrement Voir sa parole contrôlée — 27 venait aux Anglais ou aux Berlinois (le surmouler toutes les nouveautés parisiennes en zinc, l’énorme exporter l’un ou par l’autre assistant. Chacun lève aussitôt la tête Et du point noir se met en quête Dans la voûte du firmament. — Voyez-vous pas? — Non, ma parole ; Nous sommes dupes de ce drôle, llaro ! haro sur l’imposteur Qui du bon peuple ici se raille ! S’écria l’aveugle marmaille, A mort le mystificateur ! ! Chacun frappe à l’envi sur l’homme à longue vue , Et sans l’écouter on le tue. Pendant ce temps le ballon descendait Et tout le inonde le voyait ; Enfin quand il fut près de toucher à la terre, Il fallut bien croire et se taire; Hormis les aveugles pourtant Qui voulurent toucher avant. Le peuple alors, honteux de sa bévue, A ce pauvre martyr fit faire une statue ; C’était fort bien assurément ; Mais on eût bien mieux fait de le laisser vivant. Mes amis, vous pouvez m’en croire, Ce conte-ci n’est que l’histoire De tous les inventeurs, Précurseurs et fauteurs l)e quelque vérité nouvelle : Tous ces illuminés, aiusi qu’on les appelle, Seront toujours crucifiés pour elle. Mesmer, Owen, Fourier, Saint-Simon, Jacotot, Ont montré leur ballon trop tôt. — 28 — fation française se réduirait bientôt à fort peu de chose et ce beau fleuron de l’industrie parisienne serait bien vite fané. C’est seulement alors que l’on sentirait la nécessité d’étendre l’abolition du droit d’aubaine à la propriété de la pensée, et de régler, en congrès européen, la préséance des droits de l’inventeur surceuxdu plagiaire, c’est-à-dire, que l’auteur admis à prendre date par le dépôt de ses dessins dans tous les pays amis ou alliés, aurait le droit d’y faire poursuivre les contrefacteurs. . Cette mutualité internationale de bous ofiicesservirait plus à la consolidation de la paix de l’Europe, que la construction de vingt citadelles sur les frontières respectives. Si vis pacem para pacem, a dit V. Considérant. Qu’est-ce qui ameute le plus un peuple contre un autre, si ce n’est le goût du pillage? Quand on en est aux gros mots de voleurs, de corsaires et de plagiaires, on n’est pas loin d’en venir aux mains. La contrefaçon des livres français en Belgique aura fait plus de tort à notre nationalité que toutes les calomnies de la presse citoyenne, que toutes les prédictions et les menaces de nos Cas- sandres et de nos brouillons politiques. .Nous le répétons encore : que les Français y prennent garde. Déjà Munich, cette moderne Athènes, où tant de monuments magnifiques s’élèvent et s’adornent comme par enchantement, à la voix du monarque-artiste qui règne et gouverne en Bavière; Munich a sa fonderie royale de bronze doré qui produit en ce genre des chefs- d’œuvre capables de faire trembler et Thomire, et Dénièrent Soyez (1). Sans parler de l’obélisque en bronze élevé en l’hon- (1) Nous lisons dans une lettre écrite de Brunswick, le 16 mars: k S. M. le roi de Bavière vient d’envoyer le buste de Schill, — 29 — nenr du feu roi, nous citerons comme des pièces capitales les deux statues équestres en bronze doré et bruni de l’électeur Maximilien et de Frédéric le Victorieux, statues qui surpassent en grandeur celle de Henri IV et qui n’ont aucun de ses défauts; car le fondeur bavarois a eu le soin, lui, de fondre les chevaux les pieds en l’air, les jambes servant naturellement d’évents. travaille en ce moment à plaeerdansl’iinmense salle ‘lu tréne les douze empereurs en bronze doré, que le 101 a commandés aux plus habiles sculpteurs de l’Allc- ma gne. On jugera de la hauteur de la salle qui doit les recevoir, en apprenant que ces statues, sans leur socle, n ont pas moins de quinze pieds de hauteur, et ce qui étonne tout le monde, c’est que chacune de ces statues ‘lui, d’après le prix de Paris, devait coûter 80,000 fr. la pièce, n’en coûte en réalité que 25,000 à Munich. On peut, d’après cela, se faire une idée de la somptuosité et du nombre des ornements en bronze qui embellissent les demeures royales, et de la multiplicité et de la grandeur desmonumenls dont ce souverain a, pourainsi dire,pavé sa capitale. Athènes, au temps de Périclès, était assurément moins brillante que lccbef-lieu de la Bavière ne l’est aujourd’hui. coulé en bronze par Sliglmaier. Ce busle, qui, pour le travail, est un véritable chef-d’œuvre, et qui reproduit très-fidèlement les traits de ce brave et illustre guerrier, est de grandeur mi-colossale ; il reposera sur trois canons séparés de leurs affûts et sera placé à côté des bustes, en grandeur naturelle, du duc Frédéric Guillaume de Brunswick, de l’archiduc Charles, et d’Andréas ltofcr, dans la chapelle construite à cet effet dans l’église de Saint-Léonard. Il sera entouré des noms et des armes des officiers qui faisaient partie du corps de Schill. » — 30 — Que l’on ne croie pas cependant que ce souverain écrase d’impôts scs trois millions de sujets pour satisfaire à son goût pour l’architecture et les arts. On se tromperait grandement : il a seulement l’adresse d’intéresser les corporations, les chapitres nobles et les riches institutions de son pays, àcontribucr largement aux dépenses qu’il ne fait que compléter de sa propre bourse; car il a remis un tel ordre dans ses finances et dans celles de l’État, qu’il peut aujourd’hui faire un grand et noble usage de ses économies. Chaque année, le roi de Bavière fait un voyage à Rome, d’où il rapporte tout ce qu’il trouve d’important en archéologie, pour enrichir ses collections de médailles, de pierres gravées et de bronzes de Corinthe (1). Tout le monde a entendu parler de sa Walhalla, pan- (t) AIRAIN DE CORINTHE. Pline, livre 54, dit positivement qu’on distinguait «à Corinthe trois sortes d’airain, l’un presque blanc, très-riche en argent, un second jaune, contenant une certaine proportion d’or et un troisième où ces métaux précieux se trouvaient mélangés en quantités égales; cela provenait, disait-on, d’un vaste incendie qui avait jadis fondu tous les métaux que cette grande ville possédait et dont faute d’avoir pu faire le départ on avait fabriqué des statues, des vases, des candélabres et autres ornements. Tout cela ressemble à la fable de l’argent qui devait se trouver aussi en abondance dans toutes les bonnes vieilles cloches de village. L’analyse chimique a fait justice de ces contes de grand’mères; ni les fameux chevaux de Venise, ni les vases les plus certainement composés d’airain corinthien, ni les tam-tams indiens, qui ne contiennent que 80 de cuivre et 20 d’étain, ni la cloche d’argent quia servi à l’affreux signal de la Saint-Barthélemy, ne renfermaient un atome d’or ou d’argent, comme l’a prouvé le savant d’Arcet, à l’époque où l’on fondait les cloches pour en faire des canons et des gros sous. Il se peut, et nous croyons volontiers, que les anciens fon- •■héon consacré à la gloire (les grands hommes de la Bavière, près de Ratishonne, sa seconde capilale. Là viennent se ranger chaque jour les statues de toutes les célébrités bavaroises, fondues en bronze par les soins et dans les ateliers de cet artiste couronné. Il s’entend directement avec ses architectes, ses peintres et ses maçons; tout est prêt, font est achevé dans les derniers détails d’intérieur, avant qu’un seul coup de pioche soit donné sur l’emplacement de l’édifice projeté; c’est alors seulement qu’il annonce la prochaine apparition de ses palais, de ses temples, de sa Pinacothèque ou de sa Glyptothèque, et c’est comme par enchantement que des monuments aussi vastes que la Madeleine sortent de terre tout achevés en une seule campagne. A ce compte, il terminerait en trois mois la «leurs de cloche avaient propagé l’opinion que plus il y avait (l’argent mêlé aux cloches, plus le timbre en devenait argentin. On conçoit que les pieux seigneurs, les fabriques d’église et les riches couvents, luttaient à qui livrerait le plus de métal précieux à ces fondeurs, lesquels le mettaient soigneusement en poche, tout en gravant sur la cloche la quantité (l’argent qui s’y trouvait alliée. Ceci ressemble à ce que faisaient les anciens mitrailleurs italiens, qui escroquaient des quantités énormes d’émeraudes, de béryl, et de topazes aux seigneurs du moyen âge, pour donner, disaient-ils, à leurs vitraux , ces brillantes couleurs, qu’ils puisaient à si bon marché dans les oxydes métalliques. On voit que le temps des secrets dans les arts et métiers, était la bon temps pour ceux qui les exerçaient. L’analyse chimique est venue détruire tout cela, même sans la coupellation, procédé long et qui exige tics appareils particuliers. Voici quel est aujourd’hui le procédé d’analyse par la voie humide. Qn’on place dans un creuset 33 décigrammes de l’or dont on veut I — 3“2 — seconde aile du Louvre, qui fait depuis si longtemps peine à voir (1). Les doreurs de Munich ne sont pas exposés comme ceux de Paris à s’hydrargyrer jusqu’à la moelle des os. Le roi Louis ne le souffrirait pas; aussi n’a-t-il pas permis que l’on commençât à dorer la moindre petite rosace avant qu’on eût trouvé le moyen de mettre les ouvriers à l'abri de toute émanation mercurielle; et la chose qu’on a tant cherchée était bien simple. Le fourneau du doreur bavarois est entièrement clos par des vitrines, dans lesquelles il existe des coulisses qui servent à passer les bras et les pinces. L’ouvrier manœuvre la gratte- brosseavec toute facilité, et juge parfaitement de l’avancement de son travail à travers le verre, sans respirer aucune parcelle de vapeur mercurielle. Il est bien entendu qu’en dedans de la vitrine un courant d’air arrive d’en baspour alimenter la combustion elactiverle tirage. Nous recommandons ce procédé à l’attention des Parisiens. N’oublions pas de parler, en fait de bronze, d’une charmante artiste qui s’est rendue célèbre en Italie par son merveilleux talent pour la ciselure du bronze : M" 0 Fauveau avait exposé deux beaux bas-reliefs; c’est connaître le degré de pureté, en y ajoutant 81 décigrammes d’argent et 34 à G5 décigrammes de chlorure d’argent, suivant que l'or est présumé plus ou moins impur, et 2 grammes 7 de chlorure de sodium ( le sel ordinaire) en poudre fine. Qu’on fasse fondre le tout pendant cinq minutes et qu’on laisse refroidir. On trouvera au fond du creuset un bouton métallique formé d’un alliage d’or et d'argent. Que, réduit au marteau en une feuille mince, il soit traité ensuite par l’acide nitrique étendu comme dans les essais ordinaires. De la sorte, les métaux communs sont séparés par le chlore contenu dans le chlorure d’argent et remplacés par de l’argent pur que dissout l’acide nitrique, et l’or reste à l’état de pureté parfaite. (1) Un de nos amis, qui a en l’honneur d’assister aux fêles du ma- — 53 — ‘‘Hc qui fut prise avec ses frères sur le Carlo Alberto, ainsi que la duchesse de Berry. Établie à Florence, elle ctonne les Italiens par la réunion des plus brillantes qualités. File est occupée en ce moment à la sculpture du tombeau du Dante, pour le grand-duc de Toscane; elle a pris tellement sa tâche au sérieux, que d’après le prix que le grand-duc lui accorde, elle n’aura pas gagné cinquante centimes par jour. Mais M llo Fauveau n’a quevingt-sept ans; il lui reste donc une brillante et longue carrière à parcourir; elle excelle dans tous les genres et manie la figure aussi bien que l’ornement. Il ne passe pas un personnage de distinction a F'iorence, qui ne tienne à honneur de rapporter un pommeau de canne, un manche de poignard ou quelque vase en bronze de M“° Fauveau, digne émule de Cellîni. Bien des gens parlent du style de la renaissance, du moyen âge, des genres gothique, rocaille et rococo, sans se rendre compte du sens de ces appellations. Nous essayerons d’en dire quelques mots. F’Europe avait perdu, comme on dit (I), les traces de l’art grec et romain depuis l’invasion des barbares. Michel-Ange,Léonard de Vinci, Raphaël les retrouvèrent; riage du prince de Leuchlcnberg à Saint-Pétersbourg, nous a représenté la magnificence intérieure du palais du czar comme dépassant tout ce qui existe au monde. « La salle blanche, disait-il, a 120 pas de long sur 42 de large; elle est soutenue par douze colonnes en bronze doré : c’est là que j’ai vu figurer cinq cents princesses russesen costume national, avec cinq cents diadèmes, dont le moindre valait un million. A moins que tout cela ne lût faux, ajoutait-il, il y avait pour cinq cents millions de diamants rassemblés dans ce môme salon, où l’empereur se faisait distinguer en capote bourgeoise. » (1) 11 ne faut pas croire que les arts aient été complélement perdus RAPPORT. 2 . 5 — 34 — mais tout en prenant pour modèles les ouvrages des anciens, les architectes de cette époque payèrent tribut au goût de leur siècle. Les édifices construits dans les styles gothique et moresque étaient enrichis d’une profusion d’ornements à laquelle l’œil s’était accoutumé et dont nous admirons encore aujourd’hui l’heureuse combinaison. Des monuments d’une architecture sévère auraient paru froids et nus auprès de ces chefs-d’œuvre d’un art fantastique. Il y eut une époque où tous les artistes se mirent à la recherche de la ligne de beauté, à laquelle on avait foi comme à la pierre philosophale. Les théologiens du goût avaient posé en principe que cette ligne mystérieuse ne pouvait être ni la ligne droite, ni le cercle, mais une certaine mixture de ces deux ingrédients réunis, par exemple un tiers de droite et deux tiers de courbe, ce qui constitue le genre rocaille, ou Louis XIV. La secte des rococos apparut sous Louis XV; c’est elle qui crut reconnaître le critérium, du beau en matière d’ornement, dans la volute et dans l’union hybride du règne végétal au règne animal que Raphaël affectionnait beaucoup. C’étaient des bustes humains dont les jambes s’allongeaient en interminables spirales de guimauves, des lions dont la queue pendant le moyen âge : il y a toujours eu une grande abondance de peintres occupés à orner les églises et les palais en Italie, en Allemagne et en France. La peinture à l’encaustique, à la fresque, au blanc d’œuf et même à l’huile, ne leur manquait pas. Théophile le Prêtre, qui vivait quatre cents ans avant Tan Eyck, nous apprend qu’on ne préférait la peinture à la colle d’œuf à la peinture à l’huile, que parce que les tableaux à l’huile étaient trop difficiles à sécher. Nous le croyons d’autant plus volontiers, que nos siccatifs ne leur étaient probablement pas connus, et que l’invention de Van Eyck pourrait bien s’arrêter là. — 35 — feuillue ondulait autour d’une frise et sur les replis de laquelle se balançaient des oiseaux, des singes ou des gorgones. L’œil glissait à son insu sans trouver où s’arrêter sur ces interminables caracoles. Le triomphe de l’artiste était de l’empêcher de sortirdecettc espèce de labyrinthe optique. Les Boucher, les Vanloo créèrent le genre Pom- padour, où tout respirait la mollesse des mœurs de celte époque et ou l’efféminé courtisan ne voulait reposer ses yeux que sur des roses et son corps que sur le duvet. La norme du genre Pompadour consistait à émousser les angles et à arrondir toutes les saillies. On prétendait introduire les formes caressantes du madrigal jusque dans l’architecture et l’ornement des palais. On ne souffrait rien de heurté, on forçait jusqu’aux ligures de la géométrie rectiligne à se plier au goût du jour. Le parallélogramme se déguisait en ovale, le carré en cercle, les coins s’amollissaient en doucincs, et les colonnes en hélices, tout respirait la mollesse et le sybaritisme des mœurs de cette époque sardanapalienne. Le vers d’Horace, Desinit in piscem millier formosa siipcrnf, semble avoir donné naissance à celte foule de sirènes végéto-animales qui abondent dans la plupart des ornements anciens. Nos pères se laissaient aller plus que nous à ce plaisir enfantin de la difficulté inutilement vaincue. On voit qu’ils s’ingéniaient à donner aux matières les plus dures l’apparence des objets les plus mous et les plus flexibles. Ils aimaient surtout à imiter en fer les traits de plume les plus compliqués des Saint-Omer et des Rossignols de l’époque. — 3 (> — On ne voyait que parafes on fer ou en cuivre. Les rampes d’escaliers, les balcons, les portes et les baldaquins en étaient surchargés. C’est ainsi que l’on cherchait à donner à la pierre les formes les plus contraires à sa nature et à ses qualités. Heureusement que nous commençons à reconnai- tre que chaque espèce d’objets possède une ligne de beauté mi generis. Ainsi une barre de fer bien droite, un parallélipipède de granit bien taillé, ont leur beauté aussi bien que les clématites et les convolvulus. Les broderies et les dentelles des monuments gothiques nous feront autant de plaisir en fer coulé qu’en carbonate de chaux, ou en pierre gélivc sculptée à grands frais et raccordée par des cailloux roulés. fin ne pouvait se lasser de regarder con amore la jeune Napolitaine de Dantan et le pétulant Zingaro de Iluret, coulés par Quesnel sans la moindre rature5 c’est le mouvement et la vie solidifiés. Ces deux bronzes feront époque, parce qu’ils sont de leur époque, lis prouvent aussi qu’il est possible de faire quelque chose de bien avec nos coutumes et nos costumes. Les chambranles des portes de la Madeleine, fondus par Richard, sont de magnifiques pièces de bronze dignes du temple qui les attend pour s’ouvrir à l’admiration de l’Europe. Telle est aujourd’hui la situation de la bronzerie, qui se trouve à l’état d’éparpillement dans Paris, comme la fabrication des armes dans les environs de Liège. Nous devons en excepter la fabrique de M. Dcnièrc, qui a calculé les pertes de temps, les coulages et les mille et un inconvénients que présente un art ainsi fractionné. Cel industriel a dû non-seulement avoir une noble idée, mais il lui a fallu un grand cœur et une grande bourse pour opérer la réunion dans un même atelier d’une foule d’ouvriers travaillant aux mêmes objets, mais dont pas un n’avait une idée des secrets de l’autre. Le succès obtenu par M. Denière depuis trente années qu’il exerce son art parait tenir autant à la sûreté de son commerce, comme négociant, qu’à la sûreté de son goût comme artiste. On s'accorde à dire qu’il réunit en sa personne les qualités qui font le fabricant complet, comme il réunit dans ses ateliers tout ce qui fait le bronze complet, tels que mouleurs, monteurs, tourneurs, ciseleurs, doreurs, metteurs en bronze,e te.; tandis que les autres fabricants sont spécialement ou monteurs ou tourneurs, et donnent leurs modèles à fondre et à ciseler en ville, puis livrent aux magasins leurs produits en blanc, c’est-à-dire, sans être dorés ni bronzés. M. Denière occupe chez lui de 150 à 180 ouvriers, et il en emploie, outre cela, plus de 2 à 500^ au dehors. M. Denière a déjà paru à cinq expositions différentes : il a toujours remporté les premières palmes, ce qui n é- tonne personne et ne lui suscite même pas de jaloux : c’est peut-être la seule chose qui manque à sa gloire... SUCRES. Nous avons à rendre compte de la partie de l’exposition qui comprend tout ce qui est relatif à la fabrication et au raffinage des sucres. Le développement pris par cette industrie dans ces derniers temps, les questions économiques qu’elle soulève chez nos voisins, l’extension qu’elle prend chez nous, nous engagent à lui consacrer un espace proportionné à son importance. L’exposition de 1830 a présenté le résumé de tous les efforts plus ou moins ingénieux tentés par les savants, les ingénieurs et les industriels de tous les pays; mais avant d’entrer dans ces hautes régions de l’art, nos lecteurs, qui savent aujourd’hui que nous évitons — 5all, et qui fut si heureux de rencontrer une personne f l ,u jargonait sa langue natale, qu’il nous invita à boire du cherry-whie, et à écouler ce qui suit : « En 1815 j’étais charpentier à Surinam et je souffrais de voir ces pauvres nègres tourner avec peine de grossiers moulins de bois qui font de si mauvaise besogne. Je conseillai aux planteurs de faire venir des moulins à vapeur; tous me rirent au nez, disant qu’ils ne connaissaient pas d’autres moulins que ceux à eau cl à vent. Enfin, j’en déterminai un. Je fis venir la machine à vapeur avec les cylindres, que je montai moi-mème; les voisins du planteur le traitaient d’insensé ; mais lorsque lout fut disposé pour marcher, nous les invitâmes a venir assister au premier essai. D’abord ils n’osaient approcher de la chaudière qui sifflait ; et quand je soulevai un peu la soupape, tous se jetèrent à plat ventre. Je les rassurai de mon mieux et fis commencer les travaux. Deux nègres avaient peine à fournir la canne, par brassées, aux deux vigoureux cylindres qui la dévoraient en un clin d’œil. Le vesou ruisselait à grands Ilots et la bagassc sortait plus sèche qu’ils ne l’avaient jamais vue. « De la peur nos planteurs passèrent à l’étonnement. Les plus malins prétendaient que mon nègre de fer se fatiguerait bientôt; mais quand ils virent que cela — 64 — continuait toujours avec la même force, ils se rendirent à l’évidence et me commandèrent tous de leur construire des nègres à vapeur. Je fis en quelques années une très-belle fortune que je rapportai en Europe; mais le besoin de travailler était si grand chez moi que je fis l’acquisition des ateliers que vous voyez, et qui sont, grâce à Dieu, en bonne prospérité. » Aux fourneaux et aux pots de terre qui formaient les équipages dans llnde, les Américains substituèrent de vastes fourneaux en brique qui recevaient une série de cinq à six grandes chaudières de fonte, toujours chauffées au moyen d’un seul foyer alimenté par la bagassc. Meilleurs appréciateurs de l’emploi des alcalis que ne l’étaient lès Indiens, ils se servaient de la chaux pour le premier travail du vesou ou jus de la canne, c’est-à- dire qu’ils l’employaient pour obtenir l’épuration du vtisou, opération qu’on nomma d’abord cuivrage, et que depuis on a nommée défécation, tandis que dans l’Inde on n’employait les lessives de cendres ou la chaux que pour le travail du sucre. Les seuls ouvrages un peu notables qui aient paru en France sur la fabrication du sucre aux colonies sont : l u Le livre de M. de Caseaux, planteur français établi à l’ilc de Grenade. Il parle, dans cet ouvrage, de l’emploi de la chaux et de l’alun, mais il définit mal leur action sur le vesou. Cet ouvrage parut en 1770. Environ vingt ans après, Dutrone la Couture, médecin et habitant de Saint-Domingue, fit un travail sur la culture de la canne et sur la fabrication du sucre, ouvrage dans lequel il proposa plusieurs améliorations importantes, mais qui exigeaient des dépenses considérables, ce qui fit qu’elles l : 1 — 47 — 11 e furent pas adoptées. Le fond du procédé consistait à faire déposer le vesou, une fois arrivé à une certaine densité, afin d’en séparer les impuretés et de fdtrer à travers les toiles métalliques. Il proposait encore de modifier les anciennes chaudières de fonte et même de leur substituer des chaudières en cuivre mieux appropriées au travail. Dutrone avança le premier que l'emploi de la chaux n avait pas pour but de saturer un acide existant dans le vesou ; niais bien d’agir d’une manière particulière sur les matières qui s’y trouvent et de les concréter. Les applications de Dutrone ne furent pas appréciées, e t par suite du bouleversement de Saint-Domingue le progrès ne put gagner les Antilles. A la même époque, en 1790, un chimiste de Saint- Pétersbourg, Lowitz, ouvrait une voie nouvelle de perfectionnement à la fabrication du sucre, bien que le nouvel ordre d’idées dans lequel il entrait restât longtemps sans rien produire de réellement applicable. Lowitz annonça qu’il avait découvert que le charbon végétal avait la propriété de décolorer les liquides végétaux et animaux, et il en fit l’application à la décoloration des mélasses de sucre. On ne sentit pas alors la valeur de cette découverte, qui devait mettre plus tard les savants sur la voie du perfectionnement le plus important qu’ait certainement reçu la fabrication du sucre. Hâtons-nous de constater que pendant l’enfance même de la fabrication du sucre dans les établissements colo- , niaux européens, alors que la canne à sucre était généralement regardée comme la seule plante qui contint le sucre, un chimiste prussien, Manjraff, en 1747, annonçait qu’une plante étrangère aux contrées tropicales, 48 — et cultivée dans nos climats septentrionaux pour servir de nourriture aux bestiaux, la betterave, en un mot, contenait ce sucre, duquel les Européens commençaient à faire un objet de grande consommation, et qu’ils allaient chercher si loin. En même temps que Margraff faisait connaître au monde les résultats obtenus dans son laboratoire, il engageait les cultivateurs de son pays à s’adonner à cette culture et à cette fabrication. Les procédés d’extraction qu il proposait étaient le râpage et la pression de la pulpe; les moyens d’épuration étaient l’emploi de la craie. En 1797, Achard, Prussien, renouvelle les assertions de Margraff sur l’existence du sucre de la betterave, indique la betterave blanche de Silésie comme la variété la plus propre à cette production, et donne un premier procédé de fabrication basé sur la cuisson des betteraves. On Commençait alors à attacher quelque importance à la découverte de l’existence du sucre dans la betterave, et, en 1799, une commission fut nommée par l’Institut de France, pour examiner la question et faire un rapport sur les procédés à suivre pour extraire le sucre de cette racine. Cette commission fut composée de MM. Fourcroy, Fauquelin, d’Arcet père, Guy ton de Mor- reau, Dcyeux, etc.,, etc. En 1800, cette commission fit son rapport par l’organe de M. Deyeux; et, disons-le, pour prouver combien cet art a eu à faire de progrès, la commission déclara qu’en suivant le procédé décrit par M. Achard, elle n’avait pu arriver à obtenir 2 kilog.de sucre, de 100 kilog.de betteraves (1). (1) M. Mathieu de Dombaslc, inventeur du procédé de la mncé- I — 49 — Peu de temps après la publication d 'Achard, deux fabriques s’établirent en France, l’une à Saint-Oum près Paris, l’autre dans l’abbaye de Chelles près Paris également; mais elles n’eurent aucun succès. Cependant les recherches et l’activité des chimistes ne se ralentissaient pas; en 1804, M. Ch. Derosne, de Paris, alors raffincur, imagine de décolorer les sirops par l’alumine obtenue de l’alun précipité par la chaux, et fait de ces sirops décolorés la base d’un nouveau procédé dit de clairçage, procédé dont s’empara par la suite Hoivard , en Angleterre et qu’il comprit dans une patente demandée en décembre 1812. Ce procédé de clairçage consiste à blanchir, soit les sucres raffinés, soit les sucres bruts, au moyen d’un sirop très-décoloré que l’on verse sur la base de la forme, et qui, traversant la masse, en chasse la mélasse et s’interpose en partie à sa place. ration dont on ne lit pas grand cas jusqu’ici, vient de la perfectionner au point d’obtenir, en présence d’une commission de la société d’encouragement, huit pour cent de sucre brut du premier jet et plus de deux pourcent du second jet, ce qui élève aujourd’hui le rendement total de cent kil. de betterave qui flottait entre 8 et 6 p. °/o, à près de dix et demi pour cent. Il est vrai que le sucre de canne, qui ne donnait que 6 à 8 p. °/o, fournit aujourd’hui 14 et 18 avec les appareils européens. Quoi qu’il en soit, le sucre de betterave peut être considéré comme sauvé pour au moins une dizaine d’années par la macération qui est une opération des plus simples. Nous ne savons si ces dix pour cent sont le produit absolu du sucre contenu dans la betterave, ou s’ils sont en partie le produit d’une formation chimique, opérée par la réaction d’un acide sur la pulpe, dont nous avions déjà fait pressentir ailleurs la possibilité, d’après la belle découverte de KirkofT. lUIM'OKT 2. 4 — 50 — Y r ers 4808, Achard donnait un autre procédé, lequel introduisait l’acide sulfurique dans la préparation des jus; on annonçait alors que des fabriques travaillant par ce procédé existaient à Cunern et près de Strelieln en Silésie, lesquelles retiraient en sucre de 5 à 6 p. c. de la betterave ; il est permis toutefois de douter de ce rendement, qui n’est atteint aujourd’hui encore que par un très-petit nombre de fabricants. En 4808, M. Ch. Derosne signale l’action contraire de la haute température dans l’évaporation et la cuite du sirop ; ses observations sont consignées dans l’ouvrage de Parmentier sur le sirop de raisin. Le conseil qu’il donne de cuire en petites masses et le plus rapidement possible, fit naître l’invention des chaudières à bascule, qui furent un grand perfectionnement dans l’art de raffiner le sucre. Dans cette môme année 4 808, une nouvelle fabrique de sucre de betteraves s’élevait en France, celle de M. le comte de Scey, à la ltoche (département du Doubs). La graine semée fut celle recommandée par Achard, la blanche de Silésie. On trouve dans les bulletins de la société d’encouragement, mars 4844, un mémoire de M. Derosne, tendant .à prouver que c’était à tort que la commission de l’Institut avait cru devoir exclure la chaux du traitement des jus de betteraves. Il mentionne dans ce mémoire l’opération du clairçage. Dans cette même année 4844, cet industriel, devenu fabricant de sucre de betteraves, applique son procédé de clairçage et l’emploi de la chaux à la fabrication des sucres bruts. En 4842 également, un sieur Bonmatin faisant l’application de ce même procédé par la chaux, parvint par ce moyen à cuire le sirop de betteraves à l'eu nu, en employant des chaudières de cuivre très-épaisses, ce à quoi on n’avait pu parvenir jusqu’alors. Dans cette même année 1812, Howard, en Angleterre, en s’emparant, comme nous l’avons dit, de ce procédé, prenait en même temps une patente pour un nouvel appareil à cuire les sirops, fondé sur un principe jusqu’alors inappliqué dans l’industrie, celui de l’évaporationdans le vide; le vide était produit à l’aide de pompes pneumatiques, et les sirops étaient évaporés à une très-basse température, ce que la science avait pressenti devoir apporter une grande amélioration dans les résultats ; cet appareil, très-cher à sa naissance, fut appliqué dans peu d’établissements ; mais il n’en est pas moins devenu le point de départ des perfectionnements de la partie du travail des sucres qui a pour objet l’évaporation des jus. L’année 1812 doit faire époque dans l’histoire des perfectionnements de la fabrication du sucre de betteraves et du raffinage; M. Ch. Derosne, que nous avons vu déjà se mettre à la tête de la propagation des bonnes méthodes et inventer divers procédés, par une déduction pleine de sagacité, des expériences faites par Figuier de Montpellier, sur l’emploi du noir animal pour décolorer les vins, vinaigres et résidus d’éther, eut l’idée de faire l’application de cette matière au traitement des sirops. Le résultat fut brillant, et dès lors l'agent purificateur du sucre fut fixé. La raffinerie, et surtout la fabrication du sucre de betteraves, vit poindre une ère nouvelle, à partir de cette application du noir animal à la purification du sucre; une grande exploitation de ce produit fut organisée en France par MM. Payen cl Derosne. Ce noir ani- — Xî mal était employé en poudre fine, mélangé dans les chaudières avec le sucre, collé ensuite dans le liquide à l’aide d’un clarifiant et filtré sur des chausses de laine. Le noir animal (os calcinés), résidu alors de la fabrication du sel ammoniac, qui ne trouvait sa place que dans les décharges ou sur les routes, acquit bientôt une grande valeur, et, il y a quelques années, on alla à la recherche des anciens dépôts, pour le déterrer et rendre à l’industrie sucrière une matière qui lui était devenue si précieuse. lin octobre 1813, M. Ch. üerosne publia une instruction qui fut envoyée à tous les fabricants de France de cette époque. A dater de cette découverte, la cuisson des sucres à feu nu, qui avait toujours présenté de grandes difficultés, devint courante dans les fabriques; cependant, en raison de la cherté et de la rareté du noir animal, beaucoup de fabricants, à la tête desquels nous pouvons citer M. Crespel-Delisse (1), préférèrent employer le système préconisé originairement par Acliard, et qui consistait à évaporer les sirops jusqu’à trente-six degrés de l’aréomètre Baume, et à mettre ensuite ces sirops, pour achever leur cristallisation, dans des cristallisoirs placés dans une étuve maintenue chaude. Nous verrons plus tard comment, à l'aide d’une modification dans la manière d’employer le noir animal, un (1) En 1856, cet habile industriel, qui venait défendre au congrès de Douai l’industrie du sucre de betterave contre les symptômes de l’impôt dont il était menacé, nous avoua que le sucre ne lui revenait qu’à 30 centimes la livre, ce qui, soit dit en passant, servit à nous convaincre qu’il était en état de supporter un impôt sans en être accablé. manipulateur habile, M. Julien Dumont, lit faire le dernier pas à celte partie du travail des sucres, -M. Ch. Derosne ne s’en tenait pas à la recherche des tnoyensdepurificalion dessirops ou jusde betteraves; son attention était aussi portée vers les moyens d’évaporation, et, vers la même époque, il se livra à des tentatives d évaporation continue, dans lesquelles les jus et sirops étaient évaporés en couehes minces et ne restaient ainsi exposés que quelques minutes à l’action du feu nu. A ee principe d’évaporation continue, il joignait celui de la Joubk évaporation, par lequel le combustible était économise de moitié. Crs procédés contenaient le germe du plus grand per- iectionnement auquel soient arrivés, par les mêmes mains, les appareils de fabrication au moment ou nous parlons; toutefois il manquait à ces appareils l’application de la vapeur comprimée comme moyen de chauffage; ce furent les appareils de Taylor, en Angleterre, qui, appliqués dans ce pays en 1818, et parvenus en France en 1822, montés d'abord dans la raffinerie de M. Joest, aux Vertus (près Paris), puis dans la fabrique de su cr e de ÏM M. Harpignics, Blanquet etcomp., à Fama rs, près Valenciennes, en 1826, ouvrirent la voie à ce mode de chauffage qui supprimait le feu nu et tous les inconvénients qui en étaient la suite. A cette époque encore, les fabricants se trouvaient divisés en deux camps, dont l’un tenait pour le procédé Achard, c’est-à-dire pour le traitement des jus au moyen de Vacide sulfurique, et l’autre au moyen de la chaux; a la tète du premier était M. Crespel-Dclissc, à Arras, l.e procédé par la chaux avait été repoussé par les savants de France, mais préconisé dès 18011, par Hermstaedt de Berlin. — 54 — En 1815, M. Simeon Dorion, de Nantes, tenta d’importer aux colonies un agent de clarification, dont il lit d’abord un secret, mais qu’on sut depuis être l’écorce de l’orme pyramidal ou theobroma azitwa; après avoir traité avec le conseil de la Martinique pour la somme de 120,000 fr., le payement de cette somme lui fut refusé, son procédé n’ayant pas été reconnu offrir les avantages qu’on en avait d’abord espérés. En 1822, M. Ch. Derosne, considérant qu’une matière clarifiante était indispensable aux colonies pour aider à î’applicalion du noir animal, songea à dessécher un résidu composé presque entièrement d’albumine pure. Cette matière était le sang, séparé de la fibrine, et provenant des animaux abattus dans les boucheries de la ville de Paris; cette dessiccation, pour donner un produit soluble dans l’eau, avait besoin d’être faite dans de certaines conditions. M. Derosne monta une fabrique, s’entendit avec un colon demeurant à Paris, M. Gallard de Zalen, et bientôt ce produit put être livré aux colonies, qui continuent encore aujourd’hui à l’employer. L’application du noir animal continuait à rendre de grands services au raffinage et à la fabrication du sucre, lorsqu’en 1825, M. Dumont, alors raffineur, eut l’idée ingénieuse de changer la manière de l’employer. Jusque- là le noir en poudre fine était mélangé dans la chaudière avec le sucre, où il se mettait en contact du mieux possible, mais son action se trouvait limitée par la quantité même qu’on en pouvait employer ainsi. M. Dumont eut l’heureuse idée de mettre ce noir en une poudre plus grossière, de le ranger dans un libre en couche épaisse, et de faire filtrer le sirop à travers cette couche. Ce simple i / ' l changement, qui ne portait sur aucune matière nouvelle, maisqui changeait simplement la manière de mettre en présence le noir et le sirop, fut un pas immense fait dans l’art de fabriquer et de rafliner le 'sucre. Par ce procédé, on obtint des sirops blancs comme de l’eau, c’esl-a-dire dans le plus grand état de purification. Toutefois , ce procédé languit longtemps ignoré ou peu répandu, entre lesmains de son auteur. Ce ne fut qu’en 1828 que le hasard mettant en présence M. Derosne avec M. Dumont, ce dernier apprit toute la Valeur de son procédé dans son application au raffinage ; une société s établit alors entre les deux inventeurs, à la suite de laquelle le procédé Dumont se répandit dans les raffineries et les fabriques de sucre, où il est devenu aujourd’hui d’un emploi général. l)e nombreuses tentatives furent faites par ces deux messieurs pour introduire ce procédé aux colonies; mais sauf quelques colons qui comprenaient le progrès, la plupart, avec cet esprit de routine qui les distingue, résistèrent à l’évidence, et, tandis qu’aujourd’hui la filtration fait le succès des su creries de betteraves et des raffineries, cest a peine si quelques habitations des Antilles en connaissent 1 usage. C’est ainsi qu’en vivant en dehors de tous progrès, on voit les malheureux colons français se débattre avec un acharnement d’autant plus grand, contre les fabricants de sucre indigène, qu’ils n’en sont venus a les craindre qu’après avoir longtemps méprisé leurs efforts. Les principes d’évaporation dans le vide, appliqués par Howard en Angleterre dès l’année 1812, ne furent pas perdus pour quelques bons esprits; et, bien que les appareils employés fussent l’objet du plus grand secret en Angleterre, ils ne tardèrent pas à être devinés; — a(> — dès 4 8 J G, M. Cellier Blumehthal prit un brevet pour un appareil opérant la cuisson par le vide; en 1827, M. De- grand importait à Marseille un appareil Howard modifié; en 4828, M. Roth en apportait un autre qui, bien que ne présentant aucune idée nouvelle, fut le premier qui commença à s’introduire en fabrique, soit parce qu’il réunissait des conditions de construction convenables, soit parce que les esprits des industriels auxquels on le présentait étaient eux-mêmes arrivés alors à la hauteur du progrès. A partir de ce moment, on vil surgir de tous côtés de nouveaux appareils d’évaporation et de cuite; un appareil à insufflation d’air chaud, présenté par M. Brame-Chevalier, en 4833, n’eut qu’une existence éphémère; l’idée première appartenait à son beau-père, raftineur de Lille; M. Pelletan(l), savant distingué, inventa aussi un appareil à cuire dans le vide, qui, malgré son ingénieuse conception, a beaucoup de peine à se répandre. Il était réservé à ceux qui avaient ouvert la carrière, de la clore d’une manière digne de leurs antécédents. En 4833, M. Cli. Derosne et M. J.-F. Cail, alors associés, imaginèrent un appareil, toujours basé sur l'action du vide, mais dont le système de condensation dif- (1) JI. Pclletan nous écril, en date du 1 er mars, qu’il vient d'inventer un appareil, à l’aide duquel le combustible d’évaporation est réduit à un cinquième de la consommation actuelle, c’esl-à dire qu’il évapore 100 kilog. d’eau avec G kilog. de bouille. Il a, en outre, inventé un appareil dcssiccalcur qui produit de grandes masses de travail avec très-peu de main-d’œuvre et qui ne dépense que 1 kilog. de charbon pour évaporer IG kilog. d’eau. Ce sont là de prodigieux résultats, et M. Pelletait en est bien capable. Nous engageons nos industriels à se mettre en relation avec l’inventeur. — 57 — ferait totalement de tout ce qu’on avait fait jusque-là. Aux immenses masses d’eau froide exigées par les divers appareils mis en usage pour la condensation, était substituée une économie complète de ce liquide, de sorte que la sucrerie placée dans les localités privées d’eau, pouvait travailler avec le même avantage que celle située dans les localités où elle abondait. Les fabriques de sucre de betteraves, avec cet appareil, employant le jus lui-mènie à la condensation, réalisaient une grande économie dans le combustible. MM. Dcrosne et Cail s’étant rencontrés avec M. Dcgrand, dont nous avons parlé plus haut, il y eut arrangement entre eux. Nous aurons occasion de reparler de l'appareil de MM. Dcrosne cl Cail, parce qu’il formait, dans la branche des sucres, la partie la plus saillante de l’exposition. Nous av ons encore à entretenir nos lecteurs, avant de passer à la description des appareils, des efforts qui ont clé faits pour arriver à changer le moyen d’extraction du jus de la betterave. Ce jus a été extrait, de tout temps, de la betterave réduite en pulpe au moyen de la râpe, par la pression exercée par des presses à vis ou hydrauliques ; certains inconvénients attachés à l’usage de ces presses ont jeté les esprits dans une autre voie : celle de la macération ou lixiviation, c’est-à-dire du déplacement du jus de la betterave par de l’eau introduite à sa place dans la pulpe de la betterave. Plus lard, en 1831,arrivèrent les préceptes de M. Mathieu de Dombasle sur la macération, puis les appareils de M. de Beaujeu, suivis des appareils de MM. Martin et Champonnois. En 1835, l’appareil pneumatique de M. Le- (javriand; en 1830, le lévigateur de M. Pelletan ; la meme année, le déplaçateur de MM. Sorel et Gautier, etc., etc. 58 Malgré l’excellence du principe de substitution de l’eau au jus dans la pulpe, qui parait hors de tout doute, nous devons dire qu’aucun des appareils n’a présenté les avantages que l’on recherchait; tous ont offert des dispositions ingénieuses et faisant honneur à leurs inventeurs, niais aucun n’a encore pu fixer unanimement, le choix des manufacturiers. Une autre tentative a été faite en 1837; elle tendait à introduire un changement radical dans la méthode d’opération des sucreries, nous voulons parler de la dessiccation; on a proposé de dessécher la betterave, en la réduisant d’abord à l’état de petits cubes, d’un centimètre à peu près de côté, puis ensuite de lessiver ces cubes desséchés pour en dissoudre le sucre et suivre le reste du travail par les procédés connus. Le fond de ce procédé n’était pas neuf. Le premier qui eut l’idée de ce mode de travail est Margraff, en 1747. En 180(5 ou 1807, Pottling publia une note sur ce procédé, il différait de celui de Margraff en ce qu’il employait l’eau pour lessiver la betterave séchée tandis que Margraff employait l'alcool. En 1807, M. Fougues publia une note sur ce procédé qu’il présenta comme étant de lui. Les avantages que l’on attendait de cette méthode ressuscitée en Allemagne, étaient d’obvier, par un travail de dessiccation qu’on supposait devoir être très-prompt et fait au moment de la récolte, à l’altération de la betterave, et de conserver ainsi la matière saccharine pour travailler toute l’année. On prétend également, par ce moyen, éviter de dissoudre dans les jus sucrés qui en résultent, l’albumine végétale et autres substances mal définies qui sont coagulées par la dessiccation et ne sont plus solubles dans — 39 — l’eau. Cette méthode très-préconisée par M. Schuzenbach, pour l’emploi de laquelle il a monté plusieurs fabriques dans le grand-duché de Bade, n’a pas encore produit tous les avantages qu’on s’en promettait; mais il y a au fond de cela quelque chose qui n’est pas à mépriser: l’essai fait, pendant cette campagne, àViséparMM. Bosch et iVIichiels, leur a donné 6 p. % de sucre, c’est-à-dire * P- °/ode plus avec la betterave desséchée, qu’avec la betterave crue. Dans tous les cas, ce procédé pourrait être avantageusement employé conjointement avec le travail ordinaire. On serait ainsi délivré des silos et de lu main-d’œuvre qu’ils demandent ; on pourrait alors travailler toute l’année, et avec un fort petit matériel, si les paysans s’occupaient du dessèchement partiel dans les campagnes ; il ne faudrait, pour introduire cette industrie dans le pays, que quelques primes accordées par le gouvernement aux premiers cultivateurs qui fourniraient la plus grande quantité de betteraves desséchées. Au premier abord, ce procédé semblerait doubler les frais d’évaporation, car la dessiccation de la betterave n’est autre chose que l’évaporation de l’eau qu’elle contient; et lorsqu’on en revient, pour dissoudre le sucre, au lessivage des cubes desséchés, on se donne à évaporer une seconde quantité d’eau peu différente de la première; mais les avantages (jue nous avons signalés pourraient bien contrc-balancer cet inconvénient, surtout au moyen de la rapide évaporation que M. Pelletan nous annonce. Une autre opération très-importante pour le succès de la fabrication du sucre et du raffinage, après l’appli- calion du noir animal, était celle qui consistait à diminuer la dépense introduite par l’usage de ce nouvel 00 agent. Il fallait trouver le moyen de revivifier ce noir, e’est-à-dire de lui rendre, lorsqu’il avait absorbé toutes les impuretés du sucre, ses propriétés premières. Plusieurs essais, d’abord infructueux, eurent lieu dans ce but j mais tant qu’on s’en tint à vouloir revivifier le noir en poudre fine, préconisé par le procédé primitif de M. Ch. Derosne, on ne put y parvenir, car la matière animale employée comme clarifiant, se trouvait mélangée au noir. Le procédé Dumont, qui ne soumettait plus le noir quà 1 action d’un sirop déjà clarifié rendit possibles les moyens de révivification; plusieurs chimistes ou industriels approchèrent du but d’une manière plus ou moins compliquée : mais la révivification opérée dans un cylindre entièrement ouvert à l’air,’démontra qu’il suffisait d’une température très-peu élevée pour opérer la décomposition des matières végétales qui obstruent les pores du noir par suite de leur absorption, dans l’acte de la décoloration, de sorte que ce procédé de revivification a maintenant fixé les idées d’une manière complète. Nous avons passé en revue à peu près tous les progrès successivement apportés par le temps et par l’application d'hommes savants et laborieux, dans le travail du sucre, depuis l’enfance la plus ignorante jusqu’aux procédés les plus certains qui existent aujourd’hui ; nos lecteurs pourront donc nous suivre avec fruit dans la description des appareils figurant à l’exposition des produits de l’industrie française et qui sont l'expression des idées et des principes les plus avancés que la science manufacturière ait acquis sur ce sujet. Nous suivrons l’examen des appareil présentés à l’exposition d’après l’ordre du travail dans la fabrication. APPAREILS A EXTRAIRE le sucre de retteraVk. ï-èvlgnteur Pcllctiin. appareil fort ingénieux, employé dans plusieurs fabriques et par.quelques bons fabricants, semblait des- bné à résoudre la question d’extraction par lixiviation; l'ais il présente l’inconvénient, dans certaines localités °ù le combustible est cher, de donner des jus à un très- faible degré, ou, lorsqu’on veut obtenir des degrés convenables, il arrive qu’on ne dépouille pas suffisamment la pulpe ; nous avons cependant vu fonctionner le léviga- tcur dans quelques fabriques à la satisfaction des propriétaires, entre autres à la sucrerie de Waterloo. Du reste, en comparant, au goût, la pulpe sortie des presses à celle du lévigaleur, nous n’avons pu y trouver aucune différence. A la sucrerie de Bernissem, on repasse avec avantage la pulpe au lévigatcur; à Waterloo, cet instrument travaille conjointement avec les presses hydrauliques perfectionnées, c’est-à-dire à pression fixe. On a substitué aux claies et aux sacs de toile des plaques de tôle et des sacs de laine : c’est un bon perfectionnement. Déplaçaient* «le MM. Gantier et Sorel. Cet appareil est composé de caisses à fond grillé placées au-dessus les unes des autres, dans lesquelles on met la betterave râpée et destinée à être arrosée d’eau, de manière à la lessiver. Les caisses sont successivement déplacées pour occuper toutes les variétés de superpositions, de manière à dépouiller le plus complètement possible la pulpe de son jus. Cet appareil participe au\ inconvénients signalés plus haut, pour celui de M. Pel- letan, et en outre il présente celui de s’obstruer par les filaments détachés de la betterave qui viennent boucher les pores des toiles métalliques du fond des caisses. Nous n’avons pas connaissance de l’application en fabrique de l’appareil de MM. Gautier et Sorel, au moins sur une grande échelle. IVIacératcur Lorrin. M. Lorrin a exposé un appareil composé de vases en cuivre, espèces de filtres, dans lesquels la betterave est introduite à l’état de pulpe : une filtration d’eau s’établit au travers; les jus faibles sont remontés sur les filtres les moins épuisés, de manière à obtenir le plus de degrés possible ; lorsque les filtres sont épuisés, pour purger la pulpe d’eau, M. Lorrin a imaginé de la faire presser par l’atmosphère. A cet effet il pratique le vide au fond de scs tiltres et il pense que l’air qui presse ainsi est sullisanl pour dessécher la pulpe. Nous ne pouvons rien din de ce système, qui était sans application manufactui ièi < a l’époque de l’exposition. Nous nous bornerons à faut- >< - marquer que cet appareil ne nous parait aucunement exempt des inconvénients signalés dans les appaicdsana logues, celui de l’obturation (le la surface filtrante pai^ les filaments de betteraves, et nous ne voyons aucune raison pour que la densité des jus soit plus grande auu cet appareil qu’avec celui de MM. Gautier et Sorel. Presse eoiiiinnc, de M. Pecqueur. \ ba presse de M. Pecqueur est formée de deux cylindres percés de trous; la pulpe de betterave, forcée par un piston qui la pousse, à se laminer entre ces cylindres, cède son jus qui ruisselle à l’intérieur des cylindres et se rend au réservoir. Gette presse est très-ingénieuse, elle dispense de l’emploi des sacs et des claies nécessités par l’usage des presses hydrauliques; mais elle a l’inconvénient attaché aux presses à cylindre : c’est de n'ètre pas assez énergique. En effet, la pulpe, en passant par cette presse, ne perd à peu près que 50 à 05 pour lOOde son jus, lorsqu’il est possible d’en obtenir jusqu’à 85 p. c. Quelques fabricants ont imaginé de combiner le service de cette presse avec celui du lévigatcur de M. Pellctan, en repassant dans celui-ci les pulpes non épuisées fournies par la première : c’est une double opération qui ne peut con- — G4 venir que dans les localités où le charbon est à bon marché. Modèle» d’appareil» de dessiccation de Ifl. Chaiisscnot jeune. M. Chaussenot s’est occupé d’un four de dessiccation pour la betterave, en vue de l’application du procédé de RI. Schuzcnbach. Ce four peut être convenable; mais nous doutons qu’il y ait jamais lieu à une grande application de cet appareil, qui peut d’ailleurs servir à loute autre chose qu’à la betterave. Rdpcs et pompe» de presses hydrauliques de Cil. Derosuc et Cail. Le travail par les presses et les râpes nous semble un des procédés les plus sûrs : aussi est-ce encore celui que l’on suit généralement. Les succès qu’en obtiennent MM. Crespd-Delisse,Harpi()nies-Blanquet, de Morny, etc., prouvent qu’il ne faut pas se hâter de répudier ces instruments. MM. Ch. Derosnc et Cail paraissent avoir compris la question sous ce point de vue, par le soin qu’ils ont mis à présenter, à l’exposition, ces anciens instruments munis de tous les perfectionnements que leur habileté a su y apporter. — os — Leurs râpes présentent une solidité à toute épreuve; en augmentant le diamètre du tambour et diminuant le nombre des révolutions, de manière à conserver toujours la mente vitesse tangcntiellc, ces constructeurs ont concilié la conservation de l’appareil avec l’exigence de faire de la pulpe line. Leurs râpes, montées sur une platine en fonte, sont à l’abri de ces ébranlements qu’on remarque dans toutes les fabriques, au bout de quelques mois de marche. Ces râpes sont munies de poussoirs mécaniques agissant par des cammcs tracées de telle sorte Hue le sabot est poussé dans tout son parcours avec une 'vitesse égale, ce qui rend la pulpe extrêmement homogène; le retour du sabot se fait d’une manière instantanée aussitôt que la poussée est arrivée à son terme, de sorte que le temps est considérablement ménagé; les poussoirs mécaniques agissant par mouvement de manivelle ou de vilebrequin sont loin de présenter ces avantages (t). Ces constructeurs, multipliant à l’infini les applications de leur ingénieuse machine à rotule, ont présenté à l’exposition une râpe mise en mouvement directement par un moteur qui ne dessert qu’elle, et qui est monté sur la même plaque de fondation formant un ensemble (1) Nous pensons que cctle, râpe pourrait servir de décorateur, c'est-à-dire qu’on pourrait lui donner les vieux bouchons de liège à réduire en pulpe. Cette poussière de liège trouverait un emploi extraordinairement utile pour la composition des matelas de mer et des gilets hydrostatiques; c’est-à-dire que les matelas deviendraient d’excellents instruments de sauvetage, comme ils sont un excellent coucher. Quant aux gilets, il suffirait de les ouater avec de la poudre de liège, piquée entre deux étoffes pour garantir de la submersion celui qui en serait préventivement revêtu. KAl'POBT. 2 . 5 ()() compacte, de telle sorte que te mouvement de la râpe est indépendant de tous les autres mouvements de la fabrique. (les messieurs pratiquent volontiers la division des moteurs dans les fabriques, et visent à les appliquer séparément à chacun des appareils importants à mouvoir; nous savons que plusieurs fabricants tres-éelairés approuvent ce principe de la division du moteur, qui fractionne les chômages et ne force pas à mettre en mouvement une machine de 12 a 13 chevaux pour le service d’une pompe «à eau. Les moteurs de MM. Derosne et Cail sont tellement à bon marché que l’achat des différents moteurs présente une économie sur le prix d’un moteur général, augmenté des communications de mouvement nécessaires. Avec les pompes (le presses construites sur le principe de ht constance dépréssion, on extrait jusqu’à 83 p. c. de jus. Ces presses ont la propriété de se débrayer seules lorsque la pression maximum est atteinte, et de se rem- brayer. également seules et sans surveillance, lorsque, par suite d’écoulement du jus, la pression maximum tend à diminuer; cette propriété est très-importante, puisque, dans les presses ordinaires, une fois embrayées, le jus s’écoule et la pression décroit graduellement ; c’est ce qui explique le plus grand rendement fourni chez M. Crcspel-Dclisse par cet instrument. L’appareil de pompe présenté par MM. Derosne et Cail pouvait desservir quatre presses;à cet appareil était jointe une machine à rotule pour le mettre immédiatement en mouvement. Les connaisseurs en ont remarqué le fini d’exécution. — <>7 — Pompe de prc«i.se à pression constant**, de MM. I»cwilde et BullVt. (.es constructeurs ont présenté un appareil de pompe de presse dans le même système que celui précédemment décrit. *PI»areils d'évaporation et de cuite, chaudières h grilles, de M. Pccqucur. (-les chaudières réunissent de bonnes conditions pour les évaporations; elles opèrent à vapeur comprimée; on peut les considérer comme un perfectionnement des chaudières Taylor; elles sont disposées pour un nettoyage facile et pour éviter les mauvais effets de la dilatation; ces chaudières ont longtemps tenu le premier rang parmi les appareils d’évaporation, lorsque le principe de l’évaporation à basse température n’avait pas encore été admis généralement; M. Pecqueur est d’ailleurs un des plus ingénieux et des plus estimables constructeurs de Paris. Chaudière h double fond cannelé, d'Emcry. Ceschaudières sont une imitation de cellesdcM.Péan; >nais elles nous ont paru compliquées d’un jeu de robi- 5 ’ — 08 — nets que n’ont pas ces dernières. Elles peuvent évaporer^ rapidement, mais, comme tous les systèmes à air libre, elles élèvent la température des sirops et dépensent beaucoup de vapeur. Appareil de M. Pelleta». Cet appareil opère dans le vide en condensant les vapeurs par un jet d’eau froide , ainsi que cela se passe dans les condensateurs de machine à vapeur. Ce qui particularise ce système c’est l’emploi très-ingénieux d’un jet de vapeur qui entraîne l’air ou les gaz hors de l’appareil pour rétablir le vide ; ce jet de vapeur remplace l’effet des pompes à air dans les appareils Howard. Cet appareil, se trouvant en concurrence avec d’autres, est encore peu répandu; mais son principe n’en est pas moins destiné à une multitude d’applications très-importantes. On a déjà essayé de l’employer aux travaux d’exhaustion. Une société parait mcine s’être formée pour son exploitation en grand. On dit que les résultats économiques sont très-satisfaisants. Appareil à double clïVt de MM. Ch. Derosue et Cail. Cet appareil nous semble réunir toutes les conditions auxquelles on puisse prétendre : évaporation dans le — (i!) — \ide à basse température, réduction de toute dépense d’eau froide pour la condensation dçs vapeurs; économie de 5 p. c. dans l’emploi du combustible nécessaire aux évaporations. Cet appareil n’a pas reçu seulement l'approbation des savants ; mais sa supériorité est reconnue par les manufacturiers les plus renommés , et leur conviction n’est l>as uniquement le résultat d’une opinion, elle est basée sur l’usage journalier qu’ils font de cet appareil. Ces manufacturiers, parmi lesquels nous citerons en France, MM. Crespel-Delisse , Harpignies-Blanquet , Ha iHoir, de Morny, Bernard frères ; en Belgique, la raltineric de M. Marncf; et en Autriche, M. F. Robert, etc., etc., sont des juges bien compétents en pareille matière. MM. Derosne et Cad ont, en outre, présenté un appa reil à cuire dans le vide, plus spécialement appliqué au raffinage ; cet appareil, opérant au moyen d’une injection d’eau froide et de pompes à air, est mû par une de leurs machines à rotule. iNous avons à nous féliciter, car c’est un bienfait pour l’avenir de la fabrication du sucre en Belgique, de la détermination qu’ont prise MM. Derosne et Cail, pour faciliter leurs relations avec toute l’Allemagne, de fonder un établissement de construction à Bruxelles: et ils ont été récompensés de cette résolution par une préférence marquée de la pari de nos principaux industriels. Le système de MM. Derosne et Cail vient d'être adopte par les Hollandais, pour les fabriques qu’ils vont établir à Java, où la quantité de canne suffisante pour produire cent livres de sucre n’est vendue aux particuliers, par le gouvernement qui la fait cultiver, qu’au prix de 5 fr. BO centimes; si au lieu de 8 à 9 p. c., l’on parvient à — 70 — retirer 15 à 20 parties de suere de la canne, comme M. Peligot vient d’en démontrer la possibilité, le sucre brut de Java ne reviendra pas à plus de dix centimes la livre au fabricant. Il est aisé de prévoir que Java, où la canne vient parfaitement bien, va devenir un foyer de production considérable; car il n'y a pas de pays au * monde où le travail libre soit à meilleur marché. M. Louis de Jodoigne, ancien capitaine de la vieille garde, qui a couvert de cafiers la montagne du Mérapi, que le sultan de Soolo lui avait louée, nous a conté qu’il y employait 12 à 1,500 Javans, à trois duytcn par jour (environ quatre centimes). La sucrerie de Java sera donc placée dans une bien meilleure condition que celles d’Amérique, qui doivent acheter des nègres à très-haut prix, et qui seront bientôt privées de cette ressource par l'affranchissement. L’industrie du sucre exotique est doue à la veille de se déplacer et de retourner aux lieux de,sa première origine. Nous venons d’apprendre que la dernière récolte a été si mal faite dans les colonies, par l’absence de bras, que le sucre s’est élevé en Angleterre a un schelling et demi la livre. La Belgique eut peut-être bien fait d’accepter les premières propositions de la Conférence qui lui donnaient l’accession des colonies, au moment même où ces colonies venaient d’entrer dans leur phase de production, chance que nous pourrions peut-être indirectement retrouver par une union douanière avec la Hollande. — 71 — Appareil de revivification de Jl. Bouréc. Co_ de la révivification n’était représentée à l’exposition que par le cylindre révivificateur dcM. Bou- rée. Nous devons dire encore que la maison Derosne et (.ail n’est pas pour la moindre part dans cet appareil; car on nous a assuré que, par une coïncidence singulière, M. Bourée avait pris un brevet trois jours seulement après celui de MM. Derosne et Cad, demandé pour le même appareil ; ce qui donna lieu à un arrangement entre les deux inventeurs jumeaux. Ce cylindre l’évivilicateur qui opère à air libre, est maintenant employé dans les premières raffineries. Nous voici au terme de notre revue sucrière. On nous excusera de nous être autant étendu sur cet objet en raison de son importance. Mais les hommes laborieux et persévérants qui sont parvenus à arracher à notre climat, fort peu saccharifère de sa nature, un produit qui semblait être le partage exclusif des zones tropicales, n’onl-ils pas bien mérité de voir leur nom tiré de la mélasse de l’oubli? Jetons en passant un coup d’œil sur l’état de cette industrie dans notre pays. ÉTAT DE LA SUCRERIE EN BELGIQUE (I). Il a fallu que l’on entendit pendant bien longtemps chanter les louanges de la betterave française avant qu’on (1) Nous ne pouvons nous dispenser de dire quelques mots du se décidât en Belgique à croire à la réalité des sucres indigènes; n’en déplaise à ceux qui s’indignent de nous voir tremper dans tout ce qui a pour but l’intérêt de procédé d’extraclion du sucre par la macération que M. Mathieu de Dombasle a, pour ainsi dire, amoureusement couvé dans son sein, pendant de longues années, et qu’il se fait un plaisir et comme un devoir de montrer à tout le monde. M. de Uombasle paraît avoir prouvé à la commission officielle envoyée chez lui, et prouve encore chaque jour, qu’il lire 10 p. °/ 0 de sucre de la betterave par la macération , et malgré tout cela les sucriers qui ne tirent que 4 à U refusent de le croire. Cependant, il se peut que dans l’opération de M. de Uombasle il y ait formation chimique de sucre, comme dans le procédé de KirkolT, pour convertir la pulpe végélale quelconque en matière sucrée, à l’aide d’un acide et de la chaleur, comme nous l’avons déjà dit. En effet, qu’est-cc qu’un verjus, si ce n’est de l’acide et de la pulpe que l’action de la chaleur du soleil convertit en sucre de raisin? Quoi qu’il en soit, M. de Doinbaslc donne ainsi la raison de l’excédant de rendement que les jus de macération présentent sur les jus d’expression. Lorsqu’on travaille par les râpes et les presses, il se forme , aux dépens de la matière sucrée, dès le commencement du râpage, une matière visqueuse qui ne cesse de s’accroître jusqu’au moment où la température du jus est élevée dans la chaudière de défécation à un degré voisin de l’ébullition. La rapidité du travail ne peut arrêter cette altération qui agit avec une activité si funeste, qu’en moins de douze heures la masse du liquide d'expression peut devenir filante et glaireuse. Plus tard, cette substance se combine avec la chaux et donne lieu a une matière insoluble qui forme une partie considérable des écumes et du dépôt qui se séparent au moment de la défécation. Lorsqu’on traite des jus de macération, au contraire, ceux-ci sont exempts de cette substance visqueuse , parce que les tranches de betteraves découpées par le coupe-racine n’ont encore donné lieu à aucun écoulement de liquide susceptible d’altération, lorsqu’elles sont soumises à l’action de la température de l’eau bouil- t / ' — 73 — l'industrie belge, nous ne sommes pas étranger à son introduction parmi nous; car nous avons reçu, en 1833, du célèbre sucrier Crespel-Delisse, la mission d’offrir à (aille qui doit les amortir , et qui agit dans cette circonstance comme lorsqu’on l’emploie à la conservation du bouillon, du lait et île beaucoup d’autres substances végétales et animales. De là, c est- a-dirc de la présence ou de l’absence de la substance visqueuse, vient la différence de rendement de betteraves également riches d ailleurs, dont les jus râpés , pressés et altérés ne donnent que 3 à 8 1/2 p. «j a (] e sucrCj tandis que les jus de macération demeurés purs, produisent 10 p. °/ 0 . Quant à la facilité du travail et à la durée de la fabrication, I expérience de ce qui s’est passç cet hiver à llovillc autorise 11. de bombaslc à assurer, qu’au moyen du procédé de macéra- l ‘on, on peut compter sur 200 jours au moins de bonne fabrication dans l’année, ce qui est considérable. Quelques producteurs repoussent l’emploi des cuviers de dépôt, dans lequel les jus reposent en sortant de la chaudière à déléquer; -11. de bombaslc en recommande au contraire l’usage dont il explique ainsi les résultats. Pendant les deux heures de séjour du jus déféqué dans les cuviers de dépôt à une température élevée, la chaux continue d’exercer son action beaucoup plus efficacement qu’elle ne peut le faire dans le procédé de défécation usité pour le jus d’expression. Le jus se dépouille mieux , parce que les llocons qui nagent dans ce liquide et qui se déposent très-lentement, s’unissent par la force d’affinité à toutes les substances analogues qui se trouvent en dissolution. Quant à la partie trouble des cuviers de dépôt qu’il faut passer sur les filtres de toile, elle contient si peu de matières solides qu’avec le très-petit appareil de filtre Taylor, employé à llovillc , on peut faire passer successivement les dépôts de douze cuviers sur les mêmes sacs, sans que ceux-ci soient emplis de manière à avoir besoin d’ètrc changés. * jtf. de bombaslc termine en disant que, bien qu’il ait dans sa brochure l’égalité enlrc le diamètre cl la profondeur des chaudières et cuviers de macération, il vaut mieux cependant, l’un de nos grands seigneurs sa participation à la création d’une grande fabrique de sucre de betterave (1) sur les frontières de la Prusse; ceci une fois connu, il n’en fallut pas davantage pour déterminer beaucoup de propriétaires à se lancer dans la carrière; l’opinion d’un pareil maître a fortement contribué à déterminer le mouvement, et depuis lors la betterave n’a cessé de progresser. Si nous n’avons pas 380 sucreries comme la France et si nous ne produisons pas 25 millions de kilog., comme elle, nous en possédons déjà 35 qui fournissent de 5 à (i lorsqu’on n’est pas gêné par l’espace, leur donner un peu plus de diamètre que de profondeur, parce que cela facilite le mouvage. Nous publions avec d’autant plus d’empressement les renseignements principaux fournis par SI. de Dumbaslc sur son nouveau procédé de fabrication du sucre indigène, que, nonobstant toutes les prédictions sinistres, cette industrie éminemment nationale est loin d’avoir succombé sous les atteintes de la loi iiscale qui l’a frappée il y a deux ans. Il résulte, en effet, d’un tableau publié par l’administration des contributions indirectes, sur la production du sucre indigène en France depuis le commencement de la campagne 1840-41, jusqu’au 51 mars dernier, que 389 fabriques en activité ont fabriqué 25,302,500 kil. de sucre; que 18,187,915 kil. ont été livrés à la consommation, et que les droits perçus ont produit 2,136,504 fr. D’après le même tableau, il restait en fabrique à la fin du mois de mars 11,217,329 kil. de sucre, y compris les sucres imparfaits, et ceux que contiennent les sirops de mélasses existant en fabrique. On voit donc bien que tout n’est pas perdu, si M. de Dom- basle ne s’est pas trompé, et nous ne le croyons pas. (1) A propos de betteraves, un de nos principaux planteurs vient de découvrir que la feuille de betterave est non-seulement une excellente nourriture pour les bestiaux, mais qu’elle peut aussi être servie sur toutes les tables, en guise de laitue ou d’épinards dont elle a la double saveur. millions de kilogrammes de sucre ; c’est, comme en France, les 5/8 de la consommation totale du pays et les 5/8 de la production exotique (1). H est vrai que le Français consomme 5 kil. par individu, et que le Belge n’en consomme que 2. D’après un rapport récent du comte de Mitrowski, ministre de l’intérieur en Autriche, le nombre des fabriques de sucre de betterave en ce pays s’élève à 56 ; elles produisent environ le tiers de la consommation de l’Autriche. Les Anglais, qui ne veulent pas cultiver la bettera\e, consomment 8 kilogrammes de sucre exotique par individu j mais le Havanais l’emporte sur tout le monde; car il en consomme 27 kil., et n’en est pas plus malade pour cela, ce qui prouve la vérité du proverbe : Le sucre ne fait de mal qu’à la bourse; adage qui n’est d’ailleurs pas applicable sur le lieu de production : puisque le soldat siamois ne coule pas cher, quoi qu’on lui fasse consommer une quanti té de sucre qui nous parai t énorme, ce qui l’engraisse, dit-on, extraordinairement. Nous serions curieux de savoir si ces terribles consommateurs perdent leurs dents de bonne heure; car c’est aussi un proverbe à vérifier que le sucre gâte les dents. On croit qu’il entre encore 16 millions de kil. de sucre brut en Belgique et que nous en exportons 8 à 9 millions. Les colonies françaises, dont la production va toujours croissant, en produisent aujourd'hui 80 millions. Comme il y avait 74 raffineries en Belgique en 1838, (1) La production et la fabrication du sucre sont répandues en l'iance sur 40 départements, lillcs occupent 400,000 ouvriers. O.’est plus que toute la population libre et esclave de scs colonies. 76 la moyenne île leur fabrication ne devait être que de ôoO mille kilogrammes chacune. Le nombre de ces établissements est infiniment diminué depuis la création de la raffinerie nationale qui s'est établie à Bruxelles avec les procédés les plus peîfec- tionnés. Cette fabrique fait un travail énorme dont nous n’avons pu cependant nous procurer le chiffre. Les fondateurs ont pris l’habitude de faire, tous les quinze jours , une vente publique aux enchères; c’est là que viennent s’approvisionner tous les gros marchands de la Belgique; mais la raffinerie nationale s’est interdit scrupuleusement toute autre vente, si ce ne sont les expéditions à l’étranger; son principal écoulement est sur Brème et Hambourg, où il se vend une grande quantité de sucre candi. Nous avons été effrayé, en parcourant celle usine, de voir les innombrables bataillons de formes qui remplissent tous les étages, et surtout les montagnes de pains de sucre qui n’étaient pourtant que le produit d’une quinzaine. Nous demandions s’il n’y aurait pas moyen de se délivrer de tous ces petits pots coniques qui s’égouttent dans d’autres pots ou sur des lits de pains, en claircant directement le sucre, dans les betteraverits, au moyen de sirops blanchis sur des lits de noir animal très-épais, dans de très-grandes formes. On nous répondit que cela était fait et venait d’être breveté, et l’on nous lit voir qu’on avait poussé la chose bien plus loin que nous ne le pensions; c’est-à-dire que l’on fabrique à la main, par le moulage du sucre râpé, des tablettes analogues à celles du chocolat. Ces tablettes sont divisées par entailles d’une livre, d’une demi-livre et d’un quarteron; de sorte qu’on peut les rompre exactement par parties aliquotes , selon la demande et les besoins, sans qu’il soit nécessaire de les peser. Nous avons vu et éprouvé ces tablettes ; le sucre en est aussi éblouissant de blancheur, plus dur et aussi bien cristallisé que tout autre. Voilà certes une innovation des plus remarquables tant pour l’emballage que pour la commodité générale. Nous pouvons donc espérer de voir disparaître ces vi- iains pains de sucre que l’on ne sait par quel bout pren- dre > qui font perdre plusieurs heures à nos ménagères ct exigent un outillage à part, pour être mis en morceaux présentables. Nous ne tarderons pas à voir mouler le sucre en centimètres cubes que l’on pourra détacher de la tablette avec le seul effort du pouce et de l’index. Celte découverte du sucre portatif en augmentera de beaucoup la consommation parmi les voyageurs. Honneur donc à l’ingénieux inventeur du sucre, omnibus ! Noms des sucreries de betterave en Belgique, et nombre présume d'iiectoutres de jus qu’elles travaillent en un jour. Vandenbosch ct comp., à Tirlcinont, Lh.-L'rariçois Claes, à Lcmbccq, Van Volxem, Nerinck ct 0*, à Hal, Vandenbosch, à Ophcylisscm, Le chcv. de Wontors de lïou- chout, à Verlrick, 500 li. Itraba 500 id. 200 id. 250 id. 200 id. / — 78 — Vandenbcrg-Ilinkom, ('.lacs et cornp., Société anonyme, Marnef (1), Greniers frères et comp., Dumont-Gilson et comp., Société de Péruwelz, Société péruwelzienne, Roussel Ernest, Gravis et comp., Faignard-Saint-André, lloyois et comp., .1.-11. Wins et Robettc, .Turis Cavenaile et comp., Despienne et comp., Auguste Ilazard, ‘ Gilcmont et Dupont, filon Quarré, Dumont et comp., Itroquet-Corbisier, Vanhille frères, Société anonyme de Bruges, Baron de Chestrct, Bosch, Michielset comp., De l’ilteurs Hugucrts, Baron de Chcstret, Mellacrts et comp., Société anonyme de la Basse- Marlagne, Baron Sanzeille et comp., Société de Fleurus, à Tirlcmont, 200 Brabant. à Jaucbettc, 200 id. à Waterloo, 300 id. à Wamont, 300 id. à Brugeletlc, 300 Ilainaiif. à Ghercq, 240 id. à Péruwelz, 500 id. id., 200 id. • à Kain, 220 id. à l’éronnc, 180 id. à Saint-Vaast, 200 id. à llauffe, 200 id. à Boussu, 180 id. id., 1 30 id. à Quiévrain, 200 id. à Fontaine-Val mont, 1 ISO id. à Seneffe, 180 id. à Farcienncs, 200 id. à Wayneléc, 220 id. a Ligne, ISO id. à Eessen, ISO Fland. occ. à Ruysselcdc,cn liquidation,id. à Donceel, ISO Liège. à Visé, 400 id. à Ordingcn, 2S0 Limbourg. à Bernissem, 4S0 id. à Saint-Trond, 2S0 id. à Marlagne, 500 Namur. près de Tongres, 2S0 id. à Fleurus, en liquidation. (1) On s’accorde à dire que là fabrique de M. de Marnef est un établissement-modèle, qui se distingue autant par le bon agencement des machines que par l’ordre et la propreté qui y régnent. ) Le total des jus travaillés par jour dans toutes ces fabriques peut s’élever à 8,000 liecl.; 80 lieel. de jus représentent 10,000 kil. de betteraves, et la betterave fournit, terme moyen, 5 1/2 p. e. de sucre brut. • Ces fabriques travaillant pendant cent jours, Tune portant l’autre, mettent donc en œuvre 100 millions de kil. de betteraves, donnant environ 5 millions et demi de sucre*,domine nous l’avons déjà dit; ces betteraves empilées formeraient une niasse équivalente à une des pyramides d’Égypte. Chaque fabrique a coûté, terme moyen, 200,000 fr.; ll0s 55 sucreries auraient ainsi donné pour plusieurs millions de travail aux ouvriers; chaque fabrique oc- eupe en outre 75 manipulateurs par jour, pour le tra- ' figurez-vous une armée de sauterelles, munies chacune d’une arête de poisson qui égratigne la corde en passant ! Quelle mélodie étique et cacochyme ! C’est pourtant de cette ridicule épinette que le grand Balbâtre, organiste de Louis XV I, disait avec emphase à Paskal Taskin, qui venait de toucher, en sa présence, le premier piano introduit aux Tuileries : « Vous aurez beau faire, mon ami, jamais ce nouveau venu ne détrônera le majestueux clavecin! » 175 pianos entassés, cette année, dans les salons de l’exposition, n’étaient cependant que le tiers ou le quart des pianos présentés au jury d’admission. Encore étaient- ils si pressés qu’on ne pouvait les essayer, et souvent pas les ouvrir. Nous n’avons donc rien trouvé de mieux à faire que de visiter les principaux ateliers, et de causer avec quelques facteurs et artistes de mérite : ce qui a suffi pour nous convaincre que les beaux résultats de 1834 n’avaient pas été sérieusement dépassés en 1839. Nous bornerons donc notre revue aux maisons qui tiennent le premier rang dans la facture. Après la multitude de chapeaux pointus et de perruques, ce qui frappait le plus à l’exposition, c’était la multitude de pianos à queue. On ne peut se rendre raison de cc fait si contradictoire avec le besoin des fortunes qui continuent à se multiplier en nombre aux dépens de leur importance, en même temps que les salons de nos élégants diminuent d’étendue : l’amour-propre d’un côté, et l’intérêt de l’autre, sont les causes de ce phénomène. Les petits fabricants, au lieu de s’en tenir aux petits pianos, se sont ingéniés à suivre les traces des Broadwood et des Érard, parce qu’on peut coter un piano à queue 3,400 fr. ; tandis que le prix des pianos carrés n’est que — 1)7 — de 1,500 fr. : différence de 900 fr., bien qu’elle ne soif, en réalité, que de 200 à peine, pour le bois qui s y trouve de plus et la main-d’œuvre de lu courbuu. du côté droit de la caisse; tout le reste, cordes, mécaniques, clavier, est parfaitement identique. Nous avons été singulièrement intrigué de voir des noms d’artistes célébrés accolés aux noms des fabricants ; on nous expliqua (pie tel ou tel artiste s’arrogeait un droit de patronage sur tel ou tel fabricant, que c’était une charge analogue à celle des anciens langueyeurs de porcs de la cour qui s’adjugeaient un quart et même moitié des bénéfices de l’artisan, de sorte que le piano se trouve monopolisé par les pianistes comme le niercuie par Kothsehihl; ce (pii doit nécessairement en doubler la valeur vénale, Cet état de choses intolérable timra par amener une révolte ; les plus habiles professeurs ne sont associés que secrètement avec les fabricants pour lesquels ils font l’article, comme on dit, en sauvant la dissonance. Ceci nous apprend pourquoi les pianos, qui baissent tous les jours de ton, ne baissent jamais de prix, comme tous les autres meubles ou objets de luxe. On fait à Mirecourt, par exemple, des guitares de 20 à 25 francs; celles de Pons en coûtent 500; il y a là des moyennes à la portée de toutes les bourses. Eh bien, si la concurrence pouvait s’établir entre les véritables producteurs, c’est-à-dire entre les hommes qui ont, comme on dit, de la colle aux doigts, on aurait à choisir entre des pianos de 500 à 5,000 francs. Les ventes seraient plus nombreuses et les gains plus souvent répétés. Mais presque tous les fabricants sont inféodés à d’impérieux suzerains qui ne leur permettent pas de transaction avec, l’acheteur. La grande loi d’économie sociale : Les petits 7 lUPPOllT. 2. — 98 profits font les grands bénéfices, sera toujours lettre morte pour les fabricants de pianos, tant que durera leur association, à moins qu’ils ne trouvent un O’Connell qui leur crie : Agitez-vous, agitez-vous pour obtenir le rappel de l'union ! A l’appui de cette intrusion des pianistes dans le commerce des pianos, ou plutôt de cette violation de la ruche industrielle par les bourdons, voici une anecdote qui nous a été contée par un grand seigneur digne de foi : « Pour ne pas enfreindre les lois de l’harmonie, nous appellerons Bémol le pianiste le plus pur de l’époque-qui fréquentait l'hôtel du prince de Talleyrand. Son talent faisait gratis les délices des soirées de l’ambassade j mais associé secrètement à la maison X., il commença par se plaindre, d’abord adagio, des imperfections du piano anglais qu’il avait sous la main, puis il y revint crescendo, et finit rinforzando par lâcher la phrase sacramentelle : «i Mon prince, votre altesse devrait avoir un piano de X., je ne connais rien de meilleur en France ni en Angleterre. » Talleyrand répondit que le sien lui suffisait et qu’au parti que M. Bémol savait en tirer, personne ne se douterait de ses imperfections. L’artiste musicien ne lâchait pas prise et revenait sans cesse sur les défauts du malheureux piano breton. Le prince finit par ne plus rien répondre. Bémol, prenant ce silence pour une adhésion, fit arriver de sa maison un superbe piano à queue, qui fut déchargé à l’hôtel du prince, avec la lettre de voiture et l’acquit à payement ; mais quand M. Bémol se présenta triomphant le même soir à l’ambassade pour l’essayer, le suisse lui remit un billet du prince, conçu en ces termes : « Monsieur, j’avais infiniment de plaisir à vous rece- — 99 — voir comme artiste ; mais, comme marchand, ' ous con cevez que cela devient impossible. » . Un autre pianiste, justement réputé, sétan ai a bricant de pianos, a fait dire de lui ce qu on isai menuisier de Nevers : Voulez-vous des chansons de table? h fait la table et les chansons. Voulez-vous des airs de pianos ? H fait les pianos et les airs. , Nous doutons cependant que la réputation de l’artiste ail gagné à cette spéculation, cpii n’a pas grossi non plus la bourse de l’industriel : l’industrie et la musique sont deux maîtresses jalouses qui ne souffrent pas dé partage. Érard l rr . Sébastien Érard, Alsacien, fut reçu maître facteur de pianos a Paris, vers 1779; il acquit et conserva jusqu’en 1819, une supériorité marquée sur tous ses confrères. Cet habile facteur avait éclipsé tous ses rivaux de Paris en 1807, lorsque Petzold apporta de Saxe une nouvelle mécanique de piano carré, appelée échappement, parce qu’après avoir lancé le marteau contre la corde, il s’échappe de lui-même pour être prêt à recevoir une nouvelle impulsion de la touche< Cette découverte, on le — 100 — conçoit, devait augmenter les ressources de l’artiste; aussi fit-elle révolution dans la facture. Petzold introduisit en même temps les longues tables qui régnent dans toute l’étendue de l’instrument et couvrent la place occupée par les touches et leurs accessoires. Ces pianos étaient excellents; l’harmonie n’en était pas forte; mais elle était agréable. Les sons étaient homogènes d’un bout à l’autre du clavier et possédaient un beau timbre dans les phrases de chant. Une injustice dont Petzold eut à se plaindre en 1825 le tint éloigné , dèpuis ce temps , de toutes les expositions. Heureusement que sa fortune et sa réputation, bien établies toutes deux, le placent au-dessus du besoin de faire de la divulgation. Mais cet habile facteur eut longtemps à lutter contre la routine. On accusait ses instruments d’avoir des sons sourds, sans portée et sans mordant, et sur lesquels, disait-on, il était impossible de faire nettement les traits rapides, sans confusion ; mais chaque artiste trouve aisément une expression de louange pour le facteur qu’il patronise, et s’évertue à chercher une expression de décri plus ou moins saillante contre les autres. Ainsi le mot de nasillard fut souvent lancé contre la qualité de son des anciens pianos d’Érard, et au plus fort de sa vogue, le célèbre chanteur Hordogni s’écria, en essayant un de ces instruments : « Ze ne sais , ma cet outil cante de la gorze. » On sait avec quelle rapidité des mots de ce genre font fortune à Paris, et combien ils nuisent à la réputation de l’industriel qui en est atteint. Le meuble sur lequel nous écrivons ceci fut un des beaux pianos d’Érard, frères : il porte la date def 1804, et il est encore bon... pour serrer nos papiers. — 101 — L’homogénéité des sons, le timbre prolon„e, ei 1 ^ sion franche, vibrante et tour à tour sua"s e et puiss , réunissant à une solidité parfaite un clavier d une o sauce entière et dont toutes les parties fonctionnel! s perte de temps ni de force : voila les qualités que doit chercher dans un piano, et c’est ce que pas un leur consciencieux ne saurait avouer avoir souven i en contré à son entière satisfaction. Ki'ard II. ^e ne lut que lorsque son établissement eut pris un Peu d importance que Sébastien appela son frère Jean à Paris. Les pianos de leurs contemporains Merken, Zimmer- man, Armand B tanche t, Freudenthaler , Roller père, Sys- termans, Bressler, Eiulrès, Schmidt (I), etc., n’étaient que des copies plus ou moins heureuses des innovations faites p.u les frères Érard. Les ateliers de ces derniers étaient a eux seuls plus considérables que tous ceux de leurs confrères ensemble. Ils ont même fondé une fabrique à Londres. Mais la maison de Paris était tombée en décadence entre les mains de Jean Érard, qui dirigea seul les ateliers de Paris de 1815 à 1825. Érard II faillit perdre la dynastie. • (1) Schmidt était mécanicien , c’csl à lui que la France est redevable du perfectionnement qui consiste à tailler en biais la hache de la guillotine. — 102 — Comme beaucoup de vieillards qui ne croient pas au progrès, Jean s’entêtait à conserver les doubles marteaux, lorsque tous les facteurs avaient adopté avec raison l’échappement de Petzold ; et quand il fut obligé d’y arriver, il s’y soumit de mauvaise grâce et le lit mal ; ses contre-pointes étaient aussi fort mal placées sur ses chevalets. Jean, qui ne faisait que deux à trois cents pianos par an, eut beaucoup à souffrir de la maison de Broadwood, qui en fabriquait l’énorme quantité de 15 à 1800 ; car les Anglais ne font pas les choses cà demi. Un jour Broadwood disait devant les Roller que Tom- kisson, son ancien concurrent, avait pour ainsi dire abandonné la partie, attendu qu’il ne faisait plus que cinq pianos par semaine. « Comment ! s’écria le fils Iloller, jnais nous étions bien fiers dans le principe quand nous en faisions dix par an. « Dis donc quand nous en faisions cinq! » reprit le père, avec sa prononciation et sa naïveté germaniques. On conçoit que de pareils aveux qui, du reste, sont vrais pour la plupart de nos industries, relativement à celles de la Grande-Bretagne, sont bien faits pour exciter l’orgueil national des Anglais, et leur pitié à l’égard des pauvres continentaux. Aussi mistress Trollopc l’a bien dit : Il n’y a pas de brasseur à Londres qui ne se croie l’égal d’un roi du continent. i- Érard III. A tout seigneur, tout honneur. Voici le facteur des princes qu’un journaliste a appelé le prince des facteurs : Facteur des princes, parce que ses instrumens sont d’un haut prix, entre autres ce magnifique piano à queue, en noyer sculpté, orné de peintures sur fond d’or, qui ne saurait figurer convenablement que dans un palais; Prince des facteurs , parce qu’en effet ses pianos à queue sont d’une puissance, d’une intensité et d’une pureté de sons admirables, et peut-être à cause de la munificence avec laquelle il sait traiter les grands artistes. Sa barre métallique a été une idée excellente; nous avons remarqué un très-bon piano trapèze, dont la qualité de son est supérieure à celle des pianos carrés les mieux soignés. Ses pianinos n’ont rien de bien neuf et ses pianos ovales ne sont qu’une tentative pour satisfaire aux goûts les plus excentriques. Les harpes à double mouvement de cette manufacture sont encore sans rivales en France, comme en Angleterre, surtout celles de la fabrique de Londres, que l’on regarde comme la perfection même. Pierre Erard a relevé la maison qui devait toute sa gloire au génie de son oncle Sébastien, dont il nous a montré le portrait avec un religieux respect. Nous avons parcouru avec soin l’immense fabrique d’Ërard, des caves aux greniers; nous avons monté et descendu des centaines d’escaliers ; car cette fabrique est un monde qui n’a pas été créé du tout à l’usage des pianos. Nous finies observer à M. le chevalier Erard, 104 — qu’il était impossible de surveiller les travaux d’un atelier si mal disposé; mais il nous répondit que ses ouvriers travaillaient presque tous à la pièce, à l’exception de quelques vieux serviteurs de confiance. M. Erard, qui prenait la peine de nous accompagner en personne, faveur dont nous n’ignorons pas la valeur, enleva d’un clavier et nous fit voir le nouvel échappement qu’il applique maintenant à tous ses pianos carrés et h queue.Le système a pour but de pouvoir répéter la note aussi vivement que l’on veut, sans qu’il soit besoin, comme dans tous les autres échappements, que la touche remonte à son niveau, et, ce qui est remarquable, avec une énergie égale. Nous avouons que cette dernière prétention nous a semblé un peu hasardée, bien que M. Érard soit un homme froid qui n’a pas la moindre apparence d’être enthousiaste de quoi que ce soit. A voir ce mécanisme en détail et la fragilité apparente de plusieurs de ses parties, nous n’avons pu nous défendre d’une certaine inquiétude sur sa durée et sur la difficulté de trouver, loin des grandes villes, un ouvrier ( assez habile pour l’entretenir ou le réparer au besoin, surtout dans l’intérieur de la France, où la mécanique n’est guère plus avancée qu’en Égypte. Mais c’est une grande justice .à rendre à Erard III, de pouvoir dire qu’il est parvenu à faire oublier toutes les fautes de son père, et à reprendre le dessus parmi tant de réputations qui avaient eu le temps de grandir pendant la régence de Jean, deuxième du nom, de la dynastie des Érard. — 105 — Pape. Voici un véritable producteur; c’est le soldat devenu maréchal de France. Pape est du petit nombre des chefs de manufacture qui peuvent dire : Omnia mecum porto ; aussi, ouvriers, confrères, artistes, gens du monde, tous ont applaudi à la haute récompense que le gouvernement aurait dû, depuis dix ans, lui accorder, ainsi qu’au laborieux ltoller; mais Pape est son aîné; on lui devait la préférence. Pape fit ses premières armes en Angleterre et vint s’établir à Paris en 1815. Il commença par introduire l’échappement anglais des pianos à queue , dans les pianos carrés qui ont toujours été plus en vogue en France qu’ailleurs. Pape contribua puissamment à délivrer la France du tribut énorme que prélevaient sur elle l’Angleterre et l’Allemagne, du chef des pianos. Il a été longtemps le seul facteur en réputation, pour les grands pianos à queue. Ce qui prouve la fécondité de son génie, c’est le nombre de ses brevets d’invention qui s’élève à près de cinquante, tous portant sur quelques perfectionnements de son art; mais dont la plupart, tout en paraissant de peu d’importance aux yeux des gens du monde, n’en sont pas moins autant de pas nouveaux vers la perfection. Sa garniture de marteaux avec du feutre a été généralement adoptée, sans qu’il aitjamais exigé un liard de ce chef, ni de celui d’aucun de ses autres brevets; par une espèce de délicatesse mal entendue, 1\I. Pape s’est imaginé de se faire un litre d’honneur d’un brevet — loti — d’invention qui n’est pour tout le monde qu’un monopole temporaire, destiné à faire rentrer, s’il est possible, le titulaire dans ses frais d’expérience ; mais l’invention de Pape que nous avons le plus admirée est sa scie à débiter un cylindre en spirale ; par exemple, il est parvenu à scier une dent d’éléphant, en partant de la circonférence pour arriver au cœur, de manière à en tirer une tabled’ivoirede 15pieds de long sur2pieds de large. Les peintres en miniature, qui avaient jadis tant de peine à se procurer des tablettes grandes comme la main, doivent se trouver bien heureux de la découverte de Pape ; nous qui avons longtemps souffert de ce mal, le manque d’ivoire, nous aurions volontiers baisé la mule de cet excellent Pape, lorsqu’en 1854, nous aperçûmes un de ses pianos recouvert en entier d’une seule feuille d’ivoire; nous devinâmes à l’instant que ce qui intriguait tout le monde ne pouvait être que le produit d’un outil, dont par un hasard singulier, le plan était tombé entre nos mains, après avoir été présenté à notre ministère pour être breveté. Mais ce brevet a été refusé comme tant d’autres, ce qui empêcha celte admirable machine de s’établir chez nous, par la raison fort naturelle que tout le monde était libre de la faire. Itien ne serait cependant plus avantageux que de scier en spirale un arbre d’acajou, pour en obtenir des feuilles de plaqué presque sans lin, connue du papier à la mécanique. A vrai dire, nous ne concevons pas la raison qui met obstacle à la vulgarisation de cet instrument, dont nous avons publié le plan dans notre journal l’Industriel de 1,829 ; nous le recommandons à l’attention des directeurs de notre grande scierie mécanique qui ne reculent pas devant les améliorations qui leur sont signa- — 107 — lées (1). Nous apprenons cependant que M. Pape s’est décidé à mettre en usage sa scie hélicoïde pour le débit de l’ivoire et des bois précieux; les bois indigènes eux- mêmes débités de la sorte présentent des racinages symétriques d’un admirable effet. Le brevet de Pape, datant de 1827, est sur le point d’expirer; nous n’avons pas besoin de recommander à tous les ébénistes de se ruer dessus. Ce qui fit le succès de Pape, ce fut de prendre le contre-pied de ce qu’on avait fait jusqu’à lui; il avait sans doute lu quelque part ce quatrain attribué à Ronsard : Tout à Rome, si mal en va, Que je voudrais qu’il se trouva Du PAPE qui cuiderait faire, , Pour aller mieux, tout le contraire. Les inventeurs savent qu’après s’être épuisés inutilement à chercher une solution dans un sens, la réussite (1) Nous croyons devoir donner un aperçu du système de la scie à spirale, que tout le monde comprendra facilement : imaginez une scie plate ordinaire, dont la lame, posée horizontalement, reçoit sur place un mouvement de va-et-vient très-court et très- rapide , imprimé par un arbre légèrement coudé. Au dessous de cette scie on dispose un tronçon d’arbre cylindrique porté sur un axe, on soulève ce bois à débiter jusqu’à ce que la scie soit tangente à sa circonférence, et on la met en mouvement; un contrepoids placé sur une poulie contraint l’arbre de se présenter à la scie, avec une vitesse graduée par un système d’engrenage combiné à cet effet. Un encliquetage fort simple soulève les coussinets de l’arbre, à mesure qu’il diminue de diamètre; la feuille sciée passe par dessus la lame de la scie et va s’étaler sur les dalles de l’atelier. Le premier mécanicien venu doit être en état d’exécuter, d’après ce simple aperçu. — 108 — a souvent été complète en prenant le problème à l’envers. C’est ce qui a fait dire à certain philosophe, que tous nos us et coutumes auraient besoin de subir une révolution entière. Par exemple, il voudrait qu’on votât les lois à la minorité , attendu que jamais on n’a trouvé en défaut l’aphorisme de Salomon : numerus stul- torum est infinitus. Les sots depuis Adam sont en majorité. Pape, imbu de cette vérité, se sera dit : La majorité depuis longtemps frappant les cordes par-dessous, je veux les frapper par-dessus ; j’aurai ma mécanique sous les yeux et sous la main ; quant à la table d’harmonie, elle résonnera aussi bien par-dessous que par-dessus. Voilà l’idée primitive, l’idée simple par laquelle on aurait dû débuter; mais c’est une fatalité qui semble inhérente à notre hémisphère, de partir du compliqué avant d’arriver au simple. On dirait qu’il en est autrement dans l’hémisphère austral, car tout ce qui se fait en Chine, par exemple, en matière d’industrie'et même de législation, est frappé au coin de la simplicité la plus naïve et, par conséquent, du bon sens. Ce frappement des cordes en dessus existait déjà dans tous les pianos droits, et Pape n’a fait que l’appliquer aux pianos horizontaux. Le clavier de Pape occupe le haut de la caisse et met enjeu les marteaux, qui font l’effet d’autant de baguettes suspendues au-dessus des cordes, et renvoyées dans celte position par de légers ressorts ; cette disposition est sans contredit la plus naturelle et par conséquent la meilleure : mais comme elle offre quelques difficultés — 109 — aux accordeurs, ces messieurs lui déclarent la guerre. Les premiers pianos de ce genre étaient un peu difficiles à jouer, parce que l’enfoncement des touches était plus grand que dans les pianos ordinaires; mais M. Pape eut bientôt remédié à ce défaut, par une légère correction des dimensions du levier. Sous le rapport de l’exécution et de la solidité, les instruments de cette grande fabrique qui occupe plusieurs centaines d’ouvriers, dans la ruelle Pelée et dans la rue des Bons-Enfants, ne laissent rien à désirer. Les sons de Pape sont harmonieux et parfaitement homogènes. Nous n’avons à critiquer chez ce facteur qu’une manie coûteuse, c’est de vouloir déguiser le piano en étagères, en guéridons, en consoles, en tables rondes, ovales, hexagonales, etc. Mais puisqu’il les vend, c’est qu’on les veut. Le piano n’est pas un meuble à dissimuler; il n’y a pas d’affront, comme on dit, à posséder un piano au naturel. Ce n’est pas le cas de ce fabricant de meubles qui, nous montrant un prie-Dieu de sa composition, susceptible de se transformer d’un tour de main en un coquet secrétaire, nous disait naïvement : Avec cela, monsieur, on ne risque jamais d’être compromis quand on vous surprend à prier. M. Pape a l’esprit fort inventif ; il a imaginé un moyen de compléter l’accord de ses pianos par une vis de pression qui appuie sur les cordes, entre le premier et le second sillet ; mais nous aurons un jour à parler d’un système bien plus complet, découvert par M. Sax fils, à Bruxelles ; il ne s’agit de rien moins que de faire monter ou descendre le diapason de l’instrument tout — 110 — entier, d’un seul tour de vis, la pression agissant proportionnellement sur chaque corde ; nous parlerons aussi de l’invention plus importante encore de AI. Sax père, qui s’occupe d’un piano dont l’accord doit être permanent. AI. Pape a réduit de plus de moitié le nombre des frottements de son mécanisme, et il a disposé ses châssis de manière à opérer un effet de compensation ; c’est lui qui a trouvé le moyen de redresser une partie des touches qui étaient auparavant coudées de 2 ou 3 pouces. Il a aussi remplacé la garniture de cuir des marteaux par les garnitures en feutre dont nous avons déjà parlé; mais nous n’en finirions pas, si nous voulions parler de tous les brevets de AI. Pape, il faut laisser un peu de place aux autres : les Anglais ont adopté sa disposition oblique des cordes dans les pianos droits; il s’est fait rendre justice de ce chef au patent-offi.ee et les contrefacteurs se sont arrangés avec lui. AI. Pape tient un dépôt de ses pianos à Bruxelles. Roller et Blanchct. Nous sommes convaincu que le piano droit, auquel cette ancienne maison doit sa réputation, finira par éloigner les pianos horizontaux de la plupart des salons, comme le piano carré à échappement a remplacé le piano à chasse-marteaux, qui faisait cependant les délices de Dusscck à la mort du majestueux clavecin, comme un repas médiocre fait les délices du voyageur affamé. # Le piano droit fit sa première apparition à l’exposition de 4827; ce meuble est élégant, symétrique, il n’a qu’un mètre de hauteur sur deux décimètres d’épaisseur ; aussi a-t-il été regardé comme une bonne fortune dans les quartiers fashionables de la capitale, où la valeur de l’espace est d’un prix exorbitant. Un mètre carré vaut aujourd’hui 4,000 fr., ruelVeuve-Vivienne ; le coin du café Tortoni s’est vendu 9,000 fr. la toise, et 7,000 un peu plus haut. On se récrie à Bruxelles, quand le pied carré se vend 7 à 8 fr. Mais revenons aux pianos droits, qui nous ont surpris par l’ampleur, la portée lointaine et le mordant de leurs sons ; c’est que le son n’est pas proportionnel, comme on pourrait le croire, à la dimension des tables de résonnance, car il faut encore que ces tables puissent être mises en vibration. La guitare, par exemple, a moins de son que le violon, bien que ses tables aient plus d’étendue. Nous entrerons plus tard dans le développement de cette curieuse théorie qui paraît avoir été perdue pour tous les facteurs, depuis les Amati, les Stradivarius, les Guarnerius, et les Steiner, et qui vient heureusement d’être retrouvée par M. Sax. Le piano droit a ses cordes placées diagonalement, de sorte que les bases ont toute l’étendue dont elles ont besoin ; 1 epianino, dont les cordes sont perpendiculaires , ne jouit pas de cet avantage : ce n’est qu’un piano vertical rapetissé, et dont les cordes graves sont trop exiguës pour n’être pas pauvres de son ; il est vrai que cela suffit dans un petit appartement. L’échappement de lloller a cela de particulier qu’il fonctionne dans la touche à laquelle il n’est pas attaché, au lieu de fonctionner dans la croix du marteau ; il y a dans ce système une instantanéité et une énergie extraordinaires. On conçoit tout le parti que peut tirer un artiste d’une obéissance aussi entière; rien ne peut l’entraver dans le cours de ses inspirations; Louis Adam., le Nestor des pianistes de France, disait du piano de Roller et Blanchet : Quand je suis assis devant un instrument de ce genre, je m’identifie tellement avec lui que j’oublie qu’il y a un intermédiaire entre la musique et moi. Roller et Blanchet sont tous les deux fils de maîtres et Parisiens. Ils ont élevé leur manufacture au premier rang avec tous ouvriers français, et ils ont cru pouvoir se dérober au joug que les artistes influents font peser sur la généralité des facteurs; il faut espérer que ces courageux Spartacus mettront de la persévérance dans leur révolte, et qu’ils appelleront les membres de la confrérie des luthiers non sur le mont Aventin , mais aux Vendanges de Bourgogne, ou au Cadran Bleu, pour aviser aux moyens de ne plus nourrir gratis l’estomac exigeant de messieurs les artistes et professeurs. et il a raison jusqu’à un certain point de purisme mutile j mais le cardinal Mezzofanli en connaît 50, et notre frère puîné en professe 14. Or, il en est des sciences comme des langues et de la richesse : plus on en u, plus il est aisé d’en acquérir. Nous ne sommes donc pas plus étonné, quand on nous parle d’un homme universel, que d’un millionnaire. Nous en douterions seulement si on nous le montrait tous les jours au café, au théâtre ou à l’estaminet. Ce n’est pas là non plus que nous avons rencontré le célèbre architecte dont nous allons parler. IM. Lepère se mit un jour en tète d’empècher son piano de se discorder; il commença par attacher des poids convenables à chacune de ses cordes; mais 200 fois 15 kil. faisaient trois tonneaux pendus à son piano; c’était bon, mais c’était ridicule; il en faudrait le triple, aujourd’hui quelles cordes sont trois fois plus grosses qu’à l’époque de son expérience. Après bien des essais, M. Lepère s’arrêta à une idée simple : il substitua au poids réel un fort ressort armé d’une aiguille, imité des romaines ou pesons que l’on emploie encore pour peser le lin, le foin et autres marehan- 8 " 44ü dises, surtout à Lyon où tout le inonde a sa romaine en poche, même les cuisinières qui s’en servent pour vérifier en un clin d’œil le poid du beurre, du poulet, ou du fruit qu’elles achètent. Lepère associa Itoller à ses travaux pour appliquer son système aux pianos modernes. Il ne pouvait s’adresser mieux : le génie sait flairer le génie. Roller est modeste comme un homme qui sait, et il est le juge le plus sévère de ses propres œuvres. Nous avons vu deux de ses pianos, l’un à queue, à deux cordes ; et l’autre vertical unicorde, muni de ses appareils. Ayant été discordés à dessein, nous avons vu une dame et une jeune demoiselle remettre les aiguilles sur leurs points de repère, et l’accord redevenir parfait : Voilà sans doute une jolie découverte qui fera époque dans l'histoire des instruments à corde, quel que soit le sort qui l’attende. M. Chailliot fils s’occupe de l’appliquer à ses harpes; s’il nous délivre ainsi des ennuis de l’accordage, Dieu soit loué! car nous n’avons plus l’oreille turque (1). Nous pensons que l’on n’obtiendra un résultat complet de ces régulateurs qu’aulant que le piano sera tendu de cordes homogènes en fer ou en acier, sans cuivre ni laiton : car ces différents métaux, s’impressionnant diversement sous la même température, il doit en résulter -des variations inégales. Mais avec des cordes de même (1) On conte qu’un envoyé turc sous l’empire , assistant pour la première fois à l’opéra, prêta la plus grande attention au charivari que font les musiciens pour se mettre d’accord. Vient ensuite l’ouverture après laquelle on demande au Turc comment il trouve ce morceau : Je préfère le premier, dit-il. métal toutes les aiguilles varieront simultanément et l’ac- eord sera conservé. La dilatabilité du fil de fer est de 0,001,233 ; celle du laiton est de 0,001,878, et celle de l’acier de 0,001,079, pour cent degrés centigrades. On voit qu’il est urgent de n employer qu'un seul métal, et M. Lepère, qui a si bien calculé la dilatabilité des bas-reliefs de la colonne Vendôme, ne peut qu’approuver celte indication. On conçoit que le plus beau service à rendre à la mu- s, que, serait un moyen simple et infaillible de conserver I accord du piano ; nous sommes fier de pouvoir annon- ce, ‘ au monde harmonique que M. Sax père l’a décou- vt ‘ï't, et qu’il vient d’obtenir un brevet pour ce mécanisme que nous n’avons pas encore vu ; mais comme jamais M. Sax ne nous a flatté d’une découverte sans tenir parole, nous y croyons. Ainsi le piano discord, ou plutôt le piano faux (1), qui est le choléra des musiciens et des amateurs, finira par disparaître de nos concerts, comme la lèpre est disparue de nos hôpitaux. L’objection la plus sérieuse qu’ait fait naître le mécanisme de Lepère, c’est que l'attaque énergique des cordes risquait de les soulever du sillet mobile sur lequel (1) On confond généralement dans le inonde les mots discord et faux. Le piano, taux est celui qui présente des tons impraticables , des tons mal coordonnés : la diflicullé est évidemment de s'arranger pour que les demi-tons ne soient ni diatoniques, ni chromatiques ; ils doivent être égaux avant tout ; mais aussi moyens entre ces deux espèces. Il est impossible, sans cette condition, que la touche noire puisse, dans tous les tons, servir simultanément de dièse pour la touche blanche qui la précède, et de bémol pour la touche qui la suit en parcourant le clavier du grave à l’aigu. — 118 — chacune d’elles est appuyée, ce qui pouvait occasionner un frôlement désagréable. Mais la tension des cordes est telle, qu’il faudrait une force quintuple de celle dont le plus vigoureux pianiste peut disposer, pour que cet effet fût à craindre. Les cordes de ce système ne subissent aucune torsion, car elles sont tendues par une vis de rappel, et non par une cheville. Il en résulte qu’on peut en quelques minutes baisser le piano d’un quart de ton et le remettre à son diapason ordinaire, quand on le désire. Roller avait tracé sur les ressorts du piano unicorde dont nous venons de parler, une ligne qui permettait de le baisser d’un quart de ton juste. Il y a plaisir d’inventer quelque chose à Paris : les premiers encouragements viennent toujours de la famille royale c’est la princesse Clémentine qui a voulu avoir le premier unicorde. C’est la maison Pleyel qui s’est empressée d’acheter la première licence. Elle avait même exposé un pianino pourvu de l’appareil Lepère. Le breveté vend ses ressorts de I fr. 25 à 1 fr. 50; les facteurs belges pourraient donc s’en procurer aisément; mais nos sociétés pianifères sont malheureusement tombées en deliquium , comme dit l’abbé Sibire, sous les coups de l’agiot hébraïque et du bois vert. Il y a, parmi les pianistes de Paris, un aveugle nommé Montai qui fabrique ses pianos lui-mème; ce qui a fait dire à un journaliste : qu’à deux pas l’un de l’autre se trouvaient un artiste privé de la lumière, qui avait fait un piano superbe, et un sourd qui accordait le sien lui- même. Un jour que Montai causait, à l’exposition, avec plusieurs de ses confrères, il se prit à dire que la vue était 11 !) — plutôt un obstacle qu’un secours pour le musicien. « Ah ! oui, je comprends, reprend le neveu de Dusseck; c’est comme le sansonnet auquel on crève les yeux pour qu’il chante mieux. » Ces mots, prononcés avec l’accent allemand de Neukom, ont couru tous les salons de Paris 5 mais personne 11’a voulu essayer de la recette de Montai. On ne se fait pas une idée de l’ardeur avec laquelle les fabricants recherchent la faveur étrange de fournir les pianos qui servent dans les concerts; ils les donneraient, et les donnent quelquefois gratis aux artistes qui consentent à les employer. Ainsi, quand vous lirez au bas d’un programme cette ligne obligée : La piano sort de telle fabrique, il 11e faut plus dire : Qu'est-ce que cela fait? Car cette ligne a peut-être coûté bien cher à des gens qui se ruinent à force de succès de cette nature. Quand Thalberg vint donner son premier concert à Paris, Erard et Pleyel, qui l’avaient reçu avec une égale courtoisie, réclamèrent avec une égale insistance l’honneur de fournir le piano. Thalberg 11e crut pouvoir se libérer qu’en jouant alternativement sur les deux instruments que ses deux amphitryons avaient fait apporter, et qu’en répétant les mêmes morceaux sur chacun d’eux. Le bon Thalberg croyait ainsi ne pas faire de jaloux; mais, au lieu d’un il en lit deux. Il ne connaissait pas sans doute ce joli distique de Al. Lesbroussàrt : Malheur à qui caresse avec un soin égal, l,a chèvre catholique elle chou libéral. — 120 — Pleyel et compagnie. S’il est un heureux choix de noms harmonieux, celui de Pleyel devait appartenir à une famille de musiciens. Pleyer, en vieux saxon veut dire le joueur. Les anciens Pleyel étaient organistes; ce nom a toujours fait sur notre oreille l’effet d’un prélude, comme celui de Kalk - brenner, son associé , l’effet d’une fausse quinte : c’est pourtant de leur accord plus ou moins parfait que naquirent ces belles et bonnes imitations de Broadwood, causes de leur prospérité actuelle. Ignace Pleyel, le père, qui composait de si délicieux quatuors et des sonates si chantantes, ne fit guère que de mauvais pianos , quoiqu’il en jouât fort bien lui- même. II y a une trentaine d’années, que Pleyel, mécontent de son commerce de compositeur et d’éditeur de musique, s’établit fabricant de pianos sur le boulevard, à la place même occupée aujourd’hui par le Gymnase dramatique. Ignace Pleyel éprouva , comme cela devait être, tous les déboires qui attendent un manufacturier étranger à l’industrie qu’il embrasse. Obligé de s’en rapporter a ses contrc-maitres, chaque fois qu’il en changeait c’étaient de nouveaux plans, de nouvelles idées, de nouveaux essais à faire. Et les essais sont autant de loups qui dévorent les industriels. Ce qui soutint ce fabricant contre vent et marée, ce fut le patronage des familles anglaises auxquelles il avait le privilège de louer ses pianos tels quels : on peut dire, — 121 — a la louange des Anglais, qu’une fois qu’ils ont adopté un magasin ils y restent fidèles. Pleyel a eu jusqu’à 200 pianos en location, à 20 fr. par mois, ce qui lui donnait une recette mensuelle de 4,000 fr. ; avec un revenu pareil, on peut attendre les événements ; ils lui furent d ailleurs très-favorables ; Camille Pleyel, son fils, s’étant rendu à Londres, y apprit ce qui manquait à son père, et revint avec Kalkbrenner accompagné d’excellents ouvriers et muni de sommes suffisantes pour fonder à Paris une manufacture sur l’échelle des Broadivood et des Tomkmon. Il est impossible de mieux copier qu’il ne le fit, mais *1 ‘1 eu sa velléité d’inventeur, et nous a donné le piano Hnicorde et ses tables d’harmonie doublées en acajou fiites sans pores : véritable hérésie d’acoustique dont il ne parle plus aujourd’hui. M. Pleyel, par son activité et sa haute intelligence, a fini par établir la fabrique la plus considérable de France ; il occupe 300 ouvriers et fait 1,000 pianos par an. Ses produits sont remarquables par la solidité, par l’égalité et la qualité moelleuse des sons; il a fait construire un atelier rue Rochechouart, entièrement approprié aux convenances de son industrie. M. Pleyel a osé, celte année, lever l’étendard de la rébellion et secouer le joug des professeurs de musique, il ne vend plus qu’à prix fixe. Si celte résolution eût été [irise de concert par les quatre premiers manufacturiers de Paris, la révolte serait devenue générale et la facture eût conquis sa liberté. Mais on craignait généralement qu’il n’eût fort à souffrir, seul contre tous. Cependant les dernières nouvelles qui nous arrivent, annoncent une amélioration dans 122 — sa vente. Puisse-t-il être aussi heureux que Lelièvre à Mazagran, et forcer ses Arabes à lever le siège de sou atelier. Le jury avait suivi, cette année, un mode fort rationnel de comparer les pianos entre eux; on avait couvert les noms, et l’oreille seule prononça ses jugements dans l’ordre suivant : PIA'IOS CARRÉS A 3 CORUES, PIA.VOS A QEEl’E : H H. Érard, Soullcto, l’Icyel, Kriegclstciu cl i’Iautade, lloisselot, de Marseille , Roselcn. Érard, l’Icyel et Kriegclstein, Woircl, l’ape, (îaidon , llcrz. Pour le piano droit à cordes obliques, lürard vint encore en première ligne pour l’intensité du son; mais il est nécessaire de dire que tous ses pianos étaient d’un modèle un peu plus grand que ceux de ses concurrents; et quelques pouces de plus sur la longueur des cordes ne sont pas sans influence sur l’intensité du son. Dans les pianos carrés à deux cordes, Pape eut le premier rang; dans les pianos droits et les pianos à cordes verticales, ce furent Pleyel et Schoen qui l’emportèrent. II est à remarquer que beaucoup d’autres considérations ont dû guider le jury dans la distribution de ses récompenses. M. Mercier, élève de M. Roller, a inventé le double élouffoir qui prend la corde en dessus et en dessous et arrête complètement les vibrations. M. Côte a inventé un étouffoir qui permet de n’étouffer que le son d’une des deux cordes de chaque louche, pendant qu’on ac- ■123 — corde l’autre. Koska a inventé un système de marteaux qu’on peut enlever et replacer à volonté. Cluseman, tirard, Pfeiffer, Pape et Roller, ont fait des essais différents avant pour but de faciliter raccordement des pianos par d’autres moyens que la cheville, mais sans en obtenir un succès bien décisif. Cause de In sonorité dans» les pianos. Lu même piano peut avoir beaucoup ou peu de son, s liealslone, qui a pris une patente en Angle- "y,*?; — 142 — Son inventeur n’en retirera probablement que du vent; il nous semble que le gouvernement devrait faire pour lui ce qu’il a fait pour Daguerre ; car c’est un reste de barbarie, que notre siècle devrait secouer, que de laisser les inventeurs de belles et bonnes choses périr de misère. Nous croyons avoir déjà dit que,'dans l’antiquité, l’on tuait les inventeurs; qu’au moyen âge on leur crevait les yeux; que sous Richelieu on les mettait à Bicêlre, et qu’aujourd’hui on se croit civilisé, parce qu’on se contente de les mettre à l’amende des brevets d’invention. i. Bientôt on les dispensera de toute punition peut-être ; | mais quand les récompensera-t-on? C’est à cé signe seulement que l’on reconnaîtra le siècle des lumières dont le nôtre n’est encore, hélas ! qu’un triste crépuscule. Orgue Oesfonrncanx. Voici un homme qui a pris un bon parti à l’arrivée du mélophon ; c’était de le combiner à l’orgue, au moyen de deux claviers. On dit des merveilles de cette combinaison que nous n’avons pas eu le plaisir d’entendre ; mais comme ces deux instruments peuvent marcher à l’aide d’un même soufflet, nous ne doutons pas que cet lerre pour un instrument analogue, nous assure que M. Leelcrq, son compétiteur, a déclaré devant le magistrat que son mélophon n’avait pas une corde. — 145 — accouplement ne soit d’un grand secours aux compositeurs, et d'un grand effet pour la musique d’église. Adrolioc tic ni. Pari*. T°ut le monde sait ce que c’est que l’accordéon que I on manie comme un petit soufllct. M. Paris a pense que les doigts seraient plus utilement occupés sur un clavier, et il a fait une boîte carrée dans laquelle il souffle avec un tuyau flexible. Cet instrument imite, à vous faire fuir, le hautbois nasillard. La petite languette métallique vibrante, dans une espèce de petite fenêtre, est la base de tous ces instruments. Cette invention, qui date d’une vingtaine d’années en Europe, est d’origine japonaise; elle est décrite, dans le Voyage de Siebold, comme appliquée aux tuyaux des petites orgues de bambou dont il donne le dessin. Le hautbois, la flûte traversière, le flageolet viennent aussi du Japon, ainsi que la grosse caisse et les timbales, comme le galoubet, les gongs et les cymbales viennent de la Chine. Orgues. La fabrication de ces instruments gigantesques s’en va decrescendo, et finira par disparaître entièrement, depuis les découvertes nouvelles qui produisent des sons aussi puissants, à beaucoup moins de frais, qu’avec ces espèces de cheminées à vapeur qui s’élèvent de 32 jusqu’à 64 pieds, et dont on remplacera plus tard, par de la décoration, la majestueuse garniture. Un fervent amateur de Bruxelles, M. Mecus-Woulers , a trouvé le moyen de produire avec un coffret en bois, de trois ou quatre pieds de long sur trois ou quatre pouces de large, des sons pareils à ceux des plus grandes bombardes. Il a exécuté Iui-méme un orgue qui réunit tous les jeux possibles dans un espace de quelques mètres carrés : il y a des cors, des trompettes, des flûtes, etc. quatre personnes peuvent trouver place sur son immense clavier. M. Abbey, rue Saint-Denis, n“319, à Paris, avait exposé un buffet d’orgue contenant 2,014 tuyaux. M. Carvaillé- Coll en avait exposé un autre contenant seize jeux différents, et M. Daublaine un de vingt-six. L’église de Saint-Denis va posséder le plus grand orgue de France dont la bombarde a 32 pieds. Mirecourt a aussi sa fabrique d’orgues. M. Lelé en a fait une sans buffet. C’est lui qui parait avoir adapté le premier les jalousies à l’orgue, pour faire varier l’intensité du son. Mais ce qui nous a le plus intéressé, c’est l’orgue milacor, combiné de telle sorte, par un curé de campagne, que le premier venu peut le toucher sans savoir jouer et sans pouvoir produire un seul accord faux. Cet instrument est excellent pour une église de village où les paysans pourront être pris à la corvée pour accompagner le service divin (1). (1) A propos d'ell'ets d’orgue, nous avons connu un musicien — 14K — Flûte. La flûte traversière parait être un des plus anciens instruments connus. Il a dû prendre naissance dans le pays des bambous; et bien avant qu’on sût forer un mor ceau de bois sur le tour. La flûte japonaise, dessinée parSicbold, n’est encore aujourd’hui qu’un bambou creux percé de sept trous el d’une embouchure placée comme la nôtre. Les Égyptiens avaient aussi la même flûte, mais sans clef (1), car il a fallu deux ou trois mille ans pour inventer la première clef; du reste on s’en est bien dédommagé dans ces derniers temps. On ne se figure pas avec quelle difficulté les clefs ont d’un talent fort original, nommé Alphonse Mcurgcr, lequel, étant organiste à Reims ou à Douai, s’est fait renvoyer pour avoir improvisé, un vendredi saint, après un sermon ténébreux sur la fin du monde, un orage qu’il termina en coupant une corde qui retenait une énorme jalousie, formée d’une centaine de planches échelonnées jusqu’à la voûte. Le fracas épouvantable produit par cet éclat de foudre renversa la moitié de son auditoire , qui se croyait à sa dernière heure. Plusieurs femmes en furent malades, et d’autres en devinrent folles : il appelait cela un effet d’harmonie. C’est le même individu qui s’est fait passer pour mort à Bruxelles, en 1828, pour échapper à scs débiteurs, sans doute. (1) Un voyageur a fait cadeau à M. Tulou d’une flûte chinoise où se trouvait, entre les trous et l’embouchure, une ouverture portant une membrane de vessie de poisson , qui résonnait comme nos mirlitons ; c’était une sorte de basse continue qui donnait du fond à l’harmonie ; nous engageons nos facteurs à faire quelques essais de ce genre. KArrour. 2. 10 — 146 — été adoptées; l’anecdote suivante en donnera une idée. Quand le jeune Cardon, de Bruxelles, entra au conservatoire de Paiis, il avait apporté une flûte de l’Anglais Potier, à trois clefs, nécessaires pour corriger les deux notes les plus maigres et les plus fausses de la flûte ordinaire. Eh bien, ses maîtres lui défendirent de s’en servir : les intrépides conservateurs regardaient cette utile addition comme une innovation dangereuse. Quand, au milieu d’un morceau d’ensemble, un bon fa ou un bon sol dièse se faisait entendre, le professeur apostrophait M. Cardon et faisait recommencer le passage; car une bonne note jurait au milieu des mauvaises, . comme un homme de talent au milieu de médiocrités. Il est plus constitutionnel d’imposer silence à l'homme supérieur, de .l'expulser même, que de s’en prendre à la majorité qui fait loi et dont il vient troubler l’heureuse harmonie. Ceci donne la véritable explication des difficultés que rencontre un esprit d’élite, pour prendre place dans une corporation de nullités, à moins qu’il n’use de la recette de Sixte-Quint et qu’il ne joue l’infirme aussi adroitement que lui. La nature semble avoir fait le bambou pour le tailler en flûte. Il présente exactementla conicité intérieure nécessaire; les six trous percés selon l’écartement naturel des doigts, correspondent à peu près aux nœuds des vibrations de la colonne d’air, et l’éloignement du trou d’embouchure correspond à la place exigée pour donner plus de grâce et d’aisance au musicien. Et, qui plus est, les trous sont à peu près ce qu’ils doivent être pour être sentis et fermés hermétiquement par l’extrémité des doigts. — 147 — •1 y a beaucoup de fabricants de flûtes en France; parce qu’il est très-aisé de faire de mauvaises flûtes; M. lulou, qui les perce aussi bien qu’il en joue, (iode- froid ainé, qui le suit de près, et Buffet (ils, se sont le plus distingués dans cette fabrication. Le village de la Couture, département de l'Fure, le dispute ensuite à Mirecourt, petite ville des Vosges. Nous ne parlerons pas des flûtes en cristal de notre cousin Laurent, elles sont assez connues et nous tenons à ne donner que du neuf, car il y en a plus que jamais au monde, quoi qu’on en dise. La flûte de Bochm, de Munich, que tout le monde imite c n France, et que le capitaine Gordon lui dispute, est une invention heureuse sous le rapport de l’intensité et de la pureté des sons que cet artiste lui a fait acquérir, en élargissant les trous. Mais elle change complètement l’ancien doigter; ce qui en rendra l’adoption longue et difficile, et la mettra hors de cours, dès que M. Sax aura fait paraître la sienne. Cet artiste connaît par expérience le danger que court un facteur à construire un instrument qui sort du doigter ordinaire ; car il avait fait un basson juste et sans défaut, pour l’exposition de 4825 à Harlem ; il avait divisé les tons et percé les trous à leur place, et non d’après l’écartement des doigts, comme cela existe sur l’ancien ; il avait mis des clefs là où des doigts iic pouvaient atteindre : mais quand il le présenta aux professeurs, ils lui répondirent : « Votre instrument est excellent; mais, croyez-nous, metlez-le au grenier; car personne ne voudra changer ses habitudes, ni refaire son éducation musicale, pour votre bon plaisir. » H en est de la musique comme de la médecine; les allopathes ne voudront jamais abandonner l’ancienne 10 ’ — 148 pharmacopée pour se remettre sur les bancs de l’homreo- patliie. Il faut qu’une génération de médecins ou de musiciens disparaisse avant qu’un système nouveau soit accepté. Il en est ainsi de toutes les inventions. C’est pourquoi la durée de la propriété intellectuelle est trop limitée par la loi des brevets. La flûte compte aujourd'hui 12 clefs qui embarrassent le doigter, nuisent à la sonorité et ne remédient guère aux vices primitifs de cet instrument, car la moitié à peu près des notes sont encore fausses, et l’on ne peut exécuter un trille sur 10 d’entre elles sans inquiélcrles oreilles. La flûte de Boehm est mieux divisée que l’ancienne; mais voici que les tons les plus faciles sur l’ancienne deviennent les plus difficiles sur celle-ci, et vice versa. Comme nous l’avons déjà dit, M. Sax fait une flûte qui ne changera presque rien à l’ancien doigter et dont tous les tons seront également sonores, également justes. Ce qu’il y a d’heureux dans l'idée de Boelun ne sera pas négligé, et nous aurons enfin une bonne flûte,chose plus rare qu’on ne le pense. Car ce petit instrument de 22 pouces, percé coniquement sur les deux tiers de sa longueur, doit donner 127 bonnes notes et 12 gammes en différentes modulations. i\I. Sax fils nous a confié un projet de flûte qui n’aurait rien de commun avec la flûte ordinaire, puisque celle-ci pourrait soutenir un son pendant la cadence d'une autre note; ce serait un perfectionnement de la syringe ou de l’nnliquc flûte de Pan armée de clefs. \ous avons assez longtemps croque les notes sur la flûte (1) pour croire à ce qu’annoncent des facteurs aussi (I) Nous (tonnerons, en passant, un bon conseijaux jeunes gens — H!) — habiles que MM. 8ax, auxquels il suffit de présenter un tube, épais ou mince, cylindrique ou conique, droit ou courbe, pour que, le compas à la main, ils vous marquent a 1 instant, la place où l’on doit les percer pour tomber sur les nœuds de vibration. C est aussi là le secret qui leur permet de renverser, de changer et d’améliorer continuellement, sans tàtonne- foules les especes d’instruments dont il leur plail de s’occuper !\I S * 1 • pere nous a dit un mot fort clair sur la divi- !Slon ^ es instruments à vent : c’est que la colonne d’air contenue dans un tube quelconque, se corniste et comporte absolument comme une corde vibrante de même longueur, sauf à tenir compte des modifications exigées lus tubes coniques, renflés ou diminués, la qualité et les dimensions des parois, etc. M. Sax nous en a donné une preuve évidente et matérielle, sur une flûte percée d’une vingtaine de grands trous qui donnaient la gamme chromatique la plus exacte et la plus pleine «pie nous :, yons jamais entendue ; ces trous avaient été percés du pi’emicr coup, sans tâtonnement, sur les divisions de son compas j il en est résulté pour nous la conviction que fia*, par imilaliou cl sans disposition naturelle, se livrent à la musqué , conseil qui nous eût épargné bien des peines, s’il nous eût °té donné à temps. C’est qu’il faut être né pour la musique; le travail et la persévérance n’y peuvent rien, sans quoi nous serions un des premiers instrumentistes du monde, puisque nous avons payé des maîtres pendant huit ans, sans parvenir à déchiffrer une demi- mesure en avant de celle où nous n’étions arrivé que la sueur au front. Aussi admirons-nous par-dessus tout les pianistes qui lisent quatre lignes à la fois, les teneurs de livres en partie double , et les danseurs qui ne s’embrouillent pas dans une contredanse. ISO — M. Sax possède la loi des vibrations d’une manière infaillible, et que les trous les plus grands donnent les tons les plus pleins. En forçant le souffle, sa flûte octavie deux ou trois fois avec la plus grande justesse. La note, lancée par les lèvres dans un tube, obéit sans aucun doute à la même loi que le boulet qui sort d’un canon ; les battements de la note sont tracés symétriquement aux battements du boulet dans le canon ; et nous ne douions pas que M. Sax ne puisse marquer du premier coup sur une pièce d’artillerie, le lieu et le nombre des battements de la note de fer qui s’en échappe sous le vigoureux coup de langue de la gargousse. On connaîtra de la sorte si une pièce relèvera ou baissera dans son tir. La même règle musicale servira à déterminer la longueur du canon des armes de chasse, selon qu’on désire avoir un fusil qui écarte ou qui serre son plomb; de nombreux essais ont été faits par d’autres et par nous- mênie, en rognant un canon de fusil de pouce en pouce, sans pouvoir découvrir autre chose sinon qu’un pouce de plus ou de moins faisait serrer ou écarter le coup; mais nous en ignorions la loi, quenous venonsseulcment de découvrir. Harpe» et piano-viole. La harpe disparait : on ne la trouvera bientôt plus que pour mémoire dans les tableaux et les trophées. Un mot a suffi pour la décrier : la harpe rend les jeunes filles contrefaites, a dit un pianiste, et la peur a saisi les mamans, et l’on s’est jeté sur le piano. D autres causes encore ont contribué à sa perte, da- bord le goût de la musique bruyante qui domine aujour- d hui, et puis 1 ennui causé par le désaccordemenl in- eessaut de ce treillis de cordes, plus hygrométriques les unes que les autres. 11 y aurait cependant un moyen bien simple de les mettre à l’abri des impressions de 1 humidité ; ce serait de les enduire de caoutchouc ou d un autre vernis élastique. Nous avons proposé depuis longtemps une lorme nouvelle de harpe, qui n’aurait plus le défaut de faire déje- ler les jeunes personnes, qui serait plus portative, moins embarrassante et plus facile à pincer. Ce serait une colonne tronquée , autour de laquelle on attacherait des cordes. Cette colonne serait placée en face de l’exécu- •anl; il passerait une main à gauche et l’autre à droite, de manière à rencontrât aisément toutes les cordes. Le mécanisme des pédales serait établi dans l’intérieur de la colonne qui servirait de table d’harmonie : il y aurait, de la sorte, équilibre dans la traction, puisqu’une moitié des cordes contre-balancerait l’autre. Il y a une trentaine d’années que Lupot avait imaginé de faire des cordes harmoniques avec des lils de soie réunis par une matière glutineuse. Aujourd’hui, M. Na- veau, place Saint-Sulpice, en présente un assortiment complet. Ces cordes ne cassent jamais, et, à l’exception de la chanterelle, elles remplacent avec avantage les cordes à boyaux, surtout celles de la harpe, de la guitare et du piano-viole dont nous ne parlerons pas, bien que nous ayons été son parrain; mais comme il ne grandit pas, et qu’il ne iigurait pas à l’exposition, nous croyons de- — 152 — voir le ranger dans la catégorie des loups qui ont aidé à dévorer les économies de MM. Dietz et Licldenthal. Il , n’appartiendrait qu’à M. Sax d’en faire quelque chose de lion, en lui appliquant son moyen de tenir l’accord. Clarinette. La clarinette, ainsi nommée sans doute, parce que sa note est claire et nette, prend une extension considérable dans l’harmonie; mais elle a ses défauts comme les autres instruments, scs deux natures de son et scs canards. Elle n’a eu fort longtemps que trois clefs; plus tard il lui en vint douze ; Muller la compléta en lui en donnant treize; puis advint M. Sax lils a#hé, qui lui en appliqua vingt-quatre, il y a quelques années. Mais nous préférons son invention récente que le célèbre Bender et nos plus habiles exécutants n’ont pas hésité à adopter. Ils nous en ont fait un grand éloge, parce qu’il n’y a presque rien de changé au doigter ordinaire, parce que les notes sourdes ou maigres de l’ancien instrument sont devenues aussi sonores que les autres ; parce que les sons aigus s’obtiennent aujourd’hui avec une pureté et une facilité très-grandes, par le placement d’une petite clef tout près du bec; parce ([lie les cadences, autrefois impossibles, sont devenues très-aisées; parce qu’enfin la clarinette de Sax fils n’a plus deux natures de son, et (pie l'embouchure en est beaucoup moins fatigante. M. Buffet, de Paris, a fait l’application du système de la flûte de Bochm à la clarinette ; plusieurs notes du medium ont acquis de l’ampleur ; mais le doigter, entièrement bouleversé, exige une éducation nouvelle qui s opposera longtemps à la vulgarisation de la clarinette Buffet. Qu’on ne s’étonne pas de nous voir entrer dans de tels détails; c’est que l’apparition d’un instrument nouveau, ou perfectionné, est un événement aussi important dans le monde musical, que la découverte d’une couleur dans le monde pittoresque. Les artistes musiciens n’étant pas littérateurs, il y a rarement quelque chose de publié s ur leurs travaux , tandis qu’il ne se fait pas une sou- I ,a Pe, pas une observation sur la vapeur, sans qu’aussi- lot la littérature technologique les répande au bout du monde. On nous pardonnera donc de mettre cette question au courant des autres , en précisant ce qui existe aujourd’hui en fait de facture. Clarinette alto eu mi bcinol et clarinette basse en si bcinol. La clarinette basse est aussi ancienne que la clarinette ordinaire ; mais elle était si défectueuse qu’on l'avait presque entièrement abandonnée. .MM. Buffet et Dacostn ont eu beau l’équiper des treize clefs de la clarinette ordinaire; comme ils n’en avaient pas changé la division d’après les exigences des dimensions de la colonne d’air, elle ne rendait qu’un son maigre et inégal. M. Sax fils a reconnu le vice et a réussi à le corriger ; il lui a suffi d’ouvrir un petit trou, grand comme une tète d’épingle à un certain endroit qu’il fallait trouver, pour faire parler admirablement le haut et le bas de son instrument, destiné désormais à devenir le mentor des orchestres. Nous devons ajouter que M. Sax (ils est d’une grande force comme exécutant sur la clarinette en général : une fois sur la voie, il s’est attaqué à la clarinette contre-basse en mi bémol qu’il a portée, du premier coup, au même degré de perfection que les autres. Clarinette bourdon eu si bémol (1). En suivant la même route, M. Sax a fait un bourdon d’une octave au-dessous de la clarinette basse : on peut leur adapter à toutes une pièce qui fait baisser ces instruments de trois tons. Dans le sens inverse, la plus haute clarinette connue est celle en mi bémol, qui n’est que d’une quarte au-dessus de la clarinette ordi- (1) La clarinette contre-basse en cuivre qui se joue avec un bec ordinaire et dont nous avons entendu le premier modèle est une chose vraiment prodigieuse; voici en quels termes en parlent les journaux : M. Sax fils vient d’inventer une clarinette contre-basse en cuivre ; après le tonnerre, c’est bien la plus puissante basse qui existe; ses sons ronds, pleins, vibrants, remplissent entièrement l’oreille et satisferont l’appétit musical le plus glouton ; ce n’est plus un filet, un ruisseau, c’est un fleuve d’harmonie qui coule à pleins bords. Le Saxophone est le Niagara du son. naire : M. Sax en a fait une en si, c’est-à-dire d’une octave au-dessus de la clarinette ordinaire. Il est certain cju’avec ces instruments de toutes tailles , on peut exécuter des harmonies concertantes et l’on ne dira pas d’eux ce qu’on a dit de la llùte: que deux flûtes étaient plus ennuyeuses qu’une flûte. Voilà la famille des clarinettes aussi complète que la famille des violons. La petite en si bémol, celle en mi bémol et la clarinette ordinaire en si bémol, tiendront la partie des violons dans la symphonie ; la clarinette en mi bémol tiendra l’emploi de l’alto ; les autres feront le 'ioloncelle, la basse et la contre-basse. Qu’on ne s’effraye pas de l’énorme quantité d’air qu il faut dépenser dans ees grandes clarinettes; c’est une erreur de croire qu’il en faille plus pour l’une que pour I autre ; il s’agit de faire vibrer la colonne d’air, et non de la déplacer, comme on se l’imagine à tort. Réflecteurs du sou. M. Sax fils a imaginé de donner aux instruments à vent des réflecteurs comme on en a donné à la lumière. Puisque le son se comporte comme la lumière, on peut le diriger vers les auditeurs au lieu de le laisser rayonner à travers l’espace. On met un abat-jour sur les lampes, on peut bien placer un abat-son sur les instruments dont le pavillon est dirigé vers 1 le ciel, et un répereu- leur à ceux qui se dirigent vers la terre : c’est ce qu'a tait M. Sax avec le plus grand succès. Nous avons aussi proposé de couvrir l’orclieslre des théâtres , de manière à pouvoir diriger, au besoin, la musique par de larges conduits, doucement coudés, soit derrière, soit sur les côtés de la scène. On atteindrait ainsi, et à l’aide de vantaux, des effets d’éloignement et de rapprochement tout à fait fantastiques. Ce serait la perspective appliquée à lu musique. Il ne faut pas croire que les ondes sonores s’entremêlent cl s’affaiblissent dans les conduits. Un facteur d’Amsterdam avait exposé en 1850, à Bruxelles, un orgue expressif construit sur ce principe ([lie nous avions déjà semé dans la presse. Nous avons aidé cet artiste à placer ses mille pieds de tuyaux de zinc dans les salles de l’exposition. Le pavillon de cet énorme cornet acoustique débouchait dans la salle du musée de peinture. Les specla leurs entendaienteertainement beaucoup mieux la musique à cette distance que celui-là même qui jouait de l’instrument. Nous avons fait assez d’expérienccs sur la transmission du son dans les tubes pour ne pouvoir assigner aucune limite à sa portée, et c’est une conviction pour nous que toutes les villes de l’Europe seront liées un jour entre elles par des tubes acoustiques qui leur permettront de correspondre de vive voix , à raison de 537 mètres par seconde : nous croyons devoir placer en note la relation des expériences que. nous avons faites dans le but de perfectionner le télégraphe téléphonique, elles ont été trouvées assez curieuses pour éveiller l’attention de plusieurs grands physiciens, et s’il se trouve parmi nos lecteurs quelques personnes assez riches de temps et d’argent pour les continuer, nous leur offrons volontiers le résultat de nos essais et de nos observations. Nous ajoutons que rien n’est venu jusqu’ici ébranler notre conviction dans la possibilité de transmettre le son à des distances incommensurables (1). (1) depuis longtemps on avait fait la remarque que le son se propageait sans affaiblissement sensible à (les distances considérables, a tiavers Pair contenu dans des tubes cylindriques, mais on n’a jamais essayé d’en trouver le terme. bette propriété conductrice n’a pas clé ignorée des anciens : les prêtres égyptiens, au rapport d’Hérodote, la mettaient à profit dans leurs mystérieuses initiations : les temples d’Ammon et de belphes, l’antre de Trophonius, les arbres de la forêt de Do- 00 pieds de soudés, que je m’aperçus qu’il fallait élever la voix pour être entendu, même assez faiblement. ,1e pensai que la position circulaire des tubes était la cause de cet accident, et j’en fis placer un pareil nombre en ligne droite dans une des allées du jardin botanique; mais à mon grand étonnement, les sons rectilignes n’arrivèrent pas sensiblement plus loin que les sons curvilignes. .le mis alors sur le compte du petit diamètre des tubes qui avaient moins d'un pouce, ce nouvel incident ; je pensai même que ces petits tubes pourraient bien être capillaires pour le son et s’opposer à sa libre transmission ; c’était une nouvelle erreur. Le directeur du gaz cul la complaisance de mettre à ma disposition quinze cents pieds de tuyaux en fer fondu de deux pouces d’ouverture ; je les fis placer à côté de mes tuyaux de plomb, et à ma grande surprise, le son ne se transmit guère qu’à environ six cents pieds; il est vrai que ces tubes n’étaient ni vissés ni serrés à KM'l'ORT. 2. Il — 462 — soit en descendant, donne tous les changements de ton désirables. Cet instrument est encore inconnu en France ; il a effrayé les fabricants par son apparente complication. Rien de plus simple cependant et de plus collet, mais simplement rapproches et calfatés avec de l’argile. En ces conjonctures, je m’adresse à vous, monsieur, pour vous faire part de mes essais et vous demander quelques renseignements sur les vôtres, ainsi que votre opinion sur les causes qui s’opposent à Id’Véu'ssitc matérielle , alors que tous les calculs sont si favorables A cette idée. Serait-il encore vrai, cette fois, que la théorie la mieux basée en apparence, vint échouer contre la pratique? J’ai l’honneur d’ètrc. Réponse de M. IUot. Nointel, par Clermont-Ol.ie, le 0 décembre. Monsieur, Je vous remercie de m’avoir communiqué vos expériences sur la propagation du son dans des tuyaux cylindriques ; le but d’utilité que vous semblez vous proposer, et la connexion de ces expériences avec celles que j’ai faites, me font considérer comme un devoir de vous répondre sans retard. Dans mes expériences, les plus faibles sons, la voix la plus basse ont été transmis sans affaiblissement sensible à la distance de 9S1 mèlrcs, et comme je l’ai dit dans mon mémoire : le seul moyen de n’être pas entendu à cette distance, c’eût été île ne point parler du tout. Vous, au contraire, dans des épreuves multipliées, vous avez à peine pu propager des sons très-forts à une distance beaucoup moindre, ou s’ils ont pu y parvenir, ce n’a été qu’avec un extrême affaiblissement. De là, vous concluez que la théorie la mieux basée en appa- — 403 — utile que cette disposition, origine des instruments a piston et à cylindres qui parurent en 1826 , deux ans après l’émission du cor omnitonique. De 1 Allemagne, es instruments à piston passèrent en France, par les soins rcncc, vient échouer quelquefois contre la pratique; cette conséquence, vraie en général, ne me parait nullement applicable au cas actuel ; car il n’est pas question de théorie dans les faits que j ai observés, et il ne s’en agit pas davantage dans les vôtres. C’est donc dans la différence des conditions sous lesquelles ces faits se sont produits, qu’il faut chercher leur apparente opposition. D’abord, le diamètre des tubes doit probablement y avoir beaucoup d’influence. Secondement, les courbes et retours de tuyaux ne paraissent pas devoir produire les différences qui se trouvent entre vos résultats et les miens ; dans les expériences que j'ai faites, il y avait de pareils retours. Troisièmement, les tuyaux sur lesquels j’opérais étaient individuellement assez longs, et surtout ils étaient établis dans un aqueduc où ils étaient seulement soutenus de distance en distance par des supports de pierre qui les isolaient d'ailleurs complètement du sol, , (Quatrièmement enfin , aux heures de la nuit où je faisais mes expériences, la rue située au-dessus de l’aqueduc était presque toujours complètement calme; aucun bruit ne s’y faisait entendre, aucune voiture n’y passait. Ces deux dernières circonstances me semblent devoir exercer une immense influence sur les résultats; je ne peux mesurer l’influence de la dernière (’) ; quant à la précédente, on s’en rend bien compte. Si les tuyaux ne sont pas isolés du sol par des supports rares, perpendiculaires à leur longueur, les vibrations de la colonne aérienne devront se communiquer aux masses onviron- (•) D'après les expériences faites dans l’atelier dont j’ai parlé, au milieu de bruits de toute espèce, il y a tout 4 crolrequecette cause ne peutexercer aucune influence dangereuse sur la réussite; fl n'en est pas de même quant 4 l'isolement des tuyaux. If — 404 — «le Spontini. Il suffit de comparer l’artifice du dernier trou de la coulisse du cor omnitonique avec celui du piston, pour voir que l’un est fils de l’autre. Pour faire son cor omnitonique, M. Sax prit le ton le liantes et s’affaiblir en s’y transmettant, jusqu’A bientôt s’éteindre. Je suppose que les deux dernières causes déterminent principalement la différence de vos résultats et des miens. Sans vouloir toutefois exclure la dimension des tubes , cherchez à les bannir et parvenez à entendre par le seul fait de la transmission parfaite, car, si vous devez grossir le son primitif par suite des obstacles que sa transmission éprouve, ils seront toujours plus forts que lui. Je recevrai avec plaisir, monsieur, toutes les communications que vous voudrez bien m’adresser à ce sujet, et je serai toujours empressé d’y répondre. J’ai l’honneur d’Clrc, BIOT. Mire de M. Francoeir. Monsieur , Je reçois votre lettre du 2 de ce mois, et je m’empresse d’y répondre; les expériences que vous avez faites sur la conductibilité du son ont beaucoup d’intérêt, elles méritent d’être connues et je me propose de leur donner de la publicité. Je les communiquerai demain à la Société philomathique. Quant à l’expérience sur laquelle vous me demandez des renseignements, il m’est facile de vous les donner complets. Vous trouverez dans le premier chapitre de l’acoustique du Traité élémentaire de physique de Biot (tome 1 er , page 588, de la 2 e édition), le récit qu’il fait des expériences dont je vous ai parlé chez moi. Comme ces tuyaux sont en fonte de fer et de grands diamètres, il se peut que vos expériences ne soient pas de nature à être comparées aux siennes. Au reste, monsieur, je m’eu entretiendrai lundi avec Biot, et — 165 — plus long dont il lit tous les autres, en le divisant d’après I échelle de leurs diapasons, puis il les rangea tous concentriquement autour d’un tube transversal, servant de diamètre à toutes les boucles de son grand tuyau, dont si sa réponse me parait offrir quelque intérêt pour vous, je vous la ferai connaître. Je suis heureux, monsieur, de l’occasion qui me met de nouveau en ra PPort avec une personne que j’estime et qui est si digne par son noble caractère de la considération des esprits éclairés. Veuillez, monsieur, agréer, etc., l'IUNCOEL'R. bons une rencontre que j’eus depuis lors avec M. lliot, à l’Institut, il me dit qu’il pensait que les tubes en plomb étaient les moins favorables à ces sortes d’essais ; que le zinc, le fer, le cuivre e t tous les autres métaux sonores, étaient les plus convenables ; car la voix ne met pas seulement en vibration la colonne d’air, mais elle y met aussi le tube, et il est positif qu’en appuyant ces tubes sur le sol, c’est mettre une sourdine sur un violon ou un étouffoir sur un piano; la condition sine quâ non de réussite, consiste dans l’isolement des tubes métalliques parfaitement joints entre eux. II. Biot pense encore qu’il se produit dans le tube,des ventres ou des nœuds sonores, comme dans les tuyaux d’orgue, et qu’il laut que le métal jouisse d’une élasticité complète, pour opérer la réaction. I,e célèbre Jacotot, qui n’était pas seulement un philosophe distingué , ou un jurisconsulte profond, mais encore un physicien de premier mérite, pensait que le point d’audition devrait se chercher comme on cherche le point de vision dans une lunette d’approche . et par un appareil analogue. , Quant au diamètre des tuyaux, je pense qu’il doit sc rapprocher le plus possible de l’ouverture de la bouche humaine, aün que la colonne d’air reçoive toute la puissance de la voix. Il faut remarquer cependaui qu’il ne s’agit point ici d’un dépla- les circonvolutions débouchent dans le tube où se meut un piston percé de huit ouvertures; c’est une imitation des glissières de la machine à vapeur, c’est-à-dire qu’en déplaçant le piston creux, on force le vent à pas- cement d’air, qui, partant de la bouche de l’interlocuteur, devrait traverser toute la distance qui le sépare de l’auditeur, mais qu’il ne s’agit au contraire que d’un simple ébranlement des premières couches, ébranlement qui se propage de molécule à molécule, sans les faire changer sensiblement de place, telles que ces billes d’ivoire dont on frappe la première tandis que la dernière de la ligne seulement, reçoit la totalité du mouvement imprimé sans déranger les intermédiaires. Quelques savants ont pensé que la sonorité de l’air était due au fluide électrique ; mais on sait que le son ne se produit pas dans le vide, et ce qu’il y a d’étrange, c’est qu’il ne se produit pas non plus sous la cloche à plongeur, quand l’air s’y trouve comprimé par le poids de quelques brasses d’eau et qu’il ne peut plus entrer en vibration. Le son n’est donc qu’une propriété des corps, qui se trouve constamment en rapport avec leur élasticité; mais il faut que cette élasticité n’éprouve aucune gène, aucun retard dans la liberté de scs oscillations. Si, à l’époque des essais de Biol, l’industrie ne s’est point emparée de cette découverte importante , c’est que sous l’empire, un particulier n’eùtpas obtenu l’autorisation d’établir des télégraphes, à l’usage du public ; le fer était d’ailleurs d’un prix trop élevé; car, on savait à peine fondre un tube de petit diamètre, et l’on ignorait l’art de les tirer à la filière, comme cela se pratique depuis quelques années en Angleterre, où l’on tire des tubes en fer, de tout diamètre, et de la longueur de 20 à 28 pieds, à un prix moindre que ceux en plomb. Ces tubes sont munis d’un manchon taraudé qui sert a ies additionner avec la plus grande facilité. Le temps est donc venu de faire un essai décisif de celte propriété conductrice de l’air, qui vient, comme un auxiliaire, lier les villes et les nations entre elles et enseigner aux peuples qu’il n’y a plus de patrie que le globe l et plus d’ennemis que les méchants. Non-seulement le son peut, aux petites distances que l’on a — ï 07 — ser par un tube plus long ou plus court, pe qui pioduit les changements de tons désirés. C’est une idée féconde qui ne s’arrêtera pas là : car on aperçoit la possibilité de l’appliquer dans beaucoup d in- cssayécs, sc transmettre dans des tuyaux sans affaiblissement, mais on a remarqué qu’il s’v transmettait avec une ampliation considérable. I. astronome Bouvart m’a certifié qu’un coup de pistolet tiré à Ientrée d’un tube, ressemblait, à l’autre extrémité, à un violent coup de canon ; cela se conçoit, puisqu’un pistolet étant tiré à l’air libre, le tympan ne se trouve frappe que par une ou deux pyramides sonores, tandis que le tube les rassemble toutes, pour les conduire en masse à l’oreille de l’écouteur. Je me suis moi-même assuré que le mouvement d’une montre qui n’était pas sensible à la distance d’un pied, se propageait tout entier dans un tuyau de 80 pieds, sans que la montre touchât au métal dont elle pouvait être éloignée de plusieurs pouces. J’espère que la lecture de ce mémoire engagera quelqu’un à continuer des essais dont la réussite n’est presque plus problématique aujourd’hui, et ne demande pas de fonds considérables, puisque l’on peut opérer successivement, et que l’on est a même , a chaque instant, de vérifier la réussite sauf à s’arrêter là, où le son cesserait de se faire entendre; la seule main-d’œuvre nécessaire au placement et déplacement des tubes pourrait être perdue, et, comme je l’ai dit, il suffirait de deux lieues, pour rendre la spéculation lucrative et glorieuse. En cas de succès, on ne saurait prévoir quelle révolution celte découverte apporterait sur le globe, tant pour le commerce particulier que pour les gouvernements à bon marché. Chaque gouverneur de province, serait mis en rapport immédiat avec la capitale , ainsi qu’avec ses subordonnés. I.cs courriers, les estafettes, les postes même deviendraient superflues, et les frais de bureaux et d’administration presque nuis. les malfaiteurs n’auraient pas fait un quart de lieue , que leur signalement serait à toutes les frontières, sans avoir besoin de faire — 168 — struments, ce qui donnera naissance à une ère nouvelle, qui a reçu déjà l’approbation d’un maître distingué , M. Fétis. Trompette s» clefs. La trompette à clefs ou le bugle écossais n’est qu’une des transfigurations de l’ancien clairon, auquel les lla- novriens ont adapté des clefs. Les fabricants français, monter un gendarme à cheval; aucun mouvement ne pourrait avoir lieu dans une ville, sans qu’on en eût connaissance à l’instant , jusque dans le cabinet du monarque. Le son parcourant 540 mètres par seconde (*), un ordre de commerce serait transmis de Bruxelles à Anvers en deux minutes, et de Paris à Bruxelles en un quart d'heure ; l’on pourrait recevoir à Marseille des nouvelles de Saint-Pétersbourg en moins de deux heures et demie. S’il y avait des stations intermédiaires, il serait loisible à chacun de se servir d’un langage chiffré ou allégorique inintelligible pour les employés du logophorc. Tous les plans d’exécution de cet appareil ont clé discutés, mûris et arretés par des ingénieurs distingués; il n’y a pas une objection qui n’ait été levée, pas un obstacle qui ne soit facile à surmonter; l’autorisation du gouvernement de placer le logophorc sur le débord des routes royales a été accordé, et l’on n’attend, pour commencer, que la participation des capitalistes qui, tous, comme on peut le penser, désireraient que la chose fut parachevée, avant d’y prendre part. JOBA1U). (*) D'après Goldingham, la vitesse du son est de 336 mètres, en janvier, et de 332. en juin, aux Indes orientales. f — 169 — n’ayant pas réussi à les imiter convenablement, en ont dégoûté les artistes. Il en a été autrement en Belgique , où l’on trouve peu de petites villes, peu de villages même, qui n’aient une fanfare où la trompette a clefs remplace la clarinette. Il est curieux de voir une vingtaine de jeunes villageois fonder une société d’harmonie et souvent avant de connaître une note, acheter des instruments de Sax; puis, sous la direction de quelque ménétrier, parvenir cn P eu de semaines à jouer, avec assez d’ensemble, des marches et des pas redoublés ; quelquefois un an ou deux après on les retrouve, concourant aùx grands fes- t ,v als des villes de premier ordre. Nous avons été témoin, il y a une douzaine dannées, des débuts de l’harmonie du vidage de Coursel, qui a fini par apprendre la musique par la méthode de Jacotot. Ce goût des Flamands pour la musique pourrait bien paraître un conte dans ce bon pays de France, où les paysans en sont encore aux sifflets de sureau, et où l’apparition d’un flageolet serait considérée comme un notable progrès dans plusieurs milliers de communes. Mais en revanche, presque tous les paysans français ont très- bien appris à jouer de la clarinette de cinq pieds, d’après la méthode de Napoléon. Le bugle tire son origine du Basshorn allemand, qui engendra l’ophicléide, lequel a les mêmes clefs que le bugle : les tubes cn sont seulement plus larges. Mais tous ces instruments forment une même famille que l’on reconnaît à la voix et au caractère. Les plus parfaits instruments sont ceux armés de clefs; mais leur grand nombre et leur largeur, entamant plus ou moins les tubes, en altèrent la sonorité. Les bu- — 170 — gles ont les tons de ré et de mi bémol sourds et trop bas ; les tons de mi et de fa, tellement mauvais que l’on croirait entendre une autre espèce d’instrument. L ’ophicléide perd moins de ses bonnes qualités; mais ses neuf clefs devraient être portées à onze pour le compléter. En général, il n’y avait plus d’espoir pour les individus de cette race cuivrée, quand M. Sax père s’est mis à renverser de fond en comble le système actuel. De ses débris refondus il a procréé deux nouvelles familles d’instruments à clefs, en cuivre et en bois, dont la partie la plus faible est supérieure aux meilleures parties des autres : les sons, plus pleins, plus forts et d’une parfaite égalité, s’allient à une économie de clefs et à une plus grande étendue de l’échelle chromatique. Ce système renferme toute une série d’instruments nouveaux, à partir du plus petit bugle ou trompette à clefs, jusqu’à l’ophicléide. L’alto, la basse, la contrebasse et le bourdon offrent des sons inconnus et chargés de couleurs nouvelles. Nous devons expliquer ce que nous entendons par la couleur d’un son ,• et nous l’expliquerons de manière à ne pas laisser la possibilité d’en nier l’existence aux plus intrépides douleurs. Nous prétendons qu’il existe autant de couleurs de son qu’il y a de voyelles et de diphthon- gues dans une langue ; chaque note peut être parlée par un instrument ou par la voix comme a, e, i, o, u, eu, ou, etc., etc. ; chantez, pour vous en convaincre, sur le même ton, tam, tem, tim, tom, tum, team, toum : vous aurez la même note revêtue de sept couleurs évidemment différentes. On voit, d’après cela, qu’une voie de combinaisons et — 171 — d’effets nouveaux s’ouvre pour les compositeurs à venir. Ils seront sans doute un jour étonnés de la barbarie de leurs devanciers, qui confondaient toutes les nuances pourvu qu’ils obtinssent la note toute crue ; semblables aux premiers dessinateurs qui négligeaient le clair-obscur, pourvu qu’ils eussent le trait. Et ce qu’il y a de pitoyable dans notre musique actuelle , c’est qu’on n en est pas même à l’équilibre d’ensemble dans les compositions. Nous voulons dire que quelques instruments écrasent les autres au point qu’à une certaine distance on ne perçoit plus qu’un squelette trompeur du morceau qui s’exécute, comme certain tableau mal équilibré présente de loin une chose toute différente de celle que ic peintre a voulu représenter. ■’ Nous croyons donc que le musicien a de grands secrets encore à demander au peintre : ut pictura musica. Basson. Le basson est cousin du hautbois des forêts dont l’anche était en cuivre, et du hautbois d’amour d’une octave en dessous, qui portait une anche de roseau. Le basson est l’instrument qui se rapproche le plus de la voix humaine désagréable, quand il est mal joué, bien qu’il soit d’une éloquence extrême entre les mains des Gebauer et des Baumann, qui ont eu, comme Démoslhènes, d’immenses difficultés à vaincre pour améliorer l’organe vocal du plus faux et du plus rétif des instruments à vent ; car le — 172 — basson est venu au monde avec un vice de conformation déplorable; ses trous ayant été percés, non d’après les règles de l’art, mais d’après la commodité des doigts. Or, un tube de huit pieds replié sur lui-même ne saurait être divisé comme la flûte, qui n’a que vingt-deux pouces. Atin de remédier à ce défaut d’écartement, on a imaginé de percer les trous obliquement, dans l’épaisseur du bois, en montant et en descendant ; on l’a ensuite harnaché d’un grand nombre de clefs, ce qui représente assez bien un boiteux incurable, auquel on donnerait une douzaine de béquilles qu’il n’en boiterait pas moins. M. JFinnen, de Paris, a voulu en entreprendre la cure, en augmentant le diamètre de la colonne d’air et en y adaptant un pavillon ; mais voici la deuxième fois qu’il l’expose, et la deuxième fois avec les mêmes notes fausses qu’il ne peut parvenir à corriger. M. Sax (1) n’a pas si longtemps tâtonné. Il a fermé tous (1) Toujours monsieur Sax! M. Sax a donc tout fait! Est-ce l'ignorance, la camaraderie ou l’engouement qui vous fait trouver tant de mérite chez un bruxellois que nous connaissons à peine? Voilà ce que certaines personnes ne manqueraient pas de dire, si nous ne pouvions appuyer notre opinion sur celle d’un homme aussi competent que ledirccteur du conservatoire royal deinusique. E’cst donc avec empressement que nous nous sommes fait délivrer copie d’un rapport qui dormait depuis 1854 dans les cartons du ministère; rapport que nous donnons comme un modèle du genre de ceux que le gouvernement devrait demander sur tous les établissements marquants du pays, pour connaître ceux qui sont dignes de ses secours et de ses encouragements. On sait qu’il doit y avoir des instants de gène dans un établissement du genre de celui de M. Sax ; à qui pourrait-il mieux s’adresser qu’au gouvernement d’un pays auquel il fait tant d’honneur? — 175 — I<*s trous et les a remplacés par des clefs qui vont s’appliquer précisément sur les points que son compas et ses règles sûres lui ont fait découvrir. Il était cette fois juste, th bien ! le régime représentatif n’a pas cinq mille francs à lui avancer, et si dans un pareil moment de désespoir, les offres qui lui ont été faites de la part de la Russie, de l’Angleterre même <‘t de plusieurs autres côtés, lui étaient renouvelées , cette famille d’artistes exceptionnels, cette fabrique unique en Europe nous serait enlevée d’un tour de main. CONSERVATOIRE ROYAL DE MUSIQUE. Bruxelles, le 21 janvier 1834. BAPPORT AM. LE MINISTRE I)E 1,’lNTÉRIEllR. Monsieur i.e^Mimistre , Conformément à la demande que vous m’avez faite d’un rapport sur le mérite de M. Sax, comme facteur d’instruments,'et sur l’importance de sa fabrique considérée sous le double rapport de l’art et de l’industrie , je me suis rendu près de cet artiste , et, après avoir conféré avec lui sur les principes d’après lesquels il a introduit des changements et des perfectionnements dans la plupart des instruments à vent, après en avoir examiné avec soin et en détail les modèles ; enfin , après m’être fait rendre compte de toutes les parties de la fabrication dans les ateliers et avoir visité les instruments , confectionnés ou portés à des degrés plus ou moins avancés de facture, ainsi que les outils et les matières pre- — 174 — sonore et complet. Mais nous avons dit le découragement qu’il éprouva en le voyant condamné par les routiniers. Nous l’engageons à le reprendre, car cet instru- mièrcs existantes dans les magasins , j’ai recueilli les faits que j’ai l’honneur de vous transmettre ci-après, et dont je garantis l’exactitude sous ma responsabilité personnelle. / Connaissances théoriques et pratiques de M. Sax, relatives à la fabrication des instruments à vent, en bois et en cuivre, 1° Une considération se présente d’abord à l’égard de M. Sax , et cetlc considération est d’une importance remarquable : c’est qu’il est le seul facteur connu en Europe qui ait embrassé dans scs recherches et dans sa fabrication le système complet de tous les instruments à vent, et même des instruments à cordes, soit à archet, soit à clavier. En France, en Allemagne, en Angleterre, la facture des instruments à vent se divise en deux grandes sections , savoir les instruments de bois et les instruments de cuivre. 11 est même fort rare qu’un seul facteur embrasse dans sa fabrique toutes les subdivisions de ces deux classes d’instruments ; ainsi l’on voit souvent un bon ouvrier se distinguer dans la facture des (lûtes, et se borner à ce genre de produit, un autre ne construire que des clarinettes, un troisième des hautbois, et ainsi des autres. Peut-être penserez-vous, monsieur, que cette spécialité dans les travaux est le meilleur moyen pour arriver aussi près de la perfection qu’il est possible, parce qu’il est plus facile de devenir habile à une seule chose qu’à plusieurs. Cette opinion , fondée sur l’expérience, serait incontestable à l’égard des instruments à vent, si les principes de leur fabrication reposaient sur une bonne théorie ; mais il faut bien le dire, ce sont moins des théories que des tâtonnements qui guident les facteurs dans la fabrication; de là vient que la plupart des instruments à vent sont plus ou moins faux et qu’ils le seraient bien plus si le talent des exécutants ne 175 — nient laisse, dans notre harmonie, un vide pareil à celui que produirait l’absence de la momie sur la palette du peintre. parvenait à corriger une partie de leurs imperfections. Or , ce n’est pas par des travaux entrepris sur chaque espèce d’instrument en particulier qu’il sera possible de fonder une théorie de leur construction rationnelle, mais par des observations et des idées de plus en plus généralisées , jusqu’à ce qu’on soit conduit à la découverte du principe unique et fécond applicable à tous les cas particuliers. I.a nature de mes travaux m’a souvent conduit à entretenir les meilleurs facteurs de l’état actuel de leur art et de ce qu’il fallait faire pour le régénérer; mais aucun d’eux ne m’a compris. Eh! comment auraient-ils pu m’entendre? la plupart ne possédaient pas les premières notions de la physique. Les plus habiles étaient ceux qui avaient le plus de patience. Une note était fausse dans une clarinette, un basson, on ajoutait une clef, on bouchait un trou pour l’ouvrir à une autre place, et pour corriger un défaut, on en faisait naître un autre. M. Sax est le premier en qui j’ai trouvé des connaissances réelles en acoustique , non pas seulement de cette acoustique qu’on trouve dans les livres, mais de cette acoustique vraie qui résulte d’expériences bien faites et bien résumées. De là vient que ce facteur distingué s’est convaincu de la nécessité de refaire toute la théorie des instruments à vent, de cuivre et de bois, et qu’il n’a point reculé devant l’idée gigantesque de les reconstruire tous d’une manière rationnelle ; delà, enfin, l’immense échelle de sa fabrication. 2° Avant de me former une opinion sur le savoir de M. Sax et sur la réalité de ses perfectionnements ou de scs inventions, je me suis souvent et longtemps entretenu avec lui ; je lui ai fait essayer ses instruments nouveaux, les ai comparés aux anciens et lui ai fait des objections qu’il a résolues ; je l’ai trouvé conséquent avec lui-même dans tout son système, et j’ai acquis la conviction que cet estimable artiste est destiné à faire faire à la facture des instruments de réels progrès. 11 ne m’est pas permis de divulguer le secret de toutes les inventions qu’il prépare et qu’il fera connaître dès qu’il aura pris des mesures pour s’en assurer la propriété, — 476 — Le basson A'Adler est un peu plus long (juc l’ancien. Il a de même un pavillon et deux nouv elles clefs j mais les malheureux trous demeurent encore à la même mais je puis affirmer qu’elles auront du retentissement et qu’il eu résultera des avantages pour la Belgique. 5“ Comme ouvrier , comme chef d’atelier, HT. Sax est d’ailleurs un homme distingué : ses instruments sont fabriqués avec soin jusque dans leurs moindres détails, et ce qui sort de scs mains peut être comparé sous ce rapport avec ce qui se fait de meilleur en France, en Angleterre et en Allemagne. Depuis longtemps il a affranchi son pays du joug de l’étranger pour la consommation des instruments de bois et de cuivre. La plus grande partie des instruments des régiments de l’armée et des sociétés d’harmonie sont sortis de sa fabrique. Mais ce n’est pas le seul triomphe qu’il ait obtenu sur scs rivaux ; car des expéditions fréquentes sont faites par lui dans les deux Amériques, dans l’Inde et même en Allemagne, terre classique des instruments à vent. Ce fait, dont M. Sax peut administrer les preuves écrites, parle bien haut en faveur de la supériorité de scs produits. Organisation de la fabrique de M. Sax. 4° M. Sax ayant entrepris la fabrication universelle des instruments de cuivre et de bois, a dù établir ses ateliers sur une échelle beaucoup plus grande que ceux d’aucun autre facteur connu. Tout se fait chez lui : fonderie de cuivre et d’argent, forgerie, ciselure, travaux du tour sur métaux, bois et ivoire, ajustage, finissage, il n’est aucune partie qu’il n’ait en quelque sorte créée en Belgique. Plus de quatre-vingts ouvriers étaient occupés par lui avant la révolution , et l’on voyait sans cesse en activité dans sa fabrique cinq forges, une grande quantité de tours et le reste dans la meme proportion; tous ces ouvriers ont été formés par M. Sax. Avant lui plusieurs industries qui se rattachent à la fabrication des instruments n’existaient pas en Belgique; il a du les créer, et depuis lors elles ont été appliquées avec succès à d’autres choses. Les événements — 177 — place, cl, par conséquent, il reste empreint “ Ihic grande quantité d’instruments de tout genre, (lûtes, grandes et petites clarinettes, bassons, serpents, cors , trompettes de cavalerie et autres, trompettes à clefs, trombones et ophicléides, existent dans les magasins de M. Sax, et représentent une valeur considérable; mais ce n’est qu’une faible partie du capital absorbé dans sa fabrique. , 7° La bonne qualité et la solidité de ses instruments résultent du choix des matériaux employés à leur confection. Les flûtes, les clarinettes , les bassons particulièrement, exposés alternativement aux influences de l’humidité et de la chaleur, exigent l’emploi de bois qui, après avoir été dégrossis cl percés, soient soumis à nue rapport. 2. 12 ■¥ — 178 — embrassant à la fois la fabrication de tous les instruments. M. Sax fait exception à la règle. II a découvert des lois qu'aucun traité d’acoustique n’a pu lui enseigner; car, il lente dessiccation de sept ou huit années. Cette considération a déterminé M. Sax à faire l’acquisition d’une grande quantité de bois de grenadille , de buis et d’éhène. Plus de quarante mille pièces de ces bois, préparées et percées pour les instruments, représentent un capital fort considérable ; car le prix le plus minime auquel chaque pièce puisse être estimée est de 2 fr. 80 centimes. Outre cela il existe dans les magasins de M. Sax une grande masse de bois de grenadille brut, bois qui est maintenant d’une rareté excessive et dont le prix est d’autant plus clevé qu’il est reconnu le meilleur pour la fabrication des flûtes. Si l’on joint à ces valeurs une multitude de pièces séparées prêtes à être montées , de becs, de bocals, d’embouchures, de clefs, etc., on pourra se former une idée de la grande valeur de l'établissement fondé par II. Sax, et de l’importance qu’un tel établissement a pour le pays. CONCLUSION. En résumant les diverses parties du rapport que vous m’avez demandé, monsieur le ministre, j’aurai l’honneur de vous dire que comme inventeur , comme chef de fabrique, comme artiste et comme possesseur d’un riche établissement d’industrie nationale, 11. Sax est digne de toute la sollicitude du gouvernement, et qu’il me parait avoir d’incontestables droits à une protection illimitée. FÉT1S, directeur du Conservatoire de Musique et Maître de Chapelle du Roi. Pour copie conforme : Le Ministre de l’Intérieur, Ch. ROCIER. - « faut l'avouer, les savants travaux des Bernouilli, des d'A- lembcrt, des Euler et même des Lagrange n’ont été que de peu d'utilité à la faeture. Leurs théories du son et leurs calculs n’ont jamais pu la guider dans le percement des tubes exlracylindriques. Les facteurs préfèrent s’en rapporter aux tâtonnements répétés et à leur instinct plus ou moins développé, que de pâlir en vain sur des équations algébriques auxquelles il manque tant d’éléments indispensables. Nous le répétons : les physiciens se sont trompés en supposant que le son obéit aux mêmes lois que l’air qui lui sert, comme on dit, de véhicule. Il n’y a pas de son dans le vide, et, chose extraordinaire, on ne s’entend pas parler sous la cloche à plongeur, dans l’air comprimé à une ou deux atmosphères. Il n’est pas vrai que l’air se réfléchisse comme le son, comme la lumière', en faisant l’angle île réflexion égal à l’angle d’incidence. Nous avons étrangement surpris le célèbre Dalton, en lui démontrant, dans son cabinet de Manchester, que le vent suit les parois des corps sur lesquels il est lancé. On éteint aisément de la sorte une chandelle placée derrière une bouteille, contre laquelle on souffle avec un tube. L’air en mouvement affecte plutôt les allures de l’eau ([ue celles du son et tourbillonne comme elle. Il occasionne les mêmes remous : on dirait qu’il mouille les surfaces et s’y attache comme l’huile ou l’eau, en suivant jusqu’à un certain point leurs sinuosités. Si l’air se réfléchissait comme le son et la lumière, le moindre obstacle servirait d’abri contre le vent, qui ne pourrait plus plonger dans les cavités ni les purger de l’acide carbonique et des miasmes qui s’y accumulent sans cesse par l’effet des émanations du sol. Enfin, si l’air 12 * — 180 — se réfléchissait, la terre ne serait presque pas habitable. F.e son est bien certainement une vibration qui se propage au moyen (le l’air, mais sans l’ébranler d’une manière sensible; les plus grands cris n’occasionnent pas le moindre trouble dans l’ascension de la fumée d’une chandelle ou dans les molécules suspendues dans un rayon de lumière. Nous avons la conviction que le son est transmissible à des distances incommensurables, tandis que les plus violentes impulsions imprimées à l’air n’ont presque pas de portée. On confond donc mal à propos les vibrations de l'air avec celles du son. Le diapason musical, les amlicttes. Il paraît constant que le diapason musical complet est de dix octaves, du moins d’après le résultat de la théorie de M. Sax; c’est-à-dire qu’à partir du son le plus bas, qui fait 32 vibrations par seconde, jusqu’au son le plus élevé, qu’il n’est donné qu’au calcul de rendre perceptible, le ton final de la dernière octave donnerait 10,324 vibrations par seconde. Le plus étendu des instruments est de six octaves; il y en a donc plusieurs que l’oreille humaine n’a jamais entendues, quoique Peclet prétende que le dernier son perceptible soit entre douze à quinze mille vibrations. Au-dessous de trente-deux le son nous échappe, quoi- — 181 que Savarl ait prétendu le percevoir de trois vibrations à 04,000, et à quelques notes au-dessus du cri de la souris, le son devient microscopique pour notre ouïe. Peut-être un jour entendrons-nous, à l’aide de quelque appareil grossissant, le cri de la fourmi cl ceux d’une foule d’insectes qui nous semblent muets aujourd’hui. Déjà quelqu’un est parvenu, au moyen d’un conte innocent, à diriger l’attention des hommes de science vers ce point important. Voici à quelle occasion : tout le monde se rappellera avoir vu circuler dans tous les journaux la petite nouvelle suivante : Audiettes de Morrisson. — Un ingénieur américain, du nom de Morrisson, se dit un jour : « Puisqu’au « théâtre, par exemple, on aide les yeux avec des « lunettes, pourquoi ne pourrait-on pas aider les « oreilles avec des audiettes? » II fabriqua- donc de petites coquilles d’argent qui s’adaptent sur les oreilles, et qui facilitent grandement l’audition. Cela n’était qu’un de ces canards industriels qu’un de nos amis se croit quelquefois obligé de répandre pour qu’une invention, qu’il sait juste, ne reste pas enfouie dans ses cartons en attendant qu’il ait le temps, l'occasion et l’argent nécessaire pour s’en occuper lui- même : réunion de circonstances fort difficile pour la plupart des inventeurs. Présentée de la sorte et comme exécutée déjà dans un pays lointain, nous avons remarqué qu’une idée se répandait beaucoup plus vite que par le procédé coûteux des brevets d’invention. C’est donc avec une agréable surprise que nous avons aperçu à l’exposition la réalisation de cette utopie. MM. Gateau et Deon, de Sens, ont exposé des audiettes. — 182 — Lue tète de mannequin en était pourvue. Al. Gateau, atteint lui-mème de surdité, emploie ce moyen dont il se trouve bien. Et toutqs les épreuves faites sur des sourds avec des aucliettes, dit le jury central, ont fait donner constamment à celles-ci la préférence sur les cornets acoustiques ordinaires. Ce petit instrument s'adapte de lui-mème sur l’ourlet de la conque charnue de l’oreille. La nature ne pouvait certes pas plus nous donner des oreilles métalliques pour entendre, que des membranes entre les doigts pour nager, quand, d’aventure, nous nous laissons choir à l’eau ; mais elle nous a donné la raison et l’intelligence pour suppléer à tout ce qui nous manque. Elle a pensé que l’examen des propriétés de la matière, et l’analyse raisonnée de ses œuvres seraient pour nous un continuel enseignement dont nous saurions profiter. Quel vaste champ de combinaisons et de recherches n’aperçoit-on pas encore au delà des œuvres brutes de la création ! La dernière lin de l'homme est le travail : l’architecte a fourni ses matériaux; que l’ouvrier se mette à l’œuvre; il lui est donné de terminer de sublimes et innombrables constructions : le plaisir est d’ailleurs au bout du travail, comme la peine au bout de la paresse. AI. Duhamel, frappé de l’abstraction (pii régnait dans les données des savants sur les oscillations des cordes et des lames vibrantes, a cherché à obtenir des traces matérielles de ces vibrations. 11 a disposé des cordes, de manière à ce qu’elles vinssent frapper une plaque métallique tournante, couverte de noir de fumée. Le nombre et la marche des vibrations s’y trouvent tracés d(; la manière la plus exacte. Il a, de la sorte, obtenu 185 — la continuation matérielle des lois théoriques posées par lui à priori, et qui s’accorderont sans doute avec les expériences de M. Sax, lequel se refuse malheureusement à les écrire, autrement que sur les instruments perfectionnés dont il nous prépare une abondante moisson pour l’exposition prochaine de notre industrie nationale. On y verra des instruments condamnés jusqu'aujourd'hui au rôle d’accompagnateurs, devenus aptes à remplir les premiers emplois. Le trombone, par exemple, ne fatiguera plus le bras du musicien : M. Sax l’a rendu tixe et capable de jouer la partie de violoncelle. Il a supprimé du même coup les corps de rechange et les pistons, ce qui ne l’empêche pas de jouer dans tous les tons avec une extrême facilité. Il est heureux pour un pays de posséder un facteur qui fabrique également bien tous les instruments, au même diapason. C’est ainsi que les musiques de nos régiments peuvent se rassembler en un concert monstre avec les harmonies de nos villes. Il n’en est pas de même en France, en Allemagne et en Angleterre, où chaque facteur se borne à la fabrication spéciale d’une seule espèce d’instrument. Et de même que chacun de ces fabricants a son diapason à lui, comme les marchands d’autrefois avaient chacun leur aune, le diapason de l’un diffère souvent de celui des autres, d’un quart et même d’un demi-ton, comme celui de Merlin diffère de celui des Italiens. Il devient donc impossible, non pas de rassembler des musiciens, mais de les mettre d’accord. On y parvient pour quelques-uns, par ce qu’on appelle du bois de rallonge; mais comme l’instrument n’a pas été percé dans celte prévision, une partie des notes devient fausse ou change de couleur. — 184 — La raison pour laquelle le diapason a toujours eu et aura toujours de la tendance à monter, c’est (pie dans tous les orchestres, lorsqu’il s’agit de s'accorder, ce sont toujours les instruments les plus haut montés qui font la loi : tant il est vrai que, dans quelque réunion que ce soit, il suffit de parler haut pour avoir le dessus. 11 serait impossible de réunir en France la musique de plusieurs régiments comme en Belgique, à cause du défaut d’unité que nous venons de faire ressortir. Il serait urgent qu’un diapason-étalon fût déposé à l’Institut ou au Conservatoire, avec les étalons des poids et mesures. Avant la révolution, nous n’étions pas mieux partagés que la France; il nous souvient que le prince Frédéric, ayant voulu rassembler dans une cérémonie toutes les musiques militaires de l’armée, il fut impossible aux divers groupes de s’accorder. Mais il n’en serait plus ainsi aujourd’hui, puisque M. Sax fournit exclusivement les fanfares de notre armée. ‘ 11 n’est peut-être pas en Europe une harmonie plus admirable que celle du régiment des Guides, ni une fanfare plus brillante et plus juste que celle de notre premier régiment de chasseurs à pied, fanfare qui se compose de plus de soixante et quinze instruments en cuivre de toute espèce, et sortant tous des mains de M. Sax. Si les étrangers sont frappés de la grande supériorité de nos harmonies militaires sur celles de nos voisins, ce n’est pas aux exécutants qu’il faut s’en prendre : elle provient de ce que les facteurs se contentent, comme les armuriers de Liège, de réunir les pièces qu’ils font plier, souder, fondre et polir par des chaudronniers et fondeurs de pacotilles. — 185 — Mais un bon instrument de musique ne peut pas plus se fabriquer à la volée, qu’un tableau ou une statue : La facture est un art et non pas un métier. Tant que ce principe ne sera pas admis généralement, les prétendues harmonies feront sur les oreilles l’effet du citron sur les dents. Nous terminerons ce que nous avions à dire sur la musique, en renvoyant da capo au conseil que nous avons donné en commençant, conseil qui devrait servir d’épigraphe à toutes les partitions d’opéra : « La musique doit avoir pour but de charmer et non d’effrayer, de faire plaisir et non de faire peur. » Expériences «le Wlicatstooic sur la transfusion du son. Wheatstonc, ce jeune professeur de physique de Kimfs-CoUeye à Londres, inventeur de l’admirable télégraphe électrique, nous a communiqué des expériences bien curieuses sur le transport de la musique d’un lieu à un autre. Par exemple, un piano placé dans un appariement supérieur, peut se faire entendre parfaitement au rez-de-chaussée, et vice versh. Le son traversera deux, trois ou quatre étages.sans être entendu et arrivera tout entier le long d’une baguette de bois, partant de la table du piano que l'on joue à la table <" ’ o ou d’une harpe que l’on ne joue pas. ilien n’est plus fantastique (pie l’effet produit sur les auditeurs par un instrument qui joue seul ; une harpe — 186 — sans cordc et sans musicien, joue aussi bien que celle qui en est garnie. Il suffit d’accrocher une lyre à un fil qui descend du plancher pour l’entendre jouer du piano ou de la harpe. Décrochez-Ia, tout est fini. M. JVheatstone a pourtant trouvé un terme à cette transmission par des tiges de bois ou par des cordes métalliques, ce qui l’a forcé d’en mettre un à ses curieuses recherches. Nous avons déjà dit qu’il était l'inventeur du Concer- tina et de plusieurs autres instruments. Nous voudrions que nos savants du continent imitassent les savants anglais, qui ne se contentent pas d’inventer des théories ; mais qui les appliquent avec succès. Qu’importent les excellents plats consignés dans la Cuisinière bourgeoise, si nous 11e pouvons y toucher (pic des yeux! Il ne manque certes pas de bonnes théoriesen France ; mais la pratique est de cent ans en arriére. Nous dirons même qu'on y calcule pour les Anglais, les Prussiens et les Russes. N’est-il pas honteux pour les physiciens français, si avancés dans la théorie de l’électro-galvanisme, d’avoir laissé l’honneur de l’invention de la télégraphie gaivani- que’dWheatstone, etcelle de la galvano-plastique à Jacobi, qui, vous le verrez, découvrira le moyen de remplacer la vapeur par la pile?Et pourtant rien 11eserait plus simple que de s’emparer de l’artifice de IFheatstone pour imprimerie mouvement de rotation à un volant. Nous allons suggérer une idée qui ne sera pas perdue. On sait que l’on peut communiquer par la pile, ci une grosse barre de fer doux, pliée en fer à cheval, une puis- 187 — sauce d’attraction capable d’attirer un poids de plusieurs centaines de livres, et de les lui faire lâcher incontinent pour recommencer après : ceci est l’affaire de tourner du doigt une petite roue composée de pièces de bois et de cuivre qui font et défont alternativement la cominu-- nication à l’aide d’un frotteur élastique en laiton. Kien ne serait donc plus simple que de donner le mouvement à un arbre coudé au moyen d’une ou de plusieurs bielles qui seraient tour à tour attirées et lâchées par l’aimant momentané, sur lequel M. Quetelet a fait de grandes expériences avec MM. Canzius et Fan Marum, il y a déjà plus de douze ans, expériences qu’on n’a pas songé le moins du monde à appliquer à la mécanique et dont nous croyons la solution prochaine, si la Diète encourage, comme elle en a eu l’intention, M.‘ Wagner de Francfort, qui est déjà parvenu à faire courir uu petit wagon du poids de 500 kilogrammes et marcher un tour à l’aide de la pile. Nous devons cependant dire que MM. Peelet et Thomas ont perdu leurs peines et leur argent a travailler sur ce principe depuis plusieurs années, et quand un physicien aussi habile que M. Peelet abandonne une expérience, c’est qu’il a découvert, sinon une impossibilité, du moins de grandes et sérieuses difficultés d’application. ÉCLAIRAGE. La nature n’entrant que pour une moitié environ dans les frais d’éclairage de notre planète, nous sommes obligés de subvenir, tant bien que mal, au reste de la dépense. Il est heureux que la lumière latente imprègne lous les corps, qui ne seraient, d’après Laplace, que du lluide lumineux concret, et que la science nous enseigne à l’extraire aussi bien de la goutte d’eau que du caillou. Mais combien nos plus merveilleux résultats sont loin d’atteindre à la puissance éclairante des grands luminaires qui brillent à la voûte des deux! Pour donner un exemple de l’exiguïté comparative de nos grands moyens, nous commencerons par dire que les résultats photométriques que nous avons obtenus, en réunissant nos efforts à ceux du professeur Guillery, 11e nous ont pas donné moins de trente-deux millions de millions de bougies pour la lune qui ne nous renvoie que la Irois-cenl-inillièmc partie de la lumière du soleil : ce qui porte à neuf milliards six cents millions de millions de bougies le pouvoir éclairant de cet astre. Il parait qu’un poète romain avait déjà soupçonné celte richesse de pouvoir éclairant lorsqu’il s’écriait ! Luminis occanus! sol, anima mundil Soleil ! Urne du inonde, océan de lumière. Il nous reste un léger doute, c’est que la lumière factice que nous produisons ici-bas n’a pas plus de rapport avec celle du soleil que la poudre avec la foudre. Notre lumière est toujours le produit d’une combustion exigeant de l’oxygène ; la lumière du soleil s’en passe ; donc elle n’est pas le produit de la combustion, mais celui d’une certaine vibration imprimée par le soleil à la matière lumineuse répandue dans l’espace, de mémo que le son est le résultat des ondulations imprimées à la matière sonore répandue dans l’air et les gaz. La rotation du soleil, qui est égale à neuî fois la vitesse du boulet au sortir du canon, est une des causes les plus probables des vibrations de la matière lumineuse. Si la mécanique parvient à imprimer un jour une vitesse analogue à un petit globe d’éponge ou de noir de platine placé dans l’hydrogène, nous aurons un spécimen qui nous donnera l’idée du soleil, comme un ver luisant nous fournil l’idée d’une étoile. Nous recommandons cette expérience à M. Dumas, qui nous a déjà doté du soleil galvanique, dont nous avions publié la possibilité quatre mois, juste, avant son essai, qui a si bien réussi. — 1i)0 — 11 est à regretter seulement qu’il se soit arrête en si beau chemin. Cette lumière sans combustion aurait sans doute fini par descendre dans les houillères, pour y remplacer la dangereuse invention de Davy. Mais nous entrons, sans nous en apercevoir, dans le domaine des théories, où l’on peut s’ébattre plus librement que dans l’application. Passons donc en revue les progrès que nous avons faits dans l’éclairage depuis la branche de sapin plantée danslenmr et la lampe antique qui éclaire encore les plus beaux salons de l’Italie. N’esl-il pas remarquable que les anciens, qui ont été si loin dans les beaux-arts, soient restés arriérés dans le domaine de l’industrie jusqu’à ne pas avoir eu de nom propre à lui donner ! Périandrc avait beau chanter aux Grecs Mélito topan, l’industrie ne fut jamais en grand honneur chez eux, el il n’a fallu rien moins que la révolution française pour nous délivrer de la lampe antique. Mais du moment où l’on s’est aperçai qu’il était possible d’améliorer l’éclairage, chaque inventeur a fait sa lampe, comme chacun d’eux a fait sa pompe et son bitume. Cependant, nous le répétons, pas un lampiste de métier n’a inventé la lampe qu’il fabrique et vend; le jury français fait encore observer que c’est à deux docteurs en médecine, MM. Robert et Carreau, que l’éclairage doit les deux plus grands perfectionnements de cette année. Toutes les découvertes d’utilité pratique sont dues, non pas aux savants transcendants, qui jouissent des honneurs de la société et des faveurs de la fortune; mais à cette classe de petits physiciens qui ne craignent pas de se ternir les mains en maniant une lime ou en cour- liant un tube de verre ; aux pauvres chercheurs qui achètent un outil au lieu d’un habit, et qui se passent de dîner pour regarder brûler leur lampe en plein jour. Nous citerons pour exemple M. Chapuy, élève de l’école polytechnique, qui a fait, pour sa part, une douzaine de lampes sur différents principes, et qui connaît si bien tous les défauts de chaque système qu’il s’était fait un instant médecin orthopédique des lampes estropiées; c’est lui qui a guéri celles de Bernet et de Jouanne. Les inventeurs arrêtés à mi-chemin, qui savaient trouver la mansarde de Chapuy, étaient sûrs d’être tirés d’embarras ; mais comme ce métier-là ne nourrissait pas son maître, M. Chapuy a continué à parcourir l’Europe à pied, le sac sur le dos, prenant les jolies vues qu’il saisit si bien et qu’il lithographie de même. Gally Cazala, le plus savant physicien pratique que nous connaissions, a fait aussi une foule de lampes. 11 a perfectionné celle de Gérard, et la plupart des idées que l’on exploite aujourd’hui, se trouvent consignées depuis dix à quinze ans, soit dans ses anciens brevets, soit dans les mémoires ou les notices qu’il a jetées dans la boite de l’Académie des sciences; mais il n’a plus même le courage de la revendication ; c’est un génie froissé, ruiné, aigri par l’injustice, l’avidité de ses associés, et par l’a- / bandon du gouvernement. II y avait, avant la révolution, des logements dans les greniers du Louvre pour les savants vieux et pauvres; il serait bien nécessaire d'ériger un hospice pour les inventeurs ruinés. M. Thiflorier, auteur de la lampe hydrostatique à deux liquides, n’est pas dans le cas des précédents. Il a pu élever une fabrique et a largement exploité sa lampe. Il compte par centaines de mille les exemplaires qu’il en — 192 — a vendus. Toutefois elle a fait son temps : M. Thilloricr l’a bien senti, car il vient d’inventer une nouvelle lampe à renversement, mais sans aucune fermeture métallique. Il n’y a plus que des soupapes hydrauliques, par conséquent, pas d’usure et quasi-perpétuité dans la durée. M. Serrurot, ancien associé de M. Thilloricr , continue la fabrication décroissante des lampes hydrostatiques. Jouannc, notre camarade de lycée, s’est si obstinément attaché à l’idée qui consiste à faire monter l’huile par un poids, qu’il a fini par la perfectionner au point que l’on n’en veut plus d’autres dans les départements où elle a pénétré. Il faut ajouter que c’est la lampe la moins chère de toutes; sa lampe chandelle ne coule (pie cinq francs. II avoue que M. Chapuy lui a été d’un grand secours par son petit flotteur à niveau constant, qui lui permet de brûler à blanc, à l’égal des meilleures carcelles. Cette idée passablement triviale est une des premières qui se présentent à l’imagination des chercheurs de lampes. Voici la description de la nôtre : C’était un tube de fer-blanc fortement lié au col d’une vessie pleine d’huile, et logée dans une carafe. Le poids du tube que nous chargions au besoin, faisait monter l’huile au haut du tube où se trouvait un bec. Cet essai marchant passablement, nous résolûmes de faire exécuter un appareil plus soigné, et nous en expliquâmes le plan et le principe à M. Pellabon, habile lampiste de Bruxelles, qui nous déclara avoir déjà perdu trois ans à des essais de ce genre et tout aussi infructueux, parce que la vessie se durcit dans l’huile, à cause de l’acide sulfurique qui sert à la clarifier, ét parce que — 193 — l’huile d’égouttement, tombant sur la vessie, nuit à la régularité de l’ascension. Ceci soit dit pour la gouverne de nos successeurs. La description d’un échec a son utilité. 11 serait à désirer que tous les chercheurs eussent la bonne foi d’avouer leurs nombreux désappointements : la science y gagnerait indubitablement. Puisque nous en sommes sur ce chapitre, nous devons prêcher d’exemple et confesser quelques-uns de nos péchés industriels. L’idée de perfectionner l’éclairage, celui du pauvre surtout, nous a beaucoup occupé. Nous avions trouvé entre autres une lampe de cuisine grossière, dans laquelle il suffisait d’entasser tous les restants de graisse, tous les débris de suif qui, fondus progressivement par la chaleur même de la lampe, arrivaient, en huile, jusqu’à la mèche. C’était économique on ne peut plus. Mais il parait que ces débris ont une autre destination dans l’économie des cuisinières qui préfèrent brûler de bonne huile ou de la chandelle que les maîtres payent sans murmurer. On voit que les inventions trop économiques ont autant de mal à prendre que les inventions trop coûteuses. L’eau-de-vie de pommes de terre devenant chaque jour moins chère ainsi que l’essence de térébenthine, et l’huile, au contraire, augmentant de prix, nous essayâmes de donner à la flamme de l’alcool le pouvoir éclairant qui lui manque, à l’aide de l’essence de térébenthine qui possède du carbone en excès, et qui le dépose en fuliginosités. Mais on a beau mélanger ces deux liquides, ils se séparent bientôt, à moins que l’on n’emploie de l’alcool absolu qui dissout environ un sixième d’essence. Ce composé donne une fort belle lumière rapport. 2 . 15 * sans nulle économie. Nous préférâmes nous y prendre comme suit : Après avoir rapproché deux vases remplis, l’un d’alcool, l’autre d’essence, nous primes une mèche ordinaire de coton, dont nous plongeâmes trois brins dans l’es- • sence et un seul dans l’espril-dc-vin. Ces torons s’unissaient en passant par un trou pratiqué dans une feuille de plomb posée sur les deux verres. Le bout de la mèche allumée produisait une belle flamme sans fumée ; quand l’essence domine, il y a fumée ; quand c’est l’esprit-de-vin , la lumière diminue. Il y a six ans que nous avons abandonné ces recherches. Depuis lors on a travaillé sur la dissolution de l’essence, et il en est résulté une lampe sans mèche qui se fabrique à Berlin et qui donne une belle lumière, dès qu’on a commencé par échauffer deux petits globes placés sur le bec, et gazéifié les premières molécules; alors seulement la lampe marche, mais avec une activité croissante, qui a l’inconvénient de consommer beaucoup de liquide et d’oxygène. Dans l’état actuel, cet éclairage est impraticable. La reprise de notre méthode serait peut- être préférable. Du reste, on s’occupe avec succès en ce moment, à Bruxelles, de substituer l’huile de schiste à l’huile de colza. L’économie sera de plus de 50 p. °l„. Il ne nous est pas permis d’en dire davantage ; mais nous en avons vu assez pour pouvoir prédire un succès complet à cet emploi d’un nouvel élément d’éclairage, cent mille fois plus abondant que ceux que l’on possède aujourd’hui ; car il existe en France et sur les côtes d’Angleterre d’énormes dépôts de schiste bitumineux dont on ne tire aucun parti. Nous avions pensé aussi à faire absorber quelques vo- 193 — lûmes de gaz hydrogène à l’essence de térébenthine , dans l’espoir d’éviter le dépôt des fuliginosités ; c’était une idép comme une autre : il serait bon de l’essayer. Nous possédons un échantillon d’huile de poisson tellement bien clarifiée qu’elle peut servir à l’éclairage avec une économie de 25 pour cent sur l’huile de lin. Mais les prix de l’huile de poisson sont trop variables. Nous avons lieu de croire qu’avant peu la moitié des champs destinés aux colzas serviront au pohjgonum, au madia sativa et à une foule de plantes que l’on ne cultive encore que par unités dans les serres, mais que l’on ne tardera pas à cultiver en prairies, en pépinières et en forêts. Nous ne dirons que peu de mots de l’air light. Celte invention, dont on a fait grand bruit, consistait «à insuffler un courant d’air au milieu d’un bec creux, percé de petits trous latéraux et fermé à sa partie supérieure. Cet air servait à activer la combustion des vapeurs de carbone dégagées par la chaleur d’une huile essentielle minérale. L’inconvénient de cette lampe est d’exiger un gazomètre ou un soufflet mécanique : la dépense est d’ailleurs beaucoup plus grande que les spéculateurs intéressés à ce procédé ne le disaient. Cet éclairage ne peut s’établir comme le gaz courant; et très-difficilement peut-il servir dans un salon. Nous n’en voyons d’application raisonnable que dans les manufactures éloignées des villes. L’entretien et le renouvellement de la mèche sont les plus grands inconvénients de l’éclairage à l’huile. Nous avons trouvé le moyen de nous en passer en employant l’huile de schiste. Il suffit de la faire monter par la capillarité dans un bec composé de deux cylindres concentriques, séparés par un très-mince intervalle. Celte huile s’enflamme facilement * 15 ' d’elle-même, et la combustion se continue sans mèche. Nous avons aussi, et longtemps, travaillé à la construction d’une lampe, sur le principe de l’endosmose, découvert par Dutrochet. Le succès de nos essais nous a prouvé la possibilité de faire monter l’huile dans un tube à une hauteur cinq à six fois plus grande que par la capillarité. Son ascension était un peu trop lente; mais il suffirait de doubler ou de décupler les surfaces endosmotiques pour obtenir un effet satisfaisant. Cette huile était supportée par de l’eau gommée ou sucrée; l’appareil, garni de sa vessie à la partie inférieure, était placé dans un verre d’eau ordinaire. Cette eau pénétrait à travers la membrane dans l’eau sucrée, dont l’augmentation de volume faisait élever l’huile dans un tube, à vingt ou trente centimètres. Le professeur Guillery a construit une lampe très- ingénieuse, à l’aidede l’appareil de Dobereiner, c’est-à-dire qu’il élevait l’huile par la pression du gaz. A mesure que l’huile se consommait, l’eau acidulée se rapprochant du zinc, développait une nouvelle quantité de gaz qui venait occuper la place de l’huile consommée et la maintenait au niveau constant. Si une pareille idée fût venue à un Parisien, il eût trouvé le moyen d’élever une immense fabrique de lampes sur ce système. Mais à Bruxelles, c’était du bon grain semé sur le sable : le peu de mots que nous en disons suffira peut-être pour sauver cette invention du naufrage de l’oubli. Puisque nous passons en revue les nouvelles idées, nous ne devons pas oublier de parler des essais que nous avons faits pour remplacer les mèches de coton. Tout le monde se rappelle la petite veilleuse de M. Lé- — 197 — pine, qui surnageait l’huile, et portait à son centre un petit tube de verre dont l’huile s’allumait sans mèche : la principale condition était de n’avoir qu’un petit lumignon. L’huile ne se gazéifiait plus dès que le tube était un peu plus grand. On a fait des milliers d’essais pour obtenir une flamme plus volumineuse; on a voulu remplacer ce tube de verre, qui s’encrassait et se brisait souvent, par des tubes de métal; mais le métal, trop bon conducteur du calorique, n’était jamais assez chaud pour permettre la gazéification de l’huile. Nous avions imaginé de faire une mèche avec un paquet de verre filé : dès lors nous pouvions l’établir sur un flotteur surnageant de l’huile placée dans une carafe. Ce petit faisceau de brins de verre offrait une multitude de canaux capillaires entre lesquels l’huile continuait à monter. Mais après vingt-quatre heures de combustion, l’extrémité des brins formait un champignon et présentait des petits globules de verre qui obstruaient le passage de l’huile; mais si les brins étaient plus gros, s’ils avaient un demi-millimètre, par exemple, ils ne se fondraient plus. On s’étonnera que nous ayons pu faire brûler une mèche au fond d’une carafe où l’air ne se renouvelle pas; mais il y a un moyen bien simple d’obtenir un courant, c’est de diviser en deux, par une cloison, l'espèce de cheminée par où les produits de la combustion doivent s’échapper. Ces produits s’élèvent immédiatement par un des côtés de la cloison, pendant que l’autre sert à la rentrée de l’air. Cet effet nous a été montré par un cordonnier de Manchester, nommé Bentley (1), (1) Ce Bentley a fait une petite fortune à l’aide d’un secret fort — 198 — bon physicien et observateur distingué. Ce n’est pas chez nos cordonniers que nous irions chercher des physiciens : nous y trouverions plutôt des avocats ' et des médecins, car les artisans aisés de nos pays n’ont pas encore à opter entre les écoles latines et les écoles industrielles, quand ils veulent donner de l’éducation à leurs enfants. Parmi les moyens d’obtenir une lumière éclatante, nous ne pouvons passer sous silence le procédé du capitaine Drummond : il consiste à projeter des jets de gaz hydrogène et oxygène sur de la chaux vive. Cette lumière était la plus vive que l’on connût avant la lumière produite par un courant de lluide galvanique dirigé sur un charbon, dans le vide, charbon qui n’augmente ni ne diminue, quelles que soient l’intensité et la durée de l’action. C’est à l’aide de la lumière Drummond que l’on éclaire le microscope de nuit auquel on a donné le nom miseuphonique de microscope hydro-oxygène joli, pour rétablir dans leur état primitif les plumes froissées; il achetait les peaux d’oiseau avariées et leur rendait en quelques minutes leur lustre et leur arrangement primitif. Il a , dit-on , enrichi les musées d’histoire naturelle d’une foule d’oiseaux qu’on était accoutume à mettre au rebut. Ce secret nous a été confié et prouvé au meme instant, comme il suit ; chacun peut le répéter de même : prenez une plume neuve à écrire, froissez la barbe, pliez la nervure jusqu’à tenir le tout dans votre main fermée ; jetez cette plume dans l’eau chaude et à l’instant le tout se redresse, s’ajuste et se remet dans son état naturel en quelques secousses ; laissez sécher, et votre plume est aussi bien peignée qu’elle l’était sur l’oiseau vivant; il parait que l’eau chaude fait gonfler la matière cornée et lui rend le ressort qu’elle avait perdu. Les modistes peuvent profiter de celte invention pour les plumes de toilette. — 199 — que nous avons été un des premiers à faire connaître à Paris. Le principal défaut de cet éclairage, c’est que la chaux ne larde pas à se cristalliser : ce qui exige de minute en minute le renouvellement des surfaces. Il est d’ailleurs difficile et coûteux de produire de l’oxygène. M. Gaudin a supprimé en partie cet inconvénient par des jets d’air comprimé, lancés au travers de flammes de térébenthine et d’alcool : c’est lui qui proposait d’éclairer les villes par des soleils de sa façon, placés sur des phares. Il y a beaucoup de choses au fond des expériences de M. Gaudin; mais elles sont loin encore d’être parvenues à l’état manufacturier. Il mériterait certainement d’être encouragé dans ses curieuses recherches ; mais il devrait pour cela se transporter dans une monarchie absolue, car dans les pays dits de liberté, les chercheurs n’ont guère que celle de se ruiner à la chasse des choses utiles, et c’est toujours trop tard que les encouragements leur arrivent, quand par hasard ils arrivent. Et encore les monarchies absolues ne sont-elles pas à l’abri de eet inconvénient. Une statue élevée à un grand homme mort de faim nous semble une assez mauvaise plaisanterie, à moins que l’on n’y grave une inscription objurgative du ministre qui l’a méconnu. Nous voudrions, par exemple, que l’on inscrivît sous la statue du père de la vapeur, les mots suivants : Salomon de Cahs, ENFERMÉ ET MORT A IIlCÉTRE PAR LES SOINS OU GRAND IllCHELIEU, POUR AVOIR INVENTÉ LA VAPEUR. — 200 Des lampe» du commerce et de leurs défauts. Pour en faciliter l’examen, on peut diviser les lampes du commerce en deux classes principales} comprendre dans la première celles à réservoir supérieur, et dans la seconde celles à réservoir inférieur au bec. Puis subdiviser les lampes de la première classe en lampes à niveau variable, et en lampes à niveau constant ; celles de la seconde classe en lampes mécaniques ou carcel, etc., et en lampes à air ou hydrauliques, hydrostatiques, etc. La dénomination de lampes mécaniques et physiques conviendrait peut-être mieux pour ces deux subdivisions. Chacune de ces divisions ou subdivisions renferme un grand nombre de variétés qui, bien que rajeunies par de nouveaux noms et des changements assez indifférents de forme et même de structure, ne sauraient former un genre à part. On peut donc les omettre, ainsi que de nombreux essais, plus ou moins ingénieux, qui n’ont pas pu supporter l’épreuve du public. Il ne sera question ici que des lampes usitées dans le commerce. — 201 — CARACTÈRES DISTINCTIFS, AVANTAGES, INCONVÉNIENTS, PREMIÈRE CLASSE. PREMIÈRE SUBDIVISION. Lampe à réservoir supérieur au bec et à niveau variable. Cette lampe, la plus ancienne de toutes, après le lampion, dont elle ne diffère que par l’addition du bec de Lange ou de celui d ’Jrgand, est aussi la plus mauvaise de toutes les lampes. Son plus grand vice, l’abaissement du niveau de l’huile, pendant la combustion, est son caractère distinctif ; elle comprend les lampes à couronne et autres dites sinonibres _, etc.; on la désigne souvent aussi dans le commerce sous le nom d’écono- miqae, parce qu’on la livre à bon marché, et que par ce motif elle est achetée par les malheureux ou les gens peu soucieux de leur éclairage. Son nom d’économique ne pouvait être plus mal choisi, car de toutes les lampes, elle est celle qui fournit le moins de lumière pour la môme quantité d’huile brûlée. L’huile s’y consume en fumée rougeâtre et en vapeurs infectes; elle porte un godet pour recevoir les égouttures du bec : son unique avantage est sa simplicité, puisqu’elle ne se compose que d’un vase découvert. — 202 DEUXIÈME SUBDIVISION. Lampe il réservoir supérieur au bec et à niveau constant. Elle diffère de la précédente par un niveau constant, ce qui lui fait brider l’huile d’une manière plus profitable. Elle porte aussi un godet pour recevoir les égout- lurcs du bec. Elle est beaucoup en usage pour les lampes dites à couronne, pour celles à tringle ou de bureau et pour les lampes de suspension ; dans cette dernière espèce, le godet n’est pas toujours placé sous le bec, mais sous le réservoir ; il se vide au moyen d’un bouchon ou robinet qui se trouve placé sous le ciel de la lampe. Dans ce système, le réservoir d’huile peut être établi de deux manières, soit au moyen d’une bouteille fermée par une soupape et qui se renverse dans la lampe après avoir été emplie d’huile (invention de Proust), soit par un robinet ou par un bouchon disposé sur le réservoir pour fermer complètement l’ouverture qui laisse échapper l’air pendant qu’on met l’huile. La bouteille qui se renverse nécessite une manipulation sale et dégoûtante, mais elle est d’un effet infaillible. Le robinet ou bouchon à air, est plus séduisant peut- être, mais fragile et d’un usage incertain. Dès qu’il n’intercepte plus complètement le passage de l’air, l’huile se répand au dehors, le godet et la lampe ne peuvent plus servir. — 203 — DEUXIÈME CLASSE. première sunmvision. Lampes à réservoir Inférieur au bec, mécaniques ou carccl, etc. En plaçant le réservoir de l’huile au-dessous du bec, on évite l’ombre que ce réservoir produit dans les lampes à réservoir supérieur et on donne à la lampe une forme plus commode et plus agréable. Un nombre infini de moyens ont été essayés pour pousser l’huile au bec; car, depuis quarante ans, il n’est pas d’inventeur qui n’ait fait sa lampe, ce qui semble prouver que la chose est difficile, puisque les meilleures lampes laissent encore beaucoup à désirer. Carccl imagina de conduire l’huile au bec à l’aide de pompes et de valvules en peaux ou en laffelas, mises en action par un ressort et un mouvement de pendule. Son idée est belle et heureuse. Ce procédé procure n un service fort agréable sans retournement et sans manipulation; la lampe se monte comme une pendule, l’huile arrive en excès à la mèche qui brûle avec plusieurs lignes de blanc; l’huile en excès retombe dans le réservoir, ce qui permet de supprimer le godet; le verre monte à-frottement le long du bec pour régler la flamme. Cette lampe possède donc de grands avantages, mais elle a aussi les inconvénients de ces avantages. Le prix en est fort élevé, l’huile arrive au bec par saccades, ce qui communique à la flamme des oscillations fali- — 204 — gantes et influe d’une manière nuisible sur la combustion. Telle est en effet la cause pour laquelle la lampe Carcel brûle tant d’huile. Le verre glisse difficilement sur le bec lorsque la lampe est neuve, il tombe de lui- même' ou par l’apposition du globe, lorsqu’elle a beaucoup servi ; les griffes qui tiennent la mèche se brisent facilement; son mécanisme est compliqué, délicat et fragile, aussi est-il sujet à des nettoiements, au moins annuels, coûteux et qui ne peuvent être exécutés que par un petit nombre d’ouvriers de quelques grandes villes. Les réparations sont fréquentes dans les lampes que l’on s’efforce de livrer à un prix moins élevé. Ces inconvénients s’opposent invinciblement à ce que cette lampe puisse devenir d’un usage populaire et s’exporter à l’étranger. De nombreux essais ont été tentés pour simplifier la lampe mécanique et, par là, en abaisser le prix et en diminuer la fragilité. Les uns ont imaginé de supprimer une grande partie des rouages, celui qui règle l’extension du ressort ou le temps pendant lequel la lampe doit fonctionner, et, dans ce but, de remplacer le mécanisme régulateur du ressort par l’écoulement même de l’huile compensée par lui. Ils ont alors employé un ressort plus long et des corps de pompe plus grands que ceux adoptés par Carcel, et ils ne laissent à l’huile, comprimée dans les corps de pompe par la force du ressort, qu’une ouverture étroite pour s’échapper. Il fallait que l’orifice d’écoulement de l’huile se trouvât proportionnel à l’élévation du bec, à la force du ressort, au temps que devait durer la combustion, à la fluidité, à la densité et à la pureté de l’huile. Son diamètre ne pouvait donc être déterminé que par tâtonnement et — 205 — pour une condition donnée; celte condition obtenue ne pouvait donc être de longue durée : en effet, le ressort exerce une pression plus grande au début qu’à la fin de la combustion, tandis que le poids de l’huile à élever est moindre. Le ressort perd constamment de sa force par l’usage ; au contraire, les obstacles qu’il est appelé à vaincre augmentent, les corps de pompe et l’orifice d’écoulement se chargent par l’action de l’huile, qui peut s’épaissir, qui conserve des parties plus ou moins visqueuses, qui change de densité, selon la température et les différentes qualités qui se trouvent dans le commerce. On a, à la vérité, cherché à débarrasser constamment l’orifice d’écoulement de l’encrassement qui tend à le rétrécir, en le faisant traverser par une tige mobile; mais cette tige se chargeant elle-même, pourrait plutôt aggraver le mal qu’y porter remède. D’autres suivant la marche et se renfermant, pour ainsi dire, dans le même cercle vicieux, se sont attachés à changer la forme ou la substance des pièces, au lieu de changer le principe de ce système qui se trouvait entaché d’un vice essentiel. Ils ont travaillé à pallier les inconvénients, au lieu de les éluder ou de les vaincre. Ainsi, le système de pompe employé par Carcel, qui donne des frottements assez considérables et une perte notable de mouvement, lorsque celui-ci a de grandes dimensions, a été remplacé par le cuir de la presse hydraulique. Le ressort a été disposé de mille façons, soit d’une manière verticale, soit en hélice; on l’a même remplacé par un poids, sans que ces variations plus ou moins ingénieuses aient pu suppléer à la régularité de — 200 — l'écoulement. Tous les robinets possibles ont été mis en usage, différents régulateurs ont été employés. La tige, au lieu de s’enfoncer dans le corps de pompe, s’est enfoncée dans un tube d’ascension; elle a été mise en mouvement par un flotteur, par le mécanisme de la pompe, ou par un mécanisme particulier, par un cric, par une roue, même par la main de celui qui devait faire usage de la lampe, sans que le vice inhérent au système ait pu disparaître. La lampe Carccl est de beaucoup moins imparfaite que ces lampes mécaniques dites perfectionnées , parce que l’écoulement de l’huile y est indépendant du diamètre du tube qui la conduit; sa durée est réglée par le mécanisme lui-même. On pourrait avancer que la lampe Carcel jouit depuis longtemps de tous les perfectionnements que son système comporte. Son mouvement connu en horlogerie avait été perfectionné poulies pendules, et nous voyons qu’elle n’a fait depuis plus de trente ans aucun progrès notable, ses perfectionnements sont liés à ceux de l’horlogerie, et l’on est autorisé à croire que le vice capital de cette lampe qui dépend de la nature même du mouvement de pendule, ne disparaîtra jamais; nous voulons dire la fragilité et la faiblesse. Mais cet inconvénient, inséparable du mouvement appliqué à la lampe, est bien moindre pour le mouvement appliqué à une pendule, parce que les conditions qu’il doit remplir dans les deux appareils diffèrent essentiellement. Dans la pendule il suffit que le mouvement ait la force nécessaire pour vaincre les frottements des rouages et faire mouvoir les aiguilles qui n’opposent qu’une résistance presque nulle, étant ga- — 207 — ranlics de tout frottement iet fort légères ; cependant, si le moindre obstacle arrête une pendule, l’épaississement des huiles, à plus forte raison, suffira pour arrêter le mécanisme en question. La lampe Carcel, composée d’un mécanisme semblable, participe donc de sa susceptibilité, puisqu’au lieu d’aiguilles, le mécanisme doit mettre en jeu des pompes qui absorbent presque toute la force du moteur. Au moindre obstacle produit soit par l’épaississement de l’huile contenue dans le réservoir, ou de celle qui lubrifie les rouages, ou de celle qui peut suinter à travers la couche de cire qui unit le mouvement au réservoir, la résistance survenue dépasse la puissance du moteur, et le mouvement s’arrête. Mais pourquoi ne pas faire un mécanisme beaucoup plus fort? Deux choses s’y opposent : le prix en serait trop élevé et l’huile jaillirait au-dessus du bec. DEUXIÈME SUBDIVISION. Lampes à aie ou hydrauliques, etc., et hydrostatiques. Les lampes hydrauliques ne renferment que de l’huile et de l’air; les lampes hydrostatiques renferment encore un autre liquide d’une densité plus grande, du sulfate de zinc. Les lampes hydrauliques ont été inventées par Gérard, afin d’élever, sans l’emploi du mouvement de pendule, l’huile au-dessus de son réservoir. Il existe — 208 — dans le commerce plusieurs variétés de lampes hydrauliques, mais elles diffèrent très-peu les unes des autres; elles ont pour caractère distinctif de se renverser ; c’est la fontaine de Iléron. Elles fournissent une assez belle lumière lorsque le service en est bien fait; mais ce dernier offre de graves inconvénients qui en font généralement abandonner l’emploi. Il faut, chaque fois que la lampe a briffé, la renverser sur une burette spéciale pour laisser écouler l’huile contenue dans le pied, et, dans cette position, déplacer un bouchon, ou un robinet, ou le cric qui monte la mèche, afin d’ouvrir ou d’intercepter le passage de l’huile et de l’air, et l’oubli facile de cette circonstance fait manquer le service. Le renversement de la lampe est une manipulation fort désagréable et fort sale, pendant laquelle il est bien difficile de ne pas répandre d’huile. Le public n’a jamais pu s’v faire. Un autre inconvénient capital est la nécessité d’un bouchon à air, qui, par l’usage ou par la moindre altération (s’il vient à tomber à terre, par exemple), finit par laisser passer l’air, et met dès lors la lampe hors de service. Le bec est rétréci à sa partie supérieure. Cette disposition, plus favorable à l’accès de l’huile, l’est moins à celui de l’air; elle ne permet plus d’armer le bec de griffes pour tenir la mèche, sans le compliquer d’une grille ou de quatre bandelettes intérieures qui peuvent facilement l’obstruer. La lampe hydrostatique ne se renverse pas; lors du service, on y introduit l’huile au moyen d’un entonnoir particulier qui fait contre-poids au sulfate de zinc. Elle a aussi un bouchon à air qu’il faut manœuvrer d’une manière spéciale; elle porte dans sa colonne un — 209 godet pour recevoir les égoultures du bec et le trop plein de l’entonnoir; l’huile refoulée par le sulfate de zinc arrive au bec où elle baisse graduellement d’une hauteur de dix millimètres pendant la combustion. Ses principaux inconvénients sont l’emploi du liquide étranger qu’il faut retirer de la lampe pour la faire voyager ou la nettoyer, et qu’il faut renouveler au bout d’un certain temps. Le bouchon à air est d’un usage peu sur et assujettissant; le service du godet est désagréable et dispendieux, puisque l’huile qu’il reçoit ne peut plus servir à la combustion ; ce godet qui ne laisse pas apercevoir quand il est plein, peut aussi répandre son huile sur les meubles. Le sulfate de zinc peut attaquer la matière de la lampe s’il est mis en contact avec elle; l’huile, qui laisse une portion du bec à sec pendant la combustion, prive la mèche de l’avantage de brûler à blanc pendant toute la durée de l’éclairage. Le bec élargi à la base a les inconvénients signalés plus haut. La lampe hydrostatique, supérieure à la lampe hydraulique par la suppression du renversement de la lampe pendant le servie*;, lui est inférieure par l’addition de son godet, de son entonnoir, d’un liquide étranger et de l’abaissement de l’huile dans le bec pendant la combustion. Système Robert. Robert, cet inventeur audacieux, qui vient de souffler le gaz des salons de Torloni, du café de Foy et d’une Il APPORT. 2. 14 — “210 — foule de grands magasins, pour y placer son éclairage à l’huile, est le même étudiant qui, sur les bancs de l’école de médecine , a charpenté avec son canif le modèle de l’excellent fusil qui porte son nom, tant il esl faux de croire qu’un homme de génie ne peut obtenir de succès que dans une seule branche de connaissances. Robert est là pour prouver le contraire, et si demain il lui prenait fantaisie de devenir le meilleur peintre ou le meilleur mécanicien de France, il le serait. Nous avons vu plus qu’il ne faut de ses œuvres, pour n’en pas douter. Robert est une de ces spécialités générales, qui font bien tout ce qu’elles entreprennent, parce qu’elles onl appris comment, avec le travail, on arrive à tout. Robert est un élève de Jacotot : vouloir c’est pouvoir, telle est sa devise. Robert est jeune, il fera bien d’autres découvertes encore ; on peut s’attendre à le voir substituer un jour à l’attirail embarrassant des pompes d’exhaus- tion dans les mines, un système simple, naturel et bien moins coûteux que les moyens actuels ; système qui se trouve tout entier dans son mode d’élever l’huile à tous les étages, révélation que nous nous félicitons de lui avoir faite. Le principe du système Robert est une heureuse ampliation de la fontaine de Iléron, élevée à son ennième puissance combinée avec la circulation du sang; car son réservoir est un cœur d’où s’écoule le fluide, en suivant les artères, pour se rendre aux extrémités, d’où l’huile échappée à la combustion retourne par les veines au cœur, non pour s’y échauffer, mais pour s’y refroidir. Il y a dans ce double tube des valvules, comme dans les veines. On voit que M. Robert a mis à profil ses connaissances anatomiques. — il I [Nous avons conduit plusieurs lampistes devant l'étalage de Robert, à l’exposition ; ils voyaient bien un tube descendant et amenant l’huile aux becs, mais ne comprenant pas comment cette huile remontait vers sa source, ils se contentaient de traiter cette invention de charlatanisme. Les lampes et les lustres exposés par Robert étaient remarquables par l'originalité, l’élégance et la légèreté de leurs formes. IVous avons distingué surtout des lustres à balancier pour salles à manger ou pour billards, d’une extrême légèreté, mobiles en tous sens et se développant à volonté, de manière à occuper quatorze pieds de diamètre. Robert a exposé la pièce la plus colossale qui ait jamais été faite en bronze, dans la ferblanterie ; il arrive fort à propps pour tirer celte industrie de l’état d’inaction où elle est plongée. Grâce à lui, des pièces réputées infaisables, s’exécuteront avec la plus grande facilité. Robert profite des matrices de tous genres qui existent chez les fabricants de bronze ; il les additionne, les agence et les symétrise avec tant de goût que des rebuts d’ateliers il exécute des ornements admirables. Le système Robert est applicable aux lampes de toutes les espèces usitées, comme aux lampes de bureau à réservoir parallèle au bec, aux lampes façon Carccl, c’est- à-dire à réservoir inférieur, et, enfin, aux appareils d’éclairage en grand pratiqué au moyen d’un seul réservoir d’huile et d’un système de tuyaux. Dans la lampe de bureau à tringle avec réservoir parallèle au bec, le système est sans la moindre complication. Il consiste en une pompe d’une construction forl simple, qu’on fait marcher au moyen d’une clef, et qui 14 * — 212 fait monter dans un réservoir supérieur toute l’huile résultant de la combustion précédente, huile qui est continuellement ramenée dans un réservoir inférieur. De cette manière on a supprimé les godets qui s'emplissaient rapidement et dont le déversement occasionnait de nombreux inconvénients. Par un tour de clef en sens inverse de ceux qui servent à faire monter l’huile, on ouvre un tiroir qui donne issue à l’huile du réservoir supérieur; elle en sort avec une régularité constante et une abondance maintenue de telle sorte que la mèche en reçoit toujours plus qu’il ne lui en faut, et qu’elle brûle à la manière des lampes Carcel. Dans cette espèce de lampes comme dans les autres, Robert a introduit de légères améliorations; ainsi, poulies griffes qui reçoivent et retiennent la mèche, elles sont dans les autres lampes d’une disposition défectueuse ; dans celles-ci, le pétiole des griffes est articulé sur le porte-mèche; au* moyen de cette disposition les griffes s’ouvrent et se rabattent d’elles-mèmes sur la mèche, sans être exposées à se détacher. Le porte-verre des meilleures lampes dites Carcel, se monte à frottement sur le bec; dans la lampe Robert, le porte-verre est réglé au moyen d’un petit tenon qui entre dans une échancrure dentée, facile à voir sur le côté de la galerie. De cette manière le mouvement du verre est toujours facile, et, une fois réglé, il ne peut plus se déranger. Robert a fait aussi une lampe à réservoir inférieur, placé dans le pied, et donnant un jet d’huile à la partie supérieure. La pompe dont nous avons parlé existe toujours dans cette lampe, mais son action s’y combine avec celle de la fontaine de Héron, enveloppée et modifiée — 413 de telle sorte, que cet appareil diffère complètement des lampes Gérard, basées sur le même principe; mais la sienne n’a aucun de leurs inconvénients. Ainsi elle n’exige pas comme ces dernières le renversement de la lampe et l’écoulement d’une certaine quantité de l’huile contenue; elle ne nécessite pas non plus le bouchon à air qui met les lampes Gérard hors de service, lorsqu’il a cessé de bien remplir ses fonctions. Nous ajouterons que, pour les‘dcux modèles que nous venons de mentionner, la flamme est d’une belle qualité, et qu’il résulte de nombreuses expériences, qu’elle est supérieure à celle des meilleures lampes Carcel du même diamètre. Les lampes dont nous venons de parler ne font qu’une très-petite fraction du vaste système d’éclairage qui se trouve complet dans un appareil établi comme essai à la fabrique de M. Robert, rue Poissonnière, et qui a déjà été appliqué en grand dans plusieurs établissements, (ant à Paris qu’en province. L’appareil peut alimenter un grand nombre de becs, placés à des hauteurs différentes, les uns au-dessus du réservoir, les autres à son niveau ou au-dessous. Les conduits qui se terminent par des becs peuvent sortir du parquet, des tables de magasin, des murs ou du plafond. Les uns sont fixes, les autres tournent à charnières dans le sens horizontal, comme des branches de gaz ; d’autres enfin sont recourbés en cou de cygne, et, chose tout à fait nouvelle, l’huile qui dégorge sans cesse des becs venant du plafond ou recourbés en cou de cygne, remonte d’clle-mème, par la combinaison des tubes de l’appareil, et retourne au réservoir commun. Le mécanisme entier est renfermé dans le réservoir, / — 214 — outre la pompe dont nous avons parlé et dont l’action est la même que dans la plus simple lampe. Robert a développé avec une science et un art vraiment admirables le système de la fontaine de Héron. L)e telle sorte qu’il lui fait donner une émission d’huile à tous les niveaux qu’il veut, et cela dans une mesure portée, pour ainsi dire, à l’infini, puisque le même réservoir, placé dans une cave, peut éclairer à tous les étages et toutes les chambres d’une maison. Ce système pourrait facilement et utilement être appliqué dans les grands établissements. L’huile, qui peut être mise dans le réservoir en quantité suffisante pour une soirée, pour un mois, une année même, est enfermée de manière à ce qu’elle ne puisse être dérobée; elle est brûlée de la façon la plus profitable; sans fumée, sans odeur ni perte aucune : le service se borne à l’entretien des mèches et des verres. En dernière analyse, soit que nous considérions la lampe prise isolément ou tout le système itobert, voici les avantages que nous croyons devoir lui reconnaitre : appareil à bon marché, fixe ou portatif, d’un mécanisme solide et d’un nettoiement facile, à un seul ou plusieurs becs placés sur la même ligne ou à des hauteurs différentes, sans godets, brûlant à blanc sans intermittence, avec surabondance d’huile et sans perte aucune, n’ayant point de poches en soie on en peau, sans mouvements de pendule, sans rouages et engrenages, comme dans les Carcel, sans bouchons à air, sans pièce de précision, sans autre liquide que l’huile, comme dans les lampes hydrauliques et hydrostatiques. Il résulte, en définitive, de celte énumération, que l’appareil Robert réunit les avantages des autres lampes — "215 — sans en avoir les inconvénients, et que, dans son application en grand, il ouvre la voie à une vaste et utile méthode de l’éclairage par les huiles. Substitution de l'huile au gaz. Le gaz, lorsque son emploi est renfermé dans l’intérieur des maisons et des appartements, chaque fois enfin qu’il n’est pas en plein air, offre des inconvénients si graves et si nombreux que, depuis plusieurs années, on cherche à le remplacer ■ déjà plusieurs établissements île Paris l’ont quitté, même ceux qui semblaient devoir le moins redouter ses effets, tels sont les principaux cafés du Palais-Royal, Véfour, etc., etc., qui tous ont repris des lampes à l’huile. Dans ces lieux l’air est pourtant sans cesse renouvelé, et chaque personne y séjourne peu d’instants. Si les principes délétères du gaz attaquent les couleurs, les métaux, les végétaux et l’homme sain, quelle sera doue leur action sur l’homme malade, plongé pour longtemps, avec des organes affaiblis, dans un air déjà vicié par les excrétions? On sait que la constitution la plus robuste ne saurait résister à un air de mauvaise nature ; que le gaz d’éclairage parfaitement pur n’est pas respirablej qu’il donnerait la mort par asphyxie, et qu’au degré d’impureté où il est employé, il contient des quantités très-notables de gaz hydrogène sulfuré, le (dus énergique de lous les (toisons gazeux ; son action ne se borne pas seulement à priver les poumons de l’oxygène essentiel à la vie, mais elle décompose aussi son parenchyme et le sang. A notre avis, il n'est pas de lieu auquel l’éclairage au gaz convienne moins, par exemple, qu’à un hôpital. Nous ne sachons pas qu’il ait encore été employé dans ces établissements, si ce n’est dans les couloirs et les cours. Dans son nouveau système d’éclairage, Jl. Hubert s’est appliqué à prendre la place que le gaz laisse inoccupée; ainsi, sans parler de ses lampes portatives à pied, de bureau, à suspension, qui ont sur les lampes dites Cctrcel l’avantage d’être beaucoup moins chères et d’une solidité beaucoup plus grande, nous ne mentionnerons ici que l’éclairage en grand appelé à remplacer le gaz. Son appareil, de même que le gaz, fait circuler la lumière dans toutes les parties d’un appartement. La mèche de chaque bec brûle à blanc, comme celle des lampes Carcel; il n’y a pas de godets, et l’huile qui dégorge sans cesse retourne d’elle-même au réservoir commun. Ainsi, pour le bec qui descend du plafond, par exemple, l’huile dégorgée s’élève d’elle-mcme et rctqurne au réservoir commun, à quelque distance qu’il soit placé. Cet appareil se compose : D’un grand réservoir qui peut être placé dans telle partie de la maison que l’on veut ; il est en même temps le magasin à l’huile et le régulateur de tout le système ; c’est lui qui, par sa disposition intérieure, donne le mouvement à toute la machine; il fait que l’huile s’élève à différentes hauteurs et s’y maintient; que, partant du — 217 — réservoir, elle y revient; enfin malgré son action, il n’est lui-même composé que des pièces les plus simples et les plus solides; il n’a en lui aucun mouvement mécanique, et n’éprouvant d’autre frottement que celui de l’huile qui passe dans les tuyaux, il est nécessairement d’une durée et d’une solidité parfaites ; sa capacité n’a pas de proportion limitée, et sans que sa disposition intérieure soit changée, on peut l’établir de telle contenance d’huile qu’on le désire; Des tuyaux circulants, qui portent l’huile dans toutes les parties d’un établissement, et rapportent celle qui n’est pas consommée. Ces tuyaux sont conditionnés de manière à être à l’abri des accidents qu’on pourrait craindre; les fuites, par exemple, qui sont si communes avec le gaz, ne peuvent arriver ici, l’huile n’ayant pas en elle les causes de destruction nécessaires pour percer des tuyaux soumis aux épreuves qu’on leur fait subir avant de les employer. Extérieurement ils sont préservés de la rouille par des bandelettes cirées, qui ne permettent pas à l’humidité de les atteindre. Becs du système Robert. Ces becs brident à blanc de mèche comme ceux des meilleures lampes Carcel, avec surabondance d’huile, ainsi que nous l’avons dit ci-dessus. Ils n’ont pas de godets, et l’huile qui dégorge retourne au réservoir ; 218 commun. Le service en est très-simple, puisqu’il ne consiste qu’à couper la mèche ; il est même rendu plus facile que dans les lampes les plus perfectionnées, ce qui est dû à une disposition particulière des griffes. Il n’y a jamais rien à nettoyer. Ils peuvent être allumés indifféremment, ou tous à la fois ou en partie; on éteint et on rallume plusieurs becs sans inconvénient; il en résulte que, pouvant dans une nuit, ne prendre que la lumière dont on a besoin, l’augmenter ou la diminuer, on obtient une notable économie dans un grand établissement. Le gaz ne présente pas cet avantage. On sait qu’à Paris, les établissements qui ont leur gaz particulier dans un réservoir également particulier, ou qui se servent de compteur et ne payent par conséquent que la quantité consommée, allument néanmoins tous leurs becs, alors même qu’ils n’en ont besoin que d’une partie. La raison en est que les robinets des becs qui ne seraient pas allumés laisseraient échapper du gaz, et que le seul moyen de s’en préserver est de le faire brûler. En outre, l’écoulement du gaz n’ayant jamais pu être parfaitement réglé, il s’en échappe toujours plus qu’il ne s’en brûle, ce qui est une cause permanente de mauvaise odeur et de fumée. Le petit bec de 9 lignes, qui éclaire comme 7 35/100 dç bougies stéarines, ne dépense que 2 centimes 1/2 d’huile par heure, le bec de 13 lignes en brûle environ pour 5 centimes. Les becs sont placés, nous le répétons, dans toutes les parties des salles: ils descendent du plafond, s’élèvent de terre, ou sortent des murs, peuvent tourner t s:sL'£*j&jpJfcàS&k& — ülî) — selon un plan horizontal, se prêtent enfin à toutes les exigences . (5) Windsor, en 181 S, échoua dans l’éclairage du Luxembourg i el de l’Odéon. — 'm — Du reste nous avions encore été devancés par les (Illinois, qui depuis des temps très-anciens se sont emparés des effluves de gaz carboné qui se dégagent des puits forés dans les terrains houillers, et qu’ils conduisent à l’aide de tuyaux de bambous jusque sous les •chaudières de leurs sauneries. Les paysans font cuire leurs aliments en pratiquant sur ces tubes des trous qu’ils garnissent d’argile pour garantir le bois de la combustion. Cela se trouve relaté par d’anciens voyageurs hollandais, confirmé ensuite par plusieurs jésuites, et en dernier lieu par le missionnaire français Imbert qui a visité ces contrées en 1827. À Bakou sur la mer Caspienne, dans l’ancienne patrie des Guèbres, le gaz carboné s’échappe de terre en si grande quantité, que les habitants n’ont pas d’autre combustible ; il leur suffît de faire une cavité dans le sable, de poser leur marmite dessus et de mettre le feu au gaz qui s’y rassemble; les tisserands même s’éclairent à l’aide d’un bambou planté dans l’aire garnie d’argile de leur cabane, à droite et à gauche de leur métier, toujours avec le soin de garnir de terre glaise l’extrémité des bambous d’éclairage; c’est aussi avec un tampon d’argile qu’ils éteignent cette lumière économique (1). (1) En 1667, Th. Shirley fit à la Société royale de Londres, un rapport sur la source enflammée (burning-well) du Lancashirc. En 1739, le docteur dayton fit quelques expériences de laboratoire pour remplir des vessies de gaz qu’il faisait brûler ; mais en 1618, le docteur Jean Tardin de Tournon avait déjà publié un volume sur la fontaine qui brûle près de Grenoble. Il paraîtrait même que Tardin a distillé de la houille, puisqu’il explique pourquoi elle ne peut s'enflammer elle-même dans la terre ; il serait donc le plus ancien inventeur en date. En lisant ceci, bien des gens s’imagineront peut-être que nous nous amusons à leur faire des contes, et nous traiteront sans doute d’utopiste, comme certain honorable auquel nous affirmions avoir vu, en 1834, des chemins de fer en Angleterre, et qui nous répondit : A beau mentir qui vient de loin. S’il n’y a pas d’inconvénient à savoir des choses qui ne sont pas généralement vulgarisées, il n’est pas sans danger de les répéter, car on se fait des contempteurs de tous les ignorants; mais s'il n’était pas permis de les braver, les sciences resteraient stationnaires. Que vont penser ceux qui doutent de la réalité de ces merveilles étrangères, quand nous leur dirons qu’il en existe de semblables chez nous et que nous ne savons pas les utiliser? A Wasme, auprès de Mons, le gaz pendant les sécheresses s’échappe du sol en si grande abondance, qu’il suffit d’approcher une flamme des fissures du terrain pour voir serpenter le feu tout autour de soi. Un ouvrier nommé Brohet nous a raconté qu’ayant ainsi creusé sur une des places du village un trou de quelques pieds qu’il recouvrit de planches et calfata d’argile, il y ajusta un canon de fusil à travers lequel s’échappait le gaz rassemblé dans la cavité, il alluma ce gaz et produisit de la sorte un luminaire économique, au grand ébahissement de toute la commune. On voit qu’avec très-peu de frais on pourrait éclairer et chauffer ce village; mais la houille y est à si bas prix qu’on ne songe pas à se servir du gaz dont nous parlons (f). Nous ne douions pas qu’en creusant des puits (1) Nous sommes porté à croire qu’il existe des effluves de gaz RAPPOllT. 2 . 15 — 220 à travers les innombrables couches (le houille qui constituent le bassin de Mons, on ne puisse obtenir un écoulement constant de gaz hydrogène carboné, qui aurait en outre l’avautage d’assainir les houillères. Nous pensons même qu’en profitant de la différence de pesanteur spécifique de ce gaz relativement à celle de l’air, on pourrait, à l’aide d’un appareil en forme de cloche, recueillir celui qui s’échappe des cheminées d’aérage pour l’utiliser, soit à l’éclairage, soit au chauffage des chaudières à vapeur. Voici comment nous entendrions cet appareil : un grand cône de tôle placé sur une bure d’aérage, recevant les émanations de la fosse, il nous semble que le gaz, par sa légèreté, gagnerait le sommet du cône, où il s’accumulerait en refoulant l’air vers le bas du récipient, qui resterait ouvert h l’air libre. Si, quand ce cône est plein de gaz, on lui donnait un écoulement par un tube partant du sommet, il nous semble qu’on pourrait en tirer parti. Mais comme on ne saurait le forcer à descendre de très-haut pour le conduire sous une chaudière, il faudrait enfoncer h; cône dans la bure, de manière à ce que le sommet fût de niveau avec le sol. Ceci ne nous paraît devoir réussir que dans les bures à ventilation naturelle; car dans celles où des pompes pneumatiques sont en usage, nous pensons que le gaz se trouve tellement mélangé à l’air qu’on n’obtiendrait guère qu’un composé détonant. hydrogène sur beaucoup de points de notre globe, et qu’on en* trouverait beaucoup en promenant une flamme sur les terrains sous lesquels on soupçonne l’existence de la houille ; c’est peut-être le moyen le plus sùr de faire la decouverte du charbon minéral. — 227 — Il faut cependant excepter l’exhaustion pratiquée au moyen de la vis d’Archimède en toile, composée d’un seul grand tour d’hélice, telle que l’emploie le général Sabloukoff, à Saint-Pétersbourg, pour l’aérage des ateliers malsains. % Cet ingénieux observateur s’est assuré, à l’aide de jets de fumée, que l’air traverse la vis d’Archimède en ligne droite, sans éprouver la moindre perturbation ou projection quelconque ; il ajoute que la vis d’Archimède est bien préférable aux ventilateurs pour l’aérage des mines, et c’est sur sa parole que nous en recommandons l’essai à nos bouilleurs (1). * (1) La question delà ventilation des mines est très-importante. Il lie suffit pas d’inventer ; il y a dans ce moment des milliers d’inventions en projet, il est temps de les essayer, de les appliquer et surtout de leur donner de la publicité. M. Mole a déjà réussi dans l’application d’un pas de la vis d'Archimède dans une houillère de M. liasse, qui a bien voulu en faire les frais ; et c’est beaucoup que de faire le premier pas. Cette vis qui n’a que 90 centimètres de diamètre, remplace une énorme pompe pneumatique à 'la Cochaux que nous avons toujours condamnée; mais, à notre avis, cette vis fonctionnerait encore mieux si son diamètre était double et même triple, comme en a fait le général Sabloukoff à Saint-Pétersbourg. Nous voudrions voir essayer aussi le système dont M. Letoret, deMons, nous a entretenu déjà depuis 1836, et qui consiste à envoyer de la vapeur par un tube à une certaine profondeur, et à la laisser échapper du fond par le jet d’un siphon recourbé. Nous invitons M. Gonot, qui se propose de l’appliquer, à consulter les travaux de Pellctan, sur la puissance de l’effet de succion produit par la vapeur. Nous pensons que toute l’opération pourrait s’établir vers le haut de la bure, et qu’il ne serait pas nécessaire dé porter le jet de vapeur à une très-grande profondeur. M. Letoret a fait plusieurs essais comparatifs entre le ventilateur 15* — 228 Gaz de houille. Nous n’indiquerons qu’en peu de mots le principe de la fabrication du gaz d’éclairage : tout le monde est de Cabaret à 4 ou à 8 ailes et la vis d’Archimède ; le ventilateur lui a paru produire plus d’effet que la vis : il serait facile de s’en assurer en appliquant ces ailes dans le cylindre de la vis , établie par M. Mote. M. le docteur Letoret, en habile physicien qu’il est, vient d’inventer une disposition de ventilateur à découvert, qui nous semble le dernier mot de la ventilation , à cause de sa simplicité. On en jugera par les détails suivants : Cet appareil ne se compose que d’un moulin à 4 ailes plates, adaptées à un arbre, tournant entre deux murailles, sans les toucher. L’axe de son moulin traverse, à droite et à gauche, deux ouvertures qui représentent les ouïes alimentaires des ventilateurs à enveloppes. Ces ouvertures communiquent avec la bure, entièrement close de tous les autres côtés. On voit que les ailes, mises en mouvement, lancent l’air dans toutes les directions, comme un soleil d’artifice ; c’est dans l’espèce de vide qu’elles opèrent que l’air de la bure est forcé de s’élancer sans cesse. Ce peu de mots sulïira'pour nous faire comprendre des ingénieurs, et chacun d’eux pourra se mettre à l’œuvre. Il nous semble que le gouvernement devrait ordonner des expériences comparatives, pour déterminer la supériorité relative des 4 ou S nouveaux moyens de ventilation qui se sont placés tout nouvellement sur les rangs : 1° La vis d’Archimède. 2° Le ventilateur de Combes. 3° Le ventilateur de Cabaret. 4 U Le ventilateur Letoret. 8° Le jet de Pellctan. Cette question est assez grave, elle intéresse à un trop haut point sensé savoir (ju’en distillant, en vase clos, de la houille, on obtient de chaque kilogramme de 230 à 230 litres de gaz hydrogène, contenant des carbures d’hydrogène sans lesquels le gaz ne donnerait qu’une flamme bleuâtre dilatée et transparente comme celle du gaz hydrogène pur; mais dès que des vapeurs d’huile essentielle viennent déposer leur charbon dans la flamme, celle-ci acquiert un pouvoir lumineux proportionnel à la somme de carbure contenu dans l’hydrogène, à condition toutefois que l’oxygène de l’air lui soit fourni en quantité nécessaire pour activer la combustion. Dans la houille comme dans les résines, le carbone, loin de manquer, est en trop grande proportion pour l’hydrogène destiné à lui servir d’excipient, de sorte qu’il se dépose, soit en goudron, soit en naphtaline, dans les conduits qu’il incruste. Depuis que l’éclairage au gaz a été adopté, on peut dire que sa fabrication n’a pas fait un progrès notable dans les grandes usines, on pourrait même ajouter qu’il y a recul; car l’épuration en est tellement négligée qu’on ne peut plus respirer l’air infect des cafés et des théâtres un peu richement éclairés. Il s’opère en ce moment un retour vers l’éclairage à l’huile, et à notre avis une révolution complète se prépare dans cette partie, par suite de l’invention de l’huile de schiste dont le prix est trois fois moins élevé que celui des huiles de lin et de colza; on finira sans doute par la faire brûler convenablement dans les lampes du système Robert, la vie de 110s ouvriers, pour que l’on hésite à dépenser quelques milliers de francs pour savoir à quel système on doit donner la préférence. — 250 — quand celui-ci voudra se donner la peine de résoudre ce problème economique, et d’appliquer à ses becs le verre de la lampe solaire, inventé depuis trois ans par Smith de Birmingham, qui emploie deux cents ouvriers à l’exploitation de sa découverte ; c’est donc à tort que Benkler se fait passer dans les journaux d’Allemagne pour le premier inventeur. Ce verre a pour but de faire brûler les huiles les plus hypercarburées, sans fuliginosités et avec une lumière blanche et dense que l’on compare à celle du phosphore brûlant dans l’oxygène. Bien de plus simple que cette idée; le verre que l’on applique sur le bec est soufflé et étiré en cylindre, mais au lieu d’en séparer la cloison inférieure, on la refoule comme un cul de bouteille ; on pratique au sommet de ce petit cône une ouverture un peu moins grande que le diamètre de la mèche et l’on garnit cette ouverture d’un anneau de métal. Ce verre posé sur le bec d’une lampe, l’ouverture étant tenue à quelques lignes de la mèche, voici ce qu’il arrive : l’air en suivant la voûte hémisphérique pour s’élancer dans le haut du verre, étreint la flamme dans un anneau d’air chaud, et opère de la sorte une décomposition plus parfaite des carbures; la flamme n’étant plus refroidie par des courants, comme dans les becs ordinaires, plus rien n’échappe et ne peut échapper à la combustion ; nous recommandons la fabrication de ces verres à l’habile directeur du Val-Saint- Lambert; mais nous le prions de ne pas oublier de les faire recuire, sans cela la casse sera tellement fréquente qu’on regardera celte invention comme impraticable; nous en rendons les verriers responsables, comme ils devraient l’ètre des trois quarts des verres à quinquet, — 251 — auxquels ils s’obstinent à ne pas donner de recuit, dans l’intention avouée d’obtenir la plus grande easse possible (1). Nous avons dit que l’industrie de l’éclairage au gaz n’avait fait aucun progrès sensible depuis Murdock, ni pour la distillation, ni pour l’épuration, ni pour le mesurage, ni pour le mode de conduire et de brûler le gaz. On n’obtient généralement que 4 à 7 pieds cubes de gaz par kilogramme de bouille, tandis qu’elle en contient plus du double; à Bruxelles, on ne retire que 3 pieds 1/2 de gaz et l’on en retire 7 à Liège, cela* dépend de l’espèce de houille. Nous ferons voir cependant qu’il est possible de doubler encore cette dernière quantité. Écoutons d’abord M. Blondeau de Corolles, et M. Jules Séguin; car ils parlent en gens experts : « Une des causes qui se sont opposées à tout perfectionnement dans les procédés de décomposition de la houille, provient de ce qu’on a toujours cru, eu fabrique, que la qualité du gaz diminue en même temps que la quantité augmente, de sorte qu’il s’établirait une (1) Nous recommandons aux bonnes ménagères le procédé suivant pour faire de la peine aux verriers, c’est de faire bouillir pendant plusieurs heures les verres neufs dans une chaudière remplie d’eau et de son, ou seulement de sable, et de les laisser refroidir lentement avant de les retirer; ces verres ne seront plus impressionnables au plus petit coup d’air, et on en épargnera de la sorte 90 sur 100. Nous connaissons des estaminets à lîruxclles, où tous les verres se cassent le samedi soir au moment où on relave en tenant les portes et les fenêtres ouvertes : l’air humide porté sur un verre chaud , ne peut manquer de le faire éclater. compensation telle, que l’on devrait se contenter de la quantité obtenue sans chercher inutilement à l’augmenter. « Cette opinion erronée s’appuyait sur une donnée scientifique : on croyait que si à une basse température la houille produisait peu de gaz, du moins elle se transformait presque complètement en bicarbure d’hydrogène, gaz très-éclairant, tandis qu’à une température élevée, l’hydrogène protocarboné, qui prenait naissance en plus grande quantité, ne donnait pas une somme de lumière égale à celle qu’on obtient au moyen du gaz biearbonné. On ne saurait admettre celte explication depuis que l’on sait que les gaz ne doivent leur pouvoir lumineux qu’à la présence des produits volatils qui les accompagnent, les saturent et leur communiquent, quelle que soit leur nature, un pouvoir lumineux suffisant. « D’après cela, il s’agissait de rechercher en premier lieu quelle était la quantité de gaz à laquelle un kilogramme de houille pouvait donner naissance, afin de connaître le point vers lequel on doit tendre en fabrique, puis déterminer les circonstances dans lesquelles la houille doit être placée pour pouvoir approcher de cette limite. « Après avoir démontré qu’un kilogramme de houille peut donner naissance à fi 10litres de gaz propre à l’éclairage, et qu’il n’en fournit que 250 au maximum dans la pratique, j’ai prouvé que cela tenait au mauvais système de distillation en usage, et qu’il fallait, pour se rapprocher du nombre que l’analyse indique,, que la houille, disposée en couches peu épaisses, se trouvât en contact immédiat avec les parois de l’appareil, de r — 233 — manière à ce que ses éléments, saisis par l’action d’une forte chaleur, se réunissent sous forme de fluide élastique permanent, auquel on doit encore faire parcourir un grand trajet le long des surfaces chaudes pour opérer la décomposition complète des parties bitumineuses qu’il entraîne. « C’est en mettant ces principes en pratique que je suis parvenu à retirer de la houille 580 litres de gaz par kilogramme, c’est-à-dire 130 de plus qu’en fabrique. « Si la décomposition de la houille est imparfaite, l’épuration du gaz qui en provient laisse aussi beaucoup à désirer. Outre l'hydrogène sulfuré, dont on ne se donne pas toujours la peine de le dépouiller, il contient encore de l’ammoniaque et du sulfure de carbone que l’on n’a jamais cherché à lui enlever. La chaux dont on se sert dans l’épuration ordinaire décompose le sulfhy- drate d’ammoniaque, s’empare de l’hydrogène sulfuré, met en liberté l'ammoniaque qui vient se mêler au gaz de l’éclairage, et lui communique une odeur désagréable en même temps qu’il diminue son pouvoir lumineux. 11 fallait s’emparer de ce gaz avant son arrivée dans les gazomètres : c’est ce que j’ai fait en me servant du coke recouvert d’une couche de chlorure de calcium, substances qui jouissent l’une et l’autre de la propriété d’absorber l’ammoniaque. « Le soufre que contient la houille venant à réagir sur le carbone à une haute température, produit un sulfure de carbone que l’on peut rendre moins volatil en le mettant en contact avec le soufre qu’il dissout. Une couche de soufre jointe à une couche de coke légèrement imprégné de chlorure de calcium, suffit pour compléter l'épuration et empêcher que le gaz ne produise, en brûlant, du gaz sulfureux qui, mêlé à la vapeur d’eau, altère les couleurs soumises à son action. « Ayant reconnu que tous les compteurs dont on se sert pour constater la consommation du gaz, sont sujets à de nombreuses causes d’erreur, j’ai cherché un mode de mesurage plus exact, en me servant de principes autres que ceux que l’on a mis à contribution jusqu’ici. Mon procédé est fondé sur celte considération, que le gaz d’éclairage est saturé de vapeur d’eau à la température à laquelle s’effectue sa combustion, en sorte qu’on peut, en absorbant cette vapeur au moyen de substances avides d’eau, telles que la chaux, la potasse, le chlorure de calcium, déterminer, par l’augmentation de poids de ces matières, la quantité de gaz consommé. En abandonnant la mesure des volumes pour recourir aux pesées, on suivrait la marche qui a été généralement adoptée en chimie, science à laquelle l’usage de la balance a rendu de si grands services en lui permettant de mettre plus de précision dans ses mesures. » Nous pensons que la méthode exposée serait sujettes une infinité d’erreurs, à cause des variations de température, qui influent sur la capacité des gaz pour la vapeur d’eau contenue dans les gazomètres et les tuyaux de conduite. Ce n’est point là un procédé manufacturier, c’est seulement, comme dirait un algébrisle, une -élégante formule de laboratoire. Nous avions cru trouver la solution du mesureur de gaz dans un appareil fermé par un diaphragme de soie vernie, formant alternativement sac à droite et sac à gauche, selon que le gaz arrivait d’un côté ou de l'autre de la cloison; mais ayant appris que ÏM. Clegg travaillait 235 — à Londres sur un principe analogue, sans beaucoup de succès, nous avons jugé prudent de ne pas nous croire plus habile que lui. Le plus simple des mesureurs serait un gazomètre en zinc, contenant un ou plusieurs mètres cubes, selon les becs employés. Ce gazomètre, fermé par un piston hydraulique, est entouré d’une peau pleine d’huile qui presse très-hermétiquement et très-légèrement les parois du gazomètre, à l’aide d’un réservoir supérieur, de quelques pouces seulement, au-dessus du piston, ce piston sans tige est soulevé par une corde passant sur une poulie et munie du contre-poids nécessaire. Cette espèce de gazomètre est employée dans les usines à gaz portatif. Un compteur fermé adapté à ce petit gazomètre indiquerait combien de fois le piston a été soulevé, et par conséquent le nombre de mesures à payer au bout du trimestre. Nous pensons que ce mode résoudrait complètement la question du tant pris tant payé, et terminerait les éternels différends entre le fabricant et le consommateur, parce que les bons comptes seuls font les bons amis. Chacun serait libre alors d’user, d’abuser ou d’économiser son gaz, et s’étudierait à le mieux brûler. Nous renvoyons pour cela aux nouveaux essais de Itobison sur la meilleure manière de brûler le gaz (1). (1) On croit généralement que plus est facile l’accès de l’air dans une lampe à jet de gaz, plus grande aussi est la lumière émise ; mais il n’en est point ainsi. 11 y a au contraire une certaine proportion d’air nécessaire pour la parfaite combustion d’une quantité donnée de gaz. S'il passe dans la cheminée une quantité d’air excédant celle proportion, l’étendue de la Ilammc est réduite, et Quand nous disons que le meilleur compteur à gaz est un gazomètre, nous supposons que la température soit toujours la même ; car la chaleur fait dilater le gaz la lumière diminue; si, au contraire, il en passe un volume moindre, la surface de la flamme s’allonge, et la lumière décroît encore parce qu’une partie du carbone échappe à la combustion. Une expérience facile à faire peut le prouver. Qu’on diminue par degrés le jet de gaz en tournant le robinet, la flamme deviendra pâle et bleue, parce qu’il y a trop d’air pour la petite portion du gaz qui brûle. Qu’on empêche alors le libre accès de l’air au moyen d’un linge placé au-dessous du jet et de sa cheminée, on verra la lumière et le volume de la flamme augmenter jusqu’à ce qu’ils arrivent à un maximum auquel, si l’on augmente l’obstacle à l’arrivée de l’air, la proportion en deviendra trop faible pour la combustion de tout le carbone, et la lumière diminuera de nouveau’. Le volume et la forme des jets, le diamètre et la hauteur des cheminées ont donc une grande importance, et les meilleurs sont * C’est après avoir fait cette remarque, il ya une dizaine d’année, que le rédacteur de ce rapport prit un brevet pour un régulateur des courants d’air. Intérieur et extérieur. Voici ce qui est arrivé de ce brevet : un jour qu'il visitait l'usine à gaz de Verviers, le directeur lui démontra dans les plus grands détails les avantages qu'il retirait de l’application de ces régulateurs à tous ses becs; l'économie de gaz s’élevait au moins au tiers, pour la même lumière; le gaz étant mieux brûlé ne salissait plus les appartements et ne répandait plus d’odeur, etc. Quand il eut bien parlé, le visiteur réclama sa part de ce bénéfice sur tous les becs de Liège et de Verviers, qui portaient son appareil breveté; mais l’impêl sembla si fort que l’administration lui répondit qu'elle préférerait abandonner elle-même les avantages qu’elle retirait de cette invention, plus profitable d’ailleurs aux consommateurs qui se servent de mesureurs, qu’à rétablissement même. Comme il eût fallu entreprendre des procès contre chaque particulier, l'inventeur trouva préférable pour ses intérêts de se laisser voler que do poursuivre les voleurs. Ceci est un nouvel exemple de la difficulté qu'on trouve à gagner sa vie avec ses inventions. cependant si l’inventeur avait attaqué SI. Orban, il eût été condamné injustement, car il s'en était rapporté à son ingénieur qui lui avait donné cette invention comme sienne, ce qui prouve la nécessité de publier les brevets immédiatement après leur obtention 4 pour mettre le public lui-même en garde contre la contrefaçon. On a vu'en France plus d'un contrefacteur sans le savoir, ruiné par un procès de ce genre. — 257 — d’une assez forte quantité; on a vu un gazomètre exposé à l’air, monter de plus d’un mètre sous l’influence du soleil; le docteur Penot, qui s’est livré à de belles rechcr- ceux qui doivent donner le maximum de lumière que le gaz est capable de fournir. En règle générale, la plus grande quantité de lumière, en proportion du gaz dépensé, s’obtiendra en élevant la flamme aussi haut que cela est possible sans la faire fumer. On le prouve par l’expérience suivante. Que l’on compare, au moyen d’un mesureur de gaz, la quantité qui en est consumée par un seul jet, brûlant aussi haut qu’il est possible sans fumée, avec celle de deux ou trois autres jets tenus bas et donnant exactement entre eux la même lumière que le premier, on trouvera que le jet seul ne consume que les deux tiers ou la moitié du gaz nécessaire pour obtenir le même éclairage avec deux ou trois autres becs. II s’ensuit que lorsqu’on a besoin d’un certain degré d’éclairage, il convient d’employer le jet qui suffira pour le donner, et pas davantage, et que c’est une fausse économie que d’avoir un fort bec dont on tient la flamme au-dessous de sa hauteur propre. La meme règle s’applique aux jets percés de plusieurs trous : si ces trous sont de hauteur inégale, soit en raison de ce que quelques-uns sont mal percés, soit par l’effet de quelque impureté accidentelle, lorsque la flamme du trou le plus favorisé s’élève à la hauteur convenable pour bien brûler, les autres trous consument le gaz à perte, et d’autant plus que la différence de hauteur est plus considérable. Des cheminées beaucoup plus petites que celles qui sont généralement en usage seraient beaucoup plus avantageuses pour l’éclairage; mais malheureusement, lorsqu’on leur donne une dimension beaucoup moindre et favorable au maximum de lumière, elles sont sujettes à se fendre ou à se ramollir par la chaleur. On est donc réduit à chercher à cet égard un juste intermédiaire entre les deux inconvénients. Quel que soit le diamètre du jet, la cheminée ne doit pas l’excéder de plus d'un demi-pouce : ainsi, si le diamètre du bec a moins de Irois quarts de pouce, celui du verre ne doit pas dépasser un — 238 — clics sur le gaz, a trouvé que de 0 à 25 ou 30 degrés le gaz se dilate de 5 à 6 p. c. Dans l’épuration du gaz, ce dont il importe le plus pouce et un huitième. Sa hauteur ne doit pas être supérieure à quatre pouces au-dessus de l’ouverture de laquelle s’échappe le gaz. La petitesse de l’intervalle ainsi laissé entre la llainme et le verre rend nécessaire que la galerie qui doit soutenir ce dernier soit bien faite , pour le maintenir perpendiculaire et bien concentrique avec la flamme. Les défauts en ce genre sont communs, et ils sont l’une des principales causes d’accidents pour les verres et de mauvais éclairement dans les jets. Un bon moyen d’y remédier consiste à visser la galerie sous le jet et non dessus, et à lui donner alors un peu plus de diamètre, puisque l’air doit en ce cas entrer en entier par ses ouvertures. Les jets doivent être faits de forme conique plutôt que cylindrique, et, ce qui est plus important, ils doivent être percés du plus grand nombre de trous possible; car ce n’est pas le nombre des trous, mais l’ouverture du robinet qui règle la dépense du gaz. Il est nécessaire que la galerie soit parfaitement concentrique au jet, et qu’elle ait été bien .ajustée sur un mandrin ayant la forme exacte des cheminées. Les meilleures cheminées ne sont pas celles qui sont uniformément cylindriques, mais bien celles en usage pour les lampes d’Argand, qui ont deux diamètres, dont l’un est fort inférieur à l’autre. On les ajuste de manière que le bord du jet soit de niveau avec le second tube qui doit le dépasser de quatre pouces ; on a soin de noircir le tube inférieur, ce qui cache le bec, et la lumière parait sortir d’une épaisse bougie. On croit d’ordinaire que la fumée qui noircit les plafonds est due à la mauvaise qualité du gaz ; mais elle provient uniquement soit de ce qu’on élève trop la flamme, soit de la négligence avec laquelle on allume les becs. Si l’on tourne le robinet brusquement, et qu’on allume le jet, une épaisse fumée s’en échappe et noircit le plafond; si, au contraire, on ôte les verres et qu’on ne tourne que peu le robinet, de manière à donner une flamme circulaire bleue et légère, que l’on remette les verres et qu’on ouvre les robinets — “ 23 !) — de le débarrasser, c’est de l’acide sulfhydriquc ou liydro- • gène sulfuré qui lui donne cette mauvaise odeur dont on a toujours à se plaindre, et qui l’a fait repousser des magasins de soierie et de bijouterie, car il agit sur les couleurs comme sur les métaux, sur le jaune de chrome surtout et sur l’argent. En remplaçant la chaux par le sulfate de plomb on parvient à débarrasser entièrement le gaz de l’hydrogène sulfuré. En traitant ensuite le sulfure de plomb résultant de l’épuration, on peut reconquérir le métal ; cette méthode ne reviendrait en définitive guère plus cher que la chaux. Il est vrai que la chaux absorbe l’acide carbonique, ce que le sulfate de plomb ne fait pas; mais ce gaz en petite quantité ne nuirait peut-être pas grandement à la lumière qui pourrait bien le convertir en gaz oxyde de carbone au moment de son passage à travers la flamme. Une autre remarque importante du docteur Penol, c’est que la houille humide produit beaucoup moins de gaz que la houille sèche; il a trouvé que la houille absorbe 21 p. c. d’eau; mais d’après les essais du chi- jusqu’à ce que la flamme s’élève à trois pouces, on brise très-peu de cheminées, et l’on no noircit point les plafonds. On a proposé de fournir aux jets un courant d’air chaud en ayant une cheminée extérieure d’un diamètre qui dépasse un peu celui du verre intérieur. Celte cheminée extérieure descend au- dessous du bec, et est fermée en bas par une lame métallique: l’air qui doit alimenter la flamme s’échauffe en passant entre les deux cheminées, il entre dans le verre intérieur et le jet, et sert ainsi à la combustion. Ce procédé peut être utile pour les becs mal faits et des cheminées trop élevées, mais il n’ajoute rien à l’éclairage produit par les appareils qui ont été recommandés par l’auteur. — 240 — miste polonais kopzinsky, le pouvoir d’absorption de la houille s’élève au moins au double, et les charretiers ainsi que les débitants ne se font pas faute de l’arroser. En n’admettant que 18 p. c. d’eau, M. Penot n’a obtenu d’un kilogramme de houille que 160 litres de bon gaz et 92 litres de gaz de mauvaise qualité, total 4 pieds cubes ; mais avec un kilogramme de houille desséchée, il a obtenu 240 litres de bon gaz et 92 litres de mauvaise qualité, total 7 pieds cubes, presque moitié en sus, et la distillation a été moins longue. La cause de cette grande différence c’est que, dans le commencement de la distillation de la houille mouillée, il y a beaucoup de calorique absorbé à vaporiser l’eau, et qu’il se distille une grande quantité de goudron non décomposé. Tout cela n’arriverait pas, si l’on voulait adopter le procédé suivant. Ce n’est ni 4 ni 7 pieds cubes de gaz que l’on obtiendrait par kilogramme de houille, mais 20, 30 et peut-être 40 pieds cubes d’un gaz qui, sans être épuré, serait moins nuisible que le gaz actuel ; nous soumettrons notre plan à l’appréciation des savants et des praticiens. Distillation continue de la houille. Nous avons dit que la production cylindrique ou continue est le dernier but des inventeurs, et le dernier perfectionnement des industries diverses. Nous possédons déjà la distillation continue des 2 fl — esprits ; mais on était bien éloigné de croire à la possibilité de la distillation continue du charbon, et cependant on va voir que rien n’était plus naturel et qu’on eût dû commencer par là. Nous allons en exposer la recette en peu de mots : Fondez une grande cornue de quatre à cinq mètres de haut, composée de deux cônes tronqués réunis par leur base, ayant la forme d’un fuseau, et plongez-la perpendiculairement dans un four à réverbère ; laissez sortir du fourneau les deux extrémités de ce fuseau ; que l’extrémité inférieure soit inunie d’un tube latéral, servant à l’échappement du gaz, que celle d’en haut servant à la charge ne soit fermée que par la houille menue et humide qui la tamponne, ou tout au plus par un couvercle non luté qui s’enlève aisément pour entretenir la cornue pleine. Voici comment fonctionnera cet appareil : la cornue, poussée presque au rouge blanc sur la partie inférieure, doit rester au rouge-cerise vers le milieu, et enfin au rouge sombre vers le haut. Cela s’obtient naturellement par la forme du fuseau que la flamme cesse de lécher, à partir du centre, ou par des moyens artificiels de tirages divergents. La houille inférieure sera bientôt réduite en coke et les produits de la distillation, au lieu de s’échapper par le haut, seront forcés de traverser le coke incandescent pour se rendre au gazomètre. Il arrivera donc que la vapeur d’eau sera décomposée en même temps que les goudrons et qu’il y aura : 1° production de gaz hydrogène provenant de l’eau; 2" combinaison chimique à l’état naissant des carbures du goudron décomposé, avec l’hydrogène pur; 5° production du gaz oxyde de carbone provenant de la décom- 1UPPORT. 2 . 10 / position de l’eau par le charbon à une température élevée; 4° diminution du coke qui sera sans cesse remplacé par l'affaissement du charbon supérieur qu’on aura soin d’entretenir au complet par le gueulard, comme on entretient la charge des hauts fourneaux. Reste à savoir quel degré d’humidité il convient de donner à la houille pour proportionner la production du gaz hydrogène non carboné, avec les gaz hypercar- bonés fournis par le charbon et les goudrons. On aura soin seulement de ringarder de temps en temps la grille de la tubulure inférieure pour en faire tomber les cendres. On conçoit que nous aurons de la sorte un gaz tout aussi chargé d’hydrogène sulfuré que par la méthode ordinaire; mais comme cette quantité de matière nuisible se trouvera étendue de vingt ou trente fois son volume de gaz hydrogène pur, produit par l’eau décomposée, il s’ensuivra que notre nouveau gaz sans épuration, se trouvera moins impur que le gaz ordinaire qui n’est généralement épuré qu’à demi. Nous pensons en avoir assez dit pour faire comprendre l’ensemble de notre procédé; mais nous nous réservons le plaisir de communiquer le dernier mot, le caractéristique, aux personnes qui seraient tentées de le mettre en œuvre. Nous ajouterons seulement que dix de ces cornues perpendiculaires continues, feraient autant de besogne que trente cornues horizontales ordinaires, et que deux hommes suffiraient pour les conduire. Le prix du gaz sera de la sorte diminué des deux tiers, et plus d’une grande fortune sortira de notre indiscrétion, heureux si l’on veut bien nous la pardonner. 24.1 — Gnz à Tenu. Nous ne pouvons passer sous silence une decouverte à laquelle un grand avenir nous parait réservé, si toutefois notre amour paternel ne nous aveugle pas. L’observation de ce qui se passait dans la distillation de la résine nous a conduit à la déduction suivante : La résine dépose une grande quantité de carbone qui encombre les conduits, sans produire plus d’une vingtaine de pieds cubes de gaz par kilogramme, et souvent moins de quinze. Le charbon qui se dépose doit avoir la plus complète analogie avec les fuliginosités de l’essence de térébenthine que l’on brûle; mais puisque nous sommes parvenu à faire brûler ce corps, sans fumée, en lui adjoignant le gaz non éclairant de l’alcool, ne saurions-nous parvenir un jour à combiner le gaz hydrogène pur, avec le gaz surcarboné de la résine ou des corps gras quelconques, en leur enlevant le carbone qu’ils ont de trop, au profit d’une grande augmentation de bon gaz d’éclairage? n’aurions nous pas alors un gaz plus ou moins carboné, selon la quantité de l’excipient que nous parviendrions à combiner avec le carbone surabondant des matières en traitement? Tel était le problème; que les savants théoriciens l’approuvent ou non, le fait est qu’il est complètement résolu (1). (1) Voici comment M. Blondeau de Carollcs vient confirmer, six ans après, la vérité de nos prévisions ; tout son raisonnement sur 10 * — Mi — Mais pour nous faire comprendre do tout le monde, nous dirons que notre opération ressemble à celle qui consiste à étendre d’eau des esprits ou des acides coula formation des carbures de fer est prouvé par l'expérience, mais l’addition de vapeur d’eau décomposée en même temps que l’huile n’est point praticable comme il l’indique : « Toutes les fois que l’on décompose en vase clos des huiles, soit végétales, soit minérales, on observe qu’il sc produit un dépôt abondant d’une matière noire que l’on avait prise pour du charbon Irès-divisé, provenant de la décomposition de l’hydrogène carburé ou des carbures volatils sous l’influence d’une haute température. Le phénomène ne s’observe pas dans la composition du gaz Selli- gwe, comme on l’appelle en France, et qui consiste, comme on le sait, dans un mélange des gaz provenant de la décomposition simultanée de l’eau et des huiles de schiste. Quelques expériences m’ont permis de rendre compte de ce fait, qui était demeuré jusqu’ici sans explication satisfaisante. >< Lorsqu’on fait passer de l'hydrogène bicarboné ou un carbure volalil, tel que de l’huile de naphte, dans un tube en fer dont la température est voisine du rouge blanc, il se forme dans son intérieur un dépôt noir qui n’est point du charbon, mais bien un carbure de fer. Lorsqu’on fait passer simultanément dans ce tube l’huile volatile et de la vapeur d’eau, il y a production de gaz provenant à la fois de la décomposition de l’huile et de la décomposition de l’eau, mais il n’y a plus de dépôt charbonneux. avril 1834, suivant acte enregistré à Paris le 14 du même mois et publié dans la Gazette des Tribunaux, le lt> avril 1834. M. Selligue devait s’occuper de la construction des appareils en grand; il y est parvenu, il en a l’honneur. Bramha n’a pas voulu déposséder Pascal de la presse hydraulique ; Walt n’a pas prétendu étouffer la mémoire de Salomon de Caus et du marquis de ÏForcester; pourquoi M. Selligue n’a-t-il pas eu le bon esprit d’en faire autant à notre égard? 11 aurait évité le désagrément cruel de passer par la justice de la presse, bien plus impitoyable que celle des tribunaux pour un homme que l’amour-propre n’a pas encore abandonné (I). (1) Nous nous disposions à nous indemniser vis-à-vis de M. Sel- — 24 y — Voici donc comment, après plusieurs fourneaux ignoblement ratés (il a deux fois placé ses cornues horizontalement) M. Selligue est parvenu à établir des appareils qui marchent si bien à Dijon, à Lyon, à Strasbourg, aux llatignoles, etc. Trois cornues perpendiculaires pendent au milieu d’un fourneau, la première et la seconde sont remplies de charbons de bois ou de coke, la troisième contient un faisceau de chaînes sur lesquelles découle un filet continu d’huile qui se décompose par la chaleur rouge des chaînes et de la cornue, et forme ce gaz archicar- buré dont nous avons parlé. Dans la cornue opposée découle, par un siphon recourbé, un filet d’eau qui se réduit en vapeur sur les charbons incandescents ; cette vapeur ne trouvant pas d’issue par le haut de la cornue, est forcée de descendre à travers la couche de charbons ardents pour aller trouver une issue inférieure qui la dirige dans la cornue intermédiaire où elle achève de se décomposer en gaz hydrogène et oxygène ; l’oxygène se porte sur le charbon avec lequel il produit de l’oxyde de carbone. Ce nouveau composé, combustible lui-même, marche a la rencontre du gaz archicarboné auquel il emprunte le carbone dont la charge l’accable et qu’il est prêt à déposer. ligue, en reproduisant ici toutes les pièces qui ont été publiées sur cette affaire, nous en avions prévenu un de nos amis de Paris, qui nous écrit : « (ju’espérez-vous encore du pauvre Selligue, votre polémique l’a tué, il est indigne de vous de frapper un homme déjà par terre. » Nous avouons que ces mots nous ont désarmé; nous nous bornerons en cette occurence à rendre justice à ce qu’il a fait de bien. 250 — Ce mariage chimique s’opère à l’étof naissant, seul moyen (l’obtenir un gaz d’éclairage permanent. On voit que toute l’eau et toute l’huile employées, ainsi que le charbon, sont destinées à passer par le bec du gaz et qu’il ne reste littéralement de tout cela qu’un peu de cendres ; c’est peut-être la seule opération manufacturière qui ne laisse aucun résidu, la digestion chimique la plus complète qu’il soit possible d’obtenir, quand l’opération est bien conduite; mais il arrive aussi des accidents, qu’on peut cependant éviter; nous allons les signaler : Quand les cornues à décomposer l’eau ne sont pas assez rouges, il se forme de l’acide carbonique au lieu d’oxyde de carbone, et une portion d’eau passe en vapeur sans être décomposée. On a placé au-dessus de chaque cornue trois cheminées partielles en tôle munies de clefs qui servent à modérer la chaleur do la cornue à l’huile, et à l’activer autour des cornues qui servent à décomposer l’eau, lesquelles peuvent être impunément poussées au rouge voisin du blanc. Pour éviter la fusion des cornues, on les revêt d’une demi-enveloppe de briques réfractaires à l’endroit du plus violent coup de feu. Quand les ouvriers s’endorment, quand le filet d’huile vient à s’arrêter et que l’eau continue à tomber, il se fabrique de mauvais gaz protocarboné qui excite les plaintes des consommateurs, ce qui est arrivé quelquefois à Anvers. Rien n’est plus facile que de modifier son gaz selon les besoins; par exemple pendant les clairs de lune on peut le rendre moins dense sans exciter de murmures, et pendant les nuits sombres et nébuleuses on peut aug- nienter. sa densité sans exciter de reconnaissance ; il, y a compensation, les autres éclairages n’ont pas cet avantage. Le gaz, en sortant de la cornue, se rend directement au gazomètre en traversant un simple réfrigérant. On voit que tout l’appareil se trouve infiniment simplifié, que les gazomètres même contenant un gaz deux fois plus dense que celui de la houille peuvent être diminués de moitié, ainsi que les tuyaux de conduite (1). Gaz comprimé. H est certain qu’on peut, par la compression, réduire le gaz à ne plus occuper qu’un vingtième ou un trentième de son volume ; il est certain que le gaz comprimé serait assez commode; mais ce procédé n’a pas encore pu passer à l’état manufacturier. En 1833, l’ingénieur Alexandre Gordon nous faisait (1) On demandera sans doute pourquoi Bruxelles n’a pas adopté cet éclairage qui a marché pendant deux ans à Anvers et dont les bonnes qualités ont été reconnues; nous répondrons qu’une société composée des principaux capitalistes du pays avait été formée pour exploiter le gaz à l’eau en Belgique et en Allemagne, que les statuts avaient été débattus, les contrats arrêtés et les millions trouvés; on devait signer le tout un lundi, à 10 heures, chez le notaire Bourdin ; mais à 8 heures est arrivée la catastrophe, à jamais déplorable, de la suspension de la banque de Belgique, et tous nos capitalistes ont été mis en fuite ; voilà un des nombreux bienfaits qui sont résultés de cette fatale affaire qui vint ruiner toutes nos espérances de fortune industrielle. — 2S“2 voir à Londres les ruines du premier établissement du gaz comprimé fondé par son père, et nous avons trouvé de ces ruines-là partout, à Amsterdam, à La Haye, à Gand, etc. Eli bien, nonobstant des échecs aussi multipliés, il s’est pourtant trouvé à Paris, centre de l’érudition technologique, des spéculateurs, des banquiers et des actionnaires assez ignorants pour asseoir une grande société sur le gaz comprimé; elle ne pouvait manquer de sauter, et c’est ce qu’elle a fait, en portant un coup mortel à la confiance aux associations. M. te colonel Bernardet, charmant convive et galant chevalier, taillé sur le patron des gérants de la plupart des sociétés en commandite, ne possédait pas la plus petite notion de l’industrie qu’il avait inventée, et ce qu’il y a de plus bizarre, c’est que toutes les actions du gaz comprimé étaient enlevées avant qu’il eût trouvé le moyen de comprimer le gaz et d’en régler l’émission. Voyant que la pompe foulante fonctionnait mal et à grands frais, n’avait-il pas imaginé de produire immédiatement, dans la cornue, du gaz comprimé à trente ou quarante atmosphères, puis de le soutirer en bouteille! Ceci n’est pas une plaisanterie, des fourneaux ont été construits à cet effet avant que les physiciens aient pu lui faire comprendre que la cornue rougie à blanc serait incapable de supporter la pression d’une atmosphère sans se crever. Un différent s’étant élevé entre MM. Boquillon et Bernardet, au sujet de l’invention du régulateur du gaz comprimé, les deux parties prirent pour arbitre le baron Scguier qui les mit d’accord en leur prouvant, pièce en main, qu’il était lui-mème le véritable inventeur de l’appareil en litige. La société du gaz comprimé eût été sauvée de sa ruine, si nous eussions découvert à celle époque le procédé que nous tenons aujourd’hui et qui consiste à comprimer le gaz sans pompe, avec un appareil qui ne coûterait pas 500 francs; de sorte que toute l’usine à gaz pour le service d’une ville, n’occuperait pas l’espace d’un mètre carré et pourrait être desservie au besoin par un seul homme. On trouvera peut-être cette assertion fantastique ; mais nous sommes prêt à prouver ce que nous avançons à tout autre partenaire qu’à M. Selli- gue : quant au prix du gaz, le plus dense qu'il soit possible d’obtenir, il ne dépassera pas celui du gaz de houille. Gaz portatif non comprimé. Il est curieux de voir de grandes voitures employées au transport de la matière la plus légère que l’on connaisse, c’est le seul chargement qui puisse faire dire : plus il y en a, moins cela pèse; le seul qui alourdisse la voiture au fur et à mesure qu’on la décharge. Ce mode d’éclairage a été pour la première fois établi à Heinis par M. Houzcuu-Muiron 'donl il a fait la fortune, et qu’il a mené à la députation ; c’était une véritable hardiesse qu’une telle entreprise qui continue cependant à s’étendre : il existe des compagnies à Bruxelles, à Liège, à Lille, à Cologne, à Saint-Pétersbourg à Iluy, et dans les principales villes d’Allemagne, ce qui prouve que l’idée de M. Ilouzeau n’était pas si impraticable qu’on — 254 le pensait d’abonl. M. Ilouzeau emploie les résidus des huiles retirées des eaux grasses des fabriques de Reims, et a rendu une valeur de 90,000 francs à une matière sans utilité. Le gaz le plus dense étant celui qui occupe le moins de place, on se sert des gaz oléagineux ou résineux qui donnent le plus de lumière, sous un moindre volume. Le petit théâtre du Parc à Bruxelles est éclairé de la sorte; nous avons déjà dit que les personnes qui se servent de ce gaz sont forcées de prendre un petit gazomètre qui se place ordinairement dans les caves. On a substitué au gazomètre de toile goudronnée qui se repliait sur lui comme une lanterne chinoise, un gazomètre en zinc fermé par un piston hydraulique que nous avons déjà décrit; on évite par là la moitié de la hauteur du gazomètre ancien à cloche plongeante; mais il faut redouter les explosions qui pourraient arriver s’il se perdait du gaz dans les caves et qu’on y entrât avec une lumière. Gaz animal. M. Séguin a tenté de tirer du gaz éclairant des matières animales; ses premiers essais ont été malheureux, ce gaz puait de tout ce que l’odeur de voirie peut .ajouter par l’imagination à la réalité; mais à force de persévérance, M. Séguin est parvenu à l’épurer complètement. C’est un bon débouché pour tous les débris de Montfaucon qui infectent les environs de la capitale. La ville de Paris devrait encourager l’entreprise de ce! Attila des rats, qui aurait l’avantage de couper les vivres à l’armée ralaponne, plus menaçante pour la capitale de la France que les armées du Nord contre lesquelles on la fortifie $ comme si les puissances étrangères auraient la complaisance d’attendre que l’enceinte fût entièrement fermée pour l’attaquer, si elles avaient le projet que la peur leur prête. L’invention du gaz de cheval a fait naître l’idée d’utiliser les morts j une société malabariennc s’est formée en Angleterre ; le premier article des statuts porte « que tout actionnaire, désireux d’éclairer ses concitoyens jusqu’à la fin, lègue son corps au gazomètre social. » Il faut, pour faire partie de cette société, posséder un grand fond de philanthropie ; mais une fois l’habitude prise, dit le prospectus, les morts cesseront de faire mourir les vivants ; cependant pour ceux qui tiendraient à la conservation des ancêtres, les entrepreneurs s’engagent à les couvrir de cuivre, par le procédé galvanique de Jacohi, de manière à ce que chacun puisse devenir sa propre statue. Le corps ainsi enveloppé serait soumis à la combustion, et le gaz, s’échappant par une ouverture, pourrait éclairer la sépulture pendant plusieurs semaines. Nous ne pouvons croire au succès d’une pareille entreprise, qui sera certainement regardée comme une grande impiété par les chrétiens. C’est tout au plus si elle réussirait dans l’Inde comme un perfectionnement apporté à l’invention des Suttées. ta «le pcpina «le raisin. IJn vieux médecin juif polonais, auteur d’une foule d’inventions réelles mais impraticables, s’est imaginé d’éclairer les villes avec des pépins de raisin. Le fait est. que l’on obtient du gaz des pépins comme de toute autre plante oléagineuse, mais allez donc les ramasser ! Le docteur Bernhart, qui a fait à Vienne du cuir avec des intestins d’animaux, à Bruxelles, du savon avec des poissons pourris, et du caoutchouc avec le lait d’une petite plante qui croît sur les bords du Rhin, est à la tète d’une foule d’inventions de ce genre, qu’il promène de ville en ville : c’est lui qui, ayant appris qu’on faisait à Borne du papier blanc avec les débris d’asperges, voulait fonder une manufacture de papier gris sur des feuilles d’artichaut ramassées dans les tables d’hôte, et une fabrique d’indigo avec certaine partie de la corolle des (leurs de l’hortensia. Ce sont des rêveurs de cette espèce (pii, tout en ayant raison au fond, proposent des choses impraticables, et qui causent le plus de tort aux inventeurs raisonnai îles. Gaz à la minute. Faire du gaz d’éclairage à la minute, tel est le pari ipie chacun peut accepter avec certitude de le gagner comme nous l’avons fait nous-mème. — “257 - « Mettez dans une bouteille un verre d’eau, une poignée de tournure de fer ou de rognures de zinc, et versez par-dessus une ou deux lignes de goudron ou plutôt d’huile de goudron de gaz, ajoutez un verre à liqueur d’acide sulfurique et bouchez la bouteille avec un bouchon foré, portant un petit bec de gaz, attendez quelques instants, le gaz, en se formant, aura bientôt expulsé l’aia. « Présentez alors une allumette et vous aurez pendant une demi-heure au moins une très-belle flamme ; car le gaz hydrogène se carbure en traversant la couche d’huile ou de goudron. » Tel est le premier essai par lequel nous avons débuté dans nos recherches sur le gaz à l'eau, en 1832, époque à laquelle M. Selligue s’occupait de presses, de grues et de pétrins mécaniques. Nous ferons observer que si l’on prend du goudron, il se gonfle en écume, remplit la bouteille, et, parvenu au bec, il l’étouffe ; on réussirait mieux avec des balles de zinc qu’avec de petits débris; car il faut cherchera équilibrer la production, qui est souvent trop rapide, avec la consommation. Bombe éclairante. Quand un inventeur est dans la fièvre de l’enfantement, gare la cuisine de la maison, il saisit tout ce qu’il Icouve sous sa main pour faire ses essais; Bernard de RAPPORT. 2. 17 — 258 — Palissy brisait ses chaises, arrachait les planches de son parquet pour entretenir son feu et fondre son émail. Nous n’avons pas incendié nos meubles; mais nous avons souvent brûlé nos doigts, nos habits et les housses de nos fauteuils avec de l’acide sulfurique. Une bombe, reste du siège de Bruxelles, nous étant tombée sous la main, nous la remplîmes de la composition que nous venons de décrire, nous enfonçâmes la fusée à coups de marteau, et après l’avoir forée, nous mimes le feu au jet de gaz qui s’en échappait avec violence; la flamme s’éleva en sifflant; mais la quantité d’acide et de métal étant trop forte, la tension augmenta et il y eut explosion; la cheville sauta au plafond et nous fûmes couvert d’une pluie d’acide qui épargna seulement nos yeux. C’est à force d’accidents de ce genre qu’on acquiert de l’expérience. Un vieux proverbe dit : Qui ne risque rien n’a rien, ce qui ne veut pas dire que celui qui risque tout ait quelque chose. Nous avons pour notre part fait de rudes et coûteuses écoles à ce jeu-là. Heureux sont les ingénieurs du gouvernement qui se forment aux dépens du trésor public! Nous connaissons dans un pays voisin un chef du génie qui avoue spirituellement que son éducation ayant coûté plus de vingt millions au pays, sa personne représenterait au moins une valeur pareille dans le bilan gouvernemental, s’il s’agissait de liquider l’établissement. Ceci nous explique comment dans beaucoup de fabriques on s’attache à l’homme qui a fait faire le plus de sottises. — 25 !) Lampe de Doberelner éclairante. On a souvent regretté que le briquet à éponge (le platine inventé par Dobcreiner ne donnât pas de lumière • voici le moyen que nous avons pris pour rendre son gaz éclairant. Attachez un petit tube recourbé à la place du jet j faites plonger ce tube au fond d’un vase à deux tubulures, rempli d’huile de goudron ou d’huile essentielle de schiste; le gaz, en la traversant, se charge de vapeurs de carbone et peut être allumé en sortant d’un bec placé sur le bouchon foré de l’autre tubulure. De la sorte la production du gaz est toujours régulière, puisque l’eau acidulée quitte le zinc aussitôt que la production du gaz est plus grande que la consommation. Après avoir trouvé cet arrangement, nous passâmes toute une nuit dans notre laboratoire à contempler celte belle lumière qui, loin d’être coûteuse, peut rapporter quelque chose, si l’on veut tirer parti du sulfate de zinc ou de fer résultant de cette opération. Tel a été le troisième degré de nos essais sur le gaz à l’eau ; car il convient de marcher pas à pas dans les inventions, et de ne pas se lancer à l’étourdie dans la construction des appareils en grand. Tout l’art consiste à faire les premières expériences au meilleur marché possible. Nous ne connaissons pas un plus habile homme dans la science d’essayer quelque chose avec rien, que M. Robert le lampiste ; mais il faut convenir qu’il y a même dans cette qualité robinsonne beaucoup d’invention. 17 * — 200 — Nous pourrions prédire avec certitude que les écoles d'industrie où l’on donne à la jeunesse les premières notions de chimie pratique, vont augmenter considérablement le nombre des essayeurs, et qu'il résultera de leurs tentatives une multitude d’admirables inventions; car, nous le répétons, la mine des découvertes chimico- physiques est encore vierge ; les chimistes transcendants se lancent dans les abstractions atomistiques à la suite des grands géomètres; ils n’appliquent rien que des équations sur le papier, sans s’occuper des opérations industrielles : heureusement qu’il nous arrive des chimistes de deuxième et de troisième ordre, ce que les théologiens et les casuistes de la science appellent des tricoteurs. Voilà la véritable pépinière des inventeurs! Trop de science rend irrésolu, trop d'ignorance rend incapable; il nous faut une classe intermédiaire de chercheurs courageux, qui tiennent d’une main l’équation et de l’autre la balance et le soufflet; des hommes enfin qui découvrent dans les auteurs des combinaisons que les auteurs eux-mêmes n’ont souvent pas soupçonnées (1). (1) Quand en 1854 nous annonçâmes à M. le baron Thénard, au sortir de l’Académie, que nous avions trouvé le moyen de faire brûler le gaz h 'drogène de l’eau avec une belle lumière, il nous répondit sans hésiter : Cela n’est pas vrai, cela n’est pas possible. Voyant que nous insistions pour le lui faire voir, il nous demanda où nous avions trouvé cela. — Pans vos livres, M. le baron ; car ils fourmillent d’inventions que vous n’y soupçonnez peut-être pas. — Vous avez peut-être raison, nous répondit-il. — 201 Lampe à gaz portative. Après avoir trouvé le principe de la production et de la carburation régulière du gaz, il s’agissait de construire une lampe portative sur ce principe. Nous primes une colonne en cuivre rouge semblable à celle des Carcel, ouverte par le haut et remplie à moitié d’eau acidulée, dans laquelle nous fîmes plonger une cloche remplie de débris de zinc, supportés par un grillage en fil de cuivre ; cette cloche se termine par un cylindre contenant de l’huile de goudron de gaz ou d’huile einpv- reuinalique volatile de schiste. Le gaz formé va plonger dans cette huile par un tuyau recourbé et s’échappe par le bec. La lumière produite est tellement intense, que les yeux n’en peuvent supporter l’éclat. Cette lumière a été trouvée par l’Académie égale à trente-six chandelles (un bec de gaz ordinaire n’équivaut pas à douze chandelles). Mais nous ne pouvions la charger que pour quatre heures. Nous savons que de petits industriels nomades parcourent aujourd’hui la France avec des lampes pareilles, ([lie les servantes sont incapables d’entretenir; nous en prévenons les amateurs. Nous demandâmes, en décembre 1833, à l’Académie de Bruxelles, la nomination d’une commission pour examiner cette invention. Un des membres les [dus jeunes qui avait été désigné se récusa, prétendant qu’il ne voulait pas se déranger pour voir une chose impossible, qui contrariait d’ailleurs toutes les théories reçues; mais le professeur Fan Mous répondit qu’il avait vu se vérifier dans sa longue carrière tant de choses réputées impossibles par les académiciens, qu’il 11e craignait pas, lui, de se déranger pour venir voir le résultat que nous annoncions. En conséquence, la commission se rendit à notre domicile et fit le rapport indiqué en note ( 1 ). Petit appareil d’éclairage particulier. M. de Hemptinne ayant émis des doutes sur la possibilité d’éclairer au moyen d’un gazomètre, attendu (1) Rapport de la commission de l’Académie royale des sciences de Bruxelles. ' ( Séance du 4 janvier 1834. ) U. Quetelet, directeur. JH. Dewes, secrétaire perpétuel. La commission nommée à la dernière séance pour examiner l’effet de la lampe que M. Jobard a construite, présente son rapport, dont il résulte que les commissaires ont reconnu que le gaz employé à la combustion, quel qu’il soit, brûle avec une lumière très-blanche et très-brillante, et qu’ayant cherché à déterminer son pouvoir éclairant par la comparaison des ombres, ils se sont assurés que la lumière de ce gaz, sortant d’un bec d’Argant à 12 orifices capillaires, est au moins double de celle du gaz de la houille fourni par l’établissement de Bruxelles, aux becs semblables et à 12 orifices beaucoup plus larges, qui servent à l’éclairage de la plupart des boutiques de cette ville. Ces observations paraissent répondre complètement à la demande adressée par M. Jobard à l’Académie. l’our apprécier sa découverte à sa juste valeur, il faudrait l’élu- que le carbone pouvait, par le repos, se séparer du gaz, nous résolûmes d’éclairer notre maison tout entière; nous finies à cette fini placer des tubes et des becs dans plusieurs de nos appartements, et nous construisîmes un petit gazomètre dont la cuve était un tonneau. Nous produisîmes du gaz dans une bonbonne d’acide (lier dans son application en grand, et tenir compte des résultats économiques qu’il n’aurait pu nous communiquer sans nous faire connaître son procédé, dont il désire conserver le secret. Commissaires : Van Mons, professeur de chimie à l’université de Louvain ; Cauchy, ingénieur en chef des mines, professeur de géologie ; lluinorticr, membre de la chambre des représentants, naturaliste. Adjoint : I)c llcmptinne, pharmacien de la cour. Extrait de la correspondance de AI. Van Mons , professeur de chimie à l’université de Louvain. « Louvain, 23 janvier 1834. U iUon honoré correspondant, » Je vous réponds vile un mot par mon lils. 11 n’est pas du tout connu de faire brûler l’hydrogène avec une flamme large, blanche, intensément lumineuse ; l’hydrogène donne peu de lumière, niais par contre beaucoup de chaleur. « Le calorique qui éclaire, échauffe peu, car il ne peut être lumière et chaleur tout à la fois. « Une découverte de ce genre serait des plus importantes ; ce serait un moyen d’éclairage très-économique, si l’on pouvait jamais y parvenir. « Vous saurez qu’ayant été forcé de partir de suite, cela m’a obligé de faire un rapport particulier avec M. Dumortier. « Ce rapport titrait votre expérience de grande découvcrlc, et votre découverte est vraiment grande. 11 y a dans votre appareil sulfurique, à l’aide de tournures de fer; ce gaz traversait un gros tube de plomb perpendiculaire rempli d’huile de schiste. Mais notre gazomètre fit explosion en allumant le premier bec. Après avoir reconnu la cause de cet accident, nous recommençâmes, malgré les cris et les craintes des femmes et des enfants. A la fin, le tout marcha à la satisfaction générale des capitalistes que nous invitâmes à voir nos expériences ; mais ils ne voulurent pas nous aider, sous pfétexte qu’une je ne sais quel mécanisme qui favorise la combinaison, tandis que le sel par sa présence dans l’eau doit s’y opposer. « Nous verrons, nous examinerons, nous interpréterons tout cela ensemble, d’aujourd’hui en huit. » y au Moins. Extrait du journal res connaissances nécessaires , publié par M. A. Chevalier, chimiste, membre de VAcadémie royale de médecine, à Paris. ( Numéro de mars 1840.) A propos de la découverte dont nous avons parlé dans notre numéro précédent et attribuée par les journaux anglais au comte de Val Marino, des renseignements que nous avions pris établissent que M. Jobard a fait les essais en 1853, comme le constate un rapport de l’Académie de Bruxelles du 4 janvier 1854 ; que M. Jobard a fait sa demande de brevet le 22 du mois suivant; qu’il a éclairé toute sa maison par scs procédés, le 1 er mars 1834 ; qu’il a traité à Paris de son brevet avec MM. Selliguc et Tripier, le 13 mars'suivant, comme il constc par l'acte notarié et publié par la Gazette des Tribunaux du 9 avril môme année, et que c’est par suite de ce traité que M. Selliguc a pris, le 30 juin suivant, son premier brevet pour le gaz. On voit, par les dates certaines qui précèdent, que la découverte attribuée en 1839 au comte Val Marino ou à Selliguc ne peut plus être contestée à M. Jobard. — 203 — invention faite en Belgique ne pouvait avoir de succès. Cela compris, nous tordîmes le cou à nos becs, et nous partîmes pour Paris avec notre lampe portative; nous tombâmes en arrivant chez M. Selligue qui nous comprit, et nous prit notre découverte qu’il alla établir en grand dans l’usine de M. Chardon à Saint-Vallier. Les 240 becs de cette manufacture brûlèrent très-bien pendant tout un été; mais quand la bise fut venue, le gaz perdit son pouvoir éclairant. Ce .fut alors que M. Selligue se rappela le moyen que nous lui avions indiqué de fabriquer le gaz à chaud, comme il le fait aujourd’hui, et dont le principe est décrit dans notre brevet de Belgique, comme qous l’avons déjà dit; mais AI. Selligue prétend que nous l’avons fait insérer après coup, dans le brevet original ; légère accusation dirigée contre l’administration belge qui pourrait bien lui demander des preuves de ce faux en matière d’arrêté, de timbre et de signature royale. Nous recevons de Londres une lettre de M. Journet, l’inventeur des échafaudages mobiles, qui nous transmet précisément l’invention de notre lampe, à en juger d’après l’énumération de ses propriétés que nous transcrivons ici : « Ce gaz n’est ni portatif ni en dépôt : il suffit d’avoir une lampe un peu plus forte que la lampe Carcel, dans laquelle on met une matière qui est abondante dans tous les pays et à bon marché; vous allumez le bec, et le gaz se forme au fur et à mesure qu’il brûle et il rend une clarté plus forte que les gaz connus jusqu’à ce jour. La dépense est au- dessous de 5 centimes par heure et par bec. » M. Journet ajoute que l’inventeur ne dcmqnde pas moins de 20 millions pour faire la cession de sa décou- v verte; ce monsieur sera probablement aussi contrarié < — 2GG — de s’être adressé à nous, que le sieur Olïenheim de Vienne, qui nous avait offert, en 1855, de lui acheter pour la Belgique notre propre invention qu’il tenait de M. Selligue. Tous ces détails ne sont pas indifférents, pour instruire les hommes de bonne foi des tripotages qui se passent dans la ruche des frelons de l’industrie. Règle générale : on ne doit jamais acheter des secrets qui s’offrent sous le manteau. Pour qu’une invention mérite confiance, il faut qu’elle soit offerte publiquement dans les journaux, avec le nom de l’inventeur et la date du brevet, et encore doit- on exiger qu’elle soit publiée dans tous ses détails, afin de s’assurer qu’elle n’est exposée à aucune revendication, et que la validité du brevet ne peut être contestée. Ballon lustre. Un de nos grands seigneurs qui, par exception, s’occupe de chimie manufacturière à Bruxelles, a imaginé d’emplir de gaz un ballon de taffetas gommé, muni de plusieurs branches portant des becs. Ce ballon suspendu au plafond est muni d’un gros anneau de cuivre, à sa partie supérieure} c’est le poids de cet anneau qui force le gaz à descendre en plissant le taffetas du ballon, lequel se trouve entièrement vidé quand l’anneau est descendu. Le gaz le plus dense est le plus propre à être brûlé de la sorte, parce qu’il n’exige que des ballons d’une capacité moyenne qu’on peut envoyer remplir aux usines de gaz portatif. LITHOGRAPHIE. Si l’imprimerie et la gravure venaient à disparaître, la lithograhie pourrait les remplacer toutes les deux avec avantage. Il est heureux c(ue les typographes et les chalcographes ne s’en soient pas doutés, car elle ne se serait pas intronisée, comme elle l’a fait, presque sans résistance. Ses premiers pas ont été si modestes que personne n’a songé à lui barrer la route; la lithographie a fait son chemin comme les médiocrités font le leur; mais elle a joué le rôle de Sixte V, après avoir fait des sottises pendant un quart de siècle. Aujourd’hui, non-seulement elle marche seule, mais elle parait décidée à marcher sur la tête à tous les moyens graphiques connus jusqu’ici. La gravure sur cuivre et la typographie sont à bout de voie maintenant, et la lithographie ne fait qu’entrer en lice; et toute jeune qu’elle est, la lithographie court déjà côte à côte avec ses rivales, et bientôt elle les dépassera, non pas d’une tète, mais de plusieurs longueurs de corps. — 2G8 — Sennefelder détrônera Gullemberg et l’orfévre de Florence, dans un avenir moins éloigné qu’on ne pense. La substitution d’une opération chimique à une opération mécanique a toujours été un progrès immense. La galvanoplastique unie à la daguerréotypie est un des spécimens les plus remarquables de la supériorité des agents chimiques sur les agents mécaniques. Est-il rien de plus merveilleux que de forcer le soleil à dessiner et à graver, en quelques minutes, des planches que l’artiste le plus consommé n’achèverait pas en six mois? Depuis que la foudre et le soleil sont devenus les esclaves de l’homme, qui n’avait jusqu’ici dompté que les animaux et les flots, une ère nouvelle, un avenir immense s’ouvre à deux battants devant lui ; tout est à refaire aujourd’hui, ne craignons donc pas de voir finir le monde sous prétexte qu’il aurait achevé sa tâche et terminé sa mission. Non ! le monde est toujours jeune et toujours il doit l’être - les découvertes qui se précipitent à bataillons pressés dans les académies, les bureaux de brevets et les recueils périodiques, ne sont point un signe de fatigue et de décrépitude ; on ne peut pas dire : Voici l’hiver ! au moment où la verdure se montre de tous côtés, où les plantes les plus rares ne sont encore qu’en boutons, où des germes nombreux n’attendent que la douce température de la paix partout, la paix toujours, pour éclore et donner des fruits mûrs; car toute invention nouvelle n’est jamais qu’un fruit vert et presque sans valeur : il ne faut donc pas — 20 !) — s’étonner de la difficulté qu'on trouve «à les vendre. Presque toujours l’inventeur vous offre un œuf pour un poulet, et vous en demande le prix d’une oie. Nous nous arrêtons, car on pourrait trouver bizarre que nous fassions de la philosophie à propos de lithographie, surtout si nos idées contrarient celles du lecteur. L’exposition française était presque aussi riche en lithographies, que les boulevards de Paris; et ce n’est pas peu dire : mais nous devons avouer que l’art ni les artistes n’ont fait un pas depuis 1830, et à l’exception du procédé de transport de M. Dupont, qui ne consiste qu’en une recette chimique due au hasard peut-être, pour désoxyder et ramollir, mieux qu’on ne le faisait avant lui, l’huile desséchée des anciennes gravures, il n’y avait rien de bien nouveau dans le carré Marigny. Le contraire nous eut étonné, car les lithographes de Paris n’ont pas le temps de faire des expériences ; primo vivere, il faut gagner son pain quotidien, et on le perd souvent en cherchant à l’augmenter par des découvertes; et puis il faut une réunion bien rare de circonstances pour expérimenter à peu de frais; il faut être à la fois dessinateur, imprimeur, un peu chimiste, un peu mécanicien, assez riche et très-persévérant. Or, il ne se trouve peut-être pas en ce moment un seul lithographe dans de pareilles conditions, depuis la mort d’Engelmann et la retraite du comte de Lasteyrie, et encore l’un avait-il en trop ce que l’autre avait en moins, l’ardeur du gain. Engelmann sacrifiait l’art à l’or, Lasteyrie sacrifiait l’or à l’art. C’est à ce digne et noble vieillard que la lithographie française doit tout; car, à l’exception d’En- — 270 — gelmann, qui fermait soigneusement ses ateliers, tous les principaux lithographes de France se sont formés aux dépens du comte de Lasteyrie; c’est chez lui que les Vilain, les Langluiné, les Motte, les Brégéaut, les Paulmiers, etc., se sont exercés; c’est avec son encre et son papier qu’ils ont fait leur apprentissage. Et l’un portant l’autre, douze ou quinze de ces messieurs lui ont coûté 23,000 fr. pièce; car l’un n’était pas plutôt instruit qu’il abandonnait son maître pour lui monter une concurrence, et ils ont si bien manœuvré qu’ils ont ruiné leur bienfaiteur. Cependant le comte de Lasteyrie, allié de La Fayette, vice-président de la Société d’encouragement, n’est pas encore décoré; cela n’est pas encourageant pour les grands seigneurs qui seraient tentés de faire tourner leur fortune à l’avantage de l’industrie et des arts. Nous avons dit les conditions dans lesquelles devait sc trouver un lithographe pour faire avancer l’art ; on nous trouvera peut-être bien impertinent d’avouer que nous avons eu cet honneur pendant les quinze plus belles années de notre vie; mais nous pensons qu’il n’y a pas plus de vanité de la part d’un artiste que de celle d’un général, de montrer ses états de service, quand il ne leur reste que cela. La Société d’encouragement ayant ouvert, en 1828, un concours entre les lithographes de tous les pays pour récompenser ceux qui avaient fait faire les progrès les plus réels à leur art, nous avons remporté la grande médaille d’or. En 1830, le colonel Lapie et le général Pelet, directeur du dépôt de la guerre, nous écrivirent spontanément, qu’après avoir examiné les cartes sorties de nos 271 presses, ils croyaient devoir prendre l’initiative pour nous engager à transporter nos ateliers de Bruxelles à Paris, avec offre de nous faire obtenir l’entrée de nos dix mille pierres et de tout notre matériel, ainsi qu’un local du gouvernement, à condition de communiquer nos procédés au dépôt de la guerre, dont nous eussions obtenu des travaux pour toute notre vie. Pendant ce temps, le ministère de la guerre de notre pays nous embauchait, comme on dit, nos meilleurs graveurs et imprimeurs pour établir une lithographie dans ses bureaux, ce qui nous a contraint de fermer nos ateliers faute de bras ; les faillites, les sursis et la probité bien connue des libraires, nos débiteurs, ont achevé la ruine du premier, du plus vaste, du plus riche et du plus avancé des ateliers lithographiques de cette époque. Nous devons dire, pour encourager les jeunes gens de cœur, que nous avons commencé notre carrière lithographique en 1817, au capital de 32 fr., sans avoir jamais emprunté un sou, sans avoir reçu aide, protection ou enseignement de qui que ce soit, et sans connaître autre chose de la lithographie, sinon que c’était l’art de reproduire plusieurs copies d’un dessin fait sur une pierre : description d’un journal qui nous avait tellement frappé par ses immenses conséquences, que nous nous empressâmes d’envoyer notre démission de géomètre du cadastre à Maastricht pour nous diriger à pied vers la capitale des Pays-Bas. Nous visitâmes en passant â Louvain le célèbre Jacotot, qui avait été notre maître, hélas! avant qu’il eût inventé l’art de faire des capacités in omni re scibiii; mais il nous rendit un service moral que nous n’avons pas oublié. Après avoir eu la patience d’écouter attentivement la 272 — lecture (le notre première tragédie en cinq actes et en , vers, ce savant littérateur nous découvrit une vocation bien décidée pour la lithographie ; et c’est en nous pénétrant de son vigoureux axiome qui veut peut, que nous sommes parvenu à élever notre capital de fondation à une puissance assez respectable, puisqu’avee 32 fr. nous avions gagné deux millions à l’époque de la révolution. On nous pardonnera cette digression personnelle qui aura néanmoins son sens moral et peut-être son utilité pour les victimes' de l’instruction identique des collèges de France, que le latin et le grec placent par milliers entre le suicide, l’émeute et les travaux forcés; nous les engageons à choisir le travail forcé, et nous leur disons à l’oreille qu’il y a dix-huit heures au lieu de six dans la journée, pour le malheureux qui veut s’élever sans ramper. On ne meurt pas de travail, au contraire, on en vit; et d’ailleurs, il serait plus honorable de périr sur la brèche que dans le fossé. Mais le travail rend l’homme heureux moralement et le moral réagit sur le physique; l’homme (pii travaille trop se porte mieux que celüi qui ne fait rien. Le travail est le paratonnerre de la misère et du vice, et quand il ne serait que l’antidote de la paresse et de l’ennui, il mériterait le nom de panacée universelle. Adoptez une profession, un métier, une occupation quelconque et travaillez seulement deux fois plus ou deux fois mieux que tous les autres, ce qui n’est pas difficile quand on a du courage, et vous sortirez à coup sur du bourbier de la misère; quelqu’un vous remarquera, vous appréciera, vous recommandera et vous arriverez, si ce n'est aujourd’hui, ce sera demain; mais persuadez-vous bien que l’employé qui ne fait que son devoir est un mauvais employé; le travail et l’étude sont de puissants garde-fous, et la probité est une habitude dont il est difficile de s’abstenir quand elle est invétérée. Travaillez donc et vous ne broncherez pas sur la route de l’honneur; car il est presque aussi difficile de convertir un honnête homme à la friponnerie qu’un fripon à la probité. Quand on aura compris que la vie n’est qu’une suite d’habitudes, que l’habitude est un besoin, et que tout besoin satisfait est un plaisir, on reconnaîtra que tous nos plaisirs viennent de nos habitudes, et puisqu’on trouve autant d’agrément à céder à une bonne qu’à une mauvaise habitude, il ne faut pas hésiter un instant sur le choix. On reconnaîtra, de plus, qu’il est presque aussi aisé de prendre une habitude utile, honorable et lucrative, qu’une habitude inutile, dégradante et dépensière. On reconnaîtra de même que le bonheur et le malheur, la santé et la maladie, la richesse et la pauvreté, ne sont que les conséquences de bonnes ou de mauvaises habitudes. Un temps viendra donc où la science de l’habitude sera substituée, dans l’enseignement, à la philosophie qui n’est pas une science, mais un instinct, dont on peut bien constater l’existence, mais qu’on ne saurait donner ni vendre. Nous voici un peu distrait de notre sujet; mais le lecteur intelligent sait bien que, dans le cours d’un pèlerinage industriel, on peut s’arrêter en passant devant un monument d’art, un site pittoresque, une ruine uappout. 2. 18 historique, sans, pour cela, faillir au but de son voyage. Nous jetterons donc un coup d’œil sur l’origine de la li- Ihographie telle qu’elle nous a été contée, en patois allemand, par le frère de l’inventeur, que nous avons occupé quelques jours dans nos ateliers. Aloïs Sennefclder avait un petit emploi dans les chœurs du théâtre de Munich vers l’an 1800. Aloïs était ce qu’on appelle dédaigneusement un tripoteur; sa table était couverte de petits pots, de petites fioles, de vernis, d’acides et de morceaux de cuivre, qu’il égratignait pour trouver un moyen économique de graver la musique. Un jour, la blanchisseuse recevant du linge de la mère de Scnnefelder, celle-ci pria Aloïs d’en écrire la note; mais comme il ne trouvait ni plume ni papier, que son écritoirc était à sec, il saisit un pinceau qui (rompait dans du vernis de graveur et traça, tant bien que mal, la note du linge sur le coin d’une pierre à broyer les couleurs qu’il avait à côté de lui. Ceci fait, la mère sortit pour aller chercher du papier à la boutique voisine et pria son fils de prendre copie de la note en question. Aloïs voulut alors effacer les caractères tracés au vernis gras sur sa pierre, et comme il éprouvait de la difficulté, il prit un verre contenant son eau seconde, qu’il jeta sur ses caractères, croyant aider à les délayer; mais il s’éleva tout à coup une écume bouillonnante par suite de la réaction de l’acide sur la pierre calcaire. Quand l’acide fut saturé, Sennefclder vit avec surprise les caractères aussi intacts qu’auparavant; mais il s’aperçut en y passant le doigt qu’ils offraient un relief très-sensible : l’acide avait rongé la surface de la pierre et respecté le tracé. Cette pierre était ce même carbonate de chaux si connu en Bavière; c’était une — 27Î) — pierre lithographique provenant des carrières de Sol- lenhoven. Ce fait insignifiant pour un esprit vulgaire fut un trait de lumière pour un observateur besoigneux, comme l’était Sennefelder; il prit aussitôt une petite planchette qu'il enduisit d’encre d’imprimerie et tamponna scs caractères dont il tira plusieurs épreuves successives par la seule pression de la main; dès ce moment, la lithographie mécanique était inventée; mais c’était peu de chose et ce ne fut que quelques années plus tard qu’il* trouva la lithographie chimique, en observant que l’eau fuyait devant les taches de graisse et ne restait étalée que sur les parties dépourvues de corps gras, ce que toutes les cuisinières savaient depuis longtemps. Toute la lithographie . consiste donc en ces deux lignes : tracez sur une pierre ou un métal, à l’aide d’un corps gras ou bitumineux, un dessin quelconque, décapez avec un mélange d’acide et de gomme, humectez votre planche avec une éponge, et, pendant qu’elle est imprégnée d'humidité, passez sur le tout un rouleau enduit d’encre d’imprimerie, il s’établira bien vite une adhérence entre le corps gras du rouleau et le corps gras du dessin, tandis que l’humidité qui couvre le reste de la planche s’opposera à l’adhérence du noir gras du rouleau, sur le fond de la planche. C’est alors que vous pourrez tirer une épreuve et recommencer ainsi sans fin ; mais toute simple que paraisse celte opération, elle exige une multitude de petites attentions pour tirer de belles épreuves et ne pas gâter la planche. Si l’humidité de la pierre est évaporée avant qu’on relire le rouleau, l’encre s’attache partout; si l’encre est ’ 18 * — 27G — trop épaisse ou trop molle, si le papier est trop sec ou trop trempé, si la pression est trop forte ou trop faible, s'il y a de l’alun ou du chlore dans le papier, si la pierre n’a pas été convenablement décapée et gommée, si l'imprimeur est un novice ou un brutal, si entin une seule des nombreuses conditions nécessaires au succès vient à manquer, on ne fait rien qui vaillej voilà pourquoi lant de lithographes ont échoué et pourquoi aucun des nombreux amateurs qui ont cru pouvoir faire de la lithographie en achetant une presse, ont dû la reléguer au grenier; c’est qu’il ne suffit pas d’acheter un piano pour être musicien. 11 serait trop long de nombrer les essais, les angoisses et les veilles qu’il nous en a coûté pour arriver à bien imprimer; car nous n’avons jamais eu ni livre ni maître, et lorsque nous allâmes soumettre nos produits à Sen- nefelder à Paris en 1818 ou 19, il nous demanda sérieusement par quel procédé nous avions fait ces planches; et quand nous lui dimes que c’était par ses procédés à lui, par la lithographie enfin, il nous répondit avec un douloureux accent germanique : C'est fini, ché souis lé blus arriéré de tous les lithographes, ché berdu mon temps à chercher la pierre factice; il .ajouta que s’il avait eu le bonheur de savoir dessiner, il aurait été bien plus loin, mais que se trouvant obligé de recourir à des dessinateurs qui ne le comprenaient pas, il n’avail pu faire faire à son art tous les progrès qu’il sentait là, disait-il, en frappant sa forte tête. Cependant, il faut avouer qu’il les a presque tous sentis et indiqués dans son livre, qu’il les a même tous essayés; mais d’une manière imparfaite. Quand nous lui parlâmes de son frère, il nous dit — “277 que c’était un malheureux soi/f'eur qui s’éiail enfui île Munich en croyant emporter ses recettes, à l’aide desquelles il extorqua quelques secours au duc d’Aremberg et à plusieurs jeunes gens de Bruxelles, auxquels il ne put jamais rien montrer de bon ; le savant bibliothécaire Marchai, ainsi que l’ingénieur Craen et Benjamin-Mary, furent les premières victimes de sa maladresse. Le duc d’Aremberg qui lui avait ouvert un atelier chez lui, qui avait mis ses gens à ses ordres, fut obligé de le renvoyer à cause de son inconduite. Les annales d’histoire naturelle publiées par MM. Drapiez, Van Mons et Bory de Saint-Vincent, dont nous avons dessiné et imprimé les planches, furent la première publication régulière due à la lithographie belge; notre seconde entreprise fut le Voyage pittoresque, qui nous rapporta 500,000 fr., la troisième fut la Vie de Napoléon, et la quatrième les Voyages de Dupin dans la Grande-Bretagne. Nous pouvons dire sans crainte d’ètre démenti que tous les principaux dessinateurs et imprimeurs lithographes de la Belgique et de la Hollande sont nos élèves ou les élèves de nos élèves : Vanderhaerl, Madou, Kreins, Sturm, Vanhemelryk, Collon, Labergé, Koenen, Moureau, Kierdorff, Desguerrois, Benoît, Gérard, Bopoll et Labarière, ancien associé de M. De- wasme, ont fait leurs premières armes dans nos ateliers, que la révolution a fermés, au moment de leur plus grande prospérité; voilà pourquoi nous n’aimons pas les révolutions. Nous avons à cette époque publié des spécimens eu différents genres, en annonçant qu’ils ne seraient pas surpassés avant trente ans; il y en a bientôt quinze d’é- eoulés et ni Londres, ni Vienne, ni Berlin, ni Paris ne — “278 — nous ont encore montré un échantillon qui égalât nos fragments topographiques. L’Allemagne a fait de plus grands progrès dans l’exécution lithographique que la France et l’Angleterre : nos artistes belges pensent qu’il y a quelque chose là- dessous, qu’ils désespèrent d’atteindre, si l’on n’envoie quelque observateur intelligent à la découverte des procédés censés nouveaux ; mais il nous est démontré que la supériorité des impressions lithographiques qui nous arrivent de ce pays ne tient qu’au caractère patient, soigneux et consciencieux des dessinateurs et des imprimeurs allemands. Si l’art n’a pas fait un pas en Belgique, ni en France, depuis 1830, c’est que personne ne cherche plus, ou que l’on se croit parvenu au dernier terme de la perfection, ou plutôt que l’art est devenu métier. On a tant produit, que les amateurs saturés ont perdu l’appétit. Il a réellement plu des collections, des albums et des portefeuilles. Les dessins originaux des premiers maîtres répandus à foison, ont formé le goût du public, qui ne veut plus rien de médiocre. Les vitrines des marchands d’estampes ont développé plus de génies artistiques que les académies de peinture, et bientôt une foule de jeunes gens sans nom ont mieux réussi que les célébrités, à croquer d’admirables scènes de la vie privée, à saisir les caractères et les physionomies, et surtout à couvrir une pierre, sans tache et sans rature. On peut dire que les grands maîtres se sont retirés de la carrière, battus par les ra- piris, sous le rapport de l’exécution et souvent même sousceluide la penséeet de l’ordonnance.La lithographie a révélé beaucoup de dagueri otypes vivants (pii pren- neiil la nature sur le fait sans avoir jamais appris à dessiner que par la méthode Jacotot qui exclut les maîtres. i\ous aurions tant de choses nouvelles à dire sur les procédés lithographiques que ce chapitre de notre rapport deviendrait un manuel meilleur que celui que nous aurions publié il y a quinze ans, sans les conseils intéressés d’Engelmann qui nous en détourna vivement, en prenant de son côté l’engagement de ne pas le faire sans nous en prévenir : il était trop tôt, selon lui, de dévoiler nos secrets. Mais il se réservait in petto l’honneur et le bénéfice d’une pareille publication, que la nôtre eût pu contrarier j car nous étions peut-être mieux en mesure que personne d’entreprendre une pareille émission d’utiles indiscrétions, après une pratique immédiate de quinze années dans toutes les branches de cet art j préparation des pierres, compositions chimiques, dessin et impression. Il faut avoir mis la main à un métier pour en parler, et nous ne pouvons reconnaître pour vrai lithographe que celui qui seul, enfermé dans un atelier convenablement outillé, sciait en étal de dessiner et d’imprimer un objet quelconque, à autant de milliers d'exemplaires qu’on en voudrait; car nous ne regardons pas comme impossible d’imprimer pendant toute une année un dessin lithographique que nous aurions exécuté nous-mème; la pierre s’usàt-ellc de plusieurs millimètres, nous pensons que le tracé continuerait à fournir de bonnes épreuves : cela dépend entièrement de l’intelligence et des connaissances chimiques de l’entrepreneur. En 1820, époque où un tirage de 500 était regardé dans tous les pays comme un succès, nous avons imprimé 26,500 armoiries des passeports du gouverne ment sans altération du type ; la première et la dernière épreuve sont signées de MM. Weissembruch et liory de Saint-Vincent, et il est impossible d’y remarquer une différence. Vingt fois la pierre s’altéra, vingt fois nous la ramenâmes à sa valeur primitive, en suivant pied à pied les phénomènes singuliers de ses diverses transfigurations. De l'Imprimerie lithographique. Ce qui a retardé les progrès de l’impression lithographique, c’est qu’on a voulu dès l’origine assimiler l’imprimeur lithographe à l’imprimeur typographe, c’est qu’on a pris une science, un art pour un métier. A notre avis, la profession de l’imprimeur lithographe est tout aussi considérable que celle de l’artiste. Il faut autant de talent pour bien imprimer que pour bien dessiner. Le tablier et les calus aux mains n’empêchent pas le sentiment, a dit Franklin : il faut avoir senti les angoisses du dessinateur qui vient livrer son chef-d’œuvre d’une année aux brutalités d’un manœuvre, plus ou moins ivre, pour se faire une idée de l’importance de la préparation des pierres et de leur mise en train. Si l’acidulation a été trop forte ou trop faible, si la planche est ce qu’on appelle manquée, l’imprimeur en rejette toujours la faute sur l’artiste ou sur scs crayons, ou sur sa manière de dessiner, et l’artiste ne sait que répondre; il change d’imprimeur et tombe souvent de mal en pis. i\ous croyons devoir leur donner un moyen sur de faire eux-mêmes cette délicate opération, il suffit de prendre des fragments ou de la poudre de marbre ou d'un autre calcaire, d’en saturer de l’acide hydroehlo- rique, de décanter ce liquide neutralisé qu’on appelait avant-hier muriale, hier hydrochlorate et aujourd’hui chlorhydrate de chaux, et de le mélanger avec une forte dissolution de gomme arabique; étendez doucement ce magmat avec un large blaireau sur votre dessin, et laissez-le reposer jusqu’à ce qu’il vous plaise de le livrer à l’imprimeur, qui saura ce qu’il lui reste à faire. S’il empâte une pareille pierre, et s’il perd un atome des teintes les plus légères, ce n’est pas un artiste, c’est un manœuvre qui ne sait pas son métier et mérite d’être renvoyé à l’impression des cartes d’adresse. Un jour que nous assistions, chez Constant, à l'impression de la Damé, chef-d’œuvre de Girodet, nous lûmes effrayé de voir celte pierre magnifique estompée, c’est-à-dire couverte d’un voile du haut en bas, tandis que l’imprimeur, le meilleur de Paris à cette époque, allait son train sans s’en apercevoir. Un tint aussitôt conseil autour de la pierre; Constant voulait qu’on la mit simplement sous la gomme; mais notre avis de la faire nettoyer à l’essence et de passer la pierre à l’encre grasse prévalut : on la laissa reposer ensuite pendant quinze jours. Ce fut en cet état que ce chef-d’œuvre fut vendu à i\oël qui en tira encore plusieurs milliers d'exemplaires. Les bonnes épreuves de la üanaé valent aujourd’hui 200 francs. doublions pas de dire à tous les imprimeurs de crayon que le secret des bons tirages, bien noirs et bien purs, consiste, non pas à charger son rouleau d’encre, — u 2 82 — comme ils croient devoir le faire, et comme nous l’avons cru pendant dix ans; mais à tout enlever et à n’en mettre que la quantité suffisante pour deux ou trois épreuves tout au plus; il faut de l’encre faible et non plus de l’encre forte comme autrefois. Cette méthode est celle des bons imprimeurs, qui se gardent bien de la divulguer. Nous leur demandons bien pardon , mais nous ne sommes pas au bout de nos indiscrétions, et nous avons encore bien des choses curieuses à raconter; par exemple nous dirons, pour faire plaisir au Quarterly Review, que la lithographie, qu’on croit nouvelle, est due à Moïse, qui a gravé les dix commandements de Dieu sur la pierre; notre critique ajoutera sans doute, qu’il en a distribué les épreuves aux Hébreux en descendant du Mont-Sinaï. Les antiquolàtres qui soutiennent (pie les modernes n’ont presque rien inventé, seront contents de nous cette fois. Nous ajouterons qu’un voyageur danois a trouvé dans un vieux couvent du Thibet un traité d’anatomie contenant 00 planches lithographiées depuis 000 ans, avec la description du procédé qui a servi à les faire; nous avons lu cela dans les grands journaux politiques, on ne peut donc pas douter de la véracité du fait. De la gravure aur pierre. On s’est longtemps effrayé du mot de gravure sur pierre par comparaison avec la gravure sur cuivre, qui demande de longues années d’exercice et un poignet — 285 — vigoureux pour entamer le métal. Engelmann lui-même a longtemps reculé devant la gravure sur pierre ; il a même écrit que ce n’était pas de la lithographie, et qu’il préférait la plume et le crayon. Mais malgré les chefs-d’œuvre du général Alliai in et des frères Desma- drils en fait de dessins à la plume, Engelmann a dû nous prier, par écrit, de lui communiquer nos procédés, si supérieurs aux siens; lui qui, en 1817, nous avait fait une condition d’association de compte à demi, de l’entrée de ses ateliers, condition judaïque que nous avons fièrement refusée, attendu que nous avions autant à lui apprendre qu’il avait à nous enseigner, comme nous le fit remarquer le bon Langlumé, avec lequel nous échangeâmes amicalement nos petites découvertes. Ce brave et malheureux confrère, que tout le monde croit dans l’autre monde depuis dix-sept ans, vient, en effet, de nous adresser la gazette de Bâton-Rouge qu’il rédige dans la Guyane française. C’est pour avoir échappé aux embrassements commerciaux d’Engelmann, et pour lui avoir fait tort, comme on dit, de la médaille d’or, qu’il nous a oublié dans son histoire de la lithographie. L’imprimerie de Lemercier est aujourd’hui la plus grande et la meilleure de Paris pour les dessins soignés ; les autres s’adonnent plutôt aux travaux du commerce qu'aux travaux d’art. La lithographie fondée à Dijon par un de nos frères, le meilleur imprimeur que nous ayons formé, a mérité une médaille pour la belle exécution de son Voyage pittoresque en Bourgogne. Thierry, Vilain, Delarue, Bobœuf, Haubloup, Mar- tenot, Gihaut, Racinet, Dupont, Garson, Lessore, sont les principales étoiles de la pléiade lithographique d’aujourd’hui. Vous n’hésitons pas à dire que la constel- — 284 — lalion pâlit; il y a «le la gène et du découragement sur tous les points, la concurrence a été trop vive, et n’a guère laissé que des blessés sur le champ de bataille. Pour en revenir à la gravure sur pierre, nous désirons qu’on prenne acte de ce que nous avons publié, il y a douze ans, dans l’ Industriel , et que nous répétons aujourd’hui : « Tout ce qui se fait sur cuivre, à l’eau forte, au burin, à la pointe sèche et sur bois, peut se faire sur pierre, avec une économie de plus de moitié sur le temps et l’argent. » Du moment où nous eûmes vérifié que le trait le plus fin et le trait le plus gros s’imprimaient également bien et duraient autant l’un que l’autre, nous nous sommes dit : L’art est trouvé, il ne manque plus que l’artiste, et si quelque célébrité chalcographiquc voulait sc détacher du cuivre pour s’appliquer à la pierre, nous aurions bientôt nos Berwic et nos Desnoyer. Nous déclarons aux graveurs sur cuivre qu’il ne leur faudrait pas une heure de leçon pour les engager à déserter le métal; nous l’avons tenté à l’égard du célèbre lléveil, auquel nous portâmes une pierre sur laquelle il s’exerça de suite avec un tel succès, qu’en voyant la pureté des épreuves que nous lui rendions, il s’écria : !>l sait plus que le crayon sec, adhérant partout, et s’en allant en poussière sous la gratte-bosse. Nous avons également délayé le crayon dans des essences, pour l’étaler avec un pinceau. Nous avons enduit des feuilles de papier autographe de cette composition (juc nous transportions sur pierre d’un coup de presse; mais le meilleur moyen que nous ayons trouvé a été de commencer par aciduler la pierre , la bien laver, et la laisser sécher. Cette première préparation ne permet plus à la composition grasse de pénétrer aussi profondément; de sorte que la pierre peut être couverte de crayon d’une manière ou d’une autre ; tout ce que vous enlèverez ne reparaîtra plus au tirage, et ce qui restera tiendra aussi solidement qu’il est nécessaire. On ne se fait pas une idée du charme et des ressources du genre aquatinte; d’abord on a trois fois plus tôt fait de mettre les blancs que les nofrs, puisqu’il y a dans un dessin à effet, trois fois plus de noir que de blanc, et pour les dessins lumineux un quart de blanc, un quart de noir et une moitié de demi-teinte. Préparez ces dessins au muriate légèrement acidulé et gommé; laissez sécher celte composition, puis imprimez avec très-peu d’encre douce sur le rouleau, après avoir nettoyé la pierre à l’essence bien rectifiée. Quand ce procédé sera plus répandu on abandonnera le crayon qui paraîtra fade à côté de la vigoureuse manière noire dont nous possédons d’étonnants spécimens. 10 ' Aquatinte par transport. Enduisez un carton de Bristol d’une composition grasse, de manière à ce qu’il n’offre qu’une surface noire bien unie et d’une égale épaisseur; dessinez avec de petites spatules de bois dur ou des estompes et découvrez les blancs purs avec la pointe de votre canif : votre dessin achevé, humectez légèrement le papier et transportez-lc d’un coup de presse sur la pierre polie. Si l’opération est bien conduite, ce dessin s’imprimera tel qu’il était sur le papier. Ce moyen est excellent pour forcer les artistes qui ne veulent pas mettre la main à la pierre à faire de la lithographie sans qu’ils s’en doutent. On rend le transport plus complet en passant à l'avance quelques couches d’eau gommée sur le carton de Bristol. Cette idée nous a conduit à proposer aux artistes une méthode infiniment rapide et commode de faire de magnifiques dessins à la manière noire. Il suffit de passer une couche d’eau de colle légère sur de grandes feuilles de papier, puis de les barbouiller d’une composition de suif et de savon, dissous dans de l’essence de térébenthine, avec beaucoup de noir de fumée ou de bistre. Une feuille ainsi préparée se prête à tous les caprices du dessinateur; il peut, avec des chiffons de toile ou de laine, trouver des demi-teintes, et avec des spatules de bois arrêter les formes, découvrir les clairs ou les re- 295 — couvrir cent fois, pour recommencer après ; car la composition noire ne sèche pas. Quand le dessin est achevé on peut lui donner des glacés charmants en lui présentant un fer à repasser, dont la chaleur fait fondre^ la composition; après quoi on peut encore le recouvrir d’un vernis. N n’est pas un dessin à l’encre de Chine ou au bistre qui présente plus de vigueur et de chaleur. Nous avons appris avec plaisir que deux jeunes artistes français l’exécutaient avec succès, depuis deux ans seulement, quoique nous l’ayons publié depuis plus de dix. Disons un mol en passant des petits dessins pleins de charme exécutés par l’abbé Soulacroix, à la fumée d’une bougie. Il y a là un tour de main que l’inventeur possède seul, pour faire ces ciels si bien dégradés et donner de la vigueur aux premiers [dans ; en quelques minutes il achève un petit paysage de fantaisie, orné d’une jolie fabrique; quelques touches de sépia et les blancs enlevés avec un tortillon de papier, leur donnent tout le piquant du dessin au lavis le plus précieux. Il opère, dit-on, à l’aide de papiers découpés qui servent de couverte pour préserver certaines parties de l’action de la bougie. Quand son dessin est achevé, il le lixe, ajoute- t-on, à l’esprit-de-vin; le nouveau procédé inventé pour fixer le pastel nous parait très-applicable à ces petits chefs-d’œuvre, encore très-peu répandus, parce que l’inventeur veut en conserver le monopole (I). (1) On ne connaissait pas jusqu’ici de moyen sùr pour fixer les dessins au pastel ou au fusin ; ces dessins, d'un velouté si doux . Nous espérons que AI. l’abbé Soulacroix ne voudra pas se laisser accuser plus longtemps de manquer de charité chétienne, et qu’il ne tardera pas à livrer son joli secret au monde artistique qui l’attend avec impatience. étaient difficiles à transporter et à conserver, à cause de leur extrême fragilité; le moindre contact, le plus léger frottement, les altéraient, et aucun vernis ne pouvait être étendu sur eux sans leur faire perdre de leur éclat et de leur fraîcheur. Un amateur distingué, M. le marquis de Varcnncs, vient de trouver un moyen aussi simple qu’ingénieux de donner au pastel et au fusin la solidité de la peinture, sans nuire à aucune de leurs qualités ; il a eu l’heureuse idée de les fixer en les vernissant à l’envers, c’est-à-dire en étendant sur la face postérieure du papier une dissolution alcoolique de gomme laque blanche. Cette dissolution pénètre rapidement le papier et s’introduit par la capillarité jusque dans les molécules du dessin situé de l’autre côté; l’alcool s’évapore rapidement, de telle sorte qu’en un instant toute celle poussière si légère de pastel ou de fusin , semblable à celle des ailes de papillon, est si bien attachée, si adhérente au papier, que le dessin peut être roulé, frotté, emporté, sans s’effacer et sans qu’il s’en détache la moindre molécule. Nous croyons rendre service aux peintres et aux amateurs en leur indiquant ce procédé et en leur donnant ici les proportions exactes de la dissolution : on fait dissoudre dix grammes de gomme laque ordinaire dans cent vingt grammes d’alcool ; on décolore ensuite la liqueur au moyen du charbon animal ; on peut de même employer la teinture, toute faite, de laque blanche au sixième, que l’on trouve chez les marchands de couleurs, en y ajoutant deux parties d’esprit-dc-vin rectifié. Après avoir filtré, il suffit d’étendre une couche de l’une ou de l’autre de ces dissolutions avec un pinceau, derrière les dessins, pour leur donner toute la solidité désirable. — 2«)S — Bc In prciisc lithographique. Pas u» lithographe ne nous contredira si nous apurons que la lithographie n’a pas encore une bonne presse; et ce n’est pas faute d’en avoir essayé des centaines : pour notre part nous en avons inventé plus de vingt et construit plus d’une demi-douzaine sans grand succès. Cela vient de ce qu’on veut qu’une même sorte de presse serve également au grand et au petit format ; mais cela est impossible. JNous avions rapporté d’Angleterre une petite presse en fer plus commode que l’ancienne, et cependant nos ouvriers n’ont pas voulu s’en servir; habitués à certains mouvements, les imprimeurs se fatiguent réellement davantage les premiers jours, avec un instrument plus aisé; mais ils n’ont pas assez de raisonnement pour prévoir qu’après quelque temps d’exercice ils trouveront un avantage au changement. C’est là la pierre d’achoppement de toutes les inventions et ce qui retarde tant l’adoption des machines perfectionnées. Il faut pour ainsi dire une génération nouvelle d’ouvriers familiarisés dès le principe avec les outils nouveaux JNous n’espérons rien de bon de la substitution du cylindre au râteau : cela exige trop de précision dans l'épaisseur des pierres et dans l’exactitude de leur plan. Il est vrai qu’on a des machines pour les mettre d’épaisseur et les dresser; mais c’est une dépense inutile qu’on peut épargner. La meilleure pression est celle que l’on donne à l’aide d’un levier excentrique manié avec la main, comme dans la presse deLemercier.Lcs pédales, en s’échappant, peuvent causer de grands accidents : elles nous ont grièvement blessé quelquefois et ont tué notre frère. Presse cylindrique. Une seule chose manque à la lithographie pour rivaliser avec la typographie, c’est la rapidité du tirage. Quand on pourra imprimer mille épreuves par heure au lieu de cent, on fera des journaux et des livres par la lithographie; il suffira de reformer des calligraphes comme il y en avait tant avant l’invention de l’imprimerie. Au lieu de quinze compositeurs, on ferait la besogne d’un journal avec cinq calligraphes ; mais quelle variété dans les caractères et les signes! comme on mettrait bien mieux la pensée en relief! comme on intercalerait facilement des dessins, des plans, des tracés de routes, de la musique , de l’histoire naturelle, des coupes géologiques!... car il faut convenir que l’imprimerie peut à peine exprimer la moitié de nos pensées; nous n’écrivons pas une page sans éprouver le besoin d’y ajouter quelque ligure, quelque signe qui ne se trouve pas dans les cases de nos imprimeurs. C’est ce besoin, plus urgent aujourd’hui qu’à l’époque des discussions théologiques et philosophiques, qui a fait revivre la gravure sur bois; mais elle est encore trop coûteuse et trop lente pour — 21)7 satisfaire à nos nécessités de tous les instants; il faut que tout ce qu’un auteur sait tracer sur le papier puisse être exactement reproduit, et la lithographie aurait cet immense avantage sur l'imprimerie ordinaire. C’est dans ce but que nous avons cherché l’impression cylindrique et que nous l’avons trouvée depuis douze ans. Mais les révolutions et nos progressives institutions, nous ont fait reculer devant les dépenses de l’exécution première. Un de nos amis s’est emparé de notre idée; mais il devait échouer parce qu’il ne la connaissait pas tout entière. Il en a été de même de M. Villeroi de Paris, qui a beau mettre sa presse cylindrique à toutes les expositions : il ne réussira pas davantage parce que la réussite se rattache à une petite découverte qui n’est pas encore dans la circulation et que nous n’avons pas voulu publier, contre notre ordinaire, dans l’espoir que des temps meilleurs nous permettraient d’apporter en personne ce petit cadeau à l’Europe. Notre cylindre en pierre était arrivé de Sollenhoven, les bâtis en fer étaient fondus, des avances étaient faites au mécanicien quand il a levé le pied, comme on dit, en nous laissant en panne; situation pénible dont nous n’avons encore pu démarrer. A l’aide d’un seul homme et sur du papier continu nous aurions imprimé 1800 copies par heure. D’après nos indications et nos prières, 31. Perrot de Rouen, l’ingénieux inventeur de laperrotine, a fait un encrage mécanique très-rapide, mais sur pierre plate; tandis que c’est dans le cylindre que réside toute perfection. Du reste, on ne trouverait qu’à Chàteauroux et à Mussy-Lévèque des blocs de pierre assez épais pour — 21)8 — fabriquer des cylindres d’un diamètre assez grand poulies employer même à l’impression des indiennes. Puisque nous avons prononcé le mot de Mussy-Lévè- que, nous allons raconter l’histoire de la découverte d’une montagne de pierres lithographiques que nous regardons comme supérieures à celles de la Bavière; mais comme nous n’en pouvons tirer parti nous-mème, nous offrons notre montagne à la France, en échange de quelques collines de l’Atlas dont elle devrait bien faire présent à la Belgique par des motifs analogues. En 1836 , nous partions de Paris pour la Bourgogne avec l’idée fixe de trouver des pierres lithographiques, tout plein de foi dans le quœrite et inventes; en conséquence nous descendions de la diligence à toutes les montées, flairant les cailloux de la route pendant 25, 30 et 40 lieues sans rien découvrir qui ressemblât à l’objet de nos vœux. Quand tout à coup nous aperçûmes le calcaire lithographique à gros grain : Patience! disions-nous; il va bientôt se resserrer; ah! voici des murailles, voilà même un cabaret de pierres lithographiques, Dieu soit loué! Voyez! voyez! conducteur, ces cassures conchoï- dales ! Quelle belle couleur bise ! Quel grain fin ! Écoutez comme ces cailloux sonnent! Cocher, mettez dans la voiture. Brave femme, voulez-vous me vendre le seuil de votre porte? Combien? Cinq francs! Cocher, mettez dans la voiture! Ces bonnes gens nous croyaient fou, surtout en nous voyant appliquer la langue contre les murs. Ce manège dura pendant deux ou trois lieues, tant que dura le banc de calcaire lithographique. Nous nous rappelons seulement qu’il est situé à cinquante lieues — 299 — de Paris et que le village de Mussy-Lévêque se trouve à peu près au centre : en voilà plus qu’il n’en faut pour retrouver ce trésor. Adieu les pierres de Munich, car celles-ci sont de toute première qualité, très-compactes et sans géodes terreuses, comme il s’en rencontre dans celles de Châteauroux. Nous devions avec notre confrère Mantoux exploiter ce trésor, qui devait nous rendre millionnaires ; mais nous n’étions pas assez riches pour faire fortune, il a fallu y renoncer. On ne doit pas s’étonner qu’on ait tant tardé à découvrir cette carrière; car les lithographes ne voyagent guère, et ceux qui voyagent ne regardent pas toujours ce qu’ils foulent aux pieds. N’a-t-on pas marché sur la houille et les mines de toute espèce pendant des milliers d’années sans les voir? M. Lcmereier, Français, établi à Bruxelles, inventeur de la presse la plus commode que nous connaissions, se souvient du gisement d’une autre carrière dont il nous donne, de mémoire, la situation topographique en ces termes : En partant de Saint-Dizier, en remontant la Marne, sur la gauche, à environ une lieue de la rivière, près d’un village nommé \Villers-en-Licu, non loin d’un bois, se trouve une fondrière d’une vingtaine de pieds de profondeur. Les couches supérieures présentent un calcaire tendre, mais les couches inférieures sont un banc de pierres lithographiques de première qualité. Il nous semble que ces indications sont plus que suf- lisantcs pour retrouver celte carrière qui appartiendra au premier occupant. — 300 manière noire lithographique. La manière noire sur cuivre consiste à enlever avec un grattoir le sommet des grains d’une planche graine»; au berceau jusqu’à ce qu’elle donne une épreuve d’un noir mat à l’impression. Nous avons appliqué ce procédé à la pierre , avec un entier succès; voici notre méthode : Préparez, à l’acide, une pierre grainée, jetez-y quelques gouttes de gomme arabique, que vous étalez et essuyez avec un linge; noircissez en entier la pierre avec du noir de fumée, puis tracez-y au grattoir ou à la pointe ce que vous désirez; le dessin se reproduit à l’inverse, mais on peut juger en très-peu de temps de l’effet que les blancs produiront quand ils seront noircis par le rouleau. Ce dessin s’imprime comme la gravure lithographique, et il est bien moins sujet à s’empâter que le crayon lithographique; il admet aussi très-facilement les retouches et permet surtout d’accuser les légers détails avec la plus grande fermeté, à l’aide de la pointe sèche. Ce genre conviendrait à la topographie expéditive pour dessiner les montagnes et les eaux au lavis ; il serait parfait pour copier les gravures après qu’on les aurait transportées sur le papier photographique de Talbot, ce qui met les blancs à la place des noirs; quelques minutes d’exposition au soleil suffisent pour obtenir ce transport qui servirait de guide au dessinateur à la manière noire. Nous pensons même qu’il serait aisé de transporter ainsi les dessins les pins compliqués, en passant .sur la pierre la composition de nitrate d’argent employée pour le papier. dette idée est seule une révélation d’une haute importance pour les graveurs en général; mais nous doutons qu’ils l’essayent avant qu’un chimiste ne leur ait tracé la route à suivre; nous ne connaissons que M. A. Chevallier, de l’Académie de médecine, capable de les mettre sur la voie. Uciisiu blanc sur noie. Nous avons déjà dit qu’il y a beaucoup plus de noir que de blanc sur un dessin à effet, et qu’il est par conséquent plus expéditif d’y mettre les blancs que les noirs. Couvrez donc une pierre polie, non préparée, d’une couche mince et égale d’encre lithographique ou de vernis mou, et tracez les blancs à la pointe sèche; cela va très-vite en ce qu’il n’y a ni crayon à tailler, ni burin à aiguiser et que la lame d’un canif peut suffire à tout. Préparez la pierre à l’acide gommé, un peu plus fort qu’à l’ordinaire, et vous tirerez des centaines, des milliers d’épreuves d'une pierre de ce genre. L’usage en est si facile, que M. Casimir Pèrier visitant notre atelier avant la révolution, au moment où nous venions de faire cette petite découverte, dessina en quelques heures, et pour son coup d’essai, une scène de — 302 marché qui fut tirée et vendue à un grand nombre d’exemplaires. Nous tenions à faire dater toutes nos trouvailles par quelque personnage marquant; mais ce fut en vain que nous tourmentâmes le célèbre David pour lui faire toucher le moindre croquis sur pierre, il s’y refusa toujours. Nous avions beau lui faire entrevoir que les siècles futurs feraient dater la lithographie du règne de David; le farouche républicain nous répondait : Tu es un bigre bien adroit, tu (lattes mon amour-propre; mais tu n’auras pourtant pas mes croquis , ma femme ne veut pas ! Le fait est qu’il dessinait très-difficilement de mémoire, et que ses innombrables croquis, qu’il nous fit voir en cachette, étaient à peine dignes d’un écolier de neuf ans. Le seul artiste qui ait fait des chefs-d’œuvre avec la méthode du blanc sur noir, est M. Girardet; ses batailles d’Alexandre resteront pour glorifier l’artiste et humilier l’imprimeur qui n’a pas su les multiplier comme elles le méritaient. Il parait qu’il les laissait empâter, ce qui ne serait pas arrivé s’il avait passé les pierres à l’acide avant de les couvrir de noir. l.avis lithographique. Un amateur très-habile, le lieutenant-colonel Witlert, a imaginé de faire des dessins à plusieurs teintes plates de différents tons, sur une même pierre. Par exemple, il prenait sur un dessin au lavis ou une gravure, les quatre ou cinq tons principaux qui suffisent sur les papiers à tenture pour exprimer la rondeur des formes; il les disposait sur la même pierre quand le dessin était petit, ou sur plusieurs pierres quand il était grand; il remplissait d’encre l’intérieur des contours et préparait le tout à l’acide, comme à l’ordinaire; après avoir enlevé l’encre à l’essence de térébenthine, il encrait chacune de ses teintes avec un rouleau chargé des encres préparées d’avance au ton désiré. Au moyen de points de repère, il obtenait par la superposition de toutes ses teintes, des estampes qui semblaient faites «à l’encre de la Chine ou à la sépia. Les repères se font mieux en ne laissant aucun bord blanc au papier, qui doit être taillé de la grandeur juste du dessin et que l’on applique ensuite sur des feuilles de papier blanc. Il y a là de quoi satisfaire à bon marché, tous les maniaques d’albums qui persécutent les artistes pour avoir des croquis. On sent que l’impression lithographique en couleur est tout entière dans cette méthode des repères, puisqu'un lieu de prendre des teintes noires on peut prendre des couleurs différentes; mais tout cela n’a produit jusqu’ici que du gâchis et des couleurs rancies par l’huile, sans transparence et désagréables à la vue; nous n’en exceptons pas la prétendue invention dont Engel- inann a fait tant de bruit. JVous aimerions mieux l’idée de Sennefelder, de composer une mosaïque épaisse en lingots de cire diversement coloriés, sur laquelle il passait une couche d’essence pour liquéfier la sommité des basaltes, avant d’appliquer sur sa planche une feuille de — 3 ()■{ - papier, qui prenait l’empreinte coloriée de la mosaïque liquéfiée. Nous pensons qu’on pourrait essayer de faire adhérer le papier sur cette mosaïque au moyen d’un fer à repasser; la surface de la cire, en se fondant, donnerait son empreinte au papier. Nous soupçonnons que le procédé du célèbre Lipp- inann de Berlin, pour multiplier les tableaux, est quelque chose d’analogue à cela. Imprimerie mosaïque. On voit depuis nombre d’années une foule de jolis dessins en couleur, établis sur des feuilles couvertes d’un treillis de petits carrés, destinés à servir de modèle aux dames qui brodent en laine, à l’aiguille , des bouquets , des oiseaux et même des sujets d’histoire ; le bas prix auquel ces dessins, que l’on croirait coloriés à la main, sont livrés au public, nous a mis sur la voie du mécanisme qui sert à les imprimer. Nous allons le décrire : Tout l’outillage d’un imprimeur mosaïste consiste en une seule forme composée d’une agrégation de petits tubes creux d’environ un millimètre carré et de deux ou trois centimètres de hauteur. Ces tubes, étirés et cirés à l’extérieur, sont serrés dans une forme, à l’instar des caractères d’imprimerie, de manière à rendre les interstices imperméables à l’air ; on emplit de couleur épaisse les différentes divisions du dessin que l’on veuf représenter; cela fait, on recouvre le dessus de la forme d’une feuille de parchemin qui ne touche pas les tubes, mais dont les bords sonl hermétiquement fixés autour de la forme. Dés qu’on soulève le parchemin à l’aide d’un petit onglet collé au centre de la feuille, il se fait un vide qui appelle la couleur vers le haut des tubes et l’empêche de tomber pendant qu’on retire la feuille imprimée. Un petit coup frappé sur le parchemin suffit pour chasser les gouttes de couleur contenues dans les tubes cl les faire tomber sur le papier. On peut faire de la sorte une foule de dessins très- agréables et surtout très-brillants de couleur, pour écrans de fenêtres aussi bien (pie pour broderies en laine. Lithographie par enlèvement. Nous avons essayé, sans la porter au degré de perfection dont elle est susceptible, la méthode suivante : Couvrez une pierre grainée d’une couche mince d’encre ramollie par une plus grande proportion de stéarine que l’encre ordinaire; appliquez sur celte couche une feuille de papier coquille très-mince et remettez cette pierre à un artiste pour y tracer un dessin à la mine de plomb; tous les traits qu’il fera sur le recto de la feuille de papier se reproduiront sur le verso aux dépens de l’encre de la pierre ; transportez ce dessin gras sur une RAPPORT. ‘J. 20 — 306 — autre pierre que vous traiterez comme un dessin au crayon. On doit commencer à voir que nous avions raison de dire que la lithographie pouvait se prêter à une foule d’artifices innombrables, entre les mains d’un manipulateur habile; mais, nous le répétons, il faut, pour réussir, que l’invesligateur soit imprimeur, dessinateur el un peu chimiste. Biographie. Tel est le nom (pie nous avons donné à une méthode lithographique qui consiste à calquer à la plume, sur un taffetas ciré, les dessins les plus compliqués, avec une facilité et une pureté sans exemple;'méthode pour laquelle nous avions demandé en 1827 un brevet qu’on nous a refusé, par la raison qu’un de nos confrères, qui était parvenu à se procurer quelques notions imparfaites de notre méthode, en corrompant un de nos dessinateurs., s’y était opposé. Il est résulté de la haute prudence du dispensateur des brevets, que cette méthode, paralysée entre nos mains, n’a pu se développer entre celles du frelon qui prétendait la connaître aussi bien que nous. Mous avons voulu donner une leçon à l’administrateur intelligent de ce temps-là, en refusant de communiquer le fruit de nos recherches à nos dessinateurs: nous avons seulement reproduit nous-même l’œuvre 307 — de Flaxman, dont, chaque planche ne nous coula il pas deux heures de travail; ce procédé, qui réduil lu gravure au lemps strictement nécessaire pour suivre avec une plume tous les linéaments d’un dessin, est certainement celui qui mérite au plus haut point l’attention des lithographes. Aujourd’hui que nous sommes en train (le faire nos petits cadeaux au public, en jetant, comme on dit, tous nos meubles par les fenêtres, nous allons y ajouter la diagraphic avec tous les détails nécessaires pour que le premier venu puisse en savoir, en cinq minutes, autant que nous en avons appris en cinq ans; car le résultat de toute publication industrielle consciencieuse est de concentrer en quelques lignes les travaux de plusieurs années. Description des procédés dingrnpliiqncs. Choisissez un carré de taffetas ciré bien uni, ou plutôt faites-en fabriquer une pièce un peu plus forte et moins transparente que celui du commerce, et tachez qu’on lui donne une couleur laiteuse, nous dirons pour-' quoi. Faites coudre une tresse de fîl autour de votre carré; passez un lacet dans cette tresse pour tendre également ce taffetas, au centre d’un cadre formé d’un fil de fer, gros comme un tuyau de plume à écrire. Placez ce taffetas sur le dessin à copier et suivez les traits avec une plume et de l’encre lithographique. 20 * — 308 — Voilà bien le fond du procédé ; mais vous ne feriez rien de.bon sans les explications qui vont suivre : 1° Le taffetas étant trop translucide, il s’ensuit que le trait que vous tracez, se confondant avec le trait de dessous, vous ne savez pas s’il a la même épaisseur; il faut donc ternir l’envers du taffetas avec une légère solution de lait de chaux ou de blanc quelconque, qui permette d’apprécier exactement l’épaisseur et la pureté de vos traits ; 2° La plume ordinaire ne vaut absolument rien; il faut se servir des petites plumes lithographiques de Perry, qui permettent de tracer les lignes les plus délicates avec une rare facilité; 3° Si votre encre n’est pas assez épaisse, elle s’étale et vous ne faites que des pâtés; il faut donc amener votre encre lithographique à la consistance d’un lait épais; vos traits, au lieu de s’épater, ont une tendance à se resserrer, à cause de l’état un peu graisseux du taffetas qui ne repousse pas, néanmoins, l’encre grasse et alcaline que vous lui confiez ; 4° Avant de dessiner, vous aurez soin de passer une couche d’essence de térébenthine ou d’eau de savon sur votre taffetas que vous essuierez bien, avec du papier Joseph ou avec un linge ; le foulard joue ici son rôle ordinaire. En très-peu de temps vous aurez acquis une habitude parfaite de ce procédé et ce sera un plaisir pour vous de vous y livrer; quand on fait un faux trait, rien n’est plus aisé que de l’enlever avec un grattoir, car il ne pénètre point dans la substance du taffetas; il n’est que déposé sur la surface. On peut au besoin enlever à l’essence toute une partie du dessin ou le dessin tout entier. — 509 — ImprcMsion dlagrnphique. Votre calque terminé, renversez le taffetas sur une pierre polie et donnez un coup de presse ou deux ou trois, comme vous voudrez, en ayant soin de déranger légèrement la pierre à chaque coup de presse, pour qu’une dent du râteau ne puisse pas laisser de ligne blanche. Le taffetas adhère fortement à la pierre, ce qui empêche le dessin de se doubler ; détachez lentement le taffetas, en le soulevant d’un seul côté; quelle sera votre surprise, en le regardant à la lumière, de n’y plus trouver trace de votre dessin qui est resté tout entier sur la pierre! C’est alors que si vous voulez tracer un cadre ou retoucher quelque chose, vous pourrez le faire avec la plus grande facilité, avant l’acidulation. Il arrive q'ue si la préparation est un peu faible, l’empreinte du taffetas apparaît légèrement sur toute la pierre en y passant le rouleau ; mais il ne faut nullement s’en effrayer, tout cela s’efface avec une éponge et de l’eau acidulée, sans endommager les traits qui sont beaucoup plus résistants que ce nuage de saleté. Remarquez bien que votre taffetas peut servir à une quantité considérable de décalques ; il suffit de le nettoyer, chaque fois, à l’essence de térébenthine; nous avons même remarqué qu’il s’améliorait en vieillissant. Ce moyen est applicable même à la topographie : nous ' avons fait ainsi, en un jour, un petit plan de Jérusalem avec toutes les écritures et les montagnes; mais ce que nous avions mis à l’exposition en ce genre n’a pas été — 510 apprécié par le jury qui n’en pouvait comprendre l’importance. Tout ce que nous venons de détailler serait perdu si nous oubliions une dernière précaution à prendre poulie décalque des grands taffetas qui marchent souvent avec le cuir et font des plis qui perdent tout. Nous y avons remédié de la manière suivante : Quand votre taffetas est posé sur la pierre, il faut le saupoudrer de stéalite en poudre, puis y placer une maculature également saupoudrée et avoir soin de frotter le cuir du tympan de cette même matière, que les cordonniers emploient sous le nom de poudre de savon, pour faire glisser le pied dans les bottes neuves. Par ce moyen, le transport se fait à merveille. Nous vous recommandons l’usage de cette poudre pour le tirage de toutes les grandes pierres; il vous sauvera de tous les doublés. 4 Contrefaçon du Coran. Après la contrefaçon des billets de banque, nous ne sachions rien de plus lucratif que la contrefaçon du Coran ; aussi, à la suite de la découverte de la diagrapliie, la première idée qui nous vint ce fut de l'appliquer à la reproduction des manuscrits sémitiques et des langues encore privées de types mobiles. Le Coran nous sembla particulièrement passible de ce procédé : attendu que bien qu’il soit expressément défendu par le Coran même, de graver le nom de Dieu, il — 311 n’est pas défendu de le lithographier, de le calquer, de le diagraphier enfin. Nous voulions proposer celle affaire au négociant régnant d’Alexandrie, bien persuadé qu’d l’accepterait connue il accepte un verre de tisane de Champagne, en s’abstenant de vin; le cas de conscience est identique; nous lui eussions livré un navire chargé de cent mille Corans, imprimés sur papier turc et reliés à la turque, à 20 francs pièce, il en aurait fait cadeau à tous ses fidèles mollah, à raison de 300 francs seulement au lieu de 000 francs qu’ils coûtent en manuscrit, et il eût passé pour fort généreux et fort religieux en gagnant 20 à 30 millions de francs sur une première édition du Livre par excellence. Nous eussions fait le même arange- ment pour le Livre de la secte d’Ali avec le schah de Perse et ainsi de suite. Celte importante affaire ayant été malheureusement confiée au dispensateur des brevets, sa conscience s’alarma à l’idée de voir les presses belges contribuer à propager l’erreur en Orient; le brevet du procédé nous fut refusé net; c’est ainsi que nous avons sans cesse été arrêté sur le seuil de la fortune que nous n’avons d’ailleurs pas ledroil d’accuser d’ingratitude, quand elle nous traite avec indifférence, ce n’est qu’un prêté rendu. Kngclmann, auquel nous avions aussi parlé de notre intention, se mil à l’œuvre sans scrupule aucun; mais comme il s’était servi d’un Coran hétérodoxe, prêté par l’amiral Sidney Smith, sa spéculation échoua et ne fut plus reprise depuis. La lithographie est la véritable imprimerie du chinois, du japonais et de toutes les langues phonétiques, idéographiques et hiéroglyphiques; tout ce qu’un lellrc — 312 — peut écrire avec de l’encre lithographique, serait facilement transporté sur pierre. La lithographie a été portée en Chine par le missionnaire Imbert en 1827, mais nous croyons qu’on l’a crucifié; c’est dans l’ordre. Quand Champollion nous proposa de publier sa grammaire égyptienne, qu’aucun imprimeur n’osait entreprendre à cause des signes nombreux qui devaient se trouver intercalés dans le texte, nous lui conseillâmes de faire composer la partie typographique avec des blancs réservés à l’endroit, des signes et de transporter sur pierre ce texte auquel il ajouterait lui-même les signes hiéroglyphiques. Motte fut du même avis et il imprima fort bien la grammaire de Champollion, qu’un nouveau venu vient de démonétiser comme Champollion avait démoli celle du père Kircher, de sorte que le voile de l’antique Isis dont les docteurs Young et Ak- kerblad avaient soulevé le premier coin, retombe aussi épais que jamais sur les mystérieux rébus de Memphis et de Phylœ. Pour en revenir au décalque, un jour viendra que les sténographes des chambres écriront avec une pointe sèche sur un papier dont le revers enduit d’un vernis mou déposera ses traits sur une feuille de zinc, qu’on mettra sous presse à l’instant même pour l'imprimer sur un papier mince, assez transparent pour qu’on puisse lire à l’envers. Ces feuilles étant expédiées, par la correspondance, .à tous les journaux, il s’ensuivra que toute la Belgique aura les débats des chambres quarante-huit heures plus lot qu’aujourd’hui ; il ne faut qu’une intelligence très- ordinaire pour organiser une pareille spéculation. Transport des vieilles impressions snr pierre. Ce problème, qui a fortement occupé Sennefelder et tous ses élèves sans qu’ils aient réussi plus complètement que leur maître, nous a beaucoup occupé nous- même. Notre idée fixe consistait à vouloir ramollir l’huile oxydée des anciennes impressions. Mais nous n’avons jamais pu parvenir à rendre ce procédé régulier et universel, comme M. Dupont parait l’avoir fait, à en juger d’après les nombreux spécimens qu’il a exposés. Nous avons reconnu qu’une page d’impression ou une gravure sur bois de cent ans de date se transportait mieux qu’une gravure sur cuivre ou une page de musique de cent jours. La cause de cette différence provient de ce que dans un cas l’impression s’est faite à froid, et à chaud dans l’autre; c’est-à-dire que la planche métallique «ayant été chargée sur le gril, l'huile se trouve entièrement volatilisée et ne transmet plus que du carbone sur le papier. Cependant nous «avons réussi à saponifier ce qu’il en reste en imprégnant la gravure d’une solution de potasse caustique; mais nous n’avons jamais pu imprimer directement ces transports, nous nous sommes donc borné à les décalquer, sur une pierre préparée pour la gravure, que nous repassions ensuite a la pointe; une carte de la Belgique qui nous avait coûté 50 francs d’exécution a été débitée à dix mille exemplaires au prix de deux francs la feuille, ainsi qu’un plan de — 514 — la bataille de Waterloo; c’était de l’argent placé à 40,000 p. °/ 0 ; mais il ne faut pas croire (pic toutes les entreprises lithographiques produisent de semblables bénéfices. Nous n’avons jamais eu de succès que dans ce que nous avons fait de médiocre et à bon marché; dès que nous abordions les chefs-d’œuvre, nous ne trouvions plus de débit : telle pierre qui nous a coûté trois mille francs de dessin ne nous a pas rapporté vingt-cinq francs; telle autre nous coûtait vingt-cinq francs qui nous en rapportait dix mille, comme l’ont fait toutes les vues de Waterloo. Le talent d’un éditeur consiste à pressentir le goût et les besoins du public. Quant au transport des journaux fraîchement arrivés de l’étranger, le procédé est on ne peut plus simple : les uns se contentent d’un coup de presse après avoir humecté la feuille avec de l’eau pure, les autres avec de l’eau acidulée, ou avec une légère eau de potasse. Tant que l’encre n’est pas tout à fait sèche, le succès est assuré. En 1823, nous inquiétâmes singulièrement le propriétaire du Journal de la Belgique, en lui présentant un exemplaire de sa gazette dont le verso portait la composition d’un journal ennemi. Du reste, les éditeurs parisiens peuvent se mettre à l’abri de ce genre de contrefaçon en imprégnant leur papier de sidfate d’alumine : ce conseil a été suivi par le Journal des Débats dont la réimpression a été forcément suspendue par le vice-éditeur de Bruxelles. — 315 — « Du graiuc «1cm pierre*. (le qui rend la lithographie au crayon si monotone et si grossière à voir de près, c’est la difficulté d’obtenir un grain assez fin pour donner du velouté, du moelleux au dessin. Les imprimeurs prétendent que le crayon ne s’attache pas bien sur les pierres presque polies, et les dessinateurs se donnent une peine extrême pour obtenir de la vigueur sur des pierres à gros grain. Nous sommes étonné que pas un seul lithographe n’ait pris la peine de se rendre compte de ces anomalies. Il est vrai que le crayon dur et sec ne tient pas bien sur les pierres à grain lisse, ou qu’il forme des traits secs et durs quand on appuie; nous leur donnerons le moyen de remédier à tout cela. D’abord en leur apprenant à faire du grain deux fois plus fin qu’ils ne l’obtiennent sans être plat; secret qui consiste à mettre une poignée de fécule dans le sable qu’ils broient entre deux pierres ; l’amidon a la propriété de retenir l’eau pendant très-longtemps et d’empècher les pierres de se gripper, de sorte qu’on peut pousser l'écrasement du sable jusqu’à la dernière ténuité, ce qui produit un grain serré et aussi égal qu’on peut le désirer; il faut seulement avoir soin de bien brosser la pierre sous la pompe pour n’y pas laisser d’amidon. Nous recommandons aussi l’essai du son mêlé au sable (1). (1) Le sable bien fin est une chose rare ; à Bruxelles nous avons — 516 — Donnez alors à vos dessinateurs des crayons très-doux dans lesquels il entre beaucoup plus de savon et de stéarine que de cire et vous recevrez des merveilles de velours, qu’ils exécuteront avec beaucoup d’aisance, et que vous imprimerez de même; ces lithographies approcheront du lavis et de la manière noire, elles gagneront du piquant et cesseront de causer des nausées par leur monotonie grisâtre et leur apparence galeuse. Transports lithographiques sur hois et sur faïence. Il suffit d’appliquer plusieurs couches d’un mucilage composé de gomme arabique, de colle de poisson, de sucre candi ou autres substances muqueuses translucides sur un papier de Chine ou sur un papier mince non collé; quand cette couche est sèche, on découpe ce papier en pièces proportionnelles aux petits dessins qu’on veut y imprimer; l’ouvrier se contente d’humec- le sable d’Alost, mais à Paris il n’y en a pas, c’est un cadeau que nous voulons lui faire. Nous nous rappelons que sur la roule de Paris à Bruxelles, en passant par Saint-Quentin , au-dessus d’une des plus fortes rampes où l’on oblige les voyageurs à marcher, nous avons trouve près du sommet de la montagne, à droite, une mine de sable , le plus lin et le plus égal que nous ayons jamais vu. Ce sable des derniers dépùts doit être le plus ténu de tous. C’est donc sur les montagnes plutôt que dans les plaines qu’il faut aller chercher le sable tin. Le Parisien qui fera la spéculation que nous lui indiquons est sùr de réussir. — 517 — 1er le papier de sou haleine, avant de l’appliquer sur la pierre. Veut-on transporter l’épreuve sur une tabatière de bois ou sur un écran, on humecte le derrière du papier avec la langue et on l’applique sur le bois verni ou non, la gravure s’y attache en appuyant seulement avec la paume de la main; un léger surcroît d’humidité fait détacher le papier : quelques couches de vernis copal à l’essence ou à l’esprit, et le tour est fait. Liège et Spa fabriquent de la sorte des millions de jolies tabatières de platane qui se répandent sur toute la terre en concurrence avec les tabatières d’Écosse (1) et d’Allemagne. Le bois de platane, immergé pendant quelque temps dans la fontaine du Pouhon, acquiert cette jolie teinte grise qu’on lui connaît. Les transports sur faïence et porcelaine se font de la même manière; mais il faut, au lieu de noir de fumée, (1) Nous devons tâcher de faire comprendre à nos artistes spa- (ois comment les Écossais exécutent leur admirable charnière sans cheville, qui fait le désespoir des contrefacteurs, car il s’agit de faire le contenu plus grand que le contenant. Tout le mystère consiste à refouler, par la pression, les petites calottes saillantes, réservées dans la charnière du couvercle, qui doivent entrer dans les calottes creuses de la charnière de la boite. Ouand le tout est en place et que la tabatière est fermée , il suffit d’humcctcr la charnière, le bois se gonfle et les calottes refoulées reprennent leurs dimensions premières, de manière à ne pouvoir jamais se séparer. Quand cet artifice sera connu de nos ébénisles et lablettiers , ils y trouveront une foule d’applications pour toutes les portes et fermetures de meubles, et peut-être pour les portes d’appartement qui ne crieraient plus comme avec des charnières en fer. — 318 — un oxyde métallique susceptible de se vitrifier; on a pendant longtemps employé des plaques de gélatine pour recevoir et transmettre les impressions, nous pensons que des lames de caoutchouc blanc seraient préférables et se ploieraient parfaitement à toutes les anfractuosités des vases de porcelaine ; en Angleterre on emploie le papier mince non collé. Gonor, qui a si longtemps caché son procédé pour agrandir ou diminuer à volonté scs empreintes, se servait de plaques de colle de poisson qu’il faisait gonfler ou concentrer en les humectant d’eau ou d’alcool après qu’clles avaient reçu l’épreuve de la taille-douce. Gonor ayant remarqué que l’alcool faisait crisper et rétrécir le parchemin, était parti de là pour faire sa curieuse mais inutile invention qui intriguait encore le monde artistique plusieurs années après sa mort, cl pour laquelle il exigeait une si grande récompense qu’il n’en obtint aucune, et mourut pauvre. Rien n’était plus énigmatique (pie le problème qu’il s’était proposé : Une planche gravée étant donnée, en tirer des épreuves de plusieurs formats différents. Gonor était parvenu à le résoudre, car nous avons eu de lui une série de six dimensions du plan de Saint- Pétersbourg, qui varient d’un pouce de diamètre à deux pouces et demi, tirés sur la môme planche. Nous pensons qu’on pourrait en faire autant sur le papier gélatine translucide de Quénédey, en le soumettant à l’action de l’eau pour l’épanouissement et à l’action de I’csprit-de-vin pour la contraction. Nous ne devons point omettre le singulier procédé que nous devons à un artiste dont le nom nous échappe: sur un morceau de ce papier fabriqué avec partie colle — 519 (le poisson cl partie colle de Flandre, coulée sur une glace enduite à l’avance de fiel de bœuf, tracez avec une pointe sèche les contours du dessin à calquer, puis cn- crez-le à la manière de la taille-douce, l’encre restera dans les tailles cl vous pourrez transporter ce dessin d’un coup de presse sur la pierre. Lithographie en relief, embossage. L’imitation de la gravure sur bois est une chose très- aisée en lithographie; nous l’avons beaucoup étudiée, et ce n’est qu’après l’avoir poussée à sa perfection que nous l’avons abandonnée. Duplat fut le premier qui tira parti de ce procédé pour la typographie ; Girardet alla beaucoup plus loin encore, mais cette méthode n’a pu se vulgariser, parce que chacun conserve ses petits moyens, et qu’il faut beaucoup d’essais pour les retrouver (1); nous allons divulguer les nôtres et tracer un chemin sûr à ceux qui voudront le suivre ; malheureusement encore il faut des notions de chimie, de dessin et d’impression à celui qui veut expérimenter avec succès. Couvrez une pierre d’une couche mince de vernis de (1) Nous recommandons à ceux qui veulent marcher d’un pas assuré dans le labyrinthe des procédés lithographiques que nous avons dû parcourir à tâtons, le journal Le Lithographe, publié par M. Jules Desportes, praticien distingué et écrivain lucide qui a pris la tâche de dévoiler tous les procédés, toutes les recettes et tours de mains, épars dans les divers ateliers de l’Kurope. — 320 — graveur ou cl’encrc qui résiste bien aux acides ; dessinez à la pointe, par enlèvement, et faites mordre l’acide assez profondément; lavez la pierre et laissez-la sécher, puis recouvrez de vernis les parties à traits serrés, qui sont toujours suffisamment mordues du premier bouillon. Délayez ensuite du vernis mou de Callot avec de l’essence de lavande à la consistance de l’encre d’imprimerie; chargez la planche au rouleau jusqu’à ce que les traits soient quasi bavocheux et que l’encre les recouvre en champignon. Faites évaporer l’essence en promenant un fer chaud de blanchisseuse à quelques ligues de la surface de la pierre, et arrêtez-vous quand il y aura commencement de fusion superficielle ; passez de nouveau la pierre à l’acide après qu’elle sera refroidie ; le vernis fige offre une très-vive résistance sur tous le points qu’il protège. En suivant cette marche et recouvrant à chaque fois les parties suffisamment approfondies, vous obtiendrez d’admirables résultats, susceptibles d’être relevés en plâtre, puis moulés en métal d’imprimerie par immersion. Ce procédé fait la hase de l’imprimerie à la co«- grève pratiquée avec tant de succès par Neumann de Francfort, et nouvellement importée à Bruxelles. Au moyen de pièces de rapport qui se séparent pour être encrées à part, on imprime en plusieurs couleurs, des cartes d’adresse et des affiches qui frappent les yeux, surtout quand on y joint l’embossage des lettres et des bas-reliefs en blanc qui font l’effet d’autant de camées. L’embossage du carlon s’opère au moyen d’une certaine quantité de cire, fixée au tympan delà presse typographique et recouverte d’un léger papier; on obtient — 3 “21 d’un mémo coup de presse plusieurs couleurs en même temps que l’embossage. L’art des embossers a longtemps été tenu secret en Angleterre, quoique rien ne fût plus simple et plus facile à imaginer. Cet art ne demande qu’un peu dégoût pour ajuster les différentes pièces des nombreux clichés que l’on peut se procurer chez les anciens embossers. Nous pensons qu’on pourrait intercaler les petites pierres gravées en relief dans le texte des formes d’imprimerie, en les prenant fort minces, pourvu qu’on les appliquât sur le plâtre durci par le sulfate d’alumine, ou sur de l’asphalte rendu inélastique. Il serait aussi facile de se servir d’étain et même de zinc au lieu de pierre, pour obtenir des gravures en relief; mais on conçoit que toutes ces tentatives demandent du temps, de l’intelligence, le goût des recherches et le courage de courir les droguistes, les apothicaires et les différents artisans auxquels on est malheureusement forcé d’avoir recours pour la moindre bagatelle, quand on ne possède pas les instruments de métier les plus vulgaires. Il est des pays où l’on ne trouve rien de ce dont on a besoin, tandis qu’on trouve tout à Paris. Aussi, presque toutes nos mille et une jolies petites découvertes viennent-elles de Paris ou de Londres, où les ouvriers habiles et dont la mansarde est connue abondent; tandis que dans les villes de province, sans en excepter Bruxelles, les inventeurs sont fort à plaindre s’ils ont besoin d’un tube de verre, d’un robinet, d’une simple vis ou même d’un fil de cuivre rouge; il faut perdre des semaines à quêter un peu d’adresse, un peu de complaisance qu’on ne trouve même pas à prix d’or. Ces deux lignes de statistique nous ont coûté plus de JUPI’ORT. 2 . 21 cinquante mille francs à établir; elles expliquent parfaitement pourquoi la plupart des recherches ne peuvent être conduites à bon terme en province, et pourquoi les inventions littéraires sont mieux exploitées que les inventions industrielles; c’est que tout l’outillage de l’écrivain ne consiste qu’en une écritoire, un cahier de papier et une botte de plumes qu’on trouve partout. Ensuis poly typiques. Souvent la plus innocente combinaison du hasard ou du génie présente une longue série d’essais à tenter; la découverte anglaise, par exemple, qui consiste à donner au plâtre la dureté de la pierre, peut apporter d’immenses perfectionnements à l’art de l’imprimerie, et modifiera peut-être jusqu’à la politique en rendant la presse entièrement libre, c’est-à-dire, en permettant à chacun de multiplier sa pensée sans le secours d’un tiers et sans instruments coûteux ou encombrants. Il suffit de se procurer une plaque de fonte, que vous ferez border de quatre petites règles de métal dépassant la surface delà table d’un demi-millimètre environ; sur cette plaque vous coulerez une composition de cire, de savon, de suif, et peut-être de plâtre moulu; vous régalez, comme on dit, cette composition à l'aide d’une règle en fer chauffée qui appuie sur les rebords, pour n’en laisser qu’un demi-millimètre d’épaisseur sur toute la plaque. — 325 Sur ce magma refroidi vous n’aurez qu’à écrire ou à dessiner avec une pointe de fer tenue perpendiculairement et pénétrant jusqu’au métal; il faut que la composition se coupe net comme du savon de Marseille ; il ne faut pas non plus laisser de grands blancs. Quand votre planche est couverte, vous remontez les règles latérales de deux centimètres environ, à l’aide devis, et vous coulez sur cette planche la composition nouvelle de plâtre et d’alun calciné dont nous avons parlé ; vous la faites pénétrer à l’aide d’un blaireau dans les traits de la cire et vous la laissez prendre. L’opération se termine en défaisant une des réglettes et en présentant la cire au feu. Vous aurez de la sorte une forme en relief jnverse, qui donnera autant d’empreintes que vous voudrez, par la méthode d’impression suivante, analogue à celle dont les Chinois font usage. Encrez la forme à l’aide d’un rouleau de gélatine ordinaire d’imprimerie, posez la feuille de papier, et passez par-dessus un autre rouleau propre, de même composition , ou une brosse. Il faut seulement chercher la quantité et la qualité d’encre la plus convenable. Ce procédé serait très-utile au petit commerçant, pour multiplier ses annonces; ce serait l’imprimerie du boutiquier. Imitation sur enivre de la gravure sur bois. Voici un procédé connu de très-peu d’artistes encore et qui mérite cependant d’être répandu ; les deux 2 |* seuls essais que nous en ayons faits ont parfaitement répondu à notre attente : c’est le portrait en pied de David, et un cul-de-lampe très-fini. Il ne s’agit que de dessiner sur cuivre avec une plume métallique très-fine et une encre composée de vernis de graveur dissous dans de l’essence de lavande, à consistance de crème; on ne réussirait pas avec une plume et de l’encre lithographiques ordinaires. Il faut avoir soin d’essuyer le cuivre avec de l’essence de térébenthine ou de l’eau de savon pour empêcher l’encre de s’étaler; on obtient de la sorte une finesse de traits comparables à ceux de la taille-douce; il s’agit ensuite de faire mordre lentement, mais profondément, le cuivre. On obtient alors un relief qui peut se polytyper ou s’intercaler lui-même dans le texte. Un phénomène inconnu à la gravure sur bois, le pointillé, une liberté sans égale dans l’entre-croise- ment des tailles et la facilité des corrections et des retouches sont le propre de cette méthode. On nous demandera pourquoi nous l’avons abandonnée, après avoir si bien réussi : nous en ferons le triste aveu. La planche de cuivre sur laquelle nous avions opéré était trop grande, il fallait la faire rogner. Nous la portâmes chez un graveur bruxellois qui nous promit de la découper le lendemain et de la clouer sur un bois de hauteur, pour la mettre sous presse et en tirer une épreuve ; on sent avec quelle impatience nous attendions cette épreuve pour juger du résultat : eh bien, après quatre ‘mois d’attente et de remise à demain, ce mollusque n’y avait pas encore touché! Le moyen d’inventer en province ! Nous reprîmes enfin notre planche, et pour ne pas éprouver d’autre désappointement, nous la jetâmes dans un coin de notre atelier, où elle s’oxydait depuis plusieurs années, quand un de nos amis l’ayant aperçue, nous proposa d’accomplir ce reste de travail ; il s’en acquitta passablement. Ce n’était pas tout, il fallait trouver un imprimeur typographe pour en tirer une épreuve; mais il y a dix ans, pas un seul imprimeur de Bruxelles n’était capable d’imprimer un cliché fini : ce ne fut donc que quatre ans plus tard que M. Ode parvint à nous donner une empreinte convenable de notre planche qui s’était oxydée autant que notre ardeur. Qu’on nous pardonne celte digression, c’est de l’histoire et c’est une leçon. Nous ne doutons pas que ce procédé ne soit employé maintenant pour certains magasins pittoresques de Paris et de Londres. Quels avantages il aurait cependant sur la gravure en bois, par les grandes dimensions que l’on pourrait donner aux planches ! Voici l’aperçu d’une entreprise que nous voulions exécuter et dont un autre pourra profiter : il s’agissait de dessiner et de graver de la sorte un des beaux Christs de Vandyck ; de couvrir un rouleau de bois avec la planche de cuivre ployée sur la circonférence, de l’encrer avec un autre cylindre jumeau, et de l’imprimer sur un papier continu; on peut compter sur cinquante mille épreuves par jour, à 10 centimes, qui seraient payés par tous les paysans de la chrétienté ; il ne faudrait pas deux opérations de ce genre pour faire une immense fortune, avec une mise de fonds très-minime. Une gravure de ce genre s’imprimera d’autant mieux, qu’elle sera plus généralement couverte de tailles pressées, sans espaces entièrement blancs. 11 y a plus, c’est qu’après l’avoir fait mordre à l’acide, il n’y aurait qu’a la préparer lithographiquement, alin de donner aux creux de l’antipathie pour l’encre grasse, de sorte que si la planche venait à s’empâter, un peu d’eau et d’essence suffirait pour la nettoyer, comme cela se fait pour la pierre et le zinc lithographiques. Voilà d’utiles indiscrétions pour ceux qui voudront les comprendre. Ceux qui s’attendaient à nous voir décrire les procédés connus de tout le monde, seront trompés dans leur espoir. Pendant que notre magasin d’inventions est au pillage, tant pis pour les objets étrangers qui s’y trouvent; en voici un qu’un de nos élèves, M. Desgucrrois, d’Amsterdam, nous a communiqué pour faire revenir les teintes des pierres éreintées, c’est de l’huile de ver; il suffit d’en imprégner un petit bout de drap-feutre et d’en frotter légèrement les parties effacées ; un de nos imprimeurs de Bruxelles obtient ce résultat en frottant un morceau de drap sur sa tête pour en prendre la graisse alcaline, et la reporter sur les parties de la pierre qui ont souffert. Nous avons foi en ces tours de main; mais ils doivent être exécutés avec prudence et discrétion pour ne pas faire plus de besogne que le dessinateur n’en a fait lui-même, c’est-à-dire pour ne pas estomper les fonds. On voit que les ressources de la lithographie sont inépuisables ; nous avons vu d’anciennes pierres abîmées par de mauvais imprimeurs, rétablies dans leur état primitif par des imprimeurs plus habiles qui les avaient achetées à bon marché. Un spéculateur, qui aurait à la main un de ces guérisseurs de pierres et qui parcourrait les lithographies — 327 — de l’Europe pour aeheter les fonds malades des grands maîtres, ferait d’excellents affaires. Si jamais il se trouve un amateur de ce genre, il peut se présenter chez nous, nous avons cinq à six mille pierres de cette espèce à son service. Photographie Lithographique. L’application de la daguerréotypie à la lithographie ne saurait tarder d’apparaître; elle aura le précieux avantage de souffrir des additions et des retouches, et de s’imprimer à un grand nombre d’exemplaires. Voici comment nous la concevons : Une pierre couverte d’iode, de chlorure d’iode, de brome ou de la composition nouvelle moins sensible,queDaguerre nous fera bientôt connaître, ayant reçu l’impression de la lumière, serait à l’instant recouverte d’un enduit de gomme noircie qu’on laisserait sécher à l’obscurité. Il est évident que la gomme soulèverait, aussi bien que le mercure, la poussière d’iode décomposée, pour aller donner sa préparation à la pierre, tandis que l’iode non décomposée la préserverait des atteintes de la gomme. Qu’arriverail- il quand, après avoir dépouillé la pierre de toute sa gomme en la laissant dissoudre dans l’eau, on passerait le rouleau sur cette pierre? Evidemment le noir ne s’attacherait qu’aux parties entièrement préservées , et n’adhérerait point à celles que la gomme aurait touchées. On pourrait donc couvrir la pierre d’encre grasse et — 328 — lui donner une préparation suffisante pour supporter un long tirage. Si la pierre ne souffrait pas ee procédé, n’avons-nous pas la plaque de zinc et rélincellc électrique? Quel admirable champ de recherches pour l’artiste qui a le bonheur d’avoir du temps cl de l’intelligence à son service; mais il faut absolument la réunion d’un bon imprimeur lithographe à un bon photographe, pour mener à bien les essais dont nous leur traçons le programme. Celui qui réussira aura fait autant pour les arts que Daguerre lui-même, et aurait droit à la même récompense. De la contrefaçon par la lithographie. Nous ne croyons pas devoir quitter la lithographie sans parler de la facilité qu’elle offre aux contrefacteurs, et s’il était permis de contrefaire en Belgique les billets de banque aussi bien que les livres et les bronzes, nous ferions bientôt concurrence à Rothschild ; car il est peu de papiers-monnaies de l’Europe qui puissent échapper à la lithographie. Le seul empêchement réel consiste dans l’attachement des lithographes pour leur tête si mauvaise qu’elle soit. Nous pensons avec Babbage qu’il n’y a pas une empreinte qui ne porte en soi les éléments héréditaires du type qui l’a créée et pas un travail d’art (pii ne puisse être imité par un artiste. On a rendu la contrefaçon dif- licilc quelquefois, mais jamais impossible, et nous nous étonnons qu’elle soit si rare et si facilement reconnue : c’est qu’elle n’est ordinairement tentée que par des individus que leur ignorance et leur maladresse ont conduits au dernier échelon de la misère et de l’abrutissement. Le tribunal nous appela naguère pour expertiser quelques centaines de billets du trésor de Prusse, saisis chez un changeur ; ils étaient si grossièrement lithographiés qu’ils n’ont pu faire beaucoup de dupes, le cadre même était plus grand de 3 millimètres, et le corps du billet se composait de deux papiers appliqués l’un sur l’autre; jugez du reste. On vient de saisir à Paris des contrefaçons du timbre français. Cela est si peu difficile à imiter que les lithographes, obligés d’imprimer sur du papier timbré, ont beaucoup de peine à n’ètrc pas contrefacteurs malgré eux, car à chaque coup de presse le timbre s’attache de lui-même à la pierre. Le bruit qu’a fait dans les journaux la contrefaçon des billets de Prusse a engendré les contrefacteurs de Maestricht, comme le retentissement que l’on donne aux crimes et aux suicides en engendre d’autres. Mingrat engendra Siffried, Siffried engendra Molitor qui engendra Contrafatto, qui engendra Delacollonge, etc. Il en est de même pour les assassins de rois auxquels on fait les honneurs de la chambre des pairs. Une semence jetée au vent tombe toujours quelque part et se multiplie. Si les traits de vertu étaient répandus par la presse avec autant d’empressement que les traits de scélératesse, les bonnes actions seraient moins rares. Ou a remarqué que l’annonce d’une asphixie par le charbon en produisait plusieurs dans le mois suivant; on va faire du bruit de la contrefaçon, soyez sûrs que la contrefaçon va se multiplier. Il est donc urgent de songer à la rendre impossible. La banque d’Angleterre attache tant d’importance à la découverte d’un papier de sûreté qu’elle a pendant longtemps proposé un prix considérable sans rien obtenir , quoique des milliers de moyens lui aient été présentés ; son ingénieur M. Oidham avoue qu’il a été fait des essais infructueux, par la banque, pour plus de 80,000 livres sterling, aussi le conseil a-t-il résolu de renoncer à tout essai nouveau à ses frais; il veut bien accepter un billet tout fait, et le payer largement s’il est réellement incontrefaisable ; mais il répudie tout projet, même celui que nous lui avons offert, le seul et unique de son espèce, sans plaisanter, puisque nous ne saurions pas en faire deux semblables. Perkins avait exécuté une admirable bank-note au moyen de la sidérographie ; il faisait graver sur les bords d’une planche d’acier, par les plus habiles graveurs, un morceau de genres différents, il y joignait les chefs-d’œuvre du tour à guillocher, [>uis il trempait sa planche d’acier au plus dur ; il berçait ensuite sur cette planche un cylindre d’acier tendre sous une très-grande pression : le cylindre prenait l’empreinte en relief de la planche; il la trempait à son tour et se procurait de la sorte un étalon capable de procréer une grande quantité de mères, dont chacune pouvait reproduire, sans adultération, la plus fidèle image de ses ancêtres d’acier. Or, chaque planche de ce métal pouvant donner plusieurs centaines de mille épreuves, il s’ensuivait que la pérennité se trouvait acquise à cette race immortelle. C’était assurément une des idées les plus ingénieuses qu’il fût possible d’avoir : eh bien, Perkins avait compté sans la lithographie j la première épreuve qu’il remit à la banque fut contrefaite le lendemain même dans toutes ses incroyables perfections, d’un coup de presse lithographique; son billet ne fut pas adopté par la banque de Londres, mais il servit à toutes les petites banques et au commerce en général qui continue à l’appliquer à une foule d’usages, même aux étiquettes , lirmes et marques des diverses marchandises. La contrefaçon deviendrait impossible si l’on se servait d’une encre préparée avec du mucilage au lieu d’huile. Avant l’invention de Perkins, M. Mollard avait découvert un billet vraiment inconlrefaisable puisqu’il était créé par le hasard qui ne donne jamais deux fois les mêmes combinaisons. Le fond de son billet était fait à l’aide d’un acide répandu sur toute la planche d'acier, ce qui donnait une foule de tons moirés, racinés ou lavés, qu’on n’eut pu reproduire ni à la main, ni par le transport lithographique, à cause des teintes mourantes qui contenaient trop peu d’encre pour donner prise au rouleau; mais ce moyen incontrefaisable , il est vrai, élait loin d’être éternel, il suffisait d’un tirage très-borné pour mettre la planche hors de service, et l’on sait que l’identité est une des conditions sine quâ non de tout papier-monnaie; aussi le procédé Mollard fut-il si vite oublié que les académiciens contemporains se le rappellent à peine. Eli bien, c’est ce moyen que nous avons 'exhumé pour le marier au procédé Perkins et réclamer le million promis par la banque de Londres; mais nous avons beau courir après les millions, ils se volatilisent entre nos doigts : c’est qu’il faut au moins posséder un cheval de selle pour courir après une chaise de poste ; ce qui veut dire qu’il faut avoir de l’argent pour devenir riche. La banque nous a fait dire de lui apporter un billet tout fait, et comme il nous aurait fallu un outillage de 20 ou 50,000 francs peut-être, nous faisons cadeau de notre billet à toutes les banques présentes et futures pour un exemplaire des épreuves qu’elles éditeront d’après notre méthode que voici : Faites forger par un armurier une planche d’acier damassé d’un centimètre d’épaisseur, avec l’étoffe qui sert à confectionner des armes moirées; faites graver sur cette planche le libellé ordinaire, puis souinettez-la à l’action rongeante de l’acide qui fera paraître le damassé; trempez cette planche en paquet, c’est-à-dire dans une boite pleine de charbon pilé et à l’abri de l’air ; traitez-la ensuite selon le procédé de Perkins et vous aurez des billets incontrefaisables par tous les procédés connus jusqu’ici. Non-seulement on ne saurait faire une planche semblable, il y aurait même d’insurmontables difficultés à imiter un seul de ces billets à la main ; mais ce vol par unité n’est pas fort dangereux pour les banques, il est bien loin de balancer les profits provenant de la destruction des bank-notes, par l’eau et le feu. Il faut un artiste d’une habileté, d’une patience et d’une imprudence bien rares, pour entreprendre la cou- trefaçon d’un billet de banque à la main ; cependant cela s’est rencontré sur les pontons anglais (1). La contrefaçon et le faux-monnayage se sont quelquefois exerces sur une grande échelle en Angleterre, (1) Un prisonnier des ponlons nous a conté que scs camarades avaient fait de fausses bank-notes et jusqu’à de la fausse monnaie , malgré la surveillance et les privations dont ils étaient l’objet, mais le génie est enfant du besoin. Voici, dit-il, comment nous opérions pour préparer notre papier : nous commencions par dessiner les filigranes avec de l’encre très-gommée sur une planchette, ce qui donnait une certaine épaisseur au tracé sur lequel on appliquait une feuille de papier à lettre qu’il fallait amincir de moitié, pour obtenir la légèreté du papier-monnaie; nous y parvenions en l’usant avec du verre pilé et un chiffon , opération qui durait' plusieurs jours et exigeait une attention soutenue pour ne pas déchirer cette pelure d’oignon. On conçoit que l’endroit des filigranes étant le plus exposé au frottement s’amincissait davantage et simulait parfaitement les caractères transparents du filigrane ordinaire. L’opération du papetier achevée, celle de l’artiste commençait. La feuille amincie se plaçait à l’envers , sur une bank-note véritable, et à l’aide d’un peu d’encre de Chine, et de plumes de mouettes ramassées sur le sable par la cantinière, le billet s’achevait tant bien que mal, dans l’embrasure d’un sabord , pendant qu’une demi-douzaine de camarades placés en sentinelle épiaient les surveillants et donnaient le signal télégraphique de leur arrivée. Le billet terminé était changé à la cantine, rentrait dans la circulation et la banque le payait. C’était une bien légère compensation des myriades d’assignats dont les Anglais ont inondé la république indivisible pour amener l’effroyable division, la terrible banqueroute, dont la France a été la victime; il est vrai que ces stupides assignats étaient si faciles à contrefaire que des agens de l’ilt en avaient établi une fabrique dans les caves mêmes de l’abbaye de Picpus. Pour montrer ce dont le génie des prisonniers est capable, nous dirons aussi comment ils sont parvenus à fabriquer de la fausse 354 — par l'enlèvement d’artistes graveurs qu’on entraînait, les yeux bandés, dans quelque retraite cachée. La méthode de Perkins rendit ce moyen impraticable, en ce qu’il aurait fallu enlever tous les premiers artistes d’Angleterre. C’est donc une des grandes questions du siècle que d’empêcher ce que les Anglais nomment la forgery, car du moment où elle ne serait plus à craindre, le papier pourrait remplacer les métaux. monnaie d’argent, avec des clous de cuivre dérobés au charpentier qui venait radouber leur ponton. Après s’étre procuré, avec beaucoup de peine, de la terre à creuset, quelques os de sèche, et avoir rnis en commun leur ration d'huile et de graisse, ils attendaient la dernière visite du soir, puis formant avec leurs habits une enceinte impénétrable à la lumière , ils allumaient des mèches faites avec les débris de leurs chemises de coton, placés dans des lampions; là une demi-douzaine d’entre eux couchés par terre et armés de chalumeaux de paille souillaient la flamme sur le creuset jusqu’à ce qu’il y eut un peu de cuivre fondu. Le moule préparé en pressant une pièce d’argent entre deux os de sèche réunis par deux chevilles de bois, recevait le métal fluide et leur donnait une pièce de cuivre dont ils abattaient le jet à coups de canif; ce n’était pas tout, il fallait blanchir cette pièce et lui donner l’aspect de l’argent ; l’ingénieur qui dirigeait celte opération avait avisé un baromètre dans la chambre du capitaine et conçut le projet de s’emparer du mercure. Il fallait attirer le commandant et les surveillants vers la proue ; on convint que les deux meilleurs nageurs se jetteraient à l’eau et que l’on crierait au secours; le stratagème réussit, le capitaine quitta sa cabine , un des conspirateurs y entra, cassa le baromètre et reçut le mercure dans son pot à l’eau. Il y en eut de reste pour argenter quelques pièces avec lesquelles les contrefacteurs se procuraient à la cantine des vivres plus frais que le pain gluant que les fournisseurs leur donnaient. L’or et l’argent seraient rendus à leur véritable destination; les arts et l’industrie feraient ce jour-là un héritage de plusieurs milliards. Deux moyens ont été proposés dans ces derniers temps, le papier Mozard et le papier Grimpé, nous en dirons deux mots : Mozard imprime son billet entre deux couches de papier, pendant la fabrication ; il est difficile à imiter en ce qu’il faudrait faire les frais d’une machine à papier continu; mais il n’est pas beau, et l’empreinte varie constamment dans ses dimensions par l’effet des tiraillements de la pâte humide. M. Laffitte l’a néanmoins adopté. Le fond du papier Grimpé est formé par l’impression d’un cylindre recouvert de millions de petites figures géométriques d’une identité inimitable à la main, et fournissant une multitude de points de repère qui permettent à tout le monde de se donner un moyen différent de vérification ; mais ce que la machine et l’art ont fait, peut être contrefait, tandis que l’œuvre du hasard est seule inimitable. TYPOGR 4PHIE. Que dire de l’imprimerie en caractères mobiles qui n’ait été répété cent fois, si ce n’est que la mobilisation des 24 lettres de notre alphabet, par Guttenberg ou par Laurent Coster, a fait une révolution aussi grande que le ferait la mobilisation de la propriété foncière : la première facilite autant la transmission des idées que la seconde favoriserait la transmission de l’héritage. Quand nous dirons que l’art typographique est florissant en France, on nous répondra que le commerce de la librairie y est si malade que. plusieurs exposants ont failli, même pendant l’exposition. On dirait que plus l’imprimerie fait de belles choses, plus elle fait de mauvaises affaires; cela s’explique par l’augmentation de prix des éditions de luxe, qui ne sont plus accessibles qu’aux grandes fortunes dès qu’on leur tlonne l’importance d’un manuscrit. On nous comprendra en se rappelant la distinction qui doit exister entre l’art et l’industrie, entre la production du génie individuel et la reproduction machinale indéfinie. Le propre de l’industrie est la reproduction prompte, illimitée et à bas prix de tous les objets d’une utilité générale. L’art, au contraire, ne compte pour rien la .promptitude d’exécution, la quantité, le prix de fabrication ni le besoin des masses. L’art ne peut intervenir dans l’industrie que jusqu’à certaine limite, passé laquelle les avantages propres à l’industrie commencent à disparaître. Ainsi, un livre tiré à grand nombre, au prix de 3 à 4 francs par volume, est un produit industriel qui devient un objet d’art par l’addition d’ornements gravés, dorés, coloriés, et par celle d’une magnifique reliure. L’amour-propre ne porte que trop souvent un artisan habile à rivaliser avec l’artiste ; c’est là sa pierre d’achoppement. L’amour-propre de la librairie française lui a fait franchir tes limites de l’industrie. Nous craignons qu’il n’en soit de tout ainsi; par exemple, des machines dont le poli, donné à grands frais aux parties qui n’en réclament point, augmente le prix sans utilité. Il manque aux industriels un tableau statistique des fortunes pour bien asseoir leur spéculation. L’artiste n’en a pas besoin. Comme il ne fait que des pièces exceptionnelles, il trouve presque toujours un amateur d’originaux, quel qu’en soit le prix. Un artiste horloger qui avait exposé une montre de cristal de soixante «APPORT. 2 . 22 — 358 — mille francs, a bien trouvé un amateur britannique pour la payer, quoiqu’elle ne valût pas mieux qu’une montre de soixante francs ; mais s’il eût exposé soixante montres semblables, il n’eût peut-être pas pu les placer à 1,000 francs la pièce. L’industrie moderne diffère donc de l’art ancien en ce qu’elle a pour bût de multiplier à l’infini les épreuves des objets d’une utilité générale, et d’en abaisser tellement le prix qu’ils soient accessibles à la classe la plus pauvre et la plus nombreuse, à laquelle nos philanthropes s’intéressent, dit-on, si vivement de nos jours. Les livres manuscrits étaient jadis des objets d’art si coûteux et si rares qu’ils se transmettaient par testament comme un champ ou une maison de campagne; nos copies typographiques au contraire sont du domaine de l’industrie, et les éditeurs qui en élèvent les prix par des ornements d’un luxe exagéré, suivent une voie rétrograde qui les conduit infailliblement «à la banqueroute ; car ils ont beau limiter les tirages et briser leurs planches après un petit nombre d’exemplaires, cela ne chatouille plus l’amour-propre des riches bibliophiles qui veulent bien payer cher un livre unique, mais qui veulent le posséder sans partage. La parabole de l’amateur de tulipes qui ayant appris l'existence d’un oignon de la même espèce que le sien, l’acheta 30,000 florins pour le broyer sous son pied, est l’histoire intime de tous les vrais bibliophages. Ce n’est pas pour ces maniaques égoïstes qu’un éditeur de livres doit travailler, c’est pour les masses, et, comme l’a fait observer M, Léon Delaborde : « Tel livre qui, tiré à {,200 exemplaires dans les conditions oû se trouvait l’imprimerie il y a vingt ans, aurait présenté à 539 — l’éditeur un prix de revient de 5,000 francs, à côté d’un bénéfice possible de 2,000 francs, a été imprimé avec tant de richesse, sur un papier si beau et avec une telle profusion de gravures, que les frais de l’éditeur se sont élevés à 200,000 francs. Tiré à 1,200, chaque exemplaire aurait valu près de 200 francs ; mais imprimé à 13,000, il entrait dans le commerce à raison de 20 francs l’exemplaire et l’édition rendait au libraire 100,000 francs de bénéfice. C’est seulement à ces conditions, conformes à la diffusion des lumières et à la division des fortunes qu’il est possible aux spéculateurs de marier l’art à l’industrie. L’échelle de statistique qui manque aux industriels, mais qu’il est aisé d’établir, consisterait en un tableau des revenus d’un pays et du nombre de propriétaires par catégories : par exemple, il y a en France trois personnes qui possèdent un revenu de plus d’un million; trois cents qui possèdent 300 mille francs, et trois cent mille qui possèdent 25,000. Il s’agit de savoir à quelle zone de propriétaires il est le plus avantageux de s’adresser; c’est toujours en descendant qu’on trouvera les couches les plus denses; et souvent quelques francs de moins suffisent pour donner des milliers d'acheteurs de plus. Si les éditeurs parisiens avaient voulu abandonner la voie luxueuse vers laquelle ils ont été poussés par les éloges exagérés que la presse a prodigués aux Didot, aux Pankouke, aux Bossange, aux Ladvocat et aux Éverat, la contrefaçon n’aurait pu s’établir en Belgique ; mais quand on s’aperçut qu’un volume, de 7 à 9 francs à Paris, pouvait être reproduit pour 2 francs à Bruxelles, 22 » — 540 — on ne put résister à la tentation de le contrefaire. Il est vrai que les contrefacteurs n’ont pas de droits d’auteur à payer; mais cela n’excuse pas l’exagération générale du prix des livres français. La typographie a certainement atteint le point culminant de la perfection des types, du brillant des encres, de la beauté des papiers, de la magnificence des ornements et des enluminures; mais « je ne tracerai pas le tableau de ses conquêtes, il serait trop pénible d’être obligé d’exposer, en pendant, le tableau de scs désastres », a dit le rapporteur du jury français. Eh bien, nous dirons, nous, sans hésiter, que le peu de sûreté du commerce de la librairie et la mauvaise foi des entre- positaires, lui a fait autant de mal que le luxe et les erreurs de calcul des éditeurs. Tant qu’on devra recourir pour le placement des livres à des intermédiaires qui ne se contentent pas de cinquante pour cent de bénéfice sur la valeur des livres qui passent par leurs mains, tant que la poste ne servira pas d’entremetteur direct de l’éditeur à l’acheteur, la librairie ne se relèvera pas, les livres resteront chers et rares en France, la contrefaçon continuera son œuvre de destruction, et on fera litière des livres français en Belgique. Que faire en ces fatales conjonctures, où toute espèce d’accommodement entre le libraire interlope et l’éditeur est impossible? nous allons vous le dire; daignez prêter attention au manifeste suivant, dans lequel nous allons exposer les griefs de l’éditeur opprimé par le libraire belge ; nous avons de fortes raisons de croire que cette tyrannie n’est aussi qu’une contrefaçon de ce qui se passe en France, où il existe une plaie de plus, celle des 341 banqueroutes arrangées et liquidées par amiables compositeurs qui trouvent le moyen de faire monter à un million un passif de 200,000 francs. Hciiiorandnni «les éditeurs. Toute institution qui n’est pas maintenue par des sla- sluts ou une charte inviolable gravite incessamment vers la tyrannie, et la tyrannie devenue intolérable appelle à la révolte. Nous sommes étonné qu’on cherche si loin les causes de la détresse de la librairie française, quand chaque éditeur peut mettre le doigt sur la plaie ; mais l'intimidation est arrivée à un tel point qu’ils n’oseraient élever la voix, même pour se plaindre; nous l’élèverons, nous, pour accuser, chiffres sur table, les libraires 's, les débitants, commissionnaires et entrepositaires de livres, toutes les secondes mains enfin, d’être la première et l’unique cause de la cherté des livres d’abord, et de l’état désespéré de la librairie dans tous les pays. Nous ne dirons pas que nous sommes payé pour les attaquer, mais nous les attaquons, au contraire, parce que nous n’en sommes pas payé. Nous avons étudié à nos frais l’ulcère que nous allons décrire : cette étude nous a coûté quinze années d’expériences et au moins 250,000 francs de leçons; il est peu de branches de la thérapeutique sociale qui aient exigé aillant de sacrifices, mais nous avons heureusement trouvé le remède, comme on verra plus bas; il ne dépend plus que des gouvernements de l’appliquer. Prenons d’abord le mal à sa racine : Dans les premiers temps de l’imprimerie, dans l’âge d’or des éditeurs, alors que lesEIzévir, les Bodoni, les Planlin et les Moretus laissaient des millions à leurs héritiers , un éditeur trouvait à entreposer ses livres dans toutes les villes de province pour la modique commission de S p. 7„. Un peu plus tard les commissionnaires sollicitèrent humblement une augmentation qui leur fut accordée, elle fut de 8 et 10 p. %; bientôt ils offrirent aux éditeurs de se donner quelque peine, de faire quelques démarches pour activer les placements, moyennant un ^exemplaire. Les choses en restèrent là pendant peu de temps, les libraires firent des représentations pour qu’il leur fût déduit 5 p. % à cause des créances arriérées, et comme l’appétit vient en mangeant, ces messieurs s’enhardirent à déclarer qu’il leur était impossible de se charger des placements à moins de 25 p. °/ 0 à cause du loyer et des magasins qu’ils devaient tenir dans les rues les plus fréquentées. À cette époque la question du 13° exemplaire fut mise à l’ordre du jour, les éditeurs s’aperçurent à peine que ■■ cela faisait 8 p. 7„deplus, par conséquent 33 p. % de remise. Ce taux bien raisonnable dura jusqu’en 1815, époque de paix où l’on vit se multiplier les éditeurs et où l’on gâcha, comme on dit, les éditions, par des échanges mul — 343 — lipliés et dans l’intention de les éeouler le plus promptement possible, afin de rentrer dans son capital pour faire de nouvelles entreprises. L’ennemi ou le libraire saisit habilement l’instant de battre l’éditeur en brèche : les deux 15°* lui tombèrent dans la main, ce qui porta leur remise à 40 p. %• Rien n’était encore désespéré ; mais en ce moment apparut une espèce nouvelle d’entremetteurs, les libraires n° 1, qui, présentant plus de sûreté aux éditeurs, offrirent à ceux-ci de les délivrer des libraires n° 2 en se chargeant du débit d’une édition tout entière, ce qui débarrassait en effet les éditeurs du soin de la correspondance, des tenues de livres,de l’expédition, des poursuites et des rentrées, le tout pour 40 p. °/ 0 . Ces raisons très-spécieuses séduisirent les éditeurs; mais quand vint l'instant des règlements, voici le compte qu’ils présentèrent : 40 p. % remise d’usage, plus 10 p .°j a pour ma commission, en tout 30 p. mais comme on ne règle en librairie qu’en billets à un an, un an et demi, et qu’on ne peut escompter le papier des meilleurs libraires à moins de 7 p. °/„, cela fait 37 p. 7„; mais quand l’entrepreneur fait assurer sa marchandise sans vous en prévenir, comme cela nous est arrivé, il ajoute 1 fr. (50 c. p. %. Il arrive souvent que le libraire n° 1 fait accroire au jeuneéd . à l’étranger et que devant abandonner la remise entière qui lui est faite, le moins qu’on puisse lui accorder, à lui, c’est 10 p. °/o pour ses frais de loyer, d’emballage, de papiers, de toiles, de ficelles, de ports de lettres, de retours, de frais de bureaux. Voilà le chapelet qui nous a été cent fois défilé par nos honnêtes négociants au loin , qui vendaient près- — 344 que (out dans l’intérieur et qui nous retenaient l’exorbitante commission de 7i p. °/„. Mais comme il y a le chapitre des mécomptes qui consiste, de la part des libraires, à faire accroire à l’éditeur que ses expéditeurs ont niai compté, qu’il lui manque des livraisons, que, dans scs livraisons, il manque une gravure, toujours la plus belle, ce n’est pas évaluer trop haut ce nouvel impôt, qui vous force souvent à décompléter des livraisons entières, que de le porter à 9 p. Si l’on y ajoute les envois perdus et les retours, sans compter les avaries, etc., il n’est pas rare que les charges de l’éditeur arrivent à 80 p. 7 u .Nous en parlons par expérience, parce que ces propositions judaïques nous ont été faites, et qu’il nous en a cuit de les avoir repoussées. Mais, dira-t-on, pourquoi vous y soumettre? Hélas! c’est qu’ils vous menacent, ces bons libraires, si obséquieux autrefois, de ne pas faire connaître vos livres, de les exclure de leur catalogue et de leur vitrine, de les déprécier, et, au besoin, de répondre aux pratiques (pie l’édition est épuisée, quand vos greniers croulent sous leurs masses empilées. Un éditeur qui ne fléchit pas le genou devant les libraires n° 4 est un homme bien malade. S’il se lie aux libraires n° 2, c’est un homme mort. Nous avons vu qu’il ne restait guère à l’éditeur que 20 p. °/o d’une édition qui lui a certainement coûté 23 et 30 p. 7» à établir. Comment ne se ruinerait-il pas à ce métier, surtout quand la race des débitants de livres s'est multipliée sans entraves, quand on n’exige d’un libraire, ni instruction primaire , ni même un certificat de moralité? 11 en est qui savent à peine signer leur nom assez lisiblement pour demander tous les ans des sursis, vendre le gage de leurs créanciers, transmettre leur fonds à leur dis, déposer leur bilan, reprendre les affaires et se moquer des .éditeurs avec une impudence proverbiale. lit vous voulez que les éditeurs ne se ruinent pas de fond en comble ! En vérité, je vous le dis, pas un éditeur, voulùt-il se retirer dès demain de ce guêpier, ne peut échapper à notre sort. Du moment où il cesse les affaires il est perdu ; s’il les continue, c’est encore pis ; comme son avoir ne se compose que de petites sommes au-dessous de 1,000 francs, nous ne lui conseillons pas de plaider, il vaut mieux faire une croix sur ses livres; les libraires savent bien qu’un éditeur n’oserait leur intenter un procès, puisque les frais de justice absorberaient infailliblement l’intérêt avec le capital, soit qu’il perde, soit qu’il gagne son procès. , ()u’on ne croie pas que nous exagérions le mal, au contraire, nous en oublions certainement une partie. Si le gouvernement ne vient pas au secours des éditeurs, non pas avec de l’argent prêté sur gage, comme il l’a déjà fait en véritable pawnbroker, mais en acceptant 10 ou 15 p. c. du prix de tous les livres qu’il transportera par les postes, la librairie ne se relèvera jamais en France;, tous les troncs producteurs desséchés par le gui, la mousse, les lichens et les agarics de la librairie parasite, tomberont les uns après les autres, comme cela se voit depuis plusieurs années. Ceci serve de leçon aux novices qui s’établissent sur les ruines vermoulues des vieux troncs abattus. — 340 — Transports de la librairie par 1 cm poste». Serait-il plus difficile de remettre un livre qu’une lettre à domicile, et d’en toucher la valeur que le port? Non certainement puisque cela se fait déjà en partie ; eh bien ! que cela se fasse en entier, le gouvernement y gagnerait des millions en sauvant la librairie, en répandant les lumières çt en réduisant le prix des livres de moitié. Voici le plan que nous avons soumis à notre gouvernement, qui est sur le point de l’adopter, surtout depuis que la poste se sert des chemins de fer. Toute personne qui désire un livre édité dans la capitale peut se présenter au bureau de poste de son endroit, on lui remet un bulletin, sur lequel il inscrit le nom du livre qu’il demande , l’adresse de l’éditeur, le prix du livre, connu par les journaux et les catalogues, sa signature et son adresse ; Ce bulletin est envoyé par l’ordinaire au directeur des postes de la capitale qui fait prendre le livre chez l’éditeur, y joint le bulletin et le renvoie au demandeur qui le paye à sa porte comme il paye un port de lettre. Tous les mois la poste règle les comptes des éditeurs, qui rentrent immédiatement dans leurs fonds sans avoir de banqueroutes ou de sursis à subir. Le commerce de la librairie devenant un commerce aussi sûr que tout autre, les capitalistes n’hésiteraient plus à y mettre des fonds. La poste, retirant 10 ou 13 p. c. du prix de tous les livres qu’elle transporterait, ferait d’énormes profits, ’ et les éditeurs et le public la béniraient par-dessus le marché. — 347 — Qu’on ne crie pas à l'impossibilité; nous disons, nous, que la chose est très-praticable et qu’il n’y aurait jamais d’encombrement dans les malles-postes, lesquelles parlant tous les jours avec un plein chargement, le diviseraient à chaque embranchement de routes et finiraient par n’avoir tout au plus qu’un ou deux volumes à remettre aux derniers bureaux. Et dût-on avoir besoin de plusieurs chevaux au sortir de la capitale, le gouvernement gagnerait assez pour en faire la dépense. Combien ce mode n’augmenterait-il pas le débit des livres? Combien de personnes habitant des châteaux ou des retraites éloignées ne voudraient pas recevoir les livres nouveaux aussi vite qu’une lettre? Tandis qu'avec la lenteur étudiée des libraires de province, il est à peine possible de recevoir au bout d’un mois un livre de Paris. Nous allons en expliquer la cause; car nous avons pénétré jusqu’au fond de ce dédale , si obscur pour les profanes qu'on mystifie avec une impudence sans pareille. ( Ilcar, hear!) Vous êtes à 30 lieues de Paris ou de Bruxelles, vous voyez dans un journal l’apparition d’un nouveau livre, vous courez chez le premier libraire venu, il ne l’a pas, car ils n’ont jamais rien de nouveau, mais il vous offre de le faire venir d’ici à deux ou trois jours; vous acceptez, il prend votre nom et votre adresse. Trois jours se passent, et rien n’arrive, vous attendez huit jours; le malin compère vous fait mille excuses, sur la négligence de son correspondant, auquel il va récrire de suite; 15 jours après, rien de nouveau; ah! pour le coup son correspondant est malade, peut-être mort, et il va s’adresser à un autre; vingt jours se passent et votre envie se passe aussi, peut-être avez-vous emprunte — 348 — ce livre à un ami plus heureux, eniin vous n’y pensez plus, quand à la fin du mois on vous l’apporte chargé du port et de la commission du libraire diligent. Pourquoi ce retard? demanderez-vous. Nous allons vous l’apprendre. Quand le libraire a pris votre adresse, il n’a pas écrit, mais il a attendu qu'une quinzaine ou une vingtaine de dupes de votre espèce vinssent se prendre à son piège ; il a écrit alors 15 à 20 petits carrés de papier pour chacun des éditeurs, les priant de remettre pour son compte chez son correspondant les ouvrages désignés; ces 15 ou 20 chiffons placés dans une même enveloppe sont adressés à son correspondant qui a l’ordre de n’expédier un ballot que tous les mois, ou lorsqu’il forme le maximum du poids accordé par les diligences, lesquelles ne font pas payer plus cher un colis de 30 volumes qu’un ballot d’un seul volume. Il arrive donc que le correspondant, qui paye un franc sa grosse lettre, fait payer demi-port aux 15 à 20 éditeurs auxquels il les adresse, il retire de ce chef de 7 à 9 francs fraudés à la poste, et le libraire de province qui reçoit un paquet de 25 volumes pour un franc, fait payer à chaque destinataire le prix total du transport, comme si le volume était venu tout seul pour lui. Or, comme beaucoup d'amateurs fatigués d’attendre envoient promener le libraire, celui-ci garde le livre en dépôt jusqu’à la lin de l’année, et n’a pas honte de le déclarer reçu en commission, offrant de le renvoyer à l’éditeur s’il le désire. A-t-on si grand tort quand on fait rimer libraire avec corsaire? Faut-il s’étonner si quelques-uns de ces Algériens possèdent des Cassauba, pendant que les éditeurs rameut comme des forçats à leur service? L’éditeur est l’abeille qui produit le miel, l’intermédiaire est le frelon qui le inange, cela ne saurait durer, le remède que nous proposons est infaillible, et il est urgent. L’éditeur ruiné par le revendeur est tout naturellement contraint de, ruiner l'auteur; on se plaint qu’il y mette quelquefois un peu trop de bonne volonté. Dcm Incline» «le la lypo^mplilr. Le moyen de multiplier les livres par l’impression fut une découverte si merveilleuse que personne semble n’avoir osé se permettre de rien changer à la casse de Guttcnberq; elle est bien loin cependant de posséder les signes nécessaires pour exprimer toutes nos manières de voir et de sentir. La preuve en est dans l’impossibilité de bien lire, à livre ouvert, de bien rendre la pensée et les sentiments de l’écrivain; nous en avons souvent fait l’épreuve avec les professeurs de déclamation réputés pour d’habiles lecteurs; ils ne pouvaient parcourir une demi-page sans commettre plusieurs contre-sens d’intonation ; il n’en est pas de même de la musique, sa notation est beaucoup plus parfaite; il serait donc à désirer q Ue messieurs les quarante s’occupassent de perfectionner le cassier de nos imprimeurs, sous les divers rapports dont nous allons parler. Nous ne possédons que deux points expressifs, lepoint d’interrogation (?) et le point d’admiration (!) N’avons- — 550 — nous donc que ces deux manières d’être ou de sentir? fin sommes-nous à ne pouvoir faire autre chose (m’interroger et que nous exclamer dans nos écrits? On nous répondra que si l’on avait des signes pour tous nos sentiments et leurs nuances, cela compliquerait trop la casse et que l’alphabet deviendrait plus difficile à retenir : cela est vrai ; mais si l’on trouvait le moyen d’exprimer à l’aide de trois ou quatre signes nouveaux tous les principaux groupes de sensations voisines, de manière à mettre le lecteur en état de rendre à première vue les sentiments de l’auteur, il nous semble qu’on devrait les adopter; car ils remplaceraient une foule de petites phrases parasites qui ne font qu’allonger et alourdir le discours. Nos nouveaux points seraient au littérateur ce qu’est au mécanicien une planche ou une figure qui tient lieu de vingt pages de description ; par exemple un point dïrowfe représenté par une petite flèche tiendrait lieu des phrases : dit-il en persiflant, ajouta- t-il en plaisantant, reprit-il d’un air moqueur, etc. Nous insistons d’autant plus pour l’adoption d’un point d'ironie (pie dans certains pays ce trope est complètement inconnu et donne lieu aux plus étranges méprises, voire même à des duels. Le défaut de point d’ironie a brouillé plus d’un journaliste avec toute une classe de la société, la classe la plus lourde et la plus nombreuse bien entendu. Nous proposons aussi un point d 'irritation, un point d'indignation, un point d'hésitation, tout cela exprimé avec la même flèche placée dans quatre positions différentes. Nous proposons un point de sympathie (), un point d'antipathie )(, un point d'affliction, un point de satisfac- — 534 tion; un signe pour la voix haute un pour la voix •basse etc. Nous proposons de même à l’Académie qui sera chargée de cette réforme, l’emploi d’un tiret pour le premier interlocuteur —, de deux tirets pour le second =, et de trois tirets pour le troisièmes; de la sorte il n’y aura pas de méprise dans les-dialogues tout en épargnant la répétition du nom des interlocuteurs. Nous ajouterons qu’il est de toute nécessité d’adopter l’usage espagnol, de placer les points expressifs avant et après la phrase, de manière à indiquer au lecteur le sens de l’intonation qu’il doit prendre. Quatre signes nouveaux susceptibles de recevoir quatre positions différentes, ajoutés à la casse, suffiraient pour exprimer seize sentiments génériques dans lesquels viendraient se confondre leurs diverses nuances. Si notre alphabet eût été conçu plus logiquement qu’il ne l’est, chaque lettre en aurait pu exprimer quatre, selon sa position, de sorte qu’il eût suffi de six caractères aux imprimeurs pour composer un livre, nous en avons l’exemple dans le b qui se change en d, en p ou en q, selon sa position ; dans l’n qui devient u et qui pourrait valoir deux autres lettres, en le plaçant comme il suit s s ; l’t pourrait, étant renversé, tenir lieu du j, etc. En voilà suffisamment pour mettre les amateurs sur la voie de la réforme typographique que nous croyons possible et désirable. Notre système d’écriture est néanmoins beaucoup plus simple que celui des Chinois, et quand nos graveurs n’ont que leurs 24 poinçons, les Chinois en ont 35,000, que M. Marshman a trouvé le moyen de réduire à 9,000, et, le croirait-on! lin artiste de Paris, M. Marcelin Legrand a osé entreprendre de les graver tous, de façon à rendre praticable la composition du chinois en caractères mobiles. Ce même intrépide graveur a exécuté divers corps de zend, un corps de tamoul, un corps de guzaratti, deux corps de persépolitain, un corps de tibétain, etc., il faut avoir du Stanislas Julien dans les doigts et dans l’esprit pour se livrer à de pareil- ' les spéculations. Les bons graveurs de caractères de Paris sont MM. Léger, Lœuillet, Lombardot, Porthant, etc. ; les bons graveurs sur bois sont aujourd’hui, MM. Brevière ( Andrew, Best, Leloir), Lacoste, Cherriere, etc. ; pour les billets de banque, Barre, Saunier; pour les fers de relieurs, Chesle; pour la fonte des caractères, ce sont MM. Tarbé (médaille d’or), Laurent et Deberny (médailles d’argent), Âubanet d’Avignon, Lyon et Laboulaye, Deschamps et Fcssin. Pour les caractères en alliage plus dur que la fonte ordinaire, on remarquait ceux de M. Colson, de Cler- mont-Ferrant. Son invention convient surtout aux journalistes, qui usent considérablement leurs formes par le taquage et surtout par le nettoyage brutal de la brosse, qui enlève tous les déliés; heureusement qu’un chimiste polonais vient d’établir chez l’imprimeur Ilanicq, de Ma- lines, un procédé de nettoyage sans brosse, dont cet imprimeur célèbre est on ne peut plus satisfait. Voici ce que nous en savons : la forme, saturée, pendant quelques minutes, de potasse caustique, est ensuite vivement aspergée d’un jet d’eau qui la débarrasse 553 — de l’huile saponifiée et la laisse dans un état parfait de netteté. On sent que toutes ces opérations ont lieu sous couvert. La potasse retombe sur un filtre où elle laisse ses ordures, repasse sur un lit de chaux, où elle se regradue, et tombe enfin dans un réservoir, d’où elle est pompée pour servir de nouveau ; c’est à la fois propre, économique et préservateur du caractère : nous le recommandons aux grandes imprimeries surtout. Composition de la musique en caractères mobiles. Un a beaucoup fait pour trouver le moyen de composer la musique en caractères mobiles. Pétrucci fit fondre chaque note de plain-chant avec une portion des portées sur lesquelles elle repose, mais c’était une chose laide à voir, à cause des lignes brisées; M. Duverger fil mieux en 1832; il composa seulement les notes, les polytypa sur plâtre, tira les portées en creux sur cette matière, puis, prenant un cliché du tout, il obtint un assez bon résultat, mais sans économie pour les tirages à petit nombre. Voici venir aujourd’hui M. Devriez, qui a résolu le problème en son entier; il compose et imprime simulla- nément, en caractères mobiles, les notes et les portées et offre sur la gravure une diminution de prix qui n’est pas moindre de 50 p. c. sur 1,000 exemplaires, et de RAPPORT, 2. 2" 30 p. c. sur 300. Mais il est probable que pour 25 à 50 exemplaires, l’économie se réduit à rien. Nous avions cru que la lithographie était plus convenable que la gravure sur ctain pour la musique, c’était une illusion dont nous sommes revenu bien vite; la cause en est que le graveur a ses notes, ses lettres et scs signes poinçonnés, et qu’il a plutôt fait de donner un coup de marteau pour les enfoncer dans l’étain que le lithographe pour dessiner chaque tête de note et chaque caractère à la main. Et puis la planche d’étain est plus facile à conserver en magasin que les pierres. M. Busset, de Dijon, a aussi exposé de la musique en caractères mobiles d’une très-belle apparence. M. Bauerkeller a importé d’Allemagne des procédés de lithotypographie qui lui appartiennent pour l’impression des plans de ville en relief, d’un très-bon effet. Impression de grandes affiches. Il y a quelques années que les typographes de Paris furent mis aux champs par l’aftixion d’énormes placards imprimés d’un seul coup. Didot, qui possédait-la plus grande presse connue, n’était qu’un nain à côté de M. Tliuvien, le titan de la presse, qui cachait soigneusement son procédé. Nous reconnûmes bien vite que ces affiches ne pouvaient être imprimées que par le moyen d’un grand rouleau marchant librement sur une forme appliquée sur une espèce de table de billard, invention qu’un habitant do Huremonde exposa vers 1825, à la Maison des Brasseurs à Bruxelles. M. T/iuvien place ses lettres de bois et ses clichés sur un fond uni, les noircit avec un grand cylindre de gélatine, et les imprime avec un rouleau de fer garni de flanelle; tout cela est fort simple, et nous ne savons pas ce qui s’est opposé à l’adoption de ce moyen, en remplacement des presses ordinaires, si ce n’est la place qu’il exige. Du reste, on pourrait aisément imprimer des feuilles grandes comme des tables de billard, en appliquant les formes sur une plaque de fonte de cette dimension, rabotée par les doubles machines à planer, «pic possède le Phénix à Gand. H existe déjà beaucoup de ces (ables eu Angleterre. Reliure. C’est une belle chose qu’une belle reliure; mais c'est une folie que de mettre 300 francs dans l’enveloppe d’un volume de 15 fr., comme nous en avons vu. Il n’y avait, du reste, rien de fondamental en fait de reliure, pas même l’invention faite à Vienne de la reliure en tôle estampée, ni celle d’un général bibliophile de notre connaissance, qui consiste en deux feuilles de plaqué collées à contre-til-et réunissant la légèreté à la solidité. La seule chose remarquable est la reliure au caoutchouc importée d’Angleterre qui supprime la couture; voici comment nous l’avons vu appliquer : 25 ' On rogne à la presse le dos d’un livre, on y applique au pinceau une couche de dissolution épaisse de caoutchouc et on l’enveloppe d’une peau ou d’une toile enduite de la même matière, les feuillets ne sont attachés, il est vrai, que par la tranche de la feuille; mais cela n’en est pas moins solide puisqu’on peut suspendre un in-8" en le tenant par une seule feuille. Cependant les bibliophiles ne se fient pas à ce moyen qui ne permet plus de recourir à l’ancien procédé de l’aiguille après que les feuilles ont été découpées en feuillets. On regrette donc que le caoutchouc ne soit appliqué que sur l’épaisseur de la feuille, mais si chaque feuillet était plongé d’un millimètre dans la gomme élastique, cette reliure serait la plus solide de toutes. Nous avons résolu ce problème en intercalant entre chaque feuillet du livre une bande de papier blanc, en retraite d’un millimètre sur les feuillets du livre, cela fait au dos de petites rigoles qui s’emplissent de caout-chouc et donnent à la reliure la solidité désirée. Nous pensons qu’il est inutile d’entrer dans de plus grands détails pour être compris. Nous terminerons ici l’examen des diverses branches de la librairie; il convient de traverser rapidement la AJIQUEB USEIUE. Le peuple qui s’est le plus distingué dans l’art mili- laire n’a pu rester en arrière dans la fabrication des armes, aussi la France est-elle le pays qui possède le plusgrand nombre d’armuriers, parce que tous les Français savent manier un fusil aussi bien à la guerre qu’à la chassej car tout le monde en France est soldat, chasseur ou braconnier; il n’est pas un écolier de douze ans qui ne passe ses vacances à tirer aux moineaux; il n’en est pas de même en Angleterre et en Allemagne où le peuple n’a pas le droit d’avoir des armes en sa possession ; excellente théorie gouvernementale qui a fait avorter plus d’une révolution dans ces deux pays. Nous sommes bien au regret de devoir pronostiquer à la France la permanence de l’émeute basée autant — 358 — sur la liberté de la poudre que sur la liberté de la presse. Le jour où les colonies armeront leurs nègres en gardes nationaux, il n’y aura plus de société coloniale. Une population qui n’a que scs poings à opposer à des fusils, comprend beaucoup mieux le respect qu’elle doit à l’autorité légale, qu’une population armée. Réunissez cent mille Anglais en plein champ, ils se dissiperont à la première sommation d’un constable; mais laissez 25,000 Français se rassembler sur unpoinl, ils partiront de là pour bouleverser l’Europe. Cette différence tient uniquement à la différence d’instruction dans la charge en 12 temps. Jetons maintenant un coup d’œil sur l’histoire des armes à feu, qui sont plus anciennes qu’on ne pense, puisque dans les livres saints des Indous il est déjà question de jets de feu lancés par des tubes de bambou, ce qui n’indiquerait guère, il est vrai, que des chandelles romaines , mais on y parle des shet-à-gene (tuant par centaine) et d’armes à feu agneu-aster (qui tue par le feu); tout cela ne ressemble cependant pas encore autant au fusil que l’instrument que possédait Caligula, à l’aide duquel, au dire de Dio-Cnsmis, il pouvait imiter les éclairs et lancer la foudre. l’an 80 D’après Thomas d’Aguirra les tubes à feu auraient été inventés par les Chinois ; mais d’après ce qui se passe entre eux et les Anglais, ils ne paraissent pas les avoir beaucoup perfectionnés. 215 Fossms indique Julius Africanus comme ayant décrit la poudre à tirer. 530 Une légende rapporte que le Grand Constantin reçut le seeret du feu grégeois de lu part d’un ange, ab angelo ou ab Anglo, comme dans la légende houilleresse de Liège. 008 Pendant le siège de Constantinople, le Grec Cal- linckny recommuniqua à Constantin Pogonete la recette du feu grégeois, consistant : 1° en naphte qui brûle sur l’eau ; 2° en une composition de résine qu’on attachait aux flèches ; 3° en une préparation foudroyante composée de salpêtre, soufre et charbon. Au rapport de Nicé- tas, ce feu aurait été employé pour la première fois dans un combat naval contre les Sarrasins sur l’Hellespont; leur flotte portant 30,000 hommes aurait été totalement détruite vers le milieu du vu° siècle. 000 D’après Emanicus, les Arabes auraient incendié la Kaaba de la Mecque avec des projectiles dont ils tenaient la composition des Indiens; le salpêtre était désigné par eux sous le nom de neige indienne. 840 Marcus Grœcus indique la nature et les proportions relatives des principes constituants de la poudre; la matière des feux volants, dit-il, se compose de 6 parties de salpêtre, 2 de charbon et 2 de soufre. 880 L’empereur Léon fait préparer, dans le laboratoire secret, des fusées destinées à l’armée romaine d’Orient; elles consistaient en tubes légers remplis d’une composition inflammable que les soldats portaient dans leurs boucliers. 004 Cameniata raconte que les Sarrasins lancèrent du feu sur les ouvrages en bois de Thessalonique, — 3(50 — tant avec des pompes, que renfermé dans des tonneaux. 4120 Au siège de Livry, les Français n’emploient que des arcs. On croit que le mot artillerie vient du barbarisme latin artis uri, l’art de brûler. 4220 Roger Bacon, de Secretis Operibus, donne la composition de la poudre dans l’anagramme suivant (i accipe Salis petrœ luru.Fopo vircam ubri et sul- . phuris ) et sic faciès tonitrum et con'uscationem, si scias artificium. Eu 1232 les Tartares, dans leurs guerres contre les Chinois, ont des tubes à feu, les Chinois se défendent avec des projectiles analogues aux bombes et aux fusées. 1280 Albert le Grand, évêque de Ratisbonne, donne ainsi la composition de la poudre : 1 partie de soufre, 2 de charbon desaule, 0 de sali petrœ (1). 4300 Berthold de Fribourg, qui passa depuis pour l’inventeur de la poudre, est bani de Zurich. 1310 On prétend que le canon de fusil fut inventé en Bohême. 1320 Date de l’invention de la poudre par Berthold Schwartz. (1 ) Voici le passage textuel d’Albert le Grand, relatif à la composition de Vignis volanx : « Accipe libram unam sulphuris, libras duas carbonum salicîs, libras sex salis petrosi, quæ tria subtilis- sime terrantur in lapide marmoreo ; postea aliquid posterius ad libitum in tunica de papiro volante, vel tonitrum faciente pona- tur. » I.e meme décrit ainsi le feu grégeois : «Ignuin græcum sic facias : Recipe sulphur vivum, larlarum, sarcocolam, picolam, sol coclum, petroleum et oleuin commune, fac bullirc bene, et si quid imponilur in eo, accendunt sivc lignuin sivc ferrutn, et non extinguitur nisi urina, aceto vel arena. » — 361 1334 Le margrave d’Este a beaucoup de tubes fulminants. 1334 Temmler soutient que pas un écrivain allemand ne serait en état de prouver que la poudre à canon ait été connue avant 1354. Paulus Lau- giiis place en 1360 l’invention de la poudre. 1364 On fabrique à Pérouse 500 pistolets, dont les canons ont un palme de longueur; la balle perce les armures. 1378 L’arquebuse à mèche est mentionnée en Allemagne. 1380 Les habitants de Gand mettent 300 bouches à feu en bataille contre les Brugeois. 1386 Les habitants de Padoue ont des armes à feu de main. 1589 L’invention des armes à feu pénètre en Russie. 1400 Elle pénètre en Suède. En 1411 le duc d'Orléans a 4,000 armes à feu. 1469 II existe des manufactures de fusils en France (fusetiers); mais pendant longtemps les arcs et l’arbalète défendirent leur terrain ; on écrivit maint mémoire, en Angleterre surtout, pour prouver la supériorité de l’arbalète sur le fusil qui ne l’emporta qu’à la baïonnette. Les bons archers devaient décocher 12 flèches par minute à la distance de 240 yards, la flèche devait traverser un madrier de 3 pouces, et si, sur 12 coups un seul manquait son homme, le tireur était déshonoré. Si l’on eût eu à cette époque les flèches de lil de fer, l’arc et l’arbalète eussent longtemps tenu tète au mousquet à mèche. 1481 Suppression des arcs en France. 1485 Les Anglais se servent de l’arquebuse à croc dont le canon se place sur un support. 1488 Le mi Mathias a 400 arquebusiers au siège de Glogau. 1494 Un dixième de l’infanterie française sous Charles VIH est armé d’arquebuses. 1490 Un tiers de l’infanterie espagnole a des armes à feu. 1498 Au tir à la cible de Leipzig, on voit des carabines rayées, de l’invention de Gaspard Zollner de Vienne. 1500 Léonard da Vinci qui, comme tous les grands hommes d’autrefois, possédait des connaissances générales, dit que lorsque les centres de gravité et de figure d’une balle de plomb ne coïncident pas, la balle doit éprouver de la déviation. Ce n’est que depuis très-peu de temps que cette vérité a été démontrée et a servi à expliquer, non-seulement les déviations, mais même les énormes différences de portée qui se font remarquer dans le tir horizontal. 1510 Introduction en France de l’arquebuse à balles d’une once. 1515 Le fusil est nommé pour la première fois dans les édits des rois de France, relatifs à la chasse. 1517 Invention de la platine à rouet, à Nuremberg, et de la platine espagnole. 1519 Maximilien interdit les armes à feu qui parlent sans mèche. 1521 Adoption des mousquets à fourchette dans l’armée de Charles-Quint. Les meilleures arque- — 303 — buses à croc se fabriquent à Milan. Le pétrinal . de François premier existe encore. On trouve, en Angleterre, que les armes à feu n’ont pas la mémo efficacité que l’arc; les anciens bardes prophétisaient la ruine du pays pour l’époque ’ à laquelle les armes à feu seraient substituées à l’arc. 1540 11 existe une arme à feu de Henri II, qui se charge par la culasse, dont le canon s’ouvre à charnière au tonnerre. 1543 Les tirailleurs français sont armés de pétrifiais, dont le canon a deux pieds de long et qui s’appuient contre la poitrine. 1544 11 est fait mention de pistolets. 1552 Damier de Nuremberg perfectionne la carabine. 1554 Strozzi amena d’Italie en France une troupe de cavalerie légère, armée d’armes à feu longues; on fait à cette époque des balles de terre cuite et de la poudre qui brûle sans bruit en ajoutant du boraxàla poudre ordinaire; elle fait, dit-on, beaucoup de bruit en y ajoutant du mercure. 1557 Une partie de l’infanterie allemande est armée de pistolets. 1558 Les Russes à Dorpat ont 12,000 arquebusiers. 1550 Usage du mousqueton en France.Les Anglais font usage d’armes légères, nommées calivers et escopettes. 1500 Invention du fusil à vent, par Guter de Nuremberg. 1507 Le duc d’Albe introduit généralement l’usage du mousquet dans l’infanterie espagnole, la France — 364 — adopte le mousquet avec la balle de 16 à la livre. 1572 Élisabeth d’Angleterre promet à Charlcs-Quinl de lui envoyer six mille hommes d’auxiliaires, armés, moitié d’arc, moitié d’armes à feu. Les huguenots se servent de frondes au siège de Sancerre. 1577 lin régiment suédois est encore armé d’arcs. 1587 Jean Dujardin perfectionne la platine à rouet, il reçoit une pension de Venise; on ne connaît pas encore l’usage du silex. 1590 La cavalerie française adopte le pistolet. On publie en Angleterre des mémoires en faveur de l’arc. 1592 Suppression définitive de l’arc en France; cette arme avait été longtemps jugée préférable aux armes à feu ; il y avait sans doute aussi de ce temps-là des comités d’artillerie. 1596 Le prince d’Orange donne à la cavalerie hollandaise des pistolets dont le canon a deux pieds de long et des mousquetons de trois. 1598 On extrait le soufre des pyrites par sublimation; il existe un pistolet à silex de cette année. 1600 11 existe une carabine rayée de cette année, elle a seize rayures. 1609 Dambach connait les grenades remplies de balles de plomb, voilà l’invention de Schrapnell en germe. 1625 Les Polonais font usage de carabines rayées. 1630 Premier usage de la platine à pierre en France, le chien et la noix ne font qu’un, on donne à c ette arme le nom de fusil, qui parait dériver 503 — du mol italien futile, pièce d’acier au moyen de laquelle on obtient du feu du silex. 1055 On donne des fusils à silex à la cavalerie française. 1040 On fabrique à Stockholm 10,000 mousquets neufs avec platines à mèches, 141 avec platines espagnoles. 1045 Les Bavarois adoptent la carabine rayée. 1047 Les Hollandais ont vu les premières baïonnettes parmi les Malais à Madagascar. 1649 Simienowicz dit que les Cosaques préparent leur poudre par la voie humide, en faisant bouillir le soufre et le charbon dans une dissolution de salpêtre, qu’ils évaporent à siccité et achèvent au soleil (1). 1001 Le prince Robert invente une poudre deux fois plus forte que la poudre ordinaire. Dantzig fournit tous les mousquets envoyés en Allemagne. 1603 On a un fusil qui se charge par la culasse, en s’ouvrant à charnière sur le côté. 1006 Montecuculli fait fabriquer des forts mousquets de rempart, les Turcs ont aussi des mousquets à silex. 1070 Quatre hommes par compagnie d’infanterie française ont des fusils armés de baïonnettes. 1071 Création d’un régiment de fusiliers armés de baïonnettes. (1) I’eri net d’Orval a répété cet essai : cette poudre s’est trouvée d’un tiers plus faible que la poudre ordinaire, mais après une heure de battage elle s’est trouvée aussi forte. — 3GG — 1680 La plalinc à pierre devient générale en France. 1684 Les Autrichiens adoptent le fusil. Les Brunswickois adoptent le fusil. 1688 Les Suédois fixent le modèle de leur fusil à platine espagnole, dont le chien peut être mis au repos. 1689 Le Brandebourg abandonne la pique et le mousquet pour le fusil à baïonnette. 1691 Le général anglais Mackay, invente la baïonnette à douille. La Suède et l’Angleterre adoptent la platine française. 1692 A la bataille de Steinkerque, les alliés armés de fusils à pierre battent les Français dont un tiers est encore armé de piques et le reste de mousquets; les mousquetaires jettent leurs armes pour ramasser les fusils de l’ennemi. La France aura sans doute le même désagrément à propos des chemins de fer; mais elle aura le dessus en fait d’éloquence. 1699 La Suède a 5,000 fusils g platine française. 1700 Invention de la baïonnette à douille, il est question à Florence du pistolet en or et d’un autre à cinq canons, et même d’un à 18 canons. 1702 Un Romain, nommé Poli, invente un feu dangereux que Louis XIV lui achète pour l’anéantir, comme contraire au droit des gens. Nos ancêtres étaient d’une naïveté charmante au sujet du droit des gens ; tout cela est bien changé; il s’agit aujourd’hui avant tout de gagner la bataille, et par conséquent de faire le plus de mal possible à son ennemi. Voltaire a dit le dernier mot là-dessus : Tout est bon, tout va bien, tout sert, pourvu qu’on tue. — 567 — Autrement il faudrait, si l’on veut ménager la vie des hommes, ne plus tirer qu’avec des balles de coton. Les Suédois adoptent le fusil. 1721 Première instruction donnée en Espagne pour la réception des fusils. 1722 On établit en France les platines identiques. 1751 Bélîdor estime l’expansion des gaz de la poudre à 4,000 fois son volume ; Anloni l’estime à 1,800 ; Birjo de Morogue de 4,000 à 4,500; Robin à 1,000 pendant le feu et à 244 après ; Rum- ford pousse l’hyperbole jusqu’à 54,000 atmosphères, qu’il réduit plus lard à 29,178; Prechtlk 14,940; le docteur lire à 785 ; Gag Lussac, si nous avons bonne mémoire, nous a parlé de 2,000 atmosphères (1). 1752 Règlement français déterminant la construction de la platine de fusil. 1841 Tous les rangs de l’infanterie prussienne conservent la baïonnette au bout du fusil pendant le feu. 1745 Le maréchal de Saxe veut faire adopter un fusil sans baguette, dans lequel la balle entre librement et se trouve fixée par un ressort. 1746 Première adoption d’un modèle de fusil d’infanterie en France. (1) GaUi Cazala estime l’expansion de la poudre, par expérience, de 8 à 900 atmosphères ; mais il parait qu’on est tombé dans de singulières exagérations à ce sujet, ou plutôt qu il s’en faut de beaucoup que toute la puissance de la poudre soit employée utilement, puisque le fusil à vent de Perrot, chargé à cent atmosphères, chasse la balle beaucoup plus loin que la poudre. 17r>l Lachiiumelle propose un fusil qui se charge par la culasse; c’est le même qui plus tard fut désigné sous le nom de fusil-Montalcmbert. 1753 Le chevalier Folard regarde les anciennes armes romaines, telles que la baliste, la catapulte, l’arc, etc., comme préférables aux armes à feu. 1700 Freitag donne aux carabines une lumière évasée qui s’amorce d’elle-même ; les cuirassiers autrichiens ont des tremblons qu’ils chargent de 12 balles. 1767 Bouillet , à Saint-Étienne, construit un fusil simple qui tire 24 coups sans être rechargé, par la communication d’une charge à l’autre à travers des disques de plomb percés, dont le trou est rempli de pulvérin. Plusieurs expériences ont prouvé que la poudre jKHivait se conserver plusieurs centaines d’années sans rien perdre de ses qualités. 1777 Adoption du modèle principal de fusil d’infanterie française. 1786 Essais de poudre muriatique àEssone; premières amorces fulminantes. 1788 Découverte du mercure fulminant, par Fourcroy et Vauquelin. Celui d’Howard est le seul employé aujourd’hui. Les Autrichiens ont des fusils à vent de l’invention de Giraldini, qui tirent 50 coups de suite à 300 pas. 1791 Feuillet simplifie la platine du fusil en réduisant le nombre des pièces de 20 à 12; les Anglais viennent encore de réduire ce nombre tout en améliorant la platine. 1702 Les Tyroliens ont des fusils à vent dont les 10 premières halles percent une planche de sapin d’un pouce à 500 pas. 1707 Pinetti de Mcrcy montre à Berlin un fusil qui se décharge seul et au commandement, sans qu’on y touche. 1805 On éprouve de nouveau deux canons de fusil français qui avaient déjà tiré 10,000 coups chacun en 1780; l’un d’eux crève après 4,445 coups; le second fusil était encore de service après 15,000-coups. Un canon de fusil supporte sans crever 4 onces de poudre et 5 balles. La durée d’une pierre à fusil est de 28 à 50 coups, une pierre noire en supporte 100. Deux canons de fusil français diminués d’une ligne d’épaisseur au tonnerre, supportent 000 coups sans dégradation ; puis encore 100 coups après une nouvelle diminution de 9 points; ils n’ont crevé qu’après 15 doubles charges l’un, et 25 triples charges l’autre; ce qui prouve que les canons sont beaucoup plus épais qu’il ne faut. 1807 Première patente pour une platine à percussion; Forsyth sacrifie 10,000 liv. sterl. pour la vulgariser; ce qui prouve qu’il faut avoir beaucoup de fortune pour gagner de l’argent avec des inventions nouvelles. 1808 Brevet de Pauli pour un fusil qui se charge par la culasse; la pression du pouce droit sur un ressort (jui la fait ouvrir, permet d’y introduire une cartouche garnie à sa base d’une rosette en cuivre, armée d’acier au milieu, et d’une RAPPORT. 2. — 570 — amorce fulminante lenticulaire. La culasse se referme avec un crochet à ressort; en pressant la détente on détermine la percussion d’une ti^e de fer sur la rosette de la cartouche, et le coup part. 1810 Platine à percussion de Lepage; le bassinet a un couvercle qui se rabat dessus à la manière de la batterie des platines à pierre, et qui contient un piston que le chien en s’abattant chasse dans le bassinet où se trouve l’amorce ; le piston se relève de lui-même quand on relève le chien. 1811 Dans les 10 années qui précèdent, la France a fabriqué 2 millions de fusils, 25,000 mousquetons, 205,600 paires de pistolets et 2,000 carabines. 1812 Second brevet d’invention à Pauli, pour un fusil à chambre qui se charge par la culasse. L’in- llammation a lieu suivant l’axe du canon, au moyen d’un piston. 1816 Nouveau modèle de fusil d’infanterie française; 42 pouces de long, lumière conique inclinée, la baguette a du jeu pour obtenir de la résonnance; il pèse 9 livres 7 onces 1/2. Création à Birmingham d’un banc d’épreuve pour les fusils. En France, ordre de remettre dans les mairies toutes les armes de guerre existantes entre les mains des particuliers, à l’exception des gardes nationaux à cheval et des gardes champêtres. 1817 Lepage prend un brevet pour un fusil à l’abri de l’eau; le marteau est la seule pièce extérieure. — 371 Le nouveau fusil prussien l’emporte clans un concours sur ceux de tous les autres pays. 1818 Putetct Prélat inventent leurs platines à percussion; le chien porte ou rencontre un grain de « poudre fulminante au fond du bassinet. Les ouvriers de Birmingham devenant trop exigeants, on invente l’étirage des fusils sur broche au laminoir, avec un plein succès. 1820 Invention de la platine Gosset; le chien en dessous frappe sur un grain d’amorce lenticulaire, recouvert en plomb. Platine de Renette où le chien porte un piston trempé qui frappe dans une cavité du bassinet. Blanchard invente un fusil à l’abri de l’eau. Pkhcreau simplifie le fusil à l’abri de l’eau, de Le- page. Pote! imagine une platine à magasin trop compliquée. Deloubert prend un brevet pour une amorce à capsule en cuivre; le bassinet est terminé en cône, dont le sommet se coiffe d’une capsule légère de cuivre contenant l’amorce fulminante; le marteau frappe la capsule, ce marteau est creux pour retenir les éclats de capsule; c’est ce procédé qui a survécu à tous les autres. Brevet à Boutet pour platine à percussion. Invention d’un fusil à percussion et «à pivot de Ju- ' lien Leroy, qui fabrique un canon de fusil en lils de fer brasé au cuivre et très solide. 1822 Petite fusée incendiaire tirée avec un fusil, par Congrère; elle a une plus grande portée et une force de percussion égale «à celle de la balle. LM' — 372 Nouveau modèle de fusil français. Buckle invente un tour à découper les bois de fusil , d’après un modèle monté sur un banc. On voit que l’idée de Grimpé n’était pas nouvelle. On voit à l’exposition de cette année un fusil se chargeant par la culasse, qui a tiré 120 coups sans être nettoyé, ce qui n’empêche pas qu’on s’obstine à repousser ces sortes d’armes, qui constituent cependant le seul progrès d’une importance majeure dans l’art de détruire les hommes sur une échelle un peu considérable. 1824 Dans la guerre de l'Inde, les Birmans ne sont encore armés que de fusils à mèche , tandis que les Anglais les écrasent d’obus à la Shrapnell pleins de halles qui font d’immenses trouées dans Tannée indienne. Pendant que Perkins lance des halles à la vapeur et à 40 atmosphères, Aubert obtient le même aplatissement avec des charges de poudre d’un septième de la charge ordinaire. 1821» Cooker propose un fusil à percussion dans lequel un ressort à boudin placé dans la direction de Taxe du canon, pousse le marteau sur une amorce à capsule. Bruncet à Lyon , imagine un fusil qui se charge par la culasse et dont le tonnerre s’ouvre de lui-même lorsqu’on ferme le bassinet. Les carabines rayées anglaises reçoivent une très fine ouverture, pour que l’air puisse s’échapper pendant qu’on enfonce la halle. On invente un fusil à 12 coups qui se chargent l’un sur l’autre et se tirent en 30 secondes. — 375 On fait 40,000 amorces avec un kilogr. de mercure. 1840 Newmarck prend une patente pour un fusil où l’inflammation de la charge est produite par la compression de l’air, et pour un fusil à percussion dont l’inflammation a lieu à travers la culasse non forée. Delvigne propose sa carabine se chargeant comme un fusil et dont les coups de baguette, en aplatissant la balle au fond du canon , lui font prendre l’empreinte des rayures. La balle trouve un point d’appui fixe sur l’entrée de la chambre à poudre dans laquelle elle ne peut pénétrer. 1847 J. Curts prend patente en Angleterre pour une arme à vent dans laquelle la compression de l’air aurait lieu à l’aide d’une machine à vapeur, et serait portée jusqu’à 400 atmosphères. 1848 Perkins prouve, en fixant un canon sur une roue libre, que, quel que soit le mouvement désordonné occasionné par le recul, la balle atteint le but vers lequel elle était dirigée au moment où l’on louche la détente. Cette même année M. Millar propose comme de son invention une bombe fougasse enterrée qui explosionne quand on marche sur une bascule également enterrée - f nous en sommes fâché pour M. Millar qui fait partie, croyons-nous, du comité de Woolwich, auquel nous avions fait cette communication en 1847. Masson propose en Angleterre d’avoir des arcs et des flèches pour l’infanterie en même temps que des armes à feu. — 574 Quelque ridicule que paraisse celle proposition , nous la croyons très-sensée, depuis qu'à l’aide de notre mécanique perfectionnée nous pouvons lancer des flèches de fil de fer avec un ressort à boudin, disposé dans un tube et tendu par plusieurs efforts successifs. Différents essais nous ont prouvé qu’on pouvait porter sans bruit une flèche de fil de fer à de très-grandes distances. Si les Baskirs échangeaient leurs flèches de bois contre des flèches de fer, nous doutons qu’ils sentent jamais le besoin d’adopter les armes à feu. Romershausen fait voir qu’un fusil de chasse à canon très-court, n’écarte pas davantage la dragée qu’un canon très long, lorsqu’on augmente dans le premier la résistance de la dragée, au moyen de fines rayures en spirales. 1829 Delvigne est envoyé à Alger avec des fusils de rempart rayés, de son système. La marine anglaise a 22,000 bouches à feu ; la France 7,240 ; la Russie 4,000 ; la Hollande 4,442; l’Espagne 1,920. 1830 Delvigne fait essayer à Vincennes 20 carabines construites à ses frais ; le tir en est trouvé 7 fois plus juste que celui des fusils ordinaires. Delvigne propose sa balle explosive en cuivre revêtue de plomb et portant une capsule pour faire sauter les caissons; sur 70, 07 éclatent et mettent le feu à 200 et à 400 mètres de distance. Nous avons depuis inventé et fait voir à M. Delvigne une balle explosive sans capsule et sans danger, qui s’enflamme au sortir du fusil. — 373 — Northon propose une balle cylindrique munie d’hélices saillantes semblables aux rayures de la carabine dans lesquelles elles s’engagent et descendent librement jusqu’à l’ànie. Ponchara propose quelques modifications à l’arme Delvigne. Les Français trouvent à Alger des fusils de rempart de 10 pieds de long. 1831 Ackcrstein en Suède prend un brevet pour un fusil à crosse mobile, se chargeant par la culasse, où il n’y a qu’une seule vis à retirer pour pouvoir nettoyer le fusil. Robert invente son fusil à charger par la culasse, tirant de 12 à 15 coups par minute, et n’exigeant que la moitié de la charge ordinaire. La cartouche porte une amorce lubique en saillie et très-solidement attachée. Le tonnerre qui reçoit la cartouche est un peu plus large que le canon, de sorte que la balle est forcée; c’est le plus simple des fusils à charger par la culasse, et celui dont on a obtenu les meilleurs résultats tant dans les essais officiels que particuliers ; on y reviendra sans aucun doute, quand les jalousies de métier qu’il a soulevées seront dissipées (1). Le gou- (1) Pour donner une idée des obstacles incroyables que rencontre une invention, quand elle est reconnue bonne, par les hommes de la partie , nous raconterons ce qui nous est Arrivé à Paris en 1854. Une personne fort instruite s’étonnait delà répulsion manifestée de toute part pour le fusil Robert, nous la primes par le bras et la conduisîmes chez cinq à six armuriers, à commencer par vcrncment belge, après des épreuves satisfaisantes, avait commandé 3,000 de cçs fusils qui, par ordre supérieur et tant soit peu mystérieux, • ont été mis de côté. \ 832 Moser prend patente en Angleterre pour un fusil à percussion, où l’inflammation a lieu dans l’intérieur du canon , sur le devant de la charge, au moyen d’une aiguille qui frappe sur une boulette d’amorce. Ce fusil, en grande faveur en Prusse , n’est sans doute que la modification du fusil Montigny dont l’aiguille Lepage, en la prévenant de ce qui allait se passer. — Monsieur, nous voudrions acheter un bon fusil de chasse, avez-vous un fusil Robert?— Un fusil Robert ! je serais bien fâché d’avoir une pareille drogue en magasin ; je ne veux pas tuer mes pratiques moi, ni tromper ceux qui m’honorent de leur confiance.'— Mais diles- nous donc quels sont ses défauts?—Tenez, voilà un petit imprimé qui vous en dira plus qu’il ne faut; mais si vous voulez un bon fusil à charger par la culasse , en voici un , dit-il ep ouvrant un fusil brisé de Lefaucheux, parlez-moi de cela , c’est sùr, c’est solide, c’est tout ce qu’il y a de mieux après mes fusils à piston ordinaires. Nous eûmes la même conversation avec tous les autres arquebusiers, qui nous remirent le même pamphlet lithographié contre le fusil Robert. Le secret de cette coalition était fort simple : Robert avait voulu fabriquer exclusivement lui-même, et Lefaucheux avait permis à tous les armuriers de fabriquer chez eux moyennant une petite remise. Il en est ainsi de toutes les inventions; le plus difficile n’est pas de savoir les faire, c’est de savoir les introduire dans le commerce; il faut une adresse infinie ou beaucoup d’argent pour y parvenir. Et de même que l’on perd les causes les plus justes pour avoir été mal introduites, comme ils disent, on perd les plus belles affaires quand on ne sait pas les lancer. — 577 — frappe la capsule fixée au culot de la cartouche. Lefauchcux invente son fusil rompu dont le canon estmobile par en bas, autour d’une charnière tenant à une pièce qui fait corps avec la culasse ; un levier ou clef mobile, horizontalement dans un arc de 90°, sert à dégager le boulon en forme de T, qui fixe le canon, sur la pièce de culasse. Les fusils à capsule pénètrent en Laponie. Dans le nord de la Suède, on fabrique des carabines rayées, au prix de trois lhalers. 1855 Jobard propose le fusil à 14 coups, réinventé en 1837 aux États-Unis. Vaudoncourt estime à 100,000,000 de francs, la valeur du matériel français abandonné à l’ennemi en 1814 et 1815. Après avoir établi de notre mieux et par de longues recherches la généalogie chronologique du fusil, il ne nous reste plus qu’à présenter l’état actuel de l’armurerie militaire de la France. Au premier janvier 1840, voici quelle était la quantité d’armes en bon état de service à la disposition du gouvernement français, selon le Moniteur du 2 février de cette année : L’État avait 2,940,150 armes à feu, savoir : 2,005,801 fusils, dont 230,404 entre les mains des troupes, 851,554 entre les mains des gardes nationales, et 1,541,783 en magasin. Comme depuis 1840, un grand nombre de gardes nationales ont été désarmées, ce chiffre a dû être considérablement augmenté. 150,221 mousquetons, dont 49,523 entre les mains 578 (les troupes, 24,070 entre les mains (le la garde nationale et 78,022 en magasin. On sait que pour rendre toutes ces armes à percussion, il faudrait faire une dépense de 14,700,940 fr. ; maiscommc il n’est urgent, quant à présent, que de s’oc- cuperdes armes portées par l'armée effective, une loi du 0 mai 1840 ouvrit un crédit de 3,000,000 fr. pour convertir les armes à silex, au nombre de 700,000, en armes à percussion. Cette importante opération devait être commencée en 1840, continuée en 1841 et terminée en 1842. En Allemagne, en Angleterre, en Russie, toutes les troupes seront bientôt armées selon le nouveau système. Nous ajouterons que l’on fabrique à Toula une grande quantité de fusils à charger par la culasse, du système Monligny, et nous craignons que la France ne se trouve en arrière en fait d’armement comme en fait de chemins de fer. Les discussions représentatives ne laissant pas le temps aux ministres de s’occuper des intérêts matériels du pays, il est à craindre que l’on ne s’aperçoive avant peu que le gouvernement constitutionnel n’est rien moins qu’un progrès pour le continent. On voit par la longue liste qui précède que ce ne sont point les inventions qui manquent; mais le point important est de les faire apprécier à leur juste valeur par des connaisseurs impartiaux; or,nous ne répétérionsqu’une chose passée en proverbe, en disant que le comité d’artillerie de France aussi bien que celui d’Angleterre, regardent les inventeurs qui leur sont adressés par le ministre, comme un seigneur châtelain regarde les — 371) — grenouilles de ses fossés, c’cst-à-dire comme de vrais 1 troublesome gnests; aussi la première entrevue est-elle toujours une déclaration de guerre dans les formes; on essaie par tous les moyens possibles d’amoindrir la valeur de l’invention, on affirme qu’elle n’est pas nouvelle, qu'elle a même été tentée sans succès, ou bien on prouve par une équation algébrique improvisée, qu’elle n’a aucune chance de réussite. Si le malheureux inventeur insiste après cela, il n’a ' qu’à se bien tenir, il payera cher le dérangement qu’il cause à ces messieurs. Le rapport le plus foudroyant fera bonne justice de son entêtement, et quand même les épreuves seraient satisfaisantes de tout point, on ajoutera néanmoins que le comité ne peut proposer l’adoption de cette arme, dans l’impossibilité où il se trouve de savoir comment elle se comportera au bout de 5, de 10 ou de 15 ans. ‘ On congédie ensuite l’inventeur qui , après avoir épuisé ses dernières ressources, attend la résolution du ministre, lequel va, croit-il, lui payer son brevet quatre ou cinq cent mille francs au moins. L’espérance est le soutien des malheureux. Quand on songe que ce pauvre Delvigne a usé 12 années de sa vie à faire reconnaître la portée et la justesse de sa carabine, qu’il y a perdu sa carrière militaire, épuisé sa fortune et sa santé, cela n’est pas encourageant pour les chercheurs d’inventions militaires, en faveur desquels nous croyons devoir entrer dans quelques autres détails, dont nous pouvons leur garantir la vérité. Voici la marche que suit infailliblement un inventeur qui tient ou croit tenir une découverte importante j il — 380 — - écrit, par exemple, au ministre de la guerre de la Grande- Bretagne : « Votre Excellence, ou Votre Grâce, apprendra avec plaisir que je viens de découvrir telle machine de guerre qui produit tels et tels effets; si cela n’est pas vi'ai de tout point je ne demande rien; mais si ce que j’annonce se réalise, quelle est la récompense que je pourrais espérer de votre gouvernement ? » Il arrive tous les jours de pareilles lettres au ministre, et tous les jours il les renvoie au comité de Woolwich, qui répond par une formule stéréotypée, comme il suit: .Monsieur , « Le comité ne pouvant sc prononcer sur une découverte dont il ne peut apprécier le mérite ni déterminer la valeur sans la connaître, ayez la complaisance d’envoyer vos plans et descriptions au comité, qui fera faire les essais nécessaires et présentera son rapport au ministre sur l’importance de la rémunération à offrir à l’inventeur. » Le pauvre homme, il est au troisième ciel, il expédie bien vite ses plans, il ne risque rien d’ailleurs, il faut bien avoir confiance ; un gouvernement est incapable de dépouiller un pauvre diable qui se confie à lui. Deux à trois mois après, il reçoit par la voie diplomatique une grosse lettre ministérielle. Ah bon ! se dit-il, voilà la récompense ; il lit sans respirer : « Monsieur, les inventions que vous avez eu la confiance de nous faire parvenir avaient déjà été communiquées antérieurement au comité; mais les essais qui en ont été faits alors, n’ont nullement répondu à ce que l’invcn- — 381 leur s’en promettait. Le comité vous remercie toutefois de vos bonnes intentions, et m’a chargé de vous présenter ses salutations empressées... » Diable, diable ! murmure l’inventeur en se grattant l’oreille, je n’en avais pourtant parlé à personne ; n’est- il pas malheureux de se rencontrer ainsi avec un autre, pour faire des synonymes? Ma foi, je donne ma démission d’inventeur des gouvernements étrangers. Tel est invariablement le sort des découvertes les plus milles comme les plus magnifiques, quand on les adresse aux gouvernements sans être patronisé par une main puissante; mais il ne faut pas croire qu’elles soient perdues ces inventions, tant s’en faut, vous les retrouvez quelque 10 ou 15 ans plus tard sous le nom d’un des personnages qui ont accès aux archives, comme èela vient de nous arriver aujourd’hui même, à propos des bombes qui n’éclatent qu’en tombant et de celles qu’on enterre et qui éclatent sous le pas des hommes ou des chevaux. C’est bien peu de chose que cela, direz-vous, depuis l’invention du mercure fulminant qui permet de varier à l’infini les artifices de guerre; mais c’est un exemple... Nous voulions démontrer les difficultés qu’on rencontre partout dans les essais comparatifs officiels, excepté cependant en Belgique où le savant et consciencieux directeur de la fabrique d’armes de Liège se livre pour ainsi dire sans relâche depuis cinq ans avec une commission de jeunes officiers d’artillerie, à des épreuves — 382 — comparatives entre toutes les armes nouvelles de tous les pays. Nous avons été assez heureux pour extraire des rapports officiels manuscrits les notes abrégées que nous donnons ci-dessous. EXPÉRIENCES OFFICIELLES FAITES A I.A MANUFACTURE ROYAI.R D’ARMES A t.lÉGE. FUSIL TIIONON. Culasse mobile. Modification du fusil Robert ayant pour but d’employer la capsule ordinaire du commerce pour amorce. En 1857, 20 de ces armes ont etc soumises à des épreuves. Sur 4,000 coups il y a eu environ 600 rates. Durant les expériences la plupart des armes ont dû être réparées. Après un certain nombre de coups la culasse ne marche plus. La platine s’encrasse fortement; après 25 ou 30 coups, on doit la démonter pour la nettoyer. Vers la fin des expériences la crachement était devenu considérable. L’encrassement du mécanisme dans le tir s’oppose à l'adoption de ce système pour l’usage général. Un autre fusil Thonon, à amorce continue, fut soumise à des expériences en 1858. C’est une modification du système Heurtc- loup ( Koptipteur). L’amorce continue s’enroule sur une roulette en plomb placée dans un réservoir : elle vient se présenter à la cheminée lorsqu’on met le chien au bandé par l’action d’un levier qui tient à celui-ci et qui fait tourner la roulette. Cette arme n’a tiré que 12 cartouches, et pour faire partir les 12 coups il y eu 14 ratés de cartouche et 8 d’amorce. Le tir a cessé parce que le feu ne pouvait se communiquer à la charge. Elle a tous les inconvénients du fusil llcurleloup et n’a aucun de scs avantages. La commission a pensé que cette arme ne méritait pas un plus long examen. 383 — t FUSIL CHARROY. Fusil (le munition ordinaire transformé en arme à percussion. Une cheminée est braséc au tonnerre, le chien à silex est remplacé par un chien percutant, et un amorçoir à capsules ordinaires a été appliqué à la partie antérieure de la platine. Cet amorçoir peut contenir 17 capsules qui se présentent successivement à sou orifice par l’action d’un ressort à boudin. Pour amorcer il suffit d’appuyer avec la inain sur l’amorçoir dont l’orifice vient recevoir la cheminée qui s’engage dans une capsule, après quoi l’amorçoir se relève par l’action d’un ressort fixé aü corps de platine. En septembre 1837, deux de ces armes ont été soumises à des épreuves. Sur 8715 coups on a constaté 127 ratés de canon et 2 d’amorce ; mais après diverses modifications effectuées par l’in* spcction des armes, notamment en pratiquant un cran sur l’orifice de la cheminée pour que les débris de capsules n’y adhérassent plus, et en faisant élargir le canal de communication du feu de l’amorce à la charge, le fusil modèle n’a plus donné de ratés suites 100 derniers coups, et l’autre n’en a donné que 3. FUSIL DESTRIYAUX. Fusil de munition transformé en arme à percussion. Une cheminée de forte dimension est braséc au tonnerre ; le chien à silex est remplacé par un chien percutant. Le but de M. Ucslrivaux était de rendre facile l’action d’amorcer, cl pour cela il employait une capsule, ayant environ 1 centimètre de diamètre, qui était fixée perpendiculairement à la longueur de la cartouche par un rebord collé à celle dernière : la capsule étant posée sur la cheminée il suffisait d’arracher la cartouche qui se déchirait par ce mouvement. L’essai en fut fait en novembre 1837, maison ne lira que 3 coups, qui présentèrent les résultats suivants : Au 1 er , il y a eu recul violent et crachement considérable; au 2 m0 , avec demi-charge, le tireur a été blessé à la main gauche par un éclat de la capsule ; au 5 m0 le bois a eu quelques éclats enlevés. On a jugé ne pas devoir continuer les essais. i — 384 — FUSILS ROBERT, l’un à canon lisse, et l’autre à canon rayé. (les deux armes ont été soumises en août 1838 à des expériences comparatives avec un fusil de rempart à silex (belge), et un autre fusil de rempart se chargeant par la culasse, modèle français. Les fusils Robert étaient chargés de balles de 18 à la livre, et les fusils de rempart de balles de 8 à la livre. Les fusils Robert ont offert un tir supportant la comparaison avec celui des fusils de rempart à la distance de 200 mètres, à 400 le fusil belge lui était inférieur sous le rapport de la justesse du tir, tandis que le fusil de rempart français avait une supériorité marquée, à 600 toutes les armes ont offert un tir déréglé et fort peu efficace. Il n’y a pas eu de différence remarquable entre le fusil Robert rayé et celui à canon lisse. CARABINE IIEUBTELOUP de 1/10 4 2 rayures. Balles à ceinture avec platine. Deux de ces carabinesorit été essayées en novembrel858.La charge était de 6 grammes de poudre de chasse; la balle était introduite dans le canon sur un cali>in en toile enduit de suif. 1,432 coups ont été tirés, et la récapitulation des résultats fournit les données suivantes pour la proportion du nombre des coups qui ont atteint la cible de plein fouet, à celui des coups tirés. Cible de 0 m ,50de largeur sur 2 m ,70 de hauteur. Cible carrée de 2,70 de côté. Pénétration moyenne dans la cible de sapin. Hausses en millimét. DISTANCES. 75 m 150 225 300 375 450 525 600 0,800 » 0,440 1» 0,205 0,840 0,050 0,310 0,026 0,294 0,030 0,160 n 0,060 0,010 0,010 0,10 0,10 0,093 0,055 0,040 0,039 0,020 0,020 » 7,9 9,8 22,5 27 o4 41 47 585 — L’appareil percuteur (lu système Ilcurteloup n’a donné aucun raté pendant les essais. Le chargement est assez facile et exige à peu près une minute. Le poids de l’arme est de 5 kilog. 320. On tirait en appuyant la carabine sur uiie fourche. Les hausses considérables nécessaires dans le tir à grandes distances sont d’un usage difficile et nuisibles à la justesse du pointage. On pourrait donner plus de longueur au canon de l’arme pour atténuer cet inconvénient, et obtenir un tir encore assez exact à 4!50 m et meme plus loin. CARAIHNE ÎIEURTELOUI'-DELVIGNE de 1/lü à 12 rayures. Balles aplaties. Platine Heurteloup. Charge, 6 grammes de poudre fine. La balle était aplatie au fond de l’âme du canon par deux forts coups de baguette. L’essai de deux de ces armes fut fait en avril 1850 : 500 coups furent tirés, 100 à chaque distance de 200, 400 et 000 mètres contre une cible carrée de 2 m 70 de côté. A la l ro distance, le tir a été satisfaisant, la moitié des coups ont atteint la cible; aux deux dernières le tir n’a présenté aucune exactitude. Les déviations verticales et latérales ont été considérables. Le recul de l’arme et la forme de la crosse, en rendaient le tir pénible. L’arme est fort pesante (5 kilog. 570) pour être tirée sans appui. 25 autres carabines à 6 rayures furent essayées en avril 1850. Sur 8,520 coups, il y a eu : 255 ratés de canon, soit 3,0G pour cent. 750 — d’amorce 8,84 » 50 prises (le feu 0,43 » Dix armes seulement purent tirer environ 400 coups à balle cl 150 en blanc, les autres ont été mises hors de service pendant le cours des expériences, la plupart (12) pour cheminées éclatées, ce qui occasionnait la rupture du bois et la dégradation de la platine. Sur 2,040 coups tirés à 200 pas, 284 ont touché la cible, et sur 320 tirés à 300 pas, 5 seulement ont atteint. Les canons s’encrassent promptement ; il y en a en qu’on ne kvpport. 2. „ 23 — ô8l) — pouvait plus charger apres 25 coups; généralement on n’a pu charger que 40 coups sans nettoyer les armes. On attribue ces résultats défavorables à ce que la confection des amorces et la fabrication des premières armes du système Ileurte- loup n’avaient point atteint la perfection qu’elles ont acquise depuis. Les cheminées ont été renforcées de manière à prévenir tout accident. On ne peut rien conclure de ces essais prématurés contre la valeur réelle du système lleurtcloup. FUSIL HEURTELOÜL». Le système lleurteloup, nommé Koptipteur, consiste en une platine dont le chien portant un tranchant à sa partie antérieure coupe et frappe immédiatement sur la cheminée du canon une bandelette fulminante qui sert d’amorce continue. Lorsqu’on arme le chien, la bandelette fulminante se présente vis-à-vis l’orifice de la cheminée de la quantité nécessaire pour une amorce, chaque bandelette pouvant en fournir 34 environ. Le mouvement de la bandelette a lieu au moyen d’une roue dentée qui tourne par un levier qui engrène avec elle, et qui est adaptée à la partie antérieure du chien. En septembre 1837, on essaya deux de ces armes. 468 coups furent tirés; il y eut 15 ratés de canon, et pas de prise de feu. Les premières séances du tir n'ayant pas donné de ratés , on attribua ceux qui ont eu lieu à la qualité inférieure des bandelettes fulminantes employées dans les dernières. Toutes néanmoins avaient été livrées par l’inventeur. Vers la fin de 1838, d’autres expériences furent failes avec 50 de ces fusils. Sur 4902 coups il y eut 357 ratés (9,32 p. cent ), et il y eut 4 prises de feu sur les 3,127 premiers coups; les autres n’ont pas été mentionnées. L’inspecteur des armes attribue ce résultat peu favorable à l’accumulation dans le fond de l’âme et dans la cheminée, du résidu provenant de l’encrassement du canon dans le tir , rendu plus compacte par la mesure adoptée d’introduire la baguette dans le canon après chaque salve pour reconnaître les armes qui n’avaient point fait feu. A cette cause il faut ajouter l’interposition du — 387 — papier de la carlouelie entre la chcmincc et la charge, ce qu'on pourrait éviter en retournant la cartouche et introduisant la halle la première après avoir versé la poudre dans le canon. La prise de feu est un inconvénient grave qui parait inhérent à « l'arme; elle paralyse ‘ uefois le jeu delà platine et met momentanément l’arme hors de service. La cheminée à ouverture capillaire de 2 points avec charge de poudre fine , a donné lieu à moins de prises de feu que la cheminée à ouverture de 4 à 15 points avec charge de poudre d’infanterie. La cause de ces prises de feu parait résulter de la section de la handcictlc après un usage de l’arme plus ou moins long, et des jets de gaz enflammés provenant de la déflagration de l’amorce et de la charge. Depuis celle époque, M. Ileurleloup a perfectionné son amorce au point de rendre toute prise de feu impossible, en mélangeant une certaine quantité de sulfate d’alumine à la poudre de mercure fulminant. FUSIL CONSOLE. Modification des platines à silex. ttn remplace le bassinet, la batterie et la pierre à feu, par : Une patère, sorte de bassinet avec canal pour recevoir l’amorce fulminante ; Un couvercle portant une dent qui pose sur l’amorce et qui transmet a celle-ci le choc du chien sur le couvercle pour le faire détoner ; Et une touche, pièce d’acier fixée entre les mâchoires du chien, et qui agit par percussion sur le couvercle lorsqu’on abat le chien. I/amorcc est un tube aplati des deiix bouts cl chargé de poudre fulminante; elle tient par une ganse en laiton à la cartouche. Diverses épreuves faites en 1858, 59 et 40, prouvent l’excellence de ce système ; mais comme arme de guerre, il offre l’inconvénient que les amorces ne résistent point à l’humidité. 25’ r — 388 CARABINE DELVIGNE-CONSOLE. Le canon est destiné au chargement à halle aplatie du système Del vigne ; la platine est du système Console. La balle est fixée à un culot en bois muni d’un calpin en serge graissé. L’amorce Console est fixée à la cartouche par un fil de laiton qui étrangle le papier de la cartouche et sert à la déchirer lors de la charge. Le canon a trois hausses, dont la plus petite est fixe en maintien , les deux autres ne formant qu’une pièce qui peut se rabattre A volonté. ' Des essais faits en 1840 donnent les résultats susdits : Le chargement est praticable, mais le placement de l’amorce, n’est pas assuré; le calpin fait quelquefois des plis qui gênent le chargement. La perte de la poudre par la lumière occasionne, non-seulement irrégularité dans le tir, et meme en anéantit Pefiîcacité, mais la poudre ainsi logée dans la patère occasionne le soulèvement du couvercle, et par suite la dispersion en tous sens des éclats de l’amorce. Le déchargement au tire-bourre est presque impossible quand la balle a été bien aplatie. Le crachement est insignifiant ; L’amorce ne supporte pas l’humidité ; L’encrassement intérieur de la platine est considérable ; Le tir à bonne charge offre une grande justesse, et l’emploi des hausses est facile. L’arme ne supporte pas l’immersion. En résumé : le système de platine ne parait pas adoptable. Le chargement à balles aplaties est praticable. LAMBINE DELVIGNE. A lumière directe et à capside. (Décembre 18-40.) Lotte arme, soumise à des épreuves, a présenté plusieurs avantages sur celle à l’amorce Console. On a tiré avec 10 carabines 589 — 790 coups pour chacune; la cheminée n’a souffert aucune altération , tandis que la lumière du canon avec platine Console, s’était évasée sensiblement après un même nombre de coups. On a remarqué plus de justesse dans le tir, et beaucoup moins de ratés et de longs feux. La pénétration de l’eau dans le canon n’a pas lieu avec ce système, tandis qu’elle est fréquente avec la platine Console lorsque les armes sont exposées au bivouac. En définitive, la carabine Delvignc à balles coni-cylindriques a fini par l’emporter sur toutes les armes inventées jusqu’ici, elle a été adoptée par le gouvernement belge, et l’habile et patient inventeur a été décoré de l’ordre Léopold. PISTOLET DELVIGNE. A balle aplatie et à percussion. (1841.) On y emploie la capsule de guerre. On a obtenu des portées de 600 mètres avec ce pistolet. La forme en est trouvée commode, et facile pour le pointage. Le recul en est très-supportable. FUSIL AUBAGNAC. Anne percutante. (Août 1889.) L’amorçoir est formé d’un canal contenant une trentaine de capsules que fait avancer l’action d’un ressort à boudin. On a tiré en tout 100 coups avec 8 armes, et ces 100 coups fournirent 41 ratés. Une seule arme en donna 28 sur 30 coups. On a reconnu à ce système les défauts suivants : Lorsqu’un débris de capsule se loge entre le chien et le conducteur d’amorce, le placement de la capsule est impossible. Lorsqu’une capsule ne se place pas à fond sur la cheminée, le conducteur est retenu par la partie de la capsule non dégagée de l’amorçoir et l’on ne peut abattre le chien ; Lorsqu’une capsule est frappée sans explosion il est très-difficile d’en débarrasser la cheminée; Le système n’offre pas assez de garantie de solidité, et d’un service durable. — 590 FUSIL A MAGASIN, De M. P. G. Malherbe, breveté. (Juillet 1839.) Le chien à silex est remplacé par un chien percutant, et le bassinet par un autre d’une contenance beaucoup moindre. La batterie est également remplacée par un couvercle de bassinet portant une cheminée, et qui s’ouvre et se ferme par un levier en forme de face de batterie, éloigné du canon suffisamment pour permettre au chien percutant de s’abattre sur la cheminée. Un canal cylindrique est appliqué le long du canon, ses extrémités aboutissant l’une à la cheminée lorsque le bassinet est ouvert, l’autre à la capucine modifiée , de manière à la fermer par une saillie creuse formant couvercle. Dans ce canal on place une cinquantaine de capsules et par-dessus un petit cylindre en fer destiné à peser sur les capsules pour les engager sur la cheminée, de sorte qu’en ouvrant le bassinet, la cheminée éloigne un petit ressort qui ferme l’orilice inférieur du canal d’amorce et se charge d’une capsule. Les expériences faites n’ont pas donné un bon résultat. L’arme a tiré 100 coups ; il y a eu 22 ratés de canon, et 13 capsules sont tombées en fermant le bassinet. Vers la fin du tir, la capsule s’attachait mal à la cheminée, et celle-ci était fortement encrassée. Les nombreux ratés de canon prouvent la communication vicieuse du feu de l’amorce à la charge ; cette communication étant à angle droit, et le bassinet ne recevant que le peu de grains de poudre qui y tombent par la lumière du canon, l’inflammation de la charge est incertaine. Après un certain nombre de coups les capsules tiennent peu à la cheminée cl leur placement devient plus lent que s’il était fait à la main. FUSIL MONT1GNY, De Fonlaine-VÉvêque. (Septembre 1839.) On le charge par la culasse et on emploie pour amorce une poudre fulminante à friction. — 301 — La queue de la culasse, analogue à celle du système Robert, est mobile; elle l'orme genou avec quelques pièces articulées, placées en dessous de la première, et destinées à pousser ou à retirer un bouchon métallique qui ferme ou qui ouvre selon que la queue de la culasse est baissée ou soulevée. Ce bouchon est percé au centre d'un trou pour le passage de VaUjuille qui met le l'eu à la cartouche en la perçant dans la partie qui contient l’amorce. L’aiguille est poussée par un chien, porté par la sous-garde ainsi que les autres pièces de platine ; ce chien est un levier dont la partie inférieure seule est visible un peu en avant du pontet, lorsque le fusil est monté, et c’est en appuyant dessus qu’on l’arme. La cartouche porte au bout opposé à la balle une rondelle de carton, au centre de laquelle est placée l’atnorce fulminante à friction , celle-ci étant recouverte intérieurement d’un morceau de toile fine. Pour charger on soulève la queue de culasse ; le tonnerre s’ouvre et l’on place la cartouche contre le bouchon, de manière que la balle soit en avant ; la cartouche est pressée dans le canon par le mouvement de fermer la culasse. Une vingtaine de coups tirés avec cette arme permettent de dire que le chargement de cette arme est très-facile et très-prompt. Aucune fuite de gaz ne s’est fait remarquer, et l’encrassement semblait nul. Deux autres fusils et deux carabines de ce système ont été soumis à des expériences en 1840. ' Le mode de fermeture de la culasse forme la base du système Monligny, et il ne peut jamais être entravé dans sa marche par la dilatation des pièces qui le composent. Les ratés d’amorce obtenus d’abord et s’élevant à 4 2/3 p. °/„ n’étaient qu’imparfaits , puisqu’en armant de nouveau l’amorce faisait explosion; mais ces ratés furent complets dans le tir qui eut lieu trois mois après, ils furent même portés jusqu’à G °/„. Les ratés de canon ne se sont fait remarquer que dans le tir de 300 cartouches qui formaient un envoi particulier de l’inventeur. On peut conclure que ces ratés sont peu à craindre avec le système de communication établi par l’inventeur entre l’amorce et la charge ; aussi dans le dernier tir on n’a plus obtenu de raté de cette espèce. L’examen du culot amorce ( proposé par l’inventeur pour per- mettre l’emptoi de cartouches ordinaires) a fait apercevoir la possibilité de l’altérabilité de l’amorce par l’action de l’humidité. L’accroissement rapide des ratés d’amorce pendant les expériences et surtout vers les dernières séances, prouve déjà la vérité de celte remarque ; mais des expériences directes ont montré que celte altérabilité était prompte et presque générale pour les amorces de cartouche, qui étaient exposées à l’humidité. Les amorces qui après leur exposition à l’humidité ont été séchées, ont toutes donné des ratés. Dans le tir de 2,200 cartouches avec un des fusils, et de 657 avec une des carabines, on n’a remarqué aucune fuite de gaz par la fermeture de la culasse; l’encrassement ni la chaleur n’ont interrompu l’affûtage de la carabine. Le chargement de cette arme ne souffre aucune difficulté et est d’une promptitude remarquable. Dans le tir au chevalet on a pu charger et tirer 11 coups à la minute sans viser; mais ce chargement devient difficile et fatigant dans le tir à l’épaule où le poids de l’arme repose constamment sur le bras gauche, et vu la grande difficulté d’armer le chien. Sous le rapport de la justesse du tir au chevalet, la carabine Mon- tigny a donné des résultats à peu près aussi avantageux que la carabine Dclvigne. La fabrication de l’arme Montigny est difficile et exige des ouvriers très-adroits. Le prix de revient dépasserait d’un tiers celui de l’arme actuelle. Les anciennes armes ne peuvent être transformées en armes Montigny sans danger d’explosion du canon. MOUSQUETON DE CAVALERIE, par Lepage de Paris. (Janvier 1840.) Cette arme se charge par le tonnerre. Le canon tournant sur un pivot placé à sa partie inférieure, à 0,028 de la tranche, s’ouvre par un mouvement de gauche à droite et se ferme d’une manière inverse en ramenant le tonnerre contre la culasse fixée à la ftion- ture, les deux parties joignantes ayant leurs surfaces cylindriques de même courbure, ce qui permet leur juxtaposition. Le canon est maintenu dans le prolongement du fut par la capucine, lorsque le — 393 tenon de celle-ci est engagé dans un logement pratiqué à cet effet dans la sous-garde prolongée ; on dégage ce tenon pour ouvrir le canon. La platine, du genre de celles dites écossaises, est logée dans le bois; le chien et la détente sont les seules pièces à découvert. La cheminée est cylindrique ; un canal coudé traversant la culasse transmet le feu de la capsule à la charge. L’arme a été soumise à un tir à balle de 180 coups, sur lesquels il y a eu 7 rates de canon. Le crachement est considérable; des éclats de capsule dangereux pour le tireur, lorsqu’on emploie des capsules non fendues,'sont encore projetés latéralement quand on emploie des capsules fendues. L’effort qu’on doit faire pour déchirer le papier de la cartouche en fermant le tonnerre, devient considérable après avoir tire quelques coups, et augmente avec l’encrassement de la culasse. Chaque cartouche brûlée laisse une enveloppe de papier qui tapisse le pourtour de l’intérieur du tonnerre, ces enveloppes s’accumulent de manière à gêner l’introduction de nouvelles cartouches, et il arrive souvent que le papier prend feu, ce qui pourrait occasionner des accidents, si l’on employait des cartouches ava- ' riées ou tamisant un peu de poudre. L’explosion de la charge fait faire à la capucine un mouvement qui dégage son tenon en partie ou meme la capucine entière. Dans cet état, le mousqueton suspendu à la bandoulière peut s’ouvrir par la secousse ou le frottement, et l’arme se détériorer par le ballottement du canon et du fût. La construction de l’arme est difficile et coûteuse. Les différentes pièces exigent beaucoup de précision. Il y a peu de solidité surtout dans le bois. A part la grande difficulté d’amorcer en plaçant les capsules à la main, ce mousqueton parait d’un service moins commode pour le cavalier que le mousqueton actuel. CARABINE SAXONNE. (Mars-mai 1840.) Le canon de cette carabine est à 8 pans dans toute sa longueur. Sa culasse contient une excavation hémisphérique par un canal ' ne dirige obliquement vers un téton soudé latéralement, — 394 dans lequel est vissée la cheminée. La platine ne diffère des platines à percussion ordinaires que par un arrêt servant à empêcher l’action du grand ressort quand le chien est au repos, et par la noix qui est à languette. Cette arme comparée à la carabine Dclvigne, a été trouvée inférieure à celle-ci; 1° pour la justesse du tir, 2° pour la portée, 3“ pour la facilité du chargement. FUSIL I10TT0N. (Novembre 1840.) C’est un fusil de munition ordinaire auquel on adapte une culasse à vérin et un chien percutant. La culasse contient une chambre qui se raccorde avec la lumière. La lumière se trouve à peu près dans l’axe du canon de manière que l’amorce en plume qui est fixée à la cartouche, peut facilement entrer dans la lumière et la dépasser. Le chien frappe sur la partie de l’amorce qui dépasse la lumière et détermine son inflammation. Les expériences faites ont constaté que la vitesse initiale de la balle avec une charge de 6 gr. 1/2 de poudre d’infanterie , n’est que de 400 m . Avec cette faible charge de G gr. 1/2 le crachement est déjà très-fort; il est probable qu’avec une charge augmentée il deviendrait insupportable. Le mécanisme de l’arme offre assez de simplicité, et la transformation des armes à silex d’après ce système pourrait se faire sans grands frais. FUSIL TIIIERY. Il ne diffère du fusil ordinaire à percussion que par la forme et les dimensions de la culasse. Celle-ci est à chambre, raccordée avec l’arme par une zone sphérique de manière à n’offrir aucun ressaut, aucun épaulcment. Le projectile est une balle à base cylindrique, munie d’une cavité destinée à recevoir la capsule. La partie supérieure est en hémisphère. ( — 31)5 L’arme parait offrir plus de portée, plus de justesse dans le tir et moins de recul. Cette supériorité de justesse dans le tir est considérable à la distance de 200 mètres; mais elle diminue beaucoup lorsqu’on lire sur un but plus éloigné. Inconvénients : 1° le coulage de la balle cylindrique donne beaucoup de rebuts à cause des soufflures qui se montrent fréquemment à la surface du creux de la balle. 2° I/aplatisscinent de celle-ci exige 2 à 3 coups de baguette très-forts, et si le tireur néglige de les donner, il est à craindre qu’au lieu d’augmenter la justesse du tir on ne la diminue. 5° Après avoir versé la poudre dans le canon il faut retourner la cartouche, sans cela le creux de la balle viendrait en haut et la balle refoulée dans cette position contracterait des formes très-irrégulières, qui pourraient nuire à la justesse du tir. 4° La chambre doit s’encrasser plus rapidement que l’âme du canon et augmenter la proportion des ratés de canon. 3° Les frais de transformation des armes ordinaires en armes de ce système, seraient considérables. FUSIL l’ÜTEÏ, » Arquebusier à Paris. (Décembre 1840.) Le choc du chien, au lieu d’avoir lieu directement sur la capsule, lui est transmis par une pièce intermédiaire que l’auteur appelle barrette et qui est adaptée à la culasse. Cette dernière porte à cet effet du côté de la platine une saillie percée, suivant la course du chien, d’un logement cylindrique destiné à recevoir la tige de la barrette. La barrette est une pièce en acier formée de deux branches dont l’une appuie, lors du tir, sur la cheminée placée à la partie supérieure de la culasse, suivant un plan vertical passant par l’axe du canon. La culasse a une chambre au fond de laquelle aboutit le canal de la cheminée. Le seul avantage réel que présente cette arme c’est de mettre le soldat entièrement à l’abri des éclats de la capsule; mais cet avantage disparaît par suite de l’emploi des grosses capsules anglaises à chapeau qui ne donnent plus d’éclats comme les petites capsules non fendues. — 390 — FUSIL POTT1ER, de Liège. (Décembre 1840.) L’est une modification du fusil de rempart à percussion français, modèle 31. Le canon, le mode d’inflammation et de chargement en sont les mêmes. L’inventeur y a fait les corrections suivantes : Le levier coin a été supprimé; la fermeture de la culasse a lieu à l’aide d’un excentrique dont le bras s’élève et s’abaisse dans le sens de la longueur du canon du côté de la platine. Le but des modifications qui ont été faites à la boîte paraît avoir été de remédier au crachement d’une part et de l’autre aux inconvénients que peut occasionner l’usure des piècesjuxtaposées. La commission a jugé cette arme inférieure au modèle de 1831, qui lui-même ne présente peut-être pas toutes les garanties convenables. Elle n’a pas cru que l’arme présentait les conditions nécessaires pour qu’il puisse y avoir lieu à l’expérimenter. Lepage. Le nom (le Lepage est stéréotypé sur les bons fusils de chasse français, comme celui de Wilkinson sur les fusils anglais. La maison Lepage s’est acquis une réputation qu’elle doit conserver à tout prix ; quand le dernier des Lepage viendrait à mourir, son héritier doit solliciter la faveur de changer son nom, quelque brillant qu’il soit, contre celui de Lepage ; fabriquât-il les plus mauvais fusils du monde, il aura fait sa fortune avant d’avoir tué sous lui la haute renommée de Lepage ; car les fusils de cet auteur sont recherchés comme les violons de Stradivarius ; et jusque dans les commandes « laites aux Hollandais par l'empereur du Japon, figure, un fusil de Lepage avec sa boîte; mais à dire vrai, les canons de Liège sont pour beaucoup dans cette réputation, car Lepage en tire de belles quantités de celte ville ; mais il les essaye, les retouche et les garantit ; que peut-on exiger de mieux? Cela ne vaut-il pas cent pour cent de plus? Et puis voyez ces dorures, ces sculptures, ces nielles, ces incrustations d'un goût exquis, ces da- masquinures et ces ciselures, ouvrage du modeste et laborieux Lapret, ces riches quénissets turcs, dignes de tirer sur un prince !’ Cela s’appelle l’œuvre de Lepage comme la magnifique édition de Marie de Bourgogne s'appelle l’œuvre de Wahlen. Aussi tous deux ont-ils été récompensés selon leurs œuvres aux deux expositions dernières. Après cela parlerons-nous des frères Brunon de Saint-Étienne, qui occupent 500 ouvriers à l'entreprise des fusils militaires, dont ils peuvent fournir trois cent mille exemplaires par an? Parlerons-nous de Renet et Gastine, de Pirmct et A’Albert Bernard, aux fusils damassés de fer et d’acier, qui tous ont été jugés dignes de la médaille d’argent, première récompense de l’arque- buserie? Si nous commençons à citer des noms, nous ne pouvons oublier Beringer, l’inventeur des cartouches métalliques et des culots qui obvient à la fuite des gaz dans les fusils à charger par la culasse ; nous devons parler de son pistolet à poudre fulminante, dont une simple amorce suffit pour tuer son homme à (50 pas sans bruit, à condition de laisser de l’espace entre la balle et la capsule. Nous ne pouvons oublier Lefauchenx, au fusil rompu, que le jury avait récompensé pour l’esprit avec lequel il a su associer tous les armuriers à l’exploitation de son brevet, et à l'anéantissement de celui de Robert. Nous nommerons également les armuriers de Sainl- lîtienne, Delbourse, Perrin-Lepage, Lclion et Cessier. A Paris, MM. Boche, Clandin et Delarachée, lequel a inventé une cartouche métallique assez élastique pour se dilater au moment de l’explosion et revenir ensuite à ses dimensions premières. Cette invention a semblé au jury applicable à la fabrication des cartouches de toute espèce, et c’est là une belle idée qu’il faudrait parvenir à faire adopter à l'armée ; il n’y aurait plus tant de cartouches gâtées par l’humidité des magasins, ce qui cause des pertes immenses au trésor. Desnyau est ce même armurier qui, ayant été chargé d’exécuter le premier le fusil Robert, nous disait naïvement : « C’est moi qu’a fait l’invention du fusil Robert. » Il a muni ce fusil d’une cheminée de manière à pouvoir lui appliquer l’amorce à capsule ordinaire et le culot imperméable de Beringer. Gévelot, Dugenne, Léopold Bernard, Devisme, Laine, Caron, ont tous reçu des récompenses. Touchard et Martin qui fabriquent des fusils à charger par la culasse, ont trouvé quelque chose de très- simple pour empêcher la fuite des gaz; à la place d’un culot métallique ils placent une rondelle de carton légèrement emboutie qui fait piston de presse hydraulique au moment du tir. Lecyr-Fniger expose un canon qui se charge par la culasse au moyen d’une étoile mobile percée de plusieurs culasses coniques chargées de gargousses et de boulets enveloppés de plomb, qui viennent se présenter successivement à l’entrée du tonnerre. Il est venu l’an dernier un fusil d’Amérique construit sur ce plan, pour lequel nous avions demandé en 1835 un brevet qui nous a été refusé sous le prétexte plein d’humanité, que celte invention semblait trop meurtrière pour lui accorder la sanction d’un brevet. Voilà comment certaines gens comprennent la loi des brevets. Nous ne devons pas oublier les noms de Beaucheron- Pirmct, Lefaure, Ouiller-Blanchard, Paris, Plomdeur, Gauche, Pelé, l’Abbé et Michel, amateur Orléanais, qui a présenté un fusil brisé sans chiens ni gâchette apparente, ni Teissiè-Dumottet, avec son fusil brisé au-dessus du tonnerre, armant le chien par le mouvement d’ouverture; mais puisque le jury n’a pas fait mention du fusil du capitaine Béleurgey, nous dirons deux mots de cet ingénieux officier qui redoutait si fort d’être surpris parmi les exposants par son général. Qu’on se figure la position d’un pauvre capitaine d’infanterie dans l’ennuyeuse garnison de Troyes en Champagne, lequel au lieu de passer sa vie au café, se monte un petit atelier qui lui sert à exécuter une foule de charmantes inventions, tels que tours, étaux, machines à forer, poires à poudre, fusils, chars à glaces, shakos élastiques, etc., etc., le tout travaillé dans la perfection. Eh bien! direz-vous, ses chefs devaient lui savoir gré de ne point perdre son temps comme ses camarades ! C’est ce qui vous trompe, sa conduite faisait tache, c’était un scandale aux yeux d’un vieux sabreur de l’empire. Aussi un beau matin le capitaine reçut-il l’ordre de s’arracher à son atelier et de faire le sacrifice de ses goûts de travailleur, indignes du noble métier des armes. Il fut envoyé à Cherbourg, où il tâchera, dit-il, de — 400 — tuer désormais ses heures de loisir à jouer aux dominos, à fumer et à boire du punch comme scs camarades. Mais nous craignons bien qu’il ne survive pas au chagrin d’avoir perdu ses chers outils. M. Béleurgey est bien heureux de n’avoir pas obtenu la médaille d’or, il eût probablement été destitué. Qu’on nous permette de dire un mot de nos propres inventions, car, sans être armurier, nous avons fait nos fusils, et qui n’a pas fait le sien? Mais c’est toujours aux fusils à charger par la culasse que nous avons travaillé, car là est le seul progrès notable, tout le reste n’est que du rhabillage insignifiant, et nous ne concevons pas la grande nation décrétant la percussion dans son armée comme un grand progrès en présence du problème quasi résolu du chargement par la culasse. Et qu’y manque-t-il encore, s’il vous plaît?—C’estqu’on ne peut guère tirer qu’une centaine de coups de suite sans nettoyer le fusil, et puis on n’a pas encore prouvé que ces sortes de fusils pouvaient supporter 30,000 coups sans être hors de service. —Triste raison, car on n’a pas d’exemple que dans la plus longue bataille un soldat ait tiré plus de GO coups et les plus anciens vétérans de l’empire n’en ont pas tiré G00 pour gagner leurs trois chevrons. On userait trop de munitions si l’on tirait si vite, nous disait le vénérable maréchal Soult; nous lui répondîmes qu’il n’y aurait qu’à charger la moitié de l'année de porter des cartouches à l’autre. Ce n’est pas le tout de tirer vite, c’est de tirer juste, et — 401 l’on 11e tire déjàque trop vite, reprit-il : — L’un n’empêche pas l’autre, et si l’on tire déjà trop vite avec le fusil ordinaire, il faudrait proposer une prime pour l’invention d’un fusil qui ne tirât qu’un coup par heure comme les canons d’autrefois. Le Maréchal possède sans doute d’autres raisons pour ne pas adopter le chargement par la culasse, mais celles qu’il nous a données ne nous ont point converti. il aurait volontiers consenti à l’adoption d’un mousqueton de cavalerie, parce que la balle étant forcée ne tomberait pas en trottant comme il arrive si souvent. J’avais demandé à Lepage de m’inventer un mousqueton, dit-il; eh bien! il ne vaut rien, le voilà.—Mais, M. le Maréchal, on n’invente pas comme cela, et par ordre ; quelle que soit la confiance que nous ayons dans le talent des armuriers du roi, nous nous serions de préférence adressé à un médecin comme Robert ou Heurteloup, ou à un physicien comme Galhj Cazala ou le baron Sé- f/uier; car ce n’est presque jamais un homme du métier qui fait des découvertes dans sa partie. Quoi qu’il en soit, le Maréchal nous a déclaré bien positivement qu’il n'adopterait jamais une arme nouvelle ; il parait même «pie la percussion, ce pas de fourmi, que les journaux appelaient un pas de géant, lui cause un certain malaise, et qu’il en laisserait volontiers l’exécution à son successeur. Changer l’ancien fusil à silex, qui tire 2 coups par minute, en arme qui se charge par la culasse et tire KAPI'URT. 2 . 20 * à 15 coups, voilà le problème économique que nous nous étions proposé, et que nous avons résolu comme il suit : Nous avons fait une entaille d’outre en outre au tonnerre du fusil, à partir de la vis de culasse ; cette entaille, longue d’une cartouche de Robert, sert à l’insinuer dans le canon, en tenant l’amorce saillante en haut. Saisissant ensuite la sous-garde mobile abaissée, on la ra- mèneà sa place. La sous-garde en montant élève un coin d’acier qui vient remplir l’entaille faite au canon. Un bassinet creusé sur ce coin pince l’amorce de la cartouche, qui est écrasée par la chute du piston. On voit que la batterie entière est conservée, sauf le chien à pierre qui est remplacé par un piston contourné de manière à frapper au centre du canon. Le premier fusil arrangé de la sorte a très-bien marché, sauf l’encrassement qui gênait le dégagement du coin; nous y avons remédié en formant ce coin de deux parties, dont celle de derrière, à l’abri de l’encrassement, se dégage toujours aisément en entraînant l’autre à sa suite. Après avoir fait trois fusils de ce genre, nous avions porté le meilleur à Paris , dans l’intention de le présenter au gouvernement; mais ayant rencontré un ami qui sortait d’en prendre, comme on dit, nous renonçâmes à notre projet; cet ami est l’ingénieur Perrot, inventeur d’un fusil à vent sur roues, qui lire 500 balles à la minute à d’aussi grandes distances que la poudre. Le Maréchal lui a donné la liberté de le vendre à la Russie, qui lui fait depuis bien longtemps des offres très- avantageuses. Ainsi s’en vont à l’étranger les plus belles découvertes — 405 — de la France, qui n’y rentrent ensuite qu’à la façon des émigrés, en se vengeant d’une ou d’autre manière. Noavcnu fusil n veut. Nous posons en fait qu’un coup de marteau de forgeron frappé à tour de bras, équivaut à la force d’une cartouche, et voici comment nous le prouvons : Façonnez un côté de marteau en cône dont l’extrémité soit arrondie comme une balle et frappez à toute volée sur une barre de fer, vous y ferez une empreinte au moins égale à celle qu’y laisserait une balle de fer tirée à bout portant. Cela posé, prenez un cylindre de G à 7 pouces de diamètre et d’environ un pied et demi de hauteur, placez à Centrée un piston en bois dur, garni d’un cuir, et frappez un grand coup de marteau pour enfoncer le piston jusqu’au fond, d’où part un tube en connexion avec la culasse d’un fusil chargé à balle forcée. Nous disons que cette balle sera lancée au moins aussi loin avec cet air comprimé qu’avec la poudre. Nous disons au moins, parce que l’air se comprimant ici successivement de plus en plus, poursuit la balle d’une force progressive, tandis que la force de la poudre agit dans un sens inverse en diminuant d’intensité à mesure que la balle s’éloigne du tonnerre. Nous pensons que jamais puissance ne pourrait èlre employée plus logiquement pour la défense des places; 20 * — 404 — «il lancerait aisément des projectiles recouverts en plomb an moyen (l’un mouton tombant sur un piston, absolument comme pour enfoncer un pieu. En mettant vingt hommes à la hic, on aurait une force de projection égale à celle de vingt cartouches, mais comme le temps de frapper un coup de mouton est au moins double de celui de frapper un coup de marteau, on regagnerait en force ce qu’on perdrait en vitesse, et l’effet pourrait être au besoin doublé ou triplé, scion la hauteur de la chute. On voit qu’il serait difficile de prendre une place faute de munitions de guerre, tant qu’il y aurait des bras pour la défendre. t'nsil-lanre. Wons avons aussi travaillé sur un fusil-lance composé d’un long canon mince de six pieds, se chargeant par la culasse, et portant par-dessous une tringle de fer terminée par une baïonnette. Cette tringle, en se dépliant à charnière, au centre de gravité du fusil, servait à appuyer l’arme en fichant la baïonnette en terre. Notre projectile était un lingot creux rempli de roche à feu qui s’allumait au départ, et incendiait les caissons, les toits de chaume et les moissons ; il avait en outre l’avantage d’éclater dans le corps des ennemis qu’il atteignait. Ce long fusil n’était pas plus pesant qu’un autre, mais il avait une plus longue portée et une plus grande jus- tusse; il nous a éclaté entre les mains à cause d’un raccommodage maladroit, ce qui nous en a dégoûté. l'iiMil n gaz hydrogène et à gaz acide carbonique. l\ous parlions en 1850 à Gally Cazala d’un projet de fusil à gaz acide carbonique pour remplacer le fusil à vent; dix ans après il exposait un fusil à gaz hydrogène qui est bien la chose la plus simple du monde. Un soldat portant sur le dos un petit cylindre de 2 pouces de diamètre et de 10 pouces de long, rempli d’acide sulfurique et de zinc, aurait suffisamment de munitions pour toute une campagne. Il suffit d’engager la crosse du fusil dans un petit téton métallique saillant au milieu d’un plastron placé sur l’épaule et de lâcher la détente; le marteau vient frapper le piston contenu dans le téton, et la balle lue à 300 pas ; on en remet aisément une autre à l’aide du tiroir des Tyroliens, et l’on peut tirer plus de 20 coups à la minute. Le seul défaut de cette arme ingénieuse, c’est de ne pouvoir se charger àplus de 28 atmosphères, terme fatal où s’arrête la décomposition du zinc par l’acide sulfurique. Quant au gaz acide carbonique, il a un défaut contraire,il monte à 93 atmosphères à 10° de température, et la chaleur de la joue suffit pour lui faire dépasser la centaine. Tillorier s’est occupé d’un fusil de cette espèce qui est crevé d’un coup de soleil. Il esta espérer qu’on trouvera des vases assez solides et assez légers en même — 40(5 — temps pour emmagasiner cette force redoutable, ou plutôt, qu’on se décidera à n’en produire à la fois que la quantité nécessaire à chaque coup; il suffirait alors d’un très-petit tube enfermé dans le centre de la crosse, et par conséquent à l’abri des coups de soleil. Si M. Til- lorier veut prendre la peine d’y songer, c’est une affaire faite, la poudre est détrônée. CHAUFFAGE. Que de choses à dire sur ou plu UH contre le chauffage des Français, qui souffrent bien plus du froid que les Russes. On consomme pour 140 millions de combustible par an en France, et l’on n’en utilise guère que pour 40 millions. On peut dire que le reste se dissipe en fumée. Si du moins on faisait servir cette fumée à chauffer les rues au lieu de chauffer les nues, ce serait certes une trouvaille digne du prix Monthyon ; eh bien ! nous allons essayer de résoudre ce problème fantastique. Chauffer une ville, de manière à ce qu’il n’y ait jamais de neige, et que les rues soient toujours sèches, sans dépenser un sou de combustible déplus qu’aujourd’hui. C’est absurde, c’est ridicule, c’est impossible, allez- \ous dire; un instant s’il vous plaît, nous avons la pa- 108 rôle, permettez-nous de nous expliquer. iYest-il pus vrai* que vous envoyez vos eaux sales, vos immondices et vos résidus inutiles dans les égouts de la ville? eh l)ien ! au lieu d’envoyer votre fumée sur les toits, que ne l’envoyez-vous dans les mêmes égouts ? La fumée ne descend pas, direz-vous, elle monte. Hommes de peu de foi, sachez que la fumée fait volontiers un pas en descendant, à condition qu’elle en puisse faire deux en remontant; sachez que si tous les égouts de Bruxelles se réunissaient au haut de la ville, et que si vous bâtissiez sur ce point une haute et vaste cheminée, la fumée descendrait de tous les étages de vos maisons dans les égouts, et s’en irait par cette cheminée communale, après s’ètre dépouillée de son calorique contre les voûtes de vos égouts et avoir laissé tomber une grande partie de sa suie, qui n’irait plus salir les toiles de vos blanchisseries , les cornettes de vos femmes, ni les jabots de vos fashionables. Une ville chauffée de la sorte serait le plus propre et le plus confortable habitacle du monde; le commerce de détail y fleurirait, car les darnes ne craindaient plus de se vautrer dans la boue pour aller faire leurs petites emplettes; on se visiterait beaucoup plus et la civilisation y gagnerait infiniment. Tous les étrangers, au lieu d’aller en Italie, viendraient prendre leur quartier d’hiver dans cette serre chaude. Si l’architecte de la ville Léopold voulait s’en donner la peine, il réaliserait aisément cette idée sybaritique, et si la grande cheminée refusait de tirer, il suffirait de lui appliquer le ventilateur Letoret. Qu’on ne dise pas que la fumée qui remplirait les égouts sortirait par les grilles de tous les regards, nous m) — avons prévu cette objection; il suflirail de prolonger leur maçonnerie en contre-bas jusqu’à ce que leur extrémité inferieure plongeât dans des puisards à l’instar de ce qu’on appelle une fermeture hydraulique. Ceux de nos lecteurs qui nous auront compris, n’ont pas besoin de plus d’explication; quant aux autres, nous abandonnons cette idée à leur spirituel ricanement. On pourrait aisément faire un essai sur la rue de la Madeleine, par exemple : on n’aurait du moins plus à craindre les feux de cheminée et les ramoneurs; et si le succès répondait à l’attente, on y rattacherait successivement d’autres quartiers. Le savant Péclet nous disait un jour : On comprend si mal la théorie du feu, que la place la plus chaude d’un appartement se trouve sur le toit. On a calculé qu’avec les grandes cheminées de nos nobles pères, où quatre ramoneurs pouvaient passer de Iront, on ne retirait pas plus de 2 p. du calorique développé; plus tard quand on eut bien perfectionné l’art de la caminologie, on en retira onze, quinze et jusqu’à vingt pour cent ; aujourd’hui les bons poêles rapportent, dit-on, jusqu'à 30 et 40 p. “/<>; mais nous n’en croyons rien, car la fumée qui s’écoule sans cesse à plein siphon est composée au moins pour moitié de gaz combustibles non brûlés. Si l’air était visible, tout le monde comprendrait bien vite les phénomènes du chauffage et de la ventilation; mais ces connaissances sont encore fort peu répandues chez les bourgeois; à peine les trouve-t-on complètes chez les physiciens qui se sont appliqués à les étudier par analogie avec les phénomènes hydrauliques. Luc cheminée allumée n’est qu’un siphon amorcé pour soutirer l’air d’un appartement à pleine gueuler bée; or, plus le siphon est large, plus l’appartement est promptement vidé ; il faut moins d’une heure pour enlever tout l’air d’une chambre de moyenne grandeur. Remarquez bien que l’air chaud s’en va de compagnie avec l’air froid, de sorte que tout foyer qui s’alimente de l’air d’un appartement, vous retire d’une main ce qu’il vous donne de l’autre; s’il échauffe un peu d’air par le calorique rayonnant, il se hâte de le reprendre pour sa propre alimentation; or cet air est bien vite remplacé par celui qui entre par-dessous les portes, par les fentes du plancher ou les jointures des fenêtres, ce que vous sentez fort bien en vous tenant devant un feu qui vous brûle le tibia, tandis que l’air froid vous lèche le calcanéum d’une très-désagréable manière, comme nous l’expérimentons nous-même en ce moment. Ce renouvellement d’air est fort sain, dit-on; oui, sans doute, il est même beaucoup trop sain, c’est-à-dire que l’air est enlevé avant que son oxygène ait été le moins du monde altéré. Quel est le remède à cela? Il est fort simple, c’est de ne pas prendre l’air d’alimentation des foyers dans les appartements qu’on veut échauffer; c’est là tout le secret des Russes, des Polonais et des Suédois; l’ouverture du foyer étant placée dans un vestibule, il s’ensuit que tout l’air échauffé reste dans l’appartement, et y reste pendant toute la journée. Par où voudriez-vous qu’il en sortit, puisqu’il n’y a point de courant, point de siphon enfin pour l’épuiser? Dans le pays de Verviers on a de petits poêles analogues aux poêles russes, dont la bouche est en dehors des appariements 5 ils sont fort économiques et chauffent parfaitement. Nous avons trouvé le moyen d’arriver au même hut tout en gardant la bouche à l’intérieur ; nous avons fait percer le plancher et pris l’air alimentaire dans la place inférieurej fermant alors porte, clichette et cendrier, notre chambre est chauffée avec économie de plus de moitié, à l’aide d’un bout de tuyau de 50 centimes. Il est à remarquer que dans une chambre chauffée de la sorte, vous pouvez ouvrir la porte sans que l’air froid y fasse une irruption subite comme dans les appartements à cheminées-siphons. L’air chaud gagnant en élasticité ce que l’air froid possède en poids, il s’opère un combat singulier par-dessous les portes et par les serrures: et ce n’est pas l’air froid qui l’emporte et qui force la consigne, c’est le calorique qui passe à l’ennemi ; mais sans se hâter, sans trotter ni galoper, parce que l’air est un très-mauvais conducteur. Quand vous ouvrez une fenêtre d’un appartement chauffé de la sorte, voici ce qui se passe : L’air froid se glisse comme un voleur sur l’appui de la croisée, se laisse couler à terre , et s’avance à pas de loup jusqu’au milieu de la chambre, toujours suivi de sa terrible queue; pendant ce temps l’air chaud qui semble poursuivi par la peur, s’enfuit par le haut de la fenêtre en rasant le mur et s’efforçant de gagner le toit ; mais tout cela se passe lentement, sans bruit, sans tumulte, absolument comme une surprise nocturne. Vous pouvez vousassurer de toutes ces choses avec de petits bouts de chandelles allumées, dont la flamme vous indiquera la direction des courants; et à l’aide de thermomètres placés à différentes hauteurs, vous verrez qu’il fait très-chaud au pla- fond pendant que vous avez les pieds gelés; mais on veut voir le feu, le feu égaye ; cette œuvre de destruction est, dit-on, l’image de la vie, absolument comme une révolution est l’image d’un progrès; tant pis pour les bûches ! ! ! * C’est pour satisfaire à cette manie de voir le feu que des poèliers parisiens ont imité avec des paillons d’oripeaux, des foyers ardents qui ne brûlent pas. D’autres ont proposé un feu de Bengale ou des flammes en peinture ; mais les petites-maîtresses ne s’y sont pas laissé prendre ; ces feux-là ne leur faisaient pas mal aux yeux comme le vrai feu de Proinéthée. Mais enfin, nous avons trouvé le moyen de satisfaire à ce besoin de se griller les yeux, enraciné comme celui de se brûler les entrailles chez les vieux buveurs. Nous faisons un feu ouvert, mais nous l’enfermons dans une devanture en verre placée entre deux toiles métalliques; le foyer est alimenté d’air, puisé à l’extérieur; on profite ainsi du calorique rayonnant et l’on est délivré des courants froids et des écrans. II est vrai qu’on ne peut tisonner avec notre foyer, attendu qu’il n’a qu’une petite porte pour l'entretenir , et qu’il faut refermer après. C’est pourtant là tout ce que nous avons pu faire de mieux pour plaire à ces vieux enfants gâtés qui veulent avoir deux choses incompatibles, la chaleur d’un poêle fermé et la vue d’un foyer ouvert; but unique qui parait avoir déterminé les efforts des caminologistes parisiens tels que les Desarnod, les Chaussenot, les Harel, les Bron- zac, les Millet, les Petit, les Jacquinet, etc., les uns avec des foyers mobiles qui avancent de quelques pouces dans l'appartement, les autres avec des foyers tournants 415 — qui se présentent à volonté dans deux plaees contiguës. Ce qu’il y a de bon dans tout cela, c’est qu’ils sont parvenus à diminuer autant que possible l’ouverture du siphon absorbant, ce grafcd avaloir d’air chaud qu’on ne peut jamais satisfaire; mais on peut au besoin fermer entièrement leur cheminée au mépris du gaz acide carbonique. Tous ces appareils en cuivre jaune, avec leurs réflecteurs polis et inclinés, renvoient autant de calorique qu’il est possible ; mais tout cela est bien éloigné des véritables principes du chauffage économique, bien éloigné du poêle du docteur Jrnott, qui ne brûle que six livres de houille par jour pour chauffer son cabinet de travail. L’usage des poêles à houille a beaucoup de peine à prendre en France, il y a là-dessus des préjugés curieux ; par exemple, à Cahors, la houille de Decazeville est à très-bon marché, et le bois fort cher, mais personne ne veut essayer du charbon de pierre; un' seul établissement , une verrerie, en fait usage, et quand la curiosité ou des affaires conduisent quelques-uns des habitants dans celte usine, les parents leur recommandent bien de ne pas s’y arrêter longtemps, de peur de la houille, dont l’odeur, disent-ils, est un poison. Proposez donc à de pareilles gens d’en user ! Il faudra cent ans pour y parvenir ! Comment les autorités, les hommes éclairés de ce pays, ne prennent-ils pas l’initiative? Voilà un cas sur mille de l’influence que pourraient et que devraient exercer les .autorités sur les populations imbues de préjugés aussi contraires à leurs intérêts. i — 444 — En fait de beaux poêles meublants, la Belgique a une supériorité marquée sur la France; mais du moins,dans les morceaux de tôle mal ajustés des poèlicrs français, il y a des idées neuves, un esprit de recherches et souvent même des solutions réelles de certains problèmes de combustion ; tandis que chez nous, ce ne sont pour la plupart que de belles robes brodées habillant la marmite à charbon des poêles de cabaret. Quant au travail de nos poêliers belges, honneur au bon goût de leurs ornements et au fini de leur travail ; aussi se moquent-ils du poêle à champignon de Perêve, qui est bien la plus hideuse machine qu’on puisse voir ; mais comme il y a multiplication des surfaces de chauffe et obstacles sur obstacles au départ trop subit du calorique, ce poêle, qui n’est autre chose que le chapiteau dis- tillatoire de Pistorius, est d’un bon usage dans les salles basses et les corridors. On peut varier à l’iniini la construction des appareils de chauffage, dès que l’on connaît les lois physiques auxquelles obéissent l’air, les gaz, la fumée et le calorique ; aussi voyons-nous encore, comme dans 1,’arquc- buserie, beaucoup de médecins figurer parmi les inventeurs de calorifères ; et cela parce que les éludes physiologiques leur fournissent les notions indispensables aux inventeurs, et que la clientèle pourvoit aux premiers frais d’exécution. En savant français va publier un nouveau traité de la chaleur où chacun pourra puiser à pleine main la science du chauffage. Nous espérons qu’il aura la modestie d’en écarter l’algèbre et de songer qu’il écrit pour un monde ignorant. Assez longtemps les savants ont correspondu entre eux par-dessus la tête des travailleurs, au moyen des signes cabalistiques de Geber; il est temps de leur parler un idiome qu’ils comprennent; M. Péclet possède trop bien la langue sacrée des algébristes pour en avoir besoin, d’autant plus que, de l’avis de Francœur, on peut fort bien s’en passer dans la pratique. ( Iiauiti ïo communal economique. Chauffer une ville avec un foyer commun, n’est pas une entreprise plus impraticable que de l’éclairer. Nous ajouterons qu’en chauffant le public par le moyen dont nous allons parler, l’économie serait infiniment supérieure à celle que l’on obtient dans la substitution du gaz à l’huile, parce que cette économie porterait sur un grand nombre de points. Il s’agirait, comme nous l’avons déjà dit dans une note précédente, de substituer le gaz hydrogène non carboné aux divers chauffages ordinaires; ce procédé devait naturellement dériver de notre découverte du gaz à l’eau, gaz obtenu à Ilots par la décomposition du protoxyde d’hydrogène, à l’aide du charbon contenu dans des cornues incandescentes. Un kilogramme d’eau décomposée par ce procédé, peut donner plus de cent pieds cubes de gaz hydrogène mêlé de gaz oxyde de carbone, qui brûle également bien. Rien ne serait moins coûteux et moins compliqué qu'une usine à décomposer l’eau, quand il ne s’agirait pas de carburer le gaz qu’on en retire. Toute la dépense consisterait dans les gazomètres qui devraient être plus grands ou plus nombreux que ceux que l’éclairage exige. Ilfaudraitaussi dépluslargestuyauxdeconduite; mais le produit serait aussi beaucoup plus considérable pour les entrepreneurs; on pourrait meme exiger que leurs conduits placés à lleur du sol fussent des buses plates, destinées à servir de trottoirs. La fonte est d’ailleurs à si bas prix aujourd’hui, que des tuyaux d’un mètre de largeur sur un décimètre d’épaisseur ne coûteraient pas plus que ne coûtaient les tuyaux d’un décimètre de diamètre, aux premiers entrepreneurs de gaz. On produit de la fonte à 7 francs aujourd’hui, c’est tout dire; elle en coûtait 30, 20 et 17, il y a peu d’années. Examinons les avantages que le chauffage au gaz apporterait dans l’économie domestique : Suppression de la fumée et de la poussière qui salissent et abîment les ameublements ; suppression des magasins à houille et à bois; suppression des domestiques chargés d’allumer et d’entretenir les feux. Il est bon de dire qu’il existe déjà beaucoup de poêles à gaz en Angleterre. Ce sont de simples enveloppes de cuivre au milieu desquelles brûle un fort bec de gaz ; il suffit d’un petit tuyau de moins d’un pouce pour emporter au dehors les produits de la combustion, de façon qu’on est délivré de cet énorme siphon, dit cheminée, — 417 — qui ne sert qu’à vider au plus vile l’air d’un appariement dès qu’il commence à s’échauffer. On conçoit parfaitement qu’un bec de gaz puisse suffire, par exemple, à chauffer un cabinet sans cheminée, quand on sait qu’un quinquet ordinaire suffit souvent pour en élever la température de 12 à 15 degrés, après une heure de combustion. On sait aussi, par expérience, quelle insupportable chaleur le gaz ordinaire finit par produire dans les cafés et estaminets; mais le gaz tiré de l’eau n’aurait pas la mauvaise odeur du gaz d’éclairage, car il ne contient ni gaz acide sulfureux, ni ammoniaque, ni beaucoup d’acide carbonique. Il ne dessèche pas l’air comme les poêles ordinaires, il lui rend au contraire cette légère humidité regardée par les médecins anglais comme si nécessaire à la respiration, que personne n’oublie à Londres de placer un vase d’évaporation sur tous les foyers. Nous estimons à deux centimes au plus par heure le prix d’un bec de gaz suffisant pour faire la cuisine et chauffer une chambre d’ouvrier. Quelle économie pour une maison, de pouvoir, en tournant quelques robinets, transporter son chauffage de la salle à manger au salon, et du salon dans la chambre à coucher! Les dangers d’incendie seraient infiniment diminués, les enfants ne tomberaient plus dans le feu, et les vêtements des dames ne courraient plus de risques. Il y aurait économie de blanchissage pour les housses et les rideaux, économie de nettoyage pour les meubles et conservation parfaite des dorures, des papiers et des livres. RAPPORT. 2. 27 — 418 — Il est triste de songer que tout cela est très-possible, très-sûr et très-exécutable, et que cependant on n’en fera rien de longtemps. On voit qu’il y a une immense lacune dans nos institutions, lacune que ni les académies, ni les sociétés d’encouragement, ne sont en état de Combler. Nous voulons parler de la mise en pratique des découvertes immenses, incontestables, qui surgissent, de notre temps, dans tous les coins de l’Europe, plus savante et plus initiée qu’elle ne l’a jamais été dans la connaissance des phénomènes naturels. Nous devons néanmoins nous estimer fort heureux que les gouvernements n’entravent plus les inventions et ne sévissent plus contre les inventeurs, car jadis, comme nous l’avons déjà dit, on les brûlait comme sorciers, plus tard on ne leur crevait que les yeux; sous Richelieu, on se contentait de les mettre en prison, comme Salomon de Caus ; sous Napoléon, on les chassait comme Fulton et Brunei; mais aujourd’hui la civilisation a fait assez de progrès pour qu’on se borne à les mettre à l’amende des brevets d’invention ; il faut espérer que dans l’avenir les gouvernements pardonneront aux hommes de génie, mais quand les aideront-ils à réaliser leurs découvertes? i Poêle omnibus. Faites couler en fonte une table ronde d’un mètre de diamètre portant une rainure, tracée en spirale du cen- — 419 — tre à la circonférence, d’un décimètre d’écartement entre les spires. Remplissez de sable cette rainure d’un centimètre de profondeur, couvrez le tout d’un tambour en tôle ou en fonte de même diamètre, portant un canal spii'oïde en saillie d’un décimètre, vous aurez ainsi un conduit circulaire pour la fumée. Placez sur ce tambour creux un poêle ordinaire à tirage renversé, (pii conduira la fumée dans le canal circulaire, d’où elle s’échappera par une cheminée après s’être dépouillée de son calorique pendant cette longue circulation, et votre poêle est fait. Remarquez qu’en rabattant ainsi la chaleur dans ce large tambour de basque, on a le moyen d’y placer une douzaine de vases pour faire la cuisine, en découvrant si l’on veut des ouvertures fermées par des plaques de tôle. Ce poêle placé au milieu d’une cuisine de ferme ou d’auberge permettrait à 20 personnes de se chauffer les pieds à la fois. Le nettoyage en serait fort simple puisqu’il suffirait de soulever le couvercle pour en balayer la suie. Si l’air alimentaire de ce poêle était pris à l’extérieur, il utiliserait au moins 80 p. % de son combustible et ne coûterait pas plus qu’un poêle ordinaire. Nous faisons cadeau du brevet au poêlier qui aura construit le premier poêle de ce genre. — 420 — Potelé finnivore. Construisez un loyer composé (le (leux compartiments grillés superposés j chargez celui d’en bas, et mettez-y le feu, la flamme traversera les grilles supérieures pour se rendre dans la cheminée; mais si, quand la houille est en incandescence, vous avez un moyen de faire culbuter ce foyer de manière à ce que le charbon passe dans la grille supérieure , vous pourrez charger de houille fraîche la grille d’en bas, dont la fumée traversera le charbon incandescent et s’enflammera en passant. Ceci est une déduction des fourneaux fumivores du docteur Waqemann, qui partage le foyer des chaudières à vapeur en deux, par un petit mur de briques réfractaires. La fumée de la houille de devant, se trouvant ramenée par une ouverture basse sur la houille incandescente de l’arrière-foyer, s’enflamme en passant. On repousse ensuite la houille du premier compartiment dans le second quand elle est enflammée, et l’on recharge l’avant-grille avec du charbon frais. Ce procédé fort simple commence à se répandre en Angleterre; il est entièrement fumivorc et procure 15 .à 20 p. °/ 0 d’économie. riicmiEice banale. Dans les grandes villes industrielles d’Angleterre où les usines se touchent pour ainsi dire , telles (pie Itir- mingham, Leeds et Manchester, il s’est établi des entrepreneurs qui pour toute industrie bâtissent une vaste cheminée monumentale qui sert aux vingt ou trente fabriques du quartier; il suftit de pratiquer des conduits horizontaux qui vont déboucher dans la cheminée commune; on paye annuellement une certaine redevance à l’entrepreneur pour avoir le droit de rattacher son foyer à la. cheminée de celui-ci,laquelle fume alors pour tout le voisinage, et fumerait au besoin pour toute une ville, tout en échauffant le sol de ses rues, et la terre des jardins sous lesquels la fumée est obligée de passer.. ifliti'c ciipiiofuge. La fumée est un des trois fléaux de nos habitations ; sunt tria damna domus , imber, mala faimina, fumus. Il y a pourtant assez de prétendus fumistes qui, travaillant au hasard, guérissent deux cheminées sur six. Les véritables fumistes ne sont pas dans des boutiques de poê- liers, ils sont à l’Académie des sciences, ce sont les physiciens, et non les escamoteurs, lesquels ont volé (I) (1) S. M. Louis XVIII voulant accorder à M. Comte, habile prestidigitateur, le brevet de premier physicien du roi, qu’il sollicitait, le duc de Richelieu se permit de faire observer à S. M. que les premiers physiciens de France se trouvaient à l’Académie, cl il lui parlait de Biol, d’Ampère, d’Arago, etc.; le roi, impatienté, répondit que tous ces savants ne l’avaient pas autant amusé que M. Comte, cl il inainlint sa résolution. ce titre comme les décrotteurs ont volé celui d’artiste et les bouzingots celui de libéral. Tout le monde connaît les mitres tournantes que l’on place sur les cheminées, sous le nom de jésuites. C’est un tuyau de poêle couplé qui, à l’aide d’une girouette, tourne toujours le dos au vent. Cet appareil a fort peu d’effica- cité dans son état actuel; mais nous avons cherché à le perfectionner dès que le jet de Pelletan nous fut connu ; il nous a suffi d’enlever une portion circulaire de la fcole du coude, et d’y placer une cône ouvert dont le sommet tronqué se prolonge jusqu’au centre de la partie horizontale. Ce cône, dont la plus large ouverture est exposée au vent, occasionne un jet d’air d’autant plus rapide que la bourrasque est plus forte; cette espèce de tuyère produit une sorte de vide, dans lequel la fumée se précipite et se trouve lancée au loin, avec une énergie capable de faire tirer les cheminées les plus réfractaires et les plus mal construites. Le poèlier Jamard de Louvain, qui exécute fort bien cet appareil, en obtient des succès nombreux et constants ; rien ne résiste à la puissance aspirante de ce nouveau jésuite, que nous verrons bientôt dominer toutes les bonnes maisons de la Belgique. Poêle bohéiiiicu. 11 existe en Bohème des poêles en faïence, dans lesquels nous avons reconnu une idée mère qu’il serait aisé de féconder encore. Le loyer de ces poêles est composé de tubes en fer creux verticaux, qui se recourbent légèrement à l’endroit de la grille, quand leur courbure plus prononcée ne tient pas lieu de la grille elle-même, en se croisant d’un côté à l’autre du foyer. Ces tubes se prolongent par-dessous le poêle jusqu’à un pouce de terre, tandis que leur extrémité supérieure débouche au-dessus du poêle. On voit que la circulation de l’air chaud acquiert un courant très-rapide dans ces tubes, qui pompent l’air frais le plus près du sol, pour l’échauffer et le lancer au plafond ; il s’établit ainsi un mouvement de circulation qui répand le calorique sur tous les points de l’appartement. 11 serait aisé de donner plus de grâce à cet appareil en réunissant l’air chaud de tous les tubes dans une colonne corinthienne dont le foyer serait occupé par le piédestal. Le tuyau du poêle étant placé au centre de cette colonne , l’air chaud en éprouverait un mouvement d’ascension d’autant plus rapide que la fumée se dépouillerait plus complètement de son calorique dans la longueur de son trajet. On sait cependant que le chauffage est proportionnel aux surfaces de chauffe aussi bien pour recevoir que pour émettre le calorique, et l’on met néanmoins très-rarement à profil cette loi fondamentale d’économie (1). (1) Par exemple, en fait d'ignorance technique des éclaireurs au gaz, nous nous bornerons à citer le cas suivant : Le bois distillé donne plusieurs produits utiles , entre autres beaucoup de gaz , mais de gaz mal éclairant à cause de la dilliculté avec laquelle le bois abandonne son carbone. Les bois résineux et le bois de fer, Poêle .laniard. Un poèlier de Lonvairi exécute fort bien le poêle tubulaire imaginé par M. le comte de II***; la fumée s’élève dans une douzaine de tubes en tôle, du diamètre des tubes de locomotives, elle redescend par une colonne centrale, divisée en deux par une cloison longitudinale, et remonte par l’autre moitié pour s’échapper par la cheminée. Ce poêle offre beaucoup de surfaces de chauffe et marche à notre entière satisfaction. La carbolélne. Nous nous disions depuis longtemps : Comment se fait-il qu’en Angleterre on ne tire aucun parti de la houille menue, qu’on ne prend pas même la peine de tirer des fosses où elle reste en remblai? Nous nous étonnions qu’en Belgique même on en fit si peu de cas, par exemple, donnent un gaz éclairant de toute beauté. Qu’y aurait-il de plus aisé que de plonger les cotterets à distiller dans du goudron de gaz, qui n’est pour ainsi dire composé que de carbone volatilisable qui enrichirait le gaz hydrogène proto-carboné du bois jusqu’au bicarbure. Le charbon de bois étant d’une grande valeur à Paris et dans beaucoup d’autres villes, le gaz qu’on en retirerait ne coûterait littéralement rien. Cette idée est bien simple, mais elle demande un tour de main que nous ne voulons pas nous laisser sclliguer . Lien qu’à Mous, à Naraur et à Liège on ait trouvé depuis longtemps l’excellent moyen de la pétrir avec de Fargile, et d’en faire de petits pains qui font un admirable chauffage d’appartement, moyen qu’on ignore à Bruxelles. Les choses sont Lien changées, depuis qu’un ingénieur russe s’est avisé d’arroser le menu avec un peu d'huile ou de goudron, et de le presser dans des moules pour en faire des briques, qui s’arriment on ne peut mieux sur les bateaux à vapeur, et ne tiennent pas la moitié de place de la houille ordinaire. Cet excellent chauffage s’appelle carbolêine ; le gouvernement anglais vient de le faire essayer, et aussitôt après, il a traité pour trente mille tonnes de goudron avec les usines de gaz, et s’est mis en possession des montagnes de menu des houillères pour faire exécuter la carbolêine. Des compagnies particulières de navigation transatlantique, devancées cette fois par le gouvernement, sont à la recherche du goudron, qui va devenir fort rare en Angleterre. Ces deux déchets industriels, le menu et le goudron, vont donc l’emporter en valeur sur la grosse houille, et voilà l’Angleterre qui s’enrichit d’un chauffage, sur lequel elle ne comptait pas, pour quatre à cinq siècles de plus. Encore un de ces tours de force de l’éducation scientifique, que tous les humanistes du monde ne sauraient contrefaire. Un peu de patience, tous en verrez bien d’autres, quand les sciences physiques et chimiques seront aussi répandues que la science du que retranché, et l’art de scander des alexandrins et des pentamètres. Chniifftigc belge. La plupart des houilles grosses brûlent trop vite et le menu passe à travers les grilles sans brûler; ce que voyant les Montois et les Liégeois, ils se mirent à mélanger de l’argile au poussier de charbon et à construire tous les matins un foyer qui dure toute la journée. Voici comment se prépare cet estimable monument calorifique : on place au fond de la grille une poignée de copeaux sur lesquels on jette deux ou trois livres de houille grosse, et l’on maçonne ensuite par-dessus, leplus proprement du monde, les boulets d’argile et de menu dont nous avons parlé, ltien n’est plus convenable que ce chauffage dont la voûte incandescente se soutient jusqu’à la fin de la journée. Nous recevons à ce sujet une lettre explicative qui fera plaisir à tout le monde. Ixelles, le 30 novembre 1841. Monsieur , Vous avez publié un article sur l’emploi qu’on pourrait faire de la houille menue pétrie avec l’argile ; je suis aussi étonné que vous, M. le rédacteur, que, depuis si longtemps, cet excellent procédé, employé généralement à Mons, à Liège et à Namur, ne soit pas encore usité à Bruxelles ni dans le reste de la province. Cela provient peut-être de ce (pie l’on ne trouve pas d’ou- vriers pour exécuter ce chauffage, ou de ce qu’on ne connaît pas la manière de mélanger l’argile avec la houille menue. Je crois devoir vous l’indiquer pour que vous en fassiez part à vos abonnés; cela leur sera au moins aussi utile que les commentaires de l’Observateur sur les passe-poils et les galons de l’armée. Voici ce procédé que j’ai vu employer pour faire des petits pains qu’on nomme vulgairement boulets. On prend quatre paniers de houille menue qu’on arrange à terre en couronne; on verse au milieu un panier d’argile qu’on délaie avec de l’eau; puis on y mêle petit à petit le menu, de la même manière qu’un maçon fait son mortier ; après qu’il est bien mélangé avec l’argile, on le pétrit avec des sabots jusqu'à ce que la pâte soit bien grasse. Ensuite on en fait avec les mains des boulets de la grosseur d’un petit pain ; il n’est pas nécessaire de les faire sécher : il suffit de les arranger en tas, soit à la cave, soit au grenier, en semant entre chaque lit un peu de sciure de bois ou du poussier de charbon sec. J’ai acheté, il y a six mois, un chariot de houille dont le menu était si mauvais, qu’il m’était impossible d’en faire aucun usage ; après avoir lu, dans un de vos rapports, la grande découverte, l’idée me vint d’en faire faire des boulets : j’ai pris des ouvriers qui s’en sont très-bien acquittés; maintenant mon menu est confectionné en petits pains et, d’après mon calcul, mon bénéfice est de 50 °/ 0 . Mes petits pains brûlent comme la première qualité de houille, et on peut aussi bien s’en servir dans la cuisine que dans les appartements. Dans les fermes où l’on consomme une grande quan- — m — tilé de ces boulets, on fait pétrir le menu par les chevaux après l’avoir mélangé avec l’argile. On fait aussi des boulets moitié menu moitié cendre, et un quart d'argile. Ces boulets servent à faire cuire le manger des bestiaux. J’ai l’honneur d’ètre, Nous ajouterons que les cendres qui proviennent de ce chauffage sont on ne peut plus recherchées par les cultivateurs; à Tournay c’est une source de profit pour les domestiques qui double souvent le montant de leurs gages. Clianfragc des machines à vapeur. Nous ne pouvons mieux clore notre travail que par une communication très-importante, selon nous, sur les précautions à prendre par les chauffeurs des chaudières à vapeur pour éviter les explosions foudroyantes qui sont les seules à craindre, et que ni les soupapes, ni les plaques fusibles, ni les manomètres à air libre ne sont capables d’empêcher. L’attention principale du chauffeur doit être de conserver le niveau d’eau le plus constant possible dans sa chaudière, et par conséquent d’éviter que quelques parties des parois, privées d’eau, ne s’échauffent jusqu’au rouge; on va voir pourquoi nous appuyons sur ce point, par la lettre suivante que nous venons d’adresser au baron Séguier, pour être communiquée à l’Académie des sciences, à propos de la décou- — 42 » verte que nous croyons avoir faite de la véritable cause des explosions; cause que l’on a si longtemps cherchée et sur laquelle on a fait de si savants commentaires, sans pouvoir mettre, comme on dit, le doigt dessus. Nous osons croire que nous aurons été plus heureux. LETTRE à Monsieur le baron Séguier sur la principale cause d’explosion des chaudières à vapeur, par M. Jobard. « J’ai recours à vos lumières pour détruire une hallucination ou confirmer une découverte que je crois avoir faite à l’instant même. Voici la chose en gros et en hâte ; à bon entendeur demi-mot. « Quand le niveau d’eau baisse dans une chaudière, et laisse quelques parties de ses parois exposées à l’action directe de la flamme du foyer, ces parties s’échauffent au rouge, cela n’est pas douteux; la vapeur d’eau en contact avec le fer rouge se décompose et forme du gaz hydrogène, tandis que l’oxygène s’unit au fer, c’est la chanson de l’école; mais cela ne forme point encore un mélange détonant, puisqu’il faudrait une grande proportion d’oxygène ou d’air atmosphérique qui ne se trouve pas dans la chaudière; eh bien! c’est cet air-là que je viens d’v voir entrer de force. « 11 est évidemment fourni par la pompe alimentaire elle-même, quand cessant de plonger dans l’eau du puisard par une cause quelconque, elle laisse baisser le niveau d’eau dans la chaudière tout en continuant de marcher; car il peut fort bien arriver que la pompe se trouve dans de telles conditions que chaque coup de piston injecte une portion d’air dans la chaudière. «Il ne faudrait d’ailleurs qu’une fissure oblique, qu’un défaut dans la brasure du corps de pompe ou dans la garniture de la boîte à bourrage. Ces défauts peuvent être déterminés soit par un accident aux soupapes d’introduction de l’eau, soit quand l’eau baisse dans le réservoir alimentaire, ce qui fait que la pompe hydraulique devient pompe pneumatique; ou bien encore par suite de la rupture d’un bout du tube ou d’une crevasse. Cela peut arriver enfin et arrive sans doute très-fréquemment, d’une ou d’autre manière. « Voyons maintenant ce qui se passe quand de l’air est refoulé dans la chaudière. Cet air traverse le reste d’eau qu’elle contient et va se loger au-dessus de l’orifice du tuyau d’injection, sans se mélanger immédiatement avec le gaz qui continue à se produire autour des parois rougies de la chaudière ; mais dès qu’on met en train la machine, en ouvrant le robinet de vapeur, il se produit toujours un bouillonnement tumultueux dans l’eau qui s’élance vers la tubulure, et le mélange détonant d’air et de gaz est opéré. « Or, dès que ce mélange explosif vient en contact avec les surfaces incandescentes de la chaudière, il s’enflamme, et l’explosion a lieu comme celle du grisou contre les toiles métalliques de la lampe de Davy portées au rouge blanc. «Il est encore un autre moyen d’expliquer l’incandescence du mélange détonant; c’est par l’étincelle électrique qui se dégage toutes les fois que de la vapeur se lamine entre les bords d’une soupape, comme nous l’avons expérimenté avec la commission du musée, et comme vous l’avez vu vous-même avec l’ingénieur Tas- sin. Si l’on vient à soulever une soupape dans un moment pareil, la plus petite étincelle suffit évidemment pour mettre le feu au mélange intérieur, c’est l’expérience de Lavoisier. Il se pourrait aussi que le disque de la soupape fit en certains cas l’effet du plateau de lelec- tropliore, et déterminât l’étincelle, en se soulevant de son siège. «Ceci expliquerait comment la plupart des explosions arrivent au moment où l’on met les machines en train, ou hien au moment où une soupape est soulevée, comme cela vient encore d’avoir lieu, le 15 du mois dernier, à la fabrique de John Elce à Manchester. « Quant à la production de l’hydrogène dans les chaudières qui manquent d’eau , elle n’est plus douteuse depuis la magnifique et dangereuse expérience de Goldsivarthy-Gurney qui a prouvé que la vapeur sortant d’une chaudière rougie, dont on avait arrêté les pompes alimentaires et laissé baisser l’eau, brûlait comme de l’hydrogène, et si cette chaudière n’a pas éclaté, c’est qu’il n’y avait pas d’air mélangé au gaz dans le cas en question. Voilà, M. le baron, un rêve que je continuerai à prendre pour une réalité jusqu’à preuve du contraire. « Il m’est venu un autre scrupule au sujet de l’électricité que l’on veut soutirer des chaudières au fur et à mesure qu’elle se forme ; je pense que l’électricité pourrait bien n’ètrc que le calorique latent de la vapeur, et. que, si on le soutire, on diminuera la tension de celle-ci. Je reste toujours dans mon ancienne idée d’attribuer les aurores boréales à la congélation, vers les régions polaires, des vapeurs suspendues dans l’atmosphère, qui, dans ce changement d’état, perdent leur calorique latent, lequel calorique s’échappe sous forme de lumière diffuse ou d’aigrettes électriques lumineuses. Si les au- 452 rores boréales sont milles ou rares par le vent du nord, eela confirmerait mon opinion. « Ayant été informé coup sur coup de plusieurs cas d’explosion à l’appui de cette théorie, je m’empresse de vous les communiquer. Une explosion a eu lieu il y a quelques années à Gand, qui a dérouté tous les faiseurs de soupapes de sûreté, car le trou de l’homme était ouvert et cette chaudière était sans eau et sans feu, ce qui ne l’a pas empêchée de causer les plus grands dégâts. Voici mon explication : « La chaudière avait été vidée le samedi pour la net- loyer le dimanche, avec la précaution d’y laisser un peu d’eau pour le lavage. « La chaudière vidée, avant que le feu fût complètement éteint, se sera échauffée au rouge et aura décomposé la vapeur d’eau. « Le lendemain, l’ouvrier ayant procédé à l’ouverture du trou de l’homme, y descendait sa lampe comme d’habitude, quand l’explosion du mélange détonant, qui s’était formé par l’entrée de l’air, arriva, et mit en pièces la chaudière, l’homme et l’atelier. « Autre exemple qui prouve qu’il n’y a rien à craindre d’une explosion simple, sans mélange explosif : « Une chaudière de nos environs dont une des parois vint à rougir, se gonfla et creva, sans même ébranler son foyer, quoiqu’elle marchât à cinq atmosphères. >■ Comparez ceci avec l’explosion de la chaudière de Vieux-Walcffe, à deux atmosphères, et vous reconnaîtrez d’abord la différence qui existe entre les effets de l’explosion produite par la simple pression progressive et ceux de l’action foudroyante du mélange explosif qui peut — 433 — seul rivaliser avec la Coudre. On sait que le grisou cause des tremblements de terre quand sa composition est dans les proportions nécessaires. « La cause du mal étant trouvée, le remède est facile ; il suffit de prendre l’eau d’injection dans une bâche ouverte et sous l’œil du chauffeur, et de ne jamais se fier à une pompe qui prend directement son eau dans un puits on dans un réservoir inférieur, pour la refouler sans intermédiaire dans la chaudière. J’ai vu souvent les clapets de ces pompes dérangés pendant des journées entières sans qu’on s’en aperçût ; deux fois en trois mois j’ai vu retirer un petit poisson écrasé d’une pompe alimentaire. L’attention des constructeurs doit donc se porter particulièrement sur l’alimentation régulière des chaudières j quant aux soupapes de sûreté, aux plaques fusibles, aux manomètres à air libre, je pense qu’ils n’ont jamais servi et ne serviront jamais de préservatif contre les explosions foudroyantes dont il est question. « Je dis plus (et cela d’après des expériences), c’est qu’il n’est presque pas possible de faire éclater une chaudière pleine d’eau ni à froid ni à chaud, parce que la malturc se détruit, et que les trous des rivets qui sont la partie la plus faible du métal s’avalisent avant de se déchirer, et laissent échapper l’eau et la vapeur par loutes les coutures. >< « Les chaudières de cuivre rouge ne pouvant décomposer l’eau, je pense que parmi les cas de ruptures auxquels ces chaudières ont pu donner lieu, il ne doit pas y avoir eu d’explosions foudroyantes ; c’est une recherche à faire. « Le règlement prussien ordonne de placer le réser- UAI'I’ORT. 2. 31i — 454 voir d’eau alimentaire au-dessus de la pompe d’injection; cette précaution, qui n'avait cependant pas pour but d’empêcher l’introduction de l’air dans les chaudières, a néanmoins produit un bon résultat, c’est une extrême rareté d’explosion dans les chaudières prussiennes. « Comme on sait que tout s’enchaîne dans les phénomènes naturels , les physiciens n’ont pas plutôt trouvé ou cru trouver une vérité qu’ils cherchent à l'appliquer .à tout ; nous ne sommes pas exempt de cette prétendue inlirmité; nous nous faisons gloire, au contraire, d’essayer l’application d’une découverte à tous les cas imaginables; c’est ainsi que nous croyons pouvoir expliquer le bruit du tonnerre par l’inflammation, au moyen de l’étincelle électrique, des mélanges détonants accumulés sous les nuages. « En effet, que deviennent ces masses d’hydrogène émanées de la terre et dont on ne retrouve pas de traces dans l’air atmosphérique? I)e deux choses l’une, ou l’hydrogène continue à s’élever et à sortir de l’atmosphère, ou il retombe avec l’eau sur la terre après avoir été recombiné à l’oxygène par l’étincelle électrique. « Quand une portion du ciel est couverte d’un épais cumulus, quand une réseau de nébulosités arrête l’hydrogène au passage, il est à supposer qu’il s’unit à l’air dans toutes les proportions possibles, depuis le mélange fusant qui produit ce qu’on appelle les éclairs de chaleur, jusqu’aux mélanges les plus détonants qui font trembler la terre par leur immense fracas, et causent un redoublement de pluie en recomposant une masse d’eau proportionnelle à leur volume. C’est dans le vide produit par cette conflagration que la grêle se forme. « Si vous remarquez le chemin que parcourt la fumée d’une bougie éteinte dans un air calme, vous verrez qu’elle s’élève d’abord en ligne droite et finit en zigzags; supposez que les émanations de gaz hydrogène proto-carboné qui s’élèvent des houillères, des usines, des marais et des corps organiques en décomposition permanente sur le globe, suivent le même chemin; quand leur sommet prend feu , la flamme qui parcourt ces longues stries décrit une ligne analogue à celle de la fumée; les zigzags spiroïdes en haut se terminent en ligne droite et arrivent à terre plus ou moins obliquement, et dans le sens opposé au vent qui règne. « C’est ainsi que le feu grisou suit les trainées de gaz répandues dans les galeries des houillères cl plonge souvent du haut des bures au fond. u Nous croyons à la possibilité d’imiter tous ces phénomènes à l’air libre, et tous ceux qu’on peut rattacher à cette utopie , qui a du moins pour elle une très-grande apparence de vraisemblance. » Bruxelles, le 24 novembre 1841. Nous terminons notre second volume avec la seconde année de notre entreprise. Si quelques esprits méticuleux trouvaient que nous allons un peu loin, que nous sommes un peu hardi dans nos utopies, nous leur répondrions qu’il n’y a pas grand mal à secouer les esprits paresseux et pas le moindre danger à semer des idées même excentriques, en fait de technologie; il n’en est pas ici comme en politique ou en morale où la prudence 28* est de toute nécessité, puisqu’une erreur de principe religieux ou social peut amener les plus grandes perturbations, tandis qu’une erreur technologique va toujours infailliblement se briser contre les principes inébranlables de la physique et de la géométrie, non sans amener quelquefois des découvertes réelles à la place des hérésies que l’on s’occupe à réfuter (1). (1) C’est ainsi qu’en combattant la proposition de Mongèry sur la possibilité de faire de très-longues fusées à la Congrèvc qui porteraient à plusieurs lieues, nous avons trouvé le moyen de passer le détroit de Calais en 10 minutes, en plaçant ces longues fusées au fond d’une petite barque insubmersible qui volerait sur les flots, chassée par la réaction de la poudre fusante. Un seul homme tenant en main le gouvernail et lié à la barque suffirait pour le transport des dépêches. Remarqucz-bicn que toutes les culbutes qui pourraient arriver n’empêcheraient ni la barque ni son capitaine de se retrouver sur leur séant; puisque la première condition de la nacelle serait d’être insubmersible comme les canots de sauvetage. Le tube des fusées serait assez épais pour résister au feu et aux explosions partielles. Ce tube immergé dans l’eau ne pourrait d’ailleurs s’échauffer au rouge ; la matière inflammable de la charge pourrait être tenue moins vive dans les fusées aquatiques que dans les fusées aériennes. On aurait en outre l’avantage de pouvoir mettre en panne, en pposant au jet un appareil attaché à la barque, de manière à annuler la réaction par l’action. POST-FACE QU’ON PEUT SE DISPENSER DE LIRE. ... Quid legeris ? Mutato nomme de me Fabula narratur... 11 serait impossible de persuader aux lecteurs d’aujourd’hui que la préface de l’éditeur d’autrefois ii’était pas l’œuvre de l’auteur; surtout depuis que nos éditeurs modernes ne savent guère plus que lire leurs correspondances et rédiger leurs factures. C’était cependant une assez bonne manière de se brûler un grain d’encens, que de faire tenir l’encensoir par un compère. Cet artifice nous est malheureusement interdit, attendu que nous sommes notre propre éditeur, et qui plus est,notre libraire (mauvais libraire si jamais il en fut); mais nous n’entendons pas nous priver du droit de réimprimer la partie la plus harmonieuse des sérénades qu’une centaine de journaux nous ont données. Nous avons acquis d’ailleurs assez chèrement le droit d’opposer le témoignage des hommes les plus distingués aux sifflets des cri-cris littéraires, qui se sont attachés si longtemps à la roue de notre humble brouette industrielle. — 438 — _ Mais si nous n’avons pas dévié de la planche étroite de la probité, posée sur tant de précipices, nous le devons peut-être plus à la fable de Bidpaï que nous avons riraée par reconnaissance, qu’à notre sagesse ipsigène. La voici : LES CRI-CRIS. Aboul-Abas, sage persan, Parti du fond de sa province, Allait gouverner Ispahan Par les ordres du Schah son prince. Sur sa route il entend les cris De maints grillons cachés sous terre ; Loin de passer avec mépris, Il veut les forcer à se taire ; 11 écrase le plus voisin, Puis le suivant et puis un autre, t Et s’écartant de son chemin, 11 bat la campagne et se vautre Dans le sang de ses ennemis, Les ignobles cri-cris. Mais à la fin de la journée Aboul périt, de fatigue épuisé, En maudissant sa destinée. S’il eût des grillons méprisé La troupe écervelée, Le lendemain une bonne gelée L’en eût déharrassé d’emblée. N’écoutez donc jamais leurs cris, Et laissez siffler les cri-cris! Si l’on pouvait écraser un homme à coup de presse, il y a longtemps que nous serions pulvérisé. Mais grâce à Dieu, la calomnie trop exagérée fait l’effet d’un mousquet trop chargé, qui éclate entre les mains de l’assassin, le lue ou l’estropie. — 439 — i A force de parler de la férocité et de la laideur d’un animal, tout le monde accourt pour le voir. Ainsi est il advenu de nous; à force de nous noircir, de nous vilipender, la réclame a produit son effet; tout ce qu’il y a de fprand dans le pays par la naissance, la fortune et le talent, a voulu voir le monstre de près et souvent, surtout aux heures où il prend sa nourriture. C’est ainsi que nos ennemis ont fait le succès de notre exhibition. Nous aurions donc tort d’en vouloir à la presse en général, car ce ne sont que certains écrivains faméliques qui nous ont montré les dents ; vous croyez peut-être qu’ils ne nous connaissaient pas, et parlaient au hasard ; détrompez-vous : ce sont précisément les malheureux que dans nos temps de prospérité nous avons reçus, hébergés, choyés ; ceux auxquels nous avons ouvert notre table et notre bourse, qui s’indignent de les voir closes, et ne nous pardonneront jamais de nous avoir offensé. Cela se conçoit de reste ; quand Van Jinburgh et Carter, ces deux célèbres helluaires, interrompent la pâture de leurs animaux, à qui voulez-vous qu’ils s’en prennent? Sur qui voulez-vous qu’ils se ruent? si ce n’est sur Van Amburgh et Carter? Quelle main voulez-vous qu'ils déchirent si ce n’est celle qui les a nourris ? 11 est de fait que tout satiriste * qui sent le besoin de s’exercer, ne peut prendre ses types que parmi ses connaissances les plus intimes; scs meilleurs amis sont par conséquent ses premières victimes. M. Guizot a créé une belle et juste image quand il a dit : « On 11e mesure aujourd’hui la grandeur d’un homme, comme « celle d’un obélisque, que d’après le nombre d’ennemis qu’il peutcou- « vrir de son ombre. » Les injures de la presse sont peut-être la seule chose qui puisse faire croire aujourd’hui à la valeur d’un homme, et lui inspirer quelque vanité, depuis qu’on a la certitude que le journalisme 11e s’attaque qu’aux gens démérité et qu’il respecte religieusement les nullités et les sots ; mais la presse a manqué son but en nous déchirant aussi bien qu’eu nous louant ; car il nous est personnellement aussi difficile d’éprouver quelque jouissance d’amour-propre des plus grandes flatteries, qu’il est impossible à un aveugle de jouir d’une peinture , et à un sourd de savourer la musique. — 440 — Ouant un organe est atrophié, quand il a perdu son érectilité, c’est peine perdue de chercher à le faire vibrer; aussi avons nous eu plus de plaisir à voir fonder un petit journal tout exprès pour nous démolir, qu'à lire les madrigaux les mieux tournés sur notre compte. C’est que l’organe de la vanité a été tellement avarié chez nous, par des milliers de coups de bec de plume, que nous nous trouvons décidément dans la meilleure condition possible pour faire un bon ministre du représentatif, car nous avons reçu le baptême de boue obligé. On va peut-être prendre pour une réclame ce qui n’est qu’une observation physiologique assez nouvelle, mais qui n’est pas sans portée sur la question de l’esclavage et des mœurs; nous lalivrons aux penseurs. Ils y trouveront l’explication de ces nombreuses variétés de constitutions morales qui les étonnent et Us apprendront qu’on peut perdre l’organe de la vanité comme celui de la pudeur, de la probité, de la bienfaisance, de la vénération, du sens moral, etc. ; aussi bien qu’on perd l’organe du goût, de l’odorat, de l’ouïe et de la vue. Nos lecteurs de l’étranger s’étonneront peut-être de nous voir récriminer contre des méchancetés qui n’ont point passé la frontière; mais c’est pour nos compatriotes que nous écrivons ceci ; nous leur devons même quelques explications au sujet de la place de Directeur du musée de l’industrie, que nous avons obtenue à la suite du présent travail. Un journaliste a dit à celle occasion que nous allions vivre des sueurs du peuple; nous lui répondîmes qu’en nous supposant aussi complètement incapable que lui de remplir ces fonctions, les appointements de cinq mille francs qui s’y trouvent attachés ne seraient tout an plus que les intérêts à cinq p. °/o des cent mille francs d’impôt que nous avons versés au Trésor depuis quelques années. Le gouvernement, disions-nous, n’est pas plus généreux à notre égard, que ne l’était Bénazet le fermier des jeux, quand il faisait une pension alimentaire aux millionnaires qu’il avait ruinés à la roulette. Il nous est venu un instant l’idée d’imprimer en regai d de la colonne des injures, celle des compliments que nous a prodigués la presse ; mais un seul mot de soustraction subira pour donner une idée de tous les crimes que les journaux nous ont reprochés ; ils n’ont pas osé affirmer que nous ayons été pendu, et voilà tout. AU Si quelqu'un s’étonnait de nous voir publier tant d’articles laudatifs à l’occasion d’un travail dont nous ne sommes ni très-satisfait, ni très- fier, nous répondrions que nous leur faisons grâce des trois quarts. Le temps est d’ailleurs si précieux aujourd’hui, qu’un auleur qui présente un gros livre au public se trouve dans la même position qu’un escroc qui vient dérober au lecteur ce qu’il a de plus précieux, son temps et son argent ; aussi doit-il s’armer,pour se faire accueillir,*de tous les certificats de moralité et de capacité, de toutes les lettres d’introduction qu’il peut rassembler. Et d’ailleurs, si tout homme qui va dans le monde se croit obligé de se parer de ce qu’il possède de mieux en joyaux et rubans d’ordre, un auleur peut bien se décorer aussi des plus précieux bijoux de son écrin littéraire ; c’est ce que nous allons faire, tout en regrettant de ne pouvoir y ajouter les grands cordons que le Foreign Quarterly Review et d’autres journaux éotils en langues étrangères ont bien voulu nous accorder. Nous devons à nos deux mille souscripteurs un mot d’excuse sur le retard éprouvé dans l’apparition de notre second volume'. Les fonctions de membre du jury de l’exposition belge, que nous avons voulu remplir en conscience, ont causé ce retard forcé. On s’apercevra peut-être que nous n’avons pas parlé de tout ce qui se trouvait à l’exposition française ; cela est vrai, mais il eût fallu dix volumes; car une exposition n’est rien moins qu’une encyclopédie industrielle ; et puis, nous n’eussions peut-être pas réussi à traiter toutes les matières possibles avec le même bonheur, attendu que ce n’est pas après avoir simplement regardé une exposition qu’on peut en parler avec connaissance de cause. Il est un personnage à Bruxelles, qui l’a bien deviné quand il nous a dit : « Votre livre n’est pas seulement le produit de ce que vous avez vu; c’est le résultat de ce que vous avez appris pendant toute votre vie. » < M. Teiclunau avait raison ; car nous n’avons pas pris une note, pas — 442 écrit un mot pendant notre séjour à Paris. Mais nous avons beaucoup vu , beaucoup écouté, un peu compris , et passablement retenu ; que faut-il de plus pour faire un gros livre? et c’est en le faisant que nous avons aussi appris à plaindre les malheureux auteurs de livres scientifiques remplis de mots étrangers au dictionnaire habituel. 11 nous suffira de dire que nous avons été obligé, de relire nous-méme de huit à quatorze fois nos épreuves. Nous eussions volontiers fait un volume ou deux de plus ; mais puis- qu’après avoir placé toute notre édition, il ne nous reste pas de bénéfice , ce résultat ne nous engage pas à continuer le métier d’auteur pour notre compte particulier (1); que serait-ce donc si nous eussions fait passer notre petite recette à travers le crible des libraires entrepo- silaircs ! Pour qu’on ne s’étonne pas de notre méfiance envers les libraires, et qu’on nenousaccusepasd’injuste prévention, nousdirons en passantquc nos ex-correspondants de tous les pays ne nous doivent pas moins de deux cent mille francs,sans que nous ayons pu en arracher plus d’une dizaine de mille, depuis douze ans que nous avons quitté le métier d’éditeur consciencieux ou de dupe, ce qui est la même chose. Les avocats nous avaient conseillé d’employer les voies judiciaires en Russie, en Allemagne, en Italie, en Hollande et aux États-Unis, nous avons commencé i (1) Si nous en jugeons d’après les témoignages de satisfaction, nous pouvons dire, unanimes, que nous avons reçus de toutes les personnes que notre livre parait au moins avoir amusées, nous sommes tenté de croire que notre manière de causer des choses de l’industrie est assez goûtée des industriels; c’est pourquoi nous nous permettrons de les engager à prendre un abonnement au Bulletin du musée de l’industrie que nous allons publier; mais nous devons les prévenir qu’ils n’y trouveront plus ce laisser- aller de flâneur, cette audace d’éclaireur, cette liberté de fourrageur qui font peut-être le principal agrément de notre livre. Notre hippogriffe est aujourd’hui bridé, sellé, harnaché, on veut qu’il marche, on permet qu’il trotte mais non qu’il vole, c’est-à-dire que nous sommes réduit à la triste condition de souverain constitutionnel ; nous régnons, mais nous ne gouvernons pas, nous avons une chambre et nous devons subir la loi des majorités. Aussi espérons-nous que les industriels voudront bien nous permettre d’invoquer au besoin le bénéfice de l’irresponsabilité. par la Belgique, et après avoir gagné plusieurs procès, et nous être aperçu que non-seulement il ne nous rentrait rien, mais qu’il fallait encore y mettre du nôtre , nous avons pris le parti de laisser les anciens détenteurs en possession, ne trouvant aucun profit à dépouiller des libraires pauvres pour enrichir de pauvres avocats. Parmi les nombreux conseils fondés sur l’expérience, que nous avons été assez heureux de pouvoir donner à nos lecteurs, le suivant ne leur sera pas le moins utile : « Qui que vous soyez, industriels, commerçants ou rentiers, nobles ou roturiers, persuadez-vous bien qu’il ne faut jamais plaider pour une somme au-dessous de 1,500 fr.; car cent procès pareils gagnés vous feraient perdre le peu de temps, d’argent et d’esprit qui vous reste ; ajoutez à cela qu’il y a toujours deux chances contre une en faveur de celui qui a tort; ceci serait trop long à vous expliquer; mais attendez pour faire des procès que vous soyez millionnaire, ou que la justice se rende à pile ou face. Tâchez surtout de retenir la petite fable qui suit, et de l’expliquer ù vos enfants. LA JUSTICE ET LE BUISSON. Au loup! au loup! s’écriait un mouton : Viens dans mon sein, lui répond un buisson ; Sous mon égide protectrice Tu pourras braver sa malice ! Et le pauvret de s’y blottir... Le danger passe, il veut sortir; Mais chaque épine arrache un flocon de sa laine, i Le tond, l’écorche et lui permet à peine De s’échapper vivant De ce piège sanglant. Pauvre plaideur, cette histoire est la tienne, Comme elle fut la mienne! Et la justice est le buisson : N’oublions pas celte leçon ! ESPRIT DES JOURNAUX. Les journaux n'ont jamais plus d’esprit que quand ils chantent nos louanges. Jxyureck. Moniteur Belge. Ç’a été une heureuse idée du gouvernement d'cnvoyei'visiter cette magnifique exposition de 1859, dont M. Jobard nous raconte les merveilles : cette idée a donné naissance à ce livre si original, si plein de fails curieux et utiles à connaître, dont l’industrie peut tirer de si abondants profits. Grâce au gouvernement belge, grâce à M. Jobard, l’exposition de 1839 aura survécu à l’époque officielle qui était assignée à son existence ; si l’on ne peut plus la chercher dans les salles du palais élevé à son intention sur le sol du grand carré Marigny, on la trouve tout entière dans les pages du beau rapport de M. Jobard, et on l’y retrouve avec plus d’intérêt, parce que l’auteur du rapport ne s’est pas borné â faire une sèche description des machines ou des produits, mais qu’il a montré les machines à l’œuvre, et qu’il nous a fait pénétrer les secrets de la production. Son livre a cet avantage sur l’exposition, que celle-là n’était qu’un brillant étalage de richesses industrielles, où le vulgaire ne voyait que formes et résultats, tandis que ce rapport inet le vulgaire lui-mème en état de juger de l’action des machines, et d’apprécier les opérations au moyen desquelles les résultats sont obtenus. On peut le dire en toute assurance lorsque l’on a lu ce livre, il n’y avait guère que M. Jobard que l’on pût charger de la mission qu’il a si bien remplie. Il fallait un esprit comme le sien, compréhensif, doué de connaissances encyclopédiques, observateur de l’ensemble des faits, non moins que des plus menus détails, pour tenter de soumettre à une analyse raisonnée et scientifique les objets immenses, en nombre cl en diversité, entassés dans le palais des Champs-Elysées, et fruits de l’industrie de toute la France... II s’es! trouvé que M. Jobard était tout justement fait pour accomplir cette importante mission. Le choix n’était pas difficile, puisque M. Jobard était peut-être le seul de son espèce; mais c’est beaucoup d’avoir la main heureuse, et d’avoir dit sans hésiter : Voilà l’homme qui me convient, parce qu’il convient à la chose. Indépendamment de ses connaissances en toute matière technologique, connaissances dont il a accumulé les preuves dans son livre, M. Jobard est essentiellement un de ces écrivains nommés vulgarisateurs, qui font descendre la science des hauteurs où le public ne peut aller la chercher, pour la mettre à la portée de tout le monde; rares écrivains qui rendent de grands services aux inventeurs ainsi qu’au public. Le style enjoué, scintillant et quelquefois goguenard de l’auteur du rapport, loin de nuire à la science, lui profite au contraire puisqu’il sert à la faire mieux comprendre. Le conte fait passer le précepte avec lui. L’espritde M. Jobard est taillé en pointe pour pénétrer plus aisément dans les intelligences. On se plaît, on se délecte à la lecture de son rapport comme à la lecture d’un roman, et nous ué savons quel ouvrage littéraire nous a plus attaché que cette narration technologique de l’exposition de 1839. On a donné à M. Jobard le nom de Rabelais île l’industrie, et maintenant ce nom ne nous semble pas usurpé. Journal «l'Anvers. Nous avons dit il y a quelques jours que nous parlerions de la première partie du rapport sur l 'exposition française de 1839, publié par M. Jobard : nous venons tenir notre promesse. On s'aperçoit, dès les premières pages de ce livre, que son auteur a su faire autre chose qu’une aride statistique, une revue superficielle, une technologie obscure ou une creuse divagation. C’est l’œuvre d’un homme de science et d’esprit (l’un ne gâte pas l’autre ), qui place la pensée à côté du fait, et fort souvent le progrès à la suite de la pensée. Rien de pédantesque dans cette analyse, comme rien de vide dans ces raisonnements. C’est là le double caractère qui assigne une place à part à celte publication. Son utilité, est incontestable, et son attrait ne — 44f> — l’est pas moins. Il est instructif de suivre (ouïes les phases de cette consciencieuse pérégrination dans le vaste domaine de l’industrie, comme il est agréable d’on voir caractériser les détails avec autant de finesse, de lucidité et de gaieté parfois. Quant à nous, nous sommes heureux de pouvoir consacrer à l’étude de ce livre quelques heures arrachées h la lutte incessante à laquelle on nous condamna : c’est une bonne fortune assez rare dans ce rude métier de journaliste, et notre éloge est d’autant plus désintéressé, que nous ne nous trouvons pas, M. Jobard et nous, placés exactement sur la même ligne politique. Émancipation, 19 janvier. L’ouvrage dont nous nous occupons aujourd’hui et sur lequel nous aurons à revenir est remarquable à plus d'un titre. D’abord, son auteur est le seul des commissaires étrangers qui ait écrit sur cette exposition, et les hommes qui, en France, cumulent une. foule de places à titre de protecteurs et d’éclaireurs de l’industrie, ont jugé à propos de garder sur ce sujet un silence prudent. Ensuite le mode d’écrire, la manière de raconter, adoptés par l’auteur, présentent quelque chose de piquant et de profondément instructif, en ce sens surtout, que si.vous vous prenez à contester quelques- unes de ses idées, quelques-uns des procédés qu’il préconise, tout le monde y gagne en définitive, et le lecteur et l’auteur, car dans un assez grand nombre de circonstances on est obligé d’en revenir à son avis. Quelques personnes ont regretté que l’auteur n’ait pas suivi dans un ouvrage d’une aussi haute importance une forme plus didactique; mais que fait cela? Nous préférons pour notre part les digressions auxquelles il se livre en traitant de chaque industrie, pour nous signaler les progrès qu’elle a atteints et ceux auquels elle parait destinée, à une longue introduction consacrée à parler des progrès de l’industrie en général et de chacune de ses branches en particulier, méthode qui contraint le lecteur à retourner ù chaque instant sur ses pas, et qui jette de la confusion dans son esprit. Ce qu’on doit demander avant tout à un ouvrage, c’est qu’il atteigne le but que son auteur s'est proposé. M. Jobard, commissaire d’un gouvernement étranger, ne devait pas s’astreindre à désigner ceux des industriels français qui ont mérité des récompenses pour les perfection- neriients qu’ils ont introduits dans leurs fabrications, ou pour les inventions dont ils les ont enrichies, ce qui eût donné à son travail la — 447 — sécheresse d’un procès-verbal : il a voulu d’un côté faire un plaidoyer en faveur de l’industrie, et de l’autre, faire connaître les nouvelles découvertes, les nouveaux procédés. Ce qu’il voulait faire il l’a fait, et par là il a mis nos fabricants et nos manufacturiers à même de profiler des progrès de leurs émules et de leurs rivaux : n’était-ce pas-là l’objet de sa mission et ne l’a-t-il pas convenablement remplie? S’il a été au delà du travail de simple rapporteur, s’il nous a fait part, à propos des procédés des autres, de ceux que son esprit vif et pénétrant lui a fait découvrir, ce serait un singulier grief que de lui reprocher d’avoir fait plus qu’on ne lui avait demandé et qu’il n’avait promis. Gazette de INons, 27 janvier. On s’étonnera sans doute que la Gazette de Mons ait lardé jusqu’à présent à rendre compte d’un ouvrage si essentiellement utile à l’industrie, si nécessaire à tous les fabricants de la Belgique, désireux de se comparer à leurs voisins méridionaux ; mais un événement plus fort que notre volonté, la maladie d’un de nos collaborateurs chargé de ce travail a retardé la publication de nos observations sur le livre de M, Jobard, ou, pour parler plus franchement, des éloges qu’il mérite; car pour ne plus revenir aux formules laudatives, nous dirons ici une fois pour toutes, avec sincérité, que l’ouvrage de M. Jobard est le livre le mieux écrit, le plus substantiel, le plus instructif qui ait paru jusqu’ici en Belgique. Mais avant de nous arrêter aux détails, nous dirons un mot du système d’après lequel a été écrit ce rapport. M. Jobard n’a point adopté le ton pédantesque et gourmé d’un agent diplomatique. 11 raconte, il ne disserte pas, et si parfois il énonce son opinion, il le fait avec une simplicité lucide, avec une justesse d’expression qui n'est propre qu’à l’écrivain maître de son sujet ; ....Cui lecta patenter erit res, Nec faeundia deseret hune, nec lucidus ordo. En lisant son livre on croirait d’abord que M. Jobard n’écrit que pour le commun des lecteurs. Ses articles ne sont pas hérissés de chiffres ni de formules algébriques ; il est saisissable par toutes les intelligences quoique le savant ne trouve rien à désirer dans ses descriptions. — UH L'Ami de l'Ordre. i On sait l’opinion de Vdmi de l’Ordre an sujet de ce rapport. Nous l’avons plusieurs fois manifestée : en revenant sur ce sujet nous courrions risque de tomber dans des redites ; nous préférons extraire ici un passage du compte rendu qu’en a fait un de nos confrères dont les opinions sont diamétralement opposées aux nftlres, mais chez lequel nous aurons à reconnaître autant de loyauté que d’impartialité, qualités trop rares dans la presse pour qu’on ne s’empresse pas de les signaler là où on a le bonheur de les rencontrer. Voici comme s’exprime le Franchim ontois . u L’œuvre de M. Jobard ne peut encore être aujourd’hui connue que des hautes capacités; mais elle ne tardera pas à être consultée par les industriels de tous rangs, et par le simple ouvrier lui-même, auquel elle peut donner d’utiles renseignements et procurer beaucoup de ressources Nous ne serions pas même grandement étonné de le rencontrer un jour dans quelque boudoir, malgré son titre rebutant; car il ne faut pas croire que ce gros volume soit une simple nomenclature de machines, d’outils, de fabricats, de brevets, de perfectionnements, etc., saupoudrée d’une sèche technologie : Tout cela s’y trouve à la vérité ; mais ouvrez ce volume, vous qui chaque matin contemplez avec coquetterie vos mains blanches et vos doigts effilés, et vous quitterez avec peine ce3 pages qui ne vous parleront cependant que de hauts fourneaux, métallurgie, vastes ateliers, et de bien d’autres choses dont le nom seul, en ce moment, vous ferait trembler ; vous ne fermerez ce premier volume, j’en suis sûr, qu’avec une bonne dose d’instruction que vous y aurez puisée sur mille objets cl sur mille travaux qui se produisent et s’exécutent dans les ateliers que l’on a chaque jour sous les yeux, mais qui ne confient leurs secrets qu’à ceux qui les leur arrachent. Comment donc , direz-vous, donner tant d’attraits à une matière aussi aride de sa nature? Là est le secret de M Jobard. » Son livre a un double mérite : pour les industriels, celui de la science; pour les gens du monde, celui que Michel Chevalier lui a trouvé, dans les détails historiques dont les observations de M. Jobard sont mêlées, cl dans les notions scientifiques, mises à la portée de tous, dont il les a, avec bonheur, assaisonnées. » Pour mettre le lecteur à même de reconnaître tout le mérite et toute la justesse de cette appréciation, nous reproduirons en entier l’introduction que M. Jobard a placée en tête de son travail; on retrouve / dans ce morceau toutes les qualités distinguées de l’écrivain. Que si quelquespersonnes seconlrislaienld’une espèce d’ironie amère qui perce dans cet écrit, nous leur rappellerions que l’auteur est un des hommes dont les intentions pures ont été le plus méconnues, qui a eu le plus à souffrir de l’envie et des attaques vénéneuses de l’ignorance ou de la médiocrité jalouse, et qu’aujourd'hui encore on essaie de déprécier en lui opposant pour concurrents à une place qu’il désire, et où il est capable de rendre de grands services, des gens qui ne possèdent ni science, ni spécialité. On doit l’avouer, il y a bien là de quoi, donner un peu d’aigreur au meilleur caractère, et l’auteur est bien excusable d’avoir quelquefois cédé à un sentiment de dignité blessée. Le Nouvelliste, 16 janvier. En jugeant des parties que nous connaissons le moins bien par celles que nous connaissons plus spécialement, nous reconnaîtrions au rapport de M. Jobard un haut mérite. Autant il nous a paru curieux et entraînant, autant nous l’avons trouvé instructif et utile. C’est un vrai service rendu à l’industrie belge que la publication de ce rapport. Les vues de M. Jobard sont justes et sûres, son appréciation claire et réfléchie... Journal du commerce (d’Anvers). Une publication très-remarquable vient d’être faite à Bruxelles. C’est le premier volume du rapport de M. Jobard sur l’exposition des produits de l’industrie française de 1839. 11 ne s’agit point ici d’une simple description de produits industriels ; c’est en quelque sorte l’histoire de chaque industrie ; c’est un véritable cours de technologie riche de faits, d’observations, et de procédés nouveaux. Il y a dans cette œuvre, unique en son genre, de l’instruction pour tout le monde, depuis' l’homme d’État et le fabricant, jusqu’à l’homme du monde et à l’ouvrier. Nous croyons fermement qu’il n’existe en Europe que te seul M. Jobard capable d’avoir entrepns cette tâche et de la remplir avec cette distinction. Nous croyons aussi que le gouvernement qui oublierait de pareils services et une si haute capacité, montrerait peu de sympathie pour la grande cause du travail et de l’industrie. RAPPORT. 2. 29 L'Observateur. Le litre île l'ouvrage de M. Johard pourrait faire croire qu’il nO contient que la simple énonciation des objets que l'industrie française a étalés dans les vastes salles de l’exposition de 1851). Ce n’est point ainsi que l'auteur a conçu son plan. Chargé d'examiner les produits d'un aulrc peuple, il s’est proposé pour but final de son travail l'amélioration de nos méthodes de production, le perfectionnement de l’industrie nationale. Il ne s’est pas arrêté à l’énuméralion et à la description des objets exposés ; il s’est placé à un point de vue plus élevé et d’où il a pu plonger du regard dans les ateliers de travail, dans les usines, dans les laboratoires, découvrir les procédés, connaître et étudier les instruments, les machines, au moyen desquels l’industrie française a pu créer les merveilles qu’elle a offertes ù l’admiration publique. C’est le fruit de ces investigations que M. Jobard présente aujourd'hui à nos industriels. Il ne s’est pas borné à dévoiler les méthodes de la production française : il les a soumises à un rigoureux examen et en a signalé le bon et le mauvais côté. Après avoir tracé l'histoire de chaque branche de fabrication, et montré les distances qu’elles ont successivement parcourues pour arriver à l’état où elles se sont présentées à l'exposition de 1839, il a indiqué les améliorations dont elles seraient susceptibles, les nouveaux moyens qu’elles pourraient employer pour progresser ultérieurement, pour faire un pas de plus dans la voie du perfectionnement. Ce vaste et important travail a été exécuté avec talent. Nous n’entreprendrons pas l’analyse de l'ouvrage de M. Jobard ; nous disons de l'ouvrage et non du rapport; car ce rapport est un enseignement véritable que l’auteur donne aux directeurs du travail industriel. Une simple analyse serait nécessairement incomplète, et n’offrirait aucune utilité aux fabricants qui ont besoin de connaître tous les développements que l’ouvrage contient. L’itlltiincc anglaise (journal de Londres ). Tous les gouvernements ont envoyé des délégués à l’exposition française de 1839 pour leur rendre compte de l’état du progrès de l’industrie dans ce pays ; mais un seul a rempli dignement sa mission : c’est le — vu commissaire belge, technologue et écrivain distingué, qui publie à lui seul un ouvrage aussi volumineux et beaucoup plus intéressant que celui que les 40 membres du jury français viennent seulement de mettre au jour. Nous engageons l’un de nos libraires de le faire traduire en anglais , ce serait une spéculation utile et lucrative, car l’auteur a mis la science à la portée de tout le monde et même des dames, qui trouveront la lecture de ce livre aussi piquante que celle d’un roman de Walter Scott, tout en leur donnant des notions exactes sur de* choses qui leur font peur, quoiqu'elles fassent la richesse de leur pays. Journal des Flandres. Le premier volume du rapport de l’exposition de l’industrie française, par M. Jobard, commissaire du gouvernement belge, vient enfin de paraître à Bruxelles. Nous avons longtemps et souvent combattu les doctrines politiques de M. le rédacteur en chef du Courrier belge ; mais nous n’avons jamais nié son expérience, son érudition pratique comme écrivain industriel et technologue. L’ouvrage qu’il vient de publier honore l’auteur qui l’a conçu et le journalisme tout entier dont il est membre. Ce monument littéraire, écrit par un de nos confrères en journalisme, prouvera à certains sceptiques qui traitent assez légèrement les hommes de la presse, ce dont ils sont capables quand ils abandonnent •un moment leur rude tâche de publicité quotidienne pour remplir la tâche consciencieuse d’économiste ex professo. M. Jobard a fait un bel et bon livre. Il a su traiter avec une spirituelle lucidité des sujets que le vulgaire n’aborde que difficilement, à cause de leur aridité. L’industrie française y est noblement louangée, mais il en a tracé l’examen au point de vue de l’industrie belge comparée, et il n’a parlé si longtemps de celle-là que pour être plus utile à celle-ci : c’est ce que nous t. constatons avec reconnaissance. Nous avons voulu annoncer l’entrée de cet ouvrage important dans notre littérature nationale, avant que nous ayons le loisir d’en parler avec plus de développement. La Presse (journal de Paris). M. Jobard, de Bruxelles, dont le nom jouit depuis longtemps d’une juste célébrité dans les arts et dans les sciences, vient d’être nommé 29" membre de la LégionVI’houneur il la suite du bel ouvrage qu’il a publié sur l’industrie française, en sa qualité de commissaire belge à la dernière exposition. La Publicité (d’Yprcs), 29 décembre 1840. Le tome I er du Rapport sur l'exposition de l'industrie française en 1830, par M. Jobard, vient de paraître. Cet ouvrage est au-dessus de tout éloge, en un mot il est digne de l’infatigable et savant technologue qui en est l’auteur. A notre avis aussi (et nous pourrions à bon droit en revendiquer la priorité) l’excellent ouvrage de M. Jobard lui mérite une honorable distinction, une récompense en quelque sorte civique, la croix d’honneur !... 11 serait digne du gouvernement du roi de la décerner pour une oeuvre hors de ligne à un écrivain hors de ligne. .Roui’iial «le Bi'uge», 1" janvier 1841. Le Fanal annonce l’apparition du premier volume d’un ouvrage que le public attend avec une vive impatience ; car bien des gens prévenus contre son auteur y trouveront matière à redresser les faux jugements répandus par la presse dénigrante, et propagés par la sottise et l’envie. M.J., en publiant son rapport sur l’exposition de l’industrie française,' a trouvé le vrai moyen de fermer la bouche à tous ses ennemis, et donné une arme à ses amis pour le défendre. Nous n’hésitons pas à dire , comme le Journal d’Anvers, que son rapport est un modèle de genre, bon à suivre par tous les rapporteurs qui pourront atteindre à cette multitude de connaissances qui supposent une étude constante des matières de l’industrie, et une mémoire technologique incroyable. M. J. n’avait pas besoin de solliciter la direction du musée de l’industrie : il lui suffisait de se hâter de publier son livre pour mettre tous ses concurrents hors de cause. Du reste nous sommes persuadés que les premières récompenses lui viendront de l’étranger; caron a l'habitude chez nous de ne voir les hommes que quand les pays voisins nous font apercevoir leur mérite. Le Commerce (de Bruxelles.) Nous avons sous les yeux le tome I« du rapport sur l’exposition de l’industrie française de 1859 par M. Jobard, commissaire du gouvernement belge à Paris. Ce volume contient de précieux renseignements que tous les industriels ont besoin de consulter. Le nombre des souscripteurs obtenus pendant la publication des fragments dans le Moniteur belge, ne peut qu’augmenter par les soins donnés à l’impression de ce rapport, digne à beaucoup d’autres titres d’entrer dans toutes les bibliothèques, et particulièrement d’être mis dans les mains de ceux qui veulent apprendre et connaître les moyens industrieux de la production. Journal de la Belgique. Nous avons déjà fait connaître par quelques extraits le compte qu’a rendu de l’exposition de l’industrie française, M. Jobard, commissaire envoyé à cet effet à Paris par notre gouvernement. Chacun appréciera l’utilité d’un ouvrage qui met les industriels de tous les pays parfaitement au courant du degré de perfection auquel on est parvenu en France dans chaque branche d’industrie. Ce n’est pas seulement un répertoire où les théoriciens pourront s’enquérir dé ce qui est fait et de ce qui reste à faire, mais c’est encore un indicateur mettant les praticiens sur la voie de tous les perfectionnements dont ils peuvent enrichir leur travail. Le Commerce (journal do Paris). M. Jobard, chargé par le gouvernement belge de faire un rapport sur l’exposition de l’induslrie française, vient de publier le premier volume de son travail. Le rapport de M. Jobard sera lu avec intérêt; il renferme des observations exactes et des aperçus ingénieux ; il est entremêlé en outre de détails historiques dont plusieurs étaient inconnus. ‘M. Jobard n’a pas écrit seulement pour les savants et les industriels; I a voulu se mettre à la portéfe de tous, et il y a complètement réussi. Le Précurseur (d’Anvers). Le livre de M. Jobard peut être considéré sous trois points de vue : sous le rapport technologique, sous le rapport économique, enfin sous le rapport littéraire. Comme traité technologique, industriel, pratique, le travail de M. Jobard renferme une infinité d’indications, de descriptions et de démonstrations précieuses par leur nouveauté, par leur clarté et par leur profondeur. Partout, sur les machines, sur les métaux, sur la filature, sur le papier, sur les sondages, etc., il répand à profusion des faits importants, des observations judicieuses, des aperçus qui frappent autant par leur justesse que par le parti qu’on peut en tirer. Comme livre économique, le rapport de M. Jobard est un véritable chef-d’œuvre. A l’exemple de Babbage, il pose les questions les plus importâmes et les résout, non pas avec des arguments en forme et tirés de n’importe quelle source; mais avec des faits d’hier, d’aujourd’hui, que nous avons tous sous la main et que chacun de nous peut vérifier. Comme l’économie politique ferait des progrès si beaucoup d’observateurs de la force de M. Jobard se mettaient à étudier la production sous toutes ses faces ! Comme œuvre littéraire, le livre de M. Jobard est mi modèle, l’auteur y est aussi à l’aise avec ses machines que l’était Andrieux avec son art oratoire. Clarté, précision, esprit, toutes les qualités du style y abondent : aussi on le lit avec plaisir, on le comprend sans effort, et on n’oublie rien de ce qu’on a lu Quelques livres sur l’industrie aussi bien faits que celui-là opéreraient une révolution dans l’opinion publique; mais qui les fera? M. Jobard n’est pas seulement un homme d’esprit, il est encore un savant, et il n’est pas facile de trouver des hommes qui aient comme lui ces deux qualités à un haut degré. Aussi n’cst-il pas étonnant qu’un tel homme ait attiré sur lui l’attention du gouvernement français, et personne n’osera prétendre que le roi des Français, en le nommant chevalier de la Légion d’honneur, lui ait donné une marque de distinction qui ne fût pas bien méritée. Journal de Bruges , 12 février. A ceux qui trouveraient que nous arrivons bien tard pour parler du rapport de il. Jobard, nous répondrions que nous n’avons pas attendu que les nombreux extraits de cet ouvrage, qui ont été publiés dans le Moniteur, fussent rassemblés dans un volume, pour exprimer tout ce <|ue leur lecture nous a fait éprouver;,nous avons été les premiers à proclamer l’existence du rapport du commissaire belge, et nous n’avons jamais été assez injustes pour ne pas accorder à l’auteur lui-méme toute l’estime (pie nous professons pour son œuvre ; nous ne nous sommes donc pas trouvés dans le cas d’être obligés comme beaucoup d’autres, après avoir jeté l’outrage à un homme estimable, de venir, forcés par l’évidence, rendre justice au génie supérieur qui a dicté le livre dont nous nous occupons. M. Jobard doit être fier de l’accueil que son rapport a reçu de la presse nationale et étrangère ; les journaux qui l’avaient le plus injurié se sont vus forcés d’apporter leur tribut d’éloges à son œuvre, et celle unanimité d’opinion est une éclatante justice rendue à l’auteur. Nous n’entrerons pas dans de grands détails sur le livre de M. Jobard, mais nous dirons à chacun : Lisez, car il ne faut pas être industriel pour trouver un charme infini dans la lecture de cet ouvrage, qui ne présente rien d’aride comme tout ce qui a été écrit jusqu’à ce jour dans ce genre. La forme de l’ouvrage rend le fond accessible à tout le monde, et nous citerons comme un succès,* auquel l’auteur ne s’était sans doute pas attendu, d’avoir vu son rapport dans les mains de plusieurs dames, tout étonnées elles-mêmes de lire avec intérêt un livre dont le titre ne leur promettait que de l’ennui. Enfin, de tous les ouvrages que la prodigieuse fécondité de la presse jette chaque jour à l’avidité des lecteurs, le rapport de M. Jobard est sans contredit le plus remarquable, puisqu’il réalise la première condition imposée à un livre : instruire en amusant. Le Teiiii»» (journal de Paris ), 4 lévrier. M. le ministre du commerce vient de faire un acte de justice, il a envoyé à M. Jobard, de Bruxelles, la croix de la Légion d’honneur. 11 y a bientôt vingt ans que M. Jobard s’est donné la lourde lâche de propager en Belgique le goût des arts industriels, et il ne se passe guère de jours qu’il ne consigne dans son journal et ne répande quelque vérité utile. Envoyé à Paris par le gouvernement belge lors de la dernière exposition, M. Jobard a, lui tout seul, accompli la lèche que n'accomplissent pas toujours les membres des jurys réunis. Son compte rendu est une œuvre méritoire, où il a su jeter de l’agrément en même temps, qu’il a fait preuve d’une grande érudition. 450 — Il nous paraît digne d’une bonne administration de donner une récompense toute française à celui qui vient de faire connaître à nos voisins les merveilles de l’industrie française. La Presse. Jamais le nom de Vauban n’avait été plus fréquemment cité que dans ces derniers temps ; on en a presque abusé. Il est a regretter cependant qu’on n’ait pas rapporté ces mémorables paroles que nous trouvons dans l’excellente introduction au rapport sur l’exposition de 1859, que vient de publier M. Jobard, commissaire du gouvernement belge à Paris. (Suit la citation.) , * Le rapport du commissaire du gouvernement belge sur l’exposition de l’industrie française de 1839, par M. Jobard, auquel nous avons emprunté le passage qu’on vient de lire, est un ouvrage infiniment remarquable que devront lire ceux qui s’occupent d’industrie. Le premier volume, que nous avons sous les yeux, abonde en faits précieux, recueillis avec une rare sagacité, et exposés avec la clarté de l’homme qui sait bien ce dont il parle. Chambre des représentants. M. David, représentant belge, s’exprima en ces termes en parlant du projet du musée de l’industrie, par M. Jobard : « Ce plan est l’œuvre d’un homme de génie... Certes, un pareil éloge est grand, mais je le crois tout juste au niveau de la vérité. Cet éloge, messieurs, est désintéressé : Je n’ai pas même l’honneur d’être connu de son auteur; mais son auteur, par son remarquable ouvrage sur l'exposition française, a droit d’être connu du monde entier. » Moniteur industriel (de Paris). Le rapport de M. Jobard n’a ni la forme, ni l’allure des traités didactiques; c’est-à-dire qu’il l’emporte d’autant sur eux. On a beau prétendre le contraire, on ne lit que certains livres, les autres, on les subit. Si tout le monde parlait de la science et de l’industrie comme M. Arago, comme M. Jobard, tout le monde aimerait bientôt l’industrie et la 457 — science. Mais avant tout on cherche aujourd'hui à être savant, profond et obscur. Est-ce pour cacher la pauvreté du fond ? Quelquefois, souvent même. Quoi qu’il en soit, il nous semble que les écrivains de mérite gagneraient beaucoup à ne pas en agir ainsi, à écrire pour le plus grand nombre possible, et à rendre attrayante même l’étude des sciences les plus abstraites. Dans son rapport M. Jobard a passé en revue toutes les principales industries, et sur toutes il a écrit non pas quelques pages empruntées à nos divers dictionnaires technologiques, mais des faits, des observations et des considérations qu’on n’a vus nulle part, d’une exactitude incontestable et d’une grande portée. Un livre de M. Jobard sur l’industrie, sur toute l’industrie française, devait être un ouvrage hors de ligne, un tableau vivant et animé du travail de l’homme sur le monde extérieur, un exposé fidèle et savant des conquêtes positives de l’esprit humain. Hâtons-nous de le dire, ce n’est pas seulement tout cela, c’est encore le meilleur livre qui ait été fait sur l’industrie. L’Iiidcpcndiiui. M. Jobard trouve le moyen d’être plus varié encore que son sujet, c’est par les à-propos et les digressions qu’il brille. H conduit son lecteur à mille lieues de son sujet, et l’y ramène insensiblement sans que celui-ci s’aperçoive un seul instant de sa fatigue. Il sait intéresser, instruire et amuser à la fois; c’est le Balzac des machines à vapeur pour les descriptions, le Montaigne industriel pour la naïveté de l’égotisme industriel. M. Jobard a beaucoup lu, immensément retenu, suffisamment enseigné, et quelque peu inventé. Depuis tantôt trente ans il est sur la montagne prêchant aux masses la poésie du travail, et leur montrant en poète inspiré l’apocalypse industrielle de l’avenir. Nous aimons ces hommes de conviction qui ont pris la mission d’apôtres, qui parleront dix ans dans le désert pour propager une seule vérité, jusqu’à ce qu’un bon vent l’emporte jusqu’aux oreilles et au cœur de la multitude. Comme écrivain le grand mérite de M. Jobard est de puiser dans le vocabulaire industriel des images tout à fait neuves, tout à fait pittoresques, qui peignent vivement sa pensée, et plaisent singulièrement aux partisans du style correct. Nous citerons, etc., etc. Voilà comme on écrit quand on veut faire pénétrer dans le public des vérités utiles mais sévères, et dans cet art-là M, Jobard est passé maître. « — 458 — Journal «les Débats, 2 février. Le roi, sur la proposition du ministre du commerce, a bien voulu nommer chevalier de la Légion d’honneur M. Jobard, qui a rempli à Paris une mission du gouvernement belge pendant la dernière exposition des produits de l’industrie nationale, et qui vient de publier sur cette exposition et sous le titre de Rapport un ouvrage où se font remarquer à un haut degré la théorie la plus éclairée, et les connaissances les plus étendues dans les arts industriels. Journal des» Flandres». Nous avons déjà loué le travail de M. Jobard sur l’exposition des produits de l’industrie française. Depuis nous avons remarqué avec plaisir que les journaux de toutes les couleurs ont publié à ce sujet une opinion conforme à la nôtre. C’est là de la part de la presse belge une preuve de noble impartialité et un encouragement pour l’auteur. Nous joignons notre voix à celle des industriels les plus expérimentés pour engager M. Jobard à ne pas abandonner la carrière où il est entré avec tant de succès. 11 serait déplorable’que ses talents pratiques, que personne ne révoque plus en doute, fussent étouffés par les discussions politiques que M. Jobard a soutenues, croyons-nous, avec moins de bonheur. Nous souhaitons avec le public éclairé que la spécialité éminemment utile de M. Jobard puisse profiter à sa patrie adoptive. Journal d’Anvers. On lit dans un Journal de Paris que M. Jobard, de Bruxelles, dont le nom jouit depuis longtemps d’une juste célébrité dans les arts et dans la science, vient d’être nommé membre de la Légion d’honneur, à la suite du bel ouvrage qu’il a publié sur l’industrie française en sa qualité de commissaire envoyé par le gouvernement belge à la dernière exposition. Ainsi le gouvernement français a précédé le nôtre dans l'appréciation d’un homme exceptionnel dans les sciences et l’industrie, et qui a rendu à la Belgique d’éininenls services en propageant la connaissance des — 45«J — arts industriels et en plaidant la cause du travail et de la moralité. Nous l’avons déjà dit, le gouvernement dans la distribution des récompenses a quelquefois plus d’égards pour l’éclat et l’extérieur qu’aux services utiles et modestes qui intéressent l'humanité et la civilisation. Nous espérons qu’il ne restera point en arrière, et que, pour être tardive, la récompense réservée à M. Jobard n’en sera que plus belle et plus solide. Le Constitutionnel (de Paris). Nous avons publié plusieurs extraits de cet ouvrage dont le premier volume vient de paraître à Bruxelles. C’est assez dire que nous l’avons lu avec intérêt et avec le plus vif désir d’en faire notre profit. Nous ne voulons ni faire la critique de ce livre, ni démontrer tout ce qu’il contient de bon et d’utile, mais comme c’est un hommage que l’auteur a rendu à notre industrie nationale, nous lui devons des remercîmenls. Ils seront d’autant moins suspects que nous sommes souvent en désaccord avec M. Jobard sur les questions politiques, et nous souhaitons ardemment que tout le monde soit persuadé comme nous que le gouvernement français en lui accordant la croix de la Légion d’honneur, a voulu récompenser l’auteur du rapport sur l’exposition, et non l’écrivain politique qui semble avoir pris à tâche de combattre les idées de progrès. Par une singulière coïncidence l’homme politique, adversaire des progrès, se montre constamment avide de découvertes, de nouvelles connaissances, de progrès dans les arts comme dans les sciences : comment ne conçoit-il pas qu il en est de la politique comme des arts ? Il faut marcher. Pour nous, nous regardons comme une faute tout arrêt en politique, et nous porterions sur une telle faute le jugement que M. Jobard a porlé sur Colbert, qui fit la faute d’emprisonner l’industrie dans les instructions qu’il rédigea sur les procédés à suivre dans chaque espèce de métier. « C’était, dit avec raison M. Jobard, arrêter tout progrès ultérieur. »... Oui, M. Jobard, il y a des palmes au bout de la carrière et vous l’avez parcourue heureusement et dignement : aussi nous vous en félicitons. Nous n’omettons pas l’opportunité de recommander à nos hommes d'Élat les idées émises par M. Jobard sur les brevets d’invention. Nous le faisons d’autant plus vivement, qu’en France on demande une énorme quantité de brevets d’invention, de perfectionnement, et que le lende- — 400 — main du jour où ils ont été accordés on les regarde comme chose parfaitement inutile. C’est un véritable malheur, car, à part les frais occasionnés aux personnes qui ont demandé et obtenu des brevets, le public prend en pitié, s’il ne méprise pas, les nouvelles inventions, parce que le public les juge d’après celles qui ont eu un moment d’éclat et sont tombées dans l'obscurité et le néant. Cet inconvénient serait évité si on n’accordait des brevets que pour les choses reconnues comme utiles, avantageuses, et si les inventeurs étaient aidés dans leurs efforts. On parviendrait au premier de ces buts en forçant les inventeurs à communiquer les plans et les résultats de leurs inventions à un comité chargé d’examiner l’importance réelle de l’objet. On parviendrait à l’autre de ces buts en accordant une prime qui serait fixée par le comité d’après l’importance de l’invention qui leur est soumise. Nous ne faisons que donner ici une simple indication, une réflexion qui nous est suggérée par l’excellent travail de M. Jobard. Le Belge, 13 mars. Nous confesserons très-ingénument à M. Jobard que, maintes fois nous avons eu son rapport dans les mains, et chaque fois nous l’avons laissé tomber avec une sorte de terreur, parce que notre œil tomba sur des articles comme ceux-ci : Suppression de la graisse dans les cylindres ; cémentation au gaz hydrogène carboné ; des courants hèli- coules, etc., etc., qui semblaient nous promettre un ennui vraiment savantesque.. Cependant notre conscience nous reprochait de négliger une production indigène dont on s’occupait même à l'étranger, chose rare, et un beau jour nous nous sommes condamnés à la pénitence de lire le volume de M. Jobard sans le quitter. Nous en avions à peine lu quelques pages, que nous prîmes à notre lecture un véritable plaisir, parce que l’auteur éclaira notre superbe ignorance sur une foule de choses qu’il est presque honteux de ne pas savoir. 11 y a pu, sans vanité aucune, se rendre la justice d’avoir fait descendre l’industrie au niveau de toutes les intelligences, au lieu de se rendre algébriquement incompréhensible ou statistiquement ennuyeux. Bien d’autres n’y auraient pas manqué pour se faire admirer, à force de profondeur, sans être pour cela plus savants... Nous n’avons pas suivi en politique la même ligne que M. Jobard : mais la différence de nos opinions ne peut nous rendre injustes, et ne nous aveugle pas au point de nous faire méconnaître que ce rapport fait le plus grand honneur à son auteur ; qu’il a su rendre intéressantes des — 46-1 ✓ matières qu’on traite ordinairement d’nne manière sèche et repoussante , et que son livre est non-seulement l’œuvre d’un savant industriel, d’un penseur, mais d’un homme d’infiniment d’esprit, que nous prions, en toute humilité, de pardonner à notre ignorance si nous ne lui avons pas rendu une justice plus complète et plus digne de lui. Nous n’avons pas eu la prétention de juger son beau travail, mais de le faire un peu connaître à nos lecteurs. Journal tics connaissance* incn«ablcs, mars 1841. Le premier volume de cette importante publication vient de paraître. L’auteur de ce rappor t a justifié tout ce qit’on attendait de lui ; en effet, son rapport peut être considéré comme un résumé des connaissances acquises en industrie, comme un dictionnaire des arts et métiers, qui devrait être consulté non-seulement par les industriels, mais encore par les savants et par tous ceux qui s’occupent de technologie; ils y puiseront des connaissances nombreuses, dont les unes sont éparses dans un grand nombre de volumes, et d’autres ne sont pas publiées. Nous allons indiquer en quelques mots les objets traités dans le premier volume de ce rapport, etc. Lu Presse germanique, 6 mai. Tous les journaux belges, français, hollandais, etc., rendent à l’unanimité, au bel ouvrage de M. Jobard sur la dernière exposition d’industrie à Paris, le tribut d’éloges qu’il mérite sous tous les rapports. Dans nos correspondances pour les principaux organes de la grande presse allemande, nous avons eu l’occasion de fixer l'attention de l'Empire germanique sur ce travail remarquable que le Moniteur et le Courrier belge firent connaître par fragments avant qu’il ne fût réuni en un corps d’ouvrage. Nous avons lu, avec le plus grand intérêt, l’ouvrage de M. Jobard, qui joint à beaucoup d’esprit un grand talent d’observation et des connaissances rares en fait d’industrie. Dans les brillantes salles de lecture des musées de Nuremberg, Munich, Zurich, etc., nous avons toujours remarqué que les journaux et recueils périodiques, traitant d’industrie, reposaient à leur place, purs de toutes souillures, respectés par toutes les mains. L’excellent journal polytechnique, publié par la librairie Cotta et rédigé par l’un des plus savants industriels de l’Europe, n’y était guère lu que pour les nouvelles diverses qu’il contient à la fin de chaque cahier. 11 n’en sera pas ainsi de l’ouvrage de M. Jobard, que nous recommandons à toutes les salles de lecture allemandes. Quoique écrit en français, il y trouvera plus de lecteurs que maint recueil allemand, excellent sans doute et très-instructif pour des professeurs et des hommes s’occupant exclusivement des sciences techniques, mais assommant pour le public en général. Gazette de nions. On trouve dans le Forcign Quarterly Review un article très-étendu sur l’ouvrage de M. Jobard, relatif à l’exposition française. L’auteur anglais, ordinairement si avare d’éloges et de paroles, fait une exception en faveur de M. Jobard, et entre en discussion avec ce savant industriel, au .sujet de la prééminence des anciens sur les modernes, en fait d’inventions. Cette polémique, que M. Jobard soutient avec le talent et l’érudition qu’on lui connaît, ne peut manquer d’intéresser le public et surtout les personnes qui connaissent le haut mérite et la grande capacité de cet écrivain. Nous reviendrons sur ce sujet. La Tribnnc, 9 avril. Nous apprenons que M. Jobard vient d’être nommé directeur du Mu sée de l’industrie à Bruxelles. Ce choix sera approuvé par tous les industriels. M. Jobard a prouvé, par son rapport sur l’exposition des produits de l’industrie française , qu’il réunit toutes les connaissances nécessaires pour diriger un semblable établissement. Encore un homme capable mis à sa place par le ministère actuel. Jlonrnal de la Haye. Nous avons déjà fait mention de l’utile et excellent ouvrage que M. Jobard vient de publier. C’est un véritable service que l’auteur a rendu à l’industrie en général par celte publication, qui témoigne de profondes connaissances sur la matière. Les journaux belges et les feuilles françaises ont donné de justes et unanimes éloges 5 cet important travail, qui place M. Jobard au premier rang des écrivains technologiques de nos jours. Nous nous associons bien volontiers à ces éloges. Dans l’embarras où nous sommes d’entrer dans des détails spéciaux sur un ouvrage si scientifiquement écrit, nous croyons ne pouvoir mieux faire que de citer un fragment de sa préface, qui témoigne des idées élevées de l’auteur dans un sujet qu’il a traité avec tant de succès. Journal d’Anvers. La Belgique possède dans A1. Jobard le plus habile missionnaire de la paix, du travail et de l’industrie. C’est l’ennemi des extravagances héroïques que l’on couvre du linceul de la gloire et des'parlis politiques , qui s’agitent sans cesse sans faire un pas ; des babillards constitutionnels qui perdent leur temps à discuter de creuses théories en abandonnant des idées positives et pratiques de gouvernement. A1. Jobard, auquel on doit une foule d’inventions utiles et surtout le plus bel ouvrage qui ait paru en aucun temps et en aucun lieu sur l'industrie, a parlé il y a quelque temps dans le Courrier belge de l’industrie métallurgique, etc. La France Industrielle, 15 avril. L’industrie belge vient de recevoir du ministre une grande preuve d’intérêt. 11 a nommé à la direction du Musée conservatoire de l'industrie de Bruxelles, M. Jobard, dont les travaux ont rendu de si grands services à la Belgique, et que le gouvernement français a dernièrement décoré de la Légion d’honneur. Depuis tantôt vingt-cinq ans, M. Jobard a consacré sa vie au progrès des sciences appliquées; il a lutté avec un courage toujours nouveau contre l’inertie des uns, l’ineptie des autres, la résistance de tous. Se donner la tâche de redresser des abus, d’éclairer les ignorants, c’est s’exposer à de nombreuses inimitiés; aussi M. Jobard a-t-il eu à combattre les hommes aussi bien que les choses; et pour ses adversaires, il a eu toute sa vie un tort impardonnable, il les a battus par l’esprit aussi bien que par la science. — Mi — Nous félicitons M. le ministre du choix qu’il a fait. Le Musée de Bruxelles contient une collection précieuse, il était temps qu’on songeai à le remettre en des mains capables d’en tirer le fruit. Ce doit êlre aussi un bonheur pour M. Jobard , animé comme il l’est de l’amour du progrès, que de se voir enfin mis à même de ■pratiquer l’administration des choses industrielles, après les avoir tant et si bien recommandées. I.'Indépendant, 14 avril 1841. « Le but du directeur du Musée est grand , sa mission est noble ; ses résultats peuvent être immenses, et c’est justice de dire qu’il a été fait un choix très-judicieux de l’homme appelé à la remplir. Le directeur, M. Jobard, est un écrivain distingué et de plus un praticien habile ; nul mieux que lui ne sait vulgariser la langue industrielle, nul ne sait mettre mieux en relief l’utilité pratique d’une idée ou d’un procédé ; on peut donc attendre beaucoup de son savoir et de ses connaissances technologiques. Quant à la commission administrative instituée pour veiller à l’exécution des arrêtés et règlements relatifs à l’organisation et à la destination du Musée, pour émettre son avis sur les essais dont le directeur peut être chargé, ainsi que sur les acquisitions à faire, elle compte dans son sein quatre de nos principaux industriels qui ont consenti à accepter un mandat purement honorifique, par le sentiment des services qu'ils peuvent rendre au pays; c’en est assez pour qu’on soit convaincu qu’ils prennent ce mandat au sérieux et que son accomplissement témoignera de leur longue expérience. » L 'Indépendant ajoute : Nous nous associons de tout notre cœur à cet éloge de M. Jobard, un de ces hommes rares auxquels semble être dévolu, dans notre temps de faconde parlière, comme dit Montaigne, l’apostolat du travail et de l’industrie. 11 est certainement l’investigateur le plus habile qui existe de toutes les branches et de tous les secrets de l’industrie humaine, et nous espérons que, dans ses mains, le Musée de l’industrie deviendra l’arsenal de toutes les armes bienfaisantes qui enrichissent et moralisent une nation. Gazette d’État de Prusse, novembre 1841. L’exposition de l’industrie, qui s’est ouverte à Bruxelles au mois d’aoftt dernier, a attiré l’attention sous plus d’un rapport. Elle fut en 403 — quelque sorte le prélude des négociations qui bientôt après commencèrent à Paris, et qui devaient avoir pour conséquence, sinon une fusion, du moins un rapprochement notable des intérêts industriels des deux pays. En effet, des délégués du gouvernement français s’étaient rendus à Bruxelles pour étudier les produits de l’induslrie belge, et pour faire ensuite un rapport sur cette industrie mise en parallèle avec celle de leur pays. Le gouvernement belge avait donné lieu antérieurement à un travail analogue, en envoyant à Paris un ingénieux observateur, M. Jobard, qui composa une série d’articles lumineux sur la grande exposition française de 1839. Ces articles, imprimés d’abord dans le Moniteur Belge, parurent ensuite, réunis, sous forme d’un écrit particulier, que l’Angleterre elle- même, si avancée en industrie, désigna comme une source d’instruction riche et variée. Journal tic lMcnileniic tic l'induslric française. Nous avons eu depuis plusieurs années l’occasion de recommander à l'industrie française la division du travail comme une des sources les plus fécondes de l’économie dans la fabrication et de la perfection dans les produits ; mais une voix plus puissante que la nôtre, celle de notre président honoraire, M. Jobard, de Bruxelles, n’a pas craint de reprocher en termes un peu vifs aux fabricants ou mécaniciens français, leurs habitudes peu judicieuses de vouloir faire par eux-mêmes toutes les parties qui entrent dans la confection de leurs machines, et de ne pas se partager entre eux la confection de leurs diverses pièces, etc., etc. Le Politique (de Liège). Le Moniteur belge et plusieurs autres journaux français continuent de publier le rap|>orlde M. Jobard sur la dernière exposition de l’industrie française. C'est un modèle de genre par le grand nombre de faits qu’il cite, par une variété de connaissances qui se rencontrent rarement dans la même personne et par l’intérêt attachant qui règne dans cette œuvre la plus complète que nous connaissions. Les écrivains et les industriels français ont rendu pleine justice à M. Jobard iiapport. 2. 30 qui, dernièrement encore, a reçu d’un des économistes les plus distingués de notre époque la lettre suivante. (Suit la lettre de M. Michel Chevalier.) Le Constitutionnel ( de Paris ). La dernière exposition a été jugée par un jury français et par des écrivains français. Des récompenses ont été accordées, des encouragements donnés. An milieu de tout ce qui a été dit jusqu’à présent, nous avons inutilement cherché à connaître l’opinion que les étrangers s’étaient formée de notre industrie. Presque tous les gouvernements ont envoyé des commissaires qui ont tout vu, tout examiné, et qui, cependant, ont cru devoir garder pour eux et pour leurs commettants les impressions qu’ils ont reçues. Enfin le commissaire du gouvernementhelge, M. Jobard, vient de publier un rapport. Nous l’avons parcouru avec intérêt, et nous sommes heureux de reconnaître que M. Jobard a su apprécier notre industrie. 11 en a parlé avec goût, avec grâce, et en même temps il a donné une preuve de ses connaissances spéciales. Quelquefois sévère, quelquefois indulgent, mais toujours juste, il a recueilli des faits nouveaux qui lui ont suggéré de nouvelles réflexions, et a souvent examiné les choses d’un point de vue tout à fait neuf. .louriiiil des CoiiMaissauccs necessaire». L'ouvrage que publie M. Jobard peut être considéré comme un dictionnaire de technologie ; l’auteur ne s’est pas seulement occupé de faire une énumération plus ou moins rapide des produits présentés à l’exposition, de leur perfection , des récompenses qu’ils ont values aux auteurs: praticien profond et instruit,il a fait l’histoire de ces produits, de leur découverte, de leur exploilalion, des améliorations successives ; enfin, souvent, il suggère aux lecteurs l’idée de nouvelles et d’intéressantes applications. Nous avons lu avec intérêt les articles sur l’exposition, publiés dans le Courrier belge par M. Jobard, et qui font partie de son rapport, et nous pouvons dire qu’ils nous ont paru mériter d’être lus et relus. — 4f»7 — La France industrielle. Une grande exposition des produits de l’industrie belge doit avoir lieu à Bruxelles. Les progrès que l’industrie a dû faire en Belgique depuis 1835, époque de la dernière exposition, donneront un grand intérêt au concours de cette année. On y trouvera, sans aucun doute, les produits les plus parfaits en machines et en tissus de laine, de coton, de lin, etc., pour lesquels ce pays jouit d’une réputation méritée, et qui ne peut que s’accroître encore dans l’avenir par suite de la nomination de M. Jobard, l’un des plus savants technologues de notre époque, aux fonctions de directeur du Musée industriel L’expérience de ce savant est si riche de faits, ses connaissances sont si multipliées, son activité si grande, et son zèle pour propager toutes les inventions utiles si ingénieux, qu’il faudrait être absolument incapable pour ne pas profiter de scs conseils ; or, comme les Belges, auxquels il prodigue tout cela avec un désintéressement bien rare aujourd'hui, sont éminemment doués du génie de l’imitation, ils ne peu vent faire ((ne des merveilles en suivant les leçons d’un pareil maître. Gazette «le IMons, 9 avril 1841. Nous avons déjà parlé de la réorganisation du Musée de l’industrie, et de la nécessité de confier cette organisation ù une personne qui aurait fait ses preuves et dont la capacité serait généralement reconnue. Nous avons même désigné, pour remplir cet emploi, M. Jobard, ù qui ses travaux artistiques, scientifiques et littéraires ont assuré depuis longtemps la plus honorable réputation. Aujourd’hui nous apprenons et nous annonçons, avec le plus vif {ilaisir, que le gouvernement a su apprécier le mérite et les services de M. Jobard, et qu’il l’a nommé directeur du Musée de l'industrie. Ce choix sera généralement approuvé, ou plutôt il était fait d’avance par l’opinion publique, qui désignait M. Jobard comme le seul savant capable, par la multiplicité de ses connaissances, de se charger de la réorganisation dont il s’agit, réorganisation d’autant plus diflîcile, qu’indépendamment de la détérioration que les pièces de ce Musée ont pu éprouver, celte collection n’a rien reçu depuis plus de dix ans. Elle n’est plus au niveau des nouvelles découvertes et personne n’est en état de la compléter comme le fera M. Jobard. Ainsi la nomination de ce savant est un service rendu à l’industrie et à la nation. 50 ' — 468 — Nous lui adressons nos félicitations cordiales et nous témoignons toute notre reconnaissance au gouvernement pour celte nomination. .lotimal tic Itmgcif), 9 avril 1841. C’est avec le plus vif plaisir que nous annonçons la nomination de IU. Jobard comme directeur du Musée de l’industrie. Ce n’est pas aujourd’hui seulement que nous avons dit qu’il était le seul homme du pays capable de remplir ce poste important, et le gouvernement du roi a fait preuve de grand discernement et de haute justice en le lui confiant. Cette nomination a cela de différent avec celles qui se font souvent, que ce n’est pas seulement la place qui convient à l’homme, mais bien l’homme qui convient à la place. L’étude approfondie que M. Jobard a faite de notre industrie et de celle de nos voisins, et dont son rapport est le fruit, ne laisse aucun doute sur les services qu’il rendra dans la place honorable qu’on vient de lui donner. LETTRES. firuxelles, le 2 janvier 1(M1. MoNSiF.cn, Je viens de lire le premier volume de votre rapport sur l’industrie, auquel j’ai souscrit pour six exemplaires ; chacun de mes fils aura le sien, je prétends qu’ils en fassent leur lecture journalière jusqu’à ce qu’ils le sachent par cœur ; car il ne contient pas une idée, pas une phrase qui ne soit bonne à retenir. Permettez-moi de vous témoigner ma gratitude pour les précieuses élrennes que vous venez de nous donner, je ne doute pas que tous les industriels ne soient de mon avis dès qu’ils auront lu votre bel ouvrage. Recevez mes compliments et mes remerciments, C. Sax, Facteur d’instruments de musique. — 40>i) — Lettre «le M. l»I«la, fabrlcaut fram aiw. Paris, 13 novembre 1839. Monsieur , .l’étais loin de penser qu’en parcourant un instant mon établissement, il fût possible d’écrire nn article, ou, pour mieux dire, de faire un rapport aussi exact de ce qu’il contient. Yolredescriplion m’a fait undc ces plaisirs inattendus quivont à l’Ame, et c’est du fond de l’Ame aussi que je vous en adresse mes sincères et vifs remercîments ; quand un homme fait tout ce qu’il peut pour bien faire, et qu’il ne sait pas aller mendier des éloges, il est heureux lorsqu’il rencontre un autre homme qui a su le comprendre et qui vient au-devant de ses vœux, pour lui donner au moins un témoignage d’estime et de considération. J’ai reçu la médaille d’argent, mais croyez-vous qu’elle m’ait ét'é plus agréable que l’article de votre rapport? Non, non, je vous l’assure ; je n’écris point ainsi sous l’impression de la satisfaction que vous venez de me faire éprouver, mais je dirai plus, et je parle avec franchise, la croix d’honneur, tout en conservant pour celte distinction tout le respect qu’elle mérite, ne m’eût pas flatté davantage... Bruxelles, le 17 avril 1840; Monsieur , Je vous prie de vouloir bien m’inscrire au nombre des souscripteurs A votre rapport sur l’exposition des produits de l'industrie française. J’ai lu avec le plus grand plaisir tout ce qui en a été publié, et j’ai bien admiré, monsieur, avec quel talent vous avez su répandre tant d’intérêt sur ce su jet. Certainement vous avez inspiré le goût des sciences utiles A un grand nombre de personnes. Par l’étendue et la variété de vos connaissances, vous avez fait qu’une exposition de produits industriels devint un cours d’études profondes et attrayantes. Agréez, monsieur, l’assurance de ma considération la plus distinguée, Guillery, Professeur de chimie. — 470 — Monsieur, Je n'ai pu lire que iamY Indépendant votre rapport sur l’exposition de l’industrie française; mais aussitôt que j’en eus parcouru la première partie, j’ai senti le besoin d’aller vous féliciter d’un travail aussi complet, aussi utile et aussi instructif que celui que vous avez publié. Cent écrivains ont fait des rapports sur l’exposition, ils ont écrit de belles phrases, distribué l’éloge et le blâme, mais aucun n’a motivé son jugement. C’est qu’il fallait donner l'histoire de chacune des industries qu’ils prenaient Ia'mission de juger, et indiquer le degré d’avancement où elles se trouvaient à l'exposition ; tâche difficile, qui exige, non des connaissances superficielles, mais de profondes études théoriques et pratiques qu’il est rare de rencontrer dans la même personne. Vous avez fait plus que cela; dans votre rapport, vous vous êtes placé au delà de ce qui est, et vous avez montré par quelle voie on peut avancer et progresser indéfiniment. Vous parlerai-je, monsieur, de ce sel attique dont vous avez assaisonné vos descriptions savantes, ce qui les rend intéressantes même aux belles duchesses, accoutumées à pâlir au premier mot d'arts et métiers. Je félicite le gouvernement belge de vous avoir choisi pour une si noble êt si difficile mission, et j’espère qu’il finira par apprécier vos larges vues sur les moyens d’encourager les travaux industriels dans ce riche pays de Belgique. Comme je suis venu deux fois à votre bureau pour vous dire ce que je viens d’écrire, et que vous étiez absent, j’ai pris le parti de vous adresser la présente, en vous priant de me croire votre tout dévoué, CniTTi, Professeur d’économie politique. Extrait d'une lettre de 1U. Hivière, professeur de géologie. Paris, 50 avril 1840. Mon brwe ami, Je suis enchanté de votre décision : imprimez, tirez votre rapport,, vous le vendrez, on le dévorera, car il est magnifique cl agréable à lire. — 471 — Pour vous prouver combien je le trouve bon, je vous dirai que j’ai débité nombre de vos idées, quantité de votre érudition à mes auditeurs de l'Athénée royal. Ce n’est pas tout, je vous le dis tout net, je vous pille et je me sers de vos propres phrases dans un grand ouvrage que je vais publier, un traité de géologie industrielle; allez donc, et vous irez loin... lAtriilt d uue lettre de IM. le vicomte I.avnllcttc, rédacteur eu chef de l’Écho «lu monde savant. Personne n’apprécie plus que moi les travaux de M. Jobard. Sa plume est toujours infatigable pour défendre les bons principes, pour étendre le domaine de la science et de l’industrie. C’est pour moi une affaire de conscience (pie de le citer dans tous les cercles comme un des hommes le plus utiles à son pays, par sa marche si franche, si loyale, si laborieuse. Je lui ai payé déjà mon tribut dans plus d’un endroit; mais je consacrerai prochainement quelques colonnes de mon journal à l’appréciation du remarquable rapport qu’il vient de publier : quel homme mérite plus la sympathie que M. Jobard..., etc. llitrait d'une lettre «lu baron bégiiier. Paris, 17 janvier 1840. ...Laissons là la photographie pour vous remercier de l’envoi régulier que vous me faites de votre compte rendu de l’exposition de l’industrie française et des très-utiles et très-opportunes digressions industrielles que vous y ajoutez. Tout ce qui sort de voire plume, monsieur, et ceci sans compliment, est marqué au cachet d’un esprit fin, observateur, comprenant bien les besoins de l’industrie ; tout a le mérite de l’actualité. Je ne m'étonne donc point que vous ayez obtenu les honneurs de la traduction et le tirage sur les presses extra-nationales, et je vous conseille d’adresser vos volumes si bien remplis au roi des Français. — 472 — Extrait d'n ne lettre de Jules Janln. « Paris, 27 décembre 1856. Je vous dirai tout de suite et sans préambule, que vous êtes mou homme, et que je vous serre la main de tout mon cœur. On n’a pas plus d’esprit que vous, ni plus de sens... Vous écrivez comme un homme, et vous pensez comme un homme; vous ressemblez, ù s’y méprendre, à Michel Chevalier, et je vous en fais mon compliment bien sincère; votre Promenade en Angleterre est tout à fait à la hauteur de ses Lettres sur les États-Unis. Il n’y a qu’un malheur à votre livre, c’est d’avoir été imprimé en Belgique; du reste, la division des chapitres est excellente, cela est net et vif, et sans préparation; vous vous êtes habilement débarrassé de la transition, une des horribles difficultés de ceux qui écrivent. En un mot, je sms enchanté, et je vous le dirai publiquement. Je vous répète que votre livre est mal imprimé, mal ficelé; on dirait une contrefaçon, et non une des brochures les plus originales qui aient été publiées depuis longtemps. A votre place, j’en enverrais la suite à la Revue de Paris, et votre honorable ville de Bruxelles vous contreferait deux ou trois fois. Pensez à cela, monsieur; je suis tout à vous. N’oubliez pas de m’envoyer la suite de vos cahiers, j’y tiens beaucoup. Mille bonjours, mille compliments ; si vous voulez me connaître, venez à Paris, et ne m’attendez pas à Bruxelles. « Tout à vous, « J. JANIN. » Les fondateurs des chemins de fer de la Belgique, à 11. Jobard. Monsieur, Bruxelles, le 25 mai 1854. Après le succès qui vient de couronner nos efforts dans la question des chemins de fer, nous croyons vous devoir un témoignage écrit de gratitude, pour la part active que vous avez prise à l'introduction de celte heureuse innovation dans notre pays. C’est à la défense éclairée — 17 ." et vigoureuse que vous avez prise dans les journaux, contre les nombreux antagonistes de celte importation que nous devons de l’avoir emporté sur eux. C’est à la réfutation incessante des erreurs qu’ils répandaient par la presse, et aux conversions importantes que vous avez obtenues, que nous devons, en grande partie, d’avoir fait triompher le principe de l’exécution des chemins de fer par l’État. Nous vous en avons, monsieur, une véritable reconnaissance, et s’il nous était permis de parler au nom du pays, nous croirions devoir vous féliciter du service que vous lui avez rendu, en contribuant si puissamment à le doter de communications qui lui promettent une supériorité ' notable sur ceux de ses voisins qui n’ont pu vaincre jusqu’ici les préjugés de la routine et la résistance des ennemis du progrès. ' Suions. Deriddek. Nous pensons qu’en voilà de reste pour nous constituer un beau majorai dans la république des sciences et des lettres, et convaincre l’univers que nous sommes une créature exceptionnelle tout à fait digne de l’attention des naturalistes. Nul doute que, si nous étions encore à cette heureuse époque où d’aimables lectrices se laissaient aller à de tendres impressions à la seule vue du caractère romain ou de la philosophie d’un auteur, il pourrait bien nous arriver comme à Bernardin de Saint-Pierre et à l’Ermite de la Chaussée d’Antin, d’être demandé en mariage par quelque princesse russe; si d’aventure il en rcslait encore une, nous la prévenons que l’instant serait bien choisi, car nous sommes on ne peut plus susceptible d’augmenter le nombre de ses esclaves et de l’aider à dépenser ses revenus à mettre au jour une foule de magnifiques découvertes dont nous avons la tête enceinte. ( Qu’on se le dise.) Nous sommes d’autant plus charmé de ces chauds témoignages d’estime et d’amitié, qu’ils sont une preuve du bon cœur et de la générosité de beaucoup de journalistes qui nous avaient massacré sans nous connaître et sans nous entendre; c’est une preuve aussi que la lance d’Achille fait tous ses efforts pour guérir les blessures qu’elle inflige, très-souvent par pure inadvertance; mais il faudrait que le blessé eût — 474 — toujours le courage de ne pas se laisser mourir avant l'application du topique et qu’il imitât le guerrier du Dante : « Che non s’ era accorto Ch’ era morte, qui continuait à combattre sans s’apercevoir qu’il était mort. De tous ces certificats plus honorables et plus flatteurs les uns que les autres, celui des directeurs du chemin de fer constitue notre plus beau titre de noblesse; nous avons en effet dépensé beaucoup de temps, d’argent et de paroles pour obtenir une majorité au projet de M. Ch. Rosier. Nous avons fait, à nos frais, un voyage d’investigations en Angleterre et nous avons imprimé des volumes en faveur de la construction des chemins de fer par l’État, eh bien ! saveï-vous quelle a été la récompense nationale, la couronne civique que nous avons obtenue?... La promesse d’une carte pour nous promener sur le chemin de fer ! ! Tandis qu’un arrêté royal eut dû nous accorder le droit de libre locomotion pendant toute notre vie sur des chemins que nous avons si puissamment contribué à fonder, et qui ont acquis â la Belgique les sympathies des peuples et le pardon des rois. x Ayez donc du zèle, du dévouement pour le représentatif! Si nous en eussions fait autant pour une compagnie, ou pour un gouvernement dont le souverain peut dire : l’État c’est moi, nous en eussions été sans doute royalement récompensé. Qu’avons-nous besoin de connaître vos griefs? nous diront certaines gens. Eli ! mais, rappelez-vous que celte queue de notre livre n’est qu’un aparté pour nos amis, une causerie de coin du feu, et une petite critique du serpent à plusieurs têtes qui ne saura jamais se tirer des broussailles politiques dans lesquelles il est engagé. Il n'est pas besoin d’être prophète pour annoncer qu'il disparaîtra quelque jour comme Romulus, au milieu d’une tempête. FIN. TABLE Dll SECOND VOLUME. INDUSTRIE DES BRONZES. » Chapiteau de la colonne de juillet. Denières, Thoraire, Richard, C'uesnel, Ledure, etc. . Bronzes français chez les Kirj'his. Dorure des Chinois. Histoire du bronze. Maisons en bronze des anciens. Les portes du Panthéon, vol de Vitellius. Benvenuto Cellini, les frères Relier. Bronze des Javanais, zodiaque en bronze. Bronze des Bulgares. Le Manneken-Pis, en bronze. Alliages du bronze. Canons manqués. Mémoire sur les canons de la fonderie de Liège. . . Expériences de Piobert.. L’art de dorer sur bronze. Moulage d’une Heur. Variations dans le goût des bronzes. Coût anglais. Applications du galvanisme. Page. 2 ib. 3 ib. A ib. S 0 ib. 7 8 9 , 10 . 12 . 14 . 16 . 21 . 23 . 25 . 26 — 476 — I’hrc, Bronzes du roi de Bavière. Airain de Corinthe. 30 Fourneau des doreurs de Munich.32 Mademoiselle Fauveau de Florence.imites styles moyen âge, gothique, rocaille, rococo, etc. . . . i. 33 De la ligne de beauté.34 La Napolitaine et le zingaro en bronze.30 SIJCUES. Histoire du sucre, la moseouade et la eassonade.39 Composition du sucre.40 Sucres des Indes.41 Une fabrique de sucre indoustanc.42 Importation de la canne en Amérique. . ..43 Raffinage des Vénitiens.44 Histoire de Forester le constructeur de nègres à vapeur. ... 45 Sucreries des Américains.40 Travaux de Dutrone, Lowitz, Margraff, Achard.47 De la macération de Mathieu de Dombasle.49 et 72 Travaux de Charles Derosne. ib. Travaux d’Howard et de Figuier.51 Le noir animal.52 Crespel-Delisse.*'*• La double évaporation.53 F’iltrc Dumont.54 Appareils d’Howard, de Cellier, de Bram Chevalier, de Pelletait, de Derosne et Cail.50 Appareils de Beaujcu, de Martin-Champonnois, de Legavriand, de Sorel et Gauthier.57 Dessiccation de la betterave par Schuzenbach.58 Du lévigateur.*>1 Du déplaçateur.02 Du macérateur. ib. Presse continue de Pecqueur.03 Dessiccateur Chaussenot. 04 Râpes et pompes de presses hydrauliques. ib. Chaudières à grilles de Pecqueur.07 Chaudières d’Ëmery. ib. Appareil Pelletan.08 Appareil à double effet de Derosne et Cail. Appareils fabriqués pour Java.00 Appareil à revivifier le noir par Bourée.71 État de la sucrerie en Belgique.r7>. Consommation de sucre par différents peuples.75 Raffinerie nationale à Bruxelles.70 Sucre en tablettes. . . •.77 Liste dcssucreriës de la Belgique. ib. Le sucre indigène et le sucre colonial.80 M. Cunin Gridainc. 81 Manière d’établir le prix de revenu du sucre de betterave. ... 82 Le sucre au prix du pain.84 M. Vincent, sucrier de Bourbon.85 Sucreries de Java..87 INSTRUMENTS DE MUSIQUE. But delà musique. La musique trop bruyante.0° Du piano et de son origine.02 Hebestreil, Cristofoli. y .> Gottlob-Scliroter, inventeur du piano.94 Balbâtre et Pascal Taskin.06 Abus des remises aux professeurs de piano.07 Histoire de M. Bémol et de Talleyrand.98 Ërard ..09 Ërard II.101 Ërard 111.'05 Pape.105 Le piano d’ivoire. ib. Scie spirale de Pape.107 Rolleret Blanchct. . 110 Expériences de Lepère sur le piano.115 L’oreille turque.116 Montai, Ërard, Pleyel et Thalberg.110 Pleyel.I 20 Causes de la sonorité des pianos.125 Expériences sur le son. 125 Accordéons.127 — 478 — p»if- Conccrtina de Wheatstone.*27 Voix humaine artificielle.12** Instruments à cordes et à archet.1211 Amati, Stradivarius, Guarnerius, Slcincr, Willaumc.1Ô0 Difficulté de faire un bon violon.loi Mirecourt.135 Piano chromatique, musique des yeux.135 I-e père Castel.13*’ 1 Piano des odeurs.loi* Melophon Leclerq.141* Orgue de Desfourneaux.142 Aéroboé de Paris. ,.143 Orgue de M. Meeus Woulcrs.144 De la flûte.145 Le bambou père de la flûte.14G Flûte de Boehm et de Sax.147 Division des instruments à vent par Sax.14!) Harpe et piano-viole.150 Cordes de violon en soie.151 Clarinette perfectionnée par Sax fils.152 Clarinette alto en mi-bémol, et clarinette basse en si-bémol . . 153 Clarinette bourdon en si-bémol.151 Réflecteur du son.155 L’orchestre couvert.155 Expériences sur le transport du son. .157 Le cor.158 Le cor omnilonique de Sax père.101 Lettre deM. Biot à l’auteur, sur le son.102 Trompette à clef.1G8 Goût des Flamands pour la musique.109 Couleur des sons.170 ' Basson.171 Rapport de Fétis sur les ateliers de Sax.173 Basson d’Adler.170 L’air ne se réfléchit pas comme le son.179 Le diapason musical et les audiettes.189 Expériences de Duhamel.182 Différences dans les diapasons.183 Musique des guides.184 Expériences de Wheatstone sur le son.185 — 471 ) — ÉCLAIRAGE. ' Paf»r>. Grande diffusion de la lumière.188 Qui invente les lampes?.190 Ohapuy, Galy-Cazala, Tillorier.191 Lampe à l’essence et à l’alcool.194 VAirltght .195 Lampe endosmotique.190 Lampe de Guillery. ih. Veilleuse Lépine.197 Secret de Bentley.198 Lumière Drummond. tb. Lumière Gaudin.199 Lampes du commerce.200 Lampes à réservoir supérieur, à niveau constant.202 Lampes à réservoir inférieur, mécaniques.205 Lampes hydrauliques et hydrostatiques.207 Système Robert.209 Lampe Robert.212 Substitution de l'huile au gaz.215 Becs du système Robert.217 ÉCLAIRAGE AU GAZ. Fourneau Broqui.221 Minkelers véritable inventeur du gaz.225 L’éclairage au gaz connu en Chine.221 Le gaz, feu sacré des Guèbres. ib. Source de gaz dans le Hainaut.225 Expériences de Sabloukoff, de Mole et de Letoret sur la ventilation. 227 Nouveau verre à gaz.*.250 Travaux de M. Blondeau de Carolles.231 Gazomètre compteur.235 Régulateurs des courants d’air.230 Adultération de la houille.259 Distillation continue de la bouille.240 Gaz à l’eau.213 — 480 — \ Pngr. M. Solliffiie et le comte Valinarino démasqués.240 Description du procédé du gaz à l'eau.24!) Gaz comprimé.251 Gaz portatif non comprimé.: *.255 Gaz animal de Séguin .254 Gaz de pépins de raisins.250 Gaz à la minute. ib. Bombe éclairante.257 Lampe Dobereiner éclairante.25!) Lampe à gaz portative.2G1 Petit appareil d’éclairage particulier.202 Rapport de l’Académie de Bruxelles, sur la lampe ù gaz deM. Jobard, ib. Finesse de M. Selligue.205 Ballon lustre.200 LITHOGRAPHIE. La lithographie succède à la gravure.207 Transport des vieilles gravures.20!) Le comte de Lasteyrie lithographe.270 Débuts de l’auteur.-.271 Aloïs Sennefeldcr.274 Description delà lithographie. • . . .275 Premiers succès de la lithographie cil Belgique.277 La lithographie reste stationnaire. ..278 Ce que doit savoir un vrai lithographe.27!) De l'impression lithographique.280 La Danaé.281 De la gravure sur pierre.282 Langlumé journaliste à bâton rouge.285 Lemercier, Vilain, Thierry, Delarue, etc. ib. Les épreuves de la pierre sont plus nettes que celles du cuivre. . 284 Cartes de Collon, anecdote anglaise.285 Divers procédés.280 t La lithographie se prête â tous les genres de gravure.288 Aquatinte lithographique.290 Aquatinte par transport.292 Fumées de l’abbé Soulacroix.295 De la presse lithographique.295 Presse cylindrique continue.290 \ — 481 — Page Carrière lithographique de Mussy-Lévêque.298 Carrière de Willers-Enlieu.29!) Manière noire lithographique.500 Dessin blanc sur noir.501 Lavis lithographique. 502 Imprimerie mosaïque.."04 Lithographie par enlèvement.. 505 üiagraphie.500 Description des procédés diagraphiques.507 Impression diagraphique.509 Contrefaçon du Coran. 510 Champollion ét sa grammaire.512 Transport des vieilles gravures sur pierre. ib. Transport des journaux.514 Du grainé des pierres.515 Des transports sur bois et sur faïence.SIG Gonor et Quenedey.518 Lithographie en relief, embossage.. . .519 Essais polytypiques.525 Imitation de la gravure en bois sur cuivre. ib. Photographie lithographique.527 De la contrefaçon par la lithographie.528 Bank-note Perkins.550 lin billet inconlrefaisable. 552 La contrefaçon sur les pontons anglais.555 Papiers Mozard et Grimpé.555 TYPOGRAPHIE. État de l’imprimerie en France.550 Du luxe des éditions.557 Le libraire détaillant ruine l’éditeur.540 Mémorandum des éditeurs contre les libraires.541 lin éditeur qui quitte les affaires est ruiné.545 Transport de la librairie par les postes.540 Ruses du libraire.517 Lacunes de la typographie.549 Proposition de signes passionnels supplémentaires.550 rapport. 2. 51 — 48 “2 — Page Marcelin Legrand graveur de chinois. .. 553 Des bous graveurs de Paris... jl K Mêlai Colson, nettoyage des formes sans brosse. ib. Composition de la musique en caractères mobiles. 355 Impression des grandes affiches...354 RELIURE. Reliure au caoutchouc perfectionnée 350 ARQUERUSERIE. Histoire chronologique des armes à feu depuis les Romains. . Fusil de Caligula. Les Chinois inventeurs du fusil. Julius Africanus décrit la poudre A tirer. Évaluations diverses des gaz de la poudre. Fusils Montalembert, Bouillet et Giraldini .. Fusils Pinetli et Pauli... Fusils Lepage, Potet, Prélat, Blanchard, Pichercati, Dcloubert, Julien Leroy, Congrève. Fusils Birman, Perkins, Cooker, Bruncet. Fusils Newmareh, Delvignc, Curls. Fusils Romershausen, Ackerslein, Robert. Conspiration des armuriers contre le fusil Robert. Fusil Moser. Fusil Lefaucheux. Statistique des armes à feu de la France. Hostilité des comités d’artillerie contre les inventeurs. Comité de Woolvvich... . 358 ib. ib. ib. 307 3(18 309 371 372 371 375 ib. 377 ib. 578 580 Expériences officielles sur les armes, faites à Liège.589 Fusil Thonon.. Fusil Charroy, fusil Deslrivaux. 3^5 Fusil Robert, carabine Heurtcloup. 5^4 Carabine Heurteloup-Delvignc. . . .. 58 g Fusil Heurteloup, koptiptcur. .. 38 g Fusil Console.. — 485 — l'âge Carabine Delvignc-Console. ..588 Carabine Delvigne.• ... if>. Pistolet Delvigne.589 Fusil Aubagnac.*. jb. Fusil Malherbe.590 Fusil Montigny.i7>. Mousqueton de Lepage.592 Carabine saxonne.595 Fusil llotton.594 Fusil Thiery. jj K Fusil Potet.595 Fusil Pothier.SCO Lepage.,7,. Principaux armuriers de Paris.597 Le capitaine Beleurgey.599 Fusil de l’auteur.40-2 Nouveau fusil à vent.405 Fusil-lance.404 Fusil à gaz hydrogène de Gally-Cpzala.405 Fusil Tillorier. H>. CHAUFFAGE. Chauffage des rues d’une ville.407 Perle énorme du calorique.409 Poêles russes et verviétois.410 Feux ouverts parisiens.412 Préventions contre la houille. . 415 Poêles belges.«. . . . .414 Chauffage communal au gaz courant.415 Poêle omnibus.418 Poêle fumivorc.420 Cheminée banale. id. Mitre capnofuge à soufflet conique.421 Poêle bohémien. t .422 Poêle Jamard.424 Carboléine.. . . •. ib. Chauffage belge (boulets.).420 — m — Page Chauffage des chaudières à vapeur. ..^28 Lettre iHona s 3 'li n V liai pueg n jaujwnf.1 i ’iqv 1 h* 7 £S0S 5 | Djm - H c M t c y 2. 0 0 K 3* v -N, V-*’ f' ss n