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Â.^-. \ "$?$• wypfm pym’f~ Emrm //AV> # - g u " ■'r£22"" J Ÿe^- \- < fàsgiï/âÉSm i&^SÎ/^H îtete .;i, te p-; K-te>-r ^ ^ ; , *^r*~ ■ ■• C3.*v ‘i ' ': " lÉ^îxÆinJlù s rî'V^r^ ^ _ "y?!-,- 1 .Ate~ f. ■ Aa / * ' ' ' ' ySê'gfMM-mm -vwmtr**. m Mmm EXPEDITION SCIENTIFIQUE DE MOREE, ORDONNÉE PAR LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS. Nota. M. le Colonel Bory de St-Vincent, Directeur de la Section d Histoire naturelle, et ses Collaborateurs, MM. Virlet, de Bobelaye, Baccuet, Brullé et Delaunay, publient les résultats de leurs travaux dans une autre partie qui, avec celle-ci, formera l’ensemble de l’ouvrage de l Expédition scientifique de Moree. IMPRIMERIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, IMPRIMEURS DE L’INSTITUT, RUE JACOB, N° 24- :wt3Zl c fPAN&lJ #5» cSÆ«# f*£Èà ÎSEgg zrx.'.’k i ïîl ËftSHil i SHeï?®lH! SeURiTAY «WCfiJ! à^rnce^xxR/ .:®ai g Kj. '^ili «Mm mmrmm - A Wtàr ■ Lfe mm ivf r-:‘À \(’â .Lu US: I S-iffllRWri. jlLi ft 11J.0UKT IHV KT OKI m 1 LU. WI •->* » K- ! t * * % * siSW'i, .JvW 3E*,-* t^i . >■ H'!*- ^f| g r 'w»sœ Ç?*ÜSsVV*‘>r* «T^veii • .->. jj r'fcV-y' ^ “•**£* iï'W.i : - ‘.'-■'A;' * ; - wm r-'. V «3éS= •jyijifcjfeàa.* isi ^'j ftJE- ^ EXPÉDITION SCIENTIFIQUE DE MORÉE, ORDONNEE PAR LE GOUVERNEMENT FRANÇAIS. b/cu^iû///ôâ / *%zàwy/ïào7?d et ^'Uô/ du ^e>Kopoire^e ; c )&6 ©opEcecSeà ek c)e f oAofcticja^ MESURÉE, DESSINÉES, RECUEILLIES ET PUBLIÉES Pc ©imntav S/i/ < ëoÛaAora/eu}&. nvtM\t y f y ('bu' Rit I 0 \. PREMIER VOLUME. A PARIS, CHEZ FIRMIN DIDOT FRÈRES, LIBRAIRES, RUE JACOB, N° 24- • c \ , -ÿ.’ /o, 06 fri - Wô f mtc /e dmûment r/imo /m>/wu/o recomu^anco aae ma) ra/mti eé> mot, oui com/ioO/mJ /a- Zdoàtm ddeauæ-'_yér6) do î (C-ayedihot) ScLeM/bi^cjiie de mie ‘cee oïdovvuee p P ar Alexandre de Brancas, maréchal du roi de Sicile. Il en était temps; car les Centerions, famille puissante de Gênes, concurremment avec les Paléologues et les Zacharias Mellissènes, issus d’Alexis Strategopoulos, qui avaient expulsé les Latins de Constantinople, s emparaient pied à pied du Péloponèse. Les Vénitiens et les Turcs étaient sur le point de s’y trouver en présence. Ces derniers, qui y avaient déjà fait quelques incursions, étaient parvenus, au mois de décembre, à renverser la muraille de l’isthme, et Amurath,qui les conduisait, avait incendié Patras. Expcd. en Morée. d VIII INTRODUCTION. Wadding, dans ses annales des frères mineurs, nous donne l’état du Péloponèse en ifâg. Il se trouve dans une lettre adressée au vénérable P. F. Jacques de la Marche, ce II y a dans la Grèce une certaine grande province, vulgaire- « ment appelée Morée, de huit cents milles de circonférence, un territoire plantureux, très-fertile et abondant en ce toutes choses, non-seulement des biens nécessaires à l’usage de l’homme, mais encore des productions qui servent « à son ornement. Il donne du pain, du vin, des viandes, du fromage, de la laine, du coton, du lin, de la soie, « de la graine de kermès, de l'uvci passa , raisin de Corinthe, pour la teinture : tout cela en abondance. Pour un « ducat on a deux stiers (staria) grands de la Marche, pesant i 4 o livres. Le vin est au plus vil prix. Huit moutons gras « valent un ducat. L’avoine et le fourrage sont si copieux, qu’en sus des bestiaux, ce pays peut nourrir cinquante mille « chevaux sans qu’il y ait cherté. L’année dernière, les Turcs y étant entrés avec quatre-vingt mille hommes de ca- « valerie, une innombrable armée de fantassins, et des charrois en quantité, ils y vécurent pendant cinq mois dans « l’abondance, et, après leur départ, le prix des denrées était très-bas, tant sont grandes ses ressources. Elle ressemble « à une île, environnée par la mer, à l’exception d’un bras étroit qui la joint au continent, lequel étant bien gardé, tout « le pays est en sûreté : totapatria est secura. Outre les villes qu’elle possède, il y a bien trois cents châteaux murés, a fortifiés et bien pourvus; beaucoup de bestiaux , et une population considérable. » La même année, Thomas, despote de Morée, assisté des Albanais, qui faisaient le fonds de la population agricole, avait profité des discordes des Turcs qui se déchiraient entre eux pour les battre ; il en fit un grand nombre captifs, dont il envoya dix en cadeau au pape Pie II. Ces succès auraient dû réveiller le patriotisme des Grecs; mais les tristes rejetons des familles impériales, Démétrius- Athanase Lascaris, Emmanuel Cantacuzène, enfants de la discorde, n’étaient occupés que de processions, d’accapnrer de vaines et mensongères reliques, de se crever les yeux, et de s’empoisonner mutuellement. Soumis aux caloyers (moines), qui mettaient en question si on pouvait faire la guerre, si le célibat n’était pas préférable au mariage, ils ne surent ni défendre ni conserver un pays destiné à devenir la proie des Mahométans. Ce fut alors que Paléologue Grizza et Nicolas Paléologue vendirent à la seigneurie de Saint-Marc Navarin et Monembasie. Maîtres de ces places, les Vénitiens, qui n’écoutaient les avis de Rome que quand ils s’accordaient avec leurs intérêts politiques, ayant concédé aux Grecs une entière liberté de culte, parvinrent à ranimer l’esprit public. En i 464 , ils avaient réussi à faire prendre les armes aux Moraïtes. La muraille de l’isthme avait été relevée comme par enchantement. Les habitants delà Laconie, ceux d’Epidaure, les Arcadiens, lesPelléniens, noms qu’on est étonné de retrouver dans les chroniqueurs de cette époque, se rangent sous la bannière de Venise. Partis de Nauplie, ils échouent devant Corinthe, et ils changent de plan en apprenant quel’Achaie, agitée par un nommé Ranghis, refusait de participer au mouvement national. Ils se replièrent vers Mistra, dont ils s’étaient emparés ; ils commençaient à s’y rallier quand ils apprirent l’ébranlement de l’armée du sultan, qui était campé à Larisse. Un Schypetar lui avait porté la nouvelle des événements qui se passaient en Morée. Le chef des Agarènes fait aussitôt abattre ses tentes, passe les Thermopyles, traverse les champs de Platée, franchit le Cytheron , trouve la muraille de l’isthme sans défenseurs, ravage la plaine d’Argos, monte au plateau de laTégéatide, s’établit à Londari, qui était alors la capitale de la Morée, ravitaille Patras, et traite avec les Maniâtes, qu’il n’ose attaquer. Nous ne rapporterons pas toutes les guerres qui ensanglantèrent depuis ce temps la Morée, où les Vénitiens continuèrent à posséder plusieurs places fortes. Nous nous contenterons de remarquer qu’à dater de cette époque, ils conçurent des préventions si odieuses contre les Grecs, que ceux-ci, tourmentés, opprimés, avilis par tous les provéditeurs, ne regardèrent plus les Turcs que comme des libérateurs destinés à les affranchir d’un joug d’autant plus humiliant qu’il attentait à la liberté de leur culte. Morosini, qui reconquit une partie de la péninsule, en 1687 et 1688, n’eut pas l’art de conquérir l’affection des habitants, qui apprirent avec regret que leur sort était uni à celui de Venise par le traité de Carlovitz. C’est à l’histoire qu’il appartient de dire comment le petit-fils d’un renégat français, Numan Cuprouly, qui fit trembler la chrétienté en 1715, lorsqu’il venait avec trois cent mille Turcs en Romélie, détacha le visir Coumourzy vers la Morée, tandis que, s’avançant à travers la Bosnie, il annonçait hautement qu’il voulait envahir l’Italie. Il nous suffit de rapporter que les infidèles qui s’emparèrent de l’Acrocorinthe après six jours de tranchée ouverte, de Nauplie et de Monembasie, avec une égale facilité, enlevèrent alors quarante mille habitants de la Morée, qu’ils traînèrent en esclavage. Les religieux catholiques et les négociants français furent enveloppés dans cette catastrophe. Le fils du vice-consul de Mycône, Charles Bonfort de Cassis, fut vendu à ce même bazar de Smyrne où l’on a vu les habitants de Chios mis à l’encan en 1822. Paul Lucas, témoin de ces désastres, en fait un tableau déchirant, et plusieurs lettres du temps nous font connaître qu’une grande partie des esclaves grecs furent rachetés par le R. P. capucin Jérothée de Villers-Coterets, sans que notre légation de Constantinople daignât révéler cette œuvre de charité, que nous annonçons, peut-être pour la première fois, au monde chrétien. La diplomatie eut de tout temps ses capitulations de conscience; les chrétiens égorgés avaient été aussi légalement égorgés alors que les martyrs de Chios, de Psara et de Missolonghi l’ont été de nos jours. Les Vénitiens perdirent la Morée, et les Turcs en demeurèrent seuls possesseurs par le traité de Passarovitz, conclu sous les auspices de la Grande-Bretagne et de la Hollande. Cette ère d’esclavage effaça les noms de duchés, de marquisats, de comtés, de baronnies; et les nouveaux maîtres du Péloponèse firent un grand sangiac, ou drapeau de la presqu’île. Ils procédèrent ensuite, conformément au canon de Soliman, au dénombrement des chrétiens que le fer avait épargnés, afin d’établir le cens, ou capitation. Cette INTRODUCTION. IX lustration des Grecs asservis, faite en 1719, lorsque l’auteur de la Henriade reproduisait Sophocle sur le théâtre de la nouvelle Athènes, donna pour résultat soixante mille chrétiens mâles, depuis l’âge de douze ans jusqu’à l’extrême vieillesse. D’après cette hase, on peut conclure que le grand-seigneur attacha à son joug environ deux cent mille Grecs, restes d’une population qui avait autrefois couvert le Péloponèse de plus de deux millions d’habitants. Cependant les chrétiens, à la faveur d’un siècle de paix, par l’effet naturel des mariages et le retour de ceux qui setaient expatriés, ne tardèrent pas à se trouver plus nombreux qu’ils 11’étaient au moment de la cession de leur pays au sultan. Ces beys et les agas, qui avaient succédé aux Seigneurs du livre d’or, en traitant les paysans comme des animaux utiles, au lieu de les écraser, ainsi que le commandait la politique ombrageuse de Venise, avaient causé cette amélioration. Quoique les Turcs soient les plus propres à posséder inutilement un bon pays, les villes se relevaient, l’agriculture s’étendait, et la France, par l’activité de son commerce, 11e tarda pas à répandre un bien-être auquel on n’était plus accoutumé. Ses comptoirs établis à Nauplie et à Patras tendaient à hâter la civilisation. Un évêque visiteur, recommandé par Grégoire XUI au roi de France, avait parcouru l’Albanie et le Péloponèse dès 1 584 , afin de consoler les fidèles. M. de Belfond, depuis ce temps, consul à Coron , en protégeant le commerce, était parvenu à y établir une mission catholique, à l’instar de celles de Naxos, Thessalonique, Patras, Nauplie, Athènes, Mélos, Paros, Smyrne, Chios, Négrepont, qui furent instituées sous le règne de Charles IX. Le midi de la presqu’île florissait, lorsqu’une peste affreuse, apportée d’Égypte, éelata en 175G, et enleva, dans le terme de cinq années, la moitié de la population. Ce fut six ans après ce désastre, en 1767, que quelques familles de la Messénie, excédées de leurs souffrances, résolurent de quitter pour toujours le beau ciel de la Grèce. John Thornbull, Anglais, qui se trouvait à Coron avec quelques vaisseaux, obtint, au prix de 1200 piastres, du bey qui commandait dans cette ville, la permission d’embarquer ces malheureux. Leur séparation de la terre natale fut douloureuse, au moment de quitter les tombeaux de leurs aïeux; et ils 11e s’en détachèrent qu’à la voix des ministres du Christ, qui donnèrent le signal du départ, en les bénissant : Partez , urnes chrétiennes! Ils firent voile pour l’Amérique: la navigation fut longue et pénible pour atteindre les Florides, où ils fondèrent une colonie hellénique. On assure que ces Grecs ont envoyé plusieurs fois demander des prêtres à leur ancienne patrie; mais on ignore s’ils existent encore, comme la tribu des Éleu- thérolaeons que l’on retrouve dans les montagnes de la Corse. Les tombeaux étaient à peine fermés, qu’on vit éclater un nouvel orage sur le Péloponèse. La Porte Ottomane se trouvait engagée dans une guerre désastreuse contre les Russes, lorsque des hommes qui n’avaient rien moins en vue que l'affranchissement de leur patrie, parlèrent de liberté dans un pays où l’on 11’aspirait qu’au repos ; ils adressèrent leurs vœux à Catherine, en lui disant que les Moraites n’attendaient qu’un signal pour se ranger sous ses drapeaux. Séduite, ou feignant de l’être, l’ambitieuse souveraine du Nord fit paraître pour la première fois dans la mer Égée le labarum de Constantin reproduit sur ses glorieuses enseignes; une escadre libératrice était envoyée aux Grecs, et Orlow, qui la commandait, aborda à Chimova , port du Magne, le 18 février 1776, lorsqu’on niait encore dans le divan l’existence du détroit de Gibraltar, comme point de communication entre l’Océan et la Méditerranée. Quelques vaisseaux mal équipés, et douze cents hommes de débarquement firent éclater une révolte générale, qui prouva trop le peu que valaient alors les descendants des guerriers de Léonidas et de Philopœmen, pour qu’il soit à propos d’en rapporter la honteuse et déplorable histoire. Cependant, cette insurrection, dans laquelle les Russes se signalèrent par quelques actions d’éclat, ne tarda pas à retomber sur les Grecs. Les Schypétars, sortis de la Prévalitaine, du Musaehé, des Dibres, de l’Acrocéraune et de la lhesprotie, après avoir repoussé les étrangers, 11e se contentèrent pas d’égorger une multitude de chrétiens épouvantés. A l'exemple de leurs ancêtres, conduits autrefois par Pierre-le-Boiteux, ils pensèrent à se fixer dans la Morée, qu ils venaient de reconquérir au sultan. Ils y trouvaient d’anciens compatriotes établis à La la et à Bar- douni , qui avaient embrassé le mahométisme depuis deux siècles. Us se reconnurent à leur langage et à leur barbarie, et ils s’unirent afin d’exercer les plus affreux brigandages. Ayant obligé les pachas de leur vendre la ferme des impôts publics, ils prêtaient aux Grecs, qui ne pouvaient payer leurs redevances, à soixante pour cent par mois; puis, au moment des récoltes, ils s’emparaient des produits, et s’ils étaient insuffisants, ils saisissaient les femmes et les enfants. Dans l'espace de neuf ans, vingt mille chrétiens des deux sexes furent vendus à l’encan aux Barbaresques et aux Turcs de la Romélie par les Arnaoutes, qui réduisirent ceux qu’ils épargnèrent à la condition des Ililotes. Les moines des solitudes, qui avaient en vain protégé quelques peuplades, allaient périr avec elles, sans le secours du lieutenant-général de l’empire. Hassan ou Cassan Dgezaïr-Maiidal-Oglou, envoyé par le sultan Abdoulhamid pour mettre fin à l’anarchie, parut inopinément dans le golfe d’Argos, au mois de juillet 1779. Débarquer, surprendre les Arnaoutes épars, les tailler en pièces, et exterminer au passage de l’isthme les hordes qui venaient à leur secours, lut 1 affaire de quelques mois. Maigre cette rapidité, Hassan 11e put atteindre quelques bandes répandues dans l’Arcadie et dans la Laconie, qui se réunirent aux Schypétars de Lâla et de Bardouni. Hassan rétablit ainsi la paix au milieu des ruines du Péloponèse, en signalant sa victoire par une pyramide de têtes, élevée à une des portes de Tripolitza. Il ne pouvait pas rendre la vie aux Grecs, mais il aurait dû exiger la restitution des esclaves, et rappeler une multitude de familles passées dans l’Asie-Mineure; ees vues étaient étrangères au cœur d’un Turc. Meilleur soldat qu’administrateur éclairé, il avait reconquis un pays désolé, et il ordonna le dénombrement des hommes établis dans les forêts, afin de fixer la capitation, sans s’inquiéter si on pouvait la Expéd. en Morée. c X INTRODUCTION. payer. Le recensement fait à cette époque ne présenta pas une population de cent mille âmes, et cependant on maintint le nombre des caratchs sur l’ancien pied. On aggrava le sort des contribuables, en détachant le Magne du contrôle de la province, à laquelle on fit supporter sa capitation, de sorte que les chrétiens spoliés eurent à payer trois caratchs au lieu d’un! Telle fut l’issue des événements de 1770, qui coûtèrent la liberté ou la vie à plus de quatre-vingt mille individus. Hassan-Pacha convoitait la vice-royauté du Péloponèse ; mais il dut céder aux intrigues de ses compétiteurs, et, le i 4 novembre 1779, il mit à la voile, emportant des trésors qu’il chérissait, et la haine générale des Turcs, à laquelle il était plus qu’indifférent. Sous prétexte de ménager la presqu’île, il obtint du sultan quelle ne serait gouvernée que par un mouhazil, ou intendant. Il choisit à cet effet son lieutenant, Hadgi Ibrahim, ancien chef de voleurs, qui avait fait le pèlerinage de la Mecque, sans en revenir plus honnête homme. Protégé dans le conseil des ministres par Hassan, il pouvait commettre tous les crimes, et il n’y manqua pas. Il fut remplacé à sa mort, au mois de février 1781 , par son fils, Ali-Bey , qui se couvrit de forfaits, et dont la punition se réduisit à une simple disgrâce de cour. Le calme qui succéda à ce dernier événement ayant permis aux habitants de la Morée de respirer, chacun rechercha ses proches et ses amis, comme on tâche de retrouver ses compagnons d’armes au milieu des rangs éclaircis des légions après une bataille. On se remit peu à peu, on commença à ensemencer les terres, on releva les villages; on entrevoyait un avenir plus heureux, lorsque du sein des champs, depuis long-temps incultes, sortit une peste meurtrière, qui se manifesta en 1781, et ne cessa qu’en 1785 de frapper un peuple déjà trop infortuné. Plutarque a dit : « Les pirates sont aussi anciens que les tempêtes et les orages dans la Méditerranée; » aurait-il eu en vue l’Eleuthérolaconie? On ne parlait que des forbans du Magne depuis quelques années, lorsqu’on vit reparaître en Morée le redoutable Mandal-Hassan-Pacha. Débarqué le 3 i septembre à Nauplie, il accepte un festin splendide qui lui était offert par Melech-Mehemet, commandant de l’Argolide. La maison de ce serasker était en fête ; gardes, musiciens, saltimbanques, bouffons, maîtres et valets attendaient le capitan-pacha, qui paraît accompagné d’un lion énorme. Chacun fuit à son aspect, et Melech, resté seul, est obligé de prendre place entre l’amiral et son lion, qui n’était pas un des convives les moins affamés du banquet. C’est dans cette occasion que le fameux pirate Colocotroni fut pendu aux vergues d’un vaisseau de l’escadre ottomane. L’année suivante, Hassan, qui voulait purger le Péloponèse de quelques chefs récalcitrants, y envoya Jousouf- Pacha. Ce vizir reçoit les grands de la province le sabre au côté, les pistolets à la ceinture, la masse d’armes en main; il fait tomber des têtes, et traîner devant lui jusqu’au muphti, qui n’échappe au gibet qu’en baisant la poussière de ses pieds. Informé de la rébellion du janissaire, aga de Navarin, il part suivi de six hommes, pénètre dans la ville en passant par-dessus les remparts, assomme le coupable à coups de masse d’armes, en présence de ses soldats, fait jeter son cadavre dans la mer, et, après avoir ramené l’ordre, il rétablit le chef-lieu du gouvernement à Tripolitza. Le chancelier Bacon prétend quil ne faut pas mépriser les prophéties, car elles ont fait beaucoup de mal. Un bruit avant-coureur de quelque événement sinistre circulait alors parmi les Moraïtes ( en 1793 ). On parlait de l’apparition d’une hydre, qui s’était montrée à l’embouchure de l’Achéloüs ; elle avait dévoré plusieurs bergers ; les troupeaux, épouvantés, fuyaient à son approche. C’était le signe avant-coureur de quelque satrape exterminateur, et un Asiatique nommé Ismaël, qui prit le commandement de la Morée au commencement de 1795, ne justifia que trop la prédiction du vulgaire. Ce pacha semblait avoir fait vœu d’exterminer les chrétiens. Chaque vendredi, avant de se rendre à la mosquée, il assistait au supplice de huit Grecs, qu’il faisait pendre ou empaler, avant d’adresser ses prières au puissant Allah de Mahomet. Son muhazil ou lieutenant, Ali-Bey, non moins farouche, faisait tuer dans ses tournées les paysans dont la physionomie lui semblait de mauvais augure; et sans l’activité des Grecs, qui adressèrent au divan des représentations appuyées de larges sommes d’argent, ces deux scélérats auraient dépeuplé la Morée. Us payèrent de leurs têtes les crimes dont ils s’étaient souillés; et, l’agriculture ayant repris une nouvelle activité, on ne parla plus de l’hydre d’Étolie, d’Ismaël-Pacha ni de son muhazil, tant le peuple oublie facilement le sang que lui ont coûté les tyrans les plus atroces. Cependant, les Grecs étaient destinés à venger leur patrie, parce qu’il n’est jamais entré dans la tête, non d’un sultan, mais d’aucun des princes, pasteurs des peuples, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en adopter une générale en faveur des droits des peuples, fondée sur la miséricorde et la pitié. On vient de parcourir rapidement les phases principales de la Hellade, dans le but de préparer le lecteur à l’historique des monuments qui décorèrent le territoire où les arts brillèrent d’un si vif éclat, avant la longue période de malheurs qui l’accablèrent depuis sa conquête par les Romains. INTRODUCTION. xi SECONDE PARTIE. La voix du besoin, dit le savant Quatremère de Quincy, se fait entendre partout, et à peu près d’une manière uniforme. Aussi rien de plus ressemblant, en tous pays et en tous temps, que ce qu’on appelle les préludes des arts. Dès lors aussi rien de moins propre à constater des rapports de communication entre les différents peuples, que certaines ressemblances de formes ou de dimensions , produits nécessaires d’idées communes à tous les esprits, ou de besoins uniformes imposés par la nécessité. Ainsi il y a dans l’art de bâtir une multitude de conformités générales, qui n’ont d’autre principe que les inspirations d’un instinct universel. Cependant lorsqu’on analyse, à l’égard de l'architecture des différents peuples, ce qui devrait constituer un corps d’histoire, on y découvre de si grandes divisions de temps et de lieux, qu’il serait impossible d’en subordonner les productions et leurs notions a aucune méthode, soit abstraite, soit chronologique. Mais, sans embrasser cette universalité, si on se borne à l'architecture grecque , devenue celle de l’Europe, et d’un grand nombre d’autres contrées, on ne trouvera encore que trop de difficultés a soumettre la totalité des connaissances qu’on possède au système régulier d’un ordre historique. C’est dans les débris des monuments antiques qu’il faut étudier l’architecture, car on ne refait pas les édifices. Vainement Constantin voulut que la nouvelle Rome fit oublier par sa magnificence celle que tant de siècles et tant d’efforts avaient rendue digne d'être la capitale du monde. Il amassa dans Constantinople des colonnes apportées de Memphis, d’Athènes, de la Hellade et de l’Ionie : comme il ne pouvait y transférer les édifices dont ces ouvrages recevaient autant d’éclat et de beauté qu’ils leur en donnaient, il lui fut impossible de reproduire cette harmonie résultant d’un accord parfait entre les divers objets qui se prêtent un charme réciproque. Ainsi, ce qu’il fit, et tout ce que firent ses successeurs, a bien moins signalé leur magnificence, que l’impuissance où les arts étaient alors de répondre à l’ambition de leurs protecteurs. Nous devons peut-être nous féliciter que la Grèce soit tombée au pouvoir des Barbares, dont Y oubli ou Y indifférence ont sauvé quelques vénérables débris de l’antiquité. Supposons qu’Athènes eût été livrée à la discrétion des architectes, dont le goût change d’âge en âge, ils auraient voulu restaurer, et à force de science, il ne resterait plus aucuns vestiges de ce qui cause aujourd’hui notre admiration. Nous verrions quelques marbres ehargés d’ornements; des plinthes, des tores, des filets embarrassés de rinceaux, de feuillages, d’entrelacs et de sculptures riches, parce que les artistes dégénérés n’auraient pu les faire belles. On n’aurait pas craint de vouloir embellir le Theseum et le Parthenon. Ainsi répétons que la Providence, qui veut que les lumières soient éternelles dans le monde, a fait pour le mieux ce quelle a permis, même dans les châtiments qu’elle infligea aux Grecs. La barbarie fut donc nécessaire à la conservation de l’art; tout en déplorant ses effets, si nous continuons notre hypothèse, on verra au moins qu’elle ne leur a pas été aussi funeste qu’on le pense vulgairement. Depuis le renouvellement de l’art, ajoute le Vitruve moderne, la plupart de ceux qui se sont adonnés à l’architecture, ont négligé l’étude de la construction , en faveur de la composition et de la décoration, qu’ils ont regardées comme les objets principaux de leurs études ; tandis qu’il est certain, qu’un édifice peut remplir l’objet de sa destination, quoiqu’il ne soit pas orné, et qu’un autre dont la décoration serait fort belle, ne le renqdirait pas. Cet abus , du moins on peut le soupçonner, vient de ce que la plupart de ceux qui renouvelèrent l’architecture antique, furent des peintres, des sculpteurs et des dessinateurs qui curent particulièrement en vue la décoration, parCe que cette partie était plus de leur ressort que la construction, qui exige des connaissances particulières. Cependant dans les monuments historiques qu’ils ont cherché à imiter, on voit que les colonnes, les frontons, et les autres parties principales de la décoration qui les ont frappés , sont cause que plusieurs architectes ont négligé la construction, pour se livrer à la partie la plus brillante de leur profession. De là tous ces projets où le principal est sacrifié aux accessoires, et où l’on n’a fait presque aucune attention à l’usage auquel un édifice était destiné, ni à la dépense nécessaire pour l’exécuter avec solidité. Les gens en place et les amateurs n’ont pas assez réfléchi sur la nature et l’objet de l’architecture. Cet art n’est pas, comme la poesie, la peinture, la sculpture, la musique, une chose de pur agrément, qui puisse souffrir tous les écarts de l’imagination. Voyons, d’après cet exposé, comment les Grecs procédèrent, et par quels tâtonnements ils arrivèrent a la perfection; car ils n’eurent personne à suivre, ni à imiter, et ils furent eux^mêmes leurs guides et leurs instituteurs. En adoptant dans les arts du dessin, pour modèle fixe et réel, la nature et la forme du corps humain, ils réalisèrent ce principe d’Aristote : la beauté nest autre chose que l'ordre dans la grandeur. La Grèce a un passé, dira-t-on; ses premiers habitants furent les Pélasgcs, qui y introduisirent leurs constructions, et les arts y ont été primitivement apportés par Cécrops, fondateur d’Athènes. Un autre étranger , Deucalion, venu du nord , s’arrêta au mont Parnasse et les Hellènes qu’il commandait chassèrent les Pélasges de la Grèce, dont ils s’emparèrent en s’établissant dans leurs acropoles. Cadmus de Sidon fonda Thèbes en lîéotie, Danaüs bâtit la citadelle Larissa Expéd. en Moréc. f XII INTRODUCTION. d’Argos, et Pélops, qui donna son nom au Péloponèse, réunit ses habitants, auxquels il donna des lois. Examinons ces données qui n’apprennent absolument rien relativement aux arts, parce quelles sont vagues. L’architecture ne devint un art dans la Grèce que lorsque la société fut parvenue à un certain degré de richesse et de culture sociale. Avant ce temps, il n’y eut, comme l’a remarqué M. Quatremère de Quincy, que ce qu’on doit appeler de la bâtisse; c’est-à-dire un des métiers nécessaires aux besoins delà vie physique. Or, comme à cette époque ces besoins furent très-bornés, l’emploi de l’artisan se réduisit à faire un abri capable de mettre l’homme à couvert des injures de l’atmosphère et de l’intempérie des saisons. Mais laissons parler le savant académicien; on croit entendre un disciple de Platon , racontant les premiers âges des sociétés helléniques. « C’est au temps plus ou moins prolongé, dit-il, de l’enfance des Grecs que la manière de bâtir commence à prendre, dans les diverses contrées, ces formes et ces pratiques usuelles qui lui imprimèrent de si remarquables différences. Ces différences originaires, entre beaucoup d’autres sujétions qui auront pu contribuer à les produire, nous paraissent avoir tenu à deux causes principales : l’une est le genre de vie commandé à chaque peuplade par la nature; l’autre, le genre de matériaux qui auront dû se présenter aux premiers essais de la construction. « Il est indubitable que, selon l’un ou l’autre des genres de vie principaux, celui de chasseur, celui de pasteur, ou celui d’agriculteur auront offert, selon les pays et les climats, toutes sortes de conditions fort diverses. Or nul doute qu’entre ces états primitifs , le genre de vie agricole ne soit celui qui ait dû porter l’homme à se fabriquer les abris les plus solides et les habitations les plus étendues. L’agriculture exige une vie active et sédentaire en même temps. Le laboureur demandera donc à la nature des moyens économiques et des matériaux d’un travail facile à mettre en œuvre. Mais quels seront ces matériaux appropriés aux nécessités de sa condition ? La nature ne peut lui en présenter que de trois genres : la pierre, la terre et le bois. «La pierre, à laquelle l'architecture sera redevable un jour de ses plus grands ouvrages, dans les sociétés perfectionnées, est, dans l’enfance de la société dont il est ici question, la matière la moins appropriée aux forces, aux moyens, aux instruments et aux combinaisons de l’homme. La pierre veut une exploitation laborieuse, des transports coûteux, des moyens d’élévation et de pose qui exigent des machines, ou de nombreux et pénibles efforts. «Nul doute que la terre ne présente un élément plus simple, plus facile, et beaucoup plus économique; mais il faut, long-temps avant que l’industrie perfectionnée soit arrivée, par des préparations diverses et par la cuisson, à donner à cette matière la facilité d’emploi et la dureté qu’elle comporte, il faut, disons-nous, reconnaître que, dans son usage purement naturel, la terre toute seule ne formerait que des bâtisses fragiles et de peu d’étendue. « Le bois dut s’offrir le plus naturellement et le plus universellement aux sociétés naissantes, et à celles qui eurent besoin de se procurer, à peu de frais, des asiles durables. Il suffit, en effet, de se rappeler en quel état ont été trouvées, dans tout l’univers, par les voyageurs, ces premières réunions d’hommes, qu’on appelle sauvages, et dans quelle position les pays quelles habitaient, ou quelles habitent encore, se sont offerts à leurs recherches. Que lit-on dans leurs relations ? partout on voit la terre couverte de forêts, et les sociétés, d’abord habitantes de ces forêts, sortir peu à peu de leurs tannières rustiques, s’établir en état de famille, et se réunir dans des huttes formées aux dépens des forêts; en sorte que plus ces sociétés s’augmentent, plus les bois diminuent. » Ce fut donc d’abord de branchages que se formèrent les premières demeures des hommes. Bientôt on coupa les troncs d’arbres, pour en faire des supports et des solives. La propriété du bois étant de se prêter avec plus ou moins de facilité aux constructions, cette matière dut donc entrer dans les premières bâtisses,car il serait difficile de concevoir comment il aurait été possible de s’en passer. Ainsi, rien ne se prêta plus naturellement que l’arbre à toutes les combinaisons que des besoins simples exigeaient d’hommes sans art et sans science. La cabane, de quelque manière qu’on la considère, à quelque usage qu’elle serve, dans quelque pays et dans quelque temps qu’on s’en figure l’emploi, fut l’ébauche première des constructions, quoique Vitruve ait prouvé qu’en bien des lieux ce premier rudiment de la bâtisse est resté stérile pour l’art. Il n’en fut pas de même dans la Grèce. On voit que si la cabane primitive atteste un état voisin de la barbarie, elle ne tarda pas à changer avec les progrès du bien-être public. Ainsi les arbres et les poutres qu’on enfonça en terre donnèrent dans la suite l’idée des premières colonnes. Comme les arbres vont en diminuant de grosseur de bas en haut, ils fournirent le modèle de l’ordre primitif d’architecture (le dorique), où cette diminution est la plus sensible. Ces poutres ainsi plantées en terre, sans aucun support apparent, furent encore représentées par le même ordre dorique sans base. Lorsqu’on se fut aperçu que cette méthode exposait les bois à pourrir, on établit sous chaque poutre des massifs ou plateaux de bois, plus ou moins épais, qui servaient à lui donner une assiette et une plus grande solidité; de ces plateaux ou massifs, plus ou moins continus, plus ou moins élevés, sortirent les soubassements, les plinthes, les dés, les tores et les profils qui accompagnèrent le bas des colonnes. La conséquence naturelle des additions faites aux extrémités inférieures des poutres fut d’en couronner l’extrémité supérieure par un ou plusieurs plateaux, propres aussi à donner une assiette plus solide aux poutres transversales. De là le chapiteau, d’abord avec simple tailloir,puis avec tore dans le dorique. Qui ne voit, dans la dénomination même de 1 epistyle ou architrave, que l’emploi du bois et le travail de la charpenterie en furent encore les principes générateurs? Nécessairement les solives des planchers vinrent se placer sur l’architrave, et voilà que les bouts apparents de ces solives, et les intervalles qui les séparent, donnent naissance aux triglyphes et aux métopes. En continuant 1 énumération de toutes les parties nécessaires à ce qu’on nomme la cabane , ou habitation rustique, INTRODUCTION. XIII dont nous donnons l’inventaire, on voit les solives inclinées du comble, reposant sur les bouts des solives du plancher, produire cette avance qui composa la corniche saillante hors de l'edifiee, pour mettre les murs à couvert des eaux pluviales. Le toit ou le comble indiqua nécessairement la l'orme du fronton: ainsi, par l’analyse de la cabane , on possède l’analyse du temple grec. C’est à cette heureuse invention, prise à l’origine de la bâtisse, que l’architecture fut redevable de ce qui la constitua art d’imitation, en partant d’une ébauche composée des éléments et des combinaisons les plus simples. L’espèce de squelette qu’avait produit une imitation matérielle, attendait d’un autre genre de modèle un revêtement dû à un principe de vie. C’était du perfectionnement des arts imitateurs du corps humain que devait lui venir ce développement. Jusqu’alors, l’art de bâtir n’avait pu admettre l’idée d’une semblable amélioration. Restreint aux formes commandées par le besoin physique, il aurait pu rester à ce point, qui est celui de la routine, ou limitation s’est perpétuée dans l’état d’une éternelle enfance. Mais comme il y a une sympathie nécessaire entre la sculpture et l’architecture, elles durent tendre à se prêter un embellissement mutuel afin de sortir des termes d’une pratique grossière. Dès que la sculpture se fut élevée par degrés de l’indication des signes les plus informes à la distinction des principaux rapports de dimension et de proportion, en partant des hennés , pour arriver aux simulacres des hommes et des dieux, il fut tout-à-fait naturel que le contact habituel des ouvrages du sculpteur avec ceux de l’architecte fit apercevoir à celui-ci, sinon un modèle effectif, au moins une analogie nouvelle de marche, d’idée et de procédé, dont il pouvait faire à ses ouvrages une application particulière. On avait observé que la nature a tellement disposé le corps humain, qu’il n’y a rien d’inutile, rien dont on ne puisse reconnaître le but et la raison. Dès lors on ne voulut admettre dans le système de l’architecture que ce dont on pourrait, comme dans la nature, justifier un emploi nécessaire et dépendant d’un ordre général. La conséquence de cette imitation fut qu’un édifice devint, pour l’esprit et la raison, une espèce d’être organisé, subordonné à des lois d’autant plus constantes, que ces lois trouvaient en lui-même leur principe. Un code de proportions se forma dans lequel chaque partie trouva sa mesure et son rapport, en raison des modifications prescrites par le caractère de l’ensemble. Le tout et chaque partie furent ainsi dans une dépendance réciproque, d’où résulta leur accord inviolable. L’étude approfondie des variétés de la nature dans la conformation des corps avait fait apercevoir à l’artiste les nuances d’âge, de qualités, de propriétés qui composèrent les modes divers de formes que Polyclète avait fixés dans son traité de symétrie, et dont les statues antiques donnèrent, par l’art du dessin, une nouvelle et plus heureuse application. L’architecture lui dut la fixation de ces modes divers, dont les caractères, rendus sensibles dans les trois ordres, sont devenus pour l’œil, comme pour l’esprit, l’expression à la fois matérielle et intellectuelle des qualités plus ou moins prononcées de puissance, de force, de grâce, d’agréments, de légèreté, de richesse, de luxe et de magnificence. On parle de villes fondées parCadmus; mais il en est comme des constructions premières, et certainement s’il existe un art qui cache son origine, c’est l’architecture. Il faut connaître l’état actuel des demeures des paysans de la Grèce, et des citadins, pour avoir une idée du logement des hommes, douze siècles avant notre ère. Homère nous donne des descriptions assez magnifiques des palais, pour qu’on puisse les comparer aux sérails des Mahométans. On sait que les poètes, en général dominés par l’imagination, ont souvent embelli leurs ouvrages de descriptions fantastiques. Cependant chez Homère, les édifices qu’il décrit, semblables à ceux des Orientaux modernes, se font remarquer par leclat, sans qu’il soit question d’ordonnance , de colonnes, ni d’aucun système architectural. Mais quelle était la demeure des particuliers ? des maisons en bois , ou simplement en briques crues, ayant pour soubassement quelques assises en pierre de blocage, comme sont, de nos jours , les maisons des villes dans le Levant, où un même ouvrier exécute toutes les parties de la bâtisse. Enfin il n’y a dans la Grèce, comme dans la capitale et dans les principales villes delà I urquie, que les mosquées ou temples et un petit nombre d édifices publics qui aient un caractère de solidité et de durée. Si cependant l’architecture prit naissance en Egypte et dans l’Asie, ce ne fut que dans les contrées habitées par les Grecs qu’elle parvint à son plus haut degré de perfection. L’histoire cite comme étant les deux premiers architectes qui méritent d’être nommés, Trophonios ctAgamèdes, deux frères qui vivaient entre le XV e et le X e siècle avant notre ère: on leur attribuait un temple de Jupiter près de Lebadée en lléotie. Mais le nom le plus fameux, dans ces temps mythologiques, est celui de l’Athénien Dédale, arrière-petit-fils d’Erechthée. Si on envisage la quantité de monuments et d’ouvrages qu’on attribue à cet artiste, en Grèce, en Égypte, en Crète, en Italie, en Sicile, on remarquera qu’il aurait dû être architecte, sculpteur et constructeur naval. On en conclura que ce personnage fut un de ces êtres auxquels on a voulu rapporter plusieurs inventions dont on ignorait l’origine et les auteurs, et que les artisans regardaient comme une sorte de patron, religieux, sous la protection duquel ils plaçaient leurs différentes professions. Érésychtion appartient encore à ces temps fabuleux. Il était fils de Cécrops.On dit qu’il commença dans l’île de Délos le temple d’Apollon, continué aux frais de la Grèce entière, et qui devint un des plus beaux édifices du monde. Mais on doit croire qu’il fabriqua seulement quelque enceinte, ou bien quelque hieron ; ce qui suffisait pour un hennés, ou pour quelque pierre brute, qu’on adorait alors, au lieu où l’on bâtit ensuite le temple laineux consacré au fils de Latone. Les noms de plusieurs architectes auxquels on attribue des découvertes et des inventions doivent être regardés comme des allégories que nous croyons inutiles de rapporter. Expéd. en Morde. g XIV INTRODUCTION. Suivant Pline, Euryalus et Hyperbius employèrent les premiers, les briques, dont ils furent les inventeurs, et ils en firent usage à Athènes. Mais comme on vient de le dire, plusieurs savants pensent que ces noms étaient purement symboliques. Eupalimes de Mégare éleva une des trois merveilles de Samos, le temple de Junon, bâti sur l’emplacement de celui qu’on attribuait aux Argonautes. C’était, au rapport d’Hérodote, l’édifice le plus important qu’on eût encore vu de son temps. Ctesiphon de Crète commença le temple de Diane à Éphèse; il était d’ordre dorique, et en marbre blanc de Paros; il 11e fut achevé qu’au bout de deux cents ans. Brûlé par Erostrate, le jour de la naissance d’Alexandre-le-Grand, il fut rebâti plus magnifique qu’auparavant, sous la direction de Dinocrates. Callimaque de Corinthe, surnommé par ses concitoyens le premier des artistes, fut l’inventeur du chapiteau corinthien, dont la symétrie de l’ordre est attribuée à Tarchelios et à Argelios. Il paraît que dans un temple qu’il édifia à Corinthe, et dans lequel il employa cette nouvelle décoration de chapiteaux, il fixa et détermina d’une manière plus précise qu’on ne l’avait fait avant lui, les proportions et la manière d’être de l’ordre corinthien. Au siècle de Deucalion, on avait élevé un temple à Jupiter dans la ville d’Athènes. Pisistrate, qui usurpa le pouvoir, le voyant tombé en ruine, conçut le projet d’en faire édifier un autre à sa place, sous le nom de Jujfiter Olympien. Ce travail, si grand et si somptueux dans le projet qu’on en fit, devint l’œuvre des siècles suivants, et plusieurs hommes puissants mirent leur gloire à contribuer à sa construction et à son embellissement. Persée, dernier roi de Macédoine, et Antiochus Épiphane, environ 4 °° ans après Pisistrate, finirent le corps du temple et élevèrent les colonnes de son portique, sous la direction de Cossutis, architecte romain, qui excella, dit-on, dans les proportions qu’il donna à la cella. Cet édifice, bâti en marbre blanc, devint alors l’un des temples r les plus célèbres de la Grèce, au nombre desquels on comptait ceux de Diane à Ephèse, d’Apollon à Milet, et de Cérès à Eleusis. On sait que l’empereur Hadrien avait décoré Athènes de plusieurs monuments, tels que le temple de Junon, de Jupiter Panhellénien, et un Panthéon où l’on admirait cent vingt colonnes de marbre de Phrygie , ainsi que des portiques. Il y avait près de ce temple une bibliothèque et un gymnase où l’on comptait cent colonnes en marbre de Libye. Mais revenons aux édifices construits avant la domination romaine. Le temple de Thésée est le plus ancien et l’un des plus magnifiques d’Athènes. C’est le mieux conservé. Toutes les colonnes, une seule exceptée, sont debout et peu mutilées; son entablement est dans le meilleur état, et il ne manque que quelques tables au plafond de ses portiques; ce qui n’empêche pas d’en pouvoir apprécier le dessin. II est d’ordre dorique et parallélogramme par son plan, comme presque tous les temples grecs. Une rangée de colonnes tourne à l’entour. On en voit six de face, et treize de retour. Il ressemble beaucoup au Parthenon, auquel il semble avoir servi de modèle, ainsi qu’à la plupart des autres temples de la Grèce. Le plan du Tlieseum a de longueur plus du double de sa largeur. L’intérieur forme un parallélogramme qui a plus de deux fois et demie sa largeur. Cet intérieur n’est décoré d’aucun pilastre. L’intérieur même du corps du temple n’en a que quatre situés aux quatre angles, et qui ne répondent à aucune des colonnes de la face, ni du retour. On voit par là que les anciens voulaient que leurs façades fussent composées de colonnes peu espacées; ils ne se piquaient pas de faire répondre les antes des angles de la cella à une des colonnes de la façade, parce que les portiques du côté du temple seraient devenus trop petits, ou trop grands. Cette licence qu’ils se permirent semble d’autant plus tolérable, qu’elle échappe dans l’exécution aux yeux des spectateurs. Les colonnes du temple de Thésée n’ont que six diamètres tout au plus de hauteur, comme toutes celles qu’on voit aux édifices d’Athènes du beau temps des arts. L’entablement quelles soutiennent est du tiers de la colonne, et le fronton qui termine la façade est plus bas même qu’il ne le serait, en le traçant d’après la règle que Vitruve donne pour en déterminer la hauteur. Les plafonds sont disposés d’une manière singulière. Il y a comme de grandes poutres de marbre à la hauteur de la corniche, qui, à peu de chose près, répondent à chaque triglyphe, et retracent l’idée de la première disposition des pièces de bois qui formaient ces ornements, dans l’origine de l’architecture. Pausanias a parlé des sculptures du temple de Thésée, édifice dont la mutilation est attribuée à l’empereur Théodose. On y distingue encore le combat des Centaures et des Lapithes, et celui des Athéniens contre les Amazones. Ces bas-reliefs sont sur les deux faces de la cella , ou corps du temple. On remarque à l’opisthodome , et sur les parties latérales, des bas-reliefs renfermés dans les carrés des métopes. Il est probable que le sculpteur Mycon avait le jorojet qu’il y en eût tout autour de cet édifice. On sait qu’Ictinus et Callicrates furent chargés par Périclès d’élever au milieu de l’acropole d’Athènes un édifice appelé le Parthenon, construit en marble blanc. Vu d’une distance considérable, il frappait d’étonnement; de près il était admirable par l’élégance de ses proportions, et par la beauté des bas-reliefs dont l’intérieur était décoré. Ictinus fut pareillement employé à la construction du temple de Cérès et de Proserpine à Eleusis, il en bâtit la cella ; il construisit également le temple de Phigalie en Arcadie. a Arrêtons-nous, » dit l’auteur d’Anacharsis, «devant ce superbe monument d’ordre dorique, qui se présente «à nous. C’est ce qu’on appelle les Propylées ou vestibules de la citadelle. Périclès les fit construire en marbre, « d’après les dessins et sous la conduite de l’architecte Mnésiclès. Commencés au temps de l’archontat d’Eutymènes, ils ne INTRODUCTION. xv «furent achevés que cinq ans après : ils coûtèrent, dit-on, deux mille douze talents, somme exorbitante, et qui « excède le revenu annuel de la république. » Des statues équestres et une foule d’ornements décoraient cette façade, où se trouvait la seule porte qui donnait entrée dans l’Acropole, consacrée à Minerve, protectrice d’Athènes. Hippodamos de Milet avait édifié le Pirée, découvert par Thémistocle, lorsqu’il voulut créer une marine aux Athéniens. Mais le grand ouvrage de cet architecte fut la ville de Rhodes, la plus remarquable de l’antiquité par la beauté de ses bâtiments et de ses temples; Pline dit que de son temps Rhodes possédait plus de trois mille statues admirables, et de plus de valeur que toutes celles renfermées dans la Grèce entière. L’art du sculpteur s’étant associé à l’architecture, dut servir à varier les inventions, à caractériser les différents modes, à multiplier les formes, les combinaisons et les effets de ses travaux, en fixant le genre qui caractérise chacun des ordres et en indiquant la destination de chaque édifice. La sculpture grecque était parvenue à son apogée, au temps de Périclès. Elle avait commencé par des ébauches grossières, faites d’abord avec différentes sortes de bois, en partant de l’hermès, pour arriver à la statue. On montrait à Sicyone une statue d’Apollon en buis, et à Éphèse une autre de Diane en cèdre. Lysistrate de Sicyone, frère de Lisyppe, paraît être le premier artiste qui ait fait des portraits de plâtre et de cire. L’ivoire était employé par morceaux, travaillés séparément et qu’on rapprochait ensuite, pour en composer un tout. Lorsque le marbre fut connu,il devint la matière la plus recherchée par les artistes; celui qu’ils employaient ordinairement était tiré de l’île de Paros; mais l’art de fondre l’or et l’argent paraît dater d’une plus haute antiquité: le veau d’or, le serpent d’airain, et les forges de Tubulcain, remontent aux premiers âges de la tradition. Au temps de Périclès, Phidias, Polyclètes, Myron, Lysippe, Scopas, étaient les plus célèbres sculpteurs de la Grèce. Phidias mérite detre mis à la tête de cette brillante école. Il établit dans ses ouvrages le style majestueux qui marqua ses ouvrages d’un tel cachet de noblesse, de grandeur et de simplicité, que Périclès le choisit pour diriger l’érection des monuments dont il voulait embellir sa patrie, quoique Athènes possédât alors nue foule d’artistes célèbres. Ce fut encore lui qui sculpta le bloc de marbre trouvé dans le camp des Perses , après la bataille de Marathon, dont il fit une statue de Némésis. Au nombre des ouvrages qui immortalisent son ciseau, on doit citer la statue colossale de Minerve du Parthenon, exécutée en or et en ivoire. Cicéron, Pline, Plutarque, Pausanias, parlent avec enthousiasme de ce chef-d’œuvre qui fut la plus belle production de ce génie. Cependant Phidias, dégoûté par l’envie, et découragé par l’ingratitude des Athéniens, dut se réfugier chez les Éléens. Ce fut dans l’Eüde, aux bords de l’Alphée, que, pour se venger noblement de ses persécuteurs, il exécuta la statue de Jupiter Olympien, qu’on reçut unanimement comme un prodige de l’art; ce qui n’empêeha pas l’auteur de mourir dans les fers. Polyclètes, qui passa pour le statuaire le plus habile dans les proportions du corps humain, avait exécuté une statue si parfaite, quelle était surnommée le Canon ou la Règle. Myron d’ÉIeuthère fut son disciple. Au nombre des ouvrages qui le rendirent célèbre, on cite une vache d’airain d’une exécution si parfaite, quelle a donné lieu aux épigrammes rapportées dans l’Anthologie grecque. Scopas, sculpteur et architecte, «avait fait une statue de Vénus qui paraît lavoir emporté sur celle de Praxitèles. Il contribua aussi à la construction du mausolée bâti à Ualicarnasse par la reine Artémise. A l’époque la plus brillante des arts, Libon de Messine bâtit le temple de Jupiter Olympien près de Pise, sur la rive droite de l’Alphée : c’était dans cet édifice qu’on admirait la statue de Phidias. Ce temple a été retrouvé dans les fouilles faites par la commission de Morée '. Vers l’année 4 10 avant notre ère, le temple de Diane à Éphèse fut achevé par Péonios et par Démétrios prêtre de Diane. Le premier de ces architectes et Daphnis de Milet bâtirent près de cette ville un temple en marbre, consacré a Apollon, qui fut le plus grand et le plus magnifique ouvrage de la Grèce. Ici finit à peu près l’école des artistes célèbres de la Ilellade, dont nous donnons le tableau depuis le XV e jusqu’au I II e siècle «avant notre ère. TABLEAU DES PRINCIPAUX ARCHITECTES ET STATUAIRES DE LA GRÈCE, DEPUIS I.E XV e JUSQU’AU III® SIECLE AVANT l’ÈRE DE J.-C. Agamèdes, ) architectes du XV e au Trophonios, ) X e siècle. Gitiadasde Laconie, architecte, statu.aire, poète. IX e siècle. Dibutades de Corinthe, sculpteur en plastique..VII e Ilhoecos de Samos, fondeur et architecte.VII e Théodore de Samos, fondeur, architecte, graveur.VII® Euchyr de Corinthe, statuaire.VII e Corœbos, Ménésiclès, Xénoclès d'Athènes, Métagène de Xypète, } architectes. Callicrates, Ictinos, Carpion, VI e siècle. Mêlas de Chios, statuaire. Glaucos de Chios, ouvrier en fer. Miciades de Chios, statuaire. Antistatc, architecte. Calleschros, Athénien, architecte. Antimaehide, Athénien, architecte. Porinos, Athénien, architecte. Dédale de Sicyone, statuaire. Dipœnes de Crète, son élève, statuaire. Scyllis de Crète, son élève, statuaire. / Smilis d’Kgine, statuaire. Doutas de Sparte, statuaire. 1 Voyez la description des planches, p. 61 du premier volume; une note de M. Ch. Lenormant, bulletin n° 11 de février i 83 a,p. 17, de la Société de Correspondance archéologique; et une autre de M. P. Forchhammer, même ouvrage, bulletin n° 111 de mars 1 83 a, p. 33 . Expêd. en Morée. h XVI INTRODUCTION. Périles d’Agrigente, fondeur. Archémos de Chios, statuaire. Spintharos de Corinthe, architecte. Bupalos de Chios, Athénis de Chios, Cléarque de Rhégium , Théocles, Doryclidas, Médon de Sparte, Tectée, Angelion, Ménæchmes de Naupacte, Soidas de Naupacte, Callon d’Egine, Daméas de Crotone, Memnon, architecte, Damophon de Messénie, Pythodore de Thèbes, Laphaès de Messénie, } statuaires. statuaires. V e siècle. Phidias, Onatas d’Egine, Callitèle, son élève, Hégésias d’Athènes, Agéladas d’Argos, Stomios, Somis, Anaxagore d’Egine, Simon, son compatriote , Archias de Corinthe, Mandroclès de Samos, Denys de Rhégium, Glaucus de Messane, Aristomèdes de Thèbes, Socrates, son compatriote, \ / statuaires. architectes. statuaires. Hippodamus de Milet, architecte. Elédas d’Argos, statuaire. Alcamenès d’Athènes , | statuaires de l’école de Agoracrites de Paros, j Phidias. Polyclètes d’Argos, statuaire et architecte. Phradmon d’Argos, Gorgias, Callon d’Élis, r Myron cl’Eleuthère, Perelios, Pythagore de Rhégium, Alexis de Sicyone, Asopodore d’Argos, Aristide, Phrynon, Dinon, Athénodore de Clitore, Damias de Clitore, statuaires. / ! statuaires de l’école de Polyclète. Lycios, fils de Myron, Antiphanes d’Argos, Canthare de Sicyone, Cléon, son compatriote, \ f statuaires. IV e siècle. Nancy de d’Argos, Dino mènes, Patrocle de Crotone, Téléphanes de Phocée, Canachus de Sicyone, Aristocles, son frère, Chersiphron de Cnosse, Métagène, son fils, Scopas de Paros, Bryaxis , Timothée, Léocharès, Phyteos, Satyros, Echion, Thérimaque, Polyclès d’Athènes, Céphisodote, d’Athènes, Hypatodore, Aristogiton , Lysippe de Sicyone, Lysistrate de Sicyone, Sthénis d’Olynthe, Euphronide, Sostrates de Chios, Ion, Silanion d’Athènes, statuaires. architectes. statuaires. architectes. sculpteurs et statuaires. statuaires de l’école d’Athènes. statuaires. III e siècle. Tisicrates de Sicyone, Zeuxis, son disciple, Iadès, Euthycides de Sicyone, Eutliycrates, Lahippe, Timarque, Céphisodotes, Pyromaque, \ statuaires, élèves de lecole } de Lysippe. Sostrates de Gnide, architecte. On peut conclure de ce tableau que les principaux temples, édifices, monuments, bas-reliefs de la Grèce furent le produit de douze siècles, de vingt-cinq architectes en chef, et de quatre-vingt-onze statuaires et sculpteurs qui donnèrent leur nom a différentes écoles, jusqu’au règne d’Alexandre-le-Grand. Lysippe de Sicyone et Praxitèles vivaient lorsqu’Alexandre enrichit la Grèce des dépouilles de 1 Orient. Ce héros voulut alors introduire l’architecture dans la Macédoine, où il fit bâtir des temples d’une rare magnificence; mais ces édifices, d’après ce qu’on voit de nos jours à Thessalonique, furent loin d’égaler ceux de l’Attique et du Péloponese. On conçut INTRODUCTION. XVII de vastes projets; on prit pour du génie ce qui n’était que de l’exagération, quand l’architecte Dinocrates proposa de modeler le mont Athos sous la forme d’un géant qui porterait une ville dans sa main droite, et un lac dans sa gauche. Il était difficile d’imaginer un projet qui flattât davantage Alexandre. 11 est inutile de dire qu’il resta sans exécution. Les talents de Dinocrates furent mieux employés à la fondation d’Alexandrie, qui devint la capitale de l’Égypte. On assigne la décadence de l’architecture et de la sculpture au temps des guerres civiles qui désolèrent la ITellade. Cependant Antoine et Hadrien terminèrent quelques temples à Athènes, et restaurèrent Olympic; Hadrien bâtit à • Épidaure un Panthéon et un temple dédié à Apollon, à Esculape, et à Hygie, ainsi que des bains publics. Enfin on peut placer la fin de l’architecture classique, après l'empereur Sévère, vers le milieu du III e siècle de notre ère. La sculpture suivit sa décadence. Nous ne rappellerons point les dommages causés aux monuments de la Grèce par Constantin, ainsi que par les autocrates ses successeurs, qui s’appliquèrent à les démolir. Tout ne fut plus que confusion dans la lIellade,dont nous avons fait connaître les vicissitudes, jusqu’à la fin du XVIII e siècle. En expiation de leur gloire, les Grecs semblaient condamnés à un éternel esclavage ; il n’y avait plus dans l’Orient de lumière que celle du soleil, destinée à éclairer des ruines, des tombeaux, et à vivifier quelques moissons propres à nourrir une race d’hommes abâtardis. Les Grecs avaient été si malheureux, chaque fois qu’ils avaient essayé de briser leurs chaînes, qu’ils paraissaient avoir adopté pour règle de conduite, le sens de ce proverbe turc, que pour être tranquille , il faut être sourd , aveugle et muet. Mais ils étaient loin d'être insensibles au nom injurieux d’esclaves, et le réveil national qui éclata au cri de liberté, sorti de l’embrasement de Patras, l’a prouvé à la face du monde. Le privilège du génie a quelque chose de divin; il participe à l’immortalité. Tl faut toujours se tourner vers la Grèce, lorsqu’on veut citer un grand homme, ou rappeler un noble souvenir. A peine échappé à la barbarie, l’Occident porta son attention vers le Péloponèse et l’Attique. M. de Chateaubriand, dans la première partie de l’Introduction de son Itinéraire de Paris à Jérusalem, dit comment, après être tombé au pouvoir des Turcs, le territoire classique reçut, à la renaissance des lettres, la visite des voyageurs que sa renommée antique attirait vers ses rivages. Aussitôt qu’Athènes, esclave des musulmans, disparaît dans l’histoire moderne, on voit en effet commencer pour cette ville un nouvel ordre d’illustration digne de sa renommée. En cessant d’être le patrimoine de quelques princes obscurs, elle reprend, pour ainsi dire, son empire, en appelant tous les arts à visiter ses vénérables ruines. Dès l’an i4%, Erancesco Gambietti dessina quelques monuments d’Athènes. Le manuscrit de cet architecte était en vélin, et se voyait à la bibliothèque Barberini à Rome. Il contenait, entre autres choses, le dessin de la tour des Vents, à Athènes, et celui des masures de Lacédémone, à quatre ou cinq milles de Mistra. Nicolas Gerbel, qui publia à Râle , en i55o , son ouvrage intitulé Pro declarationepicturæ, sivc descriptionis Grœciœ Sophiani libri seplem, est le second voyageur qui ait parlé d’Athènes. Sa description, excellente pour le temps, est claire, courte, et pourtant substantielle, Gerbel ne parle guère que de l’ancienne Grèce; quant à Athènes moderne, il dit : Æneas Sylvius Athenas hodie parvi oppiduli speciem gererc dicit, cujus munitissimam adliuc arcem, Florentinus quidam Maliometanis tradiderit, ut nimis vere Ovidius dixerit: Quid Pandioniæ restant nisi nomen AthenœP O rerum humanarum miserabiles vices! o tragicam humanæ potentiœ permutationem! civitas olim mûris, nava- libus, œdificiis, armis, opibus, viris, prudentia, atque omni sapientia florentissima, in oppidulum, seu potins vicum , redacla est. Olim libéra, et suis le gibus vivons ; nunc immanissinds Turcarum servitulis jugo obstricta. Proficiscere Athenas, et pro magnijiccnlissimis operibus videto rudera et lamentabilcs ruinas. Noli, noli nimium julere viribus tais ; sed in eum conjidito qui dicit: Ego Dominas Doits vester. Æneas Sylvius dit : « Athènes n’est plus aujourd’hui qu’une bourgade, dont la citadelle qui est encore très-forte a été « livrée aux Mahométans par un Florentin; de sorte qu’on peut dire avec Ovide : Il ne reste de la ville de Pandion que « le nom d'Athènes. « O vicissitude des choses humaines! ôchangement tragique de la puissance des hommes ! une ville autrefois entourée de « remparts, puissante par ses vaisseaux, par ses édifices, par ses armes, par ses richesses, par ses guerriers, par sa prudence, « florissante par toute sorte de science, est réduite à la condition d’un bourg, ou plutôt d’un village. (Athènes) autrefois « libre, et vivant par ses lois, est soumise au joug de la race infâme desTurcs. Allez à Athènes, et vous verrez ses magni- « fiques monuments remplacés par des décombres et de lamentables ruines. Gardez-vous, gardez-vous de vous confier « à vos forces, mais confiez-vous à celui qui dit : Je suis le Seigneur votre Dieu! » Cette apostrophe d’un pape et d’un vieillard aux ruines d’Athènes, comme le remarque M. de Chateaubriand, est très-touchante, et nous ne saurions avoir trop de reconnaissance pour les hommes qui nous ont ouvert les routes delà belle antiquité. Dupinet, qui écrivait en i554, soutenait qu’Athènes n’était plus qu’une petite bourgade, exposée aux ravages des renards (c’est-à-dire des jakals) et des loups. Trois ans après, Lauremberg, dans sa description d’Athènes, s’écrie: Fuit quondam Grœcia , fucrunt Athcnœ: nunc neque in Græcia Atheiuv , ncque in ipsa Grœcia , Grœcia est. a La Grèce a ft cessé d’exister; Athènes n’est plus! il n’y a plus d’Athènes dans la Grèce, ni de Grèce même dans la Grèce. » Ortellius, surnommé le Ptoléméede son temps (en 1678 ), donna quelques nouveaux renseignements sur la Grèce, dans Theatrum orbis terrarum , et dans sa Synonyma geographica, réimprimée, sous le titre de Thésaurus geographicus; il confond mal à propos Sparte et Mistra: il croit aussi qu’il n’y avait plus a Athènes qu’un château, et quelques son mais chaumières: Nunc castellum et casulœ tantum supersunt quædam. Expcd. en Morce. XVIII INTRODUCTION. Martin Crusius (en 1584), professeur de grec et de latin à l’université de Tubinge, s’informa soigneusement du sort du Péloponèse et de l’Attique : ses huit livres intitulés Turco-Grœcia rendent compte de l’état de la Hellade depuis l’année i444 jusqu’au temps où il écrivait. Le premier livre contient l’histoire politique , et le second l’histoire ecclésiastique : les six autres livres sont composés de lettres adressées à différentes personne s par des Grecs Roméiques. Parmi ces épîtres, l’une, de Théodore Zygomalas, protonotaire de la grande église de Constantinople, est datée de l’année i 5 y 5 ; et l’autre, de Cabasilas, de la ville d’Acarnanie, aujourd’hui Arta en Epire, porte la rubrique de 1584- Quoique ces lettres fourmillent d’erreurs, elles sont précieuses, à cause de l’ancienneté de leur date et par rapport au sujet qui nous occupe. a Moi qui suis né à Nauplie, ville du Péloponèse, peu éloignée d’Athènes, j’ai souvent vu cette dernière ville. J’ai « recherché avec soin les choses qu’elle renferme, l’Aréopage, l’antique Académie, le Lycée d’Aristote; enfin le Panthéon, « (Parthénon). Cet édifice est le plus élevé, et surpasse tous les autres en beauté. On y voit en dehors, sculptée tour à « tour , l’histoire des Grecs et des dieux. On remarque surtout au-dessus de la porte principale (les propylées), des « chevaux qui paraissent vivants, et qu’on croirait entendre hennir. On dit qu’ils sont l’ouvrage de Praxitèles : l’ameet « le génie de l’homme ont passé dans le marbre. Il y a dans ce lieu plusieurs autres choses dignes d’être vues. Je ne « parle point de la colline opposée (probablement le mont Hymette), sur laquelle croissent des simples de toute espèce, « utiles à la médecine; colline que j’appelle le jardin d’Adonis. Je ne parle pas non plus de la douceur de l’air, de la « bonté des eaux et des autres agréments d’Athènes : d’où il arrive que ses habitants, tombés maintenant dans la bar- cc barie, conservent toutefois quelques souvenirs de ce qu’ils ont été. On les reconnaît à la pureté de leur langage : comme « des sirènes, ils charment ceux qui les écoutent, par la variété de leurs accents... .Mais pourquoi parlerais-je d’Athènes? « La peau de l’animal reste, l’animal lui-même a péri. » Siméon Cabasilas, de la ville d’Arta (Acarnania), ajoute quelque chose aux renseignements du protonotaire. « Athènes, « dit-il, était composée autrefois de trois parties également peuplées. Aujourd’hui sa première partie, située dans un lieu « élevé, comprend la citadelle, et un temple dédié au dieu inconnu : cette première partie est habitée par les Turcs. Entre « celle-ci et la troisième, se trouve la seconde partie, où sont réunis les chrétiens. Après cette seconde partie, vient la troi- « sième, sur la porte de laquelle on lit cette inscription : » c’est ICI ATHÈNES, LA VILLE DE THESEE. « On voit dans cette dernière partie un palais revêtu de grands marbres et soutenu par des colonnes. On y trouve encore « des maisons habitées. La ville entière peut avoir six à sept milles de tour; elle possède environ douze mille citoyens. » M. de Chateaubriand fait quatre remarques au sujet de cette description : i° le Parthénon avait été dédié par les chrétiens au dieu inconnu de saint Paul. Spon chicane mal à propos Guillet sur cette dédicace : Deshayes l’a citée dans son voyage. 2° Le temple de Jupiter Olympien (le palais revêtu de marbre) existait en grande partie du temps de Cabasilas : tous les autres voyageurs n’en ont vu que les ruines. 3° Athènes était divisée, comme elle l’est encore aujourd’hui ; mais elle contenait douze mille habitants, et elle n’en a plus que huit mille (elle en contenait dix mille au moment de sa ruine, de 1822 à 1824.) On voyait plusieurs maisons vers le temple de Jupiter Olympien: cette partie delà ville est déserte depuis 1770. 4° Enfin, la porte avec l’inscription: c’est ici Athènes, la ville de thésée, a subsisté jusqu’à nos jours. On lit sur l’autre face de cette porte, du côté de l’Hadrianopolis, ou Athence novæ: c’est ici la ville d’hadrien , ET NON PAS LA VILLE DE THESEE. Deshayes visita Athènes entre les années 1621 et i63o: « De Mégare jusqu’à Athènes, il n’y a, dit-il, qu’une petite « journée, qui nous dura moins que si nous n’eussions marché que deux lieues : il n’y a jardin ni bois qui contente da- « vantage la vue que ne le fait ce chemin. L’on va par une grande plaine, toute remplie d’oliviers et d’orangers, ayant « la mer à main droite, et les collines à main gauche, d’où sortent tant de beaux ruisseaux, qu’il semble que la nature se « soit efforcée à rendre ce pays aussi délicieux. «La ville d’Athènes est située sur la pente et aux environs d’un rocher assis dans une plaine, laquelle est bornée par la « mer qu’elle a au midi, et par les montagnes agréables qui l’enferment du côté du septentrion. Elle n’est pas la moitié si « grande quelle étoit autrefois, ainsi que l’on peut voir par les ruines, à qui le temps a fait moins de mal que la barbarie « des nations qui ont tant de fois saccagé et pillé cette ville. Les bâtiments anciens qui y restent témoignent la magnificence « de ceux qui les ont faits ; car le marbre n’y est point épargné, non plus que les colonnes et les pilastres. Sur le haut du « rocher est le château , dont les Turcs se servent encore aujourd’hui. Entre plusieurs anciens bâtiments, il y a un temple, « le Theseum, qui est aussi entier et aussi peu offensé de l’injure du temps, comme s’il ne venoit que d’être fait. « En sortant d’Athènes, on traverse cette grande plaine qui est toute remplie d’oliviers et arrosée de plusieurs ruisseaux, « qui en augmentent la fertilité. Après avoir marché une bonne heure, on arrive sur la marine où il y a un port « excellent, qui étoit autrefois fermé par une chaîne. Ceux du pays l’appellent le port Lion, à cause d’un grand lion de « pierre que 1 on y voit encore au jourd’hui ; mais les anciens le nommoient le port du Pirée : c’étoit en ce lieu que les Athé- « niens assembloient leurs flottes et qu’ils s’embarquoient ordinairement. » INTRODUCTION. XIX L’établissement de nos consuls dans l’Attique remonte à l’année i 6 i 5 , et finit en i 832 , avec M. Fauvel qu’on aurait dû conserver comme une antiquité. Les mauvais jours de la révolution avaient respecté cet établissement; le pavillon de France ne flotte plus dans les murs consacrés à Minerve : mais le nom de Fauvel y sera long-temps prononcé. On a cru que Stochowe avait vu Athènes en i 63 o;maisen comparant son texte avec celui de Deshayes, on demeure convaincu que le gentilhomme flamand n’a fait que copier l’ambassadeur français. Le P. Antoine Pacifique donna en 1 636 , à Venise, sa Description delà Morée , ouvrage sans méthode. Quelques années après, on voit arriver en Grèce les missionnaires, qui portaient dans tous les pays de l’univers le nom, la gloire et l’amour de la France. Les jésuites de Paris s’établirent à Athènes, vers l’an iG 45 ; les capucins de la rue St.-IIonoré s’y fixèrent en 1 658 , et, en 1669, le P. Simon acheta la lanterne de Démosthènes, monument près duquel on bâtit l’hospice des étrangers. Des Monceaux parcourut en i6(i8 une partie du Péloponèse. Nous avons l’extrait de son voyage publié à la suite de celui de Corneille Bruyn; il fait connaître quelques ruines dont il ne reste plus de traces, et qui font vivement regretter ses dessins, ainsi que ses indications. Au milieu des œuvres de charité dont leurs jours étaient remplis, nos missionnaires ne négligeaient point les travaux qui pouvaient être honorables à leur patrie. Le P. Rabin, jésuite, donna, en 1(172, une relation de 1 état présent de la ville d’Athènes : Spon en fut l’éditeur; on n’avait rien vu jusqu’alors d’aussi complet et d’aussi détaillé, sur les antiquités d’Athènes. L’ambassadeur de France à la Porte, M. de IVointel, passa à Athènes dans l’année 167/1: il était accompagné du savant orientaliste Galland. Il fit dessiner les bas-reliefs du Parthénon. Ces bas-reliefs ont péri en partie, et on est trop heureux d’avoir aujourd’hui les cartons du marquis de Nointel : ils sont pourtant demeurés inédits, à l’exception de celui qui représente le fronton du temple de Minerve. Guillet publia en 1675, sous le nom de La Guilletière, /’ Athènes ancienne et moderne. Cet ouvrage fit naître une grande querelle parmi les antiquaires. Spon crut prouver, ce qui était douteux, que Guillet ou La Guilletière, n’avait pas mis le pied à Athènes, et qu’il s’était borné à adresser une série de questions sur cette ville à un capucin de Patras. Quoi qu’il en soit, Guillet lit usage des renseignements qu’il obtint des PP. Simon et Barnabé; et il cite un monument, le Phanariton Diogenis , qui 11’existait déjà plus du temps de Spon. Le voyage de Spon et de Wheler, exécuté dans les années 1G75 et 1676, parut en 1678. Tout le monde connaît le mérite de cet ouvrage, où l’art et l’antiquité sont traités avec une critique jusqu’alors ignorée. Le style de Spon est lourd et incorrect, mais il apprend une foule de choses intéressantes. Le comte Winclielseay, ambassadeur de la cour de Londres, visita Athènes dans cette même année 1676; ce précurseur du fameux comte Elgin fit transporter en Angleterre quelques fragments de sculptures. Tandis que toutes les recherches se dirigeaient vers l’Attique, la Laconie était oubliée, et Guillet se chargea de la restaurer, comme il avait fait d’Athènes. Spon, qui n’avait pas vu la Laconie, attaqua Guillet d’après l’autorité de Giraud, de Vernon, et d’autres voyageurs. Giraud était consul de France à Athènes, depuis dix-huit ans, lorsque Spon voyageait en Grèce, et il avait commencé une description de la Morée qui eût été fort précieuse, car il était instruit et savait le turc, le grec vulgaire, et le grec littéral. Mais comme il passa au service delà Grande-Bretagne, il est probable que ses manuscrits seront tombés entre les mains de ses derniers maîtres. 11 ne reste de Vernon, voyageur anglais, que son nom écrit sur une des colonnes du temple de Thésée, et une lettre imprimée dans les Pliilosoplucal transactions , 24 avril 1G76. Ce voyageur trace rapidement le tableau de ses courses dans la liellade. « Sparte, dit-il, est un lieu désert. Mistra, qui en est éloignée de quatre milles, est habitée. O11 voit à Sparte « presque toutes les murailles des tours et des fondements des temples, avec plusieurs colonnes démolies, aussi bien que a leurs chapiteaux; il y reste encore un théâtre tout entier. Elle a eu autrefois cinq milles de tour, et elle est située à un « demi-quart de lieue de l’Eurotas. » Nous voici arrivés, dit M. de Chateaubriand, à une autre époque de l'histoire d’Athènes. Les voyageurs qui l’ont visitée depuis 1676,11’ont plus que des ruines à étudier et à admirer. E11 1687, tandis que Louis XIV faisait élever la colonnade du Louvre, les bombes des Vénitiens écrasaient le temple de Minerve. Cette même année on vit paraître à Venise la Notizia del ducato d’Atene , de Pierre Pacifique: mince ouvrage, sans critique et sans recherches. Le P. Coronelli, qui écrivait en 1688, dans sa description géographique de la Morée reconquise par les Vénitiens, a montré q ', savoir; mais il n’apprend rien de nouveau, et il faut se méfier de ses citations ainsi que de ses cartes. Cependant un Français remarquera parmi les guerriers qui combattirent alors sous les drapeaux de Venise, un prince de Turenne, qui se distingua dans la Messénie, avec cette bravoure naturelle à tous ceux de sa maison, éteinte de nos jours avec le premier grenadier de l’armée, la Tour d’Auvergne. L’ Atena Attica de Fanelli prend l’histoire d’Athènes à son origine, et la mène jusqu’à l'époque où l’auteur écrivait. Cet ouvrage est peu de chose. Chandler paraît avoir fait usage de la carte qui y est jointe. Paul Lucas vit Athènes en 1704; sa relation est, comme tout ce qu’il a publié, mêlée de contes et de récits parfois intéressants. Le voyage du sieur Pellegrin en 1718 est au-dessous de celui de Paid Lucas; car son misérable pamphlet n’est qu’un recueil d’anecdotes galantes, de chansons et de mauvais vers. L’histoire de la dernière conquête de la Morée par les Turcs laisse beaucoup à désirer, quoique ce soit la seule chose intéressante de sa relation. Fourmont alla, en 1728, par ordre de Louis XV, chercher au Levant des inscriptions et des manuscrits. Une lettre de M. Raoul Rochette au comte Aberdeen justifie, avec trop de savoir et d’éclat, Fourmont, de l’accusation de faux Expéd. en Morée. J XX INTRODUCTION. en archéologie qu’on lui avait imputée, pour qu’il soit nécessaire de défendre sa mémoire. Son voyage est resté manuscrit; et on retrouve de temps en temps les monuments historiques qu’il se vantait d’avoir détruits, lorsqu’il les avait eu copiés. Un grand nombre de ses inscriptions, déposées au cabinet des manuscrits de la Bibliothèque royale, ont été publiées récemment par M. Bœck à Berlin. Pococke visita Athènes en 1739. L’année suivante, Wood, Awkins et Bouvric faisaient leur beau voyage en l’honneur d’Homère. Il serait à desirer qu’on en fît autant pour Virgile et pour Ovide. Le premier voyage pittoresque de la Grèce est celui de David Leroi, élève de Blondel, regardé comme le fondateur de l’école d’architecture française. Chandler, qui ne nomme jamais Spon qu’avec répugnance, ne manque pas d’accuser l’artiste français d’avoir altéré la vérité dans quelques dessins. Il aurait dû se contenter d’observer qu’il y a des restaurations maladroites dans l’artiste français, et des ornements superflus; mais, à tout prendre, son ouvrage, vu le temps, est un monument honorable pour la France: David Leroi avait vu Lacédémone, qu’il distingue fort bien de Mistra. Il voyageait en 1758. On croit que les ruines d’Athènes de Robert Sayer , publiées en 1759, sont une traduction anglaise, et une nouvelle gravure des planches de Leroi. Nous laissons sur le compte de Chandler l’éloge qu’il fait du travail de Pars. L’an 1761, Stuart publia, avecRevelt, la description connue sous le titre d e, Antiquities of Athènes : c’est un grand travail utile surtout aux artistes, et exécuté avec cette rigueur démesures sans laquelle on ne saurait maintenant publier un ouvrage d’architecture; mais la vérité, qui se trouve dans les détails, manque dans l’ensemble : le crayon et le burin anglais n’ont point toujours la netteté requise pour rendre les lignes pures des monuments du siècle de Périclès. Il est bonde consulter les MonumentaPeloponesiaca de Paul Paciaudi, imprimés la même année à Rome; on y trouvera, avec une érudition saine, une foule d’inscriptions et d’objets d’art très-précieux. Le voyage de Chandler est de l’année 1764- U apprend peu de chose relativement à la Morée. Ce qu’il dit au sujet d’Athènes sera bon à consulter dans tous les temps, et les inscriptions qu’il a recueillies ajoutent à nos connaissances historiques. Riedsel parcourut le Péloponèse et l’Attique dans l’année 1773. Une foule de monuments avaient péri à Sparte, à Argos et à Mégalopolis. Le Voyage pittoresque du comte de Choiseul-Gouffier, dont le premier volume parut au commencement de 1778, a été terminé après la mort de cet académicien. Il se trouve maintenant dans toutes les bibliothèques, dont il fait un des plus beaux ornements. Fauvel, Chevalier, Cassas, furent les principaux collaborateurs de feu M. Choiseul- Gouffier, qui n’a pas su rendre justice à leur coopération. Les recherches de MM. Foucherot et Fauvel commencèrent vers l’année 1780. Quelques mémoires du dernier de ces voyageurs font connaître des lieux et des antiquités jusqu’alors ignorés. Notre grand helléniste, d’Anse de Villoison, parcourut la Grèce à peu près à cette époque : nous n’avons pas joui du fruit de ses études. Il serait curieux de publier un vocabulaire de la langue dorique qu’il a recueilli dans la Laconie : il se trouve manuscrit au cabinet de la Bibliothèque royale. M. Le Chevalier, auteur du Voyage de la Troade, passa quelques moments à Athènes, dans l’année 1785, ainsi que l’abbé Delille. Le Voyage de Scrofani, chanoine sicilien, est philosophique, politique, économique, mais nul pour l’étude de l’antiquité. En 1797, MM. Dimo et Stéphanopoli ont parcouru le Magne, où ils ont vu beaucoup de choses, avec les yeux de l’imagination. Leur relation, rédigée par un professeur de Paris, ne mérite que très-peu de confiance; ils ont confondu les mœurs féodales du XIII e siècle avec celles des antiques Spartiates. Le meilleur guide pour la Morée serait M. Pouqueville; malheureusement il était prisonnier à Tripolitza, a dit M. de Châteaubriand; mais depuis, ce voyageur a publié une description complète de la Grèce, qu’il a parcourue pendant douze années. Au temps dont parle M. de Châteaubriand, lord Elgin faisait exécuter dans l’Attique les travaux et les ravages qui ont signalé l’influence éphémère qu’il avait acquise auprès du divan, a C’est une chose triste à remarquer, XXII INTRODUCTION. sous des lauriers: des fièvres intermittentes ne tardèrent pas à éclaircir leurs rangs. Magnanimes héros, combien de soldats, combien d’officiers, espoir de la patrie, reposent aux plages de Navarin, dans les plaines et sur les hauteurs de Patras. Le ministère français songea bientôt à profiter de la présence de nos soldats qui occupaient la Morée pour envoyer une commission savante. Elle ne prétendait pas égaler celle qu’on vit attachée à la gloire de Napoléon, lorsque vainqueur de l’Orient, il ordonnait d’élever un monument plus durable que l’airain , œre perennius. L’expédition scientifique en Morée devait rendre néanmoins d’éminents services aux lettres et aux sciences. L’Institut de France fut consulte. On désigna en conséquence, pour la section des beaux-arts, MM. Abel Blouet, architecte, comme directeur, et Amable Ravoisie, Achille Poirot, Frédéric de Gournay et Félix Trezel, pour être ses collaborateurs. Ils connaissaient les ouvrages publiés sur la Grèce, jusqu’au moment de l’insurrection, et particulièrement ceux sur Phigalée par le baron de Stackelberg, sur Olympie et les champs de Platée par lord Stanhope, et les recherches sur la Grèce par le chevalier de Brônstedt. Les monuments du Peloponèse, dans leur état de dégradation, présentent plutôt des œuvres de décombres que des édifices debout. Aussi nos architectes ont accompagné d’une restauration les ruines qu’ils ont retrouvées. Ils n’ignorent pas combien ce travail est délicat. Mais afin de ne laisser matière à aucune équivoque sur ce point, ils indiqueront ce qui existe maintenant, et ce qui est de reconstruction. Comme rien n’est à dédaigner dans un pays où l’on rencontre à chaque pas un souvenir historique, et où le moindre marbre devient un jalon placé dans la route presque effacée qui conduit à la connaissance des monuments de l’antiquité, on a recueilli non seulement les édifices à colonnes, mais encore les murailles des villes attribuées aux siècles pélasgiques. On reconnaîtra dans ces différentes constructions, qu’elles sont toujours basées sur un principe de convenance, rigoureusement rempli, d’après l’emploi de matériaux simples et d’un usage facile, et d’après la plus heureuse combinaison. Ce fut au retour de M. Blouet et de ses collaborateurs , que M. Raoul Rochette, parlant au nom de l’Institut de France, dans la séance publique du samedi 3o avril i83i, annonça au monde savant les travaux de la commission d’architecture et de sculpture envoyée dans la Grèce. «C’est pour l’Institut de France tout entier, et pour l’Académie des beaux-arts en particulier, l’objet d’une « satisfaction bien légitime, que de pouvoir proclamer, dans une occasion aussi solennelle que celle qui nous ras- « semble, les titres acquis à la reconnaissance publique, par des artistes français, dans une expédition scientifique cc entreprise sous les auspices de l’Institut. Cette expédition n’eût-elle produit que la découverte du temple de « Jupiter Olympien, et la possession de quelques fragments des sculptures qui le décoraient, ce serait déjà un k résultat si précieux pour l’art et pour la science, que l’Institut pourrait, après y avoir contribué de plus d’une «manière, s’en féliciter à plus d’un titre; car ces utiles conquêtes de l’archéologie, faites à si peu de frais, ces «nobles dépouilles de l’art antique, si heureusement arrachées par des Français du sein de la terre qui les « recélait, peuvent être regardées comme une compensation plus que suffisante pour le prix qu’elles ont coûté. » Plus loin il ajoute : «Mais indépendamment de ces sculptures d’Olympie, tant de travaux entrepris par nos artistes, sur presque « tous les points de la Morée; tant de villes antiques dont ils ont exploré les vestiges, mesuré les ruines, et sauvé, «autant qu’il pouvait dépendre d’eux, les derniers débris qui en restaient, des dernières atteintes de la destruc- « tion et de la vétusté ; tant de beaux dessins, tant de savantes investigations, où l’art moderne, où la civili- « sation française se sont signalés, pour ainsi dire, en présence et à l’envi du génie antique, sur un sol rem- « pli de souvenirs de la Grèce, ne sont-ce pas là des résultats d’une valeur réelle? » M. Raoul-Rochette termine son rapport en ces termes : «Il reste un dernier devoir à remplir à l’Institut, c’est de rendre hommage au zèle et à la capacité dont a « fait preuve la section d’architecture de l’expédition scientifique de Morée, dans cette fouille d’Olympie, qui a produit «de si importants résultats, et dans le cours des autres travaux qui avaient été recommandés à ses recherches.» La commission d’architecture et de sculpture de la Grèce a classé ses travaux et ses découvertes en les divisant en trois volumes. Elle a fait connaître, dans le tome premier , Pylos ou Navarin, Methone ou Modon, Colonis, Coron, Petalidi, Messène, Lepreum, Scillonte, Olympie. Le tome second comprendra : Aliphera, Pliigalie, le temple d’Apollon à Bassæ, Gorthys, Karitène, le mont Diaforti, Ira, Lycosura, Megalopolis, Sparte, Mantinée, Argos, Mycènes, Thyrinthe et Nauplie. Le tome troisième traitera des îles de Syra, de Téos, de Mycone, deDélos, de Naxos, de Mélos, du cap Sunium, de l’île d’Égine, d’Épidaure, de Hiéro, de Trézène, d’Hermione, de Némée, de Corinthe, de Sycione, de Patras, d’Elis, de Calamate, et de la périégésie du Magne, du cap Ténare, de Marathonisi, de Gythium, d’Amyclée, de Monembasie, d’Épidaure Limera, d’Astros , d’Athènes. On y trouvera un itinéraire depuis cette ville jusqu’à Navarin, en passant par Salamine, Eleusis, les lacs de Stymphale et de Phénéon, Vitina, le pont de Caritène, Nisi et Navarin. Si le soin que la commission d’architecture a mis dans la publication de ses découvertes obtient le suffrage des personnes qui s’intéressent aux beaux-arts, elle se trouvera heureuse d’avoir justifié le choix honorable qu’on a fait de ses membres, en attribuant la gloire de leur travail à la France, qui, après avoir délivré la Grèce des Barbares, voulut sauver les débris de sa splendeur antique. ARRIVÉE EN MOREE. NAVARIN. Le 3 mars 1829, les premiers rayons du jour nous permirent d’apercevoir à peu de distance les montagnes arides qui entourent la rade de Navarin. Je n’essaierai pas d’exprimer notre joie à l’aspect de cette terre si désirée; nous touchions le port où tendaient tous nos vœux, nous arrivions enfin au terme d une traversée pénible de vingt-un jours. Quoique l’impression à la fois délicieuse et profonde que nous éprouvâmes en ce moment ne se soit pas affaiblie, et que nos souvenirs nous en fassent goûter encore tout le charme, nous ne tenterons point de la peindre, car ici les paroles manqueraient aux sensations. Pénétrés d’ailleurs du but de notre mission, nous n’oublierons pas dans le cours de cette relation, que nous devons faire une description exacte et simple de ce que nous avons vu, plutôt qu’une histoire pompeuse et poétique de nos émotions. Nos lecteurs, nous l’espérons, sauront bien apprécier d’eux-mêmes tout ce que nos cœurs de Français et d’artistes ont éprouvé en abordant au rivage grec. Nous laissons donc entière liberté à leur imagination, que nous n’avons la prétention ni de diriger, ni d’exalter, persuadés que pour cela, des lieux communs admiratifs et des phrases ambitieuses feront bien moins que les noms seuls des villes, des sites, des monuments que nous citerons pour les avoir vus. Continuons notre récit. A notre droite, nous apercevions les îles Sapience et Cabrera, à gauche, celle de Prodano, nommée par les anciens Proté ; au fond, le bel ensemble des monts de la Messénie, qui se terminent au nord par les hautes montagnes de l’Arcadie, dont les cimes, encore couvertes de neige, forment le dernier plan de ce magnifique tableau. Enfin, à trois heures, après bien des alternatives d’espérances et de contrariétés causées par le caprice des vents, nous entrons, heureux impatients, dans cette vaste rade de Navarin qui, après avoir vu l’orgueil de Sparte humilié par les armes d’Athènes *, devait, quelques siècles plus tard, devenir le glorieux théâtre du triomphe de la civilisation et de la chrétienté sur le fanatisme et la barbarie. Nous entrons dans la rade en passant entre les rochers à pic qui terminent l’ile Sphagie ou Sphactérie, et celui du continent sud sur lequel est située la petite ville forte de Navarin. Une mosquée, un palmier, sont, au milieu des ruines de cette malheureuse ville, les seuls monuments apparents qui aient survécu à ses desastres. Nous mouillâmes auprès des bâtiments français et grecs, non loin du petit port situé sur une plage au bas de la ville. RADE DE NAVARIN. La rade de Navarin où, dans l’antiquité, les Messéniens vinrent de l’exil se venger avec leurs frondes des Lacédémoniens 2 , et où se livra, en 1827, le grand combat naval dans lequel les escadres combinées française, anglaise et russe anéantirent la flotte turco-égyptienne, peut contenir plus de deux mille vaisseaux 3 . Elle est fermée à l’est par l’île Sphactérie qui, comme un mur du sud au nord, semble se rattacher au continent dont elle est séparée par un canal étroit qui ne peut, dit Thucydide, recevoir que deux vaisseaux de front 4 ; or, nous savons quelle était la dimension des vaisseaux d’alors, dont nos bateaux de cabotage peuvent nous donner une idée. Le promontoire Coryphasium 5 forme un des côtés de ce détroit; son sommet, qui domine majestueusement au fond de la baie, est couronné par un château fort appelé Zonchio, ou Vieux-Navarin, qui est construit sur l’emplacement de la Pylos de Thucydide, que 1 examen des lieux nous fait présumer être aussi celle décrite par Homère, et à laquelle on peut aller du continent par un isthme très-bas qui termine au nord le fond de la rade. Maintenant, revenant à la passe du sud, qui est la véritable entrée de la rade, suivons le continent qui, faisant une saillie en avant de la pointe de Sphactérie, de manière à ne laisser qu’une médiocre ouverture, 1 Thucydide, siège de Pylos, liv. iv, chap. 2. 3 Pouqueville, Premier Voyage en Grèce. a Pausanias,liv. iv, chap. 26, p. 256 .—Thucyd., liv. iv, chap. 26, 4 Thucyd., siège de Pylos, liv. îv, chap. 8, p. i 43 . P- J 9 2 - 5 Pausan., liv. iv, chap. 36 , p. 492. se creuse après leminence de Navarin, et forme en cet endroit un petit port où l’on débarque pour se rendre à Eski-Navarin, autrement dit le Nouveau-Navarin. Là, nous abordâmes sur une mauvaise jetée en planches qui nous conduisit à une espèce de place pratiquée dans un renfoncement des montagnes; des Grecs pâles et défaits y tenaient un marché, au milieu d’une boue noire, et la misère tâchait d’y vendre à la misère, et au plus haut prix possible, de repoussants aliments. A gauche de cette place, sous l’escarpement d’un chemin montant, nous remarquâmes une fontaine vénitienne ressemblant beaucoup à celle que donne M. Pouqueville comme une fontaine antique à Pylos*. (Voyez planche 2, fig. I.) Sur les rochers d’alentour, s’élèvent, çà et là, quelques maisons en bois qui composent aujourd’hui le Bas-Navarin. Derrière ces maisons, se trouve un ravin formé par les eaux qui coulent des montagnes. C’est là que nous vîmes de malheureuses familles grecques qui n’avaient pour abri que des antres de rochers, pour lit qu’une terre humide, pour vêtements que des haillons, pour .unique ressource que l’aumône de nos soldats! Spectacle déchirant, et qui, en attristant le cœur, forme un contraste bien douloureux pour l’esprit, avec les souvenirs de splendeur que nous a laissés la Grèce ! En partant delà fontaine, on monte à Navarin par une route pavée qui conduit à la citadelle, dont l’entrée présente un aspect assez pittoresque. (Voyez planche 2, fig. III). La porte, qui est de construction vénitienne, laisse peu de doute sur l’origine de cette place que nous ferons remonter à l’année 1685, époque à laquelle la république de Venise reconquit le Péloponèse par la bravoure du procurateur Francesco Morosini. Voulant assurer sa conquête, en défendant les approches du plus beau port de la Morée, elle bâtit le Nouveau-Navarin, qui fut repris plus tard par les Turcs, et soustrait ensuite à leur pouvoir, en 1770, par le comte Orloff, lors de son expédition en Grèce, dans la campagne de Navarin, à la suite de laquelle les malheureux Grecs qui avaient secondé les Russes, furent impitoyablement massacrés par les Turcs 1 2 . En 1821, les Grecs à leur tour y commirent d’atroces représailles sur une garnison turque qui, après une longue résistance, mais pressée par la famine, avait enfin capitulé. Deux cents de ces malheureux, hommes, femmes et enfants, furent condamnés, au mépris des traités, à mourir de faim sur un rocher isolé qui se trouve vers le fond et dans le milieu de la rade 3 . La ville de Navarin, reprise par Ibrahim, pacha d’Egypte, fut remise, en 1829, aux Français, dont l’armée l’occupe aujourd’hui. Une partie de la garnison travaille au rétablissement de la citadelle et des fortifications qui entourent la ville. Les pièces de canon vénitiennes, turques, russes, grecques et françaises qui en forment les batteries, indiquent les principales époques de l’histoire de cette ville. Par suite de la guerre, Navarin n’offre plus que des décombres au milieu desquelles les Français se sont établis en réparant quelques habitations ; les maisons les mieux conservées ont été restaurées pour loger les chefs. Parmi ces dernières, on peut citer, comme la principale, celle où était le sérail d’ibrahim, et qui sert aujourd’hui de demeure au payeur de l’armée et à l’administration de la poste. Le seul édifice qui ait échappé à la destruction, est une église grecque dont la construction date probablement de celle des remparts; elle ressemble un peu, quoique dans une disposition beaucoup plus simple, à celle de Sainte-Sophie à Constantinople, et à celle de Saint-Marc à Venise. Elle est ornée de cinq arcades moresques formant portique à l’extérieur, et à l’intérieur, sa forme est une croix grecque, couronnée d’une coupole principale au milieu, et de quatre autres plus petites sur les quatre angles; le tout construit en petites pierres. L’intérieur est enduit d’un stuc sans peintures. Au devant de l’église, s’élève un petit édifice octogone qui devait servir de baptistère, composé d’une seule salle et terminé par une coupole; il s’ouvre sur ses huit faces, et forme avec l’église un élégant ensemble. (Voyez planches 3 et 4-) Les Turcs ayant transformé cette église en mosquée, avaient construit, à l’un des angles du portique, un minaret que depuis les Grecs ont abattu, et dont on ne voit plus que le soubassement. Faute de localité convenable, cette église sert aujourd’hui de magasin de grains pour nos troupes. Du haut de la citadelle, en regardant au sud-est, on aperçoit les restes assez considérables d’un aqueduc vénitien qui jadis l’approvisionnait d eau; c est de 1 extrémité de cet aqueduc qu’on peut se faire une idée de l’étendue de la rade, et déterminer la position de la ville par rapport à l’île Sphactérie et au promontoire Coryphasium qui ferment l’horizon de cette vue. (Voyez planche 5, fig. I.) 1 Pouqueville, Deuxième Voyage en Grèce, tome YI, p. 72, et ^4 par Alphonse Rabbe. pour le dessin. 3 Mémoires du colonel Raybaud. —Alex. Soutzo, Histoire de la 2 Introduction aux Mémoires du colonel Raybaud sur la Grèce, Révolution grecque, p. 123 . ( 3 ) EXPLICATION DES PLANCHES. - —TP OftOM — »- Frontispice. Les fragments dont il se compose sont un couronnement en marbre trouvé à Epidaure ; des cariatides romaines de Loucos près d’Astros; une Minerve et un Hercule; des métopes découvertes par nous avec le temple de Jupiter Olympien, à Olympie; un sphynx ébauché venant de Délos; un chapiteau composite trouvé à Coron; des petits vases cinéraires trouvés dans les tombeaux d’Egine; divers fragments d’architecture et une inscription sur laquelle sont indiquées les principales villes explorées dans le Voyage. Dans le fond à gauche, est l’Acro-Corinthe, à droite, l’Acropole d’Athènes. Les figures sont un militaire français montrant à un Grec une frégate française qui débarque les troupes par lesquelles la liberté et la paix sont rendues à la Grèce. Près du Français, est un Turc rendant ses armes. Planche i. Carte de la partie méridionale de la Grèce. Cette carte est faite pour l’intelligence de notre Voyage. La route que nous avons suivie est indiquée par des lignes ponctuées. Les lieux antiques sont indiqués par des points, et les noms antiques entre parenthèses. Planche 2. Figure I. — Fontaine sur le port à Navarin. Cette fontaine, qui ressemble à celle que M. Pouqueville donne pour une fontaine antique à Pylos, et pour la source des eaux de Navarin, est construite en pierre, et est ornée de petites arcades feintes de forme moresque. Fig. II. — Source de l’eau de Navarin, à deux heures douze minutes de cette ville, à l’entrée de la forêt de Goubê, et à peu de distance du mont Pilaw ou Témathéa. Fig. III. — Porte de la citadelle de Navarin. CeM£ porte qui, avec la petite fontaine en avant, forme un ensemble assez pittoresque, est de construction vénitienne. Depuis que ce dessin a été fait, et pendant que nous étions encore en Morée, le tonnerre est tombé sur la poudrière, dont l’explosion a fait écrouler cette porte et une grande partie des remparts que les Français avaient rétablis. Planche 3. Fig. I. — Plan de l’église de Navarin. Au devant est un baptistère octogone; à l’angle de l’église, est le soubassement d’un minaret construit par les Turcs lorsqu’ils transformèrent cette église en mosquée. Les Grecs depuis ont démoli ce minaret. Cet édifice est construit en petits moellons. L’intérieur est revêtu de stuc blanc sans peintures. Fig. II. — Coupe de l’église. Planche 4 - Vue de l’église de Navarin. Au devant, est le baptistère octogone. -a Planche 5. Fig. I. —Navarin. Cette vue, prise au-delà des ruines de l’aqueduc qui amenait l’eau de Goubê à la citadelle de Navarin qu’on voit sur le devant, embrasse une partie de la rade. Au fond, est le promontoire Coryphasium, sur lequel sont les ruines de Pylos, et à gauche du promontoire, une partie de l’île Sphactérie qui ferme la rade de ce côté. 2 * ( 4 ) ZONCHIO, VIEUX-NAVARIN OU PYLOS. Du port de Navarin jusqu’au cap Coryphasium, il y a environ une lieue et demie de distance; la direction est nord-ouest; au bas du promontoire, est un petit port. Après avoir traversé les débris des bâtiments turcs qui ont été jetés au rivage, c’est dans ce port que nous débarquâmes pour aller explorer les restes du Vieux - Navarin qui recouvre, avons-nous dit, l’emplacement de la Pylos de Thucydide, que l’on suppose avoir succédé à la Pylos de Nestor. (Voyez planche 6, fig. I.) Bien que M. Pouqueville ait rétracté, dans la relation de son second voyage en Grèce, l’opinion par lui précédemment émise sur l’emplacement de l’ancienne Pylos de Messénie, qu’il avait indiquée en ce lieu, nous pensons qu’en examinant avec soin les localités, on s’en tiendra à ce que ce savant avait avancé dans la relation de son premier voyage. Au pied des rochers qui bordent le port à gauche, et sur un isthme de sable qui sépare la rade d’un lac marécageux baignant la base du mont Coryphasium, nous trouvâmes un puits d’eau douce. De là, à quelques pas au sud, se trouvent les vestiges d’une construction antique qui, s’avançant dans la mer, devait y former une jetée. (Voyez planche 7, fig. IV et V.) On longe ensuite les bords du petit canal percé entre le promontoire et file Sphactérie, qu’il sépare seulement de quelques toises. L’œil en distingue aisément le fond. En tournant ensuite vers le nord, nous arrivâmes sur un plateau incliné qui était l’emplacement de la ville. Sur le sol, se trouvent des débris de poteries antiques; une route vénitienne pavée toute délabrée, le long de laquelle on remarque plusieurs vestiges du moyen âge, conduit au sommet du promontoire où sont les restes de la ville. Construite dans l’origine par un croisé français que la chronique appelle messire Nicolas de Saint-Omer réparée par les Vénitiens qui la détruisirent en abandonnant la Morée, il n’en reste plus aujourd’hui que les murailles qui ont jiour base en plusieurs endroits deux, trois et quatre assises de construction hellénique. A droite, près de l’entrée, une tour carrée est établie sur une semblable base ; il en est de meme des tours tant rondes que carrées, et de toute la partie des murs qui ferment la citadelle du côté nord. (Voyez planche 6, fig. II, et planche 7, fig. III.) Ces constructions helléniques, dont aucun voyageur moderne n’avait encore fait mention, et que j’avais remarquées dans une course précédente, furent pour nous une découverte importante et un motif très-plausible de nous convaincre que nous voyions la Pylos de Messénie. L’intérieur de la* ville, autrefois siège de l’acropole, ne présente plus qu’un amas de décombres parmi lesquelles on ne trouve de remarquable que quelques citernes antiques. Dans l’une d’elles, nous vîmes le squelette d’un malheureux qui y était probablement tombé par une des ouvertures que des ronces et des herbes laissent à peine apercevoir. Ce fut auprès de cette citerne que nous trouvâmes une pierre carrée, creusée au milieu, et qui nous parut avoir servi de table à un autel antique où l’on sacrifiait. En descendant au nord de l’acropole, on remarque à gauche, au milieu des rochers, une très-grosse muraille moderne composée de quartiers de roc posés les uns sur les autres, comme dans les constructions cyclopéennes; cette muraille se prolonge jusqu’à la mer, et paraît avoir été construite pour défendre le passage. En continuant à descendre entre des buissons d’érables et de figuiers sauvages, on trouve, sous les rochers qui pendent à pic sur le lac, une grotte de grande dimension; l’entrée regarde le nord, et l’intérieur s’élargissant, est faiblement éclairé par une fente du rocher. (Voyez planche 7, fig. I et II.) Cette^ grotte, appelée aujourd’hui grotte de Nestor, est probablement celle où il enfermait ses troupeaux, et que Pausanias indique comme se trouvant dans la ville \ Immédiatemeiil au-dessous de la grotte, est un plateau sablonneux, ainsi que l’a dit Homère 3 . On trouve en cet endroit une grande quantité de terres cuites mêlées à des fragments de poteries antiques. Au nord de ce plateau où devait être une partie de la ville, et près des rochers à pic qui terminent le promontoire Coryphasium, est un reste de mur antique qui formait de ce côté l’enceinte et l’extrémité de la ville. Environ soixante mètres plus loin, les rochers sont interrompus, et la mer, avançant dans les sables, y a formé, par le battement continuel de ses vagues, une espèce de port demi-circulaire et tellement régulier, qu il semble avoir été fait de main d’homme. Les Grecs l’ont nommé Ventre de bœuf, à cause 1 Chronique de Morée, par M. Buchon, page 387. 2 Pausanias, vol. II, eliap. 36 , p. 492. 3 Homère, Odyssée. ' */ ( 5 ) de sa configuration. Près de ce port, on remarque une partie de rochers qui paraît avoir été taillée pour faciliter une descente. De l’extrémité nord de la ville, en revenant un peu sur ses pas, on trouve à l’est, sur des sables jaunes, une descente au bas de laquelle, en se repliant vers le sud, il existe, entre le lac et la base à pic de la montagne qui porte la citadelle, une route vénitienne pavée, conduisant au port que nous avons pris pour point de départ. Il est très-probable qu’une route antique sert de fondation à celle-ci, et communiquait du port à l’autre extrémité de la ville. Maintenant que l’existence d’une ville antique nous est démontrée dans les lieux que nous avons parcourus, et que nous avons retrouvé sur le mont Coryphasium l’aspect de la Pylos inaccessible et sablonneuse décrite ainsi par Homère, notre conviction intime nous porterait à affirmer que nous avons découvert la ville de Nestor; mais comme Strabon ne s’explique pas clairement, et que ce qu’il dit à ce sujet 1 pourrait contrarier notre opinion, nous ne nous permettrons pas une décision absolue, et laisserons ce soin à MM. les archéologues, en leur donnant, par des dessins de la plus scrupuleuse exactitude, tous les documents nécessaires pour motiver et porter leur jugement dans une question qui comme à nous, leur paraîtra sans doute du plus haut intérêt. Pendant le séjour que nous fîmes à Pylos pour en relever et dessiner les restes, M. Poirot fit une excursion sur l’île Sphactérie. Cette île qui a quelque célébrité par la défaite des Lacédémoniens qui y furent battus par l’Athénien Cléon le corroyeur 2 , et pendant les dernières guerres, par une victoire remportée par les Turcs sur les Grecs, n’est séparée du promontoire Coryphasium que par le petit canal dont nous avons déjà parlé. Ainsi que le promontoire qui en est la suite, elle est escarpée du côté de la rade, et forme une plaine inclinée du côté de la haute mer. En suivant la sommité des rochers qui dominent la rade, M. Poirot ne vit sur cette île déserte rien de remarquable; il y trouva seulement des débris de navires turcs qui y avaient été lancés par les explosions, pendant le dernier combat naval. Quelques-uns de ces débris, quoiqu’ils fussent à environ deux cents mètres au-dessus de la mer, avaient jusqu’à trois mètres de longueur. En suivant un sentier, il trouva à peu de distance de la mer une chapelle grecque en ruines, une citerne et un mur de construction moderne. Revenant de ce point dans une plaine inclinée couverte de houx, en suivant le haut des rochers qui bordent la haute mer, on arrive en une heure et demie au petit canal près du port de Pylos. 1 Strabon, liv. vm, chap. 3 , p. 177. 2 Pouqueville, Deuxième Voyage, liv. xvm, chap. 5 , p. 71. EXPLICATION DES PLANCHES DE PYLOS. Planche 5. Figure II. — Zonchio ou Pylos. Cette vue, prise de l’extrémité de file Sphactérie, de l’autre côté du petit canal qui communique de la rade à la mer, embrasse le promontoire Coryphasium, sur lequel était la ville antique. Au sommet est l’acropole de cette ville; au bas, à droite, le petit port, où l’on retrouve encore des constructions antiques d’une jetée. L’horizon est fermé par les montagnes sur lesquelles se trouve la ville de Gargaliano. Planche 6. Figure I. — Plan de Zonchio ou Pylos. A. Puits d’eau douce. B. Construction antique d’une jetée. C. Canal communiquant de la haute mer à la rade. D. Route montant a la citadelle sur l’emplacement de la ville. E. Citadelle. 3 ( 6 ) F. Grotte dite de Nestor. G. Plateau sablonneux sur lequel se trouvent des débris de terre cuite antique et moderne. H. Mur d’enceinte de l’extrémité de la ville. J. Pente sablonneuse par laquelle on peut monter à la ville de ce côté. Fig. II. — Acropole de Pylos. A. Route vénitienne pavée. Elle est probablement sur la voie antique. B. Entrée de la citadelle. C. Fragment de tour antique. D. Construction du moyen âge. E. Citerne antique dans le roc. Nota. Les murs teintés en noir sont ceux antiques. Les très-probablement l’emplacement des murs antiques. K. Port circulaire formé dans les sables par le battement des eaux. L. Chemin construit au pied du rocher. M. Lac d’eau saumâtre. N. Isthme de sable formant le fond de la rade. O. Rade de Navarin. P. Ile Sphactérie. F. Murs antiques. G. Murs modernes. H. Grotte dite de Nestor. J. Citadelle du moyen âge. K. Ville du même temps; ces deux dernières parties formant l’acropole antique. murs teintés en gris sont ceux modernes, mais occupent Planche 7. Figure I. — Plan de la grotte dite de Nestor. Fig. IL — Coupe de la même grotte. A la partie haute se trouve, dans le rocher, une ouverture par laquelle la lumière pénètre à l’intérieur. Quantité de stalactites rendent cette grotte assez pittoresque. Fig. III. —Détail de la construction des murs antiques qui forment la base de ceux de la citadelle moderne. Fig. IV. — Plan de la partie de jetée antique qui se trouve sur le port, au bas de la ville. Fig. V. —Profil de la même jetée. RETOUR A NAVARIN PAR TERRE. En partant du petit port où sont aujourd’hui logés dans des cabanes, des Grecs occupés à retirer de la mer les débris de la flotte turque, on peut revenir à Navarin par terre, eu suivant l’isthme de sable qui sépare le fond de la rade du lac aux eaux saumâtres déjà cité. Après avoir traversé un ruisseau sur lequel est un petit pont ruiné, près d’une chapelle aussi en ruines, et les restes d’un petit aqueduc, on rencontre quelques chaumières, et on arrive, après une heure de marche, au pied des montagnes, à l’entrée d’une vallée bordée de coteaux, boisés en partie, qui forment un beau paysage. Au milieu de la vallée, est le lit d’une petite rivière. Notre intention, en prenant cette direction, était d’aller visiter le village dit de Pila *, que M. Pouqueville 1 indique pour être sur l’emplacement de l’ancienne Pylos. Nous entrâmes dans la vallée, en laissant à notre droite le bord de la mer qui est le chemin direct de Navarin. En montant par une route vénitienne pavée, on trouve un village nommé Pila, et qui, d’après M. Pouqueville, devait être Pylos. Mais nous y cherchons vainement les débris cyclopéens de Tacropole de Pylos *, dont parle M. Pouqueville; en vain y cherchons-nous aussi l’aqueduc qui conduit l’eau à Navarin et la fontaine qui l’alimente. Nous n’avons pas non plus sous les yeux ce sol sablonneux, signe ROUTE PAR DISTANCES DU PORT DE ZONCHIO A PILA PAR l’iSTHME. A 6 minutes, Une chapelle ruinée, et tout près, un petit canal qui communique du lac à la rade; sur le canal, un petit pont en ruines, de deux arches, et très-près un petit aqueduc. 28 m. Une ruine de briques. 3 m. Ruines d’habitations; un petit canal. 8 m. Quelques chaumières ; un gué. 10 m. On arrive au bas des montagnes; champs de réglisses. 3 m. On quitte la rade pour entrer dans une vallée; beau paysage. 12 m. On entre dans la montagne. 10 m. Route vénitienne pavée. 5 m. Fin du pavé, haut de la montagne; une très-belle vue; tour ruinée. 2 m. Pila, village ruiné. Total de la route, une heure 27 minutes. , p. 72. 1 Pouqueville, Deuxième Voyage en Grèce, tome VI 2 Pouqueville, Deuxième Voyage en Grèce, tome VI, p. 72. auquel nous devons reconnaître la ville de Nestor, et qui s’est présenté à nous au cap Coryphasium. Nous pourrions donc sans scrupule reprendre la route de Navarin; mais l’idée qu’en faisant quelques pas de plus, nous rencontrerons peut-être les antiquités annoncées par M. Pouqueville, et le désir aussi vif que sincère de nous trouver d’accord avec ce savant, nous déterminent à pousser nos explorations plus loin. Après avoir traversé le village de Zaïmogli, où se trouve une petite fontaine, nous passons sur une montagne dont les couches de pierres découvertes forment une espèce de pavement antique; nous traversons un petit torrent qui, avec la cascade dont proviennent ses eaux, et qu’on aperçoit à peu de distance vers la gauche, présente un paysage délicieux. Enfin, après une heure de marche, nous trouvons, dans un grand ravin, l’aqueduc objet de nos recherches; il est entièrement couvert de lierre et entouré d’une végétation des plus pittoresques ; près de là, est la fontaine d’où partent les eaux de Navarin, et que les Grecs appellent Goubê*( voyez planche 3, fig. II), nom qu’ils donnent aussi à la grande forêt qui, de ce lieu, s’étend fort loin vers Nisi. Au sud-est de cette source, et à une assez grande distance, on aperçoit le mont conique appelé Pilaw, et anciennement Témathéa. Mais rien en ce lieu, non plus qu’à Pila, ne nous a révélé l’existence d’une ville antique, et nous sommes persuadés qu’il ne faut point aller chercher Pylos ailleurs qu’au promontoire Coryphasium. Pour revenir à Navarin, nous reprenons la route que nous venons de suivre; trente-cinq minutes après, l’ayant quittée, nous nous élevons à gauche sur une montagne d’où l’on plonge sur la belle vallée qui borde la rade; descendant ensuite sur une route pavée qu’échelonnent souvent des regards d’aqueduc, nous traversons le village ruiné appelé Armaca, d’où nous passons sur le penchant des montagnes; peu de temps après, nous voyons des hangars en planches qui servent d’hôpital aux malades de notre armée que les fièvres, fléau de ce climat, déciment chaque jour; enfin, après avoir côtoyé la rade sur le haut des rochers, nous arrivons au port de Navarin**. * ROUTE DE PILA A LA SOURCE DE GOUBÊ. A 12 minutes, Chapelle ruinée. 6 m. Zaïmogli, village ruiné, io m. Route sur des couches de pierres formant un pavement naturel. 4 m. Un petit torrent sous des arbres; dans le fond, à gauche, une cascade très-pittoresque. 5 m. Regard de l’aqueduc qui conduit l’eau à Navarin; route pavée. 2 m. Ravin très-pittoresque; à gauche une ruine moderne, ri m. Ravin traversé par un grand aqueduc, couvert entièrement de végétations. 2 m. Ruines modernes. 9 m. Regard d’aqueduc. 10 m. Source d’où part l’eau qui va à Navarin, et que les Grecs appellent Goubê. Total de la route, une heure 11 minutes. ** ROUTE DE GOUBÊ A NAVARIN. A 35 minutes, en revenant par la même route, après avoir traversé le petit torrent, on laisse la route à droite pour prendre celle de Navarin. 5 m. Belle vue de la vallée, descente pavée. i 5 m. Un torrent dans la vallée. 8 m. Armaca, village ruiné; on monte. 7 m. Regard d’aqueduc. 5 m. Route sur le penchant d’une montagne. 17 m. Quelques grands ares de l’aqueduc. 8 m. Fontaine; l’hôpital des Français. 25 m. L’aqueduc; une petite fontaine. 7 m. Port de Navarin. Total de la route, deux heures 12 minutes. - 6 - Suivent les planches 1,2, 3 , 4 , 5 , 6 et 7. 4 .mm mànt filiMMM'Ki Sï M I 4f U dov®' 3 ’! T-hü*) ’-Ss*W^.: hti 3 & %■-'. v'jw jy" m ù •> ' ■»! «X&Si fî3E ■BuataiHi la /'//>/A SOURCE DE L'EAU DE NAVARIN F. ET æsa J^oirol dei CITADELLE DE NAVARIN J ema/tre » w** 1 -* ir. SSi •yy////ssS//sfi‘ '"'fyjfsss'-'' pP¥î ÉGLISE A NAVARIN t7u\'arnf >iuû/s;f et Poif%t del _. ._... .. . _l§J Xi*... •.£ ? - î * '^TW ftifilf l t iînlwlil)li|;|'.v. '■j’Trüfi iritE, ... «IK.ft ! ! I ’.r^n «il S®»*.!» iili . r IJ .■T» W' BÉ»»' 1*1® ait»? mm ^ ■ • -x> ■ - •.• % NAVARIN .^; v •' * V: y ** - ■ - ■.*'*•’ . ■ ï . II. tfWfc.W.'. 5È0iî2ïïSsfc'QS& r> v>v - - *" Æ3tM mmrnm Z0NCU10 ou PYLOS J)rvM OU'Ot /£/ *4S,;.y ,-<.>• *Sl.- &ÏÉ&Ë&M ■¥&$** ip jto . GROTTE DITE DE NESTOR. 'ï.'idk^&D | 30 M1CTJÜ.S 5 MK TRES 'iujTeW!' i »ts : .ly/' F. IV, E MURS ANTIQUES DE PYLOS C/wcarw J'c . ■Ravoir et- J^oirot del l ÿ ^ l» ! i f> t'i ' l < ***! ' ■“Z.-:* ■ï‘.«a 9rïv«SH!3 &T. ? &âê&>5*S •'s*» l ‘yr^ggV? p***? &>8$ sSSSç? ‘■'WïvT. '^" • 5i-:»Jft>w-«»- ‘^è'i.;i^)t' Xv '- » M*li 'ti 'V^A- K ^ .j?i<«ae).' ;/, .c . a‘. . K : i ,, ;i ? ■- > '•* I;.".; . ■ ^ :: . V .J ‘ . i ; 1 . .i. ’ J i . $. * :■ •'F* « • A /' Suivent les planches 8, 9, 10 et ri. ( FO NT Al'Nli PRES DE NAVARIN F. Il i 1 i EGLISE . MH-1-1-1-1-1-1-1-(--R »™<5 G m - mm rï'ë/éï’î ''. 1 iÊÈS£ PONT A ME TAXAIS] Zc'fu.foù'c' se ■ ■B fouet ,fol. ■Ja '■ î .-v*. m)- hou Havowiés del- J)ormier j-c. F. II F.I A -j-1—-—|-1 e thÈtke s A -1-1-1-1-1 6 MÈTBES F, III. imm. Bleuet del . Lêmaifr'e sc - : w^. 'fz&Tf- îSÊÈi * EGLISE A 0 SPHIISTO i* V* i^ÂVf^âs ËSS^ff® -âS-v • 3 ^ 3 : mm ÜÜ ! sS®«| :#>#jS 8 ;. MWM Wg0S§i Cf** — _4L* ÏV7_ ' jVi P . 0 EGLISE PRES LE MOL.OE JJarnuer .• v-. F. Il as DK MODOW EGI.l J) cnn ut n,et Kavoirie Je/ y-j:- > ^^5?; '^V?* i^îçJh; VSiî* $&$£ '•Sf&t’Sl. i&ÉPy: rSâggë ^yîÀ î^..*^»L-?wrr^C ir^^^P^V $3^Wtg; sgs^ss ^SCSS "jTri*p>v •-*- mmmm ****$?'•• ;ïï<« Ü8§£æ& S*? •V.S&fêftlfgEiW-. ■,^-k~- pÊÜëÊÊi&. msm mrnM k'S'.‘~:i’V>£. ' Wg8ÿî’'*ÿ? iAWs. &S&8 &s&33a£ .zfc&Lg :<&& '**■'&* .ÿlSfri-^ — 1 â?-è^ :?£»ÆÎrV ■ tf &».*£*- 1 5282 v •vVw^: sgÿ eQQg&gMH k^m I mm S'ïg^'vMî* i^y ^-*35 r^sèiiaiiîSiàSS îVSji^a. ^.a-;.rtr -ifr&gMSSM&«'-. -W^iW ( « ) MODON, ANCIENNEMENT MOTHONE. Pausanias, qui nous a laissé des documents si précieux sur l’histoire des peuples de l’antiquité, nous apprend que Mothone, aujourd’hui Modon, s’appelait, pendant la guerre de Troie et même antérieurement, Pédase ; qu’elle prit, plus tard, le nom d’une fille d’OEneus appelée Mothone; ou bien encore, que cette ville doit son nom à une grosse roche qui protège l’entrée du port et que les gens du pays appelaient Mothon 1 . Les Naupliens, chassés de leur ville par Démocratidas, roi d’Argos, à cause de leur attachement à Sparte, reçurent de cette dernière puissance Modon pour asile, et y fondèrent une colonie que les Messé- niens respectèrent jusqu’au temps où Épaminondas ayant accablé les Spartiates, éleva la Messénie au- dessus de sa rivale 2 ; mais l’empereur Trajan les affranchit de la domination de Messène. Plus tard, les Illyriens étant venus mouiller dans le port de Modon et y ayant attiré par subterfuge les femmes des habitants, ils les enlevèrent, et s’étant ensuite emparés de la ville, ils en firent presque un désert 3 . C’est à Modon que Geoffroy de Ville-Hardouin, croisé français, fut obligé de chercher un refuge contre la tempête qui l’assaillit à son retour de la terre sainte, en 1199. Pendant le séjour qu’il y fit, un seigneur grec voulant profiter du désordre qui régnait à Modon, se ligua avec lui pour s’emparer du pays. Bientôt après, dépouillé de sa conquête, Ville-Hardouin se réunit à Guillaume de Champlitte et battit avec lui Michel de Comnène à Modon, dont ils firent le siège 4 . Guillaume Calamatis, troisième seigneur de Morée, livra plus tard cette ville aux Vénitiens, pour quatre galères 5 . Ils en restèrent les maîtres jusqu’en l’année 1498, époque à laquelle les Turcs , conduits par Bajazet II, s’en emparèrent 6 . Vers la fin du dix-septième siècle, Morosini, général vénitien, reprit Modon; mais lorsque la puissance de Venise s’affaiblit, les Turcs lui arrachèrent de nouveau cette ville, dont ils ont été à leur tour expulsés, en 1828, par les Français sous le commandement du général Maison, qui acquit dans cette campagne le titre de maréchal de France. Nous apprenons par l’inscription suivante, trouvée dans une église de la ville, que les remparts de Modon, bien réparés aujourd’hui par l’armée française, avaient été élevés, en 1 5 14 ? par ordre du sénat vénitien 3 qui en confia l’exécution à Antonio Lauretano, procurateur-général du Péloponèse. Le lion de St.-Marc, qui se voit encore sur la porte et sur le bastion du grand fossé, est une seconde preuve que ces constructions sont l’œuvre des Vénitiens. (Voyez planche 11 .) D. O. M. METHONEM COMMYNIRI VALLIS MŒNVS ET PROPVGNALIS TERRA MARIQVE MANDAVIT SENATUS ANTONIO LAVRETANO PRO M GNÂLI ARMO m IN PELOPONNESO QUI TANTI OPERIS CURAM SUSTINENS AD YRBIS ET REGNI T VT AMEN FORTIORA MVNIMENTA EREXIT ET CLAVSIT ANNO SALYTIS MDX1V. Située sur un promontoire qui s’avance au sud vers l’île Sapience, cette ville a une seule entrée par terre. Au-delà de cette entrée est la place principale au milieu de laquelle s élève une colonne de granit oriental, couronnée par un chapiteau du Bas-Empire, sur lequel est une inscription latine à demi effacée, et dont les restes sont presque illisibles. A l’entrée de la citadelle qui borde la droite de cette place, se trouve la maison qu’habitait Ibrahim et où loge aujourdhui le maréchal Maison. (Voyez planche 12. ) La ville, qui s’étend à gauche depuis la place jusqu au port, semblerait netre habitée que par des 1 Pausanias, li v . iv, chap. 35. 2 Id. 3 Id. 4 Chron. de Morée, pag. 36 et 37 . 5 Chron., liv. xr. 6 Coronelli, pag. 83. 6 ( 12 ) Français, si l’on ne retrouvait dans le bazar, qui est la rue principale, quelques Grecs assis sous des espèces d’échoppes et vendant aux passants les chétifs produits de leur industrie. A l’extrémité du bazar est une grande église à l’angle de laquelle un minaret indique qu elle a servi de mosquée; son intérieur, où l’on trouve l’inscription latine que nous avons donnée plus haut, est disposé comme les basiliques d’Italie, et divisé par deux rangs de colonnes en marbre, de dimensions et de nature diverses. (Voyez planche i4- ) Dans la façade d’une autre église où les artilleurs ont établi leurs forges, on remarque quelques fragments de sculptures en marbre du moyen-âge, d’après lesquels on peut se faire une idée de ce qu’était la sculpture d’ornements en Grèce, à l’époque où les arts allaient renaître en Italie. (Voyez planche i3.) Pendant notre séjour à Modon, d’après les indications données par quelques auteurs modernes, nous avons cherché les ruines de Mothone au pied des montagnes qui forment, à l’est, la limite de son horizon ; mais nous n’y trouvâmes rien qui pût motiver leurs assertions, ni même faire supposer qu’une ville antique eût existé dans cet endroit. Nous pensâmes qu’il était plus vraisemblable de chercher l’antique Mothone sur l’emplacement même de Modon, dont le nom moderne n’est qu’une légère altération de l’ancien. Effectivement, nous trouvâmes que les murs de la ville, du côté du port, sont assis sur des parties de constructions helléniques; (voyez planche i5) qu’une tour qui sert, de fort, sur le môle, a pour base un rocher qui ferme le port et qui doit être celui qu’a indiqué Pausanias 1 . Enfin, pour dernière preuve, je ferai remarquer que la jetée qui se rattache à ce fort est de construction antique et forme le petit port, très-étroit, comme l’indique également le même auteur. Si l’on ne trouve plus à Modon les restes du temple de Minerve Anémotis, fondé, dit-on, par Diomèdes, ni de celui de Diane, non plus que le puits bitumineux, je pense néanmoins que les restes antiques du port, dont la description s’accorde si parfaitement avec celle de Pausanias, suffisent pour déterminer d’une manière certaine l’emplacement de la ville antique. Cette opinion est d’autant mieux fondée que, comme je l’ai déjà dit, il n’existe rien, à l’endroit où l’on prétend quelle était, qui puisse fournir matière à une objection. Ayant terminé nos travaux à Modon et dans ses environs et réglé nos affaires avec les autorités militaires, qui avaient mis à notre disposition tout ce qui pouvait adoucir les nombreuses privations que nous aurions à supporter, nous fîmes nos adieux à nos compatriotes, et pleins d’impatience de voir les lieux à jamais célèbres que nous allions parcourir, nous quittâmes sans regret les plages arides de Modon et de Navarin. Le 6 avril, nous partîmes, emportant avec les instruments propres à nos travaux, des effets de campement, de cuisine, etc. Car dans un pays dépourvu de tout comme l’était alors le Péloponèse, il fallait nous munir des objets de première nécessité et nous préparer aux rudes épreuves de la vie nomade qui désormais allait devenir la nôtre. 1 Pausanias, liv. iv, chap. 35. EXPLICATION DES PLANCHES. > 0 ««- PlANCHE 12. Fig. I. — Entrée de Modon. A gauche, sur le premier plan, se trouve encastré dans le rempart un bas-relief représentant le lion de St.-Marc; plus loin, à l’extrémité du pont qui traverse le grand fossé, on voit la porte d’entrée de la ville, au-dessus de laquelle est aussi le lion vénitien; au-delà, sont les murailles de la citadelle. Fig. II. — Place principale de Modon. Sur le devant s’élève une colonne de granit couronnée par un chapiteau du Bas- Empire, sur le tailloir duquel est une inscription latine à demi effacée; à droite est l’entrée de la citadelle et la maison où logeait Ibrahim, maintenant habitée par le maréchal Maison; à gauche, sont les maisons de la ville et l’entrée du bazar; au fond, la vue est terminée par les remparts qui donnent sur la haute mer. Planche i3. Sculptures du moyen-âge, à Modon. Les fragments, yzg. I, II, III, IV et V, sont scellés dans le mur d’une église grecque; un autre, fig. VI, est au pied d’une ( i3 ) maison, à l’angle d’une rue, près de la même église; ces divers fragments en marbre peuvent donner une idée de ce qu’était la sculpture dans le Péloponèse, à l’époque où les arts allaient renaître en Italie. Planche i4- Fig. I et II. —■ Église à Modon. Cette église, disposée comme les basiliques d’Italie, est divisée en trois nefs par deux rangs de colonnes en marbre, de diverses natures et de différents diamètres, et provenant probablement des temples qui étaient dans cette ville, peut-être à l’endroit même où est aujourd’hui l’église; car, en Grèce comme en Italie, les temples payens ont presque toujours été remplacés par ceux du christianisme. Celui-ci fut transformé en mosquée, ainsi que l’indiquent une tribune à l’usage du culte mahométan et le minaret qui est à l’angle de la façade. Dans l’intérieur de l’église, on lit l’inscription latine que nous avons donnée précédemment; elle indique lepoque à laquelle les Vénitiens élevèrent les remparts de la ville. Fig. III. — Pont à Modon, construit probablement en même temps que les fortifications; il sert de communication entre la ville et. une partie du faubourg où se trouve une grande citerne à laquelle vont puiser presque tous les habitants de la ville. Planche i5. Port de Modon. Fig. I. — Vue prise de l’extrémité de la jetée; au premier plan sont les constructions antiques dont elle se compose ; au-dessus, des fragments de colonnes antiques scellés dans la construction, servent à amarrer les bâtiments. Les ruines de cette jetée embrassent tout le port et vont se joindre au rocher que je suppose être celui que Pausanias indique, et sur lequel est construit un petit fort; à droite, dans le fond, on aperçoit une partie des remparts, au bas desquels se trouvent des restes de constructions helléniques. Fig. II. — Plan du port. A, extrémité de la jetée antique; B, fort moderne bâti sur un rocher ; C. porte de la ville ; D. partie de la construction antique au pied du rempart; E, débarcadère et entrée delà ville. Fig. III et IV. — Plan et élévation des constructions antiques de la jetée. Fig. V. Détail des constructions helléniques sous les remparts. Suivent les planches ia, i3, i4 et i5. 7 PI. 12 ÜSiiiÉâM B ■.•■.|î ; ,V.'â ENTREE DE MODON E. II. Si! mw4 PLACE DE MODON leirot £25 ‘ .' •tt - l/x' - g-À: ••<*L*X «éV- T' i 1 /< Biouet (kl EGLISE A MO DON 'sPh P' H n +-H-H HIO MKTRES ÜÜÊL Poirot del PONT AMODON '«fort i!i:!|!l!ij:!!|-!|- ëJàâ. >• ïgr. ''' *fS?«V j-i. iü Ü-. ( K rk^rnmmÆ mm Wm?- mm J,cm<2Ùre sc F. III -| 200 MF.TRES -J 10 METRE: ipifiis r '(flllfÏÏiSfit lljilll MRS PORT' DP M0D0N /favi'/J-fa (fa/ iras rnnf" fmm rpnr BgjSfè .iggSSSJ,' i'j'ïïh) /fa % 3 m : m 1 •; àS*!*^ ïsPp-mSi m. ■■. RaSSM ■TT. 1 ilMUM • « vIBè® ni- ■.;.-■. '.• '- : V-^'.^ï«#S9s'5ÏÎ ^gppmp^Hg. «jim .. - uvwm * '■ .'.•'/fcv?.' ;• /:'■• ■■'. ;• v* '. • *:v^v ^ r; ■u:--~ •- - ' ..... 1 nÎÏ- A • te • 32&>: 2^5,;..^.' ■Sic-*.**- ^ •'• [.v.-.;c.. 4s?s®?v -■ ; ■^■‘-^ifeiùvÈSv'. ■ r fp&p &&&$; - V‘t---. .• -VU^C^-l «•ÈJ-.t . -T?VS-_L*% . .. v v^3^ ■■ f MèM& -.■$$x?£Ss S^TiT.. ... s&ss ^r^ÊàSis^ ifX..’- :-f v j* -'Cy*^ A V'r-“,v«:-^ ■ • ' * • •, - ' ♦ ^Ær^V^v”. £•- f.-., • . -1:- •. • ~ 4i * r WéL: •> ^ ( i5 ) ROUTE DE MODON A CORON. En sortant de la ville par le pont déjà cité et en se dirigeant à droite, la route passe près d’une citerne et longe ensuite le rivage de la mer. Après vingt minutes de marche, à l’endroit faussement désigné pour être l’emplacement de l’antique Mothone, on quitte le rivage pour entrer dans les montagnes ; la route, à l’est, passe dans un petit village nommé Calafati; ensuite, après plusieurs ruisseaux, on traverse une rivière appelée Lakanada, nom quelle prend d’un village quelle traverse, et qui se trouve à environ une lieue sur la gauche. Après avoir pris notre premier repas de campagne à Eombre des myrtes et des lauriers-roses qui bordent cette petite rivière, nous continuâmes notre route jusqu à un torrent nommé le Grivi, sur la rive duquel, à peu de distance à droite, se trouve une construction romaine en briques; ce qui reste de la voûte est orné de compartiments de stuc sculptés, ainsi que 1 arc-doubleau de 1 arcade d entrée. Des conduits et une retraite formant bassin font présumer que cette ruine était une salle de bains. (Voyez planche 16.) Près de là, sur un plateau, sont les ruines d’une église d’assez grande dimension. En continuant à se diriger vers Coron, on traverse un village ruiné où s élève , à côté d’une citerne, une chapelle grecque ornée de peintures; et tout près, une autre chapelle presque semblable. Plus loin, en sortant de Paleochori, autre village ruiné, on découvre, du haut de la montagne, le golfe de Coron, fermé du côté opposé par l’immense chaîne du Taygète dont les cimes couronnées de neige forment, avec les montagnes fertiles de la Messénie, un de ces beaux spectacles dont la nature a été si prodigue pour la Grèce. De ce point la route descend dans une riche campagne où l’on rencontre, au milieu de plantations d’oliviers, en partie incendiés par l’armée d’ibrahim, plusieurs villages en ruines qui sont : Cadiroli, Carakopio, St.-Dimitri, Hierakares etGiateroli. Un cimetière turc est à peu de distance, et à quelques pas de là, on foule aux pieds des encastrements de tombeaux antiques, creusés dans la roche vive qui forme le pavement de la route. Enfin l’on arrive à Coron, dont l’entrée fortifiée présente, avec le golfe et le Taygète, un point de vue des plus pittoresques*. ( Voyez planche 17. * ROUTE DE MODON A CORON. En sortant de Modon, après la porte, on trouve à 4 minutes le pont; ensuite, on tourne à droite près d’une citerne, pour gagner le rivage de la mer. Sur ce rivage s’élèvent trois grands piliers qui sont des regards d’aquéduc. A 18 m. la route monte à l’E.; on quitte la vallée pour entrer dans une gorge; à r i m. une citerne; à gauche, un petit village en ruines, appelé Calafati; à 10 m. l’extrémité d’un ravin; à gauche, un fort en terre fait par Ibrahim. A 4 m. une citerne ; des restes d’une route vénitienne; à 23 m. un ruisseau qu’on passe sur un très-petit pont en maçonnerie; à 4 m. un ruisseau; à 28 m. sommet de la montagne. A gauche, à une demi-lieue environ, un vieux château; de ce point une très-belle vue ; à i 3 m., à une heure sur la gauche, Lakanada village, ou plutôt Lakanades, car il y en a deux de ce nom. A 10 m. un ruisseau, une fontaine, quelques habitations; à 12 m. champs cultivés; un ruisseau; une rivière nonnnee Lakanada, bordée de myrtes et de lauriers-roses; ruines d’un pont du Bas-Empire; belle vallée près de la mer. A 19 m. autre vallée; à gauche, un château. A 3 m. un pont vénitien, sur un ruisseau ; à 8 m. ruisseau ; à droite, du côté de la mer, une tour gothique bien conservée. A 7 m. ruines d’une tour près d’un puits; à 3 m. le Grivi, torrent;sur le bord, à droite, une ruine romaine. (Yoy. pl. 16.) Plus loin, ruines d’une église; à 5 m. une montée; partie de route pavée; à 18 m. à gauche, un petit village sur une montagne ; un ruisseau ; à 7 m. champs cultivés et oliviers; à 7 m. un village ruiné; une chapelle; à 5 m. à droite, dans un fond, une autre chapelle ornée de peintures et, tout, près, une église; à 3 m. sommet de la montagne ; à 4 m. ravin boisé ; à 16 m. un ruisseau; à i 4 m. Paleochori, village; à 4 m. le point le plus élevé de la route ; vue du golfe et du Taygète; à m. un ruisseau; à 26 m. une petite rivière; à droite, Cadiroli, village, dans un champ d’oliviers; au milieu, un château-fort; à 10 m. un ruisseau, champ d’oliviers; à 8 m. Carakopio, village considérable; à 9 m. à gauche, Catignares, village; à 4 m. chapelle ruinée; champs d’oliviers; à 9 m. à une demi-heure sur la gauche, St-Dimitri, village; à droite Giateroli, village; un cimetière, près de la route; non loin delà, dans la roche vive qui forme le pavement, sont des encastrements de tombeaux antiques; à i 5 m. route pavée; à 6 m. entrée de Coron. ( Yoyez planche 17. ) Total de la route : 6 heures 29 minutes. CORON, autrefois COLONIDES. Cette ville doit son origine à une colonie d’Athéniens. Ses habitants disent que Colænus, qui les amena de l’Attique, prit, d’après un oracle, une alouette pour guide de son expédition 1 . On ignore aujourd’hui comment elle a changé ce nom d’origine fabuleuse contre celui de Coron, qui est aussi celui du golfe de Messénie. Coron a toujours suivi le sort de la Morée : subjuguée successivement par les croisés français, les Génois les Vénitiens et les Turcs, les Espagnols s en emparèrent en 1622; mais ils ne la possédèrent qu’un instant. Les Turcs, qui la leur reprirent, en furent chassés parle procurateur Francesco Morosini* mais par la suite, elle repassa, avec le reste de la Morée, sous le joug ottoman. 1 Paus. liv. IY, chap. 34 . 8 ( 16 ) En 1770, les Russes, sous les ordres du comte Orloff, tentèrent de la prendre d’assaut; mais après de vains efforts, ils abandonnèrent leur entreprise, le 26 mai de la même année. Aussitôt que la garnison turque eut aperçu l’escadre à la voile, elle sortit de la citadelle, et détruisit entièrement la ville grecque 1 . Les Français y entrèrent, en 1828, à la suite d’une capitulation, et ils remirent cette place aux Grecs, au commencement de 182g. Les remparts de la ville haute et de la citadelle sont d’un bel aspect et en bon état, ayant été réparés par les Turcs. Quoiqu’il soit probable que les constructions des Vénitiens sont établies sur le plan de celles de l’acropole antique, nous n’y trouvâmes rien qui pût nous confirmer dans cette opinion. Les seules antiquités qu’on trouve dans la ville sont quelques fragments employés dans les constructions modernes, entre autres, deux chapiteaux du Bas-Empire, dont l’un, quoique assez grossièrement travaillé, ne laisse pas de rappeler le beau style grec de ceux de la tour des Vents à Athènes 7 . (Voyez planche 17.) Les principales maisons turques, à Coron, sont remarquables par la richesse de leur décoration et la grandeur de leur disposition ; les intérieurs sont ornés de boiseries sculptées et peintes, ainsi que de vitraux de couleurs dont l’ensemble, d’un goût oriental, produit un bel effet. La ville basse, qui était celle des Grecs, a été en grande partie ruinée par les dernières guerres. Dans ses tristes débris on ne trouve presque rien qui puisse intéresser le voyageur. L’inscription grecque que M. Pouqueville rapporte de St.-Dimitri a été enlevée ; les seules antiquités qu’on rencontre encore parmi les restes de cette église sont quelques fragments de moulures en marbre, d’un très-faible intérêt. Le port, qui tient à cette partie de la ville, se compose d’une anse en partie formée par une jetée antique dont les pierres,, autrefois régulièrement taillées, ont été rongées et défigurées par le mouvement continuel des vagues. A l’est de la citadelle, sur un cap aujourd’hui cultivé, 012 rencontre une grande quantité de débris de terres cuites et de poteries, ainsi que plusieurs citernes antiques bien conservées. Nous en trouvâmes six : cinq circulaires et une carrée; leurs ouvertures sont presque entièrement cachées sous les herbes, de sorte que si l’on n’était averti par les guides, on courrait risque d’y tomber et de s’y noyer, car elles sont à peu près emplies d’eau. A l’extrémité de ce plateau, qu’occupait probablement la ville antique, sur le bord de la mer, on remarque des. parties de murs de construction romaine du Bas-Empire, et, dans une masse de rochers à pic, qui forment le rivage, quelques marches taillées conduisant à la mer. Ne trouvant rien à Coron qui dût nous arrêter, impatients d’arriver à Messène, nous nous disposâmes à partir dès le lendemain de notre arrivée. Depuis plusieurs jours, on attendait l’arrivée du comte Capo- distrias qui devait se rendre au quartier-général de l’armée française, pour y traiter avec le maréchal Maison des affaires relatives au gouvernement de la Grèce. Nous vîmes, ce jour-là, toutes les autorités de la Messénie se rendre à Coron pour y recevoir le président. C’est là aussi que, pour la première fois, nous vîmes les troupes régulières grecques (Tacticos) qui composaient la garnison de la ville. Je ne sais jusqu’à quel point il était nécessaire de faire prendre à ces soldats un costume européen; mais comme artiste, je ne pus m’empêcher d’exprimer mon regret en leur voyant porterie maigre accoutrement prussien qui contraste d’une manière si désagréable avec le costume pittoresque et caractéristique des palikares. 1 Choiseuil-Gouffier, liv. 1, pag. 23 et 24. - ■ 3 ç es c ] eux chapiteaux en marbre ont été enlevés et transportés à Modon par M. Esperonnier, commandant d’artillerie. . . t % . i '* EXPLICATION DES PLANCHES. - Planche ib. Fig. I, II et III._Plan, coupe et vue d’une construction romaine située sur la rdute de ! Modon à Coron. Les murs sont en briques. Ce qui reste de là voûte est orné de compartiments en stiic- sculptés, aiilsi .que l’arc-doubleau de l’arcade d’entrée; des conduits et une retraité formant bassin font.présumer que cette ruine était/une salle de bains. Planche 17. • 1 ' - ’ ' *-,*"**• * • Fig. I. — Vue de l’entrée de Coron. Au-dessus de la porte est le lion de St.-Marc, ce qui prouve que ces constructions sont vénitiennes. A droite, est une fontaine dë la même époque ; on aperçoit dans le lointain,‘ vers la gauche, les cimes du Taygète qui se trouve de l’autre côté du golfe de Coron. Fig\ II et III. —■ Deux chapiteaux antiques en marbre trouvés dans les ruines de la ville ; l’un est imite des chapiteaux de la tour des Vents à Athènes, l’autre est romain et de la décadence. Suivent les planches 16 et 17. F. II i «tedN8W.üiyi®»feiMÎ{',‘,!««',{;,■<« $.«“âiiiuiiimifi^inLi/jirlrWiiHlWlillWt/WtcllÉ Mllllllh S0HHM» .-• l r nW()|,ll J ,, J/ , “ <^Æ«É% ir ^i|i , i|;| | ;if i iJ--f v .'■, mtm + F. I I ; i^lâfeî l v . 'AvrtâA w£i- Mé: ■mm i MJLTHBS . F. III ■yy-' J 'y- ■W3g\ rV.'IF BSH »! an US®» RUINE ROMAINE ENTRE MODON ET CORON. filoi/et e/ ftavoi*nd def. fcïii- :'*v5 fr* CHAPITEAU A CORON F. I ENTRÉE DE CORON. SStBisi mm mm. a» mm *1® F. III. - r -aiaP mm il#v 'em. ? 1 CHAPITEAU A CORON. Jf fouet, def. *4» Ï/'IÜ* *»J I s ( T 7 ) ROUTE DE CORON (COLONIDES) AU PORT PETALIDI (CORONE). En sortant de la ville, on passe sur les vestiges des tombeaux antiques dont nous avons déjà parlé; près de Carakopio, on laisse, à gauche, la route de Modon, pour se diriger vers le nord, en côtoyant la mer, au milieu de champs d’oliviers que nous trouvâmes en partie détruits et brûlés par les Turcs. En laissant sur la droite et sur la gauche de la route plusieurs villages ruinés, qui sont : Putriades, Cornus , Karcovi et Vounaria , on arrive à Kastélia, autre village également, en ruines. L’emplacement de ce village étant le lieu indiqué par Pausanias et par quelques auteurs modernes pour être celui où s’élevait le temple d Apollon Corynthus, dont la statue était de bois, et une autre en airain, dédiée à Apollon Argous par ceux qui montèrent le navire Argo, nous en finies l’exploration, et nous trouvâmes sur un mamelon qui domine le village, et près d’une citerne, un massif de construction antique, formant un parallélogramme, et auprès duquel étaient épars plusieurs fragments en marbre d’une assez grande dimension. 11 est probable que tous ces restes ont appartenu au temple que nous cherchions. Cest au milieu de ce beau site, couvert de la plus riche végétation, et à l’aspect enchanteur des montagnes qui enviroTnnent le golfe de Messénie, que, du temps de Pausanias, les malades venaient chercher la santé. On comprend que l’influence d’un si délicieux séjour dut leur procurer ce qu’ils venaient y demander à Apollon. A partir de Kastélia, la route continue à longer le rivage de la mer, à la distance de quelques pas. On traverse Kandiani, hameau ruiné, et, plus loin, un gué appelé Longa, du nom d’un village qui se voit à gauche, sur le penchant de la colline, et qui est environné de massifs de cyprès et d’arbres de Judée. En poursuivant notre route, nous aperçûmes, en dehors du chemin, différents groupes d’hommes et de femmes, portant des rameaux de myrte et de laurier ; ils attendaient, sur son passage, le président de la Grèce, pour le fêter selon l’antique usage. Un instant après, nous le rencontrâmes à cheval, et se dirigeant vers Coron, entouré d’un état-major assez nombreux, où l’on remarquait, quelques chefs grecs bien costumés, entre autres, Nicétas, aussi célèbre par son patriotisme désintéressé que par sa bravoure. Nous descendîmes de cheval, pour présenter nos hommages au comte Capo-d’Istrias, et le mettre au courant de notre mission; après une courte pause, nous partîmes satisfaits de son affabilité et de sa bienveillance. Notre route se prolongeait au milieu de massifs de myrtes et d’arbousiers sillonnés par de nombreux ruisseaux, comme en un délicieux jardin. Après avoir rencontré quelques fragments de route pavée, et traversé le lit boisé d’un petit torrent, nous arrivâmes au port Pétalidi, où l’on trouve une jetée antique qui, partant du rivage, s’étend jusque dans la m'er. Sur les rochers qui servent de base à celte jetée, l’on voit encore cinq ou six pierres d’assises régulières qui, après des siècles de destruction, viennent aujourd’hui témoigner de l’existence passée du port de Corone. * * ROUTE DE CORON AU PORT PETALIDI. En sortant de Coron on rentre dans la route de Modon, sur laquelle, après 58 minutes de marche, on retrouve le village de Carakopio. On quitte alors cette route pour prendre, au nord, celle de Pétalidi qui traverse des bois d’oliviers. A 11 m. Putriades*, village. A 24 m. Cornus. A 10 m. Karcovi, village ruiné; à 6 m. Younaria, village, à droite, sur un cap. A 8 m. Kastélia, village ruiné, dominé par une montagne sur laquelle sont les ruines du temple d’Apollon Corynthus. A i4 m. Candiani, village ruiné. A 6 m. Longa, rivière venant dun village du même nom qui s’aperçoit sur le penchant d’une montagne; la route se prolonge dans une campagne couverte de végétation. A 5a m. ruisseau et fontaine. A 23 m. un torrent dans un ravin boisé. A 43 m. après plusieurs ruisseaux, un petit torrent couvert d’arbustes. A 8 m. à droite, ruines d’une tour ronde; à 29 m. torrent dans un ravin. A 3o m., à droite, jetée antique du port de Corone qui s’étend assez loin dans la mer. A 11 m. maisons du port Pétalidi. Total de la route : 5 h. 33 m. 9 ( , 8 ) PÉTALIDI, ANCIENNEMENT CORONE. Une ruine du moyen-âge et deux habitations ruinées sont les seules constructions qu’on rencontre sur le port. A l’O. N.O. sur le versant de la montagne où s’élevait la ville antique, qui se nommait Epeïa avant la restauration des Messéniens dans le Péloponèse, on rencontre plusieurs débris de la même époque, et quelques constructions romaines5 parmi ces dernieres, se trouve une salle décorée, a 1 intérieur, de renfoncements en arcades, et deux fragments de statues antiques. Sur le point culminant de la côte, sont les ruines de l’Acropole, dont il reste quelques parties d’enceinte de construction hellénique ; mais on ne retrouve aucune trace des temples de Diane, de Bacchus et d’Esculape, non plus que du forum où était la statue en bronze de Jupiter Sauveur. Comme nous étions dans le carême, et que les Grecs sont scrupuleux observateurs du jeûne, nous eûmes beaucoup de peine à nous procurer des vivres ; sans la hardiesse du Grec qui nous servait, et qui prit de force, en en déposant la valeur, un agneau qu’un pâtre refusait de lui vendre, nous nous fussions couchés sans avoir pris d’aliments, et dans nos tentes qui, malgré leur double toile, ne pouvaient nous garantir de la grande humidité de l’atmosphère. Nous aurions fait, du même èoup, deux rudes essais, car c’était la première fois que nous campions. ROUTE DE PETALIDI A NISI. En remontant au nord, vers le rivage, on passe près de plusieurs ruines du moyen-âge et d’une construction romaine ruinée. On traverse ensuite plusieurs ruisseaux près de leur embouchure, et, enfin, une petite rivière appelée le Karias. C’est sur cette plage que les Français, commandés par le général Maison, débarquèrent, en 1828, pour secourir la Grèce. Dans cette plaine fertile, sillonnée par plusieurs ruisseaux, coule le Gigiori, rivière autrefois nommée Bias. En continuant la route, au milieu de champs cultivés, couverts de plantations d’oliviers, de mûriers et de nopals, on arrive à Nisi. * * ROUTE DU PORT PÉTALIDI A NISI. Après avoir passé près de plusieurs constructions modernes et du Bas-Empire, on traverse, après 29 minutes, une petite rivière nommée Giané; à 21 m. une autre rivière appelée le Karias; c’est là que les Français débarquèrent en 1828. A 10 m. une fontaine; à 6 m., la Yélica, rivière qui traverse une plaine cultivée. A 18 m. un pont en pierre, sur TArrami, rivière; ensuite, Philippaki, village. La route se dirige vers le N. E. A 23 m. fontaine, dans une vallée, près d’une plantation de mûriers. A 3 m. un pont en pierre, sur le Gigiori (Bias) ; ensuite, des plantations de mûriers, d’oliviers et de nopals. On trouve à 60 m. Nisi, ville assez considérable; à iom., au-delà de la ville, une fontaine qui arrose toute la campagne. Total de la route jusqu’à la fontaine : 3 heures. NISI. Située dans une plaine, à quelque distance du fond du golfe de Messénie, et près du Pamisus, Nisi est une ville moderne assez considérable. C’est à Nisi que l’intrépide Mavromichalis, retranché dans une maison avec 22 hommes, arrêta, pendant trois jours, en 1770, l’effort des Turcs, pour protéger la fuite d’Orloff. Cette ville a été presque entièrement détruite pendant la dernière guerre ; mais depuis que la présence des Français y a rappelé la sécurité, les habitants ont relevé leurs maisons qui sont presque toutes construites en planches. Le bazar paraît très-fréquenté par les Grecs des villages voisins. On remarque dans la ville une église du moyen-âge, assez considérable, et quelques autres d’une moindre importance. A l’extrémité N. de la ville, est une fontaine dont les eaux abondantes arrosent les prairies d’alentour. ( r 9 ) ROUTE DE NISI A ANDROUSSA. Ayant dépassé la fontaine, on se dirige au nord vers une plaine magnifique, au milieu de laquelle serpente le Pamisus; à droite, au pied d’une montagne qui forme les premiers échelons du Taj'gète, on aperçoit plusieurs villages dont les plus apparents sont : Aïaga, Thorianouzi, Koutzoukoumani et Pépé- ritza. Nous rencontrâmes, en ce lieu, des officiers d’état-major français, occupés à lever la carte topographique de la Morée, ordonnée par le ministre de la guerre. Après s être dirigé parallèlement au cours du Pamisus, on quitte la plaine pour monter vers le nord- ouest sur une colline, au sommet de laquelle est située, sur un plateau, la ville d’Androussa. * * ROUTE DE NISI A ANDROUSSA. A partir de la fontaine, la route se dirige au nord, dans une plaine qu’arrose le Pamisus. Dans le fond, à droite, au pied des montagnes, plusieurs villages qui sont : Aïaga, Thorianouzi, Koutzoukoumani, Pépéritza. A 3o minutes, on aperçoit à gauclie, Gaïdarochori, village appelé par les paysans Asiné. A 35 m. un ruisseau; à 16 m. à gauche, sur un mamelon, Romovrisi, village. A i5m. à droite, Aidini, village; un petit pont sur un ruisseau. A 4 m- un autre petit pont. A 7 m. à droite, Kalamara, village. A 22 m. après avoir monté, An- droussa. Total de la route : 2 heures 9 minutes. ANDROUSSA. Celte ville assez considérable domine la plaine, au milieu de laquelle coule le Pamisus. Selon toute apparence, Androussa doit son origine au moyen-âge, quoique quelques auteurs aient prétendu qu elle a été bâtie sur l’antique Andania, que Pausanias 1 indique à huit stades du bois sacré de Carnasium, près de la plaine de Stényclaros. Depuis la destruction de cette ville, qui date de quelques années, une partie des maisons ont été rebâties, mais la végétation ayant envahi ses ruines, elle présente l’aspect de la désolation. On voit, à l’est, un château-fort en ruines; de la plate-forme où il est situé, on découvre toutes les campagnes environnantes : d’un côté, le mont Evan et l’Ithome; de l’autre, toute la chaîne du Taygète et le golfe azuré de Coron. Aunord du château, de l’autre côté d’un ravin, et sur le penchant d’un coteau boisé, est une petite chapelle bien conservée , très-pittoresque, dont la construction offre un mélange de pierres et de briques, très-heureusement combinées. (Voyez planche 18.) Au milieu des ruines de la ville on trouve des restes de bains turcs, de mosquées et de maisons fortifiées. Dans l’une des moins endommagées, nous passâmes la nuit exposés aux intempéries de l’air. ROUTE D’ANDROUSSA A MAVROMATI (MESSÈNE)/ Les restes d’un aqueduc bien construit, qu’on rencontre en sortant de la ville, prouvent qu’Androussa avait quelque importance. De là, pour se rendre à Mavromati, l’on traverse, à l’ouest de l’Evan, un ravin sur un petit pont, près d’une fontaine. On rencontre deux petits villages et, ensuite , dans une vallée qui est à gauche de la route, on aperçoit une petite église, qui est celle de Samari, petit village qu’on voit au-delà, sur un coteau boisé. Ce petit monument du moyen-âge, qui dépend du monastère de Vourkano, est l’un des plus complets et des mieux conservés de ce genre que nous vîmes en Morée. Il peut, avec ceux que nous avons déjà donnés, offrir le type des églises grecques qui, en général, ont une grande similitude. La construction de celle-ci, qui se compose d’assises de pierres séparées par des lignes de briques, ainsi que le jeu de ses toits, lui donne, au milieu de la végétation variée qui l’environne, l’aspect le plus pittoresque. 1 Messen., chap. 33. 10 A l’intérieur, sont des peintures à fresque, représentant des sujets tirés de 1 Ecriture-Sainte, et du même style que toutes celles dont nous avons déjà parlé. Deux colonnes en marbre blanc vemé portent l’un des côtés du pendentif du milieu. A l’extérieur, le portique et la petite tour carree qui le surmonte, sont portés par deux colonnes en pierre que le temps a noircies, ainsi que les deux piliers extrêmes de ce portique. Le porche, qui décore l’entrée latérale, s’appuie également sur une colonne en pierre, supportant une arcade. (Voyez planche 19.) Près de l’église sont dispersés des fragments de fûts de colonnes provenant probablement de monuments antiques. En continuant la route qui conduit à Messène, on marche sur le versant occidental de l’Evan. Sur les montagnes qui ferment l’horizon, au nord, s’élève un grand mur flanqué de tours : il fait partie de l’enceinte de Messène. Le village de Simiza se trouve en-deçà des murs opposés à ceux que nous venons de citer. Tout l’espace renfermé dans ces immenses murailles , en y comprenant le mont Ithome, embrassait autrefois une ville superbe qui n’est plus aujourd’hui qu’une grande et belle vallée couverte de champs cultivés, au milieu de bosquets de lauriers et d’oliviers sauvages, qui, semés abondamment sur le sol, l’enrichissent de leur végétation variée. Près d’un ruisseau qu’on rencontre à peu de distance de Simiza, sont couchés à travers le chemin des débris de constructions antiques qu’il faut franchir pour arriver à Messène. Plus loin, sur le versant de l’Ithome, est le village de Mavromati, où, grâce à la généreuse hospitalité des habitants, nous trouvâmes un logement pour tout le temps que nous demanda l’exploration de la cité antique*. * llOUTE DANDROUSSA A MAVROMATI. ( MESSÈNE. ) En sortant de la ville , vers le nord, on remarque sur la route un aqueduc assez considérable. A 17 minutes, une partie d’aqueduc; à 38 m. après avoir tourné une petite montagne, on voit dans une vallée, à gauche, l’église de Samari près du village du même nom. A 20 m. au bas d’une descente difficile, la rivière appelée Mavromati, au milieu d’une vallée; ensuite, on remonte sur le versant occidental du mont Evan. A Zjâ ni. Simiza, village dans la vallee de Messene. A 24 m. un ruisseau; des constructions antiques; des murs de l’enceinte de Messène. La route, ensuite, monte vers la base de l’Ithome et l’on arrive, après 17 m., au village de Mavromati qui se trouve sur le penchant de la montagne. Total de la route : 2 heures 4 i minutes. En partant de l’église de Samari pour se rendre à Mavromati, si, au lieu de passer à l’ouest del’Evan on prend par son versant opposé, l’on arrive à un monastère assez considérable, nommé la Panagia de Vourkano. Il serait difficile de rencontrer un lieu plus beau que celui qu’ont choisi les moines de ce couvent pour y établir leur demeure. Au pied d’un mont majestueux, à l’abri des vents du nord, et sur un sol assez élevé pour pouvoir embrasser d’un seul coup-d’œil l’immense et magnifique plaine de la Messénië qu’arrose le Pamisus, les montagnes d’Arcadie à gauche, vis-à-vis et à droite, la chaîne du Taygète, et le golfe de Coron qui termine par un horizon sans fin ce magnifique tableau. Le couvent, dont l’ensemble est très-pittoresque, est entouré de plantations de cyprès qui se détachent en vigueur sur le fond brillant qui l’environne; à l’entour, sont des champs cultivés et des jardins appartenant au monastère, auquel un petit aqueduc amène de l’Evan une eau excellente. Près de l’entrée, à gauche, sont scellés dans la muraille deux pieds antiques en marbre d’une très-belle sculpture. Au milieu de la cour est une église du moyen-âge, dont l’intérieur, d’un bel effet, est orné de peintures à fresque bien conservées. Tous les sujets, tirés de l’ancien Testament, sont traités d’une manière remarquable. De ce couvent, en gravissant le côté est del’Evan par un sentier assez escarpé, l’on arrive sur le col qui sépare ce mont de l’Ithome, et l’on entre dans l’antique Messène par la porte de Sparte. Un chemin, qui part de ce point et qui suit le contour de l’Ithome, conduit en dix minutes au village de Mavromati. (ni ) EXPLICATION DES PLANCHES. Planche 18. Plan et vue d’une petite église à Androussa. Ce petit édifice, situé hors de la ville, domine un riche vallon ; des groupes d’arbres qui l’environnent ajoutent au charme de son aspect. Cette construction est remarquable par la simplicité de sa disposition et par la combinaison ingénieuse des pierres et des briques qui la composent. Planche 19. Plan et coupe de l’église de Samari. Cette église, la plus complète et la mieux conservée de toutes celles que nous avons vues en Grèce, est remarquable par la complication de ses combles qui lui donnent un caractère très-pittoresque. Comme tous les monuments de ce genre, sa construction se compose de moellons et de briques liés par un mortier de terre et de chaux. A l’intérieur, qui est entièrement couvert de peintures à fresque, représentant des sujets tirés de l’Ecriture-Sainte, sont deux colonnes en marbre veiné, supportant l’un des côtés de la coupole du milieu; deux colonnes et deux piliers en pierre noircis par le temps soutiennent le porche d’entrée de la façade principale; et une autre colonne, également en pierre, porte l’angle du porche latéral. Près de cette église sont des fragments de colonnes qui paraissent avoir appartenu à un monument antique. Planche 20. Vue de l’église de Samari. Planche 21. Plan et vue intérieure de l’église du monastère de Vourkano. Ce petit édifice que nous donnons comme le dernier exemple d’architecture moderne de notre ouvrage, est construit au milieu de la cour du couvent. Comme tous ceux de cette époque, il est orné à son intérieur de peintures à fresque dont les sujets sont tirés de l’Ecriture-Sainte. Dans la partie basse du pronaos, l’enfer est représenté par une composition bizarre, mais non pas sans quelque génie; toutes ces peintures sont exécutées sur un fond noir. Deux colonnes en marbre portent l’un des côtés du pendentif, et un petit mur orné d’arcades sépare la nef principale du sanctuaire. Les murs sont construits en briques et en moellons. Suivent les planches 18, 19, 20 et 21. 11 PL. 18 10 WF.TKES EGLISE A ANDROü'SSA ■ftiW.TUrit* Devtiïsr.r JT' -=iggi| •j ■ ■ PL.19 WÊiMÊÊmBm H+| — - j--j-)-1-1-f--1-ï~ ^10 ME THES EGLISE A. SAMARI Jjorm/cr sc Rtiv*isià cC roiroi dco f Ji/ouet del. L«& |t(IWW)-1-1-1-1 | -+- I -j 10 MÈTRES . •EGLISE DU MONASTERE DE VOURC.ATTO /umoij'U’ del'', X i c > y: <* '«ÿr-i i^p. ȧ2££*.- b'wî'èvî'^Ttf» .'O&r*-, S»S£K: :!.r< * ^ •vB>- £àa3£a âg^g gspfcggg jgj|ig|gy§ >*w.»»feM!îwâ»K« J*V«! ( ?3 ) MESSÈNE. Lorsqu’on pense à décrire le site et les monuments de l’antique Messène, l’esprit se trouve entraîné par la vive sympathie qu’éveillent les souvenirs d’héroïsme et de constance de son peuple, dans trois guerres successives dont le récit offre l’épisode le plus intéressant, peut-être, de l’histoire de la Grèce. Avant le rétablissement de l’indépendance de cette contrée, par les Thébains , à la suite de la bataille deLeuctres, aucune ville n’avait porté le nom de Messène. Ce fut Epaminondas qui fonda cette nouvelle cité au pied de l’Ithome, qui devint son acropole. Sur le sommet de ce mont, et dès la plus haute antiquité, des temples étaient consacrés au culte des grandes déesses Cérès et Proserpine, ainsi qu’à Jupiter Ithomate. C’est sur l’Ithome, et presque dans le sanctuaire de leurs divinités tutélaires, que les Messéniens, accablés par la puissante Lacédémone, vinrent, dans la première et la troisième guerre qu elle leur suscita , chercher un dernier refuge et se défendre avec un courage désespéré; mais après des années d’héroïques efforts, deux fois ils y virent expirer leur liberté. Sparte, que les institutions de Lycurgue avaient rendue forte et ambitieuse, convoitait les riches campagnes de la Messénie, et cherchait contre elle des prétextes de guerre. Une rixe violente, dans laquelle Téléclus, l’un de ses deux rois, fut tué, éclata àLimna, ville située sur la limite des deux Etats et consacrée au culte commun des deux peuples. Ayant exigé des Messéniens des réparations humiliantes qui leur furent refusées, les Lacédémoniens s’emparèrent aussitôt par surprise d’Ampheïa et des autres places frontières, dont ils massacrèrent les habitants ( 744 av. J- C. ). Les Messéniens coururent aux armes, et après plusieurs combats meurtriers dont le succès fut douteux, ils se retirèrent sur l’Ithome, dans la douzième année de la guerre. Assiégés dans leur citadelle par une armée nouvelle, ils lui firent éprouver plusieurs défaites; mais une résistance si glorieuse et si longue épuisait toutes leurs ressources, et Aristodème, leur roi, après avoir bravé pendant cinq ans les efforts des Spartiates, trouva sa position si désespérée qu’il se donna la mort. Les Messéniens découragés, et d’ailleurs épuisés par la famine, abandonnèrent la place dans la vingtième année de la guerre. Le peuple se retira sur le territoire de ses alliés, en Argolide et en Arcadie. Ceux qui restèrent en Messénie furent soumis à l’humiliante condition de porter à Sparte la moitié du produit annuel de leurs terres; mais ce joug était trop pesant pour qu’il pût durer (724). Quarante ans après la prise de l’Ithome , les Messéniens se révoltèrent et prirent pour chef un prince du sang royal, Aristomène, général habile et audacieux. Après un premier combat soutenu glorieusement, Aristomène courut en Laconie, et pénétra pendant la nuit dans le temple de Minerve 5 au milieu de l’Acropole de Sparte, et y consacra à la déesse un bouclier pris sur les Spartiates. Ceux-ci, pour se conformer à l’oracle, ayant pris pour les commander le poète Tyrtée , n’en éprouvèrent pas moins trois défaites dans les plaines de Stényclaros; découragés par ces revers, ils voulaient renoncer à la guerre, mais Tyrtée s’y opposa et les excita de nouveau à combattre. Les Messéniens, trahis par le roi d’Arcadie leur allié, furent vaincus à la bataille de la grande Tranchée, et se retirèrent sur le mont Ira, qu’Aristomène défendit pendant onze années. Plus tard, profitant d’un orage, et instruits d’ailleurs par un transfuge de l’état souffrant de leur général, les Spartiates attaquèrent les Messéniens, et s’emparèrent dira, après quatorze années de combats glorieux pour les vaincus (668). Aristomène fit néanmoins sa retraite au milieu des assiégeants, et conduisit les débris de sa troupe chez les Arcadiens, où une nouvelle trahison fit échouer le hardi projet qu’il y avait conçu de surprendre et de détruire Sparte. Une partie des Messéniens restèrent en Arcadie, tandis que les autres allèrent s’établir à Zanclé, en Sicile, qui reçut d’eux le nom de Messane, aujourd’hui Messine. Deux siècles après la chute d’Ira (464), les Ilotes et les Messéniens, voulant profiter du désordre qu’avait occasionné à Sparte un tremblement de terre qui ensevelit 20,000 de ses habitants, se révoltèrent et prirent les armes; mais ayant été repoussés dans leurs premières attaques par Archi- damus , roi de Lacédémone, ils se retirèrent sur l’Ithome, où leur courage héroïque et l’assistance de Pise firent durer le siège dix années. 12 ( 2 4 ) Après la prise dellthome (454), les Athéniens recueillirent les Messéniens et les établirent à Naupacte; mais ils en furent chassés par les Lacédémoniens, quand le succès de la bataille d’Ægos Potamos leur eut rendu la prépondérance qu’ils avaient perdue. Quelques-uns alors allèrent rejoindre leurs frères en Sicile ; d’autres fondèrent une colonie en Libye. La victoire qu’Epaminondas remporta à Leuctres contre les Lacédémoniens (371) étonna la Grèce, et ébranla la puissance de Sparte. Pour tenir leurs rivaux dans l’abaissement, les Thébains se firent les protecteurs de tous les peuples qu’ils avaient asservis ; l’Arcadie et la Messénie recouvrèrent leur indépendance; mais pour la consolider, Epaminondas fit relever leurs murailles, et les Arcadiens, d’après son conseil, bâtirent Mégalopolis, afin de réunir en un seul point les populations de quarante villes éparses. Il rappela de tous les pays où ils étaient dispersés les descendants des Messéniens bannis, et qui, chose digne de remarque, rapportèrent dans leur ancienne patrie les mœurs, le costume et le langage doriens qu’ils avaient conservés intacts au milieu de différents peuples. Epaminondas songea à leur fonder une ville qui pût devenir un asile redoutable à l’ennemi. L’heureuse position de l’Ithome et l’assiette du terrain à la base de ce mont, si admirablement disposée pour asseoir une place de guerre, n’échappèrent pas à la sagacité d’un général si habile, et il choisit ce lieu déjà sacré aux yeux des Messéniens. Mais pour se conformer aux idées religieuses du temps, et pour agir puissamment sur l’esprit superstitieux d’un peuple que quatre siècles d’infortunes avaient rendu craintif, il fit consulter les augures pour connaître la volonté des dieux, et la réponse, comme on peut le penser, fut conforme à ses desseins (369). Il mit aussitôt tout en œuvre pour l’exécution de son projet, imprima la plus grande activité aux architectes et aux travailleurs, surveilla tout, et les temples, les maisons s’élevèrent, et une ceinture de murailles formidables environna la cité nouvelle , qu’Epaminondas nomma Messène , voulant sans doute réunir comme en un seul faisceau tous les souvenirs glorieux de la Messénie entière qu’il faisait renaître forte et menaçante devant sa rivale humiliée \ Depuis cette époque, la Messénie prit son rang parmi les Etats libres de la Grèce, et le conserva jusqu’à la domination romaine. Seulement Messène fut surprise pendant la nuit par Démétrius, que son père Philippe, roi de Macédoine, avait envoyé pour lever des tributs d’argent sur les contrées voisines. Connaissant bien les localités, il escalada la muraille entre la ville et l’Acropole ; mais repoussé par les habitants de la cité, et écrasé par la garnison de la citadelle, il s’enfuit dans le plus grand désordre, après avoir perdu presque tous ses soldats. Dans le troisième siècle, le nom de Messène reparaît encore, et Hiéroclès en fait mention au sixième. L’oubli passa ensuite sur cette cité. Parmi les ruines que nous offre cette ville célèbre, son mur d’enceinte, dont nous retrouvons encore de grandes parties, tient le premier rang. L’abbé de Fourmont, qui voyageait en Grèce en 1729, dit qu’alors les murs de Messène étaient flanqués de trente-huit tours. Aujourd’hui la porte de Mégalopolis, celle de Laconie et plusieurs tours sont encore debout ; quelques-unes sont même dans un état parfait de conservation ( voyez les planches ). Aux endroits où ces constructions ont été renversées, on retrouve les traces de la muraille et l’emplacement des tours; et dans ceux où il n’existe plus rien, la forme du terrain, jointe à la disposition des restes qui l’avoisinent, indique leur ensemble d’une manière qui n’est point douteuse, de telle sorte que nous avons pu relever avec certitude le plan de ces murailles, ainsi que celui de la double enceinte qui forme la citadelle sur l’Ithome. Dans l’intérieur , on retrouve une quantité de ruines et de débris en place dont il est difficile de reconnaître la destination; d’autres ont suffisamment conservé de leurs formes primitives pour permettre de les comprendre facilement. Parmi ces derniers se trouve le stade, entouré de portiques doriques d’un beau caractère; à son extrémité, nous avons retrouvé tous les fragments d’un ædicule passablement conservé, et dont nous pourrons donner une restauration certaine. Ensuite, les ruines du théâtre ; des soubassements d’édifices ; des files de colonnes renversées ou en place ; des bases de tombeaux; deux ou trois fragments de sculpture ; quelques inscriptions et les restes antiques de la fontaine Clepsydre, qui, aujourd’hui encore, fournit de l’eau assez abondamment pour la consommation des habitants de Mavro- mati et pour la culture des terres de la vallée. Sur la citadelle est un petit couvent qui occupe probablement l’emplacement du temple de Jupiter, 1 Voy. pour ces trois guerres et pour la fondation de Messène, Fausanias, Thucydide, Strabon, Polybe et Barthélémy. ( >5 ) dont la statue avait été faite par Agéladas pour les Messéniens réfugiés à Naupacte, après la guerre d’Aristomène 1 . A côté, sont deux citernes antiques, et au nord, un soubassement d’édifice, probablement celui du temple consacré aux grandes déesses. L’intérêt qui résulte de notre exploration au milieu de ces restes curieux , et surtout l’importance des murailles qui donnent aujourd’hui une idée complète du système de fortifications employé au temps d’Epaminondas, nous ont déterminé à donner un plan général de Messèneavec les détails topographiques les plus minutieux et les plus précis. Nous espérons par là procurer de véritables jouissances et de précieuses lumières à ceux qui, dans les monuments antiques, recherchent des documents historiques bien constatés. Pendant le mois que nous passâmes à Messène, je fis faire des fouilles assez considérables, dont les résultats ne furent pas sans importance pour nos travaux. Logés dans la plus belle maison du village, laquelle équivaudrait à l’une de nos chaumières, nous jouissions, à la fin de chaque jour, du spectacle enchanteur que produit le soleil couchant sur les belles montagnes qui bornent l’horizon et sur l’admirable végétation qui couvre la vallée de Messène ; et, presque devenus habitants du village, ce n’est pas sans quelque regret que nous quittâmes ce beau séjour, ainsi que nos hôtes, dont l’hospitalité généreuse et les mœurs simples et innocentes nous rappelaient les beaux temps de la vie pastorale auxquels la fiction a donné le nom d’âge d’or, et qui semblaient nous offrir les personnages réels des églogues de Théocrite et de Virgile. 1 Pausanias, Mess., chap. 33. » EXPLICATION DES PLANCHES. oqgnB—■ Planche 22. Plan général de Messène. Son enceinte immense que Pausanias trouvait la plus belle construction de ce genre, embrasse 1 Ithome, plusieurs monticules et une grande vallée cultivée où sont éparses les ruines antiques. L’immensité du terrain compris dans les murailles, et dont quelques parties escarpées étaient inhabitables, donne à penser que l’enceinte , indépendamment de la ville, renfermait des champs où les Messéniens, protégés par leurs remparts, pouvaient, en temps de guerre, faire paître leurs troupeaux. RENVOIS DU PLAN DE MESSÈNE. A. Sommet du mont Ithome, ou Acropole antique. B. Monastère construit, probablement, sur remplacement du temple de Jupiter. C. Soubassement d’un temple antique, sans doute celui des grandes déesses. D. Deux citernes antiques. E. Murs antiques de la citadelle. F. Porte de la citadelle. G. Hiérons antiques. H. Porte de Sparte ou de Laconie. I. Fontaine. J. Porte de Mégalopolis. K. Murs antiques de la ville. L. Tour carrée à deux étages. M. Tour ronde près de laquelle est une petite porte. N. Tour carrée bien conservée. O. Tour ronde près de laquelle est une petite porte fermée par des pierres en encorbellement formant triangle. P. Passage d’un ruisseau sous la muraille. Q. Partie de mur où était probablement une porte; auprès, sont des soubassements de tombeaux. R. Ruines d’un petit monument, hors des murs. S. Point d’où est prise la vue générale. T. Ruines d’un monument entouré par la muraille de la ville. U. Ruines de tombeaux. V. Partie de muraille dans laquelle une petite porte communique sur une plate-forme extérieure ; vis-à-vis , de l’autre côté du ravin, est un fragment de mur antique. X. Ruines antiques. Y. Ruines d’un temple dont les détails sont romains. Z. Ruines de deux cella grecques, sur la pente de l’Ithome. i3 ( 26 ) a. Mavromati, village. b. Fontaine Clepsydre. c. Chapelle du moyen-âge, au-dessus de la fontaine Clepsydre. On trouve dans cette chapelle plusieurs fragments antiques, entre autres, une massue d’Hercule. d. Petite fontaine vénitienne. e. Chapelle dans laquelle on trouve des colonnes et des bases en marbre blanc, et une inscription dans le tableau de la porte. fi Soubassement orné de bossages. Le luxe et la solidité de cette construction, joints à son etendue, peuvent faire croire qu’elle appartenait au principal monument de la ville. La fontaine Arsinoe, qui était dans la place publique, devait être dans ses environs, puisque les eaux de la fontaine Clepsydre qui l’alimentaient passent encore près de ces mines. g. Mur dont la construction paraît plus ancienne que celle des autres monuments de la ville. h. Stade. i. Mur de terrasse dont les assises sont réglées et paremen- tées. k. Théâtre entièrement ruiné; aux points marqués x sont des amas de gradins déplacés. l. Gros mur soutenant le terre-plein du théâtre ; on y remarque une porte dont la partie supérieure est fermée par des pierres en encorbellement formant triangle, comme à la porte des Lions à Mycène. Un escalier se trouve dans cette porte, m. Citerne antique. n. Chapelle construite avec des fragments antiques; on trouve dans l’intérieur des pieds d’autel, des colonnes, des chapiteaux et une inscription sur le tableau de la porte. o. Chapelle du moyen-âge, construite en partie avec des' fragments antiques. Sur la façade latérale sud, on trouve plusieurs chapiteaux et plusieurs bases en marbre blanc, un beau profil en pierre rouge imitant le marbre antique ; dans l’intérieur près du cul-de-four, un chapiteau composite, plusieurs ioniques : il est probable que ces chapiteaux proviennent des colonnes voisines, qui sont encore sur les ruines d’un temple antique. p. Bosquet dans lequel on trouve le fragment de sculpture donné planche 3 7 , et un fragment de statue de femme très-ruiné. q. Colonnes renversées. r. Partie de dallage. s. Colonnes engagées. Ces colonnes devaient faire partie d’un portique ; près de cet endroit sont des colonnes ovales et cannelées- t. Amas de ruines informes, v. Colonnes octogones. x. Mur dont toutes les assises sont remplies de trous de scellement et d’entailles. y. Soubassement de grandes murailles qui devaient faire partie d’un édifice considérable. z. A cet endroit, il existe des colonnes cannelées en place avec des bases ioniques, aa. Colonnes en place de o,45 de diamètre, bb. Ruines antiques. Planche 2 , 3 . Vue générale de Messène prise de la vallée des tombeaux, au point S du plan général. A droite est le mont Ithome, sur la pente duquel est situé le village de Mavromati; au sommet, est le monastère. L’horizon est fermé par les monticules qui bornent la ville au nord et sur la sommité desquels s’élève une partie des remparts : tout l’espace compris dans cette vue était occupé par la ville. N Suivent les planches 22 et 23. Si wm 1 •) 1 §§j. % 'QP 'JA ' .^''.^UcÜtf êÈê^,,:: .''.*««; .. ^^æÊÊÊÈi %% # il lliiMiifi Xlltti" k Sf.', ortc d^/ffTlc êmmwa 'MfflW î v AliL: |>2 ! A ' ‘s/fî PLAN geneiraü œSSS? wm&g. u yÊfUiSÏ Ssdlsls^i WWwmm I» feew «/«SMaSSt,• B . 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Du côté du double portique, le stade se termine par seize gradins en pierre formant un hémicycle; une colonne encore en place, d’autres qui sont renversées, ainsi que la forme du terrain, font présumer que ces portiques retournaient vers les gradins, et formaient de chaque côté un avant-corps qui fermait la partie supérieure, et en faisait ainsi une enceinte réservée pour la classe privilégiée, ou pour une destination différente. Des talus ou gradins en terre, qu’on voit encore presque entiers, terminaient toute la partie inférieure, probablement destinée au peuple. Situé dans la partie basse de la ville, le stade se trouvait, en quelque sorte, tracé par le mouvement du terrain : les monticules qui l’environnent formaient naturellement les talus qui l’entourent de trois côtés. A son extrémité inférieure, qui est fermée par le mur d’enceinte cîela ville, est un petit monument dont nous avons retrouvé tous les fragments assez bien conservés et assez complets pour pouvoir en donner une restauration. Le ruisseau qui passe au milieu du stade, et qui est alimenté par les eaux de la fontaine Clepsydre, avait sans doute une autre direction; car, s’il eût été comme aujourd’hui, il aurait empêché les exercices qui se pratiquaient dans les édifices de ce genre. Les fouilles que je fis faire dans le stade de Messène, me procurèrent des résultats précieux pour notre travail, ainsi qu’on peut s’en convaincre par l’examen des détails des planches suivantes. * Il est indiqué sur le plan général par la lettre h. 1 Paus., liv. jv, eli. 33. 2 Vit.,liv. y, ch. xi. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche 24. Plan du stade de Messène. A. Portiques doriques en pierre calcaire. Les colonnes du rang du milieu du portique double sont d’un diamètre plus fort que celui des colonnes extérieures. Dans les parties où les colonnes qui environnent le stade ne sont plus en place, on les retrouve couchées à côté de leurs bases. B. Gradins en pierre; ils sont au nombre de seize et divisés, de distance en distance, par de petits escaliers. C. Gradins ou talus en terre. D. Arène pour les exercices. E. Mur d’enceinte de la ville. F. Monument antique dont nous avons retrouvé tous les fragments renversés. Des fouilles nous ont fait connaître ses fondations et la disposition de son plan. G. Ruisseau alimenté par les eaux de la fontaine Clepsydre. H. Construction antique. J. Fouille dans laquelle on a trouvé le sol du portique et un large chaîneau au pied des colonnes du rang intérieur, plusieurs morceaux d’antéfixe de la couverture, ainsi que des carreaux en terre cuite du pavement. K. Colonne en place, sur laquelle est gravée une longue inscription dont on ne peut lire que quelques mots. Dans la fouille faite à cet endroit, on a retrouvé six tambours de colonne et un chapiteau dorique non en place. L. Fouille dans laquelle on a trouvé le dernier gradin. M. Fragments de colonnes et d’entablement du portique. Il y a aussi dans cet endroit un fragment de chapiteau corinthien. N. Arrachement de mur indiquant le retour du portique. O. Fouille dans laquelle on a trouvé le mur de terrasse qui portait les colonnes, et contre lequel sont adossés les gradins en terre. P. Fragments de colonnes et d’entablement du portique. Q. Mur en grosses pierres avec parement. i4 ( »8 ) Les murs et les colonnes teintés en noir sont ceux qui sont en place et qui s’élèvent au-dessus du sol. Les murs teintés en gris sont des fondations en place, et les colonnes teintées de la même façon sont celles qui ont été trouvées renversées à côté de leurs fondations. Planche 25 . Fig. I.—Coupe sur la longueur du stade, dans son état actuel, Fig. II.—Même coupe restaurée. Fig. III.—Coupe transversale. Fig. IV.—Même coupe restaurée. Planche 26. Fig. I et IL — Plan et coupe delà fouille faite dans l’angle du portique. Au bas des colonnes se trouve un chaîneau en pierre dont la largeur, plus que suffisante pour l’écoulement des eaux pluviales, peut faire supposer qu’on y faisait circuler une partie des eaux de la fontaine Clepsydre, afin de rafraîchir l’air autour du stade. Ce chaîneau forme une des deux marches qui servent de base au portique. Fig. III. — Ensemble de l’ordre du portique. Malgré toutes nos recherches, il ne nous a pas été possible de retrouver un fragment de la corniche qui aurait complété l’entablement, auquel il ne manque pas autre chose. Nous en avons substitué une d’après d’autres ordres antiques analogues : des fragments d’antéfixe en terre cuite, trouvés dans la fouille, nous ont servi pour la restauration de la couverture. c Planche 27. Détails de l’ordre du portique. Fig. I. —Entablement et chapiteau. A est une entaille pour un scellement. Fig. II. — Profil du chapiteau et cannelure, grandeur d’exécution. Fig. III.—Socle au bas des colonnes, et chaîneau pour l’écoulement des eaux; la partie teintée plus claire est un morceau qui s’encastre dans l’autre. Fig. IV.—Plan et profil du chapiteau des colonnes du milieu du portique double. Fig. V.—Profil d’une cannelure. Fig. VI.—Plan et profil du chapiteau de l’ordre extérieur du portique. Fig. VII. — Profil d’une cannelure. Planche 28. Divers détails du stade. Fig. I.—Plan et coupe de la fouille indiquée par la lettre K sur le plan du stade. Sur une colonne de l’extérieur du portique, on a trouvé une longue inscription dont on ne peut lire que ces mots : CABEINOCAPOGYAAMIAC TPOcDIMOCAPOePA.... GPOÀGITOY O Dans la même fouille ont été trouvés six tambours de colonnes doriques et un chapiteau non en place. Ces fragments proviennent sans doute d’un temple qui devait être situé près du stade. Fig. II et III. —Plan et profil du chapiteau de l’ordre dorique, trouvé dans la fouille ci-dessus indiquée. Fig. IV._Plan et profil des gradins et des escaliers en pierre du stade. Fig. V. — Fragment de chapiteau corinthien, trouvé dans le stade. Fig. VI. —Fragments d’antéfixe et de couverture en terre cuite des portiques du stade. Planche 29. Vue du stade prise au-delà des portiques du haut. Sur le premier plan sont les colonnes, et plus loin les gradins en pierre; adroite, les montagnes qui enveloppent le vallée deMessène, et, dans le fond, celles du canton de Coron. ( ) Cette inscription a été copiée par M. Ch. Lenormant. Voyez ci-contre l’explicatio'n que M. Lebas, maître de conférences à l’école Normale, nous en a donnée. ( 2 9 ) EXPLICATION DE L’INSCRIPTION. Ce fragment d’inscription , quelque court qu’il soit, offre trois exemples d’une confusion fréquente dans les monuments de ce genre, celle de si substitué à i 1 et réciproquement. On y voit aussi, ce qui est moins ordinaire, l’emploi alternatif des formes E et £ de l’ epsilon. La lacune indiquée à la seconde ligne ne peut exister. Il est évident que cette ligne doit se lier immédiatement à celle qui suit, et que celle- ci doit commencer non par un £, mais par un 0 . L’inscription doit donc être lue ainsi : 2 a( 3 tvo; dm Eù^a[/.siaç , Tpotpipw; dm È 7 raIAHA AO X. KAY • • NH KAI IIAIAI «PIAOIC. ■ . EïSATAON ZHCAC.NKYMAie HTAKIAEK AEN0AAË .IMEC0AAMAOI .AECANTECK. .A AOXOCK AlC. .TOCÏIIÀP. . Version latine de M. Nibby. (Les mots en italique indiquent les changements que j’ai cru devoir faire dans cette version. ) Diis Manibus. Patria mihi Zeno- ni beatissima est Aphrodi- sias ; multas vero urbes confidens meis artibus cum peragravissem et cum struxissem Zenoni juveni præmortuo filio bustum et columnam, et imagines ipse sculpsi meis manibus, arte conjiciens inclytum opus. Hic ubi charæ uxo- ri Clymenæ et filio charis feci sepulcrum, cum vixissem annos septuaginta, jaceo. Hic nunc jacemus simul vita defuncti et ego , et uxor et tu, fili, qui primus mortuus es. 0eoîç KaTa^Govtoiç. Ilarplç è[xol Zvjvwvi (J.axxpTaT?] ! ©soçpaimiç Epsaioç, MeXâvra xyapetaj ôtoç. Diog. Laert. v, 36 . 7 ÈXmSoç ex iaateo; xal rrarpoî Àp^tTsXsuç, n° i 499 ûu Corpus Inscript, gr. de M. Boeckh. s Diog. Laert. n , 16. A p/é\a.ot, AOnvaîo;, n MiXnaioç , warpoc ÀwoXXoJ'tipou. 9 Inscription de Rosette, I. 9, BaotXsùî nroXEjzaïoî. ... é èx paatXèwç IlToXspi.aiou xal PaoiXiaans Âputvdnn. ’° P. i 38 , col. 3 de la nouvelle édition. " M. Letronne, op. cit., p. 211. 13 Le nom seul de la mère indiqué, semble annoncer que le père est mort. Cet usage existe encore en Grèce. 13 Commentatio epigraphica , p. 427. Suivent les planches 24, 25 , 26, 27, 28 et 29. i 5 PL. 24 _ ' - m — ->'.r»r—»■/« JH^R v-A-A--/- 'M; %I.lAj!k 0 O © SgsfgggÇ JSfflSIi Æ33R5S XV&».. s'-' 3 - ' • ~ ■ • ■*■ - - •me *8teî»-:- GGgGg' ; WàiÊitd. >GO O o?. t % ^yü ^5É BLouet - et-Boirot deù, 50 TOISES STADE A MIC S SENE irtVà •&. NS' ■j,. L^?--~ ÿyfesT iSÊî^L • ..*.vx » -£i*£ ,'«- 2 - L’â&i&ÿ®® > .V« 'fl fl ..T<:v br:'£ ^ F. III ..|i|i! immSmËm '// ■ -w ’vÆ/ //// ffÆm^à mmm 'Æ^m ^lÊÊÊÊmm MÊêiÊlw- WM& 9 - vf'///}/// -/UUUî mÉMM —. 2 MÈTRES . Ttoise . F. II. F. I. "■mfm mm ~-&*?r.. _, 4 MÈTRES . *2 TOISES . /Uoth’l <‘t Poirol del, PORTIQUE DU STADE DE ME S SENE. ISîSBtiS.. •' ! PI. 27. foirût del, F OHmitr j-c. F. VI F. IV F. VII U ü ü LJ L1 ü mm F. III mmm, ■■■■■ J METRE DIVERS DETAILS DD STADE DE ME S SELLE # a PIEDS '■*& ù __ 's*5 Ï T ^ -^ r *îv>v. 3SS^*> VX-&:'T<*5StV^ •-%'«;.---;.vr--:' ' .. i*,... •• ^ - ' ''îH; ■ '' :, '^^\|v *£'\' *,'’■ . ~3&i&0faæei iSSfT^ - '—^‘rt r . 5 '■*“* ,3iS PI. 28 mé&mTKMî KL«sl.mL?L*ilJà H *2 à fT*?**. .1 ^ F. T fe mniii(nig i' [ .,a!l!l!l!l!llllli|l# ■.i 1 ^ ; '"..,'" r .,'" *■• ■<'} ^ y# mxi ijiEH H 1 11 1 1 ' 11 1 - —-h —| lO KBTHJtS . F. II. F.III. C oape F. VI F. V. Wj 0~ fc, g;,,, fflBM IliFift "Oil.'HiUijj mm 'FS 1 ' 1 ,! _; F. IV. Sci.rn4.irtf •■>'; \ci yjsésîv^ SS---X .>&? > £~ •< ■si»* 9 »n <5 À*>>0 ^•V»%vV •V‘K* ^vî' g|& . X-*. :«i*Jï*^. iLa w\*v ' :>V *£„ > ■5; lYf^iiV.' V ,>^^2 V.jlK -> ^> is - * ‘fetf’.ÂK; iÜsàÈàïM .«*tfg!ÿ$Sç ^•^Sv; r »!S5*^ ( 3i ) MONUMENT ANTIQUE DE MESSÈNE. Ce petit édifice, dont on retrouve encore tous les débris amoncelés sur les lieux , nous a paru mériter une attention particulière, autant pour la conservation de ses parties que pour la perfection de ses détails. Il est au bas du stade , et assis sur un plateau qu’enveloppent les murailles de la ville ; ce qui ferait supposer que s’il n’est pas antérieur à la construction de ces murs , il est au moins du même temps , puisque pour lui réserver cette place on aurait interrompu la ligne naturelle de 'cette enceinte; ou bien, comme Pausanias, qui donne la description du gymnase et du stade de Messène , qui très-probablement étaient réunis, ne parle pas de ce monument, on peut croire qu’il est postérieur à son voyage, et qu il a été, peu après, élevé sur l’emplacement d’un autre plus ancien, et dont l’importance aura nécessité la déviation que le mur fait en cet endroit. Rien dans les fragments que nous avons examinés avec soin ne contrarie cette opinion; car, bien qu’ils soient grecs et d’une grande finesse de détails, on y remarque quelque analogie avec les ordres doriques des Romains : ce qui ne se rencontre pas dans les détails du portique du stade. Comme tous les monuments de Messène, celui-ci est en roche calcaire grise et très-dure, la même qui se trouve généralement dans le Péloponèse. Sous les débris qui restent et qui sont encore assez conservés pour que j’aie pu en recomposer l’ensemble, nous avons retrouvé les bases des constructions, et par conséquent le plan de l’édifice. ( Voy. pl. 3o.) Voici quelques particularités que nous avons remarquées. Devant est un portique ouvert et plus large que la cella, laquelle devait être carrée et ornée à son intérieur de petits pilastres, ainsi que l’indique la base d’un de ces pilastres posant encore sur une pierre, en place, à l’extrémité du monument. Parmi les fragments d’architecture, sont un autel circulaire et une partie de soffite ou d’architrave ; sur cette architrave restent quelques lettres d’une inscription qui feraient peut-être reconnaître dans cet édifice un monument funéraire, si sa forme n’était pas plutôt celle d’un temple. EXPLICATION DES PLANCHES. OOOC Planche 3o. PLAN DU MONUMENT AVEC LES FOUILLES QUI Y ONT ÉTÉ FAITES. A. Tranchée faite dans la terre. B. Tranchées faites dans un massif sur lequel posaient les constructions. C. Massif sur lequel posait une colonne. D. Seuil en place de la porte du monument. E. Autel trouvé parmi les fragments. F. Dallage en place. G. Mur de la ville formant une enceinte autour du monument. Nota. Les constructions en place sont indiquées par une teinte foncée, les parties restaurées sont indiquées par une teinte plus claire. Planche 3i. Façade principale du monument restaurée avec tous les fragments qui existent sur place. La muraille qui l’entoure a été restaurée d’après ce qui existe de cette muraille dans d’autres parties de la ville. Planche 3 a . Façade latérale et coupe restaurées: elles sont la conséquence du plan et de la façade principale; ce qui manquait pour les compléter a été restauré d’après des monuments analogues. Des morceaux de terre cuite, trouvés dans les fouilles ont servi à faire connaître le genre de la couverture de l’édifice. 16 Planche 33. Détails de l'entablement et de la face de l’ante du portique ; à côté sont les plafonds et la coupe de la corniche avec un détail de la rosace de l’ante. Planche 34. Fig. I et II. — Détails du chapiteau des colonnes. On peut remarquer, comme une particularité de ce chapiteau, que le haut du tailloir est couronné par un talon à peu près comme il y en a aux chapiteaux doriques romains. Fig. III.—Coupe du chapiteau de l’ante. Fig. IV. —Profd de l’ante. Les rosaces de ce côté ne sont pas semblables à celles de la face. Fig. V. — Fragment d’un fût de colonne brisé en deux morceaux : un autre fragment formait la partie inférieure de la colonne. Fig. VI. — Détails d’un autel en pierre trouvé parmi les fragments du monument. Fig. VII.—Profil trouvé en place : il formait à l’intérieur de la cella un soubassement orné de pilastres. Fig. VIII. — Carreau en terre cuite du pavement. Fig. IX.—Fragment de soffite ou d’architrave intérieur avec quelques lettres d’une inscription auxquelles M. Lebas donne l’interprétation suivante : APIHN XA. . . L’inscription dont il s’agit est en lettres de 2 pouces, et d’un beau style. Quelle que soit la distance qui sépare le N terminant le premier mot du X par lequel commence le second, il est constant, d’après l’état de la pierre, qu’aucune trace de caractères n’existe dans l’intervalle, et que la restitution doit porter seulement sur les deux dernières lettres. Mais avant de songer à cette restitution, il paraît convenable de déterminer la place qu’occupait l’inscription dans le monument auquel appartenait la pierre où elle est gravée. D’après les dimensions du fragment que le temps a respecté, en ajoutant à la suite de la fracture une distance égale à celle qui se trouve entre la troisième lettre du mot APIflN et le profil de l’extrémité, ainsi que la symétrie semble l’exiger, cette pierre ne devait pas avoir plus de 8 à 9 pieds de long ; d’où il suit quelle n’appartenait ni à la façade du monument, ni à l’architrave intérieure ‘de la cella. Elle devait donc figurer sous le vestibule, et il paraît hors de doute qu’elle était placée au-dessus de la porte du monument, c’est-à-dire a 12 pieds du sol. En admettant cette supposition, il ne manquerait à la suite des deux lettres XA que trois autres lettres, et le mot ^aïpe se présente de suite à l’esprit. Dès-lors l’inscription devrait être ainsi lue : Âpiwv yaîps. Arion , salut! formule que l’on rencontre si souvent sur les monuments funéraires 1 , et d’après laquelle on pourrait penser que l’édifice en question n’était autre chose que le tombeau d’un personnage nommé Arion. Quel était cet Arion auquel on avait élevé un pareil monument? Pausanias ne nous fournit aucune lumière à cet égard. De tous les hommes qui ont porté ce nom dans l’antiquité, le plus célèbre est sans contredit Arion de Mélhymne. Sans doute il ne serait pas surprenant de trouver à Messène le culte de ce musicien célèbre, qui, comme on le sait, n’est que le reflet du culte de Taras, fondateur de Tarente 2 , et que les Messéniens, à leur retour de Sicile, pouvaient bien avoir rapporté dans leur patrie. Ce qui donnerait quelque force à cette opinion, c’est qu’il ne serait pas impossible de trouver des rapports entre l’aventure d’Arion et celle des enfants que les habitants de Messène , Msgcyi'vioi ot È7vl Tû Trop 0 p.ü, envoyaient tous les ans à Rhegium avec un maître de chant et un joueur de flûte, et dont le vaisseau fut une fois abîmé avec eux dans les flots 3 . Mais, pour affirmer qu’il est ici question d’Arion de Méthymne, il faudrait qu’on eût retrouvé , sur les ruines de l’édifice, quelque emblème qui fît allusion à l’événement auquel ce chanteur dut sa célébrité, et auquel aussi se bornent tous les renseignements que les anciens nous ont transmis sur lui 4 . D’ailleurs, si le monument lui eût été consacré, il daterait sans doute de la reconstruction de la ville, et peut-on croire que Pausanias n’en eût rien dit, lui qui ne manque pas de mentionner la statue en bronze élevée à ce cytharœde sur le Ténare 5 ? Peut-on croire qu’on eût employé pour un personnage héroïque la formule -/afp s, qui, lorsqu’on s’adresse aux dieux ou aux héros, est usitée seulement dans la poésie 6 , jamais dans la langue monumentale ? Peut-on croire que l’inscription d’un temple ( car c’est vraiment un temple que nous avons sous les yeux) figurât non sur le frontispice, mais sur l’architrave d’un vestibule où elle n’était pas en évidence? ‘Voyez sur cette formule : Biagi, Monum.gr. ex museo JacobilSanii, p. 271 sqq.; Claudius, Dissertatio de salutationibus veterum , p. i3i. Les Latins employaient dans le même sens les verbes vale, salve , et ave, qu’ils écrivaient aussi hâve. Voy. Gruter, dccxciv, 2. Une des formules les plus ordinaires était jç,pviCT-rè ou yaîpE, que l’on faisait suivre quelquefois de quelque pensée philosophique exprimée en vers^ comme dans une inscription trouvée en Asie-Mineure, vis-à-vis de l’île de Chio, et publiée dans le journal intitulé : 'Epjxvjç à kôyioç , i5 juin 1812. Je la rapporterai ici, parce qu’elle n’a été donnée ni par M. Jacobs, dans son Anthologie palatine , ni par M. Welker, dans son livre ayant pour titre Sylloge Epigramma- tum grœcarum. .XpW X“‘P e - Où xb ôaveîv Èoti xaxov, ItcI to ys poîp’ ÈTréxXtüasv âXXà to irplv T|Xixir]ç xal yovétov Ttpo'tEpov. 3 Voyez M. C. O. Miiller, Hist. des races et des villes helléniques. Doriens, t. 11, p. 3 99 . 3 Pausanias, Élide , ch. 25. 4 Une grande partie des passages anciens relatifs à Arion ont été recueillis par M. Plehn dans ses Lesbiaca , p. 166. Ajoutez-y Lucien, Dial. mar. vin ; Suidas, au mot ’Api'tov ; Ovide, Fastes, 11, 79 sqq. ; Solin, vu, 6; xn, 12. Voyez aussi Wyttenbach sur les œuvres morales de Plutarque, 1.11, p. 265, ed. Lips. 5 Laconie, ch. 25. 0 Voy. Biagi, op. cit., p. 275. D’un autre côté, il est difficile de croire qu’il s’agisse de quelque athlète nommé Arion, vainqueur dans le stade voisin de l’édifice. Aurait- on élevé un temple à un athlète? Les tombeaux n’ont point cette forme , même quand ils renferment des hommes d’un rang distingué 7. Les temples sont réservés aux dieux et aux personnages héroïques. Que faut-il donc voir dans le monument qui nous occupe ? Assurément un édifice construit sur un emplacement consacré du temps de la fondation de Messène parÉpaminondas, et peut-être même avant; car il se trouve en dehors de l’alignement des murailles de la ville, qui ont dû suivre ses contours pour le renfermer dans leur enceinte. Des différents temples de Messène dont parle Pausanias 7 8 9 , sans désigner leur position, il n’en est aucun qui paraisse avoir eu des dimensions assez restreintes pour qu’on puisse le placer ici. Mais après avoir parlé des différentes statues existant dans le gymnase de Messène , auquel probablement appartenait le stade, il nous apprend que là aussi se trouvait le monument d’Aristomène, xal ÀpwrofzÉvouç tvrtvfi e •■>» s: *mm x'sï iV£ aEssaess :r^-i* L~ .^. d a lhsÆ sSSa às&AMRfi PL 30 ;/»:<«J>^;!t!'rff;''.''> d jo mktkk: "JC12K3. £ loue-b et RavoLrié cUl 'corne sc MM j"mm wnm MONUMENT .ANTIQUE DE ME S SENE fmmm -V '--«ik: - j lr^S“ii , fc>-| -.tj '; • V v '. gN-. : ■■iâs£l •'V.M*V-. ; ‘ MHMSNHIIIMaHHHIIIISË. JnbMhliln ml.' iÉM jüüjiilniuLj I fiiinv S» â^vw^âHpl^ ^-iSir 4 % 1 ;* r ^>-..'A.*-ï-M^'...v.r * .• • ix'-'V »,’•' ’XX * -■ .-- ■-. s ,u: ■ «;j ^ _ ■'«P®, ** .*“•- £5fcT..-; *>v~- 4r ê>*~% 3SÊS ■■ • a ... . • **V *' ./-y, ^. V-#5Ê 1 i*> Pl. 32 ™ 1 2 . ■ 9HM* 1 W//////SSA ''"///////A î! l M: l :V' 1 l!:: m * * r * •*■ y/','//.*. Ssmmm mÊmmmmm. y//y// / ////A Bleuet ael 1Z. O umier sc ilOMJSTBKS . MONUMENT ANTIQUE DE ME S 3.ENE . ^ IC. 7 ■mm a*#.* 2^-ïîfe Æ&vVi “-**sg>5 . WV^ Uâv*àft3 ^JOK> @&SSS; ; -i* .^<-$#4 3 7 2 .- 3-6 . KJ KJ KJ ~s wciMEri^rs. - • • --J 2 PIEDS . - 3 1 KCVKTHKS Tzmmn r , < .\ . 20$ . > « . Jjj 1/ L J 1/ \ 1 \1 \ T \- 1 i— j \ — i \ — / \— i —' 1 — 1 — i ^ A' 7 7 ■Poirot et Baooto'te del . i Uivu'r s,'. M.OMPWKNT ANTIQUE DE ME S SENE £■>”34 W*S«i ai»'?*- &sSz£X' KjUbfejtt •J-'Si 1 * 'wrfv. ÎVk‘v:- ■»-î*-5Û_ JaJ / PJ. '/;4. K kl J F. IV .F. VIII ->J0 UKC1MKTRKS . k ^ V M'M , —110 DKCtMf.TRKS -i 8DKCIMKTRRS - :.i •[ -i— -1-.—x,:~ — ^ iriRDS Fumoùné e( foirol ,ùl. MONUMENT ANTIQUE DE MESSENE J\ Oliwjerj'c. ,?vV^U^' 8§^B&Sgfe :x,*\ j v •^t- kVVLS si»: Eftw^s W iS^- I SKSÎ c>jrv iiiKâi 25^S&^ «Aia^ y « »i»S ca>i £*■-: ^ 4 * F^:*<; Tÿi'W vVVi' ■!*$*?$! «.-'mrffllitoiltiBaa ( 35 ) DIVERS DÉTAILS D’ARCHITECTURE DE MESSÈNE. Nous avons réuni, dans les trois planches suivantes, avec une vue de la fontaine Clepsydre, des fragments d’architecture et des détails de construction. Ce sont des restes de monuments aujourd’hui trop dégradés pour qu’il nous ait été possible d’en reconnaître l’ensemble, ni d’en déterminer la destination. Mais le caractère de ces fragments et la place où ils se trouvaient, et que nous indiquons dans notre plan général, ne seront peut-être sans intérêt ni pour l’artiste ni pour l’archéologue ; et en les donnant tels qu’ils existent, nous avons voulu ne rien laisser à désirer sur les antiquités de Messène. EXPLICATION DES PLANCHES. - Planche 35. Figure I. —.Fontaine Clepsydre. Sa position est indiquée par la lettre b dans le plan général. Située sur le penchant de rithome au milieu du village de Mavromati, cette fontaine dont parle Pausanias est celle où les nymphes Ithome et Néda lavèrent Jupiter enfant, après qu’il eut été soustrait par les Curètes à la barbarie de son père; et depuis ce larcin elle a toujours conservé le nom de Clepsydre. Tous les jours les Messéniens portaient de l’eau de cette fontaine au temple de Jupiter Ithomate. Une autre fontaine, la fontaine Arsinoë, qu’on voyait sur la place publique, était alimentée par ses eaux 1 , lesquelles n’étant plus réglées dans leur cours, se répandent là où était jadis une ville florissante, et arrosent la fertile vallée que couvraient de nombreux édifices. Une forte muraille de construction antique forme la fontaine Clepsydre, dont les pierres, détachées par l’abondance des eaux, sont aujourd’hui recouvertes de la plus riche végétation. Fig. IL — Bas-relief en pierre, trouvé à Messène. Ce bas-relief, qui est aujourd’hui au Musée royal, a été apporté en 1828 à Paris, par ordre du gouvernement français; il représente un lion chassé par deux hommes, l’un à cheval et l’autre à pied: deux lévriers, dont un est terrassé par l’animal, font aussi partie de cette scène. La pierre de ce bas-relief, qui est u ne partie de cercle, conserve encore les entailles pour les crampons qui liaient entre elles, selon toute apparence, les différentes parties d’un exèdre. M. le baron Stackelberg, quia dessiné cette sculpture à Messène, près de l’antique gymnase, pense qu’elle représente la chasse du lion Cythéron, et qu’elle formait la frise d’un monument choragique, comme celui de Lysicrate à Athènes 2 . Planche 36. Fig. I et II.—.Chapiteau ionique et chapiteau corinthien trouvés dans les murs d’une chapelle byzantine. ( Voyez plan général , o. ) Fig. III, IV, V, VI et VII. — Divers fragments d’un monument de l’époque romaine. Ce monument est situé sur un plateau qui se trouve au-dessus du village de Mavromati. ( Voyez plan général, Y.) Fig. VIII. — Fragment d’autel en pierre trouvé près des ruines qui sont au-dessus du stade. Fig. IX et X. — Base de colonne ovale trouvée à l’endroit indiqué par la lettre s dans le plan général ; les entailles figurées dans cette base servaient à recevoir les dormants en pierre ou en bois qui fermaient les entre-colonnements. Fig. XI etWl. — Fragments d’une colonne ovale, trouvée au même endroit a. Cette colonne recevait aussi des dormants pour fermer les entre-colonnements. Fig. XIII, XIV et XV. — Chapiteau grec et base romaine trouvés dans une chapelle byzantine. ( Voyez plan général , n. ) 1 Pausanias, livre IV, chap. xxxi et xxxm. 2 Lettre du baron Stackelberg; Annales de l’Institut de correspondance archéologique, 1829, page i3i. 18 Planche 3 y . Fig. 1 et IL—.Élévation et plan d’une muraille indiquée dans le plan général par la lettre f. Tout porte à croire que cette construction, dont nous ne donnons qu’une partie, servait de soubassement à un des principaux monuments de Messène, si nous en jugeons par la beauté de ses matériaux et le soin avec lequel ont été joints et taillés les bossages arrondis qui en formaient le revêtement. Une fouille que nous avons faite à l’angle a mis sous nos yeux l’ancien sol et les assises à parements plats qui servaient de base à cette belle construction. Fig. III. — Profil d’une grande pierre qui probablement couronnait la muraille ci-dessus. Fig. IV. — Pierre d’angle de la même construction. Fig. V et VI.—Plan et élévation d’une porte faisant partie d’une construction que nous avons indiquée. {Plan général, l) Cette construction est derrière le théâtre et soutenait d’un côté le terre-plein du haut des gradins; l’escalier qui se trouve dans l’embrasure de la porte servait pour monter du sol extérieur au sol plus élevé de l’intérieur : une fouille nous a fait découvrir le bas de l’escalier et la partie inférieure du mur. Le caractère de cette construction est le même que celui de l’enceinte de la ville ; et la porte , qui se termine en pointe par des pierres posées en encorbellement l’une sur l’autre 7 est également semblable à une autre porte.de cette même enceinte à l’endroit que nous avons indiqué. {Plan général, O.) Fig. VII. — Fragment de bas-relief provenant sans doute d’un sarcophage. Il se trouve à l’endroit désigné p du plan général. On voit près de ce bas-relief d’autres débris de tombeaux, et un fragment tout mutilé d’une statue de femme drapée. Fig. VIII. — Détails d’une partie de mur de soutènement. ( Voyez le plan, i). Ce mur est à parement lisse et construit avec le plus grand soin. Fig. IX. — Partie du soubassement d’un édifice élevé au sommet de l’Ithome, dans l’ancienne citadelle. ( Plan général, C.) Dans le voisinage est actuellement un couvent que l’on dit bâti sur l’emplacement du temple de Jupiter Ithomate : celui des grandes déesses ne devait pas en être éloigné ; et il est très-probable que ce soubassement en est un reste. Suivent les planches 35, 36 et 37 . PL 55 F, II J, 2oS Alp Bm 11 / filouct dfl- • et J,enuutre j-m y* "/' sua »! S F ONT AINE . CLE P SYDPE * WWW: MWr .•••*’ •* ■* * •! BfcT tfiSâ .. :'. v .•• PL 36 F. III WI-—ïî •WLU/À 0410 F. VIII, F. VII F. IV. ^13 F.xnr F, IX. F. XI. F. XIV vméi' F. XV. F. XII. ~| 1 14ÈTP.E ■SanoLnê et Poirot del. Porrmer et £ ( Vfàver . 1 FRAGMENTS DIVERS DE ME S SENE sim mi mm 1 mmm , F, VU ^ ^ iïiBSts _. F. VIII F.IX Üîl mm BPiîff IliÉll ÿ@î=A£r feïiX. • •' -: "“VT PBgHHS i^lsl B»* i HS« SüMli'i wm .,‘:.c.'M ! jJ.i;liW. , ii , ,',i MsSS mmsi ysp^ 1 ^ S^s- Ranourià del /)&rna/'d sc. 6 MÜTKBS 'lS P1KD3 DIVERS DE TAIT,S DE MES SENE m ^ i->v. • ' -. — "îric"- «SàsSKS-itv Sgi© V:£ %$&.- -■ yÆtftS&ZÈï ;*'*!•>»*»y>*> .-v I ;^*lïs&és m&k mÉÈémm ï*mmmmmæm mm rf+i i@ËSi3KsgsaKg £*V;!V w -•jqfejf* .- ^L î “ ftfr-' WÈÎ : " Vi >?--»•' -a St*», : ÿ.rîM ■ ïi, ‘--' ( 3y ) MURS DE MESSÈNE. Ce que nous avons déjà dit sur Messène montre assez combien les ruines même de cette ancienne ville sont importantes sous le rapport des constructions et des formes architecturales. Mais ce qui frappe le plus d’étonnement, ce sont les restes de ces fameuses murailles dont Pausanias dit qu elles étaient les plus belles qu’il eût vues. On peut juger encore, par les parties les mieux conservées, et par les autres que nous restituons d’après celles-là , combien Épaminondas avait attaché d’importance à la sûreté des Messeniens, en les rétablissant dans leur patrie, au milieu des remparts qui devaient les défendre. Ces admirables constructions qui ont résisté à tant de siècles, donnent une idée complète du système de fortifications des anciens Grecs, et expliquent mieux qu’aucun commentaire ce que dit Vitruve de la construction des murs des villes 1 Vitruve, livre I, chap. v. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche 38. Fig. I.—Porte dé Sparte à Messène. Cette porte ( voyez plan général, H ) est sur le col de la montagne, entre le mont Ithome et le mont Évan. Un seul côté reste debout, l’autre ayant croulé jusqu’en bas des rochers qui forment la base de la porte : on voit à la partie qui existe une espèce de canal en pierre qui paraît avoir servi à recevoir une traverse en bois que l’on poussait derrière la porte pour la fermer. Parmi les pierres entassées au pied de cette ruine, se trouve un fragment de fût de colonne dont nous n’avons pu reconnaître la place. Fig. II.—Partie de mur de Messène. Sous cette construction, indiquée par la lettre P du plan, coule un ruisseau qui vient de l’intérieur de la.ville; des pierres en encorbellement qui se voient en place, indiquent que sous cette partie de la muraille avait été ménagée une ouverture pour le passage des eaux du ruisseau , et qu’au-dessus de cette ouverture se trouvait un pont combiné dans l’épaisseur du mur? de manière à ne point interrompre la circulation sur le rempart; les deux montants qui se voient encore debout, et qui formaient probablement les deux côtés d’une ouverture supérieure , attestent la grande élévation du mur en cet endroit. Planche 3q. Tour carrée des murs. ( Voyez plan général , N.) Fig. I. — Plan à hauteur du dessus du mur. Au point D, est un des escaliers par lesquels on montait du sol intérieur de la ville sur le rempart ; les marches sont en saillie de 20 centimètres sur le massif qui leur sert de base. Fig. II.— Plan de la partie supérieure de la tour. Les onze entailles qui se correspondent, et qui sont indiquées dans la figure par les lettres A et B , recevaient des solives qui supportaient un plancher supérieur sur lequel pouvaient se placer les soldats qui devaient défendre la ville. Au-dessous de ces entailles il s’en trouve de plus grandes pour le scellement des grosses poutres formant l’armature du plancher. Fig. III. —- Profil de la tour comme elle existe. Fig. IV. — Coupe de la même tour. On a indiqué au trait le plancher incliné comme il devait être d’après les entailles qui s’y trouvent. Dans les deux dernières figures, les parties d’un travail plus clair que le reste indiquent ce qui est de restauration. J 9 ( 38 ) Fig. V. — Plan et profil des pierres qui formaient le dallage du rempart dans toute sa longueur ; les extrémités de ces pierres sont en saillie de 3o centimètres sur le nu du mur, et forment larmier à l’intérieur. L’autre côté est profilé de manière à recevoir la base du petit mur couronné de créneaux derrière lequel étaient les soldats. Fig. VI. — Plan et profil d’une des pierres qui recouvraient les créneaux d’angle de la tour. Pour ne pas laisser de doute sur la manière dont nous restaurons le couronnement de ces tours, nous devons avertir qu’une chose nous a été très-utile pour ce travail ; c’est que partout où se trouvent les ruines des murs de la ville, il se trouve aussi quantité de ces pierres qui donnent la largeur des créneaux, et qui indiquent d’une manière précise la construction supérieure des murailles. Planche 4o. Tour carrée à deux étages. ( Voyez le plan général , L. ) Fig. I. — Moitié du plan de la tour à la hauteur du rempart, et moitié du plan à la hauteur de l’étage supérieur. Dans ce dernier sont indiquées B, la retraite et les entailles dans lesquelles étaient les grosses poutres du plancher : au-dessus sont les fenêtres carrées du second étage , lequel avait aussi très-vraisemblablement son plancher, mais incliné, comme celui dont on retrouve les indications dans les autres tours : celle-ci devait être également couronnée par des créneaux, comme nous l’avons indiqué dans la restauration de la porte de Messène. ( Voyez planches 44 , 45 et 46.) A chaque angle des croisées sont des trous de scellement pour la fermeture de ces croisées. Les pierres en arrachement indiquées par la lettre A faisaient partie d’un escalier semblable à' celui que nous avons donné planche 3g. Fig. IL — Coupe de la tour. Les parties supérieures restaurées sont indiquées par un travail plus clair. Fig. III. — Coupe d’une des entailles qui recevaient les grosses poutres du plancher. Planche 4 1 - Fig. I et II.—Plan et vue d’une tour ronde ( voyez plan général , O) : auprès est une porte dont la construction est absolument la même que celle qui se trouve dans la grosse muraille qui soutient le terre-plein du théâtre. ( Voyez planche 3y, fig • y• ) Cette tour, comme les autres tours rondes de Messene, n’est circulaire que dans la partie qui fait saillie sur le mur, en dehors de la ville; elle était couronnée de créneaux qui formaient gradins à l’intérieur, comme ceux des tours carrées : on y retrouve aussi les traces du plancher incliné sur lequel on pouvait monter pour la défense de la ville. Fig. III. — Plan et profil d’une des pierres qui recouvraient les créneaux de la partie circulaire des tours. * ! Suivent les planches 38, 3ç), 4o et 4i- Lemaître jc . Poirot del. PORTE .DE ME3SENE, .Lemaître 'V *a®ls Li>w-v.üîi»inH "P»**, • ^ ‘fi "9 * mm mm WW&, hmm- OOZ 'T MURS DE MESSENR a ' A -' 1 jÿJ, 9^ j^W?"^‘£ r £^‘ iSf \ .. *a T"*& L>:^ ■wç.;^ rt»( fcc»> i&îSSs •r.<;,V ; il MURS DE ME S SENE ECHELLE DU PLAN ErEmF LO MKTBBS 5 TOISES ECHELLE DE LA COUPE 5 TOISES □mi Jjormit'• llwoL'téet Poirot tM. jiB 1 âf ; ttUL igggfer;--**; ■zi'Jæms&t Blouei dei. F. III. Jtavounc- del. MURS IDE ME S SE NE I I SP !i> iü J M'*î ïïr i mû yia gC£S 3 » Wfeg «SSfcfV ï/ïdai? Ssiaffi ttfbàCiUÉiijë ^Hgÿi ( 3 9 ) PORTE PRINCIPALE DE MESSÈNE. De toutes les ruines de l’ancienne Messène, les restes de cette porte sont, sans contredit, ce qui frappe le plus d’étonnement. Le choix et le bel appareil des matériaux employés dans sa construction devaient la rendre indestructible; mais les lauriers et les lentisques , en poussant leurs branches vigoureuses entre ces pierres, sont parvenus, à la longue, à les détacher, et même à les renverser malgré leur dimension extraordinaire. L’endroit où elle a été élevée (voyez plan général, J) ne permet pas de douter que ce ne soit la porte qui conduisait à Mégalopolis du temps de Pausanias : on y voyait un Hermès , ouvrage athénien \ En dehors elle est flanquée de deux tours dont les soubassements qui existent encore sont de même dimension que ceux des autres tours de l’enceinte de Messène. Près de la première porte, à l’entrée d’une cour circulaire (voyez le plan, planche 4 1 2 )> se trouve de chaque côté une niche. Dans les profils qui couronnent celle qui est à gauche, il existe encore une inscription du temps des Romains , qui doit avoir rapport a une restauration faite à la statue placée dans cette niche (voyez planche 47)- De l’autre côté de la cour circulaire est une seconde porte % où se trouve encore aujourd’hui, et tombé seulement d’un côté, un grand linteau en pierre qui fermait la partie supérieure de cette porte. A quelques pas au-delà, en descendant dans la ville, on trouve une partie de dallage en pierres oblongues qui formaient le pavement de la voie antique. Des tenons réservés pour la pose des pierres pendant la construction, et qui se voient encore en plusieurs endroits, indiquent que cette porte n’a pas été entièrement achevée , et pourraient faire croire qu’on là retrouve aujourd’hui presque dans l’état où elle a été laissée, si les tours qui sont auprès n’attestaient par leur entière conservation que la porte de Mégalopolis, vu son importance, a dû être terminée comme ces tours, moins quelques parties de son ravalement. Ce qui étonne surtout dans cette construction, c’est l’énorme pierre qui formait le linteau de la porte du côté de la ville (voyez planches 4^ et 45J, et qui se trouve aujourd’hui tombée d’un côté, et restée de l’autre presque en place. Au-dessous de cette pierre est le seuil de la porte sur lequel M. Gell dit avoir remarqué les traces des roues des chars qui entraient et sortaient de la ville, et il conclut d’après ces traces , qui indiquaient suivant lui le milieu de la porte, qu’une autre porte plus petite pour les piétons était à côté de cette première , et que l’une et l’autre étaient comprises sous la longueur du grand linteau. Dans un ouvrage publié pour servir de supplément aux antiquités d’Athènes, M. Donaïdson partage en partie cette opinion, excepté qu’il admet trois ouvertures, et place sous le linteau deux points d’appui intermédiaires ; il s’autorise pour cela de l’empreinte de l’un de ces deux points d’appui qu’il dit exister sur la pierre qui forme le seuil. Je regrette de ne pouvoir être de l’avis de ces savants voyageurs ; car je pense que si ces traces avaient été faites par les roues des chars, elles seraient également marquées , au lieu qu’il n’y en a qu’une bien apparente, laquelle, suivant moi, était le canal pratiqué pour l’écoulement des eaux de la cour dont il forme l’axe, ainsi que celui de la porte extérieure. Ce qui peut fortifier cette conjecture, c’est que la distance qui se trouve entre le montant encore en place qui porte le linteau d’un côté, et l’axe du canal, fait la moitié de la longueur du linteau, moins ce qu’il faudrait pour la partie qui poserait sur ce montant. D’où je concluerais qu’une seule ouverture presque égale à celle d’entrée a existé, et non deux ou trois comme le pensent MM. Gell et Donaïdson. D’ailleurs, en examinant la question sous le rapport de la construction, on ne pourra supposer que l’on ait choisi une pierre d une dimension extraordinaire, et qui devait par conséquent avoir une destination spéciale, pour rendre la grande dimension de cette pierre en quelque sorte inutile en la faisant supporter par des points d’appui, lesquels auraient donné le moyen de fermer le haut de chacune des ouvertures par des pierres de moindres longueurs, et par conséquent plus faciles à trouver et à transporter. On peut ajouter 1 Paus., liv. IY, chap. 33. 2 Suivant les auteurs anglais, cette porte était destinée à recevoir l’affluence des chariots et des piétons qui devaient arriver constamment par cette entrée principale de la ville, et la seconde porte, de l’autre côté de la cour, formait une seconde barrière qu’on pouvait opposer à l’ennemi qui aurait franchi la première. 20 ( 4o ) à cela, que la porte des Lions à Mycènes, et celle d’Assos en Asie ( dont le dessin m’a été communiqué par M. Huyot), ainsi que beaucoup d’autres que nous avons rencontrées dans nos voyages, sont fermées à leurs parties supérieures, chacune par une plate-bande supportée seulement par ses extrémités. Les dessins que nous donnons de cette porte la montrent dans l’état où elle est actuellement. Les restaurations qui les accompagnent, et qui ont été faites, soit d’après des parties existantes encore en place, ou qui sont renversées , soit d’après des monuments analogues ; ces dessins et ces restaurations, disons- nous , en formant pour ainsi dire le résumé authentique de ce que nous avons retrouvé des anciennes murailles de Messène, feront connaître ce que pouvait être cette porte , dont la date précise vient encore ajouter à l’intérêt quelle offre sous le rapport de sa construction, la plus belle peut-être de toute la Grèce. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche . Fig. I. — Plan de la porte principale de Messène, état actuel et restauration. RENVOIS DU PLAN. A. Première porte flanquée de deux tours, dont il ne reste plus que la base; le plan de l’intérieur de ces tours est restauré d’après celles qui existent près de la porte. B. Cour circulaire à l’entrée de laquelle sont deux niches; sur l’architrave de celle indiquée par la lettre E, est une inscription du temps des Romains (voyez planche 4 7). C. Porte intérieure : elle était couronnée par une plate- bande de 5 mètres y 3 centimètres de longueur sur 1 mètre 12 centimètres de hauteur, d’un seul morceau, dont une des extrémités est encore presque en place. La fracture qui est au milieu de ce linteau a été occa- sionée par sa chute. Au milieu de la pierre qui forme le seuil de cette porte, on remarque un petit canal qui forme l’axe de la cour, et que l’on peut supposer avoir été fait pour l’écoulement des eaux. D. Pavement antique composé de grandes dalles de pierres posées sur un massif en construction '. F. Parties restaurées. Fig. II. — Vue de la porte prise de l’extérieur. Au premier plan sont les massifs qui formaient l’ouverture d’entrée; au second plan est la grande pierre qui couronnait la porte de l’autre côté de la cour; et dans le fond se voit la base du mont Ithome. Planche 43. Fig.—l. Porte de Messène; état actuel, côté de la ville. La grande pierre inclinée, longue de 5 mètres 73 centimètres, large de 1 mètre 16 centimètres, et de 1 mètre 12 centimètres de hauteur, formait la plate-bande ou linteau qui couronnait cette porte. Elle était supportée à ses extrémités par deux montants semblables à celui qui la soutient encore d’un côté, et dont la largeur est égale à celle de ce linteau ; l’autre côté, probablement semblable, a été démoli : et c’est ce qui a pu faire croire que la porte avait pour largeur toute l’ouverture qui existe aujourd’hui dans la muraille. Le canal existant sur le seuil pour l’écoulement des eaux formait le milieu de la porte, et correspond à l’axe de la cour, ainsi qua celui de la porte extérieure. De chaque côté sont des consoles saillantes (voyez le détail, fig. III) ; elles étaient probablement destinées à supporter les traverses en bois avec lesquelles on fermait l’entrée de la ville. Sur plusieurs pierres 011 remarque des tenons qui servaient pour la pose des pierres pendant la construction. L’existence de ces tenons, quon enlève habituellement, prouve que ce monument n’a jamais été entièrement achevé. iïig. II. État actuel de la porte, côté extérieur de la ville. Ce pavement se trouve un peu plus éloigné de la porte qu’il n’est indiqué sur le plan. ( 4i ) Planche 44- Porte de Messène ; façade extérieure restaurée. Les tours dont elle est flanquée ont été restaurées d’après celles qui sont encore en entier dans les murs de la ville, et que nous avons données planches 3g et 4o ; la porte a été' restaurée d’après une autre de construction semblable, qui se trouve dans le mur d’enceinte près de la tour ronde (voyez planche 41 ), laquelle est de la même époque et en tout semblable à celle que nous avons donnée, planche 87 , fig.V.La porte des Lions à Mycènes, celle du monument connu sous le nom de Trésor d’Atrée, ainsi qu’une porte d’Assos en Asie, sont encore des exemples dont nous pouvons appuyer cette restauration. Planche 45. Porte de Messène ; façade intérieure restaurée. Dans la description de ce monument sont donnés les motifs qui ont déterminé à en faire la restauration telle qu’on la voit ici. Le grand linteau y est employé comme dans tous les monuments du genre de celui-ci; c’est-à-dire suivant le principe de la simple construction. Le mur qui enveloppe la cour circulaire et qu’on suppose avoir servi de plate-forme pour la défense de cette entrée, et de communication pour aller d’un rempart à l’autre, à hauteur du premier étage des tours, existe encore en grande partie jusqu’à la hauteur que nous lui donnons; seulement nous l’avons couronné par de grandes dalles formant larmier, comme celles que l’on retrouve en place dans quelques parties des remparts (voyez planche 39 , fig. V.) Planche 46. Fig. I. — Porte de Messène ; coupe sur la cour , état actuel à l’intérieur de cette cour. Les pierres sont à parements lisses, au lieu qu’à l’extérieur tout le monument est à bossages bruts, ainsi que les murailles. Fig. IL — Restauration dans laquelle se voit le profil des tours comme il existe à celles des murailles (voyez planche 3g). On a supposé qu’à la hauteur du second étage de ces tours l’on communiquait de l’une à l’autre par-dessus la porte et dans l’épaisseur du mur crénelé, comme cela se voit encore à d’anciennes portes de Rome. Planche 47- Fig. I et IL — Façade et coupe de la niche de l’intérieur de la cour circulaire. Sur la face principale de la corniche du couronnement est une inscription qui ne peut avoir rapport qu’à une restauration de la statue qui était dans la niche ( voyez ci-joint la note de M. Lebas); car il est bien évident, par l’examen de la construction, que ce monument n’a pas subi de restauration. Si l’on considère le peu de largeur de l’entaille carrée qui se trouve dans la pierre du bas de la niche, laquelle donne la mesure du socle de la statue, on peut croire que dans cette niche était l’Hermès, ouvrage athénien (c’est-à-dire à forme carrée) que Pausanias dit avoir vu en sortant par la porte de Mégalopolis. Fig. III.—Profil de la corniche du haut de la niche. Fig. IV. — Profil de la corniche du bas. EXPLICATION DE L’INSCRIPTION. KoCVTO; nlwTlû; Eÿ^ lv È 45, 46 et 47- PI. 4P. H ’fe pUbdi Xemzitre sc PORTE DE ME S SENT JiLouet m- PO RTF. DF MF. PL 44. UjjJÎMIi"■ — s&mÊSÈ^m is& MKaai^aamsai K-S2£ §§£&&$ ,_ .m*-m %C r ?&S "ssssgg Si ^4®® æÿj9 à^-Sf ^W rg V\\w! : ï * FAÇADE INTERIEURE RESTAURÉE . mm i Jr , fr:i : i^2«ie£' : &>W.'** pmTr;nT) . 10 METRES . PORTE UE MESSENE, ms&î ÿ-v-ïv .'liriBiiftfW^irîVi • WÏ* mm **■&■* ?ï flfejiuàa i i r - ittfifft VKr FJ. 47 mm. mm •Rv v- a; \v. A.yjV'i.--.’ • F. III F. IV ECHELLE DE L'ENSEMBLE ECHELLE DES DETAILS 2S CEircmETRE 8 PüCCKS. jBlouet aeL FICHE DF LA FORTE DE MESSE NI w- ’■ sïSrS iï®§gBs? S®? h ^.»V; srfss Sggs'œ âçClr’t: •'cÇ'-i-y •tTr,. «•• , » :■% rf*H^te'Cxrvi î î jf^^î-JsrC^ -Zj a*. ■3i--Tr«>.-*^*wi fcVïiÜ £ssæ fc’jïà'ï èS^S ■.‘S^rÜi- iSSaÉ^- *ç*2» ÜSJW: Mi»^ife^ÿ)iâtÆtdB^Mttn ^l>l%> l fci i i i liriÉérttf i iU4Mi Xiàs^ ( 43 ) DIVERSES INSCRIPTIONS DE MESSÈNE, RECUEILLIES PAR M. CH. LENORMANT, ET EXPLIQUÉES PAR M. LEBAS. —>VO-S» E Tl IEPEO2KPE20ONTOYETOYSPNZ ATONOOETH2 TIB.KAAYAI05KPI5riAN0YYI05API5T0MENH2 IEPOOYTAI API5T0B0YA05API5T0B0YA0YN0BI05AIAIAN02 rPAMMATEY520cD02XAAEIA0ct)0P02KAAYAI05TP0IA02 ÈtÙ îepewç Rpscipovrou , é'rouç pv£', ây&)Vo0eTï|ç Ti(3. KXau^ioç Kpiffretavou ûioç Àpic-?iç 12 . Or, dans cette phrase, le mot>wà prouve évidemment la présence des jeux gymnastiques. On peut encore voir une preuve de la célébration des jeux dui’ant les lthomaea, dans une médaille de Messène publiée récemment par M. Millingen l3 . Jupiter y est représenté debout, nu, vibrant la foudre delà main dz-oite; sur la gauche il tient un aigle éployé, et devant lui est un trépied, offrande ordinaire des vainqueurs aux jeux solennels. Autour du dieu on lit AION. I0OM. ME22ANION. La présence du yaki^oçopoç à des jeux célébrés en l’honneur de tous les dieux n’a rien qui doive surprendre. Sur les monuments chora- giques, on voit presque toujours la Victoire qui de son œnochoé verse du vin dans la plziale qu’elle présezzte aux vainqizeurs, soit dans les jeux gymnastiques, soit dans les jeux de la poésie et de la musique. Cette inscription que Cyriaque vit, dit-on, dans la citadelle de Messène, et qui a été copiée depuis dans cette ville par Cockerell et par Aberdeen, se trouve sur le tableau de la porte d’une chapelle byzantine située à l’O. du théâtre, et désignée dans le plan de Messène par la lettre n. On peut conjecturer que cet édifice occupe l’emplaceznent du temple de Sarapis et d’Isis, car il est voisin des ruines du théâtre. Or, suivant Pausanias * 4 , c’est près du théâtre que s’élevait le temple dont il s’agit. On se demandera peut-être coznment notre inscription qui, comme on vient delevoir, ne peut se rapporter qu’à l’ispoGuoiov, se tz-ouve aujourd’hui appartenir à un monuznent qui a remplacé le temple de Sai’apis et d’Isis. On ne peut lever cette objection qu’en supposant, ce qui n’est certes pas sans exemple, que ce marbre aura été pris avec d’autres décombz'es de divers znonuments pour servir à la construction de la chapelle oîz elle se trouve aujourd’hui; et, en effet, M. Blouet nous apprend l5 qu’on voit dans les murs de cette église des fragments d’autels, des tronçons de colonnes qui doivent avoir figuré dans divers monuments. X,oXÎ?puv (Etym. M. 1. c.), et yaZ.îxpyiTov (Schol. Apoll. 1. c.) ; et -/a/.iJoç, d’où dérive xaXiÿoipopoç. M.Lobeck sur Pliryn.,p. 326, indique la forme xkXkS'eç, mais sans citer aucun texte. Le mot^âXilj, d’où dérive àxpeypXi!; tju’onrencontre dans Apollonius, IV, 433,et qui, suivant Hesychius, a le sens de y/u p.é6uANOY 01TATHP TYNHAE nosEiAinnor a. 0AÏIM02 ABP02YNIINEHNIA02 ITNAIKAAE AÜEAAfîI (sic) TOY 0EOMNIAO2 U resterait à justifier l’ellipse d’àv^poç. Je conviens qu’elle est rare, mais il me suffît qu’on en trouve des exemples pour qu’il me soit permis d’y avoir recours 8 . On sait d ailleurs que l’ellipse du mot conjux se rencontre fréquemment dans les inscriptions latines. L’explication que je donne du monument qui nous occupe, se trouve appuyée par la conjecture de M. Boeckh sur l’inscription 743 de son recueil, et confirmée par cette inscription du colosse de Mcinnon 9 : FAIOCIOYAIOCAIONYCIOC APXIAI KACTIIC0EÜNOC APXIAI K ACTOYYOCKAI Il A T H P II K O YC A M IÏM N O NOCflPACIIPÜTIIC Caius Julius Dionysius archidicaste , fils et pere de Théon archidicaste, fai entendu Memnon à la première heure. On voit dans cette inscription que le père et le fils de Dionysius portaient tous deux le nom de Théon, comme le père et le fils d’Eumolpé portaient celui d’Atimétus. Disons encore que le nom de Sozoméné n arien qui doive surprendri noms propres. M. Boissonade en cite de nombreux exemples dans sa 4 Corsini Nolœ Grœcorum , p. 28; Placentinus, op. cit., p. 84 sq. et 122. 5 Harless, de Nominibus Grœcorum , p. 33 . Il cite un passage de Déinnsthène contra Macartatum , p. 1039, qui ne laisse aucun doute à cet égard. Voyez aussi Platon, Lâches, p. i,vol. I, p. a 5 i, 1 . 10, ed. Bekker. x[aTv etViv uuïç curoit, o£e |xèv tcü^ê, '7rà7T7rcu ovo(/.a , Èjjloç é's a5 0 <^e, 'iraTTTrwov te xat gutgç ovcp/iyEt TOUfAOU ttlXTpoV Api Angelo Mai, ad Front., t. I, p. xevi ; Osann, Auctar. Lex. Gr., p. 60, et Syllog. II, 10, p. 258 . 3 P. 646 et 922. 23 Voici l’inscription en caractères courants ; et comme la traduction française ne peut suivre assez littéralement 1 ordre dés mots, je crois devoir la faire précéder d’une version latine : A, Àt/.i'jv AùpvîXiov Ouvipov Ivaicapa oi ÉXXyîvsç eù^apiffTOÜVTeç toïç Osoîç xal atTOup.£vot Ta àyaÔà tm oîzw, swYiyyiffapievou /.al va àvaXwjraTa Tta- cacydvTo; Tifï. KX. 2aï91^a /.ai AiXiavou, tou àpypspéwç aÙTWV dià (itou /.ai ÉXXa^apyou, àr:o tou xotvoü twv Àyatwv àveaTTicav. Lucium Aeliüm Aurelium Ferum Caesarem, Graeci gratias agentes Diis et precantes bona (omnia Caesarum ) domo, suadente et sumptus suppeditante Tiberio Claudio Saïthida ( eodem ) et Aeliano , pontijice maximo eorum ad vitae tempus et helladar- cha,publico et commuai Achaeorum consensu posuerunt. C’est-à-dire : Sur la proposition de Tib. Cl. Saïthidès appelé aussi Aelianus, grand-prêtre des Grecs à vie et helladarque, lequel a fourni les fonds , les Grecs rendant grâces aux dieux et faisant des vœux pour le bonheur de la famille impériale, ont, du consentement unanime des Achéens, élevé cette statue à Lucius Aelius Aure- lius Férus César. M. Boeckh prouve d’une manière irrécusable que cette inscription se rapporte, non comme le prétend M. Osann , à M. Aelius Aurelius Verus, qui n’est autre que M. Aurelius Antoninus le philosophe, mais bien à L. Aelius Aurelius Verus Commodus, désigné ordinairement par les seuls noms de Lucius Verus. Il démontre aussi que ce monument ne peut avoir été gravé avant l’an de Rome 914? de notre ère 161, où Lucius, qui jusqu’alors avait porté le nom de Commodus, reçut le titre de César et commença à être appelé Verus 3 ; et il conjecture que c’est en commémoration de cette association à l’empire que fut élevée la statue qui surmontait le piédestal dont nous nous occupons. Je né répéterai point ici les diverses observations de M. Boeckh, son livre est trop connu pour que cela soit nécessaire; je m’attacherai seulement à quelques parties du texte sur lesquelles le plan de son ouvrage et l’extrême abondance des matières ne lui permettaient sans doute pas de s’arrêter. L. 5 . aiTou[A£vot Ta àyaOà. Formule consacrée : piÉXXeTe S’aèreiv tou; Gsoùç Tayaôa, Eschine contre Ctésiph., p. 70. 1 . 32 , ed. de Henri Etienne. aÏTeîciOai àyaGà Tuapà Ôswv, Xen. Cyr. J. 6, 5 . êivsuyecOat., GuveuysGÔai Ta àyaGa, Pollux 5 , 129. L. 6. tw o’écw; suppléez SspaoToO ou 2 e( 3 acTwv, ou bien encove csfiaaTw. L’ellipse est ordinairement remplie 4 . L. 7. Ta àvaXwptaTa Tvapacr^dvToç , formule moins commune que celle de TrpoG&sljap.évou tu àvaXwpia, qui désigne le receveur des fonds destinés à la dépense. Voyez le recueil de M. Boeckh, 1828, 1329, 1 35 r et passim. Cet emploi de TOxpéyw n’est pas sans autorité 5 . L. 8. Je 11’adopte qu’avec quelque répugnance la manière dont M. Boeckh lit les lettres KAIAIANOT. Je sais que K peut être considéré comme la sigle de xal; mais j’avoue que l’absence de l’article tou devant les mots xal AiXiavou me choque comme contraire à la langue. Aussi sans le rapport qui existe entre AiXtavou et AïXiov ( 1 . 1), rapport par lequel on s’explique le dévouement de Saïthidès, il m’eût paru plus simple et plus convenable de lire KaiXiavou, Caeliani, ce qui aurait fait supposer des relations entre notre personnage et la famille Caelia. L. 10. La dignité d’Helladarque ne se trouve mentionnée dans aucun auteur, et elle n’est connue que par les inscriptions 6 , d’où ce mot n’est passé que récemment dans les lexiques. On ne peut donc déterminer d’une manière bien précise quelles pouvaient être les fonctions de cette charge qui doit être postérieure à la domination romaine. Il est probable cependant que les Helladarques étaient pour la Grèce ce qu’étaient les Asiarques pour l’Asie mineure, c’est-à-dire les présidents des jeux publics de toute la Grèce 7 . Ce qui confirme cette conjecture, c’est que, comme les Asiarques, ils cumulaient souvent cette charge avec celle de grand-prêtre 8 , et que l’on mettait une différence entre l’Helladarque des Amphictions et l’Helladarque des Grecs 9 , de même que sur les monuments de l’Asie on distingue et les Asiarques des confédérations 10 et les Asiarques des villes. L. 11. gc7to tou xoivoO twv Kjaim, Cette locution arco tou xoivou, comme celle qui lui correspond en latin, ex commuai , peut présenter deux sens: aux frais de la commune, ou en vertu d'une décision de la commune. Ce dernier était seul admissible, puisque les frais sont faits par Saïthidès. 3 Voy. Eckhel, Doctr. Num., t. VII, p. 87. 4 Voy. M. Letronne, Analyse crit. du recueil d’inscript, de M. le comte Vi- dua, ]>. 5. 5 Cf. Palaephat. de Incredib., ch. XXXVI, 16. 6 On la trouve encore aux n os 1124 et 1896 du recueil de M. Boeckh. 7 Voy. la Dissertation de Van Dale de Pontif. Gr. et Asiarchis , p, 277 et suivantes. 8 On en voit un autre exemple au n° 1124 de M. Boeckh. 9 Ibid. ■° Van Dale, p. 278 et 281. ( 4 7 ) ROUTE DE MAVROMATI (MESSÈNE) A FRANCO ECLISSIA (ANDANIE. ) Le io mai, après un séjour d’un mois à Mavromati, nous quittâmes ce village, dont les habitants, pour qui nous étions devenus des connaissances, voulurent nous faire leurs adieux : aussi, le jour de notre départ, nous les trouvâmes tous qui s’étaient réunis afin de nous souhaiter un heureux voyage.'* Pour aller à Franco Eclissia, queM. Pouqueville indique comme étant sur l’emplacement de l’antique Andanie, la route est la même que celle qui conduisait à Mégalopolis. Après être sorti par la porte dont nous avons donné les dessins, la route tourne au nord, et on la suit sous l’ombrage de quelques vieux chênes sur le versant de l’Ithome. On descend ensuite vers la plaine de Stenyclaros, dont l’ancienne fertilité n’est plus attestée maintenant que par quelques champs cultivés et quelques plantations d’oliviers qui bordent la rivière appelée Mavro Zoumena. Cette rivière se jette à peu de distance du point où on y arrive, dans une autre appelée aujourd’hui Pirnatza et que les anciens historiens nomment Pamisus. Au confluent de ces deux rivières se trouve un pont d’une disposition toute particulière : il est divisé en trois branches; l’une de ces branches se dirige sur la route de Messène, l’autre sur celle de Mégalopolis, et la troisième, qui se trouve à la pointe formée par la rencontre de deux rivières, est dans la direction de Franco Eclissia. Ce pont, tel qu’on le voit aujourd’hui, est moderne ou tout au plus du moyen âge; cependant, quelques restes d’anciennes constructions de même caractère et de même époque que celles des murs de Messène, servent de base à plusieurs de ses parties. C’est ainsi qu’à l’extrémité de ce pont, du côté de Messène, se voit encore une petite porte couverte par une plate-bande, et la base d’une des arches, dont les pierres posées en encorbellement indiquent un commencement de cintre. Si Ion continuait la portion de cercle qui existe encore du pont antique, comme elle a été continuée par la construction moderne, on formerait une espèce d’ogive ; et bien que cette forme d’arcade puisse ne pas paraître admissible pour des constructions antiques, nous devons faire observer quelle est cependant justifiée par plusieurs exemples, parmi lesquels on peut citer le Trésor d’Atrée à Mycènes et l’Emissaire de Tusculum 1 . En se dirigeant au nord par la partie du pont qui conduit à Alitouri, on trouve à peu de distance un tumulus ou tertre, sur lequel sont des débris de constructions et un fragment de colonne en pierre; près de là est une ruine d’église byzantine appelée Franco Eclissia, et dans laquelle se trouvent quelques débris en marbre. Si Andanie, ville qui dut sa fondation à Polycaon, époux de Messène, fille de Triopas 2 , était, comme le pensent quelques auteurs, là où est aujourd’hui Franco Eclissia, on n’en trouve plus d’autres traces que le tumulus dont j’ai parlé plus haut, et quelques débris en marbre et en pierre dans les églises en ruine du village nommé Alitouri, qui est au nord, près de Franco Eclissia*. * ROUTE DE MAVROMATI ( MESSENE ) A FRANCO ECLISSIA (aNDANIe). En partant de Mavromati et en se dirigeant vers le nord, on trouve à 26 minutes la porte de Mégalopolis. A 7 m. les ruines d’une chapelle. A 12 m. un bois de chênes. A 4 o m. après une descente, un ruisseau. A 9 m. champ d’oliviers; la route au nord-est. A 16 m. un vallon cultivé; une rivière. A 5 m. un moulin sur le bord de la rivière. A 3 m. une route construite; un bras de rivière. A 2 m. le pont triangulaire; du milieu du pont, en se dirigeant au nord, on trouve, à i 3 m., près de la route, un tumulus. A 3 m. une ruine byzantine appelée Franco Eclissia; dans le fond, à gauche, on voit un château fort sur une montagne. Total de la route, 2 heures 16 minutes. 1 Donaldson, Supplément aux antiquités d’Athènes, planches II 3 Pausan., liv. IV, chap. 1. et III de Mycènes. 24 ROUTE DE FRANCO ECLISSIA A ARCADIA (CYPARISSIA). N’ayant rien trouvé à Franco Eclissia qui pût y faire reconnaître l’existence d’une ville antique, et par conséquent rien qui pût soulever le voile qui cache encore la véritable position d’Andanie, et jugeant inutile de nous arrêter à des recherches qui sont plutôt du ressort des géographes et des archéologues que du nôtre, nous partîmes pour Arcadia. En se dirigeant au nord-ouest, vers une forêt de chênes, par laquelle la route est fort belle, on arrive auprès d’une rivière appelée le Coda, que l’on traverse à un endroit où était autrefois un kan (auberge). A gauche on remarque, sur une montagne, un ancien château fort d’un aspect imposant ; sans doute l’ancienne demeure de quelques-uns des chefs francs ou vénitiens qui furent pendant si long-temps maîtres du Péloponèse. La route continue toujours dans la forêt, au milieu de laquelle sont des champs cultivés. En marchant toujours vers l’ouest, après avoir, passé sur deux petits ponts, on voit, à droite de la route, presque à la cime d’une montagne, Agrilos, village considérable; et de chaque côté un autre village plus petit. On entre ensuite dans des défilés, et on traverse sur un beau pont en pierre le lit très-profond d’un torrent qui se jette près de là dans la rivière d’Arcadia. Les montagnes, qui, en cet endroit, se coupent en sens divers, et la grande élévation du pont au milieu de cette nature si variée, produisent un ensemble des plus pittoresques. La route, ensuite, longe la rivière d’Arcadia ; et après avoir monté par un chemin très-rapide le long d’une gorge boisée, on découvre la mer et les îles Ioniennes, et derrière soi, dans le fond, les monts Ithome et Evan, et de la cime de la montagne on aperçoit Arcadia. Enfin, arrivé dans une plaine, après avoir passé, au milieu des lentisques et des oliviers, plusieurs ruisseaux qui 1 arrosent, on traverse la rivière appelée Kartela, et on monte ensuite jusqu’à Arcadia à travers les champs d’oliviers qui entourent cette ville *. * ROUTE DE FRANCO ECLISSIA A ARCADIA ( CYPARISSIA ). A io minutes, à droite, une fontaine; à gauche, une chapelle ruinée. A a 5 m. une forêt. A 23 m. le Coda, rivière. A 4 o m. on traverse le Coda. A 5 m. kan de Coda. A i 4 m. on traverse la rivière. An m. on passe à gué un bras de la rivière, auprès de quelques maisons. A 21 m. on passe successivement sur deux petits ponts. A i 3 m., sur le flanc de la montagne, à droite, Agrilos, village. A 47 m. on entre dans les défilés. A 22 m. une rivière. A 20 m. beau pont en pierre. A 29 m. on passe à gué la rivière d’Arcadia; ensuite 011 monte. A 84 m. Kartela, autre rivière ; champ cultive sous des oliviers. A a 3 m., après avoir traversé plusieurs ruisseaux, on tourne pour monter à Arcadia. A 6 m. on entre dans la ville. Total de la route, 6 heures 33 minutes. ARCADIA (CYPARISSIES ou CYPARISSIA). Strabon et Pausanias, qui disent fort peu de chose de Cyparissia, permettent de supposer que cette ville était peu importante dans l’antiquité; suivant le dernier, on y voyait un temple à Apollon et un autre à Minerve, dont il ne reste plus aujourd’hui la moindre trace. Il y avait aussi près de la mer une fontaine que Bacchus fit, dit-on, jaillir en frappant la terre de son thyrse ; c’est pourquoi elle se nomme Dionisiade 1 . Cette fontaine, qui a la forme d’un bassin carré, se retrouve encore aujourd’hui où l’indique le voyageur grec. Elle est encore regardée comme sacrée à cause des vertus miraculeuses que les habitants attribuent à ses eaux. Arcadia, qui sans nul doute est sur l’emplacement de Cyparissia, fut une des premières villes qui tombèrent au pouvoir des croisés français commandés par Guillaume de Champlitte, qui la céda en toute propriété à messire Geoffroy de Yille-Hardouin , baile de Morée, avant de s’en retourner en France 2 . Cette ville, maintenant en ruine, est délicieusement située à mi-côte, et à peu de distance du rivage de la mer; elle est environnée de plantations d’oliviers, d’orangers, de mûriers et de grenadiers. Elle fut livrée au pillage et aux flammes par le fils du pacha d’Égypte : Ibrahim, dit Alexandre Soutzo, y massacra les femmes, les enfants et les vieillards 3 . 1 Pausan., liv. IV, chap. xxxvi. 2 Chronique de Morée, liv. II. 3 Alex. Soutzo, Rev. grecques, t. I, p. 362. Au bas de la ville et près d’une grande construction moderne où se tient une foire qui a lieu tous les ans, on trouve la fontaine dont j’ai parlé plus haut ; et à peu de distance, à deux pieds seulement du rivage de la mer, dans les écueils, une autre source d’une eau très-douce, laquelle, suivant notre guide, a encore plus de vertus que la première. De cet endroit, qui forme la pointe la plus avancée de la baie, revenant vers la ville , en longeant le rivage de cette baie qui formait le port de Cyparissia, on voit quelques débris de constructions antiques. Les murs de la citadelle sont de construction moderne, mais ils paraissent avoir été construits sur l’emplacement et avec les pierres de 1 ancienne acropole. Le seul fragment de muraille antique que nous ayons remarqué, se trouve du côté du nord près du mur moderne, et n’y tient nullement. Sa construction, parfaitement semblable à celle des murs de Messène , paraît être du même temps, et diffère entièrement de ceux d Arcadia, qui sont à parements lisses. (Voyez planche 49? fig- IL) EXPLICATION DES PLANCHES. Planche 48. Pont antique sur la rivière Pirnatza ( Pamisus ). Fig. I. — Plan du pont et confluent des deux rivières. La route au nord conduit à Franco Eclissia ( Andanie ) ; celle au sud-ouest, à Mavromati (Messène), et celle au sud-est, à Sinano (Mégalopolis). Fig. II. — Construction d’une partie du pont, avec l’indication au trait de la restauration d’une des arches. La pierre A a été taillée en claveau lorsqu’on fit les arches modernes, lesquelles sont en petites pierres. Fig. III. — Vue de l’ensemble du pont. Planche 4fl- Fig. I. _ Vue d’Arcadia prise du côté du nord : on voit à droite la baie qui formait le port, et la pointe de terre sur laquelle se trouve la fontaine de Bacchus. Fig, II._ Plan et profil de la seule partie de muraille antique que nous ayons remarquée à Arcadia. A, le mur existant de la citadelle moderne; B , le mur antique. Suivent les planches 48 et 49- J •(; j i s >♦ tl ni .i A'.'» >\* A i i ?:>,> ***** PL 48 F. III mss WÊÊÈm 6 METHES -, 40 METRES 1 20 TOISES PONT AN T] Q UK SUR 1,E PAM1SUS II, R <>/ P. >,- ‘oL- îfelssH «T»?’ iÉfUïSfe HiiPl sa ra U)WWm(W IfcBPB rirft.. MlWîJUWm mSi!æSnmSmi>S^£ Wjîisœss' lÉÉt?8 Mii? UU* 1 ^ ÜSËÉÉ BW /www; iïisi *•' * PI. 49 asp» Z,em,litre se .Poirot de! ARC ADI A ( CYPARISS1A) ^**Ov mmi §fegil wMê mm i&tari&isn 5&tà. x^Ëi mm mm 'ixr& 'ÿgfàsf. ( 51 ) ROUTE D’ARCADIA A STROBITZI (LEPREUM). D’Arcadia à Strobitzi, village qui est aujourd’hui sur l’emplacement de Lepreum, la route est pendant long-temps celle qui conduit aussi à Pirgos; elle remonte au nord à travers la campagne qui borde la mer. A peu de distance, on traverse sur un pont de pierre la rivière appelée Kartela, et on se trouve sur une plage couverte de buissons de lentisques, et plus loin, près du lit d’un torrent dont le courant a beaucoup changé, puisquun grand pont en pierre, sur lequel on traversait autrefois ce torrent, est maintenant à côté et est devenu tout-à-fait inutile : la route ensuite continue sur la plage au milieu des sables. On voit, adroite, Sandanoï-Vouna, montagne conique et rougeâtre, qui commence la chaîne des montagnes de la Triphilie. En longeant le pied de ces montagnes , au milieu des bosquets de lentisques, on arrive au pontdeBouzi, sur la rivière de ce nom, qui est l’antique Neda, et ensuite à la rivière de Strobitzi, sur laquelle est un petit pont d’une seule arche en ogive. C’est là que, pour se rendre à Strobitzi, on quitte la côte et la route de Pirgos pour remonter le cours de la rivière, dans une vallée que bordent de chaque côté des montagnes couvertes en grande partie de pins, ce qui donne à ce pays un caractère tout particulier et très-pittoresque. Plus on avance dans la montagne, plus la forêt devient épaisse et la route difficile. On passe par Ralibea, village dont toutes les chaumières sont en forme de tentes ; en sortant de ce village, le chemin continue et monte, au milieu d’une forêt, après laquelle se trouve une riche vallée, où l’on voit quelques maisons qui forment le village de Strobitzi *. * ROUTE D’ARCADIA (CYPARISSIA) A STROBITZI (LEPREUM). A 20 minutes d’Arcadia, en se dirigeant au nord-est, on traverse la rivière Kartela sur un pont en pierre. A 44 un torrent dont le lit est très-étendu ; à côté est un grand pont. A i5 m. ruine du moyen âge; la route sur le rivage dans les sables. A 4i m. à droite, Sandanoï-Vouna, commencement des montagnes de la Tripliilie. A 27 m. ruisseau et fontaine; ruine de chapelle. A i5 m. rocher appelé Sténo; il y a, dit-on, une ancienne inscription. A 33 m. pont deBouzi sur la Neda, grand pont en pierre; à droite au milieu de la rivière un massif de construction qui paraît antique. A 6 m. à droite, une ferme. A 49 ui. un soubassement moderne; un petit pont en pierre sur la rivière de Strobitzi, près de la montagne une tour carrée; on quitte la route pour remonter dans la vallée le long de la rivière. A 23 m. Kalibea, village au milieu de la forêt. A i3 m. un ruisseau sous un petit pont en pierre. A [\n m. on monte dans la forêt. A 20 m. plusieurs petites cascades, des moulins et le village de Strobitzi dans la vallée; au dessus, l’acropole de Lepreum. Total de la route : 5 heures 48 minutes. STROBITZI (LEPREUM). Lepreum, Lepreos, était une ville de la Triphilie, province qui faisait autrefois partie de l’Elide, et qui plus tard fut réunie à celle d’Arcadie. On dit que Lepreos a été bâtie par Lepreus qui lui a donné son nom, et qui, ayant eu la présomption de se mesurer avec Hercule, succomba dans cette lutte inégale ; d’autres veulent que ce nom de Lépréates soit venu aux habitants de ce pays, de ce que dans l’origine ils étaient sujets au mal de la lèpre 1 . Cette ville, à ce que disent les habitants, possédait un temple de Jupiter Leucæus, le tombeau de Lycurgue, fils d’Aleus, et celui de Caucon; mais de mon temps on n’y voyait plus rien de remarquable que le temple de Cérès: encore est-il de brique crue et dépouillé de sa statue. La fontaine Arène est à peu de distance de la ville 2 . Les Lépréates donnaient chaque année aux Eléens leurs alliés, un talent, pour l’entretien du temple de Jupiter Olympien 3 . Aujourd’hui, Strobitzi, qui occupe l’emplacement de Lepreum, est situé au milieu d’une riche vallée sillonnée par des ruisseaux qui distribuent leurs eaux à quelques moulins et arrosent toute cette fertile campagne. Au sud-est de ce village est un plateau escarpé et accessible d’un seul côté, sur lequel se trouvent les débris d’un monument antique, et entre autres un fragment de colonne. A l’est-nord-est du village, en montant par un chemin difficile et cependant praticable pour des chevaux, on trouve des 1 Paus., liv. V, ch. v. 2 Paus., liv. V. ch. v. 3 Thucydide, liv. V, ch. vi. 26 ( 52 ) fragments antiques de muraille en place, et, au sommet de la montagne, l’acropole , dont les murs sont en grande partie conservés. On entre dans cette enceinte par une partie de construction où existe une porte dont plusieurs voyageurs ont parlé ( voyez planche 5 1 ). Les constructions de cette citadelle sont de deux époques : l’une, la plus ancienne, est à joints horizontaux, réguliers, et à bossages, à peu près comme celle des murs de Messène. La seconde est aussi antique, mais postérieure, car dans quelques parties elle a été superposée à l’autre ; les pierres étant d’une qualité inférieure, sont généralement ■ plus dégradées que celles de la première. Les assises de la dernière construction sont à parements lisses, et les pierres, toutes de même grandeur, forment des refends réguliers. L’acropole est’divisée'en "deux parties par un mur de séparation ouvert au milieu par une grande brèche, où était probablement'une porte. Dans la partie la plus élevée, on retrouve des soubassements antiques : tout porte à' croire que ce sont les restes des temples indiqués par Pausanias. Attenant au mur d’enceinte sont d’autres portions de muraille qui s’étendent en descendant dans la vallée, et qui t * t » » formaient nécessairement l’enceinte de la'ville. ' A l’est de l’acropole , sur la" cime d’une montagne qui la domine un'peu, on voit les ruines d’une fortification et de longs murs’d’enceiritë d’une place forte moderne, qui paraît avoir été construite avec des débris de murailles anciennes d une ville qui, ! selon les géographes modernes, aurait été Macistus. • ■ . • •> : ' > . > ' • ; j . j . ! ■ ■ ■ * . , i ’ji.'t.. 'i J ‘»,î ’jl.'if , EXPLICATION.DES f PLANCHES.. .v\ : ùj , C. i ■■ ; r « i t . . . /. ; . . » . , . » - " -. Planche 5o. Fig. I. — Plan de la vallée de Strobitzi ( Lepreum). A. Strobitzi, village dans la vallée. D. Plateau escarpé sur lequel se trouvent les débris d’un B. Acropole antique de Lepreum. monument antique. C. Ancienne forteresse supposée sur l’emplacement de E. Murs antiques qui formaient l’enceinte de la ville. Macistus. F.' Point d’où est prise la vue générale ( voy. planche Ô 2 ). ï * * .. Fig. II. — Acropole de Lepreum. t , A. Construction antique dans laquelle se trouve une porte ,C. Autres détails de construction (voy. pl. 5i, fig. III). ( voyez planche 5i, fig. I). D. Construction du moyen-âge divisant l’acropole en deux B. Construction antique de divers caractères (voy. pl. 5i, parties, fig. II). . ■ ; ' ; ‘i. Planche 5i. Fig. I. — Vue de la tour indiquée A sur le plan de l’acropole, et des restes d’une porte. Cette construction, comme toutes celles du même caractère, c’est-à-dire à assises régulières, est en pierre poreuse et très-dure. Les autres parties, telles que celles des figures suivantes, sont en pierre calcaire grise et dure, comme celle des murs de Messène. Fig. IL — Construction où se trouvent des parties irrégulières. Fig. III. —. Construction des petits murs de refend qui divisent les tours. Planche 5z. Vue de la vallée de Strobitzi prise du point F du plan général : à droite est. le. plateau sur lequel sont les ruines d’un monument antique; à gauche, sur la montagneuse voient les restes de l’acropole de Lepreum.. Suivent les planches 5o, 5i et 52. PL 50 F. II - Rnvor.rir ciel. I.ecvc*/ svi |-1-1-1-1-1-1-1-1-1-1— ---1 MO «Vrais mm ■V: PFF\ V '' iüf fpsÿp * * » nan 'I.ecoccf ■se Sf mm .iâü É881SS MS 5 S ■ Op fcÉRfliiÉ » imë UK ■sggs îp^s ' Sus. !«Mal kva ■F. I. BP* %.-p> *. • V :P iPF *',< -i ,v ci' ' a «;.*■% o » *■ t^sÿ a . v ■ -f .si . s.i NSSÈi «ÏÏÉÉI - x è <: ik>" ■■ ■Av. AôiiSsiitS A Ih ^w* «y.tva,.>S aZs^jgggBi: •P>V9M I,ecoc<] j-c £ la uct dcl STOBITZI ( LEPRE U!\Æ ) “iV'l .![«'$ 'âèsm wm. mm» :?«I§44 05 vM 4 ' pu }±»>: „v Wïh > *;\ 3gâ$âs& ♦às^CSs?^-.? > Gp.Ç,\ï; "’.V v - **$ësr£ ->*^ , • •-• PI. 51 p, m !W;W irfJllilU JfxjflUI mm i S ! ! .. . : .i_«/..il _ _ " -** %’ t ~" v F, 11. i iill'.W çfAîJim MURS DE LEPREUM * JPoirot- dùl* ■ i i ’JJJftiF-s'- 1 •.fi C\ ÎO s "ÎV £ w Ph Pi H J s? -A*’ fi; -, HW &•;< & i£$&s£êii *o • JO» ££5£ 0&&3ëi S J^>- ^-T R.” âSës^S ■4 î f >, ; « S': , 7 ^ SPS?® B 11 ï5te»£$ S®~«: 'h^t! ^ 53 -! éa& ROUTE DE LEPREUM A SAMICUM. En partant de l’acropole de Lepreum, la route se dirige au nord-est, et passe sur le versant gauche de la montagne où sont les ruines de Maeistus, elle tourne ensuite vers le nord , et puis enfin vers l’ouest jusqu’au bord de la mer. C’est à peu de distance sur cette route que se trouve le village appelé Moskitza. En continuant à marcher dans des montagnes, en partie boisées et très-pittoresques, on rencontre une petite église en ruine, semblable à presque toutes celles de la Morée ; dans celle-ci sont des restes de peintures et des colonnes en marbre. Après on traverse une forêt de pins et le village de Glatza, remarquable par ses beaux grenadiers; plus loin on trouve Sarèna, village ruiné en partie. D’après l’indication de notre carte, nous cherchâmes au-dessus de ce village les ruines de Samicum, mais nous ne découvrîmes aucune trace d’antiquité. La route conduit de là à Piskini, où, après avoir cherché encore, nous ne trouvâmes rien là non plus qu’à Sarena qui puisse autoriser à placer Samicum dans cet endroit. On arrive ensuite au village de Zakaro, et peu après à la rivière Sidero, que quelques auteurs croient être l’ancienne Anigrus; lorsqu’on a traversé cette rivière, le khan ou auberge d’Agio Sidero (St.-Isidore) s’offre, à peu de distance du rivage, aux voyageurs. Du khan de St.-Isidore pour aller à Samicum, la route se dirige vers le nord-ouest, et passe entre la mer et un lac d’eau saumâtre sur un terrain étroit et sablonneux au milieu d’une forêt de pins. C’est à l’extrémité de ce lac , appelé Caïapha, qu’est le défilé du même nom défendu par le fort Clidi; assez près de ce fort et sur le penchant de la montagne, on aperçoit les murs d une acropole antique que plusieurs voyageurs désignent comme l’ancienne Samicum. ROUTE DE LEPREUM A SAMICUM. Partant de l’acropole de Lepreum, à 22 minutes on passe sous les murs de Maeistus. A 2 3 m. on trouve une fontaine au milieu du village de Moskitza, la route au nord-ouest. A 1 h. 28 m. une église en ruine dans un bois. A 11 m. deux routes dans une forêt de pins. Ag m. Glatza, village. A io m. un torrent. A m. Sarèna, village. A36 m. une grande chapelle au-dessus de Piskini. A 23 m. une fontaine dans une vallee cultivée. A 45 m. la rivière et le village d’Agio Sidero. A 35 m. forêt de sapins, entre le marais et la mer. A 43 in. jetées en pierre dans les marais. A 3 m. à gauche un rocher escarpé, au bas une ruine, à droite un autre rocher, au-dessus un fort. A i5 m. on passe au-dessous de Samicum en quittant la route pour monter sur une pente très-rapide. On arrive en i5 m. sur les murs de Samicum. Total de la route, 7 heures i5 minutes. SAMICUM. C’est par erreur que j’ai indiqué sur notre carte de Morée ce lieu sous le nom de Scillonte ; Dodwell, M. Martin, Leake, et notamment M. Boblay, membre de l’expédition, qui a bien voulu me communiquer le résultat de ses recherches à ce sujet, y reconnaissent Samicum. Dodwell a vu les cavernes dont parle Strabon, au revers sud de la montagne au bord du marais; l’une était consacrée aux nymphes Anigriades; l’autre était fameuse par les aventures des Atlantides et par la naissance de Dardanus, fils de Jupiter et d’Electre, fille d’Atlas, roi d’Arcadie. Suivant Pausanias, il paraîtrait que le bourg Samicum était situé sur le bord de l’Anigrus à l’endroit où les marais se déchargent dans la mer : c’était, probablement aussi là que se trouvaient le temple de Neptune Samien 1 et le bois Posidium, tandis que la ville antique Samia ou Samos était sur le sommet de la montagne. Strabon 2 et Pausanias 3 disent que Samicum est Arène, qu’Homère 4 place près de la rivière Anigrus ; suivant Polybe, cette ville qu’il nomme toujours Samicum était, après Lepreum, la plus forte, la plus considérable de la Triphilie- Philippe s’en empara au temps de la ligne Achéenne; elle était encore ville sous Théodose, et depuis elle a été abandonnée. Le terrain sur lequel sont les restes de cette ville forme une pente très-rapide du sud au nord ; à l’extrémité sud, qui est la partie la plus élevée et celle qui se lie au mont Smyrne, est une roche à pic, sur laquelle on trouve des fragments de constructions, probablement la base d’un édifice : dans le terrain qui s’étend depuis le pied de cette roche jusqu’à l’extrémité nord de la ville, on retrouve de grands murs 1 Strabon, liv. I, p. 346. a id. 3 Pausan., liv. Y, chap. vi. 4 Iliade, 28 , 591 . 27 de soutènement pour les terres, qui sont très-inclinées dans cette partie, et des bases d’édifices; on y remarque aussi de grands rochers à pic , dont l’élévation est d’environ huit mètres ; dans le bas de cette enceinte est une partie de rocher taillée de manière à former une ouverture, où était probablement 1 entrée de Facropole; la ville devait s’étendre au-delà sur un terrain en pente jusqu’au bas d’une vallée, au milieu de laquelle coule une petite rivière. Les murs de l’acropole, qui existent presque entiers, sont d’une construction qui paraît fort ancienne; dans quelques parties elle est régulière, et dans d’autres elle est polygonale, mais toujours appareillée avec le plus grand soin : quelquefois la roche qui sert de base à ces murs a été taillée de manière à se lier avec la construction et à en former des parties; plusieurs petites portes ont été ménagées dans les murailles pour donner accès dans la campagne environnante. (Voyez les planches 53, 54 et 55.) EXPLICATION DES PLANCHES. Planche 53. Fig. I. Plan de Samicum. A. Acropole. B. Emplacement de la ville. C. Contre-fort du mont Smyrne (Minthe). D. Fort Clidi, fermant le défilé'de Caiapha. E. Point d’où est prise la vue. (Voyez pl. 55.) » - Fig. IL Acropole de Samicum. A. Rocher escarpé sur lequel se trouve la base d’un monument antique. B. Partie de muraille dans laquelle est une petite porte donnant entrée à une tour. F. Marais ou pêcheries de Tavla. G. Fontaine. H. Route d’Olympie. J. Route de Pyrgos. C. Autre porte. (Voyez les détails, planche 54.) D. Tour, côté du nord. (Voyez les détails, planche 54.) E. Diverses bases d’édifices et de murs de soutènement. F. Entrée de l’acropole. Planche 54- Fig. I. — Façade et coupe de la petite porte indiquée sur le plan de l’acropole par la lettre C. Fig. II. — Détail du mur indiqué par la lettre B. Fig. III. Détail de la tour D. , - Planche 55. ’. t Vue de Samicum prise de la route au bas du fort Clidi. Sur la crête de la montagne du fond sont les murs de l’acropole. Suivent les planches 53, 54 et 55. PI. 5 o %' o„. ..... S'&P-:" , x ' ^ ' * "' * jf , \ l \ p 5 k':~ B louai- Bel F. Il, SM ”•* ^ ^ » . UHh'Kj wiliï§iÊË l.ecoco Poirot Bol. A MIC U M 1 h f # '4 I ! „.»j ». •.. 'h. f > : 3E>d •.'3 ■ î'si >i';e 'V> V ; î^fl ■ .r^E '■lÿP&8r& ïv*»?C <*v PL, 5 4 wm ■ai •C-'i Ks{g?i il sïMI mm ■ma ,,*J» s?* L«gS=- mm __ as . . . •.: wmm Xjetnailrc' sc sÿ'W'V ,i sa sisæsas mm SHR pa» BIS» >sssr fJ?i ' r MflS S-Sïiïï'gfe -P ; 4 .M’: iSfciÿ: ^ C-' 1 ^ m~ : '' V ' 1 m ": .iiîfii; ; , 1 Ml ;.,J.!,îil|' '" U im SIS! ■WP'* h\tml ifiÉEï 'v’" 1 ;'.', Lu'" «Si téirjgè l»«l ■■■-■' «ijm ’• r -aniMl imMfifCi 1 wns Wfi mm m&*fï jRLïooùrul a. MURS DE SAMICUM <*ShA : vc;t 4 * T.f *.W^ sæm: .v'Vt-v ■ iis Mpà Silwl I* H » ai .ii,;;. fèïïrjy £v ,"îtfi!^^ : •’' -" i v|1 'j'. ;/. il Wfff T w." <> ! •v* ?* «£/'•$& -":'-'&fèÊ*&MMi t •> -“. ■*•■'■ — • .l'a ,.?• . ilpWJpRV ;' $r/ • -V .*? a ,V __ .•>.^- ‘*3; r, " -,4?\w - . itftoy HH v?i; K£&"S&fc*r ( 55 ) ROUTE DE SAMICUM A OLYMPIE. Le reste du jour où nous arrivâmes à Samicum ne nous ayant pas suffi pour en relever les ruines, nous fûmes obligés de remettre au lendemain à terminer notre travail; la nuit, que nous passâmes dans les marais, où nous avions établi nos tentes, fut peut-être la plus pénible de tout notre voyage, à cause des cousins et des moustiques qui étaient en si grande quantité dans cet endroit, que, malgré les cousinières, nous en fûmes tellement maltraités, qu’au milieu de la nuit mes compagnons de voyage, à qui il était aussi impossible qu’à moi de dormir, furent obligés, pour se soustraire aux intolérables morsures de ces animaux, d’aller se coucher dehors , au risque de gagner les fièvres. Le lendemain matin nous ne fûmes pas surpris d’avoir été tant tourmentés quand nous vîmes les toiles de nos tentes entièrement couvertes de cousins. Ne voulant donc pas nous trouver exposés de nouveau à pareil tourment, nous dépêchâmes notre travail de manière à pouvoir partir dans la journée, ce que nous fîmes l’après- midi en nous dirigeant vers Olympie. La route de Samicum à Olympie est sans doute encore celle qu’a suivie Pausanias. En partant du bas de la montagne sur laquelle sont les remparts de la ville antique , on se dirige vers le nord-ouest, au pied des coteaux dans une plaine marécageuse, en laissant à gauche une fontaine, la seule eau douce que nous ayons trouvée dans cet endroit. A peu de distance, à l’extrémité du terrain incliné sur lequel était sans doute la ville, la route tourne au nord et passe par une vallée, au milieu de laquelle coule une petite rivière appelée Mandritza , et qui est indiquée sur la carte comme l’ancien Chalcis. Du haut d’un coteau qui ferme l’autre côté de la vallée, on remarque à droite sur une montagne des masses de rochers qui semblent être des constructions antiques, probablement les ruines de Scillonte qu’on doit trouver dans ces environs. Lorsqu’on est descendu du coteau on entre dans une vallée bordée de chaque côté par des montagnes sablonneuses couvertes de pins. La route, qui est pavée dans quelques parties , suit le bas de la vallée au milieu de terrains cultivés et arrosés par des eaux courantes. Le tableau que présente ce riche vallon, bordé de montagnes très-pittoresques, est fermé dans le fond par les monts Olénos, les plus élevés du Péloponèse. A l’extrémité de cette vallée est une plaine fertile, au milieu de laquelle coule le plus grand fleuve de la Morée; les modernes l’appellent Rouphia, corruption d’Alphée qui était son ancien nom. Bien que ce fleuve soit assez considérable , nous le traversâmes cependant sur nos chevaux ; son lit, comme celui de beaucoup de torrents, est très-étendu et très-irrégulier, son cours est rapide, et sa plus grande profondeur, à l’endroit où nous le passâmes, est d’environ deux pieds et demi : les habitants des bords de ce fleuve y naviguent dans de petites barques d’un seul morceau creusées dans un tronc d’arbre. Arrivés de l’autre côté, nous trouvâmes la route de Pirgos, et nous remontâmes le fleuve au milieu d’une riche vallée, en partie cultivée et bordée de chaque côté par des coteaux couverts de pins : c’est en suivant cette route, qui se dirige vers l’est, que nous traversâmes une rivière appelée Stavro Kephali, l’ancien Cladée, après quoi nous reconnûmes la plaine d’Olympie. ROUTE DE SAMICUM A OLYMPIE. En partant du bas de la côte qui sert de base aux remparts de Samicum, on trouve à ]8 minutes sur la gauche une fontaine dans des terrains marécageux. A 3 in. un petit pont sur un ruisseau; près de là, une grande construction moderne, la route au nord. A io m. adroite, sur une montagne, des rochers qui semblent être des assises. A 17 ni. on entre dans les montagnes ; forêt de pins; dans un défilé une fontaine. A 48 m. Macrèsa, nom d’un moulin; on voit dans le fond la cime du mont Olénos. A 3o m. sur une montagne à gauche, Lavicou, village. A 36 m. on entre dans une grande vallée entourée de montagnes couvertes de pins. A i3 m. les bords de l’Alphée. A 5 m. l’autre rive; on remonte ensuite vers l’est au bas des montagnes. A35 m. on guée une petite rivière appelée le Cladée, et on trouve de l’autre côté quelques ruines romaines qui indiquent l’emplacement d’Olympie. Total de la route : 3 heures 35 minutes. 28 ( 56 ) OLYMPIE. Au nom seul d’Olympie, l’imagination d’un poëte s’enflammerait, et trouverait dans la description de ce lieu , autrefois si célèbre , le motif de belles pages qui seraient consacrées sans doute à retracer ces jeux qui durent leur origine aux dieux de l’Olympe, et auxquels Hercule, Apollon, Mars et Mercure daignèrent prendre part. Laissant un libre cours aux pensées qui lui seraient inspirées, il nous peindrait cette plaine couverte des plus beaux monuments, chefs-d’œuvre des Phidias et des Alcamènes, où tous les cinq ans les peuples de la Grèce se rassemblaient, et où les plus beaux génies de l’antiquité venaient mettre le sceau à leur gloire immortelle en se disputant une couronne d’olivier. Mais incapable de rendre dignement la poésie de ces lieux inspirateurs , et devant d’ailleurs réduire tous ces beaux souvenirs du passé à une simple description du présent, nous bornerons notre récit à faire connaître fidèlement la vallée de l’Alphée, jadis brillante de toutes les richesses et de toutes les gloires, et qui aujourd’hui n’offre plus qu’un désert. C’est à Olympie que l’Alphée paraît dans toute sa largeur et sa beauté , ayant été grossi de plusieurs autres fleuves considérables, tels que l’Hélisson, le Brenthéate, le Gortynius, le Buphagus, le Ladon et l’Erymanthe r . Les Eléens prétendaient que dès l’âge d’or Saturne avait un temple à Olympie 2 ; ils attribuaient l’origine des jeux Olympiques à Hercule, qui (disaient-ils) proposa un jour à ses quatre frères Péoneüs , Epimède, Jasius et Ida, de s’exercer à la course, et de décerner au vainqueur une couronne d’olivier, arbre qu’Hercule avait importé en Grèce 3 ; d’autres racontaient que Jupiter et Saturne combattirent ensemble à la lutte dans Olympie, et que l’empire du monde fut le prix de la victoire ; enfin il y en avait qui soutenaient que Jupiter ayant triomphé des Titans, institua lui-même ces jeux, où Apollon, entre autres, signala son adresse en remportant le prix de la course sur Mercure , et celui du pugilat sur Mars 4 . Cinquante ans après le déluge de Deucalion, Clymenus, fils de Cardis, et l’un des descendants d’Hercule Idéen, étant venu de Crète, célébra ces jeux à Olympie, ensuite il consacra un autel aux Curètes, et nommément à Hercule, sous le titre d’Hercule Protecteur. Endymion, fds d’Atthlius, chassa Clymenus de l’Elide, s’empara du royaume et le proposa à ses propres enfants pour prix de la course. Pélops, qui vint trente ans après Endymion, fit représenter ces mêmes jeux en l’honneur de Jupiter, avec plus de pompe et d’appareil qu’aucun de ses prédécesseurs 3 ; mais depuis Oxilus, qui ne négligea pas non plus ces sortes de spectacles, les jeux Olympiques furent interrompus jusqu’à Iphicrate , qui les rétablit. La solennité des jeux Olympiques attirait de toutes les parties de la Grèce une foule considérable qui y arrivait par terre et par mer 6 ; elle était consacrée par un décret qui suspendait toutes les hostilités, et en vertu duquel des troupes qui seraient alors entrées dans la terre d’Olympie auraient été condamnées à payer une amende de deux mines (180 livres) par soldat 7 . Suivant l’ancien usage, les vainqueurs, déjà comblés d’honneurs sur le champ de bataille, rentraient dans leur patrie avec tout l’appareil du triomphe 8 , précédés et suivis d’un cortège nombreux, vêtus d’une robe de pourpre 9 , quelquefois sur un char à deux ou quatre chevaux, et par une brèche pratiquée dans le mur de la ville I0 . En certains endroits le trésor leur fournissait une subsistance honnête 11 : à Lacédémone ils avaient l’honneur, dans un jour de bataille, de combattre auprès du roi 12 ; presque partout ils avaient la préséance à la représentation des jeux; et le titre de Vainqueur Olympique ajouté à leur nom leur conciliait une estime et des égards qui faisaient le bonheur de leur vie l3 . Avant notre arrivée à Olympie, plusieurs voyageurs français et étrangers, comprenant l’importance des découvertes qu’on pouvait faire dans cette mine féconde, avaient fait tous leurs efforts pour retrouver quelques-uns des monuments que Pausanias a décrits. Parmi ces voyageurs nous devons citer MM. Fauvel, 1 Pausan., liv. Y , chap. vu. ? Æschin. de Fais, leg., p. 397. 8 Mém. de l’Acad. des Belles-Lettres, t. I, p. 274. 9 Theocrit., in Idyll. 2, v. 74. j 10 Plut., Sympos, lib. II, 55 , t. II, p. 63 g. Id. liv. Y, chap. vin, n Diog. Laert. in Solon., lib. I, § 55 . Philostr., Yit. Apoll., liv. VIII, chap. xvm. 12 Plut, in Lyc., t. I, p. 53 . l3 Xenoph. ap. Athen., lib. X, chap. 11, p. 4 1 4 - ( 5 7 ) Pouqueville, Stanhope, Cokerell, Gell et Leak ; quelques-uns, ne pouvant résister à leurs inspirations poétiques, prétendent avoir retrouvé des indices certains de tout ce qui devait avoir existé dans ces lieux si célèbres, et, trompés parleur imagination, ils trompent leurs lecteurs. M. Stanhope, qui nous a donné un ouvrage très-exact sur la plaine d’Olympie, rectifie ces erreurs, et nous fait voir les choses telles qu’elles étaient lors de son voyage, et à peu près telles que nous les avons trouvées. Les voyageurs Gell, Cokerell et Leak en ont aussi donné des descriptions fidèles et conformes à celle que nous allons donner à notre tour. En suivant la route qui conduit de Pyrgos à Miraca, c’est-à-dire en remontant vers l’est, le long des coteaux sablonneux qui bordent la vallée de l’Alphée, après avoir traversé le lit encaissé du Cladée, dans lequel se trouvent quelques grosses pierres provenant sans doute de monuments antiques, on reconnaît à quelques ruines romaines en briques l’emplacement d’Olympie, le mont Cronius, au pied duquel était l’Altis, dont nous avons reconnu la place par la découverte que nous y avons faite du fameux temple de Jupiter Olympien, dont nous parlerons plus tard avec détails; à gauche de la route, dans la petite vallée qui forme un angle droit avec celle d’Olympie, au pied du mont Saturne, est une autre ruine romaine en briques formant une salle carrée, dont la voûte est tombée : à l’intérieur se voient encore quelques restes de stuc. (Voyez lettre F, pl. 58 , et le détail, pl. 60.) Plus loin et dans l’encaissement du Cladée sont d’autres vestiges d’antiquités du même temps, mais dont on ne peut reconnaître la destination, non plus que de celle dont nous avons parlé précédemment ; c’est là que M. Pouqueville dit avoir reconnu les restes d’un pont sur le Cladée. (Voyez G, pl. 58, et les détails, pl. 60. ) En revenant vers la rive de l’Alphée, à droite de la route dePirgos, se voient deux autres ruines romaines aussi en briques et qui sont sans intérêt. (Pl. 58, J et K, et le détail de la plus importante de ces ruines, pl. 5g. ) Sur la route même de Pirgos se voit maintenant une ruine du moyen âge, découverte par M. Dubois. (Voyez H, pl. 58, et le détail, pl. 6i.) C’est à quelques pas de là, vers l’est, que se trouvent les restes du temple de Jupiter. (V oyez plan général D, et toutes les planches relatives à ce monument.) Un peu plu s loin et sur la droite est encore une autre ruine romaine en briques, qui laisse reconnaître dans son plan une salle octogone, et encontre-bas, le long du terrain à pic qui entoure une plaine plus basse, sont attenantes à cette salle octogone cinq ou six petites salles carrées et parallèlement placées, que quelques auteurs ont désignées pour être les remises des cliars qui s’exercaient à la course dans l’hippodrome, lequel, suivant ces écrivains, est reconnaissable par le terrain à pic dont nous venons de parler et dont nous parlerons encore plus loin. En continuant à suivre la route qui longe le pied des petits coteaux qui bordent la vallée, on trouve, près d’un bosquet où sont quelques oliviers sauvages, des tombeaux turcs. C’est près de là que le sentier se divise : en prenant celui de gauche, après avoir monté un petit coteau, on voit un ravin boisé où coule une petite rivière, près de laquelle se trouve une ruine d’aquéduc romain en briques et en blocage. Près de là en remontant le ruisseau, M. Poirot a trouvé un chapiteau dorique et diverses pierres auxquelles il n’a pu assigner ni nom ni époque. Après avoir traversé la rivière, on monte un autre coteau boisé, au haut duquel est le village de Miraca, qui se compose de chaumières assez misérables : au milieu est un pirgo ou petit château turc, construit avec des pierres provenant du temple, mais qui, réduites en moellons, n’ont plus aucun caractère architectural. En redescendant de Miraca, dans une direction du nord au sud, on arrive dans la vallée près de l’embouchure de la petite rivière dans l’Alphée : c’est là que, suivant M. Pouqueville, devait se trouver l’ancienne Pise; mais après avoir cherché vainement quelques traces de l’existence passée de cette ville, nous redescendons dans la vallée, où nous retrouvons à peu de distance les tombeaux turcs ci-dessus indiqués, et un peu plus loin un petit coteau sablonneux sur lequel étaient nos tentes. C’est après des courses plusieurs fois répétées dans la plaine d’Olympie, dans les vallons et sur les coteaux qui l’environnent, et un séjour de six semaines, que nous nous sommes convaincus qu on chercherait vainement d’autres ruines que celles que nous indiquons dans notre plan. Je regrette de ne pas partager l’opinion des auteurs qui pensent que le terrain coupé à pic ou en talus, dont j’ai parlé plus haut, est, malgré ses irrégularités, l’ancien hippodrome d’Olympie, et je suis davis que ce terrain n’indique pas autre chose qu’un ancien lit de l’Alphée. Je ne puis non plus reconnaître, dans une ruine romaine où se trouve une salle octogone, des remises pour les chars, parce que cette construction (voyez N, pl. 58, et le détail, pl. 5g), trop mesquine pour l’importance des jeux Olympiques, n’a aucune analogie avec les carceri romains qui se trouvent au cirque de Caracalla à Rome, et à d’autres monuments destinés aux courses de chars. D’ailleurs, pendant le long séjour que nous avons fait à Olympie, nous avons été à même d’observer tout ce qui reste sur ce sol célèbre, assez scrupuleusement pour être 2 9 convaincus que toutes les prétendues découvertes que certains auteurs disent avoir faites ne sont autre chose que le fruit de leur imagination ; il n’existe rien à Olympie que ce que nos dessins font connaître. Ainsi point d’apparence de théâtre, d’hippodrome, de stade, et de tant d’autres monuments qu’on prétend y avoir retrouvés. Par le plan général que nous donnons et où se trouve indiqué le cours de f Alphée comme il était lors du voyage de Stanhope, et par comparaison son cours comme il est aujourd’hui, on peut juger des variations qu’il a éprouvées dans un espace de peu d’années ; et lorsqu’on a cru qu’un ancien lit de ce fleuve était l’emplacement de l’hippodrome, et qu’on en a même déterminé d’après cela la longueur, on s’est évidemment trompé; car si les auteurs qui donnent ces mesures, avaient étendu leurs observations à un mille au-delà des bornes qu’ils donnent à l’hippodrome d’Olympie, ils auraient trouvé d’autres encaissements qui les auraient désabusés, puisque partout où l’Alphée coule dans une plaine, il laisse des traces semblables à celles que nos auteurs indiquent comme des restes de ce monument. Une autre observation qui vient détruire tout-à-fait ces suppositions, c’est que les fouilles que nous avons fait faire au temple de Jupiter Olympien, nous ont prouvé que le sol antique de la plaine était de io et 12 pieds en contre-bas du sol moderne, et que dans ce sol moderne, qui est un terrain d’alluvions amenées par les eaux de l’Alphée, et descendues des montagnes sablonneuses qui environnent la vallée, on ne doit pas chercher de traces de l’hippodrome et du stade, puisque ce terrain n’existait pas lorsqu’il y avait un stade et un hippodrome. Il est donc constant, d’après ces observations qui reposent sur des faits matériels, que les cailloux et les sables venant des hautes montagnes et roulés par le cours torrentueux de f Alphée, opèrent chaque année un surhaussement dans son lit et dans toutes les vallées basses comme l’est celle d’Olympie, et que pour trouver les traces de l’hippodrome et du stade, il faudrait chercher au-dessous du sol moderne et à peu près au niveau des basses eaux du fleuve. EXPLICATION DES PLANCHES. Planche 56. Plan général d’Olympie indiquant le cours de l’Alphée, comme il était lors du voyage de Stanhope, et comme il est aujourd’hui. A. Rouphia (Alphée ), fleuve. B. Stavro Kephali ( Cladée ), rivière. C. Mont Saturne ou Cronius. D. Temple de Jupiter Olympien découvert par les membres des sections d’archéologie et d’architecture de l’Expédition scientifique de Morée. E. Diverses ruines romaines en briques. F. Eglise du moyen âge , découverte par M. Dubois. G. Ancien lit du fleuve indiqué à tort pour l’ancien hippodrome. H. Cours de l’Alphée lors du voyage de Stanhope. J. Route de Pyrgos à Caritène. K. Route de Miraca. L. Miraca. M. Ruisseau de Miraca. N. Tombeaux turcs. O. Point d’où est prise la vue. (Voy. p. 57.) P. Ruine d’un aquéduc romain. Q. Route de Lala. Planche 57. Vue de la plaine d’Olympie, prise du point O du plan général. Au premier plan sont des débris de construction du moyen âge; au second plan à droite, dans la plaine, se voient des tombeaux turcs;plus loin, le mont Saturne, au pied duquel est le temple de Jupiter ; à gauche le fleuve Alphée, et dans le fond les montagnes des environs de Pyrgos. ( 5 9 ) Planche 58 . A. Alphée, fleuve. B. Cladée, rivière. C. Mont Saturne ou Cronius. D. Temple de Jupiter Olympien. E. Petit monticule en forme de tumulus. F. Ruine romaine en briques. (Voy. le détail, pl. 60 . ) G. Ruine romaine près du Cladée. (Voy. le détail, pl. 60 .) H. Ruine du moyen âge. (Voyez les détails, pl. 61 .) J. Ruine romaine. (Voy. le détail, p. 5g.) K. Autre ruine romaine informe. L. Aquéduc souterrain. M. Terrain au contre-bas de la plaine, et probablement un ancien lit du fleuve que quelques auteurs ont désigné pour être l’hippodrome. N. Ruine romaine. (Voy. le détail, pl. 5g.) O. Route de Pyrgos à Caritène. P. Route de Lala. Planche 59. Fig. I. — Ruine d’Olympie. Fig. II. — Plan et vue de la ruine romaine dont la position est indiquée par la lettre N de la planche 58, et qui est désignée par quelques auteurs pour des carceri de l’hippodrome. (Voyez ce qui est dit à ce sujet, page 8 ). On trouve dans cette ruine quelques parties de stucs peints et des petits conduits qui pourraient y faire reconnaître des bains plutôt que des carceri. Fig. III. — Plan d’une autre ruine romaine en briques. Dans une fouille très-profonde que nous y avons fait faire, on a trouvé l’eau sans rencontrer de pavement. Fig. IV. —. Vue de la même ruine, et du mont Saturne. Planche 60 . Fig. I et II. — Plan et vue de la ruine romaine en briques indiquée planche 58 à la lettre F ; ainsi qu’aux autres ruines on y remarque quelques parties recouvertes de stuc avec des couleurs. Fig. III. et IV.—Plan et vue d’une autre construction de même genre située au bord du Cladée. (Voyez G, pl. 58.) On y retrouve aussi des parties de stuc, et dans l’angle A un fort enduit de ciment, comme il y en a souvent dans les constructions romaines destinées à contenir de l’eau. Planche 61. Ruine d’une église du moyen âge indiquée par la lettre H de la planche 58. Cet édifice a été bâti avec des fragments de monuments antiques. Les colonnes et les chapiteaux sont en marbre blanc, les arcs en pierre, et les murs en briques recouverts de stuc. Fig. I. — Plan du monument et des fouilles qui y ont été faites. Fig. II. — Coupe sur la ligne A B du plan. C, pavement en briques. Fig. III. —■ Coupe sur la ligne C D. La lettre S indique des parties de stuc blanc très-bien conservées. Fig. IV. — Coupe sur la ligne E F. Le morceau de marbre A R, qui sert de dé à la colonne, était auparavant une corniche ou un piédestal ; B, fût d’une colonne en marbre blanc, au-devant du petit portique. C, pavement en briques. Fig. V. — Détails des chapiteaux ioniques en marbre. Fig. VI. — Détails de la base et des chapiteaux de la partie circulaire. Fig. VII. — Dessus du tailloir des mêmes chapiteaux. Fig. VIII. — Morceau de marbre trouvé dans la fouille à l’endroit marqué G, de la figure IV. Fig. IX. — Chapiteaux de pilastres entaillés dans le mur au-dessus des colonnes ioniques. Fig. X. — Fragments de couverture en marbre blanc trouvés dans la partie circulaire. Suivent les planches 56, 57 , 58, 5g, 60 et 61 . 3 o .■sSFSESæ bsm sS&i-TjA •aÆ3Ti> *#iS? •:Ayftt '-‘ijàByKfc- rs^jrf.- isy/j.. !>*><£ ri jtA* v U ^> T)»...'. 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Fauvel, que ia5 pieds sur 60 pieds anglais, étaient loin de donner à penser que ce monument pût avoir été le temple de Jupiter; M. Pouqueville, qui voyageait avec le plan de M. Fauvel, croit que c’était le temple de Junon. Cliandler y avait vu un chapiteau dorique, MM. Gell et Cockerell y trouvèrent des fragments qui, suivant eux, avaient la proportion convenable pour s’accorder avec les mesures que donne Pausanias du temple de Jupiter : il est bien certain que, pour des voyageurs qui ont l’intelligence des monuments de l’antiquité autant que ces deux derniers, le diamètre d’une colonne pouvait suffire pour déterminer approximativement la dimension d’un temple, si, toutefois, l’on en connaissait le nombre des colonnes; mais, comme ce nombre était inconnu, cette approximation restait toujours une conjecture. Il est cependant certain, d’après le témoignage de tous ces voyageurs, et notamment d’après celui de sir Stanhope, qui nous a donné un plan très-exact de la plaine d’Olympie, qu’on savait très-bien qu’il existait en cet endroit un temple : il ne pouvait donc y avoir de mérite à y découvrir un monument. Mais ce qui pouvait être une découverte, c’était d’y trouver des preuves que ce monument était le fameux temple de Jupiter Olympien ; et c’est ce que nos fouilles nous ont mis à même de démontrer. Lorsque nous arrivâmes à Olympie, M. Dubois, directeur de la section d’archéologie de notre expédition , y était déjà depuis quelques jours avec MM. Trézel et Amaury Duval, ses collaborateurs. D’après les instructions qui lui avaient été données par la commission de l’Institut, cet antiquaire avait fait commencer des fouilles dont le résultat avait été la découverte des premières assises des deux colonnes du pronaos et quelques petits fragments de sculpture. D’après ces premières découvertes, qui suffisaient pour faire reconnaître la direction des constructions du temple, d’accord avec M. Dubois, je mis des ouvriers avec les siens, afin que les travaux s’exécutassent avec plus de célérité. Quatre jours après, sur la proposition de M. Dubois, nous adoptâmes un autre mode d’opération : M. Dubois mit ses ouvriers à la face antérieure du temple, et moi les miens à la face postérieure r , pour donner à ces fouilles toute l’extension possible et ne rien laisser à regretter sur les importantes découvertes que nous espérions faire. Par les dessins que nous donnons de tout ce qui a rapport au temple de Jupiter, on peut voir que le succès a passé nos espérances, et les précieux fragments que nous avons trouvés, et qui ont été apportés en France avec l’autorisation du gouvernement grec et par Fentremise et l’assistance de l’armée française, en sont une preuve incontestable. On jugera de l’importance de cette découverte par l’extrait du rapport qu’en a fait M. Raoul-Rochette, et qu'il a lu à la séance publique des quatre Académies le 3o avril i83i. Nous sommes heureux d avoir à donner à ceux qui s’intéressent aux monuments historiques une description archéologique digne du sujet qui nous occupe. 1 Comme il est de quelque importance pour l’histoire de cette découverte, de connaître la part que chacun y a eue, et même la place où chacun des fragments a été trouvé, les renseignements qui suivent ne doivent rien laisser désirer à ce sujet; observant toutefois que les fouilles faites à la face antérieure du temple jusqu’à l’entrée du naos ont été ordonnées par M. Dubois, et que celles du reste du monument l’ont été par moi. 3i ( 6 .) EXTRAIT DU RAPPORT DE M. RAOUL-ROCHETTE, LU A LA SÉANCE PUBLIQUE DES QUATRE ACADÉMIES, LE 3o AVRIL 1831 . - —r» OQO< B ■ Nous abrégerons, Messieurs, autant que le comporte l’objet de votre réunion d’aujourd’hui, le compte sommaire que nous devons vous rendre, et nous réclamons d’avance toute votre indulgence pour un rapport aussi incomplet. Ces sculptures consistent en fragments de bas-reliefs, au nombre d’environ dix-neuf, grands et petits, plusieurs desquels sont d’un assez grand volume et dans un assez bon état de conservation pour offrir une base solide aux considérations de diverse nature dont ils peuvent devenir l’objet, par rapport au monument dont ils faisaient partie, à l’intérêt du sujet qu’ils représentaient, et au mérite de l’art qui les a produites. Et d’abord, c’est un point d’une haute importance que la certitude acquise, par l’emplacement même où ils ont été trouvés, que ces fragments appartenaient à la décoration du grand temple de Jupiter Olympien. Les notions que l’antiquité nous a transmises sur cet édifice célèbre; les observations des voyageurs modernes sur la situation actuelle de ses ruines , qui l’avaient fait désigner par la Commission de l’Institut comme le premier et le principal objet des explorations de nos artistes ; mais surtout ses mesures, telles qu’elles se déduisent du témoignage précis de Pausanias, correspondant, sauf une très-légère différence, à celles que nos artistes ont retrouvées sur le terrain ; toutes ces raisons concourent à prouver que c’est bien du temple fameux où fut placé le colosse de Phidias, chef-d’œuvre de la statuaire antique, et dont toutes les sculptures, dues en partie au ciseau d’Alcamène, le plus habile de ses disciples, durent se ressentir de l’influence de son génie, que proviennent en effet nos bas-reliefs. Cette première donnée, qui résulte de la seule localité, est justifiée par une notion plus précise. C’est à la partie postérieure du temple qu’ont été trouvés la plupart de ces bas-reliefs, et c’est de ce même côté qu’étaient placées les sculptures dont Pausanias indique le sujet et la disposition générale. Or ce sujet s’accorde avec celui de tous les fragments qui ont pu être recueillis. Voilà une nouvelle preuve, et une preuve positive, de l’identité de ces sculptures avec celles que Pausanias avait vues au temple de Jupiter Olympien. Le style même de ces bas-reliefs ajoute encore, s’il est possible, à tous ces motifs de conviction. Nous n’avons pas eu un seul instant, en présence de ces sculptures, à combattre l’idée ou à repousser le soupçon qu’elles appartinssent à une autre époque que celle de la fondation primitive du temple. Tout se réunit donc ici, la localité, le sujet et le style, pour nous donner la certitude entière que nous possédons, dans ces fragments de sculptures employées a la décoration du temple de Jupiter Olympien , un monument de 1 art des Grecs, tel qu il s’etait produit sur l’un de ses principaux théâtres, a 1 une de ses plus brillantes époques. Nous pouvons etre assures d avoir dans ces fragments, trop peu considérables sans doute, mais précieux jusque dans leurs moindres détails, dont nous connaissons la date précise, l’emploi primitif et l’origine authentique, des moyens d’apprecier le goût et le style d’une école grecque du grand siècle de Périclès; et cet avantage, qui nous manque pour la plupart des sculptures antiques, de celles même du premier ordre, nous le possédons pour des sculptures contemporaines de Phidias : cette seule considération suffit pour vous faire juger de l’importance et du mérite de ces fragments, destinés, nous n’en doutons pas, à tenir une place signalée dans l’histoire de l’art antique. cond rapport sous lequel nous nous sommes proposé de les envisager, celui du sujet même que représentaient ces sculptures, dans leur ensemble et dans leur état primitif, n’offre, à notre avis, ni moins de certitude, ni moins d’intérêt. Le morceau principal représente la lutte d’Hercule contre le taureau de Crète. Il subsiste de ce groupe, exécuté de demi-relief, le torse du héros , avec sa tête presque entièrement détachée du bloc, et, du reste, assez peu endommagée; une partie du corps de l’animal, traité de moindre relief, et quelques fragments de membres de l’un et de l’autre. Ce sujet, déterminé d’une manière certaine, ne permet pas de méconnaître Hercule dans trois autres têtes plus ou moins mutilées, mais absolument semblables pour le caractère et pour la proportion, et surtout dans une quatrième tête , dont la conservation ne laisse rien à désirer. Hercule était donc, à n’en pas douter, le héros des autres bas-reliefs, et ces bas-reliefs devaient offrir la suite de ses douze travaux. C’est ce que confirme un fragment considérable d’un second bas-relief, qui consiste en la figure presque entière du lion de JYémée étendu et rendant le dernier soupir sous l’effort du héros, dont le pied droit y est resté attaché, ainsi qu’une partie de la jambe gauche et de la massue. Des morceaux d’un énorme serpent , trouvés dans la même fouille, suffisent pour indiquer le combat d ’Hercule contre l’hydre de Lerne; et plusieurs fragments d’une figure de femme, vêtue d’une tunique courte et armée d’un bouclier, ne peuvent se rapporter qu’au groupe à’Hercule et de l’Amazone; en sorte que l’existence de quatre des travaux d’Hercule, sculptés dans la même proportion et placés du même côté du temple, est un fait indubitable. Pausanias nous avait appris, en effet, que les exploits d’Hercule ornaient le dessus des portes du temple d’Olympie , et qu’ils y étaient distribués par égale moitié, de manière que Y Amazone, le taureau de Crète, l’hydre de Lerne et le lion de JYémée se trouvaient au-dessus de la porte de l’opisthodome. Or, c’est précisément de ce côté que la fouille entreprise par M. Blouet a produit la découverte des fragments que nous venons de signaler. Une autre fouille, ouverte d’abord par M. Dubois, à la partie opposée du même temple, où devaient se trouver les six autres travaux d’Hercule, a donné pour résultats des fragments du combat contre Diomède, de la lutte avec le sanglier d’Érymanthe et de la victoire sur Géryon. Voilà donc sept des travaux d’Hercule recouvrés, en partie du moins, après tant de siècles, à la place même qui les avait reçus, en tombant de celle qu’ils occupaient, et donnant au témoignage de Pausanias, qui les avait décrits et vus intacts, une confirmation inattendue. Mais ce n’est pas à ce seul résultat que se borne l’importance de ces précieux fragments; ils prouvent encore, et cela d’une manière bien positive , que l’édifice auquel ils appartenaient est effectivement le grand temple de Jupiter Olympien; et d’un seul fait ajouté à la science, d’un seul titre acquis à la véracité de Pausanias , ils font sortir une autorité nouvelle pour tous les récits de cet écrivain. Ainsi, tant de beaux monuments de l’art des Grecs, qui n’existent plus que dans son ouvrage, pourront désormais être restitués avec plus de confiance, d’après les seules notions qu’il nous en a laissées : ainsi, ce qui s’est trouvé détruit à notre temple même d’Olympie pourra en quelque sorte y être réparé par nos architectes, à l’aide des renseignements fournis par le voyageur ancien; et grâce à quelques fragments de l’édifice combinés avec quelques phrases de l’auteur grec, nous pouvons espérer de voir reparaître presque en son entier, sous le crayon de nos artistes, un temple dont il ne restait presque plus rien sur la terre. D’autres preuves de la fidélité de Pausanias, qui sont autant d éléments de la restitution du temple, sont sorties de la meme fouille. Ainsi, lorsqu’après avoir traversé un pavement romain, qui avait ( 63 ) surtout le mérite d’être riche, on est parvenu au véritable pavé antique, empreint de l’élégante simplicité grecque, il s’est retrouvé de nombreux fragments des tuiles de marbre dont le temple était couvert en guise de briques ; et à la place même où s’élevait le colosse de Phidias, des débris du marbre noir qui en formait le pavé sont venus donner une nouvelle preuve que c’était bien véritablement à cette place, et dans ce temple, qu’avait été érigée la merveille de l’art antique. Ce pavé était brisé et bouleversé de manière à montrer que la barbarie avait eu plus de part encore que le temps à sa destruction. Aussi n’a-t-on pas dû se flatter un seul instant de retrouver un seul débris du divin simulacre que le génie de Phidias avait emprunté du génie d’Homère, et qui résumait pour ainsi dire en lui seul toute la civilisation grecque. Un colosse d’or, d’ivoire et de pierres précieuses, qui n’avait pas moins de quarante-cinq pieds de hauteur, ne pouvait échapper, dans la chute du culte hellénique, à la proscription générale de ses idoles ; trop d’intérêts et de passions conspiraient à l’envi pour détruire le Jupiter Olympien. C’est beaucoup plus que l’on ne pouvait espérer, après tant de siècles de barbarie, que d’avoir retrouvé son sanctuaire; et ce n’est plus désormais qu’à la science qu’il faut redemander son image. Mais un fragment précieux, qui avait échappé à l’attention de Pausanias, et que nous devons aux investigations de nos artistes, c’est une figure de Minerve en bas-relief, qui n’a souffert presque aucune dégradation, et qui a paru à votre Commission un morceau du premier ordre. La déesse est assise sur un rocher, où elle s’appuie de la main gauche , tandis que de la main droite , ployée au-dessous de sa poitrine, elle tenait un rameau , probablement d 'olivier; et, suivant toute apparence, ce rameau, qu’elle présentait à un personnage debout devant elle, qui ne pouvait être qu 'Hercule , était rapporté en bronze. On a trouvé effectivement, sur le sol antique, une feuille d’olivier, en métal doré, qui doit avoir appartenu à ce rameau ; et le choix d’un pareil arbre se rapportait sans doute à la tradition antique célébrée par Pindare, qui attribuait à Hercule l’introduction dans la Grèce de l’olivier sauvage, et en vertu de laquelle on se servit d’une branche de cet arbre pour les premières couronnes olympiques. La figure de Minerve est presque intacte, et sa peau même, si l’on peut parler ainsi, n’avait pas été effleurée, tant qu’elle resta dans le sein de la terre ; ce n’est qu’après son apparition qu’un des ouvriers grecs employés à la fouille, profitant d’un moment où l’architecte français qui la dirigeait était éloigné, brisa d’un coup de pierre le nez de cette figure ; et ce seul trait d’un fanatisme stupide suffit pour vous faire apprécier le zèle courageux et patient de nos artistes, qui devaient à chaque instant défendre contre leurs propres agents le moindre résultat de leurs découvertes, et disputer pour ainsi dire à la barbarie actuelle les débris des monuments échappés à la barbarie ancienne. Heureusement l’accident dont nous avons parlé pourra être aisément réparé, grâce à un excellent dessin qu’un de nos artistes, M. Trézel, avait déjà fait de la figure entière ; et nous aurons à ce dessin une double obligation, en ce qu’il nous offrira une image fidèle de cette figure et un moyen sûr de lui rendre son intégrité primitive. Nous aurions maintenant à vous entretenir des particularités qui distinguent nos sculptures d’Olympie par rapport au mérite de l’art. C’est un point qui devrait sans doute être l’objet d’une discussion approfondie, et qui ne saurait conséquemment être traité, dans cette séance, avec les développements nécessaires. Nous nous bornerons donc à quelques idées générales. En ne perdant pas de vue que ces bas-reliefs étaient faits pour être placés à une assez grande hauteur, et en observant qu’à raison de cette destination on n’a pas dû chercher à mettre, dans de pareilles sculptures, cette élégance et ce fini d’exécution qu’auraient comportés des ouvrages d’une plus grande importance, placés plus près de l’œil, on ne pourra s’empêcher d’admirer le savoir qui brille jusque dans les moindres fragments ; la justesse et la vivacité du mouvement ; la noblesse et la vérité des formes ; une sobriété de détails qui produit l’élévation du style, mais non pas aux dépens du naturel ; la franchise du travail jointe à une vérité d’imitation, qui, dans l’état de dégradation où nous apparaissent ces bas-reliefs, produit presque l’illusion de la réalité; en sorte que des membres épars, des mains , des bras et des jambes séparés du tronc, semblent pour ainsi dire moulés sur nature; que des marbres brisés par morceaux font presque l’effet d’une chair qui palpite. Ces qualités sont particulièrement sensibles dans le groupe d’Hercule et du taureau , dans la figure du lion couché , dans le fragment du groupe de Gérjon , et surtout dans la Minerve , morceau capital, où la grâce et la simplicité du style, d’accord avec une vérité d’imitation portée au plus haut degré, produisent une des figures les plus originales, d’une pure école grecque, qui soient sans doute venues jusqu’à nous. Le caractère de tête, dans les deux seules figures que nous ayons recouvrées, XHercule et la Minerve , n’est pas moins neuf, ni moins remarquable. Celui qui se retrouve dans les cinq têtes d’Hercule, toutes plus ou moins endommagées, tel qu’il nous apparaît dans une de ces têtes qui n’a presque souffert aucune atteinte, n’offre aucun des traits de ce modèle tant soit peu conventionnel qu’on croyait exclusivement propre aux effigies d’Hercule. C’est un type tout nouveau, qui se distingue surtout par la vérité, et qui nous représente sans doute une de ces belles têtes grecques prises dans une nature choisie plutôt que dans un idéal systématique. La même observation s’applique plus particulièrement encore à la tête de la Minerve. Il suffirait de la seule apparition de cette tête, d’un caractère si pur , d’une expression si naïve, qu’on croirait modelée d’après quelque charmante vierge de l’Elide, pour réduire à leur juste valeur ces théories arbitraires, qui voudraient que l’art grec n’ait eu qu’une seule nature, ou qu’une seule physionomie, pour chaque personnage, et que celui de Minerve, en particulier, ait affecté constamment une certaine austérité de formes, une certaine sévérité d’expression. Une particularité tout-à-fait nouvelle, qui est commune à l’Hercule, à la Minerve, c’est la manière dont les cheveux sont indiqués par masses , sans aucune espèce de détails; système suivi uniformément jusque dans la barbe des têtes d’Hercule. Il est assez difficile de se rendre compte de cette absence complète de détails, dans la barbe et les cheveux, à des figures traitées du reste avec tout le soin et terminées avec toute l’habileté que comportait l’espèce de sculptures dont elles faisaient partie, si ce n’est en supposant que les détails supprimés ici par le statuaire avaient dû être suppléés à l’aide de la peinture, dans ce système de sculpture et d’architecture coloriées dont, il y a quelques années encore , nous soupçonnions à peine l’existence, et que nous ne serions pas éloignés maintenant d’appliquer à tout, au point d’enluminer tous nos édifices et de peindre toutes nos statues; car c’est un défaut assez naturel à l’esprit humain, d’abuser d’une vérité long-temps contestée, en en étendant les conséquences au-delà de toute mesure, et de gâter par l’exagération une idée heureuse et nouvelle. C’est ce que nous pourrions prouver par l’exemple même des anciens, mais heureusement que notre propre expérience nous suffit à cet égard. Quel que soit le vrai motif de la particularité que j’ai signalée, on ne pourra s’empêcher d’en être frappé sous un autre rapport, en ce qu elle contraste tout-à-fait avec le système suivi dans une célèbre école grecque, dans celle d’Égine, où la barbe et les cheveux sont traités avec des détails si multipliés et avec un soin si minutieux. Le même contraste se trouve, bien qu’à un moindre degré, dans le style du nu et des draperies, si l’on compare, sous ce point de vue, les productions des deux écoles. Il y aurait ainsi plus d’une comparaison a faire, sous le rapport du système général d imitation et du mérite relatif d’exécution, entre nos sculptures d’Olympie et celles que nous connaissons maintenant pour appartenir à d’autres écoles grecques contemporaines, telles que celles du Parthénon d’Athènes, des temples d’Égine et de Phigalie; mais de pareilles considérations, qui embrasseraient une partie considérable de l’histoire de l’art grec, ne sauraient être même indiquées dans ce rapport. Nous nous bornerons à dire qu’à ce titre seul d’éléments nouveaux, d’éléments authentiques de l’histoire de l’art, nos bas-reliefs d’Olympie acquièrent une importance peut-être supérieure à leur mérite réel. Nous ajouterons, pour dire ici notre pensée tout entière, que bien que l’exécution de ces bas-reliefs, d’accord avec l’âge connu du monument, atteste une belle époque de l’art, nous avons cru y reconnaître, en les comparant aux sculptures d’Athènes, une sorte de goût provincial, une manière tant soit peu arriérée, qui sembleraient indiquer 32 ( 64 ) qu’elles ont été produites à quelque distance du brillant théâtre où l’imitation avait dès-lors atteint son plus haut degré de perfection. En terminant ce rapport, la Commission dont j’ai l’honneur d’être l’organe auprès de vous, Messieurs, cède au besoin d’exprimer une dernière fois le sentiment profond d’intérêt avec lequel elle a contemplé ces restes précieux d’un art dont il ne se recouvre presque pas un seul monument qui ne constate, à des degrés divers, une direction constante dans les mêmes principes, jointe à une inépuisable variété dans ses productions. Ici, comme dans toutes les œuvres vraiment originales du génie grec, on ne peut s’empêcher de reconnaître et d’admirer cette imitation à la fois naïve et savante d’une nature choisie, qui devint de bonne heure et qui resta jusqu’au dernier moment le principe de l’art grec; principe excellent et fécond, qui suffît pour expliquer cette longue succession de grands artistes et cette immense quantité de chefs-d’œuvre produits par la Grèce antique; tandis que, hors de ce principe où la raison et le goût, la vérité et la science, se trouvent si heureusement combinés, il n’y a pour l’art et pour les artistes que les perpétuelles variations de la mode ou les aveugles errements de la routine, le caprice pour règle, la fantaisie pour guide et la bizarrerie pour résultat. C’est une nouvelle application de ce grand principe que viennent nous offrir nos bas-reliefs d’Olympie, si mutilés, si dégradés qu’ils soient dans leur ensemble et dans leurs détails ; et c’est aussi une excellente leçon qu’ils nous donnent, et qui ne pouvait guère venir plus à propos, en nous montrant comment l’imitation peut être toujours variée, sans cesser d’être jamais originale, et combien il y a pour l’art de manières d’être neuf et hardi, savant et vrai, en restant toujours, à l’exemple des anciens, dans une nature choisie, en l’étudiant avec conscience et en la rendant avec soin ; en sorte que l’imitation de la nature et l’étude de l’antique deviennent pour nous deux formules presque équivalentes, et pour ainsi dire deux expressions différentes de la même idée. RESTAURATION DU TEMPLE. De toutes les descriptions de Pausanias, il n’y en a pas une qui soit aussi circonstanciée et aussi précise que celle qu’il nous donne du temple de Jupiter à Olympie ; et nous avons trouvé cette description si bien d’accord avec nos découvertes, qu’il ne nous a pas été possible de douter de son exactitude pour les parties qui nous manquent ; aussi avons-nous scrupuleusement suivi cette description qui nous a semblé , pour ainsi dire , aussi incontestable que des matériaux trouvés sur les lieux. M. Quatremère, dans son bel ouvrage sur le Jupiter Olympien, voulant traiter à fond tout ce qui se rattachait à son sujet, adonné une restauration du temple. Comme il n’avait pour ce travail aucun document positif, il a recomposé son monument d’après la description de Pausanias, et il s’est servi, comme d’une autorité matérielle, du Parthénon et du grand temple de Pæstum. Le respect qu’inspire l’érudition de M. Quatremère et la grande connaissance de l’antiquité qui se trouve dans son Jupiter Olympien empêcheront nos lecteurs de croire que nous ayons l’intention de critiquer son travail en entreprenant après lui une restauration du temple de Jupiter; nous sommes bien persuadés que, si les matériaux que nous avons rapportés lui eussent été connus lorsqu’il composa son ouvrage, ce qu’il nous eût. donné serait bien supérieur à ce que nous pouvons faire : bien loin d’avoir la prétention de le corriger, on verra qu’il nous sert d’autorité dans nos conjectures, et que nous adoptons entièrement les idées qui y sont émises, parce quelles sont le résultat de connaissances contre lesquelles les nôtres ne peuvent entrer en comparaison. Afin que l’on juge mieux des rapports qui existent entre les matériaux que nous avons trouvés et la description de Pausanias, nous avons rapproché la description de ces matériaux avec le récit de l’auteur grec ; nous y avons ajouté des restaurations que nous avons faites des parties manquantes, et les autorités sur lesquelles nous nous sommes appuyés. & EXPLICATION DES PLANCHES. Planche 62. Plan du temple, état actuel avec les fouilles. Nous voyons dans Pausanias a que le bois consacré à Jupiter portait depuis les temps les plus anciens le nom d’Altis.... « que le temple et la statue de Jupiter avaient été faits du butin que rapportèrent les Éléens dans la guerre où ils « détruisirentPise et toutes les villes circonvoisines qui s’étaient soulevées.... Le temple, dit-il, est d’architecture dorique; « 1 est entouré de colonnes en dehors, et on l’a construit avec une espèce de tuf qu’on trouve dans le pays.... Il « a 9 pieds de largeur et 23o de longueur; il a été bâti par Libon, architecte du pays \ » 1 Pausan., liv. V, c h. x, traduction de Clavier. ( 65 ) Le plan que nous donnons offre en effet un temple entouré de colonnes en dehors, construit en tuf très-dur, très-poreux, et par conséquent très-propre à se lier avec le stuc dont il est recouvert. Les mesures que donne Pausanias sont en pieds grecs de n pouces [\ lignes de notre pied. Si l’on réduit ces mesures en mesures françaises, on aura pour la largeur 89 p. 8° 8 ou 29 mètres 146 millimètres, et pour la longueur 217p. 2 0 8 ou 70 mètres 562 millimètres. Or, en comparant les mesures de notre plan avec celles-ci, on verra que la différence qui s’y trouve est de si péu de chose qu’il ne sera pas possible de douter que ce monument ne soit le temple de Jupiter : on en sera d’autant plus convaincu, que Pausanias, dans sa description d’Olympie, n’indique aucun monument dont les dimensions puissent à beaucoup près approcher de celles de ce temple. Nous ferons ici une réflexion qui paraîtra peut-être superflue, c’est que l’auteur grec, qui n’était pas architecte, voyageait probablement sans les instruments nécessaires pour prendre des mesures exactes, et que dans celles qu’il a prises, peut-être à la hâte, il a bien pu commettre quelque erreur. «.Il y a dans l’intérieur « du temple des colonnes qui soutiennent des portiques supérieurs par lesquels est une entrée qui conduit à la statue. Il « y a aussi un escalier tournant pour monter sur le faîte 1 2 .toute la partie du pavé qui est devant la statue n’est point en « marbre blanc, mais en marbre noir entouré d’un rebord en marbre de Paros, qui sert à contenir l’huile qu’on y verse; « l’huile en effet est nécessaire pour la conservation de la statue d’Olympie, elle empêche l’hümidité de l’Altis, qui est un « endroit marécageux, de gâter l’ivoire \ » Nous avons trouvé en effet deux colonnes de la décoration intérieure du temple renversées : elles sont en pierre grise semblable à celle des colonnes extérieures ; elles devaient être enduites de stuc, mais il n’y en avait plus de vestiges. Bien que leur état de ruine n’ait pas permis de les mesurer exactement, on a cependant pu reconnaître qu’elles étaient cannelées, et que leur diamètre de 1,100 donnait une hauteur convenable pour la combinaison de deux ordres l’un sur l’autre. Dans l’intérieur du temple, sous la seconde colonne renversée à peu près au fond du naos, à l’endi-oit où devait être la statue, on a découvert beaucoup de débris de dalles en marbre noir de 0,100 d’épaisseur, qui formaient, sans doute, la partie de pavement qui, suivant Pausanias, était devant la statue. Plus près de l’entrée du temple, on a trouvé une partie de dallage en pierre, qui formait le massif sur lequel était posé le dallage en marbre, indiqué dans la description : tout le reste du pavement intérieur de la cella était tellement ruiné qu’il nous a été impossible de reconnaître aucune trace delà disposition des portiques qui en formaient la décoration. Nos découvertes jusque-là ont été d’accord avec les indications de Pausanias; mais ce que nous avons trouvé et qu’il a sâns doute négligé d’indiquer, c’est un pavement sous le pronaos et sous le portique : il est composé de carreaux en marbre blanc, et de compartiments en marbres de couleur, tels que cipolin, brèche violette et albâtre oriental. (Voyez planches 63et64pour les détails). Il est cependant possible que ce pavement, qui est évidemment une restauration romaine, n’existât pas encore du temps de cet historien; mais ce qu’il aurait dû voir, c’est une mosaïque sur laquelle ce pavement est posé, et qui est bien certainement de l’origine du temple. Cette mosaïque, exécutée avec des cailloux de l’Alpliée d’environ 0,020 cubes, se composait de compartiments dont le milieu, divisé en deux sujets d’une figure, représentait, l’un un Triton, et l’autre une Syrène. Ces deux sujets sont entourés de méandres et de palmettes; le tout d’un beau caractère et d’une belle exécution. (Voyez planches 63 et 64.) A droite sous le pronaos, dans la combinaison du pavement de marbre qui pose sur la mosaïque, on a trouvé un massif qui devait former le soubassement d’un piédestal ; il est posé sur la mosaïque : sa place et sa dimension ne permettent pas de douter que ce ne soit celui sur lequel étaient les chevaux de Cynisca : « Les offrandes qu’on conserve dans l’avant- « nef du temple sont d’abord le trône d’Arimnus, roi tyrrliénien, qui le premier d’entre les Barbares fît une offrande à « Jupiter Olympien; ensuite les chevaux de Cynisca, en bronze, monument delà victoire qu’elle remporta à Olympie. Ils « sont de grandeur naturelle ; on les voit à droite en entrant dans l’avant-nef. Il y a aussi un trépied, etc. 3 » Renvois A. Débris de dallage en marbre noir. B. Colonnes renversées : on suppose qu’elles faisaient partie de la décoration intérieure. C. Pavement romain en marbre de diverses couleurs : il recouvre une mosaïque grecque exécutée avec les cailloux de l’Alphée. Renvois indiquant les places où ont a. Deux combattants dont l’un est armé d’un large bouclier, et deux autres fragments du même bas-relief, aa. Fragment d’un pied d’une grande dimension. b. Tête de cheval. c. Tête de sanglier. d. Tête d’homme avec la barbe en masse. e. Extrémité d’un pied. f. Jambe en deux parties. g. Tête d’homme avec la barbe en masse, d’une conservation parfaite. h. Figure entière de femme assise : Minerve ou une nymphe. du plan. D. Mosaïque grossière, en cailloux de 0,020 d’épaisseur : il est probable quelle régnait sous tout le portique du temple. E. Soubassement d’un piédestal en marbre blanc : sa dimension fait présumer qu’il supportait un monument considérable , probablement les chevaux de Cynisca. lté trouvés les fragments de sculpture. i. Feuille de laurier en bronze. j. Une main. k. Hercule domptant un taureau. l. Deux morceaux de serpent. m. Un lion dompté, auquel tiennent une jambe, un pied et une massue. n. Trois morceaux de jambe de l’Hercule domptant un taureau. o. Face d’une tête de lion de la cimaise. p. Profil d’une même tête de lion. 1 Pausan., liv. V, ch. x. 2 Pausan., liv. V, ch. xi. 3 Pausan., liv. V, ch. xn. 33 ( 66 ) Planche 63. Fig. I. — Ensemble du pavement romain sous le pronaos : il est exécuté en cipolin, brèche violette, albâtre oriental et marbre blanc. Dans l’angle à droite est la base d’un piédestal. Fig. II. — Mosaïque grecque existant sous le pavement ci-dessus indiqué. Cette mosaïque est exécutée en cailloux de 1 Alphée, d’un centimètre de grosseur et de couleurs différentes. Planche 64. Détails de la mosaïque grecque ci-contre. Planche 65. Plan restauré. D’après ce qui existe, on ne peut avoir aucun doute sur la disposition du portique du temple, ni sur celle des murs de la cella, non plus que sur celle du pronaos et de l’opisthodome. La seule partie où nos fouilles n’aient pas eu tout le succès que nous espérions est le naos; tout y avait été tellement bouleversé que nous n’avons pu y reconnaître rien de positif sur l’arrangement du portique, dont nous n’avons trouvé que deux fragments de colonnes renversées et très-frustes. Pour suppléer à ce qui nous manquait si malheureusement de ce côté-là, nous avons eu recours à Pausanias et aux monuments antiques qui, par leur analogie, pouvaient nous aider à rétablir dans toutes ses parties cet édifice dont la découverte appartient à la France. Dans le passage rapporté plus haut, lequel nous apprend qu’il y avait, dans l’intérieur, des colonnes qui soutenaient des portiques supérieurs par lesquels était une entrée qui conduisait à la statue, après avoir reconnu l’indication positive de deux étages de portiques, nous avons été amenés à conclure qu’au fond du naos était une partie réservée où se trouvait la statue du dieu, à laquelle on n’arrivait que par les entrées que Pausanias indique. Cette disposition nous a semblé acquérir encore plus de vraisemblance par la nécessité où l’on a été de faire le temple hypèthre pour qu’il fût éclairé, et aussi par celle de mettre la statue sous un plafond, comme l’indique un passage de Strabon dont nous aurons à parler plus haut. Mais ce qui dans notre travail a été pour nous d’une autorité bien importante, c’est le temple de Pæstum, à cause de la ressemblance parfaite qui s’y trouve avec toutes les parties existantes du temple d’Olympie. Or, dans ce monument, les portiques intérieurs n’existent que sur les côtés, ainsi qu’au temple d’Egine : et cela nous paraît suffisant avec ce que nous venons de dire pour ne point faire retourner le portique devant l’entrée du temple. Si l’on considère le peu d’espace qui existe entre le mur de l’opisthodome et le point où ont été trouvés une des colonnes de l’intérieur du temple et les débris du dallage en marbre noir sur lequel devait être la statue, on peut très-bien croire que la statue était dans la partie réservée au fond du naos, et que par conséquent le plan était aussi pour cette partie conforme à celui du temple de Pæstum. Cependant, comme Pausanias parle positivement des portes de l’opisthodome, nous avons pensé qu’il fallait s’en tenir au texte et admettre que la statue était près de l’opisthodome , dans un sanctuaire, lequel aurait été couvert et ouvert intérieurement sur le naos, qui était découvert, ainsi qu’on le verra par la suite. Pour concilier autant que possible les autorités matérielles avec la description de l’auteur, nous avons cru convenable de disposer cette partie telle quelle est au temple de Phigalie, c’est-à-dire en réservant une partie entièrement ouverte sur la nef. Par ce moyen qui dispense de mettre un portique comme dans le Parthénon, on prend le moins d’espace possible, et la statue se trouve placée sur le point où nous avons trouvé les débris de marbre noir. Quant à l’escalier tournant par lequel on montait au faîte de l’édifice, nous dirons que, comme par escalier tournant on peut entendre que dans une cage carrée les marches tournent, nous avons cru avoir un exemple suffisant dans les escaliers du temple de Pœslum où se rencontre cette particularité. Nous avons donc placé les nôtres comme ils le sont dans ce temple, parce que de cette manière ils remplissent exactement les conditions prescrites par le texte de Pausanias. Le pavement en marbre blanc (indiqué par Pausanias) a été combiné et restauré d’après celui du Parthénon 1 et celui en pierre du temple de Phigalie. Pour la disposition du trône nous avons suivi autant que possible celle qui est indiquée dans l’ouvrage de M. Quatremère de Quincy. Renvois du plan. A. Portiques. L. Pronaos. C. Naos découvert. D. Portiques à deux étages. E. Escaliers tournants montant aux portiques supérieurs, qui conduisaient à la statue de Jupiter. F. Partie couverte où était la statue. G. Trône de Jupiter. H. Opisthodome. J. Posticum. Yoy. un plan exact du Parthénon donné par M. Brôndsted d’après un dessin de M. Cockerell, Recherches sur la Grèce, liv. II, pl. I. ( 6 7 ) Planche 66. Façade principale restaurée. Si les fouilles ont fait connaître presque tout l’ensemble de la disposition du temple, nous regrettons quelles ne nous aient fourni que peu de chose pour la restauration de la façade. Les seuls restes dont nous puissions nous aider dans notre travail sont trois socles qui forment la base du monument, les diamètres inférieurs des colonnes, plusieurs fragments de chapiteaux et le diamètre supérieur des colonnes, un fragment du profil de l’ante du posticum, des fragments d’architraves et des fragments de triglyphes, le tout en pierre poreuse, et recouvert d’un stuc sur lequel nous n’avons remarqué aucune couleur. Malgré toutes nos recherches, nous n’avons trouvé de la corniche, rien autre chose qu’un fragment en marbre de la cimaise et deux fragments des têtes de lion qui servaient pour l’écoulement des eaux du toit. Une nouvelle preuve que nous pouvons ajouter à celles qui ont déjà été données de l’exactitude de Pausanias, c’est la découverte que nous avons faite de plusieurs fragments de la couverture, qui sont, ainsi que la cimaise, en marbre pentélique, comme il l’indique positivement. Liv. Y, chap. x. Les matériaux que nous venons d’indiquer ne donnent pas la hauteur de l’ordre; pour le rétablir il nous a fallu suivre ceux des monuments existants , lesquels par l’analogie de leur ensemble et de leurs détails s’accordent le plus avec le nôtre : le temple de Thésée, quoique d’une bien moins grande dimension, nous a paru devoir remplir ce but mieux qu’aucun autre. En donnant au temple d’Olympie la proportion du temple de Thésée, c’est-à-dire pour la hauteur, en comprenantl’entablement et non les trois socles, la longueur qu’on trouve de l’axe de la première colonne jusqu’à l’axe de la quatrième, et pour la hauteur des colonnes y compris le chapiteau, la longueur qu’on trouve depuis le diamètre extérieur de la colonne d’angle jusqu’à l’axe de la troisième colonne; en prenant sur la hauteur de l’entablement celle de l’architrave que nous avons trouvée et celle des métopes qui nous a été donnée par les bas-reliefs dont nous aurons à reparler plus tard, il nous restait exactement la hauteur d’une corniche comme celle du temple de Thésée. Ayant heureusement retrouvé ces proportions, après avoir donné au fronton l’inclinaison de celui du même temple, nous avons obtenu un résultat qui nous semble prouver que nous avons rencontré juste, puisqu’avec tous ses rapports le temple d’Olympie se trouve avoir précisément la hauteur de 68 pieds grecs depuis le sol jusqu’au sommet du fronton, « Son élévation depuis le sol jusqu’au fronton est de 68 pieds ‘. » Ce qui fait en mesures françaises 64 pieds 2 pouces 8 lignes, ou 20 mètres 862 millimètres. L’immense fouille faite à la façade principale par M. Dubois, avec l’espoir d’y trouver des sculptures du fronton, n’ayant produit que la découverte d’un fragment de pied colossal qui provenait nécessairement de ces sculptures, nous n’avons d’autres guides pour restaurer cette partie et les figures qui la décoraient, que le texte de Pausanias et une composition déjà faite d’après ce texte dans l’ouvrage de M. Quatremère de Quincy : « Il y a un vase doré 1 2 sur chaque coin « du toit, et au milieu du fronton une Victoire aussi dorée; au-dessus 3 de la Victoire est un bouclier d’or sur lequel est « représentée la Gorgone Méduse. L’inscription qui est sur le bouclier nous apprend par qui il a été dédié et à quelle « occasion ; voici ce quelle porte : Les Lacédémoniens et leurs alliés ont consacré à Jupiter ce bouclier d’or pour la dîme « du butin fait sur les Argiens, les Athéniens et les Ioniens qu’ils ont vaincus à Tanagre. A la ceinture qui règne au « dehors du temple, au-dessus des colonnes, sont suspendus vingt-un boucliers dorés, qui sont un don que fît Memmius, « général romain , lorsqu’il eut vaincu les Achéens près de Corinthe, et qu’il eut chassé les Corinthiens Doriens. » Ce récit de Pausanias semble indiquer positivement que ces boucliers étaient placés sur l’architrave. D’ailleurs des trous de scellement remarqués par M. Cockerell, sur l’architrave du Parthénon, l’ont autorisé à y mettre des boucliers comme il y en avait au temple d’Olympie. « Quant aux frontons, on voit sur celui de devant Pelops et Oenomaiis prêts à se disputer « le prix de la course des chars; ils se disposent tous deux à entrer en lice. Jupiter est précisément au milieu du fronton; « à sa droite est Oenomaüs avec son casque sur sa tête; et auprès de lui Stérope, son épouse, Fuiie des filles d’Atlas a Myrtilus, qui conduisait le char d’Oenomaiis, est aussi devant les chevaux, qui sont au nombre de quatre. Derrière lui sont « deux hommes dont on ne connaît pas les noms, mais qui étaient probablement aussi chargés par Oenomaüs du soin des « chevaux; tout-à-fait à l’extrémité se voit le fleuve Cladéus : c’est, après l’Alphée, celui que les Eléens honorent le plus. A «. la gauche de Jupiter on voitPélops etHippodamie, ensuite le conducteur du char dePélops, ses chevaux, deux palefreniers a de Pélops, et à l’extrémité du fronton, à l’endroit où il se rétrécit, le fleuve Alphée. Le conducteur du char de Pélops se « nommait Sphérus, si l’on en croit les Træzéniens; mais l’exégète d’Olympie dit qu’il se nommait Cilla. Toutes les a sculptures du fronton antérieur sont de Pæonius, originaire de Mendes, ville de Thrace. » Nous avons recomposé ce bas-relief d’après cette description, qui est tellement circonstanciée, quelle nous a suffi pour donner une idée exacte du sujet, autant, toutefois, qu’a pu le permettre la petitesse de notre échelle 4 . Malgré le peu de succès obtenu par M. Dubois dans la fouille qu’il avait ordonnée à la face principale du temple, avec l’espoir d’y retrouver les sculptures du fronton, ne voulant pas néanmoins laisser de regrets à cet égard, je fis faire à la face postérieure de grandes tranchées qui, bien que poussées jusqu’au dessous du sol antique comme celles de M. Dubois, n’eurent pas un meilleur résultat, soit que les sculptures eussent été enlevées, soit qu’elles eussent été brisées pour en faire de la chaux, comme nous avons vu cela se pratiquer dans d’autres parties de la Grèce; nous partîmes donc avec le regret de n’avoir rien trouvé aux endroits où le texte de Pausanias nous indiquait des chefs-d’œuvre. Voici ce qu’il dit : « Le fronton « postérieur du temple a été sculpté par Alcamènes, contemporain de Phidias, et, après lui, le plus habile statuaire. Il a 1 Pausan., liv. V, chap. x. 4 Ce travail, qui pourrait être le sujet d’un ouvrage très-important 2 M. Quatremère dit en forme de chaudière. de sculpture et d’archéologie, n’étant pas dans nos attributions, 3 M. Quatremère dit au-dessous. Cette version nous a paru plus nous n’avons pas cru devoir y mettre d’autre importance que celle de d’accord avec la décoration. compléter l’ensemble de notre façade. 34 ( 68 ) « représenté le combat des Centaures et des Lapithes aux noces de Pirithoüs. Ce héros est au milieu du fronton, auprès « de lui sont d’un côté Eurythion, qui enlève la femme de Pirithoüs, et Cénéus, qui défend ce dernier; de 1 autre, Thésée cc qui combat les Centaures avec une hache ; un de ces Centaures veut enlever une vierge; un autre saisit un jeune garçon. « Alcamènes a probablement choisi ce sujet, parce qu’il avait appris par les vers d’Homère, que Pirithoüs était fils de « Jupiter, et qu’il savait que Thésée descendait de Pélops à la quatrième génération. » Quant aux parties de stuc que nous avons trouvées, et dont tout le monument devait être enduit, nous n’y avons vu aucune trace de couleur : le fond en est généralement blanc. Mais comme les observations de MM. Cockerell et Brôndsted 7 O , , sur le Parthénon, celles de MM. Hittorff et Zante sur les monuments de la Sicile, et celles que nous avons pu faire de notre côté sur les mêmes édifices, et notamment sur le temple de Thésée, nous ont fourni des autorités suffisantes, nous avons indiqué sur quelques moulures des ornements, ainsi qu’on en voità ces monuments, car les anciens les employaient ordinairement, afin de donner plus de richesses à ces parties. Planche 67. Coupe sur le portique au-devant de Vopisthodome. Ce que nous avons adiré de cette partie du temple nous fournira l’occasion de parler de la plus importante découverte que nous ayons faite dans nos fouilles, puisqu’elle est la preuve la plus convaincante que c’est bien véritablement le temple de Jupiter Olympien que nous avons découvert. Il s’agit de ces fragments de métopes si bien décrits plus haut par M. Raoul- Rochette dans son rapport à l’Institut. Ils ont été trouvés au pronaos et au posticum, précisément au-dessous de 1 endroit où nous les indiquons dans notre restauration. Voici comment Pausanias parle de ces belles sculptures : « On voit aussi dans Olympie la plupart des actions d’Hercule; on a représenté sur les portes du temple 1 la chasse du « sanglier d’Érymanthe en Arcadie, son expédition contre Diomède, roi de Thrace, et celle qu’il entreprit contre Géryon « dans l’Erythée ; on le voit aussi se disposant à prendre sur ses épaules le fardeau d’Atlas, et nettoyant le pays des Eléens « du fumier qui l’encombrait. » Celles qui ont été trouvées dans cette partie par M. Dubois et que nous donnons planche y 5 s’accordent parfaitement avec cette description, ainsi que l’a prouvé M. Raoul-Rochette dans son rapport. Pausanias poursuit ainsi : « On a sculpté sur les portes de l’opisthodome, ce héros enlevant le bouclier de l’Amazone, et celles de « ses actions qui ont rapport à la biche Cérynite, au taureau de Cnosse, aux oiseaux Stymphalides; de plus ses combats « contre l’hydre de Lerne et contre le lion de l’Argolide. » Les autres sculptures dont la découverte a été le résultat des travaux que j’ai ordonnés à la partie postérieure du temple 2 sont aussi parfaitement d’accord avec cette description. (Voyez planches 74, 7 $, 76 et 77 , et le rapport de M. Raoul-Rochette, page 62). Les deux principaux morceaux, qui sont celui où est représenté Hercule combattant le taureau de Crète, et l’autre Minerve ou une nymphe, nous donnent l’un la largeur et l’autre la hauteur; nous avons donc dû être convaincus que ces bas-reliefs étaient à peu près carrés et qu’ils étaient des métopes qui devaient s’encastrer entre les triglyphes, dont nous avons trouvé celui qui était à l’angle, de même que ceux que nous venions de remarquer au temple de Phigalie, et qui étaient placés sous le portique de ce temple, au-dessus des colonnes du pronaos et de l’opisthodome; par cet exemple, et par un autre semblable d’un temple de Selinunte en Sicile, et enfin par la place qu’occupent les bas-reliefs continus qui sont placés de même dans le temple de Thésée et dans celui de Minerve, nous avons été amenés à penser que ceux d’Olympie avaient les mêmes destinations, et que Pausanias en disant au-dessus des portes pouvait bien permettre de croire qu’il a voulu désigner le couronnement des colonnes de l’opisthodome et du pronaos, lequel se trouve en effet au-dessus et en avant des portes. Ce qui depuis a encore achevé de nous confirmer dans notre opinion, c’est qu’après avoir établi les proportions de cette partie que nous venions de découvrir, d’après les proportions du temple deThésée, et que nous avions adoptées pour la façade, nous avons trouvé que la division des triglyphes donnait six métopes, et par conséquent la place des six bas-reliefs désignés par Pausanias; et que d’après les hauteurs adoptées et la largeur donnée par le resserrement des antes de l’opisthodome et du pronaos, ces six métopes devaient être un peu plus hautes que larges : et c’est, en effet, ce qui a lieu dans les bas-reliefs. Pour prévenir l’objection qu’on pouvait faire en citant un sujet du bas- relief des Panathénées, qui se voit dans le portique du Parthénon, et qui est divisé par compartiments, lesquels auraient pu faire croire, s ils 11’avaient été trouvés en place, qu’ils avaient formé autant de métopes, nous dirons que les morceaux, tous différents de largeur, sont beaucoup plus larges que hauts, tandis que la très-petite différence qui existe à ceux d’Olympie est dans le sens contraire, et qu’il est bien évident par la composition de l’Hercule combattant le taureau quelle est faite pour une métope; et que, pour dernière preuve, on voit que de chaque côté de ce bas-relief, le marbre a été écaillé pour le faire sortir des rainures qui le retenaient entre les triglyphes, comme au temple de Phigalie. La seule difficulté qui se soit rencontrée dans cette combinaison vient du texte même de Pausanias. Comme il indique d’une manière bien positive six sujets, et que pas un de ces sujets ne comporte la figure de Minerve ou d’une nymphe que nous avons trouvée, nous n avons eu d autre moyen que celui de la faire entrer dans un de ces sujets et de la supposer comme elle est plusieurs fois sur la grande vasque de la villa Albani, a Rome, où elle est représentée, au milieu des travaux d’Hercule, comme la divinité protectrice de ce héros. Ce bas-relief, dans lequel M. Trézel a fait entrer le sujet relatif aux oiseaux du lac Stymphale, a été recomposé d’après un bas-relief antique du Musée du Louvre, représentant le même sujet 3 . M. Trézel, aidé des conseils de M. Raoul-Rochette, a encore restitué trois autres sujets de ces métopes, dont deux du posticum, représentant, l’un M. Quatremère dit : Dans le bas-relief qui règne au-dessus d’une des postes, etc. 2 Les principaux fragments de ces sculptures ont été trouvés par M. Ravoisié, qui suivait les fouilles que j’avais ordonnées pendant une excursion que je fis avec M. Poirot. 3 Ce bas-relief est rapporté dans l’ouvrage de M. le comte de Clarac, planche 196. ( 6 9 ) Hercule combattant le taureau de Crète, et l’autre Hercule vainqueur du lion de Némée; le troisième du pronaos a rapport à son expédition contre Géryon. (Voyez les quatre métopes, planche 78.) Ce qui nous a autorisés à supposer des portes en bronze à l’entrée du naos et sous l’opisthodome, c’est le passage de Pausanias qui commence ainsi : « En entrant dans le « temple par les portes de bronze, etc. » Quant aux plafonds qui couvrent les portiques et l’intérieur du monument, nous avons dû les supposer en bois, à cause des grands espaces qui résultent de la disposition du plan et qui ne permettent pas d’admettre qu’ils aient pu être en pierre ou en marbre. Le temple de Thésée et les propylées d’Éleusis ont été les modèles que nous avons suivis pour cette partie de notre restauration. Planche 68. Coupe transversale sur le naos. De tout notre travail sur le temple de Jupiter Olympien cette partie est celle pour laquelle nous avons eu le moins de matériaux positifs; cependant nous avons cru nécessaire de donner cette coupe pour compléter le monument, en indiquant toutefois ce qui est conjectural, et les autorités sur lesquelles nous nous sommes appuyés pour restituer les parties manquantes. L’analogie qu’il y a entre les parties existantes du plan du temple d’Olympie et le temple de Pæstum nous ayant déterminés à adopter, en partie, la disposition intérieure de ce monument, afin de restituer au nôtre ce qui lui manque quant au plan, nous avons dû, pour ne pas nous écarter de ce principe, l’adopter aussi pour la décoration intérieure, avec cette différence seulement que toutes les parties existantes du temple d’Olympie étant d’une proportion beaucoup moins lourde que celles du temple de Pæstum, nous avons, dans notre restauration, mis en rapport les parties qui nous étaient inconnues avec celles que nous connaissions. Ainsi, ayant le diamètre inférieur des colonnes de l’intérieur, et donnant à ces colonnes le même rapport qu’à celles du dehors, nous avons obtenu la hauteur de l’ordre inférieur, et par conséquent une nouvelle preuve qu’il devait y en avoir un second au-dessus, puisque cette hauteur n’arrivait pas à la moitié de celle que donne Pausanias pour la hauteur générale du temple ; supposant ensuite à l’ordre supérieur, d’après l’ordre inférieur, la proportion de l’un et de l’autre du temple de Pæstum, nous avons obtenu, sinon la décoration intérieure comme elle était, au moins comme elle pouvait être. Indépendamment du temple de Pæstum, qui autorise à mettre deux rangs de colonnes l’un sur l’autre, dans l’intérieur du temple d’Olympie, on a encore l’autorité de Vitruve qui dit que dans les temples hypèthres on plaçait un double rang de colonnes les unes au-dessus des autres ’. Pausanias dit que le temple de Minerve Aléa à Tégée, bâti par le statuaire Scopas, était orné de deux rangs de colonnes à l’intérieur, que l’ordre inférieur était dorique et l’ordre supérieur corinthien 1 2 ... Nous avons été déterminés à adopter les deux ordres doriques par ce que nous connaissons du temple de Pæstum et par M. Quatremère de Quiney qui, dans l’ouvrage que nous avons cité, a adopté le même système de décoration. Il est très-probable que les architectes de l’antiquité avaient imaginé de mettre deux rangs de colonnes l’un sur l’autre dans l’intérieur de leur temple, pour éviter les gros diamètres qu’auraient eus nécessairement des colonnes assez élevées pour atteindre la grande hauteur de ces intérieurs. Ce qui peut encore appuyer cette opinion, c’est que ces colonnes n’ayant à supporter que la charpente du comble et la couverture, n’avaient pas besoin d’être aussi fortes que si elles eussent dû porter des soffites en marbre ou en pierre. Maintenant que, par ce qui précède, nous avons suffisamment prouvé, au moins à ce qu’il nous semble, que le temple était décoré à l’intérieur comme ceux dont parle Vitruve sous le nom d’Hypthères, nous devons dire qu’il différait cependant de ceux-ci en ce qu’il était au moins en partie couvert; ce qui ne peut être mis en doute d’après ce passage de Strabon : « Mais le plus considérable de ces ornements était le Jupiter d’ivoire, fait par l’Athénien Phidias, fils de Charmide. « Cette statue était si grande, que, malgré la hauteur du temple, elle paraissait excéder les proportions. L’artiste l’avait « faite assise, et cependant la tête touchait presque à la couverture du temple; en sorte quelle semblait, si elle eût été « debout, devoir enlever cette couverture 3 . » Ce qui vient à l’appui de l’autorité de Strabon, c’est que, d’accord avec M. Quatremère, il nous est impossible d’admettre que tous les objets précieux déposés dans le temple, et entre autres le Jupiter en or et en ivoire, eussent pu être conservés s’ils eussent été dans un temple entièrement découvert, exposés à toutes les intempéries. Or, puisque le temple était couvert, il reste à répondre à cette question : Comment était-il éclairé? (car il est impossible de croire, comme beaucoup d’auteurs qui ont écrit sur l’antiquité, que les temples étaient seulement éclaires par les portes ; c’est surtout pour les temples grecs que la raison se refuse à admettre cette hypothèse quand on considère la grande distance qui se trouve d’abord depuis le portique extérieur jusqu’à la porte du pronaos, et ensuite celle quil y a depuis cette porte jusqu’au fond du naos, où était la statue du dieu 4 . ) M. Quatremère supplée en quelque sorte au silence de Vitruve sur ce sujet par la manière dont il interprète ce que dit cet ancien auteur relativement aux temples hypèthres : il pense que ces mots « le milieu est à jour et sans toit » doivent s’entendre seulement d’une ouverture au milieu, sans que le toit soit découvert; et il en conclut que les grands temples périptères étaient éclairés par des jours du haut, et cite à l’appui de son opinion les passages suivants : «Au temple de 1 Vit., lib. III., cap. 1 ., in fine. pien de M. Quatremère, If partie, § xn; et sur le même sujet sa 2 Pausan., iiv. VIII, cliap. xlix. dissertation dans les Mémoires de l’Institut, classe de littérature an- 3 Strabon, tom. III, liv. vm, p. 1 83 de la traduction. cienne, tome III. 4 Pour la manière dont était éclairé le temple, voir le Jupiter Olym- 35 ( 7° ) Cérès à Eleusis , commencé par Jetinus, Zénocles pratiqua une fenêtre dans le comble 1 . » Ce temple étant de la meme époque que celui d’Olympie, nous pensons avec M. Quatremère que cette autorité, par laquelle on prouve que les temples étaient éclairés cà l’intérieur, doit être d’un grand poids dans la question que nous traitons, puisque, par ce moyen, on arrive à ce qui parait le plus vraisemblable sur la manière dont l’intérieur des temples était éclairé \ Si on examine ensuite la disposition de celui-ci, on verra que l’obligation d’y faire arriver la lumière entraîne nécessairement celle de l’éclairer du haut, puisqu’il n’y a pas de moyens admissibles pour l’éclairer autrement. La nécessité des jours du haut étant donc reconnue, et admettant ce principe incontestable, que l’architecture des Grecs doit son origine à toutes les combinaisons simples que le mode de construction en bois exige, on trouvera que par ces combinaisons mêmes il a dû être très-facile de pratiquer des jours dans la charpente du comble, soit qu’on adopte une charpente apparente comme dans beaucoup de monuments de l’antiquité et du moyen-âge, soit qu’on suppose un plafond combiné avec les entraits, comme sont les plafonds en marbre du temple de Thésée, des propylées d’Éleusis, et de tant d’autres monuments grecs : il devient très-facile dans l’un et l’autre cas de ménager ces jours dans les intervalles laissés pour chacune des fermes qui composent la charpente obligée du comble, et d en faire une décoration reguliere et d un bel effet. Quant à l’objection qu’on pouvait faire sur la possibilité de fermer ces jours dans le comble sans cependant intercepter la lumière, nous croyons qu’il suffira pour y répondre de rappeler que l’emploi par les anciens des pierres transparentes, pour laisser pénétrer la lumière dans l’intérieur de leurs édifices, ne peut pas être mis en doute, et que ce moyen peut très- bien se combiner avec les dalles de marbre qui formaient la couverture du temple. En second lieu, on peut aussi admettre que ces jours ont été vitrés, sinon dès l’origine, au moins à une époque antérieure à celle du voyage de Pausanias, puisque l’autorité de Pline et celle des découvertes de Pompéi prouvent d’une manière incontestable que 1 emploi du verre pour vitraux était connu depuis long-temps. Sans vouloir décider que ce dernier moyen ait été employé au temple dOlympie pour les jours dont nous voulons parler, nous dirons cependant que dans la partie des fouilles qui ont été faites par M. Dubois, on a trouvé des morceaux de pâte de verre d’une grande épaisseur, qui en cela offraient le caractère de solidité propre à l’usage dont nous parlons. Ce moyen de restituer le temple d’Olympie étant l’expression de l’opinion de M. Quatremère de Quincy, nous avons cru devoir l’adopter au moins en partie : seulement, au lieu de supposer des jours du haut comme ils sont dans la restauration qu’il a faite du même monument, nous avons cherché à rentrer plus largement dans la donnée de Vitruve, en laissant à découvert tout le naos et en supposant qu’il y avait au fond une partie couverte sous laquelle aurait été placée la statue. Par ce moyen, qui est celui qu’adopte M. Hirt, nous pensons qu’il ne doit plus rester de difficultés sur ce sujet, et que l’on trouve aussi en dernier résultat des combinaisons qui semblent d’accord avec la simplicité et la pureté des formes que comporte l’architecture des Grecs : et le temple d’Apollon à Pliigalie serait encore un témoignage en faveur de ce que nous venons de dire, puisque la disposition de l’intérieur de ce temple offre, ainsi qu’on peut le voir par ce qu’en donne M. de Stackelberg, un naos découvert, et au fond une partie ouverte sur le naos, et couverte par des plafonds en marbre, de manière que tous les objets précieux pouvaient y être à couvert et cependant recevoir la lumière par le naos. Cette combinaison acquiert encore un degré de plus de vraisemblance en ce quelle permet de supposer que le grand rideau de pourpre donné par le roi de Tyr, aurait été suspendu à la grande plate-bande qui se trouve au-dessus et en avant de la statue; ce qui aurait produit l’effet des rideaux d’avant-scène dans nos théâtres. Nous aurions été autorisés par ce passage de Strabon : «On voit d’ailleurs dans ce temple quantité de tableaux de ce « peintre (Panænus), » à mettre dans notre restauration des peintures, et toutes les sculptures et les offrandes indiquées par Pausanias. Mais le manque de matériaux pour cette partie nous ayant obligés de restreindre notre travail à ce qui a rapport à l’architecture, nous avons seulement rappelé le Jupiter restauré par M. Quatremère. Pouvions-nous passer sous silence l’objet principal de notre monument ? Planche 6g. Coupe longitudinale restaurée. Cette coupe est la conséquence naturelle du plan et de celle donnée dans la planche précédente; elle explique l’arrangement de la partie hypèthre du temple et la combinaison du plafond des autres parties. Au-dessous est l’état actuel de la même coupe. Planche 70. Façade latérale restaurée. On y trouve 1 arrangement de la couverture en marbre indiquée par Pausanias ; cette partie a été restaurée avec les fragments que nous en avons trouves, et avec des details analogues qui se trouvent aux monuments d’Eleusis et à d’autres rapportés dans les Antiquités inédites de 1 Attique 3 . Les deux ligures au-dessous représentent, l’une l’état actuel delà façade, et 1 autre la coupe transversale sur le devant de l’opisthodome, aussi dans son état actuel. Plut, in Vita Pericl., p. i 5 g. Comme nous partageons entièrement l’opinion de M. Quatremère sur ce sujet, et que nous n’aurions rien de mieux à faire que de répéter ce qu’il dit pour développer cette idée, nous nous bornons à renvoyer aux ouvrages que nous avons cités plus haut. 3 Londres, 1817. ( 7i ) Planche 71. Détails du temple de Jupiter. Fig. L — Profil du chapiteau des colonnes du pronaos. On n’a pas trouvé de tailloir. Fig. IL — Profil du chapiteau de l’ordre extérieur. On n’y a pas trouvé les filets du bas. Fig. III. — Ensemble du chapiteau de l’ordre extérieur. Fig. IV. —Profil d’un chapiteau d’ante. Fig. V. — Plan et profil d’un fragment de triglyphe d’angle. Les différences qui se trouvent comme largeur entre les deux faces de ce triglyphe et le peu de longueur de la partie qui forme le nu de la frise, indiquent que ce triglyphe est celui de l’angle au-dessus des antes du pronaos, et qu’il n’en existait pas sur le retour le long de la cella. Fig. VI. — Détails de la partie supérieure du triglyphe. Fig. VII. — Cannelures des deux ordres. Fig. VIII. — Fragment d’architrave. Fig. IX. —Autre fragment d’architrave portant des gouttes. Fig. X. — Détails du même fragment. Fig. XI. —Emmarchement autour du temple. Tous les fragments indiqués sur cette planche sont en pierre poreuse recouverte d’un stuc sur lequel nous n’avons pas trouvé de couleur. Ces stucs, indiqués par une double ligne, varient dans leur épaisseur, qui est de 1 à 2. centimètres. Planche 7a. Détails du temple de Jupiter. Fig. I. — Profil de chapiteau d’ante et de demi colonne accouplée. Fig. II. — Plan du chapiteau. Fig III. — Face de l’ensemble du chapiteau. Fig. IV. — Profil de l’en semble. Ce fragment en marbre blanc étant d’une trop petite dimension pour avoir pu appartenir aux ordres intérieurs du temple, nous avons supposé qu’il appartenait à une des petites colonnes en marbre qui supportaient le trône de Jupiter. Fig. V. — Profil et face d’une autre ante. Fig. VI. — Cannelure présumée être de l’ordre ci-dessus indiqué. Cette cannelure serait celle du diamètre inférieur. Fig. VII. — Profil d’ un massif qui se trouve sous le pronaos à droite en entrant. C’est à cet endroit qu’ont été trouvés les fragments de moulures en marbre donnés dans la planche 73. Fig. VIII. — Fragment de la couverture. Tous les fragments que l’on voit dans cette planche sont en marbre blanc, la partie teintée plus noir dans le plan du chapiteau indique des entailles pour scellements. Planche 78. Fragments de moulures. Fig. I. — Fragment de terre cuite au quart d’exécution. Fig. II, III et IV. — Fragments en marbre des moulures du piédestal trouvé sous le pronaos, et qui portait probablement les chevaux de Cynisca. Planche 74. Fig. I. — Face et profil d’un casque en bronze recueilli par M. Dubois; au-dessus de ces figures est un détail plus grand d’une partie du même casque. Fig. II. — Fragment de métope en marbre représentant le lion de Némée terrassé par Hercule. Fig. III, IV et V. — Fragments des têtes de lion en marbre de la cimaise du temple. Fig. VI et VII. — Fragments de pieds en marbre venant probablement des métopes. Planche 75. Fig. I. — Fragment de métope en marbre représentant un combat : l’un des combattants est armé d’un large bouclier. Fig. II et III. — Fragments d’une épaule et d’un torse appartenant au bas-relief ci-dessus indiqué. Fig. IV, V et VI. — Fragments de tête de cheval et autres de tête d’homme. Fig. VII. — Fragment de tête de sanglier, probablement celui d’Erymanthe. Fig. VIII. — Fragment inconnu. FigilS.. — Fragment de serpent, probablement l’hydre de Lerne. 36 ( 7 2 ) Planche 76. Fig. I. — Fragment de métope en marbre représentant Hercule combattant le taureau de Crète. Fig. II et III. — Fragments de têtes d’autres métopes. Fig. IV, Y et VI. — Deux fragments de pieds et un fragment de bras appartenant aussi à d’autres métopes. Planche 77. Fig. I. — Métope représentant une Minerve ou nymphe assise sur un rocher. Fig. II et III. — Face et profil d’une tête d’Hercule bien conservée. Fig. IV et V. — Fragments d’autres métopes. Nota. Les sculptures de la planche 75 ont été trouvées par M. Dubois à la partie antérieure du temple, moins les fragments du serpent qui ont été trouvés par nous à la partie postérieure. Toutes celles des planches 74, 76 et 77 (moins le casque qui appartient à M. Dubois) ont été trouvées à la partie postérieure du temple, dans les fouilles que j’y fis faire. (Voyez la description de toutes ces sculptures par M. Raoul- Rochette, page 62.) Planche 78. Restauration des quatre principaux fragments. Fig. I. — Hercule présentant à sa nymphe protectrice les oiseaux du lac Stymphale. Fig. II. —Hercule combattant Géryon. Fig. III. — Hercule vainqueur du lion de Némée. Fig. IV. — Hercule combattant le taureau de Crète. Suivent les planches 62, 63 et suivantes, jusques et compris la planche 78. www mma rzwmmm. y-g&kïl'r ;.w v.w.m^ rw»a: ,.«,<3 • Ox££) ■■\ ■ ■ '•"•_• .Vs^N- Tgg|î§5 .\P>XT-. «P' w-V- . # JCiH W.i.miU MmmmmmwmMm iÉÜl 1 mmgip }p!B|piÉi sâiMÊÊÊg^ 0iimm i ^O, „, , I ' I il .. D&sfesgj ‘wmm wmiiWi mMÊrn^ mmmiSÊlÊÈiiÊÊm» - j ; ; ir ; j I^: j "-y > ‘ ^ ig'gg WÊÊmk ' ' ' ; i ,, : t 0 gÊÊ .•.■r~53S§i ► :-^£s=ï= Mmm --.r- -• v \nwfflÎM jL.Ouwicr sc l 3 oirot del < TEMPLE DE JUPITEP A OLYMPIE . F.TAT ACTC-TiL % PI. 6ô Renvois A. Clpoïin . B . Hrêchc violette , C .Albâtre oriental X) . Marbre, blanc . E . {Soubassement-, d'un piédestal yi^Jt^JlïïIïïiI^|| ?JfnT?J[5I i rJfnT Ï ?J[pl pll uiuiuuuuuiuiuu U* ^ I** j ■ —i rrmHTmmTTffîTTmTTmTTmTTTmjTTTmmrlinmTWTTmmTTm mmmHmnm mnT mT^ i SMiMüüllMSlilUffli F. II. Ho mot del JF. Ouivier se TEMPLE DE J EDITER .A 01 .YMPIr PI. 64 v Renvoi: '/ont,!,'«• yortioj-1/11/ n 'ont/ms l'//n,■/<■;■ oonuno /’t'nJn/no /o ,}r,n a. l'/tppo/r.i b • 'ton ': >l" i ►’., j • -4. ; - "V "- •■ **/■» -*x**-.ÿ -^rr *5} y? PI. 66 M*£iiM^ff!pr3|Ri£^ î as* r iss «s «ilt S\:>':v> vv W-v. : >à*.« ‘.A* 'y IP ^jS IliilBÉÉ WH siilîi:;:' raffifil *iïW ian- raeA w&m mijlwm Jt -f** * g f uia üM«w»^ fcAfi*ty-^ «#?< i mmz r-'r * ’v : -io*-!—-a* My. 1 # ;ît.-:'v à3Ss H 'û '*» v*' . r-r. .■‘'■“Vi *v FI?? PI. 71 F. III jSl -*-M 2 •JO* J12 F.VI F. IV. F. Vil F. VIII. F,XI F. IX u .ü U ■m>5 d V<2 MÈTKK ECHELLE A ECHEJLE B ECHELLE C Zl 5 METBES Poirot del. Hibou sc- TEMPLE DE JUPITER'A COMPTE -V V*» H > I! m ' . •’ - ‘^sL‘■.‘.l'f "-• ■ - 'v v £- l' '■'• ' v-'.': ? . - v -‘ cpf.*'-jicwt.^aa ;--i j *,■>.' V.rSr ’NW-i • i t: •r -f -v •;. • -v* ■-"% PJ . 7 F F. V. F. VI •n- -• 4 * F. VIII. F. VIII F. IV, F. III F.VII. F. VII ECHETXE DE 1 METRF. d METRE ECHELLE DE Rcirot iM ITibon j"c TEMPLE DE JUPITER A. OLYJVIPIE .*• ■ J* j^.'»r' , 'vJ ü&ï&'i s !'.*rflTJ ; ’-ÏK M tî jf. mM mm «•■r» ?•. •' ".'V «ÏS: s^! ™ si 5®* il yi-r'-âï "ST 7 *”**' "Cv*\ ■&a£ÿ.g'.; jacüta; PL 74 g&5iü*6gBî F. IV. F. III F . VI F. VII 41 wmWçm Kilt'fKwTiîfiiit'.ffl fTT%( tessiiffl “SéSI IBP wmmss. piMliV' 1 ms*** .ECHELLE DUS VJCURFS JI.jn.rVET V. L i n 11 1 .L. U .. i — — i. r~ - — i —- 1 —' — --ir . .. ' ■■■ r~ rr~.-z.ir~ vj-ll .vit i mktrf, , ECUELLE 'DES PEGURES LV1 ET VJ[ . L-i. ■i - . i i.. i J— t. i --z c.i: __ — i _tv— . f_i.cvii—icl.- ~~zi ‘4. mf.trk ■r ■} j 7 ' Jfii/jncref *rc. Irczcl del-, TEMPLE DE JUPITER A: 01 .YMPI K . iw* y;v* > VfrStf.J: gj *»*.£*: \- teii IMiü '$m pS&f~r &... 1 SK « £ hzj*\' : ) SÏ*?*§ iSÿips? '^*7- -T’ esfesfês^se* feïSs? %'Sii! > ■- :• ‘« 4 ^. P"ï' t f-*> *v. ii-*.*/. SÜs$ ^fc^aas PI. 75 F, VIII F. VII F. IX feu fV F,:; F,IV, «il b'm/ïï, 7vx /W .3/..,.. tV l : F, VI 0; $ i P» pspî ViFiill p ->v V: ,W4,y iamum wp» f, ni TAVATvi Mmm » WïA ECHELLE DES FI G-DRE S I,n,ET III iJlMETBE ECHELLE DES AUTRES FIGURES ;f/2 METRE B o il3/ 'Ii'ez.el Bel TEMPLE LE JUPITER A OIYMPIE M'iV/M mm • 1 ■/.-■- '-zrK-ÿ - >*■'& -■ ^i" ! '• ,*. s»- ’ V> • • r \iv tlif Uiï» I ■SlH - * I- I \ . > S ,■-.■ ma.-*. ;.r î I h 4 1 f I ! r 4w «*' .ôV-^V; ®«{5îS»S <8sfcaÉ> ■W 0 & 'feîRas' PL 76 ■ “H MP mMËm —i FlÜürïSri ;sê#r5 MK ■ . -, 7*, —- - • • £Z*»i ta fev^-v, W*.“ * ' s:-•>%'>.* ■*ig$0ggg: * 1 - •' ; 7r5^ -* ,> ' S ^;> ■■*5 . -*y Ï.C ’ -H'' v '*%mm ¥$ ■ LL Id r y WÈmÈS ... IMMiM ÈtÊÊtÊI »» üi . 1 ï^'.^'l•A•}, ÉSM il i|ii)iiiiil%Sii&§i!iy Éttl I P^hwpi ^ /i "" fHH SffiffiR Wm/0J0La •:}yyL‘///i/{ii'/f//ri ■f-e.. a-' VVV. .. **:■' ~£Vi $Msi^&. ■ftï&iæ *•••?? ) :■• • . , ( ■ ■>- ■i. i '^ïàà ,-V mmm\ tr^yî^s' 3 | c 2ÿsrtf ;- ï*m iwy ^■'t Æ.'-a :Æi -»•■>.-. ü-V- i 3 ».'V? : «sè : $:<£ ! PL 78 TEMPLE LE JUPITER A OLYMPIE V*. ;. ’■*- .vè^-itfPSâÊAv TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS LE PREMIER VOLUME. Dédicace. Introduction. Frontispice. Carte de la partie méridionale de la Grèce, pl. i. Navarin, pag. i, pl. 2 et suivantes. Rade de Navarin, p. 1. Zonchio ouPylos, p. 4 > pl- 5 et suiv. Retour à Navarin par terre, p. 6. Route de Navarin à Modon, p. 9, pl. 8 et suiv. Modon, anciennement Mothone, p. n, pl. 12 et suiv. Route de Modon à Coron, p. i 5 , pl. 16. Coron, autrefois Colonides, p. i 5 , pl. 17. Route de Coron (Colonides) au port Petalidi (Corone), p. 17. Petalidi, anciennement Corone, p. 18. Route de Petalidi à Nisi, p. 18. Nisi, p. 18. Route de Nisi à Androussa, p. 19. Androussa,p. 19, pl. 18. Route d’Androussa àMavromati (Messène), p. 19, pl. 19 et suiv. Messène, p. 23 , pl. 22 et suiv. Stade à Messène, p. 27, pl. 24 et suiv. Monument antique de Messène, p. 3 i, pl. 3 o et suiv. Divers détails d’architecture de Messène, p. 35 , pl. 35 , et suiv. Murs de Messène, p. 37, pl. 38 et suiv. Porte principale de Messène, p. 3 g, pl. 42 et suiv. Diverses inscriptions de Messène, p. 43 . Route de Mavromati (Messène) à Franco Eclissia (Andanie), p. 47 » pl. 48. Route de Franco Eclisa à Arcadia ( Cyparissia ), p. 48. Arcadia (Cyparissies ou Cyparissia), p. 48 , pl. 49. Route d’Arcadia à Strobitzi (Lepreum), p. 5 i. Strobitzi (Lepreum), p. 5 1, pl. 5 o et suiv. Route de Lepreum à Samicum, p. 53 . Samicum, p. 53 , pl. 53 et suiv. Route de Samicum à Olympie, p. 53 . Olympie, p. 56 , pl. 56 et suiv. Temple de Jupiter à Olympie, p. 61. Extrait du rapport de M. Raoul-Rochette, p. 62. Restauration du temple, p. 64, pl. 62 et suiv. Les planches de ce volume sont au nombre de 79, compris le frontispice. FIN DU PREMIER YOLUME. U, .C >>v 4 ' u-VO'u. ;p’i£ i- £' 2 , tnt -UV.î*: Ü'tkJ. :ïo*î^'ï^ >&&üS£ Ci. i A: x i ..<’ -f* ,V >C*i - *£ ç ArijÂc- h •• / * i wmm r'ÿaüjf^S ^ V-sa^/y ;. . 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WSWM fi 2 S2,m {ÆWgZW 'S»’.«i iW^Raiv œ/®!fp «nrw^ a'-" ?• w ff» KES« «s&j |8®l| ipÉS! ^rs SiiiIlftrPl p Pi '>■' -s'^lfc A'.S.. 1 ' :'S 0^'."'i'. , '‘ P' : T 'Üy^AJi**'*' --''' *».*--- J I WfcK'^’W-W&'W :di.'iïm /!*££>*■ >■ ■XflfC' liPS^Wli 5 •; , ^wn». ? ;fi '| *F- r 'yi " ^iiteiiwilia ®n ': !4 y^rJs JâS À( '0 d -O oS® fa Mfèfè®; :i rÊ?§y ''>' //A,^V' ’‘'• • S,i j. ' i^v- a. -i.u^ /^.^■' !Of ip^ .SÏlSM SS4 Sy ’ s s6->: ;; « ^êmâ mk «ft» ÆÆiA ^ 11 '•'i2:r^' >sî './«^. ^«2g '$'&.■■■ '^ysJtsr&fâk iyjiy f' y^i ff ï'Xyy'ïîSl' myy. % leSis ï?âftââ «ijy idaêffi AW,^ æÉ IlÉlillÉ'É£lll^Iil?iS SmTS PSSS'^Sâ iotepsass&îs: ^ '//y.f^fSO A' ©^NSis ''S ; > : ^' V,-; ',r, ; .. ■'■ ■■<' '■'•■ - <'/ S’ r :. viV/ÀA'^N. ‘ :; /y~* rv ' '.V #-.» -• , ■ -**•*. :'Aîi.’y, -r ^ ^ ‘. v*.'vywwf ••>..~.Ti*-- 'Wj (3é?m wmmsmmmmrm ^Vï® AV?^UrA0'ÎTM'!r^«Aî'01ipV-^A« ; /j^KTO7ÿgS «5»'^ !ss&; iü . .,. . V.. v, -V, ..:-r- .. 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