COMPTE-RENDU ? ‘ 1 . DE ! 5 P ij hî jiiuj DU 8 AU 11 JUILLET 1871 lige au nom des Membres de la Société Entomologique qui y ont pris part, PAR M. DE SÉLYS-LONGCHAMPS, Rapporteur. BRUXELLES IMPRIMERIE DE VEUVE NYS, RUE POTAGÈRE, 87. 1871 (EXTRAIT DES AKNAI.ES D1Î EA SOC. ENT. DE BELGIQUE, TOME XIV.) COMPTE-RENDU de l'excursion faite à la Baraque-Michel, du 8 au H juillet 1871, rédigé au nom des membres de la Société Entomologique qui y ont pris part, par M. de Sélys-Longchamps, rapporteur ( 1 ). Le samedi8 juillet, àmidi, nous étions réunis à Verviers, chez M. le D r Chapuis, qui avait bien voulu se charger d’assurer les moyens de transport pour l’excursion décidée et fixée par la société. Étaient présents MM. le D r Chapuis, Weyers, comte Léon de Borchgrave et de Sélys-Longchamps, membres de la Société entomologique, et MM. leD r Lambotte et le professeur Laboulle, de Verviers, membres de la Société de botanique. Nous partîmes en voiture de Verviers pour Dolhain et Goé où commence la grande forêt d’Hertogemvald, vers le confluent de la Gileppe avec la Vesdre. A ce point nous quittâmes la route de Goé à Eupen, pour suivre celle qui, à travers la forêt, monte continuellement jusqu’à la Baraque-Michel, située tout à fait à la frontière belge ; cette route se bifurque ensuite en entrant en Prusse, conduisant d’une part à Malmedy et d’autre part vers Soorbrodt et l’Eifel. A mi-chemin de Goé à la Baraque, nous nous arrêtâmes à la maison de garde de Hestreux, dont l’altitude indiquée est de 442 mèti’es au dessus du niveau de la mer. Entre Goé et la Baraque, on ne rencontre dans la forêt que cette habitation et, un peu plus loin, celle de Drossart. Nous explorâmes Hestreux pendant plusieurs heures de l’après-midi. C’est là que M. Walthère de Sélys vint nous rejoindre et prit le seul Polyommatus Chryseis observé pendant l’excursion. M. de Borchgrave aperçut un Colias qu’il considéra comme le palæno. On prit plusieurs Erebia médusa en mauvais état, dont une dépourvue de points noirs ocellés aux ailes supérieures. M. de Sélys père trouva (î) Note du Rapporteur. Les observations géologiques et botaniques sont dues en grande partie à M. Weyers, celles sur les coléoptères à M. le D r Chapuis et la détermination des Lépidoptères nocturnes à M Weinmann. — 4 dans la forêt un exemplaire unique de la rare Chrysopa fulviceps, et prit une Procris dont il sera parlé plus loin. Plusieurs d’entre nous allèrent jusqu’à la vallée remarquable de la Saüer, affluent de la Helle et qui mériterait d’être explorée. MM. Cha- puis et Weyers y recueillirent un assez grand nombre de coléoptères. MM. Chapuis et Lambotte durent à notre grand regret nous quitter et retourner à Yerviers. Nous arrivâmes le soir à la Baraque-Michel, autrement dite : MaisonFischbach. La forêt cesse deux kilomètres auparavant aupoint où la route traverse le ruisseau Drossart, affluent de la Gileppe. Le haut plateau tourbeux et marécageux est nommé Hautes-Fanges en français, Hautes-Fagnes en wallon, et Hohe-Vehn en allemand. Quant au nom wallon que nous adopterons, nous devons prévenir qu’on n’est pas bien d’accord sur son étymologie. M. le président Grandgagnage, l’auteur des Wallonades, le fait dériver de Fagus (hêtre) d’où Silva Faganea (Forêt des hêtres) à cause des troncs nombreux de cet arbre que l’on rencontre enfouis dans la tourbe. M. Ch. Grandgagnage, auteur du Dictionnaire étymologique de la langue wallonne, croit au contraire qu’il provient du nom allemand Hohe-Vehn dont la signification est à peu près celle de Hauts- Marais ou tourbières, Hautes-Fanges. Le plateau est composé de tourbes atteignant parfois une grande épaisseur, et parsemé çà et là de gros blocs erratiques de quartzite appartenant au système Revinien de Dumont. Ces tourbes sont formées par l’accumulation lente et successive de diverses espèces de Sphagnum constamment arrosées par les pluies qui sont très fréquentes et très abondantes sur le plateau. Elles forment avec les neiges le grand réservoir naturel de plusieurs cours d’eau dont nous parlerons plus loin. La tourbe servant de combustible dans le pays, on conçoit qu’elle fait l’objet de nombreuses exploitations qui ne paraissent pas être faites bien systématiquement et consistent en excavations plus ou moins profondes creusées çà et là et abandonnées ensuite pour en ouvrir d’autres un peu plus loin. Ces excavations abandonnées se remplissent d’eau, qui se recouvre de couches décevantes de Sphagnum plus ou moins épaisses, mais d’un beau vert, qu’il faut éviter avec beaucoup de soin pour ne pas s’y embourber d’une façon parfois dangereuse. Quelques parties élevées du plateau présentent un terrain assez solide, couvert de bruyères ; mais dans la plupart des cas ce n’est qu’une masse spongieuse imprégnée d’eau qui s’y trouve retenue par le sous-sol composé d’une argile compacte tout-à-fait imperméable. Différentes lignes de rigoles ont été établies et drainent certaines parties du plateau afin de permettre les plantations d 'Epicéa. M. Laboulle pense que ce drainage jette la perturbation dans le régime des cours d’eau qui débordent à la fonte des neiges et après les orages, et qui sont presque à sec pendant le reste du temps. Il paraît que le nom de Baraque-Michel ( 1 ) vient de ce qu’un pauvre diable de ce nom éleva une chaumière au commencement de ce siècle, dans ce lieu solitaire et désert, alors privé de tout chemin praticable. Comme il arrivait chaque année que des voyageurs isolés d’Eupen, de Jalhay, de Malmedy, de Spa ou de Stavelot s’égaraient dans ces solitudes pendant l’hiver et périssaient dans les neiges et dans les. tourbières marécageuses, des personnes bienfaisantes de Stavelot, la famille Fischbach, chargèrent les habitants de la cabane, reconstruite plus solidement, de sonner de temps en temps une cloche pendant les nuits d’hiver et d’allumer un petit fanal au-dessus de l’habitation, afin de fournir une direction aux voyageurs égarés. On nous a conté que la corde de cette cloche se trouvait placée contre le lit du ménage. Depuis ce temps, on a bâti une belle chapelle à une cinquantaine de pas de la maison, et la cloche y a été placée après la construction de la route d’Eupen à Malmedy qui passe à la Baraque ; maintenant la cloche n’est donc plus sonnée et le fanal ne s’allume plus. Nous ne croyons pas que ce changement soit favorable, car on nous a raconté que pendant le dernier hiver de 1870-1871, deux ou trois personnes avaient encore péri dans les environs. Nous avions donc à la Baraque-Michel un établissement hospitalier qui représentait en dimensions microscopiques l’hospice du Grand Saint-Bernard, comme notre sommet des Ardennes rappelait dans des proportions tout aussi réduites celui de la célèbre montagne des Alpes suisses. La Baraque-Michel est le point le plus élevé de la Belgique ; son altitude est de 672 à 674 mètres, selon diverses estimations, mais le sommet réel de l’Ardenne est situé à 2 kilomètres plus loin, sur le territoire prussien, près de la route de Soorbrodt. Il consiste en une borne et est désigné sous le nom de Signal de Botrange ; son altitude est de 689 mètres, mais des appréciations barométriques paraissent indiquer que le signal est d’environ 24 mètres plus élevé que la (I) Le premier habitant se nommait Michel Schmidt, et ses descendants habitent encore au même endroit. . Baraque; ce signal approcherait donc de 700 mètres. M. Houzeau eu iixe la latitude à 50° 31' N., et la longitude à 3° 44' E.- Notons pour terminer que, dans la cave de la Baraque, se trouve une source minérale ferrugineuse (Pouhon) d’un goût agréable, d’une fraîcheur extrême et que les habitants ont encore uii registre en bien mauvais état, il est vrai, sur lequel les touristes peuvent inscrire leurs noms. Ce n’est pas à la Baraque que nous logeâmes, car la place eût manqué; nous allâmes à un kilomètre environ plus loin, à l’auberge tenue par M. Iloen, sur le territoire prussien. Ce lieu porte le nom de Monte Begi. Nous fûmes rejoints le soir par MM. Devos et Bodson, membres de la Société de botanique, arrivant de Hockay, à travers les tourbières avec grande difficulté, et qui nous quittèrent le lendemain soir ainsi queM. Laboulle, au moment où M. Weinmann nous arrivait de Bruxelles. L’excursion du 9 et du 10 juillet fut favorisée par un temps magnifique comme celle du 8. Malgré la grande altitude de ce plateau désert et dégarni, qui forme un dôme évasé exposé à tous les vents sans aucun abri ni arbres (ne parlons pas des jeunes sorbiers plantés le long de la route), le thermomètre marquait encore environ -)- 20° cent, à l’entrée de la nuit. Ce sommet en foi'me de dôme évasé, donne naissance à la Helle qui part de la fontaine Perigné, où se trouve la borne frontière, et forme à l’est la limite de la Belgique presque jusqu’à son confluent avec la Vesdre qui a lieu à Eupen.La Saiier se dégage du plateau, se dirigeant au nord, et tombe dans la Helle avant Eupeu. On trouve ensuite le ruisseau Drossart qui se réunit à la Gileppe. Celle-ci suit la direction nord-ouest et se réunit à la Vesdre au-dessus de Goé, en aval du gigantesque barrage de G0 mètres d’élévation, que l’on construit eu ce moment et qui doit emmagasiner, au profit de la ville de Verviers, les eaux de la Gileppe alimentées, dit-on, par l’écoulement des pluies et des neiges de 4,000 hectares de fagues et de forêts. A l’ouest et au sud-ouest du plateau sont situées les sources de la Hoegne et de ses affluents, autrement dite : rivière de Polleur, qui reçoit à Eranchimont le Waghai, ou rivière de Spa, et se jette dans la Vesdre à Pépinster; enfin au sud des Hautes-Fagnes sont les sources de l’Eau-rouge, de la Warge, du Hockay et autres affluents de l’Emblève. Le mauvais temps qui se déclara le mardi, 11, nous empêcha d’explorer la pente sud-ouest vers la Hoegne et de revenir à Spa par le — 7 — Hockay, comme nous le promettions et nous dûmes regagner nos foyers par Eupen et Verviers. La végétation ne semble pas riche en espèces, mais elle a un caractère particulier. On remarque sur le plateau et aux sources des ruisseaux la magnifique Arnica montana, en pleine floraison; les prés humides abondent en Orchis; les marécages en Eriophora, dont les graines en panaches blancs et cotonneux se voient de loin. On observe les Vaccinium uliginosum, myrtillus et Vitis-Idcea , VOxycoccos palustris est plus rare, le Spartium scoparia, les Genista anglica et pilosa, la Pteris aquilina , la Calluna vulgaris, VErica tetralix, les Lyco- podium clavatum et selago. M. Weyers signale encore le Comarum palustre dans la fagne, vers la Helle, les belles orchidées Platanthera bifolia, Gymnadenia albida, les Trientalis europœa et Menyanthis tri- foliata. Les Lépidoptères, excepté le Cœnonympha Pamphilus , manquaient en général dans les parties marécageuses et tourbeuses dépourvues de broussailles. Les belles captures dont nous allons parler et qui étaient l’objet principal de l’excursion, eurent lieu vers les stations de VArnica montana et surtout à la lisière de la forêt, vers une langue assez étroite de bois rabougri, qui commence au pont de la route, au nord de la Baraque-Michel, aux sources du ruisseau Drossart, affluent de la Gileppe. Ce bois remonte à l’est vers le sommet du plateau, où toute végétation cesse bientôt. Les dernières broussailles, aux limites des tourbes marécageuses, contenaient surtout : Salix repens et caprœa, Sorbus aucuparia , Quercus robur, Fagus sylvatica, Carpinus betulus , Populus tremula, Juniperus europœa, Betula alba, Vaccinium uligi- nosum et quelques Rosa, que nous n’avons pas déterminées. L’aspect du plateau changera bientôt, en partie du moins, car on y a planté sur mottes et en lignes des Abies excelsa, qui paraissent y prospérer. Notons en passant que le Pinus sylvestris et le Larix, plantés en grand nombre dans la partie belge de l’Hertogenwald, à Hestreux, Membach, etc., ont horriblement souffert des neiges et des ouragans, qui les ont en partie brisés ou déracinés, tandis que VAbies excelsa résiste bien mieux à ces phénomènes météorologiques si fréquents dans cette contrée. Les Allemands en préférant VAbies pour la partie de la fagne nouvellement plantée, entre l’auberge de M. Hoen et le signal de Botrange, montrent leur esprit pratique. Vers cette zôue, M. Weyers remarqua sur le sol une grande quantité de pierres qui paraissent être des silex du terrain crétacé. Il ne faut 8 — pas confondre ces silex avec les pierrailles d’une ancienne voie romaine qui se dirigeait du pont Drossart vers le signal de Botrange et dont on découvrit les vestiges, il y a quelques années, dans les environs immédiats de la Baraque, près de la fontaine Perigné. La construction de cette cliaussée paraît avoir été faite dans de bonnes conditions de solidité et de durée. Elle consistait, selon un habitant du pays qui en parla à M. Weyers, en troncs de chênes, posés d’abord longitudinalement, puis recouverts par d’autres transversalement. Dans les interstices étaient placés des blocs de quartzite et des dalles de schiste, de façon à permettre le roulage des chars. On pouvait encore constater les sillons que ces véhicules y avaient tracés. M. Weyers vit. en effet, quelques traces de cette puissante chaussée, mais les troncs d’arbres avaient disparu. La Société entomologique avait reçu de notre confrère, M. Maassen d’Elberfeld, les Argynnis Ino, Aphirape , Pales var. arsilache et le Colias Palœno, dont les deux dernières étaient nouvelles pour notre faune. Cet entomologiste les ayant prises non loin de la Baraque-Michel, la Société avait décidé que l’excursion de cette année aurait lieu dans cette contrée, et nous réussîmes complètement, car chacun de nous a pu constater la présence de ces deux espèces et en prendre plusieurs exemplaires les 9 et 10 juillet. La Colias Palœno ne diffère nullement des individus des hautes Alpes suisses. Elle n’était pas très-rare, mais volait avec rapidité, à la manière de VEdusa. Nous la prîmes près de la Baraque et autour de la traînée de bois rabougris, vers les sources de la Gileppe. C’est autour du même bois marécageux que volait assez communément VArgynnis Pales, qu’au vol on distinguait bien de la Selene , à sa nuance plus rouge. Elle appartient à la race germanique sous-alpine nommée arsilache, qui se distingue de la Pales des Alpes, parce que le dessous des ailes supérieures est tacheté de noir. Une seule femelle fut capturée ; elle est presque colorée comme les mâles. Cette Argynne se pose volontiers sur les fleurs de VArnica et sur un grand chardon nommé Onoponlum ; la Colias palœno, sur les feuilles du Vac- cinium uliginosum et sur le Spartium scoparia. M. de Sélys prit deux Cœnonympha üavus et M. de Borchgrave une Argynnis aphirape, espèce observée d’abord par M. de Sélys, dans la vallée, près de St-Hubert, avec 1L1. Ino. Ces espèces, ainsi que VErebia médusa , étaient sur leur déclin. Le dimanche nous rencontrâmes, près des sources de la Gileppe, MM. Haas et Kaltenbach fils, entomologistes d’Aix-la-Chapelle, qui avaient remonté les vallées de la Helle et de la Saiier. Us y avaient — 9 - capturé eutr’autres la Nymphalis populi et VArgynnis papliia; ils nous avertirent qu’aux sources de la Gileppe, on rencontre en mai le Polyommatus Ilelle qui jusqu’ici, en Belgique, n’avait été observé que près d’Arlon, il y a 30 ans, par notre collègue M. J. Putzeys. Nos confrères d’Aix-la-Chapelle furent peut-être assez intrigués d’entendre le son du cornet dans cette forêt sauvage. C’était, en effet, une partie de notre caravane à la recherche de l’autre, qui s’était éloignée depuis la matinée et qui finit par rejoindre, grâce à ce moyen d’appel, que nous croyons fort recommandable quand on fait des excursions dans les bois. Nous en avons emprunté l’usage à M. Du Mortier, membre de la Chambre des Représentants et Président de la Société de Botanique qui, lors des excursions, s’en sert avantageusement pour rassembler les botanistes dispersés. Nous nous résumerons en constatant que la faune entomologique du plateau des Hautes-Fagnes, d’accord avec la flore, est le type le plus marqué do la région ardennaise. Elle manifeste le caractère sous-alpin par la réunion des lépidoptères suivants : Coliaspalœno, Polyommatus chryseis, P.helle , Argynnispales var. arsilache , A. aphi- rape,A.Ino, Erebia médusa, Cænonympha Davus (type) et Hydrocampa litteralis. En terminant, nous dirons deux mots de l’excursion faite les 18 et 19 juin de cette année par la Société de Botanique, aux environs de Moresnet, de Dolhain et de Goé, qui fut contrariée et interrompue par le mauvais temps. MM. de Sélys-Longchamps et de Borch- grave y prirent part et capturèrent quelques Nemeobius lucina L. M. de Borcligrave prit un Polyommatus chryseis près de Moresnet et M. de Sélys-Longchamps, un Agrion puella femelle, d’une variété singulière, chez laquelle les bandes humérales vertes du devant du thorax sont réduites î\ une petite tache inférieure arrondie, près du prothorax. On prit aussi la Phrygane nommée : Stenophylax luc- tuosum. Le 9 août j’ai fait avec M. de Borcligrave une excursion au Ilockay. On descend à cette halte une demi-heure après être parti de Spa par le chemin de fer qui conduit à Luxembourg. Le Hockay est à une altitude d’environ GOO mètres. Le village est remarquable par les énormes haies de hêtres qui entourent la plupart des maisons et des jardins et qui les garantissent contre le vent et les neiges. Nous avions en vue, à l’horizon, l’auberge de M. Hoen et la Baraque-Michel, à environ deux lieues, mais paraissant beaucoup — 10 — plus rapprochées à cause de la transparence de l’atmosphère à cette grande élévation. Nous avons retrouvé des stations à.'Arnica vnontana et nous avons eu la grande satisfaction de prendre plusieurs Argynnis Pales ( var. arsilache ), qui volaient au milieu des marécages mélangés de broussailles, et accompagnées de Cœnonympha Davus, de sorte que nous ne doutons pas que cette localité, beaucoup plus facile à aborder que la Baraque-Michel, ne présente à peu près la même faune entomologique. Nous recueillîmes les diurnes suivants : Pieris brassicœ , — rapæ, — napi (i) *, Polyommatus phlæas , Argynnis arsilache , — selene , — Aglaia * (un exemplaire très-petit), Satyrns hyperanthus, — janira, Cœnonympha Davus , — Pamphilus, Vanessa lo, * — urticœ, Hesperia linea *, — sylvanus. Je pris aussi une Æschna juncea. Le lendemain, 10 août, j’explorai la hauteur au-dessus de la Géronstère, jusqu’à la ferme de Berinzenne. En outre des Pieris, des Hesperia et des Vanessa observées la veille, je vis en grand nombre Satyrus tithonus * et Thecla lynceus *. M. de Borchgrave explora ce jour-là la hauteur de Deigné et de La Reid ; il y rencontra le Satyrus semele * et la Lycœna Ægon *, espèces que je n’avais rencontrées, ni au Hockay, ni à la Géronstère. LISTE DES ESPÈCES OBSEHVÉES LES 8, 9 ET 10 JUILLET. Coléoptères. Les coléoptères rencontrés pendant l’excursion ne furent pas très- nombreux, l’époque choisie n’étant pas très-favorable pour cet ordre d’insectes, car elle était trop avancée pour la faune du printemps et pas assez pour celle de l’automne. MM. Chapuis et Weyers seuls les recherchèrent. Les Carabiques du plateau des Ardennes, eu particulier de la Baraque-Michel, ont déjà été étudiés avec soin par notre collègue M. Putzeys, qui en a fait connaître l’énumération in extenso dans le tome IX de nos Annales (page XXIX des Bulletins). Nous y renvoyons nos collègues. L’un de nous, ayant recueilli un certain nombre de Carabiques pendant l’excursion et les ayant envoyés (I) Les ’ indiquent les espèces non observées à la Baraque-Michel. r — 11 — à l’examen de M. Putzeys, voici ce que ce dernier en dit, après avoir bien voulu les déterminer : u Quoique l’exploration des Hautes-Fagnes de la Baraque-Michel eût été fixée à une saison trop avancée pour les coléoptères, M. Weyers en a rapporté cependant un certain nombre de carabiques intéressants. Il suffira de citer VAgonum gracile St., non encore rencontré à la Baraque-Michel ; le Bembidimn humer ale St., belle et rare espèce, dont 2 exemplaires seulement avaient été rencontrés jusqu’ici en Belgique, l’un à la Baraque et l’autre dans les Fonds de Quarreux ; VAgonum ericeti St., variété noire, trouvée aullestreux. Il faut aussi mentionner un exemplaire noir de VAgonum sex-panc- tatum. « M. Chapuis qui, depuis quelques années, a visité maintes fois le plateau de la Baraque-Michel et qui y a fait des découvertes fort intéressantes pour notre faune nationale, a bien voulu nous faire parvenir un petit aperçu de la faune du plateau, que nous publions ici avec plaisir et qui sera accueilli, sans aucun doute, avec intérêt pour tous : “ Lorsque la faune du plateau de la Baraque-Michel et des plateaux secondaires qui y conduisent, sera mieux connue, il n’est pas douteux qu’elle nous apparaîtra tout aussi spéciale et tout aussi digne d’intérêt que la flore que nous ont fait connaître deux célèbres collaborateurs : le D r Lejeune et M Uo Libert. Déjà, au point de vue de l’entomologie et spécialement des coléoptères, des découvertes intéressantes ont été faites. Je ne signalerai pas les espèces de carabiques que l’on y rencontre, puisque notre excellent collègue, M. Putzeys a bien voulu se charger de cette tâche ; pour ce qui me concerne, je ne donnerai pas non plus la longue énumération des types qui s’y trouvent; je crois devoir me borner à signaler les espèces remarquables et celles qui sont nouvelles pour notre faune. En premier lieu, je citerai le Corymbites angustulus Kiesw., qui, ^ jusqu’à ces derniers temps, n’avait été signalé qu’au Harz ; on le rencontre ça et là pendant les mois de mai et juin aux environs de Sart et du Hockay; il paraît vivre sur les saules ; c’est une espèce toujours rare. On rencontre dans les mêmes conditions le Corymbites affmis Payk. que le D r Candèze signale comme vivant dans l’Europe boréale et la Sibérie. Je ne parlerais pas du Corymbites quercus Oyll. qui, comme les deux précédentes, habite les montagnes, si ce n’était pour indiquer la présence aux environs du Hockay, d’une variété à élytres d’un jaune testacé. 12 — Dans cette même famille des Élatérides, j’ai éprouvé, il y a quelques années, une vive satisfaction de rencontrer vers les plateaux les plus élevés, une grande espèce qui était alors nouvelle pour notre faune : le Corymbites cupreus Fab., Var. œruginosus Fab. C’est un très bel élatéride à antennes pectinées, dont la couleur d’un vert bronzé présente souvent des reflets pourprés. Nous ne signalerons que pour mémoire la présence, dans les mêmes parages des Campylus linearis Lin., Megapentlies tibialis Lac., des Agriotes gallicus Lap. et picipennis Bach. Lors de la dernière excursion de la Société entomologique, le 9 juillet, l’époque d’apparition de ces coléoptères était passée, celle des Tcléphorides l’avait remplacée ; aux environs de Hestreux, dans la forêt d’Hertogemvald, nous avons rencontré l'Absidia jtnlosaPayk., que M. Miedel avait déjà signalée au même endroit; 1 ePodabrus alpinus Payk., espèce rare qui habite çà et là en Belgique, et, comme espèce nouvelle pour notre faune, le Pygidia denticoUis Scbumm, ( 1 ). En même temps que ces Téléphorides, on recueille parfois le Pyro- chroapectinicornisFah. et, moins rarement, le Pyrochroa coccinea Lin. qui vole vers le soir et que sa couleur éclatante trahit de loin. Parmi les Lamellicornes, nous n’avons guère à noter que VHoplia farinosa Lin.,prise au vol aux environs de Hestreux par M. Miedel, et que j’ai retrouvée cet été en battant les haies aux environs de Heusy. Deux petites espèces très-intéressantes doivent être inscrites ; ce sont VElmis angustatus Miill., que j’ai trouvée dans la Helle non loin delà Baraque, et le Lathridius nodifer Westw. ; cette dernière espèce, découverte par M. Westwood aux environs de Londres, a été recueillie non loin de la Chapelle Fischbach, au premier printemps 1870; elle n’est signalée, ni dans le catalogue des coléoptères des environs d’Aix-la-Chapelle par M. Forster, ni dans celui des insectes d’Allemagne par M. Kraatz ; dernièrement elle a été retrouvée en Hollande et notée par M. Snellen van Vollenhoven. Quelques bonnes espèces de Curculionides ont été récoltées au Ilockay, entre autres le Barinotus squalidus Sch. et le Tropiphorus rnercurialis Fab. Le Liophlœus aquisgranensis Forst, à Fleusy et le Cœnopsis fissirostris Walton, de même à Heusy. Deux Longicornes seulement sont à signaler : la Stenostola nigripes Fab., et la Strangalia 4-fasciata Lin. Les Staphylinides sont plus nombreux et de nouvelles recherches, (I) Dans la séance du 7 janvier 1871, M. do Borre a fait voirun exemplaire de cette espèce, 1 ‘ris à Paliseul (Luxembourg). 13 de nouvelles études ne peuvent manquer de signaler des choses intéressantes. Jusque maintenant nous noterons : Acidota crenata Fab. au Sart et Acidota eruentata Mannh. à Heusy; aux environs de la Baraque : Omalium inflatim Gyll. nouveau pour notre faune, et Tachinus elongaius Gyll. Une capture très-intéressante est celle du Compsochiluspalpalis Er. aux environs de Jehanster. C’est dans cette dernière localité, en secouant les branches de pins que j’ai trouvé le Laricobius Erichsoni Rosh. de même que plusieurs Psélapliiens très-rares, en fauchant dans les clairières des bois : Trichonyx Markelii Aubé, Bythinus Burellii Denny et Claviger longicornis Mülh LeCephennium thoracicum Müll. n’est pas bien rare; en hiver, il paraît se réfugier sous les écorces des souches de bouleau. Parmi les Hétéromères, nous ne devons pas passer sous silence VAbdera 4-fasciata Curt., Lissodema denticolle Gyll. et Mordellistena jmsilla Redt? Les Chrysomélines sont représentées dans ces parages élevés par quelques bonnes espèces ; nous citerons la Donacia affinis Kuuze et ses deux variétés : rustica Kunze et pallipes Kuuze. La Donacia sericea Lin. nous offre toutes ses belles variétés de nuances, et en outre la variété Comari , regardée par M. Suffrian comme une espèce distincte. Au Sart, j’ai récolté le Cryptocephalus flavescens Schrn. ; à Heusy, le C. pygmœ-us Fab, et le C. macellus Suff. La Chrysomela marginalis Duft. est très-commune au Hockay ; la Gonioctena flavicornis Suff. espèce nouvelle aussi pour notre faune, a été trouvée à Heusy ; la Gonioctena pallida Lin. et toutes ses variétés de coloration jusqu’au noir profond se rencontrent à la Baraque. Près de Jehanster, j’ai trouvé en fauchant le Plectroscelis sub-cærulea Kutsch. Il y aurait encore beaucoup d’espèces à noter et même passablement d’espèces nouvelles pour notre faune, parmi les Cryptophagides, les Trichoptérygides et les Curculionides,mais elles trouveront place dans un catalogue général ; nous avons seulement voulu attirer l’attention de nos collègues sur cette partie de la province de Liège, afin de les engager à y diriger leurs pas ; nous ferons tout ce qui dépendra de nous afin que leurs recherches soient couronnées de succès. / 14 — Coléoptères. (Abréviations : H. Hestrcux. — B. M. Baraque Michel.) Cicindela campestris L. H. B-M. Notiophilus aquaticus L. B-M. Carabus arvensis F. B-M. Clivina fossor L. B-M. Dyschirius globosus Hbst. H. B-M. Agonum VI punctatum F. var. obsc. B-M. — ericeti Panz. H. — gracile St. B-M. Anchomenus albipes F. II. Olisthopus rotundatus Pavk. H. B-M. Pœcilus cupreus L. H. B-M. Omaseus nigrita F. B-M. Argutor diligens St. H. B-M. Anisodactylus binotatus F. II. Trechus secalis Payk. B-M. Bembidium Mannerheimii Slb. B-M. — humerale St. B-M. — lampros Hbst. H. B-M. — tibiale Duft. II. — bruxellense Wesm. B-M. — nitidulum Msh. B-M. Agabus uüginosus F. B-M. Oxythyrea stictica L. H. B-M. Trichius fasciatus L. II. B-M. Campylus linearis L. H. Melanotus castanipes Payk. H. Elater sanguineus L. B-M. Pygidia denticollis Schum. II. Gis boleti Scop. B-M. Pyrochroa coccinea L. II. B-M. Tetrops præusta L. H. Rhagium inquisitor F. H. B-M. Strangalia atra F. H. — armata Hbst. II. Pachyta octomaculata F. B-M Donacia discolor Hoppe B-M. Cryptoeephalus sericeus L. H. B-M. Phratora vitellinæ L. H. Luperus betulinus Fourc. H. Ilalyzia conglobata L. H. Tritoma bipustulata F. H. Lépidoptères (1). A. DIURNES. Aporia crntægi L. Quelques Ex. Pieris brassicae L. Id. — rapæ L. Id. Colias palæno L. Assez commun; stations de l’Arnica. Thecla rubi L. vSaison presque terminée. — quercûs L. (vu). Un seul Ex. Polyommatus cliryseis S. V. (llippothoë L. ?) selon Staudinger. Un seul Ex. Hestrcux. Nymphalis populi U. Vallée de la Saiier. Vanessa urticæ L. Un seul Ex. MelUæn anemis S. V. Très-commun, mais fané. Melitæa Atbulia Esp. Très-commun, plusieurs variétés. Argvnnis aphirape llubn. Deux Ex. — selene S. V. Très-commun. — pales S. V. (Var. arsilaclie Esp.) Assez commun, sources de laGileppe. Argynnis paplna L. Vallée de la Saiier. Erebia médusa S. V. Commun, mais fané. Pararga mæra L. Type obscur. Un seul Ex. contre un rocher. Epinephele hvperanthus L. Très-commun. Cœnonympha davus F. Deux Ex. fanés, sources de la Gileppe. Cœnonympha pamphilus L. Excessivement commun. Syrichthu3 malvæ L. (Alveoîus Ililbn.) var. Taras Meig. Un seul Ex. Hesperia sylvanus Esp. très-commun. B. SPHINGIDES. Dcilephila porcellus L. Plusieurs sur les prés, le soir. Susia spheciformis S. V. sur l’Arnica. Deux Ex. Procris ? Quelques Ex. Le mâle a les ailes supérieures bleu-verdâtre, les antennes ont les pectinations très-largement divariquées et la pointe plus épaisse que chez le P. statices ordinaire. Zygæna trifolii Esp. et Var. minoides. Assez ' commune. (1) Les Noctuéiides ont élé déterminées par M. Weinmann, qui en prit une bonne partie, à la miellée, contre le tronc des sorbiers plantés sur la route, près de l’auberge, et sur une prairie, a coté de la même habitation, dans la soirée. Il est remarquable que nous ne vîmes absolument aucune espèce dé Lycœna. La première saison était passée et la seconde, non encore commencée. 15 C. BOMBYCES. Setina mesomella L. Quelques Ex. Gnophria quadra L. Un seul Ex. Nemeophila russuîa L. très-commune. — plantaginis L. et Var. bospita S. V. très-commune. Limacodes testudo S. V. Un seul Ex. Bombyx quercûs L. commun. Saturnia pavonia L. (carpint S. Y.) Chenille sur l’Erica tetraîix. Clostera reclusa S. V. Quelques Ex. pris h la miellée. D . NOCTUÉLIDES. Acronycia menyanthidis. Vu à la miellée, commune. Agrotis porphyrea S V. Commune. — pronuba L. lii. — exclamationis L. pyrophila S. V. Un seul Ex. le soir sur la prairie. Mamustra nebulosa Hufn. (plebeja Hübn.) — contigua S. V. — genistæ Borekh. — dentina S. V. llaclena adusta Es|>. — rurea F. Leucania comma L. Anarta myitilli L. Le jour snr les Erica. Prothymia (Anthophila) ænea S. V. Euclidia glvphica L. Hypæna rostralis L. E. PHALÉNIDBS. Ellopia fasciaria L. Angerona prunaria L. Bupalus piniarius L. Ematurga atornaria L. Thamnonoma brunneata Thb. (quinqna- ria Hb.) Fidonia limbaria F. Boarmia consortaria F. Ortholitha plumbaria F. (palumbaria S. V.) Cabera pusaria L. Veniiia macularia L. Cidaria hastata L. — montanuta S. V. — albicillata L. — bilineata L. Acidalia mutata Tr. Enpithecia pîumbeolata IIw. Bogranda- i ia B. ? F. PYRAMDES. Botys litterata Sc. (literalis S. V.) Sources de la Gileppe. E. PTÉROPHORIDES. Plütyptilia nemoralis Zell. var. saracenica Wocke. Espèce nouvelle pour la Belgique. Névroptères. A. PSOC1DÆ. Cæcilius obsoletus. Peripsocus phæopterus. Stenopsocus cruciales. B. ODONATES. Libellula cœrulescens F. Commune. — sanguinea Mttll. Un seul Ex. — depressa Lin. Id. — dubia Vanderl. Très-commune partout; cette espèce est rare et locale ailleurs. Cordulia arctica Zett. (vue). Gomphus forcipatus L. (vu). Cordulegaster annulatus Lat. (vu). Æschna juncea ? L. (vue). Calopteryx virgo L. Agrion minium Harris. C. EPHEME1UDÆ. Ephemera danica, et quelques autres. D. PERL1DÆ. Nemura variegata — marginata Ohloroperla rufeola. E. HEMEROBIDÆ. Chrysopa vittata YVesm. (integra Hag.) — alba L. — ventralis Curt. — perla L. — fulviceps Steph. Hemerobius nervosus? — limbatus. F. PANORPIDÆ. Panorpa communis L. Type peu taché. — germanica. Souvent sans taches. — alpina. G. PHRYGAN1DÆ. Plusieurs espèces, entr’autres Neuronia ru- ficrus. 16 Orthoptères. Forflcuia auricularia L. (nymphe). Blatta lapponica L. Odontura punctatissima Bosc.(nymphe . Stenobothrus viridulusL. Gomphocerus biguttatus Charp.. Tettix bimaculata L. Hyménoptères. Hylotoma nigripes Retz. B-M. I Andrena albicrus 111. Athalia annulata Fab. B-M. | Banchus pictus Fab. var. 2. Wesm. Diptères. Tabanus luridus. Hémiptères. Corisa nov. spec. ? B-M. Salda orthochila Fiob. H. B-M. — littoralis L. (St.) var. morio Zett. B-M. Monalocoris filicis L. II. Pithanus Mürkelii H.-S. II. Capsus ater L. II. Aleodes inflexus WUf. H.