Í>SÍ> «MMMz Eâ A-WàêMìS!! 1 vV '-i DISCOURS PHILOSOPHIQUE St/R les trois Principes } Animal, Végétal , & Minéral. TOME premier; > DISCOURS PHILOSOPHIQUE SUR LES TROIS PRINCIPES, ANIMAL, VÉGÉTAL ET MINÉRAL. o u LA CLEF DU SANCTUAIRE PHILOSOPHIQUE. Par Sabine Stuart de Chevalier. Cette Clef introduit celui gui la pojsede dans le sanctuaire de la Nature ; elle en découvre les mystères , elle sert en même tems à dévoiler les Ecrits du célèbre Basile Valenlin, & à le dé- froquer de l'Ordre respectable des Bénédictins , en donnant la véritable explication des doutée Clefs de ce Philosophe ingénieux. TOME PREMIER» >»Lêrs> a paris, Chez Q v 1 1 1 A v, Libraire, rue Christine, au Magafín Littéraire, par Abonnement. M. D C C. L X X X I. Avec Approkamn-jb. Privilège du Roi. U A V PRÉFACE. J’AI reçu cette précieuse Cleí ou ces leçons de mon mari ; elle découvre, quand on sçait s’en servir à propos, tous les mistères de la Science la plus sublime & la plus utile pour la santé , & quand on a le bonheur de les comprendre & de les mettre en pratique , on ne doit plus s’occuper qu’à pratiquer le bien selon ^intention des Philosophes, c’est- à-dire , des Sages. La lumière de la Chimie est la sagesse qui doit briller dans les ténèbres , comme Basile le dit dans la troisième Clef de ses ouvrages sublimes. Tous ceux qui travaillent en a iij vj PRÉFACE . Chimie sont pour lordinaireappelles Chimistes j cependant il est certain que tous n ont pas la même intention , ni la même science, c’est pourquoi ils font bien différens. Je ne parle ici que de la véritable Alchimie méthodique convenable à la Nature, parce quelle enseigne d’abord entr autres choses, à discerner & à connoître parfaitement le mal du bien , le mauvais du bon, Le Impur d’a- vec le pur , par le moyen de laquelle on peut subvenir à l'im- puissastce de la Nature & la corriger , laquelle procède alors en laugmentation des métaux de la même manière, comme si on vouloir aider à un fruit qui est verd en lui procurant fa maturité , ou PRÉFACE. vij comme si on vouloir d’un seul grain ou d’une seule semence en faire une augmentation St une très - grande multiplication , ct quil est: possible de faire avec peu de frais. L autre Art Chimique qui est: sophistique St faux, je ne l’entends pas &: je ne désiré pas de rapprendre, parce qu’il détourne son maître du bon chemin en lui promettant des montagnes d’or, mais" ses promesses font vaines & frivoles ; St si quelqu’ignò- rant vous propose de travailler avec vous, en vous disant quil na pas le moyen de suppléer aux dépenses requises potir faire ì œuvre, alors soyez bien fur vos gardes, St ne vous y fiez pas ; car chez lui le serpent est caché a ìv vii] PRÉFACE. sous l’herbe, ii veut vous attra* per. Mais comme il y a encore un grand nombre de personnes, lesquelles , fans vouloir duper les autres , passent leur vie dans les méditations les plus pénibles ôc le travail le plus rude dont la fin pour l’ordinaire est de se ruiner sans rien trouver d utile, surtout quand un vain désir les engage à chercher les moyens de faire de for pour satisfaire leur cupidité & leurs débauches ; en pareil cas je déclare que mon intention n’est pas de leur donner des lumières aussi étendues que je le pourrois 5 c est pourquoi, asin d’y mettre des bornes, je me servirai dans certains endroits de cet Ecrit, d allégories, pour mettre IX PRÉFACE . un frein au désir qu’ils auroient d’acquérir des richesses uniquement pour les employer à leurs débauches. II ne faut pas jetter des perles devant les pourceaux, Dieu le défend absolument. A l’égard de ceux qui auront un désir sincère de pratiquer le bien , je les aiderai autant qu i! dépendra de moi 5 & s’ils avoient une autre Clef, elle les condul- roit bientôt dans le jardin des Hefpéries pour y cueillir la pomme d’or & la distribuer aux malheureux qu on doit secourir. Cette pomme d’or tant desirée est l’arbre de vie, la médecine universelle ou l’or potable qui guérit si promptement les maladies les plus désespérées & prolonge la vie comme celle des a v X PRÉFACE. Patriarches dans une parfaite santé , au-delà des bornes les plus reculées. Ah ! si les hommes sçavoient les merveilles de ce remède divin , & quelle médecine ils peuvent tirer d’en-haut & des entrailles de la terre oh font renfermés les plus riches trésors, il eíl bien certain qu’ils ne se laifíèroient pas Mourir si promptement Le à la fleur de leur âge, pour aller pourrir dans un tombeau. Une vie longue fans infirmité eíl toujours la récompense du Ciel. En possédant ce trésor ou cette médecine universelle, ils pour- roient 1 employer à se conserver long-tems fur la terre avec leurs amis, & ils auroient chaque jour t’occasion d’exercer envers les P R É F A C E. x ) malheureux tous lés sentimens d’humànité dont ils sêroient íi justement pénétrés. Un homme intelligent & pieux qui lira cet Ecrit avec attention, comprendra bientôt le véritable langage & les paraboles obscures des Philosophes, & parviendra à découvrir les secrets de la Nature , à moins que Dieu, duquei procèdent tous lès dons, ne ferme les yeux au Lecteur , & ne bouche absolument ses oreilles. Je crois qu il m'a assez entendu , car je n ai pas pu m’expliquer plus clairement. On verra dans cet Ecrit tíne découverte des plus curieuses qui a trompé depuis son origine non- seulement les plus habiles Chimistes , mais encore tous ceux a vj xij PRÉFACE . qui ayant lu dans la Bibliothèque des Philosophes les ouvrages de Baille Valentin fans les comprendre, se persuadent encore aujourd’hui que le célèbre Basile Valentin a été un des plus savans Religieux de FOrdre de Saint Benoît: je ferai voir, par une preuve évidente, que Basile Valentin & ses ouvrages ne font autre chose qu’une emblème aussi sçavante qu’ingénieuse de la pierre pliiío- sophale & de la médecine universelle qui a été cachée avec le plus grand foin par un habile Philosophe, & qui a été découverte malgré toutes ses précautions. Son nom même, & fa qualité de Religieux Bénédictin, ne font autre chose que des allégories & PRÉFACE, xiij des fictions très-ingénieuses dont je ferai voir le mystère. Je fuis bien fâchée de le défroquer 8c de le sortir d’un Ordre qui a toujours illustré depuis son institution, non-seulement l’Eglise, mais encore l’Univers , par le grand nombre des Savans dans tous les genres qui ont composé & composent encore aujourd’hui cette respectable Congrégation ; mais comme il faut rendre à César ce qui appartient á César, je me vois obligée de revendiquer cet homme chimérique à mes yeux en faveur d’un adepte qui a fait une si belle description de la pierre philosophale & de la médecine universelle sous le nom de Basile Valentin, Religieux de l’Ordre de Saint Benoît, xiv PRÉFACE . Au surplus , fi contre toucs attente, on s’imaginoit que je me fuis trompée ( ce qui nest pas possible ) je prie l’Ordre respectable des Bénédictins de me faire con- noître mon erreur , & dans ce cas-là je me rétracterai publiquement, comme auísi son silence me prouvera que je ne me suis pas trompée en disant que Basile Valentîn n’a jamais existé fous la forme d’un homme , & que par cette raison il n’a jamais été Religieux Bénédictin, puisqu’il nest qu’une emblème très-spi'rituelie de la médecine universelle , qui a trompé jusquà ce moment les plus habiles Chimistes qui n ont pas compris cet Ecrit sublime quon doit lire avecla«plus grande attention. PRÉFACE. xv Quoique les Ecrits de Basile Valentin aient un caractère de persuasion & de vérité dont on ne croit pas devoir se désier, malgré cela, ils nen sont pas moins remplis de paraboles, quand on les examine de près; mais j’y répandrai la lumière en donnant le fil d’Ariadne qui retirera du laby- rinte de l’erreur ceux qui nen peuvent pas sortir. Renseignerai dans la fuite de cet Ouvrage, les moyens de guérir i’homme Chimiste qui est encore une autre allégorie dont j’ex- pliquerai les maladies & la religion ( fans avoir ía moindre intention , en parlant des métaux imparfaits que je veux purifier de leur lèpre, de manquer de respect à notre sainte Religion, je xvj PRÉFACE. crois avec la foi la plus vive toutes les vérités qu’elle nous enseigne , dont je ne m’écarterai jamais.) J’indiquerai de bons remèdes pour guérir cet homme Chimiste ainsi que Basile Valentin que je défroquerai ensuite sans toucher aux droits de personne. Tous les métaux ayant été personnifiés dans cet Ecrit, ce qui est encore un nouvel emblème, je ferai voir qu ils doivent- être de bons Théologiens métalliques pour se perfectionner & se purifier entièrement de toute leur impureté, 6c qu’ils ne doivent rien ignorer de tous les préceptes qui font contenus dans leurs Ecrits, & de ce qui regarde leur foi métallique 5 j’expíiquerai ensuite P R Ê F A CE. xvij l’énigme du ciel & de i’enser des Chimistes, &c celle des douze Clefs de Basile Valentin. Je donnerai un Discours Philosophique très-intéressant, dans lequel il fera parlé des trois Principes, Animal, Végétal ôc Minéral) des vertus & propriétés du mercure des Philosophes ; il est si riche par lui-même, qu’il a tout ce qui lui est nécessaire pour opérer des merveilles. Je traiterai de la première matière de la Chimie, des quatre Elé- mens, des bons offices que les Pla- nettes rendent aux métaux, de la Lune des Sages, des Colombes de Diane, de la matière de la Pierre philosophale, des règles qu’il faut suivre pour parvenir à l’accom- plissement du magistère, des ma- xviij PRÉFACE. gistères de la Science hermétique , de la préparation de la terre des Philosophes pour en retirer le sel, de la composition dú mercure philosophique selon Para- celse, des règles qu il faut observer pour parvenir à Faccomplis* sèment du magistère, de la teinture aurifique, de la transmutation des métaux , & enfin de For potable si recherché , parce qu il guérit en même rems, & d’une manière qui tire du prodige, non- seulement le Philosophe qui a le bonheur de le posséder, mais encore tous les métaux imparfaits, de toutes les maladies dont ils peuvent être attaqués: on conviendra qu un auísi grand avantage ne laisse plus rien à desirer fur la terre à celui qui le possede* PRÉFACE. xix Comme la Science est épineuse, il n’est pas douteux que la plûpart voudroit un travàil court & facile, mais il faut de la patience en étudiant, il en faut également dans les opérations de la Chimie. II est certain que la méditation de certains endroits de cet Écrit çst feule capable de donner les plus grandes lumières áu Lecteur & de le faire réuffir dans ses opérations , s'il sçait les mettre à profit. Celui qui comprendra bien cet Ouvrage , pourra facilement acquérir les autres connoissances nécessaires au magistère. On trouvera, fans douce , des répétitions dans cet Ouvrage ; mais je les ai cru nécessaires pout bien inculquer les principes dont XX PRÉFACE . il ne faut pas s’écarter, st Ton veut réussir dans les opérations qu’on pourra faire. Ma Langue naturelle étant celle d’Ecosse , j’espère que mes Lecteurs seront assez indulgens, pour ne pas exiger d’une Etrangère qu’elle ait pu parler la leur aussi bien queux: je le répète, ce font les leçons de mon mari, il me les a donné en bon françois, Sc je les ai rendues comme j’ai pu. Au surplus, personne n’ignore que dans un Ouvrage de Science, il n est pas question d’un beau style , ni d’un discours éloquent qui n’apprend rien, il suffit de se faire entendre autant qu’il est possible, fie je me suis bornée là avec d’autant plus de raison que la Nation Françoise qui est très- PRÉFACE, xxj honnête & si polie, a toujours les plus grands égards pour notre sexe. Telle est à-peu-près Tidée de rOuvrage que je donne au Public dans Punique intention d’a- jouter quelque chose aux lumières de mes Lecteurs & de les aider de la même manière qu’on ma aidée en étudiant une Science de laquelle on peuc retirer les plus grands avantages, Si ce premier Essai est reçu favorablement des Amateurs de la Philosophie hermétique , cela me déterminera peut-être, si les circonstances des affaires me le permettent, à leur donner une fuite de mon étude des plus intéressantes, toujours appuyée de bons principes , par le moyen xxîj PRÉFACE. de laquelle ils pourront àire de grands progrès en découvrant les mystères cachés de la Philosophie à laquelle nulle autre Science ne peut être comparée , si l’on fait attention qu on ne peut être véritablement heureux ici-bas, qu’en jouilîànt dune bonne santé , & pour cet effet bien loin de s’arau- ser inutilement à la frivolité , il saut se procurer par un travail utile les moyens de prolonger ses jours, & de chasser les infirmités qui font le malheur de la vie : alors on ne ressemblera pas à ce Monarque infortuné dont le corps étoit couvert de plaies Sc d'ul-, cères dégoûtans, qui passoit fa vie dans les souffrances : voyant la misère de son état déplorable y dont il ne pouvoit pas s affran- PRÉFACE, xxiij chir lui - même avec tout sou pouvoir , 6c se plaignant avec amertume de ce que toutes les grandeurs humaines dont il étoit environné, qui font la majesté des Rois íans les rendre heureux, ne lui servaient de rien pour le garantir de la moindre de ses infirmités , il s’écrioit dans lexcès de son chagrin & de sa douleur : Que me sert-il qu’un diadème D’un pouvoir absolu soit ^infaillible appui » Que me íèrt de mon rang la majesté suprême, Si je ne puis rien pour moi-même, Lersque je puis touc pour autrui ? Je puis assurer mes Lecteurs » que ce fera une très-grande satis* faction pour moi, si en ajoutant à leurs lumières celles que j ai reçues, ils m’apprennent par la xxiv P R È F A CE. suite que le travail qu’ils ont en» trepris a contribué à leur bon-» heur. JW ' * wy. DISCOURS lr-^« à T T *** '’í* •V''-’** •f 1 ’ 1 '4- ‘C*** ’í' ‘f' 1 : n- ;’-i- v i r 'ì- •£> *î* 4- t ^ + +• S* : + • -f- : *i- : -F : ’r î *î- * : * •?* *f* •{> ?ì4a 7 î + *»* 4* ; -j. . 4- *' "í* • *i* : *f f *$■ * + : + *i* 4- -h | i 'v J I ’í- + v*+J* ■!■ *v + >Â<+^ -I- ^ ^ -î* + + +I f ♦éil DISCOURS PHILOS OPHIQUE Sur les trois Principes, Animal y Végétal^ & Minéral. La Nature a reçu de Dieu un pouvois absolu pour exercer son empire f ur rous les êtres qui sont dans Puni- vers ; elle embrasse tous les Royaumes , toutes les Provinces, &. tous les lieux en particulier, pour distribuer par-tout, en même tems, ce qui convient à la perfection de chaque être: elle a constitué princes les quatre glémens, & leur a donné le pouvoir (l’accomplir la volonté du Créateur , gU les dìlposant de maniéré qu’ils agissent continuellement l’un dans l’autre. Le Feu a commencé à agir dans l’Air, où il a produit le soufre. L'Air a commencé à agir dans l’Eau, où il a produit le mercure, L’Eau a com- Tpnu 1. A -L Discours mencé ses' opérations dans la Terre où elle a produit le sel. La Terre -n’ayant pas de íujet où elle eût pu agir,, n’a rien produit ; mais elle a conservé toutes les productions dans son sein. Voilà pourquoi il n’y a que trois Principes, la terre étant la nourrice & la matrice de tous les autres êtres. Les Anciens ri’ont décrit que deux effets des Elémens ou deux Principes,; ■ils connoiiioient peut-être le troisième , & n’en ont rien dit pour des raisons particulières ; ne craignantpoint -d’ailleurs une critique sévère , en dédiant leurs ouvrages à leurs enfans , ils se sont bornés à faire la description du soufre à du mercure qui sont la base des métaux dont on extrait une médecine qu’ils connoiísoient parfaitement. Un Enfant de l’Àrt doit connoître •toutes les choses accidentelles , quand il veut approcher d’un élément, afin .qu’il puisse distinguer & choisir les -moyens qu’il doit employer poqr parvenir à la fin qu’il se propose s’il a envie de remplir le nombre quatre , il doit savoir que les troiî Principes ont été produits par quatre, & ne pas ignorer non plus, qu’il faut encore Philosophique. z diminuer & réduire les trois Principes à deux, qui sont le mâle & la femelle , & que ces deux derniers en produisent un qui est incorruptible, qui renferme les quatre également & au suprême degré de pureté. Voilà le moyen de connoître que le quadran- gle est contenu dans le pentagone, oii fe trouve la quintessence la plus pure qui soit dans le monde. L’Artiste est obligé de séparer cette quintessence, & la purifier d’un grand nombre de contraires, pour avoir dans trois essences, dans chaque composition , le corps , l’efprit 8c l’ame cachée. Après avoir ainsi séparé &C purifié ces trois choses, il faut les con- Zoindre de rechef, en imitant la Nature ; & si on a le bonheur de ne pas s’en écarter, on est assuré de recueillir le fruit de ses travaux. Voilàl’origine des trois Principes, dont, en imitant la Nature, on retire le dissolvant universel, qu’on en íepare facilement, quand on connoît bien comment tous les êtres ont été formés. Ces trois principes fe trouvent dans toute choie; fans eux, rien n’arrive- roit naturellement dans le monde. A ij 4 Discours J’ai dit plus haut, que les Anciens n’avoient nommé que deux Principes qui sont le mercure & le soufre, 6c qu’ils connoiffoient cependant une médecine incomparable qui en provient. (Test pourquoi j'ajouterai qu’ils ont dû nécessairement eonnoître le sel, qui est la clef Lr le principe de la Chimie , parce que c’est le soufre qui fait rester le sel oh il a été placé. Mais établiíîons actuellement une proposition pour démontrer que ces trois Principes sont véritablement la matière prochaine de la médecine dont nous parlons. Tous les métaux sont composés d’une matière prochaine 6c d’une matière éloignée ; la matière prochaine est le soufre 6c le mercure ; les quatre élémens sont la matière éloignée , qui a été créée par Dieu mëme , qui íeul a le pouvoir de créer par le moyen des élémens. C’est pourquoi nous devons abandonner les élémens avec lesquels nous ne produirons jamais autre chose que les trois Principes , parce que la Nature ne leur a pas donné d’autre propriété. Si donc nous ne pouvons retirer des élémens que les trois Principes Philosophique. 5 que la Nature a produits par leur mo^en, à quoi bon perdre notre tems à chercher Sc à vouloir faire ce que la Nature a déjà engendré, Sc qu’elle nous présente tout préparé ? Nous devons donc nous borner aux trois Principes avec lesquels la Nature produit tous les êtres fur la terre Sc dans la terre , puisque nous les trouverons dans toute choie en faisant une séparation & une conjonction convenables. à La Nature produit les métaux Sl les pierres dans le règne minéral ; les arbres Sc les plantes dans le règne végétal ; íe corps , l’esprit & l’ame , dans le règne animal. Le corps est terre ; l’esprit est eau ; l’ame est feu , soufre ou or. L’esprit augmente la qualité du corps , le feu le fortifie ; l’esprit étant exalté , a plus de poids Sc opprime le feu qui attire chacun d’eux , oc les fait augmenter en vertu , &c la terre qui est intermédiaire , augmente auffî le poids des corps. Nous devons bien réfléchir fur ce que nous voulons chercher dans ces trois Principes, au secours defquels A iij 6 Discours nous sommes obligés de venir polir vaincre les contraires. II faut ensuite ajouter au poids de la Nature le poids qui lui est nécessaire , pour remplir ses défauts, par le moyen de l’Art, en détruisant les contraires. La terre , comme nous l’avons déjà dit, n’est que le réceptacle des autres élémens, le second sujet dans lequel le feu & l’eau combattent continuellement par le moyen de l’air ; st l’eau prédomine , il en résulte des choses temporelles ôc corruptibles ; fi , au contraire, îe.feu remporte la victoire t il en résulte des êtres perpétuels 65 incorruptibles. Réfléchissons actuellement fur ce qui nous est nécessaire ; considérons que le feu & l’eau se trouvent dans toute chose; mais ils ne font autre chose que combattre violemment, non par eux-mêmes , mais par l’excitation de la chaleur intrinsèque , qui est fomentée par le mouvement des Astres dans les entrailles de la terre, & fans ce mouvement céleste, le feu & l’eau ne feroient jamais rien ; ils resteroient à leur terme ôc dans leur équilibre. Mais après que la Nature a conjoint Philosophique. f ces deux contraires en proportion , la chaleur-intrinsèque les excite , ils- commencent à combattre , §£ chacun d’eux appelle son semblable à son secours. Voilà comme ils montent Ô£ croissent jusqu’à ce que la terre ne puisse plus s’élever. Pour lors, le feu & l’eau étant ainsi retenus dans la terre, ils s’y subtilisent parce qu’ils y font perpétuellement en mouvement & circulent fans cesse par. les pores que Pair leur prépare dans la terre , qui produit ensuite des fleurs & des fruits qui sont amis'de Peau. Quand vous aurez bien purgé une chose, faites enforte que le feu &c Peau deviennent amis ; vous y réussirez facilement par le moyen de la terre qui a monté avec eux. Nous sommes bien plutôt à la fin de cette opération que la Nature , pourvu que nous ayons la précaution d’observer son poids en faisant la conjonction. Nous ne devons pas nous l'ègler fur le poids que la Nature a employé ; mais c’est fur ses besoins actuels, relatifs à ce que nous voulons faire, que nous devons fonder toutes nos opérations. La Nature,.dans toutes ses compo; Aiv S Discours íìtions , emploie moins de feu que de toute autre chose ; mais elle ajoute un feu extrinsèque pout exciter le feu interne relativement à fa volonté. Le rems qu’elle emploie à faire ses opérations, dépend du feu plus ou moins fort ; s’il est vainqueur , il en résulte une chose parfaite; mais s’il est vaincu par l’eau , l’ouvrage de la Nature demeure imparfait. Cela arrive dans les minéraux comme dans les végétaux. Le leu extrinsèque n’entre pas, comme partie, essentielle, dans la composition des êtres pour les perfectionner , parce que le feu matériel suffit, pourvu toutefois qu’il ait son aliment pour faire croître & multiplier ; car l’accroissement & la ■ multiplication sont toujours relatifs à la nourriture. Voilà pourquoi le feu extrinsèque , dans toutes nos opérations, ne doit jamais être trop fort, parce qu’il fuf- íbqueroiî les esprits. Un périt feu de flamme dévore des choies bien précieuses en bien peu de teins. Le feu extrinsèque doit être multiplicatif & nourrissant; mais il he doit pas être dévorant , parce que la cuis- ion est une perfection dans toute chose» Philosophique. 9 La Nature ajoute ainsi au poids pour perfectionner Ion ouvrage. Mais comme il est difficile d’ajouter à une composition , & qu’il faut un long travail , on a pris la résolution de íéparer les superfluités, autant qu’il est possible, selon les besoins de la Nature. Quand nous aurons séparé les super- fluités , nous pourrons faire notre mélange , la Nature nous fera voir ce qui lui est nécessaire. Nous devons aùíît avoir aíìez de connoiffance pour voir si la Nature a bien ou mal conjoint les élémens 5 parce qu’il ne fe fait aucune conjonction fans la participation de tous les élémens ; mais il y en a plusieurs qui sèment la paille ou l’enveloppe pour le grain, comme il fe trouve des ignorans qui sèment la paille & le grain tout-à-ìa-fois ; d’autres rejettent ce que les véritables Artistes conservent soigneusement ; d’autres enfin commencent par ou ils devroient finir OU abandonnent l’ouvrage par inconstance , lorlqu’ils font fur le point de recueillir le fruit de leurs travaux. La science est épineuse , Sc la plupart voudroiî un travail facile, & très- court. A v ío Discours Le point essentiel consiste dans îa préparation des choses cachées ; voilà ce qui entraîne un grand nombre d’Artistes dans Terreur : car, lorsqu’ils préparent la matière oui contient réellement le mercure philosophique , ils en rejettent les meilleures parties , retiennent les plus mauvaises. Mais les véritables Artistes savent bien se garantir de tous ces ìnconvé- miens, en faisant la conjonction des vertus élémentaires par parties égales» de chaud, de froid, d’humidité aqueuse naturelle. En un mot, le point fondamental coníiste dans la conjonction du mâle avec la femelle pour effectuer la génération ; & pour développer ce point essentiel, j’ajouterai que ce mâle & cette femelle ne sont autre chose que l’humide radical des métaux. Nous ne devons jamais perdre de vue que notre poids doit être celui de la Nature- II faut doubler le mercure & tripler le soufre » pour faire Nu ouvrage parfait. Nous verrons pa- roître le soufre & le double mercure j mais nous ne devons pas ignorer qu ils font sortis de la même racine» 8c qiuîs De doÎKBî pas être cruds ni trop «mils» Philosophique, ii Le mercure des Philosophes, ainsi que la matière qui le contient, ont des propriétés admirables. Ce mercure dissout les métaux & les vivifie par la vertu de son soufre qui est d’une nature pénétràtive & fixative..Le mercure vulgaire ne dissout ni l’or ni Par- gent, de manière à ne pas pouvoir en être séparé. Le mercure des Philosophes, a n contraire, distout les métaux & s’y unit inséparablement. Le mercure vulgaire contient un soufre combustible , impur, & qui noircit les métaux ; il est froid Sc humide , il se convertît en poudre grise dans fa précipitation „ ou en mauvais soufre. Le mercure philosophique contient un soufre pur, incorruptible , qui blanchit & rougit les métaux, qui est chaud & humide, qui devient d’une blancheur éblouissante par le moyen d’unè chaleur douce qui le rend fixe & fusible. Toutes ces circonstances prouvent la différence qui íe trouve entre ces -deux mer cures- iz Discours DES VERTUS ET PROPRIÉTÉS DU MERCURE DES PHILOSOPHES. Ce mercure est si riche, qu’il a tout ce qui lui est nécessaire pour lui &C pour nous , fans qu’il soir nécessaire de lui donner aucun lecours par une addition de matière étrangère. 11 se congèle & se dissout par une simple cuisson naturelle. Si nous examinons attentivement la nature des végétaux , des minéraux , & des métaux, nous reconnoîtrons qu’ils contiennent tous le véritable mercure des Philosophes, qui se trouve également par-tout ailleurs ; mais il existe un sujet oìi il est plus proche , & pour le découvrir, il faut avoir une connoissance parfaite des choses naturelles, fur-tout de celles cuti regardent îa Minéralogie & la Métallurgie. Un grand nombre de personnes prétendent trouver cette matière par un pur hasard, fans avoir les tonivissances nécessaires pour suivre ses traces Sc remonter jui u’à fa source. Je conviens qu’on peut la trouver par hasard , &C Rajouterai que beaucoup de personnes ont mis la main dessus fans y penser ; Philosophique. 13 Riais cu’en est-il résulté ? Elles ont voulu la travailler fans principes, & font tombées dans Terreur qu’elles ne pouvoiènt connoiîre ni éviter ; ainsi elles l’ont perdue de la même manière qu’elles Tavoient prouvée. II faut donc travailler avec connoif- fance .de cause , ne pas s’obstiner ni fe laisser séduire par ce qu’on peut voir, si Ton n’en comprend pas la véritable cause. DES PRINCIPES DE LA CHIMIE. Un bon Chimiste doit imiter la Nature dans toutes ses opérations ; il ne doit jamais s’écarter clés principes naturels , qui font la base de fart. 11 faut avoir une connoiffance parfaite de la génération naturelle des métaux, pour pouvoir imiter la Nature dans ses principes. L’eau &: la terre font la matière des pierres ; les rochers sont sonnés avec une terre mêlée avec Thumidité visqueuse. II faut un mélange de soufre & de mercure pour former les métaux qui ne sont autre chose qu’une vapeur subtile coagulée par ia substance du *4 D i s c o b s s , vif-argent avec le soufre,, parle moyen d’une chaleur tempérée , dans les entrailles & les cavernes profondes de la terre. Ces vapeurs contiennent une humidité qui se condense par le moyen d’une íìccité terrestre avec la chaleur tempérée , qui mêle , dissout & sublime ces vapeurs dans des lieux convenables oìi elles-se digèrent. Cette humidité est la cause de la fluidité des métaux qui peuvent ensuite se convertir en or ,, en argent , où en d’autres métaux , selon la qualité de leur soufre ou le degré de chaleur qu’ils rencontrent. Ces vapeurs font attirées par le vif-argent; voilà pourquoi il est clair & indubitable que le soufre & le vif- argent sont essentiels à tous les métaux, & qu’ils produisent les vapeurs qui congèlent tous les corps métalliques. Le soufre n’est autre chose que la graisse de la terre qui se cuit dans fa minière avec une chaleur tempérée ; mais le vif-argent est une eau pesante qui contient une terre blanche > très- iubtile, bien incorporée & qui digère jusqu’4 ce que l’humîdité soit parfaite- Philosophique. ment unie avec la terre, Sc jusqu’à ce que l’une Sc Fautre soient transmuées. Tout le succès de cette opération naturelle dépend du vif-argent qui est la matière commune de tous les mé» taux ; mais il doit être mêlé avec le soufre qui se trouve dans toutes les minières & qui est nécessaire à la formation de tous les métaux. II y a des minières où le soufre & !e vif-argent se trouvent séparément ; mais s’ils ne font réunis & conjoints „ ils ne produiront jamais un métal quelconque : Fun Sc l’autre resteront tels qu’ils sont, fans changer de forme. Voilà pourquoi toutes les minières exhalent une puanteur de soufre. C’eíl une preuve que Fesprit de soufre & de vif-argent s’uniffent dans la génération des métaux ; le soufre est actif* Sc ìe vif-argent est pastis. L’un est: mâle, Sc Fautre est femelle, Scieur conjonction estauffi nécessaire à la propagation des métaux, que la conjonction de î’homtne & de la femme pour la propagation de Fespèce humaine. La même chose arrive dans la conjonction du soufre avec le vif-argent qui est ia matière dont se forment les «létaux. Le soufre y entre compe i 6 Discours agent, qui porte la semence propaea- tive, parce qu il contient une vertu occulte qui est une chaleur métallique naturelle, qui digère , engendre 6c ex.ite la génération dans le vif-argent. Le soufre , par sa vertu agile, subtile & pénétrative , engendre l’or dans le vif-argent oìi le corps de l'or se trouve déjà; il sépare .les parties superflues & sulfureuses grossières ; ainsi ìe vif argent, par fa vertu 6c ses principes sulfureux , se cuit S c se détermine en or parfait avec les vapeurs du soufre , qu on compare au coeur qui s’élève du foetus animal. La forme 6c ia teinture de l’or font dans le mercure des Philosophes , comme le cœur dans un animal; mais on y ajoute un soufre extérieur , qui par sa vertu & puissance active , met en mouvement le vif-argent, le fortifie en séparant tout le soufre grossier, & le convertit en métal parfait selon la nature de ce même soufre. Voilà pourquoi l’on trouve du soufre & des pierres dans toutes les minières métalliques, parce qu’il contient une vertu métallique naturelle , nui congèle , fixe & durcit le vif-argent. Le vif-argent qui se durcit à la feule vapeur Philosophique. 17 du plomb , ou , pour mieux dire , du soufre qu’exhale le plomb en fusion, en est une preuve non équivoque. Le soufre , dans les entrailles de la terre , commence la coagulation & le durcissement du vif-argent par la vertu des Astres qui lui donnent des propriétés admirables. II y a deux soufres différens, comme il y a deux différentes teintures métalliques ; l’une est composée d’un soufre grossier, & l’autre d’un soufre subtil. Ces deux substances sulfureuses coagulent & teignent le vif-argent en métal ; mais le soufre grossier ne produit jamais qu’un métal imparfait, tandis que le soufre subtil convertit toujours le vif-argent en métal parfait, pares qu’il contient une teinture parfaite. II íaut conclure , d’après ce que nous venons de dire , que le soufre est l’agent des métaux , 6c que le vif- argent est la matière dont ils font composés. Si le soufre impur & grossier étoit séparé des métaux , ils fe- roient tous parfaits , parce qu’ils fe- roient guéris de leur lèpre. En remontant ainsi jufqu’à l’origine des métaux, on reconnoît que la Na- ìi8 Discours ture n’emploie que le soufre & le vif-argent pour les former. Le soufre est la semence & l’agent qui fe retire quand il a fait son opération & rendu son ouvrage parfait :1e vif-argent reste comme la matière qui produit le corps^ La Nature, dans le commencement de la génération des métaux, emploie, une eau pesante, avec un mélange de parties visqueuses & une terre blanche sulfureuse très-subtile , qui digère , durcit & comprime rhumidité de l’eau par fa siccité & qui en réunit toutes îes parties. Si la Nature, en produisant le vif-argent, emploie une matière pure , il deviendra un or parfait , pourvu qu’il trouve tous les secours dont il a besoin dans les entrailles de la terre ; mais st le mâle & la chaleur nécessaire lui font refusés , il restera îoujours vif-argent ; car il a absolument besoin d’une chaleur tempérée pour le sublimer & l’élever avec les vapeurs de la minière, où il fe puriste & fe teint par la chaleur du soufre qui se dépouille en même tems de toutes fes superfluités grossières. Quand ce soufre est parvenu au su» prême degré de pureté ; il convertit en ©r toutes les parties de vif-argent Philosophique. 19 sur lesquelles il peut répandre fa vapeur ; parce que la Nature destine tout le vif-argent à être de l’or parfait, mais il doit être purifié avec un soufre bien pur. Le vif-argent & l’or n’ayant qu’une seule & même origine, on doit conclure qu’en faisant cuire, digérer §£ mûrir le vif-argent , selon les principes de la Nature, on en fera de ior parfait. Si nous observons avec un peu d’ar- tention , les principes de l’or dans fa génération naturelle , nous reconnoî- trons cette vérité ; car si le vif-argent n’est pas pur , après fa formation -, ou s’il lui arrive ensuite quelque accident ou obstacle , comme une chaleur trop forte , ou trop foible ; ou si le siège qu’il occupe est mal-propre ou infecté de vapeurs contraires , c'est ce qu’on appelle un vif-argent mêlé de soufre mixte &c greffier que la Nature n’a pas eu occasion de séparer ou détruire. Dans ce cas, le vif-argent reste tel, & la Nature ne le convertira jamais en or; si les impuretés ne'sont qu’à un certain point, il se convertira en argent ; mais s’il en contient en grande quantité, il se déterminera en cuivre. LS Discours en éraim ou en plomb, ou en fer, selon le degré de chaleut qu’il trouvera dans les entrailles de la terre , & la quantité du soufre impur dont il sera chargé. Nous ne devons pas ignorer, que , quoique ces impuretés soient, ainsi que le mauvais soufre , mêlées avec le vif-argent, ce n’est point un mélange qui soit dans le cas de le rendre combustible avec le soufre, parce que l’expérience nous prouve, en faisant du cinabre , que le soufre se brûle & se détruit sans que le vif-argent perde la moindre chose de son poids qu’on trouve toujours après qu’on a revivifié le cinabre : cela prouve que le vif- argent est toujours incombustible malgré ses impuretés. 11 est évident, par ce que nous venons de dire, que les défauts des métaux imparfaits proviennent du mauvais soufre , & non du vif-argent. La Nature agit continuellement fur eux pour en faire de l’or parfait, & si elle ne réussit pas , à cause des obstacles dont nous venons de parler , elle en fait ce qu’elle peut : de l’argent, du cuivre, de l’étain, du fer ; mais elle n’a pas envie de les abandonner Philosophique. 21 en cet état de langueur : elle continue d’en avoir soin en écartant tous les obstacles, en les cuisant , jusqu’à ce qu’iîs soient réduits en vif-argent pur pour les faire digérer en or. On reconnoît ces opérations admirables de la Nature , dans les minières fixes Sc mixtes de plomb, d’étaim , de cuivre & de fer , où l’on trouve de l’or &c de Purgent mêlés avec ces métaux imparfaits. On trouve aussi très-fré- quemment des minières d’argent imparfait , qu’il faut abandonner pendant un certain teins, pour les laisser cuire» digérer &C mûrir. Si les métaux imparfaits étoient destinés par la Nature à rester tels, ils resteroient certainement toujours en cet état; nous voyons cependant qu’elle s’efforce continuellement de les mûrir & convertir en or parfait, parce qu’on reconnoît dans les minières , que les parties métalliques qui font les plus proches du foyer, font toujours converties en or parfait, tandis que celles qui en font éloignées ne font encore que cuivre, fer 6í autres métaux imparfaits, II est donc évident que tous les métaux contiennent une propriété » ii Discours une disposition naturelle par le moyen de laquelle ils peuvent parvenir au degré de l’or parfait cela prouve qu’il existe une autre manière d’en- gendrer l’or avec le vif-argent pur , qui est contenu dans les métaux imparfaits &. même avec toute- leur substance , parce que ce nest que par accident qu’ils font restés imparfaits, puisque la Nature agit continuellement fur eux pour les réduire en vif- argent pur 6 c ensuite en or. v Cette seconde génération d’or est îa dernière disproportion qui différé de la première par le moyen que la Nature emploie en travaillant d’une manière différente que dans la première génération , où elle opère fur un vif-argent pur & naturel , qui n’exige pas un si long travail que dans la seconde génération de l’or qui se fait avec les métaux imparfaits, quoi- qu’ils soient tous formés de la première matière qui est uniforme. La matière doit être également pure dans ces deux générations ; le vif- argent doit être dépouillé de toutes ses impuretés pour être fixé en or ; mais il ne peut parvenir à ce degré qu’après avoir été dépouillé de i'on P H I X O S O P H I QUE. 2.5 soufre grossier &i combustible qui se détruit dans une longue cuisson. La Nature nous fournit abondamment du vif-argent Sc des métaux imparfaits par toute la terre; mais ils font infectés & remplis de matières impures doni nous ne pouvons les dépouiller par les moyens que l’Art peut nous fournir ; car nous les ferions cuire & digérer pendant un siècle qu’ils rien feroient pas plus purs ni plus mûrs, parcs que .nous ignorons les degrés de chaleur que la Nature emploie pour en faire de l’or; c’est pour cela que nous ne pouvons Pimiter en cette circonstance, lorsqu’il est question de séparer les íuperfiuités par la digestion & par la cuisson. Telle est i’inteniion de la Nature ; elle a placé la matière de l’or dans tous les métaux imparfaits; c’est le vif-argent qu’elle a disposé à recevoir la forme de l’or qui y existe déjà , mais d’une manière invisible , & pour le faire paroitre, il suffit de séparer toutes les superstuités sulfureuses & préparer la forme. La Nature nous a donné plusieurs moyens pour détruire, brûler &c consumer toutes ces impuretés avec des 2 4 Discours esprits puissans qui existent dans le régne métallique. Voilà où il faut chercher la première matière de la Chimie, &c non ailleurs. Nous ne parlons pas ici de la matière péripathétique ni platonique , mais de la prenpière matière du soufre des Philosophes, & du sujet naturel dont on doit la tirer. DE LA PREMIERE MATIERE de la Chimie. La première matière du soufre est une des deux matières qui font nécessaires pour parvenir à la fin des travaux hermétiques. Si nous considérons attentivement ce point essentiel , nous reconnoîtrons sûrement cette première matière, qui est froide &c humide lorfqu’on la prend pour en extraire la quintescence. II entre trois matières dans la composition du Magistère hermétique , ou pour parler plus clairement, c’est la même &l unique matière qu’on appelle , matière éloignée , matière prochaine , & matière très-proche. Les Philosophes ont ainsi divisé cette matière , parcs qu’elle paroît triple dan$ Philosophique. 2.5 «ans l’opération ; car dans le rems qu’on la tire de la minière pour la préparer , elle est éloignée ; après qu’on en a séparé les impuretés , elle devient prochaine ; & enfin , quand on l’a réduite à la disposition de la Nature, elle est très-proche. Nous devons prendre la matière, éloignée pour en tirer le mercure philosophique , & abandonner la matière prochaine, &£ ne pas imiter ceux qui travaillent fans principes; car ils prennent la matière prochaine , ne connois- sant pas le prix de la matière éloignée. Tous les Philosophes , tant anciens que modernes, nous ont assez indiqué où nous devons prendre la première matière de la Chimie. Ils ont dit qu’il falloit la chercher dans le ventre du bélier; mais nous ne devons pas confondre le bélier astronomique avec le bélier philosophique. C’est cependant ce qui est arrivé à bien des personnes qui travailloient fans principes; mais nous allons donner une explication de ce point essentiel, qui empêchera de tomber dans une pareille méprise. L’article des Elémens dans lequel nous allons entrer, ne laissera rien à deíirer fur ce sujet. Tome I. B Discours 26 DES É L É M E N S. Les Philosophes font convenus de représenter les élémens fous différentes figures, pour des raisons que nous n’avons pas besoin de discuter. • Ils ont représenté l’eau fous la forme d’un dragon ; L’air, fous celle d’un oiseau; Le feu, sous celle d’un Ange ; Et la terre, fous celle d’un bélier. L’eau fait vivre la terre, la terre est le vase qui contient l’eau; fi toute la terre est le vase de l’eau, il s’ensuit que l’eau habite dans la terre. Les Philosophes ayant choisi le bélier pour indiquer la terre , il est bien clair que l’eau qui habite la terre fera le ventre de la terre. L’expreíîìon d’Hermès vient à l’ap- pui de cette vérité. Visitez les entrailles de la terre , dit ce Philosophe , en rectifiant vous trouverez la pierre cachée, qui est une véritable médecine. II est très-effentiel de savoir la qualité des élémens, auísi-bien que la quantité. Le succès des opérations chimiques dépend de cette cannois- P H I L O S O P H I Q U E. L/ sance. La terre est sèche Sc froide ; Pair est humide Sc chaud ; le feu est chaud Sc sec ; l’eau est froide Sc humide. Quoique tous les élémens soient différens Sc contraires , en tout ou en partie , la terre ne fe trouve , dans un sens, que dans l’eau , Sc l’eau ne fe trouve que dans la terre ; ces deux élémens ne s’accordent que dans un genre seulement ; c’est-à-dire, dans le froid : car le feu ne peut fe trouver que dans l’air, Sc ces deux élémens font d’accord pour ce qui regarde la chaleur seulement. C’est pourquoi nous voyons clairement que la terre vit de la substance de l’eau, Sc le feu de celle de l’air. Par la même raison, l’eau participe , dans un genre seulement, avec la terre par rapport au froid, & avec l’air par rapport à l’humidité. La terre, au contraire , paroît intermédiaire, §L le feu participe de l’air par rapport à la chaleur , de même qu’avec la terre à cause de la sécheresse. L’air est intermédiaire entre le feu Sc la terre , Sc voilà pourquoi tous les élémens font contenus P un dansl’autre. C’est pour cela qu’on ne peut convertir un élément en la nature d’un autre Bij 2.8 Discours élément , sans convertir l’élcmení intermédiaire $ qui lui est contraire. Si, par exemple, l'on vouloir convertir l'eau en feu par fon contraire, il saudroit premièrement convertir l’eau en air, pour convertir &c dessécher l’humidité de l’eau. Alors l’élë- jnent de l’eau seroit totalement converti par un autre élément contraire , qui est celui du feu. De même, si l’on vouloir convertir le feu en eau , il saudroit nécessairement convertir la chaleur du feu en froid ; pour lors, le feu deviendroit terre , qui est fon élément intermédiaire ; mais il saudroit de toute nécessité convertir la sécheresse du feu en humidité. Voilà la manière de convertir le feu en eau par le moyen d’un contraire. On peut de même convertir l’eau ou l’air en terre , & la terre en feu par le moyen d’un intermédiaire convenable. Nous avons déjà dit, & nous le répétons encore, que nous ne parlons point ici de l’eau péripathétique ; l’eau philosophique est uniquement le sujet que nous traitons. 11 n’y a point ste véritable eau phb» Philosophique* 10 îosophique que celle qui est dépouillée de toutes les parties grossières des élé- mens, par une manipulation philosophique : quand elle est ainíi purifiée, on peut la considérer comme un véritable esprit , puisqu’elle contient tout ce qui est nécessaire au magisters hermétique. 11 saur que cet esprit soit délivré de son corps par une purgation réitérée jusqu’à sept fois, & même au-delà. D e l’J i R . Tout ce que nous .venons de dire dfi Feau peut être appliqué à Tait qui n’est autre chose qu’une vapeur d’eau. C’est pourquoi, quand vous aurez Veau philosophique , vous ferez en même tems possesseur de Fair des Philosophes. Aussitôt que vous aurez séparé du corps physique les parties grossières , vous aurez un esprit pur & philosophique , avec lequel vous ferez des merveilles, pourvu que vous ayez le secret de découvrir ce qu’il contient intérieurement. Geber dit que cet esprit contient une chose sèche, par conséquent Fair philosophique contient un feu & une B iij zc> Discours terre vierge avec laquelle on peut faire des prodiges. D u Feu. Le feu est celui de tous les élémens qui a le plus d’empire fur tous les composés , il ne peut exister que dans Fefprit universel qui se trouve partout & en particulier dans les quatre élémens. Cette opinion est contraire à celle de ceux qui admettent 'des corps simples , fans considérer que des êtres simples ne peuvent avoir des qualités différentes , favorables & contraires en même tems. Voilà ce qui nous a fait prendre la résolution de nier l’existence des corps simples , parce que tout corps est indubitablement composé de plusieurs êtres réunis. La Philosophie, d’ailleurs , n’admet aucun être qui ne soit composé des quatre élémens. Le feu physique est absolument nécessaire pour teindre le mercure des Philosophes , & le feu philosophique est également nécessaire pour le mûrir. Pontanus a fait un excellent traité fur lç feu philosophique, mais tout le Philosophique. 31 monde n’est pas en état de le lire avec fruit. Ceux qui travaillent fans principes , cherchent ce feu par-tout, tandis qu’il est dans leurs mains ; ils ne le connoistent pas, parce qu’ils n’ont pas voulu prendre la peine d’étudier la Nature. II existe un feu combustible , qui jette une flamme , qui brûle & consume , quand la Nature est èn agitation. Nous avons une condensation & une raréfaction par le moyen defquelles les mixtes se coagulent & se corpo- risent dans leur mélange. II existe deux espèces de raréfactions dont la"Nature se sert, comme de deux mains , pour travailler ; c’est le ferment & le feu de la fermentation, qui bride les parties hétérogènes. La fermentation fe fait par l’éléva- tion des particules sulfureuses, qui se condensent, se raréfient par le moyen d’un ferment de Pair universej. 11 est impoflible de faire fermenter une chose quelconque sans la briser OU l’ouvrir, pour lui donner aster n’air pour exciter la fermentation, qui a toujours deux fins, & rien ne peut fermenter fans liqueur douce, car les ZL Discours acides de sel de nitre & de sel commun ne fermentent point. Si la fermentation va au-delà des îems prescrits, les particules salines s’élèvent & prédominent fur les parties sulfureuses, & il en résulte un vinaigre distillé. 11 est impossible d’acquérir un esprit ardent sans fermentation , après laquelle il résulte trois choses, les fèces, la substance moyenne , la substance acide, & la partie spiritueuse sulfureuse. - La combustion n’est autre chose qu’une élévation & une raréfaction des parties sulfureuses condensées qui détendent par le moyen du ferment d’un feu allumé par l’in-terposition de l’air. Rien ne peut brûler ni s’enstammer dans une matière -qui n’est pas ouverte , ou dans un vase fermé ; les charbons allumés s’éîeignent aussitôt qu’ils font privés de l’air. Rien ne peut s’enstanimer & brûler que ce ne soit une matière grasse & sulfureuse ; car les acides, comme le vitriol, les sels, Farscnic, les matières mercurielles ne peuvent s’enílammer ni brûler , si les parties sulfureuses ne prédominent pas, comme dans le nitre à le soufre commun. Philosophique, z; Si ia combustion est continuée au- delà du tems nécessaire à la fermentation , les parties salines s’élèvent &: dominent fur les sulfureuses , qui de charbons , deviennent sels acides, comme on le volt dans la fuie. Après la combustion d’une matière } il reste des charbons, des cendres &£ de la fuie : parce que les parties huileuses fe font raréfiées par Faction du feu, &: font passées en flamme, &c ensuite en suie : une partie se condense dans les charbons ; une autre partie se fige dans les cendres , d’où provient le sel alkali, qui n' est autre chose qu’un soufre extrêmement condensé & concentré. Mais le sel volatil, au contraire, se trouve dans la fuie , parce que ion soufre est très-volatil & raréfié. Quand les fèces font terreuses après, la fermentation , elles ont la vertu d’attirer l’esprit. On peut conclure , d’après ce que nous venons de dire , que la fermentation &c la combustion tendent à la même fin , & font comme une feule méthode qui raréfie, subtilise & altère les mixtes. 34 Discours Observons bien, que la combustion & la fermentation fans combustion des choses, dépendent des particules sulfureuses & salines : & lorsque les premières prédominent, les corps s’ea- flamment toujours ; mais si les acides dominent, ils résistent au feu. Les pores empêchent auffi la division Sc la densité des corps, & les empêchent de s’ouvrir pour recevoir intérieurement faction du feu. Le soufre, par exemple, quoique très-sujet à s’enstammer à cause de la grande quantité de matière grasse qu’il contient, peut être rendu incombustible , en y ajoutant du limon , de la chaux vive , ou des autres parties mercurielles. L’or, qui peut demeurer des siècles dans un feu violent fans s’altérer, peut être rendu subtile au. point de s’enstammer & se brûler , parce qu’il contient une terre subtile comme des atomes. II est incontestable qu’on peut rendre incombustible la matière la plus sujette à s’allumer , & qu’on peut rendre combustible celle qui a la vertu de ^résister au feu» Philosophique. 35 Ces faits , au premier abord , ne paraissent pas de grande conséquence ; mais fi on les examine de près, on reconnoîtra que ce font des moyens pour réduire la Nature à son premier principe. Si vous faites fondre un métal > & que vous y projettiez peu-à-peu du'. soufre pulvérisé , une partie du soufre brûlera ainsi qu’une partie du métal ; mais le métal reprendra de la substance du soufre , ce qu’il perd dans la flamme , & après l’avoir entretenu plusieurs heures en fusion , fous le caput mortuutn du soufre , vous retrouverez à très-peu de chose près , le même poids de métal que vous avez employé , & il fera teint avec la substance du soufre : vous pourrez le faire fondre tant que vous voudrez : il conservera toujours fa teinture ; mais si vous le faites dissoudre dans l’çau-forte le soufre se précipitera au fond du vase : faites dessécher cette poudre , elle fera sujette à prendre feu de la même manière que l’or rendu combustible. Les scories d’antimoine ont la mémo propriété quand.elles font fixées en soufre par íe moyen d 7 un alkali. z 6 Discours * Faites dissoudre dans de l’efprit de sel le même métal que vous avez teint avec du foutre , mettez la dissolution dans un mattras, & faites distiller jufqu’à ficcité : vous aurez une masse qui brûlera comme du soufre , & jettera une flamme éblouissante ; mais si vous condensez cette même masse, elle redeviendra métal. Ainsi de quelque manière qu’on puisse travailler le soufre , on le fait toujours revenir à fa première disposition; on le rend incombustible , & on le fait redevenir combustible successivement. Ces petites leçons peuvent procurer une grande lumière à celui qui a envie de faire du progrès dans la Chimie. II en est de même de toute substance mercurielle ; on peut également la rendre combustible , & la faire redevenir incombustible successivement : cela nous prouve que tout ce qui est combustible n'est pas toujours volatil ? & que tout ce qui est incombustible n’est pas toujours fixe. Nous devons conclure d’après cela,' que le feu n’est pas un élément naturel , mais qu’it est produit par la raréfaction des atomes & des corpuscules P tí I L O S O P H I Q V E. '3’7 ferreux & subtiles qui se réduisent ert corps , comme nous le voyons dans la réaction du fer , où il acquiert une augmentation de poids. II y a une grande différence entre le feu actuel & le feu potentiel qui jette des flammes & qui éclaire. Tout feu actuel échauffe ; le feu potentiel se refroidit, & cesse après avoir j erré ses flammes. Le feu qui éclaire tféchauffe ni ne consume pas» II existe un feu qui répand beaucoup de flamme, beaucoup de lumière, fans échauffer ni consumer. II existe aussi un feu qui éclaire & échauffe sans consumer : car nous voyons que le feu de l’atmosphère s’étend bien loin, &C que la flamme qu’il produit est susceptible d’une augmentation de puissance & d’exteníion. II seroit avantageux de connoître íi les atomes du feu pénètrent l’or vitrifié , &c s’ils se mêlent avec les corps pour en augmenter le poids 8z le volume ; mais il faudroit savoir distinguer les atomes du feu ôc les atomes de For. II ne paroît pas que le Soleil soit un feu actuel qui jette une flamme, • quoiqu’il enflamme les corpuscules & les autres matières de cette espèce. z 8 Discours Personne n’ignore que le plomb ac> quiert une augmentation de poids dans l’opération de la coupelle : comment cela arriveroit-il, si les atomes du feu ne se concentroient & ne se fìxoient pas en corps ? Les variations qui se trouvent dans les différentes digestions des Chimistes ne prouvent rien ; car elles dépendent de la matière & du régime du feu. La matière prend une forme différente au bain que fur les cendres ; fur le sable, fur un feu ouvert, au soleil ou dans le fumier de cheval. Ces variations font causées par la plus ou moins grande quantité d’atômes qui entraînent des corpuscules dans les digestions & qui fe réunifient à la matière qu’cn travaille , par la vertu du principal agent, qui est le feu. 11 paroît que ces corpuscules de feu -qui accompagnent cet élément, font comme des efiluvions ; car ils font d’une nature si subtile, qu’ils pénètrent le verre. Cette vérité est démontrée par Paî- ruant, dont les corpuscules pénètrent les particules de fer qui font renfermées dans un vase & même dans une anaffe de verre» / Philosophique. 39 D e la Terre. Nous ne parlerons pas ici de la terre que nous foulons aux pieds ; nous nous occuperons d’une terre qui se trouve dans les exhalaisons vaporeuses , èc qu’on appelle terre vierge des Philosophes : elle n’exige d’autre préparation que celle de purifier les esprits qu’elle contient, & elle fera bien préparée quand les esprits qu’elle contient seront bien purifiés; mais on ne peut l’employer pour matière , qu’après lui avoir fait perdre fa forme, & lui en avoir donné une autre , en réincrudanî fa semence pour faire mûrir les fruits dont elle contient le germe. Quand oa a acquis cette terre, qu’on appelle sel volatil, on poffede en même tems le feu, l’air & le mercure des Philosophes. La Nature , d'ès le commencement 9 a préparé cette terre par la conjonction des quatre élémens : elle continue à opérer fur cette matière pour en séparer toutes les impuretés & superflu! tés , & elle ne l’abandonnera pas avant qu’elle soit subtile , agile, 6c qu’elle montre la forme qui lui est destinée» 40 Discours Les animaux 8c les minéraux ont tiré leur première matière des quatre élémens , qui leur ont ensuite donné leur forme, leur vertu formelle , ou leur force séminale. Ces propriétés admirables descendent sur la terre par les rayons des astres qui pénètrent notre globe , où font contenus les quatre élémens. Tous les rayons des astres sont dirigés au centre de la terre ; c’est là , où ils se rassemblent, & où ils attirent avec eux les vertus séminales des formes de toute chose. La terre est par conséquent la mère de toute chose , préférablement à tous les autres élémens, parce qu’elle conçoit &C contient la semence de toute chose : elle distribue continuellement les dons qu’elle reçoit d’en-haut, 8c elle continuera ainst tant que les cieux seront en mouvement. Itaimond-Lulle pense que ce sont des eaux renfermées au centre de la terre qui attirent ces influences célestes ; surtout , celles qui opèrent la génération des métaux, en remuant , en provoquant certains esprits agiles qui condensent & séparent les vapeurs. Si, par le moyen de fart , nous Philosophique. 41 préparons ces esprits & les rendons convenables & agiles pour fomenter la première matière, qui est la terre métallique dans laquelle nous devons mettre ces esprits , ils attireront toutes les vertus dont ils font doués ; ils n’at- tireront que des esprits préparés &C analogues à la génération des métaux, de la même manière que l’aimant attire le fer. Le même Auteur ajoute qu’on peut attirer ces esprits avec une eau dont il donne la composition , & qu’ils ont la vertu de coaguler & sixer le vif-argent. Toutes les choses naturelles ont une essence & une substance composée d’u- ne double portion de matière , parce qu'elles contiennent en même tems la vertu formelle. La matière provient des élémens, .& la forme des vertus célestes qui font prendre une forme à la matière des élémens. Voilà pourquoi la matière qui provient des élémens, est comme Tint— trument de la nature &c des vertus célestes ; & plus cette matière élémentaire est subtile , plus elle a de force & de vertu pour opérer dans le tems qu’on l’emploie. Cette matière étant bien préparée, 4 z Discours devient un esprit pénétrant, qui a des propriétés admirables ; elle sépare toutes les matières hétérogènes , & ne s’attache qu’à la matière qui est destinée par la Nature à produire de l’or parfait. Nous devons connoître les matières qui empêchent l’or de parvenir à son dégré de maturité, ou qui le font périr en chemin. Nous ne devons pas ignorer non plus que l’or est produit par ces deux matières , c’est-à-dire , par celle qui sert d’aimanr", & par celle qui est attirée d’en haut. La Nature est rinstrument de l’art ; pour l’employer avec succès , nous devons savoir l’origine des métaux Sc connoître la matière dont ils sont formés , ainsi que les moyens que la Nature emploie poitr les engendrer, asm que nous puissions l’imker autant qn’il est possible. La matière des pierres n’estpas beaucoup différente de celle des élémens. Les pierres sont composées d’eati Sc de terre, qui n’ont point encore subi de transmutation. Cette matière est une humidité visqueuse Sc terreuse , qui se rassemble , se coagule Si se durcit. Philosophique. 45 La génération des corps des animaux ne se fait , non pins , qu’a- près un mélange des vapeurs avec la matière. Mais quoique nous devons imiter la Nature dans ses opérations, il nous est cependant impossible de l’imiter spécialement dans la génération de For ; parce qu’elle l’engendre avec le vif argent, ou avec des métaux imparfaits , dont elle sépare toutes les impuretés & superfluités, ce que nous ne pourrons jamais faire par le moyen de Fart, parce que, comme nous l’a- vons déja oit, nous ne pourrons jamais donner une chaleur tempérée au vif-argent à l’imitation de la Nature, & parce que la vie de Fhomme est trop courte pour attendre que toutes ces matières hétérogènes soient brûlées ou détruites ; mais, avec Fart, on imite cependant la Nature dans une partie de ces travaux. Plusieurs Auteurs prétendent qu’il ne faut pas séparer les parties sulfureuses des métaux imparfaits ; mais qu’il faut faire une teinture, une médecine , qui ne sépare point le soufre du vif argent ni des métaux. Cette médecine, au contraire, cache Lc cou- 44 Discours vre le soufre pour faire une espèce d 5 or & d’argent. Les vrais Philosophes disent que cette manière d’opérer est fausse Lc illicite , parce que l’or Lc Fargent parfaits ne doivent point contenir de soufre impur. D’autres Philosophes veulent qu’orí purge entièrement les corps imparfaits, de tout leur soufre impur , par le moyen de quelques eaux qu’ils préparent avec des minéraux dont Géber a parlé dans fa Somme ; mais ce moyen est encore imparfait, parce que For ne fera jamais pur tant que la matière subtile fumera dans les métaux imparfaits , dont on veut faire la transmutation. Toutes les médecines que Géber a placées dans son Texte Alchimique , Chap. I. peuvent manquer &Z induire dans Ferreur, à l’exceprion d’une feule qui a la vertu de séparer Peau des métaux imparfaits , & teindre leur soufre pour en faire un métal parfait. Mais pour imiter plus parfaitement la Nature , il faut faire une véritable médecine pour teindre le vif-argent & les métaux imparfaits , & en séparer entièrement le soufre impur. Cette teinture parfaite existe ainfi P H 1 L O S O R H î O V E. 45 que le moyen d’augmenter la force de For & de l’argent dans leur propre substance ; il n’est point question d’extraire la matière agile pour la fortifier ; mais il faut prendre cette teinture dans la propre substance de l’or ou de l’argent , pour la fortifier & l’augmenter avec des esprits qu’on tire d’une quantité combinée , de vitriol, de sel de nitre & d’aîun de roche, II faut mettre ces trois minéraux dans une cornue , faire distiler le flegme jufqu’à ce que les esprits ' puiflans ôç diísolvans monteront : alors il faut changer le récipient &í faire un feu violent. Voilà le moyen d’acquérir une grande quantité de bons esprits qu’il faut ensuite rectifier au bain-marie, en cohobant jufqu’à ce que rien ne veuille plus distiler, & que les esprits feront compte de l’huiie aufond du vase. Mettez cette huile dans, une matrice de verre , dont la forme est triangulaire , fermez le vase hermétiquement, & faites monter les esprits au haut d’une pointe de la matrice, retournez- la ensuite pour les faire monter dans une autre pointe , & continuez cette opération jufqu’à ce qu’ils ne voudront 46 Discours plus monter & qu’ils resteront au fond du vase. Ces esprits, ainsi travaillés, ont la propriété de congeler le mercure cru d, parce qu’ils ont reçu une vertu des corps métalliques que ces trois minéraux ont attiré dans la terre ; ils contiennent d’ailleurs un soufre qui a une vertu métallique qui provient également des métaux. Plus ces esprits seront subtiles, plus ils agiront puissamment fur les métaux; mais il faut les dépurer , les mûrir, en séparer la partie grossière , & les rendre agiles après en avoir séparé les parties nuisibles. Mais pour retirer quelque avantage de ces esprits, il faut considérer les métaux inférieurs , en bien examiner la nature ; c’est-là le point essentiel de Part. Les métaux imparfaits contiennent un soufre précieux qui a la vertu de coaguler le vif-argent. Par la même raison, on retire du vin une huile combustible qui a des vertus métalliques admirables , parce qu’elle contient un soufre qui provient de la terre ; & quand on prépare cette huile d’une manière convenable , elle Philosophique. 47 a une force supérieure sur tous les autres esprits. Nous ne devons cependant pas ignorer que tout ce qui provient des animaux 8c végétaux , ne nous conduira jamais à la perfection du grand œuvre , tant qu’il aura la nature d’animal &C végétale : c’est pourquoi il est absolument nécessaire de dépurer, en disti- lant, tout ce qui provient de ces deux règnes, jusqu’à ce qu’il soit de la nature métallique ; pour lors, il pourra servir pour les métaux : car il n’y a qu’une pierre & un seul fondement ; c’est-à-dire qu’il n’y a que la vertu métallique qui puisse entrer dans la composition du magistère. Si l’on veut employer ce qui provient des minéraux & des végétaux, il faut les dépouiller de leur nature , Lc les revêtir de la nature métallique ; parce qu’il est impossible de coaguler le vif-argent fans soufre ou sans une matière qui participe de ce minéral : car le vin n’a Sc ne peut avoir de vertu métallique , qu’à cause qu’il contient un soufre, & ce soufre contient de l’or ou de l’argent : voilà pourquoi on retire du vin , un esprit très-agile , qui augmente la vertu de l’or, parce qu’il 4$ Discours se fige avec For clont il dilate & multiplie la teinture , & je puis certifier qu’ily a une grande analogie entre Fes- prit de vin & Feíprit de l’or : ces deux esprits participent de la même nature chaude , c’est pour cela que l’eíTence d’esprit de vin se fige inséparablement avec l’or. II faut cependant observer que les esprits de nitre, de vitriol & d’alun , font d’une fixité plus éloignée, parce qu’ils ne font pas encore mûrs ; ils ont néanmoins une grande convenance avec l’or , parce qu’ils ont presque la même origine que le vin dont Fesprit est d’une nature agile & subtile. C’est par une suite de ces considérations, que plusieurs Artistes composent des esprits de vitriol , de nitre & d’alun, pour les conjoindre avec l'es- prit-de-vin , afin que l’un soit imprégné par l’autre , pour être plus facilement réunis avec For. Les vertus célestes ont une grande propriété ; elles agissent puissamment fur les métaux ; mais elles ne font regardées que comme un instrument propre à travailler les choses inférieures. II faut disposer le sujet sur lequel on veut les faire opérer, c’est- à-dire , Philosophique. 49 à-dire, que.quand on veut appliquer des esprits , on doit rendre agile la matière fur laquelle ces mêmes esprits doivent opérer. Quand un véritable Artiste veut commencer Popération, il a foin de préparer l’or pour en extraire la vertu séminale : il faut le réduire en fa première matière , oli il étoit avant que d être or; pour lors, il végétera 8c produira des fruits ; mais il faut le visiter jufqu’à fa racine & le réduire en putréfaction ; voilà le seul moyen de faire fructifier l’or. Le froment mis en terre nous enseigne la manière de travailler au ma- gistère hermétique. Le bled doit pourrir en terre avant que de germer, 8c quand la putréfaction a développé son germe, il attire de la terre 8c des astres des vertus analogues à fa nature ; ses esprits se fortifient, 8c le mettent dans le cas de produire le centuple. Nous trouvons cette méthode dans l’Evangile, oìi nous lisons que si le froment ne fe pourrit pas dans la terre, il ne produira point de fruit, parce que fans cela il ne pourroit attirer de la terre 8c des eaux du ciel les vertus Tome I. C 50 Discours génératives par le développement de la racine qui le nourrit de tout ce qui est analogue à fa substance. Par la même raison , il faut également développer la racine de l’or pour le mettre en état d’attirer une vertu métallique & séminale ; il doit être réduit en sa première matière pour être un sujet propre à recevoir &c attirer toutes les vertus qui lui font nécessaires dans fa génération. Cette racine de l’or , comme nous Pavons déjà dit, n’est autre chose qu’une humeur grasse &c vaporeuse extraite de deux natures qui font le soufre & le vif-argent. Plusieurs Chimistes calcinent l’or 8c l’arrofent avec des huiles ou des esprits pour en tirer la nature agile ; ils font cuire la chaux d’or avec des esprits métalliques & agiles avec lesquels ils la figent, jusqu a ce que sa substance séminale soit bien fortifiée & réduite en teinture. Cette opération n’est autre chose
 & de la même manière

66 Discours
qu’elle feroit, si elle étoiî dans la
terre.
La matière est certainement le fondement de l’œuvre. Tout le succès de l’opération dépend de la préparation de cette matière. 11 faut la rendre luí- ceptible de la forme à laque le elle est destinée, & íur-tout la mettre dans le cas de recevoir les influences des astres ; fans cela, il n’est pas possible de réussir.
Avec l’art:, on ne fait autre chose que de préparer la matière ; c’est la Nature qui fait le reste & qui donne la forme convenable.
Ainsi avec les deux choses dont nous venons de parler, on ne fait qu’une feule substance , qui a la vertu de teindre tous les métaux en or, & cela doit arriver nécessairement par les raisons que nous venons d’alléguer.
Platon croyoit qu’il falloir conjoindre ces deux formes séparément, par le moyen de l’art, avec sa matière qu’il tiroit des métaux imparfaits. Cette double forme ne reçoit cependant pas lçs métaux entièrement, elle n’admet que la substance la plus subtile & la plus pure de ces corps, & il n’y a que cette partie qui fe convertit en

Philosophique. 67 or ; l’autre partie de la matière est abandonnée, elle tombe en scories en feiíant la projection.
L’intention des Alchimistes n’est pas de faire de l’or ; mais ils tendent à faire une chose beaucoup plus précieuse que l’or même. Ils cherchent la teinture de l’or , qui, dans .faction, est la véritable forme de l’or. La forme est aussi, appellce le ferment des métaux imparfaits , quoique l’or soit le ferment du mercure qu’on en .extrait auparavant, parce que le mercure ôè le ferment sont de la même nature ; mais iî faut que ce ferment soit agile &c spirituel pour pouvoir le conjoindre de la même manière qu’on pourroit conjoindre l’eau avec l’eau.
Après ce mélange, ce que le corps renfermoit, paroît évidemment, & ce qui paroiffoitest caché, comme il arrive quand on a fait fondre la cire ; l’un &C l’autre deviennent de la même nature.
Ces deux esprits font une coagulation de la même manière qu’on coagule le lait pour faire du fromage , qu’on fait avec du lait qui est de la nature du fromage. Toute la substance du lait ne peut fe convertir en fromage : iî faut en séparer le petit lait ou la partie aqueuse qui ne peut se coaguler.

68 Discours
La coagulation' dis métaux se fair de la même manière , pour faire une comparaison palpable : toute la substance des métaux imparfaits ne fe convertit pas en or, mais seulement les parties qui conviennent &c qui font de la même nature que l’or : il n’y a que ces parties qui puiffent fe teindre en- or , & ces parties ne font autre chose qu’un vif-argent pur.
Nous devons savoir actuellement, st le vif-argent se teint de la même manière , ou s’il fe coagule en or, ou s’il n’y a que íôn soufre qui fe teigne & se coagule. Si cela arrivoit, le soufre seroit certainement affoibli, ou pour mieux dire , tué ; car si l'on coagule le vif-argent avec son soufre , il en résulte un métal imparfait, & si on en sépare le soufre, il est converti en- or parfait.
Quand la Nature veut faire de l’or avec les métaux imparfaits , elle commence par les dépouiller de leur soufre nuisible , mais elle emploie beaucoup de terris à fàire cette opération dans les entrailles de la terre. Avec la teinture , au contraire, on fait cela en bien peu de tems, par la grande analogie qui fe trouve entre les métaux:

Philosophique. 69 imparfaits .& la teinture qu’on emploie pour guérir leurs maladies.
.11 est donc évident, par ce que nous venons de dire , que les métaux imparfaits ont tous la même origine que l’or dont les deux natures sont très- prochaines. L’art enseigne la manière de convertir les métaux en or, & non les pierres & les autres matières : car si l’onpouvoit transmuer les pierres en or, on pourroit dire que.c’est une transmutation miraculeuse, tandis que la trensmutation des corps imparfaits & métalliques en or, n’a rien que de très- naturel, parce que si la matière n’était pas déjà disposée par la Nature à recevoir la teinture , on ne pourroit jamais réussir à les convertir en or par le moyen de l’art.
Voilà la seule raison par laquelle il est pbffible de convertir tous les métaux imparfaits par le moyen de l’or & avec le secours de la Nature,
Nous pouvons préparer leur forme & leur matière ,avec des autres esprits qui contiennent des vertus métalliques infinies.
Nous venons de parler en général aux véritables Alchimistes qui sont bien imbus des principes de cette science -

70 Discours qui conduit à la source de toutes les félicités : si tous ceux qui veulent travailler au magistère prennent la peine de réfléchir fur ce que nous venons de dire, ils découvriront infailliblement la vérité.
DES COLOMBES DE DIANE.
La Diane des Philosophes est le sel volatil de la terre ou la terré vierge qu’on tire du sel. Heureux cent fois celui qui peut faire naître cette Diane. On la fait paroître entre 7 & 9 Mai.
Lorsque Diane vient au monde, elle est toujours accompagnée de ses colombes , qui servent à la nourrir & à la fortifier jusqu’à ce qu’elle soit parvenue au degré de perfection dont elle est susceptible.
Armons-nous de patience en attendant la naissance de cette Déesse, nous verrons bientôt paroître ses colombes , qui ne font autre chose que le soufre des Philosophes ou la teinture pour le blanc & pour le rouge. Ce soufre nourrit, fait croître & multiplier l’or philosophique.
II faut unir ces colombes avec le mercure, parce que le soufre est lui- même la forme qu’il communique ,

Philosophique. 71
c’est lai qui fixe le mercure , & c’est aufii le mercure lui-même qui doit le fixer.
Les colombes de Diane & l’or ou l’argent des Sages, font la même chose. Elles font également ce qu’on appelle le feu des Sages , que les personnes qui prennent tout à la lettre, recherchent avec tant d’empresl'ement, tandis que c’est de la Nature qu’on doit attendre fa naissance & toutes ses opérations. En un mot, les colombes de Diane font l’accomplissement du ma- gistère.
DU MERCURE.
Les Philosophes assurent que tous les corps font composés de mercure & de soufre: Sendivogius dit qu’ilsdonnent le nom de mercure à tous les corps qu’on emploie dans la Chimie, & ces corps font au nombre de quatre. On . emploie aussi quatre mercures, &C toute cette multiplicité de noms qu’ils ont donné à une même chose , ne sert qu’à embrouiller la tête des Lecteurs qui ne font pas instruits à fond de toutes les opérations de 1» Nature : c’est pourquoi j’expliquerai ci-après, ce que signifient ces mercures différens,

jx Discours
i°. La base & le fondement de la Philosophie est appellée mercure des corps, ou la matière éloignée des Sages. Ce mercure contient l’eau phi- loíòphique & la pierre toute entière ; il contient en même tems tout ce qu’on cherche , tant dans son corps, qu’ailleurs. Le mercure renferme en même tems les deux teintures pour la pierre rouge & blanche, & c’est pour cette même raison que les Philosophes ont indiqué tant de moyens pour le découvrir, ou pour mieux dire, pour le cacher.
2,0. Le second mercure est appellé mercure de Nature, parce qu il contient la matière prochaine des Sages; mais celui qui a l’esprit borné , aura bien de la peine de Pacquérir : car c’est la base des travaux des Sages : c’est l’eau philosophique, le sperme des métaux & la source de leur propagation : c’est l’humide radical, ainst. disposé par la Nature.
3 0 . Le troisième mercure est le vrai mercure des Philosophes , parce qu’ìl n’y aqu’eux qui aient les moyens de l’acquérir , car on ne le vend pas : c’est la vraie matière prochaine , la véritable Diane, la sphère de Saturne,
le

Philosophique. 73 le vrai sel des métaux ; mais les moyens qu’on emploie pour l’acquérir, font au-dessus de l’entendement humain.
4 0 . Le quatrième mercure est appelle mercure commun, parce qu’il a une communication dans toutes les mines ; mais ce n’est pas du mercure vulgaire qu’on vend dans les boutiques dont je veux pader : il est question ici d’une eau mercurielle, d’une substance moyenne qui contient un véritable feu occulte, les véritables colombes de Diane , & la vraie teinture des Sages, qui a la vertu de changer tous les corps en íà nature.
Considérez actuellement quels soufres & quels mercures vous devez employer pour faire la pierre : ces con- noissances vous font absolument nécessaires , fi vous voulez pénétrer dans le sanctuaire de la Philosophie hermétique.
DU SOUFRE.
II n’existe aucun composé qui ne contienne du soufre d’une nature lumineuse; mais il faut en séparer la partie impure, & vous aurez un agent interne qui opère dans fa matière mei> Tome I, D

74 Discours curielle , qui est l’humide radical dans lequel il est renfermé.
II est lui-même la forme qu’il communique à tous les corps. C’est ] u i qui opère toutes les générations dans un sujet altérable. C’est pour cela qu’il fait paroître tant de couleurs différentes ; mais fa couleur naturelle est le rouge parfait qui est analogue à fa nature, après avoir altéré les sujets avec lesquels on l’a conjoint, mais aucun Philosophe ne s’est expliqué clairement fur les opérations. Ils ont dit en général, fpiritualifez vos corps jusqu’à ce qu’ils aient une forme cristalline; réduisez-les en eau; mais il n’y a que les vrais enfans de l’art qui puissent comprendre le vrai sens de toutes ces expressions. Les Chimistes vulgaires n’y comprennent rien , parce qu’ils n’ont pas l’alphabeth de la vraie Philosophie. Ils ne veulent pas croire que les Philosophes soient tous d’ac- cord, & qu’iís font convenus de ne pas exposer une chose aussi sublime à être profanée par les impies.
On ne sautoir comprendre par quels motifs des personnes qui n’ont jamais lu que des recettes vagues , peuvent se déterminer à entreprendre une opé-

Philosophique; 7; ration ; elles ont beau échouer tous les jours , rien n’est capable de guérir leur entêtement quand elles ont pris une résolution. II n'ess pas poffible de leur persuader qu’un corps ne pénétrera jamais un autre corps, & que les corps physiques doivent être unis par le moyen d’une chose de peu de conséquence. Après avoir perdu leur tems & leur fortune, ces sortes de Chimistes maudissent les Philosophes dont les livres ne font pas à la portée de tout le monde.
Avant de vous embarquer dans les opérations , étudiez la Nature dans toutes ses productions, tâchez de con- noître ses principes. Voilà le vrai moyen de connoître la matière de la pierre des Sages. Nous apprendrons ainsi , de nous-mêmes, avec le secours du ciel, à diriger toutes nos opérations , & nous parviendrons au comble de nos désirs,
DE LA MATIERE de la Pierre.
Nous ne devons point chercher cette matière dans les règnes animal ni végétal, parcs que les Philosophes
D ij

76 Discours les ont spécifiés j mais il faut prendre ce dont ils n’ont jamais parlé; c’est à nous à faire des recherches pour remonter jusqu’à l’origine des trois principes , des trois règnes , ou pour parler plus intelligiblement, nous devons prendre la minière des minières , ou la matière première des métaux.
Lette minière n’influe pas seulement dans les minières ; car les végétaux & minéraux lui doivent également leur existence ainst que la base de leur composition.
Ecoutez ce que dit Aristote. Tous les êtres se convertiísent en ce dont ils onuété composés. Ils peuvent se ré- íoudre en eau mêlée d’une petite portion de terre : il est donc évident qu’ils font composés de terre & d’eau , qui a une qualité particulière.
/alléguerai deux raisons pour lèse quelles on ne doit point prendre la matière spécifiée. La première est, parce que les Philosophes ont une matière particulière que la Nature leur prépare elle-même.
La seconde est, parce que les corps morts ne conviennent pas à l’opéra- t-ion de la pierre : je dis les corps morts, parce que tout ce qui est tiré

PHILOSOPHIQUE. 77
da centre dés trois règnes dont nous venons de parler, est considéré comme mort ; mais on peut les ressusciter.
L’expérience nous prouve qu’auíîi- tôt qu’un animal est privé de l’air, il périt. Le poisson meurt aussitôt qu’il est hors de l’eau. Une plante périt auffitôt qu’elle est arrachée de la terre. Les uns les autres ne se multiplient plus, & meurent par la feule raison qu’ils font privés de leur nourriture & de leur élément.
Nous devons bien considérer toutes ces choses, & nous apprendrons à connoître un. soufre vif 6c multiplicatif pour faire la pierre. Un homme mort n’est plus propre à multiplier son espèce r & tous les autres êtres lui ressemblent en cette occasion.
Les Philosophes, en décrivant ce magistère admirable , ont dit qu’il fal- loit imiter Dieu dans la création du monde, c’est à-dire que nous devons faire un ciel neuf, une terre neuve; mais comme il n’y a que Dieu seul qui puisse créer de rien & en faire un cahos, nous devons donc par conséquent prendre une partie de ce cahos, ôí cette même partie doit être restée imparfaite. Nous • devons séparer les
D nj

7§ Discours eaux d’avec les eaux, & faire paroître visiblement les quatre élémens , qui font une partie du cahos ; le mercure des corps ; la matière éloignée ; le plomb des Philosophes; le menstrue universel ; le dragon qui nourrit & qui dévore ; le corps philosophique, la minière des minières, & la première matière qui est absolument nécessaire pour faire la pierre.
Voilà les expressions des Philosophes Pur ce point essentiel. Les uns disent que la matière de la pierre est le mercure de nature, d’autres le Neptune avec son trident ; le ventre qui porte dans son sein son fils qui est l’or &c l’eau philosophique , Jupiter qui enlève Ganimède , le bain oìi le Roi se lave ; le vase des Sages qui contient le sel, le soufre, le sperme des métaux Sc leur humide radical, dont ils font un mercure philosophique par une opération artificielle qu’ils font concourir avec la Nature pour effectuer la matière la plus proche ; mais pour la rendre telle, il faut lui faire subir les douze travaux d’Hercnle , & on a la terre vierge, la Diane nue, le sel des métaux , la femme qui attend son époux, la matière privée de fa forme »

Philosophique. 79 Peau sèche, Pensant royal, le soufre des Philosophes qui ont donne à leur matière une fi grande quantité de noms, qu’ils ont mis les ignorans dans le cas de ne pouvoir se décider pour choisir une matière préférablement à une autre, sans pouvoir distinguer la bonne d’avec la mauvaise.
DES REGLES qv'il faut suivre pour
PARVENIR A E ACCOMPLI S- SEMENT DU MAGISTERS.
îl faut prendre du mercure des corps en suffisante quantité , &. en faire un mercure de Nature, en le sublimant jufqu’à sept fois & au-delà.
A chaque sublimation , il faut laisser un quart de la matière dans le vaisseau sublimatoire ; ce quart ne peut servir à rien , c’est ce que les Philosophes appellent terre damnée.
II faut ensuite séparer la partie pure d’avec la partie impure , & mettre le sublimé dans un vase de verre fermé hermétiquement ; prendre des arran- gemens de manière que les trois quarts du vase puissent rester vuides, afin
D iv

Bo Discours
que la matière ait l’espace qui lui est
néceffaife pour circuler à son aise.
On place ensuite le vase au bain- marie où il doit avoir une chaleur analogue à celle que cause une poule en couvant ses œufs. Le feu doit être continué au même degré pendant íix mois, au bout desquels- les quatre élé- mens seront séparés distinctement dans le vase.
II faut mettre ces quatre élémens dans quatre vases séparément, & les renfermer soigneusement, parce qu’ils font d’une nature volatile.
Une terre précieuse se précipitera au fond de chaque vase. Cette terre est le diadème , le cœur du Roi, qu’il faut dessécher doucement ; Lc st l’on en a le poids de trois onces, on y ajoute une once d’eau blanche ou d’eau rouge, & on referme le vase hermétiquement.
Les astres paroissent ensuite sur cette terre, qui se putréfie avec seau, & l’eau se putréfie aussi avec la terre en même tems. C’est la putréfaction qui occasionne cette variété de couleurs , qui paroissent successivement. La noire paroît la première ; viennent ensuite la blanche & la rouge, & ce sont les

Philosophique. 81 dernières selon la forme quon a donnée à la pierre.
On ne touche jamais à la matière avant qu’elle soit parvenue au blanc ou au rouge.
La multiplication consiste dans la répétition de cette même opération , pour augmenter la pierre en quantité & en vertu.
Le principe le plus parfait de la Science hermétique consiste dans la réduction de l’exagone au cercle par les nombres i, 2, & 3.
Toutes choses dépendent d’un principe , existent dans un principe , & tendent à une même fin par le nombre 2. C’est pourquoi nous devons chercher les moyens d’exalter le nombre 1 de la terre au ciel pour le faire descendre ensuite sur la terre par le nombre 2 , qui est la même opération que celle qui se fait avec le nombre r.
Voilà la clef du temple des Philosophes ; si nous avons le bonheur de parvenir jusqu’au sanctuaire , nous y découvrirons toutes les opérations du magistère.
Nous devons bien prendre garde de ne pas nous tromper dans le choix de la matière que nous voulons exalter,
D v

Si Discours
& nous souvenir que toute la Philosophie astronomique & médicale est couverte du même voile.
DES MYSTERE S
z>e la Science Hermétique.
Le plus grand mystère du magistère consiste dans la dissolution des parties dans une eau visqueuse, qui n’adhère point à ce qu’elle touche.
Cette eau est sèche & de la nature des sels , du soufre & du mercure qui est la clef de tout le magistère. Elle est le vrai mercure des Philosophes, Pensant de la Nature qui régénère tout le monde ; c’est le savon qui contient une vertu particulière à laquelle tous les êtres doivent leur existence.
Tirez cette eau divine de la terre, remettez-la fur la terre pour les faire putréfier ensemble , afin qu’ils se réunissent & ne fassent qu’une même chose, c’est-à-dire un mercure sec.
Quand vous aurez conduit le magistère jusqu’à ce point, vous le ferez aisément parvenir au degré de perfection dont il est susceptible , pourvu que vous observiez les règles que nous allons indiquer.

Philosophique. 8z Distillez ce mercure avec une chaleur convenable, pour lui faire reprendre la forme qui lui convient ; car c’est la distillation qui vivifie la matière &c qui lui procure sa teinture. Voilà pourquoi il est nécessaire de convertir en eau les matières dont nous avons parlé , asm qu’elles puissent développer le germe qu’elles contiennent. Prenez une once de cette eau, mêlez- la avec une once d’or très-pur : faites- les putréfier ensemble , afin qu ils ne fassent plus qu’une feule & même choie.
Faites ensuite quelques abstractions jusqu’à la destruction de la nature philosophique ; car celui qui sait détruire dans cette opération , saura construire dans la fuite.
Séparez ensuite de cette terre toutes les fuperfluités impures en sublimant. Fermez le vase hermétiquement, met- tez-le dans le lit du feu secret, & faites cuire la matière pendant un tems convenable jusqu’à ce que vous verrez une réunion parfaite.
Quand vous verrez paroître la couleur du lys, vous ferez assuré d’un heureux succès. Pour lors vous devez être plus vigilant qu’en aucun autre tems ; car si vous laissez manquer le

84 Discours feu , Pensant philosophique périra faute d’aìiment. A cette époque, la matière' n’a plus besoin du travail des mains.
Voilà le langage de Morien le Romain & de plusieurs autres Philosophes.
Ne laissez pas manquer le feu, & vous verrez paroitre le Roi couronné S c couvert d’une robe d’or ainsi que ion épouse. Vous verrez une véritable métamorphose ; vous aure une teinture dont vous pourrez jetter quelques parties fur les corps imparfaits.
II n’est pas possible de vous procurer cette divine matière fans le secours de Mars ; c'ect lui qui fera sortir trois ruisseaux d’une grandeur immense , & cinq autres petits ruisseaux qui parcourent toute l’étendue de la minière d’où vous devez la tirer nécessairement.
Parmi ces ruisseaux il y en a sept principaux qui se convertissent en air, loríqu’on met une portion de cette matière à découvert par la force de Mars , & aussitôt ils produisent une grande abondance d’eau qui lave la minière & la rend fertile en l’arrofânt.
Ces eaux sortent moins facilement par Tintervention de Jupiter & de Vé- jius. Voilà pourquoi cette terre est si

Philosophique. 8; belle & si brillante après qu’on l’a lavée de ses impuretés groffieres &í superflues.
Les Philosophes disent que cette mi* nière est une véritable eau de vie , parce qu’elle fait vivre sa source de la même manière que les eaux «ont vivre les plantes pour pouvoir tirer d’en haut & d’en bas la nourriture qui leur est nécessaire pour arriver à leur maturité.
On volt par-là, que les opérations i de la Nature font à peu près les mêmes dans ces trois règnes. Si l’eau ne circnloit pas dans les minières , elles ne fructifieroient pas, elles ne mûri- roient pas, le mercure ne s’y forme- roit pas ; & fì, après que toutes les matières font disposées pour faire une minière riche & abondante , l’eau ces- soit d’y circuler, dès ce moment cette même minière seroit comme morte, parce que la circulation de l’esprit universel y seroit interrompue. L’humide radical qui vivifie tout, seroit entièrement détruit, si la minière venoit à être desséchée ou privée d’eauqui est également la nourriture des métaux , des minéraux & des végétaux. En un mot, tout ce qui croît fur la terre k

86 Discours
dans la terre a besoin d’eau , & ne fauroit vivre fans eau.
La matière de la pierre des Sages est contenue dans tous les métaux &c dans tous les minéraux. C’est une partie tnercurielle qui est beaucoup plus exaltée que l’or le plus pur.
Le soufre òc le sel sont la substance essentielle de tout principe huileux. Le mercure vulgaire est un corps mixte composé de soufre & de sel pour le coaguler ; on reconnoît les propriétés qu’il renferme , lorfqu’on en fait l’ana* lyse , & lorsqu’on l’emploie à différens usages. On le convertit en cinabre avec le soufre, & on le fige en l’exposant à la vapeur du plomb en fusion. Voilà pourquoi le soufre commun approche beaucoup de la matière de la pierre , lorsqu’il est préparé ; mais il contient un acide & un sel fixe qui font douter qu’il soit réellement le premier Principe.
Le sel commun est réputé plus près du premier Principe que le soufre , parce qu’il contient une triple substance oléagineuse & aqueuse , comme on le volt lorsqu’on en fait l’analyse.
Les Philosophes disent que les trois Principes font contenus dans le sel

Philosophique. 87 commun, & qu’ils sont les mêmes que ceux de la pierre. Nous devons imiter la Nature d’après de pareils exemples que nous ne devons jamais perdre de vue.
Toutes les fois que les Philosophes disent, nos Principes , nos sels &C nos soufres, nous devons toujours chercher ces objets dans le règne minéral & parmi les métaux , surtout ; car c’est- là où la Nature a caché ses trésors, & où ils sont exempts de corruption.
Les métaux ont une grande affinité avec le soufre commun ; il n’est aucun métal dans les minières qui ne soit cuit & engendré avec le soufre ou le vitriol. La Nature seule peut perfectionner ce soufre par différentes circulations dans les entrailles de la terre.
Les Sages disent que leur fumée est un soufre mercuriel , parce que la Nature fait les métaux, dans toutes les minières, avec le souffre & le mercure ; c’est pourquoi si l’on veut faire du métal avec l’art, il faut auíîi prendre du soufre 8c du mercure.
Les soufres métalliques ou tirés des métaux, contiennent une eau mercu- rielle qui prouve qu’ils sont composés dune double eau mercur;elle*par rap-

88 Discours port à la partie dont elle est formée.» laquelle dans le commencement n’étoi 1 qu’une eau qui s’est épaissie peu à peu, pour parvenir en consistance dé mercure , qu’un feu naturel 8c continuel a obligé de prendre diverses formes.
Le germe de la propagation provient du sang , 8c par la même raison le germe des métaux provient du soufre commun.
Le soufre fait coaguler le sel ; il le resserre , le fait fermenter. Le sel a son tour agit sur le soufre il le dissout îe réduit en putréfaction. Le sel, dans fa première opération, réduit le soufre en eau visqueuse & vitriolique, qui est la première matière de la nature & de l’art.
Nous devons faire attention ; à tout ceci on peut mêler l’huile avec l’eau par le moyen du sel : voilà pourquoi • il faut du sel pour réduire le soufre en quintessence pure.
Le fer est la base & le fondement de toutes les minières de cuivre, d’or & d’argent ; 8c cela est st vrai, qu’il n’y a point de fer qui ne contienne du cuivre, de l’or & de l’argent. La terre subtile qui fe trouve dans les minières 
La troisième terre donne aux mixtes laforme pénétrative, l’odeur, le poids, la clarté , le son ; elle est également composée de deux genres ; quelquefois elle est pure , d’autrefois mixte, íàli- neufe, aqueuse ,, spiritueuse. La forme en est visible dans les animaux, fous la figure d’un sel volatil : on la voit dans les eaux spiritueuses distillées des plan-

94 Discours tes 8c des végétaux, qui se convertissent en suie ou en eau. On l’apperçoit dans les minéraux fous la forme du vif- argent, ou en arsenic, qui aune véritable consistance.
Voilà pourquoi les trois principes sont appellés sel, soufre 8c mercure , parce qu’on les réduit tous les trois en leur matière primitive, qui est la terre dont on retire une graisse qui est un composé de sel volatil.
Si l’eau & l’air succèdent à ces mixtes, ou métaux ou minéraux réduits en première matière : c’est une marque que nous approchons du vrai principe qui conduit au magìstère , dont l’opé- ration la plus essentielle, est de réduire la matière en terre ; 8c l’on divise cette même terre en six branches, qui ont toutes des vertus , des qualités Lc des propriétés particulières.
II y a des terres calcinables, vitri- fiables, inflammables, fixes , luisantes & opaques. On opère des choses admirables par le mélange de ces terres aux- quelles on donne diverses formes , dont on voit le détail dans le triumvirat 8c le scyphon de Beccher.
On distingue donc trois sortes de terres, la fixe , la grasse 8c la subtile :

Philosophique. 95 ces trois terres différentes contiennent les trois Principes.
La première terre est unioniste composé d’alkali ou de chaux de tous les mixtes , fusibles ou vitrifiables, comme on le volt dans la destruction des animaux, & dans la cendre tirée des végétaux, des minéraux, & de toutes les matières vitrifiables de différentes espèces , qui sont Paffemblage des corpuscules.
La seconde terre ou soufre est celle dont on retire le sel de nitre , c’est pourquoi l'on en retire un feu caustique , corrosif, acide , sous la forme de sel, par le moyen de l’eau avec laquelle on condense les soufres bitumineux ; on en sépare ausiì en même temps une terre raréfiée, pure, & qui paroît dans la graisse des animaux,dans l’huile des végétaux, & dans le soufre des métaux. Si nous savons en séparer Peau ic Pair , nous remettons cette matière métallique dans son premier principe.
La troisième terre est un soufre dont on retire un sel commun , un sel uri- neux, ou un soufre arsenical ; comme on le volt dans l’arsénic Lc l'argent traités avec le sel commun ou le soufre an- îimonial, par le moyen desquels on

9é Discours
réduit l’arsenic & l’argent en mercure
fluide.
Les sels volatils se trouvent dans la fuie des métaux, ainsi que dans la graisse des corps, & même dans la fumée des métaux.
La terre de tartre contient en abondance un arsenic solide & fluide , qui est un véritable vif-argent qui blanchit l’or dans une feule fuíion.
Voilà les trois principes très-íimples qui font contenus dans ces trois sortes de terre, ainlì que dans les cendres , le charbon , la fuie , le sel alkali, le sel commun, le soufre & l’arsenic.
La terre vitrifiable inflammable , ou qui pénètre les métaux, est lc mercure ou la terre arsenicale , subtile , qui blanchir, parce que le vif-argent est: un arsenic fluide ôí solide, comme il paroît aux yeux & au tact. On recon- noît d’ailleurs les effets merveilleux qu’elle produit loríqu’on l’incorpore avec les métaux ou minéraux.
Lorsque les Philosophes parlent de sel, il faut bien entendre cette expression ; ils n’entendent parler d’autre chose que d’une terre vitrifiable ou cal- cinable , comme sont les cailloux qui fe convertissent en verre, de même que

Philosophique. 97 le sable , & ies os qui se convertissent en chaux.
Voilà les principes simples & particuliers de tous les corps métalliques ; leur ame est le soufre , le charbon est leur mère , selon les procédés du Philosophe Berteg ; l’esprit des métaux est contenu dans le mercure, Lc leur soufre est contenu dans la fuie.
Les pierres vitrifiables, fusibles, sont toujours une bonne matrice qui annonce une bonne minière , parce que la fumée embrasse la fumée pour la perfectionner , & la terre blanche les absorbe l’un & l’autre. Voilà la véritable matrice des pierres ôt des métaux où les esprits sont renfermés pour multiplier Lc fe charger de diverses teintures; mais les pierres qui ne font point fusibles , ne font point propres à la génération des métaux, & n’en peuvent produire aucuns.
Le fable , le talc , les cailloux, les pierres qui peuvent se vitrifier, peuvent servir de base aux métaux , où ils sont comme dans une matrice pour y être nourris par les vapeurs & les exhalaisons sulfureuses.
Voilà pourquoi l’on trouve des métaux dan? les cailloux , dans les pierres Tom& /, E

98 Discours & autres matières, où ils font engendrés ; & il faut conclurre que toute pierre vitrisiable est une vraie matrice des métaux.
Quand on fait fondre la matière tirée des mines pour en séparer les métaux, l’on y ajoute toujours du ralkrins, qui est une pierre calcinée, qui fe fond & qui dégage le métal des pierres qui leur fervent de base & de matrice ; mais toute forte de pierres ne conviennent pas pour faire cette opération : celles dont on fait la chaux vive ne feroient d’aucune utilité , parce qu’elles font contraires à la génération des métaux ; elles fervent seulement à obstruer les matrices pour y contenir le germe pendant la cuisson.
Ceux qui croient que le soufre commun inflammable est le second principe des métaux, font dans une erreur grossière , puifqu’il y a des métaux qui ne contiennent point de soufre de cette espèce, comme l’or & l’argent, qui ne contiennent pas la moindre portion de tousse inflammable ; car s’il s’en trou- voit dans les mines , les métaux ne parviendraient jamais au degré de maturité d’or ou d’argent. Les Philosophes m placent le soufre métallique que dans

Philosophique. 99 tin seul sujet particulier qui est une terre ou une matière qu’ils appellent communément la minière des métaux.
Le soufre de For est une terre subtile jaunâtre. Le soufre d’argent est également une terre subtile , mais blanchâtre , luisante ; ces deux terres font contenues dans les corps de ces deux luminaires ; on les voit dans la dissolution précipitée de For & de Fargent. Le soufre du cuivre est rouge ; celui du fer est d’un cramoisi foncé & obscur , de même que celui du plomb & de l’étain , qui sont très-peu luisams dans Ces deux derniers corps feulement.
Avant le mélange de ces terres , elles sont d’une nature qui approche de celle du lut, &c dans la fuite, elles se déterminent en marcafíite, en tutie, en talc , en bol, en rubis , en pierres hé- malites , 011 en pierres précieuses, ou enfin, selon le degré de pureté du soufre , en or, ou en argent, s’il ne fe rencontre aucun accident.
On peut retirer & métallifier la partie métallique qui fe trouve dans ces mêmes terres, Lc on trouve au foná de la dissolution de chaque métal, la même terre qui a servi à sa composition ; & après la dissolution & parfaire

loo Discours séparation, toute la substance des métaux est convertie envéritable substance mercurielle.
II est donc faux que la substance des métaux soit un soufre inflammable , ou soufre commun ; mais que c’est la terre dont nous parlons, qui s’impregne des vapeurs sulfureuses dans les minières où les métaux fe déterminent parle moyen d’une chaleur proportionnée qui fe trouve dans les entrailles de la terre , & qu’il n’est pas possible d’imiter avec l’art.
II y a des personnes qui confondent le troisième principe des métaux avec le principe mercuriel, & croient qu’au- cun métal ne peut fe former fans mercure. La fausseté d’une pareille opinion est démontrée dans des mines d’or très-riches , où l’on ne volt jamais le moindre vestige de vif-argent.
Les pierres, les cailloux font la base hospitalière des métaux dans les minières; mais il faut une adjonction de. terre subtile arsenicale qui doit exaler une vapeur en forme de soufre ou de vif-argent, qui doit communiquer avec la masse pour la déterminer en métal quelconque, selon la nature du soufre,
Sans cette communication de soufre.

Philosophique. ío* par le moyen d’un feu vivifiant de la Nature dans les entrailles de la terre, il ne s’y formeroit jamais aucun métal.
Nous devons imiter la Nature avec l’art ; elle n’admet pas le vif-argent seul, ni le soufre seul, ni mêlés ensemble ; mais il faut prendre la matière mêlée selon ses propres principes par l’opération de la Nature. II faut seconder cette matière avec la double vapeur ou le double mercure.
Cette double matière ou vapeur, n’est autre chose que l’arsenic de la Nature , lequel est composé de soufre , de mercure , joints ensemble par le moyen de la terre subtile & sulfureuse qui est la nymphe de la Nature.
On peut facilement réduire cette terre en vif-argent, en arsenic , qui est la suie minérale qu’on retire des métaux en les décomposant.
11 est donc évident, par ce que nous venons de dire , que les métaux font composés de trois principes terrestres , le premier desquels se trouve dans- les pierres fusibles & vitrifiables, le second dans l’arsénic pur , onctueux ; & l’on peut dire, lorsqu’il est dissout, que la matrice des métaux est préparée.

»or Discours
Le troisième principe est la vapeur du soufre-mercuriel-arsenical.
Dans la décomposition des métaux, Ton reconnoît toujours qu’ils abondent dans l’un ou l’autre de ces trois principes :
i°. Selon la nature fusible ou vitri- fiable des pierres que la Nature a employé pour former les métaux.
r.". Selon la nature de la terre , qui n’ayant pas la qualité convenable, fait des métaux bileux & fragiles.
3°. Selon le degré de cuisson du soufre Sc du mercure ; car, s’ils font trop cruds, les métaux seront volatils ou combustibles, Sc ils auront toujours une variation sensible selon les proportions de ces trois principes : c’est pourquoi lorsqu’on mêle du borax avec du ring, de l’antimoine, du bismuth , de l’arsenicjdu réalgar, du cinabre, du soufre, du mercure vulgaire, avec les métaux, le mélange de ces minéraux produit-en tout ou en partie des saphirs, des pierres précieuses , Sc des mar- caíîites.
De tous les métaux, il n’y a que le plomb Sc l’étain qui fe fondent avant que d’être enflammés ou rougis au feu.

Philosophique, roz
Le cuivre & le fer doivent rougit au feu avant que de fondre.
L’or & l’argent fondent en commençant à s’enflammer ; voilà la nature des métaux ; mais on les dispense de ces règles par le moyen de l’art.
Selon la décomposition des trois terres métalliques ci-dessus, on peut produire différens métaux, on peut les convertir en vif-argent avec Parsème.
Avec la terre sultureuíe on peut faire du soufre inflammable par le moyen du soufre commun ; on peut aufli la convertir en verre par le moyen des cailloux ; on peut de même la convertir en sel, en vitriol, en eau , en chaux, en esprit èc en teinture.
On fait aufli une infinité de compositions différentes en joignant différentes choses à ces principes métalliques » comme l’acide universel qui est capable de liquéfier le monde souterrain , Sc le diviser en une infinité de dissolutions.
Lorsque vous réduisez en eau la terre ou la pierre à chaux , vous faites de l’alun.
Lorsque vous réduisez en eau la pierre à chaux, vous faites non seulement de l’alun, mais encore du borax. Si vous faites dissoudre une matière bitumineuse ,
E iv

i©4 Discours
il en résulte du soufre vif ; la dissolution
de mine de fer donne du vitriol.
Exposez à l’air la terre métallique imprégnée de soufre , il en résulte un arsenic auquel on peut joindre du soufre commun pour en faire de l’orpimenr, du réalgar. Si ensuite on en sépare la partie aqueuse, il en résultera du mercure coulant ; ajoutez du soufre à cc mercure , 8í vous aurez du cinabre.
Tout ce que je viens de dire est véritable ; j’ai fait douze différentes compositions pour réduire les métaux en leur première matière ou principe, par le moyen de l’acide dont j’ai parlé ci- dessus.
Mais passons actuellement au mélange des dissolutions des principes métalliques pour voir leurs actions & leurs réactions, par le moyen des sels alkalis, du sel de nitre , & du sel commun.
Le sel de nitre se change facilement en sel alkali, & le sel commun se change également en sel alkali.
Les sels urineux, nitreux & sulfureux , ont une puissante action fur les arsenicaux, & ceux-ci agissent puissamment sur les sulfureux après la réaction , pour produire ensuite des sels factices, comme les alkalis volatils,

P K ï L O S O P H I Q U E. IO5 ammoniacs, de prunelle , le sublimé, le sucre de Saturne, le lis de Pa- racelce.
Les esprits ou les huiles de sel commun , de soufre , de vitriol & d’urine, sont à peu près les mêmes. Ceux de nitre & de vinaigre ne font pas tout à fait comme ceux des autres sels , quoiqu’ils aient quelque analogie ensemble. L’esprit de vin sympatise avec celui de térébenthine, & de leur mélange on sait différens menstrues.
Si nous voulons faire un menstrue ou dissolvant qui soit alkalin & volatil » nous n’avons qu’à prendre de la terre principale subtile , & la mêler avec des alkalins de vin & de sel commun.
On fait trois grandes compositions avec les choses qu’on retire des entrailles de la terre , en les mêlant ensemble.
II existe un moyen de mêler la terre avec le mercure, & ce mélange fait du bon métal.
II existe dans les entrailles de la terre une matière qu’on mêle avec l’huile ou la graisse de la terre , & il en résulte un mixte qui est une litharge sulfureuse & bitumineuse.
II existe également dans la terre une E v

io 6 Discours substance qui l’a fait mêler avec l’eait > & il en résulte des mixtes qui produisent des sels différens.
Én ajoutant ou retranchant quelque chose de ces trois principes, c’est-à- dire , si nous savons y ajouter des sels, des soufres métalliques, nous ferons des choses merveilleuses, tant en composant qu’en décomposant ; en un mot, en séparant les parties terrestres &C grossières , &c en ajoutant un soufre , nous pouvons faire un menstrue universel qui réduit les corps en première matière.
Tous les êtres font composés de terre, & ils doivent retourner en terre ; c’est ce que nous voyons fréquemment dans toutes les décompositions : nous pouvons nous assurer de cette vérité dan? un cimetière.
Pour faire une composition parfaite, nous n’avons d’autre chose à faire, qu’à tirer des métaux , des sels, des soufres, de la terre , de l’air & du feu, & réduire toutes ces choses en un seul Sc même principe naturel. En ajoutant 8c retranchant ainsi selon les règles de la Nature, nous nous procurerons le mercure des Sages.
Les pierres Sc la graisse de la terre

Philosophique. 107 sont la base de tous les métaux & minéraux. Cette substance est l’ame des végétaux , des animaux & des minéraux. Les soufres arsenicaux sont un véritable mercure, qui est une graiffe , une huile qu’on peut métallifier ,& dont on peut retirer une teinture d’or ; c’est du moins l’opinion de beaucoup de Philosophes , dont les ouvrages sont très-estimés.
L’argile ou la terre à potier contient une grande quantité de cette graiffe. La Nature l’a placée par-tout, même dans les bois , auffi bien que dans la terre. 11 suffit de jetter les yeux dans un four à brique pour apprendre à la connoître ; elle suinte dans le feu , où elle se vitrifie. Voilà pourquoi on voit souvent plusieurs briques ou tuiles qui font collées ensemble par cette graiffe vitrifiée , qui est l’humide radical des corps. L’or en est imprégné abondamment , fans cela on ne pourroit jamais réussir à le vitrifier.
Ce mot argille , est pris universellement , & il s’étend iusqu’à celle dont la brique , les pierres font formées ; c’est elle qui fait croître les végétaux ; c’est elle qui produit l’or brillant : c’est cette argille , cette graiffe de la terfe

io8 D i s c o v r £ qui est la base tte. la matière dont le Créateur a formé tous les astres qui rassemblent tous les atomes argilleux- onctueux, qui entrent dans la composition de tous les corps métalliques. II faut donc conclure de-là que tous les êtres font composés d’atômes ar- gilleuX'onctueux.
L’arbre de fer démontre fans réplique , que les soufres arsenicaux & le mercure volatil sont fixés par les feux souterrains.
Au reste , toute pierre à feu se convertit en chaux vive, & sert à la formation des corps opaques ; ou fi elle ne se calcine pas, elle se vitrifie lors- qu’on la joint aux corps diaphanes. Les pierres de cette espèce sont les cailloux & le sable, ou la terre subtile mêlée d’atômes.
La plus grande partie de la terre est compofeé de pierre, d’argille onctueuse , ou de sable ; & il est évident que les trois Principes universaux des corps font les pierres, l’argille & la graisse de la terre. Ces trois Principes font réductibles en cendres, en écume & en fuie. Ils font communs , & fe divisent en trois compositions générales qui produisent les sels , alkali, de

Philosophiq u e. 109 nître, Lc commun, qui sont réunis ensemble.
Les sels alkalis contiennent une terre clarifiée & vitrifiabîe.
Le sel de nitre contient une terre grasse, rouge & très-subtile.
Le sel commun contient une terre arsenicale , mercurielle , incombustible & qui a la vertu de blanchir.
Ces trois principes se trouvent presque par-tout en abondance ; la mer également est remplie de terre alka- line, d’air nitreux, 6c de sel de nitre mêlé avec le sel commun.
On peut acheter à vil prix une matière qui contient ces trois principes ; mais peu de personnes font en état de les séparer : elle contient une terre dont il faut la délivrer & en retirer la quintessence.
Nous connoissons dans l’alkali minéral , un vêrre qui purifie le sel de nitre , &c qui lui donne, ou , pour mieux dire , qui développe sa teinture.
Le sel commun convertit les métaux en arsenic S c en mercure ; c’est du moins l’opinion du Pere Kirker.
Si l’on fait tremper des lames de plomb dans une eau croupissante ôc salée, il se convertit en mercure, qu’on

us Discours appelle vulgairement corne d’argent ou arsenic de lune.
L’esprit de nitre teint l’argent en couleur d’or. La liqueur tirée du nitre fixe ou d’un autre alkali quelconque, a une' grande puissance sur les métaux ; elle les mûrit Sc les transmue en les altérant ; mais cette liqueur auroit une puissance infiniment plus grande , fi vous en sépariez les trois Principes. Alors vous auriez une preuve de ce que je viens de dire.
L’on peut facilement retirer un sel de l’or, Sc des parties volatiles de tous l'es autres métaux : on en retire également du mercure commun Sc de Pan- timoine , de l’urine humaine , Sc il ne faut pas beaucoup de science pour faire cette opération: il suffit d’em- ployer tout simplement la calcination vulgaire & la sublimation ordinaire, ô l jetter les matières calcinées dans de Peau bouillante, qu’il faut filtrer Sc faire évaporer.
Pour démontrer que les trois principes des métaux font formés de pierres, de terres Sc de fuie arsenicale, il ne faut faire autre chose que de les décomposer & les réduire en leur matière primitive ; qui, après la décom-

Philosophique, iii position , ne sera autre chose que des pierres, de la terre, & de la fuie arsenicale.
Rien n’est si facile que de convertir les métaux en vif-argent, sans même en excepter l’or ni l’aríenic, pourvu qu’on en sépare la terre ou le crocus, & qu’il ne reste qu’une terre irréductible & dépouillée d’arsenic ou du principe de ce minéral.
La vitrification est le moyen le plus facile pour parvenir à la décomposition des métaux ; c’est par cette opération qu’on en sépare toutes les scories & les parties hétérogènes.
On décompose les métaux & on les anime avec du vif-argent & de l’arse- nic, en les cimentant avec le soufre , en les vitrifiant avec du plomb, des cailloux & des sels alkalins.
Les principes métalliques font bien contenus dans le sel de nitre & dans le sel commun ; mais ils font plus éloignés que dans un autre sujet; c’est-à- dire , dans les métaux mêmes, où ils sont avec une certaine harmonie ; ils y font cependant moins purs que dans un autre sujet minéral qu’on achete à vil prix.
Le plomb ne produit autre chose

ttz Discours
qu’un alkali vitrifiant, qui agit puissamment avec un acide.
Le sable contient aussi un excellent alkali vitrifiant; le fer ne contient qu’un crocus ou une terre styptique. Les cendres de plomb figent le fer , le fulminent & le font déposer ; elles font auíîx combustibles que le soufre & le sel de nitre.
Le vif-argent n’est autre chose que de l’arsenic fluide ; l’arsenic n’est autre chose qu’un soufre de sel commun concentré, parce que les symboles des principes généraux des métaux font tous salins & métalliques, combinés entre eux.
Tous les acides ont une grande puissance sur les alkalins ; c’est pourquoi ils fournissent les'moyens de faire trois décompositions des sels par le moyen des sels, & ensuite des métaux par le moyen des sels, & la décomposition du tout incorporée.
Les métaux & minéraux secs conviennent avec les humides ; les styp- tiques avec les fluides; les volatils avec les fixes ; les homogènes s’aecordent avec les hétérogènes par la combinai* son des mêmes principes.
On opère la réaction des sels, en les

Philosophique, nz mêlant avec les métaux , Sc en incorporant les alkalins avec les soufres, Sc les sels sulfureux avec le mercure ; en mêlant le vif-argent avec les sels & le soufre des métaux, on opère de même la réaction des mêmes sels.
Mais venons actuellement à l’article des métaux groíïìers ; car nous avons des minières remplies d’une matière semblable aux scories du verre , friables , volatiles, arsenicales, antimo- niales, mercurieiles, imparfaites.
La terre ítyptique se convertit en pyrites, en bol, en crocus, ou en terre molle Sc friable ; Sc quelquefois, quand le degré de feu s’y trouve, il en résulte un métal parfait, ou mixte , ou enfin un similor blanc.
Quand on fait la séparation de ces métaux imparfaits ou bâtards , on en retire de l’or , de l’argent, du cuivre blanc , du plomb martial antimónial.
Examinons actuellement le sel de nitre , le sel commun , le soufre , l’ar- fenic Sc le vif-argent électrique, ou l’antimoine magique ,1e plomb martial, l’aimant ou soufre du mercure.
j’ai dit, &C répété plusieurs fois , que le soufre a deux principes, l’un mâle, l’autre femelle , l’un tendant au

ïi4 Discours blanc, l’autre au rouge , 8c qu’on peut cependant les marier ensemble.
Le principe du soufre tendant au rouge est dans le sel de nitre ; le soufre blanc tire son origine du sel commun joint avec le soufre commun.
Le soufre ardent prédomine 8c se blanchit dans la terre avec le soufre commun, comme on le voiç par son mélange avec le cuivre.
II est donc évident que le soufre commun contient du sel commun, 6c qu’on peut l’en séparer facilement ; ÔC Ton peut séparer & retirer du sel commun, un véritable soufre commun, un vif-argent pur ; comme du sel commun on peut également retirer de l’arsenic pur.
Le sel Lc le soufre ont les mêmes principes communs , arsenicaux 8c mercuriels; mais il y a beaucoup plus de soufre que de mercure, comme il y a plus d’arsenic que de mercure , 8c très-peu de soufre incombustible.
Si vous prenez pour mâle le soufre mercuriel, 8c pour femelle le mercure sulfureux, vous ferez facilement le mariage arsenical. II arriveroit ce que vous pouvez voir sans peine , en mettant de l’huile de pétrole fur du soufre

Philosophique. i i 5 ou bitume solide. Vous verriez le même effet, íi vous mettiez du vif- argent fur de l’arsenic dur & solide , qui ont la même origine.
Le soufre est une terre alkaline & calcaire ; les huiles de soufre &C de vitriol nous prouvent cette vérité ; on reconnoît que la dureté du soufre & de l’arsenic est la même, & qu’elle provient d’un mélange de soufre alka- lin ôc salin, comme nous le voyons dans les cornes d’argent & d’arfenic qui font cuits & retenus ensemble avec le mercure , qui les affermit & les durcit, quoiqu’il ne soit pas fluide ; mais il est néanmoins homogène.
Quoique le soufre commun paroisse bien différer^ du mercure coulant, ces deux minéraux se mêlent cependant bien ensemble, & il en résulte du cinabre.
On peut faire de même un beau réalgar , en mêlant du soufre avec de l’arsenic, & de ce mélange on peut faire un excellent élixir; avec du soufre fixe & de l’arsenic , on fait des choses admirables.
Voilà comment la Nature se joue de l’Art ; mais ik faut tâcher de l’imiter.
Venons actuellement à l’article de

it6 Discours l’antimoine magique-électrique , à l’ai- mant, aa mercure philosophique de plomb , de ter, de cuivre & d’anti- ntoine.
i°. Rien ne peut agir avec plus de puissance fur les métaux que le feu & l’eau, quoiqu’ils soient hors de leurs sphères.
lie feu qui raréfie l’eau, est un caustique brûlant, qui raréfie d’une maniéré particulière.
2°. Dans une grande décomposition , le sel de nitre & le sel commun produisent le même effet ; leur substance a la vertu de condenser , mais nous en parlerons d’une manière plus particulière dans la fuite.
3°. Tous les Chimistes & les Orfèvres connoissent, que le soufre commun & le mercure vulgaire ont une grande puissance sur les métaux ; ils les durcissent par la cimentation : ils les calcinent, les animent, les conservent dans leur fixité, &c les précipitent; mais ils ne peuvent,produire le moindre effet dont on pût retirer le moindre émolument.
Le soufre commun contient bien peu de soufre incombustible, & bien peu de mercure fixe. C’est pourquoi

Philosophique, hj l’on a beau les exposer à un feu violent avec les métaux, ils tetiennent toujours leur feu interne dont on les délivre plus facilement avec un feu lent ; en suivant cette méthode , on n’altère jamais les métaux avec lesquels on fait une cimentation.
Quoique le vif-argent paroisse bien conjoint avec un métal, il s’en faut beaucoup qu’iis soient réellement unis ensemble , parce que le vif-argent contient trop peu de soufre fixe pour opérer une liaison parfaite; il peut néanmoins concourir à perfectionner ou altérer les métaux , selon la quantité de soufre fixe qu’il contient ; mais un véritable Philosophe ne s’amuse pas à de pareilles opérations: un commençant peut cependant faire quelques expériences de cette forte ; si elles ne lui font pas lucratives, elles seront du moins pour lui d’excellentes leçons , dont il pourra profiter quand il aura acquis de plus grandes lumières.
Dans les fortes conjonctions de ces deux métaux, les vices de l’un & de l’autre les empêchent toujours de pro-, duire un bon effet. Cela prouve qu’il n’est pas possible de faire un métal avec le soufre seul, ni avec Iç mercure sey.1 t

si8 Discours je parle du mercure vulgaire & des moyens vulgaires ; on a beau les marier, ils «'engendreront jamais, rien; nous voyons, d’ailleurs, que la nature de tous les métaux est telle, qu’ils veulent être mariés selon les règles naturelles ; c’est-à-dire, un mâle avec une femelle qui ait ses règles ordinaires , qui contienne une semence générative, qu’il saut cuire dans une matrice convenable.
Nous allons actuellement entrer dans ta classe minérale qui approche le plus près de la métallique, pour ce qui regarde la pierre des Sages, qui, comme il est évidemment démontré , n’est composée que de mercure de soufre , & de mercure sulfureux , qui sont conjoints inséparablement ensemble ; ou pour mieux dire , c’est un même sujet hermaphrodite pu double mercure, une semence métallique arsenicale qui est le mercure double des Philosophes , ou l'aimant électrique magique, l’anti- moine , le plomb de Mars.
Puisque ni le soufre commun, ni le mercure vulgaire, ne peuvent entrer dans la génération des métaux , m conjointement ni séparément, & qu’il faut des principes* composés qu’ils n’ont pas.

Philosophique, ny-
on peut conclure de-là , qu’ils ne font pas le véritable sujet du magistère hermétique.
II faut nécessairement un troisième sujet qui participe de la nature du soufre Sc du mercure, Sc qui, pour cette même raison, est appellé l’hermaphro- dite des Sages.
Mais quel est donc ce troisième sujet? quel est cet hermaphrodite des Sages ? Je vais vous le déclarer ingénue- ment, Sc dans la pure vérité; c’est l’ar- senic ; mais ne vous y trompez pas, ce n’est pas l’arsenic vulgaire ; c’est celui des Sages. C’est un arsenic grossier, c’est l’épouse, la nymphe qui réside dans l’antimoine Sc dans un autre sujet.
II y a des signes certains pour la reconnoître, de manière à ne pas s’y tromper.
Quand cette matière est fur le feu , elle jette continuellement une vapeur Sc des fleurs blanches, surtout lors- qu’elle est en fusion.
Quoique Philalèthe , 8c d’autres Philosophes , paroiflent donner à entendre que c’est l’arsenic antimonial, ils conviennent cependant que cette vapeur intermédiaire est contraire au mercure vulgaire avec lequel elle n’»

i2o Discours aucune connexion, quoiqu’elle tire son origine du même principe.
On ne peut cependant pas nier, qu’après avoir tourmenté le vif-argent par un long travail, on ne lui procure une qualité particulière pour dissoudre les métaux.
Plusieurs Philosophes, parmi lesquels se trouve Flamel, disent qu’après avoir fait subir certaines opérations au mercure vulgaire, il est acuité par le moyen du vinaigre minéral, par la vertu du sel de nitre & du sel métallique, L’Artiste ne sauroit comprendre les merveilles qu’il opère en travaillant, & en incorporant toutes ces matières.
Toutes les fois que nous ferons l’u- nion du soufre arsenical de la terre, ou du soufre commun, l’union produira toujours des minéraux ou des métaux. Si l’on fait célébrer l’hymen à un métal quelconque, il se convertira promptement en mercure coulant & corporel; mais quand il est réduit à ce point, il est volatil & électrique, fous la forme métallique. On peut facilement l’amal- gamer avec le mercure vulgaire pour les acuiter ensemble & les joindre à un autre métal sur lequel ils auront une vertu péaétrative incomparable.
Cette

Philosophique, ni
Cette distinction de l’arsenic commun réuni avec le mercure vulgaire , se fait, parce que le mélange acquiert une vertu fixative & pénétrative, quoi- qu’il soit auffi facile à fondre sur le feu que la cire ; c est pat cette même raison que fa vapeur virginale pénètre , coagule par sa vertu, qui se répand comme une vapeur magnétique , par le moyen de l’arsenic & du mercure qui attirent le soufre de l’or.
Cette matière a une infinité de noms. Les anciens Philosophes Pont appellée electre antimonial - magique , plomb martial Sc antimonial. En effet, la vapeur métallique fe coagule avec l’hy- men sulfureux & salin qui tient un rang intermédiaire entre la partie liquide & celle qui a un peu de consistance , parce que Parsenic & le mercure ont reçu de la Nature une qualité prochaine , fixative Sc attractive.
Cette matière est très-coinmune en Angleterre, fur-tout dans la Province de Cornouaille, où, en peu de tems , on peut s’en procurer de quoi charger un navire.
L’on met ce minéral fur le feu dans un creuset , ôí l’on voit bientôt pa- Tome I, F

i i2c Discours roître la nymphe vêtue d’une robe de plusieurs couleurs.
J’ai mis cette matière dans une cornue de terre à creuset, sans aucune addition; j’ai fait rougir la cornue , &c à la fin de la distillation, j’ai trouvé un sublimé éblouissant attaché au col de la cornue. Ce sublimé étoit aussi beau que de l’argent de coupelle ; je ne vis jamais de sublimé qui eût une si grande vertu magnétique, attractive &c pénétrative.
Cette matière étoit purement arsenicale & d’une qualité Çxative qui opère àvec une célérité extraordinaire.
II faut séparer le soufre fixe de ce sublimé avec adresse ,.le bien purifier & le lui rendre. Ce soufre fixe n’est autre chose que les cendres ou le soufre vif, ou l’arfenic des Philosophes.
Si vous avez travaillé fur l’anti- moine , le plomb , l’étain , le fer , l’argent, ou l’or des Philosophes , & que vous les ayez réduits en leur première matière fondans comme la cire, & que vous les ayez privé de toute substance mercurielle, vous n’avez plus rien à defirer ; vous êtes possesseur de

Philosophique, i i; i’électre, de l’ambre ou du plomb des Philosophes.
L’ambre, selon les Anciens Sc les Modernes, est une espèce de succitl qui se forme dans la mer Adriatique, vers 1’Lonie. II provient d’un caillou qui se détache des momagnes Sc qui roule dans la mer , oh il se mûrit par la fraîcheur de l’eau de la mer ; il suinte de ces cailloux Sc se coagule dans l’eau ; Sc quand on le recueille , il est comme la poix de Bourgogne, ou comme un corps bitumineux.
On prétend que cet ambre est composé d’or Sc d’argent ; c'est pourquoi les Philosophes en ont pris le nom pour le donner à leur matière , après qu’ils lui ont fait subir les opérations convenables ; mais il n’entre jamais qu’un cinquième d’argent dans la composition de l’ambre factice ou philosophique.
11 faut se souvenir que l’ambre & l’arsenic sont deux synonimes chez les Philosophes.
Après avoir réduit en mercure coulant un métal quelconque , ce mercure a la vertu d’attirer de Pair le soufre de nature, & de fixer promptement les r» étaux ; Sc pour lui procurer une plus

ii4 Discours
grande vertu, on le fait cuire avec du mercure vulgaire pour attirer plus abondamment encore le soufre céleste. Voilà la seule vertu du mercure vulgaire : FAlchimie ne lui en connoît point d’autre.
Mais , occupons-nous actuellement d’un autre objet plus essentiel ; entrons dans la minière d’où l’on doit tirer la pierre des Sages, ou du moins la matière dont elle est composée : je veux parler du soufre mercuriel, & du mercure sulfureux conjoints ensemble , ou l’herma- phrodite, ou le double mercure qui contient la semence métallique , ou notre arsenic , notre mercure ; mais il ne faut pas s’y tromper : c’est le même sujet dont nous venons de parler ; parce qu’on ne le distingue ainsi fous plusieurs dénominations , qu’à cause des différentes opérations qu’on lui fait subir dans la préparation & dans les usages auxquels on l’emploie.
Concluons d’après le principe, que tous les métaux font composés'de terre & d’arsenic ; nous connoissons ces deux matières, qui, quoique très-différentes l’une de l’autre, composent néanmoins un métal qu’on peut décomposer pour le remettre dans leur état primitif.

Philosophique. 125
L’asiemblage de ces deux substances, fait un corps terreux & mercuriel, par rapport à l’arsenic qui est contenu dans les quatre élémens, & par-tout ailleurs.
Nous avons déja dit que la terre étoit la matrice de tous les êtres, &C nous ajouterons qu’elle est calcaire , allumineuse, pierreuse , glaireuse, bar- beuse & talqueuse.
L’arsenic est de deux genres seulement; e’est une vapeur purement minérale mercurielle , ou la nymphe &c le soufre fixatif de nature , qui est l’am- bre & le soufre du mercure, fondant comme la cire , après qu’on lui a fait subir les opérations philosophiques.
L’arsenic n’est autre chose qu’une vapeur minérale, un vif-argent, qui, lorsqu’il est encore privé du soufre de nature, n’a point de vie ; c’est pourquoi il faut chercher dans un autre sujet de quoi suppléer à ce qui lui manque , ôc l’on aura une matière parfaite.
Le minéral dont nous nous occupons , a une grande fympatie avec le soufre commun, il en engloutit promptement une bonne quantité, & devient comme du cinabre d’antimoine , qui désire le soufre & se sature en même
F iij

12,6 Discours
temps de sel comnuin arsenical dont on fait le sublimé.
On distingue toujours l’arsenic qui contient du soufre commun avec peu de mercure, d’avec celui qui contient rin peu de vrai soufre incombustible.
11 est très-néceffaire de connoître l’arsenic commun , qui contient beaucoup de soufre externe, ce qui annonce qu’il contient austi un peu de vrai soufre intérieurement.
Le mercure vulgaire diffère du mercure philosophique , parce que le premier n’a aucune vertu fixative , tandis que lé second fixe parfaitement, coagule éc pénètre avec une promptitude étonnante.
11 y a austi une grande différence , entre l’arsenic vulgaire &c l’asenic philosophique, ils paroiffent cependant semblables extérieurement, l’un contient le lait de la vierge & le soufre incombustible salin, & l’autre n’en contient point ; l’un 6c l’autre coagulent cependant le mercure sublimé, 6c s’al- ìient avec l’orpiment & le réalgar.
Plusieurs sujets nous présentent l’arsenic qui entre dans la composition du magisters, le plomb, l’étain , le borax, le zing, font de ce nombre ,

P H I L O S O P H r Q U E. I VJ mais ííir-tout le plomb ; ce métal quoique vil, malade & lépreux, renferme un soufre nitreux qui dévore tous les métaux, comme nous le voyons par la coupelle. Le plomb procure les mêmes avantages que l’arsenic ; ces deux métaux diffèrent seulement en ce que Tun est plus sulfureux que l’autre ; mais celui qui a plus de soufre a moins de mercure ôd celui qui renferme moins de soufre contient une plus grande abondance de mercure.
Nous ajouterons que plus un corps est gras, plus il est sulfureux, & moins arsenical ; plus il est arsenical, plus il est propre au grand œuvre.
Mais , venons présentement au mélange de la terre avec l’arsenic, c’est- à-dire , au mélange métallique. La terre 8d l’arsenic peuvent être regardés comme la matière de la pierre des Philosophes , parce que ces deux matières contiennent le mercure ôd le soufre qui s’y trouvent incorporés : c’est ce qui produit les pyrrites , les marcaíîites qui sont les rudimens des métaux ; & si elles ne deviennent pas à leur degré de perfection métallique,, c’est parce qu’ellesn’ont pas une suffisante quantité d’arfenic.
F iv

ir8 Discours
Cependant, la partie mercurielle sait bien tirer de l’air cette partie arsenicale qui lui manque, ainfi que les soufres de cette nature, de même que les sels vitrioliques. C’est pourquoi Rupécisse dit, ainfi que Basile Valentin , & plusieurs autres Philosophes, que le vitriol est le vrai principe des métaux ; il faut aussi entendre en même temps, & admettre dans la même classe, toutes les marcassites & pyrrites qui ont été vitriol auparavant.
Au reste , si la matière,contient une plus grande quantité d’arsenic , cela provient de l’espèce de terre minérale , comme il arrive en Angleterre , dans la Province de Cornouaille, où le vitriol a une qualité supérieure & extrêmement convenable aux opérations chymiques.
Cette matière est composée d’arsenic & de terre styptique martiale ; elle est différente d u fer en ce que son mercure arsenical n’est pas uni inséparablement avec la terre, & qu’oa peut l’en séparer facilement. Après la séparation de cette matière, il en résulte un crocus violet, comme une belle tulipe.
Si l’arsenic est un serment adhé-

Philosophique. 119 rent à la terre, il en résulte un véritable métal qui est un bon fer, comme nous bavons déja démontré.
II est donc évident que le fer est le fondement de tous les métaux , à b exception du plomb & de l’étain, qui proviennent du mercure coagulé par le mòyen du íoufre antimonial.
Le borax St l’antimoine font aussi coagulés par le soufre commun ; mais après les avoir décomposés, il en résulte un véritable vif-argent , & ce vif- argent est barsenic fluide proprement dit.
Si la terre martiale est bien pure & subtile, elle produit du cuivre ; si elle est très-pure St très-subtile , elle produit de bor ; si elle est blanche , pure , fixe St subtile , elle produit de l’argent.
Voilà pourquoi il n’y a pas de fer qui ne contienne de bor Sc de l’argent , ainsi que du cuivre.
Le fer étant cuit avec une quantité suffisante (barsenic, désiré s’unir avec les métaux supérieurs , il se plaît avec barsenic Sc le sel, ainsi que le soufre commun.
Si bon fait fondre du fer avec du soufre St de barsenic, il en résultera du plomb très-certainement : voilà
F v

i^o Discours pourquoi il y a beaucoup d’avantage de fondre de la mine de fer avec des corps sulfureux & arsenicaux; car c’eít- là le moyen de retirer constamment un métal très-pur.
Le fer refuse toujours de s’allier avec !e vif-argent; il n’est pas possible d'a- malgamer ces deux métaux ensemble , par ce que le soufre arsenical ne se trouve pas dans le mélange.
Le mercure sublimé agit cependant bien puissamment sur le plomb martial , dont il dessèche l’humidité , en s’imbibant de toutes ses parties arsenicales.
L’arsenic est ami de l’étain, de l’ar- gent & du fer ; c’est pour cette même raison, qu’il n’y a pas de minière d’ar- íenic qui ne soit environnée de fer ; mais ce fer a une qualité supérieure qu’il a acquise avec l’arsenic, car on le fait fondre aussi facilement que le cuivre , & on l’amalgame avec l’or , sans difficulté.
II a fallu beaucoup de temps pour découvrir toutes ces propriétés métalliques ; on a été obligé de faire un grand nombre d’expériences coûteuses & dangereuses, en altérant les métaux , ou pour mieux dire , en les

Philosophique, iz r détruisant; on a reconnu que le fer est le principe , la base & le moyen pro- greffif de tous les métaux. C’est le fer qui communique au cuivre , à l’or , à l’argent, la propriété qu’ils ont de ne point se fondre sans être enflammés èc. poussés à un degré de chaleur violente.
Plusieurs Philosophes disent qu’on peut faire la pierre avec le mercure vulgaire , par la voie sèche & par la voie humide ; mais il faut le sublimer, le précipiter & le réincruder par le moyen d’ttn soufre , dont la connois- fence conduit directement dans le sanctuaire de la philosophie hermétique.
Basile Valentin assure qu’on peut auíît faire la pierre avec le soufre du vitriol romain, &c il conseille de ne point chercher l’azoth des Philosophes dans un autre fujer.
Le rouge éclatant qu’on voit dans le soufre de vitriol après fá fixation , indique assez qu’il contient un grand ar- cane ; mais pour en retirer tout l’avan- tage qu’en promettent les Philosophes * il faut l’animer avec un esprit métallique , dont tous les auteurs, ont parlé, & dont ils ont tous gardé le secret.
Quand on veut travailler fur le vì-
' F yj

Discours triol, il faut en premier lieu le bien calciner dans un four de verrier, où l’on le réduit en cendre , dont on retire le sel fixe , en les lessivant avec de l’eau de pluie qu’on filtre ensuite , & qu’on fait évaporer.
Ce sel contient un soufre qui resteroit pendant un fie cl e dans un feu de fusion fans s’altérer, .si on lui a fait subir les opérations philosophiques. C’est probablement à cause de cette qualité que les Philosophes l’ont comparé à la salamandre.
Faites dissoudre &C coaguler ce soufre autant de fois que vous le jugerez à propos , 6c vous verrez qu’il se résoudra en eau ausii-tôt qu’il fera exposé à l’air.
Prenez une partie de ce sel, faites-la bien dessécher, & ajoutez-y autant pesant de fleur de soufre commun; mettez le mélange dans un creuset que vous placerez au feu de roue ; approchez les charbons par degrés pendant une heure; faites rougir le creuset, &; vous aurez une terre qu’aucune eau-forte ne pourra dissoudre.
Le soufre commun, en se consumant, pénètre le vitriol jusqu’au cœur, ôc fait sortir cette substance indiffo-

Philosophique. 13 j
lubie qui renferme ôí indique un grand arcane.
Cette expérience est bien peu coûteuse, &c se fait bien promptement 5 c’est peut-être ce qui la fera regarder comme de peu de conséquence par beaucoup de personnes ; mais celui qui a réellement envie de s’instruire, ne la méprisera pas, & pourra, en comparant la cause avec les effets, se procurer de grandes lumières : car cette terre indissoluble avec la manière de la préparer, indiquent les moyens de parvenir à la connoissance du feu philosophique qui n’est pas un objet de peu d’importance.
Le soufre , dans cette opération , par fa flamme , détruit entièrement toute l’humidité qui se trouve dans le sel du vitriol, & y concentre un feu qui l’empêche de se dissoudre dans Feau-forre.
Le feu central & salin du vitriol , fe conjoint en même rems, par la vertu du soufre, de la même manière que cela arrive dans les entrailles de la terre, oìi le soufre détruit toute l’humidité du mercure, le fixe & le cuit en métal, parfait ou imparfait» tantôt par sa flamme , tantôt par sa

134 Discours
fumée , & d’autres fois par fa vapeur feulement.
On voir par là , que le soufré détruit & compose continuellement dans les minières cù il cuit les métaux avec un feu visible &C invisible.
Le soufre commun est un vrai type du feu philosophique qui brûle & détruit toutes les fuperfluités qui fe trouvent dans la matière de la pierre après la calcination; mais ce feu ne doit détruire que les parties terreuses & superflues , & doit conserver les parties essentielles , fans les endommager en aucune manière.
Les Sophistes regardent le plomb avec dédain, avec mépris, à cause de fa noirceur , à cause de fa lèpre ; mais les vrais Philosophes qui connoiffent ses propriétés, & qui voient au travers de son habit mal - propre, les choses précieuses qu’il renferme, l’ef- timent infiniment & le regardent comme le père de tous les métaux, parce que tout ce qu’il contient extérieurement est du genre de l’or : car le soufre de ce métal, après avoir été travaillé par une main philosophique , a la vertu de fixer le mercure vulgaire en or parfait.

Philosophique. 135
Le plomb qui a été employé à faire des goutières qui ont été exposées à l’air pendant un siécle, contient un soufre qui est le véritable aimant philosophique qui est caché dans fa terre noire.
Cette terre noire de plomb vulgaire renferme le" mômes propriétés que celle de l’antimoine des Philosophes dont on extrait le mercure philosophique qu’on fait végéter comme une plante.
Le mercure qu’on extrait du plomb selon la méthode philosophique, contient un véritable soufre d’or avec lequel on fait une des plus précieuses médecines qui soit dans le monde ; mais il faut le faire putréfier au bain-marie pour en séparer les quatre élémens , qui doivent être bien purifiés & réunis fur la fin de l’opération.
L’eau-de-vie pure contient aussi un soufrée d’or ; mais il n’a pas une fi grande vertu que celui du plomb , &c il faut beaucoup plus de tems pour en faire l’extraction.
Mais l’antimoine est encore bien plus précieux que le plomb, aux yeux des Philosophes ; aussi est-il leur matière favorite , parce qu’avec ce mi-

lz6 Discours néral & de l’or qu’on lui fait dévorer par un moyen philosophique , on fait la médecine universelle en bien peu de tems ; car on prétend que fi on a le bonheur de dissoudre radicalement de l’argent dans la quintessence d’an- timoine dans laquelle on fait ensuite dissoudre de l’or , on peut faire la pierre en un mois philosophique.
Pour extraire de l’antimoine une quintessence pure, il faut commencer par le réduire en mercure fluide, semblable , à la vue , au mercure vulgaire ; on le sublime, on le précipite & on le fixe pour lui faire perdre sa blancheur & découvrir le rouge éblouissant qu’il renferme.
Cette couleur rouge indique un soufre d'or parfait ; on en fait l’extraction avec du vinaigre distillé qu’on fait ensuite évaporer , 8c l’on y joint un esprit métallique pour lui donner une vertu fixative & pénétrative. **
Si vous avez le bonheur de réussir dans le choix de l’esprit métallique , que vous devez conjoindre avec ce soufre d’or antimonial, vous aurez dans peu de tems une médecine , qui guérit, comme par miracle , toutes les maladies du corps humain, Sc con-

Philosophique. 137 vertit tous les métaux imparfaits en or ou en argent parfait.
Le fer contient aussi un soufre précieux 8 1 qui est absolument nécessaire à la . composition du magistère ; mais les Philosophes n’ont jamais enseigné la vraie manière de le préparer.
Ce métal est d’autant plus essentiel dans la composiion de la pierre triangulaire , qu’il contient intérieurement le véritable argent philosophique avec un vrai soufre d’or. Voilà pourquoi l’on prétend que le fer est hermaphrodite , l’argent qu’il renferme étant la femelle ; & le soufre d’or le mâle philosophique qui opère la coagulation de la pierre transmutait ve.
DE LA TRANSMUTATION des Métaux.
La transmutation des métaux se fait par la voie universelle, 011 par un moyen particulier.
La première transmutation se fait par le moyen d’un fluide mercuriel- arsenical, tiré d’une terre styptique 8c martiale , qui est composée d’un arsenic métallique très-pur & d’un soufre de nature stxatile. On la réduit en

rz8 Discours réalgar par le moyen du feu : on la fait digérer pour la rendre fusible , pour la fixer, & la convenir en élixir ou teinture.
La seconde transmutation se fait avec une terre fixe , fusible, subtile , d’une nature astringente.
La première transmutation se fait par le moyen d’une substance métallique qui contient la médecine composée avec le fluide mercuriel qui est analogue à tous les métaux. C’est pourquoi lorsqu’on fait la projection de cette médecine , elle s’insinue dans les métaux comme de la cire ; elle les pénètre avec son ferment mercuriel, les tempère &í les rend parfaits. Sa vertu est si grande , qu’une partie projettes fur mille parties de métal crud , a la propriété de le mûrir au suprême degré de perfection, ÔC d’en faire un or parfait.
La seconde transmutation se fait par la cimentation ou la fusion de l’argent préparé avec une matière terreuse & métallique, qui a une vertu styptique & fixative , qui absorbe toute l’hu- midité du mercure d’argent, resserre ses pores , & lui donne la chaleur 6c la couleur d’or parfait.

Philosophique. 139
Dans ces deux transmutations, rien ne peut se faire sans le secours de la terre mercurielle'arsenicale ou la terre marriale-arsenicale.
La voie universelle est très-longue , tandis que la particulière est tiès- courte.
Les Philosophes ont réuni ces deux voies par le moyen d’un sentier qui communique de sune à l'autre.
Ce moyen de réunion n’est autre chose que le mercure des Philosophes qui contient le sel de nature. Ce sel est résolutif quand il est acué 8 c animé avec une terre martiale & un soufre philosophique qui contient le germe de For ; mais il faut encore y joindre lin ferment naturel. Tout le secret consiste dans la préparation, séparation , purification & conjonction de la matière.
La préparation consiste dans la séparation des parties terreuses , grossières èc hétérogènes qui se trouvent mêlées avec les esprits subtils ; il n’y a pas d’autre moyen pour réussir que la calcination dans un four de verrier ou au feu de réverbère. Cette opération étant indispensable, nous la remettrons de tems eri tems sous les

140 Discours
yeux du Lecteur , afin qu’il ne l’oublíe
pas.
La conjonction se fait par le moyen des distillations & cohobations réitérées juíqu’à ce que la matière, de fixe qu’elle étoit, (bit rendue volatile > spiritueuíè & ignée.
Ceux qui auront le bonheur de réussir dans ces opérations préliminaires, pourront, avec l’aide de Dieu, parvenir à la fin du magistère , en faisant cuire la matière selon l’art.
Ces deux voies présentent deux sujets , ôc deux opérations différentes; mais il ne faut jamais perdre de vue que ces deux sujets ou matières différentes font contenues dans le règne métallique. Dès qu’on a le bonheur de les connoître, il faut les faire fondre dans un creuset avec un feu de flamme violente pour les rendre styptiques. Après la fusion, la partie mercurielle íe précipite au fond du vase &c les scories surnagent & se calcinent.
Flamel recommande d’avoir un grand soin de ces scories ; il conseille de les mettre dans un mortier de fer , pour les piler & les laver avec de l’eau bouillante qu’il faut renouveller jus.
qu’à ce qu’elle foit claire. On conserve

Philoso p H I que. 141 toutes ces eaux , on les filtre & fait évaporer pour en retirer le sel fixe qu’il faut conjoindre avec le mercure qu’on a extrait de la même matière.
Voilà le double mercure ou l’her- maphrodite des Philosophes. Cette préparation indique assez clairement la matière , quoiqu’elle ne soit pas nommée. On voit bien que ce ne peut être qu’un métal fusible qui contient beaucoup de matières terreules qu’on sépare par la calcination pour dégager le mercure philosophique qui y est contenu.
Voilà la nymphe arsenicale & saline; à cette époque, elle refuse de s’amalga- jner avec le mercure vulgaire ; mais il existe un moyen qu’on peut employer pour les rendre amis : car l’Art surpasse la Nature en bien des occasions , fans cependant sortir de ses principes. II faut sublimer ce double mercure pour lui couper les ailes , & l’on en fera tout ce qu’on voudra ; il se prêtera à toutes les volontés de l’Artiste , qui, s’il a assez d’intelligence, saura bien en tirer un bon parti, en l’amalgamant avec du mercure vulgaire , qui assoiblira le trop grand feu d u double mercure , Lc l’empêchera d’agir si promptement S

,42. Discours aíìn qu’on put lui faire subir toutes les opérations nécessaires pour en faire une matière pure & parfaite.
Pour lors, on pourra l’appeller triple, parce qu’il est composé de trois substances différentes , qui néanmoins sortent toutes du même principe. Voilà le bain du roi ou de l’or; mais ce métal doit être bien pur pour y entrer.
Si vous voulez purifier l’or au suprême degré , faites-le fondre , comme dit Basile Valentin, avec le loup vorace qui dévore tous les métaux à l’ex- ception de l’or. Si vous répétez cette opération jufqu’á dix fois, vous ferez assuré que si l’or contenoit quelques matières hétérogènes, elles auront été dévorées par le loup dans ces différentes fusions.
Faites ensuite passer cet or par toutes les opérations philosophiques ; ani- mez-le ; faites paroître les aigles par le moyen du plomb , du borax & de l’ar- í'enic coagulés qui fe trouvent dans la matière.
Si, lorsque cette matière est en fusion , vous y ajoutez du mercure vulgaire , il devient aussitôt arsenical & résolutif. Si ensuite vous séparez ce

Philosophique. 143 mercure par la .distillation, il aura toujours une qualité ÔC une nature bien différente du mercure vulgaire de la classe duquel il est sorti.
Vous pouvez amalgamer ce mercure avec de l’or &c de l’argent préparés, & les faire cuire dans l’œuf philosophique , pour en faire une teinture qui a des vertus incomparables.
Les Philosophes connoissent un moyen de mercurifier cette matière, fans adjonction de mercure vulgaire , en séparant la terre arsenicale qui opère les mêmes effets que l’arfenic commun.
Cette même terre a la propriété de réduire les cornes d’argent en mercure coulant, 6c ils convertissent ensuite ce mercure en or parfait.
Mais venons actuellement aux scories de cette matière ; quand elles sont dépouillées de mercure ôc d’arsenic * on peut les considérer comme une terre martiale & un soufre incombustible.
La partie martiale dans cette opération, cède son soufre arsenical 6c mercuriel à la partie antimoniale, 6c celle-ci cède, en même tems, son soufre Logistique à la partie martiale, & les deux extrémités métalliques se

144 Discours rencontrent dans cette opération, dont ie réíultat est que les scories font aussi précieuses que la partie qui se conver- tit en mercure fluide.
Si l’on fait dissoudre ces scories dans l’eau régale , il se précipitera un soufre fixe & incombustible , entièrement semblable à celui qu’on sépare de l’an- íimoine avant sa réaction.
Si l’on fait dissoudre la partie mer- curifiée avec les scories , il en résulte un soufre à la vérité, mais d’une nature bien différente de celui qui provient des scories.
ïl paroît que la partie mercurielle donne son soufre incombustible à la partie martiale , à cause de sa qualité styptique & astringente, qui attire naturellement le soufre commun & s’en imprègne bien facilement.
Inexpérience, d’ailleurs , prouve assez cette fympatie ; car le fer se fond promptement quand on le met fur le feu avec du soufre commun ; si, ensuite, l’on fait fondre cette matière avec du tartre, il en résultera une poudre qui s’enfiammera aussitôt qu’elle fera exposée à l’air. La cause en est bien évidente : ce n’est autre chose que le feu martial qui est soufflé &
animé

Philosophique. 145 animé par le mercure vulgaire qui est contenu dans cette (ubstance.
Cette petite digression ne sert qu’à donner une idée de la force extraordinaire de l’antimoine des Philosophes, qui certainement n’est pas l’antimoine vulgaire, qui n’entre point dans la composition du maglstère.
L’antimoine des Philosophes étant dissout, donne un mercure coulant de couleur d’or, 0.111 dissout radicalement ce roi des métaux, ce que le mercure d’antimoine vulgaire ne fera jamais.
Les scories de l’antimoine dont nous parlons, étant exposées à Pair, produisent un safran éblouissant, quoi- qu’elles soient entièrement dépouillées de mercure & d’arsenic ; à st pourquoi l’on ne sauroit, en aucune manière , l’employer à la réduction des métaux, quand même on y rejoin- droit du mercure qui en a été extrait, parce qu’elles ne font pas susceptibles d’une seconde réaction, ni capables de recevoir la partie mercunelle qu’on pourroit leur présenter.
La partie mercur elle, après la séparation , contient le véritable arsenic des Philolophes, &. les scories T on u /, G

246 Discours contiennent simplement une terre martiale qui est entièrement dépouillée de mercure. Ces deux matières , la partie & les scories contiennent étalement une substance qui est absolument nécessaire à la composition du magií- tère.
Si nous séparons bien le soufre sso-, Distique qui se trouve dans ces scories , nous aurons le véritable soufre flogistique martial de l’antimoine des Philosophes, ou l’or philosophique.
Ce mercure & cet or étant bien conjoints ensemble , font la matière ou la véritable teinture qui teint tous les métaux imparfaits., & expulse du corps humain toutes les maladies dont il peut être attaqué.
Voilà une des voies pour arriver mt centre de la Philosophie hermétique dans très-peu de tems. 11 existe une autre voie., un autre sujet qu’oa prépare d’une manière différente ; mais il faut employer beaucoup plus de tems.
On peut retirer le soufre d’or martial de plusieurs sujets, comme des terres bolaires & de plusieurs autres de cette espèce.
Le fer lui-même contient aulsi une

P H 11 O S O P H I Q V E. ï47 gisez grande quantité de ce soufre précieux ; mais pour pouvoir l’en retirer , il faut commencer par réduire ce métal en terre , pour en séparer le mercure, & il faut que cette même terre ne soit plus réductible en. métal, & qu’il ne soit plus possible de la sublimer en l’exposant au feu de réverbère.
Le mercure d’antimoine martial des Philosophes doit être animé avec du. mercure vulgaire pour échauffer la dissolution; mais il faut les mêler selon les règles & proportions que Flamei a détaillées dans ses ouvrages.
L’or & le soufre martial philosophique doivent aussi fermenter ensemble selon les règles philosophiques.
Le magnétisme martial & mercuriei est bien visible ; fi on le prépare convenablement , il peut absorber & précipiter le mercure vulgaire dans très- peu de tems.
Tout le succès de cette opération dépend de la préparation du safran & de la quintessence martiale-anti- moniale philosophiques : l’ame du mercure des Sages est contenue dans ces deux substances. II faut fur-tout, que la matière soit préparée de manière

148 Discours qu’il ne soit plus poffible-en aucune manière de la réduire en corps métallique ; car si l'on pouvoir la fa.re fondre & la réduire en métal, au lieu de teindre l’argent en couleur d’or , elle le teindro.t en noir & lui donnercit une lèpre dont il leroit bien difficile de ie guérir.
J’ai sait autrefois quelques opéra- tioiis'avec cette matière: j’ai acquis un íafran qui, étant mis à la coupelle , avec de l'argent, ne produiloit pas de l’or ; mais j’en retirois une substance martiale infiniment plus précieuse que l’or.
Suathen dit , que les premières scories de l’or martial contiennent un arcane , & que les scories de la terre martiale íont de peu de conséquence, & qu’on n’en peut faire qu’un mauvais fer en les travaillant par eìles- xnêmes ; mais si on leur fait subir la réacìion en les imbibant, il est certain qu’on les ouvrira assez pour donner entrée à l’or & à l’argent.
Ceux qui travaillent dans les minières hermaphrodites , remarquent te us les jours un arsenic méreuriel vierge ; ils peuvent le recueillir & le purdier. S’ils favoient y joindre une

Philosophique. 149
terre martiale sublimée , selon les proportions que Flamel a indiquées , ils auroient bientôt une médecine parfaite. \
On peut voir, par ce que nous venons de dire, que toutes les matières minérales qu’on tire des entrailles de la terre , tour dans le commencement une terre calcaire , des vapeurs arsenicales, ou un composé de trois corps.
La matière excède dans la pierre hématite , le talc, la tuthie, dont on ne prend que la vapeur métallique.
Si l’aríenic est coagulé, on n’en prend que le soufre arsenical , &c non îa terre, parce que ces deux. substances font disposées en corps qui tend à se convertir en plomb, en antimoine , ou en vit-argent.
Lorsque la terre métallique est bien mêlée , il en résulte du fer, du cuivre , de l’or ou de l’argent. On con- noîf la nature des métaux par la dissolution ; les. uns , comme l’or , doivent être dissouts dans Feau régale , d’autres dans l’eau-forte.
La cause de la dissolution des métaux dans les eaux corrosives, ne provient pas de la distillation des sels qui font raréfiés ; mais la véritable cause
G iij

15 © Discours
consiste dans quelques particules de terre analogues aux métaux, &c les particules se trouvent dans le sel de mire & dans íe sel commun.
Voilà la seule raison pour laquelle* les métaux subissent une réaction avec ssesprit de nître & de sel commun,, parce que ces deux sels contiennent un mixte , un liquide solutif, cristallin 3 , salin & analogue aux métaux.
Le nître contient, outre cette terre Bomogène, des particules de soufre ou terre grasse 8c sulfureuse. Le sel commun contient des particules de terre arsenicales ou sulfureuses qui se manifestent sous la forme d’un précipité rouge ; mais ce signe paroîtroit bien plus visiblement , si l’on faifoit distiller de l’esprit de nitre avec du
mercure, pour-lors on remarqueroit des particules de soufre aussi rouges que le plus beau cinabre..
Quand on fait distiller de l’esprit de nître avec des raclures de plomb, il en résulte un verre très-rouge & fusible à une foible chaleur, comme la cire.. £a cause de cette vitrification est dans le soufre du nître qui opère puissamment & promptement sur le plomb.
Une dissolution d’argent mêlée avec.

Ph I L 0 S 0 ï K t Q V E. T 5 1 ï'esprit de sel commun, produit les cornes d’argent,qui ne font autre chose qu’itn arsénic antimonial; elles font fusibles , comme là cire. Le soufre arsenical produit cet effet.
Voilà pourquoi l’elprit de nitre dissout tous le$ métaux qui, dans la cémentation ou liquéfaction, découvrent toujours leur soufre , qui est divisé par Fespfit de sèl qui attire le mercure Sc le soufre qui se réduisent en cinabre pendant la cuisson ou fermentation.
Le mercure sublimé se dissout dans Feau-forte & dans l’eau régale 5 ainsi que ('antimoine, îefer. Le soufre de Les métaux , de même que se sel, sont altérés dans la fusion ou la cémentation , lorsqu on y joint de i’esprit de nitre ou de sel commun».
On emploie ces esprits dans la voie humide Sc liquide, comme on emploie te soufre Sc le sel commun dans la voie sèche ; ces liqueurs, d’ailleurs , ne sont autre chose qu’un fèl liquide Sí aqueux.
Le s métaux désirent naturellement le soufré & le sel comme leurs principes fondamentaux. Le soufre blanc Sc rouge, arsenical & mercuriel , ont
G iv

i^L Discours toujours une grande sympatie avec les métaux.
Les pierres font formées par le limon de la terre dès le commencement du monde ; c’eít pourquoi l’on peut dire avec vérité, qu’elles ne font autre chose qu’une terre grasse , pierreuse , sabloneuse Sínîtreufe, coagulées & cuites par une chaleur centrale.
Les métaux s’engendrent dans certains te m s 6c dans des lieux où il n’y en avoit jamais eu auparavant.
Les minéraux peuvent être régénérés, parce qu’ilsíbnt composés de vapeurs métalliques, comme le plomb, le vif-argentéi’antimoine , le soufre 6c Tarse ni c.
Si, par le moyen de Tart nous savions imiter la Nature, nous pourrions faire des métaux avec les principes de la terre antimoniale, de la même manière que la Nature en fait fous nos yeux.
On peut même avec Tart surpasser la Nature, quand on sait bien employer ces principes , en atténuant 6c en purifiant bien la matière , 6c en observant bien les proportions, en faisant des mélanges par principes, en cuisant 9 en digérant avec un feu naturel.

Philosophique. 153
La Nature produit continuellement un soufre blanc & rouge , gras & arsenical dans les entrailles de la terre ; ce soufre est un sel de nitre dans le commencement, & dans la fuite , il devient sel commun.
L’air est le siège du sel de nitre, & la mer celui du sel commun : ces deux sels font engendrés par le soleil ; ils font le principe éloigné de tous les corps métalliques.
Beccher, dit que îe monde est enchaîné avec du sel de nitre, du sel commun , & des atomes qui se développent par le moyen des élemens combinés.
La mer est le symbole de la terre ; elle est remplie d’élixir qui est contenu dans son sol.
Le sel de nitre contient une terre simple & sulfureuse ; le sel commun contient un mercure qui engendre Largeur. Cette même terre a la vertu de teindre l’argent en or le plus pur.
11 existe une vertu magnétique entre le sel de nitre & le sel commun , plus forte que celle de Palmant avec le sor. Le mercure est auííi Palmant de For s qui est attiré avec une force étonnante par ce métal volatil.
Tous les métaux sont Palphabet de
G y

f f4' D r s c o 0 r s
la Philosophie hermétique. Les miné— raux peuvent également conduire uffi disciple dUermés, à de très-grandes. découvertes , on peut bes considérer- comme autant de coupes pleines d’é- lixir incombustible.
Le soleil préside à toutes les générations ; fans lui, il ne s’en feroit aucune ; c’est lui qui fait développer tousses germes qui font contenus, dans les» élémens..
La Nature a un si grand soin déroutes les créatures, quelle leur as donné tout ce qui est nécessaire à leur conservation.
Un homme bien portant peur tirer de son urine un aliment pour se soutenir chaque jour, pourvu qu’it air la manière de la travailler & rappliquer convenablement.
II existe bien peu de remèdes qub puissent procurer une grande réputation à un Médecin ordinaire. Nous pouvons vivre avec bien peu de choie j; fi donc nous avons de quoi vivre,, nous couvrir * devons-nous être dans l’in- qui étude ?r
Les réflexions suivantes sonrurr supplément,. ou pour mieux dire , une explication, de ce que nous avons, diî;

Philosophique. 155 précédemment : celui qui a l’esprit 8c k corps lain , y trouvera le mòyen de conserver sa santé & de prolonger sa vie ; on doit regarder ces deux objets Lomme un trésor incomparable.
La vie & la santé sont contenues dans l’esprit universel.
L’uniquè fomentation est contenue dans la mer universelle ; par la seule raison qu’élle est salée, elle renferme des trésors, elle contient les principes Sc les germes de l’or Sc de l’argent dans une quantité inépuisable.
L'air libre contribue beaucoup à îfiercuriíïef les minéraux §£ demi-minéraux.
Corneille Agrippa a nommé un sujet dans ses écrits ; c’est une matière Vulgaire qui a la vertu d’attirer cet esprit si salutaire. On en’attire abondamment dans un moment.
Cet esprit universel est si puissant 9 qu il guérit presque tous les maux par ík feule vapeur & odeur ; il est caché fous- une forme aérienne , aqueuse , ferreuse Sc saline. On l’attire de l’air avec un aimant; il est aussi contenu dans la rosée Sc Feair dë pluie.
Bòrelli a trouvé le moyen de dissoudre- L’br avec la rosée du mois de Mai
& Vj;

1)6 Discours préparée, & avec l’eau de pluie putréfiée & distillée. Lorsque l’eau de pluie, & de tonnerre sur-tout, est concentrée , elle donne un esprit qui répand une odeur suave. Ce même esprit est un véritable feu ; il est aussi ardent que Pesprit de vin ; mais il a des propriétés bien différentes. L’esprit de rosée & d’eau de pluie ont la propriété de dissoudre l’or fans ébullition j ils guérissent auíîì d’une manière merveilleuse une grande quantité de maladies.
La classe minérale contient aussi des décomposés, qui changent de nature, quand on leur fait subir certaine opération.
Le plomb, par luí-même , n’a aucune faveur ; Pesprit de vinaigre est un acide pénétrant.- Tous les mélanges peuvent faire un composé ou un décomposé qu’on peut faire devenir plus doux que le sucre.
L’esprit de sel de nitre , avec Par- gent „ devient un sel moyen. L’argent % dans cette opération , donne ce qu’on appelle vulgairement les cornes d’ar- gent » dont la vertu ne nous est pas «ncore parfaitement connue.
L’anîimoine crud n’opère pas fenfî-

Philosophique» 1^7
blement par lui-même ; mais quand on le mêle avec des sels, il devient impuissant vomitif, purgatif & diaphonique.
Le vif argent crud n’opëre presque jamais le moindre effet quand on le prend ; mais íì on le mêle avec des sels , tantôt il devient corrosif, tantôt doux , d’autres fois diaphorétique.
L’or crud n’opère pas d’effets sensibles dans le corps humain ; mais si l’on en fait la décomposition par le moyen d’un certain esprit qui divise les trois principes dont il est composé, il devient ce qu'on appelle or potable, quiades. vertus admirables ; il a une force astringente & fortifiante , c’est un alexiphar- macopée & un excellent cordial.
II en est de même des autres métaux cruds ou mêlés avec un menstrue convenable. 11s ont la vertu de diffou- dre &C coaguler philosophiquement : ils peuvent fournir un dissolvant qui n’est point un corrosif. On en retire une essence douce Lc d’une odeur suave.
Nous devons examiner soigneusement la Nature, & tâcher de voir d’oìi sortent les trois principes de l’or ; c’est- là qù nous devons puiser l’esprit uni-

D'î s c © u r s
versel qui fait végéter toutes les plantes- & croîtré tous les métaux-
En triturant For par lui-même, on- peut le réduire en huile ; plusieurs autres sujets font également réductibles» en huile par eux-mêmes ; cela arrive & doit arriver nécessairement, parcs que Fefprií? universel s'incorpore avec toutes les choses qui font de fa nature.
La terre limoneuse, grasse , Sc le lut Bleus contiennent un esprit qui a des propriétés merveilleuses, dont Bèceher a parlé dans fa Physique souterraine.
Les pierres à feu , les cailloux les plus durs, contiennent une grande quantité d’esprit universel, qui a la vertu dé guérir une grande quantité de maladies dangereuses ; en un mot, il peut tenir lieu d’or potable.
Cet esprit est austì contenu dans une infinité de métaux minéraux ; c’ess pourquoi l'on dit, que c’est' une bonté' infinie qui se trouve par tout, même- dans les lieux communs oà il est mêlé avec les excrémens, dont on peut,, comme on fait en Angleterre &ailleurs,, xerirer une bonne médecine végétative & restaurative ; mais l’esprit qu’il fauír employer pour faire la? médecine - universelle^ est: bien plus; libéral que celvá-

PíFTE® S O: V « T Q" U W. îf$i «fu’on retire des lieux communs, quoi- qu’il contienne des perles précieuses. Hes pauvres comme les riches peuvent î’acquérir ; mais il faut un aimant de sel pour l’attirer, Ceux-qui auront le bonheur de connoître ce sel, pourront facilement faire la médecine universelle^
Quand on met ee sel dans une cornue pour lé faire distiler, on en retire ure esprit qui est plus rouge que le cinabre jt iì a le gorit de l'esprit de vin ; il en a* Fodeur ; il est moins piquant for 1» langue , Sc contient des propriétés admirables ;■ c'est un véritable élixir cordial qui rétablit les poumons , attire la teinture de l’or, qui reste ensuite- aussi blanc que l’argent».
Ce sel contient des parties terrestres. & aqueuses dont il faut le dépouiller & on n’en retirera jamais lé moindre- avantage, fi l’on n’en fait une parfaite* analyse. II faut ensuite le fixer pour en extraire le soufre qu’il contient : ore feit paroxtre ee soufre sous la forme* d une huile très-doucequi renferme- lé germe de l’or.
Si l’on joint ce sel avec de Peau , le- composé est un acide philosophique ô: c°"eff une terre sulfureuse àvéé>csm— M.- l’eau forte & Fësprir de nitre- nous.

ï6o Discours
le prouvent ; car nous voyons que îe sel de nitre congelé dans fa forme solide, n’est pas un corrosif en lui même ; l’esprit qu’on en retire est un acide très-puissant pour séparer les métaux ; mais t! ne les pénétrera jamais pssqu’au centre , c’est-à-dire, que leur soufre ne peut être dissout avec ce menstrue.
On préfère d’employer le lel commun à tout autre sel, pour assaisonner les alimens, parce qu’il contient moins de soufre.
Le sel de nitre, au contraire, contient une si grande abondance de soufre , qu’il détonne ; lorsqu’il est divisé on en retire un horrible corrosif , qui divise non-seulement les métaux , comme nous venons de le dire, mais auffi les pierres les plus dures , parce que toute la substance de ce sel est élevée dans la distillation.
L’esprit de nitre réduit en eau par tme raréfaction , peut être réduit en une masse solide par une manipulation iien simple.
íl en est de même du sel commun & de son esprit ; c’est pourquoi il est bien difficile de parvenir au centre & au niveau de ces deux sujets généraux.
Faites paroître le verd-ds-gris , qui

Philosophique. iSi est le mâle, sur son sujet féminin ; cette verdure est admirable , c’eft un soufre qui est produit-par un sujet combiné ; c’est le caractère des deux sujets généraux réunis ensemble , qui se manifeste sous la verdure.
: Ces signes, ces couleurs qui paroisse n t fur des sujets étrangers , font pour un commençant, une lumière qui peut le conduire au temple de la-Phi- íosophie hermétique, dont la porte est ouverte à quiconque sait tirer la quintessence de l’azoth, dont il faut íéparer les parties terrestres, grossières & hétérogènes , en distilant, en cohobant, & en rectifiant.
Les deux sels ou sujets généraux dont nous parlons, contiennent une matière qui a la vertu de séparer, digérer & mûrir l’argent, & le teindre en or dans toute l’étendue de son corps , par la feule raison que ces deux sujets contiennent un véritable argent pur & fixe.
Si nous avions de Por exalté , nous pourrions y ajouter de l’argent fixé au pòint de pouvoir résister à l’eau forte. Si nous pouvions nous procurer ces deux sujets , nous aurions de quoi faire ce qu’on appelle un bon particulier , qui fans être comparable au grand

i6% D i s o o trs s oeuvre, ne laifferoit pas d’être tine source de richesses.
Geben parle de ce secret dans fon- Livre du Fourneau , chap. i8 , & pour réussir dans cette opération , le même Philosophe dit, fous le Voilé de l'é- nigme, qu’il faut extraire la teinture jaune de l’or,, & la proietter fur dé í’argent en fission. Cet argent fera aussitôt teint en of pâle, qu’on peut rendre' jaune facilement par le moyen de l’ef- prit de nitre, ou en le faisant fondre avec l’antirnoine , ou avec clu cuivre rosette, dont l’or attireroit la teinture^
La composition du menílrue avec lequel un Anglais tiroit la teinture dé For pour l’opération précédente , se trouve -lans le Livre de Boyle.
Paracelse à aussi donné un secret particulier, très - véritable , dans son Livre des Vexations, dans le second* Supplément. Ce secret consiste dans un mélange de métaux avec du vif-argent. On fait un amalgame qu’on triture fortement, & on le fait digérer.
On fait aussi une opération avantageuse , en cohobant du vif-argent sur du cuivre. La trituration convertit le mercure en poudre , qu’on réduit ea «crps de plomb y selon lés degrés d«k

Philosophique. 165 mixtion qu’on doit observer ; & c’eífc sur ces régies qu’on trouve dans les ouvrages de- ces deux Philosophes qu’un commençant doit réfléchir , s’il a envie de faire du progrès.
Tous les sels volatils sont réellement urineux, & de même nature,, comme tous les sels fixes font alkalins ils ne diffèrent guère entre eux que par leur qualité spécifique. Ils sont rous huileux , &í ne diffèrent que par l’odeur ; c’est pourquoi ils sont presque tous de même nature.
II en est de même des esprits arden* dont le flegme & le caput mertuum ont presque tous la même qualité».
Boyle & Pancard , disent, que pouf opérer la transmutation des métaux , il faut extraire des corpuscules métalliques , & les préparer à cet effets
Beccher assure, que le fondement des métaux consiste dans une terre triple , dont le mélange produit un métal ; mais pour extraire la quintessence de certe matière , il faut là décomposer.
Ces trois terres- métalliques- fe trouvent par toute la terre, dans les abymesses plus profonds dans le fond de 1®

\
r 64 Discours
mer , aussi bien que dans les entrailles
de la terre.
Ouand on a eu le bonheur de con- noître cette matière, qui est l'azoth des Philosophes , il faut la calciner , la mercunfier , & réduire ce mercure en première matière ; & l’on aura le véritable dissolvant de l’or, qui fe fond dans cette liqueur , fans ébul'ition , comme du beurre ou de la glace dans l’eau chaude, parce que l’tin & l’autre son r homogènes , & sortent du même principe.
Quand nous cherchons l’azoth des Philosophes , nous ne devons avoir d’aurce motif que celui de glorifier Dieu, de pourvoir à notre conferva- tioh, & de soulager les pauvres, qui font les Membres de Jesus-Christ. II faut éloigner de nous tout ce qui peut être contraire à la Religion, nous soumettre entièrement à la morale de l’Evangile, & fur-tout, bannir de notre esprit toute affection pour les richesses, qu’il ne nous est pas permis de desirer pour aucun autre motif, que pour celui de soulager les pauvres , les veuves Lc les orphelins, fur-tout, si nous avons le nécessaire à la vie.

Philosophique. 165
La connoissance de ce trésor ne peut vemr que de Dieu , qui l’accorde à celui qui a toutes les dispositions nécessaires pour en user avec prudence ; car Dieu ne permettra jamais qu’un impie , un voluptueux & un homme fans foi , soit possesseur d’une chose aussi précieuse, pour l’employer à nourrir ion orgueil en vexant & écrasant les gens de bien qui font dans la peine , èc dont le fort malheureux ne le touche- roit en aucune manière.
Nous ne devons pas ignorer que nous ne trouverons pas le dissolvant de l’or dans la première chose q i peut nous tomber fous la main , quoiqu’il se trouve par-tout; car il faut choisir un sujet analogue avec l’or & l’argent, &L qui soit d’une nature métallique.
II faut considérer que toutes les choses sublimasses contiennent une eau visqueuse & minérale, d’un goût un peu piquant íur la langue. Voilà à-peu- près la définition du disiolvant de l’or, ou le menstrue universel. La matière qu on doit employer, ne peut être que l’esprit universel, cui produit tout &C qui conserve tout ; mais cet esprit universel eít invisible, c’est pourquoi il
1

«66 Discours íi’est pas possible de l’aequérir fous ía forme spirituelle.
11 faut donc prendre la masse solide «lans laquelle il réside ; certe masse solide est ùn corps métallique , où 1 esprit universel est adhérant ; prenons ce .corps métallique, calcinons-le pour en extraire l’esprit universel, & nous ferons bientôt possesseurs de la médecine universelle.
Nous avons déja dit plus haut, que la terre est la première matière de tous les êtres. La terre est la base de tous les métaux , des minéraux , des pierres , du fable & des cailloux ; mais tous ces corps ont été formés d’une terre plus ou moins pure ; l’azoth philosophique doit avoir été formé d’une terre très-pure , nous pourrons recon- îioître cette vérité en le décomposant; car tout corps après fa dissolution ou décomposition, retourne en fa première matière ; l’homme , lui-même, qui est l ? image de Dieu , l’homme, dis-je, a été formé de terre très-certainement, puisque nous voyons tous les jours dans les cimetières , que les hommes retournent en terre, & redeviennent réellement terre après leur mort, c’est-

Philosophique. 167 â-dire, que l’homme, après fa mort 9 reprend fa première forme.
La terre est donc évidemment la matière universelle dont tous les êtres Pont formés ; c’est elle qui les conserve ; c’est dans les: cavernes de la terre qu’il faut chercher l’esprit universel, ou d u moins, l’aimant naturel pour Pat tirer & le réunir.
Voilà, à-peu-près, tout ce qu'on peut dire de plus positif fur ce sujet; nous n’avons omis àucune circonstance essentielle. Nous déclarerons ci-après la manière de procéder ; mais nous prévenons nos Lecteurs qu’il ne nous est pas permis de parler d’une manière plus intelligible , & que nous emploierons les allégories philosophiques pour déclarer certaines opérations.
Après avoir reconnu la matière de la pierre par fa décomposition , comme nous venons de le dire , il faut la piler dans un mortier pour en faciliter la calcination. On peut, fans crainte le calciner au fourneau de réverbère, & même dans un four de verrier, parcs que la matière de la pierre est comme la salamandre qui ne craint point le feu ; c’est l'exprestion de tous les Philosophes. Tirez, ensuite le sel fixe de la

l68 Discours
chaux en lessivant, faites ensuite bouillir la leíïïve jusqu’à réduction de moitié ; remplissez le vase avec une pareille lessive, & faites-la encore bouillir jus. qu’à réduction de moitié. 11 faut répéter cette opération jusqu’à huit sois.
Après cela, vous aurez un sel parfait, c’est ce qufe les Philosophes appellent eau qui ne mouille pas les mains; fans cette eau , rien ne pourrait croître dans le monde. Voilà un des plus grands secrets des Philosophes; voilà l’etprit universel corporifìé , &c dont on peut le servir pour guérir les maladies les plus dangereuses. Voilà l’opération philosophique qu’on dit être Pouvrage des femmes , parce que c’est une leffive , parce que ce lont les femmes qui font la lessive.
Ce sel,ainsi préparé, est le véritable sel de la terre, qui, aux yeux , nè paroît qu’une feule &C même chose ; mais il en contient cependant trois différentes avec les quatre élémer.s.
• i °. II contient d’abord un esprit volatil & fixe en même-temps, quoiqu’il ne ioit que d’une nature moyenne.
2 °. 11 contient un sel ammoniac ou sel volatil.
3 °. 11 renferme une substance saline,
fixe ,

Philosophique. 169 fixe, aìk.i i >s. Voi’à ce qui est contenu daas la substance du sel philosophique, qui est le Symbole de la très-Sainte Trinité.
PRÉPARATION de ÉEsprit de Sel philosophique.
Prenez trois livres de sel philosophique , broyez-le avec une Uvre de la terre calcinée dont il a été tiré ; arrosez-les avec de l’ea'u de pluie d’été ; broyez le tout juíqu’à consistance de pâte , dont vous formerez des boules de la grosseur d’une petite noix : faites- les sécher à l’ombre, mettez-les dans une cornue de terre , & faites distiller l’eíprit de sel philosophique selon Part.
La partie volatile du sel se sublimera & s’attachera au col de la cornue. Quand votre vase sera refroidi, vous détacherez le sublimé avec une plume, &C vous le mettrez dans Pesprit, où il se dissoudra Ôc s’incorporera promptement ; parce que Pesprit &c le sel volatil sont de la même nature.
Vous continuerez cette opération avec les autres parties de sel philosophique , en les incorporant, comme ci- Tonte I, H

170 Discours dessus, avec un tiers de terre calcinée ï & de l’eau de pluie, pour en faire des boules, dont vous tirerez Pesprit &c le sel volatil, jusqu’à ce que vous en ayez en quantité suffisante.
Vous mettrez ensuite tous les esprits & les sels sublimés , dans un matras de verre , avec un chapiteau à bec & un récipient bien luté ; placez le vase au bain-marie , ou sur les cendres chaudes , pour séparer les flegmes & bien rectifier votre liqueur.
II faut observer que ces esprits font violens ; c’est pourquoi on ne doit jamais laisser moins de vuide que la moitié du vase, autrement il se hriseroit avec une explosion épouvantable.
PRÉPARA T I O N du Sel fixe philosophique.
Après avoir ainsi tiré Pesprit & le sel volatil du sel philosophique, vous trouverez une tête morte au fond de.votre cornue, dans laquelle tout le sel fixe philosophique est contenu avec des parties terreuses , dont il faut le délivrer en lessivant avec de Peau de pluie distillée. II faut ensuite filtrer la dissolution , la faire évaporer , & le sel fixe

Philosophique. 171 restera au fond du vase évaporatoire. Ce sel sera aussi blanc que la neige, & se fondra, comme de la cire, à une chaleur douce.
Après cette opération, d’une feule chose, qui est l’azoth des Philosophes, vous en aurez fait trois , qui font le corps , l’ame 8c l’esprit tirés du même sujet. Conservez-les séparément pour les réunir quand il faudra , avec une partie de sel fixe , réduit en poudre impalpable. Vous renfermerez le tout dans un pélican bien luté , & vous ferez digérer la matière fur les cendres tièdes pendant quarante jours.
Pendant la digestion, vous verrez que les trois principes se réuniront 8c se convertiront en mercure philosophique , par le moyen duquel vous pourrez réduire l’or calciné, en fa première matière, vous n'aurez plus d’au- tres opérations à faire que celle de conduire cette matière au degré de teinture parfaite par le moyen d’un feu gradué, selon les circonstances 8c les différentes couleurs que vous verrez paroître.
Voilà ce qu’on appelle menstrue ou dissolvant universel, qui dissout généralement tous les métaux, les miné-
Hij

syx D i s c o u r rS raúx , les pierres , les gommes , & qui s’unit & s’incorpore avec toutes ces -matières-, dont aucune ne s’y conjoint plus facilement que l’or., qui, dans ce bain salutaire , rajeunit comme l’aigle dans fa vieillesse pour engendrer un enfant infiniment plus brillant & plus parfait que son père & fa mère.
L’or fe lave d’une manière miraculeuse dans ce bain,, s'y rafraîchit & y reprend fa forme primitive. 11 y reprend un nouveau corps beaucoup plus parfait, que celui qu’il.avoit auparavant.
Voilà une idée des propriétés admirables du mercure des Philosophes , qui n’a pas besoin du secours d’au- -cune autre matière étrangère ; celle que nous venons d’indiquer suffit pour lui donner cette force ; c’est pourquoi
nous devons conclurre , que tous les procédés qui enseignent des mélanges de différentes drogues, sont faux.
Notre mercure ne germe ni ne fructifie que dans le cas où il est joint à une substance analogue à sa nature : l’or & sa semence doivent être déposés dans leur matrice convenable , comme il arrive à l’égard des végétaux & animaux ; car lì le grain de froment n’est pas mis en terre , c’est-it-dire , dans

Philosophique. 173 ía matrice, il ne germera jamais, parce que la terre est. la íeule matrice des végétaux.
Par la même raison , l’or doit être déposé dans une matrice métallique du même genre ; autrement il ne germera ni ne fructifiera jamais.
II y a beaucoup de personnes qui prétendent, qu’on peut faire la pierre avec le vif-argent vulgaire, fans adjonction d aucune autre matière ; ces mêmes personnes fondent leurs prétentions fur ce qu’à dit Geber , qu’on peut faire toutes choies avec le vif- argent seul ; cependant tous les Philosophes ont aster, fait comprendre qu’il faut réduire le vif-argent en fa première matière, & lui faire perdre la forme qu’il a en sortant de la minière , parce qu’en cet état, il ne peut lervir à rien ; mais quand on Pa réduit en ía première matière , il suffit de le remettre dans fa matrice naturelle, pour le taire parvenir au degré auquel la Nature l’a destiné lorsqu’elle la produit.
II est constant qu’on peut faire de l’or & même la pierre avec le vif- argent , parce qu’il est la source & le. sperme de tous les métaux ; mais il faut le réduire en fa première matière,
H iìj

i74 Discours lui faire faire le tour de la roue philosophique , & lui faire subir la préparation ôi la digestion nécessaires à cet effet.
La pierre du troisième ordre dissout les corps métalliques, & les réduit à leur première matière , pour les unir d’une manière inséparable ; c’est ce qu’on appelle teinture permanente. La connoiíîance de cette science vient de Dieu, qui la donne à celui qui a les dispositions nécessaires pour en faire un saint usage , comme nous savons déja dit.
Le mercure des Sages & la médecine universelle , ne sont qu’une seule &C même chose que Dieu a créée pour la conservation de la santé du genre humain, pour le guérir de toutes ses maladies, Sc pour lui donner, en même temps, les moyens de fe procurer tout ce qui peut lui être nécessaire dans le inonde ; mais il faut que vous tiriez vous-même ce mercure du sujet où il est caché ; vous pourrez le faire paroître par le moyen de l’art, fans lequel vous ne ferez jamais un composé parfait.
. Toutes les matières qu’on peut résoudre en eau font de la nature des sels ; car tout sel est une eau coagulée

Philosophique.. 175 qii’on peut résoudre en eau de la même manière que la glace dans l’eau chaude.
Toutes les matières arides qui ont la propriété de dessécher , font de l’es- pèce du soufre ; Sc toutes celles qui font graves Sc luisantes, font comprises dans la classe du mercure vulgaire, qu’il faut réduire en fa première matière , pour le rendre mercure philosophique. Cette réduction est le point essentiel oh des milliers de Chimistes ont échoué; mais quand on a le bonheur de réussir, il est absolument nécessaire d’y joindre un ferment d'or vulgaire ; mais purgé avec l’antimoine, Sc calciné d’une manière convenable. Sans le secours de ce ferment, il est impossible de faire une teinture métallique.
On emploie de l’or pur, pour faire une teinture rouge ; 6ç pour faire une teinture blanche , il faut prendre de l’argent de coupelle.
II est très-essentiel d’obferver que l’or 8c l’argent vulgaires qu’on emploie pour faire les deux fermens , doivent être entièrement dissous dans le menstrue ou mercure vulgaire réduit en première matière. Si l’or n’eíi pas entièrement dissout, il ne fe réin- crudera jamais, & par conséquent sera
M ív

Discours dans l’impoffibilité de se multiplier pouî teindre les métaux imparfaits.
II faut donc nécessairement réduire for vulgaire dans son état naturel , c’est-à-dire, en eau ; alors il ne lera plus or vulgaire : mais un véritable or philosophique , tel qu’il a été dans son origine dans les entrailles de la terre ; car for converti en eau, par !e moyen du mercure philosophique, est une eau de !a même espèce que celle dont ce roi des métaux est formé dans la minière où elle se congèle par la crudité de f air.
Nous avons déja dit, que dans le temps que le mercure vulgaire íe forme dans les entrailles de la terre, il existe en premier lieu sous la forme d’une eau limpide , & nous ajouterons qu’il tombe en larmes quand la Nature le produit dans les minières, oh il se fixe, se cuit & se convertit en métal par l’od'eur du soufre plus ou moins pur, qui produit tous les métaux parfaits & imparfaits , selon le degré de pureté oii i’e trouve ce soufre , lorfqu’ìl répand fa vapeur fur le mercure,qui est fur le point de íe métallifier.
Mais quand le soufre de nature ne se trouve pas au degré de perfectioa

Philosophique. 177 nécessaire , & bien imprégné de l’esprit universel , il ne sauroit produire de For ni de l’argent ; il ne fait que des métaux bâtards , des minéraux, des demi-minéraux &C des pierres.
Les minières abondantes font toujours redevables de leur existence à une abondance de soufre , qui opère toujours une génération métallique abondante. Lorsque la circulation dû soufre vient à être interrompue, l’eau métallique ne í'e fixe plus, ne se congèle plus , & reflue des.entrailles de la terre au-dehors. Aussitôt, que cette même eau sent la crudité de l’air, sa chaleur naturelle se concentre intérieurement ; elle se coagule en forme de plomb liquéfié , en retenant un mouvement continuel , & c’est ce qu’on appelle mercure vulgaire.
Pour avoir le mercure philosophique , il faut dissoudre ce mercure vulgaire o'u cette eau métallique , sans rien diminuer de son poids ; car toute fa substance doit être convertie en eau philosophique. •
Les Philosophes cormoissent un feu naturel qui pénètre jusqu’au cœur du mercure, & qui l’éreint intérieure- .înent : ils cormoissent aussi un dissol-
H v

iy$ Discours
vant qui le convertit en eau argentine , qui est pure & naturelle ; elle ne contient ni ne doit contenir aucun corrosif.
Aussitôt que le mercure est délivré de fes liens, & qu’il est vaincu par la chaleur, il prend la forme de l’eau , & cette même eau est la chose la plus précieuse qui soit dans le monde. 11 faut bien peu de rems pour faire prendre cette forme au mercure vulgaire.
Cette eau ne mouille pas &c ne Rattache pas aux mains comme Feau commune ; quand on la met avec des métaux imparfaits, elle ne fait que séparer , d’une manière merveilleuse, toutes les impuretés dont ils font remplis ; elle s’unit avec eux, fe fige & ie corporisie en substance métallique.
II y a deux moyens de faire cette
réduction de mercure vulgaire en eau ou mercure philosophique : les Philosophes ayant achevé la précédente, ont observé que la Nature a laiffé dans une substance aqueuse & métallique , la véritable semence de For, & cela est très-évident dans la pratique de la pierre. On a été convaincu que tout le règne métallique tend à l’eípèce d s For & de l’argent.

Philosophique. 179 II est indubitable que la semence de l’or & de l’argent se trouve dans le règne métallique ; mais dans quel métal ou minéral chercherons - nous cette semence ? Voilà le point essentiel; tout le succès dépend du choix : cela paroît bien difficile à une personne qui s’attache aux objets extérieurs , Sc qui n’a pas le courage de pénétrer plus avant ; mais celui qui veut se servir de sa raison , doit bien voir que fi l’on veut se procurer une semence pure Sc parfaite de l’or Sc de l’argent, il faut la chercher dans l’or & clans l’argent, & que pour l’extraire de ces corps , où elle est comme dans une prison, il faut les ouvrir, les diviser , & pénétrer juf- qu’au réservoir où est renfermé leur soufre incombustible.
La raison pour laquelle il faut chercher la semence de l’or Sc de l’argent dans le corps de ces deux métaux , est bien évidente. C’est parce qu’ils sont parfaitement cuits , Sc qu’aucun autre métal ne peut leur être comparé pour la perfection.
II est bien plus raisonnable de chercher le germe de l’or dans l’or même , que dans le plomb, comme font
H vj

xSo D i sc ours
tant d’ignorans qui prétendent l’y trou»
Ver.
Nous ne pouvons nier, que le plomb renferme un grand arcane ; mais il ne faut pas prendre le plomb vulgaire pour le plomb philosophique ; car le plomb des Philosophes est un minéral qui contient deux substances qui produisent tous les métaux. Ces deux substances font 1 hermaphrodite qui produit le mercure des Philosophes par une vertu magnétique.
L/azoth , ou saturnie des Philosophes , paroi t vile, noire , sole ; on la vend à vil prix, parce qu’on ne con- jnoît pas les trésors qu’eile renferme.
Este est auítì venimeuse qu’une vipère, quand on ne lui a pas encore fait subir les travaux préliminaires , qui font la calcination & la sublimation ; m ai s après que cette saturnie a été purifiée par le feu , son venin se change en baume salutaire. Le feu la dépouille de sa peau de serpent, son odeur insupportable est changée en urne odeur suave qui réjouit lors- qu’eîie vient frapper les narines, parce qu"elle renferme le plus grand spécifique dont la base est l’esprit universel â Phumide radical de tous les métaux.

F H r L Ô S O P H ï Q V E, ï8V Nous devons adorer les décrets de îa Providence qui a voulu cacher une si belle rôle dans une matière aussi sale tk. aussi puante. Voilà pourquoi elle est négligée , méprisée, & connue de si peu de.personnes.
On peut dire que cette matière est un véritable or ík un véritable argent en même tems, parce qu’elle contient la teinture de ces deux corps parfaits» On l’appelle Jupiter à cause de son instabilité; elle contient deux sels diffé- rensst’unvolaîil&rautre fixe,qu’il faut réunir par le moyen d’un lien indissoluble, pour en faire le mercure philosophique, qui est le fils unique de Por.
Voilà la description de l’azoth , ou íaturnie des Philosophes, qui est une matière incombustible , dont on tire le mercure des Philosophes, qui est
coulant, pesant, & semblable an mercure vulgaire , à la vue seulement.. Le mercure philosophique , quoique semblable au mercure vulgaire „ ne peut cependant lui être comparé en aucune manière par rapport aux effets merveilleux qu’it peut produire áprès qn’on en a séparé toutes les parties grossières, Sc qu’on l’a bien rectifié par îa distillation > après k-

i8r D i s c ours quelle il reste une tête morte au fond de Palambic. Cette résidence ne doit point être rejettée , quoiqu’elle ne íauroit entrer dans la composition du magistère ; car on peut la calciner pour en extraire l’or pur qu’elle contient en aster grande quantité pour qu’on se donne la peine de le ramasser.
II paroît au premier abord , que cet or pourroit opérer des effets merveilleux , si on le projetoit fur les métaux imparfaits en fusion ; mais on fe trompèrent, si l’on prétendoit faire autre chose que de donner une très- îégère teinture au métal fur lequel on le projeiteroit. Ce ne feroit qu un mélange d’or avec un autre métal pour le perfectionner , de la même manière qu’on allie de l’or avec du Cuivre ; il n’y auroit aucune transmutation , & elle ne pourroit s’y opérer, parce que cet or n’a point d’entrée , attendu qu’il n’a pas été mis ìi mort, pour être réduit en putréfaction , &c ressusciter ensuite avec un nouveau corps infiniment plus parfait que celui qu’il avoit auparavant.
Quand les Philosophes eurent trouvé cet or, ils découvrirent bientôt ;d’où provenoit la véritable source du

Philosophique. i8z mercure. Ils semèrent ensuite l’or clans une terre convenable pour le multiplier en vertu & en quantité ; c’est ce que les Philosophes appellent rotation. lis remettent cette même poudre avec du nouveau mercure de la première opération , & la matière passe par toutes les couleurs dans l’efpace de trois mois ; & plus on réitère cette opération , plus on augmente la vertu & la quantité de la médecine ; mais en la travaillant de cette manière, il faut que l’art soit toujours d’accord avec la Nature à laquelle on donne des secours pour l’aider à conduire ion ouvrage au point de perfection dont il est susceptible.
II existe une semence métallique dans le règne minéral, par le moyen de laquelle il se fait une putréfaction 6c une multiplication dans les minières.
Cette semence fait la même chose dans îe règne minéral, que fait la semence des végétaux que le jardinier met en terre. Tout dérive d’une semence ; il ne peut exister aucune multiplication sans semence. Les Philosophes sont les seuls qui connoissent cette íemence minérale , parce qu’elle est tachée daos les entrrUles de la terre.

isS-f Discours
II n’est pas impossible aux hommes ,1 avec l’aide de Dieu , de découvrir le minéral qui contient cette semence ; mais il est bien difficile de la tirer de ce sujet fans Falrérer ; car si l’on emploie des corrosifs, les esprits seront brûlés , & la semence ne pourra jamais se développer. D’ailleurs, la pratique est longue ; les vases font de verre &c se brisent à chaque instant; voilà pourquoi il y a si peu de personnes qui réussissent.
Nicolas Flamel a travaillé pendant vingt-îrois ans avant de connoître la véritable matière.
Plusieurs autres Philosophes Font cherchée pendant plus de trente ans ; & après avoir eu le bonheur de la connoître, il s’en est trouvé qui Font travaillée pendant plus de quinze ans avant de trouver le vrai moyen d’en extraire la semence métallique ; car il faut calciner cette matière fans y rien ajouter d’étranger.
11 faut bien examiner les minéraux y parce qu’ils ne font pas tous convenables ; il n’y en a que deux dont on puisse tirer la semence métallique qui y est contenue , & il n’y a qu’un feu! jnoyen de faire cette opération» Les

Philosophique. r8; clefs du magiftère íoní cachées dans un antre où il est bien difficile de pénétrer ; car de mille sentiers qui parois- sent y conduire , il n’en est qu’un seul où l’on ne soit pas exposé de s’égarer & se perdre.
Nous ne devons pas ignorer qu’avanî que la semence métallique sûr renfermée dans un métal, la Nature l’avoit placé dans un sel, & c’est ce même sel qui est la minière des Philosophes ; ce sel est un véritable minéral, puisqu’il renferme la clef de tous les métaux qu’on peut réduire en eau ou en leur matière primitive, ou autrement , en mercure philosophique.
Quand vous ferez possesseur de ce double mercure, faites-le cuire , 6c gardez-vous bien d’y rien ajouter d’é- îranger. *
Ce mercure est une hermaphrodite, mâle & femelle ; il est froid Sc humide , chaud & sec tout à la fois. Comme mercure, il est femelle ; comme soufre , il est mâle : donc la propriété est de dessécher. Comme mercure , il humecte &í rafraîchit ; comme soufre , il sige & congèle.
Quand ce mercure est travaillé par une main adroite , il devient aussi bril-

,86 Discours lant que l’argent de coupelle , si son soufre est blanc ; & s’il est rouge , il devient auffi éclatant que For le plus pur.
II est évident, par ce que nous venons de dire , que la composition de la pierre consiste dans la préparation d’une matière métallique qu’il faut rendre subtile , &c convertir en sa première matière.
Cette préparation consiste dans une calcination préparatoire , suivie d’une distillation èc circulation des élémens qui font renfermés dans le sujet de la pierre.
II y a deux préparations, l’une interne , & l’autre externe ; la préparation externe consiste dans l’extraction, du mercure qu’il faut tirer d’un feâ minéral philosophique , par le moyen d’un aimant philosophique , le dépouiller ensuite de ses parties grossières , terrestres & hétérogènes , afin que de tout le corps de la matière , il ne reste que la quintessence qui est le vrai mer’ cure philosophique.
II faut ensuite purifier les élémens qui ont contracté mille souillures dans leur coagulation dans la minière ; c’est pourquoi il est absolument nécessaire

Philosophi que. 187 de les purifier & d’en séparer les parties terrestres, qui empêcheroient indubitablement la médecine de pénétrer lorl'qu’on en feroit la projection fur les corps imparfaits. En séparant ainíi du mercure philosophique, à plusieurs reprises , toutes les ordures qu’il a contractées dans la minière , on le rend fort & vigoureux, il acquiert une nouvelle vertu minérale pour atteindre au point de perfection qu’il doit avoir.
Prenez la substance métallique que vous avez convertie en eaumercurielle philosophique ; mettez-Ia dans un vaisseau pour la faire circuler, & d’une seule chose que vous aurez employée, vous en aurez trois. Après avoir été en digestion pendant un mois philosophique, vous pourrez recueillir ces trois dépouilles, que vous délivrerez de tous les acides contraires qui se trouvent dans la matière , que vous couvrirez du manteau de vigueur , afin qu’elie puisse résister aux rigueurs des saisons où elle doit se trouver en suivant la voie qui conduit au temple où se trouve l’elixir.
Vous déshabillerez recouvrirez les élémens , en séparant les parties terrestres pour ouvrir la porte au vieil-

r 88 Discours
îard porte-faulx : c’est lui qui donne la vigueur nécessaire à la conjonction.
Ce dépouillement qu’on remplace avec la vigueur , n’est autre ehose- qu’une répétition de distillation & de cohobatibns de fesprit & de l’ame sur la tête morte.
Après avoir ainíì préparé les élé- mens , il faut de toute nécessité y joindre une puissance minérale pour les altérer & les faire tomber en putréfaction ; car fans putréfaction , il n’y a aucune génération à espérer.
Cette puissance minérale est la feule chose qui puisse faire sortir les teintures &L les couleurs différentes , ainsi que la tête du corbeau.
Auffi-tôt que vous verrez paroître îa tête de cet animal , qui n’est autre chose que la parfaite noirceur, vous ferez assuré d’une parfaite putréfaction „ qui tend à une double teinture pour le blanc & pour le rouge. Gela fe fait par le moyen de Tame , qui n’est que feu dévorant, mais qui if altère point, car elle teint en blanc & en rouge ; le blanc vient de Tair qui se trouve dans le feu , & le rouge tire son origine de la substance du feu.
L’Artiste ne connoïtra ces deux tein*-

Philosophique. 189 tares qu’après avoir vu paroîtr.e toutes les autres teintures intermédiaires, dont Ja première est.un noir parfait qui se convertit en un rouge éblouissant.
Il faut avoir soin de diriger le feu externe avec prudence ; car ss vous le faites trop violent, vous ne saurez à quoi vous en tenir au bout de quarante jours.
\ II faut couper la tête du corbeau avec le couteau philosophique , auffi- îôt qu’on la voit paroître. Flamel dit ,qu’il faut prendre le sabre calibé de Mars pour faire cette opération.
La tête du corbeau étant coupée , il faut remettre la colombe à la place de cette même tête., pour faire circuler les élémens & convertir la terre en air par le moyen de l’eau , qui doit reprendre ensuite la forme qu’elle avoir auparavant.
Toutes.ces opérations dépendent du régime du feu élémentaire , par le moyen duquel le corps de la pierre fe spiritualité &c l’esprit se corporifìe.
Pour parler plus clairement, après que vous aurez coupé la tête du corbeau , vous augmenterez le feu pour faire difparoître entièrement la noirceur. L’air & le feu qui font dans la

iço [Discours
terre la réduiront en poudre impal* pable & pénétrative.
II faut quarante jours pour faire paroître la noirceur.
La noirceur dure quarante jours, au bout defquels on voit paroître la blancheur, qui dure aussi. quarante jours. Cette blancheur est l’aurore qui annonce la lune philosophique.
Vous aurez soin de bien modérer le feu & de le conduire par degré , parce que, dans l’espace des quarante jours íuivans , vous verrez paroître í’oiseau d’Hermès ; on le voit d’abord comme un poulet qui fort de la coque & qui prend son accroissement par le moyen du feu qui est son unique nourriture.
II est nécessaire de séparer ce bel
oiseau des autres poudres rouges dont il est environné ; car ces poudres hétérogènes font les excrémens qui restent dans le nid après que les oiseaux ont pris leur vol.
L’oiseau d’Hermès laisse tous ces excrémens fous ses pieds , & vous reconnoîtrez que tout ce qui est contenu dans l’oeiif n’est pas dans le cas de se convertir en pierre ni en teinture , quoiqu’il soit nécessaire de le

Philosophique. 191 purifier par les distillations & sublimations réitérées , qui ne font comptées que pour la préparation de la matière , parce qu’elles suivent immédiatement la calcination.
II faut avoir vu l’éclat éblouissant du plumage de cet oiseau pour le croire. II faut également avoir fait l’opération, pour croire que d’un métal qui est venimeux, mais précieux aux yeux d’un Philosophe qui connoît le prix de ce qu’il renferme, on puiste tirer une matière auffi brillante ôc auíîì salutaire.
Cela prouve bien évidemment que la terre est la mère de tous les êtres; c’est elle qui produit tous les germes. C’est la terre qui les couve 8c les fait éclore par fa vertu 8c propriété , parce qu’elle est le véritable sujet de toutes les influences des astres, qui font toutes dirigées vers la terre comme vers le centre qui leur est convenable.
La terre est donc évidemment le fondement 8c la feule 8c unique matière , qui reçoit toutes les influences célestes , pour développer par leur vertu tous les germes qu’elle contiens. Cherchons donc dans la terre, sc nous

ïçji Discours trouverons infailliblement tout ce qué nous pouvons desirer. Cherchons fous nos pieds , & nous trouverons les mêmes choses qui sont fur nos têtes, oìi nous ne pouvons aller chercher. Tous les Philosophes sont d’accord fur ce point : tous disent que les choses qui sont en bas, sont les mêmes, ou de la même nature de celles qui sont eu haut.
La terre imprégnée de toutes les influences astraLes , produit des arbres , des herbes, des plantes, & toute sortes de fruits en abondance.
Tous les métaux , les minéraux, les pierres, le fable, les cailloux , les sels , sont formés dans la terre par les vapeurs astrales qu’elle renvoie après les avoir reçues. Ces vapeurs font l’ame de la Nature, qui purifie tout par le moyen du feu &. de l’eau ; qui rend visible ce qui étoit caché , par la séparation & réunion des trois Principes, selon les institutions philosophiques , qui font claires & intelligibles pour celui qui veut prendre la peine de réfléchir fur ce qui est contenu dans la terre.
Si nous visitons soigneusement les entrailles de la terre , nous reconnoî-
trons

Philosophique. 193 irons qu elle renferme des sels. de trois espèces différentes.
i°. On retire premièrement de la terre, un sel de nître qui est sa première production. Ce sel ne contient pas la moindre particule métallique par lui- même ; mais quand on lui a fait subir une préparation convenable , dans un tems convenable , il acquiert de grandes propriétés ; il n’est plus comparable au sel de nître vulgaire pour lors.
2.0. L’esprit invisible du monde est: contenu dans le sel volatil de la terre s mais il faut savoir choisir cette terre £ car une terre prise au hasard ne pro- duiroit pas un sel pareil, à moins qu’en procédant fans connoissance de cause, on ait le bonheur de mettre,la main dessus par hasard j mais cela est bien, difficile. “ 1
3 0 . La terre renferme auffi un sel fixe qu’on peur considérer comme la matrice des deux sels dont nous venons de parler.
II est évident, par ce que nous venons de dire , que Dieu. a placé les trois Principes dans la terre fur laquelle nous marchons.
Après avoir rassemblé ces trois prin- Tomc /, I

194 Discours
cipes, il faut les faire calciner, & faire ce que les Philosophes appellent terre engrossie, dont on fait un amalgame avec le tiers de son poids de mercure. .On doit mettre ce mélange dans un urinai avec un chapiteau aveugle bien lutté & placé dans le fumier de cheval oh il faut le laisser pendant quarante jours ; mais il faut avoir la précaution de changer le fumier tous les quatre jours, parce que l’humi- dité de l’eau agit dans le soufre de la terre avec la fìccité qifelle contient en même tems. Les corps des quatre premiers métaux imparfaits qui font contenus dans la matière , se corrompent , Sc cette corruption opère une véritable génération. La tête du corbeau, annonce cette corruption.
: Quand on yoit paroître la noirceur , il faut retirer l’urinal du fumier , 6c placer un chapiteau à bec pour distiller au bain-marie Sc vaporeux, par le moyen d’une chaleur douce. On laisse distiller la liqueur jusqu’à la dernière goutte,, Sc l’on conserve précieusement cette matière.
.11 saut avoir soin de bien boucher le vase qui contient l’esprit, car le soufre de Saturne est très-volatile : il pourroit

Philosophique. *9 f s’envoler avant que la coagulation dit mercure soit faite par la vapeur qui sort de ce même soufre-, parce que tandis que le corps se dissout , l’esprit se coagule.
Voilà pourquoi tous les corps doivent ressusciter après la putréfaction. Cette résurrection est une suite des calcinations & dissolutions antérieures : nul corps ne peut être revivifié avant que d’avoir été réduit en putréfaction , dans la première extraction de l’esprit, par la première dissolution.
On ne parviendra jamais au point d’une parfaite putréfactionfans avoir acuité le mercure par le moyen des aigles volans. La parfaite putréfaction arrive toujours après que le premier aigle a pris son vol. Pour lors, les colombes de Diane font vivantes , Sc lâ première doit avoir cinq plumes.
£n continuant le feu , cette colombe est bientôt emplumée j, elle aura bientôt pris un accroissement prodigieux.
Toutes ces opérations doivent së succéder lesunesaux autres. Le point essentiel consiste dans le choix de l Discours
sel volatil avec le sel fixe, annonce toujours un soufre d’or volatil ou astral; c’est pour cette même raison que les Philosophes ont dit, que les choses qui font en haut font semblables a celles qui font en bas, & que celles qui font en bas font semblables à celles qui sont en haut, c’est-à-dire qu’on peut trouver de l’or astral & volatil dans les lieux que nous venons d’in- diquer. Tout le secret de cette opération consiste dans la fixation du volatil Sc dans la volatilisation du fixe,
. Nous lisons dans la Table d’Eme- raude, que la matière de la teinture universelle doit être composée de sel volatil, aérien Sc de sel fixe de la terre •: ces deux sels doivent être unis ensemble par le moyen d’une fermentation naturelle ; car il faut conjoindre légitimement ces deux substances pour faire un composé parfait.
Un grand nombre de Chimistes ont travaillé îong-tems fur ces deux substances & ont perdu leur tems , parcs qu’ils ignoroient la manière d’attirer l’esprit universel avec son véritable aimant.
E'aimant philosophique ne se fait pas avec des cailloux ou du marbre

Philosophique. 201 calciné ; car les résidus ou têtes mortes de pareilles matières , ne procureront jamais .un avantage complet ; parée que le feu auquel il faut les exposer pour les calciner, détruit la plus grande partie de l’humidité onctueuse & du sel fixe qui est la base du véritable aimant. Voilà pourquoi Pesprit qu’on attire avec ces matières ne fauroit procurer une conjonction ni une fermentation parfaite ; mais l’azoth des Philosophes contient un sel fixe 6c une humidité onctueuse qui sont incombustibles. C’est par cette raison que les Philosophes disent qu’on peut calciner cette matière au fourneau de réverbère ou dans un four de verrier , fans craindre d’altérer les substances qu’elle _ renferme.
La rosée du mois de Mai, l’eau de pluie qui tombe entre les deux équinoxes , c’est-à-dire depuis le mois de Mars jusqu’au mois de Septembre, ainsi que la neige , toutes ces matières font remplies de sel volatil élémentaire astral ; mais il n’y a point de sel fixe de la terre. On pourroitl’y joindre 6c faire un excellent composé , si l’on savoir employer les moyens convenables. Je ne parle point ici de la mé-

202 Discours
decine universelle pour guérir toutes les maladies du corps humain; je parle seulement d’une teinture universelle pour les métaux, que beaucoup d’Artistes rejettent très-mal-à-propos.
La teinture universelle est beaucoup moins difficile à faire que la médecine universelle , quoique l’une & l’autre doivent leur existence au même principe ; c’est pourquoi il ne faut pas s’étonner st la médecine a des propriétés que la teinture n’a pas. Avec le îems & une addition de peu de chose, on pourroit facilement conduire la teinture au degré de perfection de la médecine ; mais je fuis très-perfuadé que bien des personnes se borneroient à la teinture universelle, si elles avoient le bonheur de la posséder. II me semble, cependant , qu’on feroit beaucoup mieux de suivre les racines de la teinture jufqu’au tronc de la médecine , parce qu’il paroît que c’est un moyen que Dieu a accordé pour pouvoir subsister en faisant des recherches qui peuvent conduire à la plus grande de toutes les découvertes possibles.
Les sels de tartre, de nitre, le borax , l’aríénic, les cendres gravelées, le mercure sublimé, l’orpiment, n’en-

Philosophique. 203 írent point dans la teinture universelle. Les Scrutateurs de la Nature , dit l’Angelot, confessent qu’il n’est pas possible de faire le dissolvant de l’or dans le sel astral. Tous les sels vulgaires ne font que blesser l’or ou le diviser ; le sel volatil, de Pair seul, peut le dissoudre totalement & en extraire la quintessence. Les atomes aériens forrifient l’esprit de sel astral & lui communiquent une odeur balsamique , comme aux plantes & à tous les aromates.
Helvétius prétend qu’on peut faire la teinture universelle en peu de tems ; mais il se trompe grossièrement ; il est certain qu’il faut moins de tems que pour faire la médecine universelle. Helvétieus, d’ailleurs , ne pouvoit parler de ce tems que comme un aveugle des couleurs , parce qu’il n’a jamais su ni fait le grand oeuvre, quoi- qu’il eût fait plusieurs ouvrages où l’on voit qu’il veut parler comme un adepte & indiquer des chemins qu’il n’a jamais connu. II est vrai que cet Auteur a fait la projection en public ; mais cela ne prouve que son ignorance ; les vrais Philosophes font modestes, & ne cherchent point à se repaître de fumée. On

204 Discours
a su qu’un adepte avoit donné quelques grains de poudre spécifiée à Hel- vétius , & que celui-ci voulut se faire un nom avec une chose de si peu de conséquence , parce que la poudre spécifiée n’est plus propre à la multiplication &: ne sauroit guérir la moindre fièvre.
Nous ne sommes point jaloux de la réputation qu’Helvétius s’est acquise ; mais nous nous croyons obligés d’aver- tir nos Lecteurs qu’ils ne retireront jamais le moindre avantage en lisant tous les ouvrages de cet Auteur. Son Veau d'or, qui lui a procuré tant de complimens , ne contient qu’une feule phrase où il a dit la vérité, sans y penser probablement; mais cette vérité est couverte du voile allégorique , & par conséquent ne peut guère être apperçue que par un adepte.
Le seul secret des Philosophes, fans lequel il n’est pas possible de faire la médecine universelle, est la substance la plus pure des influences astrales. Cette substance épaissit l’air en quelque manière & le convertit en terre après lui avoir fait subir plusieurs métamorphoses , & de cette même terre on relire un sel fixe terrestre par le moyen

Philosophique. 205 d’une fermentation naturelle. Cette fermentation volatilise le sel fixe de la terre & le fait devenir comme un feu, auuffi-tôt qu’il est dépouillé de toutes ces impuretés terrestres ; mais ce sel ne devient feu qu’après la vingtième dissolution & coagulation : en deux mots ; volatilisez la partie fixe de l’azoth ; fixez celle qui est volatile , ôc vous aurez le feu des Philosophes.
Fin du premier Volume,

TABLE
266
M—
TABLE
DES TITRES
Contenus dans ce Volume.
ISCO&RS fur les trois Principes , Animal , Végétal , & Minéral, p a g e 1
Des vertus & propriétés du Mercure des Philosophes , 12
Des principes de la Chimie, 1 3 De la première matière de la Chimie ,
Des Elémens }
De C Air ,
Du Feu ,
De la Terre,
Des colombes de Diane ,
Du Mercure 3
2.6
29
30 39
70
71

DES TITRES. 207 Du Soufre y 73
De la matière de la Pierre , 7^ ZW Règles qiiil faut suivre pour parvenir à Vaccomplissement iu magiflère , 79
Des Myfières de la Science Hermétiquey 82
De la transmutation des Métaux ,
137
P réparation de V esprit de S el philosophique t 169
P réparation du Sel fixe philosophique , 170
Fin de la Table du premierVolume.

A P P R O B A T I O N.
J’âi lu , par Tordre de Monseigneur le-Garde des Sceaux , un M muícrit intitulé : Dìjcours Phi ojophique fur Us trois Principes, par M. * **. Je n’ai rien trouvé dans cet Ouvrage qui est dépuré Alch mie , qui m’aic paru d- voir en empêcher Timpression, A Paris, ce 23 Septembre 1780. MACQUER,
P RI FI LE G E DU ROI,
Ï-í OUIS, par la grâce de Dieu , Roi de France & de Navarre, A nos amés & féaux Conseillers , les Géns tenans nos Cours de. Parlement, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel;, Grand-Conseil, Prévôt ds Paris, Ba-llifs , Sénéchaux , leurs Lieutenans Civils Sí a itres nos Justiciers qu'il appartiendra : Salut. Notre bien-amée la Dame Sabine Stuart de Chevalier. Nous a fait exposer qu’ePe desireroit faire imprimer & donner au Public un Ouvrage de fa composition , intitulé : Discours Philosophique fur lés trois Principes • s’il Nous plaisoit lui accorder nos Lettres de Privilège à ce nécessaires. A ces Causes , voulant favorablement traiter l’Expofante , Nous lui avons permis & permettons de faire imprimer ledit Ouvrage autant de fois que bon lui semblera, & de le vendre, faire vendre par lotit notreRoyaume. Voulons qu’eilc jouisse de

l’effet du présentPrivilége, pour elle & ses hoirs à perpétuité , pourvu qu’elle ne le rétrocédé à personne ; & h cependant elle jugeoit à propos d’en faire une cession , P Acte qui la contiendra fera enregistré en la Chambre Syndicale de Paris, à peine de nullité, tant du Privilège que de la cession ; & alors, par lésait seul de la cession enregistrée, la d urée du présent privilège sera réduite à celle de la vie de l’Exposante ou,à celle de dix années, à compter de ce jour , si l’Expo- san e décédé avant l’expiracion desdites dix années. Le tou: conformément aux articles IV & V'derArrèt du Conseil du trente Août 1777, portant Règlement fur la durée des Privilèges en Librairie. Faisons défenses à tous imprimeurs .Libraires & autres personnes, de quelque qualité & condition qu’elles soient > d’en introduire d’impression étrangère dans aucun lieu de notre obéissance ; comme aussi d’im- primer ou faire imprimer, vendre , faire vendre , déistes ni contrefaire leidits Ouvrages , fous quelque prétexte que ce puisse être , lans la permission expresse & par écrit de ladite Exposante , ou de celui qui la représentera , à j eiie de saisie. & de confiscation dés exemp aires contrefaits , de six mille livres d’amende , qui ne pourra être modérée , pour la première fois ; de pareille amende , & de déchéance d’état en cas de récidive , & de tous dépens, dommages & intérêts, conformément à l’Arrêt du Conseil du trente Août 1777 , concernant les contre- -façons. A la charge que ces Présentes feront enrégistrées tout au long fur leRégistie de la Communauté des Imprimeurs & Libraires de Paris , dans trois mois de la date d’icelles z

que l’imprefíion dudit Ouvrage (era faite dans notre Royaume & non ailleurs , en beau papier & beau caractère, conformément aux Réglemens de la Librairie , à peine de déchéance du présent Privilège ; qu'avant de l’exposer en vente, le Manuscrit qui aura servi de copie à rimpreíîìon dudit Ouvrage, sera remis dans le même état où l’Approbation y aura été donnée, ès mains dé notre très-cher & féal Chevalier , Garde-des-Sceaux de France , le sieur Hue de Miromenil; qu’il en fera ensuite remis deux Exemplaires dans notre Bibliothèque publique, un dans celle de notre Château du Louvre , & un dans celle de notre très-cher & féal Chevalier , Chancelier de France, le Sieur de Maupeou, & un dans celle dudit sieur Hue de Miromenil: lstout à peine de nullité des Présentes; du contenu defquelles vous mandons & enjoignons de faire jouir ladite Exposante, & ses hoirs , pleinement & paisiblement, sans souffrir qu'il leur soit fait aucun trouble ou empêchement. Voulons que la Copie des Présentes , qui fera imprimée tout au long au commencement ou à la fin dudit Ouvrage, soit tenue pour due- ment signifiée ; & qu’aux Copies collationnées par l’un de nos amés & féaux Conseillers- Secrétaires, foi soit ajoutée comme à l’Ori- ginal. Commandons au premier notre Huissier ou Sergent sur ce requis, de faire pour l’exécution d’icelles , tous Actes requis & nécessaires , fans demander autre permission , & rro'nobstant clameur de Haro , Charte Normande & Lettres à ce contraires ; cartel est notre plaisir. Donné à Paris, le treizième jour

de Déeembre , l’an de grâce mil sept cent quatre-vingt , & de notre Régné le septième, Par le Roi en son Conseil.
LE BEGUE.
Registrefur le Registre XXI de la Chambre Royalt & Syndicale des Libraires & Imprimeurs de Paris 9 n°. 2199, fol . 43 i* conformément aux dispofitions énoncées dans le présent Privilège ; & à la charge dei remettre à, ladite Chambre les huit Exemplaires prescrits par P Article CVlll du Règlement de 172.5 « A. Paris , cs r6 Janvier 1781.
FOURNIER, Adjoint*

WMM
MIME^
N?sF«Là8!M^-«
ISBN
K»ftB