,-ViNíg , *_ ■ •;» — UM ^ r. é4é2 • /u 'A'A'- z.- * <îi ; •ÓJ. V/ ŒUVRES DE MONSIEUR DE FONTENELLE. TOME ONZIÈME . LIBRAIRES ASSOCIÉS. PitssoT, Pere & Fils, Quai des Augustins. ÍVeuve Desaint, rue du Foin. Delalain l’aíné, rue des Fossés Saint- Germain-des Prés. NyoN l'àîné, rue Saint-Jean-de-Beauvais. Moutard, Imprimeur de la Reine, rue desMáthurins. Démo n ville, Imprimeur de l’Aca-dé- mie Françoilê , rue Saint-Severin. ŒUVRES DE MONSIEUR DE FONTENELLE, Des Académies, Françoise , des Sciences, des Belles-Lettres , de Londres , de Nancy , de Berlin & de Rome. NOUVELLE ÉDITION. TOME ONZIÈME. A PARIS , CHEZ LES LIBRAIRES ASSOCIÉS. V í . 't\ O Wi •f*** 'f UvM^ At; î- AVERTISSEMENT DU LIBRAIRE. N publiant en 1758 deux nouveaux Tomes des Œuvres de M. de Fonte- ne Ile , le neuvième & le dixième, j’en promis un onzième , composé principalement de ses Lettres actives & palïï- ves , & de quelques Poésies de la première jeunesse, insérées dans les anciens Mercures. Cn m’a souvent pressé d acquitter ma promesse; je le fais enfin aujourd’hui. J’ai différé dans l’espérance de recueillir un plus grand nombre de Lettres ; mais après huit ans d’atrente, je ne l’efpère plus. C’est M. í’Abbé Trublet qui m’a procuré celles qu’on trouvera dans ce onzième Volume. Il héíîtoit fur la réimpression des pièces inférées dans les anciens Mercures , ou dans les premières éditions des Œuvres de l’Auteur , & que M. de Fonte- nelle avoit retranchées des suivantes. Mais je lui ai représenté que si je ne les redonnois pas , quelque Libraira a nj vj Av ertissement. étranger les redonneroit, & qu’il étoît de mon intérêt de le prévenir. J’ai voulu donner une Edition du moins à peu près complette; & , encore une fois, il m’a paru qu’on le déliroit. Voilà mon excuse, íi j’en ai besoin. Pour le reste des Ouvrages de M. de Fontenelle, contenus dans ce Volume , je renvoie à la Table des articles , à quelques avis dont ils font précédés, & à quelques notes dont ils font accompagnés. Je dois encore ces avis & ces notes à M. l’Abbé Trublet. Enfin, ce Tome onzième débute comme le neuvième, par diverses pièces relatives à M. de Fonttnelle. La première est son Eloge par M. le Beau , Secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions & Belles - Lettres. La Table indiquera les autres. Sur l’emploi de Contrôleur Général des Finances, morceau extrait du Discours prononcé par M. le Haguais, Avocat Général de la Cour des Aides, à la présentation des Lettres de M. le Chancelier de Pontchartrain , & composé par M. de Fomenelle (a), (à) Voyez dans l’Eloge de M. de Fontenellt Avertissement. vìj Aux yeux du vulgaire, il ( le Contrôleur Général des Finances ) paroît parfaitement heureux. Semblable à ces Dieux que l’Antiquité imaginoit à la source des grands fleuves, il est appuyé fur l’urne d’où coulent les trésors ; il en règle le cours à son gré, & il en arrose les campagnes qu'il lui plaît de favoriser. Ce qui est plus néceflàire aux divers besoins des hommes, ce qui Test encore davantage à leur avidité, est uniquement entre ses mains. Aussi quelle foule de supplians autour de lui ! Le moment de son élévation lui donne un monde d’efclaves attachés à lui par les indissolubles chaînes de l’in- térét. Les plus superbes n’auroient pas de quoi soutenir leur orgueil, s’ils ne se prosternoient à ses pieds ; & il devient le centre où aboutissent tous les respects que produit la plus générale de toutes les passions. par M. k Beau , la note qui se trouve page xxij. On peut voir encore les Mémoires de M. t Abbé Trubkc fur M. de Fontenelle , page 241 & suiv. viìj Avertissement. Honoré de la plus intime confiance du Prince, il en tire encore un nouvel éclat. Cette Majesté presque inaccessible aux autres, íéparée des plus Grands de l’Etat par un prodigieux intervalle, se laisse voir à lui, & plus souvent, & de plus près. II jouit de la précieuse facilité d’approcher b’elle , & elle souffre qu’il soit prélent, & quelquefois même qu’il prenne part à la naissance de ces desleins secrets d’où dépendent les destinées des hommes. Vaine & trompeuse félicité, dont tout senchantement disparoît au premier regard de la raison ! Tous les besoins d’un grand Royaume pèsent sur celui qui préside aux Finances. Toutes les maladies de l’Etat ont droit d’aller troubler son repos , ou, pour mieux dire, elles se font toutes sentir à lui. Sans cesse de nouveaux maux lui demandent de nouveaux remedes ; souvent de ces remedes mêmes il renaît des maux qu’il faut encore guérir : & cet emploi si brillant & si désirable en apparence , n’est au fond que le supplice de cet homme condamné par les Dieux à rouler toujours jusqu’au haut d’une IX Averti ssemekt. montagne une pierre d’un poids énorme qui retomboit toujours. Mais ce qui doit le plus coûter à un bon citoyen , il faut que par les maux particuliers il prévienne ou soulage les maux publics; qu’il s’attende que ce foin même paroîtra barbare à tout un Royaume , qui sent les coups qu’on lui porte, & ne voit pas ceux qu’on lui épargne ; qu’il exerce des rigueurs , dont futilité éloignée & peu sensible ne le justifie pas auprès de ceux qui les souffrent; qu’il se refuse d’ccouter des gémisse- mens légitimes, du moins par la douleur préíente; que pour prix de ses travaux & de ses veilles, il soit l’objet de toutes les plaintes de ce même peuple dont il assure le repos ; qu’il s’entende reprocher jusqu’à la stérilité des campagnes , & devienne responsable des rigueurs du Ciel. Enfin ( & quel supplice pour un cœur íîncere ! ) c’est un de ses principaux devoirs de rassurer , par son extérieur, ceux qui tremblent pour la fortune de l’Etat. II faut qu’aux présages les plus menaçans il oppose un visage serein ; qu’il íe donne un air tranquille au mi- x Avertissement. lieu des plus cruelles inquiétudes ; & que malgré la plus vive sensibilité , il s’efforce de contrefaire l’infensible. En vain , pour fe délafler d’un foin continuel & de la contrainte qu’il s’im- pofe en public , il fe réfugié pour quelques momens dans son domestique; il s y trouve ausiì-tôt environné de courrions que fa fortune lui a rassemblés de toutes parts, ou d’amis qu’elle lui a faits, tous également ardens à recueillir le fruit de ion élévation & de ses peines, tous également fertiles & inépuisables en demandes, presque tous comblés fans être satisfaits, & tout au moins ingrats par leur insatiable avidité. Pour qui cet emploi si pénible l’a-t-il jamais plus été que pour M. le Chancelier ? Encore si , avant que d’y parvenir , il en avoir fait l’objet de ses vœux les plus secrets, & de fa plus délicate conduite; si son imagination avoit été longtemps enflammée ou du désir ou de l’ef- pérance, il eût moins senti des maux qu’il auroit recherchés , & l’ambition satisfaite lui eût fait aimer jusqu a ses peines. Avertissement. xj Mais ni fa modération ne lui en per- mettoit le désir, ni les conjectures n’en auroient permis l’espérance aux plus ambitieux. Un coup imprévu de la fageíïe du Souverain, pareil en quelque façon à ces coups de la Providence qui ne tiennent point à la chaîne ordinaire des événemens, l’enleva subitement du sein de la Magistrature qui l’avoit nourri, & le transporta dans une place où tout étoit nouveau, même à fa pensée. II y entre , & le plus grand, le plus menaçant des dangers s’offre à lui pour son coup d’eísai (a). Il n’a pas le loisir de s’instruire, ni d’attendre les tardives leçons de l’efpérience; & quels efforts font nécessaires au plus sublime esprit, pour suppléer par ses seules vues aux connoisiances acquises ! Quelque secours qu’il tirât de cette prompte intelligence qui lui épargne le long circuit des raisonnemens ordinaires, de cette vivacité de lumière qui saisit le Vrai si sûrement, quelle ne laiííè ( j ) M. de Pomckanraia succéda en 1689 , dans la place de Contrôleur Général, à M. le PellttUr , qui s'en étoit démis volontairement. xij Avertissement. j presque plus rien à íaire aux réflexions, : il fallut cependant qu’une extrême application lui tînt lieu d’une longue habitude , & que la force du travail ap- ; planît les difficultés qu’il n’appartient ordinairement qu a l’ufage de surmonter, &c, PIECE, PÏECES RELATIVES 1 A MONSIEUR DE FONTE NE LL E. ELOGE DE M. DE FONTENELLE, P AR M. LE Beau , Secrétaire perpétuel dr. C Académie des Inscriptions & Bellesh Lettres, lu dans l'Assemblée publique diaprés Pâques l']')!' B Ernard le Bovyer de Fon- tenelle naquit, le 11 Fe'vrier iópz , de François le Bovyer, Ecuyer, Sieur da Fontenelle, & d s Marthe Corneille. Lors- qu’il vint au inonde, on le crut près da mourir ; on n’ofa le porter à l’Eglife: il ne sut baptisé que trois jours après fa naissance. Tout devoit être surprenant daniî Tome XI, g Ç ij PlECES RELATIVES M. dt Fonttntlli ; on fut d’abord étonné de le voir vivre. Cet enfant, qui ne sembloit pas assez fort pour respirer une heure, a vu sa centième année: il dut cette longue vie à l’heureuse harmonie de son ame & de son corps, qui ont vécu ensemble dans une parfaite intelligence. Son corps évita toutes les fatigues.' M de FonnnelU ne fut pas même tenté d’eísayer fes forces; il s'abflint, dès fa première jeunesse , de tous divertisse- mens pénibles, de tous les jeux qui demandent quelque effort ; il fe sit une habitude d’épargner à fes sens tout ce qui peut les user ou les affaiblir. Sa vie fut unie, renfermée dans un cercle d'é-j rudes & de plaisirs également tranquilles: c’étoit un vase d’une matière sine & d’un ouvrage délicat, que la nature avoit placé au milieu de la France, pour l’ornement de son siècle, & qui subsista long-temps fans aucun dommage, parce qu’il ne changeoit pas de place, ou qusil n’étoit remué qu’avec précaution. A_des organes si bien conservés, nul's ame ne pouvoit être mieux assortie que la sienne; elle se maintint dans une assiette toujours paisible : les passions À M. de Fonteneele. íij avoient perdu pour lui tout ce qu’elles ont de pénétrant & de nuisible. II ne s’est jamais donné la peine de haïr ni de s’irriter. Sourd aux critiques, il n’y répondoit pas : il ne parut sensible qu a la louange, mais il n’en étoit point enivré; il la goûtoit avec plaisir, de quelque main qu’elle lui fut présentée. Affligé fans trouble , habituellement gai , fans connoitre les éclats de la joie, jamais il n’a pleuré, jamais il n’a ri: en un mot, jamais une ame n’a mieux ménagé fa demeure, & n’a manié avec plus de circonspection les ressorts dont elle faisoit usage. J’ai cru devoir tracer cette légère ébauche de sa personne, avantque d’entrer dans l’hisioire de fa vie. Son père mourut en 1 693 , à I’âge de quatre-vingt-deux ans, Sous-Doyen des Avocats au Parlement de Rouen. C’étoie un homme estimable, que son fils a rendu célèbre. Sa mère l’étoit déja, par la qualité de sœur des deux Corneilles; elle joi- gnoit beaucoup d’efprit à une piété exemplaire ; elle forma son siìs, dans lequel la douceur des mœurs & l’élégance du style retinrent toujours l'empreinte deleducation maternelle. a ï IV PlECTÌÍ RELATIVES De quatre freres, Bernard fut le fécond ; faîne, nommé Jôseph, mourut fort jeune: des deux derniers, l’un , appelé Pierre , ne vécut que trente-trois ans; il étoit Prêtre habitué à S. Laurent de Rouen ; l’autre, Joseph- Alexis , mourut Chanoine de la Cathédrale de cette même Ville, à l’àge de soixante dix- huit ans, en réputation de science & de vertu. M. de Fontenelle étudia chez les Jésuites de Rotun ; son cours d’humanités fit naître les plus belles espérances. En lójO , il remporta le prix des Palinods, par une picce devers latins fur rimmaculée Conception. L'allégorie n'en est pas heureuse, mais l'Àuteur n'avoir que treize ans ; & l’on fait que dans ces (ujets périodiques , ou l’on s’obstine à tirer fans cesse du même (ol de nouvelles richesses, les idées nobles & naturelles lont d’abord saisies, la mine s’épuise, & laisse aux derniers venus plus de recherches & moins de succès*. La philosophie encore au berceau,’ * En 1Í71 , le jeune Fontenelle remporta encore quatre prix des Palinods. On trouve toutes ces pièces, dont trois font en vers françoís, à la fuite de son Eloge par M. le C.it, lu en ,17 5 S, dans une assemblée publique de l'Aca- V A M. DE FONTENELLE. quoìqu’clle sut âgée de plus de deux mille ans, le rebuta d’abord ; bientôt il sentit qu’il étoit né pour percer ses ténèbres , & pour prononcer fes oracles ; il prit goût pour elle, & s’y dilìingua: il avoit fini fes classes avant l’âge de quinze ans. Son père. le deílinoit au Barreau , où il avoit lui-meme passé sa "i . I e jeune Fontenelle plaida une Cause au Parlement de Rouen; mais cette Profession lui parut trop sérieuse, trop austère, &, pour ainsi dire, trop monotone, pour s'assortir avec ces grâces légères qu’i! sentoit éclore. Un voyage qu’il íit à Paris avec Thomas Corneille t ion oncle & son parrain , lui présenta une scène plus vive, plus gaie & plus conforme à la diversité de ses talens. Les conquêtes de Louis XIF, couronnées par la paix ce Nitr.'egue , répan- doient alors dans toute la France la joie dc l’éclat des plus beaux jours ; tout le Parnasse étoit en mouvement ; il retentissait des concerts de Muses. M. de Fontenelle essaya fa voix, elle lut reçue dans les chœurs des Poètes ; il demie de Rouen , & imprimé Tannée suivante dans la nié me Ville. R’ote de 1‘Editeur, a iij vj Pi E CES RELATIVES eut part à l’Opéra de Psyché & à celui de BdLérophcn. La conversation des Dames à qui il fut plaire par le ton d’une galanterie fine & spirituelle, acheva de le brouiller avec Papinìen & la Coutume ; il ne retourna à Rouen que pour obtenir de son père la permiíîìon de suivre son attrait. Revenu à Paris, il demeura chez Thomas Corneille , qui travailloit alors au Mercure avec le sieur de Visé. Le neveu seconda la fécondité de sonde; il sema dans cet Ouvrage beaucoup de petites nouvelles galantes ; en même temps il aidoit Mademoiselle Bernard dans la composition de ses pièces , & il composa en son propre nom un ’e Tragédie. Un succès équivoque auroit peut- être enchaîné le jeune Auteur fur la scène , pour y traîner tristement une réputation languissante. M, de íontenelle tut plus heureux , la Pièce tomba îout-à-fait; il écouta fans chagrin, êc comprit fans peine la leçon que lui faisoit le Public, leçon toujours claire & intelligible à tout autre qu’à l’Auteur : il en profita , & il eut le courage de re- connoitre que le neveu du grand Corneille n’étoit pas né pour la ícène tragique. A M. de Fontanelle. vi; En effet, jamais deux génies rares S c singuliers n’eurent des talens plus op- poíés. Pierre Corneille, grand & sublime, s’élevoit trop haut pour apperce- voir les petits objets ; négligé avec magnificence , il éton-noit la criticpue même. M. di Fontcnelle étoit tendre , tin , plein d’enjoûmsnt & delégance, mais étudié dans fa parure jufqu’à une espèce de coquetterie. Le premier arrêtant des regards fixes & hardis fur les Dieux & fur les Héros au milieu de leur éclat & de leur gloire; habile à les peindre par des traits ausii forts & auíli immortels qu’eux-mémes; portant le trouble dans l’ame, dont i! ne remuoit que les grands ressorts : foutre , se jouant autour d u cœur humain , dont il ne touchait que les cordes les plus délicates, ne songeant qu’à réveiller des íentimens agréables, copiant tous fes portraits d après les grâces, qu’il ne perdait jamais de vue. L’un , semblable à un aigle, avoir besoin de beaucoup d'air pour soutenir son vol qui perçoit la nue, tout prêt à tomber, pour peu qu’ilfe rabattît vers la terre: l’autre , tel qu’une abeille , voltigeait fur l’e'mail des prairies, autour des bo- a iv , vîij Pieces relatives cages, autour dey ruisseaux, se nourrissant de l’extrait des fleurs les plus jeunes , dent il épuhoít le suc; ne s’expo- sant jamais dans la région des vents & des orages. Pierre Corneille sembloit né peur l’ Olympe : -M. de Foncenelle pour Jes riantes campagnes de l’ Elysée. Ce fut dans l 'Elysée qu’il plaça la scène du premier Ouvrage qui commença sa réputation. II fit parler les Morts : on trouva leurs entretiens trop subtils sc trop recherchés ; on eut déliré dans la variété des caractères une teinture générale de cette simplicité & de ce naturel , qui réussit toujours aux Habitant de i’autre monde. On vit ensuite, d’année en année, paroi t re quatre Ouvrages, qui fixèrent pour toujours le rang qu’il devoir tenir dans !a sphère du bebeíprit. Ses Lettres galantes ne surent pourtant jet- tées dans le Public , que comme un estai & un titre de prétention : il les donna fous un nom emprunté , & jamais il n’a avoué , jamais il n’a nié qu’elles fussent de lui. Mais fa Pluralité des Mondes emporta tous les suffrages. La scène en est charmante ; f exécution présente autant de fleurs qull brille de feux dans la voûte A M. DE FONTENEEEE. ix céleste: ces fleurs feront immortelles , du moins leur fraîcheur subíìflera-t-elle autant que notre langue. Le goût de l’érudition n’etoit pas ce qu’il y avoit en lui de plus dominant. Cependant le Traité de Vandale furies Oracles , lui plut par fa hardiesse & par sa nouveauté. Lucrèce avoit rendu en beau:- ycs la phi! osa r 1: ie à'E oicu , c . rl de Fontenclle íit palier dans le ítyle des grâces, un livre hérissé de citations & de lavantes parenthèses. Le Père Bal- tus, Jésuite, fondit tout à la fois fur l’Auteur & fur le Traducteur, avec des armes pareilles à celles de Vandale , mais avec plus de force. M. de Fontcnelle ne répondit pas : fes raifonnemens tom<- bèrent, il ne reífa que les agrémens ; & pour parler le langage de la Pluralité des Mondes , ne pourroit on pas comparer ce Traité placé entre les Ouvrages de M. de Fontmdle , à une comète échappée d’un autre tourbillon, qui, fans dis- paroître tout-à-fait, resta presque éclipsée par finterposition d’un corps opaque? Ses Paflorales eurent des partisans. Ceux qui ne connoiífent Thíocrite que par oui-dire, & Virgile que par une lec- X PlECÉSRELATIVES ture légcre , crurent de bonne foi que! ]es Bergers ce Sicile & de Mantoue, n é- ïoient pas des gens supportables ; ils íurent gré à M. de Fonter.elLe d’avoir donné aux bens le ton de la bonne compagnie , & de leur avoir appris à soupirer avec finesse. L’Opéra de Tkitis & Pilée, qu'il donna en 1689 , fut reçu avec applaudissement. L’année suivante , le succès médiocre á'Ence Le Lavìnie coníola sek envieux. U n’en pouvoit manquer avec des talens aussi éclatans. Mais il avoic encore une autre forte d’adversaires : des Puissances redoutables dans l’em- pifé des I.eítres ? étoient armées contre lui ; la guerre etoit alors très-animée entre les Partisans des anciens & ceux des modernes. Les plus capables de fortifier la cause des modernes, héritiers eux-mémes des talens de la gloire des anciens, Lc dessinés â vivre avec eux dans les ficelés à venir, s’étoient jetés dans le parti de l’antiquité ; & les Défenseurs du dix-septième ficelé avoient un grand désavantage : la plupart ne connoissoient les anciens qu’ils attaquèrent, que fur des rapports toujours altérés, souvent très infidèles: on s'é- A M. DE F O N TE N EU E. X] chauffoit, on disputoit quelquefois fans s’entendre ; & comme il arrive toujours dans les querelles opiniâtres, les deux partis fe refufoient justice, & le zèle pour la cause s’embrasoit d’une espèce de fanatisme. M. de Fontanelle , jeune encore, fe déclara contre les anciens : il en fut puni; quatre fois il demanda cne place à''Académie Françoise; quatre fois Hotnere , Platon , Théo- crite sollicitèrent contre lui, ôc surent vengés des traits de fa belle humeur. Enfin , l’année ió dont on ne pouvoit abuser; E Font EN ELLE. XÌX îui notre estime. Une preuve bien sincère de la sienne à notre égard , & en même temps de la droiture de son esprit & de son coeur, c’esfc que, malgré les sollicitations des Candidats les plus empressés, il ne voulut jamais user de son droit pour prendre part à nos élections. Il n’étoit pas, disoit-il, a fiez au fait de nos occupations, & ne les fui - volt pas d’aíïez près pour ’iaîaraei un suffrage , qui, mémo en faveur ú’un Sujet d’ailleurs estimable, pourroit r.’e- tre pas conforme à l’esprit 5c aux besoins actuels de la Compagnie. La société de M. de Fontmdk don- rioit de lui une idée encore plus avantageuse que ses Ouvrages. E:!e avoir toutes les douceurs que 'peut fournir une heureuse nature , jointe à-susage du monde le plus poli, Perlonne n’enten- doit mieux la bonne plaisanterie. Il con- toit avec agrément , & siniffoit toujours par un trait. Né vertueux, il l’é- toit fans contrainte 5-c presque sans réflexion ; il ne connciffoit point les vices. On face u se d’avoir a u fil ignoré les vertus qui portent avec elles quelque grain d'amertume ; peut-être n’i- gnoroit-il que cette amertume , dont XX PlECES RELATIVES il favoit les dépouiller. On lui deman-’ doit un jour s’ii n’aveit jamais rencontré personne avec qui il eút voulu changer d’esprit; il répondit qu’il en avoir trouvé plusieurs avec lesquels il auroit volontiers accepté f échange , mais qu’il auroit cependant voulu conserver une partie du lien , pour la commodité du posseíîeur. On s’empressoît de le connoîtrc; il y entroit de la vanité : savoir entretenu , c’étoit avoir sait ses preuves de bel esprit ; il avoit de quoi en prêter aux autres , fans s’appauvrir , & fans qu’il s s’apperçussent que c’étoit le sien qui paííoit chez eux. On se mettoit à la mode , en se diíant de íes amis : pour lui il s'en connoiífoit fort peu, mais il fe livroit à eux fans réíerve. M. Brune! , Procureur du Roi nu Bailliage de Rouen , avoit été lié avec lui dès fa première jeunesse. Tous deux se res- sembloient parfaitement ; & M. d t Fon- tenelle disoit en badinant, que son ami ne lui étoit bon à rien , parce qu’ils se rencontroient toujours. Peu de temps après qu’il fut venu à Paris, il avoit rassemblé mille écus; c’étoit alors toute fa fortune. Son ami lui écrivit en A M. DE FoNTENELLH. Xxj deux mots: Envoye^-moi vos mille écus, M. de FontenelU répondit qu’il avoit destiné cette tomme à un certain emploi. L’ami récrivit simplement : Pen ni besoin ; & cette fois les mille écus servirent de réponse. Ce peu de paroles íuffisoient entr’eux; c’étoit se parler à soi merae. M. Brunel mourut trop tôt, Sc M. de FontenelU en sut toujours inconsolable, 11 a décrit lui-même ( a ) les momens agréables qu’il avoit passés dans fa jeunesse avec ses trois compatriotes, l’Ab- bé de S. Pierre , M. Varìymn Sc l’Abbé de Veriot. On sent que plus de trente-cinq ans après, il soupire encore après les plaisirs innocens de ces entretiens, où. quatre amis destinés à jouer des rôles dissérens, mais illustres, dans le monde littéraire , se communiquoient deux fois par semaine le fruit de leurs réflexions & de leurs études. Le P. Male- branche voulait bien se rendre quelquefois dans cettë petite société choisie, & porter de l’aliment à ces jeunes esprits , qui allaient être bientôt capables de voler de leurs propres ailes. [a] Dans l’Eloge de J\l. f'arígnon. Xxìj P X EC E S RELATIVES Après la mort de Thomas Corneille , M. de Fontmelk alla loger chez M. U Baguais , avec lequel la conformité de moeurs & de mérite l’avoìt uni d’une étroite amitié. C’étoit un Magistrat da premier ordre, Avocat Général à la Cour des Aides , fameux par les Discours qu’il a prononcés dans fa Compagnie , & qui font des modèles de cette éloquence qui fait réunir les grâces du style avec la dignité des Tribunaux (a). Ayant perdu M. le Baguais, il fut logé par M. le Duc à'Orléans au Palais Royal. Ce grand Prince, dès longtemps avant la Régence , fhonoroit de fa constance. Il le conlultoit fur cette vaste étendue de connoissances (a) M. de Fontenelle cut beaucoup de part à ces Discours, encr’autres à celui pour la préten- tation des Lettres de IVî. le Chancelier de Pont- ch.irtrain à la Cour des Aides. On en trouve un morceau dans les Mémoires de AI. L'Abbé TrublecJLr AI. de Fontenclle , page 11 s’y agit Je l’eniploi de Contrôleur Général des Finances , que M. de Pontchartrain avoir exercé avant que d’ctre Chancelier. Ce beau morceau peur Lire pendant avec celui fur la Police dans I’cloge de M. d'Argcnson. Oa le trouve dans ce yolmne. Nore de tEditeur. 'A M. DE F O NT EN ELLE. XXÌij Cpu’i! avoir lui-même embraílée ; & il le trouvoit toujours en état d’instruire ou d’ètre instruit en un mot, ce qui est presque la même choie dans les Sciences élevées à un certain degré. Le Prince lui asiìgna une pension de mille écus. M. le Duc d ‘Orléans , fils de M. le Régent, ne lui en conserva que la moitié; & M. dt FontmtlU , quoiqu’il fût alors c'e em 1 liche ; sur un homme d’eíprit, n’en murmura pas. Il approuva la pieuse économie du Prince, qui se souvenant qu’il étoit homme, prenoit sur les dépenses de la grandeur de quoi subvenir aux besoins de shuma- lìité. Cette vertu même n’étoit pas étrangère à M. dî Fonundle. U est vrai qu’il falioit J’éclairer de bien près pour en découvrir les effets. U étoit trop intelligent pour ne pas láifler aux vertus tout ce qu’tîles peuvent avoir de prix ; & la main qui donnoit, se cachoit avec plus de précaution que celle qui recevois. Cependant ses amis les plus intimes rendent témoignage qu’il a secouru plusieurs personnes dont il ne connoifsoit que l’incigence; & l’on a trouvé dans ses papiers, après fa mort a XXIV P I F. C E S R E I A T I V E S des billets pour des sommes qu’il avoit prêtées à des gens dès-lors insolvables , & dont il n’a jamais ni poursuivi ni espéré lepaement. 8a vieillesse toujours gaie, toujours galante , ne fut marquée que par le nombre des années ; elle devint même pour lui une nouvelle source de gaieté & de galanterie. II comptoit quatre- vingt-seize ans, & les Dames les plus spirituelles s’en disputoient encore la conquête. Ce ne fut qu’à l’âge de quatre-vingt-dix ans qu’i! commença à devenir sourd, & sa surdité s’accrut par degrés. Ceux qui Tentreter.oient , y gagnoient souvent ; il devinoit mieux qu’on ne lui disoit. Quatre ou cinq ans après, sa vue s’affoiblit tout- à-coup , Sc resta dans Tétât où elle s'ell conservée jusqu’àla fin. Neuf jours avant fa mort, il reçut les Sacremens, qu’il avoit demandés de lui-même. Il s’éteignit fans maladie & fans effort le neuf Janvier mil sept cent cinquante - sept , après avoir été pendant près d’un siècle entier un miracle de santé , cfeíprit, de- galité dame, Sc de connoiílances (y). (j) On pourroit appliquer à M. de lomenelle A M. DE Fontenelle. XXV Il avolt institué exécutrice de son testament Madame Geofsrin. II comp- îoit avec raison íur la probité de cette Dame, dont il avoit éprouvé la bienveillance dans un commerce plein d’ef- prit & d’agrément. Quatre autres Dames furent ses Héritières; Madame de Forgevilli , cette amie généreuse qui avoit contribué à soutenir sa vieillesse par des íoins tendres & assidus ; Madame dc Montigny, sœur de M. d'Aube , son cousin issu de germain, chez qui il avoit demeuré depuis fa sortie du Palais Royal , & qui étoit mort avant lui ; & les deux Demoiselles de Mar- filly , petites filles du Marquis de Mar- tìnvìlle de MurJìLly , qui fut tué au combat de Leuge, où il commandoit les Gardes du Corps , & arrière petites- filles de Thomas Corneille. Meilleurs de Laiourdupin étoient parens de M. de Fontenelle au même degré que les Demoiselles de Marjllly. Feu Madame la Comtefle de Latourdupin étoit fille uni- ce que Cicéron dit de Simonidcs , q 'il n’e'toit pus feulement un Pcete ddlic.it , nui. t un savant (j un sage. Non Poeta lolùm suavis , veriun etiam caaeroqtie doctus , sapiensque. De nat. Deor.\. 11. Note de l’Eciteur. Tome XI. C XXV j PlECES REL A. T IVES que de François , fils de Thomas , & le dernier des Corneille (a). M. de Fontenelle recevoit de la caíTette du Roi douze cents livres , que M. le Maréchal de Vilkroy lui avoir íait avoir à son insçu. Six mois avant sa mort, il obtint, par le crédit' de M. le Comte à'Argenson , que la moitié de cette pension seroit appliquée à M. Bovyer de Saint - Gervais , Mousquetaire, son parent éloigné , qui demeure actuellement à Mortagne , dans le Perche. (d) II en reste encore un ( Jean-Fr.wçoìs), descendant de Pierre Corneille , oncle du grand Corneille. Voyez les Mdmcires de 31. PAbbt Trubler, cités ci-deiïus. Ncte de t Editeur. +. X X +' X * X * X * X * « K * « * X * 4 \ A M. DE Font EN ELLE. XXvij IU^ro£5SK77ï2S£Zrn?. î EXTRAIT D u Discours pro n on cé va r M. Séguíer, P un des Avocats Généraux du Parlement de Paris , lots t/u il fut reçu a P Académie Françoise , le Jeudi 31 Mars 17)7 > à la place de M. de Foncenelìe. ^Messieurs, Quand le célèbre Académicien que vous regrettez , fut admis dans votre illustre Compagnie, il attribua ce glorieux avantage à l’honneur qu’il avoit d’appartenir au grand Corneille . Mais íì le hasard de la naissance rattachait par les liens du sang au père du théâtre, cet éclat héréditaire disparaissait auprès des titres personnels qui l’avoient rendu digne de votre choix O)... {a)V. dans le T. III des Œuvres de M. de Fon- tenelle , son Discours de récepâon à l’Acadénne. cij XXviij PlECES RELATIVES Mais à qui succède - je , Meilleurs ? A un de ces hommes rares, nés pour entraîner leur siècle , pour produire d’heureuses révolutions dans l’empire des Lettres , & dont le nom sert d’é- poque dans les annales de iVsprit humain ; à un génie vaste & lumineux, qui avoit embrassé & éclairé plusieurs genres , universel par battrait de ses goûts , par l’étendue de íes idées , & non par ambition ou par enthousiasme ; à un esprit facile , qui avoir acquis, & qui communiquait, comme en fe jouant , toutes les connoiíTances ; à un bel-eíprit philosophe, sait pour embellir la raiion , & pour tenir d’une main légère la chaîne des sciences & des vérités. Il falloir, dit M. de Fonienelk , décomposer Lubnìt\ , pour le louer ; c’est un moyen que, fans y penser, le Panégyriste préparoit des - lors pour le Jouer lui-même. En effet, que de dif— férens mérites dans le mcme Ecrivain ! Ea Philosophie affranchie par Discernes des épines dç l’école , restoit encore hérissée de ses propres ronces. M. dt Fo n terni U acheva de la dépouiller de ce langage abstrait , de ces surfaces A M. T) E F O N T E K E L L E. XX ÎX énigmatiques, qui étoient un voile de plus pour ses mystères ; voile épais , imaginé par l’ignorance pour dérober rabíurdité des iyíìcmes , ou par la vanité. Il fit plus; il substitua des (leurs eux épines : c’est ainsi qu’ìî embellit Copernic & Descarus lui-meme, dans la Pluralité úes Mondes, Ouvrage adroitement superficiel, appas qu’il présenta à .cn siécle , pour inspirer le goût ds la Philosophie, Eh ! quelle magie de style ne falloit - il pas pour taire descendre les corps célestes íous les yeux du vulgaire , pour lui en développer toute l’économie d’une manière si agréable, avec autant d’ordre qu’ils se meuvent , pour proportionner l’instruction à tous les esprits ? C’est un Orphée qui diminue fa voix dans un lieu resserré qui ne permet point de plus grands éclats. Il la déploie cette voix savante , propre à tous les tons, dans ces profondes analyses , dans ces sublimes résultats de tant d’Ouvrages de l’Académie des Sciences , lorsque semblable au Destin de la Fable, qui ne rendoit ses oracles que pour les Dieux , il ne parle que pour se faire entendre aux Savans» c iij XXX Pi F C ES RELATIVES Vos lumières m’or.t deja précédé, Meilleurs ; elles suppléent à ce que je ne puis exprimer pour son éloge. On regarda comme un prodige dans le mcme homme , de parler à chaque Savant son langage , de passer si facilement d’une sphère à sautre. Ne sau- droit - il pas que le même prodige se renouvellât en moi, pour le louer d’une manière digne de (es connohTances & des vôtres, pour effleurer au moins tout ce qu’il approfondissent ? C’étoit au milieu de ces vastes spéculations , que. né pour fagrément, ii en étendent i’empire. Le roème génie qui m.eíuroit les cieux avec Galilée, qui calculoit l’infini avec Newton , ressuscitait encore l’art de Théocriu , ou devenoit le rival de Qiùnault. Entraîné par la diversité de íes pensées, il évoquait les Morts célébrés clans ses Dialogues t hilosophiques , où il se plaît ù présenter >es objets dans un jour inattendu , à ôter aux choies les idées accoutumées , non par un esprit dangereusement systématique qui coníon- droit les principes avec les préjuges, mais pour nous montrer la folie des prétentions humaines , les méprises do A M. IJE F O N T E N E L L E, XXX j la raison m c me, & nous apprendre à nous méfier d’une sagesse qui n’eír íi présomptueuse , que parce qu’elle est bornée. Mais quels éloges rendre à M. d z Fontendle pour ces éloges íi estimés, où non-seulcment i! sut vaincre le dégoût» de la malignité humaine pour les louanges «'autrui les plus justes, mais encoreíe taire de 1 art de louer un caractère particulier, & un talent nouveau ? i! me semble en ce moment les entendre en foule, tous ces Morts fameux , me presser d’acquitter ici leur reconnoiísance. Doués d’un diffèrent mérite & d’une réputation inégale , ils furent portés presque tous au même degré de célébrité par l’éloquence & les lumières du Panégyriste; Orateur qui savoir d’autant mieux ks louer, qu’il pouvoit être lui-méme ou leur émule, ou leur juge. II fut le premier qui joignit à la philosophie des sciences , cette philosoq p hie de raison supérieure encore au savoir , cette sage liberté de penser , qui, d’un côté , s’éleve au dessus des erreurs communes , & de Pautre íe renferme dans de justes bornes. II eut c iv XXXÍj PlECES IELATIVHS aíìcz da force pour s’asfranchir deî opinions peu fondées , & assez de sagesse pour en dégager les esprits , en évitant de les heurter de front, plus fur de les gagner que de les subjuguer. C’est ainsi que , dans YHijloire des Oracles , il sépara peu-à peu la vérité de la superfiition. C’est ainsi qu’exempt de padion & d’cnthousîasme, il jugea tous les anciens, comme D escortes en avoit jugé un d’entr’eux, posant les limites du respect qui leur étoit dû , ne recon- noiflànt d’autorité que le génie, de loi que le sentiment, ramenant les esprits à eux-mêmes, & les débarrassant du joug qui les étouffent en les captivant. Rangé du côté des Modernes, la plupart (es contemporains , il vit leur gloire fans jalousie, quelque près qu’il tut-d’eux ; i! la défendit fans vanité , quelque avantage qu’il assurât à leur parti. Le mérite de ses Ouvrages l’auroit encore iortiíìé contre l’antiquitá , quand même il fe feroit déclaré pour elle. Attaché au Cartésianisme par tout ce qu’il avoit cru trouver de vraisemblable dans ce fy sterne, & non par superstition ou par opiniâtreté, il ne re* A M. DE FaUTENELLE. xxxiij fusa point son admiration au grand Newton. 11 ne fut point au rang de ses Sectateurs, mais il fut son plus illustre Panégyriste. Qui l’auroi't cru , Messieurs? La critique , qui íe déchaîne ordinairement contre les Ecrivains célèbres, ne lui lança que quelques traits. On put, il est vrai, lui reprocher clans plusieurs de ses écrits plus de brillant que de goût, plus d’art que de naturel ; d’affec- ter, pour ainst dire, une certaine galanterie d’esprit , & même trop d’es- prit; exemple dangereux, en ce qu’il lavoit plaire par tant d’autres faces, & peut-étre par ses défauts même. Mais la critique lui rendit cet hommage, de n’oíer le poursuivre que dans ceux qui voulurent l’imiter. La supériorité de ses talens couvrit tout : il put compter fes ennemis , êc non ses admirateurs. L’envie le respecta ; la renommée ne tint íur lui qu’un langage. II jouît de sa réputation, i! jouît de l’avenir mcme: il vit toute la postérité dans ses contemporains. Eh ! comment , avec un mérite st éminent , échappa t il aux fureurs de l’envie ? II dut cet heureux privilège XXXÎV Pi F C ES RELATIVES à sa philosophie, à sa modération , an respect que ses mœurs inspirèrent, à ce caractère doux & liant qui ne rc- voltoit point l’amour-propre d’autrui, à cet oubli volontaire de fa supériorité', 2 la justice qu’t! rendit nu mérite. Enfin, il échappa à l’envie, parcs que lui-même ne la connut point. 11 vécut tranquille au milieu de ces querelles littéraires, où l’Auteur qu’on attaque, expose autan t sa gloire en voulant la détendre, que le critique cherche à la ternir en l’attaquant: guerres honteuses entre la malignité & l’amour-propre , qui déshonorent ies Lettres, le cœur ct î’eíprit. Le nom de M. de Fontendle ne pouvoir être reílerré dans les bornes de son pays. La réputation des grands Hommes part c’auprès d’eux ; mais c’est au loin qu Vile paroît briller davantage, lìlle ne parle jamais plus haut , que lorsqu’ils ne font point a portée de l'entendre : d u mème elFor dont la gloire franchit les temps, elle franchit les lieux; elle n’est guere immortelle qu autant qu’elle est générale ; son étendue est le sceau de sa durée. Teî sut le triomphe de M. de Fontendle. Les A M. DE Fontenelle. XXXV Etrangers accouraient ici pour Fenten- dre, pour pouvoir dire au moins dans leur patrie, jì íaï vw, Un d’eux arrive à peine aux portes de cette Capitale ; il le demande avec impatience au premier qu’il rencontre , persuadé qu’un homme connu aux extrémités du monde, ne pouvoit être ignoré d’aucun de ses concitoyens. Honoré des bontés d’un grand Prir.cej qui, doué comme lui d’un génie universel , étoit le juge le plus éclairé du mérite ; admis , íi l'on ose le dire , dans fa familiarité, il ne fît point servir â son ambition ou à sa fortune cet excès de faveur. Exempt de l’esprit d’intri- gue, inacceilìbie aux mouvement inquiets ou violens, ami du bien général, animé da dehr de plaire, sachant jouir de tout & de lui même ; né plutôt pour la íociété , que pour un commerce plus intime , elle s’enrichit de ce qu'il eût pu donner à des liaisons particulières, à ces penchans estimables , mais dangereux , pallions des âmes nées trop sensibles, sujettes à s’é- garer, dès qu’ellcs ne font plus surveillées par la raison. I! eût été publiquement révéré à 2íXXvj PlECES RELATIVES Sparte par son âge ; ses talens eussent été négligés peut être par ce Peuple austère qui n’estimoit que la vertu. II fut respecté parmi nous dans tout le cours de ía vie , & à tous les titres. La vieillesse, ce temps d’affoibliffe- ment qui n’est ni la mort, ni l’éxistence, pour le reste des hommes, mérita d’e- tre comptée dans fa vie. Le Ciel, en lui accordant un esprits étendu & de longs jours, sembla reculer pour lui toutes les bornes humaines, & n'enlever qu a regret à la terre un lage placé lotis deux règnes, pour être à la fois la lumière & fomentent de deux siècles, pour pouvoir en comparer les merveilles sous deux augustes Monarques , &c. tl A M. DE FoNTENELLE. XXXvij EXTRAIT De la Réponse de Mé. le Duc ds Nivernois a u Dis cours de M. Séguier, .S Il'heureuseacquisition que nous faisons en vous adoptant , Monsieur , est un triomphe public , la perte que nous déplorons en même temps est une perte publique. Nous nous étions approprié le grand homme au- quel vous succédez. Dans nos fastes, nous jouissions de fa gloire; dans notre Société , de ses vertus. II étoit fait pour être l’oracle de nos assemblées, il se contentoit d’en être l’ornement; il aimoit à n’etre qu’un d’entre nous: mais nous ne nous flattons pas qu’il fut notre bien propre & particulier; il étoit le bien commun de l’humanité; il appartenoit à quiconque aime les Lettres, les talens & la philosophie; il est pleuré , il sera révéré partout où il y a des hommes qui péri? sent. XXXviij PlECES RELATIVES L’antiquité vit toutes les Nations adorer l’astre qui féconde tous les climats, & dont les influences bienfaisantes fs re'pandent fur toutes les productions de la nature. Ainsi tous les talens , toutes les sciences réclament M. di FontìndU , & tous les temples de la Littérature consacrent son culte. Sa réputation n’est pas la réputation d’un homme; elle est un glorieux amas de toutes les réputations possibles , & on peut lui appliquer parfaitement la belle louange que mérita autrefois Caton le Censeur, en qui Tite-Live (a) admire cette rare & flexible fécondité qui fait embrasser tous les genres , &c qui fait réussir dans tous au point de paroître né pour chacun en particulier ; & il semble qu’en formant le génie de M. de Fontenelle, la nature ait eu attention à le former tel pour les circonstances dans lesquelles ce grand homme devoit paroître. A son entrée dans la noble carrière des Lettres, la lice étoit pleine d’athlètes couronnés ; tous les prix étoient distribués , toutes les palmes étoient enlevées; il ne restoit [a) Tite-Live, Liv. XXXIX. a M. de Fonte ne lle. xxxix à cueillir que celle de I’universalité. M. de Fontenelle osa y aípirer , & il l’ob- tint. Semblable à ces chefs-d’ceuvres d’architecture qui rassemblent les trésors de tous les ordres, il réunit l’élé- gance & la solidité, la sagesse & les grâces, la bienséance & la hardiesse, l’abondance & l’économie ; il plaît à tous les espr'ts , parce qu’ii a tous les mérites; chez lui, le badinage le plus léger', & la philosophie la plus profonde , les traits de la plaisanterie la plus enjouée, & ceux de la morale la plus intérieure, les grâces de l’imagina- tion , & les résultats de la réflexion, tous ces effets de causes presque contraires, se trouvent quelquefois fondus ensemble, toujours placés l’un prcs de l’autre dans les oppositions les plus heureuses contrastées avec une intelligence inimitable. Par-là, dans ces éloges qu’il a composés pour tant de grands hommes, non-seulement il s’incorpore tour-à- tour avec chacun d’eux; non-seulement il entre dans le secret de leurs études, de leurs procédés, de leurs découvertes, en forte que, suivant une de ses expressions, on le voie devenirsuccejjì- xl Pie ces relatives vcrmnt tout u quil a lu ; mais encore il embellit chaque matière qu’il traite par les richesses de toutes les autres qu’il possède. Il ne íe contente pas d’être Métaphysicien avec Malebranche , Phy- * sicien & Géomètre avec Newton , Législateur avec le Czar Pierre , homme d‘£- tat avec M. à'N rgenfon : il est tout avec tous, il est tout en chaque occasion ; il ressemble à ce métal précieux que la fonte de tous les métaux avoit formé. Léibmt { projettoit la création d’une Langue universelle , & M. de Fonîenelle a regardé ce projet comme une belle chimere. Il ne s’appercevoit pas qu’il étoit lui-même , íi j’ose ainsi parler, l’exécution de cette idée: Sc comment s’en seroit-il apperçu ? Cette Langue qu’il parloit étoit sa langue naturelle; il ne l’avoit pas apprise, & elle ne Renseigne pas. Oserai-je parler , Messieurs, de cet Ouvrage immortel , qui faisant l’his- toire des sciences , & substituant à leurs hiéroglyphes sacrés le langage commun , a si bien étendu leur empire en leur attirant le juste hommage de ceux même qui ne les connoisient pas ? De grands hommes qui m’e'coutent ( & que a M. de Fonte n elle. xlj que le sort plus juste auroit dù me permettre d’e'couter), ces grands hommes dont la gloire a fourni de li beaux matériaux à celle de M. de Fonumlle , se- roient leuls dignes de le célébrer, de l’apprécier en cette partie ; & je dois craindre de protaner un sujet trop au- defîus de ma portée. Mais dans cet aveu stncere de mon incapacité , je puis me permettre les exprefìions de la reconnoisfance, & je ne me réfuterai pas le plaisir de rendre grâces au génie bienfaisant qui m’a mis en état d’entrevoir d’augustes mystères qu’une laborieuse initiation ne m’a pas dévoilés. Il a rempli l’intervalle , il a comblé l’abyme qui se'paroit les philosophes & le vulgaire. La Sagesse n'habite plus les deserts : on arrive à son temple en parcourant des chemins faciles, où tous les esprits se tiennent par une chaîne non interrompue. Quel bienfait plus digne de la reconnoissance publique ! Quel homme rendit jamais un plus grand service à l'humanité! Le fameux Chancelier (a) d’’Angleterre connut & attaqua les prestiges de (aï Bacon. Tome XI, é. xlij PlECES RELATIVES la fausse Philosophie qui régnoit impérieusement de son temps. Jl pressentit, il devina qu’il existoit une méthode pour connoître. Il en avertit son iiècle, & mit les siécles fui vans en état de la trouver. Descartes naquit pour recueillir ce trait de lumière. II apprit aux Savans à ignorer , aux Philoioph.es à douter, aux Phyhciens à observer; Lc par-là il forma de vraisSavans, de vrais Philosophes , de vrais Physiciens. II étendit la raison de tous ceux à qui il parla ; mais il ne parla qu’à. ceux qui étoient en état de l’entendre. Cette portion de la société que le vulgaire ignorant croit oisive , comme il croit les affres immobiles , parce que leur mouvement lui échappe , les hommes studieux , les Gens de Lettres profitèrent seuls de la révolution causée par Dejcívt:s dans les connoissances humaines. II étoit réservé à M. de Fonttnelle de généraliser l’Ouvrage de Bacon Sc de Defcartes , de familiariser le Public entier avec la Philosophie, de rendre la raison d’un usage commun, de sintro- duire , de rétablir dans tous les genres Sc dans tous les esprits. Inexécution de cette grande entre- a M, de Fonte ne L le. xlii'í prise demandoit bien de sart & des tnlens. Les hommes consentent à ravoir, mais non pas à étudier. La multitude le refuse au travail , & il faut la conduire par des chemins semés ds fleurs. C’est ce qu’a fait M. de Fonu- v.dU , ne cuisant jamais de plaire pour parvenir à instruire , & apprivoisant tous les hommes avec la raison , parcs qu’iî Ir m titre tou fours fou: les traits de l’agrément. C’est ainsi que la plus haute astronomie, c’est ainsi que l’érudition la p'us profonde deviennent entre ses mains des matières parées de toutes les grâces qui captivent l’imagination. Les sublimes spéculations de Descarus fur le système planétaire , ne parodient qu’un badinage , qui développant au Lecteur le plus superficiel toute la théorie des astres, le conduit fans effort jusqu’à cette vaste & brillante hypothèse entrevue par les Anciens (a), de la multiplicité des mondes ; les compilations laborieuses du docte Vandale {à) Zénoph-ine a enseigné que la Lune est habitée. Cic. in Lucullo. DSnwcrite a enseigné la multiplicité des mondes. Ib id. & dz n.u. décorum. Lib I. Dij xliV PlECES RELATIVES fur les prestiges imposteurs du Paganisme, ne font plus qu’un précis élégant qui force l’inapplication méme à s’mí- truire, parce que l’instruction n’est jamais séparée du plailir. Ce soin de plaire en enseignant, n’é- toit, à vrai dire, qu’une restitution que M. de Fontendk faiíoit à la raison & a u savoir, qui lui avoient tant de fois prêté leurs trésors pour enrichir ses Ouvrages de pur agrément. Que ne peuvent Ovide & Lucien se voir revivre dans ses écrits ! Le premier y recon- noîtroit tout le brillant de son coloris , toute la dclicateíîe de ton pinceau, toutes les fineííes de fa touche ; mais il s’e'tonneroit de se trouver encore moins Peintre que Philosophe. Le second reconnoîtroit tout le piquant de ses idées & de ses expressions ; mais il s’étonneroit de fe trouver toujours aussi riche, aussi varié, que neuf & hardi. Tous deux aimeroient à être Fontanelle. Quelques fruits, peut-être précoces, de la jeuneste littéraire, ont paru peu dignes de tenir place dans le recueil des cliefs - d’œuvres dont ils ont été suivis de près, Loin de nous une sem- A'M. de Fonteneele. xlv blable pensée! Rendons grâces , soit à la modestie, loir à l’amour paternel de M. de Fontcnelle. Applaudiiìòns avec re- connoiflance à un sentiment qui l’em- pêchant d’essacer des fastes de fa vie le peu de jours qui n’ont pas été marqués par des triomphes, a permis que les hommes vissent le Nil foible & naissant. C’est après lui que j’emprunte de Lncain (a) cette idée, ct je voudrai-; n’employer dans ce discours que des expressions de M .de Fontmcllc ; ce se- roit peut-être la seule maniéré de le louer qui tut digne de lui. Est-ce dans le sein de sa patrie, est-ce à un tel homme qu’on a pu reprocher avec aigreur d’avoir pris parti en faveur de ses contemporains , de íes compatriotes , dans cette fameuse & éternelle dispute de la prééminence des siècles ? Ce que Cicéron avoit dit à l’antiquité , on a osé faire un crime à M. de Fontenelle de le penser. Gardons- nous de cette témérité sacrilège; & si notre goût de prédilection pour l’éner- gie, le feu , la fécondité , le naturel des (a) Non licuìtpopidis parvum te, Nile , viJerc. Luc. Pli. L. X . y. i$6. M. de Fontenelte, Eloge de Newton. xlvj PlHCES RELATIVES Ouvrages anciens nous tait traiter d’er- reur & de prévention dans M .de Fon- tenelle la préférence qu’il donnoit à l’é- léganteclarté, à la méthode lumineuse, à la fine précision qui caractérisent les Ouvrages modernes , respectons cette prévention , cette erreur, & re- gardons-îes comme un patriotisme , comme un zèle de nationalité littéraire. Eh! comment M. de Fontcrullefe ' seroit-il dépouillé de ce sentiment dans les matières soumises au goût , lui qui î’a porté jusques dans les Mathématiques? Je parle de cette ténacité inflexible avec laquelle il persévéra constamment dans le Cartésianisme Accoutumé à croire le vide & l’attractian bannis pour jamais de la Physique par le plus grand génie de la France, il ne put se réloudre à les y voir revenir sous les auspices du plus grand génie de Y Angleterre. Lent à s’asturer des vérités , parce qu’il les examinoit, il n’aimoit pas qu’elles lui échappastent, quand il croyoit s’en être assuré. Il doutoit long-temps avant de voir ; il ne reve- noit pas au doute après avoir vu: mais en se fixant avec une espèce de reli- i a M. de Fonte n elle. xlvij gion aux principes de physique générale qu’il avoit adoptés, il vit lans aigreur le nouveau lyílème se répandre comme un torrent. II ht mieux que d’adopter le Newtonianiíme; il imita la conduite de Newton, qui attrait mieux aimé être inconnu , que de voir le calme de su vie troublé par des orages littéraires. Oeil ainsi que M. de Fontenelle (a) nous peint le grand Newton .-.i.ssi modéré que sublime , & tel a été M. de Fontenelle lui-même. Attaqué plus d’une fois par des adversaires redoutables, il essuya des critiques amères, piquantes, humiliantes mérne, íi un tel homme pouvoit être humilié. Aux traits les plus envenimés , il n’oppofa jamais que fégicle du silence. Il ne montra ce qu’il pensoit des armes dont il étoit blessé , qu’en ne les employant jamais. Occupé, par préférence à tout, de soigner son propre bonheur, & de respecter le bonheur d’autrui , il se vit souvent contredit , & il s’abstint toujours de contredire. II fut osseissé , & il n’ossensa jamais. II sembloit qu’il fût impassible, (u) Eloge de Newton . *lviij Pi EC ES RELATIVES & i! porta la patience juíqu’a íouíïrir qu’on prît fa patience mème pour un orgueil déguisé. On l’accufa d’approu- ver, pour qu’on l’approuvât ; de louer tout , afin que tous le louassent. On f accu fa detre doux, detre indulgent, d’ëtre tage par vanité. Quel est donc cet amour-propre nouveau , dont le caractère est de servir l’amour-propre d’autrui? Quel est cet orgueil approbateur, quis’accorde toujours íì bien avec Porgueil des autres ? Et à quels traits reconnoitra-t-on désormais la bienséance , la douceur & la raison ? Tels furent les traits distinctifs da caractère de M. de Fontcndle. La nature lui avoit donné cet assemblage rare d’un caractère & d’un esprit assortis l’un pour l’autre. Les hommes pensent selon leur esprit , ils agissent selon leur caractère ; éc de la discordance trop commune de ces deux facultés, naissent toutes c«s inégalités, ces variations , ces contrariétés qui étonnent souvent le Public. M. de FonundU n'offrit jamais ces spectacles honteux pour 1 humanité, & plus encore pour la Philosophie. Il avoit dans le cœur le même équilibre que dans l’efprit. La rai- A M. DE FoNTENELLE. xlix son dominoit dans toute son existence. La raison régloit ses íentimens comme ses idées ; & elle n’avoit pas plus de peine à régler les "uns que les autres. C’est ainsi que la vie de ce grand homme , auflì longue , & plus digne encore de l’étre que celle de JDérnocrite (a), présente dans tout (orr cours le rare tableau de cette belle St coudante uniformité qu’accompagne le bonheur. Il étoit cet heureux qu’il peint si bien dans un de ses Ouvrages (^), reconnoissable entre tous les hommes à une espèce d’immobilité dans fa situation. Mais , s’il est possible , M. de Fontenellt fit plus que d’être heureux; il accoutuma ses contemporains à la vue de son bonheur; il le le fie pardonner. On convint qu’il étoit heureux , & qu’il méritoit de letre. Ec comment n’auroit - on pas été forcé d’applaudir au bonheur d’un homme toujours doux & conciliateur , lors même qu’il n’e'toit pas impartial ; un homme qui, flexible à toutes les manières, observateur de tous les égards, respectant tous les devoirs , indulgent (.7) Dcir.ocrite z vécu au moins cent ans. (íj Traité da Bonheur. Tome XI, e 1 Pif. ces relatives pour toutes les sautes , & inaltérable ;:u milieu des offenses , n’a. jamais heurté ni ses inférieurs , ni ses égaux, ni ses lupérieurs, ni même ses ennemis? Je l’avouerai , Meilleurs-, & je crois que toute cette respectable Assemblée éprouvera le mémo sentiment. Je ne saurais, sans en rougir pour notre fie-, cie , me rappeler que M. de Fontenelle eut des ennemis. Mais que dis-je , & de quoi peut - on s’étonner en ce genre ? IN’est-ce. pas l’hiíloire de tous les siècles du monde, & de toutes les conditions humaines ? Le banniíiement d’AriJH- aes , la condamnation de Socrate , les fers de Guidée , & pour passer dans un autre ordre d’exemples , Marc-Aurele , Charles-le-S âge , Henri - le - Grand , fans cesse inquiétés par des Sujets factieux , ou assaillis par des voisins jaloux, quels rnonumens ! Quelles traces ineffaçables de finjustice des hommes ! &c..., a M. de Fonte n elle. Ij A VIS SUR LE MORCEAU SUIVANT. Dans k Mercure de Février 1681 , on trouve un morceau intitulé : Histoire de mes Conquêtes. U a été réimprimé dans k Tome septième dit Choix des anciens Mercures, page 70. Cejl une. femme qui y parle. Voici comme elle peint un de ses Amans. Ce portrait ressemble beaucoup à M. de Fontenelle ; peut-être croira-t-on y reconnaître sou fìyk ausji-bien que sa personne. C’ejl ce qui a engagé à k placer ici, "Amant dont je vous parle , étole h- j d’un caractère fort particulier ; Sc une des principales choies qu’on lui reprochât, c’étoit cela même, qu’il étoic trop particulier. II airnoit les plaisirs , mais non point comme les autres. Il étoit passionné , mais autrement que tout le monde. 11 étoit tendre , mais à ía manière. Jamais a me ne tut plus portée aux plaisirs que la sienne, mais il les vouloit tranquilles. Plaisirs plus e ij lîj PlECES RELATIVES doux , parce qu’ils étoient dérobés; plaisirs assaisonnés par leurs difficultés ; tout cela lui paroissoit des chimères. Ainsi ce qui me persuada le plus fa tendresse pour moi , c’eíl que je lui coûtois quelque chose. Il avoit une espèce de raison droite & inflexible , mais non pas incommode , qui í’ac- compagnoit presque toujours. On ne gagnoit rien avec lui pour en être aimée : il n’en voyoit pas moins les défauts des personnes qu’il airnoit ; mais il n’épargnoic rien pour les en corriger , & i! ne s’y prenoit pas mal. Des foins, des assiduités , des manières honnêtes & obligeantes , des empresse- mens , tant qu’il vous plaira ; mais presque point de complaisance , sinon cans les choses indifférentes. Il disoit qu’il auroit une complaisance aveugle pour les gens qu’il n’estimeroit guère & qu’il voudroit tromper ; mais que pour 1 es autres , il vouloir les accoutumer à n’exiger pas des choses peu raisonnables , & à n’être pas les dupes de ceux qui les seroient. A ce compte , vous voyez bien que la plupart des femmes, qui font impérieuses cí déraisonnables , ne se fussent guère accom- A M. DE FoNTENELLE. lii'j tnodées de lui, à moins qu’il ne fe fíìc long-temps contraint; ce qu’il n’étoit pas capable de faire. Il étoit d’uné ím« cerné prodigieuse, jusques-là que , quand je le prenois à foi & à ferment, il n’oíoit me répondre que de la durée de ion estime & de ion amitié ; & pour celle de 1 amour, il ne la garan- tissoit pas absolument. II avoit toujours ou un enjouement allez naturel , ou une mélancolie assez douce. Dans la conversation , il y fouinissoit raisonnablement , Sc y étoit plus propre qu’à toute autre chose : encore falloit - ii qu’elle fut un peu réglée , & qu’il raisonnât; car il triomphent en raisonne-- mens , & quelquefois méme dans les conversations communes, il lui arrivoit d’y placer des choies extraordinaires qui déconcertoient la plupart des gens. Ce n’est pas qu’il n’entendît bien le badínage ; il l’entendoit même trop finement. II divertifloit , mais il ne fai- ioit guère rire. Son extérieur froid lui donnoit un air de vanité ; mais ceux qui connoissoient son ame , démeioient aisément que c’étoit une trahison de son extérieur. Je vous en fais un íì long portrait, & il me semble que j'ai 1ÎV PlECES RELATIVES tant de plaisir à parler de lui, que vcurs croirez peut-être que notre intelligence dure encore. Non , elle est finie; mais ce n’est ni par fa faute , ni par la mienne. L’amour avoit fait de son côté tout ce qui étoit nécessaire pour rendre notre union éternelle ; la fortune a renversé tout ce qu’avoit sait l’amour. A M. de Fonte ne l le. îy VERS. De M. FuSELJER pan/ 1 /es Blondes , cn re'por,Js à ceux de AI. n e Fontenelle pour les Brunes (u). ~\f O u s qui charmez raison & sentiment, Rare Docteur , qu’d la Cour de Cythère Et de Minerve on cite étalement ; Vous qui d’amottrdirigerez la mère, Si Directeur la gouverne jamais ; Votre doctrine en un point je rejette Lorsque prisez Blonde moins que Brunette» Dogme hérétique , & lésant les attraits De Vénus même. O:, íi craignez la haine, Prévenez-la par un prompt repentir. Blonde toujours de la beauté fut Reine. De tout Faphos, c’est la doctrine faine} Auteur galant ne s’en doit départir. Gente brunette a séduit votre veine; Voilà l’appas qui vous a fait sortir Du droit chemin , qu’.Amour vous y ramens. Vos vers brillar.s , quoique semblent partir Du fin «erveaudu Dieu de î’iiypocrène, Sur ce point-ld ne tn’ont su pervertir: Quand je les lus, j’étois près de Climène. (a) La Pièce de M. de Fontenelle fe trouve parmi sel Poésies diverses, Tome IV de ses Œuvres, a pour litre : Sur une Brune, e iv Ivj PlECES relatives VERS Adressés à M. DE FoNTENELLE par M, DE CrÉBILLON , & prononcés dans VAssemblée publique de C Académie Trançoije , le jour de Saint Louis 2.$ Août I74I (á). T O 1 {b) , qui fus animé d’un souffle d’Apollon , Dépositaire heureux de son talent suprême, Esprit divin, qui n’eusd’autrepair que Iui-mcme, Héros de Melpomêne íe du sacré VU Ion , Parois ; nous consacrons une fête à ta gloire, A ce nom qui suffit pour nous illustrer tous j Viens voir un héritier digne de ta mémoire , Une seconde fois renaître parmi nous. Louis , ton règne fut le règne des merveilles, I/Univers est encore rempli de tes hauts faits Triais les lauriers cueillis par famé des Corneilles , Fout voir que tu sus grand jusques dans tes Sujets. (a) l! y avoir alors cinquante ans que M. de Fon- lenellc étoit de l’Acadcmie Françoise, y ayant étc reçu ie 5 Mai 1691. II y ctoit donc ce qu’on appelle Jubilé dans les Couvens, les Chapitres, & quelques autres Sociétés. A cette occasion, il prononça un Discours qui se trouve à la fì.i du Tome III dc ses GEu- yres , &: dans les Recueils de l’Académie. t,b) Lc Grand Corneille, A M. DE FoNTEKELLE, Ivì) Si ton auguste fils n’a point vu le PermeíTe Enfanter fous ses loix ce Mortel si fameux, 11 a dans fcs neveux un Sujet que la Grèce Eút placé dès l’enfance au rang des demi-Dicux, derme encore , fes Ecrits excitèrent l’envie j Mais il en trionip'ia par leur sublimité. A peine il vit briller l’aurore de fa vie, Qu’il vous parut déja dans fa maturité. S’il cueillit en Nestor les fruits de fa jeun este, Dix-fept lustres n’ont point ralenti fes t.rlensj L’áge qui détruit tout, rajeunit fa vieillesse, Son génie étoit fait pour braver tous les temps. Albion (a), qui prétend nous servir de modeste, Croit que Locke Sc Newton n’curent jamais d’c- gauxj Ce Germain, que Leibnitf compte peu de rivaux ; Et nous, que l’Univers n’aura qu’un Fontenelle. Prodigue en fa faveur, le Ciel n’a point bo né Les préfens qu’il lui fit aux seuls dons du génie. Minerve l’instruisit ; & son cœur tut orné De toutes les vertus par les foins d’uranie. Loin de s’enorgueillir de l’éclatde son nom , Modeste, retenu, simple, même timide, On diroit quelquefois qu’il craint d’avoir raison , Ec n’ofe prononcer un avis qui décide. (a) L’Angleterre, Iviij PlECES RELATIVES Illustres Compagnons de ce brave Nestor , ■Assemblés pour lui ceindre une double couronne f Pour la rendre à ses yeux plus précieuse encor , Parer-la des lauriers que votre main moissonne, C’est ici le séjour de l’Immortalité : En vain mille ennemis attaquent votre gloire, Ces Auteurs ténébreux paíîêront sonde noire, C'est vous qui tiendrez lieu de la postérité. Si les écrits pervers, la noirceur, l'impudence, Ont fermé votre temple aux hommes fans lion-* neur ; Les talens, le génie & la noble candeur Ont toujours parmi vous trouvé leur récompense, I.e L i.i de célébrer le plus grand des mortels, N’est pas , quoique constant, lc seul qui vous anime; Quelquefois des mortels d’un ordre moins sublime Ont vu biúler pour eux l’encens fur vos autels. Daignez donc soutenir le zèle qui m’inspire; Pour chanter Fontcnellc , il faut plus d’une voix. Ranimez Jcs accens d’un vieux Chantre aux abois , Ou du moins un moment prêtez-moi votre lyre.' Ailìdu parmi vous, dix lustres de travaux Ont déja signalé fa brillante carrière ; Mais ce ne fut pour vous qu’un instant de lumière ; Condamnez Fonunel'i à dix lustres nouveaux. A M. de Fontenel l e. Hx Pour pénétrer le Ciel Sc ses routes profondes, Destin , Lccorde lui des jours sains & nombreux, 11 en fallut beaucoup pour parcourir les mondes .. II en faut encor plus pour contenter nos voeux. LETTRE Di M. MATY, Garde, de la Bibliothèque B v.anniqm , à M. DE FoKTEXi.LL;:, en lui envoyant le Poème de Vauxliall I m A B t E & sage Fontenclle , Toi, que dans le déclin des ans, Orne une guirlande immortelle De fleurs que l’Amour renouvelle,’ Et que ne peut flétrir le temps ; Sage Phton, divin Orphe'e, Que Jllinerve & que Cythérée Empêchent même de vieillir, Où pourrai-je te découvrir ? Sera-ce tut haut de f Empirée, Où tu fuis les célestes corps ; Dans cette profonde contrée, Où tu fais badiner les morts ; Ou fur les bords d’une fontaine, Près de CoryLis 8c A’isrnenc , Dont tu sens & peins les transports? * La Lettre Sc le Poème se trouvent dans le Journttl Britannique, parle mérue M. Maty, Avril 1750. Ix PlECES EELATlVE$ T’irai-je chercher au portique Dont tu dévoiles les leçons ; Aufond de quelque temple antique ,■ Que tu dépeuples de démons ; Ou bien au spectacle magique , Dont ta Muse anime les sons ? Si de ces demeures sublimes, Encor vers les terrestres lieux ^ Tu daignes abaiíîèr les yeux ; Reçois avec ces foibles rimes, Mon encens, mon cœur & mes vœux. »Oui, c’est à vous, c’est au Peintre » des Grâces L à lTfiterprète de la Sa- » geste, cju2 j’oífre des estais dont fexé-* » cution est peut-étre plus imparfaite i> que fentreprife ne íut téméraire. Mais » i’une & l’autre le fusient-elles davan- » tage , elles me fournist'ent du moins » une occasion de m’adresser à l’homme » qui, de toutes les beautés de la Fran- » a , est celle que je regrette le plus » de n’avoir jamais vu (a). J’ai d’au- » tant plus de pîailír de vous rendre cet » hommage, qu’il ne fera soupçonné de » partialité par aucun de ceux qui ont » lu vos Ouvrages». (a) M, Maty est venu depuis à Paris cn 17Í4. a M. de Fonte ne l le; ïxf Vivez long-temps, vivez toujours aimable , Entre la sagesse ác les ris. Vous seriez immortel, si le sort équitable Vous permettoit de vivre autant que vos écrit?.' Londres, le 9 Octobre 1747^ Tout le monde connoît le bel endroit du. Temple du Goût de M. de Voltaire sur M. DE FoNTENELLE. Après avoir parlé de Rousseau autre ». C’étoit le discret Fontenclle , Qui , par les beaux Arts entouré, Répandoit fur eux , à son gré , Une clarté douce & nouvelle. Dias la première Edition du Temple du Goût , 11 y zvoi: sage au lieu dc discret . dans le premier vers j Sc. pure qu lieu de douce, dans le quatrième. ZxH PlF.CES RELATIVES ■D’ime Planète, à tire d’aile, En ce moment i! revenoic Dans ces lieux où le Goût tenoit Le íîége heureux de son Empire. Avec Quinaut il badinoit ; Avec M air un il raisonnoit} D’une main légère il prenoit Le compas, la plume & la lyre. STOLIUS , dans son Livre intitulé : In« tioduòtio in Historiam litterariam, traduit en latin par Langius, & imprimé à Iene en 1728 , parle ainsi de M. DE FoNT EN ELLE , page 18. Ratio ejus judicanái de rébus & acutè concludendi, tam & íìngularis, genus dîcendi ita ameenum , cogitationes at- que rneditationes tam íunt omnis inge- níì atque acuminis plena:, ut ex anti- quioribus quem huic meritò praeferas ^Uvenias neminem, A M. ve Fontenelle. kíij P= », iin.uui.jniiwin E L E G í A I N O B I T U M D. DE F O N T E N E L L E» l.Cíii in couse (su Acud. Roth. z 6 J un. 1757. X . 'Tin et in Europá quisquis non deípicit artes K Scriptorum scriptor maximus inreri/c. Lugec íplendorem íìbi Gailia nuper ademptum 7 Lugec Rothpmagl'S, conduit urbis honos, FoKTAKELtA obiit lauris oneratus & antiis j Nestor & Aonii gloria prima chori. Vidit vivendo revoluti tempora srcli, Cui referent nulium postera sarcla parent. Nominis ipíè fui dudùm spiendote potkus } Nil indè ad tardam perdiditusqtie necem, JVlors est visa diù pretiosc parcere vira: ; Visa diù lkvam sustinuiÏÏe manum. Ultirna fa:a seni non actulit una senectus : Ad sent n m acceílìt, plus nocuicque dolor. Quiî dolor ? Ex ictu iremit quo Gailia : quan-i q a>n ôalvo Rege rhr.or , rcœroï& omeii q’est, Ixîv PlECES RELATIVES Mors illi, Vulnus Régis; Regalis amoris Victima succubuir: Dulceità, Grande morw Nobifibus decoratus Avis avis , clarifque Pro» pinquis (j) , Summa , vel in cunis, femina laudis habet. Cuna: Rorhoniagus genitrix fcecunda virorum ; Quos lauro cinstos Phqebus ad Astra vehit. Doctus uterque parens } magis at CcrnejliA mater (b), Gracchorum marri nomine , parque animo. Mempè soror gemini non infìcienda Poetcc , Fraterni judex carminis illa fuit. Sarpè, nec erubuit, sxpè emer.danda sorori Carmina commilît frater uterque sux. Qui tulitad sacras puerum Cornélius ardes Augurium impoílto nomine quale dédit ! Melliflui meruit Doctoris (d) sumere nomen , Nectareo cujus mel fluet ore , puer. Hune genitrix , célébrés hune edocucre Poctxi Quanti Ductores ! quanttis Alumnus erat l Dclicias nobis invidit & urbis honorera Urbs domina imperii, limipuitque virum. Neuítriacis opibus dicata Lutetia , nostras , Ut natasiatri moenja, jacta.t opes. f/i} M N f. Corneille 3 oncje cìe M, de Fontanelle. U-) Ifianli". Corneille , fœar de MM. Corneille. iV) Thomas Corneille , parrain dc ài. de Fontenelle. (d) Sfiint Bernard. Illum j I A M. DE Fontenelle. . îxv îllimi tcrgcminus Musarum cactus adoptât, Tergemini potuir qui caput eíîe chori. O felix un a ante alias Academia miris Naturx latebras pandere docta modis ! Felix nacta virum qui te tibi pingcre poíTet, Et calamum invcntis atquipararc tais ! Ille quod ediderit plaudente volumina Plioebo , Dic mea Musa mihi : d i ce te semper amas. Quo datut Heroas, Divosque auclirc loquen* tes, Egregium nobis Gracia liquit opns (.?). 5ed violatur ibi Divúm reverentia : Mores Humanos Divi, crimina nostra genmt. Abstulit liane maculam , non omnem, Gallicuî autor {b ), Et meliora dédit, nobiliora loqui. Judicio steterim Plutonis, Pluto Patronus Et judex caufat nî foret ipse fui (c). Plurima blandum Equitis st bi fumpíît Epistola nomen (d , Scripta fuit, quando scribere ccrpit Eques. (a) Dialogues de Lucien. (b) Dialogues des Morts. (c) Jugement de Platon. ( d 1 Lettres du Chevalier d'Her . Puisque le Public les o crues de nw., dit M. de Pontenelle dans la lVéface de ses (Havres, & qu d Ls a eues tncir.e fous mon nom, qu’il les ait encore. Jc youdrois tien que fde jeyerité ne tombât que fur elles. Tome XI. f îxvj • Pi eces eelativës iViáerat hune dubio nasci patet online fcetnrn ï ' Non sese agnoscit, non negat esse patrem. Pet varios sublime audax dnm feemina muo^ dos ( a ) Tentât iter, quis non gaudeat esse cornes? Sidereos motus, distìnctosque orbibus orbes , Et fectanda oculis subjieit astra tuis. Sed vaga narranti de mundis pluribus ultra Ne.credas, credi quàm velit ipsa fîbi. Fraude nova, veterum fraudes, Oracala Vad tum (b) Exposuit Batavu-s (c ), sed rudis , artis inops. Spargere Gailu; amat flores , & adantra Décru®- Semita grata magis , non mage tuta , patet. Arguitur, verique tacet devictus amore (d) Grande etiam Doctis ft ire tacere dccus. 'Annales nostri potuit reserare Theatri (ej;. Noverat ille vêtus , novetat ille novum., Dum- Tragics Regem sc ente depingit, amanr dum (/) (a) Entretiens fur la pluralité des Mondes avec là Marquise de G. . .... . (b) Histoire des Oracles. (c) Vandale * (d) Réponse â i’Histoire des Oracles par le Baltus. \e) Histoire du Théâtre françois. I(f) Vie ds M. Cornúllç a M. de Fontenhlle. !xvi) îiíroem > pictor dignus amore , facic. ^tôor amicus erat ; íed tali iuipunè tabellte Nulla Bocere potest, nulla favere manus. î^um sua sensa aperit Tragicà super arce , vides tu L- (a j Melpomene Vates ipsa docere suos. ^aximuslûc Vatum inccdit CornhubS ; idem Maximus, & Pbcebo judice , semper erit. Quà faciant Komincs sesc rations beatos (/>) Monstrat, &exemplo comprobat ipfesuo j îndole trar.quillâ felix , & cnelibe vitâ , « Se totuni Mails , tempus & o inné , dédit. Ant tenet , aut tenuiíTe putat, ícratator arnar-v nus (c) , Hauserit undè suos Gracia prise a Deos* ^°s {îmiles Humana íîbi ignorantia finxit j Divas erat j si quis robots major erat. ïpsa Polo Tellus dédit incrementa; magisque’ Cù;n sapuere homines , Dî sápuere magis. Affluit illecebris Orator, acumíne prastat (J) y Nec vinci eloquio, nec brevitate pctest. í fl ) Réflexion fur la Poétique. P ; ) Traité furie Bonheur. <4 Origine des Fables. W Discours académiques* fi? ïxvïij P I E CE S n E L A TI V F & Verborana niaiìs iu Jelectu forte laborat , Turpicerat multos falleret iíle labor. CaíTahâ lactatus aquâ, Musáque parente, Debuità teneris eífePoeta ; fuit. Virginis intadlx Latio infans carmine laudes (.r) J Conduit, S: sociis prttripit arma fuis. Insignes studiiç pueras celebravit Apolto (J>) , Nec juvencm mérita lande carere finet. Carmine Bucolico pratcellere gestit , & au- det (c) Pastorem Siculum , Virgiliumque fequi. Scd dum majores meditatur arundíne camus, Induit Urbanos Iiutlica Musa modos. 3-audibunt alii Diversa PocrruíaV ates (d) ; Nec plus ingenii, nec salis iila petunt. Sarpè nialignus Amor , fxpè est: ib! Musa re- bcìlis ; Tcutanti Lepidum fîstula Duke sonat. ( Montpellier, fort connu par son grand Ouvrage de la Névrologie, communiai qua à l’Académie des Sciences un » nouveau système qu’il a trouvé fur la 33 structure des vaisseaux du corps hu- » main. Quelque prévenu que l’on fût » pour la capacité & pour l’exactitude » de M. Vieufsens , on jugea qu’il fau- » droit un grand nombre d’expérien- » ces3 & d’expériences délicates, pour DE M. DE FONTENELLE. Z » vérifier son système ; & comme on » n’eut pas la commodité de les faire, -> la Compagnie ne fut pas en état d’ap- » profondiv cette matière autant qu’elle » fauroit désiré. • r si . juraam. u ’ JJtf MAg ga LETTRE II, A M. LE CLERC (a). Paris, 3 Août 1707. J E n’ai point reçu, Monsieur, la lettre dont vous me pariez, & par laquelle vous me sites fhonneur de répondre à la mienne. J’apprênds de vous avec plaisir , que vous n'avez point tout-à-fait dédaigné un hommage que je vousrendois ; mais quand vous n’au- riez pas eu le loisir d’y répondre, occupé comme je (ais que vous Têtes, jò vous asture très-íìncerement que je n’en aurois pas été surpris , ni* offensé le moins du monde. II me suffisait de m’êtreen quelque minière soulagé, en (a) Ce savant Protestant , né à Gcncvc le 19 Mars 1657, mourut à Amjtcrdam le 8 Janvier 1736. A ij 4 Lettres vous marquant l’estime particulière que jehiifois de vos Ouvrages, dont j’étois & dont je fuis encore tous les jours fort plein. Mais, Monsieur, outre l’obliga-, tien que je vous ai de cette lettre perdue, je vous en ai encore une plus sensible de l’attenticn que vous voulez bien faire à ce qui me regarde. Je vous remercie de tout mon cœur de l’ofFre que vous me faites de m’envoyer le tome de votre Bibliothèque où est la repense que l’on a faite pour moi ( b) ; je saurai ici, dès qu’il y pourra être. Je tens par avance le plaisir de voir ma justification en si bon lieu. Si vous en connois- fez l’Auteur (c ), je vous supplie de le bien remercier pour moi. Je fuis d'atriant plus sensible à cette grâce , que je ne puis savoir méritée par aucun endroit. Je ne répondrai point au Jésuite de Strasbourg , quoique je ne croye pas f entreprise impossible ; mais l’Histoire de f Académie des Sciences me donne trop d’occupation , & tourne toutes [b) Au Livre du Bahus , contre l’ Histoire des Oracles. (c) M. le tT/erc!ui-même. Voyei les Mémoires de M. l'Abbé Trublet fur M. de Fontcnelk , pag. 15 5 & 18 5- DE M. DE FoKTEKEUE. j” mes études fur des matières trop dilîé- rentes de celles-là. Ce feroit plutôt à M. f-'a n Ddalcn (d) à répondre, qu’à moi; je ne fuis que son interprète, & il est mon garant. Enfin, je.n’ai point du tout rhumeur polhnìqtu, & toutes les querelles me déplaisent. J’aime mieux que le diable ait été prophète, puisque le P. Té f}/u j le veut, & q tu! croît cela plus orthodoxe. Je lui ferai toujours très-obîigé d’avoir été l’orcaíìon d’une marque très flatteuse que j’ai reçue de votre bonté pour moi. I! faudròit , pour bien concevoir combien je la sens, que vous sussiez quelle estime je fais de tout ce que j’ai vu de vous ; car je vous avoue que je estai pas tout vu, & que les Ouvrages Idéologiques passent trop ma portée. Conservcz-mòi, je vous en supplie , des íentimens que vous auriez pu ne m’accorder pas, mais •que j’eípere que vous n'aurez aucun sujet de m’òter. Je suis avec une estime & une reconnoiísance parfaite, Mon- íìeur, Votre, &c. P. .S'. J’oubliois de vous dire com- ( à) C’cst ainsi qi’c s’écrit cn HoII.rnclcis le nom de M. Vun D.ile. 6 Lettres bien je c'e'sìrerois que ce que vous me dit es í u r V flijîoire de C A n demie des Sciences , fut parfaitement fincere, & combien je crains que votre politesse n’y ait trop de part. LETTRE III. A M. GûTTSCHED , ProfeJjeur'à Lsifjïc, Paris , :q Jniilet 17 : S. Í ’Aurois eu beaucoup plutôt, Moniteur, i’hcnneur de répondre à voue lettre, fí on ne m'avoir dit, en me la rendant, que vous feriez bien r.iíe de savoir mon lentiment íur le plan que vous m’envoyez de votre Société Allemande. Comme il est en Allemand , que je n'entends point, il a fallu que j’aye attendu une traduction abrégée qu’on m'en a faite. Mais ç’a été une peine fort inutile & un temps perdu , par rapport :> ce que je croyois que vous attendiez de moi. Car , outre que votre Société est déja toute établie, & que vos réglemens font très-sensés & très-bien entendus, il est impossible qu’un étran- DE M. de Fontenelle. 7 ger comme moi juge en détail de ce qui peut vous convenir, ou de ce qui vous conviendroit le mieux. Je vois seulement en gros, que vous avez pour votre Langue un zèleauqucl jc ne puis qu’appîaudir. Il faut avouer que, nous autres François , nous pourrions bien être trop prévenus en faveur de la notre, quoi u:e la grande von>e qu’elle a cans toute l’Europe, nous juífiíie un peu. Nous avons f avantage qu’on nous entend par-tout, & que nous n’enten- dons point les autres ; car notre ignorance en ce sens-là devient une efpece de gloire. Par exemple , vous, Monsieur, vous savez très-bien le François, vous l’écrivez très-bien ; & moi, je ne fais pas un mot d’Allemand. Cependant je ne crois pas que ce succès de notre Langue vienne tant de quelque grande perfection réelle qu’elle ait pardessus les autres, que de ce qu’on s’eft fort appliqué à la cultiver , & de ce qu’on y a fait d’excellens Livres en tout genre , qui ont forcé les Etrangers à la savoir, fur-tout des Ouvrages agréables. A ce compte , vous n’avez qu a cultiver autant votre Langue; Sc' c’est , à ce qu’il me paraît, le dessein Aiv 8 Lettres que votre Société a conçu avec beaucoup de raison. Je ne sais íi l’Allemand' est -plus dur que le François; car je me défie toujours un peu de cette dureté ou douceur prétendue; le chant pour- roit peut-être en décider. Mais enfin ce plus de dureté fút-il rcel, il n’y a u roi c pas íì grand mal, & vous en auriez plus cle force dans les occasions où il en faut. Une chose plus considérable que j’entends reprocher à votre Langue , quoique ce soit plutôt la faute des Ecrivains , c’cst que vos phrases font souvent extrêmement longues , que le tour en est fort embarrassé , le sens long-temps suspendu & confus. Il est vrai que le Grec & le Latin ont allez souvent aufìì ces défauts , & mcme dans les bons Auteurs ; mais tout Grecs & Latins quais font, ils ont tort. Le François íeroit bien de même , si nous voulions; mais nous n’avons pas voulu, & c est peut-être ce que nous avons fait de mieux. Que les Ouvrages qui partiront de votre Société , donnent l’exemple d’un meilleur arrangement dans les phrases, d’une plus grande clarté, &c. ■ ce fera un grand bien qu'elle procurera à votre Langue. Je vous demande pa» DE M. DE FoNTENEEEE. $ don , Monsieur , de tout ce verbiage inutile; je me suis trop laissé aller au plaisir de vous entretenir. Ma grande affaire ne doit ctre que de vous bien remercier, si je puis, de l’honneur que vous m’avez fait, en daignant traduire les Ouvrages de ma jeunesse. Je suis bien fâché d’ctre privé du plaisir de les voir tels qu’ils se trouvent présentement au sortir de vos mains. Je vous rends très humbles grâces encore une fois de m’avoir fait connoître à une grande Nation , qui a produit beaucoup de grands hommes, & des génies du premier ordre, tel qu’étoit M , lêib- nh{, de votre ville de Léipjìc. II y a déja du temps que j’ai écrit à M. Hausen (e) , en lui envoyant un Ouvrage de ma vieillesse (f) , & le priant d’en dire quelque chose dans le Journal de Léipjìc. La grande difficulté est qu’il le lise, qu’ii en ait le loisir & le courage ; car c’est un assez gros Livre , & fur une matière épineuse. Comme je ne -doute pas que M. Hausen ne soit de vos amis, je vous prie d’obtenir de lui ! e) ProseíT.ur à J.cipjlc. On trouvera dans la fuite une lettre de lui a M. de FonteneLle. {f) Les ÌLUmens de U Géométrie de l'infuii . ïo Lettres’ la grâce qu’il me lise, & qu’il me donne son jugement, auquel je déférerai beaucoup; car j'ai eu l’honneur de le voir ici, & j’ai bien senti qu’il étois fort har bile en mathématiques. Je fuis avec beaucoup de reconnoilì'ance àc de respect, Votre, &c. LETTRE IV. A U M Ê M E. Paris*, 1 6 Octobre 17Z:. J ’Ai reçu Monsieur, votre lettre du 24 . Janvier 1751, par un jeune Gentilhomme Allemand , en qui j’ai trouvé effectivement le mérite que vous m’an- nonciez. j’ai reçu en méme temps la traduction de i ’Histoire des Oracles , & je continue à sentir très-vivement toute la reconnoiílance que je dois à un Traducteur qui me fait autant d’honr.eur que vous. Je crois vous avoir déja mandé , que j’ai fait voir vos autres traductions à quelques perfónnes qui entendent votre Langue , & qui ont été très - contentes de la fidélité ôí de l’exactitude. DE M. DE FONTENELLE, II Je suis ravi que ce que je me fuis hasardé de vous écrire sur l’Allemand , que je n’entends point du tout, se soit trouvé un peu sensé. Mon principe est que, malgré toutes les dilFérences que les Langues doivent indiípensablement avoir entr-elles , il y a quelque chose de commun où elles se réunifient; ce qui cénend uni marnent de la raison commune ù tous les peu; les. Sur-ce pied-là , on peut réformer tout ce qui est contraire à cette raison , & on en viendra à bout, quoique peut etre il y faille bien du temps , parce que d’an- ciennes habitudes des Nations font difficiles à vaincre. Le projet de votre nouvelle Académie est donc très-beau; & j'o se assurer qu’il réussira, & que votre .nom, Monsieur, sera à la tête d’une révolution heureuse & mémorab'e qui se sera dans votre Langue. Nous sommes dans un íiecle où la raison commence à prendre plus d’empire qu’elle n’en avoir eu , du moins depuis long temps. Cela me paroît par ce que vous me mandez , que vos Gens d’Egltse commencent à íe dégoûter des diableries. Celle des Oracles étoit h peu fondée, que vous avez rendu un service à votre ii Lettres Nation, d’empêcber que la traduction du Pere Battus ne sût imprimée. Pour moi, mon intérêt particulier ne m’era- pecheroit pas de le laisser traduire dans toutes les langues du monde. Je vous rends trcs-humbles grâces des nouvelles traductions dont vous m’avez honoré dans la réimpression des anciennes. Je fuis ravi que vous ne vous repentiez pas des faveurs que vous m’avez faites. Je vous supplie de compter que j’y suis extrêmement sensible , & que je de'sirerois fort des occasions de vous en marquer ma reconnoisiance. Je fuis avec respect , &c. P. S. Permettez moi, Monsieur, de faire ici mes très-humbles complimens à M. Haufen. AVIS DE L’ ÉDITEUR fur le morceau suivant. Les deux Lettres qu’on vient de lire, ont été imprimées plus d’une fois en Allemagne , en différons Recueils , fur les copies qu’cn avoit données M. Gott- schiá. j’en fus instruit, & je priai M, For- mey , Secrétaire perpétuel de l’Acadé- DE M. DE FONTENELLE. IZ mie de PruJJe , de vouloir bien me les procurer. Il s’adressa, pour cet effets à M. Gottfched lui-même , qui lui en envoya deux nouvelles copies, & je les reçus en 17515,'. La même année, 1 W.For- mey les inséra dans un Journal , qu’il pu- blioit alors à Berlin , intitulé, Lettres fur t état prisent des Sciences & des Mœurs , tom. i er , pag. 401. II v parle de la demande que je lui avois faite de celles de M. de Fontenelle à M. Gottscked. En 1764, la premiere de ces deux Lettres fut encore inférée dans le tome 4 d’une collection imprimée à Nuremberg ^ par les foins de M. Usilc, Professeur en Droit à Francfort-fur-tOder , & intitulée, Sylloge nove Epijlolarum varii arguinenti , &c. c’est-à dire, Nouveau Recueil de Lettres fur divers sujets. Les Auteurs de la Galette Littéraire de L Fur ope , M. l’Abbé Arnaud , de l’Académie des Belles-Lettres, & M. Suard, ont parlé de ce Recueil , N° 13 de cette Galette, Mercredi 16 Mai 1764 , article III, pag. 292. On y trouve un passage de cette premiere Lettre, avec quelques notes critiques des Journalistes, & les voici. Ne fussent-elles pas toutes justes, elles font du moins très-ingénieufes. 14 Lettres Elles feront donc plaisir aux Lecteurs; & de mon côté, j’aurai donné une preuve d’impartialité. Extrait de la Gazette Littéraire de EEurope. y> II y a dans ce Volume ( Sylloge »> n ove , &c. ) disent les Jonrnalifles , une » Lettre de M. de Fontenelle à M. Gott- »sched , tu r le caractère des Langues » Françoise & Allemande , où celui du » génie de cet Académicien est admira- »> blement conservé. » Je ne tais, dit M. de Fontenelle , si »> l'Allemand est plus dur que le Fran- » çois; car je me délie toujours un peu » de cette dureté ou douceur préten- » due (g) ; le chant pourroit peut-être (g'j M. de Fontenelle & M. de lo Motte ne considéroient.dans les mots que l’exprellìon de Tidée ; vraisemblablement .tous les ions affec- toient également leur oreille, ils jugeoient, dit un Philosophe Italien *, de l’Eloquence & de la Poésie indépendamment de l’oreille & des passions , comme on juge des corps indépendamment des qualités sensibles. * L’Abbé Conti : Lettre ati Marquis Maffei, dans le Journal Etranger, Août 17S1. DE M. DE FONTENELLE. 1$ » en décider (k). Mais enfin , ce plus de » dureté fut-il réel, il n’y auroit pas íi » grand mal, & vous en auriez d’autant w plus de force dans les occaíions où il » en faut (i). Une chose plus conhdéra- » ble , & que j’entends reprocher à vo- -> tre Langue, quoique ce soit plutôt » la faute des Ecrivains, c’est que vos » phrases font extrêmement longues, f h) Ces mots , pourroit peut-ttrc , nous expliquent pourquoi M. de Fontenelle se défìoic un peu de la douceur ou dureté des Langues : c’est que, comme on voit, il se détroit beaucoup de ion oreille. Du reste , il n’est point nécessaire de recourir au estant, pour savoir si une Langue est plus douce qu’une autre; il n’y a qu’à considérer le tissu mème de la Langue; plus elle abondera en voyelles , plus elle fera sonore, douce Sc. lyrique. ( i ) Ceci n’est pas digne de la Pstilosopstie de JVL de Fontenelle. Si la dureté s’étend au corps entier de la Langue , & que par conséquent il y en ait où il n’en faudroit pas > il est impossible d’en mettre où il en faudroit. Pour appliquer heureusement dans l’élocution des formes âpres, dures & fortes , il faut que la Langue puisse en fournir au besoin, qui soient molles faciles, harmonieuses. C’est par le contraste que ces qualités deviennent sensibles & pittoresques ; Sc voilà pourquoi le Grec , le plus doux des langages , est aussi celui où il y a , quand il le faut, le plus de force & même d’aspérités 1 6 Le t t r e s » que le tour en est fort embarrassé, » & le sens long-temps suspendu & con- » fus (k). Il est vrai que le Grec & le » Latin ont assez souvent aussi ces dé- » sauts , & même dans les bons Au- » teurs ; mais tout Grecs & Latins » qu’ils sont, ils ont tort. Le François » seroit bien de même, 11 nous vou- » lions ; mais nous n’avons pas voulu, »> & c’est peut être ce que nous avons » fait de mieux (/) «. Conclusion de VAvis de t Editeur, Je ne ferai aucune réflexion fur ces . notes, aucune réponse à ces critiques, (/f) M. de Fontenelle vouloit-il confondre les tours embarrassés & confus de la Langue Allemande, avec les mouvemens périodiques des Langues Grecque & Latine ? Quand même il n’auroit pas senti tout ce que rinveríion & la suspension répandent d’harmonie dans le style, ignoroit-il que , lorsque Cicéron se demanda raison des grands effets qu’avoient produit ses harangues, il la trouva uniquement dans les procédés que l’ingénieux Académicien paroît envisager comme défectueux ; (/) En effet, c'est ce qui nous distingue des Anciens & de tous les Peuples de la terre ; car ils ont une Langue poétique , & nous n’en avons point, & DE M. DE FoNTENELLE. 17 & j’en abandonne le jugement au Lecteur ; content, je le répete , o avoir donné , en les publiant de nouveau, une preuve de mon impartialité. C en est encore une , que je renvoie à la Lettre de l’Abbé Conti au Marquis Maffei. A11 reste, les Auteurs du Journal Etranger On) avouent, en l’annonçant, que Ni.de Fontendley efì beaucoup trop déprimé. M, l’Abbé Coati, ajoutent-ils, idokì- » troit les Anciens, & il vivoit alors à » Paris avec les partisans de l’ar.tiquité »-les' plus déterminés Le les plus en- » thounastes <<. LETTRE V. Au Chevalier H AN S SLOANE , Prèjìdcnt de la Société Royale de Londres. Paris, 1 6 Août 173 t. MONSIEUR, Je fais bien que je n'ai pas aíïez l’hon- neur d’être connu de vous , pour être (m) Ces Auteurs font les mêmes que ceux de la Gaiette I.ittérairc de L'Europe , M. l’Abbé yírnaui & .M. Suari. Tome XI. B - i8 Lettres en droit de vous demander des grâces , & que même je rfen 5erois guères plus fort, quand je prétendrais faire valoir Favantage que j’ai d’ètre votre Confrère dans l’Académie des Sciences. Mais je me fie à un autre droit bien incontestable, que me donne votre caractère bienfaisant & généreux, auili connu en ce pays-ci qu’en Anglturn, Celui qui aura l’honneur de vous rendre cette Lettre , est M. l’Abbé Gi- rardin , de votre nation ; ce qui doit être déja un titre auprès de vous ; -mais déplus fort estimé parmi nous, & ayant beaucoup d’amis qui i’estiment fort, tant par le savoir, que par les mœurs. J’en luis le moins considérable, & je vous en ferai d’autant plus oblige , st vous voulez bien , à ma très-humble priere , lui marquer de la bonté, & lui faire les plaisirs qui dépendront de vous. J’ai saisi avec plaisir cette occasion de vous assurer que je fuis très- refpectueufement, &c. DE M. DE FONTENELLE. ÏÇ) LETTRE VI. A U M Ê M E. Paris , ONSIEUR, Février 1735. Je ne puis trop vous remercier de l’honneur que vous m’avez tais, vous, & f illustre Compagnie dont vous étés le Chef. J’avois déja l’honneur de tenir à vous par l’Académie des Sciences , qui vous a choiíi pour un de ses Membres; maison ne peut jamais tenir par trop d’endroits à un homme d’un mérite aulfi reconnu que vous, & c’est pour moi le comble de la gloire que d’être avec vous dans une relation plus étroite. J’en abuse peut- être déja, en vous suppliant de vouloir bien vous charger du remercîment que 'j’adretse à toute la Société Royale ; mais il est bien fur qu’il ne peut jamais lui être présenté de meilleure main , fi vous voulez bien me faire cette grâce, Je fuis avec beau- Bij 20 Le t t r e s coup de respect & de reconnoissance, Votre, &c. .-?mr3tau*v-;e»2E /1 LETTRE VII. A U MÊME. Paris, i- Janvier 1734. M ONSIEUR, Trouvez bon que je me joigne à tous ceux de mes compatriotes , qui ont l’honneur d’être de votre Société Royale, & que je vous représente avec eux, que M. l’Abbé de la Grive mérite- roit cette grâce. Il a d’autres témoignages plus importuns & plus décisifs que le mien. Je vous supplie seulement de vouloir bien taire attention à leur valeur. J’ai pris avec joie cette occasion , ou peut être ce prétexte, de vous faire souvenir de mon nom, & de vous renouveiler fes assurances du respect avec lequel je suis, &c. DE M. DE FoNTENELLE. 2.1 LETTRE VIII. A M. B O U L L 1 E R. Paris, 13 Novembre 1736. J ’Ar reçu, Monsieur, votre Livre («) par M. de Gennes; &: je ne puis trop vous remercier de l’honneur que vous m’avez fait, de mettre mon nom à la tête d’un si excellent Ouvrage. II n’y a que la gloire de savoir fait que j’ai- maífe mieux. On voit qu’il part d’une tête bien philosophique, pleine de réflexions fines & profondes , & qui est bien plus fur les bonnes voies du raisonnement , que n’y font la plupart de ceux qui font protèllìon de raisonner. Comme vous m’avez trop loué dans votre Epitre , je tâche de ne me pas laisser emporter à une reconnoiíïànce où ma vanité auroit part, & j’ai attention à ne vous rendre pas trop de louanges pour les vôtres. Je veux demeurer au-dessous de ce que vous mé- ( n) E Effji phUjifiphique fur Came des íetes, ílcdiéà svl. de FontencLlc , 1 vol. L:.- n. 22 Lettres ritez , & vous me paroiflez digne par votre caractère qu’on en use ainíi avec vous. Le. Traité de la Certitude morale est très- bon,bien pensé, bien écrit, feulement un peu diffus fur des choses que les Lecteurs du commun entendroient presque sans explication. Il y a tout au contraire des endroits, mais en petit nombre, qui demanderoient d’être plus expliqués. Un article entier, par exemple , où je vous renvoie , pag. 121. Je crois appercevoir votre idée; mais il falloit , ce me semble , ou la supprimer, ou la développer. Tout ce que vous dites fur la véracité de Dieu est bien vrai * & la Métaphysique est obligée d’alier jusques là, pour aller jusqu’au bout: mais je croi- rois qu’après avoir établi ce principe, il n est pas nécessaire de le rappelles souvent, parce que la plupart des gens ne sont pas Métaphysiciens, & qu’ils croiront Jules-César bien démontré , fans faire aucune attention à la véracité de Dieu. De plus,cette véracité n’est pas toujours si aisée à expliquer. Je vous soutiendrai, si je veux , qu’elle n’est point DE M. DE FONTENELLE. 2Z blessée , quand la bonté ne Test point. Les bêtes ont toutes les marques possibles d’avoir une aine, & elles n’en ont point; quel mal me fait cette cireur? Mais Dieu m’y fait tomber; oui, mais il ne m’importe aucunement d’y être tombé, & cette erreur-là est la fuite de quelque ordre que je ne comtois point (o). Tous les hommes ne croyent- ils pas les objets colorés , &c. ? Ne croyent ils pas la lune aussi grande que le soleil; & , ce qui est plus fort, Dieu lui-même ne l’a-t-il pas dit aux hommes , ou à peu près ? En un mot, quand la vérité de mes jugemens n’intéressera point la bonté de Dieu , fa véracité ne «'opposera point à mes erreurs, parce qu’on pourra toujours supposer que ces erreurs entrent dans quelque ordre inconnu. Votre Trahi de la Certitude morale ne va point jusqu'à la Religion , Çt il est vrai qu’il ne le devoir pas ; cela vous eût jetté trop loin, & peut-être même (sl)C’estune réponse que M. de Fontenelle prête ici aux partisans du système de Descartes sur lame des bètes, système qu’il étoit très-éloigné d’a.lopter, quoique Cartésien zélé fur d’au- tres points. 24 Lettres n’est-il déja que trop ample pour ce qu’il vous falloit. Pour le mettre en entier , je ne fais s’il n’eut pas ta!lu le renvoyer à la fin de í’Ouvrage; car il y fait une tète dont on ne voit pas trop d’a- bord la nécessité, Le il y auroit fait une conclusion bien amenée. Quoi qu’il en soit, je vous exhorte sort, iMoniieur, à continuer l’édiíìce dont vous avez jette les fondemens. J’attends de vous une discussion exaéte & philosophique , comme vous la saurez bien faire, íur la différence des faits purement humains, & des faits miraculeux; fur leurs différentes preuves, leur égalité de certitude , &c. C’est là que la Métaphysique se déploiera bien davantage ; parce que les attributs de Dieu, & les considérations des deux ordres, tant physique que moral, y entreront perpétuellement. Mon raisonnement sur les bétes , que je donnai à M. Vermt pour vous, n’au- roit guères ajouté aux vôtres; mais je crois votre scrupule excessif. Je ne vois par mes yeux nulle proportion entre une étincelle de feu , & la force d’un boulet de canon : mais indépendamment des raisonnemens physiques, je lais par mille expériences ce que peut la T>E M. DE FoNTENEttE. 2^ la poudre, &, ce qui est décisif ici, je sais qu’avec de la poudre, je donnerai toujours une prodigieuse force à ce boulet. Mais je lais que je dirai à un homme cent mille choses du mcme ton, qui réimprimeront aucun mouvement à ses jambes; il y en a une qui leur en imprime, fans en être plus capable par ce' qu’elle a de physique. Donc , &c. Ajoutez à cela , íi vous voulez, que je fais qu’une plus grande quantité de poudre fait un plus grand effet, Lc que ces deux mots que j’ai dits, cornés à l'o- reille avec une trompette, n’en feroient pas plus que dits à l’oreille (p). J’ai lu tout le Traité de l’Ame des Bêtes, mais une feule fois; je ne puis vous rendre compte que de mon impression générale, qui est d’en être extrêmement content. I! y a apparence que je le ferai même encore plus quand je saurai plus approfondi à une seconde lecture , dont je me réserve le plaisir pour le premier temps que j’aurai entièrement à moi ; car ce n’est pas un Livre à lire en courant , quoique net ( p) On peut voir !e petit écrit de M. de Fon~ xenelie sur L’Infiiníì. dans le T. IX de íes (2 íí- yres. Voyez ci-après la Lettre XI. Tome XI, C 26 Lettres & bien digéré. Si vous veniez Jamais ici, vous me seriez un sensible plaisir, ëí dont je ne vous serois pas moins obligé que de ceux que vous m’avez déje faits, en me traitant toujours si favorablement. Je fuis avec respect & avec toute la reconnoissance possible, &c. LETTRE IX. A U MÊME. * Paris , 30 Mai 1739, M ONSIEUR, Ce que vous m’avez adressé pour Is Journal des Savans (q ), .est arrivé jus- (y) Lettre de M. B. adreffe'e aux Auteurs de ce Journal: elle fut imprimée dans celui de Septembre de la même année. C'est une réponse á ['extrait du Traité de la Certitude moraU dans le Journal intitulé Bibliothèque raisonnée. M. B. peu content de cet Extrait, le fut beaucoup de ceux que le Journal des Savans avoit donnés du même Ouvrage. Ils font de M, l’Abbé Trublet. On les trouvera dans les mois de Mars, Mai Sc Juin 1757. DE M. DE FoNTENEELE. 2? tement dans le ternps que le pauvre Journal pouffoit les derniers soupirs.il n'existe plus, mais on songe à le ressusciter. On formera une nouvelle Compagnie pour ce travail, & peut - être un autre plan de travail ; mais cela peut n’être pas fait si-tôt, ou n’étre pas sitôt en train d’aller. En attendant , je garde votre réponse pour en faire usage aulîì-tôt qu’il se pourra , à moins que vous ne jugeassiez à propos de la retirer , auquel cas vous m’indiquericz quelque occasion pour vous la renvoyer; car par la poste ordinaire, cela íeroit un trop gros paquet. Puisque vous avez pris la peine de lire la Préface de mes EUmms dc la Géométrie de l'Infini , je n’ai plus rien à vous dire fur les infinis de différens ordrec. J’ai dit tout ce que je sa vois- J’ai vu plusieurs gens d’esprit que ma distinction d’infini métaphysique & d’infmï géométrique a contentés. Vous dites fort bien que Dieu est le seul infini absolu ; il l'est selon l’idée métaphysique , & certainement il ne Test pas comme un nombre lesCoit, ou selon l’idée géométrique. Un nombre infini nepour- roit être quarté, sans devenir infiní-j 23 Lettres ment plus grand. Méditez un peu , je vous prie, Monsieur, fur cette extrême différence, & j’espere que vous vous rapprocherez un peu de moi. Je crois avoir senti que votre seconde édition, quoiqu’au dessus de la première , s'eiì moins répandue ici. N’y auroit-il point de la faute des Libraires? J’apperçois un temps de loisir que j’aurai bientôt, & je me fais d’avance un grand plaisir de me livrer entièrement à cette agréable & utile lecture ; je dois ajouter ausii honorable pour moi ; & je vous renouvelle encore mes très-humbles remercîmens de l’honneur infini que vous m’avez tait. Je fuis avec respect, Monsieur, Votre, &c. LETTRE X. A U MÊME. Paris, 11 Septembre 173?. V Otre réponse , Monsieur , a été examinée dans une assemblée du nouveau Journal, à laquelle préGdoit DE M. DE FONTHNELLE. 2 I M. Ie Chancelier (r) qui en est Je Protecteur; & il a été résolu, avec éloge, qu’on l'imprimeroit au plutôt. C’est encore là un temps indéterminé , mais sûrement cela n’ira pas loin ; & comme ce Journal ira ausli-tôt en Hollande, vous vous y trouverez au premier jour. Je reprendrai votre Livre à mon premier loistr. J’en ai entendu dire beaucoup de bien à un très-bon Juge, qui est JVl. de Mairan , de notre Académie des Sciences ; & son jugement m’a tait un sensible plaisir (s). Je ne doute pas qu'il ne soit ratifié par le Public; mais ces sortes de Livres-là ne font pas fi-tôt jugés qu’un grand nombre d’autres qui souvent ne les valent pas. Je n'ai pas le temps d’entrer avec vous dans la question de l’insini. Je n’ai que celui qu’il faut pour vous apprendre que j’ai fait votre commission. Mais d’ailleurs, que vous dirois-je fur l’in- (/•) M. Daguesscau. (s) M. Boullier a dédié à M. de Mairan le dernier de ses Ouvrages qui parut à Paris en J759, chez Guillyn. C’eít un volume in-îz , contenant trois Discours philosophiques fur les causes finales, l’inertie de la madere , & la liberté des actions humaines- Ç iij 50 Lettres fini? J’ai dit dans ma Préface tout ce que je savois. J’avoue qu’il reste toujours quelque obscurité ; mais en vérité il s’en dissipe une grande partie, quand on entre dans le détail étonnant de tous les usages que la Géométrie fait faire de cet infini. Seroit-il possible qu’une chimère fut íi exactement systématique, íi bien soutenue par-tout, si invariable , ícc.Ce feroit bien cette fois-là que Dieu nous tromperoit. Je fuis, &c. LETTRE XI. A U MÊME . Paris, 2i Mars 1744.' J E fuis bien flatté, Monsieur , de l’honneur que vous me faites de vous souvenir encore de moi après un íì long temps de silence de part Lc d’au- tre. M. Vimielle vous dira avec quelle joie je reçus votre Lettre. Je ne fuis point étonné qu’on réimprime votre Livre des Bêtes pour la troisième fois , quoiqu’aííurément ces sortes de lectures DE M. DE FoNTENELLE. Zl ne soient pas pour le plus grand nombre , même de ceux*qui litent. Celui-ci est solidement raisonné pour le fond, & bien ordonné pour la forme ; ce qui n’est pas commun aux bons Ouvrages même. Vous n’avez pas besoin de M. Vernet pour le raisonnement que je vous ai communiqué par lui, & dont vous pouvez faire tel usage qu’il vous plaira. Je fus bien aile autrefois de savoir imaginé , pour m’en servir contré un homme d’un grand nom (t), qui ne pensoit pas comme vous. Le voici. Quandje dis à l’oreille d’un homme, c z bien bas : enfuye^-vous ; je vois des Archers qui viennent vous prendre ; ses jambes prennent auffi-tôtun mouvement très- violent pour fuir, & ce mouvement n’est pas proportionné au petit ébranlement que ma voix a causé à ses oreilles , mais à une certaine idée que j’ai portée dans son esprit ; car quand je lui aurois dit les mêmes paroles avec une trompette à augmenter le son, il n'en auroit pas fui plus vîte. Il y a une infinité d’exemples pareils. Or les mou- C iv ( í ) Le Pere M débranché. Z2 Lettres vemens des animaux ne font point proportionnes aux ca\iíes matérielles qui en ont été l’origine, mais seulement à quelque pensée ou cause spirituelle. Donc, &c. U vous sera aisé, Monsieur, de mettre cet argument dans tout son jour, & même avec une sorte de beauté & d’élégance. Je me souviens assez de votre Traité de la certitude morale , pour vous dire que fi vous avez dessein, comme je le crois, qu’il ait trait à la Religion , il faut y ajouter ce qui peut regarder les faits surnaturels ; car je ne ferai peut-être pas obligé à croire un miracle fur les mêmes preuves qui me suffiroient pour la Bataille de Pharsale : mais il me semble , à vue depays,qu’en approfondissant la matière, ainsi que vous en êtes très-capable , il peut se trouver là-dessous quelque chose de solide, de neuf 3c d’intéressant. Voilà tout ce que je puis avoir l’hon- neur de vous dire présentement; car, pour en dire davantage, il me faudroit plus de loisir & de méditation, & même une nouvelle lecture de votte Livre. Ce n’est pas que depuis que j’ai quitté le Secrétariat de l’Académie des A M. DE F O N T E N E L L E. zz Sciences, je n’aye plus de temps à moi: mais j’ai pris depuis peu un engagement, qui, quoique purement volontaire, m’en enleve beaucoup; Lc puis, pour tout dire , je me sens du grand âge qui me gagne , & je ne me crois plus capable du même travail qu’autre- fois. Je fuis, &c. LETTRE XII. DE M. BOULLIE R. Amsterdam, 30 Juin 174I. Gréez , Monsieur , un petit présent que je vous envoie au nom d’un de mes amis & au mien. Ce font des Lettres fur les vrais principes de la Religion (w), où je crois que vous trouverez d’assez bonnes choses. On y défend les droits de la révélation Chrétienne contre les atteintes qu’a voulu lui porter depuis peu un Sophiste des plus adroits , dont l'Ouvrage (*) a fait ( u) Cet Ouvrage est de M. Boullier même. (x) Lettres fur lu Religion essentielle , par Mademoiselle Hubert. 34 Lettres bruit parmi nous , & s’est attiré plusieurs réponses. L’Auteur de celle-ci m’oblige à taire son nom, mais il désire qu’elle vous parvienne par mon canal ; persuadé qu’il est que toutes les matières font également de votre ressort, ík qu’une certaine Théologie ne sauroit déplaire aux vrais Philosophes. Je prends un intérêt plus particulier encore à quelques petites pieces qui font ajoutées à la fin. On y prend lâ défense de Pajcal, & l’on y traite de la nature de l’ame , & de son immortalité ; sujet chrétien & philosophique tout ensemble (y). Ausii olerai-je vous prier , Monsieur, ( c’est ce me semble une sorte de droit que je me suis acquis auprès de vous ) de vouloir bien m’en dire votre sentiment. Les Journaux réapprennent votre démission de remploi de Secrétaire de l’Académie des Sciences. En vous félicitant d’un repos qui vous est justement dû, souffrez, Monsieur, que jem’afïiige de la perte irréparable que les Sciences font à cet égard , & qu’elles font plu- (y) Ces petites pièces on: été réimprimées séparément a Paris en 175, , sous le titre de Lettres Critiques, &c. On les trouve chez Du- thejne. Ce sont des réponses à M. de Voluire. A M. DE FoNTENELLE. 3/ tôt qu’on ne s’y seroit attendu. Vous étiez pour elles une efpece de premier Ministre ; & on espéroit qu’à l’exem- ple du grand Cardinal qui gouverne aujourd’hui la France ((), ayant toujours conservé une vigueur de génie que les années n’alterent point , vous rempliriez jufqu’au bout un poste que depuis près d’un demi-siecle vous occupiez avec tant de gloire. Apiès tout, j’avoue qu’il y auroit de l’injustice à devenir ennemi du repos des grands hommes, à force d’aimer leurs talens. On vous a donné M. de Maìran pour successeur ; en pouvoit-on mieux faire l’éloge?Ily a long-temps que les Mémoires de l’Académie nous l’ont fait connoître pour un Phyíìcien profond , & pour un excellent esprit; & que je lis les liens par préférence , ceux du moins qui sont à ma portée, & toujours avec une extrême satisfaction. Celui, par exemple , qui vient de pa- roître dans Tannée 1733 , fur la propagation du son , m’a infiniment plu par les recherches fines & curieuses dont il est plein; il y raisonne avec une (j) Le Cardinal de Fleury. Z6 Lettres solidité admirable , &j’en demeure absolument à son avis. La Théorie de M. l’Abbé de Molleres , que vous continuez, Monsieur, dans le mcme volume , d’exposer dans un íì beau jour , n’est pas moins de mon goût. Comme il paroît que vous penchez en faveur de ce système, cela me confirme dans la bonne opinion que j’en avois déja prise. D’ailleurs, Monsieur , j’ai famé naturellement Carte* Jìennt; par conséquent je ne puis m'ac- commoder du vuide ni des attractions, & je fuis ravi que les petits tourbillons soient fi heureusement venus au secours des grands. II me reste poprtant une objection que j avois toujours eu envie de vous proposer, & je sus un peu fâché de voir dans votre dernier extrait, qu’un autre m’avoit prévenu. Mais n’y ayant apperçu aucune réponse qui leve la difficulté, jevous en demande àvous- même la solution. Tout est plein , dit M. de Molieres. Selon lui, f espace que laissent entr’eux les vorticules du dernier ordre , est rempli d’une matière infiniment molle , qui n’ayant elle même aucun tourbillonnement , ne sauroit par conséquent repousser l’essort de a M. de Fontenelle. 37 celle des petits tourbillons qui tend à s’e'chapper par la tangente ; d’où il résultera que cédant à cet effort, les petits tourbillons vont íe détruire ; que l’équilibre va se rompre, & que toute la machine est déconcertée. Dût on pousser à l’insini ces divers ordres de petits tourbillons , il restera toujours des intervalles pleins d’un fluide non résistant, incapable de maintenir les vorticules en les comprimant. Si vous avez la bonté, Monsieur, de me répondre là-deflus à votre loisir, je me tiendrai payé du reste du présent que je vous offre. Au reste, je serai charmé que mon objection soit mauvaise; car j’aime le système , & j’appréhenderois que fa chute ne nous replongeât dans ces horribles ténèbres dont M. Sau- rin (a) prioit le Ciel de nous préserver Une chose que je lui demande avec ar deur , c'est qu’il veuille vous prolonger pour plusieurs années la douceur d’un repos , que de longs & nobles t ra vaux vous ont acquis. Je fuis avec (a) Joseph Saurin , de l’Académie des Sciences, mort le ip Décembre 1737. Son fils est de l’Académie Françoise. z8 Lettres une singulière vénération , Monsieur, Votre, &c. (h). [b) M. Boullícr mourut à Utrecht en Décembre I7J9 , âgé de 6 o ans. II avoir été Pasteur à Londres & a Amjlerdam. On peut voir son éloge par M. de Loches, Pasteur à Rotterdam , dans le Journal intitulé Bibliothèque des Sciences & des Beaux-Arts , T. XIV, p. 444. LETTRES XIII. XIV à XV. A M. S'GRAVE SAND E ET RÉPONSES. Avis fur les Lettres suivantes. M Onsieur s'Gravefande avoit fait l’Extrait des Elémens de la Géo- mítrìede LInfini dans le Journal Littéraire , imprimé à la Haye. Voicicequ’on trouve là dessus dans le Dictionnaire de Prosper Marchand, article s'Gravefande. Cet article est de M. Allamand, Editeur de ce Dictionnaire. Quoique cet Extrait, dit M. A. soit fait avec toute la politesse & tous les égards dûs à un Savant aussi distingué ï>E M. de FonteNelle. 59 que M. de Fonunelli, celui-ci cependant n'en fut pas content; il crut voir une réfutation de fessentimens dans le foin que le Journaliste avoit pris de les mettre en parallèle avec les sentimens communément reçus, fans cependant prononcer qu’ils étoient préférables. Il adressa ses plaintes à M. s'Gravesande , qu’il jugea bien être l’Auteur de cet extrait. Dans 1 A Lettre qu il lui écrivit, il ne put s’empccherde laisser paroître la tendresie qu’il avoit pour son Ouvrage, & combien il fouhaitoit qu’on en portât un jugement favorable. Comme tout ce qui est sorti de sa plume est intéreílant, on la lira avec plaisir. Elle est datée du 7 Avril 1730. La voici. » Je viens de lire ce que vous avez » dit fur la premiere partie de ma Géo- » míiric dç CInfini dans le XIV e Tome » du Journal Littéraire. Je vous remer- » cie très-humblement de quelques traits »> obligeans que vous y avez semés, s> & du ton honnête & impartial dont t> vous me faites des objections. Comme ces objections ont de la force par » elles-mêmes , & de l’autorité par ?» votre nom très - illustre dans les » Mathématiques, je les ai examinées 40 Lettres » avec beaucoup de soin, & je puis vous »> assurer très-sincérement que je m’y » rendrois, íi je n’y avois pas trouvé » des réponses très - claires & très- »> précises. Mais il me faudroit un peu »> de temps pour les bien rédiger par » écrit , 8c les mettre dans l’ordre & » dans le jour nécessaire ; 8c je n’ai pas *> présentement ce loisir-là. Je me hâte » de vous les annoncer , avant que 3e » vous les envoyer ; & je vous deman- » de très-instamment une grâce, c’est » de vouloir bien les annoncer vous- » même au Public , conlme je le fais » ici, dans le premier Journal où vous » parlerez encore de mon Livre. Cela » ne vous engage à rien , & convient » fort à l’impartialité qui vous fait tant »d’honneur; & moi j’ai lieu de crain- » dre que vos difficultés , qui viennent » de si bonne main, ne fissent trop d ? im- » pression. Je sais cependant déja quel- *> ques Géomètres qui ne s’y rendent » pas, quoique je ne leur aye rien com- » muniqué de mes futurs éclairciíìe- » mens ; car j’ai l’honneur de vous écrire » dans le moment que je me fuis plei- » nement asiuré de leur validité. Je ne » ferai point du tout surpris, & je Pat DE M. DE FoNTENELLE. 41 » dit à la fin de la Préface , qu’il se » soit glisse des sautes dans un ausiì.gros » Ouvrage, d’un dessein aussi hardi,&, » ce qu’il y a de pis, qui vient de moi; » mais j’espere qu’il restera un système » géométrique, qui n’avoit point encore » été formé, qui íe trouvera assez bien » lié , & qui répandra du jour sur quan- -> titéde matières auparavant sort obscu- » res. J’en aidéja pour garants un grand nombre de suffrages du plus grand » poids ; je souhaiterois infiniment que » le vôtre en pût ctre , & que du moins » vous donnassiez à la fin de vos extraits » un jugement généra!, qui me seroit xpeut-étre plus favorable que les ju- » gemens détaillés : mais je n'ai garde de vous rien demander contre votre » conscience; & quel que soit votre sen- » timent sur ce Livre, je serai toujours -- & avec beaucoup d’estime , &c. » M. sGravcs.in.de , qui n’avoit eu aucun dessein de faire de la peine à M. de Fon- tenelle , lui fit une réponse , dans laquelle, fans convenir qu’il fut l’Auteur de l’Ex- trait, parce que les loix que les Journalistes s’étoient prescrites , ne le lui permettoient pas , il lui témoigna avec combien de satisfaction il avoit lu son Tome XI, D 42 Lettres Livre. >> Je me sers avec plaisir, lui dit - » il y de cette occasion, pour vous astu» » rer qu’en lisant votre Ouvrage , j’ai » été frappé de la grandeur de l’entre* -> prise, & que j’ai admiré la maniéré » dont vous avez exécuté votre des» w sein. Les vues nouvelles fur l ’Infini , que vous avez répandues dans les => difFérens volumes de VHistoire de VA- » cadémie , avoient fait l’étonnement des » plus grands Mathématiciens. Vous -> venez de les réunir, de les étendre, » & de les éclaircir ; vous y en avez -> joint un plus grand nombre d’autres » qui n'avoient pas encore paru, & cela » fur des matières que personne n’a- 2> voit touchées jusqu’à présent. Vous » en avez fait un système qui ne peut --> être reçu des connoilseurs que comme » un présent qui a passé leur atteo- » te,, quoiqu’ils connussent la main d’ou -» il venoit. Excusez ,. je vous prie , Monsieur ,. si je vous entretiens da » votre propre Ouvrage ; la lecture » m’en a fait trop de plaisir, pour lais- » fer passer cette occasion de vous en » marquer ma reconnoissance. Du reste =»■ ie fuis sensible à la maniéré obli- argeante dont vous vous exprimez sur DE M. DE FoNTENEEEE. 4J‘ » mon chapitre dans votre Lettre; je » voudrois la mériter. Je fuis , &c. » Peu de temps après, M. de FontetielU envoya à M. s'Grav-zfandt les Eclaìrci[fe- mens qu’il lui avoit promis, & il les accompagna de cette seconde Lettre, en date du 2 Juin 1730. » J’ai déja eu l’honneur de vous écrire « fous l’enveloppe de Messieurs Gojfe 6* » Neaulme, au sujet des objections que » vous m’avez faites fur la Géométrie de: » rinfini. Voici la réponse que je vous *> avois promise, & j’efpere que cet ef- » prit d’équité, qui rend votre Journal -> si estimable, vous la fera insérer dans -> quelqu’un de vos volumes. Je me » flatte même que vous la trouverez » satisfaisante ; & je vous avoue que je »> me tiendrois trop heureux de pou- » voir gagner un aufli habile homme »> que vous. J’en compte déja plusieurs,. » & même plus que je n’efpérois ; car je » fais bien que les paradoxes , quelque » vrais qu’ils puissent être , n’operent *> que lentement. Ne m’ôtezpas , jevous » prie , toute espérance; mais duisiez- » vous me 1 : oter , je n’en feroispas avec » moins d’estime 8c de considération ^ » Monsieur, &c. -- v iz 44 Lettres M. s'Gravesande fit iniérer ces Eclair- cìjjetnens dans le Tome XVI du Journal Littéraire, pag. i & suivantes, & il y ajouta des remarques qui se trouvent à la page y du même volume. Là il rer.d s. M. de Fontenelle toute la justice qui lui est due ; & en justifiant les expressions qui lui ont déplu dans l’Ex- irait, il fait voir que le Journaliste n’a point pensé à se déclarer contre ses sentimens. J’ai lieu de' croire , poursuit JU. A, que ces remarques ne plurent point à M. de F. Cependant il ne me paroi t pas qu’elles continssent rien dont i! eût raison d’êtrc offensé : qu’on en juge par la façon dont M. s'Gravesmde s exprime au commencement. Voici ce qu’il y dit : » Notre but, en donnant *> l’Extrait de fOuvrage de M. de Fun- » tendit, a été , comme nous en avons -» averti au commencement de cet Ex- » trait , de mettre nos Lecteurs en état » de juger entre les idées nouvelles » contenues dans cet Ouvrage, & les » idées reçues. C’est-là le but que nous -» nous étions proposé en donnant nos » remarques, fans que nous ayons eu » aucun dessein de décider quelles idées -> étoient préférables ; & íì dans quel- DE M. DE FoNTENElLE. ^ >) que peu d’endroits nous avons pro- » posé des difficultés, elles ont regardé plutôt quelques raiíonnemens parti- -> culiers, que le lond même des mail tieres. íl est vrai que dans plusieurs » remarques , en rapportant les íenti- » mens reçus, nous avons employé la »premiere personne; mais ce n’a pas » été pour nous déclarer en faveur de *> ces memes sentimens. Rien ifest plus » ordinaire aux Journalistes, que de se » servir de la premiere personne, au » lieu de la troisième, après qu’ils ont » averti au nom de qui ils parlent. » Nous croyons avoir exposé assez »> clairement les sentimens opposés à » celui de notre Auteur , pour que le » Lecteur puisse juger des réponses que » contient la piece qu’on vient de voir, * & trouver ce quepourroient répliquer -> ceux qui font dans ces sentimens op- » posés. » Nous aurions souhaité que M. de » Fontenelle ne nous eút pas pris à partie » directement. Marquer en quoi un Au- » teur s’écarte des sentimens reçus, dire w quels font ces sentimens reçus, ce » n'est pas toujours se déclarer contre » cet Auteur. Ce petit manque de for- Lettres » malité ne nous empêchera pourtartt pas de rendre, dans toutes les occa- » fions, à notre illustre Auteur , la j us— » tice qui lui est due, & de regarder » comme un honneur qu’il nous a fait, » d’avoir bien voulu enrichir notre » Journal d’une ses productions. » On peut juger de l’estime que nous » faisons de M. de FonteneLle & de ses » Ouvrages, par la maniéré dont nous -> nous sommes exprimés dans notre »> Extrait ; & c’est parce que nous la » portons à un si haut point, que nous »> sommes sensiblement mortifiés de trou- - ver , darrs la piéce qu’on vient de » lire, deux endroits dans lesquels nous » sommes attaqués en notre qualité de » Journalistes, comme si nous n’avions » pas rendu à l’Auteur de Fexcellent » Ouvrage dont il s’agit-ici, toute la -> justice qui lui est due fur ce qu’il y a » de nouveau dans son Livre », a M. be Fontenelle. 47 LETTRE XVI. Des Auteurs du Journal Littéraire , à M. D E F O NT EN ELLE. La Haye , 17 Mai 1730, M ON SIEUR, Le Libraire Neaulme nous ayant remis une Lettre que vous avez adressée à M. s’Gravesande , & que celui-ci lui a renvoyée, nous espérons que vous ne trouverez pas mauvais que nous nous donnions l’honneur d’y répondreayant jugé par le contenu , que c est proprement nous qu’elle regarde. Notre dessein T Monsieur, n’a jamais été de faire des objections contre votre Ouvrage; mais ayant jugé qu’il n’étoit pas susceptible d’un Extrait complet, & qu’il ne pouvoit que beaucoup ver- dre, de quelqu’étendue qu’on pût faire eet Extrait, nous avons cru faire plaisir à bien des Lecteurs , de nous arrêter aux articles dans lesquels il nous a paru que vous vous éloigniez le plus 48 Lettres des sentimens les plus généralement reçus. Dans quelques endroits, nous avons marqué les difficultés que nous trouvions encore dans des matières dont la nature ne permet point qu’elles soient éclaircies entièrement par l'esprit humain; & vous nous rendez justice, en disant que nous avons parlé avec impartialité. Nous souhaitons aussi, Monsieur, que vous nous la rendiez encore fur ce point : c’est que , quoique nous ayons trouvé des difficultés dans quelques endroits de votre Ouvrage , nous n'en reconnoissons pas moins î’excel- lence, & n'en avons pas moins d’admira- rion pour l’Auteur. Nous sommes très- mortisiés que votre Lettre ne nous ait été rendue que plus de six semaines après que la seconde partie de. notre Extrait a paru ; nous n’aurions pas manqué de donner au public l'avis que vous nous avez envoyé; & nous espérons que vous ne trouverez pas mauvais que nous le mettions en forme d’avei tisse ment au commencement du Journal qui est actuellement soifs preste , Le qui doit paroître vers la fin du mois prochain. Nous a M. de Fontenelle. 49 Nous espérons , Monsieur , que vous voudrez bien nous envover à nous-mê- mes vos Eclaìrcijjimens , pour en enrichir notre Journal ; nous vous en serons très-sincèrement obligés (c). Nous sommes avec beaucoup d’estime & de respect , Monsieur , Vos très - humbles, &c. les Auteurs du Journal Littéraire. (c) Voiries Mémoires ci-deflus cités, de M, TAbbé Trublet fur M. de Fonrendle. Le t t k e s 50 LETTRE XVII. De M. L O C K MA N. EPITRE DÉDICATOIRE A M. de Fonte nelle, De la Traduction Angloìsí de VHistoire de Psyché de la Fontaine (d). Londres, 1744. JVÎoNSIEUR, Cet Ouvrage vous est offert par la reconnoissance que l’Auteur conserve de toutes les politesses dont vous savez honoré pendant son séjour en France ; politesses d’autant plus flatteuses pour lui , qu’elles furent l’esset de votre générosité, & n’eurent pour objet qu’un simple Etranger, fans recommandation , introduit Ôc présenté par les seules Muses. (d) Cette Epitre étok e» Anglois. On en a trouvé b. traduction parmi les papiers de M. de Fontenelie. A M. DE FoNTENELLE. £ I Les changemens politiques arrivés dans le Monde depuis ce temps, n’ont aucune influence fur le sentiment vifque j’ai toujours conservé des obligations que je vous ai. Ceux qui n’ignorent pas que les Académies conservent entr’elles une intime correspondance , malgré l’inimitié que la guerre peut causer entre les Nations dont elles font partie, ne me croiront pas moins bon Anglois, quand je m’efforcerai de m’acquitter de ce que je dois à un Etranger d’un si rare mérite ; & ceux qui connoiíTent bailleurs mes principes , savent que personne ne fait des vœux plus ardens que moi , pour la paix , le bonheur & la gloire de ma Patrie , fous l’heureux gouvernement dont elle jouit à présent. J’ai cru qu’il étoit d’autant plus à propos de vous offrir cette Traduction de La Fontaine , que vous avez donné depuis long-temps des témoignages publics de la très-haute estime que vous avez pour lui. Je vous regarde , à quelques égards, comme le représentant de ce grand homme , & crois par conséquent que les efforts que j’ai faits pour habiller de mon mieux à l’Angloiíe un de ses Ouvrages, auront le bonheur de Lettres vous plaire. Je me flatte aussi que la Traduction à!Apulée , que j’y ai jointe, ne diminuera point l’accueil que vous ferez au reste. En méditant fur les aventures de Psyché , j’avoue que les. circonstances de ía gloire & de ses cruels revers , me rappellent íouvent à la mémoire la Ville de Paris, cette douce & trompeuse vision , íi agréable d’abord, & devenue si funeste pour moi dans la fuite (e). Je n'ai jamais éprouvé dans cette Ville, de plaisir plus véritable, de satisfaction plus réelle , que le bonheur de m’entre- tenir avec vous. Tous les Grecs alìem- blés n’écouterent jamais avec plus de respect leur sage Nefìor , que j’écoutois M. diFontendli. Quels charmes ne trou- vois je pas à vous entendre, quand vous nous retraciez l’histoire des beaux Arts , les différentes utilités dont ils lont au genre humain, les honneurs qu’ils procurent à ceux qui les cultivent & à ceux (e) L’Ediceur ignore à quel événement de la vie de M. Lockmun ces dernieres lignes peuvent avoir rapport. Au reste, peut-être vou!ut-il dire seulement qu’i! avoit beaucoup regretté Paris j mais en ce cas l’exprestìon do junejie seroit beaucoup trop lorte. A M. D E F ONTENELLE. qui les protègent! Vous traitiez ce sujet avec toute la grâce & toute la force pollìbie. De- la vous palliez tout naturellement à l’e'Ioge de cette Dame célébré (f) , dont la longue protection m’a fait autant d’honneur, qu’elleaété utile à l’avancement de mes études, & dont j'ai si sincèrement pleuré la mort dans l’amertume de mon cœur & dans le iilence. Je n’admirois pas moins votre humanité, (puisque votre situation dans ce monde est, ainsi qu’elle doit être, parfaitement heureuse ) en voyant que tous ceux qui cultivent les Lettres, dans quelque rang que la fortune les eût placés, quelle que fût leur patrie, leur Religion , leur Langue, n’étoient à vos yeux que les enfans d’une même famille , dans laquelle vous vouliez qu’il régnât une parfaite harmonie & un commerce réciproque de bons offices & d’amitié. Rien fur-tout ne m’a touché plus sensiblement que les éloges que vous donniez si généreuíement aux habiles gens de ma Nation. Ai-je pu les entendre fans émotion, dans la bouche {f, Madame la Marquise de Lambert. E iij 54 Lettres d’un homme qui amuse & instruit tout à la fois toutes les Nations chez qui les Lettres ont pénétré; csun homme qui, fans parler de tous ses autres talens, a trouvé le secret d’unir deux parties jus- qu’à présent jugées incompatibles ; je veux dire la profondeur & la sévérité des sciences, avec les fleurs , les agré- mens & le goût exquis de la plus fine «littérature? On peut comparer le génie qui jadis présidoit aux sciences, à une especede Géant redoutable, à la garde duquel étoit confié le trésor des grandes découvertes & des idées sublimes. Personne ne pouvoit se flatter d’y atteindre , sans paÛ'er par une longue épreuve d’obstacles £c de difficultés. Mais vous , Moniteur , en faveur des gens du monde les-moins patiens & les moins studieux , vous avez substitué à sa place une quatrième grâce , dont l’air insinuant & les maniérés agréables engagent , attirent & séduisent autant la multitude, que les façons du premier Gardien la révoltoient & l’effrayoient. Dans le célébré combat à’Hercule entre le plaisir & la vertu, ce Héros se trouvoit obligé de choisir entre les deux, & de se dévouer tout entier à f un A M. DE FûNTENELLE. J'js ou à l’autre genre de gloire, sous peine de n'exceller dans aucun. Plus privilégie que lui, vous avez su, Monsieur, par un art heureux, réconcilier deux branches du savoir , entre lesquelles il ne paroît pas moins d’oppoíïtion. Vous îes avez contraintes de se prêter une assistance mutuelle. Jamais Futile & l'a- gréable ne se sont trouvés plus délicieusement unis que daos votre admirable Pluralité des Mondes. II est vrai que lorsque , semblable à la Sibillt â’Enée , vous entreprenez de nous conduire , vous ne nous menez point(&ce n’est pas en effet votre intention) dans les replis & les recoins les plus cachés & les plus intérieurs du. trésor philosophique : mais alors même nous vous avons l’obligation de nous en donner des notions & des idées , auxqu'elles bien des gens n’euflènt jamais pu atteindre fans votre secours. II en résulte un point de vue , un coup d’œil qui fournit à un esprit capable de réflexion , les plaisirs les plus délicats, & qui en mcme temps annoblit & éleve les idées qu’il doit avoir de la sagesse & de la puissance de l’Etre suprême. E iv $6 Lettres Malgré les protestations que j’ai faîtes en commençant, quelques personnes penseront peut-être que la vanité a autant de part que la reconnoiflance à l’esquisie imparfaite que j’ose donner de votre caractère & de vos talens. En effet, quand je réfléchis à la difficulté de mon entreprise, je ne puis m’empêcher de me trouver coupable, au moins en partie, & d’avouer avec toute la fincé- jité d’un Anglois, que la vanité ( íi enfin l’ambition qui m’anime ne mérite pas d’être honorée d’un terme plus noble) peut bien avoir quelque part à ce que je vous adreste. Mais j’en appelle à ceux d’entre les hommes, dont lame peut s’enflammer d’une vive paflìon pour l’étude & le savoir, & qui sont capables de respecter ceux qui y excellent. Je me flatte qu’ils verront d’un côté plus favorable le principe qui me fait agir. Ils penseront qu’i! est louable de se livrer à ce goût lublime , plutôt que de voyager chez les Etrangers, dans l’unique intention d’y découvrir & d’en rapporter des goûts & des plaisirs d’un ordre tout sensuel.. k Quel que soit le tour qu’on veuille DE M. DE Font EN ELLE. 57 donner aux motifs qui me font agir, je fuis très-convaincu que votre politeiïe & votre humanité vous les seront voir d’un côté favorable. Personne n’est avec plus de respect, Monsieur , Votre, &c. LETTRE XVIII. Réponse de M. DE Font EN ELLE à M. Lockman. Paris , Novembre 1744. J E ne doute pas , Monsieur, que vous ne sachiez présentement par quelle aventure le paquet dont vous m’honoriez, & qui me fut annoncé au mois de Juillet ou d’Août par M. Rolli, a été retardé si long temps à Calais , que je ne fai reçu que depuis huit ou dix jours. II m’a fallu encore le temps d’en faire traduire TEpitre dédicatoire, car je ne fais pas un mot d’Anglois, &j’en ai déja été bien mortifié en plusieurs occasions, mais jamais autant que dans celle-ci. G’efl un avan- 5 8 Lettres’ tage que votre Nation a sur nous, de savoir plus communément notre Langue , que nous ne savons la vôtre ; mais nous commençons à nous piquer d’honneur fur ce point, & bientôt nous ne vous céderons plus. La traduction de l’Epitre me fait tourner la tête de vanité. Je soupçonne bien qu’il y a beaucoup à rabattre de tout ce que vous me faites l’hon- neur de me dire , & qu’il en faut mettre la plus grande partie fur le compte de votre politesse ; mais réimporte: î’aurois voulu voir la raison de Socrau lui-même à la même épreuve; qu’un illustre Savant Egyptien l’eût été choisir entre tous les Grecs, pour lui adrest sef un Ouvrage de sa façon , en lui donnant des louanges très spirituellement & trcs-stnement tournées; & je crains fort que cette raison st ferme & si inébranlable nes’en fût pas tirée tout- à-fait à son honneur. Quoi qu’il en puisse arriver, à moi qui ne prétends pas le valoir , je saurai bien que vous m’avez fait, Monsieur, une grâce très- singuliere, dont je n’avois nul droit de me flatter, & dont je ne puis jamais vous marquer assez de reconnoiissance. DE M. DE FONTENEHE. §<- J’efpere que mon Traducteur voudra bien me donner du moins quelques idées générales de votre vie de la Fontaine , & de vos remarques fur son caractère Je l’ai un peu connu , & je le déíinif- sois ain fi : Un homme qui étoit toujours demeure à peu pies tel qu il étoit sorti des mains de la Nature, & qui dans le commerce des autres hommes ri avoi t presque pris aucune teinture étrangère. De-làvenoit son inimitable & charmante naïveté. Je me tiens bien sûr que vous l’aurez attrapée dans votre Langue autant qu’il étoit possible, & cela augmente bien le regret que j'ai de ne pas savoir l’Anglois. Je me serois fait un grand plaisir de comparer le génie des deux Nations. Je comtois déja celui de la vôtre , fur les Ouvrages de force , pour ainsi dire, fur la Géométrie, la Physique, la Métaphysique, & je fais qu’il y va aussi loin qu’il soit possible; mais je ne le comtois pas tant fur les Ouvrages d’agrément, parce qu’ils demandent la connoiíl'ance de la Langue dans laquelle ils íont écrits. Sans doute !a Psyché de la Fontaine devenue Angloife , aura conservé toutes fes grâces, & en aura peut-être même acquis de nouvelles; mais malheu- 60 Lettres reusement elles seront perdues pour moi. Je fais gloire d’être un peu Anglois, puisque la Société Royale de Londres a bien voulu me recevoir dans son illustre Corps ; mais je n'en fuis que plus affligé de la guerre qui est entre les deux Nations. Que ne sont-elles aussi raisonnables que nos Académies! Mais c’est ce souhait-Ià lui même qui n’est pas raisonnable. La Nature humaine ne comporte pas qu’il ait jamais lieu. Mais je sens que je me laisse trop aller au plaisir de vous entretenir; voici une Lettre d’une longueur insupportable. Je la finis brusquement, en vous assurant que je fuis avec tout le respect & toute la reconnoissance possible, &c. ECLAIRCISSE ME NT youi■ la Lettre Juivante , tiré diane Lettre de M, Verne t à L Abbe Trublet , du 18 terrier IjsS. » Je proposai un jour à M de Fonte- « mile une pensée que j’avois fur la pre- de M. d e Fonte n el l h. 61 ?> miere Eglogue de Virgile Postqiuim » nos AmdrilLis habit, &c. II me sembloit » que ce n’ctoit-là qu’une façon de da- » ter ou de marquer les temps, conve- » noble à un Berger. Unemere rapporte w les événemens au temps de ses diver- » les grossesses; un soldat au temps où » il servoit sous tel ou tel O dicter ; un » Berger date par íes amours. Je déve- » lopperois mieux cette peníée que je » n’ai vu nulle part, íì vous le jugiez » nécessaire pour mieux entendre la ré- »> ponse de M. de Fonundle , qui parut la » goûter ». LETTRE XIX. A M. V E R N E T , Professeur à Genève, Paris, r5 Juillet 1744. J 'Apprends avec un extrême plaisir, Monsieur , que vous vous souvenez encore de moi , & que vous y prenez quelque intérêt. J’oíerois croire que je l’ai un peu mérité , par le goût que vous m'avez vu pour vous dès votre premiere jeunesse, & par les eípé- 62 Lettres rances que j’avois conçues de vos progrès , & que vous avez si bien remplies. Je me fuis toujours informé de vous à tous ceux qui venoient de Geneve , & j’en ai toujours appris les nouvelles que je souhaitois. Pourcequi me regarde , le fond de ce que vous a dit M. Saladïn est vrai. Je fuis beaucoup mieux qu'il ne m’appar- tiendroit, vu mon grand âge , & il me fait grâce de plusieurs infirmités dont il feroit en droit de me charger. Je n’en ai que d’assez légeres, dont je lui fuis bien obligé. 11 est vrai que j’ai écrit un peu fuc- cintement à M. Boullìer (g). Je n’adopte pas tout-à-fait la raison que vous lui en avez donnée , elle est trop flatteuse pour moi ; il y a pourtant quelque chose de cela. Naturellement je n’aime pas à verbiager, fur-tout avec un homme d’autant d’esprit que M. Boullìer , & qui certainement entend à demi mot. II suffit qu’une idée simple lui soit présentée ; il saura bien en développer l’éten- (g) Auteur rie divers Ouvrages estimés, entre autres de \‘ EJpii philosophique sur l’arne des bêtes, dédié à M. de ìontenelle, comme on l’a vu ci- devant. DE M. de Fontenelle. 6z due,en suivre, pour ainsi dire , toutes les ramifications. II me semble que le Traité de la certitude morale (h) devroit être un peu plus approfondi, pour pouvoir porter bien sûrement jusques fur les cas les plus extraordinaires. Du reste, le Livre est excellent , & il y paroît bien par le succès. Je me tiens infiniment honoré de ce que mon nom est à la tete , Sc je ne puis en marquer assez de reconnoissance à l’Auteur. Votre pensée sur ce vers de la première Eglogue de Virgile (i), est tout- à-fait jolie ; elle vaut elle feule une Eglogue. Cette chronologie des Bergers qui compteroient parleurs amours, est charmante ; & je m’en serois bien aidé autrefois, si vous me l’eustiez apprise; mais je crois que vous n'étiez pas encore au monde. Je me fuis souvenu que le P. de la Rue , Jésuite, a dit dans son Virgile , ad usurn Delphini , qu’il n’y avoit point là d’allégorie, quoi qu’en puistent dire plusieurs Commentateurs; mais il (h) Ce Traité fait partie de YEssai sur l’ame des-iêtes , comme je l’ai déja dit. (i) Pojlquam nos AmarillLs habet , Galatei reliquit, Oc. 6\ Lettres n’a pas é'é jusqu’à la chronologie pastorale , que je regarde comme un trcs- agréable prélent que vous m’avez fait.' Je sens que vous m’en feriez bien encore d’autres, íi vous vouliez; mais je n’ofe vous en presser.il doit me suffire | que vous vous souveniez toujours un peu que je fuis depuis long temps avec respect, &c. A ut r f. Eclaircissement pour la Lettre suivante, tire' de la même Lettre de JIL. Vernct à M. l'Abbé Trublet. » Je lui avois proposé une autre », pensée que vous verrez qu’il n’ap- » prouve pas, & que je crois pourtant „ plus sure. C’eft fur l’Epitre 2 , Liv. i „ a Horace : Trojani bclliscrìptoran , &C, » Mon idée ess que le Poëte voulanl 3, montrer qu’un Ecrivain comme Ho- »> mtre, enseigne la morale par une meil- -, leure méthode que ne font les Stoï » ciens , comme il le déclare dès l’en- 33 trée, i! le prouve en rapportant d'a- », bord quelques fables aussi instrucli » ve D H M. DE FONTE N ELLE. 6$ o- ves qu’ingénieufes da PocteGrec; & -o puis Vers 32-, en rapportant aussi, ou 33 copiant des Sentences roides, (eches » & dures qui étoient propres aux Stoï- » ciens, & nullement du style d 'Hora- » ce , laissant au Lecteur à en faire !a 33 comparaison, pour conclure ce qustl » avoit dit d’entrée, & qu’il ne croie 33 pas nécessaire de répéter ; comme s'i! 33 eût dit ces mots qui me parodient 3 > sous-entendus après le Vers z 7 : Vodi » comment Homère ìnferuit , & voici com r 33 ment s'y prennent Les Crantors & les » Chrijìpes. Je voudrois bien , Mon- 33 sieur savoir votre sentiment lur 33 cette idée, qui m’est propre, & qui 33 me semble ctre la vraie clef de cette » Epitre 33. mzrcrsm-xssa ;"! vgn w u ■hpj LETTRE XX. A U MÊME. Paris, to Srptenrbre 1744. J E commence, Moniteur, par le plus. pressé des deux articles de votre Lettre. Voici une Ltíìe de tous les Oi*vra- 66 Lettres ges cie Madame la Marquise de Lambert. Elle craignoit sort l’impreffion; & com- rue il couroit beaucoup d’écrits fous son nom , vrais ou taux, dont quelques-uns auroient pu faire des effets désagréables, elle s’avifa de demander un Privilège pour tous les Ouvrages qu’elle vou* droit bien avouer , en cas qu’ils parussent ; non qu’elle eût dessein de les publier elle-méme , mais a fin de pouvoir désavouer hautement, & avec un bon titre à la main, ceux qui ne feroient pas contenus dans l’exposé de son Privilège. C’eít la Liste de cet exposé que je vous envoye pour M. Bousquet {k), copiée par moi-meme fur le Privilège en parchemin , que M. le Marquis de Lambert son fils , Lieutenant Général des Armées du Roi , m’a communiqué. II y a plusieurs Ouvrages dans cette Liste t^ue j’avoueraià ma honte qu’elle ne m’a jamais montrés, & dont je n’ai jamais entendu parler : mais enfin ils font d’elle , puiíqu’ils font dans la Liste; & en cas qu’on les trouve & qu’on les imprime , M. le Marquis de Lambert (é) Libraire de Genève. de M. de Fonte ne LEE, 67 n’aura pas lieu de fe plaindre , pourvu cependant que le style soit le même que celui des Ouvrages incontestables; car autrement on mettroit ce qu’on vou- droit fous les titres que je vous annonce. Les Ouvrages que je comtois dans la Liste, font ceux n os 1, 3, 4 ,6, 11. Je comtois bien quelqu’autre Ouvrage qui n’estpas ! u r la Liste, 8c qui ne laisse pas d’etre de Madame de Lambert ; niais apparemment elle ne vouloir pas qu’il pût être imprimé. Si vous voulez fa vie, il y en a une efpece fous le titre $Eloge , dans le Mercure de France de Tannée de fa mort, qui est 1731 ou 3. Cela étoit de quelqu’un aflez*bien instruits/). Quant à la seconde Epitre d’Ho- race, Monsieur, je trouve votre idée fine 8c ingénieuse. Elle doit être adoptée fans difficulté par tous ceux qui croyent les anciens impeccables. Pour moi , qui ne fuis pas fur cet article íi religieux ni íi orthodoxe , je crois en (1) Dc M. de Fontcrelle même. 11 est ses Œuvres , T orne IX. F ij 68 Lettres général que toutes les fautes où tombent nos meilleurs Ecrivains modernes, les plus admirables anciens ont pu y tomber auílï. Ainsi deux parties mal liées de l’Ouvrage d’un grand Auteur Grec ou Latin , ne me lurprendroient pas beaucoup ; j’y fuis accoutumé par nos plus exceliens François , & encore plus parles plus exceliens de quelques autres Nations. D’ailleurs Horace en son particulier est assez sujet aux écarts. De plus, s’il avoit voulu oppoíer la belle morale q Homère à la morale i'éclie & pédantesque des Stoïciens, il auroit bien fait d’cn dire un petit mot d’avis à son Lecteur; du moins je crois que le moindre moderne eût eu cette charité. Enfin , presque tout ce qu’i! rapporte à'Homere, conclut feulement que ce monde-ci estime Pétaudière ridicule , où il n’y a ni rime, ni raison , ce qui n’est pas une grande leçon de morale ; au lieu que certains traits qu’il rapporte des Stoïciens , font assurément tres- beaux & tres-instructifs : ce qui ferott bien contraire au dessein de donner la préférence à Homère. j’oublicis de vous dire que je ne de M. de Fonte x elle. 69 counois en aucune façon La Femme H ermite (m). Le papier qui me manque, m'avertit de vous assurer bien précipitamment que je fuis avcc beaucoup de respect & de reconnoifiance de toutes vos honnêtetés , &c. (m) On la trouve pourtant dans les Œuvres de Madame de I ambert. LISTE De tous les Ouvrages que feu Madame la Marquise de Lambert reconnoijj'oit pour être d'elle. 1. Traité de I 1 Amitié. 2. Dialogue fur Légalité des biens & des maux. 3. Portrait de M. de M. 4. Deux Lettres fur Plomere au P. Buffi.tr , Jésuite. S- Lettre sur la mort de M. le Duc de Bourgogne. 6. Conseils pour l'éducation d’une jeune Demoiselle. 7. Discours à ''Académie Françoise, yo Lettres 8 . La naissance de la Coquetterie. p. Fable de Psyché. 10. Suite du Roman de 11. Tableau de Philoftrate. j 2. Dissertation sur l’Amour. LETTRE XXI. A U MÊME (n ). SUR LE TUTOYEMENT. Paris, 1 6 Juillet i/;o. I. T? N parlant à une seconde per- , r. sonne , il n’y a rien de plus iìm- ple & de plus naturel que de parler par Toi. Aussi est-ce là l'usage constant des Langues anciennes connues. Je ne fais cependant fi en Latin, où l’on ne dit jamais vos pour tu, je n’ai pas vu quelquefois vefter pour tuus. 2. Dans les Langues modernes , on est venu par un raffinement de politesse, à dire vous pour coi. On a voulu faire («) Voyez la premiere des deux notes ajoutées à la Lettre xxii. DE M. de Fontenelle. 71 entendre qu’on honoroit une seule personne autant que si elle en étoit plusieurs. 3. Selon cette idée, dans tout ce que nos Rois disent au Public en leur nom , ils disent nous au lieu de je. Un Roi est plusieurs hommes. 4. Il fuit de Fart. 2 qu’en François toi au lieu de vous , est une expreilìon de mépris : & cela est vrai en foi, si quelques idées acceflòires ne le modifient. II devient expression de familiarité obligeante & honorable, si un Roi parle à son Sujet; d’amitié , si c’est un Ami à son Ami ; de tendresse , si c’est un Amant aimé. Ce qui domine dans tout cela , est toujours , je ne vous prends point pour plujìeurs , pour Vautres. y. Je ne fais s’il y auroit quelque finesse de cette nature dans le Duel des Grecs, distingué du Pluriel. Les Grecs en pourroient bien être soupçonnés , vu la fertilité de leur esprit, leur Paulo -pojl jutur , leur Médium , &c. 6. Souvent ses Poètes François tu- toyent les Rois & les Grands. On pour- roit peut-être expliquer cela par Far- ticle 4. Mais ce qui prouveroit bien 72 Lettres vîte rinsuffisance de ì’explication, c’cst que cet usage n’a jamais lieu en Prose, en quelque occasion que ce puiíTe être. 11 y a donc là quelque chose qui tient uniquement à ce qu’on parle en vers ; & en effet c’est que le style en est plus noble , parce qu’il est plus hardi , plus conforme au Grec & au Latin , Langues toujours si révérées. En veut-on une preuve démonstrative ? 11 n’y a absolument aucune occasion où la Prose osât prendre la même liberté* 7. Dans l’Ecriture Sainte , Dieu parle aux nommes, les hommes à Dieu , les hommes entr’eux. Il s’agit de savoir comment les Traductions P'rançoises en doivent user par rapport au sujet que nous traitons. Dieu, en parlant de lui, ne dira jamais nous áu lieu de je , selon l’article 3. II est trop essentiellement un íeul. C'est là sa suprême élévation (0). 8. A la rigueur, l’homme parlant à Dieu, ne devroit, parla même raison, dire que toi ; mais cette raison est trop (o) M. dí FontencUe avoit sans doute oublié le passage de la Gencje : Frisons L’homme à notre image & rejsembl.ime. théologique, de M. de Fontejîelle. 75 théologique , peu populaire, & le respect commun nous a trop accoutumés à entendre l’homme parler à Dieu par voies. p. Cependant nous ne serons nullement blessés dentendre l’iiomme parler à Dieu partoi. Nous prendrons alors l’idée de sart. 6. 10. Ainsi un Traducteur François de la Bible peut prendre deux partis en faisant parler les hommes à Dieu , ce fera ou par toi , ou par vous. Chacun aura son fondement. 11. Mais comme dans cette Langue les hommes se parlent communément par nous , le premier de ces deux partis pourra causer dans tout souvrage une bigarure désagréable ; le second n’en cause aucune. 12. Le remede à cette bigarure du premier, seroit de faire parler les hommes entr’eux par toi ; & cela se justifie- roit par sart. 8. J’ai entendu dire, il y a long-temps, à un Savant fort curieux cíe Livres, qu’il y en a un d'un Auteur Allemand, intitulé : Dí Tibisando , & Vobisando. Vous voyez bien, Monsieur, par le îong verbiage de cette réponse, que je Totnt XI, G 74 Lettres ne suis pas un oracle, mais un Neflor bien bavard. II est vrai que je puis avoir été emporté par la joie d’étre encore connu de vous, après un íì long temps: mais il est vrai aulli que dès qu’il s agit de raisonner sur quelque matière , j’ai- me à la disséquer un peu géométriquement, en y comprenant même celles qui l’avoisinent ; fans quoi j’ai remarqué qu’on est fort sujet à se tromper, ou à ne voir le vrai qu’imparsaitement. 11 est bon de regarder un peu autour de soi de tous côtés. M. Serre qui est de votre Ville, & qui revient de Vienne , où il a peint en miniature l’Empereur & toute la Famille Impériale , est ici, & a voulu me peindre aussi, moi qui ne fuis que le rien que vous savez II m’a peint, non pas pour moi, mais pour lui, ce qui a bien chatouillé ma vanité Vous jugez bien que je n’ai pas manqué de me vanter à lui fur ce que j’étois une de vos plus anciennes connoiOances. Je vous supplie, Monsieur, de me permettre d'assurer ici de mes respects MM. Abausn (p) & Cramer {q). Le der- (p ) Pasteur à Genève. {q) Prolèlîeur à Genève. DE M. DE FoNTENELLE. 77 nier ne se souvient peut-être plus d’un plaiiìr qu’il m’a fait; mais moi je m’en souviens, & en profiterai dans l’occa- sion. Je fuis avec respect , &c. LETTRE XXII. A U MÊME. Paris, 7 Novembre 1750. V O us flattez bien mon amour propre, Moníieur, de vouloir que je décide dans votre question du Tutoiement. Je n’étois guere capable que de rassembler , comme j’ai fait, les différentes idées nécessaires à la décision , & de vous les mettre fous les yeux, en supposant que votre choix est entièrement libre : mais s’il ne l’est pas tout- àfait, & si , en parlant à Dieu , vous voulez avoir égard à un usage déja établi, & qui certainement a ses raisons, je fuis d’avis qu’on le íuive, & que le tutoyement soit absolument général. Il est anobli par notre Poésie Françoise ; il a un air oriental, & la Gij Lettres bigarure auroit mauvaise grâce; de plus, je soupçonne qu’elle seroit souvent embarrassante dans la pratique, par son incertitude, & par la diversité des cas (r). J’ai lu avec plaisir l’Oraison inaugurale de M. Cramer. Il se sait une grande réputation dans le monde, non feulement par ses Ouvrages, mais, ce que j’estime bien autant, par ses qualités personnelles. Joignez à cela Meilleurs Jbansit , Jallabert, & quelques autres Genevois extravasés, comme notre aimable M. Saladin , les deux excellens Peintres qui font ici (s), & assurément d’autres encore que je ne connois pas ; & il se trouvera que le petit Etat de Genïve figure très-agréablement dans l 'Europe. Je fuis de ce petit Etat-là, & de vous en particulier, Monsieur, &c. (r) Voyez le petit Livre intitulé: » Lettres fur » la coutume moderne réemployer le f^ous au », lieu du Tu; & fur la question : Doit-on bannir » le tutoyement de nos versions , particulièrement », de celles de la Eible? (Par Ál. J'trnet.) A la n Tfaye , chez Daniel Aillaud, 1751 ». (s) M. Serre, qui vient d’étre nommé, & IW. Liotart, Celui-ci avoi: peint aussi M. de Fon- unellç. de M. de Fontenelle. 77 LETTRE XXIII. De M. de Montesquieu à M. Fer~ NE T,sur le m êm t sujetduTutoyement ( t ), i 6 Juin \y Une aventure à laquelle je ne de- » vois prendre aucun intérêt , me fit » sortir inopinément de la profonde » obscurité dans laquelle je vivois. Une » jeune fille , nommée Mademoiselle xTetar, excita la curioGté du Public » par-un prétendu prodige qui se passe soit chez elle. Tout le monde y alla. » M. di Fontenelie , engagé par M. le Duc à'Orléans , fut aussi voir la mer- * veille. On prétendit qu'il n’y avoit x pas porté des yeux assez phiîosophi- » ques: on en murmura , & Madame la x Duchesse du Maine , qui ne s’avisoit » guère de m’adresser la parole , me x dit : Fous devrie ç bien mander à M. de » Fontenelie tout ce qu on dit contre lui 30 fur MademoifelleT etar .J e lui écrivis en » effet, fans songer à autre chose qu’à » m'attirer une réponse qui pût servir p .à son apologie- II se trouva le même » jour A M. df. Fon tek elle. 89 » jour chez le Marquis de Lajsay , où les » gens qui y étoient lui tirent plusieurs » plaisanteries fur ce sujet. Ne les trou- » va n r pas bonnes , i! leur dit : En voici » de meilleures ; Sc il leur montra ma » Lettre. Elle réussit. C’étoit l’aifaire du » jour : on en prit des copies, Sc elle » courut tout Paris. Je ne m'en doutois » pas ; & je fus fort étonnée quelques » jours âpres , qu’étant venu beaucoup » de monde à Sceaux pour voir jouer >> une Comédie , chacun parla à Ma- »> dame la Duchesse du Maine de cette » Lettre. Elle ne se souvenoit plus de » ce qu’elle m’avoit dit , & ne savoir » de quoi il étoit question. Elle me de- » manda fi c’étoit moi qui l’avois écri- » te ; je lui dis que oui. Aussi tôt qu’elle » meut parlé, tout ce qui compofoit »> la compagnie vint à moi ; Sc pour » lui faire fa cour-, m accabla de louan- » ges : puis retournant à elle , on la fé- » licitoit d’avoir. quelqu’un dont elle » pouvoir faire un usage fì agréable. » Jusques-là pourtant elle n’v avoir pas » songé. Elle voulut voir la Lettre , & me la demanda. Je n’en avois pas de » copie ; mais tous ceux qui étoient » chez elle l’avoient dans leur poche, Tome XI, H. 5>o L E T T R E S » Elle la lut , l’approuva , & connut » qu’elle pouvoit me mettre en oeuvre » plus qu’elle ne faisoit. Je voulus , » comme les autres, avoir ma Lettre, *> & par î’événement j’en fis cas. On y » voit que c’est moins l’importance des » choses qui en fait le mérite, que ì'à » propos. La voilà ». LETTRE XXX. De Mademoiselle DE LAUNAY , depuis Madame DESTAAL , à M, DE Fonte - HELLE, En 1713. ’Aventure de Mademoiselle Tetar ■-u fait moins de bruit, Monsieur, que le témoignage que vous en avez rendu. La diversité des Jugemens qu’on en porte, m’oblige à vous en parler. On s’étonne , & peut - être avec quelque raison , que le Destructeur des Oracles, que celui qui a renversé le trépié des Sibylles, se soit mis à genoux devant le lit de Mademoiselle Tetar. On a beau dire oue les charmes, & non le charme de la 'Demoiselle , fy ont engagé ; ni a M. dh Fontanelle. pi su n ni fa utre ne valent rien pour un Philosophe. Aussi chacun en cause. Quoi ! diíent les Critiques, cet homme qui a mis dans un íì beau jour des supercheries faites à mille lieues loin, & plus de deux mille ans avant lui, n’a pu découvrir une ruse tramée sous ses yeux? Les Partisans de f antiquité, animés d’un vieux ressentiment, viennent à la charge. Vous verrez, diíent - ils, qu’il veut encore mettre les prodiges nouveaux au-deíìus des anciens. Enfin les plus raffinés prétendent qu’en bon Pyrrhonien , trouvant tout incertain, vous croyez tout possible. D’un autre côté, les Dévots parodient fort édifiés des hommages que vous avez rendus au Diable. Ils efperent que cela pourra aller plus loin. Les femmes aussi vous lavent bon gré du peu de défiance que vous avez montré contre les artifices du sexe. Pour moi, Monsieur , je suspens mon jugement jusqu’à ce que je sois mieux éclaircie. Je remarque seulement que Pattention singulière que l’on donne à vos moindres aêtions, est une preuve incontestable de l’estime que le Public a pour vous ; & je trouve même dans fa censure quelque chose d’assez e >2 Lettres flatteur, pour ne pas craindre que ce soit une indiscrétion de vous en rendre compte. Si vous voulez payer ma confiance de la vôtre , je vous promets d’en faire un bon usage, J’ai fhonneus d'étre, &c. » ssavoue, poursuit Madame de Staal, -> que je sentis une satisfaction fort dou- » ce , de recueillir , d’une chose faite » sans dessein , & qui ne m’avoit rien coûté, ce que par un véritable travail » je n'a u rois peut-être jamais acquis; » car je n’eus pas seulement le premier » applaudiílement : la curiosité qu’on » eut de me connoître , me procura * des sociétés & des amis de distincte» tion, &c, ». DE M. DE FONTENELLE. §Z LETTRE XXXI. Réponse de M. 7>E FONTENELLE à la Lettre de Madame de Staal . J ’Aurai rhonneur, Mademoiselle, de vous répondre la même chose que je répondis à un de mes amis qui m’écrivit de Marly le lendemain que j’eus été chez VEsprit. Je lui mandai que j’avois entendu des bruits dont je ne connoiísois pas la méchanique ; mais que pour décider , il saudroit un examen plus exact que celui que j’avois sait, & le répéter. Je n’ai point changé de langage: mais parce que je n’ai point décidé absolument que c’étort un artifice, on m’a imputé de croire que c’étoit un lutin ; &' comme le Public ne s’arrête pas en íì beau chemin , on me l’a fait dire. II n’y a pas grand mal à cela. Si on m’a fait le tort de m’attri- buer un discours que je n’ai pas tenu, on m’a fait l’honneur d’avoir de l’atten- tion fur moi, & l’un ira pour l’autre. Je n’ai point cru que d’avo.ir décrié les vieilles Prophéteffes de Delphes , ce fût 54 Lettres. un engagement pour détruire une jolie fille vivante , & dont on n’avoit jamais parlé qu’en bien. Si cependant on trouve que j’ai manqué à mon devoir, une autre fois je prendrai un ton plus impitoyable & plus philosophique. Il y a long - temps qu’on me reproche mon peu de sévérité. II faut que je sois bien incorrigible, puisque sage, sexpérience & les injustices, du monde n’y font rien. Voilà, Mademoiselle , tout ce que je puis vous dire fur l 'Esprit qui m’a attiré une Lettre que je le soupçonnerois volontiers d’avoir dictée, puiíqu’ensin je ne luis pas éloigné d’y croire. Quand il me viendra aulìì un démon familier , je vous dirai avec plus de grâces, & d’un ton plus ingénieux , mais non pas avec plus de lincérité , que je íuis très - parfaitement, Mademoiselle, Votre, Lee. {y). (j? ) Madame de Staal n’a point mis cette ré- pDnse de M. de Fome/ielle dans í'cs Mémoires , &: même elie n’en parie point. Voyez ceux de M. l’Abbé Trubletíxxt M. de Fontenelle ; il y est lourent question de Madame de Su,d. A M. DE Fontenelle. §5 LETTRE XXXII. DE MADAME DE STAAL. Sceaux , i8 Juillet. mon arrivée ici , Monsieur , j’aí XTL trouvé les deux Lettres que vous m’avez tait l’honneur de m'écrire. Dans l’une est une remontrance fort douce pour quelqu’un qui fait des visites à heure indue ; l’autre me marque une inquiétude obligeante fur mon silence. J’ai vu dans toutes les deux de lamifié qui me touche sensiblement de votre part; trouvez bon que je vous en remercie. Je vous dirai en même temps des nouvelles de M. l’Abbé de Brnge- longne , dont vous êtes en peine. J’ai trouvé aussi une Lettre .de lui du 9 Juillet : elle est de quatre pages ; mais il marque qu’il a été quatre jours à récrire, & me fait une description déplorable de son état ; ce qui est certifié par son écriture un peu changée & de travers en beaucoup d’endroits. II ne parle point de son retour, Sc paro!t ç>6 L E T T R T. S fort frappé de l’idée d'une mort prochaine (ç). Je n’ai rien dit à Madame la Duchesie du Maine de ce que vous me mandez pour elle, de peur de réveiller le chat qui dort ; s’il s’éveille , je ferai valoir votre compliment & vos excuses. Elle est incommodée ; elle avoit même hier un peu de fièvre : mais je crois que nous n'en partirons pas moins Jeudi prochain pour Anet. Ne m'oubliez pas , je vous prie, Monsieur, pendant cette longue absence , & soyez sûr d’un très - tendre souvenir de ma part. ( j) M. l’Abbé de B rngelongne , né en 1688 , mourut en 1744. On trouvera son F loge , par M. dc Foitchy , dans Y Histoire de í Académie des Sciences , mime année , &. ci-apres une de fcs Lettres à AI. de Fontenellc. xH LETTRE à M. de Fontenelle. 97 LETTRE XXXIII. Dl M. C Abbé DE Bragelongne , de L'Académie des Sciences . Brioude, r; Avril 1741. E ne sont point les embarras, Mon- sieur & très-cher ami, qui m’ont empêché de vous écrire ; on quitte tout avec empressement & même avec plaisir, pour s’entretenir avec une personne comme vous. Une santé , non pas foible ni languissante , mais tout-à-sait délabrée , a été la cause de mon silence , qui m’a fait souffrir beaucoup. J’ai cru même pendant plusieurs jours , que j'al- lois être condamné à un silence perpétuel, ou au moins à parler comme ces gens qui ne font pas tout-à-sait muets, mais qui ne font que des sons , fans aucune articulation. J’ai eu une attaque le 7 Mars , à laquelle on donnera le nom qu’on voudra , mais qui avoit tout l’air d’une paralysie imparfaite fur la langue. Il me reste encore beaucoup de difficulté à parler dans de certains momens, Tome XI, I p8 Lettres & l’on m’assure qu’íl n’y aura que les eaux qui la feront évanouir. Dieu veuille que cela soit. Tout cela avoit été précédé de quantité de maux dont l’énumé- ration seroit trop longue & trop ennuyeuse ; ainII je la supprime , pouf vous demander de vos nouvelles, pour lesquelles vous savez que je m'intéresse infiniment. Je vous prie de m’en donner le plus souvent que vous pourrez ; ce fera une œuvre de charité toute des plus méritoires. Vous satisterez un véritable & sincere ami, & vous consolerez un pauvre exilé , qui regrette & regrettera toute fa vie ces heureux momens que nous avons passés ensemble , tantôt à Auteuìl , tantôt dans le quartier Saint Roch, & tantôt dans la rue & le saux- bottrg Saint - Honoré. Mes respects , je yous prie, à Madame du Tort (a) s u (rtì Madame la Marquise du Tort , Sœur du Courte de Noce. [!s avoient pour pere le Comte de Fohtenay , Sous-Gouverneur de Aï. !e Duc de Chartres , depuis Duc d’Orle'uns 3t. Régenr d« Royaume. Voyez les Mémoires de L'Abbé Trublet fur M. de Fontanelle , pag. 181 , & le Tome X des Œuvres de M. de Fonteuelle, pag. ù 04 , où font ses vers pour le portrait de Madame du Tort : C’eji ici Madan.e du Tort, 6'c. A M. DE FoNTEKELLn. 59 elle est à Paris ; mille amitiés à M. d'Aube , & bien des complimens à tous nos autres amis, dont vous savez allez , fans que je m’explique , que M. de Mairan est à la tête. LETTRE XXXIV. Dt M. DE P ONT C H ART R AI N' Versailles, i Décembre i/Of. J ’Ai rendu compte au Roi d u Mémoire qui a été donné au sujet des Recueils & des Ouvrages du Pere Plumier, Minime; & Sa Majesté jugeant que personne ne peut mieux que vous les mettre dans leur perfection , m’a ordonné de vous écrire d’y travailler, voulant bien vous donner, pendant le temps que vous y travaillerez , la gratification annuelle de íìx cens livres qu’EIle accordoit à ce Religieux (b). Je fuis, Monsieur, tout à vous. PoNTCHARTRAIN. (é) M. de Fontenelle , tr^p occupé par le Secrétariat de l’Académie des Sciences, ne put se charger de ce nouveau travail. v Ii i IOO Lettres L ETTRE XXX V. D E M. L’ABBÉ B I G N O N. M eu Lui, 10 Octobre 1715. Ien ail monde, mon cher Mon- JL V sieur , n’est plus gracieux que votre Lettre. Vous voulez me faire l’hon- neur d’une choie qui íeroit infiniment mieux entre vos mains (c). Le point le plus important , c’est que M. le Duc á'OrU.ms ait déclaré qu’il fe réservoit à lui seul nos sciences. Nous ne nous brouillerons pas vous & moi fur le compte qu’il en demandera. Mais , quelque glorieuse que puisse être cette distinction pour notre Académie, & quelque flatteuse qu’elle soit pour vous & pour moi , j’ai toujours peur qu’elle n’expofe nos pauvres Savans à l’envie, fc aux mauvais offices qui s’eníuivent. J’ai peur encore que dans la multiplicité d’assaires beaucoup plus importante; dont Son Altesse Royale est accablée , fur - tout dans ces comtnence- [c'j De rendre compte à M. le Duc d’Orlc'jns, Régent du Royaume , de Cí qui COslCeruok l’At cadsauk des Sciences. A M. DE FoNTENELLE. TOI' mens, il ne lui soit pas possible d’entrer dans tous nos détails, dont le nombre vous effraye vous - même , & qui certainement augmenteront désormais. Il faudra voir si nous ne trouverions point quelque tempérament pour mieux arranger tout cela. L’exemple de notre chere Académie Françoise m’alarme. Pu jour que le Roi daigna prendre le titre de son Protecteur, & qu’elle eut par conséquent l’honneur de ne répondre immédiatement qu’à Sa Majesté , vous savez combien i’esprit de république s’en est emparé s & combien il a entraîné de maux, ou du moins d’inuti- lités. f Académie des Sciences seroit bientôt anéantie , si elle tomboit dans quelque chose d’approchant {d). Pensé) Je n’ai point cru devoir supprimer cet endroit; ç’auroit été manquer à la fidélité d’un Editeur. Mais j’avertis que M. l’Abbé Bignon doit être suJpect fur le compte de l’Académie Françoise. ]1 vouloit la mettre sur le pied de J’Académie des Sciences & dc celle des Belles- Lettres, & lui donnera peu prés les mêmes ré- glemens , sur-tout y mettre une classe d’Hono- raires. Mais il éprouva une opposition constante de la part des principaux Membres de cette Compagnie, entr’autres de MM. dc Dangeau ; & son projet n’eut point ti’exécution. 102 Lettres fez-y, je vous supplie; nous sommes heureusement en vacance pour encore plus d’un mois. J’y penserai de mon côté; & après que nous en aurons conféré ensemble à mon retour, nous résoudrons mieux quel parti nous fera plus convenable. C’est dans cette vue que j’ai évité de voir Son Altesse Royale , à qui nous ne devons, ce me íemble, rien proposer, qui ne soit tout - à - fait digéré. Au reste , je vous renouvellerai encore les témoignages de ma reconnoif- íance pour les marques d’amitié que vous me donnez en cette occasion, 8í les assurances de l’inviolable attachement avec lequel je ferai toujours, Monsieur, Votre très-humble & très- obéiísant Serviteur, l'Abbé Bigson. A M. de Fontenelle. loz LETTRE XXXVI. DU M É M E. Paris, premier Janvier 1716. J E fuis bien aise , mon cher Monsieur,’ d’avoir une occasion de me renouveler dans votre souvenir au commen- ment de cette année. C’est donc avec plaisir que je vous renvoie ce papier que M. di Rcaumur m’a remis de votre part. M. le Duc d 'Orléans a inséré les différens articles dans un même Règlement qu’il arrêta hier , & que nous lirons àí’Aslemblée d’aujourd’hui en huit, où je me flatte que vous ne ferez pas fâché de me voir Président. C’esi proprement votre ouvrage , & je n’ai garde d’oublier toutes les vertus & toute l'a- mitié pour moi que vous avez fait pa- roître en dernier lieu. Audi devez-vous être persuadé que, s'il étoit possible , ce feroit de quoi redoubler l’estime & rattachement avec lequel je ferai toute ma vie , mon cher Monsieur, Votre très- humble, &c. I iv LETTRE XXXVII. De M. le Comte de Ma ure pas. Versailles, 9 Janvier 1730. E conviens, Monsieur, qu’il faut que tV le savant Moulin (e) aille toujours, & qu’il aille bien ; mais pour cela même , il faut que celui qui l’a íì bien conduit depuis long temps , ne s’en dégoûte point & continue a’y donner ses íoins, au moins juíqu’à ce qu’i! ait mis un íuc- cefleur en état de faire moins regretter fa perte : elle fera toujours allez sensible. C’est la réponse que je ferai toujours à votre proportion, Lc c’est celle aussi que vous feront sûrement, comme ;moi, tous ceux qui s’intérefferont véritablement à la gloire de l’Académie. Je ne puis vous empêcher de communiquer votre projet à M. le Cardinal di Fltury & à mon pere (f); mais j’ai plusieurs (e) L'Académie des Sciences. M. de Fonre- r.elle demanda alors à quitter le Secrétariat de cette Compagnie ; mais il ne l'obtint qu’en 1740. (f) M. le Comte de Fontcfiartrain , fils du Chancelier. A M. DE FonTENELLE. IC£ raisons de vous en demander toujours le secret pour tout autre , outre que je ne désespere point de vous convertir. Vous jugerez aisément que la connois- sance qu’on en nuroit , donneroit lieu à des mouvemens qui n’auroient peut- être pas pour objet le bien public.Vous connoilsez , Monsieur , tous les senti- mens que j’ai pour vous ; il ne me reste qu’à vous prier sl’y taire honneur, &c d’être persuadé qu’on ne peut vous être absolument plus dévoué que je le fuis. Maurlpas. LETTRE XXXVIII. D U M £ M E. Versailles, 11 Juillet 17 37. TE me souviens fort bien , Monsieur; •7 de ce qui se pafia il y a sept ans ; & c’est parce que les mêmes raisons subsistent, & qu’il s’en faut bien qu’il en fort survenu de nouvelles, que je vou- drois fort qu’il ne fût pas question au- jourdimi de la même affaire. Je vous demande donc le secret jusqu’à ce que to 6 Lettres les couches de !a Re ne me permettent daller à Paris ; vous en ferez averti, Zc vous ferez le maître de venir à 1 heure & au jour qu’il vous plaida. Je de'sire- rois avoir assez d’éloquence pour vous faire changer d’avis ; mais je me flatte au moins que vous voudrez bien me donner vos conseils , & que vous êtes persuadé des fentimens distingués avec lesquels je vous honore, Monsieur, plus que personne du monde. Maurepas. LETTRE XXXIX. DU MÊME. Versailles, 18 Avril 1740. J E ne réponds qu’avec peine, Monsieur , à une Lettre qui me renouvelle les idées de votre retraite; & ce fera toujours avec répugnance que je prendrai des arrangemens dont la gloire de l’Académie ne peut manquer de souffrir. Je compte pouvoir me trouver à .son assemblée dans la semaine prochaine, & c’est à ce moment que je remets A M. DE FONTENELLE. IO7 la réponse que vous me pressez de vous faire , 011 plutôt de nouvelles instances aurquelles je désirerois fort que vous voulustìez vous rendre. Je fuis plus sincèrement que personne, Monsieur, très-parfaitement à vous. Maurepas, LETTRE X L. DU MÊME. Versailles, 3 Mai 1740. Royez-vous, Monsieur , qu'il soit facile à dire qu’on vous permet de quitter un emploi dont vous vous acquittez avec autant de succès, & où vous vous êtes rendu vous-mcme si difficile à remplacer ? Cependant, puis- qu’il est impossible de vous y arrêter, il faut donc céder à regret. Voyez à cet effet, je vous prie , M. cTArgmson, & prenez avec lui tous les arrangemens les plus convenables au bien de l’Académie & à votre tranquillité. Je luis plus sincèrement que personne, Monsieur, très- parfaitement à vous. Maurepas. o îo8 Lettres LETTRE X L I. DE M. JACQUES SERCES (§). Londres, V-Juin 1717. ONSIEUR Les marques de bonté dont vous m'a- vez honoré pendant mon dernier séjour à Paris, ont sait sur moi une impreílìon sì vive, que je fouhaiterois avec ardeur trouver des occasions de vous en témoigner ma juste reconnoistance. Je profiterai avec empressement de toutes celles qui se pourront préíenter ; mais si je ne fuis pas assez heureux pour en découvrir par moi - mème , faites - moi Ja grâce, Monsieur, de rn’en procurer, persuadé que je les embrasserai avec toute la joie imaginable. J’esperc que M. Vernet aura eu la bonté de vous informer du résultat de Ja commission que vous m’aviez donnée (g) Pro:cst?.nt réfugié , Auteur de dietrs Ouvrages estimés. A M. de Fontenelle. 109 auprès de M. Conduitt (h). II n’a pas tenu à moi que je ne vous parusse píus diligent , car je fus plusieurs fois chez lui avant de le pouvoir rencontrer ; à peine même en aurois - je pu venir à bout, lì un de mes amis, le Docteur U'oodward , ne m’avoit fait le plaiíir de lui apprendre , par lettre , le sujet de mes visites. Enfin, Monsieur , j’eus le bonheur de le trouver, & d’en obtenir une promesse positive , q u'il vous en- verroit incessamment des mémoires fur les principales circonstances de la vie de l’illustre Newton. J’ai quelque lieu de croire qu’il Tau ra déja accomplie. Si cela n’est pas, je vous prie de me le mander; je renouvellerai mes instances , & je ne doute pas que vous n'en obteniez dans peu ce que vous délirez. Oserois-je, Monsieur, vous demander à mon tour une faveur ? Ce qui m’en tait prendre la liberté , c’est uniquement ce fonds de bonté qui vous est naturel, votre zèle à favoriser les f/i) Maître de la Monnoic en Angleterre, après la mort de M. Newton. II avoit épousé une de ses nieces. Nojyei l’Eioge de M. Newton par 2M. de Fontenelle. no Lettres Belles - Lettres & ceux qui s’y appliquent , l’estime parfaite que j’ai pour votre mérite , & en quelque partie la dilposition lìncere où je me sens de vous obliger dans tout ce qui pourra dépendre de moi. Elle regarde ce même Docteur Woodivard qui me rendit généreusement ses bons offices auprès de M. Conduitt. Je fais qu’il y a quelques années au’un des principaux Membres de l’Académie Royale des Sciences lui fit concevoir l’espérance d’une des premières places vacantes dans‘votre illustre Corps , & qu’on pourroit lui donner , en suivant les îoix qu’on a accoutumé d’v observer. Si vous vouliez le favoriser de votre crédit, & lui procurer la protection de vos amis, je vous en au- rois une obligation infinie. Je ne doute pas que le fufîrage d’une personne comme vous ne lui en attirât beaucoup d’autres , & ne contribuât à lui faire obtenir un tel honneur. Non-feulement vous remplaceriez par - là un Anglois par un autre Anglois , mais vous feriez succéder le mérite au mérité. Le Docteur Woodwzrd est Professeur en Médecine dans le Collège de Greskam , & s’est acquis une très-grande réputa* A M. DE FoNTENELLE. III tìon, soit dans la théorie , soit dans la pratique. 11 a publié depuis quelque temps une Histoire naturelle de la Terre, qui a été fort estimée. On peut dire qu’il a poulie les recherches extrêmement loin. Pour se les rendre plus aisées, il n’a épargné aucunes dépenses, ayant fait juíqu’ici une collection de Livres, qui lui coûte près de onze mille pistoles de votre mon noie ; & on a tout lieu de se periuader que , s’il pouvoit parvenir à avoir une place parmi vous, cette marque de distinction donneroit à son zèle pour Pétude une nouvelle force , & que la reconnoilsance í’obîi- geroit à faire ce qui dépendroit de lui pour se rendre tous les jours plus digne de l’honneur qu il auroit reçu. A toutes ces qualités, il joint une estime très-particu'iere pour votre personne, & pour tous les excellsns Ouvrages qui sortent de votre plume. Comme il les a lus avec foin, il en connost tout le prix , & il rn’en a parlé plusieurs fois en des termes très-propres à marquer qu’il en failoit un cas extraordinaire. Pès-lors , Monbeur, j’ose elpérer que saìíant attention à ion mérite , vous daignerez m’accorder la grâce que je I 12 Lettres prends la liberté de vous demander (i). Si vous avez quelque commission à me donner, toit auprès de M. Conduìtt, ou de quelque autre personne, ou si je puis vous être utile , à quelque égard que ce soit, je vous prie de me le faire connoître. En toute occasion , je me ferai un mérite & une gloire de vous donner des preuves de la parfaite considération & du profond respect avec lesquels j’ai fhonneur d’ctre, &c. ( i ) Lc Docteur /F'oodwJri. n'a point été dc l’Acadcmie clés Sciences. LETTRE XLII. DE M. H A U S E N. Léipíic, 19 Octobre 171$. ON SIEUR Je prosite de l'oecasion du voyage de M. Afìruc (k), pour vous rendre mes très - humbles respects , & pour vous remercier des bontés de votre derniere (Á) Ce célébré Médecin a voie été appelle par le Roi de Pologne, Electeur de Saxe. Lettre A M. DE F0NTENEI.LE. J 13 Lettre du 30 Avril. Le peu de service que je vous ai rendu par l'extrait de votre Livre ( l) » ne méritoit pas tout ce que vous me dites d’obligeant là dessus, & je voudrois avoir l'occasion de vous témoigner mon attachement par quelque chose de plus important. La réponse que vous faites , Monsieur , à l'objection concernant sordre des sommes des finis indéterminables en nombre fini indéterminable aulîì , m’a pleinement satisfait ; & j’avoue que la difficulté disparoît , en donnant au nombre fini indéterminable le sens que vous lui dònnez , de nombre indéterminé. Je vois en effet qu'il n’y a pas beaucoup de différence entre votre théorie fur les imaginaires , & ce que j'en avois dit. J’avoue encore.que vos expressions de la courbure font plus simples que les miennes , en ce qu’elles ne supposent pas l’idée d’un cercle formé fur le plan de la courbe. D’un autre côté, il semble qu'en prenant pour mesure des angles de contingence , leurs sinus , on suppose des cercles infiniment petits fur tous les points de la (t) Les Eldmens de Li Céomítrie d: L'Infini, Tome XI, - K l »4 Lettres courbe ; ces sinus ne pouvant mesurer les angles , qu’à cause qu’ils se conton- dent avec les arcs qui en font les mesures naturelles. Quoi qu’il en soit, je n'estime pas ma théorie assez importante pour la donner au public ; & vous lui faites trop d’honneur, Moniteur , quand vous l’en jugez digne. II est sûr qu’il doit y avoir quelque chose parmi les dépendances de ces théories. Par exemple , il est évident que la lenteur au changement des courbures , alonge d’une maniéré déterminée & les longueurs & les aires des courbes , & angles de que la grande inégalité des contingence raccourcit les unes & les autres. L’exprestìon de la courbure étant donnée , il faut que l’exprestion de la longueur & de faire s’en puisse trouver , & réciproquement. J’ai fait venir le Discours de M. Ber- nouilli ; je lai lu. Mais j’avoue que je ne fuis pas peu surpris de voir qu’il prétend que la force acquise à un corps par faction continuée de la pesanteur , est la somme de tout ce qui se trouve de forces dans la ligne dans laquelle la chute fe fait; accordant’d’ailleurs que les in- çrémens ou accroistemens de vîteíîe font A M. DE FoNTENELLE. IT£ én raison composée des forces & des instans, c’est-à-dire, que dv—fdt;à' , o\i i! fuit de nécessité que le corps acquiert d autant moins de l’actuosité des forces , que son mouvement se trouve déja plus accéléré , ou qu’il est plus proche de son terme. Les démonstra- tions qu’on tire de la composition des mouvemens, font singulières; il ne se dit rien là fur les forces, qui ne convienne parfaitement aux vîtestês fig. 8. II fuit donc que les vitesses font comme des carrés des vitesses. II est bailleurs fort remarquable que , pour faire plier les quatre ressorts par deux degrés de vitesse , il lui faille changer absolument ces deux degrés en quatre. La physique des ballons me paroît fort peu développée aussi; & il y auroit des remarques à faire fur ce qu’on fait venir le principe de la réaction du ressort ( comme s’il n’y avoit pas de la réaction dans les résistances passives ), Sc fur plusieurs autres chefs. J’ai de l'iimpatience de voir ce que M. de Maìran aura dit dans le tome qui s’imprime de vos Mémoires. Je me fuis acquitté de la commission à fégard de M. Gottschcá. 11 est fort Kij u6 Lettres glorieux de savoir que ses traductions n’ont pas déplu à des personnes intelligentes à qui vous les avez données à lire , quo'qu’il tombe d’accord qu’il est bien difficile de donner à ces sortes de traductions autant de perfection qu’il leur sa u d roi t pour ne pas tomber trop au-defiaus des originaux; car, pour les égaler, il n’y faut pas penser. Cela dépend d’un secret qu’on trouvera avec la quadrature du cercle. J’ai l’honneur d’être, &c. —i mi !■>«« LETTRE XLIII. De M. s Abbé DE LA PlLLONIERE (m). Londres, 30 Juin 1730, JVIoNSIEURr Voici la premiere occasion qui s’est présentée de vous témoigner la recon- noiíl'ance que je conserve pour les bon- (m' Cette Lettre est d’un homme siconnupar ses écarts, que j’ai cru pouvoir la publier lans aucun danger pour les Lecteurs. A. M. DE FoNTENELI.E. I 17 tés dont je vous ai déja remercié. Le porteur est un Libraire de cette Ville , qui va ( comme il vous le dira lui-mc- me ) publier incessamment une explication très - abrégée, & pourtant très- complette, des principes de M. Newton , composée par un de mes amis que je conhdere beaucoup. II ne fut jamais nécessaire, Monlìeur, de vous recommander les bons Ouvrages. Cependant j’ole vous prier d’appuyer celui - ci , dont le Secrétaire de notre Académie des Sciences donne un jugement très- avantageux , & qui certainement est très-capable de répandre de la lumière fur une philosophie aulìì peu développée , que digne d’ctre entendue ; j'aï pensé dire aulìì parfaitement inaccessible, fans un secours de ce genre. Je ne vous envoie pas encore , Monsieur , la traduction que vous avez vue , quoique jei’aye depuis long temps toute imprimée chez moi, parce que je ne la rends pas encore publique («). Puisque nous en parlons , je vous dirai ( ce qui pourra vous surprendre ) (n) Cfest une traduction de la République de Platon. Voyez la Préface de la traduction da mèiste Ouvrage, par le P. Ct ou , Jcíuice. 1761. iî8 Lettres que les Malebranche , les Platon , les Newton font reculés d’un rang dans mon esprit. Comment est-il possible , me di- rez-vous ? Les Par accise , les Van H cime m , les Basile-Valentin , les Raymond- Lulle , mille autres grands Prêtres de la nature, vrais thaumaturges en plus d’un rang, les ont aussi fait palier derrière eux. Initié par ces derniers maîtres aux plus hauts mystères de la Médecine , je n’ai pu voir, fans une vive compassion pour mes semblables, l’im- punité avec laquelle les Héros du Malade imaginaire coupent les bourses , & tuent ceux qui se confient en eux. J’ai donc j par un Livre, très - sérieusement averti chacun de prendre garde à soi. Le sort des hommes n’est-il pas déplorable , Monsieur ? Les deux tiers , par leur belle faute , font faciles à tromper; & l’habileté du reste consiste presque uniquement à savoir profiter, pour leurs fins , de l’ignorance & de la crédulité publique. Ce que je dis de la Médecine s’applique parfaitement à la Religion. L’une & l’autre font-elles responsables de l’abus qu’on en fait ? A Dieu ne plaise ! puisque l’homme, sans elles, est fans contredit de toutes les A M. DE Fontenelle. ïip créatures la plus misérable. Mais, à parler en général , il est certain qu’elles n'ont point de plus grands ennemis , de plus mauvais serviteurs , dans tous les pays, que les Médecins & les gens d’E-, glise. Ce double paradoxe fait le sujet da Livre nouveau dont je vous parle. II est en Anglois, fans quoi je me ferois un devoir de vous l’envoyer. Je vous supplie de m’honorer toujours de votre bienveillance , & de me croire avec une parfaite estime, &c. P. S. Si vous avez la bonté de donner un mot de Lettre à ce Libraire, ou de dire un mot en fa faveur à M. f Abbé Bignon , vous m’obligerez extrêmement. 120 Lettres LETTRE X L I V. De M. CHAVVEL1N, Garde DES S C EAU X, &'c. 17 Avril 1731. J E voudrois , Monsieur , avoir des occasions plus essentielles que celles dont vous me remerciez , pour vous montrer que je fais toute la juílice & tous les égards que vous méritez. Je me ferai toujours une gloire & un devoir de m’intéresser pour ce qui regarde la République des Lettres, & les personnes à qui elle est si redevable. J’ai à me plaindre de vous de ne vous pas connoître davantage , & je désire fort que vous mettiez ce reproche à profit pour moi. Ne doutez pas, Monsieur, que je n’aye pour vous tous les fenti- mens que vous méritez. Chauvelin. *ï* LETTRE DE M, DE FoNTENELLE. 12! LETTRE XLV. De M. de Font eh elle à M. de Montes quieu. D epuis que vous courez.le monde, Moftíìeur , c’est grand hasard sì de tous les complimens que j’ai prié qu’on vous íît pour moi, on vous en a fait un seul , & il seroit sort naturel que vous m’euísiez à peu près onblié. Mais il fe présente une jolie occasion de vous en faire souvenir ; je dis jolie au pied de la lettre , jolie aux yeux , & qui plaira certainement aux vôtres. C’est pour vous recommander Mademoiselle Salle, bannie de notre Opéra par ojlra- cisne. N’allez pas lui dire ce mot - là ; elle croiroit que je l’accufe de quelque chose d’eíîroyable , & fe défespéreroit. Mais il est vrai que c’est ojlracisme tout pur. La danse charmante, & fur-tout les mœurs très-nettes de la petit z AriJUde, ont déplu à fes compagnes , ce qui est dans l’ordre, & jnême aux maîtres, ce qui seroit insensé, s’ils n’avoient pas eu des maîtresses parmi fes compagnes. Elle Tome XI, L i22 Lettres se réfugie en AngLurn , & vous allez jouir de notre perte: mais je vous avertis que vous n'aurez que la danse ; & en vérité ce sera bien asiez. II me vient une penlée. On dit que vous êtes fort bien auprès de la Reine, & je l’euíTe prelque deviné; car il y a long temps que je fais còmbien elle a de goût pour les gens d’esprit , & combien elle est accoutumée à ceux du premier ordre, témoin M. Newton , & j’en ai même dit mon sentiment en parlant de lui (o). Si la Reine vouloit faire apprendre à danser au.x Princesses ses filles, par une perlonne propre à leur donner Pair convenable à leur naissance, & digne en mème temps de cet honneur par sa conduite , elle feroit trop heureuse (a) » II fut plus connu que jamais à la Cour »> fous le Roi Georges. La Princesse de Colles , » aujourd’hui Reine d ’A/glcterre , avoir assez de «lumières & de connaissances ponr interroger « un homme tel que lui, & pour ne pouvoir » être satisfaite que par lui. Elle a souvent dir « publiquement qu’elle fe tenoit heureuse dc » vivre de son temps, 8c de le connoître. Dans » combien d’autres siècles & dans combien d’au- « tres nations auroit-il pu être placé , fans y » trouver une Princesse de Galles « ? Eloge de M. Newton , mort le io Mars 1718. A M. DE FoNTENELLE. I2Z que la fortune lui eût envoyé Mademoiselle Salle. Enfin je vous demande votre protection pour elle en toute occasion , ou plutôt je ne vous demande que de la voir un peu, après quoi le reste ira tout seul. Ne repaíserez-vous point par ici en allant à Conflantînople , ou à lspaham ,ou à Pékin ? Vous donneriez beaucoup de joie à tous vos amis , quelque courte qu’elle dût être; & je puis vous assurer quej’y serois des plus sensibles. LETTRE XL V I. Dí M. LE Cat à M. DE Fontenelle. Rouen, 1740. ONSIEUR, la ville de Rouen commence à avoir honte de ne se distinguer que par le commerce de ses Marchands. Les Savans en tout genre, qu’elle a fournis aux plus illustres Académies, lui persuadent qu’elle est encore capable d’un commerce plus noble, & non L ij 124 Lettres moins utile. Quelques Amateurs des Sciences ont formé le dessein de réveiller les autres de leur assoupissement. Ils ont commencé à former un jardin de Botanique, dans lequel ils avoient des conférences fur cette matière. Le nombre des Associés grossissant , on a bâti une belle serre qui a attiré des Curieux , Physiciens, Mathématiciens, Anatomistes, dont la Société s’est enrichie. Bientôt la Botanique est devenue un champ trop resserré pour cette Compagnie. Bile a étendu ses vues à proportion des talens des nouveaux Aggrégés, & peut-être même, car j'ai un peu le droit de le dire, au-delà de ces talens. Enfin elle a conçu le vaste projet de s’ériger en Académie. Elle s’est assemblée à ce dessein ; elle s’est associé de nouveaux Membres ; elle a fait des statuts fur le plan de ceux des Académies de Paris. Elle les a communiqués aux premieres Puissances de ia Province, qui leur ont accordé leur approbation & leur protection. Nous voici, Monsieur, à i’époque la plus flatteuse pour notre Académie naissante. Elle a le bonheur de vous avoir pour pompatriote, Sc elle vous compteroit, A M. DE FoNTENELLE. I2s lans doute , au nombre de fes premiers Membres, si votre mérite ne vous eut ouvert une carrière plus digne de vos talens , &: plus propre à remplir vos hautes destinées. Cette espèce d’apo- théose la console. II lui semble qu’elle en partage l’honneur : elle se fait gloire de vous invoquer comme son Patron. M. Morand a bien voulu être le dépositaire de íes fentimetis ; il vous en a fait la confidence, & il nous a assuré » Monsieur, que vous receviez favorablement notre priere. Cette nouvelle a répandu la joie parmi nous ; este y a augmenté l’érnulation ; & l’Académie , à fa rentrée , a commencé par me charger de vous en témoigner fa très-vive reconnoissance. Cette rentrée , Monsieur , n’a pas encore été publique. Nous avons différé celle ci au Jeudi d’aprcs les Rois par deux rasions. La prerniere est, qu’après les Rois, il y a plus de monde dans les villes, & que nous pourrons débuter dans une assemblée plus nombreuse , plus choisie, plus capable de nous établir. La seconde & l’essentielle est , que nous voudrions, avant de débuter , y être autorisés par le Roi. Notr» Compagnie , L iij ii 6 Lettres Monsieur, a recours là-dessus à vos avis & à votre protection ; & elle en attend les effets avec la confiance que lui donnent ses droits fur vous , & votre dévouement pour toutes les Compagnies Littéraires. J’ai l’honneur d’être avec rattachement le plus respectueux , Monsieur', Votre, &c. I.e C a T. LETTRE X L V 11. D U MÊME AU MÊME . Rouen , ONSIEUR, 15 Août 174}. Notre Société va enfin recueillir le fruit des sollicitations que vous avez bien voulu faire pour elle. M. Nepveu , Monsieur, m’a annoncé cette nouvelle de votre part, & j’ai communiqué fa Lettre Mercredi dernier à notre suture Académie. Ce succès lui a causé une joie d’autant plus grande , qu’elle vous A M. DE FoNTENELLP. I27 le doit tout entier: & elle sent combien cette circonstance honore l’époque de la fondation. Elle m’a chargé, en l’ab- sence de M. de CildevilU & de M. dt Bettencourt , de vous assurer , Monsieur, de ía très-vive reconnoissance, & de vous supplier de vouloir bien achevée votre ouvrage. On nous demande un projet de Patentes; personne au monde n'est plus capable que vous, Monsteur, de donner un semblable projet: nous nous flattons que vous voudrez bien le faire, & nous nous en rapportons entièrement à vous fur la forme de cet établissement. Quant aux dépenses qui seront nécessaires pour l’expcdition des Patentes, nous vous prions, Monsteur, d’avoir la bonté de nous indiquer quelqu’un à qui nous puissions faire tenir des fonds. L’honneur que j'ai , Monsieur , de vous adresser les remercîmens de notre Société pour son établissement, me rappelle que j’ai eu aussi celui d’enta- mer avec vous cette glorieuse affaire. Je compte ces anecdotes entre les plus flatteuses de ma vie , sur-tout parcs qu’elles m’ont valu le privilège de vous assurer des íentimens pleins de respect 128 Lettres & de vénération avec lesquels j’ai l’hon- neur d’être, Monsieur, Votre, &c. Le C a t. LETTRE XLVIII. Di M. df. Bettencourt à M. DE Fontenelle (p), Rouen, 13 Aoút 1743. ONSIEUR, L’intérêt de la Patrie m’oblige de recourir à vous. La Société Académique m’a chargé de vous consulter sur íes Réglemens: c'esì une composition que j’ai faite avec elle; car elle vouloir vous prier de les rédiger. Pour vous épargner une partie de l’ouvrage , j’en ai fait une esquisse, dans laquelle j’ai suivi le Règlement que vous avez fait (p) M. de Bettencourt , mort depuis , étoit 'Avocat au Parlement de Rouen, A M. D E F ONTEN EL L E. 1 2£ pour l’Académie des Sciences, dans ce qui m’a paru convenir à notre établissement. Nous vous supplions , Monsieur, d’y donner la derniere íorme , & pour cela d’ajouter & de retrancher comme vous le jugerez à propos, après avoir pesé les difficultés que je vais vous exposer. Le premier article met l'Académie sous la protection du Gouverneur de la Province. Nous suivons en cela Pe* xemple des autres Académies de Province : mais je ne Gis s’il en est de même de la direction que nous donnons à l’Archevêque , aux deux Premiers Préíîdens & à l’Intendant. Nous avons déguisé sous ce nom l’admiffion que nous serons de ces Meilleurs aux Assemblées académiques, dont nous ne saurions en bonne réglé leur contester Tentrée; & pour ne pas blesser les autres Présidons, qui n’entendent pas le céder aux Intendans , nous n’accor- dons qu’aux places la distinction qui, à !e vrai dire, devroit être sondée sur le mérite des personnes. Nous avons pensé encore que cette distinction étant faite par le Règlement qui émanera du Roi,on ne peut rien nous im- T 30 Lettres puter;car il est périlleux de régler les rangs, Au reste, cette direction n’a rien de réel pour l’exercice , comme vous le verrez par la fuite des Réglemens, où MM. les Directeurs n’interviennent pour rien : ce qui peut être un défaut, ne devant point y avoir d’office fans ministère. Mais l’autre partie a fes incon- véniens. Les Honoraires dont il est parlé au second article, lont d’une íìnguliere es- pece. Ce font des Présidons & Con- í illers qui s’agrégent à 1 Académie, Sc qui viennent aox assemblées, comme les volontaires vont au combat, avec cette dissércnce qu’ils jugent des coups & qu’ils n’en portent point. Ces gens font fai;s rour préùder à ce qui fe Fait , comme de pures intelligences , & ne íont rien. Cependant une Académie de Province ne pourroit s’en détendre, fans faire des mécontens. La précaution doit feulement en Dire limiter le nombre à dix ou douze. Les Membres font* au nombre de trente. J’en ai rabattu dix dans mon cabinet. Mes Confrères ont des présages là-deslus fort étendus; moi je crois que ce nombre fera difficile à bien remplir. a M. de Fonte ne lde. 7Z5 Nous sommes actuellement seize , & peut être íerions-nous mieux un peu moins; mais je ne dis pas cela tout haut. Les Adjoints font des Membres d’ex- pectative & des efpeces d’Lleves. Je supprime tout commentaire sur le reste. Intelligenti , pauca. C’est à vous qu’i! appartient de donner drs 1 ;ix à desctablisiemens pareils au nôtre; vous avez toujours rempli avec éclat les en- gugemens que nous tommes fur le point de contracter. Soyez , s’il vous plaît, no're guide, & ayez pour nos Académiciens les bontés a’un pere pour ses encans. Vous nous avez promis tous les íccours qui ne demandent point de mouvement. Vous nous accorderez ceux ci de votre fauteuil. Je déíîrerois bien, Monsieur, être encore à portée de vous y rendre des devoirs, & de profiter de votre entretien; mais je fuis ici accablé d’affaires, & dans un autre monde dont je n’ai guères c’eípérance de sortir. Je dirois volontiers du corps d’Avocats, ce que les dévots disent du corps de péché ; Q/à en délivrera ? Vous ctes informé de la circonstance où nous nous trou- ij?2 Lettres vons, & vous savez mieux que personne combien il saut profiter promptement des bonnes dispositions des Ministres. J’ai l’honneur d’être , avec le plus profond respect, Monsieur , Votre, &c. De Bettencourt. P. S. Sur le dernier article qui renferme le mandement de cohertion au Règlement, ne seroit-il. point à propos que le Roi remît la punition des contre- venans aux quatre Directeurs nommés au premier article? LETTRE X L I X. DU MÊME. De la Forêt de Lyons , 4 Sept. 1743. ONSIEUR, J’ai communiqué à mes Confrères les réflexions que vous avez bien voulu m’envoyer lur notre projet de Régie- A M. DE FoNTENELLE. IZZ ment; ils vous en remercient très-hum- blement; & quoique je partisse pour la campagne , ils m'ont chargé de la suite de cet ouvrage. Pour prévenir toute difficulté à l’é- gard des quatre Messieurs que nous avions d’abord nommés Directeurs , nous avons fait écrire aux Académies de Dijon , de Grenoble & de Bordeaux, pour savoir précisément comment elles en ont usé en pareil cas ; & nous pensons qu’en nous conformant à cequ’elles ont fait, nous nous mettrons à couvert de tout reproche. Ainh cet article ne fera réglé définitivement qu’après la réponse que mes Confrères vous feront passer, ou qu’ils m’enverront ici à moi-même. Nous demeurons d’accord de ne point continuer le même Président au-delà de son armée. Nous nous arrêterons auílî à la distinction des Académiciens d’honneur & des Académiciens de fonction , qui se fait mieux sentir que le mot vague d’honoraires. Nous réduisons les Académiciens d’honneur à douze ; les Académiciens de fonction à vingt - quatre ; savoir , 134 Lettres trois Physiciens, trois Botanistes, deux Anatomistes , deux Chymistes, deux Astronomes , deux Géomètres , huit pour les différentes parties des Belles-Lettres, & deux Métaphysiciens. Nous nous remettons à vous de la distinction à faire des Associés régni- coles aux Associés étrangers. Nos Académiciens d’honneur feront en quelque forte nos Associés régnicoles , & c’est par cette raison que nous avions omis la distinction dont vous parlez. La réduction de nos Assemblées publiques à une part chaque année , est bien plus proportionnée à nos forces ; & nous nous en tiendrons à la faire après Pâques, a u quel temps nous fixerons le commencement de l’année académique, suivant votre sentiment. Pavois bien pensé , comme vous, Monsieur, qu’il étoit de la décence que l’Académie établît quelque chose à la gloire de M. le Gendre ( q ); mais la difficulté est de se fixer sur ce point. II y (q) Chanoine & Sous-Chantre de l’Eglise de Paris , né à Rouen. II avoi; fait i cette Ville un fe^s de douze cents livres de rente pour le progrès des Arts & tics Belles-Lettres. Ce legs fut appliqué à l’Académie. A M. de Fonteneele. I; 5 a de très-grands inconvéniens à en faire la nsatiere d’un éloge perpétuel , & je me proposois de lui payer ce tribut dans le diícours de notre premiere Assemblée publique, dont j'étois chargé, à mon grand regret. Au reste , cela ne suffit pas; 8e il faut quelque chose qui, en perpétuant la mémoire d’un aussi utile ami des Muses , invite à l’imiter. Nous lerions donc d’avis de tonder une distribution de prix en son nom, qui fe leroit tous les trois ans. Ce prix íeroit une médaille de trois cents livres ou environ, convenable au sujet, qui se donneroit successivement à quelque piece sur un sujet tiré des Sciences ou de la Littérature. On seroit annoncer la matière un an auparavant. La médiocrité de nos fonds académiques, fur lesquels il y aura à prélever les frais d’un procès aster long , ainsi que le droit d’amortiíl'ement ; l’entretien du jardin des plantes , pour lequel nous avons fait plus de deux mille livres d’avances , indépendamment du loyer actuel du terrein; la nécessité même de nous pourvoir des machines & des inf trumens propres aux expériences , ne nous permettront guères d’en faire plus : r;6 Lettres & dans le fond, je crois qu’il ne faut nous rien imposer là-deíTus , que nous ne sachions précisément ce qui nous reviendra de net & de liquide du legs de M. k Cendre. On pourroit cependant faire dire un Service tous les ans en mémoire de M. le Gendre & des Académiciens morts ; mais ceci doit-il faire un article du Règlement , vû qu’il n’est point employé dans celui des autres Académies? C’eft une difficulté qu’on rr.’a faite ; mais je pense en mon particulier que tout établissement public doit avoir quelques marques de Religion. Dans le premier projet de Règlement , nous devions faire l’éloge de nos morts ; mais ce mot d’éloge nous a paru trop sort, & nous l’avons réduit à charger le Secrétaire de la classe de faire mention des morts fur le Registre à la fin de chaque année. Ceci est d’au- tant plus prudent, que nous avons des Membres d’inégales forces , mais qui ayant le mérite d’avoir jetté les sonde - mens de cet établissement, ne peuvent être exclus , qu’ils ne laissent en mourant leurs places à d’autres plus dignes peut- être d etre loués, Sut A M. DE FoNTHNELLD I37 Sur !e tout, Monsieur , notre Académie le rapporte à vos connoiííances & à vos bontés. Elle ne peut que s’en trouver bien. S’il falloit quelques autres éclaircisiémens íur notre état , je vous supplie de vouloir bien m’en instruire ici, où je compte rester près de deux mois, en mettant fur l'adresse, à la Foret de Lyons , par Ecouis. J’ai l’hon- neur d’étre avec le plus profond respect , &c. LETTRE L Du Pape Benois tX1V{ Lamber tini) à M. DE Fontenelle. Roma , 17 Gennaio 1744. On nostra gran consolazione ab- biamo ricevuta la Lettera del Si- gtïore Fontanella dei 30 di Dicembre dell’ anno paísato, avendo nella mede- íima veduti i più distinti contrafegni délia sua bontà verso di noi, e di q u esta ancòr’ persévérante vivacità d’ingegno , per cui si è meritamente reío ammi- Tome XI. M 338 Lettres rabilc in tutto il mondo. Noi intanto gli rendiamo disiinte grazie de!'e sue cortesi exprtstìoni vtrso la noslra per- íona ; ci protestiamo penetrati da una vera iìima vciso la sua ; e preghiamo il grande Iddio che la coniervi, e la rlempi di tutte le vere félicita e nels- anno corrente, ed in molti altri in avve- nire. 11 ordine poi ai due scrupoli, dai quali ei avviía d’ester agitato ; uno di temuta vanità per eíser considerato da roi ; e saltro di non ester restato total* mente contento délia noslra eíaltazione alla Cattedra di S. Pietro per il damno che ne averebbero ressentit» le lettere, e la società ; riípondiamo, che sara assai facile aísolverla e difpensarla , quand’- ella fia preparata ad una doverosa pe- nitenza, che sara o fra i suoi mondi di ritrcvacene uno , in cui si viva con quella quiete , délia quale pur troppo íiamo affatto privî; o di pregare Iddio per Noi , il che sara phi facile e più hcuro, accio in quel mondo, in cui per sua misericordia ci tiene, si degni di dar calma ai noslri travagli , e di darci quella pace, délia quale per altro ri- conoiciamo di non ester meritevoli ; e qui abbrûcciandolo con pieneiza di DE M. DE FONTENELLE. I ZA cuore, diamo a lui, ed a tutta la sua nobile Compagnia i’Apostolica Bene- dizione. LETTRE L I De M. de Fontenelle au Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar, pour le remercier de la place qu il lui avoit accordée dans la Société des Sciences & Belles-Lettres de Nancy. 1751 Jugez de ma reconnoissance de la grâce que Votre MAJtsTÉ'm’a faite, en m'accordant une place dans son Académie de Nancy, par fidée que j’en ai. Je me crois dans le même cas que si l’Empcreur Marc -Aurele m’avoit admis dans une Compagnie qu’il eût pris foin d’établir & de íormer lui merne. 7e fuis avec le plus profond respect , SIRE, cìe Votre Majesté, &c. Mij 140 L E T T R E S , &C. RÉPONSE Du Roi de Pologne. M onsieur, il n’est aucune Académie qui ne s’eílimât honorée de vous posséder. La mienne sent parfaitement l’avantage qu’elle a de vous compter parmi ses Membres. Ses désirs se rapportent aux miens. Elle souhaite de pouvoir profiter long-temps de vos lumières, & de voir accomplir à votre égard ce que dit Horaa : Dignum laude. vìrutn Musa vetat morì. Je fuis très-véritablement , Monsieur, votre bien affectionné, Stanislas, Roi. SpjV&V f ! *XX*X*X* £ ..:à <( -r-; . x**x*x*x c MO ) x^xxx-i-xr > ^xx^-x-?-x----ì î 5 -i-xx-x^-x-i-l LETTRES DE MONSIEUR DE FONTENELLE A U P. CASTEL, Jésuite; E T DU P. CASTEL A M. DE FONTENELLE . LETTRE PREMIERE. De M. DE FONTENELLE au P. CASTEL , Paris, 7 Août (r). E commence par vous demander pardon , mon Révérend Pere , du longtemps qu’il y a que je dois réponse à votre Lettre du 12 Juillet. Je ne puis jus- (r) La date de Tannée manquoitdans la Lettre originale, & dans quelques-unes dcsLettres suivantes. I <2 ' L F. T T K E S tiíìer le tort que j’ai à votre égard , qu’en vous disant que je l’ai à l’égarJ de tout le monde. Je luis très -parei- feux pour écrire une lettre; c’est une espece d’averlion naturelle & insensée que j’ai apportée du ventre de ma mere. Cependant j'avois beaucoup de raisons pour vous répondre plus promptement. J’étois fort flatté de ce que vous m’aviez choisi pour me communiquer voire Ouvrage + , & je Pavois lu avec beaucoup de plaisir. J’en ai dit mon sentiment plus en détail au Pere Gaubïl : mais songez bien que ce n’eít que mon sentiment, c’eft à - dire celui d’un très médiocre Philosophe. Tout l’avantage que je puis avoir, ík qui ne lailTe pourtant pas que d’etre aíTez rare, c’est que je ne fuis prévenu pour aucun système, & que je ne rejetterai aucune opinion pour être contraire à la mienne. J’ai trouvé beaucoup de vues ingénieuses dans votre projet , peut- étre trop : car il me semble que vous avancez beaucoup de choies qui de- manderoient à être prouvées plus à la rigueur. Vous traitez des matières aux- quelles tous les Pliysico - Mathémati- * Traité de la pesanteur. T> E M. DE FONTENEil-E. 14? cicns s’intéressent , & il fout peur ces gens-là des preuves géométriques, autant qu’il est possible. La derniere idée que vous m’expofez en quatre mots dans votre Lettre, que tous les corps naturels font des montres bien réglées, peut être vraie, mais dans un sens plus ou moins précis; & ce plus ou moins Ge précision changera beaucoup la pro- pohtion en général. Par exemple , elle est vraie à la rigueur pour les plantes & pour les animaux; mais elle ne l’est pas pour les pierres, si elles ne viennent pas de semence , comme il n’est nullement vraisemblable. Je ne fuis guère de votre avis fur la constance de la nature, c'est à dire, fur la perpétuité de la forme ou constitution présente de l’Univers. Le mouvement est un principe nécelìaire de changement , & l’a- venir est bien long. Mais je ne m'a r rets point à tout cela ; je suppose ou que vous le prouverez davantage , ou que vous laiífercz pour incertain ce que vous n’aurez pu prouver aísez solidement. En général je fuis persuadé que ce plan, aussi bien exécuté que je vous lens capable de le faire , vous fera honneur , & même à votre Compagnie» 'r 44 ( L E T T E E s . Comme c’est une Compagnie savante, il saut bien qu’elle suive le cours & le progrès des Sciences , Sc qu’il en forte des Ouvrages qui soient dans le goût de la moderne Lc laine Philosophie. Vous lui rendrez un P. Pardus , qui me íemble avoir été assez de votre caractère, Sc pour le fond des pensées , & mcme pour l’agrément du style. Je fuis avec respect, &c. LETTRE II. A U M Ê M E. io Janvier 17:9. J 'Allai chez vous, mon R. Pere, à la fin de Tannée derniere , pour vous remercier du présent dont vous m'avez honoré; mais vous étiez en retraite. Je m'étois arrangé pour y retourner aujourd’hui; car, pour les voyages éloignés, il faut des arrangemens pris d’un peu loin : niais les rues sont fi mauvaises, que mes porteurs le croi- roient en droit de me casser le cou , pour me punir de les mener fi loin. .Te vous souhaite donc la bonne année par écrit DE M. DE FoNTENELLE. 14/, écrit simplement, mon Révérend Pere, en attendant que la liberté du commerce se rétabiiile. J’ai lu votre Livre entier avec grand plaiíir , & j’ai été bien flatté d’y trouver mon nom íï honorablement placé. Cet Ouvrage est plein d’esprit, & je puis vous assurer qu’un de nos plus grands Géomètres de l'Académie pense de même. J’ai bien de l’im- patience que nous en raisonnions ensemble plus à fond ; il le mérite : & je ferai ravi de pouvoir vous marquer la reconnoisiance que je vous dois, sons déguiser en aucune maniéré le jugement que j’en porte. Je suis avec respect, &c. LETTRE III. A U M Ê M E. Du 12 Avril. J 'Trois vous rendre grâces mon Révérend Pere, de votre second Extrait (c) que je viens de lire , íì ce sol Des llLcmcns de lu Gcomecne le l'Infini, Tome XI, N r 46 Lettres n’étoit que vous me refusez toujours 1 l’audience quand je vous l’envoie demander, & que d’ailleurs ces jours-ci n’y font guère propres. Je vous fuis très - obligé de la maniéré dont vous m’avcz traité : elle contente toute ma vanité d’Auteur ; car elle n’est point aíTez délicate ni aííez chatouilleuse pour être bleslée le moins du monde de quelques critiques que vous insinuez légèrement & finement. Je n’ai pas présentement le temps de les examiner comme elles le mériteroient : il y en a quelques - unes dont il m’a semblé que la solution se présentoit à moi ; mais à mettre tout au pis , & à suivre une présomption très - raisonnable , qui est de croire que vous avez raison , je me flatte qu’il n’y auroit pas encore grand mal. La tin de ma Préface est très-sìn- cere. Dans votre Journal précédent, le P. D. L. Maugtrayi ( r) vous prouve, par un tour lubtil & ingénieux , que la somme de la suite j, 7. &c. n’est que flnie. Vous ne dites rien fur cela. Je voudrois bien savoir s’il vous a convaincu ; je vous supplie de me le man- ( 1 ) Jésuite , & Professeur de Mathématiques au Collège dc Louis ie Grand, de M. de Fonteneele. 147 der , du moins le oui ou le non, à moins que quelque raison particulière ne vous en empêche. J’attends avec impatience votre troisième Extrait; car j en deviens friand, & je voudrois qu’il y en eût davantage. Je fuis avec beaucoup de reconnoif- sance & de respect, &c. .j j—————— a LETTRE IV. A U MÊME. Du 7 Mal. J ’Ai vu M. Anìjfon , mon Révérend Pere, qui n’a pas donné dans l’ex- pe'dient que je lui proposois pour faire annoncer plutôt mon Livre ( u ). Je vous dirai fes raisons en détail, quand j’aurai Thonneur de vous voir. Il me paroît , & il me l’avoue, que son peu d’impatience vient de ce qu’il est allez content du débit. Par parenthèse , je viens d'en apprendre d’aflez bonnes nou- («) Lj GSernéi. ic de L'drfi i. II avoic etc imprimé à l’in-.pumerie Royale , dont M. étoit Directeur. Nijj 148 Lettres velles à'Angleterre. Il faut donc se résoudre à la lenteur de votre Journal ; j’en ferai bien récompensé par la maniéré excessivement honnête Sc avantageuse dont j’y te rai traité. Voici encore deux mots fur notre question , qui la mettent encore , je crois, dans un plus grand jour (*). Je fuis avec beaucoup de respeós 6c de re- connoissance, 6cc. (x) C’étoit un petit écrit joint à cette Lettre sur le même Ouvrage. Nous le supprimons , comme étant á la portée de trop peu de Lecteurs. LETTRE V. A U MÊME. 3 Août 1718. Q U an © on aura vu , mon Révérend Pere, dans le mois de Juillet dernier du Journal de Trévoux , l’Extrait que vous avez fait d’une partie des Eli- mens de la Géométrie de l'Infini , le foin extrême que vous avez pris de mettre dans ijn beau jour, 6c d’orner de tou» DE M. DE FONTENELLE. 149 les agrémens de votre style les choses du inonde les plus sèches & les plus tristes, la maniéré beaucoup plus rjuhonnête dont vous me traitez par-tout, oa trouvera fort étrange que je vous ccrive ici pour quelqu’autre chose que pour vous remercier très - vivement, tk que je releve une petite critique que vous n’avez fait qu insinuer, & que vous aí- saiíonnez méme d’une louange si forte, que je ne la pourrois pas répéter avec bienséance. Voilà bien les Auteurs , dira-t-on ; on ne les sauroit contenter que par des éloges fans bornes, q u'aucun Auteur ne peut mériter. Il est vrai cependant que ce n'est point cette excessive & misérable délicatesse qui me tient ; je voudrois être bien fur de n’ê- tre tombé que dans la faute dont vous me soupçonnez : j’en accorderois mémo quelques autres pareilles, si l'on vouloir ; & je rn'en tiendrois quitte à bon marché dans des matières aussi neuves & aussi épineuses que celles que j’ai eu la témérité d’entreprendre. C’est vous , mon Révérend Fer», qui avez voulu, par zèle pour la science , que ce point- là fut éclairci. Vous êtes parfaitement dans la disposition de vous rendre, si N iij ! ï JO Leïtkes 1 j’ai raison ; & moi, en saisissant cette occasion de faire voir au Public quel est votre caractère, j’agis selon les mouve- mens de la reconnoill'ance que je vous dois. Je fais aussi à quoi votre exemple m’engage ; & que si j’ai tort, il faudra en convenir bien nettement. J’ai posé dans mon Livre, &c. Nous supprimons le rcfrc de cette Lettre , qui ne contient que de la Géométrie. M. de Fontenelle finit de la manier t suivante. Voilà , mon Révérend Pere , tout ce que j’y fais, & tout cela me paroît évident. Mais l’évidence qui fait toute la sûreté de nos jugemens , est - on toujours sûr de savoir ? Si vous ne savez pas comme moi, je ne fais plus où j’en fuis. Tout ce que je fais , c’est que je fuis avec beaucoup de respect & de re- connoissance, & c. DE M. DE FûNTENELLE. Ifl LETTRE VI. A U MÊME. 1 6 Novembre. J E ne puis trop vous remercier, mon Révérend Pere , de l’extrême poli- , telle que vous avez de me communiquer toujours vos excellens Extraits. Je m’y trouve si bien traité en générai , que j’en adopxerois volontiers toutes les modifications & les restrictions, d’au- tant plus qu’elles font toujours tournées d’une maniéré fort honnête. Je ne f.rai ni surpris ni mortifié que, dans un Ouvrage austì gros , aussi neuf & aussi épineux, le pied m’ait glissé plusieurs fois. Cependant je vais user du droit que vous me donnez de vous faire quelques remontrances. II me semble que vous n’êtes pas assez content de la théorie de la courbure par les sinus, &c. On supprime encore h détail géométrique dans lequel M, de Fontenelle entro'n ici. N iv 'I £2 L E T T R î S Dans la pénultième ligne de tout l’Extrait, il y a un peut-être auffl de vérité géométrique , qui peut avoir un bon sens, dont je n’aurois pas à me plaindre; mais on pourra croire auílì qu’il en a un malin , que je ne crois point du tout qui soit le vôtre. Je ne donne pas les vues dont il s'agit pour absolument démontrées, mais pour très-ana- logiques, & qui par-ià peuvent mériter d’ètre suivies & examinées. Je sens bien que vos nouvelles idées fur la Logarithmique partent d’un esprit plein & fécond ; mais ni elles ne íònt allez développées peur que je les puisse bien saisir, ni je n’aurois le temps de les examiner , pressé comme je le fuis de vous répondre. J’ai été íur ce sujet dans les idées ordinaires , mais je les quitterais avec plaisir pour embrasser les vôtres. Vous critiquez plusieurs petits articles fur lesquels , à vue de pays, je me crois presque sur de pouvoir me bien détendre; mais je n’entre point dans ce détail. On n’a pas droit de prétendre que les Journaux ne donnent que des louanges ; & il peut arriver que vos critiques memes accréditent davantage DE M. de Fontenelle. I^z le témoignage avantageux que vous avez la bonté de rendre au Livre en §ros. C’est cet m gros qui m’intéreífe Je plus; & je vous prierois, si j’osois , de vouloir bien sinir votre troisième Extrait par un jugement général , ainsi qu’il seroit fort naturel de le faire. C’est- là toute l’impreílìon , ou du moins la plus forte , qui reste à la plupart des Lecteurs. Je fuis avec beaucoup de respect & de reconnaissance , &c. ■BlIRVBBnPMiMIIMMBWMnran LETTRE VII. A U MÊME . Le Lundi 6 . J E ne puis pas empêcher, mon Révérend Pere , &c nulle Puissance au monde ne l’empêcheroit, que des Géomètres ne fe jettent à la traverse dans notre dispute , c’est - à - dire, ne disent leur sentiment sur une question de Géométrie , qui a fait bruit ; & si quelqu’un avoir droit de s’en plaindre , ce seroit bien moi, & non pas vous, car ils sont ÏJ4 Lettres tous pour vous contre moi; & je vouS déclare que je me rends , âpres quoi tout est tìni Ils ne m’ont point dit, Lc il ne m’est point revenu , qu’ils voulussent faire des mémoires ; ils ne jugent pas la question assez importante : c’est une chose qu’aucun ci’eux ne se souvient d’avoir rencontrée en son chemin , & qui ne vient point dans le calcul; & par-là je me console un peu de ma faute , qui ne tire à conséquence pour aucun mot de mon Livre : mais c’est auíïï un nouveau tort pour moi de m’être détourné fans besoin , pour aller chercher cette sotte expression. Quant à deux autres faits dont vous me parlez , l’un est absolument faux : on ne m’a «amais dit que MM. Saurin & Terrajson fussent ni dussent être de mon avis ; & pour ì’autre , que je ne crois pas non plus , je rendrai témoignage , quand vous voudrez , & en telle forme que vous voudrez , que vous avez été le premier, & trcs-long-temps le seul , qui m’ayez sait des difficultés , & qu’on ne m’a fait ensuite que les vôtres. Mais, mon Révérend Pere , je crois qr-’il vaut mieux laisser là tous ces menus faits , que ceux qui les rapportent, rappor- DE M. DE FONTENELLE. 15s. tent presque toujours très - infidelle- ment. On ne cesseroit de se plaindre, d’accuser , de soupçonner; & la tranquillité de l’esprit est préférable à toutes les puissances & à toutes les racines polfibles de tous les nombres. D’ailleurs, il ne faut pas permettre à toutes ces minuties de nous distraire dans des études sérieuses. Pour moi , qui fuis le seul dont je puisse absolument répondre , je ne cesse de dire que je vous fuis extrêmement obngé de la maniéré dont vous m’avez traité dans votre premier Extrait de mon Livre , & que dans tout le cours de notre dispute, vos procédés ont été d’une honnêteté , d’une politesse & d’une franchise à n’y pouvoir rien désirer. Mes discours font toujours fur cela si invariablement les mêmes, que, malgré sin- fidélité des rapports, je ne crois pas possible qu’il vous revienne rien qui toit seulement tant soit peu diffèrent. Je suis avec toute la reconnoiílance & le respect possibles, Votre, &c. Lettres î mnn II. mnmm >' i LETTRES DU P. CAS T E L A M. DE FONTENELLE. LETTRE P R E M I E R E. Paris , ro Mars 17:8. 1 E fuis tout honteux, Monsieur, de n’avoir pu encore vous présenter i’Ex- trait de votre excellent Ouvrage (y) : mais plus cet Ouvrage est excellent , glus l’Extrait en doit être fait à loisir; & d’ailleurs la hauteur des matières, mille tracasseries d’une impression courante, & d’autres occupations indispensables , ralentissent malgré moi le zèle que j’ai pour faire éclater la haute idée que j’ai conçue de cet Ouvrage. Je le dis fans flatterie ; c'est le premier où {y ) Les Eíémer.s de U Géométrie dc £ Infini. A M. DE FoNTENELLE. 157 l’on ait traité la science géométrique de l’infini.Tous les autres, (ans en excepter M. de rHôpital , n’en ont traité que l’art, le tâtonnement & la routine dut calcul. De forte que íi vous aviez voulu remonter à la Métaphysique , comme je l’avois toujours espéré, je ne vois pas ce qui pourroit manquer à une si belle science. Dans l’Ouvrage que je vais donner, & qui devoit paroître depuis quatre mois, j’ai tenté l’aventure, & prétendu déterminer la nature précise de cet infini que tous calculent , mais que vous connoiíl'ez bien mieux qu’eux. Je n’ai entrepris la chose, qu’à condition que je me flatterois au moins de concilier tous les systèmes. II y auroit bien du malheur, si, aidé de vos lumières & de votre politesse, je ne pouvois concilier mes principes avec les vôtres. J’entrevois d’ici la conciliation ; j’en ai peut-être trop dit, lorsque j'ai avancé & établi dans mon Ouvrage , qu’il n’y avoit point de nombre infini , & que l’étendue feule étoit susceptible de ce nom. J’aurois peut - être dit la même chose, si je me fusse borné à prétendre que le nombre élevé à i’inhni n’étoit plus un nombre, ou même, fans exclu- Lettres fìon formelle , que le nombre élevé à l’infini étoit une étendue ; que retendue étoit l’intégral du nombre, & le nombre la différence de l'étendue; que le zéro , ou point arithmétique , étoit la différence de l’unité ; l’unité celle du nombre ou de la ligne , la ligne le nombre ou de la surface ou du nombre nombre , &c. Je suis très-impatient de vous mettre mon Ouvrage entre les mains , nommément le morceau de cette métaphysique. Auffi n'attendrai - je pas la fin de cette impression , que mille con- tre-temps retardent d’un jour à l’autre; ôí incessamment j’aurai í’honneur de vous en envoyer un exemplaire avec l’Extrait, d’autant mieux que je fais que cet Ouvrage ne vous est pas tout à-tait inconnu. Seulement je vous demanderai un peu de grâce , afin qu’un suffrage comme le vôtre n’étouffe point un Ouvrage encore dans le berceau. Or , preuve que je travaille fur votre Ouvrage, & que je m’y enfonce même plus que bien d’autres peut-être qui le lisent plus à tête reposée ; preuve aussi de la sincérité avec laquelle je vise à concilier mes principes avec les vôtres, c’est l’idée que je vais avoir l’honneur de vous pro- a M. ce Fontenelle. xyp poser. Je la roulois depuis long-temps dans mon esprit, &c. Suit un p tût morceau clt Géométrie intitulé : Idée d’un calcul différentiel & intégral réduit au calcul purement arithmétique. Nous le Jupprimons, comme étant à la portée de trop peu de personnes, Apres ce morceau , le Pere C a fiel dit : Voilà, Monsieur, une partie de mon idée. Vous seul pouvez en sentir séten- due & l’usage, & voir si elle a ou peut avoir lieu dans le vaste pays de l’infini, dont je m’imagine que vous connoifTez tous les recoins, (ans en excepter cette idée que vous y avez fans doute trouvée fur vos pas , mais que vous aurez laissée là , ou parce que vous ne saurez trouvée bonne à rien , ou parce que vous étiez déja surchargé de butin , & que vous nous laissiez charitablement quelque chose à glaner, pour nous exciter à entrer dans votre nouvelle conquête. Il ne tiendra pas à moi que je n’y entre, & que je n’excite tout le monde à y entrer, pour admirer les beaux établisse mens que vous y avez faits. J'ap- 1 6 o Lettres plaudis, Dieu merci, fort volontiers à toute nouveauté heureuse; & je serois fâché qu’on me prévînt ou qu’on me surpassât à cet égard. 11 semble que parmi vous on devroit avoir le même zèle pour encourager les Sciences, les Arts, &c. Je fuis avec la plus parfaite estime, &c. » LETTRE II. A U MÊME . Sans date, mais vraisemblablement de ì/zïS. J ’Ai l’honneur , Monsieur , de vous envoyer mon Livre de Mathématique ({). Je souhuiterois qu’il pût mériter de votre part une petite partie de l’estime que j’ai accordée avec plaisir à votre bel Ouvrage. Mais j’en sens toute la différence. Votre íujet est austl nouveau que le mien est suranné. Vous avez visé aux grandes découvertes. Pour moi, je ne me luis proposé tout (j-) Mathématique universelle. aiî a M. be Fontehelle. I<5r au plus d’innover que la façon. Vous n’avez écrit que pour les maîtres , & moi pour les plus petits écoliers ; de forte que c’est: plus pour m’acquittec d’un devoir, que pour satisfaire ou piquer en aucune forte votre curiosité , que je vous fais un présent si peu digne de vous. U n’y a ici tout au plus d’un peu nouveau en genre de découvertes , que îe plan général des Sciences rapportées aux Mathématiques , une certaine exposition naïve des choses , & deux ou trois petits morceaux, comme celui de la Méthode > où je ne jure pas aux paroles de Descaries ; celui de l’In- fini, où je m’éloigne un peu de vos principes ; & celui des Quadratures , où je m’en rapproche un peu pour les pousser plus loin. L’article de la Méthode est, selon moi, le plus considérable. Vos Meilleurs me menacent fort depuis deux ans; c’est; fur cet article que je les invite à exercer leur critique. Ils íont sûrs d’avoir la galerie pour eux dès l’entrée de la carrière; il n’y a que l’issue que je tâcherai de me réserver. Madame de Tencin , par la bonté qu’elîe a pour moi, m’exhortoit l’autre jour à regagner ces Meilleurs , & me difoit Tome XI. O 162 Lettres inême que vous étiez de cet avis. Je sens toute la sagesse de ce conseil, & je vous en ai une obligation infinie. Mais je fuis une étrange forte d’hom- me ; au besoin , je le donnerois , & l'ai mcme donné , il n’y a pas trois mois , à d’autres : mais je doute que je le suive moi-même. Après tour, de quoi s’agit- il ? Pour moi, je ne leur veux aucun mal ; & i'I n’y en a aucun à qui je ne fisse plaisir , s’il daignoit m’y employer. Je ne fuis, Dieu merci, ni rancunier , ni mal - faisant; je loue plus volontiers que je ne blâme ; & quand je blâme nieme , c’est un badinage plutôt qu’une poursuite lérieuse. Car une certaine vivacité de ftvle & d’expreílion feroit croire que je luis fort piqué contre ces M cilié tirs ; il n’en est rien , & je me fais un vrai amusement de tout ce qu’ils peuvent dire ou faire. II a été mcme un temps où je pouvois y être plus sensible. Mais déformais il n’y a tout au plus que leur intention dont je pour- rois être fâché , & du reste je leur ai de très - grandes obligations. Ils ont bien annoncé mon Livre ; de forte que , fans avoir eu besoin de publier de souscriptions, j’ai trouvé assez de a M. de Font en elle. r6z Souscripteurs pour en faire tous les frais. Ils m’ont procuré bien des amis, la plupart m’ayant dit positivement qu’tls n’avoient voulu ine connoître , que parcs que ces Meilleurs leur avoient dit bien du mal de moi. Ils m’ont averti de me tenir íur mes gardes. S’ils trouvent rr.éme des sautes dans mon Livre, chose trcs - poílible , ils m’aideront à en faire Wrmta. En un mot , j’ai gagné, & je gagnerai toujours i: les avoir pour critiques ; & je íerois bien fâché qu’ils m’Konorassent assez de leur mépris pour me laiíler là , comme ils en laissent tant d’autres à qui ils donnent même des certificats. 11 n’y a qu’une de leurs prétentions à quoi je ne souscris pas , qui est qu’ils feront les seuls Juges de mon Ouvrage , & que le Public s’en rapportera à eux, comme Ú l’Angleterre , l’Allemagne, l’Italie , la France même , & même Paris , n’avoient point de Géomètres qui les valussent bien. Ces Messieurs font des particuliers, qui font membres du Public ; c’est le Public seul que j’ai pris pour Juge de mon Ouvrage , & des Duumvirs j’ai appelé au Peuple. J’en- tends, Dieu merci, assez cette petite ií4 Lettres guerre. Je me suis bien gardé de me mettre à la merci de mes Parties pour en être jugé. Cela seroit bon , si j’avois tait mon Livre dans leur style ; mais je l’ai fait dans le style commun , tout le monde peut le lire. Si en le lisant on l’entend, je suis jugé & absous; si on ne l’entend pas, j’ai manqué mon but. (Voilà tout. C’est M. le Comtek Choi- seul , c’est M. le Marquis de Langhac , le Duc de Montfort , & une foule de jeunes Seigneurs qui ont entendu ce Livre en le lisant, qui sont Juges, ou pour le moins de bons témoins de mon travail. Je fuis, &c. LETTRE III. A U MÊME (a). E N attendant, Monsieur, que le commerce se rétablisse , comme vous le dites si ingénieusement , & que mes porteurs, c’est à-dire mes jambes, ne ioient plus en droit de me casier le (d) C’est la réponse à la lettre de M. de FE Fontanelle. 76; cou , permettez-moi d’avoir l’honneur de vous souhaiter aussi par écrit une bonne année , & de vous remercier de l’honneur que vous avez fait à mon Livre de le lire tout entier. Mais permettez - moi aussi de rabattre un peu de l’éloge que vous lui donnez d’être tout rempli d’esprit. Je ne suis ni affez présomptueux, ni peut-être même assez modeste pour m’en laisse r éblouir ; & je me flatte qu’à une seconde lecture, s’il m’étoit permis de l’eípérer, vous y trouveriez encore plus de géométrie, d’ordre & de méthode , que d’esprit. C’est au moins à quoi j’ai le plus visé; & j’écris trop rapidement, pour croire que l’esprit vienne se nicher dans toutes mes expressions. C’est fans doute un effet de votre politesse & de votre bonté pour moi, de m’avoir prodigué un éloge brillant , n’en ayant pas de plus solide à me donner. Je vous demande pardon, si je fuis si difficile fur un article où communément on n’y regarde pas de si près. Vos Messieurs m’ont rendu cet éloge un peu suspect. Us me louent volontiers de ce côté-là ; mais ils croiroient tout perdre , s’iìs lâchoient un mot qui me fût favorable 1 66 Lettres furie compte de la Géométrie. Je vous l’ai toujours dit, que j’étois uneétrange forte d’homme. Car , de me d.re qu’il faut mépriser tout cela , je méprise tout & ne néglige rien. Du reste , ce n’est pas ma faute , si vous & vos Messieurs vous êtes donné la peine de lire mon Ouvrage pour n’y trouver que de l’efprit. J’avors eu la précaution de vous avertir que cet Ouvrage ne méritoit pas votre attention , & qu’il n’étoit tait que pour le Peuple. Les Géomètres y trouvent tout au plus de l’efprit; encore faut-il qu’iis le lisent avec autant de bonne volonté pour moi , que je comprends que vous en avez eu. Le Peuple y trouve de la géométrie. Cela doit être , & mon Ouvrage fait foi que je l’ai prévu, & même prétendu. Un de vos grands Géomètres , qui se dit même de mes amis, difoit l’autre jour , après avoir parcouru ce Livre ; Brevis ejfe laboro , obscurus fio. Cela doit être encore. Chacun fait lire dans (on Bréviaire. Un Savant daigne-1-il , peut-il, fait-il, doit il entendre des choses savantes dites d’un ton populaire ? II trouve mon Livre obscur, & une douzaine de jeu- aM. de Fonteneile. 167 nés enfans y apprennent la Géométrie assez à fond en très - peu de mois. Je puis , de fraîche date , en citer un qui n’est qu’écolier de Seconde , dans laquelle raeme il excelle , Sc qui malgré cela n’a mis que trois mois pour en venir tout de fuite à faire toutes les opérations du calcul le plus infinitésimal. Je parle toujours par faits : il s’ap- peile Montigny ( b ) , & je le donne à l’épreuve. Je vous demande pardon, si je vous entretiens de tout ceci , mais c’est par les entretiens particuliers que je voudrois me dispenser d’en venir à des entretiens publics , où bien sûrement je viendrai , si enfin on ne me laisse en repos , bien résolu de ne m’y tenir qu’autant qu’on m y laissera; mais tout de bon, & fans la moindre équivoque. Vous savez assez ce qui fe passe , pour voir que tout ce que je dis cadre à merveille avec mille je ne fais quoi que je supprime , parce que je suppose que vous les savez. Avez-vous lu un Livre Anglois ( de M. Cheyne , je crois ) , appelé , Principes philosophiques de la Religion naturelle ; (í) Depuis de l’Académie des Sciences, 168 Lettres & savez-vous les bruits qui couren là-deíTus en Angleterre ? Les Angloii trouvent que , dans l’Eloge de M. Newton, vous avez trop exalté Départis au préjudice de leur Héros. Ces Messieurs ne font point pour le passage unitaire, ni pour les suites ; mais ils trouvent beaucoup d’esprit dans votre système. J’ai reçu des Lettres de Londres, de Zurich , de Baie , &c. Tous font pour \Z~a~ a°. M. Scheucçer me charge de vous assurer de son estime. 11 m’en- voie une Table sort curieuse des hauteurs du baromètre fur le mont Saint- Cothard pendant plusieurs mois. Je la mets dans nos Mémoires. Si vous vouiez la voir , M. Scheuc^er me prie de vous la communiquer. M. Btrnouilii témoigne aussi beaucoup d’estime pour vous. Je doute qu’il soit pour les finis ou infinis indéterminables, & les radicaux. Je fuis avec beaucoup de respect, &c. LETTRE A M. de Fonte nelle. i 6 p LETTRE IV. A U MÊME (c). E vous demande pardon, Monsieur," *7 si je ne vous ai pas répondu fur le champ par votre porteur. Mais je n’ai pas voulu le faire attendre, & j’a- vois une personne toute prête à aller dans vos quartiers. Votre Lettre est trop obligeante ; il faudra donc que ce soit le troisième Extrait, puisque vous le voulez , qui me fasse mériter une partie de toutes vos politesses. Je vous demande pardon, si je fuis si lent à faire ces Extraits. Mais je n’ai d’autre excuse à faire là-dessus, si ce n’est que j’en use pour moi comme pour vous. Car depuis six mois que mon Livre paroît, & depuis plus d’un an quej’au- rois pu en avoir fait l’Extrait, à peine paroîtra-t-il le mois prochain, tant je fuis pareíîeux à cet égard, ou occupé ailleurs. Ne soyez pas scandalisé en passant, que je donne moi -même i’Extrait (c) C’eît la réponse à la Lettre de M. da fb/ij tanslle , du 10 Novembre. Tome XI, 170 Lettres de mon Livre. J’y ai été forcé par lai rareté des Géomètres ; & du reste je l’ai fait de bonne foi, & en mettant mon nom à la tête, comme vous saliez voir, dès qu’il paroîtra. J’avois compté de vous trouver il y a huit jours chez Madame de Tencìn , qui m’avoit promis de vous prier pour entendre la lecture d’une Comédie du Pere Brumoy , votre Compatriote. Cette Piece est jolie , malgré toutes les critiques qu’on en peut faire; & pour les vers & le st)le ingénieux, je doute que nous en ayons aujourd’hui beaucoup qui puissent lui disputer la préséance. Je souhaiterois fort que vous en jugeassiez par vous-même, & d’avoir cette occasion de vous voir un peu à loisir. Vous trouvez donc subtil & ingénieux le tour que le Pere de la Mauge- raye prend pour prouver une fausseté, comme celle de dire que i-f-j-r-f, &c. est finie í Permettez-moi de vous dire que je n’y trouve que gu taux. Si je n’ai rien dit íur cela , c est que je n’ai pas eu le temps. Car, pour une réponse , je vous assure qu’il en aura deux, une dans notre Journal avec le A M. DE FoNTENELtE. ' 17 ÏÏ temps, & l’autre tout-à-l’heure dans le Mtrcure ; car je ne veux point le faire languir. Au reste, ce qu’il attaque là , ne m’appartient pas plus qu'à vous. M. Bernoulli en est le premier Auteur; bien d’autres l'on t adopté , & vous- mcme dans votre Livre. Bailleurs, ce Révérend Pere attaque votre principe des infinis radicaux , & celui où vous prétendez qu’un infini peut n’avoir qu’un infini du même ordre pour son carré. Vous voyez donc bien qu’il est tort éloigné de me convaincre ; & je fuis surpris que vous ayez été un moment en suspens, fur Teíret que fa démonstration prétendue pourroit faire fur moi. Je fuis plus ferme que cela dans mes principes; & quand je les ai une fois empoignés, j'ai, Dieu merci, la ferre bonne. II faudra bien que ce soit lui qui change fur ce point, comme 11 a fait fur le fond du paradoxe. Je fuis surpris méme que vous n’ayez pas vu Terreur groístere du calcul où il donne dès l’entrée de fcn affaire. . . . C’est pitié que fur des affaires de haute géométrie , on ait affaire à gens qui n’y font pas initiés. Mais je Tai dit ; ils viennent tous Tun après Tau tre, M. Ger- P ij fijz Lettre s ,'&c. bìer , M. de Louville , le Pere la Mail - geraye, &c. pour se brûler à la chandelle. Pourquoi faut-il que ce soit leur propre expérience qui les détrompe à mon égard? Ils ont tous cru ( sur-tout vos Messieurs) que j’allois trop vite; Lc les voilà peut-être convaincus, sinon persuadés , que ce font eux qui vont trop %îte. Je fuis avec respect, &c. Je viens de lire une Lettre de M. Petit le Médecin (d) , qui répond à M. Voolhouse (e), en disant qu’il ne veut pas y répondre, & qui le traite indignement, ôc avec une hauteur dont il n’y a nul exemple envers un homme de ce mérite & de cet âge, en disant aussi que les injures font indignes des honnêtes gens. M. de Voolhouse est trop de mes amis pour que je ne vous dise pas là- dessus ma peníée, & que je n’en dise pas même un mot dans l’Extrait que je fais du Livre de M. Heequet. (d) De ^Académie des Sciences, (c) Oculiste. « rr f-~*t*+* & | ì,>..<>< ^ + /r/roA ^ <* .••'■■;<••,.'-<•.• ••' x, ^ |(MI HMLLí^ il M ^AíAis* ààî \ÍWM U L ~ 1 " • " ’r?>r^C°^T^r--■■ ■■ Á r '-A LETTRES D£ il/. DE FONTENELLE A MONSIEUR LE CARDINAL DE FLEUR Y, AVEC LES R F, P ON SES. Du Cardinal DE F LE u RY à M. DE F O NT E IV E L LE. Fontainebleau, r Oct. iji6. O T re compliment, Monsieur , ne m’a point échappé , & il est inutile que j’em- ploie un long discours pour vous persuader du plaisir qu’il m’a sait. Je crois qu’il suffit de vous assure! , Monsieur, que rien n’est capable d’altérer la sincere amitié que vous m’avez toujours connue pour vous. Piij '174 Lettres T ri s-touché de votre laconisme, que tout le nde devroitsuivre , hors vous (f). ) Ces deux lignes étoient de la main du I ruai. ] J.)e M. DE Fontenelle au Cardinal DE FlEURY. 4 Novembre 17161 Monseigneur, Mon laconisme va être plus grand que jamais. Je n'ai pas feulement besoin de vous dire sur quel sujet je vous fais mon îrcs lìncere compliment. Je fuis avec un profond respect, &c. RÉPONSE (§). J J E me serai toujours honneur de vous | deviner, quand yous ne vous expliquerez pas clairement; & vos fentimens me font auíli trop connus pour en douter. (g) Cette réponse & les suivantes font toujours fur la Lettre méme de M. de For.ter.elLe . que M. le Cardinal lui renvoyoit, & de la mai» de Son Eminence. DE M. DE FONTENELLE. I7J* içgaMegti-gttCMwraccriMea^^i Di M. DE FONTENELLE au même. 5 Juin 1717. lO'NSElGNEUR Il y avoir excessivement long-temps qu’ii ne s’etoitvu une conduite ou une action de Ministre , dont tout le monde fans exception fût content. Je fuis, &c. RÉPONSE. V Ousdonnezle modele descompli- mens , comme en beaucoup d’autres meilleures choses; & je vous en remercie. Si vous pouvez en établir l’ufage, je vous ferai accorder le privilège exclusif. r AU M Ê M E. 31 Décembre 1717. M O N SEIGNEUR Parmi toutes vos dignités, il vous cn manque une dont je fuis revêtu , '176 Lettres moi; & comme je suis bon François, je vous la souhaite de tout mon cœur : bien entendu pourtant que j’en jouirai long-temps encore , aullì bien que quelques successeurs que j’aurai. Je fuis, Lee. RÉPONSE, J E ne comtois point cette nouvelle dignité dont vous êtes revêtu, à moins que ce ne soit celle d’être Auteur des infiniment petits, qui est si fort au-dessus de moi, que je ne peux même l’en- Vrer, en la respectant pourtant beaucoup ; toujours infiniment flatté, non dans le genre des petits , des marques de votre souvenir. A U M Ê M E. ij janvier 17;$. M ONS EIGNEUR, Le mot de Fenigme étoit que je fuis Doyen de L'Académie Françoise. C’est la dignité que je vous souhaitois , & que je vous souhaite encore, sous les DE M. DE FoNTENELLE. 17? conditions plus amplement expliquées dans ma Lettre. Je fuis, &c. RÉPONSE. XJevenik Doyen, j’y consens ; mais non de l’étre. A U M Ê M E. 31 Décembre 1719.' Ivf ONSEIGNEUR, Les vœux que je fais pour Votre? Eminence à ce renouvellement d’année, font ceux de toute la France; & je veux bien qu’elle sache qu’en pareille occasion je me mêle de parler pour elle & en son nom. Je suis, &c. RÉPONSE. Je reçois toujours avec le même plaisir les assurances de votre amitié; &: je voudrois pouvoir croire que vous parlez comme chargé de procuration de la France, Dc M. U Cardinal DE F le u R Y. Fontainebleau , 3 Juin 1730. 3*E vois, Monsieur, par votre Lettre d’hier, les raisons qui vous engagent à songer à vous reposer (k). Je conférerai avec M .de Maurepas íur ics moyens de contribuer à votre satisfaction ; & je vous prie de croire que je ferai toujours ravi, lorsque je pourrai vous marquer l’estime & la parfaite considération a Monsieur , que j : ai pour vous. Di fa main . Ce ne fera qu’avec douleur. - (A) M. de Fontcnclk demanda alors à quitter le Seciétaiiat de l’Académie des Sciences. II ne ie quitta néanmoins qu’en 1740. J^oyei les Les-» JUCS de M. de /dan repas. ©E M. DE Fonteneue. 1 J 9 JDì M. DE F O N T F. N EL L £ au Cardinal DE Fl EU R. Y. zi Décembre 1731. ZV J. O N SEIGNEUR, Ne vous ennuyez pas de mon hommage annuel, íï vous ne vous ennuyez de nous rendre heureux. Je fuis , Ac» RÉPONSE. JÍEvoudrois être auíïï fur du dernier que du premier, íur lequel je compte comme venant du cœur , & par conséquent très-agréable ; au lieu que l’au- tre n’est pas íi sûr, ou du moins est bien onéreux & bien pénible pour moi, A U M Ê M E. 10 Novembre 1735. JVÎoNSEIGNEUR, Vous savez ce qu’il y a à vous dire fur la nouvelle du jour ; je m’en rap* ■i Ho Lettres porte à votre conscience , que!qu’enduï-« cie qu’elle puisse ctre à ne pas sentir le bien que vous faites. Je fuis , &c. RÉPONSE. jt Oëte, Devin ou Prophète, font des synonymes, & je souhaite que cela se vérifie en vous. Eris mihi rnagnus Apollo% A U M Ê M E. io Juillet 1737. VI ONSEIGNEUR, II y a justement sept ans que fobtínl de Votre Eminence son agrément pour abdiquer la seule dignité que j’aye en ce monde , celle de Secrétaire de l’A- cadémie des Sciences. Je me rendis cependant aux instances que plusieurs de ces Mestïeursme firent pour. demeurer, quoiqu’il y entrât peut-être du compliment. Sept années de plus fortifient beaucoup les raisons que j’avois en ce temps-là; il s’en faut bien que tout le monde n’qit une tête à ne se démentir jamais. Quelque différence qu’il y ait t)E M. de Fontenelle. iSi’ entre la France & l’Académie, je vous renouvelle ma très-humble priere, & fuis, &c. RÉPONSE. JE m’en remets à ce que M. le Comte de Maurepas vous a dit de ma part; vous ne pouvez refuser à la terre votre mers le besoin qu’elle a de vous pour se taire connoître à nous, telle qu’elle est véritablement (i). (i) Allusion au voyage de plusisurs Académiciens à f équateur & au pôle. A U MÊME. Premier Janvier i7}8. ON S EIGNEUR, Le bruit court que Votre Eminences fera l’arbitre de l’Empereur & du Turc. Que ce bruit-là soit faux, il marque tout au moins quelle idée on a de votre Gouvernement, & combien les François, pour le moins, vous souhaitent de bon cœur la bonne année, & jbien au-delà, Je suis, &ç. ï 82 Lettres RÉPONSE , V Ou s m’envoyez fur les bords de VHeLLespont , où je n’aì aucune envie d’aller. C’est le Roi seul qu ela Porte demande pour Médiateur, & il n’y a rien qui me regarde personnellement. II n’en est pas de même, Monsieur, de mes sentimens pour vous, que je partage avec toute 1* Europe. A U MÊME. r; Mars 1738. ONSEIGNEUR, II y a un mois que j’eus l’honneur d’écrire à Votre Eminence fur le retour de fa santé , que je croyois parfait, parce que tout le monde qui le souhai- toit ardemment, s’étoit trop preste de îe croire. Grâce au Ciel , il n’y a plus d’incertìtude. Je vous supplie de me reconnoître un seul instant dans une foule immense, & de jetter un coup d’ceil sur la joie dont je suis comblé. DE M. DE FoNTENELLE. I §Z & sur le profond respect avec lequel je uis , &c. RÉPONSE. MA plume est encore un peu languissante ; je vous répondrai donc avec mon laconiíme ordinaire , que vous n’êtes pas homme à être jamais confondu dans la foule, & que mes sen- timens pour vous seront toujours ausll distingués que vous méritez de lette en tout genre. j Mmi i nin i is a w i r n ~ n 11 i i ii nm m >> mwm A U MÊME. ir Octobre 1738. MONSEIGNEUR, Les Potentats de VEurope vous font j fur le retour de votre santé, des com- plimens que l'on dit qui n'en font point, mais qui partent du cœur. Je fuis persuadé que YEurope en corps en feroit à Votre Eminence, si elle avoir un corps; St apparemment, car je ne veux rien exagérer, ses trois fceurs cadettes se mettroient de la partie. Ose-* '184 Lettres jai-je seulement me montrer, moi qui rie suis que, Monseigneur, de Votre Eminence , îe très-humble, &c. RÉPONSE. "VO u s êtes assez initié dans tous IeS mystères des quatre parties du monde, & assez instruit de tout ce qui les regarde, pour parler en leur nom; mais je m'en tiens à vos sentimens particuliers, comme plus sincères, & dont je fuis plus flatté que de ceux du reste de l’umvers. Recevez-en donc, s’il vous plaît, mes remercîmens , dans le style laconique dont je me fers avec vous; mais vous pouvez y donner toute détendue que vous voudrez, fans crainte d’être désavoué. A U MÊME. Premier Janvier 1737. ]V1 ONSEIGNEUR, Je souhaite aujourd’hui à la France pne anneVpIus exempte d’inquiétudes, de M. de Fonte n elle. i8j* que celle qu’elle vient d’eífuyer. Je suis , &c. RÉPONSE. E T moi, je souhaite à la France Sc à l’Europe Littéraire , la conservation de celui qui en tait !e principal ornement, afin qison puiíse dire de nous deux, que àìvisum kakemus ìmperìum. A U M Ê M E. Premier Janvier 1740: JVÎ O N SEIGNEUR, Je vous avertis, F vous ne le savez déja , que l’Europe commence à avoir quelques mouvemens de sievre ; & je vous fais d’avance mon compliment fur le plaisir que vous aurez à la traiter dans cette nouvelle année, & à la guérir selon votre méthode ordinaire. Je suis, &c. RÉPONSE. \j N e forte dose d’e'k'bore d ’Anty~ cire , & de quinquina , pour suspendre Tome XI, Q i8 6 Lettres la ficvre, & Tempêcher de devenir con^ tinue. Soit communiqué à M. I’Abbé de Saint-Pierre, pour appliquer son remede universel. Joignez-y aufiî votre régime, comme un excellent préservatif contre tout ce qui peut mettre les humeurs en mouvement. C’est tout ce que le Médecin malgré lui imagine pour le présent. Il vous demande la continuation de votre amitié; celle de votre santé ne lui est pas moins chere. A U MÊME. 5 Mai 1740. ONSEIGNEUR, II y a dix ans que j’obtins de Votre Eminence la permission par écrit d’ab- diquer mon unique dignité de Secrétaire de l’Académie des Sciences. Les raisons que j'avois alors se sont bien fortifiées , & je vous demande très- humblement & très - sincèrement la confirmation de la même grâce. M. le Comte de Maurepas est informé de toat DE M. DE FoNTENELLE. 187 le détail de l’affaire , dont je ne crois pas devoir parler ici à Votre Eminence. Je fuis, &:c. RÉPONSE. O u s Vêtes qu’un pareíïèux & un libertin; mais il faut de l’indulgence peur ces fortes de caractères. Nous verrons. A U MÊME. i Juin 1741. O NSEIGNEUR, Je fais mon compliment à Votre Eminence, fur le contentement de tout le Public. Je fuis, &c. RÉPONSE. O u s êtes aller accrédité dans le Public , pour lui donner le ton que vous voulez , & je m’en tiens à ce que vous pensez, Lettres >'i88 Dc M, k Cardinal DE Fleury (A). IÍTy j 21 Août 1741. J E ne sens que les public a incommoder, qui font pour moi des mouches &C même des guêpes qui bourdonnent autour de moi fans me laisser aucun repos. J’irois de tout mon cœur à Votre eonvivium vosticum , grammaticum , &c. fi je pouvois disposer de moi; mais je ne fais jamais, d’une semaine à saun e, ce que je ferai, & vous avez choisi deux jours qui font justement ceux où je fuis íe moins libre. Le Mardi est destiné aux Ambassadeurs , & le Mercredi au Conseil d’Etat, Je medivertirois certainement à votre magnifique repas , surtout si j'étoisàtabîeauprès de vous.Mais comment pourrois-je me justifier d’ail- leurs auprès des Ministres Etrangers, aux fêtes & aux festins desquels je me (À) C’elt une réponse à la Lettre que M. de Fontcnelle lui écrivit , pour Finviter à un des deux dîners qu’il donna à l'Académie Françoise , la cinquantième année de fa réception daas cette Compagnie. DE M. DE FoNTENELEE. suis dispensé d‘aller ? Recevez donc» Monsieur, mes excuses très-légitimes» & que je ne fais qu’à regret ; car je vous assure que je serois ravi d’étre témoin de votre triomphe & du bon appétit de tous nos Confrères Académiciens. Y aura-1-il des jetions? II ne manque- roit plus que cela à votre magnificence. Je vous prie d’y boire à ma santé avec quelque voisin de bonne compagnie, & d’être persuadé que je mérite, par mes sentimenspour vous, l’honneurde votre amitié. Le t t k e s De M. DE Fontenelle à M. le Cardinal DE Fleury , en lui envoyant le Discours qu il prononça dans l'Assemblée publique de C Académie Françoise le jour de Saint Louis 1741. 4 Septembre 1741. ONSEIGNEUR, Le personnage de Nejlor, que j’ai sait dans cet Ouvrage , m’auroit encore mieux convenu , ii ma réception à i’A- cadémie Françoise étoit aufli ancienne ; que I’honneur que j’ai d’être connu de vous, & le profond respect avec lequel je suis, &c. RÉPONSE . SI j’avois pu aînster, comme je ïaurois désiré , à votre réception, j’aurois opiné qu’on vous eût donné une dispense d’âge pour un brevet d’immortaîité ; je ne dis pas l’académique, car vous ers jouissez fie votre vivant. Famâ tui frueris. De M. de Fonteneu.h. ipr ■M B gjn3pmJt:miu,g îTg g g=gg ji.jgiam g23» A U M É M E. 31 Décembre 1741» AI ONSEIGNEUR, Les heureuses nouvelles qui viennent de tous côtés en ce temps ci , font les seules étrennes dignes ae votre Eminence. Ce ne sont point des souhaits , mais de bons faits bien conditionnés, dont vous aurez le plaisir de nous voir jouir. Je fuis, & c. RÉPONSE . J E n’y ai aucun mérite; & je puis dire tout au plus que je n’y ai pas nui. en ne faisant ni bien ni mal: sednondum fia- tim finis, dont moult me fâche pour nous & pour toute l’Europe. Vive Félix dans l’apathie & l’oisiveté , mais occupée s dont vous jouissez. ip 2 Lettre s, tke, A U M £ M E. p Juiller. M ONSEIGNEUR N’est-il pas vrai en conscience , qu’il est imposiib'e de refuser la ligne aux nouvelles que Rapprends? Je fuis , &c, RÉPONSE. V Ou s réduisez vos complimens au cinquantième de ce qu’ils lont d'o r binaire , & cela n’est guère moins utile dans la société que la suppression d’un autre cinquantième. LETTRES LETTRES DE M. DE FONTENELLE A MADEMOISELLE DE RAYMOND DE F ARCEAUX^ DEPUIS MADAME DE FORGEVILLE. AVIS DE DEBITEUR . N sait rintitne & constante liaison de feu Madame de Forgeville {l j avec M. deFon - tenelle , & cela suffiroit pour son éloge ; mais plusieurs gens de Lettres l’ont connue personnellement, & sont sait connoître. J’ai souvent parlé d’elle dans mes Mémoires pour servir à (é)Elle mourut à Paris le 6 Octobre 176; j âgée de soixante-quatorze ans , de la petite vérole qu’elle n'avoir jamais eue. Tome XI, R ip4 Lettres r Histoire Je la Vie & des Ouvrages de ; M. de Fontenelle ; on peut les consulter. Je n’en citerai que ce mot. C’est , disois-je , après savoir nommée pour la premiere fois, page 44 , c’est cette femme respectable à qui M. de Fontenelle j a dû la douceur de J'es dernieres années , & C avantage ct être encore heureux à cent \, ans. Lui - même disoit alors souvent , \ qu’í/ lui dévoie son exisence, Lorsque sa : vue se fut afsoiblie en ryyi, & qu’il ne> put plus lire, elle voulut bien être son Lecteur , quoiqu’il fût très-sourd. Elle se rendoit chez lui tous les matins. Madame de Forgeville avoit passé la plus grande partie de fa vie à Paris , j & le reste à Rouen ou à Vernon. Ellô ! étoit née auprès de cette derniere vil- ! le, & dans une famille distinguée par ! une ancienne noblesse. M. de Fontenelle lui écrivoit souvent lorsqu’elle étoit en Province. Elle avoit gardé quelques» unes de ses Lettres, & elle voulut bien me les donner à la mort de son illustre ami. Elles m’ont paru mériter d’être conservées. On y verra ( 8 c c’est le principal motif qui m’engage à les publier , car je ne les donne point comme ides pieces d’esprit); on y verra, dis-je. DE M. DE FONTENELLE. combien M. de Fonienelle étoit capable d’une amitié, sinon tendre & affectueu- le, du moins solide & effeóHve. Madame de Forgeville méritoit bien une pareille amitié. Elle étoit bonne , obligeante , désintéressée , généreuse ; on ne lui a reproché que d’être un peu trop flatteuse, & il est vrai qu’elle cher- choit à plaire. Parlant un jour à M. de Fonumllt de ce prétendu défaut, il lui dit qu’on le lui avoit reproché aussi ; mais qu'il s’étoit bien gardé de s’en trop corriger. Madame de Forgeville étoit encore très- serme, très - courageuse , très-gaie; & elle avoit eu besoin de l’étre. Sa mere, restée veuve de bonne heure , & naturellement processive , avoit sort dérangé les affaires de ses enfans. Après fa mort, Madame de Forgeville fut d’un grand secours à ses deux frétés , dont elle étoit aînée (m ). Mais , malgré toutç son activité , toute son intelligen- (m) Le cadet, M. le Chevalier dc Fjrce.n/x , moumt , il y a quelques années. L’un & l'autre avoicnt été Mousquetaires. L’aîné , qui demeu- roit avec fa íoeur, ne lui a survécu que onze jours étant mort le 17 du même mois d’Octobre, & de la même maladie, de la perte vérole. 1 96 Lettres ce , & même l’abandonnement d’une partie de ses droits, elle ne put leur sauver que quelques débris d’une fortune qui , avant les procès perdus , ne laissoit pas detre considérable. Elle resta donc presque sans bien pendant un aster grand nombre d’années , & jusqu’à son mariage avec M. de Forge - ville, ancien Officier des Mousquetaires gris (/z), homme très - estimable à tous égards, très-aimable même, malgré sa vieillesse, & les infirmités auxquelles il devint sujet sur la fin de sa vie. Austî saima-t-elle bien sincèrement, 8c eut- elle pour lui, tandis qu’il vécut, toutes les attentions & tous les foins d’une épouse tendre & vertueuse. Aux qualités du cœur & du caractère, Madame de Forgeville joignoit un esprit juste, naturel, & pourtant allez délicat 8c assez fin, tel en un mot qu’il le falloit pour être goûté de M. de Fon - tenelle. On en a la preuve dans le portrait qu’elle avoit fait de son ami, & dont il se répandit dans le temps plusieurs copies. Mais comme je doute qu’il (n) 11 étoit premier Maréchal des Logis , lorss qji'il se retira avrc quatre mille livres de pension, & quinze cens pour fa veuve. DE M. DE FONTENELLE. I97 ait été imprimé, si ce n’est en partie, dans l’éloge de M. de Fontenelle par M. de Fouchy Secrétaire perpétuel de l’Académie des Sciences, je le placerai à la fuite des Lettres , d’autant plus qu’il en est parlé dans la onzième. On peut voir ce que j’en ai dit dans mes Mémoires, &c. pag. 68 , note premiere. M. de Fontenelle étant de l'Académie des Belles-Lettres, M. le Beau, Secrétaire perpétuel de cette Compagnie, a fait aussi son éloge ; & il n’y a pas oublié Madame de Forgeville , ‘cette amie généreuse , dit-il , qui avoit contribué à soutenir sa vieillesse par des foins tendres & assidus. Elle étoit aussi mon amie depuis 179s, & fa mémoire me fera toujours infiniment précieuse. Qu’on pardonne à ce sentiment les détails peut-être trop étendus , dans lesquels je fuis entré fur son compte. On fait qu’elle fut , pour un* quart, une des quatre Légataires universelles que M. de Fontenelle avoit nommées par son testament. J C) f Lettres LETTRE PREMIERE. De M. D F. FoNTENELLE à Mademoisell* DE Ra y m o ;V D DE F ARC EAU X , depuis Madame DE F o RGEVlLLE. Premier Décembre 1730. L Tronie est un peu trop fortes Mademoiselle, de me proposer de vous faire écrire par un Secrétaire que je n’ai point , premierement ; mais quand j’en aurois une douzaine , je ne í'erois pas trop bon pour faire moi- même cette fonction-là. Je ne favois point votre adresse , & n’avois garde d’écrire : mais en récompense nous parlions souvent de vous, Madame de Mar- filly (°) & moi; & vous jugez bien fur quel ton. Nous sommes ravis que vous loyez L contente du séjour où vous êtes ; & j’en ferois mon compliment vos hôtes , fi j’avois l’honneur detr connu d'eux, car je les crois du moins (a) Fille de Thofnas Corneille, & ainsi cousine germaine de 1 \ 1 . de Fontene/le, dont là mere çtoit saur cte Akífieurs Corneille . ✓rj O DE M. DE FONTENELLE. lAy aussi contens que vous ; & c’est un grand bonheur que d’avoir dans une campagne assez solitaire , sur - tout en hiver , tous les agrémens de votre to- ciété. Nous n’espérons pas de vous revoir fi-tôt ; & nous n’osons nous en plaindre , tant nous sommes sages & discrets. Madame de Marjìlly Test au point d s ne pas vouloir condamner tout-à - fait son ami sur son procédé ; elle présume que ce .qu’il a fait ne vous regardoit point. Mais vous n’étiez pas feule , 2c il pouvoir avoir des mesures à garder. Elle se tient sure de son cœur à votre égard. Les procédés fi différens de celui-là, qu’on a ailleurs pour vous, font pour vous, & il n’y a pas grande merveille. Ma vie ess toujours la même, fort (impie, fort uniforme, tort exempte d’évé- nemens , à moins que l'on ne compte mon déménagement pour un (p). Il a (p) M. de Fontanelle , qui avoir long-tcmps logé au Palais Rqy.il, l’avoit quitté pour venir demeurer avec M. Riche r d’Aube, son neveu à la mode de Bretagne. M. d'Aube, Maître des Requêtes Plonoraire, avoir été Intendant de Soijfons & de Caen, Riv 2®o Lettres effectivement pensé me faire tourner la tête, quoique j’aye été bien secouru; & vous jugerez par - là que ladite tête n'est pas forte. Je me flatte que vous savez tout ce que j’aurois de plus à vous dire ; & je ne vous demande, Mademoiselle , que de n’en pas perdre de souvenir. LETTRE II. A L J MÊME. 27 Octobre 173 S. J E suis bien fâché, mais non pas surpris , Madame , de la lésine qu’or» vous a faite; sur-tout je suis très-édifié de la maniéré dont vous le prenez. II n’y a rien de plus à y faire; & h j’avois pu imaginer quelque autre chose , je vous l’aurois écrit fur l’heure ; car je ne me permets pas d'être paresseux lors- qu’il s’agit de quelque affaire & sur-tout de ce qui vous regarderoit. Mettez - moi à l’épreuve fur cela, & vous verrez. Je n’ai rien à répondre à une plainte que vous me faites, linon que je vous DE M. DE FoNTENELLE. ÌOÍ en remercie de tout mon cœur, quoique je la croye injuste. Elle m’a empêché d’oser montrer votre Lettre à Madame de Marfilly , qui me l’a demandée; elle n’auroit pas manqué de gloser. Adieu , Madame; je suis ravi de vous voir auffi contente que vous l’êtes. Vous le méritez bien par votre façon de penser très-saine, & en vérité rare. Je puis vous assurer que votre bonheur sait une partie du mien. LETTRE III. A LA MÊME. r? Mars 1739. J E fuis étonné, Madame, que vous ne me parliez point du tout d’une Lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire vers le commencement de cette année. Elle étoit remarquable , n’eût - elle eu que fa longueur, accident auquel je ne fuis pas sujet. Je ne puis pas avoir de scrupule sur sadreíse qui étoit comme sera celle-ci, car je n’en sais pas d’autre. 2o2 Lettres Pourquoi donc ne m’en avez-vous pas dit un mot ? Des nouvelles , s’il vous plaît, de vos affaires avec Meilleurs vos frétés. Vous êtes à lieu de trouver de bons conseils ; mais je fuis fort de votre avis. Ne plaidez point pour ce qui ne fera précisément que juste. Il faut un certain excès de justice pour s’engager dans les horreurs d’un procès. J’ai eu occaíion de voir des gens de Bureau , à qui j’ai consulté très à-fond le cas où vous ferez dans quelque temps. Il faut fe présenter très - hardiment , fans aucune explication. Il faut que ce soit quelque bon Militaire de vos amis qui se présente , accoutumé au manège & au détail des Bureaux , à qui l’on soit accoutumé aussi, Sc qui vous expédie le tout vivement & promptement : après cela, la fuite ira toute feule. Ce n’est pas la peine de vous parles de mon hiver. J’ai toujours été enrhumé, quelquefois assez joliment ; mais j’ai toujours sorti, & mené ma vie ordinaire , à quelques petites mignonne- ries près qu’on m’a fait observer , en quoi je ne fai fi j’ai bien ou mal sait. DE M. DE FoNTENELLE. 2VZ' Madame d& Marsilly s’est bien soutenue , hormis un peu de rhume fort court. 11 n'en a pas été de même de ía voisine , qui ne fort point, & est: encore fur le grabat, quoique seulement par précaution, mais précaution nécessaire. Je sens très - vivement l’obligation que je vous ai de vouloir bien vous intéresser à cela à cause de moi. J'en ai beaucoup à M. de Brevedent , de fe souvenir de moi, & de me donner quelque part à vos entretiens. Vous trouverez bon que je l’en remercie ici. Je vous exhorte tous deux à vouloir bien continuer quand vous n’aurez rien de mieux à dire (q). Voilà une Lettre encore aussi longue que la précédente ; ceci ne laiíl® pas d’avoir fa singularité. Adieu, Madame ; car je retranche tout le cérémonial pour vous assurer plus sincere- (q) M. de Srevcdent, vivant encore, étoit un des meilleurs amis de M. de Fontencllc. 11 demeure ordinairement à Rouen , où Madame de Torgcvi'le étoit allée faire un petit voyage. M. de tírevedem étoit aulTì fort lié avec M. de la Motte. On trouvera ci-apròs une Lettre' dc lui k Madame de Forgcville , écrite après la mort «ie INI. de Fontencllc Lettres ment que je suis tout à vous, & de tout mon cœur. LETTRE IV. A L A MÊME. rz Janvier 1740. J E vous réponds dans le moment, Madame , pour vous détromper le plutôt qu’il m’est possible des pensées injustes que vous avez. Je ne parlai point de vous à mon frere (r) dans ma seconde Lettre , parce que je voulois répondre à celle que j’avois reçue de vous, & vous surprendre en vous désobéissant ; car j’étois véritablement charmé & de la Lettre & de la défense, enfin de tout. Il me survint quelques menus tracas d’Académie qui m'occupèrent , & m’occupent même encore , & puis le froid qui me rendit paresseux ; & je différai de jour en jour l’exécution de mon dessein que j’avois toujours en (r) Chanoine de Rouen. II étoic cadet de M, de Fontenelle. DE M. DE FONTENELLE. 2S; tête. C’est dans ce délai trop long que consiste tout mon tort ; & je vous en demande pardon de tout mon cœur. Je ne me fuis point vanté de votre première Lettre à Madame de Marjílly , parce que je fus que vous ne lui aviez point écrit, & qu’il auroit fallu la lui montrer. En cela je crois avoir très-bien fait; par conséquent je ne me vanterai pas non plus de la Lettre d’hier. Ainsi je vous avertis de traiter avec elle fur ce pied-là. Apprenez-moi, s’il vous plaît, des nouvelles de vos affaires avec Messieurs vos freres, comment tout cela va; & si vous voulez, j'en instruirai Madame de. Marjílly , & lui montrerai alors vos Lettres. Je vous fuis très-obligé de vous souvenir de moi avec M. de Brevedent. C’eífc un des hommes du monde qui naturellement me plaît le plus; & comme j'ai cru sentir qu’il penfoit obligeamment fur mon compte , je fuis bien aise d’ê- tre entre vos mains à tous deux. Vous voyez bien, Madame, que je n’aurois pas la hardiesse de compter si sûrement fur vos bontés, si je ne croyois les mériter un peu par mes fentimens : ils font 20 5 Lettres trop bien fondés fur la connoilsance que j’ai de vous, pour pouvoir jamais íê démentir. Voilà, fans reproche, une des plus longues Lettres que j’aye écrites depuis long-temps. LETTRE V. A LA MÊME. 19 Mai 1740. J E fongeois à vous écrire incessamment, Madame , & j’avois une véritable envie de savoir de vos nouvelles , & en particulier fur vos affaires , lorsque M. de Mariotte (s) vint chez moi de votre part , & me fit très grand plaisir; premierement, parce qu’il venoit de votre part : c’est une attention très - flatteuse que vous aviez pour moi, & que je sens juíqu’au fond du cœur ; en second lieu, parce qu’il m’apprit que votre accommodement généreux avec Messieurs vos freres étoit fait, & que vous (s) De T Académie des Jeux floraux. de M. de Fonteneile. 107 en étiez fort contente. Cet nrticle-là me touche encore beaucoup. Je vous en fais le plus íìncere compliment du monde, & a peine pourrez-vous en avoir plus de joie que moi. Il y a encore plus, du moins pour moi; vous revenez, à ce que m’a dit M. de Mariotte , & en effet cela est nécessaire pour l’affaire qui vous reste ici. Si elle se passe comme je crois qu’elle se pasïera & qu’elle le doit , je vous déclare que je serai parfaitement content sur tout ce qui vous regarde. Venez donc, & finissons cela; j'en ai une vraie impatience. Ce M. de Mariotte , qui me dit tant de bonnes nouvelles, je vous dirai que je le goûte fort. Je ne fais fi c’est à cause de cela ; je ne le crois pourtant pas tout-à-fait. Je lui sens d’ailleurs bien de l’esprit, & un fond d’esprit de réflexion qui me plaît naturellement. Madame de Marfilly le porte toujours bien. Javotte (r) est toujours bien grande; il me semble que sesprit lui vient, quoique ce ne soit pas encore comme il vient aux filles. Mais ne voilà - t - il pas que je vais dire des sottises, fi je ne (r) Mademoiselle de Marfilly , amere-petlte» fille Je T. Corneille. 2o8 Lette es coupe court ! Adieu donc , Madame ; vous savez avec quels sentimens je fuis à vous , ou bien vous auriez un tort inexcusable. LETTRE VI. A L A MÊME . r; Janvier 1741. J E vous demande pardon , Madame^ de n’avoir pas eu l’honneur de répondre plutôt à la plus obligeante Lc à la plus aimable Lettre du monde. Elle n’étoit pas arrivée ici, que vous avez dû savoir à Vernon combien notre déluge, quoique fort étendu , avoit été innocent, du moins à l’égard des personnes. On en parloit beaucoup ; il fourniffòit à la conversation , mais on étoit en sûreté. Je me trouvai dans ma maison de plaisance {u) le soir du jour de Noël. Les eaux croissoient à chaque moment. Je ne pouvois rentrer chez moi qu’en p a fan t fur des planches («) Chez Madame de Tencin. assez DE M. DE FONÎENELLÏ. 20Y assez désagréables pendant la nuit. On envoya d’autorité chercher ma robe de chambre & mon bonnet de nuit, & je couchai-ià. Je n’en sortis point jufqu’au premier jour de l’an, que les eaux me rendirent ma liberté, dont je me passois fort bien. Madame de Marjilly , que je ne voyois point pendant ce temps - là , se tira assez bien d’assaire avec la Dame du premier, mais non fans quelques inquiétudes pour moi, qui pouvoient n’ëtre pas absolument nécessaires. Voilà toute mon histoire. Excufez-en la longueur ; mais le plaisir de vous entretenir m’a emporté. Parlez-moi, s’il vous plaît, de votr» retour d’aussi loin que vous pourrez le prévoir; cela me fera toujours une perspective agréable. Adieu , Madame. Je me flatte que vous n’ignorez pas combien je vous fuis sincèrement & tendrement attaché. Tome XI, L 210 Lettres. LETTRE VII. A L A M Ê M E. 31 Novembre 1741.' M Adame de Tencin , Madame , est i fort en liaison avec M. le Car- I dinal de Rohan , & je n’ai rien de mieux auprès de lui. Je me fuis adressé à elle, votre Lettre à la main , que je me dou- tois bien qui leroit un Son passeport. Elle l’a en effet trouvée fort jolie ; & il ne tiendra pas à cela que notre affaire ne réustìíle. Maïs Madame de Tencin la favoit déja par cœur ; elle en avoir entendu parler au Cardinal , qui n'est pas lui-mèrne bien persuadé de la bonté de son droit, & ne veut point , lui qui est Evêque , attaquer le droit des Evêques fans beaucoup de raison. On croit qu’il ne se trouve point de Bulles de Papes pour l’exemption que vous prétendez. Cependant on envoie à Saverne votre Lettre au Cardinal, bien appuyée. Ce st son affaire aussi-bien que la vôtre ; & s’il ne fuit pas son propre inté- DE M. DE FoNTENELLE. 2 11 rêt, on ne peut guère se plaindre de lui. Je vous ferai savoir sa réponse dès que je I aurai. Vous savez peut-être déja, Madame, la mort de mon frere , arrivée il y a pre'cilérrent huit jours. Elle fut très- imprévue & très-douce , vraie mort de prédestiné. Je ne doute point que vous ne preniez part à mon affliction , car je me datte de votre amitié ; & c’est un bien que je tâcherai toujours de mériter Si de conserver. Mes respects, s’il vous plaît, Madame, à Meilleurs vos freres. Je ne vous dis rien de Madame de Marjilly , parcs que je ne l’ai pas vue depuis que j’ai reçu votre Lettre : mais elle se porte bien, & Javotte encore mieux; elle engraisse à vue d’ceil, & il me semble qu’elle recevroit un bon mari avec assez de résignation. Vous devriez bien lui en trouver un dans vos cantons, où seront ses domaines. Sij sir Lettres LETTRE VIII. A LA MÊME. j Décembre 1747. J ’Ai vu M. P Abbé Barbier (x), Madame, l’ai entretenu à fond de votre affaire, & lui ai laissé votre grand Mémoire. 11 est parfaitement instruit de tout, & mieux que vous, fans vous offenser ; il y est même intéressé par une sœur qu’il a dans votre Abbaye ou Hôpital, & il honore extrêmement Madame f Abbesse, dont il m'a dit mille biens. L'assaire est en négociation entre les deux Prélats , qui tous deux font honnêtes gens » Dieu merci, & entendront raison. Il n’y a rien à faire pour vous à tout cela. Tous les titres paroî- tront en personne, au lieu que vous ne faites que les alléguer, comme il plaît à Dieu , dans des Mémoires qui n’ont nulle autorité. Tout fera examiné & discuté. Reposons - nous en attendant; (x) Secrétaire de M. le Cardinal de Rohaa, I)E M. DE FoNTENEILE. L 7 Z mais ne laiíTez pas de cultiver toujours M. l’Abbé Barbier , ou par vous-même , ou par Madame fa sœur. Je ne verrai point sur cela M. le Cardinal de Rohan , ni ne lui serai parler; cela seroit parfaitement inutile & mal à-propos. PalTerez-vous votre hiver, Madame^ hors de ce pays-ci ï II me semble que vous en prenez le train. Vous attendez peut-être à voir quel tour prendront les affaires générales, d’où dépendent assez celles des particuliers. Je ne con- damnerois pas trop cette conduite ; mais je ferois bien fâché d’être íï long-temps fans revoir le coin de votre feu. Adieu, Madame; je me flatte de n’avoir pas besoin de finir avec vous, ni par le cérémonial ordinaire, ni par des tours agréables & recherchés. LETTRE IX. A LA MÊME. iz Juillet 174 j. J ’Étois déja, Madame, extrêmement touché du foin que vous preniez d’en- yoyer savoir de mes nouvelles de temps 214 Lettres en temps, & de ne vous en pas lasser,' par recevoir toujours la même rcponse , que je me porte à merveille. II étoit impossible que je n’eufse toute la recon- noissance imaginable d’une attention si flatteuse ; & pour y mettre le comble , je reçois de vous au commencement de ce mois la plus obligeante Lettre du monde, à laquelle vous me dispensez même de répondre, pour en user plus poliment avec ma maudite paresse. Mais, Madame, il s’en faut bien qu’elle n’ailie jusques-là; & si elle étoit capable d’une si noire ingratitude, je ne fais ce que je ne ferois pas pour la punir. Je crois, Dieu me pardonne , que j’écrirois autant qu'u n brave Commandant d’un arriéré - ban de Province , qui écrivoit tous les premiers jours de i’an à tous ceux dont il savoìt seulement le nom , du nombre desquels j’étois , pour mes péchés. J’ai été fort frappé d’un trait de votre Lettre , que la raison éclaire , mais qu elle ne conduit pat. Je ne le donnerois pas pour un des plus fins de la Rochefoucauld ; & si je travai'ssois encore pour le Public, & que vous eussiez la générosité de me le donner en pur don , je DE M. DE FoNTENÊtLí. 27 ^ serois ravi de pouvoir m’en parer en quelque occasion qui en sut digne. Avez-vous donné de vos nouvelles tout auprès de moi (y) ? J’ai peur que non , & je n’ofe trop le demander. Je serois fâché de non , par plusieurs raisons. Un petit mot d’éclaircissement, s’il vous plaît, autant que cela se pourra; je me flatte que vous connoissez ma discrétion. Je me flatte aussi , Madame, que vous savez combien je vous fuis sincèrement attaché, & que je n.e manquerai' jamais les occasions de vous en donner de nouvelles preuves. (y ) A Madame de MarJUly. LETTRE X. A LA M Ê M E. 17 Juillet 1745. I L y a déja quelque temps, Madame, que vous avez reçu une réponse fur l’affaire à laquelle vous aviez la bonté de vous intéresser. Il n'est donc plus question á’en parler; & il né me reste qu’à Lr6 Lettres vous remercier en mon particulier de toutes vos bontés pour moi, mais aulll vivement qu’elles le méritent. Je puis bien vous assurer que j’en sens tout le prix, & le sentirai toujours; mais je ne l’écnrai peut-être pas aufli souvent que je devrois, & vous avez même la bonté de me promettre de l’indulgence fur cet article. C est tout ce qu’on peut faire de plus touchant pour un détestable paresseux , endurci dans son vice par une très- longue fuite d’années. J’éprouve encore par d’autres endroits ces inconvéniens de ladite suite , & les toléré le mieux que je puis ; mais à la fin je ne ferai pas le plus fort :ce sot discours-là même que je vous tiens en est un effet, & je vous en demande pardon; du moins est-il bien sûr que les sentimens que je vous dois ne s’en affaiblissent pas, & que personne ne vous est plus acquis que mou C(§7 LETTRE £>e M. de FonteneelE. ax.’jf LETTRE XI. A LA MÊME. i? Juillet 174s. O us voyez, Madame, qu’il ne V saut pas avoir trop de bonté pour moi, & que je fais bien en abuser. En vérité, il est honteux que js vous aie obéi si exactement fur la défense que vous me faisiez de vous écrire. II est vrai que cela avoit l’aic de vous obéir, & par conséquent très- bon air de ce côté-là ; mais ne voyois- je pas bien que c’étoit une ironie piquante fur ma maudite paresse, & ne devois-je pas m’en ressentir, & repousser l’ironie en vous écrivant bien vite ? C’étoit bien là aussi mon premier dessein : l’exécution en auroit dû être prompte; mais de jour en jour il s’y est toujours présenté quelque obstacle, qui n'en auroit pas été un pour un honnête homme, mais qui fuffifoit pour un infâme paresseux. Ce qui me justifie un peu, c’fcft que s’st étoit quefj Tom& XI. T 278 L. KTTBES tion de la moindre affaire qui vous regardât , oh! non-íe lement j'e'crirois, mais j’a irois, j’iroi^ , ie vicndrois ; on n’a pas un vice dans toute fa perfection, non plus qu’une vertu. Jp vous luis très sérieusement & très- tendrement obligé, Mad une , de l’in- téret que vous voulez bien prendre à ma santé. Elle est toujours à peu près l.i mème, & je ne baille jufqu’à présent que par degrés astez peu sensibles. Je serois un ingrat, si je me pîaignois de la nature à cet égard. On me prêche de tous côtés la (obriété, que je pratique peu ; mais la gourmandise est encore pour moi un vice incurable auísi-bien que la paresse. Ces deux-là miles ensemble sont un joli caractère; c’est dommage que vous lesayez oubliées dans ce portrait qui a tant fait d’honneur à Mademoiselle U Couvreur ( o» Il m’est arrivé une Javane seconde (a), qui en vérité est jolie aussi; elle sent un peu Saint-Cyr : mais cela (r) Célébré Actrice de la Comédie Françoise. On ie lui avoir atti ibué. fa) Mademoiselle dc Jtíartinviile , sœur dc IVÎaJemoiselle de Marjllly. Elle íortoit de Saint.- Çyr. t>E M. de Fontenelle. 219 ne se pouvoit pas autrement ; & je fuis bien trompé, si ces apparences-là ne cachent quelque chose de fort aimable. Je ne serai point content qu’il ne coure par-tout Paris l’histoire scanda- leuíe & incroyable de deux sœurs , jeunes ôí jolies, qui léseront de'coîffées pour moi. On m’a dit qu’il falloit toujours vous écrire chez Messieurs vos frères , quand même vous n’y seriez pas. Si cette Lettre ci vous y trouve, je vous prie de me permettre de les assurer ici de mes respects. Pour vous, Madame, je me flatte que vous êtes bien sûre de mon tendre & inviolable attachement. g. — E... ■; LETTRE XII. A LA MÊME. 1 Janvier 1746°. O Uflque infâme paresseux que je sois en fait de Lettres, je ne puis réíister, Madame, à celle que je reçois de vous , & j’y réponds dans le moment. MuUjré mon endurcissement T ij 2.20 Lettres dans le péché , je me reprochois déjà depuis assez long temps l’abus que je íaiíois de votre excès de bonté. Il est vrai que je íavois de vos nouvelles , & que je ne manquois jamais de m’en informer à ceux qui pouvoient m’en apprendre; mais cela íuffiToit-il? Oh que non: & quel tort n’avois-je pas encore? Je vous demande donc pardon , Madame, &à deux genoux ; ce seront-là vos étrennes, quoique peu dignes de vous. Je fuis un malheureux, indigne de vivre , mais qui ne puis pas me passer de votre amitié, que j’elpere pouvoir mériter d’ailieurs. Vous m’en avez flatté, & c’est un bien qui me fera toujours très- précieux. LETTRE XIII. A LA MÊME . if Septembre 1746. J ’Aï assez sait, Madame, mon personnage de paresseux. J’ai voulu par politique le faire mëme à votre égard, asm que personne ne se crut plus en î)E M. DE FoNTENEILE. 221 droit de se plaindre. Mais enfin il est temps que cela finisse , & que je réponde à la plus obligeante Lettre du monde que j’ai reçue de vous. Je vouá prie de ne pas douter un moment que je ne la fente comme je dois ; & en tout cas, je vous en convaincrois tôt ou tard, Je n'ai point de nouvelles à vous donner fur ma santé ; c’est toujours la xnéme chose, & je fuis feulement étonné que ce soit íi long-tempsla même choie; car il faut pourtant, &x. mais je ne veux pas insister là dessus. Mes filles (/’) font, comme vous savez , hors de chez elles, fur une branche qui s’est trouvée-là par hazard pour les recevoir, mais parfaitement libres, & peut être trop; peut-être fentent- elles déja les inconvéniens de ce qu’el- les ont tant souhaité. Pour vous , Madame, je vous conseille, mais très-sérieusement , d’achever joyeusement votre automne, comme vous l’avez commencée; & quand vous jugerez à propos de revenir ici, comptez que vous y ferez reçue dans la grande perfection. [í) Mesdemoiselles de MjrJUly. Leur aïeule, Jladame de M^rsùly, veiìoi; de mourir. T sij 221 Po RTRAIT ft I 1 1 ' F 1 P O R T RA I T DE M. DE FONTENELLE, Par feu Madame DE FoRGZriLLE , en 1716, T E s personnes ignorées font trop _ .j peu d’honneur à celles dont elles parlent, pour que j’ofe mettre au grand jour ce que je pense de M. de FonteneLle ; mais je ne puis me refuser çn secret le plaisir de le peindre ici tel qu’il me par ïoît. Sa physionomie annonce d’abord son esprit; un air du monde répandu dans toute fa personne , le rend aimable dans toutes ses actions. Les agrémens de l’esprit en excluent souvent les parties essentielles. M. de • lonunelle raíîemble tout ce qui fait aimer & respecter. La probité, la droiture, I équité composent son caractère; une imagination vive, brillante, des tours fins , délicats , des expressions nouvelles, & toujours heureuses } en, DE M. DE FonTENEELE. 22Z font l’ornement. Son cœur est pur, ses procédés (ont nets, fa conduite uniíor- me , & par-tout des principes. Exigeant peu , justifiant ou excusant tout; saisissant toujours le bon, & abandonnant li fort le mauvais, que l’on pourroit douter s’i! sa apperçu ; difficile a acquérir , mais plus difficile à perdre; exact en amitié, scrupuleux en amour, l’honnéte homme n’est négligé nulle part : propre aux commerces les plus délicats, quoiqueles délices des Savans; modeste dans ses discours , simple dans ses actions ; la supériorité de ion mérite se montre, mais il ne la fait jamais sentir. De pareilles dispositions persuadent aisément le calme dans son aine; aussi la possede t-il si fort en paix, que toute la malignité de l’envie n’a point eu encore le pouvoir de l’altércr. Enfin l’on pourroit dire de lui ce qui a déja été dit d’un autre grand homme (c), qu’il honore l’humanité. (r) M. de Turenne . Tiv 224 Lettre de M. DE Brevedent c LETTRE 'De M. de Brevedent « Madame DE FORGEV1LLE , qui lui avoit demandé de lavande M. l'Abbé Trublet, s'il n avoit point quelques Lettres de AI, de Fontenelle (-/). ii Mars 17; 8. "I" E ne vous ai point cru en l’autre «J* monde , Madame ; j’ai su au contraire par tout ce qui a parlé de vous , combien vous faiítez d’honneur à celui -ci. J’ai feulement peníéqu’auíìi touchée que vous lavez été de la plus grande des pertes, il vous reíloit peu de sensibilité pou.r tout ce qui étoit incapable de la réparer. Vous jugez bien , par ce sentiment , que l’apparence de (d) J'ai cru pouvoir placer cette I.ettre à la fuite de celles de M. de Fontanelle à Madame deïor^cville, parce cu’elle m’a paru propre à justifier ce cpson y a lu tu r M. ce Brevedent. Quoique je le fàfle sans lui en avoir demandé la permist'on , je me flatte qu’il ne le trouvera point mauvais. a Madame de Forgeville. 225 votre oubli m’a bien plus engagé à vous plaindre, que porté à me plaindre de vous. Je fuis bien plus flatté qu’il ne me seroit possible de l’expri- mer, du souvenir que la vue de M. de. Brou (t) vous a rappelé. Je vois que je n’ai rien perdu de cette bonté dont vous m’honoriez, & qui, en vérité, est & fera toute ma vie un des principaux biens qui m’en puissent rendre la durée agréable. J’y compte íi fort , fur la parole que vous daignez m’en re- nouveller, que j'ose vous prier, malgré votre aversion pour récriture, de me donner quelquefois de vos nouvelles. Vous ne sauriez faire cette grâce à qui que ce pût être qui s'intéressât plus sincèrement que moi à tous les détails de ce qui regarde & votre santé & vos plaisirs; car il en faut chercher, & il ne seroit point du tout fige de s’a- bandonner à tout le dégoût que peut inspirer la privation d’une íociété trop délicieuse, puifqu’elle ne devoit pas toujours durer. Je ne puis rien fournir à M. l’Abbé Trublet , n’ayant jamais été ni pu pré- (e) Alors Intendant de Rouen , mon depuis de ía petite vérole. 22 6 Lf.ttf.e de M. de Bk. &c. tendre à être en commerce de Lettres avec M. di Fontenelle. Eh , bon Dieu ! je n’aurois eu garde d’en abuser à ce point, quand même j’aurois pu penses qu’il auroit eu assez de complaisance pour ma vanité, pour s’y prêter jusqu’à ce degré. J’ai assurément toujours trop respeóìé ses occupations, & même son loisir. Ah! personne, je crois, personne, hors vous & moi, n’a été rempli pour cet admirable homme, de toute la vénération qui lui étoit dûe. Assurez, je vous supplie, M. l’Abbé TntbUt de , &c. Si je ne puis contribuer en rien à ce qu’ii sera pour son illustre ami , je puis bien l’aílurer que nul autre que moi ne jouira avec plus de sensibilité de tout ce que promet au Public l’idce qu’on a de lui, & de l’atnitié qui Je guide. Je vous sais mon sîncere compliment d’avoir , après votre malheur , trouvé lire amie comme Madame Gcoffiin ; c’eíl assurément se secours le plus digne de votre douloureuse situation & de votre cœur. Madame * * a été d’une sensibilité à Thonnetir de votre souvenir , dont tout autre que moi pourroit être sur- Lett. de M. de Fontenelle. 227 pris ; mais elle m’a vainement chargé de vous l’exprimer. Ferois-je mieux pour les autres que pour moi ? Suppléez donc toujours à tout , puisque vous réduisez les gens à des íentimens au-dessus de l’expreffion. LETTRE De M. de Fontenelle yârEléonore d’Yvrée , ou les malheursde l’Amour, petit Roman de Mademoiselle Bernard, imprimé'pour la premiere fois en 1687. La Lettre de M. de Fontenelle parut dans le Mercure de Septembre de la même année f). Q Ue donneriez vous, Madame, à un homme qui vous apprendrait que, selon toutes les apparences , le (/) 0 11 fait les liaisons de M. da Fontenelle avec Mademoiselle Bernard , née comme lui à Rouen. 11 f aida dans plusieurs de ses Ouvrages. On peut voir son article dans le Moreri, Sc ce que M. l’Abbé Trublet a dit d’elle dans íes Mémoires fur M. de Fontenelle , pag. 14 &: 501. Apres Èléonore d’Yvrée , Mademoiselle Bernard publia deux autres Romans, le Comte d’AmíoiJè 228 Lettres goût des Romans va fe rétablir ? Je fuis aíìuré que vous recevriez avec plaisir une pareille nouvelle , & c’est moi qui (erai assez heureux pour vous la porter. Nous nous imaginions que le siècle avoit perdu ce goût-là ; nous croyions savoir perdu nous mêmes; mais il est aisé de voir d’où cela ve- noit. On ne saison plus de Romans , & le goût périssait, faute de sujets fur quoi il pût s’exercer. Je viens de faire ime lecture qui m’a rendu l’ancienne vivacité que j’ai eue pour ces fortes d’Ouvrages, & que i’efpere qui réveillera aussi la vôtre. Je vous parle d ’E- léonore d'Yvréc que je vous envoie. C’est un petit sujet peu chargé d’intrigues, mais où les fentimens font traités avec toute la si n esse possible. Or, fans prétendre ravaler le mérite qu’il y a à bien nouer une intrigue , & à disposer les & Inès de Cordoue. Ils eurent encore beauconp,, de succès , le premier sur-tout ; & ils ont été souvent réimprimés depuis , (bit séparément , soit en diiíétens Recueils d’Ouvrages I selle, que ce cheveu blanc, qui devoit naturellement, dites-vous, passer pour une marque de sagesse , n’ait palîë chez moi que pour une marque d’amour , c'est-à-dire, de folie, selon votre interprétation. Telle est la condition des jeunes & jolies personnes ; elles peuvent par quelque grand hasard être sages , mais on n'est pas obligé de le croire. Qu’elles en donnent tant de preuves qu’il leur plaira , il y a toujours des incrédules. Vous vous ctes peut-être blanchi ce cheveu à méditer profondément fur la vanité des choses de ce monde , fur la brièveté de la vie fur f inutilité de tout ce qui nous occupe ; mais ne pensez pas , s'il vous plaît, vous faire honneur d’avoir élevé vos pensées fi haut. Vos cheveux en fussent - ils devenus plus blancs qu s Xij 2 '4 Lettres ceux cie Madame.qui n’a pour-í tant jamais eu de ces sortes de pensées, ce!a ne serviroit de rien à votre réputation. Renoncez à la morale, Mademoiselle, ou renoncez à l’aimable figure que vous avez: ce sont deux choies incompatibles ; on ne vous les permettra point toutes deux ensemble; Sc quand il s’agira de deviner la cause de votre cheveu blanc , on l’attribuera plutôt à une infidélité qu’on vous aura faite, qu’à la sagesse de vos réflexions. Ce seroit pourtant une chose incroyable qu’on vous fît une infidélité, mais il le íeroit encore davantage que vous fissiez des réflexions. m ■ i \u 1 1m mim— ——a——a———— LETTRE V. A Mademoiselle de V. .... fur ce qu elle alloït apprendre à chanter. La cinquanre-sixieme. J E rentre au logis, Mademoiselle J après avoir couru toute la matinée pour trouver. Il a eu de la peine à me promettre trois visites par semaine Galantes; 245 pour vous ;& je ne fais, quoique je les aie obtenues , 1> je l’ai prelTé avec. toute la chaleur possible de me les accorder. Je ne contribue pas trop volontiers à vous faire avoir de nouveaux charmes; vous n’en avez déja que trop, & s il ne tenoit qu’à moi, je retrancherois plutôt que d’ajouter. Je tremble,quand je songe que vous saurez chanter, & qu’aflurément vous chanterez bien, car vous le voudrez. Votre bouche , qui n’est: encore que je ne. sais quoi d’incar- nat & de façonné, fait déja me troubler quand je la regarde; & que fera- ce, quand il sortira de-!à des sons tendres & doux? Je vous avouerai pourtant que ce seroit toute autre chose , íì ces sons tendres & doux n’étoient point notés , si vous les preniez dans votre cœur, & non fur un papier, & si c’étoit un maître à aimer, plutôt qu’un maître à chanter, qui vous les eût appris. Xiij 2 4-6 Lettres LETTRE VI. A M. de 2>. .... Récit d'une querelle qu'il avoit , pour avoir préféré les personnes maigres a celtes qui étalent grasses. La cinquante-septième. R o i R r E z-vous bien que j’ai une J querelle fur lès bras , moi qui n’en ai point encore eue depuis que je fuis dans le Service ? J’avois dîné l’autre jour bien tranquillement dans raon auberge, & au sortir de table , je me promenois dans la cour avec quatre ou cinq Cavaliers. Les nouvelles avoient été épuisées pendant le dîner ; de quoi s’entretenir après les nouvelles ì II ne reftoit plus que les Dames. Une conversation d’auberge ne pouvoit pas rouler fur des matières de galanterie aufìi fines & aufli délicates que les conversations de Cléhe. On ne parla point des différences de l’amour & de l'ainitié, ni de fart de dcméler le procédé Galantes. 247 de l’efprit d’avec celui du cceûr; il suc seulement question de savoir lesquelles font les plus belles des grosses personnes ou des maigres. Puifqu’il íalloit choiíir une extrémité, je me déclarai pour les maigres. Il y avoit là un Capitaine réformé , qui commença à soutenir le contraire avec chaleur. II fallut que j’élevaste mon ton naturel pour répondre au lien. Je tournai en ridicule la majesté qu’il attribuoit aux grosses períonnes , & je le fis st heureusement, que les rieurs se mirent de mon côté. Quand il voulut se moquer des maigres , on ne rit point : voilà mon homme au désespoir. J'avoue que Je triomphe des maigres m’er.sta le cœur, & que je pris un air victorieux. Il voulut s’en venger par quelques paroles qui s’adresterent personnellement à moi; mais ces autres Messieurs crurent qu’il étoit de leur devoir de faire finir la conversation. Ils rn’ont dit que ce qui l’avoit mis dans les intérêts de l’embonpoint, est une très-grosse personne qu’il adore: mais ils eussent dû me faire quelque figne , pour m’en avertir; & comme je ne fuis amoureux d’aucune personne qui soit maigre S L E T T r. E s j’eusse cédé auslì tôt. Il y a peut-ctre quinze jours que cela s’est passé. J’ai fait des avances à M. le Capitaine, pour lui faire oublier notre dispute; mais il ne me paroît pas disposé à entendre parler Raccommodement. Je crois qu’il veut avoir ce mérite-là auprès de fa Maîtresse, & que dans les tendres protestations qu’il lui fait , il y mêle des fermens de ne pardonner jamais aux ennemis de l’embonpoint. Hier, je voulois aller à une certaine Ireure précise chez une assez jolie femme: le temps me pressoit; on n’avoit pas trouvé mes porteurs; j’y allois à pied 8c fort vite. Je pouílai un peu quelqu’un en passant dans une rue ; justement c’étoit le Capitaine, qui me c’it tìerement : Morbleu , Monsieur , pre- ne^ garde à ce que v;us faites. Comme je n’avoispas un moment à perdre , je lui répondis d’un air chagrin , Sc fans regarder: Je nui pas le loisir dt me battre contre vous , f ai autre chose à f.ire ; & je passai outre. II eût été ravi d avoir une occai'on de ferrailler ; mais franchement, je n’eus pas assez d’honneur dans ce temps là pour lui tenir tête. Je ne íais ce qui arrivera de tout ceci ; il G A L A N T E S. 24e? seroit plaisant que )a question de la grosseur ou de la maigreur des Dames r nous envoyât devant Messieurs les Maréchaux de France. Je remarque que mon ennemi va par les maisons, animant & soulevant toutes les grosses personnes contre moi; & depuis quelques jours je trouve qu’elles me regardent de mauvais œil. Que ferai-je , mon pauvre ami, dans un péril fi pressant ? Je crois n’avoir pas d’autres ressources, que d’armer toutes les maigres pour ma défense. LETTRE VIL ui Mademoiselle de J. . . ... sur le chagrin qu il a de la quitter, pour allersrvir en ílandres. La cinquante-huicieme. *F E demande pardon au Roi & à ma *! Pairie, du regret que j’ai de partir pour les Pays-Bas, & d’aller trouver mon Régiment; mais en vérité, Mademoiselle, vous êtes bien aimable, & je vous laisse avec un Rival. Dès que ■2 yo Lettres vous ne me verrez plus, vous oublierez combien je vous aimée , & vous croirez que mon Rival vous aime assez; mais prenez , je vous prie, un état de mon amour, pour le pouvo;r toujours comparer au sien. Hélas , il va représenter sur votre cœur tout ce que nous allons faire dans les Pays-Bas, astauts, embuscades, surprises, &c. Que fera ce, s’il réustit, comme nous réussirons, fans doute? Quand nous aurons bien pris des villes, j’y fuis peut-etre pour la vingt millième partie de la gloire; mais.quand à mon retour, je trouverai votre cœur pris , j’y fuis pour tout. Je tâcherai à mériter que la Gazette parle de moi, pour vous faire souvenir de mon nom : mais le malheur est que je ne pourrai pas faire mettre mes soupirs dans la Gazette; & mon nom lans mes soupirs, c’eít bien peu de chose. Il me semble qu’i! y a lin fort mauvais ordre pour les Amans qui vont à la guerre. Le Roi donne à ceux qui ont c'es affaires & des dettes , de certaines Lettres d’Etat , par lesquelles les poursuites que leurs créanciers feroient contr’eux , font arrê- jées , tandis qu’ils font en campagne Galantes.' pour le service de Sa Majesté ; autrement il seroit bien cruel qu’ils trouvassent à leur retour , qu’on se seroit servi de leur absence pour renverser tout chez eux. Ne devroit-il pas y avoir auílì pour les Amans des Lettres d’E- tat, qui empêcheroient, pendant qu’ils font à l’armée , qu’on ne profitât de leur éloignement pour leur enlever le cceur de leurs Maîtrelïes ? On revient chez foi , après avoir exposé sa vie pour son Prince ; on trouve une in- íidelle de la façon d’un homme de Robe, ou d’un Citadin. G’est là ua grand désagrément dans le Service ; 8c quand Meilleurs les Ministres y auron t pensé, je crois qu’ils y remédieront. II n’y aura que les belles qui voudront peut être s’y opposer , à cause de la trop grande fidélité qu’on exigeroit d’elles , ou de 1 inutilité de vie où elles seroient réduites pendant toutes les campagnes; mais il réimporte: le bien public le doit emporter fur tout ; le Roi seroit assurément mieux servi. Je vais tâcher d’infpirer cette pensée à ceux qui approchent les Puissances ; & si je puis , je vous obligerai bien à m’être fidelle , en vertu d’une Déclaq 2/2 Lettres, Scc. ration du Loi, puisque vous ne voulez pas l’etre naturellement. LETTRE VIII. A Madame en lui envoyant du vermillon pour une d. ses amies. La cinquante-neuvieme. r O us m’honorez beaucoup, Ma-' v dame, de m’avoir choisi pour me confier les beloins du teint a’une de vos amies. Je vous envoie le meilleur vermillon de Paris. Je souhaite que la Dame pour qui vous me l’avez demandé, & que je crois deviner, en loit contente , & que M. le Comte de. y loit trompé: mais je crains que son vermillon ne lui soit allez inutile, íì l’on vous voit toujours toutes deux ensemble , comme à /ordinaire. Votre teint enlaidit plus le si.n, que mon rouge ne pourra /embellir. Si vous vouliez être amie généreuse , vous prendriez un peu de ce que je vous envoie , pour avoir le teint moins beau, & n effacer pas celui de Madam® Avertissement. 25; de.avec tout le secours qu’il pourra avoir Peut être même le devriez vous faire par votre propre intérêt; car, parce que vous aurez un incarnat plus vif que Madame de. on croira qu’il fera emprunté , & que le sien fera naturel. Au reste , Madame, soyez sûre du secret que vous me demandez. J’ai une égale discrétion pour les cœurs & pour les teints qui ont de la confiance en moi ; Sc vous verrez que, quand je rencontrerai votre amie, je ferai le premier à admirer ce que j’ai acheté. AVERTISSEMENT De la premiere Edition des Lettres du Chevalier T Her * en. 1 6 8 3. Le Libraire au Lecteur. J E ne fais si ces Lettres pafieroíent aisément pour être d’un Grammairien fort exact dans la Langue ; mais on reconnoîtra qu’elles font d’un homme du monde, qui parle agréablement, Sc 4 Avertissement. qui écrit comme il parle. On dit que ce doit être là le caractère des Lettres. On n’a rien voulu changer en celles- ci; & à la réserve de quelques endroits qu’on a retranchés , parce que c’étoit quelque chose de trop particulier qu’on n'auroit pas assez entendu , on les donne telles qu’elles ont été envoyées dans les divers temps que l’Auteur les a écrites. Ceux à qui elles s’adreílent, rendront témoignage de cette vérité. Ce íont gens très-connus pour la plupart , Lc qui ont beaucoup d’estime pour le Cavalier qui a commercé aveç eux. î- *L ♦ X * X * « * X V. .LdJagtyLíi* s* Vxx -x\ tifâê3Skt ’.'«WvïA ifíoìflU iXXX‘*X/! Çxxx.x? ÍU^ijJp ?;*ï*xì* , íi Ut jfcxS.jïxí' •>*+íSí'+l S! 1. t ~~^~ POÉSIES D I V E R S E S DE MONSIEUR DE FONTE N ELLE, Tirées pour la plupart des anciens. 31e rc ures. LE ROSSIGNOL, LA FAUVETTE ET LE MOINEAU, F d B L E. E tendre Rossignol & le galant Moi- ti r)-- j neau > î E'un êe l'autre amoureux de la jeuns Eauvette, Lur les luanclres d'un jeune ormeau , Lui parloiçnt un jour d’araourette. sy 6 Poésies Le petit Chantre ailé , par des airs ronces reux , S’eftorçoit d’amollir le cceur de cette belle. Je fêtai , Ici dit-il, toujours tendre & fìdelie , Si vous voulez me rendre heureux. De mes douces chansons vous savez l’iurmor nie, Elles ont mérité le suffrage des Dieux, Désormais je les sacrifie A chanter vos beautés „ votre nom en toux lieux ; Les Echos de ces bois le rediront fans cesse ; Et j’aurai tant de soin de le rendre écla-* tant , Que votre cœur enfin sera content De voir l’excès de ma tendresse. Er moi , dit le Moineau je volts baiserai tant. A ces mots , le procès fut jugé dans l’iníhnt En faveur de l'ciseau qui porte gorge noire. On renvoya l'Ors.au chantant, Voilà la fin de mon histoire. En voici la morale, & qu’il faut retenir. ïleautés, qui tous les jours voyez dans vos ruelles Un tas d Amans transis ne vous entretenir Que de leurs vains soupirs, de leurs peines cruelles, ■ Et d’auctes fades bagatelles, Songeï Diverses. 2^7; Songez à préférer le solide au brillant. On se passe sort bien de vers , de chansonnette } Le raient du Moineau , c’est là le vrai talent. Je sais mainte Cloris du goût de la Fauvette , A moins qu’il ne se trouve un tiers Oiseau donnant : Alors il n’est pas étonnant Que ce dernier gagne fur l’étiquette. L’AMOUR NOYE (A). 1 6 7 7 ' PHilis plongeoir l’Amour dans seau, L’Amour se sauvoit à la nage; II revenoit sur le rivage , Philis le plongeoir de nouveau. Cruelle, disoit-il, vous qui m’avez fait naître ^ Hélas ! pourquoi me noyez-vous ? Est-ce que vous voulez nr’empêcher de pa« roître ? Prenez-en un moyen plus doux. (h) On avoir joué au jeu de noyer, où de deux personnes proposées à une troideme, cclle-d en noyé une. I.’Auteur avoir été noyé douze fois par une jolie personne qu’il aimoic. JVoíe de l’jiuteur. Tome XI, Y. 2 s 8 Poésies Je nc paroîtrai point, c’e.l une affaire faite ; Je ne vous servis pas pourtant rendre moins, Pour en pêcher f Amour de croître. ,Vous caressez Marqués, parce qu’il est petit; S’il devenoit trop grand, il n’autoit rien d’aimable. Un petit Amour divertit; S’il devient trop grand , il accable. JWais j’entends que Marqués se plaint du mail» vais tour Que lui fait ma Muso indiscrète. 'Ab ! vous me ruinez , vous gâtez tout, Poète, Dit-il, en me faisant ressembler à l’Amour. L’Amour n’est pas trop bien auprès de ma Muî~ tresse ; Si vous ne le savez , elle l’a toujours fui ; Etc’esl assez pour perdre fa tendresse, Que d’avoir par malheur du rapport avec lui. Diverses. 265 En mon état de chien , j’ai l’ame assez contente, Je fuis heureux par cent bonnes raisons. I'si bien affaire, moi, que vos comparaison? Viennent troubler ma fortune présente. Et si, pour ressembler aux Dieux, Ma Maîtresse me disgracie, A votre avis, m’en trouverai-je mieux? Non , non , c’est trop d’honneur, je vous en remercie. Ah ! mon pauvre Marqués, ce seroit grand’pidc, Qu’après avoir quitté pour elle pere & rnere , La patrie aux grands cœurs toujours aimable & chere , Tu te visses disgracié Pour une cause si légere. Non , cela ne se peut. Fais valoir tes appas : Cher Marqués, ta Maîtresse aime que tu la fiat* tes ; Caresse-la , dens-toi fans cesse entre ses bras, En aboyant, en lui donnant tes pattes, Explique-toi le mieux que tu pourras. Et loin qu’elle te soit cruelle , Parce qu’avec l’Amour on te volt du rapport, Fais que l’Amour trouve grâce auprès d’elle, Puisqu’il te ressemble si sort. Tome XI, 2+ 266 POESIES U INDIFFÈRE N CE A IRIS. i Fj 8. §Ans doute , belle Iris, je vous ai bien servie; Vous avez jusqu’ici vécu tranquillement; iVlais depuis peu , dans votre train de vie, J’apperçois quelque changement. Cet heureux temps n’est plus, ce temps fi favorable Pour un règne comme le mien, Où vous ne saviez pas que vous fulTîez aimable, Où l’on ne vous en disoit rien. Vous souffrez maintenant des gens qui vous le disent : Sur ce que vous valez, ils vous ouvrent les yeux; Et depuis qu’ils vous en instruisent, Vous en valez même encor mieux. Vous voyez chaque jour votre mérite croître ; Pourquoi faut-il qu’on vous l’ait découvert ? Vous voudrez éprouver peut-être A quoi fane de mérite sert. Diverses. 26/ Vous voudrez voir íî la t:ndrcsse Ne le fauroit pas mieux mettre eu œuvre que moi; Car il est , entre nous, d’une certaine cspece Assez propre à ce doux emploi. Cultiver les talens d’une jeune personne , Animer sa beauté , façonner son esprit, Ce n’est pas un métierd quoi je fois trop bonne; L’Amour , dit-on , y réussit. Dirai-je tout ce que je pensé ì Vous avez unTircis, Iris , qui me déplaît, Qui, toujours en votre présence , Quoique vous dussiez bien prendre mon intérêt, Dit du mal de rindistêrence. II dit que je ne fuis propre qu’à vous gâter, Qn'il est mille plaisirs que vous pourriez goûter, Que je vous fais perdre votre bel âge : Je fuis lasse de tout cela ; Et fi vous le voulez écouter davantage, De bonne foi, je vous quitterai-Ià. Aussi bien, si son amour dure, ( Er franchement j’en ai grand’peur ) La victoire pour moi n’est pas chose trop sûre; Tant de foins , de respects , font de mauvais au- S ure - 7 .. Z ij ì68 Poésies Et m’annoncent toujours qu’il faut sortir d’un cccur. Encor si j’avois espérance Que de votre froideur on dut se rebuter, Je ne voudrois pas vous quitter. Et du moins j’aurois patience. i Mais Tircis n’est pas si-tôt las : II a de votre cœur entrepris la conquête. Puifqu’il s’est mis ce dessein dans la tête, Je le comtois, il n’en démordra pas. Jusqu’á ce qu’à sor. point il vous ait amenée* Vous obséder sera son seul emploi ; C’est une humeur tellement obstinée , Qj’il faut qu on l’aime, ou qu’on dise pour, quoi. Ainsi donc , j’aime mieux céder de bonne grâce. Que de me voir obligée à céder; Votre cœur est de plus une efpece de place , Que, fans beaucoup de peine , on ne sauroit garder. Je prévois qu’il faudroit te défendre fans cesse, Tourte monde l’attaquera. II est plus à propos qu’enfin je vous le laiílè, Vous en ferez tout ce qu’il vous plaira. D I Y K RSES, 269 Quand je m’en ferai retirée , J’en veux chercher quelqu’autre où je demeure cn paix. II cn est, & plusieurs, où je luis assurée Qu'on ue m’attaquera jamais. RÉPONSE D’ I R I S 'A L’INDIFFÉRENCE. 1 6*7 8. Q Uoi ! vous m’abandonnez , hélas ! ma chere hôtesse, Vous me dites adieu dans mon plus grand besoin : A quoi bon de mon cœur avoir pris tant de foin , Pour fuir , quand on cn veut surprendre la tendresse ? Mais quel sujet encor vous force à me quitter ? .Tircis médit de vous ; voyez la belle affaire 1 Quoi! pour des mots faut-il fc rebuter ? Vraiment vous ne résistez guère; II ne faut rien pour vous épouvanter. Z iij iqo POESIES Montrez-lui ce que c’est que cette indifférence Qui régna si long-temps dans mou coeur endurci ; .Vous voyez qu’il se fie en sa persévérance ; Hé bien,, persévérez aulfi. Plus t’ennemi vous paroît redoutable , Et plus vous trouverez de gloire à mériter: C’est justement parce qu’ii est aimable, Qu'à de plus grands efforts il faut vous excter. De plus, quand vous m’aurez laissée, Si Tircis me laifToit, à parler franchement, Je ferois bien embarrassée, De n’avoir plus ni. vous ni mon Amant. Donnez moi donc le temps d’éprouver fa c instance , Avant qu’à vous quitter je puisse consentir ; Après cela. si vous voulez partir, II faudra prendre patience. Souvent les Amans font trompeurs , Et malgré tous leurs foins & toutes leurs (suceurs , II est bon que l’on fe défende : Car dès qu’ils font les maîtres de nos cœurs, On remarque combien la différence est grane, De ces Amans soumis à des Amans vainqueurs D I V E R s E S. 271 jîVJais ensin, fi de moi vous vous trouvez trop lasse, Quand Tircis m’aura fait croire cc qu il me dit, Alors moi -même je vous cirasse; Ce Tircis dans mon cœur remplira votre place, Je l’aimerai pour vous faire dépit. APOLLON A IRIS (i). Os vers, aimable Iris, ont fait du bruit ici, On vous nomme au Parnasse une petite Muse. Puisque votre début a íì bien réuilì, Vous irez loin , on je m’abuíe. Nos Poètes galans Font beaucoup admiré ; Les femmes beaux-efprics, telles que fut la Suze, Pour dire tout, l’ont un peu censuré. Je fuis ravi que vous soyez des nôtres. Etre le Dieu des Vers feroit un sort bien doux, Si parmi les / meurs il n’en ctoit point d’autres, Que des Auteurs faits comme vous. !i) Cette Epître &: la suivante font partie d’une pìece imprimée dans 1 c Mercure de Décembre 16-7 , M inrûalée : 1 -oir, elle à Madame dc . pur VAuteur du Mercure. Elles forre l’ure & Tautre de M*, de ion- WidUi mais la J-ìcuyelle a 1 est elì pas. Z iv 272 POESIES J’ai su: les beaux esprits une puissance ce- :iere ; Ils reconnoissent tous ma Juridiction. A vous dire !c vrai , c’tst une nation Dont jc suis dégoûté d’une étrange maniéré. Et même quelquefois dans mes brusques transports , Peu s > e^ faut qu’à jamais je ne ies abandonne ; ]Vlais si les beaux esprits croient de jolis corps 4 Je me plairoisà l’emploi qu'on me donne. Dès que vous me ferez fhonneur de m’invoJ tjuer, Fiez voits-en à moi, je ne tarderai guère ; Et lorsque mon secours vous fera nécessaire » Assurez-vous qu’il ne vous peut manquer. Je vous dirai pourtant un point qui in’embar-* ra île. Ur certain petit Dieu fripon , Je rife fus feulement si vous savez son nom, J1 s'appelle l’Amour, a poussé fen audace Juiqu’à me soutenir en face, Que vos vers font de ma façon ; t r pour vous, m’a-t-îî dit , confolez-vous, de grâce , Ce n’e.J pas vous dont elle a pris leçon* Diverses. 273 Quoiqu’il se pare en vain de ce faux avantage, 11 a quelque sujet de dire ce qu’ildit: Vous patlez dans vos vers un assez doux lan- gagC ’ Et peut-être après tout l’Amant dont il s’ágit, Jugeroit que du cœur ces vers seroient l’ou- vrage, Si par malheur pour lui vous n’aviez trop d’ef- prit. N’allez pas de l’Amour devenir l’écolicre, Ce maître dangereux conduit tout de travers j Vous ne seriez jamais de piece régulière, Si ce petit brouillon vous inípiroit vos vers. Adieu , charmante Iris ; j’aurai foin que la rime j Quand vous composerez , ne vous refuse rien : Jlais que ce soit moi seul au moins qui vous anime, Autrement tout n’iroit pas bien. 274 Poésies L’A M OUR A IRIS. i £7 8. A Vez-voUs lu mon nom , fans changer de couleur ? Votre fuipriie , Iris, n’est-elle pas extrême ? RalTurez-vous ; mon nom fait toujours plus de peur Que je ìfen aurois fait moi-mcme. Votre Ouvrage galant, début affez heureux , Entre Apollon & moi met de la jalousie. II s’agit de savoir lequel est de nous deux Votre Maître de Poésie. Franchement , Apollon n’est pas d’un grand secours ; En matière de vers je ne le craindrois guère , Et je !e désirois de faire, D’auslî bons écoliers que j'en fais tous les jours. Quels travaux assidus pour former un Poète, Et quel temps ne lui faut-il pas ? On est quitte avec moi de tout cet embarras ; Qu’on aime un peu, l’ast'aire est faite. D I V E R S B S. 275 Cherchez-vous à vous épargner Cent préceptes de l’art qu’il seroit long Rapprendre ? Une rêverie un peu tendre En un moment vous va tout enfeigncrt. J’inslruis d’une manier| assez courte & facile ; Commencer par l’esprit, c’est un soin inutile , Fort long du moins , quand même il icuflîc. Je vais tout droit au coeur, & tais plus de profit; Car quand le coeur elì une fois docile , On fait ce qu’on veut de l’esprit. Quand vous sites, vos vers , dites le moi fans feinte , Les fentiez-vous couler de source & sans contrainte ? Je vous les infpirois, Iris , n'en doutez pas. Si, sortant lentement, & d’une froide veine, Sillabe après fillabe , ils marchoient avec peine, C’étoit Apollon en ce cas. Lequel avouez-vous, Iris , pour votre martre? Je m’inquiete peu pour qui vous prononciez ; Car. enfin jc le pourrois être Sans que vous-même le sufiìez. Je ne penserois pas avoir perdu ma cause , Quand vous.décideriez, eu faveur d un rival; 2-7 6 POESIES Et même incognito si j’avois fait la chose , Mes affaires chez vous n’en iroicntpas plus maî. Mais quand je n’aurois point d’autre part à ll’ou- vrage, Sans contestation j’ai donné le sujet: i C'est toujours un grand avantage, Belle Iris, j’en fuis satisfait. T I R C I S A IRIS. i 6 7 8. Î L y a aujourd’hui un peu plus d’un an que je vous ai vue pour la première fois , & par conséquent que je vous aime. C’est une journée trop remarquable, & qui a eu de trop grandes suites, pour l’oublier. Le pourrez- vous croire ? Les Amours l'on r íolem- nifée; & comme cette fcte vous regarde , vous auriez sujet de vous plaindre, íì je vous en laiílois ignorer les particularités. Le premier jour de Mai 1678 , on Diverses. 277 porta un billet chez tous les Amours : ils y trouvèrent ces quatre vers : Les Amours font demain priés d’un grand dîné Chez )’Amour, fils d’Iris, autrement la * * * Comme c’est le jour qu’il est né , II se met en frais & les traite. II y vint donc un trcs-grand nombre d’Amours chez celui qui les avoit convies ; & auslì-tôt qu’il les vit: Chers Amours , leur dit il, avec un doux souris. Nous célébrons une grande journée. C’est aujourd’hui que je fuis né d’Iris, Aujourd’hui , je compte une année. Quoi ! vous n’auriez qu’un an , s’écria-t-on t Abus. Vous paroiíTez trop grand & trop fort pour votre âge. De bonne foi, dit il, je n’aipas davantage,) Mais austì je ne croîtrai plus. A peine venois-je de naître, Que j’étois déja grand Amour. Iris , qui me voyoit croître comme le jour, S’imaginoit que j’allois toujours croître ; Alais quand on croît ft vite , il est un certai® point Où l’on s’arrêtc de bonne heure : 17 8 POESIES Ainsi qu’Iris ne s’en étonne point. IVIe voilà tel qu’il faut que je demeure. Après ce peu de paroles qui furent dites en arrivant, les Amours fe mirent à table, & chacun ayant pris place selon son rang, Le Maître du festin leur en fit Touverture Par deux grands plats que l’on servit. Dans l’un étoient des viandes en peinture, Dans l’autre des billets qu’il disoit pleins d’es prit. La plupart des Amours fe mirent en colere. Quoi !» s’écrìerent'íls , vous moquez-vous de nous - ; Viandes creuses & billets doux , Est-ce là le repas que vous voulez nous faire ? Eh quoi , reprit leur Hôte , est-ce que mes billets Ne feront pas pour vous une chere complctte? Iris ne me nourrit que de semblables mets; Je vous traite comme on me traite. Je ne fais pas comment il faut vous recevoir, Si vous n’ètes content de ce qu’on vous présente ; (Car moi, fans vanité, qui crois bien vous valoir, I! faut bien que je m’en contente. Diverses. 279 Pieíque tous les Amours l'avoient déja quitté , E11 pestant contre le régale. 11 étoit feulement resté Quelques petits Amours de vie aster frugale , Lorfqu’il dit aux premiers : Revenez fur vos pas, Jeyorjs ferai servir des viandes moins légeres ; Pour moi, vous souffrirez que je n’y touche pas, II faut que je m’en tienne à mes mets ordinaires. Il parut aussi - tôt un service dont tous les Amours furent fort satisfaits. Comme leur Hôte mangea fort peu, il s’appljqua à les divertir par son entretien. Il leur apprit que sa naissance avoit été précédée de quelques prodiges ; car ce n'étoit pas un Amour du commun. Ces prodiges étoient que, quelque temps avant qu il naquit, le feu avoit pris à tous les Livresde morale qu’avoit son pere , nommé Tircis , jeune homme qui faisoit fort le Philosophe; & que le Mercure galant étant apparu une nuit en songe à sa mere Iris, lui avoit dit ces mots: Aime, & je t immortalise. La conversation tourna ensuite sur Tircis & fur Iris mêmes ; on de- 280 Poésies manda au maître du festin comment ils étoient ensemble, ou s’il faimoit mieux, comment Tircis étoit dans l’eí* prit d’Iris. Voici fa réponse. Cc Tircis qui lui rend mille hommages constat! s, Aux dépens de son cœur veut qu’elle les achette. Iris . qui ne sauroi: désavouer la dette , Pour le payer lui demande du temps. Cependant, s’i! reçoit une oeillade flatteuse, Er quelques mots douteux qu'il entend comme il veut, II croit que fa fortune est encor trop heureuse; Car d'une méchante payeule On tire toujours ce qu’on peut. Quand il lui dit qu’il faut qu’elle s’acquictî, Qu'elle ne f<;it que s’endetter, Elle dii que la/dctte est encore trop petite, Pour fe preílèr de l’acquitter; Que quand elle fera plus grande , Elle pair a les soins qui íe trouveront dûs; Et que c’est ce qu’elle demande, Que de s’endetter encore plus. Peut-être que depuis le temps qu’elle différé,’ Sa promesse est un peu sujette d caution ; Peut-être tout d’un coup fera-t-elle l’affaire: Qu’en croyez-vous , Amours : Voilà la question. Là-deílus D I V E K S E S, 281 Là-dessus les avis furent partagés. II y en eut qui dirent que vous m’aimiez, & ce fut là le plus petit nombre. Tout le reste prétendit que je n’étois point aimé, & leur opinion l’emporta par la pluralité des voix. Cette diversité cTavis vint de deux dissérens caractères d’Amours qui étoient là. Les uns étoient de ces Amours délicats qui raffinent fur les moindres choses, & qui le croient heureux fur la foi des Interprètes muets. Les autres se moquofent de cette délicatesse , & ne se fîattoient de la conquête des cœurs, qu’à bonnes enseignes. Iris ainfe déj'a , disoient les délicats , Puisqu’tlle sent qu’il faut un jour qu’elle aime. De son coeur ébranlé vous voyez rembarras 1 Cet embarras , c’est l’Amour même. Quand d’un cœur, par surprise, il s’est fait recevoir, II ne veut pas d’abord s’en déclarer le maître: Jusqu’à ce qu'il ai: mieux établi son pouvoir, II se ménage trop pour oser y paroîcre. A la plus foible marque il faut le reconnoîr tre, Et l’on ne fait que l’enu'evoir. Tarn t XI, Aa 282 P O E S ï F. S Qu’il est doux à Tircis, dont les yeux fans relâche Cherchent du cœur d’Iris tous les replis secrets, D’y démêler enfin un Amour qui se cache, Et se trahit pourtant par de petits effets ! Peut être quand Iris avoueroit fa tendresse , En entendre l’aveu seroit plaisir moins grand, Que de la découvrir par cette heureuse adresse , Qui Pépie & qui la surprend. De ces raffinemens, la méthode est subtile , Répliquoient les Amours de l’avis opposé : Riais si sur ces garants Tircis s’est reposé, Tircis n’est pas trop difficile. Puifqu’il ne faut, pour contenter ses vœux, Qu’un peu d’efpérance incertaine, Sans doute ce n’est pas la peine Qu’Iris en saisie un Amant malheureux. Quelquefois exiger trop de reconnoissance, C’est le moyen de n’être pas content. II se peutqu’en ce cas la Pelle se dispense De payer comme on le prétend : Et vous voilà lans récompense. Mais quand heureusement un esprit se repaît De ces chimères délicates Q. i vous font dans un cœur voir tout ce qui vous plaît, On ne fauroit trouver d’ingrates. Pauvres Amours , connoissez votre erreur j Laissez là, laissez là vos fines conjectures. Diverses 28; Pour croire qu’cn a faic la conquête d’un cœur , II faut des preuves bien plus sures. Quand la Belle a dit à I’Amant, Jc partage avec vous l’amour que je vous donne , La preuve est bonne assurément. Et cependant elle n’est pas trop bonne. On pourroit souhaiter quelque chose de mieux , Sans souhaiter rien de trop tendre. Hiais enfin un aveu si doux , si glorieux, Quoiqu’il n’ait point de suite, est toujours bon à prendre. Si ce n’est être heureux , c’est du moins être aimé, C’est de quoi satisfaire un esprit raisonnable. Quant au bonheur que Tircis s’est formé , C’est un bonheur d’Amant très-misérable. Cette contestation aigrit les esprits, & les Amours ne disputèrent pas longtemps fans venir jusqu aux reproches. Les délicats diíoient aux autres, qu’ils étoient trop grossiers pour goûter ces fins plaisirs de voir les progrès qu’on fait peu à peu dans un cœur qui fe défend, & dont la résistance est poussée à bout. Ceux qu’ils accusaient de grossièreté, repoussaient finjure , en disant qu’avec tous leurs raffinemensde délicatesse,, ils avoient tellement quin.- Aa ij 2B4 POESIES tcíïencié l’amour, qu’on ne savoit pîus ce que c’étoit qu’ètre aimé. Et comme les Amours ont le sang un peu chaud, Et que b moindre bagatelle, Un rien mème,est tout ce qu’il faut Pour faire entr’eux une grosse querelle, Ils mettoient tous déja la main à leurs carquois ; Déja pour le combat ils préparoient leurs armes , Et remplissaient les airs de leurs confuses voix ; Ce n’étoit plus que troubles & qu’alarmes. Déja petits Amours contre petits Amours Commençoient fierement une guerre civile , Si l’Hôte n’cût tâché , par ses sages discours, D’appaiscr promptement leur bile. II leur fit concevoir combien leur question Etoit pour eux de légere importance; Et leur dit que chacun tînt son opinion , En attendant la fin de votre indifférence , Quidonneroit bientôt une décision. Cet avis fit cesser leur ardeur belliqueuse ; Et quand la paix fut faite, ils tomberent d’ae- cord Que c’étoit vous qui seule aviez eu tort De laitier si long-temps la question douteuse. Voilà, belle Iris, ce qui sepaffa dans ce festin. Vous devez penser à vous, car j’oubliois à vous dire que tous les Diverses. 2§/ Amours jurèrent qu’ils vous seroient un méchant parti, si vous ne décidiez pas promptement cette question qui avoit causé un si grand désordre. LES ZÉPHIRS (T). l 6 ' 8 o. E fut entre les lieux où saifoient leur séjour ì L’un de l’autre éloignés, Tircis & fa Kergere, Que deux Zéphirs, députés par l’Amour Pour exercer un tendre ministete , Se rencontrèrent l’autre jour. L’un portoit à Tircis les soupirs que la Belle Envoyoit au triste Berger: L’autre s’étoit voulu charger Des soupirs du Berger pour elle. Car l’Amour a toujours mille & mille Zéphirs Qui, rangés à l’envi fous son obéissance , Portent en tous lieux les soupirs Que les coeurs amoureux poussent pendant l’ab- sence, Vers les objets de leurs désirs. (k) II y a une autre piecc avec le même titre ôc fur le même sujet , parmi les Poésies de l’Auteur, Tome j nuis ces deux morceaux font différens. 286 Poésies Nos deux Zéphirs d’abord se reconnurent? E: voici sentretien qu’ils eurent. ZÉPHIR DE TIRCIS. J e ne demande point, cher Zép hir, où tu vas ;■ Sans doute son t’envoie aux lieux que j’aban- donne. Ton ambassade est-elle bonne? Et portes-tu bien de tendres bêlas ? ZÉPHIR D’IRIS. Pas trop , & franchement j’en voulois, davan- tage; Car le peu de soupirs qu’on me donne à porter , Ne me semble pas mériter Qu’un Zéphir entreprenne un assez long voyage : Mais dis-moi vîte , es-tu bien chargé, toi? ZÉPHIR DE TIRCIS. Ah ! vraiment ie ne puis suffire A tout ce que Tircis me veut donner d’env* ploi. Porter tous ses soupirs ! cela de bonne foi Pass- les forces d’un Z-'p’iire. Quoique j’aye assez voyagé Pour les Amans cloi 'nés de leurs Relies , Depuis qn’à ce métier on exerce mes ailes, Jamais je ne fus si chargé. Diverses, 287 ZÉPH [R D’IRIS, A ce compte , Tircis, grâce à l’inquiétude, Ft grâce aux peines qu’il restent , Faic les devoirs d’Amanc absent Dans la derniere exactitude. ZÉPHIR DE TIRCIS, Sans doute on n’a peint va dans l’empirc amoureux , De passion plus exemplaire. II ne ressemble point aux Amans du vulgaire , Qui , dans l’éloignement , chagrins en dépit d’eux , Pestant contre un Amour fâcheux, Seroient ravis de s’en pouvoir défaire. Tircis , quoique plongé dans un crues ennui, Ne l’accuíe jamais de trop de violence: Les maux que lui cause l’abfence, Puisqu’ils viennent d’Iiis, ont des charmes pour lui. Iris feule I’occupe; & quand il la regrette, II goûte la douceur íècrette D en frire son feu! entretien. Puifqu’il ne voit point ce qu’il aime , II fe fait un plaisir extrême De ne prendre plaisir à rien. Je ne fais pas, pour moi, comment on oíè De cinq ou six soupirs, payer un tel Amant5 288 POESIES Et je 11e sais non plus comment Tu lui pourras offrir si peu de choie.’ 1 ZÉPHIR D’IRIS. II fera trop content, va, j’en fuis assuré: Mais vois-tu ? je me persuade Qu’Iris pourroit avoir un peu plus soupiré Qu’il n'est dit dans mon ambassade. Iris eít un terrible esprit : Epargner les aveux ,c’est fa grande maximç. Elle envoie à Tircis, qui loin d’elle languit, Quelques légers regrets par maniéré d’acquit : Pour les soupirs trop doux , la Belle les supprime. Quand , à ce pauvre Amant inquiet, élpigné, Elie peut dérober une bonne partie De la peine qu’elle a sentie , Elle croit avoir bien gagné. ZÉPHIR DE TIRCIS. Aussi j’ai remarqué que d’une étrange forte E'Amour est défiant sur le compte d’iíis : II ne peut croire encor son coeur assez bien pris. Témoin les ordres que je porte. ZÉPHIR D’IRIS. Quels ordres portes-tu? KÉPHIR DE TIRCIS. Telle est expressément Dans Diverses. Dans le séjour d’Iris , la loi qu’Amour impose, Que touc de son Berger lui parle à tout moment ; Car on craint que son coeur n’en parle rarement, Si sur son cœur on s’en repose. Si la belle Iris rêve à son tendre Berger , L’Amour veutqira l’envi tout flatte la Bergers, II veut que d’une aile légere Les Zéphirs autour d’e'le aient foin de voltiger ; 11 veut que les oiseaux, en chantant leurs amours, Entretiennent ses rêveries (/) : Nais dès qu’elle osera goûter d’autres plaisirs Que ceux de s’occuper d’uu Berger fi fidelle, 11 veut que les oiseaux, les ruisseaux, les Zé- phirs, Tous. à i’envi se déclarent contr’elle. ZÉPHIR D’IRIS. Si 1* Amour se défie , il est sûr d’autre part Qu’Iris n’est pas fans défiance. Si tu savois combien de prévoyance Elle a fait voir à mon départ! Elle m’a dit cent fois : Ecoute ; Quand tu feras parti, Zéphir , arrête-toi, Si tu ne trouves fur la route Un zéphir envoyé vers moi : {l) II manque deux vers pour rimer aux deux précédent Tomt XI, Bb 2pO POESIES Après savoir trouvé fur ton chemin, avance; ■ S’iltardoit trop, reviens plutôt ici : N’y manque pas, cher Zcphire; ceci , Est de la derniere importance. ZÉPHIR DE TIRCIS. Pour moi , quand j’aurois dû ne te pas rencontrer , J’avois ordre d’aller de la mèine vitesse. Mais grâce aux longs discours où nous venons d’entrer, Tu ne te souviens plus combien le temps nous presse. Vas vite t’acquitter de ta commission- Tircis languit dans cette attente; Vole au gré de fa passion. Je puis aller, jfe crois , d’une aile un peu plus lente , Iris est moins impatiente. ZÉPHIR D’IRIS. Là, là, c'est une question. Jfcr «ìrv Diverses. 291 LE RU 1SSEAU, AMANT DE LA PRAIRIE, i6' 77 . ’Ai sait pour vous trouver un assez long ** voyage, Mon aimable Prairie; enfin je viens à vous; Recevez un Ruisseau , dont le fort le plus doux Sera de voir ses eaux couler pour votre usage. C’est dans ce seul espoir que, sans aucun repos, Depuis que j’ai quitté ma source, J’ai toujours jusqu'ici continué ma course, Toujours roulé mes petits flots. D’un cours précipité j’ai passé des Prairies, Où tout autre ruisseau s’amuse avec plaisir ; Jc n’ai point serpenté dans leurs routes fleuries ; Je n’en avois pas le loisir. Tel que vous me voyez, sachez, ne vous déplaise, ( Car il est bon de se faire valoir ) Que plus d’une Prairie auroit été bien aile De me donner passage & de me recevoir. Bb ij 29 2 P O E S r E S Mais ce n’étoit pas U mon compte ; J’cn fusse arrivé un peu plus tard en ce lieu ; Ec par une fuite assez prompte, Gazouillant finement, je leur disois Adieu. II faut vous dire tout, la feinte est inutile , J’en mouvois la plupart dignes de mes refus ; Les unes , entre nous , font d’accès si facile, Que cous Ruisseaux y font les bien venus. Elles veulent toujours en avoir un grand nombre, Et moi dans le grand nombre aussi-tôt je me perds ; Q'autres font dans des lieux un peu trop découverts , Et moi j’aime à couler à sombre. J’étois bien inspiré de me garder pour vous, Vous êtps bien mon fait, je fuis assez le vô* tre ; Mais aussi moi reçu , n’en recevez point d’au« tre, Car je fuis un Ruisseau jaloux. A cela près, qui n'est pas un grand vice , J’ai d’assez bonnes qualités. £íe craignez pas que jamais je tarisse , Je puis défier les étés» Diverses. 293 Je sais que certaines Prairies , 13’un Ruisseau comme moi ne s'accommodent pas; 11 leur faut ces torrcns qui font tant de fracas; Mais fort souvent on voit leurs eaux taries. Mon cours en tout temps est égal ; Je fuis tranquille & doux , ne fais point de ravage ; De plus , )’e viens vous faire hommage D une eau pure comme cristal. II est telle Prairie, & peut-être assez belle, A qui le plus petit Ruisseau , Suivant fa pente naturelle, N’iroit jamais porter deux gouttes d'eau ; A moins que détourné par un chemin nouveau , Elle n’en amenât quelqu’un jusques chez elle. Mais pour vous , fans vous mettre en frais, Sans vous servir d’un pareil artifice, Vous voyez des Ruisseaux qui viennent tout exprès Vous frire offres de leur service, Et le tout pour vos intérêts. A présent, je Pavoue , on vous trouve agréable, Vous donnez du plaisir aux yeux ; Bbiij 294 POESIES Mais avec un Ruisseau, rien n’est plus véritable Que vous en vaudrez beaucoup mieux. De cent fleurs qui naîtront, vous vous verres o tnée ; Je vous enrichirai de ces nouveaux trésors ; Et vous tenant environnée, Avec mes eaux , se munirai vos bords. Repofez-vous fur moi du foin de les défendre ; A quoi plus fortement puis-je m’intéresser? Déja même en deux bras je m’apprête à me fendre , Pour tâcher de vous embrasser. Ales ondes lentement de toutes parts errantes, Ne pourront de ce lieu fe résoudre à partir; Et quand j’aurai semé cent routes différentes , Je me perdrai chez vous plutôt que d’en sortir. Je sens, je sens mes eaux qui bouillonnent de joie : De les tant retenir à la fin je fuis las : Elles vont fe répandre 8c fe faire une voie ; II n’est plus temps â vous de nc consentir pas. D I V E K S E S. 295 LETTRE A MADEMOISELLE DE **. 1 6'y 8. Î L y a long-temps que je m’ennuie de vous appeller Mademoiselle , & d’ctre traite' par vous de Monsieur. Je fuis ravi que vous vous soyez aullì ennuyée de ces noms, Le vous avez été heureusement inspirée de m’en chercher un moins sérieux, A dire vrai, ce terme de Monsieur tient un peu trop du respect , & vous pouvez le perdre hardiment pour moi, pourvu que vous consentiez à le remplacer par quelque sentiment plus agréable. Votre embarras fur ce changement de nom , venoit de la difficulté de m’en choisir un qui fût joli, & point trop tendre. C’étoit assurément une affaire. Mais enfin tout est terminé; Je m’en vais vous causer une surprise extrême. Bb iv 2.96 Poésies Ce nom que vous cherchiez , i’Amour me l’a donné. Quoi ! l’Amour ? Oui, l’Amour lui-mêrnc. Qui se le sût imagine ! Sans doute on ne s’at’endok guère Que dans votre Conseil vous duílîez l’appeller. Aiais ce fripon frit bien plus d’une affaire, Dont il n’est pas prié de Ce mêler. Je gage que vous vous préparez déja à le désavouer de ce qu’il a sait: mais je vous allure qu’il en a fort bien usé; & vous savez atiffi bien que moi, qu’il a plus d’égard pour vous, que pour aucune personne du monde. Voici comme cette négociation a été traitée. Quand il sut que vous vouliez bien recevoir un nom , & m’en donner un, il assembla tous fes petits freres les Amours, pour délibérer !à-dessus. Il leur proposa d’abord qu’il étoit temps que nous quittassions les noms de Monsieur & de Mademoiselle. On apporta les registres de fes conquêtes, & on se mit à les feuilleter. Les registres des conquêtes de i’Amour , vous vous imaginez bien que ce doivent être force billets galans de toutes les maniérés, On trouva dans les plus anciens Diverses. 297 les noms de mon Soleil &c chere Ame, Les Amours éclatèrent de rire. Cependant, ne vous en déplaise, Ces noms furent trouvés sot t tendres & fort doux Par quelques Amours portant fraise, Dont nos aïeux fèntoiem jadis les coups. Ils regrettèrent fort ('antique prud’homie , Qui ne paroît plus dans nos ans, Et les mots emmiellés de m’amour, de m’a-» mie, Dont 011 fe servoít au vieux temps. On trouva ensuite dans des registres plus modernes, mon cher & ma chere ; & là-deflus un gros Amour au teint fleuri, Qui ne connoiíToit point de beauté rigoureuse , Qui dc solides mets s’étoit toujours nourri, Et qu; savoir duper le plus jaloux mari, Et la mere la plus fâcheuse , Cria tout haut : Mon cher & ma chere sont bons , Ils expriment fort bien , ils font du bel usage j Pourquoi feuilleter davantage? Ordonnez qu’on prendra ces noms. 2§8 P O E S I F. S Tout beau , lui répondit certain Amour févere ; Nos Amans n’cn font pas encore où vous pensez. Quoi! viendroient-ils lî-tôt à mon cher & ma chere ? Suis y viennent un jour, ce fera bien assez, V raiment, si j'en étois le maître, Répliqua le premier , ils doubleroient le pas: Vous diriez qu’ils ne font que de s’entre-con- noître , Ces Amans là if avancent pas. Malgré Pavis de cet Amour, on continua à feuilleter; on lut les noms de mon Berger & ma Bergere. C’est dommage , dit-on, qu’ils soient trop communs; car ils font fort jolis. En même temps on entendit la voix d’un petit Amour , qui dit presque tout bas : II y a reinede à cela. On fe tourna vers lui, & on le vit qu’il tâchoit à fe perdre dans la foule des Amours, où il s’étoit toujours tenu caché. Mais on Pen tira, pour lui demander qui il étoit. II n’é- toit connu de personne. Sa physionomie étoit spirituelle, Le teint fort beau , l’œií languissant & doux, La taille petite, mais belle , En un mot tout fait comme vous ; DlVEKSES. 29A Fort timide, car de s.i vie Le pauvre enfant n’avoit paru publiquement. II rougit, en voyant íi belle compagnie , Et sa rougeur avoit de l’agréinent. U dit que vous étiez fa mere: mais que comme cela étoit secret, il prioit ses freres les Amours de n’en rien dire; & que íi on lui laiííoit ie temps de reprendre un peu ses esprits, il nous don- neroit, à vous & à moi s’entend , un nom dont nous aurions sujet d’ètre satisfaits. Si -1ót quai se tut remis , il ajouta qu’il falloit que vous m’appellas- siez mon Berger. A la vérité, poursuivit il , le nom est commun , comme vous savez déja remarqué ; mais voici le moyen d’empécher qu’il ne le soit. II ne l’appellera pas fa Bergcre , mais fa Musette , & alors mon Berger & ma Musette seront des noms nouveaux. Ma Musette ! s’écrierent les Amours. Oui, ma Musette , reprit-il d’un air un peu plue assuré ; ma mere est une vraie Musette» Elle est toute prête à charmer, Et d’elie-même elle a tout ce qu’il faut potK plaire ; IVlais un Berger est nécessaire , Quand il 5'agit de l’animer. 3-00 POESIES Simon avis, Amours, étoit suivi du vôtre?, Je crois qu’il faudroit obliger Et la Musette & le Berger, A certains devoirs l’un vers l’autre. Le Berger ne dira rien d’amoureux , de doux. Si ce n'est avec fa Musette : Elle distinguera son Berger entre tous, Et pour tout autre elle fera muette. De plus , quelque tendre chanson Que le Berger à sa Musette inspire , Elle ne pourra se dispenser de la dire , Ni de la prendre sur son ton. On fut assez satisfait de la harangue du petit Amour ; L tous les Amours se séparèrent , a ores .t voir résolu qu'on vous proposerait le nom de Musette , & à moi le nom de Berger. Si vous exceptez le vôtre , songez, je vous prie , que le Berger voudroit bien que sa Musette ne se rit point employer à des chansons tristes ni plaintives , mais seulement à celles où l’on .marque fa reconnoissance à l’Amour, Diverses. 301 SONGE A IRIS. i&yS. Írìs , je revois l’anrrejour Que deux petits Amours, envoyés pur leur maî- rre, Nous enlevoient tous deux , pour nous mener paroître Aj tribunal du grand Amour. Aloi qui sentois ma conscience nette, J’allois gaiement d’un pas délibéré; Pour vous, vous n’aviez pas le visage assuré, Et je vous trouvois inquiette. Sans cesse vous disiez : Amours, je fuis Iris, Dont le cœur n’a jamais connu voue puissance} II faut que l’on se soit mépris : JVIais on n’écoutoit point vos cris. De l’Amour en cela la méthode est: fort bonne; Contre fa violence on a beau protester, II vous laisse tout dire , & loin qu’il s’en étonne, Va son chemin fans s’arrêrer. A son grand tribunal enfin on nous présente : II n’avoit plus ni l’air soumis & doux, Ni la figure suppliante Qu’il avoir toujours fait paroître devant vous 5 Z22 Poésies Mais fierement assis comme un Juge sévère, II nc reíTembioit point au plus galant des Dieux. Un grand regître ouvert qu’il parcouroit des yeux, Scmbloit exciter fa colere. C’est là qu’il voie en un moment Les affaires de son Empire. Chaque petit Amour vient chaque mois écrire Ce qui se passe á son gouvernement; Un gouvernement, c’est-à-dire, Une Belle avec son Amant. Par exemple, un Amour sujet â rendre compte De tout ce qui dépend de son petit emploi , Vient écrire : Aujourd’hui Climene , sous fa loi, A su ranger, si vous voulez , Oronte ; Et puis un mois après : Climene s’attendrit, Reçoit les voeux d’Oronte, & n’en reçoit plus d’autres. Le mois suivant il est écrit : La Climene est des nôtres. C’est ainsi qu’o n trouve à la fois L’état de tous les cœurs dans ce vaste mémoire. Heureux les Amans dont l’histoire Change beaucoup de mois en mois. Pour le petit Amour que son devoir engage A veiller si.it nos cœurs tombés dans ion partage, Diverses. 303 Depuis plus de deux ans que f avance fort peu , II avoit chaque mois le même compte à rendre ; Iris promet un aveu tendre , Iris promet un tendre aveu : Du courroux de l’Amour c’étoit ici la cause. Qu’eft ceci, disoir-il , & chagrin & surpris? Déja depuis deux ans fur l’article dlris, Je vois toujours la même chofc, Toujours l’aveu promis , & rien après cela. Celles qui dès ce temps faifoient même promesse , Ont mille & mille fois avoué leur tendresse ; Vraiment elles ssen font plus là. Ce regître , quoiqu’assez ample , Ne me fournit aucun exemple D’une assure qui fasse aussi peu de progrès. Alors de mon côté , commençant à nie plaindre, Je crus qu’avec l’Amour j’allois être d’accord; Car que votre parti fût extrêmement fort, C’est ce que je penfois n’avoir pas lieu de craindre. Taisez-vous, medit-il; vous lui persuadez Que votre amour n’en seroit pas moins tendre , Quand elle ne devroit jamais vous faire entendre Cet aveu que vous demandez; C’est bien là comme il s’y faut prendre. Aimez d’un amour st constant Qu’il vous plaira, j’en fuis content, 50 * POESIES Mais faites quelquefois entrevoir à la Pelle Qu’en íè défendant trop, elle courroit hasard De ne pas inspirer une flamme éternelle. Suflit il que l’on soit fidelle? II faut l’être avec un peu d’art. )e n’entends pourtant pas qu’Iris tire avantage Du peu d’adreíTe de l’Amant. Çà donc , Iris , qu’on change de langage ; Qu’on dìfe , sainte, en ce même moment. Mais, Amour, est-il nécessaire , Lui disiez-vous d’un air assez soumis ? Ce tendre aveu dès long temps est promis ; Promettre un aveu, c’est le faire. Non, en termes exprès , il faut vous déclarer; Pour la premiere fois, que ce mot coûte à dire! Vous avez eu deux ans á vous y préparer, Cela ne doit-il pas suffire ? Vous tombiez, belle Iris, dans un doux embarras ; Hais l'Amour demandoit la chose un peu plus claire. Quoi ! vous vous obstinez, reprit-il, à vous taire ? Hé bien , vous allez voir que pour d’autres appas, Tircis négligera tous les foins de vous plaire. La menace en nous deux fit un effet contraire. Vous estâtes: Amour, ah ! ne le faites pas. Je répondis : Amour, vous ne le sauriez faire. Ensi* D t V E E y K s. 305* Enfin , l’Amour, Iris , fut íi bien vous presser, Avec cette colere ou véritable 011 feinte, Que vous dites : Eh bien , puisque j’y fuis contrainte, Puifqu’on ne peut s’en dispenser, II est vrai.Votre bouche alloit prononcer, J'aime. Votre air, votre langueur, votre silence même, Par avance déja fembloient le prononcer: Votre teint fe couvroit d’uue rougeur nouvelle j Vos timides regards fe détournèrent de moi, Pourquoi dans cet instant, pourquoi Une funeste joie, hélas! m’éveilla-t-elle? TA est mon fort ; ce mot si cher à mes souhaits , Et que j’ai mérité p.ar un amour si tendre, Je me verrai toujours fiat le point de l'entendre, Et je ne l’entendrai jamais. Tome XI, Cc Poésies TKADUCTION DU REFRAIN D u Pervigilium Vcntrìs : Cras amtt qui nun - quamamavit ; quiqut amavit , cras amtt. X-j "Enfant aîlé,que PUnivers adore, Prescrit à tous cet ordre souverain. Aimez demain , si vous n'aimez encore \ Si vous aimez , aimez encore demain. FER DE MANILIUS. . J-) u M qucerimus , an'ui . 1-J u M qucerimus , ctvum Perdimus , & nuLLo \otorum fine beati , ViCturos agimus semper , nec vivimus nnquam. IMITATION. Dans des foins éternels nous perdons nos années, Par l’inquiet désir de les voir fortunées ; Et toujours agités par de nouveaux souhaits, Kots projetions de vivre , & ne vivons jamais. Diverses. 307 COUPLET Sur les Demoiselles Loyson. Uatre beaux yeux m’ont su charmer; Ah ! mon mal ne vient que d’aimer. Deux sœurs , que je n’ofe nommer, Me tournent la cervelle. Ah ! mon mal ne vient que d’aimer, Mais je ne fais laquelle. SUR LE MA RIA G E. Dans les nœuds de l’hymen, à quoi bon m "engager* Je fuis un , cela doit suffire ; Si j’étois deux , mon état feroit pire : C’est bien aller de moi pour me faire enrager. SUR cette expression ajje^ commune : Tuer le Temps. Ce fl le temps qui parle. Lorsque pour s’amufer , fans cesse ils s’éver- tuent, Ces Messieurs les Humains , ils disent qu’ils me tuent : Moi, je ne me vante de rien ; Mais, ma foi, je m’en venge bien. Cc ij 308 Poésies Diverses. VEBfS De t Auteur , dans la quatre-vingt-dix- septieme année de son âge ,sur son esomac. U’on raisonne ab hoc & ab hac Sur mon existence présente , Je ne suis plus qu’un estomac ; C’est bien peu , niais je m’eti contente. A un homme qui alloit publier un Ouvrage » Dans la lice où tu vas courir, Songe un peu combien tu hasardes. II faut avec courage également offrir Et ton front aux lauriers, & ton nez aux nasar- des. F I N. 3°P TABLE DES PIECES Contenues dans ce Volume. Pièces re’atives à M. de Fontenelle. 1 L O G E de M. de Fontenelle , par JL-t M. le Beau , Secrétaire perpétuel de VAcadémie des Inscriptions & Belles- Lettres , lu dans P Assemblée publique (Taprès Pâques 1757. Pa^e j Extrait du Discours prononcé par M, Sc- guier , C un des Avocats Généraux du Parlement de Paris , lorjquil fut reçu à t Académie Françoise le jeudi 31 Mars 1777 s & fa P face de M. de tontenelle. xxvij Extrait de la Réponse de M. le Duc de Nivernois à M. Seguier. xxxvij Extrait du Mercure du mois de bevrier 1681. Jj Vers de M, Fuslier pour les Blondes , en jio TABLE. réponse à ceux de M, de Fontenelle pour les Brunes. Iv Vers adrejjés à M. de Fontenelle par M. de Crébillon , & prononcés dans l Assemblée publique de VAcadémie Françoise , le jour de Saint Louis 2 j Août 1741, Ivj Lettre de M Maty , Garde de la Bibliothèque Britannique , à M. de Fontenelle , en lui envolant le Poeme de Vauxhall. lix Elegia in obint D. de Fontenelle , le cl a in consejju Acad. Roth. 26 Januarii 1777. lxiij Lettres de M. de Fontenelle. Lettre I. à M. Vìeussens , Médecin de Montpellier , I Lettre IL à M. le Clerc. 3 Lettre III. à M. Gottjched, Professeur à Léipsc . 6 Lettre IV. au même 1 o Extrait de la Galette Littéraire de l’Eu- rope. 14 Lettre V. au Chevalier Hans Sloane y Président de la Société Royale de Londres. 17 Lettre VI . au même. 19 Lettre VII. ait même, 20 TABLE. zir Lettre \ III. à M. Boullier. XI Lettre IX. au méme. 26 Lettre X auméme. 2 3 Lettre XI. au méme. 30 Lettte XII. de M. Boullier. 33 Lettres XIII, XIV & XV. i M. s'Gra- vej'endi , & réponses. 3 8 Lettre XVI. des Auteurs du Journal Littéraire , à M. de Fontenelle. apj Lettre XVII. de M. Lockman. Epître Dédicatoire à M. de Fontenelle , de la Traduílïon A n glose de C Htsoire de Psyché de la Fontaine. Ç o Lettre XVIII. Réponse de M. de Fontenelle a M. Lockman. 77 Lettre XIX. à M. Vernet , Prosejseur à Genève. 61 Lettre XX. au même. 65 Lettre XXL au même sur le tutoyement, 70 Letkre XXII 77 Lettre XXIII. de M. de Montesquieu , sur le n.êmesujet du tutoyement. 77 Lettre XXIV. à l'Académie de Rouen. 80 Lettre XXV. de M. le Cat , Secrétaire perpétuel ce /’Académie des S cn n ce s de Rouen , à M. de Fontenelle , en lui envoyant i’Eloge du Pere Marcastel , ZI2 T A B L E. Associe de La même Académie. 82 Lettre XXVI. Réponse de M. de Fonte- nelLe. 85 Lettre XXVII. à feu Madame la Margrave de Bareith,, sœur du Roi de B russe. 84. Lettre XXVIII. Réponse de Madame la Margrave de Bareith. 85 Lettre XXIX. à M. Formey , en réponse à celle par laquelle il avoit notisé à M. de Fontenelle fort association à £ Académie de Prusse. 66 Lettre XXX, de Mademoiselle de Lau- nay , depuis Madame de Staal , à M. de Fontenelle. 00 Lettre XXXÏ, Réponse de M, de Fonte- n elle. 93 Lettre XXXII. de Madame de Staal. 95 Lettre XXXIII. de M. £ Abbé de Brage- longne, de VAcadémie des Sci ences. 97. Lettre XXXIV. de M. de Pontchar- train. 99 Lettre XXXV. de M. VAbbé Bignon. - lOO Lettre XXXVI. du même. Lettre XXXVII. de M. le Comte de Maurepas. 104 Lettre XXXVIII. du même. 10 s Lettre 3 l 3 io 6 ioj ioá 112 TABLE. Lettre XXXIX. du même. Lettre XL. du même. Lettre XLI. de M. Jacques Serces. Lettre XLII. de M. Hausen. Lettre XLIII. de M. t Abbé de la Pil- loniere. 116 Lettre XLIV. de M. Chauvelìn , Garde des Sceaux. 12 o Lettre XLV. de M. de Fontenelle à M. de Monte]quieu. 121 Lettre XLVI. de M. le Cat à M, de Fontenelle. 12. z Lettre XLVII. du même au même. 12 6 Lettre XLVIII. de M. de Betttncourt à M. de Fontenelle. 129 Lettre XLIX. dumême. IZ2 Lettre L. du Pape Benoît XIV ( Lam - bertini ) à M. de Fontenelle. 15 y Lettre LI. de M. de Fontenelle au Roi de Pologne , Duc de Lorraine & de Bar y pour le remercier de la place qùillui avoil accordée dans la Société des Science & B elles-Lettres de Nancy. 139 Lettre LII. Réponse du Roi de Pologne . 140 Lettres de M. de Fontenelle au Père Caflel. 141 Lettres du Père Castel à M, de Fontenelle. Tome XI. D d 314 T A B L E. Lettres de M. de Fontenelle au Cardinal de Fleury , avec les Réponses. 173 Lettres dí M. de Fontenelle à Mademoi-. selle de Raymond de Farceaux , depuis Madame de Forgeville. IZ>Z Portrait de M. de Fontenelle , par feu Madame de Forgeville. 222 Lettre de M. de Brevedent à Madame de Forgeville. 224. Lettre de M. de Fontenelle fur Eléonore d’Yvrée, ou les malheurs de l’Amour, petit Roman de Mademoiselle Bernard. 227 Huit Lettres du Chevalier d'Her ( par M. de Fontenelle ) supprimées dans les dernières Editions. 237 Avertissement de la première Edition des Lettres du Chevalier £ Her ** en 1683. 253 Poësies diverses de M. de Fontenelle, Le Roffignol , la Fauvette & le Moineau Fable. 2 7 J L'Amour noyé. _ 2 J 7 Epitaphe de F Amour. 2.60 Sonnet à une de ses amies qui Favoit prie de lui apprendre t Espagnol. 2 ( 51 Eloge de Marques , petit chien Aragonois. 262 TABLE. 3 r f L'Indifférence à Iris. Réponse d'Iris à l’Indifférence. 266 269 Apollon à Iris. 27 r U Amour à Iris. 27* Tirets à Iris. 27 6 Les Zéphirs. 285 Le Ruisseau amant de la Prairie. Luire à Mademoiselle de * *. 291 29 * Songe à Iris. ZOI Traduction du refrain du Pervigihum Ve- neris. 306 Imitation de quelques Vers de Maniiius. ìbid. Couplet fur les Demoiselles Loyson. O Sur le Mariage. ibid. Sur cette expression affe £ commune : Tuer le temps. ibid. Vers de ! Auteur fur son eslomac. 508 Vers à un homme qui alloit publier un Ou - vrage. ibid. Fin de la Table, íáiit'4 .'VÇ. ?/• V?ù- ■H'U 11 ^ mt-À ■k,*: -*f'i SNA á W-