7 4 RELATION HISTORIQUE
tredans un village, ou dans un camp, s’il est plus de trois heu-res , on est obligé de le loger & de le nourrir lui & ses gens, selonsa qualité. Le Maître de la maison où il arrive , va avertir le vil-lage qu’il lui est arrivé un hôte ; aussi-tôt chacun se cottise , on ap-porte du pain & de la biere, & généralement tout ce qu’il Lut.On tue une vache, & on a d’autant plus de soin que cet hôte soitcontent, que s’il ne l’est pas & qu’il ait raison de se plaindre, levillage est condamné à lui payer le double de ce qu’il lui devoirdonner.
Cet usage est si bien établi, qu’un Etranger qui ne fait quepasser entre dans la maison d’un homme qu’il n’a jamais vn, yboit, y mange > y couche, comme si c’étoit son proche parent, Scle meilleur de ses amisjce qui est astùrément très-commode pourtoutes sortes de gens, mais aussi sujet à beaucoup d’inconveniens,à cause du grand nombre de vagabonds dont l’Abissmie est rem-plie.
11 n’y a point d’argent dans ce Royaume , hors dans certainesProvinces Occidentales où il y a quelques monnoyes de fer ; maisdans les principales Provinces tout le commerce se fait par échan-ge. Le plus grand trafic qui se fasse au-dedans du pars consisteen toiles de cotton, en provisions de bouche, en vaches, enbrebis, en chevres, en poules , en poivre, en or que l’on donneau poids , & principalement en sel, qu’on peut proprement ap-peller la monnoye du pais. On le donne par morceaux de la lon-gueur dune palme, large & épais de quatre doigts ; il baisse ouil hausse de prix, selon que l’on est auprès ou loin du lieu où onle prend. Près des champs de sel, on a cent morceaux de sel pourun écu ; un peu plus loin on en a quatre-vingt, puis soixante , Seainsi du reste. A la Cour on n’en a que dix. Sc dans certaines Pro-vinces très-éloignées, on n’en a que trois pour une piece d’orqu’ils appellent derìme. On fait tant de cas du sel en ce Royaume,que chacun en porte un petit morceau dans une bourse pendue àla ceinture. Lorsque deux amis se rencontrent, ils tirent leur pe-tit morceau de sel, Sc se le donnent à lécher J’un àl’autre,puis leremettent dans leur bourse. Ce seroit une très-grande incivilitéd’y manquer, Sc de ne pas faire toutes les façons qui doivent ac-compagner cette honnêteté. Ils ont beaucoup d’autres coutumesqui pastènt parmi eux pour des marques dune très-grande poli-tesse , Sc que nous trouvions au contraire bien barbares.