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Voyage Historique D'Abissinie / Du R. P. Jerome Lobo ... ; ... Traduit du Portugais, continué & augmenté de plusieurs Dissertations, Lettres & Mémoires. Par M. Le Grand ...
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D A B I S S I N I E. 7J

Lorsque les Abiísins ont des procès les uns contre les autres -les deux Parties peuvent choisir un Juge devant qui ils plaidentleur cause ; &sils ne veulent pas convenir dun homme, le Gou-verneur du lieu leur en donne un de qui ils peuvent appeller auVice-Roy , & au Roy même. Tous les procès se jugent sur lechamp ; il ny a point décriture ; le Juge sassied à terre au milieudun chemin, & tout le monde peut sy trouver. LAccusateur &lAccusé sont debout ; ils ont avec eux plusieurs amis qui fontcomme leurs Procureurs. Laccufateur parle le premier, le cou-pable répond ; ils peuvent de part & d autre parler & répliquertrois ou quatre fois, puis le Juge leur impose silence ,& prendlavis de ceux qui font autour de lui. Si lespreuveé font suffisantes,il prononce la Sentence, qui dans certains cas est définitive & fansappel. Alors le Juge se saisit du condamné & le retient jusqu'à cequil ait satisfait ; mais si le crime est digne de mort, on livre lecoupable à ses Parties pour en disposer à leur volonté , & luiôter la vie.

On punit s adultéré dune maniéré assez singulière. On con-damne une femme convaincue de ce crime à perdre tous sesbiens, à sortir de la maison de son mari pauvrement vêtue, avecdéfenses dy rentrer ; on lui donne seulement une aiguille, afinde pouvoir gagner sa vie. Quelquefois on la rase tout-à-fait ; onlui laisse seulement une toupe de cheveux , ce qui est assez laid ;mais ceci dépend de la volonté du mari, qui peut même la repren-dre sil veut, & sil ne le veut pas , ils peuvent se remarier lun Sclautre à qui bon leur semble. On punit aussi une femme, lorsqueson mari ne garde pas la foi conjugale; mais cela ne va guéresquà une amende pécuniaire, dont le mari paie une partie qui vaau profit de fa femme, quoi que la femme soit condamnée elle-même à lamende. Lorsquun mari se rend dénonciateur contre legalant de sa femme, si le galant est convaincu davoir eu com-merce avec elle , il est condamné à payer au mari quarante va-ches, quarante chevaux, quarante habits , & de tout le reste demême. On appelle certe peine Circoarba. Et si le coupable nestpas en état de payer, il demeure prisonnier à la discrétion du ma-ri ; sil le délivre avant que dêtre payé, il loblige à jurer quil vachercher de quoi le satisfaire. Alors le coupable fait apporter dnvin & un morceau de vache : on mange, on boit tous ensemble,il demande pardon, on ne lui pardonne pas dabord, on lui remet

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