8i RELATION HISTORIQUE
sembloit que Dieu vouloir faire à d’autres. '
J’ai déja dit que,comme nous ne pouvions aller à la Cour avantle mois de Novembre,nous résolûmes pour ne pas demeureroisifs, d’aller faire des Catéchismes & des Exhortations à la cam-pagne. On nv envoya dans une montagne à deux journées de Fre-mone. Le Seigneur du lieu étoit Catholique & avoir demandé desMissionnaires ; la femme au contraire ne pouvoir entendre parlerde l’Eglife Romaine, & nous haïssoit mortellement. Prefquetousles Abissins de cette montagne n’étoient pas moins prévenus con-tre nous, que cette femme. On leur avoit fait croire que lesHosties que nous consacrions & que nous donnions à la Com-munion, étoient faites de suc de chameau, de chien, de lievre, oude porc, toutes choses qu’ils ont en horreur, parce que ces vian-des font réputées immondes & défendues parmi les Abissins,comme elles le font parmi les Juifs. II n’y avoit pas moyen de lesdésabuser là-dessus j & ils nous fuioient dès que nous les appro-chions. Nous portions avec nous nôtre tente, nos ornemens, noscalices, nos missels, & généralement tout ce qui nous étoit né-cessaire pour dire la Messe.
Le Seigneur du village nous reçût très-bien. II demeure au hautde la montagne,comme font toutes les personnes de distinctionen Ethiopie. Ceux qui relevent de lui avoient dressé leurs tentesou bâti leurs cabanes près de la sienne ; & ce lieu paroissoit assésgrand par rapport à tous les villages de l’Abissinie. A peine fûmesnous arrivés,qu’il nous envoya faire compliment. II nous fit pré-sent d une vache, ce qui est une marque d’une grande distinction»Nous, pour répondre à cette honnêteté, nous fîmes tuer la vacheaussi-tôt, & nous lui en envoyâmes un quartier tout fumant avecle fiel, qui est, parmi eux, la piece d’honneur&le morceau friand,ce quim’a fait croire pendant quelque te m s que le fiel des animauxrf étoit pas si amer en Abissinie que parmi nous ; mais en ayantgoûté, j’ai trouvé qu’il l étoit encore davantage. Cependant j’aivû de mes propres yeux, & plus d une fois, nos serviteurs en boi-re de grands verres avec plus de plaisir, qu’un ivrogne ne boiroitun verre du plus délicieux vin.
Nous voulûmes commencer nôtre Mission par la Dame mêmedu village. Quoique nous la trouvassions très-opiniâtre, nous es-périons que fexemple & les conseils de son mari auroient quelquepouvoir sur son esprit, & que si nous venions à bout de îa couves-