ttnt à l’Empereur Claude sa fortune étoit faite. En effet dès qu’ilparut avec cette importante preuve de fa valeur, tout le mondelui aplaudit, & il fembloit qu’il n’y avoit pas assés de biens Sçd’honneurs dans l’Abistìnie pour récompenser un tel service. Cha-cun rappelloit les maux que Gragné avoit faits, chargeoit cettetête de malédictions, & relevoit en même-tems le courage, Fa*dresse & 1a bonne fortune de ì’Abifsm, lorsque Pierre Léon ar-riva , regarda cette tête fans rien dire , puis demanda si Gragnén’avoitqu’une oreille ; s’il en avoit deux comme tous les autreshommes, ajoûta-t’il ,qu’est devenu celle qui lui manque ì II y abien de l’apparence que celui qui a tué Gragné l’a coupée & lagarde. L’Abiísin demeura un peu confus, & ne sçût que répon-dre. Alors Pierre Léon tira l’oreille de fa poche. Tout le mondeloua la finesse de Pierre Léon ; l’Empereur voulut que FAbissinrendit tous les prefens qu’il avoit déja reçus, & qu on les donnâtà Pierre Léon. II lui fit encore beaucoup d’autres biens ;Lc ce Por-tugais fut en fi grande réputation dans toute l’Abissinie, que lorfiqu’on vouloit louer quelqu’un, &l’Empereur même,ondifoitqu’il étoit un autre Pierre Léon.
J’aicrû qu’on ne feroit pas fâché deconnoître quel étoit Chrittophle de Gama, dont un Vice-Roy de Tigré alloit, par ordre del’Empereur même, chercher les prétieux restes. La Commissionme fut adressée, & j'ofe dire que je n’ai jamais reçu d’ordre quim’ait fait plus de plaisir. J’étois uni d une étroite amitié avec leComte de Vidigueira Vice-Roy des Indes. U m'avoit prié, lors-que je pris congé de lui pour venir chercher une route par Melin-de, de m’informer où son grand oncle Christophle de Gama avoitété enterré, & de tâcher de lui en envoyer ou apporter quelquesReliques La Commission me joignit au Vice-Roy pour faire cetteenquête & découvrir ce trésor. Le Vice-Roy Tecla Georgis, beau*srere de FEmpereur, me témoigna beaucoup d’amitié ; & tantqu’il a été fidele, je lui ai trouvé de très-bons fentimens, & sur-tout un très grand zele pour la Religion Catholique. II y avoitquinze jours de marche 5 & comme nous allions dans un pays oc-cupé par les Galles » il salut mener des troupes avec nous. Toutesles précautions que nous prenions n’empêcherent pas que nosamis ne «'opposassent à nôtre voyage, & ne fondissent en larmes,lorfqu’ils nous dirent adieu. Ils s’imaginoient tous que nous al-lions à une mort certaine. Le Vice-Roy avoit donné ordre à dear