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Oeuvres complètes de J. Racine / revues avec soin sur toutes les éditions de ce poète, avec des notes extraites des meilleurs commentateurs par P. R. Auguis
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SUR LA VIE DF, JEAN RACINE.

comme dit Cicérort 4b ,* ne peut y avoir de véri- ilabin amitié quentre des gens de bien. *

Un des premiers soins de mon père, apvcs sonmariage , fut de se réconcilier avec MM. du PortRoyal. Il ne lui fut pas difficile de faire sa paixavec M. Nicole , qui ne savoit ce que cétoit quela guerre , et qui le reçut à bras ouverts , lorsquille vint voir accompagné de M. labbé Dupin. Ilne lui étoit pas si aisé de se réconcilier avecM. Arnauld, qui avoit toujours sur le cœur lesplaisanteries écrites sur la mère Angélique gasœur; plaisanteries fondées , par faute dexamen ,sur des faits qui nètoieiit pas exactement vrais.Jloilcau , chargé de la négociation , avoit toujourstrouvé M. Arnauld intraitable. Un jour il savisade lui porter un exemplaire de la tragédie dePhèdre de la part de railleur. M. Arnauld de-meurait alors dans le faubourg Saint-Jacques. Boi-leau en allant le voir prend la résolution de luiprouver quune tragédie peut être innocente auxyeux des casuiales les plus sévères ; et ruminant sathèse en chemin : « Cet homme , disoit-il , aura-t-il toujours raison, et ne pourrai-je parvenir àlui faire avoir tort ? Je suis bien sûr quaujour-dhui jai raison : sil nest pas de mon avis , ilaura tort. » Plein de celte pensée, il entre chezM. Arnauld, il trouve une nombreuse com-pagnie. Il lui présente la tragédie, et lui lit enmême temps lendroit de la préface lauteurtémoigne tant denvie de voir la tragédie récon-ciliée avec les personnes de piété. Ensuite décla-rant quil aliandonnoit acteurs , actrices et théâtre,sans prétendre les soutenir en aucune façon, ilélève sa voix en prédicateur pour soutenir que« si la tragédie étoit dangereuse , cétoil la fautedes poètes, qui en cela même alloient directe-ment contre les règles de leur art : mais que latragédie de Phèdre . conforme à ces règles, na voitrien que dutile 4 6 . > L'auditoire, composé de jeu-nes théologiens, lécoutoit en souriant, et regardoittout ce quil avançoit comme les paradoxes dunpoète peu instruit de la bonne morale. Cet audi-toire fut bien surpris, lorsque M. Arnauld pritainsi la parole : « Si les choses sont comme il ledit, il a raison, et la tragédie est innocente. >Boileau rapporloit quil ne sétoit jamais senti desa vie si content. 11 pria M. Arnauld de vouloirbien jeter les jeux sur la pièce quil lui laissoit,pour lui en dire son sentiment. Il revint quelquesjours après le demander, et M. Arnauld lui donnaainsi sa décision : Il ny a rien à reprendre aucaractère de Phèdre , puisquil nous donne cettegrande Jccnn, que lorsquen punition de fautesprécédentes Dieu nous abandonne à nous-mêmeset à la perversité de notre cœur, il nest pointdexcès nous ne puissions nous porter, mêmeen les détestant. Mais pourquoi a-t-il fait Tïippo-lvte amoureux ? Cette critique est la seule quonpuisse faire contre cette tragédie , et lauteur, quise létoit faite à lui-même, se justilioit en disant :

< Quauroient pensé les petits-maîtres d'un Tlip-polyle ennemi de toutes les femmes ? Quellesmauvaises plaisanteries nauroient-ils point faites]»Boileau , charmé davoir si bien conduit sa négo-ciation , demanda à M. Arnauld la permission de

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lui amener lauleur de la tragédie. Us vinrent chezlui Je lendemain, et quoiquil fût encore en nom-breuse compagnie, le coupable, entrant aveclhumilité et la confusion peintes sur le visage, sejeta à ses pieds. M. Arnauld se jeta aux siens ; tousdeux s'embrassèrent. M. Arnauld lui promit dou-blier le passé et dêtre toujours son ami : promessefidèlement exécutée.

Kn 1674, l'univcrsilé projetoit une requêtequelle devoît présenter au parlement, pour de-mander que la philosophie de Descartes ne futpoint enseignée. On en parloil chez M. lu premierprésident de Lamoignon, qui dit quon ne pourroitse dispenser <le rendre un arrêt conforme à cetterequête. Boileau, présent à cette conversation,imagina larrêt burlesque quil composa avec monpère et Bernier le fameux voyageur, leur amicommun. M. Dongois , neveu de Boileau , y mitle stv le du palais , et quand larrêt fut en état, ille joignit à plusieurs expéditions quil devoît porterà signer à M. le premier président, avec qui il étoitfort familier. M. de Lamoignon ne se laissa pas sur-prendre : à peine eut-il jeté les yeux sur larrêt ,

« Voilà , dit-il, un tour de Despréaux. > Cet arrêtburlesque eut un succès que neût peut-être pointen une pièce sérieuse; il sauva lhonneur desphilosophes et des magistrats. Luniversité nesongea pins à présenter sa requête.

Quoique Boileau et mon père 11eussent encoreaucun titre qui les appelât à la cour, ils y étoîentfort bien reçus tous les deux. M. Colbert lesaiiuuit beaucoup. Etant un jour enfermé avec euxdans sa maison de Sceaux, 011 vint lui annoncerlarrivée dun évêque. 11 répondit avec colère :

« Quon lui fasse tout voir, excepté moi. »

Les inscriptions mises au bas des tableaux surles victoires du roi, peintes par M. Le Brun , dansla galerie de Versailles, étoîent pleines demphase, pareeque M. Charpentier, qui les avoitfaites, crovoil quon ilevoit mettre île lesprit par-tout. Ces pompeuses déclamations déplurent avecraison à M. de Louvois , qui, par ordre du roi,les fil effacer, pour mettre à la place lus inscrip-tions simples que Boileau et mon père lui fourni-rent. Mon père a donné dans quelques occasionstics devises qui , dans leur simplicité , ont ététrouvées fort heureuses, comme celle dont lecorps étoit une orangerie, et lâme conjurâtesridet affuilones. Elle fut approuvée pareequelîeavoit également rapport à lorangerie de"V ersailles,bâtie depuis peu, et à la ligue qui se fnrrnoitcontre la France. Je nen rapporte pas quelquesautres quil donna dans la petite académie, par-eeque lhonneur de pareilles choses doit être par-tagé entre tous ceux qui composent la mêmecompagnie.

Cétoil lui-même qui avoit donné lidée de ras-sembler cette compagnie. Il fut par comme lefondateur de lacadémie des médailles, quonnomma dabord la petite académie, et qui, de-venue beaucoup plus nombreuse , prit, sous uneautre forme, le nom dacadémie des belles-lettres.Elle ne fut composée , dans son origine , que duntrès pelit nombre de personnes quon choisit pourexécuter le projet dune histoire en médailles des