Buch 
Lettres choisies de Madame de Sévigné / precédées d'une notice par Grouvelle ; d'observations littéraires par Suard ; accompagnées de notes explicatives sur les faits et sur les personnages du temps ; ornées d'une galerie de portraits historiques ; dessinés par Staal ; gravés au Burin par Massard, F. Delannoy, Regnault, Outhwaitte, etc.
Entstehung
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LETTRES |)K MADAME DE SE VIGNE

A propos de comédie,, voilà Bajazet : si je pouvois vous envoyer la Chainp-mèlé, vous trouveriez la pièce bonne ; mais, sans elle, elle perd la moitiéde son prix. Je suis folle de Corneille; il nous donnera encore Piilrhérie,lon reverra

Ea main qui crayonna

l.a mort du grand Pompée et Parue do China*.

Il faut que tout cède à son génie. Voilà cette petite fable de la Fontaine,oir l'aventure du curé de M. de Boufflers, qui fut tué tout roide en carrosseauprès de son mort : cet événement est bizarre: la fable est jolie, mais cenest rien au prix de celles qui suivront . Je ne sais ce que cest que ce pot au lait.

Jai souvent des nouvelles de mon pauvre enfant ; la guerre me déplaît fort,pour lui premièrement, et puis pour les autres que jaime. Madame de Vau-demont est à Anvers, nullement disposée à revenir; son mari est contrenous. Madame de Courcelles sera bientôt sur la sellette; je ne sais si elletouchera il petto adamantino de M. dAvaux 1 2 ; mais jusquici il a été aussirude à la Tournelle que dans sa réponse.

Ma fille, jécris sans mesure, encore faut-il finir : en écrivant aux autres,on est aise davoir écrit; et moi, jaime à vous écrire par-dessus toutes choses.Jai mille amitiés à vous faire de M. de la Rochefoucauld, de notre cardinal, deBarillon, et surtout de madame Scarron, qui vous sait bien louer à ma fantai-sie ; vous êtes bien selon son goût. Pour M. et madame de Coulanges, M. labbé,ma tante, ma cousine, la Mousse, cest, un cri général pour me prier de parlerdeux; mais je ne suis pas toujours en humeur de faire des litanies; jenoublie encore : en voilà pour longtemps. Le pauvre Ripert est toujours au lit ;il me vient des pensées sur son mal : que diantre a-t-il? Jaime toujoursma petite enfant, malgré les divines beautés de son frère. Adieu, ma chèreenfant ; jimbrasse votre comte, jelaime encore mieux dans son appartementque dans le vôtre. Hélas ! quelle joie de vous voir belle taille, en santé, en étatdaller, de trotter comme une autre ! Donnez-moi le plaisir devons revoir ainsi.

1 Vers de Corneille dans la dédicace i'Œdipe.

2 Le président de Mesmes, père du premier président de ce nom.