“*7 ,r-,V XJJk < i’%. .. / " - i ■ ! ■ \ ; V/ - av .* : m r**!* VoivVPTK d’Epicvre. f-'>yet: At /in Je (Ltrl.v. J e '.''J'ariie t\nie nb. //s'^ ■If >7l? *£> MMK gi^4i§g% KM- LA MORALE D EPIC URE> TIRtE DE SES PROPRES £CRITS. Par M. VAbbe B A T T £ U X , Profejseur de Philosophic Grecque & Latine ah College Royal de France , de I'Academie Royale des Inscriptions & Belles-Lettres^ r £ !--l § 0 A PARIS, OiezDESAINT & SAULANXi rue 8. Jean de Beauvais. M. D C C. L V111. Avee Approbation 6 * Privilege , Veram enim invenlre volumus, non » tanquam adversarium , aliquem con- vincere. Cic. 2. de Fin, $, AVANT-PROPOSi E t Ouvrage, qui,, dans la pre-* miere idde , ne devoir 6tre qu’une Lettre d’un quart - d'heure de lecture , doit fa naissance a un entretien philosophique , ou il fut question de savoir s’il est vrai , comme quelqu’un lVdit, que jd-' mais Philosophic ne fut moins enten - due ni plus calomniee , que celle d’Epicure. Je nfengage'ai, peut- etre trop facilement, amettrepar dcrit ce quis’dtoitdit de vive vovx ; parce que je crus, qu’ayant dtudid soi- gneusement la matiere dans les sources, il ne s’agiroit que de pren- die la plume , & de placer de Aij 4 AVANT-PROPOS. suite les matdriaux qui sembloient tous taillez. L’expdrience, je 1'a- voue, m’a appris que rarement on fait bien ce qu’on ne fait que pour foi. Si cela est vrai dans plufieurs genres; cela est plus vrai encore dans le genie philofophique , ou quand on veut emporter une feule piece , il fautquelquefois foulever toute la masse. Or la masse , en Philosophic , n’est pas un fardeau leger; puifqu’outre les penfe'es so- lidesdes philofophes, elle com- prend routes les fpdculations values & les iddes creufes de felprit humain, abandonnd a lui-meme , & ne fuivant d’autre regie que fa force , ou fa foiblesse.» II est bien vrai que la philofo- A VA NT - P RO P 0 S. 5 phie d’Epicure, form ant en soi urv tout assez arrondi > & dont la vo- luptd, ou le bien &tre de Thomme en cette vie , est le centre unique , il nest pas difficile d’en em- brasser les parties, dependant il y a des faces extdrieures, dont les rapports s’etendent au loin , & qu'on ne peut bien voir qu’en fe pla^ant dans les autres Ecoles. Ce font ces points de vue, qui auroient fait de mon projet une grande entreprife , si - en le rema- niant > je ne me fuffe appercu qu’il dtoit un moyen de le simplifies dans l’exd cution, & de le rdduire a-peu-pres aux termes de mon engagement : c’est de presenter au lecteurlestitresm£mes de la philosophic d’Epicure > seulement Aiij 6 AVA NT -PRO P OS. . avec ce qu’il faut de notions pouf en fixer le fens, & de laisser a cha- cun le foin d’en juger par lui- m5me, & d’en suivre les consequences. Les matieres philofophiques n’appartiennent qu’aux philoso- phes, c’eft-a-dire, qu’a ceux qui savent penser en lisant. Or c’est assez pour ce genre de lecteurs qu’un dcrit false germ er les iddes. Us s’irritent contre un discoureur qui continue de verier toujours } fans s’embarasser de la forme ni de la capacity du vase. En suivant cette me'thode , on laisse au lecteur le plaisir d^licat de se don’ner a lui - m£me l’ins- truction qu’il ddsire, de converses ayec les auteurs^ de voir les ta- A VANT-PROPOS. 7 bleaux en original, & de comparer les terns. Et celui qui dcrit, n’ayant d’autre fonction que cells de tdmoin, n’a besoin d’autre talent , que de favoir dire simple- ment ce qu’il a vu. Si cette maniere de traiter I'd- rudition philosophique , est con- venable dans tous les cas , ells Test spdcialement dans celui out nous sommes , parce quelesprd- Jugez on le cœur a part, ne tom- bent que devant la veritd. On a persocutd pendant plusieurs fidcles la mdmoire & la philosophic d’Epicure avec un zele qui tenoit de l’emportement: le nom seul de ce philosophe dtoit presque un blaspheme, ou une infamie. Depuis cent ans ou environ., Aiiij 8 AVANT-PROPOS. on affecte non - seulement de le justister, mais de faire des dloges pompeux & presque exclusift , de fa profonde sagesse , de sa vertu austere , de sa Morale, puisde , dit - on, dans les vraies sources de la nature. Si ces honneurs rendus a la per- sonne ne se rdflechissoient pas na- turellement fur une doctrine con- traire aux principes essentiels de la sogidtd & de la religion; il ny auroit gueres quel’envie qui poui- roit s'opposer a la rehabilitation de la mdmoire d’un homme mort il y a plus de deux mille ans. Mais comme ces honneurs peu- vent faire fur quelques esprits peu en garde, des impressions tres-dan- gereuses, & les conduire a des AVANT - PROP OS. 9 ^garemens funestes, j’aicruqu’il meseroit permis de faire une revision ldgdre des pidces de ce pro- ces } & de confronter l’original, tel qu’il est, avec les portraits qu’on en a faits. C’est mon objet unique. Je prie le lecteur equitable de s’en souvenir, & de ne me juger que d’apres ce plan , que j’ai cru devoir suivre preferablement a tout autre, dans un sujet tant de fois trait-e , sous une infinite de faces , 6t qui nel’a jamais iti en sran^ois, sous celle-ci, la plus simple 6c la plus decisive de toutes. J’aurai pour guide principal dans mon travail le sage Gassen- di } qu’on ne soup n eut pas dt.d d’une facile execution. On a quelquefois fait figurer *son nom parmi ceux des Epicu- A FA NT-PROP OS. it riens , parce qu’il a fait revivre une partie de la philosophic d’Epi- cure. II ne faut pas qu’on s’y trompe. II a admis les atomes; mais c’est Dieu qui les a crdez, qui les meut, qui en forme les corps organifez ; mais outre les atomes, il admet une Cause in- telligente univerfelle, & des ef- prits creez pour animer les 6tres raisonnables , & furvivre aux corps qu’ils animent. II met le bon- heur dans la voluptd; mais cette voluptd n’est qu’une joie pure prdparde, comme rdcompenfe , a 1’obfervation des loix naturelles , ou autresj qu’il aplu a la Divinity d’impofer aux hommes : joie dont on a l’avant - gout dans cette vie, & dont la pleine jouissance 12 A VA NT -PROP OS, nous est rdservee apres la moit; ! Avec ces correctifs & ces modifications ) il est Evident qu’il ne reste plus rien de la morale d’Epicure , ni del’Epicureiime ; & que,’ si Gassendi peut £tre peint a cotd d’Epicure, on ne doit point employer les m&mes couleurs pour l’un & pour l’autre; & moins encore , supposd qu’on le respecte , comme il le semble , placer le portrait d’un homme de ce mdrite & de ce caractere , entre ceux de Ldontium & de Ninon Len- clos (a). (a) Leontium etoit! re, ovi elle vecut prln- une semme celebre ! cipalement avec Me- dans l’Ecole d’Epicu- | trodore. JSt I I i />*N && /**\ f* | I &^C=i> fc^CsSCr^ts^^CsPC^ 5=915-3 5-Sr-3«-3-^ LA MORALE DE PICUREi TIR&E DE SES feCRITS. *1x^x1 O u t est dit pour 6c con- *x T b tre Epicure. Depuis deux . j| •] , mule ans ,il a eu des amis & des ennemis, qui n’ontrien ou- blid , les uns pour l’attaquer, les autres pour le ddfendre. Ses disciples ont prdtendu juL rider fa doctrine par fa frugalitd & par fa conduite. Quelmoyen, difoient-ils, d’avoir tant de mœurs avec des principes de corruption ( a) ? (a) II est vrai qu’il I Philosophes comme ^ v'en doit pas etre des I des autres hGrumes *4 La Morale Ses ennemis aucontraire one 'dit que s’il n’avoit pas 6t6 vicieux, ce ne pouvoit £tre que par temperament (a) 6c par timiditd; 6c qu’avec des principes comme les siens , ft j par hazard, on avoit des mœurs , on ne pouvoit avoir des vertus. Comme ii ne s’agit point ici de la perfonne d’Epicure , mais seu- lement des principes qu’on lui re- proche; nous nous bornons a ex- poser d’abord ces principes , en peu de mots, 6c a donner ensuite les pieces justificatives de notre exposition : ce qui divisera natu- rellement cet Ouvrage en deux parties; dont la Premiere contien- qui ont souvent des principes austeres, & line conduite relachee. Quand la conduite d’un philosophe n’est pas conforme auxloix, il faut qu’il ait eu le secret de se faire des loix conformes a fa conduite : ou il n’est pas philosophe. ( æ ) E la Philosophie d'Epicure , RELATIVEMENT A LA MORALE. Ou s prdsenterons d’abord un Tableau abregd de l’dtat des ef- prits dans la Grece, par rapport a la philosophie , lorsqu’Epicure se montra sur la scene. Ensuite nous fixerons l’Objet que cePhilosophe fe proposa dans le plan de tome fa philosophic. Ensin nous traiterons, en peu de mots > les points capi- taux de fa doctrine, qui font la Nature des Oieux, celle de l’Aine, de la Voluptd , & de la Vertu : c’est le plan de la premiere Par- • t n’avoit pului expliquer ce que c’etoit que le cahos. II ouvrit son Eeole a trente* deux ans , d’abord a Mityldne , puis a Lampsaque, & cinq ans apres a Athenes, dans un jardin qu’il avoir achetd quatre - vingts mines (c). Ce fut la qu'il pasta - ( a) Olymp. 109.3* ans, felond’aulres, a (b) SelonDiogene 12. J : Laerce , a l’age de 14, ( c ) Quatre-vingts B ■fi8 L a. Morale ,le reste de sa vie avec des amis qu’il s’dtoit formez pour Iui-m6- me, felon les principes de fa Philosophic. La sublimitd de Pl± cole de Platen ou. regnoieiit Xdno crate & Poldmon; la science profonde de celle d’Aristote, ou parloit le fa- rneux Thdophrafte ; l’eclat naif sant de la vertu de Zenon, qui ras sembloit ram d’auditeurs dans ces galeries celebres qu avoir peint Polygnote, n’Cffrayerent point son tcourage.jll opposa hardiment fes dogmes a ceux de fes rivaux; per- suadd que 1’iriscription meme de I’EcOle ( a ) qui annonqoit la vo- lupte, attireroit d’abord Patten- tion des homhies ; & que Pagrd- ment de fes jar dins, joint a une ifnines equivalent a 6400 livressur le pied Oii-Æft l’argent aUjaut- d’hui, a 50 Uvres-fe iaarc. (a) Inscription horttells :Hospes hie bene ma- nibis : hie fuwmitm bo- rtum Vol-upcas ~ejl, Sdn«l Ep, M, i / d’ Epicure.' 19 idee' de vertu , retiendroit chez Jui une partie de ces auditeurs nombreux, qui remplissoient cha- que jour FAcadeiiiie } le Lycde , & le Portique. II sembloit meme avoir quel- ques avantages fur les autres Phi- losophes. II paroissoit dun carac- tere franc, ingenu > plus occupd du bien des autres que du fieri propre. II sembloit proposer ses iddes fans art, & fans ddtour; fe declarant hautement centre les couleurs de l’Eloquence, & centre les finesses de la Dialectique ; affect ant d'attaquer en plein jour, fans casque - ni bouclier > avec une spite de confiance qui en domioit a ceux quil’dcoutoient (a). («) Cependant S. Clement d’Alexandrie allure que les Epicu- riens avoient desdo- grnes secrets , aufli- bien que les Pythago- riclens St Platon, & qu’ils ne permettoient pas a tout le monde de lire les livres oil ils etoient renfermez. Li 5* Strom. Mais Bij 20 La Morale Le divin Platon avoit dtd ad- mild lorsqu’il parloit des perfections de FEtre supreme, de Fim- mortalitd de Fame, des charmes & des rdcompenfes de la vertu. Maisses dcrits,qui prefentent tou- jours le pour & le contre avec des traits dgalement forts, & des cou- leurs dgalementvives, donnoient trop d’exercice , & trop peu de nourriture, a la plupart des lec- teurs , dont l’efprit , apres une certaine mefure de travail, aime a fe repofer fur quelque veritd. Ses succelfeurs Speusippe, Xdnocra- te, &Polemon, qui avoient 6t6 moins attachez que lui a la ma- voient -Us a cacher apres avoir dit hau- tement que la Divi- nitene fe meloit point des affaires des hom- mes ; que l’ame xnou- roit avec le corps , que la volupte est le louverainbien, & que la justice n’est rien ? Peut-etre y avoit - il quelques developpe- mens trop cruds , qui n’auroient pu passer a la Police d’Athenes * malgre son extreme indulgence pour le j Pbi- losophes. d’Ep I cur e. 21 ti'ere de Socrate- j n’ayant rien in- ventd de nouveau, la grande idde qui dtoit reside de leur maitre , absorboit une partie de leur glob re; & l’habitude d’entendre de- puis 60 ou 80 ans les mdmes cho- ses, avoir dmoussd le gout du peu- ple d’Athenes toujours avide de nouveautd. Aristote, genie hardi, profond, lumineux quand il traitoit les su- jets qu’il vouloit dclaircir, ou qui f )ouvoient 1 etre, avoir prdsentd es matieres qui concernent la Di- vinitd, l’Ame, & les autres causes fondamentales du bonheur, avec un art qui n’appartenoit qu 5 a lui. Tout paroissoit prdcis, articuld , analysd ; mais ce n’dtoit qu J un del at extdrieur jetd fur un fond obscur. Les iddes dtoient de venues si minces, dans la ddcom- position, qu’un œil ordinaire ne les appercevoit qu’avec peine. II 22 LAMORALE falloit bien souvent en croire !e Philosophe sur sa parole. Ses lemons paticulieres pour les adeptes , avoient mis en defiance tous ses auditeurs, fans exception. Qui pouvoit fe flatter d'etre entiere- ment compris dans le privilege, & d’avoir vu intuitivement la pen- fee du maitre ? LePortique, ou s’^toit unpeu apprivoisee la se Lie des Cyniques, rendue sameuse par la vertu dnor- me d’Anthistene , de Diogene , deMonime, de Crates, dtd'Hip- parchia ( a ), retentissoit des plus belles leqons. C'dtoit la qu’on al- loit chercher le sublime de la sa- ( a ) Hipparchia j SUNS Athenienne, de sa- anille noble , se prit d’amour pour le philosophe Crates, au point «ju’elle declara a ses pa- rens qu’elle mouroit, si elle ne l’epousoit pas. Crates etoitlaid, bos- su , n’ayatjt pour tout bien qu’une besace 8c un bdton. II lui decou* yrit meme sa bolle pour effayer de la gue- rir de sa maladie.Non, dit-elle, je n’en veux ni un plus beau , ni un plus riche. d* E p i c u r e; rz geffe 6c du bonheur. Mais cette prdtendue fagesse dtoit si fort au- dessus des iddes 6c de la portde du grand nombre; elle dtoit ac- compagnde de tant de prdtentions outi'des, pour ne rien, dire de plus , qu’elie effrayoit les uns & faisoit rire les autres. Ajoutez a cela le fatalifme, ee dogme si ddconcer- tant pour famous propre, 6c l’idde bizarre d’un Dieu rond > confon- du avec le feu, coupd en une infinite de parcelles, pour etre distri- bud dans to us les dtres. Qui pou- voit digerer tant de paradoxes ? Falloit - il passer la mer 6t aller a Cyrene chercher fefprit d’Arif- tippe ? Ses fuccesseurs fe desho- noroient par leurs exces 6c leurs dcarts philofophiques. Thdodore , furnommd d’abordJ’Athde, en suite , par antiphrase , le Dieu j chas- sd de routes les villes poiicdes 3 n’avoit trouvd de refuge que dan? L4 La Morale la maxims qui dit, que le sage n ? a point besoin d’amis. Bion son disciple., avoit ddtestd en mourant, la folle tdmdritd de ses maitres & la fienne. Hdgdfias , furnommd l’Orateur de lamort, 'miofytva.T&i > calculant la somme des biens & des maux de la vie, avoit poussd si loin ses principes , qu’au fortir de ses lecons on alloit mourir. II fal- lut que le Roi d’Egypte lui iin- cosat silence, pour conserver ses lujets (a ). De tousles impies, qui vivent & qui meurent fans espdrance , c'dtoit peut-dtre le seul qui eut rai- sonnd consequemment jusqu’au bout. Mais ces consequences me- ines, quoique justes, avoient de^- goutd de fa Philosophic bien des gens , trop amis de la vie pour la {a) A Rege Pjole- titæo prohibitus ejl ilia {nfcholis dictre , quod multi his auditis a mortem Jibi confcifcerent, Cic.Tusc. I. 34. D* E P I e U R E. 25 facrifier a une operation d’arith- metique.. C’est la le moment on Epicure se montre a la Grdce, presque lasse de croire & d’esperer aux pro- meffes des Philofophes. II avoit visite routes les Ecoles, entendu tous les maitres ; & s’il ne connut pas routes leurs pen- fees, c’est qu’il crut en avoir assez vu pour n’avoir bas besoin de con- noitre le reste. Peu satissait de tout ce qu’on avoir voulu lui apprendre, il son- gea a donner des iddes nouvelles. II fit un plan,qu’il pfofenta comme neuf, & qu’il prdtendit avoir executes seul, &de ses propres fonds, fansaucun emprunt (a). II < 5 toit aifo de l’en croire fur fa parole ; (a) Cependant il est ! Phyficis totus ejlalie- certain qu’il n’a rien a j nus , & toute fa Mo- lui:ildoittoutefaPhy- j rale a Aristippe. Voyes^ sique.a Democrite , in j Cic. de Fin. I.6.& 8° 2.6 t a Morale C’dtoit , dit Ciceron , un horn- me mal logd , qui se vantoit d’a- voir bati sa maison lui - m£me, sans le secours d’aucun architec- re ( a ). II composa trois cens volumes , fans y faire entrer aucune citation ; parce qu’apparemment il ne croyoit pas que la Philosophic dut citer , ou que ses predeceffeurs mdritaflentdesdtre. Onl’am^me accusd de ne s’£tre pas toujours renfermd dans les bornes de ce silence , qui valoit une critique; & de les avoir crayonnez tous , a fa maniere, d’une 'faqon qui mar- quoit son mdpris pour eux ( b ). Diogene Laerce rapporte quel- ques-unes des qualifications dont on prdtend qu’il avoit de co re Nau- {a) Quod & non pm- dicanti tamen facile qui - dem crederem : sic ut mail adiscii domino , glorianti se architeBum nonhabuisse. De Nat, Deor. i. 26. ( b ) V oyezPlut. dans son Livre centre les Epicuriens, pag.1086. D* E P I C U R E. 27 fiphane 11 n de ses maitres, Platon , Aristote, Protagore, Heraclite, Ddmocrite, a qui il devoir route fa Physique, Antidore., &c. Nous* les supprimons , par egard pour de si grands hommes & par respect pour la Philosophic (a). Ces difcours injiirieux ont - ils etd fauffement attribuez a Epicure , & seulement pour multiplier le nombre de ses ennemis ? Dio- gene Laerce, qui Pasture , peut avoir raison. On peut croire que Timocrate, qui Put le plus grand ddtracteur d’Epicure, apres avoir abandonne son Ecole , en parla mal, pour justifier sa desertion. Mais dun autre cotd, Diodes > qu’on cite comme son apologise, nest pas moins recufableque Timocrate , par la raison contraire: dtant disciple d’Epicure, son commensal , & son ami de tous les (æ) VoyezCiceron de Nat,Dm . 1.33^ 2-8 L A M O R A L E jours , c’dtoit pour son honneus* jnemc qu’il justifioit son maxtre. Nous n’avons rien a dire fur cette accusation, fin on que plu- fieurs de ces traits font rendus au morns vraisemblables , par l’affec- tation d’Epicure a ne citer jamais aucunde ceuxnsomes a qui il devoir le plus; par son obstination a nier qu’il cut rien appris de qui que ce fut; par les reproches que lui ont fait plusieurs Auteurs graves, qui, quelque prdvenus qu’on les suppose, n’dtoient pas capables d’adopter Idgdrement des calom- nies groffieres; enfin par la con- duite de Colotes son disciple & son amide cœur, KcAorafso 5 lequel dans l’ouvrage qu’il avoit fait pour prouver, fid on ne peut it re heu-> reux en suivant les dogmes des au - ires Philosopher , a laissd dchapper des traits injurieux centre ce que la Philosophic a de plus refgecta- d’ E p i c u r e: 29 tie, jusqu’a dire entre autres cho- fes, qu’il falloit donner du foin a Socrate, au lieu de pain, pui£ qu’il faisoit profession de ne rien savoir. II traitoit avec la meme li- bertdParmenide, Platon, Ddmo- crite., &c. Mdtrodore , qui dtoitun second Epicure , alter Epicurus , disoit qu’un horn me litre ne pouvoit s’emp^cher derire, quand il pen- foit aces trifles Lycurgues^ a ces Lolons, & aux autres qui leurres- femblent ( a ). Enfin il n’y a pas juP qu'a Ldontium^qui n’ait voulu lancer des traits contre Thdophraste : (4) Non, non, Me- trodore, reprend Plu- tarque en colere , un homme libre ne rit point quand il penle a ces grands hotn- mes ; & celui qui rit si’est point un hom- me libre; mais un insolent qu’il faut cbk- tier, non avec la verge , comme l’enfant libre , mais avec le fouet a gros noeuds , dont on punit les ef- claves de Cybele. Adv. Colot. Torquatus ne parle gueres plus respectueuiement de Platon dans Ciceron. 50 La Morale ce qui fit naitre le proverbe,de choi- sir I’arbrepour fependre (a). Cette conduite des disciples prouve au moins que les plus grands noms n’dtoient pas fort refpectez dans les jardins de leur maitre. II seroit aisd de prouver qu’ils ne devoient pas l’dtre, felonies maximes & les principes qu’ony avoit dtablis. Tout ce que Diogene Laerce avance pour la dd sense d’Epicu- re , prouve que ce Philofophe dtoit doux } complaisant dans fa propre 1ocidtd ; mais cela ne ddmontre nullement qu’il ait beaucoup res- pectd les Philofophes dont il ren- verfoit la Philosophic, ou qui vou-> loient renverser la sienne. Apres des jugemens & des ter-, mes si peu menagez, Epicure n'd- toit pas en droit d’attendre qu’ori lui fit beaucoup de grace. On ne (s) P roverbium in- \ arborem eligendi. Pliti, de natum, suspendio | Nat. PræF. lib. i. d’Epicure; '5 i 'lui rendit pas mdme justice. La Philosophic s’oublia jufqu'au point de mettre en œuvre la calomnie, les suppositions d’dcrits ( a), les declamations graslieres, moyens odieux qui ne firent que donner a Epicure une cdldbritd qu’il n’avoit pas encore par lui - md- me ( b) , & qu’il riauroit pent' etre jamais eue fans fes ennemis. On peut voir ce qu’a dcrit a ce sujet Gassendi, qui ayant dpurdla doctrine de ce Philosophe dans quelques-uns de fes points, a austi ’vengd fa perfonne, & retabli une paitie de fa memoire. Pour nous, fans statuer rien de prdcis fur la perfonne d’Epicure, nous crayons ( a ) On accusa Dio- time Stoicien , de lui avoir prete 50 lettres amoureuses. Voye { Laer.io. Seg. & Jon- Jkis, lib. i.cap. I$. n. 4. (b) Nihil fibi tut no* cuijfe, aiu Metrodoro , inter bona tanta , quod tpfos ilia nobilis Gn*- cia non ignotos solum hdbuisjet, sedpene in- auditos. Senec, Epist. 79 ' )2 La Morale que s’ily a eu de l’animosite& de Pinjustice dans ses ennemis , il y a eu auffi de l’affectation & du zele outrd dans ses defenseurs. Les uns veulent qu’il soit couvert de blame & de reproches, les autres qu’il soit sans aucune tache : il y a ap- parence qu’ici comme ailleurs, la verite pourroit dtre dans le milieu. — - ■ -. - ■ — . .< ARTICLE II. Objet de la Philosophie a?Epicure. H E n r i Moras dcrivoit a I’ami de Descartes ( a) que la fin suprd- me de la Philosophie dtoit la Religion : Summus Philosophic finis Re- ligio. Il entendoitsans doute la fin de 1'oeuvre, & non celle de l’ou- vrier. Car la Religion, dtant elle~ m&me un moyen, a pour objet (a) M. Clerselier. 1 Tom. i; pag. 313* Lettres de Descartes, 1 ed. 1657* comme d s Epicure?" HZ fcOmme toutes les vertus , toutes les dtudes, tous les efforts , toutes les entreprises de l'homme, le bonheur de l’homme m6me; avec cette seule difference, que sous son empire la nature est guidde par line sagefle qui ne trompe point; tandis que les autres moyens , em- ployez souvent par un faux amour propre, ou par les vues ddtournees de quelque passion trompeuse > menent l’homme a un fantome de bonheur, plutot qu’a une felicitd rdelle. Les Philosophes payens avoient saisi cette premiere verite: Que Varmour de Joi-mime ejl le principe de toutes les adiions de l’homme , &: Ainsi parioient Socrate, Piston , Aristote , Xdnocrate, Di- cdarque, & tous ceux qui ont philosophd de bonne foi sur cette matiere , la seule vraiement phb losophique. Toute la perfection de l’homme ddpend done des iddes de l’esprit, puisque ce font elles qui reglent b* E p i c u r e: 37 la Volontd. Maintenant quelles doivent dtre ces iddes ? C’dtoit-la que fe partageoient les Philofo- phes. On peut les divifer d’abord en trois Liaises. Dans la premiere , chaque homme est regardd com- me une partie de l’Univers , la- quelle doit fe conformer & com courir a l’ordre gdndral, & a la perfection du tout. C’dtoit l’idde des Stoiciens. Dans la seconde, chaque homme est une partie du genre hu- main, & doit, a ce titre, contribuer au bonheur gdndral, & en tirer, par ce moyen, son bonheur par- ticulier. Cetoit la penfce de l’Eco- le de Platon, qui , fur ce point, comprenoit ausli celle d’Aristote. Dans la troisieme, chaque homme en particulier fe fait centre de TUnivers & delaSocidtd: c’est a lui feul qull rappelle tout le Ciij Z 8 L A M 6 R A L E ^ reste. C etoitle sifldme d’Epicure^ d’Aristippe, & de tous ceux qui juettoient le souverain bien dans les fens & la voluptd: $t mihi res 3 non me rebussubjungere conor. Hor. Ces trois classes peuvent etre- reduites a deux, dont la premiere comprend tous ceux quibornoient 1’etre de 1'bomme a la vie prdlen- te; la feconde renferme ceux qui efpdroient une autre vie , dont 1’dtat fut lid avec fdtat de la vie prdfente. Selon le sistdme de ceux-ci, le bien particulier facrifid au bien public , dans cette vie , devoir dtre remplacd par un plus grand bien particulier dans la vie future. Selon le sistdme des Epicuriens , le sacrifice du bien particulier au bien public, dtoit une sotise pure , fans rdcompenfe & fans objet. La difference de ces deux Phi-- d’ E p i c tj r e; ZA losophies n’dtoit done pas dans I’une le sacrifice de l’intdret personnel, dans l’autre le commerce ou l’ufure de ce mdme intdrdt ; l’intdrdt particulier dtoit dans tou- res deux. Mais dans Tune e’etoit 1’intdrdt dune vie immortelle & dun bonheur fans fin; dans l’au- tre e’etoit l’intdret & le bien-dtre dune vie passagere. Le premier intdrdt dtoit l’amour desoi-mdme qui renomjoit a quel- que bien prdsent pour un bien a venir infiniment plus grand. L’autre dtoit le m£me amour de soi, qui renonqoit a l’espdrance a venir , pour le bien qu’il croyoit present. C’dtoit done la difference des iddes qui sdparoit d’abord les Phi- losophes; & ceux qui avoient tort dtoient coupables d’erreur, avant que de l’etre de crime. Faisons encore un pas. Le bien de la vie prdiente est de deux loy ‘40 La Morale tes : le bien honnete & le bleu agreable. Le bien agrdable, par opposition au bien honnete, est celui qui parvient a l’ame paries organes des sensations : c’est un mouvement qui flatte les sens. Le bien honndte est celui qui nous procure l’eftime & la bien- veillance des hommes vertueux. Les Stoiciens avoientembrasie le bien honnete, exclusivement st tout autre bien. Cdtoit a eux st concilier les contradictions des principes de leur Metaphysique , avec ceux de leur Morale. Aristip- pe & Epicure avoient embrasie le seulbien agrdable, y comprenant les vertus mdmes, qui n’dtoient bonnes , felon eux, qu'a cause des agremens qui les accompagnent m£me dans cette vie. Nous tou.- cherons encore cette matiere ci- apres. Art. 5. d’ E p i cure; 41' Tout se rdduit done a savoir si I’homme sage, pour se rendre aussi parfait & aussi heureux qu’il peut P£tre, eu dgard a sa nature, a son origine, a sa destination, doit dans cette vie , sacrifier les plaisirs a la vertu , ou subordonner les vertus au plaisir. Pour discuter cette question dans toute son dtendue, il y avoit deux autres points essentiels a trailer prealablement : la nature de la Divinity & deses attributs; celle de notre A me & de ses proprietez; la question du bonheur n’ecant proprement que le refultat de ces deux autres: Epicure savoit senti. -» Si nous n’avions point, dit - il, » d'inquietude fur ce qui fe passe « au-dessus de nos tetes, ni fur la » mort & ses suites, & que nous » pussions connoitre, fans la Phi- »losophie, ou doivent s’arreter nos » plaisirs pour ne point fe changer I a Morale *> en douleur, nous n’aurions qn6 ^faire d’dtudier la Philosophic »(a), Voila done trois objets : con- noitre les Dieux, pour favoir s’il faut craindre le ur vengeance: con- noitre l’Ame , pour favoir quelles font les suites de la mort: connoi- tre les limites du plaifir, pour ^viler les suites facheufes de l’exces. La connoiffance des Dieux & celle de l’Ame nous est donnde par l’dtude de la nature ou de la Physique ( b) : fans cette dtude, dit Epicure, les hommes comme ies enfans dans l’obfcuritd , s’ef- fraient de ce qui n’est pas. Les phenomdnes du ciel & de la ter- re, dont ils font frappez , parce qu’ils n’en voient pas les causes > les tiennent sous le joug d’une crainte qui les rend fouveraine- ment malheureux. C’est done au (s) Max. XI. a. J (£)VoyezlesMaxi». Part, art, a, | mes 11. ta. St 13, La Morale » mend en triomphe., toutes les dd- » terminations possibles des dtres, «les formes essentielles de chaque »espece les principes de leurs » mouvemens & de leurs repos , » enfin tous les circuits & les re- --> tours des Siemens. Nous pou- » vons ddformais acquiefcer a nos » penchans , & suivre fans inquid- «tude y les douces violences de la “ nature , qui nous entraine a la » voluptd.» Ce qui veut dire en prose que nous commissions par la Philosophic que les Dieux ne fe mdlent de rien; que chaque dtre a la raifon de fa forme & de son existence dans la pefanteur , la configura* tion } & la masse des atom es , 'Etmetus ille foras prxceps Acheruntis agendus ; Funditus, humanam qui vitam turbat ab imo Omniasujfundens mortis nigrore: neque ullam 'EJfe voluptatem liquidam puramque relinquit, L. III. v. 40* d’ E P I C U R E. 4 f grand jour de la Philosophic qu’Q appartient de tirer les hommes de la servitude , & de leur apprendre que ce ne font pas les Dieux qui font ce qui les dtonne: » Graces » soient rendues au Citoyen d’A- wthenes, » s’dcrie Lucrece dans 1’enthousiasme de son admiration, » noussommes libres des vains prd- ?’jugds del’enfance. (sl) C’est cet *■> homme immortel, qui, emporte « par son gdnie vainqueur au-dela « de s limites enflammdes du mon- « de, a parcouru TUnivers 6c 1'es- », pace. Cest lui qui nous a ra- ( d’Ep i cur e; 47 fcelligence finie; mais son existent ce , &c quelques-uns de ses attri- buts relatifs a notre propre con-: duite; fa sagesse qui ordonne tour tes choses ; fa puissance, qui em^ braise les moindres objets , qui leur donne l’£tre , le mouvement & la vie; fa science , a qui tout est present, qui voit jusqu'a nos plus secretes penfees ; fa providence , qui veille fpecialement fur les hommes, & qui leur a donnd par predilection , le motif de la ration , plus encore que celui de l 5 in- tct'et, pour les attacher a la ver- tu : ehfin fa justice , qui est un amour constant de l’ordre, qui le fait, qui le commande, quilere- tablit, toujours pour fa gloire: & au lieu du tribut servile de la crain- te, auquel Epicure prdtendoit que nous serious forcez, si la Divinity existoit, ils ont demands pour elle l’hommage libre & filial, c’est- 4-3 La Morale a-dire) 1’amour 6c le respect d’uri cœur vertueux. Ils avoient parld de la mort: non pour nous montrer de loin ies portes du ndant., qui ness que le doute malheureux d’un horn me fans principes; mais pour nous a- doucir ce passage ndcessaire, par le ddtachement insensible des cho- fes terrestres : Philosophia ejl com - mentatio mortis. Ils avoient dit que Thomme dtranger fur la terre, 6c rappelle' a une meilieure patrie , devoir chaque jour couper quel- qu’un de ces nœuds grossiers qui 1’attachent ici - bas , malgrd lui; qu’il devoir diminuer, parl’etude des chofes intellectuelles, le poids de cette partie materielle de lui- m6me, quil’emp6che deprendre I’essor vers la perspective d’une au- tre vie. Ils avoient dit que la vie d’ici-bas, en comparaison de 1'au- rre, n’dtoit qu’un dtat de mort ; que b* E p i c u r e; 49 que notre ame dtoit rensermde dans le corps comme dans uit tombeau, oti tout au plus^ comme dans tine prison dtroite ; oit ses iddes n’^toient que des lueurs, ses desirS que des maladies , ses plai- sirs que des suites ou des preludes de la douleur; de maniere que la mort, qui dtoit par elle-m£meun phantome affreux pour le vulgai- re ) & pour Epicure l’entrde du ndant, dtbit devenue pour le sage , un terme desirable , le moment du salaire, ou les travaux fi- nuTentj & le bonheur commence. Ils avoient parle des gouts de la nature , & m6me de la volupte des fens; mais ils en avoient parld comme d'un criminel digne de mort, a qui il falloit faire lepro- ces fans pitid , qu il falloit extern miner comme l’ennemi de toute vertu. Ceux d’entre eux qui l’a- voient traitde ayec plus de modd- D $o La Morale ration, avoient dit que les plal- sirs sensibles etoient des adoucis- femens ldgers dans les maux de la vie ; mais dont il falloit user so- brement: des attentions de la nature bienfaisante, qui nous invite a conserver notre etre par l’attrait du sentiment; mais dont il ne falloit prositer qu’avec defiance & precaution. Ainsi avoient parld les Ecoles de Thai es, de Pythagore, de Par- mdnide, de Platon, d’Aristote , des deux Zdnons, de ces hommes fameux, dont tout TUnivers alors connu, repetoit les noms avec une reconnoissance mblde de veneration : « parce que,dit Plutarque (a), *» quand m6me les loix qui font le -- frein des passions humaines } au- roient etd perdues & andanties , -»les conseils & les exemples de « ces hdros de la sagesse, auroienc (j ) Adv. Coh D 5 E P I C U R. e; 5 i » toujours retenu les nations, 6c » emp£chd les hommes de fe d 6 - --- vorer. On auroit toujours craint w le crime & la honte , toujours » aimd & refpectd la justice, ren- » du honneur aux Magistrats 8c -» aux Dieux: on auroit toujours -»cru qu’il y avoit des guides 8c w'des t^moins invisibles de la cons' duite de chaque mortel ; que » tout for de fUnivers ne pouvoit payer la moindre vertu ; ensin -> on auroit fait, par 1 attrait feul -- de la raifon 6c de la decence , ce » qu on ne fait aujourd’hui que par » crainte. » Cependant il faut l’avouer, ces grands hommes qui avoient trou- v^ dans f etude de la nature, la notion de Dieu, de fame immortelle , du bonheur de la vertu , n’avoient pas toujours eu ce quit failoit pour persuader les esprits j fbuvent grolsiers > quelquefois rd- Dij 52 La Morale tifs, presque toujours offusquez. par le gout & Fhabitude des cho- fes senllbles. Ils n’dtoient pas m&- me d’accord entre eux fur les dd- veloppemens de plusieurs de ces points eflentiels. Et comme l’ef- prit humain a toujours eu le secret , quand il Fa voulu, d’em- brouiller , a force de reflexions , les choses les plus claires, & de rendre douteufes les plus certai- nes; il s’est trouve que dans le choc des raisonneraens & des iddes contraires } dont aucunes ne reconnoiflfoient un tribunal fans appel, la veritd a souvent eu moins de crddit & de pouvoir que le menfonge ; parce qu’elle est or- dinairement fans faction, & que le nombre des sages nest jamais le plus grand. Dans cet dtat des penfdes & des opinions des Philofophes fur le bonheur defhomme , & fur les d*Epicur e. 5; inoyens d’y parvenir 3 Epicure s’imagina que la question seroit bientot ddcidde , si quelqu’un 3 sans s’arrdter aux vaines disputes des ^coles, reprenoit le fil de la nature } 6t le suivoit jusqu’au bout fans le rompre. II crut que ce chef- d’oeuvre lui dtoit reserve; & qu’il dtoit heureufement arrive au ter- inc , en prdnant le hazard pour principe, & la voluptd pour guide : sun pour deiivrer shomme des craintes fausies , 6c l’autre pour le deiivrer des fortes cupi- ditds^ qui font les deux grandes , & les seules maladies du genre humain. II a pretendu avoir guerl la premiere , en tirant le voile mis- terieux qui nous ddrobcit les operations secretes de la Nature; 6c la seconde , en placant le restart de route vertu dans 1’amour du bien 6tre de cette vie : c’est toutq fa Philosophies 54 L a Morale ARTICLEIII. Idee d’Epicure sur la nature des Dieux. U N Poete a dit , & on l’a citd quelquefois ayec complaisance , que c’etoit la crainte qui avoir fait les Dieux dans l’Univers : Primus in orbe Deos fecit timor. On pourroit dire le contrail's avec plus de veritd, que c’est la crainte qui a chaffd les Dieux de. rUnivers.» Je n 3 ai jamais vu un « homme , dit Ciceron, qui eut plus de peur qu 3 Epicure de deux » choses ^ doritil diloit qu’il ne sals’ loit point avoir peur, je veux » dire de la mort & des Dieux ( a ). II en parloit to u jours. fa) Neminem vidi qui magis ea qua ti- metida e£e negaret , timeret ; mortem dico, & Deos. De Nat. Deor. I. 31. rf Epic u r e. yy Elevd des fa tendre enfance (a) dans la frayeur des elprits & des ddmons , contre qui fa mere em- ployoit les rits expiatoires dans-les maisons des particuliers, il avoir eu long-tems fimagination rem- plie de fantomes hideux. II fe re- prefentoit, si l’on peut user de l’ex- preflion du Poete qui a mis en vers fa Philosophic , la t6te dnormede la Religion fortant des cieux, 6c glacant d'elfroi par fon regard terrible , les pales mortels, vict.imes du prdjugd : Qjuz caput a catll regionibus oflendebat i Horribili super aspe&u mortalibus instans. L. i. 6;. Ce fut pour fe ddlivrer une bonne fois-de cette id^e , pleine de trouble & de terreur, qu’il en- treprit de mettre la Religion sous fes pieds. Quand il crut y avoir (a) Voyez Diog. I dans son Dict.Rem* faerce , & Bay le J B. n. i. * Diiij 56 La Morale rdussi , ses disciples chanterent vicloire j 6c fe crurent eux-memes dans les cieux : Quart Relligio pedibus fubjeEla vicijjlm Obteritur * nos exaquat viEloria ctelo. L. I. v. So. Lorsque des esclaves insiddles craignent leur maitre , ils n’ont que deux moyens pour fe ddi vrer de leur crainte : le premier est de l’aneantir, s’ils le peuvent; le second de lui former les yeux, 6c de lui lier les mains : car si ce second moyen passe encore leurs forces , ils n ont d’autre parti a prendre que de faire leur devoir > 6c de porter leurs chaxnes de bonne grace. Epicure n’a point voulu imitei* ces Philosophes Titans qui entre- prirent d’escalader le del, dus- sent-ils 6tre dcrasez par les ro- chers mernes qu’ils lan^oient con- tie lui. II a mieux aime prendre d’ E P I C U R E. 57 Ja voie des souterrains.» Oui, dit- -- il, oui: il y a des Dieux: fdvi- -- deuce des iddes nous le prou- -- ve » (a ): c’est-a-dire, la vue clai- re & distincte de ces phantomes gigantesques qui fe peignent a notre imagination lorfque nous r&vons. Mais quels font ces Dieux ? Quelle est leur nature ? C’dtoit-la le point elfentiel pour son objet (b). L'existence des Dieux confide- rde en elle-mdme, ne fut jamais ce qui bleflsa ceux qui font atta- qude. Qu’importoit a Diagoras qu il y eut dans quelque coin de f Univers quelque nature plus par- faite que lui, jouissant d’un plus grand bonheur que le sien ? Que lui importoit m&me que ces dtres fuffent fpectateurs de fa conduite ( a ) Lettre a Mene- cee, n. I. (£) Voyez la Lettre a Meneceej II. Part. num. I. dans la note. D’EP I C.U RE. Dieu, a dit Epicure, est un Etre heureux & immortel (a) : deux attributs que routes les Philosophies renferment dans la notion de Dieu; mais qu’Epicure emploie par prdfdrence a d’autres } pour des raisons estentielles a son systcme ; les void: Eout Etre qui a ces deux qua- litez ) n’est, felon lui, capable ni de haine, ni d’amour, sentimens qui supposcntla foiblesse. Par consequent on ne le touche point par les bienfaits, ni on ne l’offense par les injures. Tranquille & renferine en lui - raeme, il n’empeche ni ne trouble la tranquillity de qui que ce soit ( b ). C’est done maba-propos que les hommes prd- tent a la Divinity leurs idyes d’a- mour & de haine , de rycompense ( a ) Voyez la Lettre ( b ) Voyez II. Par?, a Menecee, II. Par- art. a. Max. i. tie , Art. i. n. i. 58 La Mo r abe rondes on approchantes de la rondeur, ne laiffent quelques intervalles entre eux. Ges intervalles s’appellent intermondes. C’est-la que les Dieux tranquilles , loin des hommes, regnent,& jouissent d’eux-memes, fans action, fans foins , fans volume. S’ils fe fussent trouvez en- gagez dans les mondes, ils au- roient eu trop d’embarras & trop de peines. II auroit fallu fuivre le mouvement des spheres : quelle fatigue ! ou le regler : quels efforts ! cela ne peut fe concilier (a) Voyezl’Extrait j II. Part. art. 5. n, de la Let. a Herod. { iS. € a . LaMorale avec le bonheur de Tim mortality qui est Fdlement des Dieux. Mais d’oii viennent toutes ces formes qui rempliffent l’Univers f & qui le varient a chaque instant ? II y a affurdment une cause,quelle quelle soit, pour la productions pour la formation de ces btres. Ne feroit-ce point ces Dieux par lel- quels seroient operez tous ces re- nouvellemens de scdne qui nous dtonnent ? Si par malheur cela dtoit ainsi, vivans 6t mourans , nous serious dans la main de ces Dieux. Un Philosophe religieux au- roit dit que c’dtoit une raison de plus pour reconnoitre Faction des Dieux ; puisqu’alors nous serious dans la main des auteurs de none btre , qui ne peuvent btre en- nemis de leur ouvrage. Epicure n’ose s’y fier. II croit plus fur pour lui, de tenir son, due du coneours d* E p i c u r e; §5 Fortuit des atomes, & de le per- dre dans le vuide, que d’en 6tre redevable a un Etre tres-sage & rres-bon. Mais quelle preuve nous donne- t-il de cette origine du genre hu- main & des autres £tres ? II faut 1 entendre un moment. L’Univers , dit-il, ne renferme que deux choses, le corps & les- pace. On ne peut concevoir ni par idee intuitive ou directe , ni par analogic ou reflexion, aucun autre etre quisoit essentieliement & par lui-m£me (a). Le corps est partagd en atomes ou parties indivisibles, infinies en nombre, presque infinies en figures (b). Toutes , par leur pesan- teur naturelle & necessaire dans le vuide, fe meuvent avec une vitesse dgale a celle de lapenfde , & (a) Voyez II.Part. i (£) Lettre 4 Her* j&rt.j.ti. a. §csuiy r ] Seg. 42, ^4 la Morale dans une direction infiniment peu dloigneede la perpendiculaire. L’efpace est un et re esientielle- mentcontinu & indivisible, me me parlapensee, pdndtrable au corps, com me le corps Test a lui; immua- ble, parce qudl est infini & conti- nu, mais fans lequel le corps, ou Tatome, feroit immobile. On conqoit que de la rencontre & de la combination de ces ato- mes, diffdremment figurez dans Fespace, & des parties del’efpace diffbremment figurdes par les atonies , felon qu’il a plu au hazard de Tordonner, fe font formez tous les 6tres & tous leurs attributs. C’est de-la que viennent le bonheur & rimmortalitd des Dieux, les sensations , les penfdes, les raifonne- mens des hommes, les formes des dlemens, les generations des effaces , enfin l’ordre de toutes cliofes taut au del que fur la terrer c’est £>’ E p i c u r e; 6 $ c’est de-la qu’est venu non-feule- ment tout ce qui est, mais encore tout ce qui a pu 6tre. Voila les principes de tous les 6tres expliquez, ou les causes clai- rement connues, fans avoir eu besom de recourir a laDivinitd. Epicure a done concju claire- ment que deux atomes, dont ni fun ni l’autre ne sent, pouvoient fentir - penser 6c raisonner, quand ils fe touchoient par quelqu'une de leurs extremitez (a). II a con<;u que dans l’efpace in- fini, ou il ne voit lui - m6me ni hautnibas^ ni cause ddterminan- te; les atomes pouvoient fe mou- voir plutot d'un cot 6 que d’un au- tre, en ddclinant de la perpendi- culaire, plutot qu’en lafuivant. II a conqu que les atomes allant tous dans la meme direction, 6c {a) Voyez II. Part. Let. a Her. n. 13.6c suiv. E €6 La Morale avec une vitesse dgale (a), pou~ voient s’atteindre, 6t former des masses ou collections d’atomes. Enfin il a con 1'ame ne soient que les instru- *> mens de cette premiere facultd ? » Suis-je un animal plus compli- qud & plus furieux que Typhon , -» ou une nature simple & paisible » dmande de la Divinitd ( a) ?» . ( untissu de certai- nes parcelles, formd par certaines combinaisons , que le hazard 3 execute es d’une certaine manid- re, & qui doivent fe rompre au bout d’un certain terns , par les loix essentielles de la nature ( a ). Votre ame mdme nest qu’un en- trelacement de corps tres-subtils,' repandus dans cette portion organise de matiere sensible, que vows appellez votre corps. Ce ne peut 6tre autre chose ; puisque toute chose est essentiellement & ndces- sairement atome & vuide : ou, si vous le voulez, choix & arrangement d’atomes, combinez avec le vuide (b). De quelle espece font ces ato- mes ? C’est-.quelque chose d’ap- prochant d’un soufle de flamme , (a) Lettre aHerod.I (b) Voyez Lett. 4 II. Part.art. 5.11.13. j Herod. 70 L a Moral e tenant a la fois de la nature de Fall? & de celle du feu; mais dont les parties surpassent cependant en finesse j celles de ces deux Siemens: Ce qui rend Tame plus capable de sympathie. Enfin, pour ne rien laisser a de- firer sur cette matiere ^ Epicure nous assure que la partie raison- nable de same a son sidge dans la poitrine, comme il paroit par les sensations de joie & de crainte ; & que fa partie non raisonnable , est dans le reste du corps ( a ). Nous nous mocquons des Grecs quand nous voyons chez eux de relies iddes & de telles preu- ves; comme si tous les Grecs les avoient employ des , ou que per- forme ne les employat chez nous. II est done demontrd, comme on vient de le voir, que same est composite d’atomeSjde m6me que («) Ibid» D* E P I C U R E. 7 i le corps. Changez en quelque chose la position & l’ordre de ces atonies ; l’homme d’heureux qu’il dtoit, devientmalbeureux, ou de malheureux il devientheureux (a). Changez-la encore; d’etre sentant qu’il dtoitjil n’est phis rien: son dtre particulier est rentrd dans le fonds commun de la nature, ou il trou- ve un repos dternel dans le nd ant de lui-mdme : la mort n’est rien. Cependant Epicure n’est point entidrement fur de fa ddcouverte, Il avoue qu’il a peine a tirer la pen- sde, la radmoire > le raisonnement, 1’amour, la haine, des dlemens dont il compose 1'ame; qu’il lui faut une qualitd.. .. comment la nommera-t-il ? Elle n’a point de nom (b). Quelle est sa nature ? On ( a ) Epicurus sum- mum bonum definit OTcptw'f €i/Vr«.8fV tisLi% ni la ddcrire, nl la designer: on la sent: c’est tout ce qison en fait (a). Nous pourrions nous dispenser d’indiquer les preuves d’Epicu- re, puisque nous n’avons promts qu’une exposition vdrifide de sa doctrine. Si nous en offrons ici quelques - unes ; ce ne sera que pour rendre notre exposition plu$ complette. On ne peut concevoir , a*t-il dit, aucune substance ou dtre sub- sistantparlui-mdme, que l’atome & le vuide : done on ne doit point en admettre d’autre. II n’est personne aujourd'hui qui ne sente combien une pareille consequence est ridicule. Tout est plein de choses dont nous ne pourrions croire mdme la possibilitd, si leur existence n dtoit pas sentie ( a) Voyez Cic. 2. | Col, pae. 1118. De Fin. rlut. advers. J d* E p i c u r e; 75 de la maniere du monde la plus dvidente. II sembleroit au moins par ce, raisonnement , qu'Epicure auroit con^u bien clairement lui-mdme , ce que c’est que vuide & qu’ato- me. Si cela dtoit aisd a concevoir, pourquoi rant de grands hommes, anciens & modernes , d’un esprit tres-vif & tres-pdnetrant,auroient- ils ddclard qu’ils ne pouvoient le comprendre f Et en effet, qisest-ce qu’un atome f Une dtendue so- lide, & indivisible. Avons-nous dans la nature au- cun exemple d’une pareille indivisibility ? Pouvons-nous nous en faire une notion ? Ne peut-on pas dire du vuide , qui est opposd au corps, tout ce qu’on dit du corps ? Si le corps est dtendu ; le vuide Test auffi. Si le corps est impdnd- trable au corps; le vuide Test au vuide. Si le corps pdndtre le vui- 74 I A . M 0 R A L E de considers comme elpace ; le vuide considers comme elpace, pdndtre le corps dans le mdme fens. Si le corps est mobile, parce qifon le suppose dans Tespace; 1’elpace sera aufsi mobile dans le corps supposd continu. II ne reste que l’indivisibilitd. Mais si on ne la conqoit pas dans le vuide, parce qu’on y voit toujours de l’d~ tendue; il est dvident qu 5 on ne la con^oit pas davantage dans le plein, par la m£me raison. L'dten- due indivisible , & par consequent I'atome, n’est done rien moins qu’aisee a concevoir. Epicure dira qu’elle est prouvde par le fait mdme de la nature. Quel est-il ce fait ? La Constance des efpeces dans le monde physique. Les natures y ont toujours dtd les m&mes dans tous les terns: ce qui ddmontre qu’elles font fonddes & dtablies fur des principes immua- d’Epicur e; 7? ties, qu’aucune force physique ne peut dbranler, ni ddtruire , ni par consequent diviser. On lui passe cette raison , quoi- qu’elle ne soit valable que dans le sistdme d’Anaxagore, qui fait les premiers dldmens similaires , dest- dire, de m£me nature que les esi peces qui en font compotes im- mddiatement. Car alors il est aifd de comprendre pourquoi le feu est toujours feu, l’air toujours air, &c. parce que le feu est compofd d’dldmens qui font feu essentielle- ment> & l’air d’dldmens qui font air. Mais dans le sistdme d’Epicu- re, on le feu, 1'eau, la terre, fair, ne font tels que par la combinai- son des atomes; cette combination pouvant changer a tout moment, si la nature ne change point; ce n'est pas a findivisibilitd des atomes qu'il faut en avoir obligation : cela est dvident. 7 <5 L a Morale On peut meme tourner cettd faqon de raisonner contre Epicure. II juge de 1’existence & de la ndceflitd- des indivisibles par les inductions qu’il tire des effets de la nature, dont il ne fauroit donner ^explication sans eux ; pourquoi ne juge-t-il pas de la ndcessit^ & de I’existence des esprits par les operations & les productions dont on ne peut trouver la raison, ni dans les atonies, fur qui rien n’agit, ni dans le vuide, qui n’agit fur lien ? LesModernes fuggdreront peut- etre a Epicure leur argument fa- vori, Que nous ne connoisisons point toutes les proprietez de la matidre , & que nous ignorons si elle ne peut pas penfer. Mais alors ils ne font plus dans l’idee du Philofophe. Onrenverfe tout son ddifice, dont l’objet unique est d’etablir la fdcurite de fame, fur 1’dvidence des causes D 5 E p i C U R £. 77 de composition : tout est perdu , si on peut soupconnerseulement, qu’il y ait en nous un atome pen- sant, & par consequent sentant, par lequelnotre etre pourroit de- venir malheureux , m6me apres notre mort. Si on dit que les atonies, dont aucun ne sent , commencent a sen- tir quand ils font plusieurs ; on napprend rien.de nouveau a Epicure. II fa dit avant tous les Mo- dernes; & c’est fur quoi il auroit eu besoin, comme eux, d’une double ddmonstration : la premiere > pour prouver la possibility & le fait d’un etre sensitif composd de parties qui ne sentent point; la se- conde, pour prouver que cette composition - n'est, ni ne peut 6tre existante apr£s la decompssition du corps grosiier. Toutes les autres preuves d’E- picure contre fimmortality de 78 La Morale 1’Ame > se rdduisent a sa ddpendari* ce apparente des diffdrens dtats du corps. Elle semble se ddvelopper, se fortifier , s’affoiblir avec lui; elle est gaie, triste, vive, languis- sante.> felon que le sang coule, ou qu’on abien ou mal digerd. Aristote avoitrdpondu a cette objection faite long-tems avant Epicure. Dans un vieillardlamdmoi- re tombe, l’imagination s’dteint , routes les facultez de Tame sem- blent s’affaisser comme le corps. Mais le corps n’etant que l’instru- ment de Tame , ne peut-on pas attribuer a 1'instrument seul , ce qu’on veut attribuer a same ? Donnez un œil de vingt anS a une ame de quatre-vingts ; elle verra comme a vingt ans: & de mdme, Thommede vingt ans verra comme a quatre-vingts,fi on lui donne un œil de quatre-vingts ans. J’d- crisrouge ou noil - , avec de l’encre d* E p i c u r e; 79 rouge ou noire; gros ou fin , net ou brouilld , avec une plume bien ou mal taillde. L’application est aifde. C’en est aflsez du moins pour oter aux preuves tildes de la dd- pendance de l’ame } sestet de la ddmonstration qu’Epicure prdtend leur donner, & pour faire reriai- tre les inquidtudes de Tobscuntd. On ne lui parle point de ces opd- rations de 1’efprit qui font routes intellectuelles, & qui, quand md- me elles auroient des liaisons d'o- rigine avec les fens, ne peuvent dtre l’ouvrage des fens. Onne lui parle point de ce trefor immense dlddes de route efpece , fur lest quelles l’aclivitd de f esprit fe fixe , 6t travaille a son grd^pour en composer ses notions & fes raifonne- mens. On ne lui demande point p ar quel art de fympathie _,le corps aide Tame a former de longues chaines de penfdes instrument sub- 80 La Morale tiles, & toutes compotes d’une infinite d’iddes. Epicure n’a pas portd jusques-la ses recherches. Mais on lui demande quel avan- tage il a prdtendu tirer de la mortality de l’ame. II rdpond , fans mistere, que c’est pour 6tre plus tranquille eii cette vie. On lui r^plique que quand m£me cette opinion seroit la plus probable, ce qui n’est point, elle ne seroit pas la plus sure : cela est dvident. « Si je me trompe, disoit » le vieux Caton, quand je crois que les Ames font immortelles , » c’est une erreur qui me plait: » je ne veux point qu’on me 1’ar- « rache, tandis que je fuis vivant. »Et si,comme le veulent quelques »> Philosophes du dernier rang, je -»n’ai plus de sentiment apres ma »> mort; je ne crains point que les *^autres Philosophes mo rts, vien- »nent D* E P I C U R E. 8* s»nent se railler de ma crddulitd (a)* On lui demande en faveur de qui il a travailld en batissant un pa- reil sistdme. Tout le genre humain est partagd en deux classes, done sune comprend les gens de bien , & l’autre les mdchans. J’entens ici par mdchans ceux qui obser- vent la loi par crainte , & qui la transgressent par gout; & j’entens par gens de bien, ceux qui observant la loi par gout, & qui ne la transgressent que par foiblesse. H nest point de mdchans heu- reux : le vice, par la raison seule qu’il est vice, trouble & rouge toujours le cœur ou il habite. La crainte du deshonneur, de la pu- (2) Quod fi in hoc trro , quod animos ho- minum immortales ejse credam , libenter erro : nec mihi hunc errorem , quo dtleElor , dum vivo , extorqueri volo. bm mortuus' ut quidant minuti Philosophi cen- sent nihil fentiam: non vereor ne hunc erroretti meum mortui Philosophi irrideant. Cat. maji n. 23. 82 La Morale nition, de la douleur, 1’agite, 6c reveille au milieu de son repos. II est inutile de le prouver aux Epicuriens. C’est une de leurs plus formelles pretensions, qu’ils pouf- sent m£me beaucoup trop loin; parce que , ndcessaire a la justification de leur Morale, elle ne le fait que quand elle est outree. Ils ont dit qu’il n’dtoit aucun cas ou. le mediant put - je ne dis pas 6tre assure, mais fe croire fur de 1’im- punitd, foit par le secret qui l’en- veloppe, ou par la puissance qui le defend contre les loix ( a). Si cela est ainsi, quelle perspective plus agreable pour un homme mediant, que celle de la mort ? C’est bien pour lui que la mort est un port apres la temp£te, un doux fommeil apres des tourmens cruels , la libertd apres un long & penible efclavage, (s) Max. z8. d’Epicure. 8z II n’arrivera a la mort que par la douleur. ? N’a-t-il pas la recette de son dcole f SI la douleur dure,' on peut la supporter : jsi on ne le peut, c’est un quart-d’heure ( a ). QuEpicure ait eu compassion des mdchanSj parce quils font hommes ; cela est digne d’un Phi- losophe qui chdrit l’humanitd : mais quelle raison a-t-il eue pour oter aux gens de bien leur rdcom- pense ? Si cette rdcompense est le sentiment de leur vertu ; cette vertu leur dchappe comme un songe yain. Us vont se plonger dans le ndant, avec le regret inutile d’a- voir 6t6 justes, moderez, patiens, temperans , lorsqu’ils pouvoient ne pas l'5tre; & que ne l’dtant pas, ils pouvoient jouir de satisfactions fans nombre, & fe delivrer d’au- tant de combats , qu’il leur en a (a) II, Part, art. i. Max.4. 84 La Morale fallu, pour resister a toutes les invitations de la nature, de la volup- t6, & de l’exemple. Ssils font heureux dans cette, vie : quel spectre plus affreux que la mort qui va les ddpouiller nuds , & leur ravir tout leur bien fans re- tour ? S’ils font maiheureux: quel de* fefpoir de fe voir en proie a la dou- l.eur, en attendant lendant (a)? Ne feront-ils pas mieux de fortir de leur engourdissement,, pour ti- rer quelque parti avantageux de leur existence momentande ? II ne s’agit que d’etre adroit ou puissant, 1 ou fun & l’autre, si on le peut, par foi-mdme , ou par autrui , n’im- porte comment, pourvuqu’on ait de quoi fe fatisfaire, fans en crain- dre les suites : le pis-aller , est s a ' Voyex le Liv. reux enfuivant Epicu- de Plut. ou il prouve re. Vers la fin, qu’on ne peutvivre heu* , d’Ep i cure: 8y He se briser dans l’effort. Qu’Epicure fe tourne corame il lui plaira. Dans son sistdme f tout est pour les mdchans, 6c con- tre les gens de bien. Les mdchans ont prosttd de la vie : ils ont 6t£ riches , puissans , encensez du grand nombre : 6c ils gagnent encore en mourant, le repos de leurs passions 6c 1’assurance de l’impu- nitd. Les gens de bien n’ont point joui de la vie: 6c ils perdent en la quittant le seul bien qu’ils ont eu, leur vertu, qui n’a 6t6 pour eux qu’un mot, comme un bois facrd nest qu’un bois. S’ils avoient bien pris les lecons d’Epicure , ils au- roient su que vivre c’est jouir , 6c que l’homme est d’autant plus par- fait dans fa nature, qu’il a plus de gouts; 6c d’autant plus heureux qu’il a plus de mpyens de les fa-? t is fair e* Fii i nudes i ire- 4, de ’un un 1CU M, foe ife del dis- jui ax ’i!s [ue es, iea d’Epicure, 6? ARTICLE IV. Idee d’Epicure sur la nature de V Ame humaine. S’Il est vrai que les Dieux ne font, ni ne fentent rien; l’homme bien fur de leur impuissance, n’a rien a craindre d’eux, ni pendant fa vie, ni apres fa mort. Epicure croit l’avoir ddmontrd. Mais n’a-t-il rien a craindre de la nature m£me, qui, apres tout, peut lui laisser assez de sentiment pour le rendre malheureux dans quelque dtat, dont on peut ima- giner la possibility ? Le merae Epicure nous assure que non. La mort, ce mot qui fait frd- mir leshumains, nest, felon lui, qu un vain phantome, qssil fuffit de regarder de pres, pour en diffi- per 1’illusion. Comme il a vu dans B6 L a Morale 3 ARTICLE V. Idee d'Epicure sur la Volupte « A Pre’s avoir ddmontrd , a sa maniere, que les Dieux ne se m£- lent point de ce qui regarde les hommes , & que la mort n’est qu’un vain phantome , qui suit, lorfqu’on ose aller a lui , Epicure s’arrange ^ & fe fait un plan de conduite. Je fuis : mon existence renfer- mde dans des bornes tres-dtroites , n est qu’un tisiu de sensations qui me font propres; & dont les unes font agrd ables , les autres dou- loureufes. Par un a vantage particulier que ^’ai fur les bdtes, je puis prdvoir , jufqu’a un certain point, l’avenir de mon dtre; & par ma pre'voyan- qe^diminuer la fomme de mes fen- e’ E P I C U R E, 87 satlons douloureuses, & augmen- ter celle des sensations agrdables ; je le puis. Si je le sais; je suis ce qu’on ap- pelle un Sage, c’est-a-dire , un mortel , qui, par la justesse des mesures qu’il a prises , & par fa ponctualite a les exdcuter , s’est; donn^ a lui-m&me toute la perfection dont l’humanitd ^toit susceptible en lui. Je n’ai rien a craindre des Dieux: la mort n’est rien : je ne me vois done d’ennemi que la douleur. Si je men ddlivre; il ne me reste que mon£tre & la volupt^. Quest-ce que la voluptd ? C’etoit fur cet article principa- lement que les Epicuriens prd- tendoient n 5 £tre pas entendus. » Quoi, disoitCiceron (a), je ne (a) Hoc frequenter j dicat Epicurus volup- dici solet a vobis, non j tatem. Quod quidem intelligere nos quam 1 miki, fi quando die- r 8B La Morale »> sais point ce que c’est qu aiW eii -- grec, & voluptas en latin ? Qui- -- conque veut dtre Epicurien , Test -- en deux jours; & je serai le seul =• qui ne pourrai y rien compren- » dre ? Vous dites vous - mernc » qu’il ne faut point de lettres pour devenir philosophe (il parle a un Epicurien.) » En veritd, quoique --> je so is naturellement afsez mo- » derd dans la dispute; je 1'avoue, »j'ai peine ame contenir. » Et en effet , pourquoi Ciceron n’auroit-il pas compris ce que les Epicuriens, la plupart fort bornez & incapables d’entrer dans les di£ cuflions fines (a), comprenoient turn efl i efl auterp dictum non parum [ape , etfi satis clemens sum in disputando , tamen interdum soleo subiras- ci. Ego non intelligo quidfit tiin grace fla- tipe voluptas ? Fir.. 2.4, (a) Veflrioptime disputant , nihil opus esfie eum qui Philofopkus suturus fit, [cite litte- ras. Itaque ut Majo- res nostri ab aratro ah- duxeruntCtncinnatum: fic vos dePelasgisoni- mbtis colligitis ' bonos D* E P I c U R e; 89 r dbs le premier mot ? Epicure parle d'une voluptd dont tout animal, en naissant, a la connoissance par le sentiment seul ( a). II en appelle aux temoignages de l’enfant qui vient de naitre, de la bete brute , qui fe porte par le seul instinct: de la nature, a la recherche du plai- sir. La notion rensermee dans le mot de Volupte nest done pas une chose si mistdrieuse, ni si difficile a pdndtrer. Epicure avoir une excellente maxime : c'dtoit de ne point employer unmot qui eut besoin d’etre expliqud pLr un autre. La seule qualitd qu’il demandoit dans fora- teur, & a plus forte raison, dans le philosophe, dtoit la clartd. II la pratiquoit lui-meme : Complec- titur verbis quod vult ; 6 dicit pla - qu 'idetn viros , fed eerie nonpereruditos. Ibid. («) Cic, Liy, 1 . 4t Finibus. Et Diog.‘ Laer. Liv. 10. Segm^ §o Ca MorAle m > quod. intelligam ( a ). Ses disciples la pratiquoient comme lui, & si bien, que Ciceron, qui avoir sui- vi avec Atticus, les lecons de Phd* dre & de Zdnon , fucceffeurs d’E- picure , declare , qu’ayant eu sou- vent des discussions fur ces matie- res, avec son ami, jamais il ne s’dtoit agi du fens des termes, mais toujours du fonds m£me de la doctrine : Neque erat unquam controversia quid ego intelligerem , fed quid probarem. De Fin. i. y. Et apres toutssi les Epicuriens en* tendoient par le mot de VoLupte , autre chose que ce qu’on entend ordinairement , ils n’dtoient gue- res habiles d’aller employer, dans un pays ou ils avoient tant de ri- vaux & d’ennemis , une expression dont le sens, aumoins Equivoque , pouvoit donner prise a la caiomnie. Qui les obligeoit, s’ils (a) Cic .'de Fin. I. I'd d’ Epicure. 9L aVoient des idees pures & exemtes ' de tout reproche, de presenter lat vertu sous shabit d une courtisan- ne decriee ? Quid enim necejse , tan - quam meretricem in matronarum cæ~ turn , sic Voluptatem in virtutum concilium adducere ? Invidiofum no- men ejl, 6 infamiœsubjettum (a). Le seul nora suffisoit pour les ren- dre suspects. Venous a la chose m&me , & tachons de pdndtrer, s’il est possible , le fens dnigmatique qu'on prdtendoit donner a ce mot fa- meux. Qu’est-ce que la Voluptd? Epicure en distinguoit de deux fortes: Tune qui confistoit dans le mouvement, & l’autre dans le re- pos. Dans 1'une, same agissoit, on plutot recevoit des sens une impression agrdable qui la remuoit ^ jucundus motus insensu. Dansl’au- (a) Dt Fin, i, 4. p 2 La Morale tre, Tame n’dtoit ni active ni pas« five: elle e'toit seulement ddlivree de la douleur, doloris amotio. Un homme alterd boit une liqueur fraiche & agrdable ; il goute la premiere espece de voluptd: il a bu, & il est ddsalterd ; il goute la seconde. Dans Tune , il a senti le plaisir; dans l’autre, il ne sent plus le besoin. C’est ce dernier dtat qu’il a plu a Epicure d’appeller souveraine •Voluptd , bien supreme , comble ide fdlicitd. En effet, on est heu-, reux, quand on est content i &on est content, quand on ne sent ni douleur ni besoin. Mais il est ndcessaire de repren- die la chose de plus haut. Aristippe de Cyrene, qui, com- me Epicure , renfermoit tout le bonheur de Vhomme dans cette vie, avoit parld fans detour, & fait consister ce bonheur dans la d’ E P ICURE. 9f jouissance des sensations agrda- bles. Hidronymus de Rhodes voyant que cette opinion pouvoit avoir, & qu’elle avoir eu effectivement des suites peu honorables a ia Philosophic, crut qufii devoir la modifier, en la rdduisanta la ces> sation de route douleur. Epicure qui vint quelque terns apres Aristippe & Hidronymus , adopta les iddes de ces deux maitres, & fe fit disciple du second pour les principes , & du premier pour les consequences. Mais la nature ay ant regld les besoins & les plaisirs de l’homme , de maniere qu en fe ddlivrant des uns, il jouit des autres; il est Evident que ces deux opinions n'en faisoient qu’une sous deux faces. Aristippe altdrd , buvant une liqueur fraiche, ne fur - ce que de I’eau, disoit: Je jouis dubonheuf §4 La Moral® de ma Philosophic, parce qne je ressens du plaiiir. Epicure , dans le m£mecas, disoit: Je jouis aulfi du bonheur de la mienne , parce que je me ddlivre de la douleur & du besoin. La douleur, en gdndral, nest qu’un avertissement, ou un cri de la nature, qui se sent en quelque danger, & qui demande d’etre secourue. Quoique same seule soit sensible, il y a pourtant douleur d’es- prit, & douleur de corps. La douleur d’esprit ne petit £tre que la crainte de savenir & le regret du passd. t , La douleur du corps est le sentiment du present. La douleur du corps petit 6tre de deux especes : Tune qui s’ap- pelle besoin, sautre, maladie. Les besoins du corps font des elpeces de maladies, dont les re- d’ E P I C U R E. 95 medes font agrdables & faciles a la nature. Les maladies font des efpeces de besoins dont les remedes font le plus fouvent ddfagrdables, & quel- quefois impossibles a la nature. Pour £tre heureux il faut 6tre ddlivrd de toutes ces efpeces de douleurs (a). L'homme sera ddlivre de la crainte delavenir , quand ilfaura qu’il if a que faire aux Dieux , & que la mort nest rien. Il n’aura point de regrets du pafTd, quand il faura que le passd est irreparable , & qu’il est fans consequence. On fait la recette d’Epicure pour les maladies & les douleurs. Si elles ne font pas fupportables , ell es tuent; si elles ne tuent pas, ( a) Augendtz vo~ | rls omuls amotia. Dc luptatis finis est do lo- | Fiih »» ». Z. §6 La Morale elles font supportables (a): d’aiL leurs on est libre de quitter la vie quand elle est a charge. II ne reste done plus qu’a examiner les befoins du corps , e’est- a-dire, les douleurs , dont les re- medes fontagrdables, & faciles a la nature : e’est de quoi il s’agit dans cet article. Lstiomme considers par rapport a ses befoins , peut £tre danstrois dtats ( b ), qui font, 1’dtat d’inquid- tude ou du befoin send; l’etat du mouvement , ou du remede qui s’applique au befoin; & 1'dtat du repos, ou du befoin fatisfait. Dans le premier dtat, le cœur feresterre & fe rdtrdcit; dans le second , il se dilate ; dans le troi- (a' II.Part. Art.2. Max. 4 . ( b Sunt in natura return tria , unum cum in yoluptate sumus , alterum cum in dolore tertium hoc , in quo nunc quidem sumus. Cicero de Fin. a. u-5° sieine D* E P 1 C U R Ei 97 fieme , il a son asiiette naturelle t c’est-la qu’est le vrai bonheur. Ecoutons maintenant les lemons du Philosophe. Si vous dtes fans besoins, vous £tes aulli fans desirs. Si vous etes fans desirs, vous £tes content; & par consequent heureux. Tachez de vous maintenir dans cet dtat. Si vous avez des besoins ; leur objet est dans la nature, ou dans le caprice dune vaine imagination. V ous voyez, fans qu’on vous le disc , qu’il faut renoncer a tous les besoins de fantaisie: c’est multiplier les chaines & les douleurs de la vie, a pure perte. Mais si cet objet est dans les bornes & les loix de la nature; vous avez aCquis , en naiffant, le droit de vous y porter : cependant il faut encore dis* tinguer. Si cet objet vous est abfolument tldceslaire pour votre Conferva- & 5>8 La Morale tion; nulle loi ne peut vous em- pdcher de le poursuivre. La loi devotre propre conservation passe avant tout. II n’est point d’animal qui puisse oublier 1’intdret de son dtre : voila la regie gdnerale. S’il ne vous est pas absolument nd- cessaire ; je vous conseille de vous en abstenir encore, & dele ren- voyer avec les besoins de pure fantaisie. Qu’Epicure prefcrive ce regime philosophique a une ame paisible, dont les mouvemens soient doux, les iddes pures & fans mdlange ; on conceit qu’ii sera bien requ, & pratiqud sans effort. Mais iln’dtoit point ndcessaire. Cette ame est saine, & n’a nul besoin des reme- des de la Philosophic. C’est un homme malade qu’ii faut gudrir. La Philosophic est la medecine de 3’esprit. On lui propose done un homme. D 5 E P I C U R E. $$ )eune ou vieux (car il veut quit tout age on travaille a se rendre heureux ( qui ait les besoms de la nature St ceux de [’imagination & rndme du caprice , & qui les ait a un degrd violent. La cupiditd en- flajumde a mis le trouble dans toutes ses facultez : la resistance & les combats n ont fait que re* doubler l’ardeur de fa fidvre-. Gud* riffez-moi, s’dcrie cet homme, adreffant la parole a Epicure , je vie us a votre dcole : on dit que vouspoffedezl’art de rendre Thorn* me heureux. Rien nest plus facile. Mais avant que de vous dormer des prdceptes , il faut vous donner des iddes. Je ne serai pas long. Votre dtat est un dtat de dou- leur. La douleur est le souverain mal, de meme que la volupte est le souverain bien. Toute douleur. est une affection ddsagrdabie de Gij ioo La Morale Tame ou du corps. Toute vo- Juptd est une affection agrdable du corps ou de fame. Je vais vous donner les principes gdndraux seulement : ce sera a vous-m£me d’en faire f application a l’dtat oii vous des. Toute volupte est bonne en soi: toute douleur en soi est maura! fe. Mais la premiere est ques quefois prdcedde ou suivie de dou- leurs , & la seconde, quelquefois prdcedde ou suivie de voluptd. II faut done user de prudence , & se conduire felon les regies que void : I. R E G L E. Embrasser la voluptd qui ne tient a aucune douleur. 11. R E G L E. Rejetter la douleur qui ne tient a aucune yoluptd. D*Ep ICURE. 101 III. Regie. Re/etter une voluptd qui en emp6che une plus grande, ou qui dent a une plus grande douleur. IV. R E G L E. Enibrasser une douleur qui d<5- livre d’une plus grande douleur j ou qui dent a une plus grande vo- luptd ( a ). Voila une balance que la Philosophic prdsente a la R aison, pour pdser les int^r^ts del’homme,Lcle determiner par le plus grandpoids. On pourroit demander a Epicure, si la raison de I’homme dont il s’agit, qui n’apour contre-poids ni la crainte des Dieux , ni l’idde d’une seconde vie, peut user de cette prdtendue balance dans l’d- tat ou il est.Son occur est aux aboisj (st) Voyez la Lettre a Menecee, Giij t 102 La Morale sob jet de sa cupiditc l’emporte! ll ne voit ni ne sent que lui; & c’est dans ce moment de trouble & de delire, qu’on lui dit: Pre-? nez la balance. II la prend. Sa douleur est occafionnde par le frein que la loi met a fa cupi- .ditd , & qui semp^che d’aller a son objet, on elle trouveroit un plein repos. Cette loi ne peut 6tre que celle de la nature, qui concerne le bien particulier, ou celle de lasocidte^ qui fait le bien public. Si vous commettez 1 homicide; la socidtd vous punic par le supplice. Si vous 6tes intempdrant; la nature vous punit par la maladie. Si vous con* servez un citoyen; lasocietd vous recompense , & cette recompense vous procure un moyen de bon* heur de plus. Si vous etessobre & frugal; vous serez sain ^ vigoureux long-tems, Voila tous les poids D ■ E P I C U R E. roz qu’Epicure met en opposition dans les bafsins de fa balance. Ce font les biens d’une part, & de l’autre les maux , de la nature & de la fociete. Que sera l’homme malheureux par ses passions, qu’il decore des noms de besoins & de douleurs de la nature , fouffrante en lui , sous le joug de la loi ? II volt enfin un rayon d’efperance qui brille a ses yeux. II fe recueille en lui- mdne , pour fe faire 1 application des principes de son nouveau mai- tre ; & void comme il raisonne. Agitd jour & nuit par les combats que fe livrent en moi la nature & la loi, je soufFre cruelle- ment & fans relache. Ladouleur est le fouverain des maux: on vienc de me l’apprendre. On m'a appris aulfi que tout mon 6tre est dans cette vie, & que nulle intelligence autre que la mienne , n’aura piti 6 i04 La Morale de moi. Mon sort est done dans mes mains. Jusqu’ici j’ai sacrists mon repos a une loi qui faisoit le repos des autreSj &. mon propre tourment. On vient de m en montrer une autre qui est superieure a celle que jesuivois : c’estlaioide mon plus grand bien. J’y cours ; & je vais trouver enfin mon repos dans la satisfaction de mes gouts & de mes penchans. Que peut-il arriver a un malheureux qui risque ? st cen’est de ne plus 6tre malheureux , oa peut-6tre meme d’etre heureux. J’aurai a craindre la maladie ? Sera-t-elle plus cruelle que la torture que j’estuie depuis si long- terns? La mort ? La mort n’est rien.' Je craindrai d'etre reconnu par la socidtd offensee, & d'etre puni par elle ? Qu’est-ce que cette crain- te de savenir, en comparaison du jtnal present dont je me deliyre-, D S E P I C U R. e; lOf & du bien,audi present, que je me procure ? Elle s’affoiblira de jour en jour par l’habitude : bientotil n’en restera que de foibles ressert- timens, qui ne reviendront que de loin a loin , & qui enfin ne re- viendront plus. Combien y en a- t-il d’autres qui dchappent , soit par 1’adrelTe, soit par le crddit, ou par d’autres moyens ? II y a a pa- rier mille contre un, que je serai du nombre. Ainfi j’embrasse un bien present, grand, & tres-grand pour moi , qui ne tient qu’a une menace ldgere, dloigntfe , & qui le plus souvent reste fans effet. Jesuis ddcouvert & puni? Mais premierement, les larcins que je mddite, ne font pas dans le genre le plus odieux a la focidtd ; ainsi la peine fe rdduira a quelque diminution d’estime dans l’efprit de gens a prdjugez , que je mdprife, Je serai dans le cas de l’animad-t ioC La Morale version publique ? Mais elle ne sera for moi que ce que la mifere al- loit faire, quem metui morhura. On m’otera la libertd ? Un Philofo- phe fait la reprendre , quand il le veut. On me rendra la vie importune ? L’dtoit- elle moins avant ma transgression ? J’aurai du moins cette consolation , que ce n’est plus par imbecillitd que je fuis tnalbeureux, Qui m’empechera defortir du malheur, si je le veux, & d aller dormir dans le ndant ? Faut-il plus d’effort pour aller au- devant de la mort, qui n’est rien, que pour l’attendre dans une prison , ou dans un lit ? Mais ces terreurs font vaines : je me ca- cherai dans la foule : on nauroit jamais fait ; s’il falloit nous punir tous ( a ). (s) Non oportet ti- is.id.um aut imbecillo ammo fingi , non bo - num ilium virum qui i quidquid secerit, ipse se cruciet , omniaqu.^ d'Epicure; 107 En un mot, pour conclure: cet homme malheureux, par la pau- vretd , par l’infortune, par la violence de ses passions , par routes les conjonctures qui peuventmet- tre le comble au malheur , n’a point de raison dans la Philosophic d’Epicure, pour sacrilier son bon- heur actuel a la loi; & il en a de suffisantes, m£me d’dvidentes > pour sacrilier la loi a son bonheur. Nousparlonsd’unseul homme malheureux. Combien y en a-t-il qui isayent 6 t 6 } au moins pendant quelques momens de leur vie, dans ces situations critiques, on le joug de la loi les rendoitsouverai- nement malheureux ? Quel motif pouvoit les retenir, s’ils dtoient disciples d’Epicure ? La crainte formidet ; fed omnia | facile ut excogltet quo- callide reserentem. ad ■ mo do occulte, fine tefi utilitatem , acutum , j te , fine ullo conscio yersututji , veteratorem 3 | fallal. De Fin. I. 16, io8 La Morale d’etre decouverts ? C’dtoit done a ce fil si ddlid que tenoit leur vertu , cette vertu tant de sols comparee par les Poetes aux ro- chers indbranlables au milieu des slots. Mais au moins il suit de-la que, si le sage Epicurien ne crai- gnoit point de perdre les honneurs de la vertu , il n’y auroit rien de si injuste ni de si infame, qu'il ne fit pour jouir des avantages du vice : In magnis interdum versatur anguftiis , ut hominum confcientia remotd nihil tarn turpeJit , quod vo~ luptatis causa non videatur ejse sac - turns. Cic. de Fin. Confiez a un tel sage un ddpot de vingt mille dcus, dontil aitlui-m£me un presi sant besoin; & croyez qu’il aimera mieux votre estime , que cette somme qui feroit son bonheur; ou qu’il la rendra a vos hdritiers, si on vous trouve mort un matin. On nous dira que Ciceron 6c D’ E P I C U R E. 10 9 ceux qui le citent, font bien dloi- gnez de la pensee d’Epicure, a qui on suppose gi;atuitement des principes ddnjustice & d’infamie ; qu’on devroit fe souvenir, que plus haut on a dit, que route fa voluptd fe reduifoit a la paix de 1’ame & a la same du corps; & que par consequent, on devroit con- clure qu’elle ne fouffre point d’en- treprifes illegitiraes, ni contraires aux dispositions de la socidtd; fa voluptd ne consistant point dans le mouvement, mais dans le repos. Cette reponfe, comme nous l’avons ddja insinud plus haut, n’est qu’un retour de finesse & une vaine dispute de mots. D’abord , Epicureadmetlune &l’autrevo- luptd. Diogene Laerce en con- vientf a ), lorsqu il marque la difference qu’il y a entre les Cyre- tiaVques & les Epicuriens. » Les (a) Lib. to.Seg. 136, edit, Vest. no La Morale » Cyrenai'ques , dit - il , nacL 55 mettoient point la voluptd de 55 repos: ils ne connoissoient que sscelle qui confide dans l’action 55 & le mouvement. Epicure ad- 55 met f une & l’autre. -5 L’Histo- rien cite les livres du Philofophe d’ou il a tird ce qu’il avarice. Ensecondlieu, lavoluptd d’E- picure nest pas seulement une soif appaifte, c’est une soif qui s’ap- paife , amotio doloris {a). C’est un mouvement de fame qui s’eloigne du befoin & de la douleur, 6c qui s’avance au terme on le befoin sera satisfait. L’homme plac£ entre la douleur & la volupte comrae entre deux termes, dont fun est le principe de son mouvement, f autre en est la fin, ne pent fane un pas qui ne leurfoit dgalementrelatif, par des rapports contraires. S’il suit la douleur, c’est toujours pourcou- (a) tS ahytvrtts d’Epicure. III rir a la voluptd; s’il court a la vo- luptd , c’est toujours en fuyant la douieur, on le desirqui cuit. De forte que, dans tous les mouve- mens de son ame, il y a neceffai- rement une double impulsion: Tune qui vient de la haine, Tautrede Tamour : deux ressorts opposez , dont la force, partie du nsome centre , se reunit au meme point, qui est le bien 6tre. Epicure avoit send, quolque peut-etre affez consusement,Tinsd- parabilitd de ces deux principes qui n’en font qu’un sous deux faces. Presentanttantot Tune,tantotTau- tre, felon la difference des circons-. ranees; devant ses ennemis, il ne parloit que d'e carter la douleur ; devant ses amis,ilconvenoit qu’on ne pouvoit Tecarter fans causer le. mouvement du plaisir. dependant, pour ne point trop. embrouilier les idees de ses disci- 112 La Morale pies, il a fallu renoncer a cette po-* litique dans ses Livres: & dire nct- tement ce qu’il entendoit par cette voluptd. C’est ce qu’il a fait, fur- tout dans celui qui avoit pour titre, 'Du Souveroln Bien. Void ses paroles citees par Ciceron apostrophant Epicure : Pourquoi tergiverser f -d Sont-ce vos paroles, ou non ? » Voici ce que vous dites, dans «le Livre qui contienttoute votre » doctrine fur cette matiere : car »je ne serai que traduire mot-a- °»mot, ad verbum express a , de peur °»qu’on ne pense que j’invente. »Je declare, dites-vous, que »jeneconnois aucun bien, autre -» que celui qu’on goute par les fa- i»veurs, par les sons agreables, »-par la beaute des obiecs fur lef- -» quels tombent nos regards > Lt »par les autres impressions fenfi- »bles quefhomme recoit dans 2» route fa perfonne, Et afin qu’on d’Ep I CUR E. 1IJ » ne dife point, que c’est la joie de --l’ame qui constitue ce bonheur, »je declare, que je ne connois de »joie de Fame, que quand elle voit »arriver ces biens dont je viens -- de parler , & dont la jouistance »la delivrera de la douleur.. . . ( a ) Et quelques lignes plus bas: » Tout ce qui suit, est dans le m&~ » me gout; tout le Livre est plein des m£mes iddes. Et n. 20 : II » ne s’est pas contents de presenter --le mot de Voluptd, il a expli- -- qu6 ce qu’il entend par ce mot: -- ce font les saveurs, le toucher -» des corps, les jeux, les chants, »les beautez qui frappent la vue. « Est-ce que je mens ? Est-ce que -- j’invente? Qu'on me refute, je ne » demande pas mieux ; car je ne cherche en tout que la vdrite. II dit la interne chose DeFmib- 2(b). (a) Tusc.III. 18. (£) Voyez Diog. ]Ui;r. L,X. s.6, Athe- nee ir. cap. IL. surtout Gaffendi, Tom, II, 680, H & n4 La Morale Un tdmoignage si formel prouve bien, que felon Epicure, tout ne se rdduit au silence de la nature que quand elle est satisfaite. II ne s’agit dans ce monde ni d’hon- neur ni de probite que, comme de moyens dont le sage use pour se delivrer dun mal, ou pour se procurer un plaisir. La vertu ne peut 6tre elle-m£me que ^instrument de la voluptd (a). Pourquoi Epicure nous dit-il que quand la voluptd ne peut point s’augmenter, elle peut fe yarier ( b ) ? II est certain que le plaisir du repos, lorsque same est pleinement satisfaite, apres l’exd- cution entiere de son entreprise, ne peut plus s’augmenter : dans le repos parfait, il n'y a ni plus ni moins. Mais d’ou vient que ce repos peut fe varier ? si ce n’est ( a ) Diog. Laer. Liv. io. s. 138. (l>) II. Part. Art. %• Max. 18. D 5 E P I C U R E. U s relat’vement aux espdces de mou- veinens ou d actions, qui ont pre- cedd le repos. Ainfi les repos qui suivent la faim ^ la soif } la douleur, le ddsir de vengeance j, font diffd^ rens dans leurs especes ; parce qu’ils font a la suite de mouve- mens differens. Ilsfuppofent done tous le plaisir d’action & de mou- vement: Jucundus motus insenfu. Epicure a fait plus : il a mis cette doctrine en maxime, lorf- qu’il a die, que si les voluptueux ? a. par sAtheisme , tous ces moyens font a peu pres indiffd- 126 E a Morale rens , toutes ces fectes, au point de rdunion, font cause commune. Qu’importe que Ton false les atonies fans qualitez, ou qu’ils foient feu , air, & eau, avec un mou- vement direct ou oblique , per- pendiculaire ou ddclinant, rarcf- siant, condenfant, dans le plein ou dans le vuide, &c ? Qu’importe qu’on andantiffe les corps pour ne iaisser que les ph^nomenes , ou qu'on ne laifle qu’une substance gdnerale & unique, physiquement indifferente a toutes formes , & dans laquelle fe perdent tous les £tres particuliers ? Toutes ces opinions ne font que des erreurs diver- ses, de gens qui vont au m£me but. Ils conviennent tous que leur £tre est tout entier dans cette vie , & que leur bien-6tre est dans la satisfaction, ou lerepos de fame; enfin que ce repos ne peut £tre Touvrage que de la vertu. d’Epicuue. 12i II faut que la vertu soit bien gra- vdedans la constitution ra^me de 1’homme , puisque nulle Morale , quelle qu’ellepuiiTe 6tre, n a ja- mais pu fe soutenir fans elle ( a )! Mais qu’entendent ces Philo- fophes par le mot de vertu ? Le sacrifice d’un moindre bien present a un plus grand bien avenir, attendu dans cette vie. Soyez juste , s’dcrie Epicure , de peur qu J on ne vous ddpouille vous- m6me par la loi du talion, ou que la Socidtd , dont vous ^tes membre, ne vous puniife. Voyez a quels retours facheux tels & tels ont 6t6 expofez, pour avoir voulu £tre heureux par finjustice. II faut plier ou rompre sous la loi; parce (<*) Eo libentius Epicuri diBa comme- moro , ut ifiis , qui ad ilia confugiunt , spe mala induBi , qui ve- lamentum seipsos fuo- rum vitiorum habituros txiflimant , probem quocunque itritit, ho- t nefie ejse vivendum. Sen. Ep.zi. 122 La Morale que tot ou tard , elle est la plus forte (a). Soyez prudent , fans quoi vous serez duppe , & bientot victime. La prudence consiste a ne pas prendre sombre pour le corps, en fait de bonheur ou de malheur. Armez - vous de force & de Constance , pour dtre prdt a tout dvenement: cela ddpend de vous > il est essentiel de le croire : le dd- couragement ne fait que doubler les maux de la condition humaine. Enfin soyez tempdrant & mo- derd en tout. La nature a mar- qud les bornes ou il faut vous ar- reter , pour votre propre intdret. Elle ne nous a point donnd le venire du bœuf, ni le cou du cba- mean, ni l’estomac de fautruche. Il faut done vous foumettre a fes loix, user de fes prdfens , & vous arreter au ndeessaire. ( a ) Voyez II.Part. Art. 2. Max. 3 4. & suit. D J E P 1 c U R E. 12 f Si nous dtions nez comme les autres animaux , dont les idees font renfermees dans les bornes du present & du besoin reel, ces efforts de vertu nous seroient inu- tiles : nous n’aurions qu a nous laiffer all er au courant des impressions recues. Mais 1’imp^tuo- si t6 St l’^tendue de nos penssies emportant notre cœur au - dela du but de la nature ; & quelquefois notre cœur trop lache reliant en- deqa, c’ell une n^cessitd d’user de mords & d’eperon: point de bon- heur pour l’homme fans la vertu. Ce discours ^tonne ceux qui croient que la vertu ne peut 6tre fans la Religion & le respect de la Divinity. Ils demandent si cette vertu est bien vraie & bien r^elle; si elle va jusqu’au cœur. On leur rdpond avec confiance,’ qu’il n’estpaspermis d’en douter. Et en effet,dit-on, si cette vertu ,24 La Morale dtoit fausse , elle ne feroit qu’un faux bonheur. II faut done que ce soit une vertu sranche & sincere , qui porte son empire jus- qu aux pensees les plus secretes, jusqu’au germe du ddsir desor- donnd ; dont la sourde activitd suffiroit pour sapper les fonde- mens du bonheur, & oter au Phi- losophe tout le fruit de sa Philosophic. Mais si cela est ainss, permettez, Epicure , qu’on vous demands a vous & a vos sectateurs , la rai- fon qui vous empdche de prati- quer cette mdme vertu par des principes plus rdlevez, que celui de votre bien-dtre en cette vie? Car void un raisonnement qu’on peut vous presenter en passant : nous revienarons apres a l’examen de vos principes de vertus. Quoique fans Dieu & fans loi, vous convenez que vous n’en ctes d 1 E p i c o r e; 12? pas moins obligez, pour votre pro- pre conservation & pour votre re- pos, d’etre vertueux: c’est - a - dire d’etre justes , prudens, moddrez , armez de force & de Constance , & d’avoir jusques dans le cœur, le fond & le principe essentiel de ces vertus; de peur, dites - vous , que la nature ne vous punisse par 1’inquietude intdrieure, & par la revoke des passions. Si cela est : qu’auriez - vous de plus a fake sous la loi de la Providence ? Que vous en couteroit-il de faire ce que vous fakes, parce qu’une Intelligence , qui veille a votre con- duite & a votre conservation, l’exi- geroit de vous pour votre propre bonheur ? Car , encore une fois , vous £tes vertueux , vous l’ctes rdellement: vous nous l’avez dit, & un Philosophe ne ment point. Qui vous emp^che de joindreaux motifs que vous avez d’obdir a la i2 6 La Morale nature pour votre santd, a la po- lice pour votre surety, celui d’o- beir a une Divinitd pour l’assu- rance de favenir , contre lequel apres tout , vous n’avez point de ddmonstrationgdonssitrique ? Que risquez - vous ? II n’y a que la vertu qui coute. Des que vous la pra- tiquez si bien , 6t dans tous ses points ; un motif de plus, qu’on vous donne , doit vous prater des ailes , plutot que de vous ar- r6ter dans votre course. Resuserez- vous de faire avec plus ce que vous faites avec morns ? Ce refus > fans raifon, ne seroit pas dignedun Philofophe. Direz - vous qu’en vous ddli- vrant de toute crainte des Dieux, vous espdrez vous dddommager par des transgressions secretes ? Vous nous avez done trompd , quand vous nous avez assiird que votre vertu etoit vraie 6c entiere. D 5 E P 1 C U R E. I L'- Mais non : nolle Philosophic ne pennet ces transgressions , ni ne les avoue. Reclamerez-vous les droits na- turels 6'user de votre corps, de votre intelligence , de votre vo- lonti , de votre liberti , des plai- sirs de cette vie , dont nos Mo- dernes affectent de dire que la Religion demande le sacrifice , plus que la Philosophic. Mais i°. c’est une alligation fausse. Pa Religion par elle-mime, n’exige rien de contraire a la santi, ni a la vigueur du corps ( a ); & la Philosophic demande par client 5me , la retenue, la sobriite , la tempirance , aussi-bien que la Religion (b). ( a) Pour que notre naisonnement soit juste , il r/est pas neces- saire que la Philosophic porte la vertu aufli loin que la perfection chretienne. ( b ) La premiere idee , dit Bayle , qui se presente a ceux qui veulent examiner l’&- tat d’irreligion , est 128 La Moraie 20. Le sacrifice de nos lumie- res naturelles, fur ce qui concerne les causes primitives , est - il un si grand sacrifice ? Jen appelle a la bonne foi des Philosophes qui ont dtudib l’histoire de l’esprit hu- jnain. La Religion ne nous ote pasunedenos connoissances uti- ies & reelies. Elle afFermit celles qui lont chancelantes ^ & nous en donne que nous n’aurions pas fans elle : son flambeau s’allume , ou celui de la raison s’bteint. De quo! l’idee d’une liberte fort heureuse, felon ie monde , dans la- quelle onsatisfait tous les desirs fans aucune crainte, sam aucuns remords. Cette idee s’enracine si avant dans l’ame , & en oc- cnpe tellement la capacity , que si quel- qu’un nous vient dire que l’etat d’un hom- tne pieux nest point comparable , en fait d’avantages tempo- rels, a celui d’un Epi» curien , nous rejet- tons cela comme un mensonge tres-absur- de ; & cependant ce mensonge pretendu a de son cote une fouls de raisons tres-fortes, comme Plutarque l’a fait voir. Diftion. au mot Epicure, Ran ar- i queR, fe d’Ep i cu r k; Fe plaint-on ? La raison ne com- prend rien aux mysteres ; cela est vrai: mais elle voit evidemment que Dieu peut communiquer a 1’homme la connoiffance de cer- taines veritez^, fans luien communiquer les demonstrations. Si elle pouvoit en douter ; on la rappel- leroit a toutes ses connoissances naturelles, qui font a peu pres dans le m£me cas. Le Philofophe fait- il ce que c’est que la lumiere qu’il voit , fair qu’il respire , la terre qu’il foule de fes pieds , le feu qui lui donne la vie ? Connoit-il l’art du germe de la moindre plante , du moindre vermisseau ? Tout est mystere pour lui dans les eposes qu’il voit , qu'il tou- che , dans iefquelles il existe ; & il fe cabre, lorfqu’il ne comprend pas Linfini. La volontd eft captive sous la Religion ; il faut renoncer a fes ;zO La Morale penchans, a ses gouts. Eft-ce quevous en auriez de ceux que la Religion condamne ? On vous demande si la Philosophic les approuve ? Qu’est-ce que la vertu, felon la Philosophic , m^me d’E- picure ? Une volonte fubjugude. Qu irons-nouspour avoir cette 11- bertd que nous demandons ? La nature sage, qui nous a donne les forces , a cru devoir les limiter, pour la conservation raeme de notre erre. L’ordre public les a born des encore pour nous assurer notre bien-btre. Que ferions-nous si nous avions les ailes del’aigle & la force du taureau ? II a fallu nous garotter les mains, le coeur, & Peso prit pour notre propre repos : cela est dvident. Que doit faire le Fhilo- sophe, s’il est vraiment tel ? Se ren- fermer dans les limites , & fe te- nir toujours en-deca, s’il craint de fe heurter contre esses. :em On ries tu, 1’E- nee, :eli- !b leles liter, iede leu surer noui left tous ’es- :ela iilo rente- M d’Epicure. 131 II faudra done renoncer a tout, se concentrer en soi-m^me^dire adieu a tous les plaisirs. C’en est fait... . On est fachd de le dire : rant d’objections decedent un interet secret. Plutarque a fait un Livre ex- pres pour prouver qu’on ne peut yivre heureux en fuivant la doctrine d’Epicure. Un moderne , philoso- phe ausli profond, qu’ami sincere de I'bumanitd, a demontre qu’011 ne pouvoit etre malheureux avec la vertu (a). Ensin, void un apologue, qui est vieux, mais qui sera voir , qu’il y a long-terns qu’on a rdpondu a ces difficultez, qu’on croit nouvelles. «On raconte qu’Hercule em- » barassd du parti qu’il devoir » prendre en entrant dans le mon- (a) La Theorie des Sentimens agrea- Lles , par M. l’E- veque de Pouilly. Che^ David le jeu * ne. 132 La Morale » de, vie venir a lui deux semraes. » L’une v£tue de blanc, avoir la »taille deliee, des traits nobles : »la pudeur regnoit dans ses yeux, »la douceur & la modestie dans »son maintien : route sapersonne » etoit orne'e par la ddcence&par »la simplicite. Idautre - engraiffee -- par une Education molle , avoir •*> plus d'apparence que de force. » Sa taille route artificielle, fes -3 couleurs empruntdes , fes yeux » ouverts avec affectation .> fa pa- -- rure recherchde., en fin, une dtu- “de continuelle de fes mouve* » mens & de fes gestes annon- » coient un deffein formd de plaire » & d’attirer les yeux. Celie - ci, 3-plus emprelfde que fa compa- -3 gne, fe hata d’adreffer ces mots 33 au hdros: Jeune Prince ^ vous 33 dtes embaraffe , je le vois, de 33 la route que vous devez fuivre 33 dans le cours de votre vie, Ayez d’E pi cure. iz; » confiance en moi; je vous mon- »trerai un chemin facile , par le- »quel vous arriverez a tous les » plailirs , fans effuyer aucune pef *> ne. Exemt de tous foins, exemt » des fatigues de la guerre , vous *> n’aurez qu’a choifir les mets 6c »les liqueurs qui feront de votre “gout, ainsi que les autres objets “ qui pourront flatter vos yeux,vos » oreilles, tous vos fens.Si vous craignez que ces objets ne “ vous foient ravis ; je vous enfei- “gnerai les moyens de vous les » procurer fans efforts. Vous joub “rez du travail des autres, vous “ne vous abstiendrez de rien, » quand il vous paroitra bon. Car “c’est la puissance que j’accorde »a ceux qui m’aiment : ils ont “ droit de tirer tout a eux. Com- “ ment vous appellez-vous , lui “ dit le heros ? Mes amis m’ap^ » pellent la Felicite , 6c mes enne- “mis, la Mollejse, Iiij 134 £ a. Morale «La Vertu parla a son tour; -- mais d’un style bien different de » celui de fa rivale. Je ne veux » point vous tromper , dit-elle au » heros. Tout ce qu’il y a de beau » & d’excellent dans la nature s’a- 33 chete au prix de la peine & du 33 travail. LesDieuxl’ont ordonnd 33 ainst. Si vous voulez que ces -3 Dieux vous soient favorables; 33 il faut leur rendre honneur. Si 33 vous voulez £tre aimd de vos 35 amis ; il faut leur faire du bien. »3 Si vous voulez £tre honore danS -3 quelque Ville que ee foit; il »faut y 6 tre utile. Si vous vou- 33 lez etre admires de toute la Gre- 33 ce ; il faut la fervir. Si vous 33 voulez que la eerie vouS donne --5 fes fruits ; il faut la cultiver. Si » vous voulez defendre vos ami's 33 & votre patrie & vous venger de 53 vos ennemis; il faut apprendre 53 fart penible de la guerre, & d* E p i c u r e. 155 '» vous endurcir aux travaux; eiv- fin, si vous vousez avoir un corps robuste ; 11 faut i’accoutumer a *> obdir a Paine , Phabitucr a la *fueur& aux efforts laborieux. A pres ce discours , la Vertu fast observer a son Eieve , qu’outre la gloire & le plaisir d’avoir fait le bien, else fait donner aux horn- mes, mais comme un furcroit feulement, les satisfactions illumes que promet la Voluptd ; cj if else les leur procure a meiiieur titre & a un plus haut dcgre ; en •un mot, que l’homme gagne plus ■de voluptd qu’il n en perd, quan,d 11 re nonce a la voluptd (a). Rienn’erapdchera done celui qui eft vraiment philofophe, e’est-a^ dire, vraiment vertueux, de fe fou- mettre a foeii de la Providence : Cette foumission ne lui otera rien de ce que la vraie Philosophic lui (3 portoient les Sages qui one prd- 33 c 6&6 Epicure. Parmdnide ( a ) -3 a dtabli d’excellentes loix dans 33 fa patrie, done chaque annde -3 les Magistrats font jurer encore °31’obfervation a chaque citoyen. v Empedocles a fait faire le pro- 3’ ces aux chefs d’Agrigehte qui 33 dtoient devenus tyrans & difli- »paeeurs des fonds publics. II a 33 ddlivrd fon pays de la peste & 33 de la st&ilitd, en faifant murer 33 les gorges d’une montagnc,, par 33 ou le vent du midi fe portoit 33 dans les plaines. Socrate con- 33 damnd, aima mieux mourir in- 33 justement, que de donner en » fuyant, la moindre atteinte aux ( «; Adv. Col. 1126. iqo La Morale » loix. Meliffus fe mit a la tktb -- d’une flotte, & battit les Athd- » niens. Platon a dcrit des chofes » admirables fur les loix, & fur » fart de rendre les peuples heu- *>reux; mais fes lecons de vive » voix etoientplus admirables en- » core. Ce fut par elles que Dion » mit fa patrie en liberte; que Pi- »thon &Heraclide dgorgerent le »tyran de Thrace. Chabrias & » Phocion, qui commanderentles » armees d’Athenes } dtoient dif- -- ciples de l’Aeaddmie. II est vrai »qu’Epicure envoya un homme en Asie pour maltraiter Timo- =° crate, & le faire chaffer de la »Coui'j parce qu’il avoit offen- *>fe son frere Mdtrodore. Ce »-trait est confervd dans leurs ar- »chives. Mais Platon a envoyd » aux Arcadiens Aristonime, aux » Ebdens Phormion, Mdneddme *> aux Pyrrheens } pour regler les D 5 E P I C U R e; I 41 » constitutions de leurs Etats. Eu- »doxe a donne des loix auxCni- »diens ; Aristote a Stagire : ils » etoient Fun & Fautre amis &c » disciples de Platon. Aldxandre 53 demanda a Xenocrate ses con- 55 scils fur Fart de regner. Celui 53 que les Grecs d’Asie envoverent 53 a Aldxandre pour le determiner 33 a la guerre contre les Barbares , 33 Debus d’Ephese , etoit de l’d- 33 cole du mdme Platon. 33 33 Quand la conjuration de Zd- 33non> disciple de Parmdnide, 33 contre le tyran Ddmicus fut dd- 33 converse, il fit voir que la doc- 33 trine de son maitre dtoit un or 33 pur- qui ne craint point Fepreuve 33 du feu. II fit voir que la douleur 33 ne peut e fir ay er que les enfans 33 & les femmes, ou les homraes 33 qui ont un cœur de fenime. 33II fe trancha la langue avec ses 33 dents & la cracha au visage du t 42 La Morale » Tyran. La Morale d’Epicure a- t-elle, je ne dis pas egorgd les soTyrans ; a-t-elle produit> je ne 33 dis pas unhdros, un ldgislateur, 33 un chef de nation > un ministre 33 de quelque Roi, un defenfeur 33 du peuple, unhomme qui ait ,3 souffert pour la justice, qui soit 33 mort pour elle; mais un homme 33 qui fe soit seulement embar- 33 qud pour sa patrie , qui ait fait 33 pour elle la moindre ddpense ? 33 Qu'on nous en cite un seul qui 33 ait travailld pour le bien public, 33 Mdtrodore une fois en fa vie fit 33 un voyage de 40 stades ( a ) pour 33 rendre un service a un certain 33 Mithra, officier du Roi Lysi- 33 maque. Epicure en ecrivit des silettres a tout l’univers : c'btoit 33 Teffort d’une vertu sublime. 33 Qu’auroient-ils dit , si, com me ssAristote, ils enssent rebati leur (a) Environ unelieue gt demie. d’ E P I c U R t. I HZ to patrie ; & s’ils 1’eusient, com- »me Thdophraste, remise deux »fois en libertd ?Le Nii n’eut point » produit assez de papier pout ce- »iebrer tant de gloire. »Mais, ce qui me paroit le » plus insoutenable, ce n’est point » que de tous les Philosophes ils soient les seuls qui ne fournis- -- sent point leur contingent a la » socidtd ; tandis que les Poetes --> m6me,jusqu’aux comiques., plai- » dent la cause du bien public & -- des loix : c’est que, s’ils patient -- du gouvernement, c’est pour dd- » fendre d’yprendre aucune part; -- s’ils patient de 1 Eloquence, c’est » pour la mettre au rabais ; s’ils -- patient de la Royautd, c’est pour -- vanter le bonheur de ceux qui » vivent sous les Rois ( a ). 11s tour- ( a. > Epicure etoit Vraiement dans ses principes : Laroyau- te est le repos de tous par le travail d’un ieul. L a M o r a l e » nent en ridicule les Heros amis -- de la libertd & de la gloire » : » Qiietoit-cequ Epaminondas f Feu » de chose : un corps fans ame, line » ame de bois ( a) } & encore li avoir - ilquel’ecorce.Quelle mouche lepi- » quoit pour aller courir comme un xfoupar-tout le F eloponese, tandis » quil pourroit refer che\ lui tran- » quilement a(Jis , la the dans son » bonnet? Nous laissons au Lecteur a ju- ger lui-m£me si ce Discours de Plutarque est une vaine declamation fans fondement > ou un expose fiddle des consequences d’un sisteme qui ramene tout au bien £tre personnel dans cette vie. Qu on suppose en concurrence I’Epicurien avec shomme qui re- connoit sœii de la -Providence : le premier a pour lui, non-seu- (a' Un homme qui I Si3»'pe<; • ne sentoit point: [ lement D* E P I C U R E. lement, les raoyens ldgitimes qui font ies talenSj la capacity, les amis, les dehors de la vertu, les tdmoignages des honnetes gens, fas ; mais encore le menfonge, qui ne sera point honteux lorsqu’il nepourra etre prouve; leparjure, qui , fans la Divinity, n’est qu’une ruse pour attraper les sots; la ca- lomnie qui tue, si elle p6ndtre, & qui laisse au moins la cicatrice , si elle gudrit; enfin, il aura tous les moyens les plus violens, nefas; pourvu qu'il puisse s’afTurer de 1’impunitd, soit par la force, soit par fartifice; ou que les suites du mauvais succes de l’entreprise for-* mee soient plus facheuses encore pour lui, que celles des mauvais moyens. Qu’on suppose deux Concur- rens, perfuadez tous deux des principes m^taphysiques d’Epicu- re , tous deux adroits, tous deux K, i4 6 La Morale puistans, tous deux dgalement ar* dens, egalement pressez par la cupiditd , par le besoin, par la douleur ; on entrevoit le spectacle de tout ce qui peut rendre odieuse l’espece humaine. Qu on mette deux Nations a la place des deux hommes ; on a routes les horreurs des fiecles les plus bar- bareSi Mais, dira-t-on t la Religion emp6che~t-elle ces horreurs dans les Nations ou elle regne ? Elle les empdche souvent: elle les condamne toujours. Et la Philosophic dont nous parlous, n’a- yant, dans bien des cas, aucun titre pour les condamner, en four- nit mdme pour les autoriser. Voi- la les dangers de cette doctrine pour la socidtd. II n’y a pas moins d’inconvd- niens pour le particulier mdme; dont la vertu est peu assurde par les motifs d’Epicure, b 1 Epicure.’ 147 II n’est vertueux que parce qu’a sa vertu tient son etre, &son bien dtre; sans quoi la vertu ne vau- droit pas pour lui un denier per- cd (a). L'intdret de son dtre, s’il est bien convaincu de ses principes * est une foible garde. Que lui im- porte de vivre vingt ans de plus ou de moins ? On fait en Francois la maxiine des voluptueux ; les Latins en avoient une pareille: Mlhi sex menses satis sunt vita fepttmm orco spondeo ( b)'. Epicure n’a -1 - il point dit que ce n’dtoit pas par la durde qu’on devoit mesurer la vie, mais par la jouistance du plaistr (c) ? Le sage . (a) Cette expression est de Plutarque. Diogene Laerce dit qu’Epicitre pensoit que c’est pour la vo- lupte qu’on doit re- thercher les yertus, & non pour elles-me- mes. Lib. X . Seg. 138 . . i b) Cic. L. h. de Fin . (c) LettreaMeri£- cee. K ij 148 La Morale peut done prendre sur son etre j pour ajouter a son bien £tre. Mais , s’il arrivoit qu’on fe fut trompe dans le calcul de Favenir, & que les plaifirs qu’on avoir cm devoir abrdger la vie , ne la chan- geassent qu’en une longue dou- leur ; alors , l’Epicurien seroit 11- vrd a de cm els repentirs. Cette crairtte ne suflit-elle pas pour l’at- -tacher a la pratique constante de la vertu ? Voila done Funique frein de la passion. Ce n’est plus la mort qui dpouvante l’Epicurien ; e’est la douleur qui y conduit par un che- min trop long. Qu'est-ce que cette crainte, sur-tout pour un Epicurien, dans Finstant on domine deja l’avant- gout & le pressentiment de la vo- lupt6 ? Presque tous les hommes s’y laiflent prendre. Quelque amour qu’ils aient pour la sante d’ E p I c u r e.' 149 & pour la vie ; quelque autoritd qu’aient sur eux la raison , l’hon- neur, les loixqui punissent., eel- les qui.re'compensent, l’interetde la vie prdsente, l’espdrance de la future; il en est peu qui ne chan- cdlent devant le phantome du bonheur , qu’ils croient voir dans la voluptd. Et Epicure veut que la seule crainte d’une douleur qui peut suivre ou ne pas suivre le plaisir ; d’une douleur , dont on peut se ddlivrer soi-mdme^si elle ne nous ddlivre pas asiez vite de nous, conserve la vertu dans fa purete ! Ce n’est point par amusement qu’on dispute en matiere si grave; & si on y va de bonne foi, on s’en rapportera a 1’expdrience &: au jugement de ceux qui con- noissent le caractere deshommes, leur sensibilitd au bien prdsenv, ■Be leur peu d’inquidtude sur. le rnal probldmatique de i’avenir. iyo tA Morals ARTICLE VII. Partisans &’Epicure. O N a recours aux autoritez pour justifier Epicure. Peut-on croire, dit-on , que , si les principes de qe Philofophe eulfent dt 6 tels qu’on vient de les presenter ; tant de gens de bien dans fantiquite, & parmi les modernes, auroient pris fa ddfenfe ? Ciceron, lui-mdme, en plu- sieurs endroits de ses ouvrages } loue les Epicuriens pour leur droi- ture , leur probite, leur amitie rd- ciproque entre eux (a). 11 y a plus, Sdneque.j c’est-a-dire , un Stoicien, qui, felon l’efprit de fa fedie, devoir dtre l’ennemi jurd d’Epicure, Sdneque a fait son ( a ) Ciceron ne par- I & nullement de la }(! que des honunes, I doctrine* « ire, i de tels )lu- ;es, iai ri- r a un efa son :1a d’Epicure. I J t apoiogie. « Je ne pense pointy =» dit-ilj comme la plupart de nos »Stoiciens, qui asturent que la »le Lie d’Epicure est l’Ecole du -- vice : je dis seulement qu’elle a » une mauvaise reputation; 6t j'a- »joute qu’elle ne la merite point. » C’est done l’apparence qui trom- pe 6t qui inspire la defiance (a )». Que dirons-nous des modernes, dePhileiphe, de Rhodiginus } de Volaterran , de Laurent- Valle, de Qudvddo, de la Motlie-le-Va-< bier, de Sorbiere, 6cc. dont les uns disent qu’Epicure est de tous les anciens Philosophes celui qui a le plus approchd de la v^rite; 6c d’autres que c’est injustement qu’il a 6t6 attaqud 6c dechird par ses (a) Non dico quod plerique no fir orum , seEtam Epicuri flagi- tiorum magifiram ejse; fed illud dico : Male audit, inf amis efl : 6* immerito. .... From ipfa dat locum fabu- hz , & ad malam [pern. invitat. Lib. de beat* vita, cap. 13. Kiiij ,52 La Morale ennemis ? M. le Baron des Cou-J tures a fait fur lui un Livre qui est un pandgyrique. Enfin , on cite Galfendi, dont l’ouvrage est un chef-d’oeuvre , 6c qui feul vaut tous les autres ddfenfeurs de ce Philofophe calomnid. On peut rdpondreen gdndral,’ que les suffrages de tous ces Au- teurs prouvent peu de chose; par- ce qu’ils font tous ou des Epicu- riens secrets qui tachent de justi- fzer leur maitre asin de fe justifier eux-mdmes; ou des favans, qui, ayant approuvd les iddes d’Epi- cure fur certains chefs , les ont restraintes & modifides , comme elles avoientbefoin de l’etre. C’est un ddifice ruineux dont ils ont voulu conferver quelques parties, qui leur ont paru belles 6c fon-. ddes fur les vrais principes. Par exemple, ayant considerd avec attention la Morale qui ramene b’Ep i cur e; fOUtes nos actions au bien 6tre particulier, ils y ont trouvd un fonds de veritd , dont il est difficile de fe defendre quand on l’a approfondi (a). 11 est certain que les hommes qui ne font instruits que par la nature, travaillent principalement pour fe procurer la force, 6t par elley la libertd & le repos. II nest pas moins certain que toutes les vertus civiles, qui vont au bien de la focidtd, ont en m6- me tems une autre tendance plus forte & plus sensible vers le bien personnel, & que la plupart des sacrifices faits au bien general, rappoitent le centuple a f amour particulier. Qufil y ait des impulsions sub!- tes, des traits de pure gencrofitd,' des vues sublimes d’ordre 6c de grandeur, qui femblent dpurdes de, (a) Voyez Chap. 2, i54 La Moral e toute esp^ce d’interets ; cepenA dant , quand les Epicuriens sou-, tiennent que tous ces sentimens elevez ont leur germe radical dans un certain amour de soi-meme; si, apres les avoir entendus, on descend jusqu'au fond de son cœur, on y trouve quelque chose qui parle pour eux. Quel inconvenient que Dieu ait enchastd, enveloppd le germe de la vertu dans sinter^t de notre £tre, & que 1 accomplis. fement de chacun de nos devoirs soit recompense par quelque ac- croisiement de bien etre ? Cecoup d’oeil de la Morale, qui^ quoi qu’on en dise, a presents d une maniere plus marquee & plus nette dans la Philosophic d'E- picure que par-tout ailleurs, & qu’on pourroit concilier avec la. plus sublime vertu , est ce qui a procuid des partisans a cette Philosophic : on a cru y voir une par- i $6 L a Morale *> que la volontd du plus fort: Viribus cditior cccdebat, ut in grcge taurus. Horj » Par l’expdriencejOn trouva qu’il -- seroit utile de faire des loix d’e- » quitd & de justice pour arrdterle » brigandage & la licence. La so- -- ci 6 t 6 alors prit quelque forme , 33 & commenca a apprivoifer les 33 horames brutaux. 33 CeremedeayantparuinfuflL 33 fant dans une infinite de cas fe- socretS; un Lcgiflateur plus profond =3 & plus rufd que tousles autres, 33 imagina les Dieux; c’est-a- 4 ire > 33 des tdmoins, des juges , des ven- 33 geurs, pour voir, pefer & rdcom- -> penfer le bien & le mal, ou dan§ 33 cette vie, ou dans une autre ( a ). Cet expofd purement Epicurien, est l’aveu le plus complet de ce qu'on reproche a la vertu d’Epi- cure. Son hdros peut etre brave honndte, juste, moddrd, quand (a) Plut, dt Plat, Z. i.e, 7 , d’Ep ICUR E.' iyx tie du sisteme de la nature, dont la voix, lorsqu’elle est distincte- ment articulde & dtendue, ne peut point tromper le cœur hu- main. C est le cotd que Gassendi a vu, & qu’il a fait voir a ceux aupres de qui il vouloit justifies Epicure. Mais a ce cotd, il en est uri autre oppofd, & qui ruine dans la pratique, tout ce que ce fist^me prdfente de feduifant dans la fpd- culation: c’est de n'avoir employd pour rien, dans ce plan de Morale, la Divinite, fans laquelle l’hom- me n’a plus d’appui, plus de ga- rant, plus de reffort agissant dans tous les cas. Les Epicuriens en conviennent lorfqu’ils font l’histoire du genre- humain. » Dans le commence- so ment , nous difent - ils , les » hommes vivans comme les bd- » tes } n’avoient d’autres regies d’ E P I cure: I57. II croit qu’on le regarde; parce qu’alors le salaire est pr£t, c’est- a-dire, 1'estime, la consideration, 1 la confiance des autres hommes, qui font pour lui autant de moyens de plaisir & de suretd. Mais quand On ne le voit plus; routes ces belles vertus s , dvanoui'£ sent. Elles font une duperie, fur- tout, si les vices contraires rap- portent plus de repos, plus de liberte , plus de moyens de bon- heur > que les vertus. On oppose l’autoritd de Sdne- que, comme un bouclier impdnd- trable a tous les traits qu’on peut lancer fur Epicure. II est vrai que son apologie d’E* picure est precise & formelle ; mais il est a craindre que loin de justifier Epicure, elle ne donne des foup^ons contre les Stoi'ciens. Veut-on s’arr£ter un moment pour comparer ensemble ces deux secies? i £ £ t a Morale Elles avoient un fond intdn'eur & un dehors apparent. Sdneque nous fa assurd, pour l’honneur d’Epicure. Que feroit-ce > s’il en dtoit de mdme des Stoiciens, a la Ihonte de Zdnon? II est certain que pour les debtors, jamais sectes ne furentplus opposdes. Dans le Portique, on ne parlolt que de Dieux & de providence des Dieux. Dans les j ar dins d'E- picure, on ne vo^oit que des atonies, & leur concours fortuit pour former tous les dtres. La, les colonnes n’etoient frap- pdes que des beaux noms de vertu austere, de justice universelle, d’amitid pure. Ici les dchos ne rdpdtoient que les noms de vo- luptd, de plaisirs fensibles, de bien- dtre personnel. Zdnon regardoit les passions corame des monstres qu il falloit d’Epicure, i0 dtouffer. Epicure les voyoit com- me des ressources qu’il falloit menage]-. L’un ne parloit que d’actionj d’acHvitd : il falloit ctre soldat, commercant, magistrat ; en un mot, se livrer a la vie civile & aux occupations de service dans la focidtd. L’autre vouloit qu on laiffat faire les sots, & qu’on fe reposat a sombre de la'sagesse ; ou qu’on ne se donnat de mou- vement qu’autant qu’il en falloit pour assaisonner le plaisir du re- P°s. On voit par ce simple coup d’ceil, combien il devoit y avoir de combats & de querelles entre les fubalternes des deux dcoles. Car, en fait de dispute, ils font toujours plus braves que les chefs. Les Stoiciens dtoient furieux par principes, croyant fe battre pour la vertu. Les Epicuriens fe fa^- ■*$6 t A MOR'ALE choient un peu moins , de cralnte de fe fatiguer. Mais ceux qui dtoient a la t£te des deux partis, rioient secrdtement de ces dem^ lez, dont ils laissoient le petit hon- neur au peuple de -fa fecte, pour lui tenir lieu de pature, & hammer a bien servir ses maitres dans le befoin. Seneque qui n’dtoit point hom- me a passer toute fa vie dans une fecte philofophique fans l’avoir approfondie & comparee avec les autres, avoit fans doute jetd un regard fur celle d’Epicure ( a ); & il y avoit faisi les traits de resserri- blance avec la sienne, que le vul- gaire n’y voyoit pas. Epicure concevoit dans l’infi- nitd de l’eipace un nombre infini d'atomes, dont la masse, le mou- (a) Soleoenim & in aliena cajlra tranjire , non tancjuam transju- ga , fid tanquam ex- plorator. Sen. Epif. 2 . yement B* E P I C U R E. l6t Vement & la figure dtoient les causes seminales de tous les btres. Les Stoi'ciens concevoient un ca- hos immense , contenant tous les ■principes, - a : les raisens mdcani- ques des essences , & des natures qui fe font formdes ( a). Selon ces derniers, les princl-j pes nageans d’abord dans le vuide, s’dtoient rassemblez au centre de Tespace, y avoient formd les dld- mens, & enfuite le monde que nous habitons. Epicure en dilbit autant de ses atomes : feulement il admettoit d’autres mondes que celui-ci, & vouloit que le vuide fut disperse par-tout. Les Stoi- ciens ne I’admettoient que hors du monde ; afin , disoient-ils , que, quand le monde respiroit, il eut de l’espace pour s’enfler & s’d- tendre. Il est vrai que Zdnon faisoit - (s) Voyei Plut. dt Plac. 1. 7 . i maigre le mdcanisme des causes motrices. 11 n’avoit meme inventd la ddclinaison des atonies, que pour conserver la libertd & don- ner par elle quelque mdrite a la philosophic : mais ce n etoit que des mots de part & d’autre (<*). Sdneque l’avoit bien vu. Les Stoiciens faisoient grand bruit de la Providence : on croi- roit,quandils enparlent, qu’il s’agit d’une volontd dclairde, qui regie routes choses a son grd : cen’dtoit qu’un mouvement spontand de la nature, une chaine mobile tour- nant sur elle-mdme , & entrainant (a') Rien de plus ! quer la liberte des ac- pitoyable que la me- i tionshumaines. Bay le t^iodedont Epicure fe \ au mot , Epicure, fervoit pour expli- j Rem. V. Lij i<>4 La Morale avec elle la suite & l’ensemble de tous les dtres attachez irresis- tibiement aux anneaux dour elle dtoit composee ( a ). Cette memb Providence s’appelle ausli fatalitd, neceffite , hazard mbme , si Ton veut ( b ). Epicure devoir etre content } a moins qu’il ne voulutdis- puter pour le plaisir de disputer. Nous avoirs dit qu Epicure avoir lid les mains aux Dieux> rem errant aux atomes route l’ac- tivitd des causes. Sdneque 1’a fait de mime, remettant cette activism') Fatum eft fem- puerna qutzdam & in- declinabilis series re- rum, & catena volvens femetipfa & implicans per tzternos consequent- lite or dines , ex qtiibus apta , connexaque eft. A. Gell. No 8 . Att. i-.Vl. C.2. ( b Vis ilium fatum vocare ? Non errabis ... Vis ilium providentiam ( dicere ? Recle dices...I Vis ilium naturam vocare ? Nonpeccabis.... Vis ilium vocare mun- dum ? Non fdlleris. Ipfe enim eft totum quod vides , totus fids partibus inditus , & fe fuftinens vi fud. Sen. Nat. quæst. L. 2. C. 45. Voye^ M. Brucker Otii, V'mdel, p,i 6 p* d’ E p i c u R e; \6<; id au destin, qui seul ordonne de tout, & applique les formes a la matiere (a) : mais hatons - nous d’achever ce parallele. A la mort Epicure nous andan^ titentierement, c’est-a-dire, qu’il rejette dans la masse universelle les dldmens dont nous dtions compo- fez, & qu’il ne nous laisse aucuu sentiment de none etre. Les Stoi- ciensnous accordoient quelques stdcles de vie au-dela du trdpas, pour purger 1’ame de fes souillures , avant que de la replongec dans l’dtre principe.Pour Senequey il paroissoit avoir peu dq foi a cette scconde vie ( b ). Et apres . ( a ' Dieu, felon les Sto'iciens , est un feu subtil qui se revet felon les loix du destin, de toutes les formes qui font dans la nature. Plutarq. de Pine. I. c. 6. 8tc. y.Diog'. , iiaer, L, 7. Qc. de\ Nat . Deor. L. 1. Sen. 'de Ben. IV. c. 7. Bruk. Hist, Crit, T. I. P- 93 1 - { b ) Juvahfit de œ- ternitate anirnarum - quarere , imp me her- cule credere. Credebark enirn facile opinionibut L iij J 66 L' A M O R A L E tout) le monde des Stoiciens n*d- toitque ceiui d’Heraclite, ou tout fe faisoit par des retours pdriodi- ques de rarefaction & de condensation. Lasubstance la plus rardfiee etoitDieu, la plus condensde etoit tnatiere. Les ames placees entre les deux extremes, prenoient 1'or- dre du destin pourmonter ou pour defcendre. Quelques routes qu’el- les prissent, elles arrivoient tou- jours a unfleuve d’oubli. Or, c’d- toit tout ce que vouloit Epicure. Zdnon avoit en horreur la vo- luptd. Epicure en faisoit son Dieu. Mais tous deux vouloient arriver a l’ataraxie , a l’apathie, a l’euthy- magnorum virorum , rent gratijstmam pro- 'mittentium magis , pliant probatitium , Evijl. 102. Et dans l’Ep. 53. Fortafe si modo sapientium vera fattia est , recipitque tios locus aliquis ) quern putamusperiiste , prte « missus est. 11 parle clai- rement dans le Livre a M.arciz.£usenmt iflct Poetoc : mors omniurk dolorum folut'to est 6* finis. .. nonpoteft miser esse qui nullus est. C. d’ E P I C U R E. 167 mle , a l’aponie, a l’aochlesie, a 1’athambie, a l’acataplexie, a 1 a- thyphie, c’est-a-dire en fran^ois, au repos de Tame : Hie , Zeno) requiemprabetfejsu in verticesumme. Le Stoicien sera heureux quand il sera independant de tout ce qui ne depend point de lui; quand il ne craindra ni les Dieux, ni la mort y ni la fortune, niladouleur, •& que par une pratique cons- tante, il sera affermidans ses principes , s’abandonnant au cours du dectin, fans que rien sdtonne ni ne le frappe. L'Epicurien sera inddpendantj de m£me que le Stoicien, & par les memes raisons (a). Il s’est de- ( æ ) Sed pojsunt hac quadam ratione did , non modo non. repugnant ib us , verumetiam approbantibus nobis (Epicureis ). Sicenim ab Epicuro sapiens semper beatus induci- tur : finitas habet cupidities ; negligit mortem ; de Diis im- mortalibus , fine ullo metu , ver a fentit: non dubttat, fi it a mellow L iiij r 68 L a Morale livrd de la terreur des phenome- nes : la mort pour lui n’est rien: la douleur vive ne fait que passer; ou si elle dure, elle a des repos de cornpenfation. Que le ciel tonne, que la terre tremble , que les mines de Tunivers tombent fur lui , il n’en sera point dtonnd, s’il est affermi dans ses principes : Impavidum ferient ruins. Ensin, & cest le dernier point de comparison, ce bonheur supreme , ce repos immuable est Touvrage de la vertu, de la justice , de la prudence, de la force , • & de la temperance (a), c'est-a- dire, de ces habitudes penibles k acqu&'ir, qui rangentfous le joug de la raifon tous les gouts & routes les idees de Tarnour pro- fit, migrare de vita : his rebus inflruclussemper efl in voluptate. DePin. i.e. 10. {«).!! faut observer. qu’il ne s’agit point ici des salts, mais des pretensions de la phi'? lasophie, d* E p i c u r e; pre mal entendu, & qui n’adop- tent que celles qui, epurees au feu de la plus austere Philosophic , placent la sdlicitd de Phomme dans une sphdre supdrieure a tout dvd- nement.» Non, ditEpicure, on ne » peutdtre heureux sans dtre sage , » honnete, & juste; & rdciproque* » ment, on ne peut dtre sage, hon* » nete & juste ,sans dtre heureux.» II reste a savoir si ces Philosophies pouvoient fournir les principes de cette vertu. Ce point a dtd tou-; chd dans Particle prdcddent. C’en est assez, je crois , pour faire voir la conformite des deux sistdmes, & rdduire a fa juste va* leur Papologie dont Epicure est redevable a Sdneque: Non eft > die celui-ci,en paidant diEpicure, quod putts magnum qud dijjidemus (a), On peut voir ce qu’en dit Gal? sendi, L. 2 . DeVit.Epic. c. 6. (a) De Const, Sap. c. ip. /- -70 La Morale CONCLUSION DE LA I. PARTIE. On peut juger maintenant si ce Philosophe & les autres en- nemis de la Divinitd ont atteint veritablement leur objet, qui etoit de rendre Phomme parfait &heu- mix, enrenfermant tout son etre dans cette vie. Us ont form6 leur sistdme d’ir- religion, parce que dans les sistd- mes religieux, ils ne pouvoient vivre en paix. Les Modernes patient eomme ont parle les Anciens: ^ Leur ame partagde fans cefife entre le penchant de la nature » & les loix fdvdres de la Religion, *>dtoit livrde a des alternatives continuelles, & a des intermit- *>tences douloureuses. La Reli- «=gion demandant fans celfe des sacrifices, la nature voulant tou- 3= jours regner, ces deux forces 3- contraires dechiroient leur coeur .»tour-a-tour , & le donnoient en d’Epicure. 171 Ls proie a de cruelies variations, qut « ne devoient sinir qu’au milieu 33 des terreurs dune autre vie, dont l’dtat 6toit ineonnu II a done fallu opter.Les Epicuriens model- nes font fait par des radons toutes contraires a celles des Anciens. Epicure avoit pr6tendu fe met- tre en libertf par f etude approfon- die de la nature. II croyoit avoir d^couvert les vraies sources des 6tres, & avoir vu, avec la derniere dvidence , qu’il n’y avoit nulle Cause intelligente univerfelle ; c’6toit done fur l’dvidence qusil fondoit son bonheur & son repos. Les Modernes ont repris, 6c peut-6tre, avec moins de tort, les idees de Democrite , qui difoit que la verity etoit au fonds de Tabime : Veritatem demersam in prosnndo . Le probl6me des causes leur a paru si compliqud, & si fort audeslus des penfees de l’homme, qu’ils ont cru qu 3 on ne pouyoit i72 La Morale leur faire un crime d’une igno* ranee qu’ils pnftendent invincible :'« Nous nous trainons, » fe sont-ils ecriez, » dans des tdne- w bres profondes que rien ne peut » percer. Cette fiere raifon,, dont -- on fait tant de bruit, nest qtfuns «edncelle qui nous dblouit, & » qui finstant d’apres nous rejette 33 dans des tdndbres plus noires. » Si e’est le hazard qui rdgle notre »marche ; e’est lui qui fait nos 33 crimes : il doit en porter la pel- = ne. Avant que de facrifier , il » faut connoitre des Dieux 33. Ainsi a parle la Philosophic in- crddule,tantot prefomptueufe jus qu’a la folie , tantot timide jufqu’a rimbdeilitd, &toujoursse r^fu- tantelle-m6me par la contrariety de fes penfdes. Elle qui parle fans ceffe du milieu, qui le confeille fans cefi’e, elle ne peut s’y arr£ter. Mais qu’elle prenne le parti de I’eyidence des causes, ou celui * d*Ep ic'Ure, 175 s’ilny en a point; quefont-Usfur la terre ? Marc Anwmn. •j'78 La Morale de toute sa Philosophic : c’est-a- dire, de sa Physique particuliere, & de sa Morale (a): car il ne vouloit point de Dialectique , ni de Mdtaphysique. Le nseme His- torien nous a conserve quarante- quatre Maximes fondamentales: maxime ratas sententias , concer- ( a ) » Epicure divi- 3) fe la Philosophic en s, trois parties : il 3, nomme la premie- 3) re , Canonique , 3) la seconde, Physi- 3> que, & la troisieme, », Ethique ou Morale. 3i La Canonique est »> une espece d’intro- » duction renfermee 3> dans le Livre qu’il a » intitule K at dt ou la 3, Regie. La Physique ,i contient toute la n theorie de la Natu- ,, re, renfermee dans » 37 livres & dans it des Epitres particu- 3) lieres. La Morale , 33 qui a pour objet ce * n qu’il faut fair ou re- » chercher , est dans » ses livres fur l’art de' 33 vivre, dans ses Epi- 33 tres , & dans le livre 3i fur le souverain 33 bien, mi) S-EAiw.Les • 33 Epicuriens ne veu- 33 lent point de la 33 Dialectique qu’ils 33 croient inutile , di- 33 sant pour raison , 33 qu’un Physicien n’a 33 besoinque de savoir 33 le nom des choses. Diog. Laer. L. X. Seg. jo. Le Livre intitule La Regie , contenoit les regies pour penfer & pour parler. d’Epi c u r e. nant la Divinity, la mort, les fins morales del’homme, & les principes de ses devoirs : c’est la philosophic en aphorismes. Ensin, nous avons de lui le portrait du sage, oule plangdndraldesa con- duite, par rapport a lui-m6me, & par rapport a la societd. Lucrece vient a Fappui, quand il en est besoin, pour expiiquer ou determiner le sens du texte de son maitre. Ciceron y vient aussi, de m£me que Plutarque, Clement d’Aiexandrie , S^neque j Lactarice, Arnobe, & tous ceux qui out combattu, ou d^fendu Epicure. Cependant, nous n’em- ploierons aucune de ces autoritez que comme commentaires, & seulement, lorsque le texte original , qui fait seul notre objet, aura besoin de ces dclaircisse-' hiens. Nous aliens presenter d'abord Mij i8© La Morale la traduction de la troisieme Let- tre, qui, contenant l’abregd de la Morale d’Epicure, doit etre , par cette raison, la premiere de nos pidces justificatives. Nous donnerons ensuite la traduction des Maximes > & celle du Portrait du sage, ou on verra le concert de la doctrine & de la Oonduite de ces Philosophes. La Lettre a Hdrmachus , qui contient les dernieres paroles d’Epicure suivra ces trois morceaux, & sera comme le couronnement du portrait de la sagesse dpicu- rienne. Enfin , nous ajouterons un ex-* trait des deux Lettres a Herodote & a Pythocles. Quoique ces Lettres ne contiennent, la premiere , que la Physique gdndrale, & une partie de la Physique particuliere d'Epicure, & l’autre, que la Physique des mete ores, elles errtrent 'd’Epi'cure* l8l elTentiellement dans notre plan, parce qu’Epicure n’a traitd ccs genres que relativement a la Morals & au bonheur de l’homme dans cette vie. Omnium rerum na- turd agnitd , levamur superjlitione , liberamur mortis metu , non contur- bamurignoratione rerum , e qud ipsd horribiies fape exijiunt Jormidines . Denique melius morati erimus , oum didicerimus qua natura dejideret. C’est Torquatus, Epicurien, qui parle ainsi dans Ciceron ( a ) ; & qui rdpdte la m6me chose quel- ques lignes plus bas, («) De Fin, up. LA MORALE D EPICURE, TIRiE DE S E S £ C R IT S. SECONDE PARTIE, C 0 If T E If A If T LES P R £ U V E $ DE LA PREMIERE. L est p'eu de sectesphilo- f I fsophiques dontnous ayons sœæesi des monumens en si grand nombre & si autentiques , que de celle d’Epicure. Diogene Laer- ce nouS a conserve quatre Lettres de ce Philosophe; trois desquelles ont 6t6 dcrites pour etre le prdcis M 182 La Morals ARTICLE I. i Mt the i y epicure a Alenecee (a). Diog. Laer. Liv. X. Seg. m.—— i)j. »L A jeuneffe,Mbnbcde (a), neÆ »point une raison pour dilfcrer « d’embrafser la Philosophic, ni la 33 vieillesse, pour cesser de lasui- 33 vre ; puisqu’il n’est point d’sge -3 ou il ioit indifferent de se pro- (a) CetteTraduc- tion a ete faite d’abord sur le texts de Gaffen- di, & ensuite revue sur celui de sedition deWestein, corrigee par Meibom. Nous n’avons pas cepen- dant toujours suivi les corrections de ce Commentateur. II est neceffaire que le Lectern ensoit averti. Nous n’ayoi.s jete au bas du texte de cette Lettre que des notes* .courtes, pour eclairs cir quelques endroits qui npus out paru n’a- yoirpas besoin d’une plus longue explication ; renvoyant a la, premiere Partie, les points plus importans qui ont besoin de plus grands details & de, quelques developpe- rnens. \ d’ Epicure. i8z curer la sante de l’ame. Dire »qu’il nest pas encore tems de *>fe livrer a letude de lafagesse, » ou qu il n’en est plus tems, c’est »dire , qu’il est trop - tot j> ou »trop-tard j pour travailler a fe »rendre heureux (a). On doit »s’attacher a cette etude quand -- on est jeune; afin qu’en vieil- *> lisiant, on rajeunisse toujours » par le souvenir agreable d’une »fage- conduite ( b ). On le doit ( a) Cetoil une question dans les E- coles de l’Antiquite, de savoirsi un jeune homme etoit digne disciple de la Philosophic. On entendoit par Philosophic prin- cipalement la partie qu’on nomme Morale. II est certain que laplupart dutems une jeune personne ne sent pas les beauxpre- ceptes qu’elle emend. Sa sante, sa yigueur semhlent la mettre au* deffus de tous les con- seils. On n’apprend a economiserses fonds, que quand on est presi que mine. {by La sageste de la conduite consiste , felon Epicure , a se procurer de grands plaisirs , a petis frais , &L a eviter de grandes dottleurs en facrifiant de petits plaisirs. Miiij 184 L a Morale -- quandon est vieux^ afin d’avolr » a la fin de sa carriere, la sdcu- » ritd de la jeunefise , qui ne fait » point craindre l’avenir. » II faut done nous occuperde 53 ce qui peut faire notre bien-£tre; 33 puisque nous avons tout dans le 33 vien-etre, & que quand nous ne 33 l’avons point, nous faisons tout 33pour y parveriir (a). Souvenez 33vous , Menecfie, de ce que je 33 vous ai dit & recommandd sou- >3 vent, & regardez-le corame la 33 source & le principe du bonheur 33 de votre vie. 331. Mettez-vous d’abord- dans 331'esprit, que Dieu est un ctre 33 immortel & heureux. Cest la 33 notion commune que nous en 33avons tous (b). Gardez-vous ( a '■ S’il y a des cas oil le crime est: plus lur que la vertu pour ar- river au bien-etre de cettevie, quedeviea- dra la vertu ? (6) Yoyez ci-apres,’ art. 2. dans les deve- loppemens des Max. 25, 26. & 27. cequ’fr ■D 4 Epicure; 18 s &>donc de lui rien attribuer qui *> ne puisse s’accorder parfaitement « avecsonimmortalitd &avecson » bonheur ; ou de lui refuser rien a-' de toutce qui convienta ce bon- --> heur inalterable qui fait son es- »fence {a). » Oui, il y a des Dieux : l’dvt- *>,dence des idees nous le demon- «tre ( b ). Mais ces Dieux ne font picure entend par notion commune. ( a.) Epicure ne don- ne ces attributs a la Divinite, que parce qu’il les croit in'com- patibles avec la providence. Voye £ le Chap. j. & la Max. I. ( b ) Epicure entend par evidence des idees , non une notion claire & distinc- te dun Etre infini- ment parfait ; mais une image corporel- le , detachee de la furnace des corps divins, & qui traversant les airs, fans fe rompre , vient par nos yeux, jufqu’a notre elprit. Image qui, felon Epicure, ne peut pas exister fans modele. Nous voyons quel- quefois dans nos fon- ges des geans , des figures colloflales;donc il y a des modeles femblables , errans dans la nature. On a entendu des voix au loin, venant de ces modeles; done ce font des natures intelligences. Ces memes apparitions fe sontfai** -,8<5 Ea Morals . 53 point tels que la multitude le§ i * «imagine , avec des attributs qui * 55 en ddtruiroient la nature. " 55 L’impietd n’est pas de nier ”i ssl’existence des Dieux du vul- ” c 33 gaire ; c’est de leur attribuer ce IlC a® que ce m£me vulgaire leur at- tribue (a). ”P 33 Audi les id^es quil s’en fait,' 55 font-ell es plutot des lueurs fauf 5,1 sofes que de vraies iddes. II croit * tes en differens tems & en differens lieux ; done ces natures font immortelles. Or ces etres , geans , intel- ligens, immortels , font des Dieux; done ii y a des Dieux. Quelle est leur forme } Humaine, Que fbnt-ils deleurs mem- bre ? Rien. Leur corps est-il folide i Ce n’est qu’une vapeur cir- confcrite qui n’a que le trait, Monogrammos JDeos: des Dieux greles (Cic. de Nat. D* 23.; Gaffendi excuse. Epicure , difantqu’ii se n’a erre que par ignorance , & non par malice ; Yideri ilium ig~ norant'ld , non mail - j -»d tid lapfum fuijse. In 1 »?! ¥ Lib. X. Laer. 11 pour- roit y avoir eu autant de l’un que de l’autre. ! (a • 11 veut dire que c’est une impiete de • (i sio croire que les Dieux • -C, fe fatiguenta recomtit penses la vertu , & a •de punir le vice. et d’ E P J C U R E. 187 33 que les Dieux ontsans cefle l’œil 3»ouvert fur les mdchans pour les <3° punir, & fur les gens de bien 33 pour les recompenfer, & jugeant 33 des affections de la Divinite par 33 eelles de l’homme, il luirefuse 33 les qualitez dont il ne trouve 33 point le modele dans l’homme. «II. Faites-vous une habitude 33(a) de croire que la mort ne 33 nous est rien : car le bien & le 33 mal ne peuvent avoir lieu que 33 par le sentiment. Or, la mort 33 est f extinction de tout sentiment 33 (). « Avec ce principe, on fait user 33 de cette vie mortelle : onne s'a- 33 vise point d’en attendre une au- .33 tre pour jou'ir; & on renonce a (a) Cette expression est remarquable. ■ C’est un endurcisse- mentcontre la crainte -de la mort , 8c non «ne assurance fondee sur la raison. ( b C’est ce qu’il fau- droit prouver , 8c ce qu’Epicure ni person- ne ne prouvera ja-> -J -iSB Ia M o r ale -- ce vain espoir de l’immortality *> ( a ). II ne peut meme arriver » rien qui nous rende malheureux, » des que nous Id names parvenus »ane pas regarder la perte de la 22 vie comme un malheur. 22 Mais , dira-t-on, la mort est 22toujours a craindre a cause du 22 mal qu’elle nous fait, sinon 22 quand elle est pr^sente, dumoins 22 quand on la voit en perspective. 22 Quand elle est presence, elle 22 ne peut nous tourmenter en au- 22 cune facon ( b ). Quand elle est 22 adsente & loin de nous ; il est 22dvident que ce n’est pas elle, -2 rnais un vain phantome de notre »imagination , qui nous tourmen- ( a) Cette maxime developpee va loin, il est inutile d’en aver- tir. (b ) C’est-a-dire , cipes d’Epicure. d’Epi C URfi. t8§ ^ te. Ainsi, la mort, ce mot qui *> fait frissonner le vulgaire, ne -- nous touche point , puisque taut »que nous sommes , elle n’est »point ; & que quand elle est, » nous ne sommes plus, Ni ceux -- qui vivent, ni eeux qui font » morts, n’ont rien a craindre de =»la mort: ceux-la, parce qu’elle » ne peut 6tre avec eux; ceux-ci, » parce qu ils ne peuvent etre avec » elle. III. *> Les hommes vulgaires » ctaignent la mort, ou corame »le plus grand des maux, ou » comme la privation de ce qu’ils » ont de bien dans la vie. » Mais pourquoi craindre de ne » pas vivre, puisqu’on n’est plus, *> poursentir quonne vit pas ( a) ? ( a) C’est la reponse au premier membre de la proposition dis- jonctiYe. LeT exte de Meibom porte : Lc Sage ne craint point de ceJJ'er de vivre , par-- ce qu il ne pease pas* ipo la Morale Ce n’est pas la quantitd mais- as le gout qui fait le mdrite des 33 viandes. 11 en est de mbme de 33 la vie : ce n’est point par fa du- 33 rde , mais par les satisfactions 33 dont on a joui, qu’on doit en 33apprecierla valeur (a}. 33 Celui qui a dit que le jeune 33 homme devoit apprendre a vi- 33 vre heureux, & le vieillard a 33 mourir content, me paroxt avoir 33 manque de fens ( b ) : non - feu- 33 lement, parce que la vie est 33 toujours un bien desirable ( c); »3 mais encore j parce que le foin 33 qu’on prend pour vivre heureux, que ce soit un mal, & jparce qu il fait qu’il n’ejl pas le maitre de prolonger J a vie, quani la nature la termine. C a ' C’est la reponse au second membre. b ' uoiflas fV<». Ce terme prouve qu’E- picure n’etoit pas ten,- • dre pour ceux qui ne penfoient pas comme lui. ( c ' A cause des > plaisirs qui l’accom- pagnent toujours ap- pareininent; On eii appelle a Texemple j de Philoctete. Voyes t Cic. de Fin. II; d’Epi c ure.' Ipt » 6 t celui qu’on se donne pour *> dtre content de mourir, ne peu- »-vent dtre Tun sans 1 ’autre (a). 33 Un autre a dit encore plus mal- »3 a-propos que le premier bon- m heur etoit de n dtre pas nd; le se- »3 cond, de rentrer dans le ndant 33 aussitot qu’on a vd le jour (b).Si 33 ce prdtendu sage etoit bien per- 33 suadd de sa maxime , que ne 03 qu'ittoit-il la vie ? car on le peut oo toujours quand on le vent. S’il 33 plaisantoit, c’dtoit un sot > pia.~ 33 -rotoJ: on ne plaisante point sur 33 une matiere si grave. 33IV. Considerez l’avenir com- 33 me une chose qui est a nous , 33 & qui cependant , n’est pas a ( a ) Parce qu’on ne peut etre tranquille dans cette vie , que quand on est toujours pret a mourir. (b) Theognide. j Non nasci longi optimum, nec in hos fco - pulos incidere vita : proximum autem , si natus fit , cjudm pri- miim mori, 6* tanquam ex incendio effugere . fiortuna. Frag. de Cic» 192 La Morale *> nous ( a ) colnme une chose qile » nous pouvons efpdrer ; mais fur »laquelle il ne faut pas trop » compter. V. » Parmi nos d^sirs , il y en » a de naturels , & il y en a de ^ fantaisie.- Parmi les ddilrs natu- -3 reis, il y en a dont l’objet nous » est ntfcesiaire, & d’autres dont *> Fob) et nest que nature!,fans etre -3 necessaire. Parmi ceux dont Fob- 3= jet est ndceffaire, il y en a qui » regardent notre bonheur, com- »3 me de ne ressentir aucune dou- k> leur ; d’autres qui ne font nicest (it) 1 Cvmme une chose qui es a nous : parce que nous pouvons y renoncer en nous don- iiant la mort. Comme une chose qui fief pas a nous : parce que la nature pern irons l’oter malgre nous, en nous otant la vie. Il peut y a*; voir encore un autre fens : Chose a nous , parce que nous pouvons la regler par la prudence : Chose qui nejlpas a nous , parce que le hazard peut deranges ce que nous avons regie. --fairer -> D* E P 1 C U R E. sbsaires que pour i entretien de la *> vie. VI. Par la connoilfance exacte 3o de ces objets, on fait ce quil » faut fuir ou rechercher pour la fantd du corps & pour la paix *> de Tame: deux chofes qui confc -- tituent tout notre bonheur. Car tout ce que nous faisons dans -»la vie fe rapporte a ces deux 33 points : corps fans douleur, ame 33 fans trouble. « Quand nous les avons atteints^ »3 il n’y a plus en nous de trouble 33 ni d’agitations: 1 animal n'a rien 33 de plus a acqudrir ni a rechercher 33 pour completer son bien-dtre. « Nous ne reffentons le besom 33 du plaifir que quand fa privation 33 nous cause quelque douleur. 33 Des que nous ne fommes plus 33 remuez par cette douleur; nous 33 n’avons plus de ddfirs ( a). (a ) Ainsi la satis- I le comb le de la Vo- faction des desirs est 1 lupte. II n’est point N • o jp4 La Morale a VII. C’est pour cela que nous -- avons dit, que la voluptd dtoit le principe & le terme du Lon- --- heur de la vie : c’est le but es- *> sentiel ou se porte notre nature; » c’est son premier mobile, quand « elle suit ou recherche un objet: »c’est elle qui est notre fin; en as un mot, c’est le sent'ment, qui 33 est la pierre de touche pour tout 33 ce que nous appellons Lien ( a ). 33 VIII. La volupte etant natu- 33 relle a 1’homme, & en m6me- 33terns le premier de ses Liens,’ 33 elle poite en soi une raison 33 pour n’6tre point embraffce sans 33 choix. « II y a des cas ou nous rejet- 33 terons de grands plaisirs ; quand, 33 par exemple, ils seront suivis de 33plus grandes peines. II y en a, oil (a) Xavoji mta 7Ta» I x&w* TEf, ■yoluptueux qui en demande davantage. Voye^ I’Art. /. de la J. Part , 22 22 22 22 22 22 22 22 22 22 22 22 22 n’ E p I c U R E. nous embrasserons de grandes & longues peines; quand elles fe- i'ont fuivies de plus grands plai- firs. “ Ainsi, quoique tout plaisir soit un bien en soi, parce qufil convient a notre nature ; il y a cependant des plaisirs qufil faut fe refuser. De meme, quoique toute douleur soit un in al en soi; il y a cependant des douleurs qufil faut em braiser. C est a la raifon a considerer la nature des chofes, a pefer les avantages & les inconvdniens ; & alors, felonies cas, nous nousabstien- drons du bon, comme on s’abA tient de ce qui est mauvais; nous embrasserons ce qui est mauvais, comme on embrasse ce qui est bon (u). (tf) Ceci peut e- ] che a Epicure d’avoir tre appelle la balance j trop peu charge se3 du plaisir, Onrepro- | baffins. V- Ch.6.I.Part, '. Nij 1 96 L A M O R A IJ «IX. Nous regardons la modd- »ration, aim?- , comme un -5 grand bien: non pour nous faire une rdgle de nous contenter de »peu ; mais afin que nous puis- »lions nous y borner quand nous -5 n’aurons rien de plus; parce que 55 nous sommes persuadez qu’on -5jouit d’autant mieux de l’abon- » dance qu’on a le secret de s en 55 passer (st), & que nous savons « d’ailleurs que le plaisir de la na- »ture est a la portde de tous les » hommes , & que celui de fan- =6 taisie est de difficile acces. Les -5 mets les plus communs nous -- procurent autant de plaifir que 55 les viandes les plus succulentes, 55 quand ils nous ddlivrent de la 55 douleur attachde au besoin. Le 55simple pain, l’eau simple, font » des mets ddlicieux pour quicom ( Veila l’utilite & l’emploi des vertusr. d’ E P ICURE. 197 *> que attend le moment de lap- =? petit. « X. L’habitude de la srugalitd -- nous donnera une sante vigou- -- reuse, & de sagilite pour routes »les fonctions de la vie. Elle nous «sera mieux gouter les repas » somptueux , parce qu ils seront *> rares (a): enfin , elle nous met- » tra en dtatde mdpriser les coups de la fortune. « XI. Quand nous faisons con- » lister le souverain bien dans la » voluptd, nous ne voulons done » point parler des plaifirs grofliers 55 que recherchent le luxe & la »molIefle, comme on l’a inter- » prete par ignorance ou par ma- lignitd ( b), ou comme l’ont en- (æ) Est-ce-lala vo- lupte de repos ? Si e’est elle ; 11 est evident qu’on y arrive par la volupte de jjiouvetnent. ( b ) Epicure fe met ici en presence de ses ennemis , & n’offre que le cote favorable de son fisteme. Voye £ I’/lrt. /. L Part. N iij ip8 La Morale -- seigne quelques Philofophes (a)'; -- Nous l’avons dit: tout sereduit » a avoir le corps exemt de dou- -> leur > & l’ame exemte de trou- »ble ( b ). Ni les festins sorap- 35 tueux, ni les liqueurs prdcieuses, sa ni les poiffons exquis^ ni la com- 33 pagnie des femrnes ne peuvent ssfaire le bonheur de la vie (c). 33 On ne peut attendre ce bonheur 33 que d’une raison sobre , qui dicte 33 le choix des objets qu’on doit 3- fuir ou rechercher, & qui rejette 33 les opinions qui portent dans 33 Tame la terreur & le trouble. « XII. La prudence sera done 33 le premier appui de notre bon- 33 lieu.r : cette vertu preferable a 33 la Philosophic m 5 me, vertu , la O) tes Cyrenai- ques. ( b ) C’est-a-dire , ^elivrer le corps de les besoins prenans , & 1'ame de ses crain- tes. ( c ) II a raison : e’est l’appetit, & non le mets friand, qui fait le bon repas. d’ E p i c u r e; ipp » mere des autres vertus, qui nous 53 apprennent qu’on ne peut 6tre 53 heureux fans etre prudent, hon- 53 n6te & juste , ni £tre prudent, 33 honn^te & juste fans §tre heu- 53 reux. La fdlicitd & la vertu font 33 deux fœurs qui ne fe quittent 33 jamais (a). ccConcevez-vous un mortelplus 33 par fait que celui qui a des iddes 33 faines de la Divinitd ( b ) ; qui 33 ne craint aucunement la mort; 33 qui a faisi les fins de la nature ; 33 qui fait que le fouverain bien 33 est facile a obtenir; que les 53 maux qui nous menacent font 33 de peu de durde, ou peu violens; 33 qui ne croit pas a cette fatale 53 ndcestitd, que quelques Lhilo- (s) l^omesces belles idees font vraies , jfneme dans le si steme tl’Aristippe. Voye^ *An, /. 1. Partie. (£) C’est-a-dire J qui croit qu’elle ne fe mele point de ce qui regarde les hom* mes. Niii) 203 L A M ORAL E -- sophes ( a) ont fait maitresfe sou« veraine de notre sort ; qui est persuade qu’il y a des choses -5 qui dependent foit de la fortune, foit de nous memes; parce qu’il « fait que ce qui est sounds a la » loi de n^cessitd ne peut £tre di- -5 rigd , que ce qui depend de la » fortune n’a nulle consistence, & » que ce qui vient de nous, n’etant 55 asservi a aucune autre puissance 55 ( b ), il est fujct au blame & a 55 la louange. « XIV. II vaudroit encore mieux » en croire les fables populaires 55 touchant la Divinite, que de (a) II attaque in- directement les Sto'i- ciens 8c les autres partisans de la fata- lite. ( b ) Si Epicure etoit mauvais physicien, il etoit encore plus mauvais metaphysicien. 11 admettoit la decli- naison des atomes J pour sauver la likerre ; comme si cettede- clinaison n’etoit pas auffi mecaniquement determinee, dans son sisteme, que le mou- vement direct. Voyez le Diction, de Bayle, Art. Epicure . p’ E P I C U R e; 20 s t> nous mettre sous le joug de cette ssfatale ndcestite introduite par » quelques Physiciens. Du moins,' *> y- a-t-il quelque espoir d’appaiser »la colere de ces Dieux par un » culte , quel qu’il soit: mais rien » ne peut fldchir Timpitoyable nd- » ceffitd. cc XV. Gardez-vous de regarder »la fortune comme une ddefle. -3 Les Dieux ne font lien au ha- »zard ni fans confeil (a), i « Ne la regardez pas non plus » comme une cause aveugle, qui »livre temerairement aux hom- »mes 1 non les biens &les maux, --mais les grandes occasions de 33 la vie, d'ou depend la chaine de 3= nos biens & de nos maux ( b ). (a) Ils ne font rien du tout: mais s’ils fai- soient quelque chose, ils ne le feroient pas au hazard. G) II y avoit des gens qui croyoient que la fortune four- nilfoit a l’homme J au moins une fois pendant fa vie , un mo* ment important qu’il sv2 La Morale »II vaudroit mieux etre mat-* »heureux avec une conduite sen-' sde &rdguliere., qu’heureux par » 1’imprudence &la tcmdrite.il est »plus beau de rdgir soi-meme »une entreprise que den laisser »le soin a la fortune. -- Voila , Menecde , ce que » vous devez mdditer jour & nuit, »seul & avec sami qui vous res- » sernble. Ces iddes fondamenta- les dtabliront la paix dans votre »ame. Jamais ni vos pensees du s^jour, ni vos songes de la nuit »ne vous causeront de troubles; to & vous vivrez com me un Dieu to au milieu des hommes ; car ce !»nest plus reffembler aux hom- » mes, mais aux Dieux, que de icjouir fans ceffe du repos des » Dieux w. ictolt essentiel de saisir I C’est de-Ia qu’est ve- |x>ur le bonheur de I nu 1’embleme de la tout le reste de la yie. | fortune. Maximes d’Epicure. Diogen. Laer. Liv. X.5eg. lZH-i 54 » C2 E s t une maxime (a) d’Epicu* re,que le sage doit avoir des maxi- mes, c’est-a-dire, des vdritez rd- duites en propositions courtes 6c claires, pour servir de rdgle & d’appui a 1’esprit incertain, quand il n’a pas le terns de discuter plus au long, le point qui lui fait diffi- cultd. Tous les disciples d’Epicure apprenoient par coeur ces maximes, qu’ils regardoient cornrae des oracles descendus du ciel* cœlo delapsassentsntias (b). (a) Max. 24. | quafi maxime ratas \ ( b , Quis enim vef- * quta gravijjimtz flint ad triim ( Epicureorum ) 5 beat'e vivendum brevi- non edidieit Epicuri j ter enunciates, fententht^ Mits', id est t j Ci«. de Fin. 2.11.7. * &04 La Morale II y en a plusieurs qui font claires par elles-m6nies, quelques-unes qui, ayant besoin d’etre ddvelop- pdes, l’ont 6t6 dans la premiere rartie, oii nous renverrons. II y en a d’autres auxquelles nous join- drons une courte explication ; d’autres enfin, dont le fens restera probl£matique & inddtermine, a cause de l’incertitude du texte, que les conjectures des comraen- tateurs n’ont pu fixer. I. « L’Etre qui est heureux & ira- » mortel,n’a Iui-m6me,ni ne cause » a qui que ce soit, aucune peine. II ne se facheni ne fait gre de rien: ces sentimens font des mar- -»ques de foibleffe » (a). Epicure auroit pu aj outer que te font aufli des marques de con- noiffance , d’amour de l’ordre , £a) Voyez la I. Part. Art. 3. 1)’ E p I c U R E. 46? d’attention pour les gensdebien, de justice contre les mdchans. Qu’Epicure ait adm is l’existen- ce des Dieux; qu’il ait frequentd les temples ; qu’il n’ait eu me me aucune repugnance a fe prosterner aux pieds des autels ; quest - ce que cela prouve, s’ii est vrai qu’il ne regardoit les Dieux que com- rae de beaux tableaux qu’on admire ) & qui ne font bons a rien ? » Qu’est - ce qu’un sacrifice , dit » Plutarque, fans la presence de »la Divinitd ? Une f£ce fans festin. » Et le pr£tre qui facrifie, qu’est- »il autre chose qu’un rotilfeur & » un boucher ? i. Adv. Epic. (a ).- (a) Novi ego Epi- cureos omnia figilla ve- nerantes. Quanquam. video nonnullis videri Epicurum, ne inojfen- ftonem Athenienfium caderet , verbis reli- quiffe Deos , re fuflu- lijje, Itaque in illis fez leetis ejus brevibufquc fententiis , qtias appel- lat Kveiai ,kæc, ut opinor , prior fen - tentia efl : Quod bea- tum 6* immortale efl , id nec habet , nec exhi bet cuiquam negotium. De Nat. Deor, i. 30* -ro 6 La MoralE 11 -- La mort ne nous fait rlen. Ce m qui est ddcompof^ ne sent point > 33 & ce qui ne sent point ne nous 33 fait lien. Voyez I. Part. Art. 4. Ill 33 La supreme volupt^ est la dd- sa livrance de tout ce qui fait mal: 33 partout oii il y a voluptd > tant 33 qu’elle y est, il n’y a ni douleur 33 ni tl'istesse. Voyez l’Art. j I. Bart. Cette notion de la voluptd nest point felon les iddes ordinaires i avoir un plaisir extreme , Lt ne fouifrir aucune douleur, ne font pas la mdme chose , quoiqu’en dife Epicure. IF . 33 Nulle douleur du corps ne dure salong-temsfans quelque interrup- 33 don :si elle est au plus haut degrdj D 5 E P I C U R E. 207 »elle finit bien-tot: si elle dure plu* ^sieurs jours^elle a des momens de »repos.Lesmaladies quidurent ont des repos qui font plus de plaisir » que la douleur n’a fait de mal.» Ciceron donne cette recette en deux mots: Doloris medicamenta Epicurea :sigravissrevis:si longus> hvis. Si la douleur n’est pas sup portable, elle tue : si elle ne rue pas j elle est supportable ( a). V. » On nepeut vivre heureux^JW,- « qu’en fuivant la prudence,, 1 ’hon- »n£tetd r la justice; ni pratique! » ces vertus fans £tre heureux: de ss forte que celui qui n’est ni pru- 35 dent,ni honn£te, ni juste ne peut * manquer d’etre malheureux (b ) m : VI. . Le pouvoir supreme qui nous {a ) De Fin. 2.7. [ (i) V, la I. Part, Art. ,208 La Morale ». procure un moyen de sur etd dd » plus , est toujours un bien, par . quelque voie qu’on y arrive «; Cette affreuse maxime , dit Mei- bom., n’avoit pas dtd prise dans son vrai sens par les interprdtes. C’est par cette raison qu’on ne peut point dire que Machiavel y a puisd sa detestable politique (a). "Epicure prdtendoit que l’dtat naturel de l’homme dtoit un dt at de guerre : Homo homini lupus (b) % Vll. » II y a des hommes qui one »recherchd I'd dat & le pouvoir to de la fortune pour fe procurer « un moyen de suretd de plus. S’ils » font arrivez par-la au repos par- » fait; ils ont acquis le plus grand » bien qui soit dans la nature : ( a) V. fa note furl (£) V. la Max. 34.' Diog. Laer.pag.66a. I & fuiv. s’ils n>- d’Epicur e. 2 op 4 3 s’lls n’ont pa y arriver , ils ont etc * grands a pure perte. Fill « Nulle voluptd n’est un mal par ® elle-meme ; raais ii y a tel objet » qui, procurant des plaisirs, procu- » re de plus grandes douleurs (a )* IX. »Si la volup 6 consistoit dans •>la reunion de tous les plaisirs *> que Ihomme peut gouter , tant »’ par le corps que parl’esprit; les » voluptez ne difdreroient point » entre elles. » Gassendi donne un autre fens cette maxime : « Si routes les » especes de volupte etoient fans « suites facheufes; on pourroit fe »' livrer a routes fans choix. c II est aif6 de juger de l’incer- titude du texte par la diference Voyez I. Part. Art. J. 210 La Morale des sens qu’on lui donne (a). X. » Si les voluptueux trouvoient ssdans les objets qui leur procurent »la voluptd , le remade a la crainte »desphdnomenes J ,delamort,& de »la douleur, & outre cela, les bor- » nes que la cupidity doit fe prescri- »re ; je ne trouverois rien a re- »prendredans leur etat.Ils seroient » heureux par la voluptd,sans dou- -- leur aucune^ni peine d’efprit (6).» Ciceron a traduit ainsi cette maxime : -Si ea qu mortis Q> doloris metu , docerentque qui efient fines cupidita - turn , nihil haberemus quod repre - henderemus. De Fin. L. 2 (c ). ( a) VoyezlaIongue note de Meib. Diog. Laer. 606. (J>) V. I.Part. Art.5. ( c'-, Void de quelfe maniere M. le Baron des Coutures traduit cette maxime. » Si D* E P I C tr R E. 2 lt La Philosophic d’Epicure rdduh sant lasagesse & la felicite humains a trois points : ne pas craindre les Dieux:ne pas craindre la inoi t: etre exerat de douleur; eile ravale la condition des hommes au-dessous de cells des betes. Carles betes,dic »i tout ce qui flatte les n hommes dans la laf- 3 > civete de leurs plai- 33 firs , arrachoit en 33 meme-tems de leur 33 esprit la terreur 33 qu’ils congoivent 33 des choses qui font » au-deffus d’eux , la 33 crainte des Dieux , 33 & les allarmes que si donne la penste de 33 la mort & qu’ils y Si trouvaffent le fe- 33 cret de savoir desi- 33 ter ce qui leur est si neceffaire pour bien Si vivre ; j’aurois tort si de les reprendre , si puifqu’ils feroient si au comble de tous n les plaisirs-, & que ii rien ne troubleroit n en aucune manier® ii la tranquillite de ii leur situation. « M. le B. des Coutu- res, apres avoir tra- uuit ainsi cette maxi- me , trouve le moyen de la justifies : ce qui prouve bien ce qu’a dit Bay le dans ses Nouvelles de la Re- publique des Lettres , que M. le Baron a fait un panegyrique d’E- picure. Car dans un panegyrique , on ne laiffe aucune tache fur la vie du heros qu’on celebre , quoi qu’il en coute a lavetite. Oij 21-2 La Mo R A LE Plutarque (a), antcestroisavan- tages d’une maniere bien plus par- faite que le sage mdme d’Epicure.. Elles ont moins de douleurs; par- ce qu’elles ont moins de besoins, moins de passions, moins de vices, moins ^imagination. Elles ne connoissent que l’instant present , & font stupidement, c est-a-dire - profonddment, tranquilles fur le passd & fur l’avenir. Elles ne connoissent ni les Dieux ni leur vengeance ; & leur ignorance brute fur cet article, assure mieux leur repos que les demonstrations Epi- curiennes. Enfin, c’est Vraiment pour elles que la mort n’est rien; puifqu’elles ne la connoissent, ni quand elle est, ni quand elle n’est point. D’oii il suit que le sublime de 1 ’dcole d’Epicure feroit de rametier l’homme, par un effort de ( a) Liv, t. contre Col. p. 10-2. D S E P I G U R E. 2IZ raifon, au bonheur dont la nature a fait present aux betes. Cette consequence absurde est une des plus fortes demonstrations d’une Providence divine & d’une autre vie pour les hommes., XL Si nous n’avions point de soup- --^ons facheux a la vue de ce qui fe --paste dans le cieb ni d’inquidtude --fur la mort, & que nous connuf- -- lions les limites du besoin & de -- la douleur , la. Philosophic nous feroit entierement inutile. C’est le m£me fens quedan s la precddente & que dans celle qui suit, XII. » Quand on est frappd des crain- »tes qu’inspirent les fables du vul- -- gaire , on ne peut s’en delivrer » que par l’dtude de la nature: fans Oiij 2X4 L a Morale » cette etude , point de plaifirs » pUl'S. » V. la I.kail. Art. a. XIII. » Ce nest lien de ne pas craindre »les hommes, si on a quelque in- -- quietude fur les causes qui font » au-deffusde nos tetes, ou dessous » nos pieds, ou dans finfini (st). » XIV. *> Comme la tranquilitd qu’on s-peut fe procurer par le moyen des » autres hommes ne va que jufqua »un certain point; ily a un art de -- s’en procurer une parfaite a foi- -- mdme: c est de simplisier fes be- -»foins , de fe ddgager de beau- » coup de chofes , & de fe contents ter de peu. -- XK - y> Les richesses dont la nature est -» satisfaite , font borndes : on les a (<*) V. I. Part, Art. 2, d’ E P 1 Cs.U R E. 215 *> ailment. Les autres ne le font *> point : on ne les obtient ja- -- rnais. *> X VI. *> Le sage laisse peu de chose au •*> pouvoir de la fortune. La raison V & la prudence ont toujours gou~ » vernd, & gouvernent ce qu’il y a -- de plus effentiel dans fa vie. XVII. cc L’homme juste est le plus s’tranquille de tous les hommes. L’injuste l’est le moins » ( a ). JVequeJlultorum quisquam beatusf. nequesapientum non beatus : c’est Torquatus > Epicurien, qui parle ainsi dansCiceron de Fin. i. Les Sto'iciens disoient la me chose , mais les Epicuriens croyoient etre plus en droitqu’eux de le dire : Multo hoc meliiis nos > (a) H‘ aUma. jtstxSr. Diod. 8ic, 2i§ La Morale ac veriiis q uam Stoici. Ilspouvoienfc avoir raifon. XVIII, « La voluptd ne s’augmente » point y quand une fois le besoin « rdel estsatisfait. Elle ne fait plus » que varier. » v. i. Part. An. f . XIX. » La perfection de l’ame quant « au plaisir, est l’extinction de toute »opinion capable de lui inipirer « de la crainte. » Les bdtes font a ce point de perfection par leur stupiditd: aussi n’ont-elles pas besoin de philosophic , comme Epicure. ' X X. « A en jvger par la nature me- *> me du plaisir , qu’il soit fini ou ® infini en durde, il n’im porte. » Ssil en est ainsi du plaisir qui est D* E P I C U R E. 217 le souverain bien ; il semble qu’il devroit en £tre de m£me de la douleur, qui est le souverain mal. Cependantj il faut convenir que plus la douleur dure, plus elle rend l’homme malheureux, XXL 55 Si le plaifir du corps pouvoit&tre » fans bornes, il faudroit un tems 53 fans bornes pourleproduire. » Le fens & le texte de cette maxime font egalement contestez. Nous avons fuivi lale^ondeM. Meibom aussi bien que dans eel- le qui suit. XXII. y> Si F esprit instruit des facultez »limit^es du corps, & ddlivrd des sp craintes de l’dternitd a fait de la » vie un tissu ausli parfait qu’il pou- 30 yoit f 6tre , il ne ddsire point Fim- » mortality: il est heureux, lorsm£? 218 La Morale » me que certaines circonstances ao l’obligent de quitter la vie. II fait 3 > qu’il n’abandonne que quelques 30 momens d’un tems incertain.» XXIII. 30 Celui qui connoit les vrais be- » soins de la nature,fait combien il so est facile de fe ddlivrer des maux =0 de I’indigence, & de fe faire des so provisions pour toute la vie. II so n’a ni combats a elfuyer, ni 33 efforts pdnibles. -3 Nul n’est pauvre de ce qui fuffit, difent Plutarque & Lucrece: Nec enim ejl unquampenuriaparvi ; ma- xime vraie & belle dans toute Philofophie. XXI V. so II faut bien connoitre les fins 33 de la morale, les avoir to tq ours 33 prefentes a l’efprit; afin qu’on » puiffe y ramener fes jugemens * D* E P I C U R E. 219 *> sans quoi route la vie sera pleine » d’incertitude & de troubles. » Peut-£tre qu’il s’agitdans eette maxime des principes de nos con- noissances plus que de ceux des mœurs. Le fens n’en est pas aifd a determiner. XX V. ecSivous rejetez le tdmoignage » des fens, fans exception, vous mvous otez a vous-m£me les » moyens de rd surer les sensations « que vous croyez fausses ; vous « n avez plus de rdgle, on vous *» puiffiezramener vos jugemens»« XXVI. 33 Si vous rejetez le tdmoignage » de quelqu’un des fens , & que 33 vous ne distinguiez pas entre les 33 jugemens confirmez par l’expd- ssrience Stlesiddes qui naissent fur »le champ paries sensations, par 4 - 220 La Morale so les affections, par routes les im~ os preffions qui fe font fur l’efprit; os vous mettrez le trouble mdme os dans les autres sensations confir- os mees : il ne vous restera plus de -5 moyens pour juger. » XXVII. «Si vous vdrifiez routes les os sensations qui ont besoin de l’£- oo tie- & que vous n’en adoptiez os aucune qui soit destitude de cette » verification, vous serez toujours --fur vos gardes lorsqu ils’agira de » prononcer. -- Le texte incertain de ces trois maximes, a dtd travailld par tant de mains bardies , qu’il est pref- qu’impofiible d’en articuler le fens avec nettetd. Pour dviter un com- mentaire auffi inutile qu’il feroit long, nous avons cru devoir don- ner fexpose du sistdine d’Epicure < ] d’Epicure. 221 Eir les sensations, tel que nous l’a- vonsdansDiogene Laerce, L.x.scg.31. Ii y avoit dans l’antiquite deux opinions fur le tdmoignage des fens. Les uns prdtendoient que les sens ne font point faits pour nous rien apprendre des objets ; mais seulement pour nous instruire de leurs rapports avec notre confei- vation: csetoit l’opinion des Entries de Platon & d’Aristipe (a). La seconde assuroit que les sens font destinez a nous faire connoitre, non-feulementles rapports des 6tres extdrieurs avec nous ; mais encore, la nature nseme de ces 6tres : que les sensations font routes effentiellement vraies, & qu’elles font le point d’appui unique de routes nos con- (a) On peut voir I litate mentis humance. le Lucullus de Cice- J Et Malbranche, Liv. ron & le Traite de ! 2. de la Recherche de M. Huet De Imbecil- j laVerite. L 22 La Morale noiffances. C'est fopinion d’Epi* cure. « Epicure dit dans le livre in- »tituld la Regie, que les fenfa- »tions , les notions communes & ->-> les affections font les juges de »la vdritd, criteria. «I1 dit d’abord, que routes les sensations font vraies {a). II le » prouve, i°. parce que dans les -- fens, il n’y a ni jugement, ni me- -- moire ( b ). Ils ne fe meuvent pas » eux-mdmes; & mus par sot jet, (a) C’est Gassendi qui ajoute cette proposition au texts de Diogene Laerce , comme neceflaire au sens.Voyez son Comment. sur le X. .Liv. pag. 125. II ne s’igit pas ici de la verite de Conformite; mais de la verite d’existence,a laquelle il n’y a point de saussete opposes que cells du neant. ( b ) Pour unir deux idees, il faut fe souvenir de la premiere, & ensuite l’attacher a la seconds : or les fens n’ont point cette faculte : done ils ne peuvent unir les i- dees ; or ou il n’y a point de liaison d’i- dees, il n’y a point de faux ; par la regie : Abstrahentium non eft mendacium. Done..* D* E P I C U R E. 22; »ils n’unissent ni ne sdparent les »iddes. 2 0 . Rien ne peut les con- » vaincre de faux : une sensation » ne peut rien contre l’autre : parce -- que si elles font dans le m£me »genre , elles ont une autoritd 2- egale; si elles font dans un genre » different , elles n ont pas le m£- >2 me objet ( a ). Le raisonnement 22 ne peut pas non plus les con- 22 vaincre; parce que lui-mthne il 22 est fondd fur les sensations. En- 32 sin, la vei'itd des objets fends , 32 prouve la verite des sensations. 22 La vision & faudition existent >2comme la douleur : or, ladou- -- leur , quand on lasent , est toujours 32 vraie , done la vision 6 I’audition le 20 font toujours. II n y a pas de diffd- ( a ) Epicure parle de l’objet direct & immediat: ainfi la vue ne peut point juger la solidite , ni l’œil les coulenrs , quoiqu’ils prudent, l’un &. l’autre, juger l’etendue . qui tient a la solidite &. aux couleurs : V. Lucr. L. IV. v. 480. 224 La Morale *>rence entre 6 tre vrai & exister (a)i aCest par la connoisiance de -- ee quiparoit, qu’on doit arriver » a la connoisiance de ce qui ne » paroit point. » «Toutes les iddes nailtent par 33 les fens ( b ), foit par une percep- (ii) Cette derniere proposition a ete a- joutee par Gaffendi, pour une plus grande darts. Mais il peut fe faire qu’eile altere le fens d’Epicure. Gasiendi veut pour la justification d’Epicu- re , qu’il ne s’agisie ici que de la verite d’existence. Ify aap- parence qu’Epicure confond les deux. II parle de la verite qui fe trouve, lorsqu’on juge si une cliose est ou n’est pas, si elle est de telle ou de telle ihaniere, de la verite, en vertu de laquelle il sera juge bien ou trial, c’est-a-dire , que tel objet est un chevat ou un bœuf. Or cette verite est la verite de conformite. ( b ) Ciceron a rendu ainsi ce prinripe. Qtrid~ quid atiimo cernimus id omne oritur d fmfibus . Et Aristote ana tpd>- ftttr/MtlTOS coS'it t' ( comme quand on imagine un geant on un pygmee ) > *> ou par similitude , ( comme quand 'on imagine une ville qu’on na pas vue) , ensin > par composition,»( comme une mon- tagne d y or, uneMtea trois tetes (a). ct Les phantomes qui occupent les » sous , & les animaux dorm ans > *> font vrais ; car ils meuvent; 6c ce qui n’est point ne meut points « Paridee anticipde, prdnotiony »notion commune, les Epicu- *> riens entendent 1'idee gdn^rique de le falre ; mais leur maniere etoit de don- ner les refultats St de fuppritner les details. (a ) Epicure reduit 4 dansl’Epitre aHero- d'ote, ces quatre principes de nos idees a deux , dont le premier est l’impremon directe que les objets font fur nos fens J Ttieuxiitras ; le second est 1 ’analogie avfec lei impressions directes, c’est-a-dire, la reflexion par laquelle l’es- prit travaille fur les impreflions qu’il a revues, uiAXtytis. Voyet^ Locke Entend. hutn-L, 2. c. 1. §. 24^ P 226 La Morale »de quelque chose, c’est-a-dire* 53 la notion d’une chose qu’on a 33 vue (a). Ainsi^ausli-tot qu’on pro- 33 nonce le mot homme , l’idee an- 33 ticipee se presente , parce qu’on 33 a vu deshommes. Chaque cho- 33 fe est connue d’abord par le nom 33 qu’elle porte : Ac on ne feroit 33 aucune question sur rien, si on 33 n’avoit point d’idee de la chose 33 sur laquelle on fait la question 33 (b). Ce que je vois de loin est-il 33 un cheval ou un bœuf ? Pour fai- 33 re cette question > il faut que je 33 sache ce que c’est qu’un cheval 33 & un bœuf. Je ne pourrois rien 33 nommer , si je n’en avois en moi 33 le type par la prenotion. II faut ( a) Chrysippe lac!6- finiffoit sivcics (fiaiiai Ts b jcaa-o'^o^june con- noiffance naturelle d’une notion universals. Voye^GaJs. (b) Cioeron dit ; Insormationetn ante - ceptam , fine qua nec intelligi quicquam nee quari , nec dijputari pot est. L, i. de Nat,- Deor* D 5 E P I C U R E. 227 3® done que la prdnotion soit ^vi- «dente par elle-meme. C’est en » paitant de la prdnotion que nous »jugeons , quand nous difons ; 44 Ceciest unhomme (a). 44 Le jugement est appelld par eux, 44 opinion , ou decision. 44 Ii est quelquefois vrai, & quel- 40 quefois faux. II est vrai, quand 44 il est confirmd & qu’il rfest point .•(<*) II 7 a quatre Regies fur les Notions. I. Regie. Toute notion nait des sensations , soit par impression direc- te , soit par proportion , ou par imitation , ou par composition. II. Reg le. La notion est l’idee des attributs effentiels d’une chose, ou sa definition , qui precede heceffairement toutes les questions qu’on peut saire sur cette chose. III. Reg l e. La notion precede tout jugement; c’est d’elle qu’on peut sa- voir l’identite , la diversite, la connexion , l’independan- ce , &c. des choses entr’elles. IV. Re g le. Cc qui n est pas evident , doit etre de- montre parune notion evidente. Guff. Com. sur le X. L. de D. L\ p. 1 38. Pij £28 La Morale » dementi par les sensations dvL -- dentes. II est faux, quand il est » dementi, ou qu’il nest point * consirmd par les memes sensa- »tions dvidentes. C’est de la qu’est » venu le mot attende\ , ou atten~ -- dons. Attendons que nous soyons » aupres de la tour ; & nous juge- » rons certainement si elle est ron* *> de ou quarree. « Les affections font au nombre » de deux: le plaisir & la douleur* *> Tout animal en est susceptible: -- l’une lui convient, l’autrelui est -- contraire. C’est par ell es qu’on »juge de ce qu’il faut reehercher --> ou e'viter. » Voila, selonEpicure,quelssont les principes des connoiffances hu- maines. Par les sensations, nous connoiffons furement ce qui est vrai ou ce qui ne 1’est pas. Par les affections, nous connoiffons ce qui est bon & ce qui ne lest pas. D* E P I C U R e: 229 Les sensations nous instruisent de la nature des choses; les affections nous apprennent leurs rapports avec notre bonheur. Les uns fondent la Physique, &les autres la Morale. Epicure voulant des dogmes, parce qu’ils font effentiels a l’ob- jet de fa Philosophic, qui est: de bannir toute crainte, & par consequent , d’dtablir des jugemens irrdfragables, & nc pouvant avoir dans son sift&me d'autre fonde- ment de certitude que la vdracite des fens, lesquels font, felon lui, la seule origine, & le seul principe de nos iddes,pronon<^a que les sensations dtoient toutes effentielle- ment vraies, par les trois raisons qu’on a vues, il y a un moment. On fe rdvoltoit contre la gene- ralitd de cette assertion. Si cela est? ainfi, disoit-on, il faudra convenir qu’une tour quarrde vue de loiq Piij 2zo La Morale sera ronde, & que vue de presj elle sera quarrde. La consequence n’est pas juste, repond Epicure. II eutfallu con- clure, i °. que le simulacre, ou le phantome de la tour vue de loin est rond : & il Test effedlivement; parce qu’en traversant les airs ; ses angles fe sontrompus dt dmouffez par le choc des atonies qu’il a ren- cont r ez en venant a notre œil. 2 °. que le simulacre de la racme tour vue depres est quarrd ; parce. qu’effectivement il l est : frappant nos yeux presque dans le mdme etat ou il etoit en fe detachant de la tour qui nous l’envoie. On a dit qu’il ne salloit pas confondre, la sensation avec le jugement qui la suit : la sensation est toujours vraie, & le jugement qui la suit, ne Test pas toujours. Quandle sera-t-il? Il le sera, repond Epicure, quand il aura 6t6 d’Epi cure. 2; r confirms, ou qu’iln’ aura pas dte dementi par les sensations dviden- ires: & il sera faux, quand il aura dtd dementi , ou qu’il n’aura pas 6t6 confirmd par les mdmes sensations dvidentes (a). Pour abregeries discussions , il faut dire qu Epicure entend par sensation dvidente } celle qui se fait avec les conditions requises, si ce- lebres dans l’dcole; & qui font, la (a) Void qua- tre Regies redigees par Gastendi , tou- chant les Sensations , felon le sisteme d’E- picure. I. Reg le. Les fens ne font ja- mais trompez ; par consequent toute sensation est vraie. II. Re gle. Le jugement pro- Tionce d’apres la sensation est tantot vrai, tantotfaux. III. Re g l e. Le jugement est vrai quand il est confirme , ou qu’il n’est pas dementi par les sensations evidentes. IV. Reg le. Le jugement est faux quand il n’est pas confirme, ou qu’il est dementi par les sensations evidentes. Voye £ les Com. de Gaff. fur le X. Livre de Diogene Laerce , p. 138. P iiij 2Z2 La Morale distance ldgitime, la bonne disposition de l’organe, la convenance du milieu, & la perseverance de la meme impreflion.Par consequent, je ne jugerai surement que la tour est ronde ou quarrde, que quand je saurai vue de pres. En deux mots: toutes les sensations font vraies de la vdritd d’exis- tence; parce que des qu’on sent, it y a ndcessairement deux choses qui existent, la sensation & la cause de la sensation : ce qui fait que cette, vdritd d’existence pourroit au (si £treappellde vdritd de connexion. Mais elles ne font vraies de la vdritd de *conformitd , que quand elles ont dtd vdrifiees & confirmees par les sensations revdtues des conditions qu’on vient de mar- quer. On replique: Ce langage rdduit aux termes de la prdcision, ne st- gnisie autre chose que ce qu’on d’Ep i cure, 2;; dit communement, qu’il y a des sensations vraies, & qu’il y en a de fauffes, en prenant la verity St la faulfetd dans le fens ordinaire. Et si celaest, l’objectionrevient dans route fa force. Voici le raifonne- inent: S’il y a des sensations vraies., 6t s’il y en a de fauffes; comment les distinguera-t-on les unes des au-, ties? Parmi les raisons qu’Epicure a employ des pour prouver qu’elles font routes vraies, il y a celle-ci : qu’une sensation ne peuten refuter une autre; parce que si elles font dans un genre diffdrent, elles ne peuvent point rendre tdmoignage fur le m6me objet, & que si elles font dans le mdme genre, elles ont autant d’autoritd les unes que les autres. Si celaest, pourquoi juge-t-il d’apres celle qui lui a fait voir la tour quarrde, plutot que d’apres celle qui la lui a fait voir- ronde I II faut les en croire routes t AZ4- La Mora le ^ deux, ou ne les en croire nil’une jiil'autre (a). Et fionne croitau- cune sensation; on ne connoitra demonstrativement ni l’dtendue, ni le mouvement, ni les atonies, ni le vuide ; & alors, tout le system e bati sur la connoilsance dd~ montrde des principes physiques s’dcroulera & tombera en ruine. XX V III. » Si vous ne rapportez point tou- »tes vos actions aux fins de la na- »cure, &que pour fuir ou recher- cher un objet, vous soyez ddter- mind par quelqu’autre point de » vue , vove conduite ne sera »point d accord avec vos discours. XXIX. » Parmi les objets de nos ddsirs, »les uns font naturels fans dtre nd- »cefTaires, d’autres font naturels 6c ( a} Plut. adv. Col. d 1 Epicure. 23 ? » necessaires; les autres, enfin, ne -- font ni naturels ni necessaires , » raais l’ouvrage de la fantaisie & 35 du caprice »( a ). Epicure appelle de sirs naturels & necessaires, ceux dont l’objet nous ddlivre de quelque douleur, comme de boire quand on a foif. II appelle naturels St non ndcef- faires , ceux dont l’objet ote la douleur dont on pourroit Stre dd- livrd fans lui , comme les mets frians. Ensin, les ddsirs qui ne font ni naturels ni necessaires, ontpour objet des chofes dont on peut fe passer fans aucune douleur, comme les couronnes St les statues. C’est Diogene Laerce qui fait ce commentaire. On l’entend. Le sage a permif- (æ) Voyez Let- tre a Men. & Cicer. de Fin. i. 13. L’ordre des Maximes 29 & 30 est different dans quel- ques editions : nous avons suivi celui de GaiTendi. 2Z6 L a Morale fion de manger quand il aura faim; de boire quand il aura Ibis, &c. Tous ces besoins font des dou- leurs; & le bonheur consistant dans la delivrance des douleurs., il peut, il doit j fe ddlivrer de fes besoins. Si cependant, lorfque la nature jpourvue de son ndcestaire, gardera a-peu-pres le silence , (je dis a-peu- pres ) fid de du plaifir , prdfentde avec des mets friands & des liqueurs ddlicieufes , rd veille le sentiment du befoin, faux ou vrai, qui s’annonce par le ddfir d’ufer: que sera alors le sage Epicurien ? Il s’abstiendra; parce que ce n’est plus la nature qui parle y c’est le caprice. Soit. Mais ce caprice peu- a-peu fe rendant le maitre , jette dans fame ou il est:, un trouble aufli violent > & mdme plus violent que celui de la nature, lorf- quelledemande fes plus justes & fes plus pressans besoins, Nlmpor-- d’ Epicure; 2)7 te : il continuera de resister. Mais que devient la paix de l’ame & cet- te apathie ou indolence , qui fait le bonheur du sage ? Qu’ilprenne la balance, & qu’il p^se les suites de la resistance & celles du con- sentement. H 6 bien, il pdse. S’ii rdsiste ; il voit d’abord de longs combats, & ensuite peut-6tre du repos. S’il consent; il voit d’abord du repos, & peut-£tre ensuite de longues peines. Peut-6tre oui , peut-6tre non. Mais si elles arri- vent, ces peines... On rdpondra dans le langage de l’dcole d’Epi- cure, que nous pouvons vivre si la nature le veut, & ne pas vivre si nous le voulons. XXX. *> Les desirs naturels qui ont pour » objet des choses dont on peut -d fe passer fans douleur,ne font vio- »lens, quand ils le font- que parce 2Z8 La Morale * que l’opinionajoute a ces chosei ooce qu’elles n’ont point: & ce n’est 30 que par la fausse idde qu’on s’en oo est faite qu’elies nous emportent; X XXL » Les ddsirs auxquels on peut le 30 refuser, fans que la douleur s’en- 30 fuive , n’ont point pour objet des oochofesndcelfa'res: ce ne font que 30 des appdtits defordonnez, aifez a 3 odissiper (a ); sur-tout, st l’objet est * par lui-meme difficile a obtenir, oo ou qu’il so it cause de quelque 3o dommage. XXXII. oo De tous les biens que la sageffe soprocure a 1’homme pour le rendre sofieureux, il n’en est point de plus oo grand que l’amitid. C’est en el'e ( a } Cela n’est pas toujours si aise. Etoit- >1 aise a Alexandre de s’abstenir de fairs des conquetes , chose peu neceffaire au bonheur? d’Ep icure; *> que shomme , bornd , comme if « Test, par sa nature, trouve sa su- » rete & son appui. Lec - * Meib. » Voici, ditBayle, un beau pas* »sage de Ciceron: De qua, (amici- *>tia), Epicurus quidem it a dicit, om- *>niumrerumquas ad beate vivendum ■xfapientia comparaverit nihil effe ma- ■njus amicitia, nihil ubcrius } nihil ju- » cundius.... Epicurus una in domo , » leur derniere fin leur pro pre fa- 53 tis faction, ne font nullement ca- » pables de vivre en socidtd, que » ce font ndcessairement des trai- 3o tres, des fourbes , &c ? T'outes 33 ces belles doctrines ne sont-elles 33 pas confondues par ce seul pas- (a) De Fin. i. 30. %40 La Morale *>sage de Ciceron ?Une vdritd de -- fait , comme celle que Ciceron » vient d'attester, ne renverse-t- » elle pas cent volumes deraison- « nemens spdculatifs » ? II y a deux petites observations a faire fur le passage citd : la premiere est que Ciceron le met dans labouchedeTorquatus,qui fait le perfonnage d’Epicurien dans cet endroit du Livre citd, & qui, felon 1 usage de fa fecte, ne parle jamais qu’avec enthousiasine de son maitre , & de tout ce qui a rapport a lui. La seconde est, que Ciceron, lui-m£me, rdpond a ce beau discours de Torquatus dans le II. Livre: void feS paroles. « Mais Epicure, dit-on, a eu beau- *> coup d’amis. Comme s’il doit » question ici de favoir si Epicure » a 6t6 lui-meme doux, humain,' « complaisant! II s’agit non de ses »mœurs, mais de fa doctrine. Lailfons D 1 E P I C U R E. i 41 : si Laissons aux Grecs le ciroit qu’ils -v ont de parler mal de ceux qui ne ^pensent pascommeeux. Enfin, » quelque porte qu’il ait dt 6 a l'a- s5 mitid, suppose que ce que vouS avez dit soit vrai; ( car je n’alsure 55 rien ) (a), il n’ ( a ) Jonstus semble rfavoir pas pris la vraie penfee de Cice- ron dans ces mots : tbmen fi hcecverasunt, riihil enirii ajfirmo., II pretend qu’il revoque en doute les mauvais propos qu’on accusoit Epicure d’avoir term contre les autres Phi- lofophes. Mais il ne s’agit dans cet endroit que du nombre de ses amis , que Tor- quatus avoir fait va- loir avec emphafe dans le premier Livre de Finibus , & fur Iequel Ciceron dit qu’il ne veut point prononcer. Nous pouvons dire t pas bien vu les id en passant, que le zele des apologistes d’Epicure , est quel- quet'ois si vis, qu’il leur ote le terns d’exa- miner a fonds ce qui peut list etre favorable ou contraire. Gaffen- di lui-meme, tout moil ere qu’il est, ya ete pris quelquefois. C’est d’apres lui que Bayle a citeTorquatus au lieu de Ciceron. Il y en a un exemple encore plus frappant, al’occa- sion de Plutarque, que Gassendi accuse d’avoir juge Epicure fur des difcours en Pair, plutot que fur des te- moignages fideles. C’est, dit-il, Plutar* 2^2 La Morale suites »... Et quelques lignes plus bas : « Qu’Epicure ait etd » bon j ami fidete , regie & hon- » n£te dans fa conduite, lui & plu- »sieurs de ses partisans, qu’ils 39 aient dcoutd leur devoir plutot que lui-meme qui eri convient : d'ti.a iIt S'o’lct.i’ , iu Tri aVSfmi o-KoaroS/wr.Cet aveu de la part d’un Auteur , tel que Plutarque , a quelque chose de re- voltant. Voicienpeu de mots de quoi il s’agit. Plutarque , dans le Livre , ou il prouve Que la Philosophic d’Epicure ne mene point au bon - keur , dit qu’un des plus grands plaifirs de cette vie , est celui de la gloire ; & qu’on ne peut l’efperer, quand, coiame Epicure, on pense qu’il ne saut vi- vre que pour soi ; qu’ilne saut point se livrsr aux occupations de la vie civile," ni exercer les charges , &c. 11 fe fait auffitot une objection. On dira peut- etre que c’est a tort qu’on repxoche cette doctrine aux Epicu- riens. Ilrepond: Que ce soit a tort ou non : ce de quoi il s’agit , n’est pas le fait de la doctrine, c’est le fait du reproche. S’il est generalement repan- du, e’en est aster pour que les Epicuriens ne puistent point preten- dre au plaifir produit par la gloire , Or, &c. 11 y a meme des villes qui out fait des . decrets centre eux , &c. Plut. p. 1100 . P* E P I C U R E. 245 » que la voluptd , qu’est-ce que » eela prouve > finon que la vertu » a plus de pouvoirauela voluptd? II y en a qui difent mieux qu’ils *> ne font: chez Epicure, ce sera » le eontraire. » XXXIII. *> C’est la me;me sagesse qui a mon- »tre a fhornme^ qu’il ny a point de --> douleur qui ne finisse, ni merae » qui dure long-tems. tc f on de Mcib. X X X IF. ■ »Le droit de la nature s’explique » par l’utilitd rdciproque (a): c’est: » une convention de ne pas fe sa nuire mutuellement.» Nous allons presenter de suite les huk autres maximes qui ac- compagnent celle-ci : apres quoi nous y joindrons quelque d^ve- loppement. : (»} tnpqtzjirss. > Q ij — - 244 La Morale XXXV, »II n’y a ni juste ni in juste entre » les animaux qui n’ont pu faire -- des conventions de ne pas fe nui- as re. Par la m&me raifonstl n ’y en a » point entre les hommes qui n’ont -- point voulu, ou qui n’ont point w> pu, convenir ensemble de ne » pas fe nuire reciproquement. XXXVI. *> La justice defoi n’est rien. Kile -- n’a lieu que par les traitez } en » quelque lieu qu’habitent les na- ,5 tions qui contractent (a). XXXVII. » L'injustice par elle-meme n’est »o point un mal. Elle ne Test que 33 parce qu’elle laisse apres foi la 33 crainte des vengeurs des lobe (a) Ciceron 4 toit ser ainsi. » La loi , bien eloigne de pen- « dit-il , n’est point d’ E P I C U R E. 245 xxxriiL » H.nest pas possible que celui » qui a vide les conventions qu’il » a faites , fe sente assurd du secret »julqu’a la more, quelque bien ca- -- ch 6 qu’il soit dans le moment. XXXIX. »Et).g^n&'al ce qu’on appelle just »tice est la meme chose par-tout » la raison de futilitd rdciproque. » Mais les lieux & les circonstan- « ces lui donnent des varietez. v une invention hull maine ni un etablis- « sement arbitraire , » que les peuples 5) ayentfaitjmais l’ex- » preffion de la raison »eternelle qui gou- f> verne l’Univers. « L’outrage que Tar- »quin fit a Lucrece » n’en eto.it pas moins - j> un crime pares n qu’il n’y avoit point » encore a Rome de » loi centre ces fortes » de violences. Tar- » quinpecha centre la 11 loi eternelle ... qui » n’efi autre, chose que »la supreme raison du n grand Jupiter. » Liv. II- des Loix. Qiij 246 La Moral! X I, » Si ce qu’on a cru juste se trouve -3 reellement utile a la soci^te, il est apvraiment juste. S’il ne se trouve » pas utile, ilcesse d’etre juste. » XL J. _ » Si une loi est tantot utile & tan's® tot non utile,elle est juste quand » elle est utile. Cela est clair pour » quiconque ne s’embarasse point » de mots vuides de fens. » XL I I. » Quand le juste qu’on avoit crit so utile ne Test pas effectivement, 30 fans qu’il y ait eu changement 33 dans les circonstances,cela prou- 33 ve qu’il n’etoit pas juste. Si c’est 33 par le changement des circonf- 3- tances qu’il a ceffe d’etre utile, il 33 a cestd alors d’etre juste. » Cette doctrine fur la nature & d’ E P I C U R E, 247 Teflence de la j ustice est commune a tous ceux qui nient la Providence , & elle suit necessairement de leurs principes.Le fameuxHobbes qui entreprit de retablir la Morale d'Epicure, comme Gaflendi en avoit rdtabli la Physique , nous en donnera 1 explication en peu de mots. II distingue dans shomme deux fortes d’dtats, se tat de nature, qui iconvient austi aux b£tes ,status bel- luinus ; & l’e'tat de focidte, qui ne convient qu’a un animalraisonna- ble, jlatus civilis. Dans l’dtat de nature, on voit shomme libre, fans loi, fans mai- •fere, ayant un droit fans bornes, a tout St fur tout, jus in omnia. Mais touthomme ayant en par- •ticulier le me me droit, il s’enfuit qu’a dgale volontd de jouir, c’est le combat feul qui peut decider jentre deux contendans ; St que 44^ La Morale la force seule l’emporte. Malheuf aux vaincus ! C’est par cet dtat qu’ilfemble a Epicure que le genre humain a commencd. Cependant, les vaincus eurent une ressource : ce fur de former une confpiration secrete - pour rompre leurs chaines, & lier a leur tour, le bras qui les avoir mis aux fers. Alors. commenca l’etat de focietd > dans lequel l’oppref- seur me me fur opprimd par les forces rdunies deplusieurs. De-la il suit, que dans fdtat de socidtd il y a deux forces contrai- res, dont lune est le poids de la loi sociale, qui pese sur le droit natu- rel du particulier , & qui le tient en.respectql’autre, est le relfort de la libertd du particulier opprimd, -qui se tend contre la loi ou cons' piration de la socidte. Avant l’union de plusieurs con* tre 1’ennemi common- tout ctok e’ E p i c u r e. *449 a tous ; & par consequent, rien n dtoit injuste. Mais depuis l’u-» nion, il y a eu pour l’un droit a ceci, Le pour l’autre droitacela, c’est-a-dire, Is tien Q> le mien : fans quoi l’union eut etd impossible : le droit a tout dtant un dt at de guerre. II a done fallu pour condition prdliminaire du pact , ou de la paix entre plusieurs que chaque par- ticulier renon^at ason droit a tout, & se restraignit au droit a une par- tie, pour en jouirsans trouble, sous la protection &c la garantie de la societd. C’est de-la, felon Hobbes, & felon les Epicuriens, qu’est nde la notion du juste, lequel n est autre chose que la possession ldgitime du droit restraint; & de l’injuste, qui est la rdpdtition violente du droit eddd. _ V'ou il suit, i °, que le droit dd Lxsk, La Morale lasocldtd, compost des droits que les particuliers avoient a tout, est comnie le depot de tous ces droits, & qu’elle peut en jouir dans toute leur dtendue : c’est meme ce qui la constitue essentiellement. Par consequent, rien pour elle n’est juste, ni injuste, vis-a-vis dune autre socidtd, avec qui elle n aura point fait de pact ou de traitd. II suit 2°. que les particuliers de cette mdme societe one le meme droit qu’elle, contre tous ceux qui ne font pas de leurfocidtd, & qu’ils ne peuvent jamais, par quel- que exces que ce soit, devenir coupables a leur dgard; parce que ce n’est qu’en faveur de leur fo- cidtd, & des membres qui la com- pofent, qu’ils ont renonce a leur droit a tout. Done tout ce qu’il y a de justice fur la terre depend des engage- mens qu’une socidtd a pris avec .-r !^1I5 :,el is, out qui elk une M isde erne tux ,& uel- m que so- jm- leui f ir & D 5 E P I C U R E. 251 ■ses membres) ou avec une autre focidtd, & de ceux que les me rabies ont pris avec leur focidte, ou entre eux. Telle ess la nature, l’es- sence 6c l’origine du juste 6c de llnjuste. Que sera le sage , quand, remontant a la premiere origine des loix, il aura vu qu’elles ne font que l’ouvrage de la conspirationde plusieurs , contre unseul qui se - roit plus fort que chacun d’euxfd- pardment; qu’uneentreprife heu- reufe de finteret coramun fur l’in- tdret nature! du particulier ? quand il aura vu que son droit a tout n a dtd restraint a une partie, que par la violence du grand norabre qui s’est trouvd le plus fort ? S’il ne consent pas a etre duppe, il tachera de rentier fourdement dans fes droits ufurpez, de fe sous- ' traire a la loi, routes les fois qu’il . pourra reprendre fur elle la poC- LZL La Morale session inalienable de sa premiere libertd. II pensera comme un per- sonnage de la rdpublique de Pla^- ton (Thrasimaque ), que la justice n’estque lasottise d’une belle ame, & rinjustice,sadresse d’un homme instruit, Lorsqison lui sera la mean e question que celle qssEpicure s’est faite a lui-m6me (a), « Si le -o sage assure du secret, pourroit » faire une action contraire aux 33 loix 33: il avouera comme lui,que la rdponse est embarassante: ce qui ssgnifie, ajoute Plutarque, qu’il le pourroit; mais qifil faudroit bien fe garder d’en faire l’aveu. S’il donne des conseils en confidence, a quelqssun de ses amis, il lui dira, comme Epicure a Ido- mende (6), « de ne s’assujetti'r aux (a) Plut. adv. Col. I !2J. ( b ) Adv. Col. 1127. C’est cet Idomenee a qui Epicure disoit modestement^pour le detourner du gense de vie qu’il avoit em* brafle: Si c’efl lagloirc qui vous touche : l(s b’ E p i c u r e; sff &> loix qu’autant qu’il le faut, pour » dviter le choc & le trouble qui » suit la transgression ». Partant de ces principes, le sage Epicurien ne manquera pas de ren- dre a ce qu’il appellera nature dans fa perlonne - tout ce qu’il pourra ©ter aux loix. II saura profiter de la liberte que lui donne sa philosophic centre la soci^t6, & des avantages que lui donne la loi de la socidtd contre ceux qui ne font pas philosopher En un mot , il fe soustraira a sautorite autant qu’il le pourra, quand elle sera contre lui; & il la sera valoir taut qu’il pourra, quand elle sera pour lui. Qui peut lui faire un crime d’avoir pnissre son propre avantage a ce- lui d’un autre ? sur-tout, s’il est vrai, comme il lest dans son sis- Lettres que je vous e- | que vous faltes pour crisvous rendront plus vous donner de la con- ttekbre , que tout ce-l Jideratim,Sen,lup.ii* 254 La MorAle tdme, que sutilitd seule est la mere des loix ; & que la loi de l’utilitd particuliere, anterieure a celle du bien public > est l’ouvrage de la nature ; tandis que celle du bien public nest que l’ouvrage de la convention rdciproque des hom- mes? Ce font ces consequences, & quelques autres foigneufement voildes par ceux qui les admet- tent, qui ont effrayd les defen- seurs des principes innez. A voir la chaleur avec laquelle on a com- battu pour & contre ces principes, depuis quelque terns, il est aifd de sentir qu’ils tiennent a un sis- teme plus dtendu & plus important qu’il ne paroit au premier coup d’œil. En effet, fans compter la notion de same, qu’on brouille dans tous fes points, en la rdduifant a une simple table rase ; en ne lui d’ E P I C U R E. 2x5 iaissant aucun acte^ni connolssance qui provienne d’elle, qui soit a elie ; en lui otant jusqu’au sentiment d’elle - meme , lorsqu’elle n’a plus les organes des sensations, ( ce qui reduit routes les idees que nous avons de la vie de Tame separde du corps, a une possibilite absolue, comprise dans l’idee gd- nerale que nous avons de la pui£ sauce infinie de Dieu, qui peut, dit-on, donnerdes perceptions a same par d’autres voies que par celles du corps ) fans compter, dis- je, cet inconvenient, qui 11’estpas de mediocre importance; il y a celui de faire dependre les notions du bien St du mal moral des sensations du bien fit du mal physique ; de forte que les idfies du bien & du mal physique seroient les idees de la nature, fit celles du bien fit du mal moral, des idees factices de sesprit humain* 256 La Morale Ces consequences necessaires dans le fisldme des Epicuriens renverfent reellement, & felon leur intention, les loix essentielles de la Morale, les notions fonda- mentales du vice & de la veitu, & ne font de toute la focidte hu- maine qu’un assemblage d’ani- maux qui croient agir par raifon, & vouloir librement, ce qu’ils ne font que par mecanifme: automates d’autant plus sots, qu’ils s’i- maginent n’en pas 6tre ; & d’autant plus malheureux, qu’ils pen- fent & qu’ils fentent comme s’ils n’en dtoientpas. dependant, il faut l’avouer ^ routes ces consequences ne font pas essentielles a l’opinion me me qui tire routes nos iddes des sensations. Car, quandmeme onrdduiroit tous les fentimens de la nature a la douleur & au plailir ; qui em- pdcheroit D* E P I C U R E. '257 pecheroit de supposer que c’est Dieu m£me qui a jugd a propos de conduire i’homme par cette voie infailliblej a la connoissance du bien & du mal moral; gravant dans l’homme, dans l’essence m£- jme de rhommej par l’impression de la douleUr & du plaisir 3 fes devoirs naturels , tant envers la Divinity , qu’envers fes femblables ; nous donnant par le sentiment de notre foiblesse & de notre ignorance , les iddes d’une puissance 6c d’une fagesse, on nous ne con- cevons point de bornes; nous fai- sant connoitre par le mal que nous fentons nous m£mes, le mal que nous pouvons faire aux autres ; & par la crainte de l’yprouver 3 la defense de le faire eprouver a autrui. Alors la loi du bien- 6tre paiticulier devientle code de la society, & celle du bien-£tre de la fociyty, la caution du bibn- R 2j8 La Morale dtre particulier. La crainte meme qui, felon Hobbes, est une cause de guerre dans sdtat de nature , devient dans Tetat de socidtd une cause d'union , & un principe nature! de lobe & d’dquitd. Qu’on ajoute a ces principes nez des sensations de l’homme pris solitairement, & com me un individu a part , ceux qui naissent de la societd conjugale ^ par la- quelle chaque individu n est que comme une moitid d’un tout, lide a sautre moitid par le penchant naturel des caeurs.; on aunenou- velle source de paix , d’union , & par consequent de loix sociales. L’dpoux livre a son dpouse , n’a plus d’intdret exclusif. L’amour de lui-memeconfondu dans Tamour de son semblable, se trouve enrich! par les sacrifices qu’il lui fait* Ce sentiment heureux suit le pro- gres du fang. L’homme yoit son d’ E P I CURE. 25- tare se renouveller dans ses enfans,' aller a rimmortalitd par ses ne- veux, qui attachez direclement & collatdralement ies uns aux au- ti es par les plus doux noms de la nature, forment corame un rd- zeau immense, done les nœuds as- fermis les uns par les autres, cou- vrent la surface de la terre, de tous les rapports d’amour, d'u- nion, d’egalite, de subordination qui constituent ce qu’on appelle la sccidte. En quels caracteres plus lumi- neux Dieu pouvoit-il graver ses loix de justice & de sagesse dans l’espdce humainefQuelle voix plus forte pouvoit-il employer pour les publier ? Chaque mouvement de notre ame, chaque impression des objets extdrieurs fur notre corps, & de notre corps fur elle, est une indication, ou unddveloppement de la loi naturelle, qui ordonne le 260 La Morale bien & qui defend ie mal. II s’enfaut bien que les Epicu- riens anciens & modernes,fenten- dent ainsi: & c’est ce qui a fait le crime de cette opinion, ddja dan- gereufe parelle-irseme. La Divinity n’ayant aucune influence fur la formation, ni fur le destin de la nature humaine ; l’lionime dans leur fyfseme, n’efl qu’une machine animee qui fe brisera, foit par le ddperiflement naturel de fes orga- nes; dontles Clemens, contraints par une forme accidentelle, doi- vent fe relacher avec le terns; foit par le choc violent de quelque cause exterieur^, que la force on ladrefle n’auront pu detourner. Tout eft mdcanique dans 1 hom- me : q’eft le poids, la masse, la figure , l’attraction mutuelle, la rencontre fortuite des atomes qui decident de tout chez-lui, comme dans le monde, oil il n’y a ni ori d’ E P I C U R E, 261 cjonnance ni causes finales ^ que par la touraure & l’habitude de notre imagination. Faut-il s’etonner, apres cela,' si le juste & l’injuste ne font quo de vains noms, ou tout au plus , des conventions arbitrages , done sintdrdt seul est le nœud & le garant ? Faut-il dtre surpris des consequences odieuses que les ad- veisaires d’Epicure ont tire de son sistdme f « Quand est-ce , dit Plu-. »tarque, que les hommes vivront » comme les bdtes les plus sau- » vages Seles plus insociables ? Ce »ne sera pas quand ils n’auront « plus de loix; mais quand ils n’au- ssront plus ces grands principes *•> qui font les fondemens & 1 ’appui ->? des loix. Ce sera quand on invi- v tera l’homme a la voluptd; qu’on. Santera la providence des Dieux ; »qu’on regardera comme sages, ' ceux qui mdprisent I’honndtete 262 La Morale 33 qui ne tient point au plaisir; qu’on »tournera en ridicule ces grandes 33 veritez: Qu UnDieu tient en fa main, comme sou- verain maitre, Ees causes, les progres, & les fins detoutetre. Et ailleurs: Vois-tu dans la nature, oil famarche est traces. Les loix qu’il preterit aux mortels J La justice le lint pour venger ses autels, Et retablir les droits de fa gloire offenfee. 33 Ce font ces hommes qui ont 33 Lesoin de loix, ceux qui regar- 3- dent ces veritez comme des fa- *>bleSj qui mettent leur bonheur 33 dans leur ventre , & dans les au- sstres plaifirs grossiers. C’esl: pour 33 cetix-la qu’jl faut des chaines , 33 des verges, des Rois armez d’au- 33 toritd , pour emp£cher des hom- 33 mes fans frein & fans Dieu> de. 3° devorer leurs femblables, Car ; D* E P I C U R E. 2 ( 5> « c’est ainsi que vivent les bdtes; -- elles ne connoiffent rien de plus » beau que la voluptd, elles n one »point d’idde de la justice des xDieuXj ni de respect pour la -- vertu, employant tout ce que la » nature leur a donnd d’adresse & »de force , pour satisfaire leurs ^ appetits sensuels , & fe procurer -2 les plaisirs du corps. Le bel ora- 22 cle que nous a prononed Mdtro- 22 dore, quand ilnous a appris que 22 tout ce que Vesprit & la raison 22 avoient jamais invente de beau , fe 22 rapportoit effentiellement au corps 23 Q a fes plaisirs 1 & que toute en- 33 treprise qui ne tendoit point la. etoit 33 fans objet ! Les betes brutes 23 qui n’ont de voix St de cri que 33 pour assouvir leur ventre & leurs 23 ddstrs brutauxj expriment-elles 33 d’autres sentimens, quand on les 22 emend hennir ou mugir? comrtco Riiij 264 La Morale XLIII. " » Quiconque veut vivre sans » craindre rien de ce qui est au de- »hors, ne doit entreprendre que » de fe procurer ce qui est a fa por- » t6e : il doit regarder comme hors *> de lui, tout ce qustl ne peut fe » donner; s’abstenir de beaucoup » de chofes, & fur-tout, de celles » dont il est inutile de jouir ( a ).» X L IF. » Ceux qui ont eu le talent de fe, »procurer parleurs environs une » fdcuritd entiere , ceux-la ont *> paffd leur vie agreablement dans » le fein de l’amitid & de la con- » stance reciproque : & quandil a » fallu perdre ces amis si esters - ils ne fe font point plaints que la » mort les eut enlevez trop-tot, ( Ce trait est effentiel.au portrait du sage dans toute Philosophic. In sapientem , dit Seneque, non ccidit injuria. II doit ctre inddpen- dant du jugement des sots & de ceux des m^chans, qu’il ne peut d’EpIC URE. 267. pas plus emp£cher que la grtste de tomber, les insectes de piquer, II. » Le sage ne cesse jamais d’etre » sage, quand une soisil els par- » venu a l’£tre. » II y est parvenu, fans doute, quand il est parvenu a croire fer- mement les dogmes de son maitre Epicure, a agir en consequence. Reste a savoir, si ctant sage, il peut les croire fans retour d’in- quietude. I 11. »Il ressentles passions, fans rien » perdre de fa sagesse.» Il peut m6me s’y livrer : c’est le moyen de fe rendre le calme & le repos , qui est son objet. Il sera toujours sage, pourvuque le calcul ait prdcddd sa determination, & qu’il ait suiyi son calcul dans rex(fcution, .258 La Morale I V. » Ne devient point sage qui « veut i ni dans tout pays.» Cette proposition ne doit pas &tre prise en rigueur. II n’y a point de caracteres, quelque rebelles qu’ils soientj que la culture ne puisise former & adoucir. CependantThalds disoit: Je rends graces auxDieux d’etre nd raisonnable & non.bdte, Iiomme & non semme-grec & non barbare. Non ex omni ligno Mer~ curius. V. » Le sage est toujours heureux, » mdme dans les tourmens, quoi-> » qu’il fe plaigne & qu’il gdmisse.» C’etoit un paradoxe chez les StoiV ciens, qui mettoient le bonheur suprdme dans la vertu. C’est une contradiction manifeste chez Epicure qui mettoit le bonheur dans d’Ep IC UR F,; 2(5> I’exemption de la douleur. Appa- rament qu'il y avoit quelque restriction mentale :Toujours heureux, autant qu’il peat I’itre : heureux > parce qu’il a en lid le pouvoir de quitter la vie, 6 de fe dslivrer de toute douleur. Heureux encore, si on le veut, parce qu’il a le secret de se rappeller le souvenir des plaisn qu’il a eus auparavant. Au rede , que les Epicuriens concilient ces deux propositions: Le bonheur, mime celui dusage , resde dans la vo- lupte, ou dans I’exemption de la douleur , & cette autre, la douleur ne detruit pas le bonheur dusage. Quid attinet gloriose loqui, nisi Cons- tanteo loquare ? VI. 45II est le seul capable d’une vraie 53 reconnoissance envers ses amis , »3 prdsens ou absens. -» 270 La Morale F II. »II n’a aucun commerce avec » la femme qui lui est interdite »par les loix. On en sent la raison : Epicure avoittrouvd par le calcul, qu’il y avoir plus a perdre qu’a gagner. Fill. x> II punit ses esclaves: mais il fait »grace a ceux qui ont unbonca- --> ractere & de bonnes intentions.** C’est un trait en faveur de l’hu- inanitd contre les Stoiciens. Et apres tout, un maitre doux est plus heureux chez lui, qu’un maitre dur & violent. Servi , humiles amicu IX. »II nest pointamoureux, ni ne -- croit que l’amour soit envoye » par quelque Dieu. » Si le sage Epicuiien pouvoit D 5 E P I C U R E. 27 ! s’imaginer que l’amour est envoy £ par un Dieu, il ne pourroit espd- rer de s’en delivrer par fa Philosophic , ni par un effort de sa sa- gesse. Sa vertu seroit un present du ciel; & shommage qui lui en seroit du , rameneroit la religion avec toutes ses suites. X. »Ii est peu inquiet de lasdpul- S3 ture.» En mourant il perdra pour touzo urs Pintdrdt de son etre. Nec tumulum euro , disoit M.6c6ne } se- pelit natura relictos. XL »Il ne se fait point une affaire » serieuse de parer son discours.» XII. 33 II suit tous les plaisirs de Pass jnour: persuadd qu’ils ne font j a- 27 2 La Morale asmais de bien, & que c’est beau- »coups’ils ne fontpointdemal(a). XIII. »II n’a ni femme ni enfans.» C'est un attirail trop embaraf- sant: c est presenter trop de surface aux coups de la fortune, (dependant , il aura l’un & l’autre, si les circonstances de fa vie l’ordon- nent. XIV. » II ne passe point les nuitsa ta- -o ble. *> XV. *>II n'eK ni magistrat, niches » dans fa nation ( b ). » XVI. m II n’est point cynique ; ni ne (æ) V. Lucrece. Lib. IV. ( b ) Epicurus ait : 'Non accedet ad rem- publicam sapiens, nisi jnendie fi quid intervenerit, Zenon ait : Accedet ad rempublicatn , nifi Ji quid impedierit. Sen. deOtio San. c. io. D* E PI CURE. 27 z »mendie son pain comme ceux » de cette secte. » XVII: » Qu’on lui crdve les yeux, il est: encore heureux ( a ). » XVIII. »Ilpeut ressentir la tristesse, he «meme etre cite devantle juge.3* XIX. 33 II peut laisser des livres : mais »il ne les lira pas dans les astern- » bl^es publiques. D’autres traduisent, mais il ne composera point de pan^gyriques; X X. »Il veille fur son bien , & prd- so voit I’avenir. » XXL »Ilaimela vierustique. Meibom; . (4) Voyez la note ci-deffus, p. 268, s 274 La Morale Elle donne repos & libe'td. j. Non Otia divitiis Arabum Uberrima mutem . C’^tuit ia devise d’Horace. X XI L »II est toujours pret contre la for- *> tun’. Si la Fortune, cette ddesie vo- lage, ^tend ses ailes pour s’envoler, dit Horace; je iui rend ses dons , 6r. je m'enveloppe dans ma vertu. Cependant, quoi qu’en disc Epicure, son bonheur depend de la fortune, qui est maitresse de tout ce qui peut lui procurer du plaistr L lui causer de ia.douleur: car, rout cela est extdrieur ; or tout ce qui est extdrieur de'pend de la fortune. XXII L «II choistt pour ami un caractere *>gai & complaisant. D* E P I C U R E. 27 s Surtout, point de ces amis trifc tes, difoit S'endque, qui font tou- jours gdmissants j voyant tout par un cotd higubre. Quelque parfai- te & fplide que soit leur amitie , on ne peut gouter avec eux ni douceur ni repos ( a ). XXIV. 53II a : me les spectacles du theatre » & s’y plait plus que les autres. -- XXV. 33II ne croit point que toutes les 33 sautes foient egales.-- Les Stoiciens ne voyoient dans toutes les sautes que la lol transgreflee. Les Epicuriens h’y voyoient que le dommage fait. II falloit y voir l’un & l’autre. XXVI. 33II pen fe rue lafantd estunbien £«) Dt Tranquill. C. 7. Sij La Morale 55 pour les uns > une chose indiste- » rente pour les autres. 5, Cette penfee nest rien moins que claire ; & ne paroit ^pas s’ac- cord er avec saxiome, Corps sans ■douleur } ame fans trouble. XXV It »II croit que la fermetd d’arae s- est une vertu qui s’acquiert. » Sans cette persuasion , l’Epicu- rien dans les raaux, n’auroitd’au- tie parti a prendre que l’abatte- ment & le descspoir. XXV I It «II croit que l’amitid est fondde 55 sur l’intetct: c est une terre qu’on 53 seme. Son lien est l’utilitd rdci- » pro que.*> On a beau retourner ce sentiment : il ne sera jamais ddlicat, ni avantageux a la socidtd. Croira- t-on que 1 'Epicurien ne preferera 278 La Morale vent-ils avoir du plaisir ? Veut-il dire que les Dieux font dans une parfaite fecuritd ? Mais Thorn me sage, felon Epicure, peut y arri- ver par ses principes: c’est l’unique objet de fa Fhiiofophie. XXX. » Si le sage a des ancetres, il pla- » ce ieurs bustes dans fes portiques --> ou ailleurs , indiffdremment. » II les place, & il le doit. C’est un moyen de considdration aux yeux du vulgaire , c’est-a-dire , une caution de plus pour la furetd & le service. XXXI. » Il est le feul qui puisse juger » fainement de la poesie & de la *) mulique.» D* E P-1 C U R E. 277 pas les belles terres, les grands do- maines, a la possession d’un ami f Dubium ejl quin fundos 6 injulas amicls anteponemus ( a) ? XXIX. ec II y a deuxsortes de bonheur: »le bonheur parfait qui ne con- -- vient qu’a un Dieu : & le bon- -- heur de l’homme, qui est fussi »ceptible de plus & de moins *>, Cette division n’a gueres de fens dans la Philosophic d'Epicure, qui fait consister le. bonheur dans la delivrance ou cessation de la dou- leur.Les Dieux qui if en ont points peuvent-ils en £tre ddlivrez ? V eut- il dire que le bonheur des Dieux consiste dans la rdunion de tous les,plaisirs I Mais il change fa notion du bonheur ; & d’ailleurs, comment des £tres qui n’agissent fur rien ^ fur qui rien n'agit, peu- (s) Dt Fin. II. id. 8 iii d’Epicure. 279 X XXI I. »II ne fait point les poetes ni »leurs fictions: tant ii est dloignd v de faire des vers. » Avouez, avouez fans rougir,' difoit Mdtrodore, citd par Plutar- que (a), que vous ne savez pas pour qui combattoit Hector, ni quels vers font au milieu ou au commencement du poeme d’Homere. Et Torquatus dans Ciceron : Art Me (sapiens) tempus in poetis eyoU vendis consumer et , inquibus solida utilitas nulla , omnisque puer'dis eft deleclatio ? XXX 111. »Un sage peut etre plus sage »qu’un autre sage.» Les Stoiciens n’en convenoienc pas. ( S’il ouvre un dcole; fes audi- *> teurs ne seront pas nombreux.*> II y en a une bonne raison : les lecons de la sagesse ne peuvent 6tre gourdes par les sots : & l$s sages, qui font fairs pour Fenten- dre, font en petit nombre ( a). {«*) V. Sen. Ep. 7. * XXXVIII. » S’il recite en public quelque -t» ouvrage de fa fa^on, il faudra -- qu’on fen ait bien prid. » Epicure fut-ilfage en cepoint;? II donna 300. volumes au public. XXXI X. »II aura des dogmes, & ne met- »tra point toutes nos connoissan- » ces en probldmes. » On en a dit la raifon dans la remarque fur la maxime 3 5. XL. *> Son anje paisible sera toujours « la mdme dans la veilie & dans »le fommeil.» XL 1. »I1 donnera, s’il le faut, fa vis pour fon ami. » Cela nest arriyd a aucun Epi- 282 la Morale curien ; mais cela seroit possibles Donner sa vie nest pas toujours un grand present, sur-tout, pour un disciple d’Epicure , qui quel- quefois la quitte pour rien, & par simple ddgout. On connoit la doctrine d’Epi- cure & ses maximes: on a vu son portrait, a peu de choses pres, dans le portrait du sage. On le verra mourant dans 1’article qui suit. d’ E P I C U R E. 28; ft ijours fit quel- 1’Epi- uifoa Pi On le jef •ARTICLE IV. Lettre d’Epicure a Hermachus. CEtte Lettre courte , mais dnergique, contientles dernieres paroles d’Epicure; & prefente un de ces raoraens critiques & intd- reflans, ou l'homrae fe ddvoile & fe montre tel qu’il est : Nam ver co. voces turn demum peElore ab imo Ejiciuntur, & eripiturpersona , manet res . Lucr. III. v. 57,* Elle est adr elide a Hermachus son disciple, a qui il avoit laifld par testament fa chaire , son jar- din, avec fes ddpendances, pour passer ensemble a fes fucceffeurs, a perpdtuitd. Diogene Laerce suppose qu’elle a etd ecrite a Idomd- 284 La Morale nde; Ciceron , qu’elle le sut a Hermachus : peut-6tre le fut-elle a cous deux , le texte portant vobis. Nous avons suivi la lecon de Ciceron uniquement pour pren- dre un parti dans une chose indif- fdrente par elle-m£me: void cette lettre relic que Ciceron l’atradui? re. Epicurus Hermacho, & Cum ageremus vit» fj mt 3 au lieu de lire, comme Diogene Laerce & comme Ciceron a lu , a en ju- ger par sa traduction , stfi 7? t-Si r‘gli JtHhoy'KrfiQr, Ptlt- -d’ E P I C tj R E. 285 tuA erga me dans cetheureux jour, le dernier *> de ma vie. JesoufFre des entrail- -3 les & de la veflie, au-dessus de 33 tout ce qu’on peut imagines. 33 Mais j’oppose a mes maux la -3 joie de mon esprit, en me rap soufiiroit des douleurs cruelles ; il fe rappel- Joit., pour leurservir de contre-poids , les plaisirs dont il avoir joui. Ainfi il oppo- foit les plaisirs a la douleur , le passe au resent, :rac£T-arl6Tc. lutarque a done pu lire, comme il a lu, fans faire tort au sis- teme d’Epicure. Peut- etre meme que cette lecon est la seule bonne ; car, apres tout , Epicure ne fait que mettre en ceuvre le remede que la Phi- lofopbie procure a fes partisans au milieu des tourmens. Or ce bonhenr ne peut etre que le souvenir des plaisirs paster ; car on fait qu’ils n’etoient pas tous dans le cas de fe rappeller le souvenir de leurs belles inventions. Nousn’a- vons pas le terns d'entree ici dans une plus longue discussion. D 1 E P I C U R E. 28? » pellant les preuves des impor- Mtantes veritez que j’ai dtablies* -- Je vous recommande les enfans » de Metrodore ( a ). C’est un soin » digne de rattachement que vous » avez eu , des votre jeunesse , » pour la Philosophic & pour moi, Ciceron considerant cette Let- tre, avoue qu’Epicure est grand & admirable dans ce moment; que fa mort est comparable a cells des plus fameux heros de la Gre- ce : Non ego jam. Epaminondœ , non Leonidce mortem hujus morti an- tepono. Mais en mdme-tems il sou- tient que ce qu'il a dit en mourant, est le cri de la nature contre ce qu’il a enseigne pendant sa vie ; que pdnetrd de sa situation , & parlant de l’abondance du cœur, il 8 est oublid iui-mdme - & a perdu ( a Metrodore , atni & disciple d’Epi- jtttfe, etoit mort il y avoir six ou sept ans. Il avoir eu plusieurs enfons deLeontium.. £88 La Moral fe de vue les principes essentiels de fa philosophic. » Tournez - vous » comme il vous plaira , „ dit-il & Torquatus, *> vous ne trouve- y> rez rien dans cette Lettre si belle -- de votre maitre , qui foit d’ac- -- cord avec ses dogmes : il fe r^- fute lukmbme. Reprenons ses » paroles:» c’esttoujours Ciceron qui par le, » & voyez la difehence » qu il y a entre fa doctrine & fa » conduite. Je vous ecris dans cet so heureux jour le dernier de ma 93 vie. Je souffre des douleurs au - 93 dejsus de tout ce quon pern ima * »3 giner. » » S’il est vrai, comme Epicure 93 l’a enfeignd, que la douleur foit »3 le fouverain des maux , comme so la voluptd est le fouverain des 93 biens , voila fans doute un hom- 93 me malheureux: il n’est pas possible d'en difconvenir. Comment » done peut - il dire qu’il est heureux § D 5 E P I C U R E, 2 89 *>reux ? Continuons. J ’oppose a ces douleurs la joie que je ref~ *>fens dans mon esprit en me rap- m pellant les preuves de la Philo - »Jophie que fai etablie, Mais , --> Epicure , songez-vous que vous « avez dcrit qu’il n’y avoir aucune » joie , aucun plaisir, qui ne fut 53 reiatif au corps ? Que pouvez- » vous lui rapporter dans l’etat as- » freux ou vous £tes , pour en *>concevoir de la joie ? Je me rap - «pelle avec plaifir le passe. Quel *> est-il ce passd f Celui qui a rap- » port au corps ? Vous ne parlez *> dans votrelettre que du souve- » nir de vos argumens & de vos *> preuves philosophiques. Celui -» qui a rapport a Tame feulement t » V ous vous 6tes done trompd , » quand vous avez assure que tou- » res les joies de l ame dtoient es- » sentiellement relatives au corps. » Mais quel rapport } l’attentioii 290 La Morale S3 tendre que vous avez pour les » enfansdeMetrodore (a), peut- » elle avoir avec votre corps ? » Convenez plutot qu 11 y a dans » le cœur de Thomme des fenti- m mens gendreux par lesquels les m belles ames font le bien , fans » autre salaire que celui de 1'avoir » fait. Votre lettre est un hom- » mage que vous rendez malgrd » votre philosophic, a cette pre- « cieuse veritd. Dans les autres »fectes la thdorie est plus belle oa que la pratique: chez vous, c'est «le contraire : vous faites mieux » que vous if avez dit. *> Ainfi rai- sonnoit Ciceron plaidant la cause de la vertu, & trouvant des titres pour elle j usque s dans 1'dcole de la voluptd. # Nous fera-t-il permis de fou- (Leontium ah j c. 33. §. 3. V. Laer. Epicuro & Metrodoro L. X. 4. 5. 6. 23. amata. Fair. L. III. | D* E P I C U R E. snettre cette mime Lettre a un nouvel examen ; suppose qu’il en forte quelques consequences un peu disdrentes de celies que FOrateur philosophe en a tirees > de les presenter avec cette libertd qui ne blesse jamais la Philosophic , & dont cependant je n’u- serai qu’avec timidite vis-a-vis d’une si grande autoritd ? Les dernieres paroles dun mou- rant ne doivent etre censees le cri du coeur, que dans les hommes simples, qui fe laissent conduire , jusqu’a la fin, par la nature. On conqoit que dans cette extremitd le cœur fe dechirant par la violence du dernier coup, doit laif ser dchapper des sentimens que l’homme peut avoir cachez, ou n’avoir pas dem 61 ez pendant fa vie: le prestige , ou si on veut, le masque tombe, & la verite seule reste. 292 La Morale II en est tout autrement die Fhomme qui se determine a mou- rir, qui choisit son jour, son heu- re, son moment. Pour peu qu’il soit philosophe, il fait ses apprdts, & tache de mourir consequent. Le mdme art qui a soutenu ses sentimens pendant fa vie, en arrange encore les expressions au moment de 1 adieu. Or c est a inst qu’il semble qu’Epicure est mort. Comme on pourroit nous con- tester ce fait, que personne jus- qu’ici ne semble avoir ddtermind, on nous permettra de nous arrdter un instant, pour discuter les rai- sons fur lesquelles nous appuyons nos conjectures. Dans les premiers sidcles de la Philosophic, les sages, pleins de respect pour les loix de la nature, crovoient bonnement que c’etoit & elle-seule a marquer le dernier de nos morn ens, Lc a nous y com d ! Ep I cu re. 295 duire par la route qu’elle jugeroit a propos de choisir. Si la fortune des chofes humaines s’avisoit quel- quefois de deranger le plan de la nature ; ils s’y soumettoient ens core , attendant toujours l’ordre , St ne le prdvenant jamais. C’est ainsi que font morts Thales, Solon , Phdrdcide , Pythagore, Hd- raclite j Anaxagore, Parmdnide , Socrate, Antisthene, St d’autres, dans les vieux tems de Pancienne Philosophic. Ce ne fut que quand on eut ra- fine fur la question du bien-6tre St du mal-etre , St fur les fins de Phorame pendant fa vie & apres fa inort, qu’on comfhenca a dta- blir une autre mdthode de raou- rir. Le Philosophe etant , di- soit-on y aussi libre que les Dieux (parce que la Philosophic n’est au-, tre qhofe que Part de fe po deden soi-m6me) devoit-il roster a la dis-, Tiij, 294 La Morale eretion de la fortune cruelle , on de la nature ingrate, qui le d^trui- sent souvent par des longs fuppli- ces ? S’il est un cas ou la Philosophic doit ddlivrer shomme, c’est dans cette derniere crise; ou bien ses promeffes ne font que des mots. Ainsi , le sage calcule la fomme des biens & celle des maux qui lui restent dans la vie. Si la premiere l’emporte, il consent de vivre ; si c’est l’autre , il lui convient de, mourir : In quo plurasunt qua secundum naturam sunt hujus offi-. cium efl in vita manere:-, in quo au- tem sunt plura contrariaaut fore vi- dentur, hujus officium es e vita ex - cedere . Ce stint les paroles dun Stoicien (st). Si nous difons que les Epicuriens pouvoient les adopter , parce qu'i:s avoient a peu- pres les mernes principes , ce ne sera point un paradoxe pour ceux («j) Seneque, D 5 E P I C U R E. 295 qrn ont vu de pres la Philosophic ancienne. Les Stoi'ciens detruisant a la mort tout sentiment individuel de 1’homme, rejetoient same dans le principe universel de la nature. Ce principe dtoit- le feu , cause ma- terielle & efficiente de tous les dtres, mue, reglde & ddtermi- nde par le destiny c’est-a-dire, par une roue de ndcessitd dont la rd- volution embrassoit & entrainoit l’ensemble & la suite de tous les dtres (a). Les Epicuriens andantissoient de meme tout l’dtre individuel de shomme, & en rejetoient les parties composantes dans la masse commune des atomes; mais au lieu de la ndcessitd fatale pour ou- vrir les portes de la vie & de la mort, ils employoient le hazard aveugle. Ces deux causes dans fats) V. I. Part. Art. 6. 29§ La Morale nalyse revenant au meme , de- voient avoir la m6me influence sur la conduits des hommes. Aufll quand la mesure de la vie etoit rpmplie a-peu-pres, & que les far cultez presque usees , les avertif soient de prdparer le depart,, ils avoient. les uns & les autres les in6mes raifons pour mourir; c’est- a-dire, pour faire un sacrifice, ou, sans rien perdre , ils gagnoienr une diminution.de. douleur, & un acr croiflement de gloire. Ce fut par ces considerations , que Zdnon, chef des Stoi'ciens, s’dtant caflse un doigten tombant, crut entendre la voix de la nature , & s’etrangla pour lui obeir; que Diogene luttant contre la fie- vre, trouva le secret de. la vain- ere., en retenant fa respiration. Democrite pere des atomes , seroit mortj dit-on , dans le terns, de la fete de Cdies; mais la fœur d’ E P 1 CURE. 297 voulant y allister, lepria de diffd- rer de quelques jours. II eut pour elle cette complaisance, & remit a mourir au lendemain. Epicure avoir ces exemples fameux devant les yeux. Ceux des Stoi'ciens fur- tout , qui reprochoient a fa doctrine d’affoiblir same & d’enerver le courage , le determinerent a leur opposer un trait de cette vigueur & de cette libertd , aus- quelles il n’alpiroit pas moins que les prdtendus heros du Portique. II dtoit agd de foixante - douze ans: il avoir 6.16 route fa vie tour- inentd de lagravelle. Ses douleurs depuis quatorze jours dtoient por- tdes a un degrd inexprimable. Il dtoit d’ailleurs dune complexion si merveilleufement foible , que Mdtrodore, celuidontnousavons parld , en avoir fait le fujet dun livre : a peine , felon le rdcit de Suidas> pouyoit-ilporter fesha-v 298 La Morale bits, descendre de son lit, voir la lumiere & le feu. Dans cet dtat de soiblesse & d'a- neantiffement, il prend son jour pour mourir. Le jour arrivd, il dcrit la Jettre que nous avons vue; ensuite il se fait descendre dans un bam d’eau chaude, ou il expire , apres avoir avale du vin pur. C’est le rdcit de Diogene-Laerce. Epicure avoit plus de Physique qu’il n’en falloitpour prdvoir qu’un corps excessivement foible par lui-m£me, &attenud par une longue diette & des douleurs ai- gues , ne pourroit soutenir le bain chaud. Il n’est point de mddecin alsez hardi pour l’employer dans ces dtats de foiblelse extreme. On peut done supposer que le bain lui ota le reste de ses forces & le ft mourir. Ainsi quand Diogene-Laerce, Gaffendi, Bayle &les autres, nous d’Ep ICURE. 299 disent qu’Epicure mourutdansles douleurs de la pierre , ils disent ce qui est vrai: mats ils ne disent pas tout; & par cette I'dticence ils nous induisent a croire que ce fut la pierre qui le fit mourir. Elle le fit mourir, comme la vicloire de C<^sar sit mourir Caton ; comme la sistule fit mourir Atticus: c’est- a-dire, qu’elle le determinaa pren- die son parti dans ce moment plu- tot que dans un autre. Sans cette circonstance , la mort d Epicure pourroit-elle dtre comparee a cel- les de Ldonidas & d’Epaminon- das ? II prit son j our ; il fit les applets , il choisit le moyen. C’en est assez pour faire croire qu’il mou- rut libre & de son propre mouve- ment. Cela posd , void comme on pourroit raisonner sur la lettre dont il s’agit. Epicure ayant marqud le mo- .jo© La Morale ment de sa mort, pouvoit ne laiss ser aucun monument de ses der- nieres penfees. Voulant en laisser un , est-il vrai-femblable qu’il ait voulu que ce monument ddtruisit par un feul mot, tout ce qu’il avoir dcrit pendant sa vie ; ou que , le detruisant, il ne fait pas fend I L’dquitd semble exiger qu’on n’en porte ce jugement qu’apres qu’on aura vu que les expressions de fa lettre ne peuvent recevoir un aun tre fens. Epicure a dit qu’il dtoit heureux. dans fes douleurs; & que son bon- heur venoit de ce qu’il fe rappel- loit fes ddcouvertes. II semble que dans son fist£me > c’dtoit ainsi qu’il devoit parler. II faisoit consister le souverain bien dans la cessation de la dou- leur. II en fouffroit de cruelles de-, puis quatorze jours. Mourant cq joyr-la } il voyoit le moment de fa d’Ep icur^ zor ddlivrance : il y touchoit ; il y dtoit. Il pouvoit done dire : Je suis heureux. Il letoit en effet; parce qu’un homme qui souffre uepuis long-tems , ne souffre plus lorfqu’il touche au terme certain de ses maux. Mais ce bonheur n’dtoit-il point trouble par la crainte de la mort ? Nullement. La mort n’est rien , felon Epicure, St ne nous fait rien, parce que taut que nous so names , elle n’est: pas encore, & que quand elle est, nous ne sommes plus (a). Ne craint-ilpas les suites de la mort ? Encore moins. Epicure fe rappelle fes preuves & ses prdtendues demonstrations , ou il rdduit tout en atomes qui ne sententrien. Cette pensee prdsente h son esprit, & mise en opposition vis-a-vis des maux qu’il endure, est un contre-poids qui empoite fa •(a) Ep.» Menecse, 302 D*a Morale douleur. II voit dans le tombeau ou il va descendre, un sommeil & tine insensibility dternelle. 11 y a plus : cette joie qu’il ressent est route relative au corps , comme elle doit T£tre > felon Ciceron, pour ctre le fruit naturel de fa Philosophic. Cela est dvident : son corps ne souffrira plus. Mais d’ou vient ce souvenir ten- dre pour les enfans de Mdtrodo- re ? Que peut-il en revenir a son corps , furtout quand il ne sera plus ? C’est un reste de bienfaifance dont il fait une derniere le^on a fes disciples ; ^arce que cette vertu, necesiaire a tout homme dans la fociete, est essentielle a quiconque met tout son bonheur en cette viei C’est la feule de toutes les vertus qui rapporte au centuple. Elle est le prix & le garant de la bienveil- lance des autres hommes , fans laquelle il ny a dans la vie, n! D 1 E P I C U R E. zoz palx, niplaisir, ni surete. Epicure ayant eu le tems de mediter une lettre si courte , en a pest- toutes les expressions; & il avu que ce sentiment de tendresse , venant a la suite de ceux que sa Philosophic avoit approuvez dans le cours de fa vie, pouvoit entrer dans For- dre des rapports dont il avoit pense que le corps etoit le centre. En deux mots: ci-devant, quand Epicure ressentoit les douleurs de la faim & de la soif; il buvoit ou mangeoit > pour se ddlivrer de 1’une ou de l'autre : quand il ressentoit des maladies fupportabies; il les supportoit, en attendant res intervales du mieux, ou le repos de la guerison. Aujourd’hui, qu’il dprouve des maux excess5s, & qui le menacent, a soixante & douze ans, d’une destruction, qui , felon son age mdme , dtoit peu dloigstde, tout bien considers dans 504 La Morale le present & dans Favenir, il quitte tin poste souverainement malheu^ reux, oii le hazard seul, a qui il ne doitrien , l’avoit placd. Diogene le cynique avoir dit dans le style de ion Ecole , qu’il falloit faire provision de philosophic ou de cordes. Il a cru, lui - qu’il falloit titer ladisjonctive, &se munir de tous les deux. Ilmeurt , non com 1 me le Ileros d’Utique > ensepoi- gnardantlui-memejtragiquement, dans un moment ou il d'toit seul; mais en s’dteignant doucement , & peu a peu , au milieu de ses amis. Il s’affaistedans unbaind’eaii chaude, qui^ enm£me-tems qu’il adoucitses douleurs, acheve de reiacher les foibles liens qui le re- tenoient encore, & le conduit a la mort, sous l’apparence & avec tous les accompagnemens du som> meil. C’etoit ainfi qu’un philosophe yoluptueux D* E P I C U R E. Zo^ Voluptueux, qui ne connoissoit do loix que cellesduhazards du ra^- canisme > & de l’opinion devoic terminer ses jours, dans l’endroit oii son etre ceffoit d’etre un bien pour lui. II s’est delivrd de ia vie pour fe delivrer de la douleur. C'est lexemple qu’il alaisle a ses disciples. Reste a savoir, si la douleur * qui fait renoncer a la vie, ne sera pas affez forte pour faire renoncer a la vertu. C’est la derniere analyse de la Morale d’Epicure , ou on trouve ausli le principe essen* tiel de fa'ldfutation. 30& La Morale ARTICLE V. Extraits de la Lettre d’Epicure a Herodote {a)* C Ette Lettre & celle a Pythocles qui suit celle-cij pourroient four- nir la matiere de plusieurs volumes a quiconque entreprendroit d’exposer en detail les dogmes qu'elles contiennent. Que de cho- ses a dire, si on vouloit comparer ces dogmes avec ceux des autres Philosophes anciens & modernes; si on vouloit les justifies, ou les rdfuter par Fexpdrience des terns, & par les ddcouvertes des dernier s sidcles ! Nous ne les traduirons pas en- ( a) Cet Hero- I & ami particulier j Aote etoit disciple [ d’Epicure. E>* E £ I C U R E. 507 tlerement pour deux raisons : la premiere est, qu’il y a plusieurs morceaux qui n’ont que des rapports tres-dloignez avec notre ob- jet : la feconde est que, dans ces mdmes morceaux, le texte est si incertain, & le fens du texte si obscur & si embrouilld j qu’aulieu de donner les paroles memes d’E- picure & ses penfees, nous rfeuf- sions offert que les incertitudes & les conjectures des Commenta- teurs. Epicure commence celle a Hd-< rodote , par l’exposition mbne de fes vues; c’est de fa ire un precis court & clair des principes gdnd- raux de fa philosophic, une forte de manuel, contenant les vdritez fondamentales de son sistdme , tellement reduifes, que Implication puisle s’en faire aifdment a to us les details, dans les occasions qui fe prefentent frequemment de zo8 La Morale raisonner sur les objets physiques. Nous commenqons. I. Maxims fondamentale dans la Physique des Anciens. se S . 3 9 . ( a ) *> La premiere vdritd , qui sert de -- base a tout le reste, est qu’il ne se » fait rien de ce qui n est pas ; & -» que rien de ce qui est ne fe rdduit »a n’etre pas (b). Car s’il fe faifoit » quelque chose de ce qui n est » pas ; toute matiere feroit prop re =3 a former routes fortes d etres : il ne fan dr o it ni femences, ni -- matiere organisee. Et si ce qui --fe detruit se rdduisoit a ce qui » n’est pas ; routes les espdces » pdriroient, parce qu'il ne reste- (a 1 Ces chiffres marquent l’endrolt du texte de Diog. Laer. L. X. (£ ) C’est Gaffendi qui ajoute ce dernier membre , pour figurer avec ce qui precede & ce qui suit. d’EP'I C U RE. Z 09 » roit rien de ce qu’elles auroient etd.» Epicure n’a pas dit, rien ne se fait de rien > ovhv e| ovfonf , mais rien de ce qui n’est pas , «*Ar qui font, felon Epicure, les atonies, une configuration dternelle & ( a) Colotes , dit Plutarque , qui n’a- voit pas l’ombre de Philosophic , a pris pour une meme chose , I'hommn non-etre , 6* 1‘homme neant. Mais Platen met une gran- de difference entre le non-etre & le n&ant. V oyez le passage eri- tier adv. Col. p. z 10 La Morale inalterable , qui determine la forme des 6tres, & qui la maintient constament dans les individus de la ra^me espece, sans y faire in- tervenir le ministere de la Divi- nite. C’est la maxime, Rien nese fait sans cause , restrainte aux causes mecaniques : elle est de Leu- cippe- Nous avons developpe les fens qu’on peut lui donner, dans une dissertation donnee a l’Aca- demie en 1756". « L'Univers a toujours 6t6 ce »qu’il est aujourd’hui, & il sera »toujours le ra^me. Il n’est rien -- en quoi il puisse £tre change^ Il 33 n’y a rien hors de lui qui puisse 33 lui etre ajoute, ni causer en lui 33quelque diference (sl)». Par univers, Epicure entend (a) Ocellus Luca- nus a dit la meme chose dans le meme fens. Chap. I. de Nat. i/niv, On peut meme dire que cette doctrine est commune a tous les Philosophy de l’antiquite , sans exception. D* E P I C U R E. zn non le monde , mais la masse uni- verselle des atomes dans l’efpace infini. I L Principes de Composition, se^. 4 o. » L’Univers est partie corps, Sc »partie espace, ou vuide. L'exis- tence des corps fe prouve par le te'moignage des fens , par lef- »quels nous arrivons aux con- »noissances de raifonnement , -3 comme nous l’avons dit ailleurs »(a). Et s’il n’y avoit point ce que nous appellons vuide, lieu , m espace , nature intactile , les 55 corps ne pourroient dtre dans 53 le lieu, ni fe mouvoir au travers 53 du lieu , comme il est dvident 53 qu’ils s’y meuvent. « On ne peut concevoir ni par 53 id de directe, ni par analogie avec (a) Voyez l’expli- | XXV. XXVI. &ci satioa des Maximes j pages 2.2.1. 6- sulv% fji2 La Morale *> les ide'es directes (a), aucune -- autre chose qui soit par elle- »raerae. Car nous ne parlous » pas des essences qui rdfultent des »combinaisons , ni des modes » qu on appelle accidentels ( b ). I I I. Corps simples Q> Corps compose\. +i. » Parmi les corps, il y en a de Mcomposez^ & d’autres simples, •»dont fe forment les compofez. --> Les simples font indivisibles St »inaltSrables; car routes chofes fe » rdduiroient au non-etre } si elles » n’avoient pas en elles des prin- ^cipes indissolubles, dans la dif- ( a ) L’intention d’E- j & par consequent J picure est de faire croi- j point de providence re qu’il n’y a point j universelle. d’etre simple , intel- j (b ) Lee. de G*s- Jigent par sa nature , j setidi. d’ E p i c u r e. z r; » solution meme du composd (a). » On ces principes font reis, parce » qu’ils font pleins , & qu’ils ne » donnent aucune prise aux dis- » solvans. I V. VUnivers eji fans borne. Ibid. *> L’Univers est infini. Car ce -- qui est fini a une extrdmitd : ce -2 qui a une extrdmitd , peut dtre 32 vu d’ailleurs ; l’univers ne peut 22 6 tre vu d’ailleurs ; il n’a done 3 = point d’extremitd, ni par conse- 32 quent de fin .> il est dofac infini. 32 Or, il est infini de deux manieres : 33 en nombre, par la multitude des ' 32 atomes; en dtendue, par l’im- 33 mensitd de l’espace. Car si l’es- 33pace dtant infinile nombre des 33 atomes dtoit fini, les atomes ne ( a ) Voyez la no- 1 article de cette Let- ie fur le premier J tre. ’3i4 La Morale 53 s’arrdteroient nulle part; mals ils »se perdroientdans 1 ’efpace, fans 53 trouver aucun obstacle qui mo- »distat leur mouvement par le 55 choc. Si d’un au tie cotd^ le nora- 55 bre des atonies etant instni- l’ef- 5o pace dtoit fini , le lieu manque-. 55 roit aux atonies. V. Configuration des A tomes. s eg . 40 « Les atomes ou corps pleins," 55 dont fe forment les diffdrentes 55 concretions > comme de leurs 33 dldmens, ont un nombre indd- 35fini {a) de figures diffdrentes. 55 Sans cela, on ne pourroit ren- 33 dre raifon de cette varidtd de (a) impjiwitra.. Ce sontces figures eflen- tielles aux atomes , qui font leur organisation , & qui pre- parent 6c entretien- nent les combinai- sons fpecifiques des elemens , & enfuite de tous les Atres qui font comjfofez de°, elemens, d ! E p i c u r e; 31/ »configurations qui fe trouvent -- dans la nature. II y a une infinitd -- d’atomes dans chaque efpdce de »leurs configurations ; car fans sj cela , les atonies ne feroient pas «infinis en nombre. Mais ces con- »figurations , nous l’avons dit , ne » font qu’inddfinies en nombre , 3 = & non pas infinies: parce que si 33 elles dtoient infinies , il faudroit 33 qu’il y eut des atomes dune 33 dtendue infinie , une infinitd de 33 configurations fuppofant l’dten- 33 due infinie dans quelques efpd- 33ces d’atomes (a). *> Epicure veut dire, felon Gas- (æ) Nous avons fuivi la lecon de Gas- sendi. Diogene-Laer- ce ajoute delui-mc- tne , comme une nou- velle preuve du nombre fini des configurations , l’impossibili- ie de la division a 1’infini. En effet , si la divisibilite s’arrete a un certain point; il s’ensuit qu’il y a plu- sieurs configurations de moins dans la nature des atomes ; par consequent, que les configurations ne vont point jusqu’a lint fini. 31 6 La Morale fendi, que plus il y a d’dtendue dans un corps, plus il y a pour ce corps de configurations possibles. Un atome qui auroit cent millions de faces , feroit ndcessaire- ment plus grand que celui qui ne peut en avoir que quatre, & ainsi de suite , en suivant la progression jusqu’a l’infini, V I. Mouvemens des At6m.es. seg. 4*. « Les atomes ont un motives’ ment continu & dternel ( a ). »Les uns font emportez a une » grande distance ; d’autres ont un to mouvement de trepidation,lorst » que , par le mouvement de dd- ■{<*) Diogene ajoute qu’Epicure dit plus has qu’ils fe meuvent d’une vitesse egale , farce que ce mouve- œem fe faifant dans le vuide, la pefanteur ou lalegerete de l’a- tome , ne caufent point de difference dans leurs mouvemens. d’Ep i cur e. Zl7 *> clinaison, ils fe font accrochez as mutuellement, ou qu’ilsfe trou- -- vent engagez dans quelque cost-, w elation. V I I. r D'oii vient le mouvement des Atomesl se g . 44. 33 La cause de ce mouvement » est d’un cotd, la nature mdme » de l’efpace , qui environne cha- 33 que atome fans le contraindre 33 aucunement; & de l’autre, la du- 33 rote de ces momes atonies, qui 33 occafionne des rdpercuffions, 33 felon la nature des concretions 33 qui fe choquent. Ces mouve- »ir.ens if one point eu de com- »irencement, parce que les ato- 33 mes & le vuide n’en ont point 33 eu (a ). f (a) Diog£ne ajoute I n’ont aucune qualite qu’Epicure dit plus I que la configura- bas que les atomes 1 tion , la grandeur & zi8 La Morale «Ce petit nombre de principes -» peut d^ja fournir des iddes de la *> nature. VIII. Pluralite des Mondes. sc g . 4S . »Ii y a une infinitd de mondes, „ so dont les uns reffemblent a ce- B g e »lui-ci, les autres ne lui reffem- ^ 90 blent pas. Car les atomes dtant »infinis en nombres, corame nous ool’avons demontrd - & feportant sll2 »o dans divers endroits de Fefpace „ m j oo infini, ils fe rencontrent loiji de ^ oo ce monde, dans une infinite de BX j oo lieux, pour y former une infinitd „ ^ oo de mondes. Les atomes font un , co so fonds qui ne s’epuife pas, ni par j s [ e < oo la formation d’un monde, ni oo par la formation d J un nombre de ^ oo mondes qui feroitfini, de telle , s jj la pesanteur ; que I par la seule position ^ les couleurs varient | des atomes. D* E P I C U R E. 319 *> espece ou de telle autre espdce. » Ainsi , rien n’emp£che qufil y ait » une infinite de mondes. I X. Causes de nos sensations. 4-. *Ily a des simulacres , ou ima- » ges, semblables aux corps; mais »qui font dune finesse dont rien »ssapproche. Car il ne repugne so point que dans l’efpace environ- oo nant il fe forme de ces surfaces oo miriSes , ni que les atonies fe 30 pr£tent a la finesse & a la conve- 00 xitd de ces simulacres ; ni enfin oo que ces simulacres s’dldvant des 30 corps, confervent quelque terns 00 les positions & les rapports de oo leurs parties. Nous appellons ces »o images , tantot idoles , tantot so simulacres ( a ). » (a ) Tout ce qu’Epi- cure a dit de ces images , a els dit par d’autres , anciens & modernes, de la lu- miere reflechie. Zso La Morale X. *f Generation des Images. s es . + s. « La gdndration des images va * sll ^ auffi v!ce que la penfee* Car le | --- flux des surfaces dtant continu, ^ ^ »la succession des parties ne peut M » £tre difcern^e (a), parce qu’elles ma ' » fe suivent sans aucune interrup- ^ es «don } en conservant pendant » quelque terns 1 'ordre des ato- 9 Uf *>mes, & la position rdciproque » des parties du corps , d’o it elles »dmanent^usqu’a ce qu’ensin elles ton 33 fe brouillent & fe confondent. C01 33 Les images qui fe forment d’el- ^ 5 , 33 les-m£mes dans l’air peuvent fe , ™ c 33 former auffi rapidement que les m 33 autres; parce qu’elles font routes » en fupersicie. II y a fans doute | es 33 d’autres manieres pour les for- J er 33 mer ; on les admettra, pourvu („ ( tendue^ & celles qui tiennent nd- » cessairement a ces trois. Toutes *3 les autres, telles que la couleur, so la chaleur, &c-. changent felon -- l’arrangement des atomes. Par oo consequent , elles ne font point os dans les atomes. Leurs qua- so litez propres & inhdrentes , qui 55 font celles que nous avons indi- 33 qudes, ne font pas plus altdra- -3files que les atomes. «II faut bien qu'il reste quelque 33 chose d’indisibluble apres la dis* 33 solution des mixtes, par quoi les 33 changemens fe salient, non de so I’dtre au ndant, ni du nd ant a so 1’etre, mais pax la transposition b’ E p i c u r e; zZZ » de plusieurs parties , & par l’ad- »dition & le retranchement de 2-> quelques autres. II suit de la , » que tout £tre dont les parties ne »peuvent £tre tranfpofdes , eft -- des - lors incorruptible ; pars’ consequent > les atomes & leurs so figures le font, puisquils restent oo les m&mes dans routes les dd- oo compositions XII. Egalit£du mouvement des Atomes « Le mouvement de tous les » atomes est ndcessairement cgal, o tant qu’ils fe meuvent dans le oo vuide , parce que rien ne les ar- 00 rete. Les plus pdsans n’ont point oo plus de vitesse que les plus le- oo gers ; parce qu’il n’y a pas plus oo d’obstacle aux uns qu aux autres; >oni les plus petits que les grands z ^ zq Ij jM O R A L £ »parceque l’espaceest egalement «libre pour les uns & pour les au- w tres. C’est toujours la ra^me visa tesse, que le mouvement soit sa direct ou rdfldchi, en enhaut, par sa les chocs , ou en enbas, par leur aapropre poids. XIII. Nature de XAme. §-§. en ec Confiddrons maintenant les as sensations & les affections de sa fame : elles nous feront comas prendre aisdment que same est sa un corps tres-subtil, rdpandu sa dans toute une combinaison or-. sa ganisee, & tres-approchantd’un sasourle de damme, tenant a la sa fois de l’air & du feu. Cependant sa les parties de ce feu surpassent s= encore en finesse celle de ces sa deux dlemens. C’est ce qui rend » fame sensible a routes les affec- d ! Epicure. 525 *>tions du compost. Cctte nature « de Tame est prouvee par ses fa- « cultez, par ses affections , par « son agilitd, par ses pensees, & -- par routes les proprietez que la -- mort nous fait perdre. » L’ame est la principale cause --> du sentiment , qu’elle ne pros’ duiroitpas cependant, st clients’ toit pas attachee a une certaine » organisation. Le corps organise -- qui met same en dtat de sen- --tir- partage avec elle, & par -- elle i cette facultd ; quoiqu’il ne --'partage pas les autres. C’est pour- -- quoilame fe retirant , le corps -- ne sent plus. II ff avoir point par -- lui-meme le sentiment , mais par -- son union avec un autre etre, -- qui fa- par sa conformation natu- -- relle, impressions sensibles^ & les com» 3 2.6 L a Morale *> muniquer au corps, a cause de »la cohesion intime & du rapport --> sympatique de ces deux parties. « Et voila pourquoi tant que »l’arae est unie au corps, quand »m^me on. en retrancheroit des -- membres , la senlibilite subsiste. -- Mais cette sensibilitd n’est plus » des que same a pdri par la dis- -- solution, soit de tout le corps,, soit de quelqu’une de ses parties, oil 1’ame est contenue principals lement. Le corps reste entier, as & avec toutes ses parties , quoi- 55 que fans sentiment, parce qu’il 55 a perdu cette quantitd d’atomes =5 ddterminde par la nature,, pour 25 constituer l’estence de l ame. X IV. r Q que dement VAme apres la mortM « / «t Quand ce compose se dissout^ d’ E P I C -u R E. 3 27 *> Tame se disperse & n’a plus les --> mimes facultez. Elle ne re^oit »plus d’impressions par le mou- » vement, &par consequent, elle --> n’a plus de sentiment: car on ne *> peut conc.evoir que le sentiment »reste dans un £tre qui n’a plus les » m ernes rapports, 6t qui ne recoit » plus les m6mes impressions que lorsqu’il sentoit. X V. De quels aiomes VAme eft composee. Ibid- « L’ame est composee d’atomes »tres-polis & tres - ronds, assez »semblables aux atonies de feu. XV I. Ou reside I’Ame* Ibid. La partie raisonnablede same ■ (a) Lee. de Gaff. I serent des atomes dsr Meibom lit, tres-di- | feu. Xiiii ■ A28 La Morale ^ a son siege dans la poitrine; » comme'il paroit par les sensa- «tions de joie & de crainte: & "sa partie irraisonnable est dans «tout lereste du corps (a). « Maintenant si onrapporte tout « ce que nous avons ditsur same, »aux passions & aux sensations » qu’elle dprouve, & qu’on fe rap- » pelle en meme-tems ce que nous •> avons dit dans le commence- » ment, il sera aisd d’appercevoir « qu’elles out toutes leur origins *> dans les impressions revues, par «lesquelles on explique tous les » details. XVII. formation des Mondes par les touri billons, s tg % j3. » Les mondes, ainsi que toutes »les autres concretions sinies, qui {a ) Voyez I. Part. Art. 4, D* E P I C U R E. 329 » ont de la ressemblance avec tous les objets que nous voyons, se » font formez de l’infini en se fe- » parant par des tourbillons parti- » culiers, les uns plus grands , les » autres plus petits. Ils se detrui- -n ront les uns plutot, les autres « plus tard, les uns par une cause, °> les autres par une autre. »II ne faut pas croire non-plus -» que tous les mondes aient nd- celfairement la meme figure. « Les uns font ronds, les autres »ovales > les autres autrement. »(dependant toutes fortes de figu- » res ne leur conviennent pas. X V I 11 . Oifivete des Dieux. seg. » Quant aux chofes cdlestes,' »il ne faut pas croire que les mouse vemens des astres, leurs retours, »leurs dclipses, leurs levers, leurs zzc> La Morale « couchers , & les autres phdno- « mdnes femblables soient causez » par aucune puissance heureuse & - immortelle qui les gouverneroit, *>ou qui leur auroit donn6 des. *loix dans le commencement. » Peut-on concilier les loins, «les details p6nibles, le cour- » roux j la faveur, avec le parfait *> bonheur ? » Ils ne conviennent qu’a la » foibleste , a la crainte, a l’indi- «gence ( a ). On ne dira point non-plus que ce font je ne fais » quels Etres divins & heureux qui *>aient voulu d 5 eux-m6mes fe » charger de rouler avec les astres 33 (b) ? N’ufons que de termes » convenables au respect que nous O) Voyez Max.L (b ) M. Meibom, dont nous avons suivi la legon,pretend qu’ E- picure attaquoit indi- rectement Aristote », qui avoir dit que les as- tres etoient conduits par des etres de nature etheree ou de feu ce- leste, d’ Epicure. 33 j » leur devons , & dont on ne puilfe »rien de dun e qui n’y soit con- -- forme : sans quoinous enserons » bien-tot punis par le trouble in- 30 tdrieur de nos ames. Difons que 30 dans le commencement il s’est 30 formd des tourbillons d’atomes 30 qui ont produit le monde- & en so m^me-temps ces loix constantes 30 St immifhbles qui en perpdtuent 33 les phdnom£nes. XI X. Les Dieux ne font nulltmem a craindre. si. « Enfin, ajoutons a tout ce que s» nous avons dit-que laplusgrande -0 peine qui fatigue les ames huso maines est de croire qu’il y a des so Etres dternels , St heureux, qui 30 aient des fonctions, des volon- 3? tez , des passions, qui ne peu- so yent cependant point s’accordex zz2 JL a Morale -- avec ce bonheur & cette immor- -- talite, & de voir en perspective -3 des malheurs dternels dont les »hommes font menacez par les *> fables ... } fe donnant par leurs faulfes idees , & leurs fotes »frayeurs des tourmens & des » maux aussi rd els & auffi conti- -- nus que s 5 il y en avpit des cau- =3fes rdelles. Latranquilitedame 33 demande qu’on s’affranchisse de 3-> routes ces opinions, & qu’on. 33 fe tienne constament aux prin- »eipes gdndraux. sa 4 * 4 , * * 4 * 4 * 4 * ' 4 . * * 4 * ' 4 - o’Ep icur e; 5z ARTICLE VI. 'Ex traits de la Lettre d’Epicure a Pythocles. PYthocles dtoit un jeune- homme qui avoir merite l’amitid particuliere d’Epicure. C’^toit, dit Gassendi , d’apres Plutarque, le plus beau naturel qu’il y eut dans la Grece. II a eu raison de ne point traduire le reste de l’d- loge (a). Ce fut a saprierequ’E- picure se ddtermina a faire sur les Metdores, c’est-a-dire, fur les phd- noirssnes , qui annoncent avec plus d’^clat, l’existence & la puissance d’un Maitre souverain dans la nature, ce qu’il avoir fait fur les premieres causes physiques,. La Morale je veux dire un precis de fa doctrine, ou l’on vit avec evidence dans une, exposition rdduite, la cause naturelle & mdcanique de ces pli^nom^nes ; & par consequent , l’inutilite d une Cause premiere & intelligente, dont les fontlions fe portant furies details de la nature, auroientpufe porter jufqu’a la conduite de l’homme * & rendre celui-ci justiciable d un tribunal qui auroit pu influer fur son bonheur & sur son malheur. Voila l’objet d’Epicure danscette lettre. On va l’entendre lubmeme. I. Pourquoion etudii la Pliyjique. 8r. « Mettez - vous d’abord dans so l’efprit qu’on ne doit fe proposer 3 - fetude des pbenomemes ce- »3 lestes, foit en general, soit en “particuiier, pour d’autres sins &’ E p r c u r e. Zzy » que la paix de l’ame & la tran- »quilitd de l’eiprit. C est l’objet » unique de routes les parties de »= la philosophic. Cependant, il » ne faut point demander 1’impol- » fible sur cette matiere, ni exiger 9 - par - tout des principes auffi »dvidents qu’en Morale , ou en »Physique, tels que ceux-ci, Vu.- *>nivers eft corps ii vuideg les pre- *>miers corps font indivisibles, & » d’autres semblables, dont les ob~ --jets n’ont qu'une maniere d'etre, * pour £tre d’accord avec tfes phe- « nom£nes. Car cela ne fe trouve » point dans la matiere prdsente , »on le mdme phenom^ne peut » avoir diferentes causes , & par- *> consequent difdrentes explica- »tions > egalement d’accord avec »8 les iddes produites par les fens. a® Il ne s’agit point de debitor fur 98 la physique des opinions nou- » yelles fans preuyes, mais de sub 33 6 La Morale »vre pas-a-pas les phdnom£nes> »sa n ou ils nous conduisent. »di 33 Le bonheur de notre vie de- »cc »3 pend de l’ini perturbabilitd de »d( 33notre ame, & non dediscours »cli 33 prefomptueux , ou d’opinions »en 33 pre'tendues neuves } qui nepor- »au 33 tent fur rien. 33 On croiroit, a en juger par ce » 4 ’j prdludequ’Epicure, fe declarant . »ro li hautenient contre les assertions \ tdmdraires & prefomptueufes, va cui‘< nous donner le vrai, simple & feul pur, abfolument fepare de tout ce qui 11 est qu’opinion, ou juge- vo i r ment incertain. II n’en veut qu’aux p 0 u opinions exclusives, & prdtend qu’on doit admettre toutes les mus explications qui out quelque ana- ^ logie avec ce que nous voyons sous nos yeux, & qu’on n’en re- reo jetteaucune. , ^ «Tout ce que nous difonsfur > p ?= les Meteores sera constate sufsi- ^ « sament D* E P I C U R. E. 337 22 sament, si apres avoir prdfentd -» diffdrentes causes > routes d’ac- » cord avec ce qui fe passe autour •» de nous , nous ne donnons f ex- » elusion a aucune. Gar ceux qui -- en adoptent une & rejetent les »autres, qui ne font pas morns vraifemblables, courent risque 22 d’abandonner le vrai pour des 22 romans Void de quelle maniere Epicure raifonnoit: Quand on a une feule explication mecanique dun phdnomdie, on n’a pas befoin d'a- voir recours a faction des Dieux pour l’expliquer ; a plus forte raise n , quand on en a plusieurs. Or, nous adoptons routes les explications m^caniques des phdnom6- nes ; done, il sera inutile d’avoir recours a l’action de la Divinitd pour en rendre raifon. Les ennemis d’Epicure luirepro- ehoient d’etre entierement igno- X Zz8 La M o r a l fe rant , & tres-mauvais logicien : y ai laiffd au Lecteur a en porter son jugement dans les occasions qui fe font prefentdes dans la let- tre a Herodote, St qui fe prdfen- teront encore dans celle-ci. Notre unique objet est d'expofer, St de fournir des preuves' de notre exposition. I I. Definition du Monde . §-§. **. » Le monde est cette convexitd *> du ciel qui comprend les astres, 53 la terre, St tousleurs phdnome- 53 nes. C est tine portion de l’infini 53 terminee en elle-mdme par des 33 extremitez qui font denfes ou 53 rares, en mouvement ou en re- 53 pos •, rondes ou triangulates, 33 ou de quelque autre figure : car 53 aucune de ces formes ne repu- » gne en foi, ni aux phcnomenes. b’ Epicure. z 39 '» Lorsque cette convexitc se bri- sera, tout i’intdrieur se ddcom- *>posera, & tombera dans la cons’ fusion. »Nous ne pouvons savoir de * quelle nature ni de quelle forme » font les smites de ce monde, ni » ob elles font; mais nous pou- » vons savoir qu’il y a une infnitb *> de mondes. I I I. Comment ce Monde apd. fe for* mer ? seg. » On concoit qu’un monde tel » que celui-ci a pu fe former, soit 3-dans les intermondes (nous ap- *> pellons ainfi fintervalle qui fd- » pare deux ou plufieurs mondes), » soit dans un efpace entierement so degagd de toutes concretions y 33 ( mais qui n’est pas un vuide ab- » solu 3 corame font dit quelques 340 La Morale »Philosophes ), lorsque les atc>- »mes ou semences convenables »venant d’un ou de plufieurs au- 33 tres mondes, ou de quelque in- »termonde, s’unissant peu-a-peu , » fe condenfant , fe tranfportant au 33 gre du hazard, & recevant d’ail- 33 leurs des accroissemens, acquie- 33 rent ensin la folidite de Forgani- 33 fation que comporte la nature 33 des premiers fondemens de la 33 masse entiere. Car ce if ell pas » assez de parler de la rencontre 33 des atom es, ni de leur circonvo- 33 lution ( a ) dans f endroit de Fes- 33pace, ou il doit fe former un 33 monde par les loix mecaniques , 33 ni de dire que la masse s’accroit 3» jufqu'a ce qu’elle en ait touchd 33 une autre, comme Font dit quel- 33 ques-uns de ceux qu’onappeiie 33 Physiciens. Cela repugne a nos »iddes & aux phdnomines. (a ) S'TVof ou smelt. d’ E P I CUR E, 34.1 I V. Formation des A fir es. se S . §». Le Soleil, la lune , & les au- »tres astres n’ont pointed formez a part, & ensuite requs dans ce » monde. Ils fe font accrus & con- formez, ( de mbme que la terre, »la mer, & ce que l’une & l’autre » renferme), par les secretions & »les circonvolutions d’une ma- =’tiere subtile, semblable a fair, »au feu, ou tenant de tous les « deux. Les fens mbme nous don- »nentidee de cette elpece de for- mation. V. Grandeur du Soleil Peut £tre ausil viennent-ils de »l’dldvation de ces astres fur l’ho- ( a ' C’etoit l’opinion j Plut. Placit. II. des Sto’iciens. Voye? K 1 , 2 j. 344 k A Morale »- rison, & de leur abaissement au-* 33 dessouspar la mdme raison. 33 Le mouvement des astres peut »3 s’expliquer par le mouvement sjgdndral du ciel m£me qui les 33 entraineroitavec lui; ou par une 33 progression qui leur seroit propre 33 dans un ciel immobile,en suivant. 33 certaines loix m^caniques dta- 33 blies des l’origine, & dont l’im- 33 pression aura commence en 33 orient; ou enfin , par faction »d'un feu qui s’avance toujours 33 dans le ciel, en poursuivant son 33 aliment. V I I. 'Mouvement periodique.du Soleil 6 de la Lune. sc S . gi . 33 Les retours pdriodiques du 33 soleil & de la lune peuvent ctre »3 cause/ par l’obliquit^ mdme du 33ciel, qui, avec le terns, auroit sspris cette configuration ; ou par d’ E p i c u r e. Z45 »la resistance de 1 ’air ; ou parce 33 que la matiere qui nourrit les »astres seroit dilposee de cette 33forte, & les attireroit de celle 33 qui seroit consumee, a celle qui » ne le seroit point. Enfin, ils peu- 33 vent venir au premier dbranle- 33 ment qui a determine les astres 33 dont il s’agit ,aun mouvement 33 spiral & periodique. Aucun de 33 ces moyens ne repugne, si on 33 les rapproche de ce qui nous est -3 connu, fans s’embarasier des 33 sistemes serviles des Astrono- sames (æ). VIII. De la Lune en particulier. seg. 33 Les accroissemens & les dd- 33 clins de la lune peuvent fe faire 33 par son mouvement sur elle-me- (a) Epicure est tou- jours dur ou mepri- 'sant dans les qualifications qu’il donne a ceux qui ne font pas de son avis. 346 t a Morale -3 me, enlui supposant uncote obs- » cur > ou par quelque configura- «tion de l’air comprime j ou par » Finterpofition de quelque corps » opaque, ou enfin, par quelque » autre moyen j qui, fe pratiquant » sous nos yeux, peut nous ex- » pliquer de pareils effets ... » Ca lune peut avoir fa lumiere » par elle-mcme, ou l’emprunter » du foleil: il y a des exemples de -- Fun & de l’autre. Nul phdno- » mdne ne s’y oppose... » Cette face quiparoit sur Fords « de la lune, peut venir de la dis- « fdrence des parties qui la com- »pofent; ou d’un corps opaque qui la couvre ; ou de quelque -- autre cause femblable a ce que -- nous voyons ailleurs. Car il faut -- s’attacher constament a ces pre- » miers fondemens de nos con- 33 noissances, fans lefquelles il n’y 33 a point de tranquillity a esp er er. D 1 E P I C U R E. 547 Cette face apparemment avoit de quoi effrayer le petit peuple de la secte, qui n’dtoit rien moins que subtil , genus minime malitio- fum. Comme les Dieux - felon Epicure , avoient la figure hu- rnaine , ils pouvoient craindre que sous ce masque pale, il n’y eut quelque esprit curieux de la conduite des hommes , & capable d’agir en consequence de ce qu il auroit vu. I X. Des Eclipses. se S . es. » Les dclipfes du soleil & de la •»lune peuvent arriver par l’ex- »tinction m6me de la lumiere de « ces deux astres , ou par l’oppo- m sit ion de quelque autre corps *> tel que le ciel & la terre, &c. » Ce n’est pas alfez pour Epicure d’avoir une bonne explication ; il -Z4Z La Morale ramaffe ausii les mauvaises, afTri de faire nombre , & de peur de dormer dans les explications ex- clusives. ' » Le retourrdgulier des Eclipses » doit s’expliquer comme d’autres “ phdnom£nes qui font sous nos »yeux. On n’a pas besoin pour »cela de la puissance desDieux, m qui doivent &tre fans aucune *> fonction, & jouir d’un bonheur » complet. Si on les appelle; tome 3» la physique des corps celestes est »inutile pour nous tranquilifer. 3, Et li on ne les appelle pas, elle est inexplicable. On doit les ap- peller pour erre premiere cause, & pour fonder les loix gdndrales du mouvement ; enfuite on appelle I’obfervation & le raifonnement, c’est-a-dire, la physique, pour ex- pliquer les causes secondes & leurs effets. d’ E p i c u r e. 549 X. ‘Causes de la variation des jours 6 des nuits . seg.?$. -- La variation successive dans la longueur des jours & des nuits » peut venir de ce que le soleilva -- tantot plus vite & tantot plus »lentement, felon les lieux qu’il »aatraverser , soitau-deffus, soit so au-dessous de l’horison; ou parce a® que la route est tantot plus lon- 3o gue & tantot plus courte ; ou 3- parce qu’elle est plus difficile en so certains endroits & moins en 30 d'autres : nous voyons ici bas so des effets & des causes sembla- 3o bles. os Hatons-nous de venir au ton- nere, aux del airs , a la foudre, fur lesquels les Epicuriens ont besom d'etre rassurez. Du Tonnere. se g . 100. » Les tonneres peuvent £tre * caufez par des vents qui fe rou- x lent & fe tremoussent dans les » cavitez des nu ages, comme dans *> nos tonneaux Vuides ; ou par ^’explosion dun feu que fair » anime; ou par la rupture & la « separation violente des nuages; * ou par le choc & le froiffement x des nuages congdlez : enfin, »les ph^nomenes terrestres nous x fournilfentplufieurs explications »de celui-ci. XII. DCs Eclairs. seg. t0 u x II y en a ausii plusieurs pour x rdclair. Le frottement & le choc x des nuages peuyent produire la si’ E P i c u r e. 55si »configuration qui donne le feu, 8 b & par consequent sedan*. Les -- vents fe portant a travers les nua- -- ges , peuvent pousser des bouf- fees de flarames. L’dclair peut B- naitre par expression,, d’un n’uage -3 comprimd, foit par un autre nua- 3o ge , foit par les vents. Ce peut *> dtre la lumiere des astres, inter^ --ceptde d’abord paries nuages, » & rendue en suite par faction des *> vents ou de ces mdmes nuages *3 qui la lailfent dchapper. Ce peut 33 6tre encore cette mdme lumiere 33 criblee a travers les nuages, au 33 moment que le feu agit dans les 33 nudes 6c qu’isproduit lfe tonnere 33 par leur mouvement. Ce peut 33 dtre fair enflammd par 1’exces 33 du mouvement 6c par le .choc 33 violent des rdflexions (102) ; 33 ensin, ce peut dtre le brifement 33 des nudes fait par les vents: les i» atomes ignez s’dlan^ent 6c font s- briller l’eclair. zs2 La M. o r a l e »L 5 dclair precede le tonnere; » parce que dans f instant ou le » vent tombe fur la nude, la con- » figuration qui produit f dclair fe -- fait,Lt que le me me vent fe ddve- »lopant ne produit le tonnere que »f instant d’apres: ou si Ton veut que les deux effets foient simul- *P e sotanez, il faudra dire que fdclair » arrive a nous plus vite que le »tonnere. C’est ainsi que l’atlion “I 1 qui fe fait avec bruit, & qu’on C *» voit a une certaine distance nous ^ 1 » envoie fimage avant le fon. ^, pou XIII. Kb 4 * De la Foudre. se S . so j. » La foudre peut dtre sestet de « plusieurs vents emprifonnez, qui »fe roulent violemment, s’en- 5 « flamment & brifent la nude par "ft « un feu qui fe prdcipite tantot fur "la »les Montagues, tantot fur d’au- s s’; »tres d’ Epicure. Z5 Z ^tres lieux, qui font au-desibus. »Ce brisement violent se fait a »cause de la condensation ex> -»treme des nuages environnans , 33 laquelle empeche le feu de pd'* 33 ndtrer peu-a-peu, & l’oblige a 33 l’effort qui le met en libertd. II « peut y avoir encore d’autres cau* » ses : l’esientiel est: de ne point 33 dormer dans les causes chimdri*' «ques. » . Ces causes chimdriques seroient le bras de quelque divinitd offen* sde , qui ne tonneroit jamais que pour annoncer fa colere aux mor-! tels coupables a ses yeux. X I V. Des Corhetes, seg. m. os II y adescomdtes, lorsqu’un » feu nourri dans certains lieux de *>Fair, pendant un certain tems *> s’allume : & que le ciel par une Z ^ j 4 La JV1 o r a l £ certaine disposition de la matiere -- environnantele soutient pendant -- un certain tems au-delsus de nos «tetes ( a ); ou lorsque, mues par »certaines conjonctures , eiles *> s’approchent de nous , & vien- »nent briller a nos yeux. Eiles » disparoissent par les causes con- -o traires , soit que quelque chose 33 s’oppose a leur mouvement, 3= comme la terre cette partie ini- » mobile autour de laquelle le reste -3 tourne; soit qu’elles aient au- 33 tour d'elles un tourbillon qui les -» emp£che d’approcher de nous, 33 de m£me que d’autres astres; 33 soit en fin le desaut de matiere , 33 dont eiles se repaissent, ou on les 33 voit, .& qui les emp^che d’aller 33 oii on ne les voit pas. Explica- 33 tions qui ne font pourtaiit point 33 exclusives. ( « ) Lee. da MeibonW 33 Parmi les astres il y en a '» qu’on appelle errans, par ce que 53 leur mouvement est tel , & d’au- 33 tres fixes & non errans. II peut 33 fe faire que dans les commen- 33 cemens ils aient dtd ddterminez 33 par des loix particulieres, les unS 33 a l’uniform'.te dans leur mouve- 33 ment; les autres aquelques va- ssriationS contraires aux loix gd- 33 nerales du mouvement circulai- 33 re. II peut fe faire encore que 33 dans les routes qu’ils parcourenf, 33 les lieux soient tellement dispo- 33 sez en certains endroits , que les 33 astres y suivent toujours le mcme 33 ordre; & qu’ailleurs au contraire, 33 il y ait des irrdgularitez dans 33leurs courses. Il seroit infense »de s’attacher a une seule cause i Zij * 3 $6 La Morale »lorsqu’on voit par les phdnom£- ^ nes , qu’il peut y en avoir plu- »sieurs. C’est tdmdrairement qud »les partisans d’une astrologie fri- 55 vole cherchent deS explications 35ridicules, assujetisiant la Divi- >3 nitd a des servicesindignes deile. XVI. t)es Presages, seg.us. 35 Les presages que Ton tire de >5 certains animaux ne font que des so faits occafionnez par l’influence 33 des saisons. Dira-t-on que les 33 oiseaux qui change nt de climats 33 forcent shiver d’arriver ? ou qudl 33 y ait quelque part des divinitez »- assises, en attendant le depart de 35 ces animaux comrne un avis 33 pour agir en consequence ? II so n'eh point d'animal, quelque Hu- »° pide qu’il soit, en qui puisse nai- 35 tre cette pensde: comment pour- d’ E p i cure; Z 5"7 »roit-elle £tre dans les Dieux » ? On conviendra aifdment qu’ii falloit que Pythocles & les autres Epicuriens pour qui Epicure a ecrit cet abregd fur les phdnomenes ce-> lestes, ne fussent gueres allarmez fur faction des Dieux, if les ex- plications qu’on vient de voir ont fuffit pour leur mettre fame en repos. Quand routes ces ex plica" dons feroient vraies, ell es ne don- neroient que les causes fecondes; & c’est des premieres feules quil sagit, Nos modernes rient de cette maniere de procdder. Ils n’ont pas tort. Mais ils oublient dans ce moment ce qu’ils ont dprouvd eux- roemes , qu’une demi - preuve & quelquefois moins , fuffit a qui- conque ddfire d’etre persuade. Est- ee raisonner, dit-on } que d’attri- buer au baUrd les mouvemens dit 3La Morale cielsi certains, le cours des astres si regulier , routes chafes fi bien sides ensemble , si bien propor- tionnees & conduites par des loix si constantes & si invariables ? Mais est-ce raisonner davantage, que d’attribuer tous ces efsets mer- veilleux aunecaufeneceffaire, qui connoit fans action, qui choisit sans dessein , qui fe meut fans li- berte, qui fe modisie par nature & par necessite? Lequel vautmieux du hazard, ou de la fatalite } aveu- gle ou non j pour donner une or- donnance reelle a l’univers de la dignite a 1’homme , du mdrite a la vertu ? Dans Tun & dans l’alitre sistdme, le monde est-il autre chose qu’un palais fansroi , l’homme, qu’un animal fans destinationla vertu qu une opinion de mode ? Le monde physique est-il autre. chose qu’une masse organifde fans d’Epicure. Z59 desiein ; & le monde moral qu’un sistdme de politique ? On est dtonnd qu’il y alt eu un homme qui se soit persuadd, que certains corps solides fe mou- voient d’eux-mdmes par leur pd- santeur naturelle, & que de leur concours fortuit, il fe soit formd un monde tel que celui-ci. On a raison. Mais ne doit-on pas dtre dtonnd de mdme qull y ait des gens d’ef- prir, qui, avec je ne fais quels principes mdtaphysiques, dont l’u-* nitd rigoureufe, la substance gd- ndrale, la nature naturante, & la nature naturde font les notions dldmentaires, ont cru pouvoir composer ce mdme monde , & etablir par enthousiasme, ces iddes bizarres & inintelligibles, a la place de la tradition du genre humain? On peut du moins imaginer les Z iiij 3 6 q La Morale atomes, les concevoir jusqua unt certain point, concevoir leur mou- vement, leurs rencontres. Mais ces autres principes, donti pourtant on veut tirer les m£mes consequences par rapport au bon- heur de la vie, joignent aux incon-r vdniens des atomes une incom- pr^lienfibilitd absolue, sous la- quelle l’esprit gemit gratuitement, sans que le cœur en ait plus de li- berte. Qu’on compare ces chimeres dnigmatiques avec la noble simplicity de la doctrine qui sert de. frein & de consolation au vul- gaire : « Nous commencons par. » croire qu’il y a un Dieu maitre. »de tout, St qui gouverne tout, *> qui dispose de tous les evene- -- mens, qui ne ceffe de faire du » bien au genre humain; don: les *> regards demelent ce. que cha- d’Epicur e. z6d » cun eft, ce que chacun fait , tout --> ce qu’on se permet a soi-m6me, •». dans quel esprit & avec quels » sentimens on pro seise la loi, la » religion; & qui met de la diffd- »rence entre l’homme pieux & »1'impie... Peut-on nier que ces --> sentimens - la ne soient dune. *>grande utilitd , & combien est m sainte une socidte d’hommes per-. » suadez qu’ils ont au milieu d eux =» & pour jugc & pour temoin un, »Dieu juste , infmiment puis- -- sant ?» Sit hoc persuasum civibus dominos else omnium return ac mode- rat or es , Deos: ea que quæ geruntur , eorum geri ditione ac numine , eof- demque optime de genere hominum mereri ; 6 quails quisque Jit , quid agaty quid in se admits at , qud mente , qua pietate colat religiones intaeri: piorumque 6 impiorum habere ratio- mm* Utiles ejse opimonzs has , quis 362 La Morale d’Epicure. neget , quamque san6la fit fiocietas civium , inter ipsos Diis immorta- libus interpofitis tumjudicibus , turn tejlibus ? Cic. de Leg. II, 7 . F I N. TABLE DES MATIERES. Affections, de deux es P 144 Definition du monde , 338 Comment il s’est forme, 339 Democrite remit fa mort d’un jour, & pour- quoi , 2.97 Dogmes effentiels a la philosophic d’Epicure , & pourquoi, 229 Dieux , ce que c’est, felon Epicure, 59 Sont incapables de tout, 59 Dormeht dans les Intermondes, 61 Ne font point a craindre , 331 Ne font que de beaux tableaux , 203 Douleur , ce que c’est, 93 Douleur de l’efprit, ibid. Douleur du corps , ibid. Droit naturel , ce que c’est , 253 Justice de foi n’est rien , 2 44 Injustice par foi n’est rien , ibid. Droit } fans homes, quand il a lieu , 2)0 E "Eclairs, [330 Eclipses -, 347 Enfans de Metrodore recommandez par Epicure , pourquoi , 302 & 290 Ecrire pour les Philofophes : comment on le doit , 6 Egalite du mouvement des Atomes, 3 2 3 Epicurisms anciens 6* modernes comparer , 171 Comparer avec les autres Philofophes, 139 Leurs avantages, ibidi z66 TABLE Epicuriert rit quand il pense aux Solons & aux Lycurgues, 29 , & aux Epaminon- das , 144 Vertueux 3 entend mal ses interets, 125 N’est point vertueux par fa philosophie ,137 . Aime la vie, ' 196 Epicure , comment il devient Philosophe , & a quel age , 17 Ne craint point ses rivaux, 18 Avoit tres-peur des Dieux & de la mort ,53 Avoir ete eleve dans la crainte des efprits, ib, Crut fe raffurer par la Philosophic, 56 Etoit d’une complexion fingulierement foible , 297 S’etablit dans un jardin , 18 Meprise les autres Philosopher, 23 A quel age il mourut, 297 Meurt dans un bain d’eau chaude, 298 Avale un verre de vin pur en rrtourant, ibid. Son caractere , 19 Sa confiance, ibid. Composa 300 volumes , fans citer per- sonne, 26 Sa memoire perfecutee , 7 Puis justified avec affectation, 8 Veut passer pour soul architects de fonsif- teme , 25 11 est also de Pen croire , & pourquoi, 26 Se fie plus au hazard qu’aux Dieux , 62 N’a point concu ses principes , 65 Ni pu les concevoir , 73 Sa Philosophic n’est que Part d’usor, 116 Est un cercle dont le centre est la volupte, 3 Il a tout yu dans la nature, 43 bES M ATIERES. 3 Z 7 A vu peu de choses , 172 Comment il guerit des passions, 99 Son regime , bon pour ceux qui fe portent bien, 98 Embrassoit le bi^n agreable , 40 Ne peut etre aide par les lumieres de nos materialistes , 76 Peu adroit , 91 Ses lemons, 97 Etat de bonheur parfait , 210 Etat de guerre, naturela l’homme , 208 Etat de nature , Etat de societe , 247 Evidence d’Epicure , traversee de images epais, 172 Exemtion de douleur tient au sentiment du plaisir, 93 F In de la Philosophie , 3 5 Formation des Mondes par les tourbillons , 3 28 Foudre , 3 5 2 Frugalite aiguise le gout, 197 GAJfendi, son caractere, to Guide principal dans cet ouvrage , 10 Ne doit pas etre compte parmiles Epicu- ' riens , 11 Accuse Plutarque fans fondement, 242 Generation des Images , 320 Grandeur du Soleil & des Aflres . 341 Grece laffe de croire & d’esperer aux promes- ses des Philosophes, 25 ,68 TABLE H JT A^ard vaut autant que la satallte , 358 Hegefias , orateur de la mort, 23 Hiercnym-us de Rhodes ne vouloit que l’exenv- tion de la douleur , 93 Hohbes a retabli la morale d’Epicure, 247 Homme est, felon Epicure, animal sans destination, 358 Homme heureux 36 • I I Die anticipee , ce que c'est, 223 Chrysippe & Ciceron la defrnissent, 226 Idee du bien & du md mord peut etre gravee dans les sensations , 237 Y est gravee dans les caracteres les plus lumineux, 239 I Inconvenient de VEpicureifme pour l’Epicurien lui-meme, 146 'Justice Epicurienne , I2i Jonjius n’a pas pris la pensee de Ciceron , 241 Jugement tantot vrai & tantot faux , 227 L \ X Ettre d'Epicure a Hermachus , 283 Traduite par Ciceron , 284 Traduite en fran^ois , 286 Admiree par Ciceron , 287 Expliqu^e dans les principes d'Epicure, 299 A Herodote , 306 A Pythocles » 3.3 3 DfiS MATIERES. A Minec£e , 182 j.oix , pour qui neceffaires, 264 M M^xime sondamentale dans la Physique des anciens, 308 Maximes d’Epicure , 203 Methode de mourir , inventee par les Philoso- phes, 293 Quand le Philofophe doit mourir. 294 Mouvement journalier des Afires, 343 Mouvement periodique , 344 Mowvement des atSmes 316 D’oii ils viennent, 317 N raifon , religion , s’accordent, 136 Nulle volupte n’ejl malpar elle-meme , 209 Nul nest pauvre de ce qui fuffit , maxime, 1 iF o O BjeBion contre la veritd effentielle des lensations, 219 Epicure y repond, 230 On lui replique , 232 Objets de nos destrs, naturels & neceffaires,2 3 3 Naturels Lcnon neceffaires, ibid. Ni naturels , ni neceffaires, 233 Occaston de cet Ouvrage , 3 Oistvete des Dieux, 329 Aa yyo TABLE ' Obscurite des causes , melee de grandes clar- tez, x 74 Oracle de Metrodore , 263 Origine des loix , 248 P J *Artisans d’Epicure, it© Leurs motifs , 172 Phantomes 6* rev es font Phllojophes ont tous eu vrais, 223 le meme but qu’Epi- cure , 46 Y tendent par une voie contralre aux sien- nes , ibid. Philosophic d’Epicure , a qui utile , 80 Delefperante pour les gens de bien , 83 Consolante pour les mechans , 81 Philosophic dEpicure seulement utile contre la Divinite, 213 Philosophic vraie mene a la Religion, 176 Bonne a tout age , i8i Planetcs , 3 3 ? Platan admirable dans ses principes , 20 Fatiguant dans ses ecrits , ibid. Pluraliti des Mondes , 318 Plutarqiie jufiifie contre Gaffendi, 284 Pourquoi on etudie la Physique , 334 Portique , plein de pretentious outrees , 23 Et de paradoxes difficiles a digerer, ibid. Presages, J 56 Principes de compostion du monde, 311 > - OES MATIERES. 37^ 0 . Ualite des atbmes , 322 'Question du bonkeur depend de deux autres, 41 Quatre Regies fur les notions : 227 Quatre Regies touchant les sensations , 23 I Quatre Regies de morale , IOQ R Ecette contre la douleur , 207 Religion, consolation & frein du vulgai- re , 360 Resolution Epicurienne , top Resource Epicurienne' en cas demalheur, 106 s SAcrificateur , felon Epicure, n’est qu’ura rotiffeur ou un boucher , 207 Sage daifl'e peu de choses a la fortune , 213 Sage Epicurien centre fourdement dans fes droits ufurpez , 23 n Croit que l’injustice est l’adresse d’un homme d’efprit , 252 Que la justice n'est que la fotife d’une belle ame, ibid. N’ofe repondre a certaine question , 2/2 Donne des confeils en confidence , 2/3 Profite des loix , quand elks font pout lui , ibid. Agit en cela felon fes principes, ibid. A a i; yji. TABLE'' F ait provision de philosophie & d’opium 1 304 Ne craint les Dieux, ni dans cette vie, ni dans l’autre , 2,63 Ne cells jamais d’etre sage , 267 Reffent les passions , ibid. Peut meme s’y livrer , bid. Est Heureux dans les tourmens, 268 Malgre son sisteme , 269 N’eft point amoureux, 270 Peut etre enterre dans unjardin,. 271 N’a ni femme ni enfans , 272 N’est point magistrat ni general d’armee 3 27a Ou bien il a ses railons, ibid. Peut etre cite devant les luges , 273 A soin de fon bien , ibid. FaifdeTamitieuneterre, 276 Fait cas de fa noblesse , & pourquoi, 278 Tient quelquefois peu de compte de fa vie, 282, Peut la donner pour fon ami, A des dogmes, Pourquoi. Aime mieux le repos que la gloire, Calcule toujours, Son bonheur supreme , Sa derniere fin , Seneque ami des Epieuriens , Pourquoi , Ne croit point l’autre vie , Sens , Deux opinions fur les fens , Les fens toujours vrais , Son: origines de toutes nos idees , ibid. 28 r ibid. 138 195 199 138 13 r 160 r6f 219 221 222 225 DES M A T I E R E S, 57 $ Ciceron &L Aristote citez, ibid. Dangers de cette opinion , 260 Socrate traits injurieusement, 29 Speufippe & Polemon , peu interestans pour Athenes , 21 Stupidite des betes , superieure a la philosophic de l’Epicurien, 216 Stoiciens & Epicuriens ont mcmes raisons pour mourir , 294 Stoiciens opposez exterieurement aux Epicuriens , i<8 Les chefs favoient ce quil falloit penler de ces debats , 160 T Able au de la morale d’Epicure , 116 Talent de I'esprit humain pour embrouiller les choses claires , 52 Temperance Epicurienne , 122 Theogmde maltraite , 191 Theodore I'athee chaste des villes policees , Theorie des fentimens agreables , citee, 131 Tonnerre , 330. V "V Ariation des jours & des nuits , 349 Verite , de deux fortes, 224 Vertu, a plus de plaisir que la volupte, 133 Vertu Epicurienne , vraie dans la speculation , 123 Peu lure dans la pratique 124, A a iij 374 TABLE DES MATIERES. Ne tient qu’a un fil , io 8 N’est qu’un commerce usuraire devoluptez , m Volupte d'Epicure , ce que c’est , 87 Personne ne le fait que les Epicuriens, 88 Eni'ans 8c betes le sa-ventaufli , 89 Volupte qui fait plaistr , 92 Volupte sans plaisir ibid* Univers fans bornes , 313 i/tilite, seule mere , & source de toute justice , 257 TJtUite de la, bonne Philofophie y 5® Fin de la Table. -4- * 4. * L. * >, * 7 .Jfo 9 A PP R 0 BAT 10 N. N Ous Commiffaires nomtnez par M.' le Merre Doyen des Lecteurs du Roi, Professeurs au College Royal de France, pour Pexamen d’un Manuscrit, qui a pour titre : La Morale d’ Epicure y tiree de ses propres ecrits , par M. I’Abbs Batteux, Professeur Royal de Philoso- sophie grecque & latine, &c. avons jugd que cet Ouvrage, ecrit avec autant d’ele- gance que de solidite, est digne de la reputation de sonAuteur, & tres-assorri au besoin de notre siecle. ■ A. Paris, ce 28. Fevrier iyy8. De la Bletekie, Deguignes. En consequence de ce rapport &’ comme Doyen de Messieurs les Professeurs Roy aux , j’ai cede a M. l’Abbd Batteux , au nom de la Compagnie , son Privilege pour simpression de cet Ouvrage : de laquelle cession il a ete fait acte dans I’Assemblee de Messieurs les Professeurs Royaux. A Paris, le ip Mars iyy8. Le MERLE. PRIVILEGE DU ROI. O UIS , par la grace de Dieu, Roi de France & de Navarre : A nos ames & fdaux Conseillers, les Gens tenant nos Lours de Parlement , Maitres des Requetes ordinaires de notre Hotel, Grand - Conseil, Prevot de Paris, Bail- lifs, Senechaux, lears Lieutenans-Ci- viis, & autres nos Justiciers qu’il appar- tiendra , Salut. Nos amez les Lee-: teurs & Professeurs de notre College Royal, Nous ont fait exposer qu’ils avoient besoin de nos Lettres de Privilege pour pouvoir faire imprinter leurs Ouvrages. A ces causes, & voulant favorablement traiter les Exposans, Nous feur avons permis & permettons par ces Presences , de faire imprinter par tel Im- primeur qu’ils voudront choisir , les Lemons du College Royal, & les Ouvrages que l’Assemblee des Lecteurs & Professeurs voudra faire imprinter en son nom , en tels volumes , forme , marge , caracteres , conjointement ou fepare- ment, & autant de fois que bon leur bite fe: ves ?rfl des. eire desd Imp nest les I dtra obe fairs ki en p tion fe expi si; fa de tr cm fou Vti si a dom tes semblera, & de les faire vendre & de- biter par tout notre Royaume, pendant le tems de quinze annees confecuti- ves , a compter du jour de la date des Prefentes, fans toutefois qu’a I’occasion des Livres ci-dessus specifies J il puisse en etre imprime d’autres qui ne foient pas defdits Expofans. Faifons defenses a tous Imprimeurs , Libraires & autres person- nes de quelque qualite & condition qu’eE les foient, d’en introduire d’impresiion dtrangere dans aucun lieu de notre obeissance, comme auffi d’imprimer on faire imprimer , vendre, faire vendre » & debiter lefdits Ouvrages en tout on en partie , ni d’en faire aucune reduction ou extrait, sous quelque pretexts que ce puisse etre, fans la permission expresse deldits Expofans , ou de ceux qui auront droit d’eux, a peine de confiscation defdits exemplaires contrefaits, de trois mille livres d’amende centre cha- cun des contrevenans, dont un tiers a Nous, un tiers a l’Hotel -Dieu de Paris, & 1’autre tiers aufdits Expofans ou a ceux qui auront droit d’eux, & de tous depens» dommages & inter&ts: A la charge que ces Prefentes leront enregistrees tout au longlur le Registre de la CommusiautS is des Imprimeurs & Libraires de Paris > to dans trois mois de la date d’icelles; que £ Impression desdits Ouvrages sera salts fy dans notre Royaume , & non ailleurs j pa en beau papier & beaux caracteres, con- let formement auxReglemens de laLibrai- if rie , qu’avant de les exposer en vents * ere les manuscrits qui auront servi de copie a k 1’impreffion deldits Ouvrages , Teront re- At! mis es mains de notre trks-cher & seal der Chevalier Chancelier de France le Sieur toei de Lamoignon; & qu’il en sera enfuite re- Le; mis deux exemplaires de chacun dans no- trej treBibliotheque publique , un dans cells aii’ei de notre Chateau du Louvre , un dans gat celle de notre tr£s-cher l & fdal Chevalier de; Chancelier de France le Sieur de La- je k moignon , & un dans celle de notre tres- cher & seal Chevalier Garde-des -Sceaux de France le Sieur de Machault, Com- ^ mandeur de nos Ordres ; le tout a peine j r ,j; de nullite des Pressures. Du contenu des- quelles vous mandons & enjoignons de ^ fairs jouir lesdits Exposans ou leurs ayant- w cause > pleinement & paisiblement, sans soussrir qu’il leur soit fait aucun trouble ou empechement.. Voulons que la copie ^ des Prefentes qui sera imprimee tout aa long au comnjencement ou a la fin des- dits Ouvrages , soit tenue pour duemenc fignifiee, & qu’aux copies collationnees par Tun de nos ames & seaux Conseil- lers - Secretaires, foi soit ajoutee comme a l’original. Commandons au premier no- tre Huiffier ou Sergent fur ce requis , de faire pour l’execucion d’icelles tous Actes requis & neceffaires, fans deman- der autre permission , & nonobstant Cla- tneur de Haro , Charte Normande , 8 c Lettres a ce contraires :Car tel est nq- treplaisir. Donne’ a Versailles le premier jour du mois de Mai , Tan de grace mil sept-cens cinquante - quatre, & de notre Regne le trente - unieme. Par je Roi en son Conseil. Signe , Perrin. Registrefiir le Regijlre XIII. de la Cham- Ire Roy ale des Libraires & Imprimeurs de Paris, N°. 28s. /c>!. 303. conformement au Reglement de 1723. qui fait defense , art. 4. ct toutet perfonnes , de quelque qua- lite qu’ettes foient , autres que les Li'-raires' Impr-imeurs , de vendre J debiter & faire ajficher aucuns Liym pour le pendre enleurs tionts, soit quails s’en iijent les Auteurs dti autrement, & a la. charge defournir d la susdite Chambre neuf exemplaires de chacutt presents par Vart. 108. du mime Regle- ment. A Paris, le i 6 .Juin 1754. Did ot, Syndic. De Plmprimerie de la Veuve De latouR, rue de la Harpe, s '-a- ' ^ v/m Ma ‘ \*\\ v X N MM. ■ivi V 9 / < % \ w t ► >L' •. /M