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LA HENRIADE.
IL dit, et le héros, qui jaloux de fa gloireCraignait de partager l’honneur de la victoire,
Sentit en l’écoutant une julte douleur.
Il regrettait ces temps fi chers à fon grand cœur,
Où fort de fa vertu, fans fecours, fans intrigue ,
Lui ( 8 ) feul avec Condé fefait trembler la ligue.
Mais il fallut d’un maître accomplir les deffeins :
Il fufpendit les coups qui. partaient de fes mains ;
Et laiiTant fes lauriers cueillis fur ce rivage,
A partir de ces lieux il força fon courage.
Les foldats étonnés ignorent fon deflein ;
Et tous de fon retour attendent leur dcftin.
Il marche. Cependant la ville criminelleLe croit toujours préfent, prêt à fondre fur elle,
Et fon nom, qui du trône eft le plus ferme appui,Semait encor la crainte, et combattait pour lui.
Déjà des Neuftriens il franchit la campagne: (e)De tous fes favoris , Mornay feul l’accompagne ,Mornay (9) fon confident, mais jamais fon flatteur,Trop vertueux foutien du parti de l’erreur,
Qui, fignalant toujours fon-zèle et fa prudence,Servit également fon Eglife et la France ;
Cenfeur des courtifans, mais à la cour aimé;
Fier ennemi de Rome , et de Rome eftimé.
A travers deux rochers, où la mer mugifiantcVient brifer en courroux fon onde blanchilfante,Dieppe aux yeux du héros offre fon heureux port :Les matelots ardens s’empreflfent fur le bord ;
Les vaiffeaux fous leurs mains, fiers fouverains des ondes,Etaient prêts à voler fur les plaines profondes :