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LA HENRIADE.
Sans fiel et fans fierté couliez dans la pareffeVos inutiles jours, filés par la mollefife?
Avec les fcélérats feriez-vous confondus,-Vous, mortels bienfefans, vous, amis des vertus,Qui, par un feul moment de doute ou de faibleffe,Avez feché le fruit de trente ans de fageffe ?
Le généreux Henri ne put cacher fes pleurs.
Ah! s’il eft vrai, dit-il, qu’en ce féjour d’horreursLa race des humains foit en foule engloutie, (5)
Si les jours paffagers d’une fi trille vieD’un éternel tourment font fuivis fans retour,
Ne vaudrait-il pas mieux ne voir jamais le jour?Heureux s’ils expiraient dans le fein de leur mère,
Où fi ce Dieu du moins , ce grand Dieu fi févère,
A l’homme, hélas trop libre, avait daigné ravir -'Le pouvoir malheureux de lui défobéir !
Ne crois point, dit Louis, que ces trilles victimesSouffrent des châtimens qui furpaffent leurs crimes,Ni que ce julte Dieu , créateur des humains,
Se plaife à déchirer l’ouvrage de fes mains :
Non, s’il eft infini, c’ell dans fes récompenfes ;Prodigue de fes dons, il borne fes vengeances.
Sur la terre on le peint l’exemple des tyrans :
Mais ici c’eft un père , il punit fes enfàns ;
11 adoucit les traits de fa main vengereffe ;
Il ne fait point punir des momens de faibleffe,
Des plaifirs paffagers, pleins de trouble er d’ennui,Par des tourmens affreux, éternels comme lui. (6)
Il dit, et dans l’inftant l’un et l’autre s’avanceVers les lieux fortunés qu’habite l’innocence.
Ce