LA HENRIADE.
T 48
Approchons-nous, le ciel te permet de connaîtreLes rois et les héros qui de toi doivent naître.
Le premier qui paraît c’eft ton augufte fils ;
Il foutiendra long-temps la gloire de nos lis,Triomphateur heureux du Belge et de l’ibère,
Mais il n’égalera ni fon fils ni fon père.
Henri dans ce moment voit fur des fleurs de lisDeux mortels orgueilleux auprès du trône affis.
Ils tiennent fous leurs pieds tout un peuple à la chaîne ;Tous deux font revêtus de la pourpre romaine ;
Tous deux font entourés de gardes, de foldats ;
Il les prend pour des rois.... Vous ne vous trompez pas,Ils le font, dit Louis, fans en avoir le titre ;
Du prince et de l’Etat l’un et l’autre eft l’arbitre.
Richelieu, Mazarin , miniftres immortels,Jufqu’au trône élevés de l’ombre des autels,
Enfans de la fortune et de la politique,
Marcheront à grands pas au pouvoir defpotique.Richelieu , grand, fublime, implacable ennemi ;Mazarin , fouple, adroit et dangereux ami :
L’un (14) fuyant avec art et cédant à l’orage,
L’autre aux flots irrités oppofant fon courage ;
Des princes de mon fang ennemis déclarés ;
Tous deux haïs du peuple et tous deux admirés ;Enfin, par leurs efforts ou par leur induftrie,
Utiles à leurs rois, cruels à la patrie.
O toi,moins puiffant qu’eux,moins vafteen tesdeffeins,(i ç)Toi dans le fécond rang le premier des humains,Colbert , e’efl: fur tes pas que l’heureufe abondance,Fille de tes travaux, vient enrichir la France ;