290 ESSAI SUR LES GUERRES
Ce prince , qui vivait dans un temps de factionset de guerres civiles , où la fermeté d’efprit eft linéceffaire, ne fit voir qu’incertitude et irréfolutiondans fa conduite. Il ne fut jamais de quel parti nide quelle religion il était. Sans talent pour la cour ,et fans capacité pour l’emploi de général d’armée,il palfa toute fa vie à favorifer fes ennemis et àruiner fes ferviteurs ; joué par Catherine de Mcdicis ,amufé et accablé par les Gitifes , et toujours dupede lui - même. Il reçut une bleffure mortelle au liègede Rouen , où il combattit pour la caufe de fesennemis contre l’intérêt de fa propre maifon. Il fitvoir en mourant le même efprit inquiet et flottantqui l’avait agité pendant fa vie.
Jeanne d’Albret était d’un caractère tout oppofé :pleine de courage et de réfolution , redoutée de lacour de France , chérie des proteftans, eftimée desdeux partis. Elle avait toutes les qualités qui fontles grands politiques , ignorant cependant les petitsartifices de l’intrigue et de la cabale. Une choferemarquable eft quelle fe fit proteftante dans lemême temps que l'on époux redevint catholique , etfut auffi co nftamment attachée à la nouvelle-religionqa Antoine était chancelant dans la fienne. Ce futpar-là quelle fe vit à la tête d’un parti, tandis quefôn époux était le jouet de l’autre.
Jaloufe de l’éducation de fon fils, elle voulutfeule en prendre le foin. Henri apporta en naiffanttoutes les excellentes qualités de fa mère , et il lesporta dans la fuite à un plus haut degré de perfection.Il n’avait hérité de fon père qu’une certaine facilitéd’humeur, qui dans Antoine dégénéra en incertitude