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Tome dixième
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HOMERE .

marche , cefi un feu dévorant qui , pouffé par les vents jconfume la terre devant lui. Si c’efl; un Dieu qui fetranfporte d’un lieu à un autre , il fait trois pas , etau quatrième il arrive au bout de la terre. Quand il décritla ceinture de Vénus , il n’y a point de tableau deVAlbane qui approche de cette peinture riante. Veut-ilfléchir la colère à! Achille, il perfonnifie les prières,elles font filles du maître des Dieux ; elles marchent trifte-ment, le front couvert de confufion , les yeux trempés delarmes, et ne pouvantfefoutenirfur leurs pieds chancelanselles fuivent de loin V Injure, V Injure altière qui court furla terre d'un pied léger , levantfa tête audacieufe . C’eft icifans doute qu’on ne peut fur - tout s’empêcher d’êtreun peu révolté contre feu la Motte Houdart del’académie françaife , qui dans fa traductiond'Homère étrangle tout ce beau paffage , et leraccourcit ainli en deux vers :

On appaife les Dieux ; mais par des facrifices

De ces Dieux irrités on fait des Dieux propices.

Quel malheureux don de la nature que l’efprit,s’il a empêché M. de la Motte de fentir ces grandesbeautés d’imagination, et fi cet académicien fi ingé-nieux a cru que quelques antithèfes, quelques toursdélicats pourraient fuppléer à ces grands traitsd’éloquence ! La Motte a ôté beaucoup de défauts àHomère -, mais il n’a confervé aucune de fes beautés :il a fait un petit fquelette d’un corps démefuré ettrop plein d’embonpoint. En vain tous les journauxont prodigué des louanges à la Motte ; en vain avectout l’art poflible, et foutenu de beaucoup de mérite,s’était-il fait un parti confidérable ; fon parti, fes

éloges,