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VIRGILE.
dû nous attacher ; auffi ne nous le fait-il jamais-perdre de vue. Toute autre méthode aurait gâtéfon poème.
Saint - Evremond dit qu ' Endc eft plus propre à êtrele fondateur d’un ordre de moines que d’un empire.Il eft vrai quEnce palfe auprès de bien des gensplutôt pour 'un dévot que pour un guerrier ; maisleur préjugé vient de la faillie idée qu’ils ont ducourage.Ils ont les yeux éblouis de la fureur d'Achille ,ou des exploits gigantefques des héros de roman. SiVirgile avait été moins fage , fi au lieu de repréfenterle courage calme d’un chef prudent il avait peint latémérité emportée d ’Ajax et de Diomède , qui com-battent contre des dieux , il aurait plu davantageà ces critiques ; mais il mériterait peut-être moinsde plaire aux hommes fenfés.
Je viens à la grande et univerfelle objection quel’on fait contre l’Enéide. Les lix derniers chants,dit-on, font indignes des lix premiers. Mon admi-ration pour ce grand génie ne me ferme point lesyeux fur ce défaut ; je fuis perfuadé qu’il le fentaitlui-même, et que c’était la vraie raifon pour laquelleil avait eu deffein de brûler fon ouvrage. Il n’avaitvoulu réciter à Augujle que le premier , le fécond,le quatrième et le fixième livre, qui font effective-ment la plus belle partie de l’Enéide . Il n’eft pointdonné aux hommes d’être parfaits. Virgile a épuifétout ce que l’imagination a de plus grand dans ladefcente d'Enc'e aux enfers ; il a dit tout au cœurdans les amours de Didon . La terreur et la compaffionne peuvent aller plus loin que dans la defcriptionde la ruine de Troye. De cette haute élévation , où