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Tome troisième
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LETTRE

Si la fuperftition ne fe fignale pas toujours par cesexcès qui font comptés dans l’hiftoire des crimes,elle fait dans la fociété tous les petits maux innom-brables et journaliers qu’elle peut faire. Elle défunitles amis, elle divife les parens, elle perfécute lefage qui n’eft qu’homme de bien, par la main dufou qui eft enthoufiafte. Elle ne donne pas toujoursde la ciguë à Socrate , mais elle bannit Defcartes d’uneville qui devait être l’afile de la liberté ; elle donneà Juneu , qui fefait le prophète , allez de crédit pourréduire à la pauvreté le favant et philofophe Bayle.Elle bannit, elle arrache à une florilfante jeuneffe,qui court à fes leçons, le fucceffeur du grand Leibnitz set il faut pour le rétablir que le ciel falfe naître unroi philofophe ; vrai miracle qu’il faitbien rarement.En vain la raifon humaine fe perfectionne par laphilofophie qui fait tant de progrès en Europe ; envain , vous furtout, GRAND PRINCE , vous efforcez-vous de pratiquer et d’inlpirer cette philofophie fihumaine ; on voit dans ce même fiècle , où la raifonélève fon trône d’un côté , le plus abfurdefanatifmedreffer encore fes autels de l'autre.

On pourra me reprocher que , donnant tropà mon zèle , je fais commettre dans cette pièceun crime à Mahomet , dont en effet il ne fut pointcoupable.

M.le comte deBoulainvilliers écrivit, il y a quelquesannées, la vie de ce prophète. Il effaya de le fairepaffer pour un grand homme que la Providenceavait choifi pour punir les chrétiens, et pour changerla face d’une partie du monde. M. Sale , qui nousa donné une excellente verfion de l’aicoran en