132 LETTRE AU ROI DE PRUSSE.
Je me croirai bien récompenfé de mon travail, fiquelqu’une de ces âmes faibles , toujours prêtes àrecevoir les imprelïions d’une fureur étrangère quin’eft pas au fond de leur cœur, peut s’affermir contreces funeftes féductions par la lecture de cet ouvrage ;fi, après avoir eu en horreur la malheureufe obéiffàncede Scide , elle fe dit à elle-même : pourquoi obéirais-jeen aveugle à des aveugles qui me crient : haïffez,perfécutez , perdez celui qui eft allez téméraire pourn’être pas de notre avis fur des chofes même indif-férentes que nous n’entendons pas? Que ne puis-jefervir à déraciner de tels fentimens chez les hommes !L’efprit d’indulgence ferait des frères, celui d’into-lérance peut former des monftres.
C’eftainfiquepenfe Votre Majesté. Ce feraitpour moi la plus grande des confolations de vivreauprès de ce roi philofophe. Mon attachement effcégal à mes regrets ; et fi d’autres devoirs m’entraînent,ils n’effaceront jamais de mon cœur les fentimensque je dois à ce prince, qui penfe et qui parle enhomme, qui fuit cette fauffe gravité fous laquellefe cachent toujours la petiteffe et l’ignorance, qui fecommunique avec liberté, parce qu’il ne craint pointd’être pénétré, qui veut toujours s’inffruire , et quipeut inftruire les plus éclairés.
Je ferai’toute ma vie avec le plus profond refpectet la plus vive reconnaiffance , etc.
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