ACTE PREMIER,
*5i
Enthoufiafte ou fourbe, il faut celfer de l’être;
Sers-toi de ta raifon, juge avec moi ton maître;
Tu verras de chameaux un groffier conducteur,
Chez fa première époufe infolent impofteur,
Qui, fous le vain appas d’un fonge ridicule,
Des plus vils des humains tente la foi crédule;Comme un féditieux à mes pieds amené,
Par quarante vieillards à l’exil condamné:
Trop léger châtiment qui l’enhardit au crime.
De caverne en caverne il fuit avec Fatime,
Ses difciples errans de cités en déferts,
Profcrits, perfécutés , bannis , chargés de fers,Promènent leur fureur, qu’ils appellent divine,
De leurs venins bientôt ils infectent Médine,
Toi-même alors, toi-même, écoutant la raifon,
Tu voulus dans fa fource arrêter le poifon.
Je te vis plus heureux, et plus jufte, et plus brave,Attaquer le tyran dont je te vois l’efclave.
S’il eft un vrai prophète, ofas - tu le punir ?
S’il eft un impofteur, ofes-tu le fervir?
o m A R,
Je voulus le punir, quand mon peu de lumièreMéconnut ce grand homme entré dans la carrière ;Mais enfin, quand j’ai vu que Mahomet eft néPour changer l’univers à fes pieds confterné ;
Quand mes yeux, éclairés du feu de fon génie,
Le virent s’élever dans fa courfe infinie ;
Eloquent, intrépide, admirable en tout lieu,
Agir, parler, punir ou pardonner en dieu ;
J’affociai ma vie à fes travaux immenfes:
Des trônes, des autels en font les récompenfes.
K a