Band 
Tome troisième
JPEG-Download
 

ACTE SECOND.

163

Ton nom feul parmi nous divife les familles,

Les époux, les parens, les mères et les filles -,

Et la trêve pour toi n’eft qu’un moyen nouveau ,

Pour venir dans nos cœurs enfoncer le couteau.

La difcorde civile eft par-tout fur ta trace;Affemblage inouï de menfonge et d’audace,

Tyran de ton pays, eft-ce ainli qu’en ce lieuTu viens donner la paix, et m’annoncer un dieu ?

MAHOMET .

Si j’avais à répondre à d’autres qu’à Zopire,

Je ne ferais palier que le dieu qui m’infpire ;

Le glaive et l’alcoran, dans mes fanglantes mains,Impoferaient filence au refte des humains.

Ma voix ferait fur eux les effets du tonnerre,

Et je verrais leurs fronts attachés à la terre ;

Mais je te parle en homme, et fans rien déguifer:Je me fens allez grand pour ne pas t’abufer.

Vois quel eft Mahomet ; nous fommes feuls, écouteJe fuis ambitieux, tout homme P eft fans doute;Mais jamais roi, pontife, ou chef, ou citoyen,

Ne conçut un projet auffi grand que le mien.

Chaque peuple à fon tour a brillé fur la terre,

Par les lois, par les arts, et furtout par la guerre :Le temps de l’Arabie eft à la fin venu.

Ce peuple généreux, trop long-temps inconnu,Laiffait dans fes déferts enfevelir fa gloire ;

Voici les jours nouveaux marqués pour la victoire.Vois du Nord au Midi l’univers défolé,

La Perfe encor fanglante , et fon trône ébranlé,L’Inde efclave et timide, et l’Egypte abailfée ,

Des murs de Conftantin la Iplendeur écliplee ;

L 2