20 6
LE FANATISME.
Bourreau de tous les miens, va; ce dernier outrageManquait à ma mifère, et manquait à ta rage.
Le voilà donc, grand Dieu ! ce prophète facré,
Ce roi que je fervis , ce dieu que j’adorai !
Monftre, dont les fureurs et les complots perfidesDe deux cœurs innocens ont fait deux parricides,
De ma faible jeuneffe infâme féducteur,
Tout fouillé de mon fang, tu prétends à mon cœur!Mais tu n’as pas encore affuré ta conquête ;
Le voile eft déchiré, la vengeance s’apprête.
Entends-tu ces clameurs? entends-tu ces éclats?Mon père te pourfuit des ombres du trépas.
Le peuple fe foulève, on s’arme en ma défenfe ;
Leurs bras vont à ta rage arracher l’innocence.Puiffé-je de mes mains te déchirer le flanc,
Voir mourir tous les tiens, et nager dans leur fang!PuiiTent la Mecque enfemble, et Médine, et l’Afie,Punir tant de fureur et tant d’hypocrifie !
Que le monde, par toi féduit et ravagé,
Rougiffe de fes fers, les brife et foit vengé !
Que ta religion, que fonda l’impofture,
Soit l’éternel mépris de la race future !
Que l’enfer, dont tes cris menaçaient tant de foisQuiconque ofait douter de tes indignes lois,
Que l’enfer, que ces lieux de douleur et de rage,Pour toi feul préparés, foient ton jufte partage!
Voilà les fentimens qu’on doit à tes bienfaits,L’hommage, les fermens , et les vœux que je fais.MAHOMET .
Je vois qu’on m’a trahi; mais quoi qu’il en puiffe être,Et qui que vous foyez, fléchiffez fous un maître.Apprenez que mon cœur....