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TANCREDE.
Ce peuple ivre de joie, et volant après lui,
Le nomme fon héros, fa gloire, fon appui,
Parle même du trône où fa vertu l’appelle.
Un feul de nos guerriers, Seigneur, l’avait fuivi ;
C’eft ce même Aldatnon qui fous vous a fervi.
Lui feul a partagé fes exploits incroyables ;
Et quand nos chevaliers, dans un danger lï grand,
Lui font venus offrir leurs armes fecourables,
«Tancrède avait tout fait, il était triomphant.Entendez-vous ces cris qui vantent fa vaillance?
On l’élève au-deffus des héros de la France ,
Des Rolands, des Lifois, dont il eft defcendu.
Venez de mille mains couronner fa vertu ,
Venez voir ce triomphe, et recevoir l’hommageQue vous avez de lui trop long-temps attendu.
Tout vous rit, tout vous fert, tout venge votre outrage ;
Et Tancrède à vos vœux eft pour jamais rendu.
A M E N A ï D E.
Ah ! je refpire enfin ; mon cœur connaît la joie.
Ah ! mon père, adorons le ciel qui me renvoie,
Par ces coups inouïs, tout ce que j’ai perdu.
De combien de tourmens fa bonté nous délivre !
Ce n’eft qu’en ce moment que je commence à vivre.
Mon bonheur eft au comble, hélas! il m’eft bien dû.
Je veux tout oublier; pardonnez-moi mes plaintes,
Mes reproches amers, et mes frivoles craintes. \
Oppreffeurs de Tancrède , ennemis , citoyens ,
Soyez tous à fes pieds, il va tomber aux miens.
A R G I R E.
Oui, le ciel pour jamais daigne effuyer nos larmes.
Je me trompe, ou je vois le fidèle Aldamon,