EPISTRE V. 91Difoir, le mois paſſèé, doux, honeſte& ſoumisL'Heritier affamé de ce riche Commis.Qui, pour lui preparer cette douce journée,Tourmenta quarante ans ſa vie infortunée.La mort vient de faific le vicillard Catherreux.Uoilà fon Gendre riche. En eſt il plus heureux?Tout fier du faux éclat de ſa vaine richeſſe,Déja nouveau Seigneur il vante fa nobleſſe. àQuoi que fils de Muſnier, encor blanc du moulin,Ii eſt preft à fournir fes titres en vélin.En mille vains projets à toute heure il s'égare,Le voilà fou, ſuperbe, impertinent, bizarre,Refveur, fombre, imquiet, à ſoi me me ennuieux,II vivroit plus content, fi, comme fes Ayeux,Dans un habit conforme à fa vraye origine,Sur le mulet encore il chargeoit[a farine.;
Mais ce diſcours n'eſt pas pour le peuple igno-
rant.
Que le faſte éblouït d’un bonheur apparent.L'argent, l’argent, dit-on 3 Sans lui tout eſt ſterile.La vertu(ans l’argent n’eft qu'un meuble inutile,argent en honnette homme érige un ſcelerat.L'argent ſeul au Palais peut faire un Magiſtrar.Qu'importe, qu’en tous lieu on me traite d’infa-
me.Dit ce Fourbe fans foi, fans honneur& fans ame?Dans mon coffre tout plein de rares qu!ités,J'ai cent mille vertus en loüis bien comtés.Eft-il quelque talent que l’argent ne me donne?C'’elt ainſi qu’en fon cœur ce Financier raiionne,, Mais pour moi, que l'éclat ne ſcauroit decevoir,Qui mers au rang des biens,l’efprit& le fçavoir,Peftime autant Pacru, melimes dans l’indigence,Qu’un Commis engraiſſ des malheurs de la Fran ce .
Non que je fois du gouſt de ce Sage*inſenſe,Qui d’un argent commode eſcla ve embarreſſe,
« Jetta tour dans la mer, pour crier: Je fuis libre.De la droite raifon, je lens mieux l’équilibre -Mais je tiens qu’ici- bas, fans faire tant d’appretts,La vertu fe contente,& vit à peu de frais.
À Crates Philoſoſ he Cyni que.
Ed