1772 .
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LETTRES DÜ ROI DE PRUSSE
LETTRE XXVI.DE M. DE VOLTAIRE.
13 novembre.
SIRE,
Hier il arriva dans mon hermitage une cailleroyale , et ce matin j’ai pris mon café à la crèmedans une taffe , telle qu’on n’en fait point chez votreconfrère Kienlong, l’empereur de la Chine; le plateaueft de la plus grande beauté. Jefavais bien que Frédéricle grand était meilleur poète que le bon Kienlotig ,mais j’ignorais qu’il s’amufàt à faire fabriquer dansBerlin de la porcelaine très - fupérieure à celle deKiengtfin, de Drefde et de Sève ; il faut donc quecethomme étonnant éclipfe tous fes rivaux dans toutce qu’il entreprend. Cependant je lui avouerai queparmi ceux qui étaient chez moi à l’ouverture de lacaiffe, il fe trouva des critiques qui n’approuvèrentpas la couronne de laurier qui entoure la lyred’Apollon , fur î ; couvercle admirable de la plus jolieécuelle du monde ; ils difaient: comment fe peut-ilfaire qu’un grand homme, qui eft fi connu pourméprifer le fafte et la fauffe gloire, s’avife de fairemettre fes armes fur le couvercle d’une écuelle ! Jeleur dis: d faut que ce foitune fantaifie de l’ouvrier;les rois laiffent tout faire au caprice des artiftes.Louis XIV n’ordonna point qu’on mît des efclaves auxpieds de fa ftatue ; il n’exigea point que le maréchalde la Feuillade fit graver la fameufe infcription, à