X14 LETTRES DU ROI DE PRUSSE
--étrangers. Vous qui êtes, je crois , immortel, vous
1 77?• vou dnez être fpcctateur d’une de ces grandes révolu-tions qui changent la face de l’Europe ; prenez-vous-en à la modération de l’impératrice de Ratifie , fi cetterévolution n’arrive pas. Cette pfinceffe ne penfe pascomme Charles XII , qu’il n’y a de paix avec fes enne-Inis qu’en les détrônant'dans leur capitale. Les Grecs,pour lefquels vous vous intéreiïez fi vivement, font,dit-on , fi avilis , qu’ils ne méritent pas d’être libres.
Mais , dites-moi, comment pouvez-vous exciter1 Europe aux combats, après le fouverain mépris quevous et les encyclopédiftes avez affiché contre lesguerriers ? Qui fera allez ofé pour encourir l’excom-munication majeure du patriarche de Ferney et detoute la féquelle encyclopédique ? Qui voudra gagnerle beau titre de conducteur de brigands, et de brigandlui-même? Croyez qu’on laiffera la Grèce efclave , etqu’aucun prince ne commencera la guerre avant d’enavoir obtenu indulgence plénière des philofophes.
Déformais ces meffieurs vont gouverner l’Europecomme les papes l'affujettilTaient autrefois. Je croismême que M. Guibert aura fait abjuration de fonart meurtrier entre vos mains , et qu’il fe feracapucin ou philofophe pour trouver en vous unpuilfant protecteur. Il faut que les philofophes aientdes millionnaires pour augmenter le nombre depareilles converfions ; par ce moyen ils déchargeront. imperceptiblement les Etats de ces grollès arméesqui les abyment, et fucceffivement il ne reliera plusperfonne pour fe battre. Tous les fouverains et lespeuples n’auront plus ces malheureufes pallions,dont les fuites font fi funeftes , et tout le monde