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Tome huitième
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314 LETTRES DU ROI DE PRUSSE

1782 .

où font les deux nations de continuer à s’égorger,parce qu’on ne s’égorge qu’à prix d’argent, et quece nerf de la guerre manque à tout ceux qui la fontaujourd’hui.

On dit que l’abbé Raynal s’établit dans les états deV. IYX.; il a befoin, pour écrire fon hiftoire de larévocation de l’édit de Nantes, de l’écrire dans unpays où il foit à l’abri des fanatiques.Mais par malheur,comme l’obfervait très-bien V. M. dans une de fesdernières lettres, ce livre ne fera que montrer à laFrance toute la grandeur du mal qu’elle s’eft fait àelle-même par cette révocation ; il eft trop tard pourle réparer. Nous ne penfons pas même à en empêcherles fuites, en permettant au moins le mariage auxproteftans. Nous ferons les derniers à faire ce quenous avons écrit, et ce que les autres nations exécu-tent. Dieu veuille enfin nous éclairer !

Etr attendant, nos grands Seigneurs font ici desbanqueroutes fcandaleufes et incroyables. M. leprince de Rohan Guémené, grand Chambellan duRoi, et mari de la gouvernante des enfans de France,en fait une de 20 millions au moins. Il met à l’aumônedesmilliers de citoyens, qui ontplacé fur luileurfor-tune. L’indignation et le cri public contre cette abo-minable action font extrêmes , et le coupable n’eftpoint puni. Toute la France crie qu’il le ferait dansles états de V. M., et il le ferait même chez nous,fi notre roi n'écoutait que les principes de juftice, etde vertu qui fout au fond de fon ame , et ne cédait pasaux prières des Rohans, qui facrifient le public à leurvanité.

Tout cela, Sire, ne fera pour moi qu’un mal