ET DU MARQUIS D’ARGENS. 269
EPITRE XII.
AU MARQUIS D’ A R G E N S.A Strehlen le 8 Novembre.
Orgueilleuse raifon ! ce trait doit te confondre :Que de maux inouïs fur nous viennent de fondre!L’œil n’a pu les prévoir, ni l’art les prévenir.
Un voile impénétrable a caché l’avenir :
Nos regards curieux fans fin fur lui s’exercent ;
Leurs efforts font perdus, jamais ils ne le percent;
La campagne, Marquis, approchait de fa fin,On ofait fe flatter d’un plus heureux deftin ;
Déjà difparaiffait l’immenfe multitudeDe ce peuple cruel, né dans la fervitude,
Qui tel qu’aux Appennins les orageux torrens,Ravageait nos cités et dévaftait nos champs.
Us avaient fui, l’efpoir commençait à renaître,Qu’ayant moins d’ennemis on les vaincrait peut-être.
Ce calme inefpéré ne dura qu’un moment:
La foudre avec l’éclair partit au même inftant.L’Autrichien caché, tapis dans fes montagnes,Prémédite fon coup , defcend dans les campagnes;
Ces travaux dont Vauban, le digne fils de Mars,Par des foffés profonds défendait les rempartsDont Schweidnitz affurait fa redoutable enceinte,
N’ont pu contre un aflaut la préferver d’atteinte.
Sous un bras téméraire autant qu’audacieuxElle tom-be une nuit , prefque à nos propres yeux.Dès-lors les embarras de tout côte nous preilent :Depuis ce coup fatal tous les troubles renaiflent.