428 De la Cofmographie
trauerfe cefteriuiere,on entreen Thurgsw. C'eft vne ville affez belle& riche, fituée prefyque aumillieu des Ligues,& pour cefte caufeles SuylTes tiennéc toutes leurs tournées là. D’vn cofte elle a des montaignes bien prochaines,& del’aultre cofte coule vnegranderiuierenauigable& fort roide, par laquelle on vient de Zurich iufques au Rhein , Vn peuau def;baings.{oubz de lavilleaultant que le canon peultporter,il y a va village qui elt fort beau& plaisfant,lequel eftexpreffementbafty pour les baings. Il‘y a vne grande place au millieu du vil
lage,& à l’entour des hoftelleries magnificques& belles pour receuoir grand nombredegentz.[In’y amaifon qui n’ayt fon baing au dedans,auquel fe baignent feulement ceulx
qui y vontloger.On contelh trente baings tant publicques que particuliers 3 fans ceulx qui
iettent leur bouillon oultre la riuiere, ou il y a aufsi quelques maifons bafties, ef quelles lesvillageois&payfans febaignent couftumieremêt, Ain
| fi& deça&delà lariuiere,Saufsi dedans la riuiereme(;me fortent des bouillons d’eauë chaulde, La chaleur eftfigrandeenfafource aulieuou l’eauëfort hors de terre,qu'on ne la peult pas endurer. Quant aux baings publicsques,i]n y ena quedeux, efquelz le commun populaisre{e baigne&laue,& les ordurez detoutz les aultresdefcendent par là, Mais les baings qui fontes maifonsprivées, font bien agencez& poliz,& font communs| tant aux femmes qu'aux hommes. Il ya des trauoifonsouentredeux qui rshen les femmes d’auec les hony
4 Mes,mais ce pendantc'eften celle forte qu’il y a de petitesfeneftres bai es, par lefquelles il= peuvent familliere;
J_ ment parler l’yn à l’aultre,& boire& rireenfemble. Eton n'y ferme point d’aiz les pourmenoirs par le def uz,oules hommes fetiennent pour contempler& deuiter 11z mangenthien fouvent dedansLes grandzet les baings de ce qu'vn chafcun a apporté, 8 dreffent vnetable dedans l’eauë. Les baingspetizz baings. qui font par deça la riviere du coîte de la ville ce fontles plus grandz,& ceulx qui fontparde la font appellez les petitz baings, L'a aborde voire des pays loingtains vn grand nom
bre de gentz,tanr gentilz hommes que mechanicques,& plus pour y prendre leurs plais
firs,que pour chercher medicine ou guerif on de quelque maladie. Plufieurs amoureux,mu/
guetz& qui paflent leur vie en volupté, y viennent pour iouyr des chofes defirées. Plu
ficurs femmes aufsi feignent eftre malades au corps, lefquelles toutesfois font nauré au
coëur. Ainfi on verra la beaucou p des belles fêmes fans leurs marys,et fans aulcundeleurs
parentz, feulementaccompagnees de deux outrois feruantes,& d’vn feruiteur,oude quel-
que vieille femme, laquelle fera plus aifée deftre deceué,que propre à garderqu’on nepaîllar‘de.lIn'yena pas vne qui n’y vienne bicnattiffée l’vnede d’orures& bagues, l'aultre des plus
beaux habillementz qu'elle pourra apporter, enfortequ’ondiroit qu'ellesne fontpointlà
venues pour{e baigner, mais à quelque feftin ou nopces magnificques.Et que diray ied'a/uantages1ly vient aufsi des nônains,abbez,prothonotai res,preftrailles,fratres,voire plus
effrontez& diffoluZ que toutz aultres,& bien fouuentilz ont des femmes auec eulx pour
fe baigner, portantz boucquetz&chapeaux de fleurs fur latefte II n° y eft point eon
dereligion ou de honte,maisilz font toutz d'vn mefine vouloir,c'eftde chaffer latrifteffe,
chercher ioyeufeté& viure en toute lielTe& plaifir.C'eft vnechofemerueilleufe&digne desbahifTfemét,qu'en vne fi grande multitude quieftbien f« ouvëtde plus de milleperfonnes,iln'yanulleriottenedebat,nulle feditionne patolle noyfeufe,nulle mauldiffonne murmus
re.Les mariz verrontattoucher leurs femmes,& parler auec les eftrangiers,voire feulesa/
Lawertu des vec quelque hôme feul,& toutesfoisilz penfent qu'il n’y a point de mal, Que fi on fe veulteaxes des enquerir dela vertu de ces baings,il faultfçauoir qu’il y enaplufieurs, mais vneeftfur toubaings. tes admirable& quafi diuine,c’eft qu’en toutlemondeil n'y a baings plus propres pour ren
_ dre les fëmes fertiles que ceulx cy.Plufieurs fêmes qui font allé là à caufe de leur fterilite,ontexperimête cefte vertu merueilleufe. Les eaues font mesle auec beaucoup de foulfre&
peu d'alun,& cela eft caufe qu’elle efchaulfe& feiche,côfume, ouvre& attire toute humeur
froide&nuyfante,Elle eft bonne pour remedier aux doleurs de la tefte»lefquelles procedét
du rec net du cerueau,côme eft la lethargie, perte de memoire, debilite de Et
poplexie,
Lelieù des