sur l’Éducation. 69
®bjets que la flatterie se plaît à leuroffrir; & âxez-les sur sou état présent.Faites-lui voir qu’il est dépourvu de toutce qui mérite l’estime des hommes ; qu’iln’a presque encore niicience, ni raison,ni vertus ; qu’il ne peut rien par lui-même, qu’il a besoin des autres, & quepersonne n’a besoin de lui. On ne sauroittrop faire sentir aux enfans leur foiblesse& leur dépendance.
Induits dès leur naissance, parla mol-lesse dans laquelle ils font nourris, parles égards que tout le monde a poureux, par la facilité d’obtenir tout ce qu’ilsdélirent, à penser que tout doit céderà leurs fantaisies, les jeunes gens de qua-lité entrent dans le monde avec cet im-pertinent préjugé , & souvent ils ne s’encorrigent qu’à force d’humiliations, d’af-fronts & de déplaisirs.
Epargnez à votre éleve cette secondeA mortifiante éducation, en lui donnantpar la première une plus juste opinionde lui-même & des autres. Apprenez-lui, lorsqu’il sera capable de recevoircette instruction, que l’amour de soi,sage & bien ordonné, ne cherche à nousrendre heureux qu’en agissant de maniéréque tous les autres le soient avec no us : aulieu que l’amour-propre, toujours injuste& exclusif, cherche son bonheur auxdépens des autres & ne le trouve jamais.