C ? )
Il eft important , de fonder la confiance fur des bafes plus folides.Je conviens que dans quelques circonftances, on a pu profiter du voilerépandu fur la .fituation des Finances, pour obtenir, au milieu du défor-dre , un crédit médiocre qui n’étoit pas mérité ; mais cet avantage patlager , en entretenant une illufion trompeufe , & en favorifant l'indiffé-rence de l’Adminiftration, n’a pas tardé d’ètre fuivi par des opérationsmalheureufes, dont Pimpreffion dure encore, & fera longue à guérir. Ce11’eft donc qu’au premier moment où un grand Etat fe dérange , que lalumière répandue fur la fituation de fes Finances, devient embarralfante ;mais fi cette publicité même eût prévenu le défendre , quel fervice n’eût-elle pas rendu ! .
Le Souverain d’un royaume tel que la France , peut toujours, quandil le veut, maintenir la balance entre fes dépenfes & fes revenus ordinaires ;la diminution des unes, toujours fécondée par le vœu public, eft entrefes mains : & lorfque les circonftances l’exigent, l’augmentation des impôtseft foumife à fa puiifance ; mais la plus dangereufe, comme la plus injuftedes reffources , c’eft de chercher dans une confiance aveugle quelques fecourspaffagers , & de faire des Emprunts fans en avoir alluré l’intérêt, ou pardes augmentations de revenus, ou par des économies.
Une telle Adminiftration , qui féduit parce qu’elle éloigne le momentdes embarras , ne fait qu’accroître le mal & creufer plus avant le préci-pice ; tandis qu’une autre conduite & plus fimple & plus franche , multi-plierait les moyens du Souverain, & le défendrait à jamais de toute efpèced’injuftice.
C’eft donc une grande vue d’Adminiftration de la part de VotreMajesté , que d’avoir permis qu’on rendit un compte public de l’état defes Finances'; & je defire, pour le bonheur du Royaume & pour fa puif-fance, que cette heureufe inftitution ne fbit point palTagère : Eh, quecraindre en effet d’un pareil compte , fi pour qu’il foit le fondement &l’appui du crédit, il ne faut autre chofe, que ce qu'exigeraient d’un Sou-verain les règles les plus Amples de la morale , c’eft-à-dire, proportionnerles dépenfes aux revenus, & affurer un gage aux Prêteurs, toutes les foisque dans les befoins de l’État on a recours à leur confiance ?