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Compte Rendu Au Roi / Par M. Necker, Directeur général des Finances. Au mois de Janvier 1781 : Imprimé par ordre de Sa Majesté
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Il eft important , de fonder la confiance fur des bafes plus folides.Je conviens que dans quelques circonftances, on a pu profiter du voilerépandu fur la .fituation des Finances, pour obtenir, au milieu du défor-dre , un crédit médiocre qui nétoit pas mérité ; mais cet avantage patlager , en entretenant une illufion trompeufe , & en favorifant l'indiffé-rence de lAdminiftration, na pas tardé dètre fuivi par des opérationsmalheureufes, dont Pimpreffion dure encore, & fera longue à guérir. Ce11eft donc quau premier moment un grand Etat fe dérange , que lalumière répandue fur la fituation de fes Finances, devient embarralfante ;mais fi cette publicité même eût prévenu le défendre , quel fervice neût-elle pas rendu ! .

Le Souverain dun royaume tel que la France , peut toujours, quandil le veut, maintenir la balance entre fes dépenfes & fes revenus ordinaires ;la diminution des unes, toujours fécondée par le vœu public, eft entrefes mains : & lorfque les circonftances lexigent, laugmentation des impôtseft foumife à fa puiifance ; mais la plus dangereufe, comme la plus injuftedes reffources , ceft de chercher dans une confiance aveugle quelques fecourspaffagers , & de faire des Emprunts fans en avoir alluré lintérêt, ou pardes augmentations de revenus, ou par des économies.

Une telle Adminiftration , qui féduit parce quelle éloigne le momentdes embarras , ne fait quaccroître le mal & creufer plus avant le préci-pice ; tandis quune autre conduite & plus fimple & plus franche , multi-plierait les moyens du Souverain, & le défendrait à jamais de toute efpècedinjuftice.

Ceft donc une grande vue dAdminiftration de la part de VotreMajesté , que davoir permis quon rendit un compte public de létat defes Finances'; & je defire, pour le bonheur du Royaume & pour fa puif-fance, que cette heureufe inftitution ne fbit point palTagère : Eh, quecraindre en effet dun pareil compte , fi pour quil foit le fondement &lappui du crédit, il ne faut autre chofe, que ce qu'exigeraient dun Sou-verain les règles les plus Amples de la morale , ceft-à-dire, proportionnerles dépenfes aux revenus, & affurer un gage aux Prêteurs, toutes les foisque dans les befoins de lÉtat on a recours à leur confiance ?