Buch 
Compte Rendu Au Roi / Par M. Necker, Directeur général des Finances. Au mois de Janvier 1781 : Imprimé par ordre de Sa Majesté
JPEG-Download
 

( 22 )

détourné fon attention de cette vérité, tantôt on avoit refpedé labus pardes considérations particulières, & quelquefois auffi des Miniftres , aprèssètre occupés férieufement de'cet important objet, avoient été rebutés parles difficultés. Quoi quil en foit, ce plan infiniment iutérelfant, je laiconçu, jen ai fuivi lexécution fans relâche , & je crois lavoir porté àpeu-près à fa perfection. En même temps cela seft fait au milieu de laguerre, temps fortuné, iufques à préfent, pour les gens de Finance. Onavoit toujours dit que cétoit un intervalle quil falloit franchir fans aucunmouvement ; & comme en temps de paix , on difoit auiii quil falloitménager les Financiers pour retrouver leur crédit pendant la guerre, lesréformes ne sétoient jamais faites, & ces idées navoient guère fervi qifàexercer léloquence des Auteurs & des Ecrivains.

Jai envifagé cette affaire fous un point de vue différent ; jai fentique le Crédit ne tenoit point aux Financiers, mais à la nécelîîté fontles Prêteurs de placer leur argent dune certaine manière ; & quà légarddes fonds appartenais à ces Financiers eux-mêmes , cétoit une craintechimérique que de croire à leur découragement, & même à leur humeur ;parce que dans la difpofition de leur argent , ils font femblables à tousles hommes , qui ne prêtent ni par afifedion ni par reconnoiiTance, maisfeulement daprès leur fiireté & leur convenance. Jai donc penfé queleffentiel étoit dappliquer tous fes foins à fortifier la confiance due àlEtat , & quen corroborant ainfi le tronc de larbre dont toutes les branchestirent leur fubftance, on pouvoit fans aucun inconvénient, soccuper detoutes les réformes & de toutes les fuppreflions dont lavantage feroitévident; puifque cet avantage étant rendu fenfible , lemprelfement desPrêteurs ne pouvoit quaugmenter , & lévènement a prouvé que cette

manière de voir étoit raifonnable.

Quelques Tréforiers, avant la diminution de leur nombre, & avantquils eulfent été mis dans la dépendance de la finance, avoient pris desengagemens indéfinis. Ceft au milieu de ces opérations que jai propofé àVotre Majesté une réforme infiniment utile à fes intérêts ; & bien loinquil en foit refaite le moindre embarras , la circulation nen a été queplus adive.