des Mœurs.
L’Abbé Des Fontaines , qui n’étoit,comme tant d’autres Abbés de Paris , Ec-clésiastique que de nom, rencontra Pironqui étoit habillé plus magnifiquementqu’à l’ordinaire. Quel habit pour un telhomme , lui dit-il d’un ton méprisant ! Quelhomme pour un tel habit , lui répliquaPiron !
C’est , dit La Bruycre , une chose mons-trueuse , que le goût & la facilité que nousavons de railler , d’improuver & de mé-priser les autres,& tout ensemble la colereque nous ressentons contre ceux qui nousraillent, nous improuvent & nous mé-prisent. Mettons-nous pour un momenten la place de celui à qui nous voulonstaire une offense, & nous ne l’offenseronspas. L’oubli de cette sage maxime , & ledésir que nous avons de nous élever au-dessus des autres, nous inspirent le pen-chant que nous avons à mépriser. Rem-plis d’ailleurs de la bonne opinion denous-mêmes, nous aimons à nous compa-rer, & nous ne nous comparons guereque nous ne nous préférions. C’est de làque naît ce mépris , qui se nomme inso-lence , hauteur , ou fierté, selon qu’il apour objetnos supérieurs,nos inferieurs,ou nos égaux. Il ne convient à personned'être fier & méprisant : avec ses sembla-bles c’est sottise , avec les personnes au-dessus c’est folie, & avec celles au-dessousc’est ridicule. R 4