des Mœurs.’croyez avoir un grand cœur parte qu’ilsont un grand appétit, & une vraie amitiéparce qu’ils ont un vaste estomac. Ilsvous feront les plus grandes protesta-tions d’amitié , quand ils seront à table ;ils vous promettront tout, quand ils sedivertiront avec vous & à vos dépens ;mais après cela ils ne se souviendrontplus de rien. Les festins pour l’ordinairene servent à nourrir que des flatteurs &des ingrats. Un parasite de cette especedisoit beaucoup de mal de la personnemême chez laquelle il venoit de biendîner. Attendez du moins, lui dit quel-qu’un , que vous ayez fait la digestion.
Admettez encore moins dans votreamitié ceux qui croient qu’aimer, con-siste à aider à rire effrontément dans lesdébauches, & à faire le mal avec plusde hardiesse & d’insolence. Ce sont desmeurtriers qui le servent de votre propremain , pour vous porter la mort dansle cœur. De tels amis font plus dange-reux que des ennemis déclarés. Ils ex-cusent tout, applaudissent à tout, don-nent des conseils pernicieux , portent àd’indignes excès. Que pouroit faire da-vantage un ennemi qui voudroit sevenger ?
L’amitié, cette douce union des cœursnepeutëtre véritable & solide, que quandelle a pour fondemens l’honneur & la