des Mœurs. 149
eente du malheur de son ami. Pradon ,plus connu par les satires deDespréauxque par ses tragédies, ayant fait unenouvelle piece de théâtre, se mit avecun ami dans un coin du parterre, afin dese dérober à l'a flatterie & d’apprendrepar lui - même ce que le public penfoitde son ouvrage. Dès le premier acte, lapiece fut fifflée. Pradon surpris & désolé,
Ï ierd contenance: il rougit, il pâlit, ilb mord les doigts & frappe du pied.Son ami le tire par le bras & lui dit :Vous n’y pensez pas, mettez-vous au -defj'us de ce reverscroyez-moi , ßfflez har-diment comme les autres , afin de ne pasvous faire connoltre. Pradon revenu àlui, & trouvant ce conseil bon, prendson sifflet & siffle des mieux. Un Mous-quetaire qui se trouvent près de lui, lepouise rudement, & lui dit tout en co-lère : Pourquoi ßfflez - vous ? la Piece esthelle , l’Auteur a de l’esprit. Pradonrepousse le Mousquetaire, & jure qu’ilsifflera jusqu’au bout. Le Mousquetaireprend le chapeau & la perruque de Pra-don , &les jette dans le parterre. Pradondonne un soufflet au Mousquetaire, quimet l’épée à la main, tire deux lignes encroix fur le visage de Pradon, & veutle tuer. Pradon porte à son ennemi, quil’avoit terrassé , quelques coups de poingA de pied à la dérobée. Mais enfin retiré
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