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Tome I
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jie fe reflemblent qu’en ce feul point, que dans l’une ou dansl’autre on retranche une partie des Rois, parce qu’en les con-férant tous, on remonterait au-delà du déluge. Voici ces deuxopinions en deux mots. Dans la première on rejette abfolu-ment les RoisChaldéens & les Rois Arabes pour conferver ceuxqu’Eufèbe appelle Rois Affyriens: dans la fécondé on reçoit lafuite des Rois Arabes & des Chaldéens ; mais on n’admet queles quatre premiers & les deux derniers Rois de la troifièmeMonarchie, que l'on fait durer 520. ans. _ Ulftrius eft le premierqui ait hazardé cette opinion, qui paraît avoir plû a beaucoupde gens: la première eft la plus accréditée, parce qu’elle a étéadoptée par de grands hommes, qui ont remanié la fuite d’Eu-fèbe à leur gré, & qui ne s’accordent entr’eux que fur Belus,que tous aflurent être le Nembrod de l’Ecriture.

On ne craint point de dire que les uns & les autres fe fonttrompés. Les premiers ont contr’eux l’autorité d’Erranius, quialTure dans Etienne d e Byzance que Babylone fut bâtie 1002.ans avant que Semiramis commençât à régner ; & d’autres An-ciens, de qui Porphyre avoir appris que cette Reine vivoit peuavant le fiège deTrcye. D’aïlteurs , quelques mefures qu’ilsprennent, ils ne peuvent trouver les 1905. ans d’obfervations cé-leftes faites à Babylone depuis la fondation de cette ville juf-qu’à Alexandre, que Callifthènes envoya à Ariftote. Il leur eftégalement impoflible de les accorder avec ce qu’on lit dansl’Ecriture, que du tems d’Abraham Chodorlaomor Roi des Ela-mites étendit fes conquêtes jufqu’au pays de Chanaan ; où il fefit accompagner par Amraphel Roi de Sennaar ou Babylone, &par d’autres Rois de Mélbpotamie ; car il ettyilible queceCon-quêtant n’a pû pénétrer jufques-là qu’en palfant par les Etatsd’Amraphel, qui ne l’auroit pas fouifert, s’il n’y avoit été forcé :

& l’Ecrivain facré nous montre affez qu’il n’y avoit point alorsd’Empire d’Aflyrie, puifque les pays dont cet Empire a été for-mé , étoient polTédés alors par divers Souverains. Enfin onprouvera bientôt que l’Empire d’Aflyne ne finit point lorfqu’ilsdifent, mais long-tems après : que celui des Mèdes n’a pas duré317. ans , mais feulement iço. ans ; & que lorfque Dejocès lefonda , il n’y avoit en Atfyrie ni Thone , ni Concolere, ni Sarda-napale ; mais que celui à qui on a donné ce nom eft le Ch?-niladan de Ptolomée, le même que l’Ecriture dans le livre deJudith appelle Nabouchodonofor, qui ne périt que plus de quatre-vingts ans après que Dejôcés eut fondé te Royaume desMèdes.

On peut ajouter, que Ctéfias n’ayant point donné la fuitedes Rois d’Affyrie, & s’étant contenté, ainfi que l’affure Diodored e Sicile, d’écrire l’Hiftoire des prémiers Rois, & de remarquerle nombre de ceux qui leur fuccedèrent, fans les nommer, &fans marquer les années de chacun d’eux en particulier, on nevoit pas d’où cette fuite de Rois, à qui l’on donne fouvent desnoms, qui paroifl’ent plûtôt grecs ou perfans qu’aifyriens, a pûêtre copiée.

Quelques-unes de ces confidérations ont pû engager Ulferiusà fe faire de nouvelles routes & l’on voit qu’il lé fert à peuprès des mûmes armes que nous pour combattre les Chronolo-giftes qui l’ont dévancé; mais il ne paroit pas avoir pris un par-ti fort folide, & fon fyftême a des endroits foibles, qui le doi-vent faire rejetter. La fimple éxpofuion qu’on en va faire,peut convaincre qu’il elt abfolument faux. Eufèbe dit qu’Eve-chous le premier des Rois Chaldéens eft Nembrod : Ulferius ditqu’il eft un des fucceffeurs de Nembrod , & il ne le fait régnerque 472. ans après ce fameux chaffeur d’hommes. Prèduit-ille témoignage de quelque Ancien qui ait dit U même chofe ?No" : il n’a point d’autre raifon de penfer ainfi, que parcequ’Eufébe fait régner cet Evechous 224- ans avant les Arabes,& Mardocentes le premier des Rois Arabes 2; 6. ans avant Bé-1 us. U femble qu’il éioit plus naturel de penfer, que la fuitedes fuccelfeurs de Béius, telle qu’Eu f ébe l’a donnée , étantîauffe, celle des Rois Chaldéens & Arabes, puifée dans la mêmefource, n’eft d’aucun ufage. Car c’eft en vain qu’on veut fairepalfer Evechous pour le Jupiter Relus de B bylone, & Mardo-centes pour le Merodach qui fut adoré comme un Dieu dans lamême ville. On le dit du premier fans preuve ; & pour le fé-cond, il peut bien y avoir eu un Roi de ce nom à Babylone, fansqu’on puiffe en conclure qui! fût Arabe._

Ce qu’il dit enfuite que Bélus régna cinquante cinq ans, &qu’après fa mort Ninus fon fils fonda le grand Empire des Af-fyriens, qui dura $20, ans félon Hérodote, eft vrai en partie:car on croit que le témoignage de cet Ancien eft fort au-defTusde tout ce que les Chronographes plus récens que lui ont ima-giné fur les récits romanesques de Ctéfias : mais comme Héro-dote ne dit en aucun endroit que Ninus fut le Fondateur de

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rablement à Ton fils-

Deux confidérations l’ont engagé, ce femble, à prendre ceparti. Il falloit trouver 1002. ans depuis la fondation deBaby-lone pat Nembrod jufqu’au régne de Semiramis ; ce qui luiparoiffoit impoflible en plaçant Belus entre les Rois d’Aflyriequ’Hérodote a comptés pour leur donner à tous 520. ans derègne. Et faifant ufage des tables d’Eufèbe pour la durée defon règne & de celui de Ninus, il ne pouvoit autrement fairefinir l’Empire d’Affyrie où il le fait finir, c’eft-à-dire, où com-mence l’Ere de Nabonaflar.

Il eft furprenant qu’un aufli habile homme qu’Uflerius ne fefoit pas apperçu que plaçant, comme il fait, la fondation de Ba-

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bylone à l’année, qui félon fon calcul eft la 1771. du monde ,

& le commencement du règne de Semiramis à l’année 2789- fé-lon le même calcul ; il compte non 1002. mais 1019. ans d’in-tervalle entre Nembrod & cette Reine célébré ; & que cettefomme générale reiulte aufli des fomraes particulier .s qu’il donneen divers endroits.

La fécondé conlidération eft fondée, comme on a dit, fur letems où l’Empire d’Affyrie fut détruit. Sardanapale, dit Uffé-rius, eft le même que l’Ecriture appelle Phul : il le reconnoitpour un Conquérant, puis faifant paraître Arbacés fur la fcène,il le répréfente comme un homme de tête qui fuit foûlever lesMèdes, les Perfes,les Babyloniens, les Arabes: les Généraux dePhul le battent en trois rencontres : ccs prémieres pertes nel’abattent point : les Baéltiens fe joignent à lui : Oalemvnes, beau-frère du Roi, & Générahffune de fes a mées, perd deux batailles :Ninive eft afliégée, & prife après trois ans de liège. Phul feretire dans le palais , où il fait mettre le feu, & il y périt avectoute fa maifon. Arbacés laifle les Médes libres : mais BAefis,Baladan , Nanybre ou Nabonaflar, appelle Teglathphalafar dansl’Ecriture, fonde aufli tôt un fécond Empire d’Allyrie, & fe trou-ve en état de fe fane redouter en deçà de l’Euphrate 11 meurt,& fes enfans partageant fes Etats, les uns régnent à Ninive, &les autres à Babylone. Utl.rius a pris toute cette Iliftoire deCtéfias copié par Dioùore de Sicile, 11 en fixe le tems à l'année748- avant J. C. qui félon fon calcul eft la 1256. du mond : ildonne 19. années de règne à Teglathphalalàr p mr <e conior-mer à Caftor; & il ne lui fait fucceder à Ninive Ion fils Salma-nafar que l’an 729. avant J C. ce qui ne l’empêihe pas de luidonner Nadius ou Nabïus pour fuccelfeur à Babylone cinq ansauparavant, parce que l’Auteur du canon mathématicien ne don-ne que quatorze années de règne à Nabonaflar.

On pourroit faire là-deffus bien des refl. xions; mais on lesfupprime pour n’être point trop long, & pour fe borner à unefeule qui parût uécilive. Les Mèd -s n’étoient pas libres fousle règne de Teglathphalafar, ni fous les règnes de Salmanalàr &de Sennachenb, qui régnèrent (ucceflivement après lui à Nini-ve. L’Ecriture dit en termes exprès, que Salmanafar ayant prisSamarie, transféra les habitans de cette ville , & des autres pla-ces qui formoient le Royaume d’ilraèl dans les villes des Mé-des. *Ron, liv. 4. c. 7. v. 7. & l’Auteur du 1 vre de Tobie mon-tre affez que Ragés, ville de Médie très-éloignée de la frontièred'Alfyrie , n’appartenoit pas feulement à Sennacherb ; maisqu’Afaraddon Ion fils en fut aufli Maître pendant quelque tems,puifque la quatrième année de fon règne le faint homme To-bie, un de fes fujets, qui demeurait à Ninive, ofa bien y en-voyer fon fils làns prendre aucune fûreté. * Tobie , c. 1. v. 16.c. 4. v. 21.

11 eu aite apres cela de prendre parti là-deffus. On a déjàfait entrevoir la vérité dans ce qu’on a dit en retutant les diver-fes opinions des Chronologiftes ; mais il faut la mettre icidans Ion jour, & en donner les preuves de la manière la plusfimple.

Nembrod fut le prémier qui régna dans cette partie du mon-de qu’on a appellée depuis Jijjyne. U eut part à ce fameusédifice que l’Ecriture appelle la tour de Babel, & il y établit fademeure. S’étant affujetti enfuite un grand nombre d’hommes,il fe rendit maître de tout le pays depuis Babylone jufqu’àl’Affyrie propre , où il jetta les fondemens de Ninive, & de quèl-ques autres places. 11 GeneJ] c. 10. L’Ecriture ne marque pasle tems de ces grands événemens : mais Porphyre nous ayantappris que Callilthenes envoya 1903. ans d’obfervations céleftesfartes à Babylone depuis fa fondation, jufqu’à l’année qu’ Alexan-dre y entra pour la première fois, qui eft la 330. avant Jéfus-Chrift; on peut aflùrer que la tour de Babel, ou Babylone futbâtie l’an i 8 ° 3 . du monde, 2233. ané avant J. C.

Les lùcceifeurs de Nembrod ne font pas connus ,• mais on alieu de croire que fes Etats furent partagés en plufietirs Royau-mes. Amraphel règnoit à Babylone vers la 90. année de la vied’Abraham, qui eft la 2119. du monde, 1914. avant J. C. L’E-criture nomme dans le même tems Arioth Roi de Pont, ou d’E.laffar, qui paraît le même que l’Er och du livre de Judith, Roides Eiiques, qui avoit régné dans les plaines de Ragau, entre leTygre, l’Euphrate» > & le jadafe ; & Thadal Roi de Goim, ou desNations, dont le fiège eft inconnu. Ces trois Rois n étoient pasindépendans: ils obéïffoient à Chodorlaomor Roi des Elamites,qui traverfa leurs Etats, pour s’affujettir divers petits Rois del’Arabie, & du pays de Chanaan, * Gen. c. 14.

Quelques uns de ces Rois ont pû être appelles Rois Arabes,

Î arce qu’ils règnoient dans cette partie de la Méfopotamie quees Anciens appelloient Arabie : mais on ne fçait rien de toutecette Hiftoire jufqua l’an 2806. du monde, 1229. avant J. C.Un Prince qui commença à régner cette année, j tta les fonde-mens du grand Empire des AiTyriens, qui furent Maîtres de laHaute Afie pendant cinq cens vingt ans, comme le dit Hérodo-te. Ou plûtôt, ce fut Semiramis elle-même, qui ne commençapas à regner l’an 1002. mais feulement l’an 1004. depuis lafondation de Babylone : ce qui laiffe à deviner s’il y a une lé-gère faute deCopifte dans Etienne de Byznnze, & dansEuftache,qui ont cité de même Erranius, ou fi ce n’eft pas qu’Hérodote anégligé de marquer deux années que l’Empije d’Affyrie auraitduré de plus qu’il ne dit. * Hérodote, Etienne de Byzance,Euftat.

Ninus ne trouve point de place dans l’Hiftoire d’Affyrie. tellequ’on la donne ici ; & l’on ne doit pas s’en étonner. On n<s’eft tant intéreffe à conferver fon nom dans la fuite des Rois,