dans une ville aiïiégée les Gouverneursont fouvent paie les foldats & les bour-geois avec de la monnoie de cuir, en at-tendant qu’on pût avoir des efpeces réel-les. Ces mon noies fictives inventées parla neceiïité , & aufquelles la bonne foifeule peut donner un crédit durable 3 fontcomme des billets de change dont la va-leur imaginaire peut exceder aifément lesfonds qui font dans un Etat.
Ces reflources font d’un excélent ufagedans un païs libre : elles ont quelquefoisfauvé une République , mais elles ruinentprefque furement une Monarchie ; car lespeuples manquant bien-tôt de confiance »le miniltere elt réduit à manquer de bon-ne foi •> les monnoies idéales fe multi-plient avec excès , les particuliers enfouit-fent leur argent, & la machine fe détruitavec une confufion accompagnée fouventdes plus grands malheurs. C’eft ce quiarriva au roïaume de Suède . :
Le baron de Goerts aïant d’abord ré-pandu avec diferétion dans le public fesnouvelles efpeces, fut entraîné en peu detems au-delà de fes mefures par la rapi-dité d’un mouvement qu’il ne pouvoitplus conduire. Toutes les marchandifestoutes les denrées aïant monté à un prixexceiïif > il fut forcé d’augmenter le nom-bre des efpeces de cuivre. Elus elles femultiplièrent, plus elles furent décrédi-tées i la Suède inondée dé cette faulïemonnoie ne forma qu’un cri contre le ba-ron de Goerts. Les peuples toujours pleinsde vénération pour Charles Xlï, n’ofoient
prefque