[Des meurs& facons des Saxes&
dela fertilité de leur payss
C Âxea autresfois eu quatre diuerfes fortes de gens,nobles francz,affrachiz,& ferfz. Et
eftoit potueu,defendu& ordonne parles loix que nulle perfonne{e mariaft auec autreque de fa condition. Mais que le noble print Vne femme noble, le franc la franche, l affran-chyl'affranchie,& la ferfla ferue.| Et quiconques contreuindroit a cecy qu'il fuft puny de
beaucoup de bonnes chofes& honeftes felon la loy de nature& à preadhommie, qui luÿeuffentbien ferui pour paruenir a la vrayefelicitefi elle eufteu cognoiflance de fon createut. Elle adoroit les arbres& vne grande idole de bois qui eftoit dreffee en vne place,n’ ayâtconuerture que ducciel,qu’ilzappelloient en leur language naturel[emenful. Elle adoroitaufsi Mercure auquel elle facrifioir des hotames par certains fours. Et ne penfoir poine qu’ilfult licite d'inclorreles dieux en vatemple,n’y deles accomparer a figure d’homme,a caufe de eur dignite& grandeur. Elle leur confacroit des forefiz& des bois, obferuoitlesfortz& divinations,intetroguoit de la voix& du vol des oyfeaux,efprouvoit auisiles prefages des cheuaux;obferuanc leurs héniffemens& fremiffemens,& n’y auoit chofe a quoyiladiouftaflent plus de foy. Le pais de Saxe eft fertile en toutes chofes fors qu’ en vin,& abeaucoup des mines d'argent& d’erain. On cuifta Groslar& plufieurs autres lieux dufelfortblanc, qu’on tire des eaues de quelques fontaines.& enreçofuent grand reuenu.ll= fe-mentdelorge& fourment, dontilz font non feulement du pain fort blanc,mais auisi de cervoie pourceilz ont faulte de vin,& boyuent fi oultrageufement deladict ceruoife, qu'enleurs banquetz on ne leur en peut affez verfer dedans gobelet ne hanap,mais on leur mectcertes vez, deuanteuxle vaifleau auquel on tyre lesSSS/ vaches, tout plein auecvne efcuelle, les= Incitanta boyre vn chacun a fon plaifir.; Ceftvne chofe incroyable de la grandeuantite qu’ilz en boyuët,& coment. flzs'incirent&côtraignentlvnlautrea bofre. ll n’y a nepourceaun'yraureau qui etengorgeaft tant.ll ne leur füffift pas d'enboire pours’enyurer& pour vomir,masis encores pourfoubriete i!z continuentleiourapreslanuick,&la nuictapres leiour, Celuy quifurmonteles autres amieuxboire ne remporte pas feulementla= louenge& lagloire mais aufsile pris poeu Permanent ur lequel ilz ont combattu; commevDoucquer de fleurs ou de rofes. Cefte couftume helas,s’efpand quafi par rourela Germa-"4 tietellement qu’on y boit les Vins biens fortz en cefte facon dont procedentdes mauxinefimables. Chafcun boit a l'hofte,ou a celuy quitient fa place,& onle gracieufeméta boyre; enluyprefentäciehanap. On tient ceftuy la pour ennemy, lequel eflât conuie par plulieurs“, foisaboyre, lerefulefansauoir caufe legitime. Ce deshonneur fe repare quelque fois par/ meurtre& par fang. Les Saxons vlent de uiande dure mal appreftee: de lard, d'andoutiles; teiches,d’oignons crudz, debeure falle& qui n° eft point liquefie,ceft leur propre uiande,“ Enplufieurslieux ilz cuifent au dimenche ce qu’ ilz doyuent menger toute la fepmaine:
Les enfans fontnourriz non pas de boullie comme entre nous,mais de viande fer-
mesqueles nourrifTes leur mafchent& leur mettent dedans la bouché,Dontles Saxons eftantz ainfi accouftumez en leur enfance fontplus fortz& plus robuftes.
EEe 5 Desmes
Vniverfelle liure ILL 861
mort. On y vfoit de fors bonnes loix pour punir les malefacteurs.Elle feaddonnoitauisia
Lafertilite€ Saxe.
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