ROI DE SUEDE. LlV. VI. 5I
l’empereur Moscovite,' malgré le premier ar-ticle de la paix du Pruth, par lequel il s’étoîtengagé à retirer toutes ses troupes de la Po-logne, y en avoir fait encore passer de nou-velles ; & ce qui semble étonnant, c’est quele Grand Seigneur n’en sçavoit rien.
La mauvaise politique de la Porte, d’avoírtoûjours par Vanité des ambaslàdeurs desPrinces Chrétiens à Constantinople, & de nepas entretenir un seul Agent dans les coursChrétiennes, fait que ceux-ci pénétrent & con-duisent quelquefois les résolutions les plus se-crettes du Sultan, & que le Divan est toû-jours dans une profonde ignorance de ce quise passe publiquement cher les Chrétiens.
Le Sultan enfermé dans son sérail parmises femmes & ses eunuques, ne volt que parles yeux de son grand Vilìr: ce Ministre aussiinaccessible que son Maître, occupé des in-trigues du sérail, & sans correspondance audehors, est d’ordinaire trompé, ou trompe leSultan qui le depose ou le fait étrangler à lapremiere faute, pour eh choisir un autre aussiignorant ou aussi perfide, qui se conduit com-me ses prédécesseurs, & qui tombe bicn-tòtcomme eux.
Telle est pour l’ordinaire l’inaction & lasécurité profonde de cette Cour, que si lesPrinces Chrétiens se liguoient contre elle, leursflottes seroientaux Dardanelles, à leur arméede terre aux portes d’Andrinople, avant queles Turcs eussent songé à se défendre: maisles divers intérêts qui diviseront toujours laChrétienté, sauveront les Turcs d’une destinéeque leur peu de politique & leur ignorancedans la guerre & dans la marine semble pré-parer aujourd’hui.
D L
Akme*