ROI DE SUEDE. LlV. VII. I0Z
Philippe V. petit-fils de Louis XIV. com-mençoit à régner paisiblement fur les débrisde la monarchie Espagnole. L’empereur d’Al-lemagne devenu maître"de Naples & de IqFlandres s’affermissoit dans ses vastes Etats tLouis XIV. n’aspiroit plus qu’à achever enpaix fa longue carrière.
Anne reine d’Angleterre étoit morte le r o.Aoust 1714. haïe de la moitié de fa nation,pour avoir donné la paix à tant d’Etats. Sonfrere Jacques Stuard Prince malheureux, ex-clus du trône presque en naiífant, n’aïant pointparu alors en Angleterre pour tenter de re-cueillir une succession que de nouvelles loislui auroient donnée si son parti eût prévalu;Georges premier, électeur de Hanover, futreconnu unanimement roi de la Grande Bre-tagne. Le trône apartenoit à cet Electeur, nonen vertu du sang, quoiqu’il descendit d’unetille de Jacques premier; mais en vertu d’unActe du Parlement de la nation.
Georges apellé dans un âge avancé à gou-verner un peuple dont il n’entendoit point lalangue, & chez qui tout lui étoit étranger, seregardoit comme sélecteur de Hanover plû-tôt que comme le roi d’Angleterre. Touteson ambition étoit d’agrandir ses états d’Alle-magne. II repassoit tous les ans la mer pourrevoir des sujets dont il étoit adoré. Au resteil se plaisoit plus à vivre en homme qu’enmaître. La pompe de la roïauté étoit pourlui un fardeau pelant. II vivoit avec un pe-tit nombre d’anciens courtisans qu’il admet-toit à fa familiarité. Ce n'étoit pas le roi del’Europe qui eût le plus d’éclat ; mais il étoitun des plus sages, & le seul qui connût surle trône les douceurs de la vie privée & deJ’amitié.