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J.-J. Rousseau à Venise, 1743-1744 : notes et documents / recueillis par Victor Cérésole, Consul de la Confédération suisse à Venise ; publiés par Théodore de Saussure
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voulait à toute force avoir la danseuse ; et il fit arrêter àVienne les équipages de M. Capello, ambassadeur de Veniseen Autriche. La Cour de Vienne, qui aimait mieux que Fré-déric prît une danseuse aux Vénitiens que de prendre à l’Au-triche quelque autre Silésie, se prêta à cette violation du droitdes gens ; et le Sénat vénitien averti de sa faiblesse par lafaiblesse même de l’Autriche, se décida à son tour à fairearrêter la Barbarini et à la remettre aux gens du roi dePrusse. Hélène une fois rendue, le bruit cessa, et je ne voispas dans la correspondance diplomatique que l’Angleterre sesoit émue du chagrin des deux membres du Parlement anglais.

Telles sont quelques-unes des graves affaires qui occupaientà Venise le ministre de France et son secrétaire Jean-JacquesRousseau. Elles témoignent du temps et du pays.

De même cependant que dans les Confessions Rousseau amêlé la mention de quelques affaires sérieuses aux futilitésordinaires de l’ambassade, nous trouvons dans la correspon-dance le même mélange et je rencontre encore sur ce pointdes témoignages irrécusables de la véracité de Rousseau.

Ainsi, Rousseau raconte comment, par ses efforts, notreambassade fut maintenue dans son droit de liste, c’est-à-diredans la franchise de son quartier.

Il y a sur ce droit de liste et sur son importance une dé-pêche du mois de janvier 1744, et rien n’empêche de croireque Rousseau y a mis la main :

« La conservation de cette franchise est d’autant plus con-sidérable pour la Couronne que c’est une marque journalièred’un droit éminent, qui prouve le respect et la considérationde la république pour elle, en impose à un peuple grossier etinsolent et à un gouvernement vaniteux et toujours prêt à seméconnaître, qui se croit égal aux puissances les plus consi-dérables de l’Europe. »