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FRANCE ET RUSSIE
Commandant Schérer, votre bataillon va s’embarquer immédiatement.Veillez surtout aux vivres et aux munitions, et n’oubliez pas vos excellentscigares que nous allons passer en contrebande.
Puis, se tournant vers le capitaine d’artillerie :
— A vous maintenant, mon cher Dornan. Vos artilleurs étaient prêts àsuivre le 11 e sur la route de Chamonix. Vous allez prendre le chemin dela gare avec vos six pièces et toutes vos jolies munitions, sans oublier,bien entendu, les chromés, vos outils et les vivres.
Allez, messieurs, et faites vite.
Je vous rejoindrai à la gare et nous partirons ensemble.
Après le départ de ces deux officiers et du capitaine-major du11 e bataillon, qui avait assisté à cet entretien, le général, se tournant versle lieutenant-colonel du 30 e , lui dit :
— Quant à toi, mon cher Presne (c’était un de ses camarades de Saint-Cyr), tu restes provisoirement à Annecy, comme commandant d’armes; tuvas compléter huit compagnies de cent hommes, sans compter les cadres,chaque compagnie à trois officiers. Prends tes mesures pour que ces deuxbataillons soient prêts dans deux heures, en tenue de campagne, avec vivres,munitions, voitures, etc.
Le train est en préparation à la gare et l’embarquement aura lieu àhuit heures.
Tu t’occuperas ensuite de mettre sur pied ton régiment mixte.
Le 3° bataillon sera consigné et attendra de nouvelles instructions, enétat de partir au premier signal ; il est probable que tu recevras dansquelques instants l’ordre numéro 12 ; dans ce cas, tu sais ce que tu as à faire.
S’adressant ensuite à son officier d’ordonnance et lui remettant la clédu coffre-fort :
— Vous trouverez là, lui dit-il, toutes les instructions sous pli cacheté,que vous remettrez au colonel Presne au fur et à mesure des ordres quivous seront envoyés.
Puis, bouclant son sabre à la bélière :
— Je m’en vais, messieurs. Adieu, ou plutôt à bientôt. Je me rends à lagare. Les chasseurs ne vont pas tarder à embarquer et je partirai avec eux.
— Dis-moi, mon général, tu ne vas pas nous quitter sans me dire oùdevront te rejoindre mes deux bataillons?
x — C’est vrai, mon cher. Ils nous rattraperont en route. Dans tous lescas, je les attendrai à la frontière, à Saint-Gingolph.
Au moment où le général allait sortir, l’officier télégraphiste lui remitdeux nouvelles dépêches, l’une d’Albertville et l’autre de Grenoble, le remer-