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LA GUERRE DE MONTAGNES
commandant Rousseau avait-il été surpris à son tour et cerné ? S’était-ilperdu? Aussi le général poussa-t-il une véritable exclamation de joie enconstatant que l’opération avait enfin réussi.
— Voilà ce que c’est, dit-il en manière de conclusion, de ne pas avoirde soutien! Si les artilleurs italiens avaient eu quelques compagnies debersaglieri pour les protéger, ils tireraient encore. L’artillerie n’a pas depuissance défensive. Capitaine Dornan, souvenez-vous-en, et réclameztoujours votre soutien spécial chaque fois que le général oubliera de vousen donner un !
Le général s’en alla l’air satisfait, après avoir donné de nouveauxordres.
La batterie d’en haut, qui avait réparé ses avaries, recommença le feuavec une nouvelle vigueur. Quant à la batterie d’en bas, établie derrièrela gare, elle n’avait pas cessé de tirer à outrance sur les retranchementsélevés en toute bâte par les Italiens.
Pendant ce temps, le bataillon alpin du commandant Schérer veillait.Les quatre compagnies disséminées autour de la terrasse garantissaient labatterie contre toute surprise. A quelques mètres au-dessus des canons,qui tonnaient toujours, Daniel, Georget, l’adjudant-major Drassam et lecapitaine Renaud, assis les jambes pendantes sur le bord d’un précipice,devisaient gravement et contemplaient l’espace.
Au loin, le village de Bex, que les Valaisans, comme les moutons, pro-noncent Bê, apparaissait, riant et blanc,dans le fond de la vallée, à chevalsur l’Avançon, ce capricieux affluent du Rhône.
Bex a donné son nom au traité de 1802 par lequel les républiques fran-çaise, helvétique et italienne reconnaissaient le Valais comme pays libreet indépendant. Tout autour, des carrières, mines de sel gemme, les seulesque l’on connut en Suisse avant la découverte de Bâle-Campagne.
En arrière, la Dent de Mordes semblait vouloir écraser les contreforts :en face, la Dent du Midi, toujours blanche, scintillait au soleil.
— La colline sur laquelle nous sommes, fit remarquer le capitaineRenaud, ressemble beaucoup au mont Saint-Michel de Toul, où se trou-vaient les batteries prussiennes, qui ont pu, sans aucun danger pour elles,bombarder la vieille cité lorraine, et où notre génie a construit aujour-d’hui une magnifique forteresse.
— En effet, dit le capitaine Drassam, la ressemblance est frappante.Nous sommes ici... (l’officier consulta la carte) à 692 mètres d’altitude...