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La France et la Russie contre la Triple Alliance : la guerre de montagnes : grand récit patriotique et militaire / par le Commandant Biot et Émile Massard
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LA GUERRE DE MONTAGNES

deux régiments dinfanterie, cachés derrière des haies ou dissimulés dansdes replis de terrain, attendaient le moment de prononcer lattaque contrele village.

Abrités derrière le « bloc monstre », pierre gigantesque de 15,000 mètrescubes qui avait roulé de la montagne, un groupe dofficiers de ligne cau-saient. Une discussion très animée semblait engagée entre le colonel Rudeet le colonel Decelle. Comme dhabitude, lobjet de la discussion était laspécialisation des troupes alpines (1).

Vous voyez à quoi servent les troupes de montagnes, disait entriomphant le colonel Rude à son collègue Decelle. Sans ce merveilleuxbataillon alpin, sans cette troupe délite qui a enlevé les trois batteriesitaliennes, notre artillerie était réduite en poussière!

Je vous dis, moi, reprit le colonel Decelle, que lun quelconquede mes bataillons en ferait tout autant, et que pas nest besoin d'a-voir un béret sur la tête à la place dun képi pour faire de pareillesprouesses!

Yous vous trompez étrangement, interrompit le colonel Rude. Il nya pas de comparaison possible. Nous avons, dun côté, des bataillons alpinscomposés dhommes rompus aux marches dans la montagne, habitués àen braver le climat, en connaissant depuis lenfance les moindres sentiers,capables de se diriger même à travers les brouillards épais et subits quicouvrent les hauteurs, commandés par des chefs qui ont étudié, sous leurresponsabilité personnelle, le système de défense ou dattaque propre aupays sur lequel ils doivent combattre, appuyés par une artillerie spéciale,avec laquelle ils sont exercés à marcher et à lutter. Voilà ce que vous avezdun côté. Et, de lautre, des régiments dinfanterie comme les nôtres,casernés dans des garnisons souvent éloignées des frontières, avec dessoldats de toute provenance, qui peuvent être arrivés depuis quelques joursà peine, avec des officiers dont tout le temps est absorbé par le servicede place et les exercices du champ de manœuvre. Et vous voulez, moncher camarade, comparer les deux troupes?... Mais jamais votre bataillonnaurait pu marcher la nuit à travers les ravins et les précipices commeviennent de le faire les chasseurs alpins qui, après, huit heures de mon-tagne pendant la nuit, ont encore trouvé la force de prendre à la baïonnetteles batteries italiennes... Non, voyez-vous, encore une fois, il ny a pas decomparaison !

(1) La spécialisation des troupes de montagnes a été proposée pour la première foisl e 2i juin 1873, à lAssemblée nationale, par M. de Césanne, député. Elle na été votée quenmai 1888 par le Parlement.