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LA GUERRE DE MONTAGNES
cravate, de façon qu’elle ne puisse ni se déranger, ni étrangler la partieblessée. Les cartons peuvent servir comme attelles pour les doigts.
La jolie infirmière continuait sa conférence pendant que Georget couvaitdes yeux Suzanne, sa fiancée.
— Elle ne pense pas à moi, se disait-il ; elle ne me cherche même pas dans
le groupe d’officiers.
Et le pauvre Geor-get enviait le sort desblessés soignés par elle.
Heureusement, lagénérale eut pitié de luiet d’elle, car la jeunefille n’osait aller au-de-vant de Georget, et ce-lui-ci n’osait non pluss’avancer.
— Vous voilà, cherlieutenant, dit la géné-rale en frappant surl’épaule du jeune hom-me. Je suis bien con-tente de vous retrouversain et sauf.
— Madame... ditGeorget en s’inclinant.
— A propos, repritvivement la générale,vous avez vu Suzanne?
— Je n’ai pas... bal-butia le jeune sous-lieu-tenant.
— Suzanne! Suzanne! cria la belle infirmière..Venez donc. M. Georgetest là!... Vous ne le saviez pas? fit-elle, avec une moue ironique... Eh bien!mais, vous pouvez l’embrasser, ajouta la générale ; les circonstances, sinonles convenances, le permettent. Et puis, à la guerre comme à la guerre !
Georget, très confus, s’avança et donna un baiser pur et timide sur lefront virginal de la jeune fille.
La glace était rompue, les jeunes gens causaient maintenant commede vieux amis et s’entretenaient de rêves d'avenir. Georget allait passer
LA GENERALE GRIMOT.