LA FRAIS CE ET LA RUSSIE
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— Ayons confiance, répondait ce dernier, car nous avons un crânegénéral.
Braves gens, qui oubliaient leurs dangers, pour ne se souvenir que deceux courus par leurs frères d’armes !
Cependant, les bataillons italiens gagnaient du terrain, enhardis par lepeu de résistance qu’ils rencontraient maintenant. La confiance leur reve-nait et ils se figuraient qu'ils allaient rejeter notre petite colonne sur leurstroupes victorieuses.
Le général Ricci ignorait encore dans quelles conditions se livrait lecombat devant Bex, et il était loin de prévoir le succès du généralGrimot, tant sa conduite semblait téméraire et invraisemblable. Aussipoussait-il vigoureusement la marche de la brigade, déjà bien éprouvéecependant par la fatigue. Ce qui le déroutait, c’était la présence des alpinset des hussards qu’il avait devant lui ; l’ignorance dans laquelle il se trou-vait au sujet du reste des troupes de sa division, lui causait, d’autre part,de très vives inquiétudes.
— Maudits Français, maudite guerre, murmurait-il ; comment toutcela va-t-il se terminer? Est-ce que notre plan échouerait?
Le canon tonnait toujours, et plus on avançait dans la direction de Bex,plus le général italien précipitait son offensive.
A hauteur d’Yvorne, nos chasseurs alpins exécutèrent de nouveauxfeux de salve ; puis, se portant ensuite en arrière au pas gymnastiquepour gagner Aigle, mis en état de défense par deux pelotons de hussards,qui avaient devancé notre petite colonne depuis environ une demi-heure, ils passèrent la rivière de Grande-Eau, dont ils jbarricadèrent lesponts.
On n’était plus qu'à 10 kilomètres de Bex.
Notre petite colonne ne pouvait avoir la prétention de tenir pendantbien longtemps à Aigle. Cependant, la situation de cette ville, couvertepar un gros ruisseau, devait lui permettre de retarder encore pendantquelque temps l’offensive de la brigade italienne.
Les cavaliers, ainsi que nous l’avons dit, avaient devancé nos alpins ets’étaient hâté d’organiser la résistance, en accumulant des obstacles sur tousles chemins par où l’ennemi pouvait déboucher.
La première ligne de défense était établie sur la ceinture extérieure, demanière à concentrer tous les feux sur les ponts et les points de passage,depuis la voie ferrée jusqu’à l’extrémité orientale de la petite ville.
En arrière, les renforts, à proximité de la première ligne, pouvaient seporter rapidement sur les points les plus menacés.