LA GUERRE DE MONTAGNES
20 i
— Sonnez le ralliement ! dit le capitaine Tardif à son trompette.
Mais les officiers du gros avaient déjà vu le danger et arrivaient augalop, en deux groupes, dont l’un devait former la réserve.
Les cavaliers italiens avaient pris le galop, précurseur de la charge.
En véritable hussard, notre capitaine ne voulut pas recourir au feu deses carabines.
— A moi les amis! cria-t-il, en levant son sabre et en se redressantsur ses étriers.
On entendait le grondement du galop des Italiens.
Les nôtres s’ébranlèrent, capitaine et officiers en tête, devançant deplusieurs longueurs leurs soldats, moins bien montés qu’eux. Pendantqu’un peloton courait droit à l’ennemi, chargeant en muraille, l’autreappuyait sur la droite, pour chercher à prendre l’adversaire en flanc. Le sou-tien se tenait prêt à fondre à son tour, après le premier choc, pour déciderle combat, ou protéger les assaillants, si leur attaque échouait (1).
Notre capitaine saisit juste le moment où la cavalerie italienne sedéployait pour ordonner la charge et surprendre l’ennemi en flagrant délitde manœuvre.
Nos petits hussards, bien montés, arrivèrent, sabre haut, surles Italiens,ne donnant que des coups de pointe. L’engagement dura quelques minuteset fut violent. Il était indécis lorsque notre peloton de droite déboucha enchargeant le flanc de la colonne italienne, qui ne put tenir devant ces deuxattaques combinées.
Pendant qu’une partie de nos cavaliers se lançaient à la poursuite desItaliens, les autres se ralliaient en toute hâte, sous la protection dusoutien. Ce fut un moment de trouble assez profond.
Un grand nombre de hussards étaient démontés ou blessés, quelques-uns assez grièvement.
Le capitaine Tardif avait eu son cheval tué d’une balle de revolver, etlui-même n’avait dû la vie qu’à son sang-froid.
En voyant son capitaine démonté, un hussard avait mis pied à terre.
— Prenez mon cheval, mon capitaine, avait dit le vaillant soldat.
— Et toi? répliqua le capitaine en sautant en selle d’un seul bond
(1) Voici comment Frédéric-Charles a résumé ce que l’on peut dire sur la cavalerie :
« Ordre, mobilité, force et rapidité, telles sont les qualités d’une bonne cavalerie.Prompte appréciation des positions, décision rapide et exécution poussée jusqu’à latémérité, voilà la base de sa conduite. L’esprit d’initiative doit animer son chef : del’infanterie ébranlée, de l’artillerie occupée à amener ou à ôter les avanl-lrains, de lacavalerie qui se déploie ou qui laisse ses lianes à découvert, tels sont sespoints d’attaqueet sa proie assurée, s’il peut les surprendre. »