LA FRANCE ET LA RUSSIE
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nuaient à s’avancer, moins vivement toutefois, car la fatigue accablait sespauvres troupes en marche depuis deux jours, sans nourriture, ni repos,sous le feu de nos insaisissables alpins et harcelées par nos infatigablescavaliers.
De nouveau, le canon se fit entendre.
— Les nôtres avancent, dit Tardif en consultant son phonotélémètre (1);ils ne doivent pas être à plus de 2 kilomètres. Allons à nos affaires.Quant à moi, je vais occuper l’ennemi.
Oui, mais il était difficile de l’amuser maintenant, car il marchait encolonnes profondes, précédé de ses tirailleurs, fermement décidé à ne pluss’arrêter.
En face de Plantour, les Italiens lancèrent une colonne de la force d'unbataillon à peu près sur la ligne du chemin de fer, tournant la gauche denos positions, taudis que le gros continuait sa marche sur la grande route,dirigeant également un bataillon sur Ollon.
« Tenez ferme à Saint-Triphon et à Ollon, si vous le pouvez encore, »avait écrit le général Grimot.
C’était dire tout le prix qu’il attachait à la possession de ces deuxpoints.
Nos troupes commençaient également à se ressentir des fatigues de laveille. Il fallait pourtant leur demander un nouvel effort.
En voyant les dispositions prises par leurs officiers, chasseurs alpins ethussards jugèrent bien vite la situation.
L’ennemi était à peine à 800 mètres quand les officiers donnèrent com-munication de la dépêche du général Grimot et expliquèrent à leurshommes la mission qui leur était confiée.
— Il faut tenir ici jusqu’au dernier, pour donner le temps à nos cama-rades de tomber sur les Italiens au moment où ils s’y attendront le moins.Le bataillon vient de se couvrir de gloire .à Bex : soyons toujours dignesde nos chefs et de la confiance du général.
—‘Vivent, les chasseurs! Yive la France ! répondirent nos soldats enserrant la main de leurs officiers.
-V: Un nouveau combat recommença, plus violent que celui d’Aigle.
A la fusillade se joignit bientôt la canonnade des Italiens, dont les pièces,placées sur le sommet de Chiez, battaient le plateau de Plantour et d’Ollon.
Les bersaglieri et les cisalpins montaient déjà à l’assaut de nos positions
(1) Le télémètre sert à mesurer les distances à vue. Le phonotélémètre sert à mesurerles distances d’après le son ; cet instrument très commode se trouve au dos d’une montrespéciale et permet d’évaluer les distances à 10 mètres près.