LA FRANGE ET LA RUSSIE
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quelque peu artificielle de nos chasseurs à pied : en deçà comme au delàdes monts, c’est le respect de la tradition qui le veut.
— Et l’instruction des officiers italiens? demanda Linet.
— Les officiers travaillent; ils lisent beaucoup, surtout les ouvragesayant trait à l’organisation des armées étrangères. Ils appartiennent, engénéral, à la classe moyenne, et, je le répète, sont très fiers de leur uni-forme, qu’ils soignent et portent avec aisance.
— Et le haut commandement?
— Les officiers généraux sur lesquels l’Italie compte sont les lieute-nants-généraux Bertole-Viale, de Morra, Dezza, Caccialupi, Bava-Beccaris,Boni, Gorsi, de Saint-Seigne, Ricotti, etc... Sauf le général Ricotti, quiétait, en 1870, à la tête des troupes piémontaises lors de leur entrée àRome, ces officiers généraux n’ont pas encore reçu le baptême du sangen qualité de commandant en chef ; ils attendaient avec impatience uneoccasion favorable.
— Ils viennent de l’avoir, et cela ne leur a pas réussi, fit Linet... Etl’argent ? ajouta-t-il.
— Sous ce rapport, tu as raison, dit Perrin. Leurs caisses sont videset si les Allemands ne leur envoient pas un peu d’or, comme dans leservice de l'Autriche, le militaire ne sera pas riche. La France a dépensébeaucoup de milliards pour ses guerres, mais il lui en reste encore, etelle en trouvera toujours pour sauver la patrie en danger (1).
— Là dessus,nous sommes tous d’accord, conclut Drassam, qui était trèsconciliant; assez de bavardage. Allons donc voir ce que font nos hommes.
Ce que faisaient les hommes, il est facile de le deviner, quand on sauraqu’ils avaient reçu double ration de ce délicieux vin des clos du Rhône quivenait de « l’ordinaire », mais qui n’est pas ordinaire ; les soldatschantaient et s’amusaient ; la gaieté, une gaieté bruyante, régnaitpartout ; jamais on n’aurait cru que l’ennemi était à quelques kilomètreset que, la veille, on avait eu une longue journée de marches et decombats.
Gillet, l'impitoyable Gillet, fêtait l’arrivée des camarades de Bex ; leverre en main, il avait entonné le chant des clairons alpins (2) :
(1) Les guerres du second Empire ont coûté à la France 2 milliards 565 millions; laguerre avec l’Allemagne a coûté 2 milliards 820 millions ; l’indemnité de guerre à laPrusse, 5 milliards ; la campagne de Tunisie a coûté 126 millions, celle de Madagascar21 millions, celle du Tonkin 270 millions; soit 10 milliards 902 millions. Depuis le com-mencement du siècle, la France a dépensé, pour ses guerres, 16 milliards. — Exposé de-là situation financière de la République, Camille Pelletan, 1890.
(2) Les Chasseurs alpins , opérette de MM. Lebreton et Moreau.